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Revue de l'histoire des religions

Quentin F. Maule et H. R. W. Smith. Votive religion at Caere :


prolegomena
Raymond Bloch

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Bloch Raymond. Quentin F. Maule et H. R. W. Smith. Votive religion at Caere : prolegomena. In: Revue de l'histoire des
religions, tome 159, n°1, 1961. pp. 104-106;

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Damon à ce sujet, on est un peu étonné de le voir toujours cité à travers


des études: de seconde main. Pas une, fois les Vorsokrati ker de Diels
n'apparaissent dans ce livre ; et pourtant des fragments importants
de Damon y sont donnés (6e éd.,,1, p. 381-84). Qu'il nous soit permis
d'ailleurs de critiquer la manière de présenter la bibliographie ■ en


index. Tant qu'elle n'est pas systématique, une bibliographie n'a à peu
près aucun intérêt. Pour savoir, par exemple, quels sont les ouvrages
fondamentaux où se trouvent les fragments des traités grecs
concernant la musique, ou les ouvrages modernes qui en - traitent, Л1 faut
parcourir 23 pages d'une liste alphabétique ! Et encore sera-t-on loin
de : trouver la : bibliographie nécessaire ■ au sujet, outre * des lacunes
importantes dans l'information , concernant la Grèce antique. Les
histoires de la musique, comme celle de Combarieu ( 1913-1958),
de Gérold (1936) n'y figurent pas.
Ajoutons que les fautes d'impression en grec dépassent la mesure
permise pour un ouvrage où sont imprimées plusieurs langues. On en
peut compter dix aux pages 24 et 25. La plupart ne sont que des
erreurs d'accent, pourtant une est plus grave c'est 9jxoç (sic) pour
vxh (§ 15> n- 5)-
Mais le reproche le plus important que l'on peut faire à l'ouvrage
est, semble-t-il, de n'avoir nullement tenté — à aucun endroit — de
définir exactement les termes de l'étude. On sait depuis longtemps
que pour Platon, comme pour beaucoup d'écrivains grecs, у.о\>ыщ est
« l'art des Muses », la poésie, la mathématique aussi bien que la
,

musique proprement dite. Dans la République, on voit très bien que


le mot désigne aussi la poésie (403 c). Elle comprend la Xé£iç (392 c)
et est distincte du ; [léXoç: qui; comprend Xoyoç, áp[j.ovía, ри8[гос
(398 d). Il y avait donc lieu, à ce propos, de faire une étude de ces
mots chez Platon, qui les emploie avec beaucoup de précision, de
voir si l'on n'arrive pas à noter une évolution de leur sens dans les
dialogues et, en tout cas, d'en faire le fondement sur lequel l'ouvrage
aurait reposé. Tel quel, il rendra des services, le sujet n'ayant jamais
encore été étudié pour lui-même ; mais il eût perdu cette impression
de flou et d'à-peu-près qu'il donne parfois et aurait du moins apporté
une précision durable dans l'étude du vocabulaire philosophique

platonicien qui est encore à faire.


François Daumas.

Quentin F. Maule et H. R. W. Smith. — Votive religion at Caere :


prolegomena, dans les University of California Publications in classical-


archaeology, vol. 4, n° 1, pp. 1-136, 5 pi., 8 fig. dans le texte, University
of California Press, Berkeley et Los Angeles, 1959. — Le titre de cet
ouvrage demande à être expliqué : il s'agit de l'étude de quelques-unes
des terres cuites votives, découvertes en énorme quantité, en 18S5,
dans une très riche favissa de Cerveteri. L'Université de Californie, à
Berkeley, en possède, depuis le début du siècle, plusieurs centaines et
NOTICES. BIBLIOGRAPHIQUES 105

la publication de :■ cet ensemble se prépare. - MM. Maule et Smith,,

:
sans attendre cette publication, présentent et т tentent de résoudre-
certains problèmes posés par une dizaine de ces figurines. Ils éclairent
ainsi la , nature de ce - qu'ils appellent la , religion . votive de Caere,

;
c'est-à-dire la religion manifestée par la foule d'ex-voto offerts, durant
des siècles, par. des fidèles de toutes origines aux divinités honorées
dans le sanctuaire de la Vignaccia. ,
On trouvera, dans un \ prochain numéro de la ; Revue des Études

