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Comportement d'un bâtiment sous séisme

(projet CAMUS)
I - Discrétisation de la structure et modélisation
numérique de la réponse linéaire

Jean-François SEMBLAT
ingénieur des Travaux publics de l'État
Docteur de l'École Polytechnique

Amel AOUAMEUR
Docteur ENPC - Post-doctorante au LCPC
Service Modélisation pour l'ingénieur

Franz-Josef ULM
Chef de la section Comportement mécanique
et modélisation
Division Bétons et composites cimentaires

Hussam MITANI
Stagiaire

Laboratoire central des Ponts et Chaussées

RESUME
D a n s cet article, le projet C A M U S ( C o n c e p -
tion et A n a l y s e d e M U r s s o u s Sélsmes,
1997-1998) est présenté à travers la contri-
bution du Laboratoire central d e s Ponts et
Chaussées ( L C P C ) a u concours de prévision
lié à c e programme (modélisation numérique
de la réponse sismique d'un bâtiment). L a
maquette d e c e bâtiment a été testée sur la
table vibrante d u C o m m i s s a r i a t à l'énergie
atomique ( C E A ) afin d'analyser expérimenta-
lement s a réponse sismique.
C e premier article concerne la modélisation de
la réponse dynamique linéaire d e la structure
(réalisée à l'aide de C É S A R - L C P C ) et l'analyse
de l'influence d e s caractéristiques du modèle
sur les paramètres modaux. E n effet, l'analyse
des m o d e s propres de la structure seule ne
permet p a s d e retrouver les fréquences pro-
pres déterminées expérimentalement.
L'ensemble structure/table vibrante est alors Introduction
pris en compte d a n s deux modèles complets
(l'un bidimensionnel, l'autre tridimensionnel). En génie parasismique, les expérimentations sur
Les fréquences propres obtenues sont alors
plus faibles et approchent correctement les m o d è l e s réduits p r é s e n t e n t un grand intérêt. Elle s per-
valeurs réelles. L e mode propre vertical, dû à la mettent, en effet, d'analyser sur des dispositifs de
s o u p l e s s e d e s supports de la table, peut alors
être détecté. dimensions raisonnables des p h é n o m è n e s aussi v a r i é s
que la propagation des ondes sismiques ( S e m b l â t et
L a détermination d e la réponse dynamique Luong, 1998). le comportement dynamique des struc-
linéaire est réalisée à i'aide d'une méthode
de superposition modale et la contribution d e tures (Buland, 1995) ou l'interaction sol-structure ( P i t i -
chacun d e s m o d e s est analysée ( m a s s e s lakis et al., 1994).
effectives). L'analyse dynamique non linéaire
et la c o m p a r a i s o n a v e c les résultats expéri- Les e x p é r i m e n t a t i o n s sismiques sur les b â t i m e n t s peu-
mentaux seront proposées dans un s e c o n d
article (Aouameur et ai, à paraître). vent ainsi être réalisées à échelle réduite sur table
vibrante. Il est toutefois n é c e s s a i r e de respecter certaines
M O T S C L É S : Modèle numérique - sismique -
Éléments finis (méthode) - Vibration - r è g l e s , a p p e l é e s loi? de similitude, afin d ' obtenir sur la
Modèle (sauf math.) - Temps (durée) - maquette les m ê m e s niveaux de contrainte et d ' a c c é l é r a -
Ouvrage d'art (gén.) - Bâtiment
Comportement - Dynamique //table vibrante. tion que sur le b â t i m e n t en vraie grandeur (cf. « E x p é r i -
mentations dynamiques sur table vibrante » ) .

BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 2 1 9 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - REF. 4244 - PP. 53 67 53
Une première expérimentation de ce type s'est Ceci donne la condition de similitude suivante
déroulée entre 1990 et 1992 (projet C A S S B A : pour la masse volumique :
Conception et Analyse Sismique des Structures
en Béton A r m é ) . L'objectif de ce projet était . „ . 1
P i dou p -
d'étudier la réponse sismique d'un bâtiment à /

