Vous êtes sur la page 1sur 21

Fiches

L’essentiel
du droit
des obligations
Fiches de cours et cas pratiques corrigés
2e édition

Annette Rebord
Agrégée en économie et gestion
Enseignante au département GEA
de l’IUT de Clermont-Ferrand
Dans la même collection

L’essentiel du droit administratif, Stéphane Elshoud


L’essentiel du droit constitutionnel, Hélène Simonian-Gineste
L’essentiel du droit de l’entreprise, Annette Rebord
L’essentiel du droit européen, Annette Rebord
L’essentiel du droit des obligations, Annette Rebord
L’essentiel du droit de l’urbanisme, David-André Camous
L’essentiel sur l’entreprise, Droit – Économie – Gestion,
Laure Bataille

ISBN 978-2-7298-5057-9
©Ellipses Édition Marketing S.A., 2009
32, rue Bargue 75740 Paris cedex 15
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5.2° et
3°a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé
du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses
et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou
reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants
droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit constituerait une
contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété
intellectuelle.

www.editions-ellipses.fr
Avant-propos

Si le droit m’était conté…, telle est l’ambition de cet ouvrage.


Le droit des obligations, matière choyée par le juriste privatiste, est
pourtant difficile à enseigner, ô combien ! Probablement le contexte actuel
ne favorise pas la chose. Ce droit marqué par une grande stabilité légis-
lative est en train de subir le souffle des réformes au nom d’une nécessaire
harmonisation à l’échelle européenne, à moins qu’il ne s’agisse aussi d’une
volonté de marquer son empreinte, le code de référence n’est il pas le code
Napoléon ! Cette seconde édition va essayer de prendre en compte ces
tendances avec un certain pragmatisme en espérant que le législateur saura
garder la sagesse, celle qui permet de trier les règles finement élaborées de
celles qu’il convient de modifier tout en maintenant un certain équilibre
dans les relations juridiques entre les personnes.
La méthode est celle de la collection : découper la matière en fiches.
Apprendre sur les textes du code, dans le cas présent le Code civil, dans
une situation concrète avec l’aide d’une synthèse sur l’essentiel du thème
traité.
Parce que le droit des obligations implique la compréhension de grands
mécanismes et le travail sur peu d’articles, ceux-ci sont rapportés en fin
d’ouvrage.
Le droit des obligations trouve naturellement sa place à la suite d’une
introduction au droit. Savoir ce qu’est une juridiction, la jurisprudence, la
loi, les biens, les personnes doit être maîtrisé.
Alors démarrons l’aventure avec la chère Tante Mary !

Avant-propos 3
Cas pratique — Tante Mary
« Tante Mary : ainsi est connue dans le quartier du Marché Saint-Pierre
cette Auvergnate d’adoption un peu particulière. Avec un peu de chance,
on peut l’apercevoir avec ses patins à roulettes, son écharpe écossaise
et son blouson en cuir. Personne ne pourrait croire qu’elle vient de fêter
ses soixante-douze printemps. Un uniforme légendaire. Une gentillesse
exemplaire. Après quarante années de loyaux services à la Banque de
France, elle a pris sa retraite, laquelle lui permet de profiter pleinement
de sa vie, ce qui lui donne vingt ans de moins. Sa célébrité vient surtout
de son sens du théâtre. Tante Mary sait raconter les histoires.
L’autre jour alors qu’elle était attablée pour déjeuner, elle expliquait avec
humour ses récents ennuis. De quoi intéresser tout juriste qui apprend
le droit des obligations !
D’abord, elle avait passé commande à la société anonyme « Les sept
nains », société de vente par correspondance, d’un superbe vélo rouge
trois roues pour sa petite-nièce ainsi que d’un autocuiseur dernier cri.
Une grève du personnel a eu pour effet que la livraison a été retardée :
les marchandises sont arrivées trois jours après le délai prévu. En guise
de rouge, le vélo était vert. Trois petites larmes ont glissé sur le doux
visage de sa nièce alors qu’elle soufflait sur les bougies.
Ensuite, Tante Mary s’est initiée à la peinture. Un peu forcé, il faut le
dire. En effet, Tante Mary loue l’appartement au-dessus de chez elle à un
artiste peintre, Joseph Lebleu. Pour le règlement des loyers, il fut décidé
qu’une partie serait versée sous forme de prestations d’enseignement.
Alors que Tante Mary suivait un cours, Arthur, le fils de Joseph, âgé de
huit ans, arriva en pleurant. Il voulait acheter des livres avec son argent
de poche. Il disposait de 28 euros. Le commerçant venait de refuser
de les lui vendre car il était trop jeune. Tante Mary voulut consoler le
jeune Arthur et pour fêter sa première œuvre, elle invita Joseph et son
fils à partager le repas. Elle voulait essayer son autocuiseur. Comble de
malchance, celui-ci a explosé et même s’il n’y a pas eu de dégâts corporels,
la cuisine est à refaire partiellement.
Les relations avec Joseph Lebleu se sont un peu dégradées quand Tante
Mary a appris qu’il dépensait une partie de ses revenus au Casino.
Trois mois de retard dans le paiement du loyer. « C’en est trop ». Tante
Mary lui a envoyé une lettre recommandée avec accusé de réception le
mettant en demeure de régler. Or le jour même où il l’a reçue, elle l’a