;
anciennes, un commentaire détaillé et une série de réflexions que m'a
inspirées cet ouvrage de volume restreint, mais de riche contenu.
Laissant de ■ côté les études archéologiques de * détail, qui ; forment
une partie importante du livre, je relève seulement ici l'importance
des conclusions proposées en ce ■- qui concerne l'étude des religions
<
anciennes. Celle-ci repose, on le sait, sur l'analyse et la confrontation
des documents les plus divers, textes littéraires, épigraphiques,
monuments figurés de toute, sorte. Or, parmi ces derniers, les auteurs
insistentjustement sur la place particulière qu'il faut, accorder aux
innombrables ex-voto que le fouilleur découvre dans les favissae, les
dépôts votifs de nombreux sanctuaires et que trop souvent la
publication néglige et oublie, en raison du caractère artisanal et modeste
de ces offrandes. A côté, en effet, de la religion officielle, de sa théologie
et de ses rites, largement exposés dans les textes et analysés par les
érudits, ces dépôts votifs, injustement méprisés, expriment le sentiment .
populaire et direct de la foule qui va chercher, avant. tout dans ses
Dieux, protection et réconfort individuel et familial.
Cette direction d'intérêt est absolument légitime. La religion, dans
une même société, présente bien des strates, .des couches distinctes.
Son aspect populaire est souvent plus mal connu pour l'Antiquité que
son aspect officiel qui s'étale dans les textes et les monuments figurés.
Déjà.d'éminents érudits ont, en vérité, porté leur attention . vers
l'étude de la religion > des foules. Songeons au : volume bref, mais
pénétrant de Martin P. Nilsson sur La religion populaire dans la Grèce,
antique (traduit de l'anglais, coll. « Civilisations d'hier et
d'aujourd'hui », Pion, 1954). Plus récemment encore, la religion des esclaves,
fort négligée jusqu'ici, a fait l'objet d'une étude approfondie et
fondée essentiellement sur le matériel épigraphique, de M. Fr. Borner ;
elle s'intitule Untersuchungen.û. ber die Religion der Sklaven in Grie-
chenland und Rom ; Ier Teil : Die wichtigsten Kulten und Religionen in
Rom und im laleinichen Westen, Hambourg, 1957. L'histoire des dépôts
votifs du centre de l'Italie, commencée par MM. . Maule et Smith,,
contribuera pour sa part, à éclairer à nos yeux l'évolution du
sentiment religieux des foules en Êtrurie du i Sud et dans le Latium, à
l'époque préromaine.
Parmi les considérations nombreuses et souvent pénétrantes qui
nous sont présentées, je retiendrai essentiellement celle-ci : les favissae
envisagées comptent une foule de figurines et d'objets en terre cuite
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qui, suivant les époques, parfois ensemble, offrent l'image fies dévots,
des Dieux ou sont des ex-voto médicaux offerts à la divinité pour
obtenir d'elle la guérison d'un malade. Or ces derniers ex-voto
deviennent très nombreux à partir du ve siècle, infiniment plus, par exemple,
qu'en Grande-Grèce ou en Grèce, à aucune époque. Dans cette Italie
centrale, qui a connu une certaine unité de culture jusqu'à l'époque
préromaine, le sentiment religieux populaire s'adresse à des divinités
féminines, de culte local ou régional, qui sont protectrices des hommes,
des champs et des troupeaux ; c'est à elles bien plus qu'aux grands
Dieux, trop imposants, trop lointains et moins familiers, que le petit
paysan vient demander aide et protection au milieu de ses misères
quotidiennes. Si donc dans la religion officielle de l'Étrurie du Sud et
dans celle du Latium, les divinités masculines semblent l'emporter en
importance sur leurs compagnes, il n'en va pas de même de la dévotion
populaire ni des cultes locaux. Quant au caractère guérisseur de ces
Déesses locales qui, souvent sont des Déesses des sources, il ne serait
pas difficile de trouver de nombreux points de comparaison en d'autres
temps et en d'autres lieux. Songeons ainsi à l'importance des Déesses
Mères, elles aussi guérisseuses, de la Gaule romaine. Le prochain
volume du Manuel ď Archéologie gallo-romaine, de M. A. Grenier, qui
traitera des Villes d'eaux et de leurs Divinités (à paraître dans l'hiver
1960-1961), apportera là-dessus d'intéressantes informations. Une note
détaillée de MM. Maule et Smith relève, au contraire fn. 16, p. 90),
que « in Greece and Magna Graecia, anatomical models in terracolla seem
lo be exceptional, apart from the sanctuaries which italic religion had wholly
taken over ». Et ils expliquent ce fait curieux dans la confiance témoignée
par les Grecs dans leurs grandes divinités médicales, tel Asklepios.
Ainsi l'histoire des religions a encore beaucoup à attendre des
données de l'archéologie. Les trouvailles les plus humbles, opérées
dans l'entourage des sanctuaires, ont un intérêt fort vif du point de
vue de l'histoire des cultes et de la piété officielle ou populaire. Il faut
donc souhaiter que le vaste matériel trouvé dans les favissae de
l'Italie antique, et aussi des provinces romaines, soit publié dans son
ensemble, au lieu de rester, comme il arrive trop souvent, entassé dans
les magasins de Musées surchargés. Il a suffi, on s'en souvient, de
quelques courtes inscriptions et de l'examen du matériel votif trouvés
dans une favissa près de Capène, à Scorano, pour localiser
définitivement le bois sacré de Feronia, le Lucus Feroniae, célèbre dans les
temps anciens, mais vainement cherché par les érudits modernes, et
pour éclairer l'histoire et les caractères de la Déesse italique Feronia
(cf. R. Bloch et G. Foti, Nouvelles dédicaces archaïques à la
Déesse Feronia, dans la Revue de Philologie, 1953, I, p. 65 sq.). Le
travail à accomplir en d'autres secteurs reste important. Un des
mérites de l'ouvrage de MM. Maule et Smith, est d'avoir attiré
l'attention sur l'urgence de ce travail.
Raymond Bloch.