murs porteurs de huit étages à l'aide d'essais sur


table vibrante (Gantenbein et al, 1994). Si l'échelle des distances est réduite d'un facteur
3 (/ = 1/3), i l est donc nécessaire de multiplier
L e projet C A M U S (Conception et Analyse de la masse volumique par un facteur 3. Il n'est pas
M U r s sous Séismes) a ensuite vu le jour afin de possible de modifier la masse volumique du
caractériser pleinement la réponse dynamique matériau, car celui-ci doit se comporter de la
non linéaire du m ê m e type de bâtiment dans m ê m e manière sur la maquette qu'en grandeur
d'autres conditions de chargement sismique réelle. Les structures utilisées pour les essais sur
( C E A , 1997). Outre les expérimentations sur table vibrante sont donc pourvues de masses
modèle réduit réalisées sur la table vibrante additionnelles permettant de respecter la condi-
« Azalée » du Commissariat à l'énergie ato- tion de similitude sur la masse volumique
mique ( C E A ) et le travail de simulation et d'ana- (cf. « Description de la structure C A M U S »). E n
lyse de l ' é q u i p e C A M U S , un concours de prévi- considérant maintenant la contrainte due à la sol-
sions international a été proposé pour modéliser licitation sismique (Buland, 1995), l'équation
la structure et analyser sa réponse à l'aide de aux dimensions obtenue s'écrit :
m é t h o d e s numériques. Onze équipes différentes
(Europe, Canada, É t a t s - U n i s , Japon) ont parti- m y* ,. . / , e t f-i
cipé à ce concours de prévisions et ont présenté a = '— d ou Y = — = 1 t = yl
e
I i
leurs résultats lors de la X I Conférence euro-
péenne de génie parasismique ( C E A , 1998). où Y c t
t s o n t
les échelles de similitude sur l'ac-
célération et sur le temps. En plus de la simili-
tude de contrainte ( a = 1), i l y a donc s i m i l i -
tude d'accélération (Y = 1). Il faut, en revan-
Expérimentations dynamiques che, respecter un rapport de similitude (/")''" sur
sur table vibrante le temps. Les signaux d'accélération utilisés
pour les essais sur table vibrante ont donc la
m ê m e amplitude qu'en grandeur réelle, mais ils
Lois de similitude pour les essais doivent être contractés dans le temps. Pour réa-
sur table vibrante liser des essais dynamiques sur table vibrante, i l
faut ainsi augmenter la masse volumique du
Les essais sur modèle réduit (centrifugeuse, table
modèle réduit d'un facteur 1/1 et contracter
vibrante, soufflerie, etc.) présentent un grand 1/2

intérêt pratique et é c o n o m i q u e . Ils nécessitent, l'échelle des temps d'un facteur (/"') . Les fré-
toutefois, le respect de règles précises, appelées quences de la maquette seront donc augmentées
lois de similitude. Ces lois permettent, par exem- de ( l / / )''" par rapport à la réalité. Le respect de
ple, de retrouver à échelle réduite les m ê m e s ces lois de similitude permet d'obtenir sur
niveaux de contrainte qu'en grandeur réelle sur maquette les m ê m e s contraintes que pour la
l'ouvrage prototype. L e comportement du maté- structure réelle.
riau est alors similaire pour la maquette et le pro-
totype.
Le projet CASSBA
Pour les essais sur table vibrante, en notant / le
rapport de réduction sur les distances (/ < 1) et L'objectif de ce projet était d'étudier la réponse
sismique d'un bâtiment de huit niveaux, à murs
en considérant l'équation dimensionnelle don-
porteurs en béton faiblement armés et chaînés.
nant la contrainte due aux forces de pesanteur
Financé par le Ministère de la recherche, la F N B ,
(Buland, 1995), la condition de similitude sur la
le C E A et Cogema, ce programme a été réalisé
masse de la structure, soit m , est la suivante :
par le C E A , le G R E C O , le C E B T P et un groupe
d'experts en génie parasismique.

Après définition d'un bâtiment type, une


maquette, à l'échelle 1/3 sur les longueurs et 1/9
où a et g sont les échelles de similitude sur la sur les masses, a été testée en étant simplement
contrainte et sur la pesanteur. Comme ces deux posée sur la table vibrante « Azalée » du C E A
échelles valent l'unité ( m ê m e contraintes et (Gantenbein, 1994). Plusieurs équipes françaises
m ê m e forces de pesanteur sur la maquette qu'en ont réalisé des simulations numériques afin
grandeur réelle), l'échelle de similitude sur la d'analyser les réponses linéaire et non linéaire de
2
masse vaut donc : m" = ( f ) . la structure (Mazars, 1994). Le L C P C a participé

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LCTC

1er mode, f, = 4,32 Hz 2e mode, f = 6,93 Hz


2 3e mode, f = 10,8 Hz
3

Fig. 1 - Modes propres de la structure du projet CASSBA.