4 Avant-propos
vu déménager sa belle commode Louis XVI. Joseph s’est excusé pour son
retard en expliquant qu’il avait été victime d’une escroquerie : il avait
acheté par correspondance un produit « miracle » qui devait le faire maigrir
(il a des problèmes de poids) pour la somme de 500 euros. Il venait de
voir sur Internet que l’entreprise n’existait pas et que le bon docteur
Bellegueule n’était qu’une invention de circonstance. »
Enfin Tante Mary a pris contact avec une amie d’enfance qui vient de
s’installer comme notaire. Elle lui a demandé des conseils juridiques car
elle veut léguer une partie de ses biens à sa jeune nièce et envisage de
souscrire une assurance-décès.
Pour discuter de ces différents dossiers, les deux amies se sont rendues
au centre de remise en forme « Formetous ». Tante Mary a voulu faire
un sauna et elles ont mangé au club. La charcuterie n’était peut-être
pas de première fraîcheur ! Alors qu’elle rentrait chez elle, en patins à
roulettes, Tante Mary a eu un malaise et a heurté M. Malheur. Ils ont dû
être emmenés en urgence à la clinique « Les beauxjours ».
Joseph Lebleu est venu la voir. Il a pris l’ascenseur. Celui-ci s’est bloqué
et est tombé de deux étages. Plus de peur que de mal ! Pas de chance
ces temps-ci pour Tante Mary !

Plusieurs commissions de juristes ont été mandatées pour mener une


réflexion sur une réforme du droit des obligations. Au plan national, il
convient de citer l’avant-projet de réforme du livre III du titre III du Code
civil, « Des contrats ou des obligations conventionnelles en général » sous la
direction du professeur Pierre Catala. Le texte proposait une réforme globale
en profondeur. Le choix politique s’est dégagé sur des modifications par
compartiment. La loi du 17 juin 2008 a modifié le droit de la prescription
aux articles 2219 à 2279 du Code civil, entraînant notamment des effets
sur la nullité en matière contractuelle.
Une nouvelle commission sous la direction du professeur François Terré a
proposé le 17 novembre 2008 une nouvelle « réforme du droit des contrats ».
Cette approche, libérale, remet en cause notamment les règles de la formation
du contrat, en particulier en supprimant la cause des conditions de formation
du contrat et probablement en favorisant des solutions extrajudiciaires du
traitement des conflits en matière contractuelle.
Le présent ouvrage indique en fin de chaque fiche les propositions avancées
par ces deux commissions dans un encart intitulé « réflexions en cours ».