au projet C A S S B A en analysant les caractéristi- Le projet CAMUS


ques modales et la réponse dynamique linéaire
En continuité à CASSBA. la recherche
de la structure (Grégeois, 1992). L a structure est
C A M U S s'inscrit dans le cadre de la maîtrise
modélisée en trois dimensions à l'aide d'élé-
du risque sismique pour une technique de
ments de volume (pour les longrines-semelles),
construction qui utilise le concept de structure
d ' é l é m e n t s de coque (planchers, murs) et d'élé-
à murs faiblement armés-chaînés. Le projet est
ments de poutre (contreventements métalliques).
soutenu par le C E A , la F N B , le Plan génie
L a masse de la structure est de 91 t pour une civil et E D F , et les acteurs sont le C E A , le
hauteur totale de 7,596 mètres. réseau G E O , le C E B T P et un groupe d'experts
en génie parasismisque. L'objectif de ces tra-
L a figure l montre les trois premiers modes pro-
vaux est d'étudier la réponse sismique d'un
pres de la structure C A S S B A déterminés à l'aide
bâtiment de plusieurs étages dans d'autres
du progiciel de calcul par cléments finis
conditions d'appui que C A S S B A afin d'éviter
C É S A R - L C P C (Humbert, 1989). L e maillage
l'effet de filtre créé par le soulèvement de la
comporte 1 997 nœuds et 1 823 éléments. Le
maquette (Coin et ai, 1998). L a structure est
premier mode propre correspond à une flexion
constituée de béton faiblement armé et est
transversale, le deuxième à une flexion longitu-
ancrée à la table vibrante ( C E A , 1997 ;
dinale et le troisième à la torsion. Les modes Mazars, 1998). L a participation du L C P C au
d'ordre supérieur sont donnés dans l'article de concours de prévisions international du projet
Grégeois et al. (1992). C A M U S s'est faite en s'appuyant sur le progi-
ciel de calcul par éléments finis C É S A R - L C P C
Les expérimentations m e n é e s sur table vibrante
(Humbert, 1989). Les différentes étapes de la
ont montré un soulèvement de la structure au
modélisation sont les suivantes :
cours du mouvement de la table créant ainsi un
effet de filtre sur la sollicitation sismique. L a >- discrétisation et modélisation des différents
éléments structuraux,
structure a donc été peu e n d o m m a g é e et l'ana-
>- détermination des fréquences propres et
lyse dynamique non linéaire de sa réponse n'a
modes propres du bâtiment et de sa réponse sis-
pas permis de caractériser pleinement les effets
mique linéaire,
irréversibles dus au chargement sismique. L a
>- calcul de la réponse non linéaire en temps
transmission des efforts aux murs porteurs est en
pour plusieurs niveaux de séismes.
effet restée limitée du fait du balancement de la
structure (Gantenbein, 1994 ; Mazars, 1994, Nous ne considérerons ici que les deux pre-
1998). miers points ; l'analyse dynamique non

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linéaire sera présentée dans l'article d ' A o u a - Description de la structure CAMUS
meur et al. (à paraître). Dans le projet
C A M U S , la structure considérée est une
maquette de bâtiment à l'échelle 1/3 compor- Description générale
tant six planchers et d'une hauteur totale de
L a structure C A M U S comporte essentiellement
5,1 m. Elle est constituée de murs en béton
faiblement armé couramment utilisé dans la deux types d ' é l é m e n t s structuraux :
conception des bâtiments en France. L e com- >- les murs, planchers et fondations en béton
portement sismique de telles structures est armé,
réputé très bon. Les règlements parasismiques v- le système de contreventement constitué de
ne tiennent en général pas compte de cette pro- poutres en acier.
priété. A f i n d'analyser les performances sismi-
Sur chacun des planchers supérieurs (fig. 2), elle
ques de la maquette C A M U S , la modélisation
numérique de la structure et le calcul de sa comprend en outre des surcharges permettant de
réponse sismique linéaire et non linéaire ont respecter les conditions de similitude sur la masse
été réalisés ( C E A , 1997 ; C E A , 1998 ; volumique (cf. « Expérimentations dynamiques
Mazars, 1998). L'analyse linéaire réalisée par sur table vibrante »). L a figure 3 donne un schéma
l'équipe du L C P C (Semblât et al., 1998) est de la structure C A M U S (échelle 1* = 7/3 : sa hau-
présentée dans cet article. Cette étude n u m é - teur totale est de 5,1 m, les planchers sont espacés
rique préliminaire ne permet pas de compa- de 0,9 m (épaisseur 0,21 m), l'épaisseur des murs
raison précise avec les réponses mesurées est de 0,06 m et celle des fondations de 0,10 m.
expérimentalement (fortement non linéaires). Les données expérimentales de départ concernent
Ces comparaisons seront effectuées dans le les premières fréquences propres de la struc-
second article (Aouameur et ai, à paraître). ture : 7.24 H z pour le premier mode propre

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(flexion dans le plan des murs), 20 H z pour le
premier mode propre vertical et 33 H z pour le
deuxième mode propre de flexion ( C E A , 1997).

Principaux éléments structuraux


L a masse totale de la structure est de 36,310 t.
Les différents éléments structuraux en béton
armé sont les suivants :
• les murs latéraux :
3
- p : 2 400 kg/m , Fig. 4 - Plancher courant avec ses masses additionnelles.
- E : 28 000 M P a ,
- v : 0,2,
- e : 0,06 m (constante) ;
• la fondation (et son système de fixation) : Le système de contreventement est constitué de
- p : 5 600 kg/m . 3 poutres inclinées en acier (cf. fig. 8) dont les
- E : 28 000 M P a , caractéristiques sont les suivantes :
3
- v : 0,2, p = 8 370 kg/m , E = 210 000 M P a , v = 0,3.
- e : 0,10 m ; L'aire de la section de toutes les poutres est la
2 2

• les planchers supérieurs qui comportent des m ê m e et vaut S = 1,06.KL m , les s e c t i o n s r é -


4 2 4 2

masses additionnelles : duites sont SI = 2,4.10" m , S 2 =8,61.10" m .


3
Le moment d'inertie de torsion vaut
- p : 9 525 kg/m , 1 4
V = 1,07-lfr' m , les inerties de flexion autour
- E : 28 000 M P a , n

- v : 0,2, des axes X et Y sont respectivement


4 4

- e : 0,21 m ; V = 1,126.10^ m et V = 3,923.10-' m .


l 2 u

• le plancher inférieur :
- p : 2 400 kg/m , 3
Modélisation numérique en dynamique
- E : 28 000 M P a , avec C É S A R - L C P C
- v : 0,2, Les recherches sur les méthodes numériques et
- e : 0,21 m. les éléments finis ont démarre au L C P C à la fin
où : des années 1960. C É S A R - L C P C est un code de
^ p : masse volumique, calcul général basé sur la méthode des éléments
E : module d'Young, finis développé au L C P C depuis 1983 afin de
^ v : coefficient de Poisson, modéliser le comportement d'ouvrages de génie
>- e : épaisseur. civil (Humbert, 1989). Il comporte une grande
variété de lois de comportement permettant de
Il est tenu compte de la présence des masses simuler de nombreux types de problèmes ( l i -
additionnelles (fig. 4) qui n'interviennent pas néaire, non linéaire, bidimensionnel, tridimen-
dans la résistance des planchers, mais modifient sionnel, statique, dynamique). Les différents
leur masse volumique. L a masse volumique d'un champs d'investigation de C É S A R - L C P C sont les
plancher courant est alors déterminée d'après la suivants : géotechnique, calcul de structure,
masse du plancher lui-même à laquelle sont hydrogéologie, mécanique des chaussées, pro-
ajoutées les masses additionnelles fixées blèmes couplés, thermique, acoustique, sismi-
au-dessus et en dessous de chaque plancher que, etc.
(cf. fig. 2 et 4 ; Semblât et al., 1998). Ces
masses additionnelles permettent de respecter le En dynamique, i l est possible de résoudre par la
rapport de similitude sur la masse volumique, méthode des éléments finis les problèmes géné-
soit p = 1/1" = 3 (cf. « Expérimentations dyna- raux de dynamique des structures (Grégeois et
miques sur table vibrante »). Elles sont soit en al., 1992 ; Aouameur, 1998), d'analyser les phé-
béton, soit en acier et leurs masses respectives n o m è n e s de propagation d'ondes (Semblât, 1997
sont les suivantes : et 1998) et les problèmes d ' a é r o d y n a m i q u e pour
M = 0,628 t (quatre masses en acier),
A
les ouvrages d'art (Patron, 1998). C É S A R - L C P C
>- M = 0,240 t (deux masses en béton au-dessus), comporte également un module basé sur la
B

méthode des éléments de frontière qui permet de


>- M = 0,288 t (six masses en béton en dessous).
c
résoudre les problèmes d'effets de site et d'inter-
Le plancher inférieur est dépourvu de masses action sol-structure (Dangla, 1989 ; Semblât et
additionnelles. ai, 1999).

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Le d é v e l o p p e m e n t récent dans C É S A R d'algo- du quotient de Rayleigh (au voisinage de tout
rithmes et de types d ' é l é m e n t s spécifiques vecteur propre). Ce quotient est défini pour tout
(poutre multifibre, coque multicouche) permet vecteur y de la façon suivante (Imbert, 1979) :
de réaliser des calculs dynamiques non linéaires T
et d'analyser ainsi les p r o b l è m e s de chocs et de
T
dynamique rapide (Sercombe, 1997), la réponse y M y
sismique des structures ( U l m , 1993 et 1994 ;
Aouameur, 1998), etc. Méthode de la puissance inverse

Elle permet de calculer la plus petite valeur


propre (et le vecteur propre associé) et consiste à
Détermination des fréquences itérer sur un vecteur y défini à l'étape i de la
et des modes propres façon suivante :
K.y ; M.v,
Modes propres réels des systèmes
en partant d'un vecteur y défini sur la base des ()
à amortissement classique (i)
vecteurs propres x sous la forme :
Les équations du mouvement d'un système à N
degrés de liberté s'écrivent
(Clough, 1993 ; Imbert, 1979) :
classiquement
y» =S „0')
Pi x<-
j =i
M x + C x + K x = F(t)
L'expression du vecteur y sur la base des vec- i

où M , C et K sont respectivement les matrices de teurs propres est alors la suivante :


masse, d'amortissement et de rigidité. L a solu-
tion générale peut s'obtenir à partir de l'étude 1 (j)
des vibrations libres : P,x ( l )
+ I Pi*'

Mx + Cx + Kx = 0 0) Lorsque le nombre d'itérations devient grand, les


Les N solutions propres du système (1) sont itérés successifs deviennent colinéaires au vec-
appelés « modes ». Dans le cas général, ces N teur propre x (0
modes sont complexes (Bisch et al., 1999). Pour
des structures sans amortissement ou présentant 1 (3,x (l>
et de plus
y i
i +
i
un amortissement classique (amortissement de
Rayleigh, par exemple), les modes sont réels et
sont solutions du système :