Avant-propos 5
Sommaire

Fiche 1. Définition de l’obligation ................................................. 9

Fiche 2. Classification des contrats .............................................. 13

Première partie
LE CONTRAT .............................................................................. 17

Fiche 3. Les composantes du consentement .................................. 19

Fiche 4. Un consentement intègre ............................................... 23

Fiche 5. L’objet dans le contrat ................................................... 31

Fiche 6. La cause dans le contrat ................................................ 35

Fiche 7. La capacité dans le contrat ............................................ 39

Fiche 8. Les conditions de forme ................................................. 43

Fiche 9. La nullité du contrat ..................................................... 45

Fiche 10. Les effets du contrat entre les parties .............................. 51

Fiche 11. Effets du contrat à l’égard des tiers ................................. 57

Fiche 12. Exécution du contrat ..................................................... 63

Fiche 13. Inexécution à l’amiable du contrat .................................. 69

Fiche 14. Les trois conditions de la responsabilité


civile contractuelle ....................................................... 75

Fiche 15. La responsabilité civile contractuelle :


la faute du débiteur ...................................................... 79

Fiche 16. La mise en jeu de la responsabilité civile contractuelle ....... 83

Sommaire 7
Deuxième partie
LA RESPONSABILITÉ CIVILE DÉLICTUELLE ET QUASI DÉLICTUELLE... 89

Fiche 17. Le fait générateur : la responsabilité du fait personnel ....... 91

Fiche 18. Le fait générateur : la responsabilité du fait d’autrui .......... 95

Fiche 19. Les cas particuliers de responsabilité du fait d’autrui.......... 99

Fiche 20. Le fait générateur : la responsabilité du fait des choses .....105

Fiche 21. Les cas particuliers de la responsabilité


du fait des choses........................................................107

Fiche 22. Le dommage dans la responsabilité civile


délictuelle et quasi délictuelle .......................................113

Fiche 23. Le lien de causalité dans la responsabilité civile


délictuelle et quasi délictuelle .......................................117

Fiche 24. La mise en jeu de la responsabilité civile


délictuelle et quasi délictuelle .......................................121

Conseils bibliographiques ............................................................127

Principaux articles de loi de référence ...........................................129

Index ..............................................................................141

8 Sommaire
Fiche
Définition de l’obligation
1
Objectif Permettre de définir les obligations et en
particulier de distinguer sans difficultés
l’acte du fait juridique.
Prérequis Introduction au droit.
Mots-clefs Obligation ; acte juridique ; fait juridique ;
acte unilatéral ; contrat ; délit ; quasi-délit ;
convention.

1. Les obligations
Le premier travail consiste à définir le sens du terme « droit général des
obligations ». Cette matière implique l’étude des relations juridiques entre
les personnes. De manière plus technique, on appelle « obligation » ou
« droit de créance » ou encore « droit personnel », le lien de droit
par lequel une personne, le débiteur, est tenue de fournir à une autre
personne, le créancier, une prestation et inversement par lequel, le
créancier peut exiger du débiteur la prestation.
Reprenons l’exemple de Tante Mary. Tante Mary et son amie notaire
prennent une consommation et un repas au club. Le restaurateur a l’obli-
gation de servir ce qui a été commandé. S’il ne le fait pas, les deux dames
sont en mesure de l’exiger. Dans le terme obligation, on trouve une relation
de réciprocité sur un même terme : ici, la commande du repas. On peut
d’ailleurs rajouter que le restaurateur est lui aussi créancier de l’obligation
de paiement. Mais dans ce cas, il s’agit d’une autre obligation.
Les obligations peuvent avoir pour origine la loi. Par exemple, la loi exige
que les enfants respectent leurs parents ; de même, les impôts doivent être
payés par le contribuable, décision ayant été adoptée au Parlement lors du
vote du budget. Dans ce cas, les dispositions légales sont applicables.
Les personnes peuvent aussi créer des obligations sur leur propre
initiative. C’est d’ailleurs ce point qui va mériter notre attention dans
cet ouvrage. Les obligations ont alors pour origine des actes juridiques
ou des faits juridiques.