Mx + K x = 0 Modes propres
Les solutions sont du type x(t) = X . e J0)t
, d ' o ù les de ia structure CAMUS
équations modales :

co M x = K x (2) Modèle bidimensionnel de la structure


Le système (2) possède N valeurs propres réel- En considérant que la structure présente un
2
les : X = to, , X = to, , ...
{ 2
2 2
, X. = co, auxquelles
N
amortissement classique et q u ' i l n'y a pas
correspondent les modes propres (ou vecteurs d'amortissements localisés, la détermination des
propres) du système sans amortissement soient caractéristiques modales se fait par l ' i n t e r m é -
(2
x " \ x >, x ( N )
. diaire des modes propres réels. U n premier
modèle bidimensionnel est élaboré afin de réa-
liser une analyse simple et rapide des fréquences
Méthodes de détermination des valeurs propres et modes propres de la structure. Le calcul est
effectué en contraintes planes et les conditions
Dans C É S A R - L C P C , la détermination des valeurs
propres et vecteurs propres réels du système (2) aux limites à la base de la structure imposent des
se fait à l'aide du module M O D E . L a m é t h o d e d é p l a c e m e n t s horizontaux et verticaux nuls en
de résolution utilisée est la m é t h o d e du sous-es- tout point.
pace, qui combine les m é t h o d e s d'itération Les murs et les fondations sont m o d é l i s é s par
inverse et de Ritz (Fezans, 1997). des éléments finis volumiques d'épaisseurs res-
pectives e, = 0,12 m et e = 0,20 m (soit deux 2

Méthode de Ritz fois l'épaisseur nominale). Les planchers en


La m é t h o d e de Ritz permet de réduire la dimen- béton sont modélisés à l'aide d ' é l é m e n t s de
sion du p r o b l è m e aux valeurs propres à résoudre. poutre ayant les caractéristiques suivantes :
3
Elle utilise, pour cela, le principe de stationnaritô p = 9 525 k g / m (avec masses additionnelles,

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cf. « Description de la structure C A M U S »), Modèle bidimensionnel complet
E = 28 000 M P a , v = 0.2, aire de la section
2 2
S = 0.357 m , section réduite S | | = 0,2975 m , Description du modèle
4
moment d'inertie de torsion V = 0,0013 m , n
Comme le montre la figure 6, le modèle bidi-
excentrement du centre de gravité de la section
mensionnel complet comprend la structure telle
Y = 0,03 m. L'excentrement est calculé
G
que décrite p r é c é d e m m e n t , la table vibrante et
d ' a p r è s la position des masses additionnelles,
ses supports (ressorts localisés). L a table
mais i l modifie peu les fréquences propres de la
vibrante, supposée rigide, a été incluse dans le
structure (Semblât et ai, 1998). L a masse volu- modèle en tenant compte de sa masse et de sa
mique du plancher inférieur vaut géométrie soient : masse volumique
p = 2 400 kg/m'' (pas de masses additionnelles) 3
p = 615 k g / m (calculée d ' a p r è s la masse de la
et son excentrement est nul. table, m, = 25 t, supposée uniformément répar-
tie), épaisseur e = 6 m (pour le calcul en
Le premier mode propre de la structure est
représenté sur la figure 5 et correspond à une contraintes planes, c'est-à-dire la « profondeur »
fréquence propre de 8,7 H z . Cette première de la table dans la direction perpendiculaire au
fréquence propre est nettement plus élevée que modèle). Une poutre très rigide est fixée à la
celle donnée par l'expérience (7,24 H z ) . Le table afin de relier celle-ci aux supports (res-
modèle bidimensionnel considéré est donc plus sorts verticaux) excentrés par rapport aux extré-
rigide que la structure réelle. En outre, dans les mités de la table.
premiers modes propres obtenus avec ce
modèle, il n'apparaît pas de mode propre ver- Les ressorts verticaux fixés aux extrémités de
tical comme indiqué par l'expérience ( C E A , cette poutre ont une rigidité K = 4.10 N / m x

1997). ( C E A , 1997). L a rigidité ponctuelle fixée au


milieu de la poutre représente deux ressorts
A f i n de rendre le modèle plus réaliste, la table
situés à l'avant et à l'arrière de la table et a donc
vibrante et ses supports ont également été
une rigidité deux fois plus grande soit
modélisés. Le modèle complet ainsi considéré
K ' = 2 K = 8.10* N / m . Dans les simulations
devrait être plus souple que le précédent et
conduire à des fréquences propres plus proches numériques, plusieurs valeurs de K ont été utili-
de la réalité. En outre, la masse totale de la sées afin d'analyser l'évolution des fréquences
table vibrante est d'environ 25 t, ce qui n'est propres.
pas négligeable eu égard à la masse de la
structure. Les éléments e m p l o y é s dans C É S A R afin de
modéliser ces ressorts verticaux sont des élé-
ments spéciaux appelés également rigidités
ponctuelles ( L C P C , 1997). Ils permettent de
donner de manière explicite des matrices de rigi-
dité (ou de masse ou d'amortissement) élémen-
taires. Les coefficients des matrices élémentaires
sont donnes explicitement et ces éléments spé-
ciaux peuvent soit être connectés à une base
rigide, soit relier deux nœuds distincts. Il est
ainsi possible de modéliser des rigidités ou des
amortisseurs ponctuels ou encore des masses
localisées.