Fiche 1. Définition de l’obligation 9


2. Les actes et les faits juridiques
L’acte juridique est une manifestation de volonté dont les consé-
quences juridiques sont recherchées. L’acte juridique peut être unila-
téral : c’est le cas du testament, d’une reconnaissance de paternité ou de
maternité, par exemple. Lorsque Tante Mary lègue ses biens, elle décide
sur sa propre initiative de déroger partiellement aux règles légales de la
dévolution successorale. C’est une manifestation de volonté d’une seule
personne.
L’acte juridique peut aussi être une convention. La convention est un
accord de volonté entre plusieurs personnes destiné à produire des
effets. Dans la pratique, le terme convention est souvent utilisé à la place
de celui de contrat. En réalité, le contrat est un type de convention défini
par la loi comme étant créatif de droits, tandis que la convention est un
terme générique qui peut aussi recouvrir des actes translatifs de droits
comme la délégation (l’employé de banque a reçu délégation pour conclure
certains contrats de prêts) ou extinctifs de droits (remise de dette). L’achat
à la SA « Les sept nains » est un exemple de contrat. Rien n’imposait à
Tante Mary de passer une commande. Elle prend l’initiative de s’engager
à de nouvelles obligations. Parallèlement, la SA « Les sept nains » avait
proposé ses services. Le contrat est formé tandis que la loi ne l’imposait
pas. Le contrat contiendra les règles applicables à la relation juridique (en
pratique ici dans le bon de commande).
Deuxième sorte d’engagement ayant pour origine les personnes :
les faits juridiques.
Le fait juridique est un événement volontaire ou involontaire dont
les conséquences juridiques ne sont pas connues. On distingue le délit
du quasi-délit. Le délit est le fait volontaire illicite qui consiste à causer
un dommage à autrui avec l’intention de le causer. Par exemple, un vol
dans un magasin. En se comportant de la sorte, le voleur sait qu’il ne devrait
pas le faire mais peut-être que personne ne s’en rendra compte ; ou bien
le gardien aura pitié de lui ; ou encore, il sera condamné à une peine de
prison. De même, la pseudo-entreprise du docteur Bellegueule a trompé
Joseph Lebleu sciemment.
Le quasi-délit est un fait illicite volontaire mais non intentionnel.
Vraisemblablement, lorsque Tante Mary a heurté M. Malheur elle ne l’a pas
fait exprès. Pourtant, des conséquences juridiques sont attachées à cet
accident.

10 Fiche 1. Définition de l’obligation


Cas pratique
Indiquez pour chaque situation décrite dans le cas pratique quels sont
les actes juridiques et les faits juridiques.
M. Toutgaffe vient d’avoir un enfant, prédestiné au prénom de Gaston
comme son grand-père et son arrière-grand-père. Ému, il se rend à l’état
civil pour faire la déclaration de naissance. Il dévale les marches à toute
allure et s’étale comme un vieux chiffon au bas de l’escalier. Il n’a pas
vu Minou le chat du voisin et lui pince la queue. La réaction du félin
est rapide ; notre M. Toutgaffe est envoyé d’urgence à l’hôpital. Après
quelques heures, il ressort fébrile mais encore enthousiaste. Par chance
l’hôpital est non loin de la mairie et M. Toutgaffe peut enfin déclarer
l’heureux événement. Mais dans l’énervement, il ne se rappelle plus le
prénom du jeune bambin. Le premier mot qui lui vient à l’esprit est celui
du félin « Minou ». C’est ainsi qu’est né ce jour Minou Toutgaffe. Se
rendant compte de son erreur, M. Toutgaffe rentre au bar, rencontre ses
amis les frères Lapont et au bout de quelques boissons anisées vend tous
ses biens au cafetier pour une somme dérisoire.

Solution : Naissance de l’enfant : fait juridique ; chute dans les escaliers :


fait juridique ; blessure du chat : fait juridique ; morsure de M. Toutgaffe :
fait juridique ; soin à l’hôpital : acte juridique ; déclaration en mairie : acte
juridique ; consommation au bar : acte juridique ; vente des biens : acte
juridique.

Réflexions en cours
Le projet de réforme Catala définit de manière claire l’acte et le fait
juridique.
Dans la réforme Terré, la distinction n’est plus rappelée ; les sources des obliga-
tions sont énumérées dans une liste non hiérarchique, dans laquelle ne figure
plus l’expression quasi-délit.