Modes et fréquences propres

Pour le modèle bidimensionnel complet, la


ière fréquence
condition aux limites concerne le centre de gra-
e f = 8.7 Hz
1

vité de la table : il est fixé dans la direction


horizontale afin d'éliminer les mouvements de
translation de corps rigide (les mouvements
verticaux sont limités par les rigidités supports
JESAR
UfC de la table vibrante). Le calcul est basé comme
p r é c é d e m m e n t sur l'hypothèse de contraintes
planes. Les trois premiers modes propres du
modèle bidimensionnel complet sont donnés
Fig. 5 - Premier mode propre
de la structure bidimensionnelle. sur la figure 7.

B U L L E T I N D E S L A B O R A T O I R E S D E S P O N T S E T C H A U S S É E S - 219 - JANVIEIIR-FÉVRIER 1999 - R É F . 4244 - P P 53-67 59


Fig. 6 -
Maillage du modèle
bidimensionnel complet
incluant la table vibrante.

Plancher courant

Murs

Poutres de contreventement

Plancher inférieur

Fondation

>ESAR
UR
Table

Support Supports centraux

3^ Poutre rigide

7777777
L'intégration de la table vibrante et de ses sup- cette valeur de K qui sera retenue dans la suite.
ports (rigidités ponctuelles) dans le modèle 8
Pour K = 2,5.10 N / m , les pourcentages sont
permet de rendre compte des mouvements de légèrement plus faibles, mais cette valeur de
rotation de l'ensemble table/structure pour les rigidité des supports de la table diffère très for-
modes 1 et 3. Il est également possible d'ac- tement de la valeur fournie pour le concours de
céder au deuxième mode propre (vertical), qui prévisions C A M U S ( C E A , 1997).
est dû à la souplesse des supports de la table et
qui ne peut pas être obtenu avec le premier
modèle (structure seule). L a première fréquence Modèle tridimensionnel complet
propre est plus faible que pour la structure
bidimensionnelle seule, puisqu'elle vaut Description du modèle
7,93 H z . Elle reste toutefois encore assez éloi-
gnée de la fréquence donnée expérimentale- En trois dimensions, la structure et la table sont
ment (7,24 H z ) . L e premier mode propre est prises avec les m ê m e s caractéristiques que pour
un mode de flexion. L e deuxième mode est un le modèle bidimensionnel. Dans le cas tridimen-
mode de vibration verticale. L e troisième mode sionnel, les murs, la fondation et les planchers
est le deuxième mode de flexion. Comme l ' i n - sont représentés par des éléments de coques (au
dique la figure 7, les mouvements de la table lieu d ' é l é m e n t s volumiques bidimensionnels
vibrante sont tout à fait significatifs et ont un pour les deux premiers et d ' é l é m e n t s de poutre
effet non négligeable sur la forme des modes pour les deux derniers). Comme en dimension 2,
propres. Il est donc nécessaire d'intégrer la la masse volumique des planchers supérieurs est
table vibrante et ses supports dans le modèle. calculée en tenant compte de la contribution des
masses additionnelles (Semblât et ai, 1998).
Le tableau I donne, pour différentes valeurs de
rigidité K , les fréquences propres et les pour- L a table est modélisée à l'aide d ' é l é m e n t s volu-
centages d'erreur pour le modèle bidimen- miques et sa masse est supposée répartie de
sionnel complet. Ce modèle complet s'avère façon uniforme dans son volume. L e système de
moins rigide que le premier modèle puisque les contreventement est représenté avec des élé-
supports de la table vibrante induisent une cer- ments de poutre tridimensionnels (au lieu de
taine souplesse (pas de conditions aux limites poutres bidimensionnelles). Les supports de la
rigides). Compte tenu de sa masse, la contribu- table vibrante sont modélisés par des éléments
tion de la table vibrante à la répartition totale spéciaux ponctuels tridimensionnels définis de la
des masses doit, par ailleurs, être assez impor- m ê m e manière qu'en dimension 2 (seul le
tante et modifier de façon sensible les p a r a m è - nombre de termes de la matrice élémentaire
tres modaux. change). L e maillage du modèle tridimensionnel
complet est représenté sur la figure 8.
E n tenant compte des incertitudes sur la valeur
de K , les différentes valeurs choisies condui-
Modes et fréquences propres
sent à des fréquences propres plus faibles
qu'avec le premier modèle. Ces fréquences se L a figure 7 montre les premier, deuxième et
rapprochent des valeurs déterminées expéri- troisième modes propres obtenus avec le modèle
mentalement (tab. I). Pour l'ensemble des trois tridimensionnel complet (structure + table
premières fréquences propres, les pourcentages vibrante). Les modes sont du m ê m e type qu'en
d'erreurs par rapport aux valeurs expérimen- dimension 2 : dans l'ordre, flexion dans le plan
8
tales obtenus pour K = 3.10 N / m sont faibles des murs, mode vertical puis deuxième mode de
(respectivement 7, 2 et 2,4 %). C'est donc flexion.