Fiche 1. Définition de l’obligation 11


Fiche
Classification des contrats
2
Objectifs Distinguer un contrat nommé pour savoir
quelles règles appliquer ; connaître la classi-
fication des contrats, usuellement utilisée.
Prérequis Fiche 1.
Mots-clefs Contrat nommé, innommé ; contrat consensuel,
solennel, réel ; contrat synallagmatique, unila-
téral ; contrat de gré à gré, d’adhésion ; contrat
individuel, collectif ; contrat commutatif,
aléatoire ; contrat instantané, successif ;
contrat à titre gratuit, onéreux, contrat cadre,
contrat d’application.

La loi classe les contrats selon plusieurs catégories.

1. Le contrat nommé ou inommé


Un contrat est nommé lorsqu’il correspond à une catégorie de contrat
créé par la loi. On peut citer par exemple le contrat de vente, le contrat de
bail, le contrat de travail, le contrat de société, le contrat de mariage, le
contrat d’entreprise, etc. Comme pour tout contrat, les règles générales
qui font l’objet de cet ouvrage sont applicables. C’est une sorte de
première couche de règles juridiques. Par-dessus, les règles légales
spécifiques au contrat se superposent. Le contrat de vente conclu entre
Tante Mary et « Les sept nains » est un contrat nommé. Dès la conclusion
du contrat, le vendeur s’engage à remettre la chose, à la garantir contre les
vices cachés tandis que l’acheteur doit payer le prix, retirer la chose. Ces
obligations font partie de dispositions spécifiques du Code civil.
Inversement, le contrat sera innommé s’il n’existe pas en tant que
tel dans la loi. Dans ce cas, seules les règles générales des obligations
s’appliquent.
Ce sont les parties au contrat qui vont décider, le plus souvent par l’uti-
lisation d’un titre, de qualifier le contrat. On pourrait imaginer que Tante
Mary et Joseph Lebleu fondent leurs relations juridiques sur un contrat de

Fiche 2. Classification des contrats 13


prestation d’enseignement de dessin ; ou encore la prestation de sauna
au centre sportif pourrait être un contrat de remise en forme. Ces deux
exemples ne sont pas en tant que tels définis par la loi.

2. Le contrat consensuel, solennel, réel


Le contrat peut être formalisé par écrit. Dans ce cas, il contient une
présentation des parties et une série d’articles appelés clauses ou stipula-
tions contractuelles.
La plupart du temps, l’écrit n’est pas nécessaire pour la formation et
donc la validité du contrat. On dit que le contrat est consensuel. L’écrit
ne sert que de preuve.
Inversement, si l’écrit est obligatoire pour la validité du contrat, il
est solennel. L’hypothèque est un contrat solennel qui doit être rédigé
devant notaire.
Un contrat est réel lorsque sa formation est suspendue à la remise d’une
chose, « réel » venant de « res » qui veut dire « chose » en latin. La vente
n’est pas un contrat réel, car elle est ferme dès l’accord des parties, tandis
que le contrat de dépôt l’est. Les contrats réels sont peu nombreux.

3. Le contrat synallagmatique
et le contrat unilatéral
Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les parties ont des
obligations réciproques : la vente, le bail, l’enseignement, la prestation
de remise en forme, etc.
Inversement, il est unilatéral si une partie s’oblige tandis que les
autres n’ont pas d’engagement. Cela peut être une reconnaissance de
dette, une promesse unilatérale d’achat.

4. Le contrat d’adhésion
et le contrat de gré à gré
Aujourd’hui beaucoup de contrats sont des contrats d’adhésion comme
par exemple l’achat par Tante Mary à la SA « Les sept nains » ou encore
les consommations au centre « Formetous ». Le contrat d’adhésion est le
contrat par lequel une des parties occupe une position de force si bien
qu’il n’y a pas de véritable discussion. Au restaurant, au café, il n’est

14 Fiche 2. Classification des contrats


pas d’usage de discuter le prix. De même, la SA « Les sept nains » impose
ses conditions.
En revanche, un contrat est de gré à gré lorsque les clauses contrac-
tuelles sont négociées par les parties de manière équilibrée. On pourrait
dire que le contrat de prestation d’enseignement de dessin liant Joseph
Lebleu et Tante Mary en est un exemple.

5. Le contrat individuel et le contrat collectif


Le contrat individuel est le contrat conclu entre deux ou plusieurs
personnes et dont les effets ne concernent que ces personnes.
Il est collectif lorsqu’il engage un groupe de personnes plus large
que les cocontractants. C’est le cas de la convention collective en droit
du travail qui est signée par les syndicats représentatifs et qui concernera
tous les salariés de la branche de travail considérée.

6. Le contrat commutatif et le contrat aléatoire


Le contrat est commutatif lorsque les parties au contrat s’engagent
sur des prestations équivalentes.
Il est aléatoire lorsque les prestations des parties dépendent d’un
événement incertain dont la survenance ou les résultats feront que l’un
réalisera un gain tandis que l’autre une perte. C’est le cas du contrat
d’assurance.

7. Le contrat instantané et le contrat successif


Le contrat instantané est celui dont l’exécution est prévue en une
seule fois ; en revanche il est successif lorsque l’exécution nécessite
l’écoulement du temps : le contrat de bail de Joseph Lebleu est un exemple
de contrat successif.

8. Le contrat à titre gratuit et le contrat onéreux


Un contrat est conclu à titre onéreux lorsque chacune des parties
recherche un avantage. Au contraire, il sera à titre gratuit si une personne
s’oblige ou dispose d’un droit avec une intention généreuse.

Fiche 2. Classification des contrats 15


9. Le contrat cadre et le contrat d’application
Cette distinction a lieu dans le milieu économique. Le contrat cadre est
un contrat initial qui prévoit ultérieurement la conclusion de contrats
dits d’application. Le contrat cadre a pour effet de déterminer les bases de
la coopération entre deux partenaires économiques. Le contrat de franchise
est un contrat cadre qui sera suivi de contrats réguliers de vente.

Cas pratique
En travaillant sur le cas Tante Mary, reprenez chacun des contrats en les
insérant dans les catégories correspondantes :
1. L’achat à la SA « Les sept nains » du vélo et de l’autocuiseur.
2. Joseph Lebleu s’engage à donner des cours à Tante Mary.
3. Le legs de Tante Mary à sa jeune nièce.
4. La souscription de l’assurance en cas de décès.
5. Le sauna.
6. La restauration au club sportif.
7. Les soins à la clinique « Les beauxjours ».
8. Le suivi de l’ascenseur.

Solution : 1. contrat de vente, contrat nommé, consensuel, synallagmatique,


d’adhésion, individuel, commutatif, onéreux, instantané ; 2. contrat d’ensei-
gnement : innommé, consensuel, synallagmatique, de gré à gré, individuel,
commutatif, onéreux, successif ; 3. acte unilatéral, aléatoire, à titre gratuit ;
4. contrat d’assurance décès, nommé, consensuel, d’adhésion, individuel,
aléatoire, onéreux, successif ; 5. contrat de mise à disposition de sauna,
innommé, consensuel, synallagmatique, d’adhésion, individuel, commutatif,
onéreux, instantané ; 6. contrat de restauration, innommé, consensuel,
synallagmatique, d’adhésion, individuel, commutatif, onéreux, instantané ;
7. contrat de soin, innommé, consensuel, synallagmatique, d’adhésion,
individuel, commutatif, onéreux, instantané ; 8. contrat d’entretien de
l’ascenseur, innommé, consensuel, synallagmatique, d’adhésion, individuel,
commutatif, successif.

Réflexion en cours
Les projets de réforme ne remettent pas en cause les classifications des
contrats.

16 Fiche 2. Classification des contrats


Première partie
Le contrat

Étudier le contrat suppose de s’interroger sur deux moments dans


la vie de celui-ci : sa formation et son exécution.
Tout contrat doit remplir des conditions de formation.
L’article 1108 du Code civil sert de fondement juridique. Il
dispose :
« Quatre conditions sont essentielles pour la validité d’une
convention :
Le consentement de la partie qui s’oblige ;
Sa capacité de contracter ;
Un objet certain qui forme la matière de l’engagement ;
Une cause licite dans l’obligation. »
La loi pose quatre conditions, mais il convient d’étudier sept points : les
composantes du consentement (fiche 3), l’intégrité du consentement c’est-
à-dire un consentement sans vices et sans lésion (fiche 4), l’objet (fiche 5),
la cause (fiche 6), la capacité de l’auteur de l’engagement (fiche 7), pour
ce qui est des conditions de fond. Les conditions de forme seront étudiées
dans la fiche 8. La sanction en cas de mauvaise formation est la nullité du
contrat (fiche 9).
Lorsque le contrat est bien formé, il doit être exécuté.
En effet, le contrat a force de loi entre les parties (fiche 10), les tiers
étant étrangers par principe à ses effets (fiche 11). Les parties s’engagent
dès lors à l’exécuter, ce qui peut se réaliser de diverses façons (fiche 12).
Le juriste se doit d’envisager le pire. Lorsque le contrat n’est pas exécuté,

Première partie. Le contrat 17


celui-ci peut contenir les règles de rupture (fiche 13). D’autres fois, le
dénouement est judiciaire. Le créancier doit alors engager la responsabilité
civile contractuelle de son débiteur. La réparation décidée par le juge
(fiche 16) suppose de démontrer trois conditions (fiche 14) dont la mise
en cause du débiteur (fiche 15).

Réflexion en cours
L’article 13 du rapport de la commission Terré remet en cause la formation
du contrat en précisant :
« Trois conditions sont essentielles pour la formation du contrat :
– le consentement des parties contractantes ;
– leur capacité de contracter ;
– un contenu certain et licite. »

18 Première partie. Le contrat


Les composantes Fiche
du consentement 3
Objectifs Comprendre l’importance des composantes
du consentement. Distinguer cette étape de
celle des vices du consentement. Appréhender
les enjeux en terme d’irrévocabilité du
consentement.
Prérequis Lecture de l’article 1108 du Code civil.
Mots-clefs Offre ; pollicitation ; acceptation ; pourparlers ;
contre-offre ; consentement ; moment de
l’acceptation.

Le consentement est la rencontre de deux composantes qui sont l’offre


et l’acceptation.

1. L’offre
L’OFFRE, encore appelée pollicitation, est une proposition ferme de
conclure un contrat déterminé à des conditions déterminées.
L’offre doit être ferme : l’auteur de l’offre a la volonté de conclure le
contrat qu’il propose. S’il émet des réserves, ce n’est pas une offre.
L’offre doit être précise, c’est-à-dire comporter suffisamment d’éléments
pour que l’acceptation suffise à former le contrat.
L’offre tient son initiateur, mais il est possible de la révoquer. Cette
révocation peut être prévue par l’offrant lui-même qui fixe le délai pendant
lequel tout partenaire peut s’exprimer. À défaut d’une telle prévision, elle
doit être maintenue pendant un délai raisonnable fixé selon les usages.
Lorsque ces caractéristiques ne sont pas présentes, ce sont des négocia-
tions précontractuelles, des pourparlers.
Prenons les petites annonces d’un journal gratuit. Souvent, peu d’élé-
ments les composent. Pour connaître le contenu exact de l’annonce, il faut
prendre contact avec la personne qui l’a rédigée. Ce sont des pourparlers.
En revanche, les publicités des hypermarchés dans les boîtes aux lettres
contiennent la description de l’objet, le prix, les caractéristiques essen-

Fiche 3. Les composantes du consentement 19


tielles des produits en vente. Dès lors ce sont des offres qui engagent leur
donneur d’ordre généralement jusqu’à une date donnée ou dans la limite
des stocks disponibles.

2. L’acceptation
L’ACCEPTATION est l’agrément pur et simple de l’offre telle qu’elle
est proposée. Il ne faut pas confondre acceptation et contre-offre ou
contre-proposition.
Reprenons l’annonce dans un journal gratuit. Une personne se présente
comme intéressée mais pour un prix plus faible. Dans ce cas, l’acceptation
n’est pas caractérisée. La personne fait à son tour une proposition de prix
et donc une offre. C’est à l’autre d’accepter ou de refuser la contre-offre.
L’acceptation peut être expresse comme par exemple le remplissage d’un
bon de commande. Elle peut résulter d’un comportement : je passe en caisse
du supermarché et pose les marchandises sur le tapis roulant. Je tends la
main au chauffeur de bus lui demandant de s’arrêter. L’acceptation peut être
tacite malgré le principe selon lequel le silence ne vaut pas acceptation.
Cela a été longtemps le cas du renouvellement du contrat d’assurance,
voire de certains contrats de fourniture entre professionnels dès lors que
la relation est régulière.
La question du moment de l’acceptation peut être cruciale puisque
c’est l’acceptation qui forme le consentement dans la quasi-totalité des
contrats. En effet, tant que l’acceptation n’est pas acquise juridiquement,
il est possible de la retirer par une lettre de désistement. Par exemple,
l’envoi d’un fax. Or cette question sur un plan juridique n’est pas cernée
de manière claire.
Prenons l’exemple d’un achat par correspondance. Imaginez la scène
suivante : Tante Mary est en voyage à Stockholm. Elle veut acheter par
correspondance un livre écrit en langue française pour faire un cadeau
à la personne qui la reçoit. Après une journée à parcourir la ville, elle
s’installe dans le canapé et remplit le bon de commande trouvé dans un
magazine emporté. Le lendemain, elle se rend à la poste et expédie la lettre
contenant le bon de commande rempli. Le tampon indique le 10 juillet,
14 h 00. Le facteur apporte le courrier à l’entreprise de vente par corres-
pondance le 16 juillet. Le salarié devant traiter l’affaire est en congé. Il
ne prend connaissance du courrier que le 22 juillet. Imaginons que Tante
Mary veuille changer d’avis. La question est la suivante : à quel moment,

20 Première partie. Le contrat


INDEX Numéros
des fiches

Acceptation 3 Cause lointaine 6


Acceptation des risques 23 Cause proche 6
Accident de la circulation 21 Chose en mouvement 20
Accidents 21 Chose inerte 20
de santé publique Clause limitative 13
Acte d’administration 7 de responsabilité
Acte de conservation 7 Clause indemnitaire 13
Acte de disposition 7 Clause pénale 13
Acte de la vie courante 7 Clause résolutoire 10
Acte juridique 1 Clauses abusives 6
Acte unilatéral 1 Commettant 19
Action de la victime 22 Communication d’incendie 21
Action des associations 24 Compensation 12
Action directe 11 Condition 10
Action oblique 11 Condition résolutoire 10
Action paulienne 11 Condition suspensive 10
Action pénale 24 Confirmation 9
Aéronefs 21 Confusion 12
Aléas 15 Consensualisme 2, 8
Animaux 21 Consentement 3
Apprentis 19 Consentement intègre 4
Approche objective 17 Contrat 1, 3s
de la faute Contrat à titre gratuit 2
Arrêt Blieck 18 Contrat aléatoire 2
Artisan 19 Contrat cadre 2
Assureur 12 Contrat collectif 2
Ayant cause 11 Contrat commutatif 2
Ayant cause 11 Contrat consensuel 2, 8
à titre particulier Contrat d’adhésion 2
Ayant cause à titre 11 Contrat d’application 2
universel Contrat de gré à gré 2
Ayant cause universel 10 Contrat individuel 2
Bâtiments en ruine 21 Contrat innommé 2
Blieck 18 Contrat instantané 2
Bon dol 4 Contrat intuitu personae 4
Bon père de famille 17 Contrat nommé 2
Capacité 7, 17, 20 Contrat onéreux 2
Cas fortuit 13 Contrat réel 2, 8
Cause 6, 23 Contrat solennel 2, 8

Index 141