TABLEAU I
Fréquences propres pour différentes valeurs de K (modèle bidimensionnel complet)

Fréquence propre Pourcentage d'erreur


Valeur de K (Hz) %
(N/m)
f, f 2 f 3 f, f 2

4.10 8
7,93 22,87 35,17 9,5 14,35 6,5

3.10 8
7,75 20,43 33,82 7 2 2,4

2,5.10 e
7,61 18,95 32,84 5 5,1 0,5

BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - RÉF. 4244 - PP. 53-67 61
Fig. 8 -
Maillage du modèle
trimensionnel avec la table
vibrante.

TABLEAU II
Fréquences propres pour différentes valeurs de K (modèle tridimensionnel complet)

Fréquence propre Pourcentage d'erreur


Valeur de K (Hz) %
(Nim)
fi u f 3
f, f 2 «3

4.10 8
7,81 21,69 34,28 7,8 8,4 3,8

3.10 8
7,65 19,58 33,25 5,6 2,1 0,07

2,5.10" 7,52 18,26 32,40 3,8 8,7 1,8

Dans le calcul des modes et fréquences propres mesurées sont faibles et valent respectivement
tridimensionnels, plusieurs valeurs de rigidité K 5,6, 2,1 et 0,07 % pour les trois premières fré-
ont également été considérées. Les résultats cor- quences propres. Ces valeurs sont inférieures aux
respondants à ces différentes valeurs sont donnés différences généralement observées entre modèle
dans le tableau IL réduit et structure réelle (Buland, 1995).

Ces résultats étant tout à fait satisfaisants, c'est


Les résultats n u m é r i q u e s obtenus sont satisfai- ce modèle complet (bidimensionnel et tridimen-
sants et sont plus proches des valeurs expérimen- sionnel) qui sera utilisé dans la suite pour la
tales que dans le cas bidimensionnel (tableau II). détermination de la réponse sismique du bâti-
8
Pour la valeur de K retenue ( K = 3.10 N / m ) , ment. L a valeur de la rigidité des supports de la
les différences entre valeurs calculées et valeurs K
table sera donc prise égale à 3.10 N / m .

62 BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - RÉF. 4244 - PP. 53-67
Réponse linéaire dans la suite. Le pas de temps utilisé dans le
calcul est At = 0,01 s. La figure 10 donne le
par superposition modale
spectre de pseudo-accélération du signal
CAMUS02 en fonction de la période.
Chargement sismique et application
0,8

Accélérogrammes synthétiques
Les chargements sismiques appliqués correspon-
dent à trois signaux d'accélération synthétiques
différents donnés en g (accélération de la pesan-
teur) : CAMUS02, C A M U S 17 et C A M U S 19. Ces
signaux sont représentés sur la figure 9 et donnent
l'accélération horizontale appliquée à la table
vibrante. Le chargement de la structure est équiva-
lent à un mouvement de base rigide imposé.
1 1
0,1 ' ' ' ' ' ' ' • 1
0 0,2 0.4 0,6 0,8 1

Période (s)

Fig. 10 -Spectre de réponse CAMUS02


(pseudo-accélération en « g »).

Mouvement imposé à la base


Comme le bâtiment est de faible hauteur, un
mouvement d'accélération appliqué à sa base
provoque à la fois un mouvement d'ensemble de
la structure et un mouvement relatif par rapport à
cette base. Ceci n'est pas le cas pour les struc-
tures de grande hauteur pour lesquelles il peut ne
pas y avoir réellement de mouvement de corps
rigide (Bisch et al., 1999).

Si l'on note x = x + x le déplacement total de


s c;

la structure lié à un mouvement imposé x en G

son centre de gravité, l'équation du mouvement


relatif x du système table + bâtiment peut
s

s'écrire de la manière suivante (Clough et


Penzien, 1993) :
M(x s + x ) + C x + K x = F(t) = 0
G s s

Seule les forces d'inertie s'expriment en fonction


des déplacements globaux de la structure.
L'équation du mouvement s'exprime alors direc-
tement en fonction de l'accélération imposée au
centre de gravité du système sous la forme sui-
vante :
M x + C x + K x = " Mx
s s s Ci

Pour appliquer ce type de chargement à la struc-


ture, les forces d'inertie ont donc été calculées
d'après les signaux d'accélération synthétiques et
T e m p s (s) appliquées en tout point de la structure. Le char-
gement considéré dans la modélisation numé-
Fig. 9 - Signaux d'accélération pour les calculs linéaires
et non linéaires (en g •>). rique est ainsi un chargement volumique réparti
dans l'ensemble de la structure et appliqué sui-
L'accélérogramme CAMUS02 présente une vant la direction d'accélération (horizontale).
amplitude maximale de 0,24 g, C A M U S I 7 un Comme le centre de gravité G de la table est fixe
maximum de 0,49 g et C A M U S 19 0,71 g. dans le plan horizontal, les mouvements de la
L'application d'un chargement correspondant à structure sont donc des déplacements relatifs
chacun des trois accélérogrammes est décrite définis par rapport à un repère lié au point G.

BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - RÉF. 4244 - PP 53-67 63
Contribution de chaque mode
à la réponse dynamique 0,02
Lorsque la structure est soumise à un déplace-
ment statique unitaire de sa base, en notant ô 0,01
le vecteur déplacement de tous les n œ u d s de la
structure, le facteur de participation modale p ;

représente la contribution du mode i à la


réponse et il est défini par (Clough et Penzien,
1993) : £ -0,01
•<D
Q
T x
( , )

et m.; = pr- -0,02
T v
( i )
Mx®

w
ou x est le vecteur propre du mode i , M la Fig. 11 - Déplacement horizontal au sommet du bâtiment
e

matrice de masse et m, la masse effective du (CAMUS02) pour K = 3.10 N/m.

mode i . Dans cette expression, le dénominateur


est généralement égal à l'unité (normalisation de
la matrice modale par rapport à la matrice de
masse).

Les pourcentages de masse effective sont cal-


culés en divisant les masses effectives de chaque 0,010
mode par la masse totale de la structure. Ils
caractérisent la contribution de chacun des
modes à la réponse de la structure. Lorsque la
somme des pourcentages de masse effective est
insuffisante, i l est possible d'utiliser la « mé-
thode du mode résiduel » (Bisch et al., 1999 ;
Imbert, 1979) en affectant la masse manquante
au dernier mode retenu.

Réponse dynamique linéaire


pour le modèle bidimensionnel complet Fig. 12 - Déplacement horizontal au sommet du bâtiment
e
(CAMUSI7) pour K = 3.10 N/m.

Détermination de la réponse par superposition


modale
L a détermination de la réponse dynamique
bidimensionnelle est réalisée à l'aide d'une
méthode de superposition modale (module
S U M O de CÉSAR, Brioist, 1997). L e modèle 0,04
considéré est le modèle complet présenté sur la
figure 6 et dont les modes propres sont donnés
S 0,02 1
sur la figure 7. Dans le calcul, la valeur de K
8
retenue est K = 3.10 N / m et la sollicitation
est calculée d ' a p r è s les signaux d'accélération
synthétiques de la figure 9. Le pas de temps
utilisé dans le calcul est At = 0,01 s. L a valeur -0,02
de K semble avoir une importance sensible sur
la réponse dynamique de la structure puisque
-0,04
les courbes obtenues pour différentes valeurs
de K ne coïncident pas (Semblât et al., 1998).
U n effet de déphasage important des pics et
Fig. 13 - Déplacement horizontal au sommet du bâtiment
d'amplification plus ou moins grande du dépla- s
(CAMUS19) pour K = 3.10 N/m.
cement apparaît. L a réponse dynamique linéaire
de la structure semble donc très sensible à la
valeur de K , c'est-à-dire à de faibles variations
des fréquences propres.

64 BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - RÉF. 4 2 4 4 - pp. 53-67
Les courbes des figures 11, 12 et 13 donnent Réponse dynamique linéaire pour le modèle
le déplacement horizontal au sommet de la tridimensionnel complet
structure calculé pour les trois sollicitations sis-
L a détermination de la réponse dynamique tridi-
miques ( C A M U S 0 2 , 17 et 19). L'amplitude du
mensionnelle est réalisée à partir du modèle com-
déplacement est d'ordre centimétrique puis-
plet présenté sur la figure 8. L a réponse diffère
qu'elle varie de 0,5 cm pour C A M U S 17 à
légèrement de la réponse obtenue en dimension 2
presque 4 cm pour C A M U S 19. Sur les courbes
puisque les fréquences propres calculées avec les
de réponse, la période d'oscillation observée
deux modèles sont sensiblement différentes.
correspond à la première période propre de
L'amplitude maximale de déplacement reste tou-
l'ensemble structure/table soit T , = 1/f, = tefois du m ê m e ordre qu'en dimension 2. Les
0,13 s (cf. tab. I). pourcentages de masse effective sont également
équivalents en dimension 3 avec une nette prédo-
Pourcentages de masse effective pour le modèle minance des modes 1 et 3 (Semblât et ai, 1998).
bidimensionnel complet Outre l'amélioration des valeurs de fréquences
A f i n de déterminer la contribution de chaque propres estimées (plus proches de celles données
mode à la réponse dynamique de la structure, par l'expérience), l'intérêt du modèle tridimen-
la masse modale effective (cf. « Contribution sionnel est de permettre l'analyse de sollicitations
de chaque mode à la réponse dynamique ») sismiques d'orientation quelconque.
des 10 premiers modes de la structure
C A M U S a été estimée dans le cas du modèle L a figure 14 donne la déformée du modèle tridi-
bidimensionnel complet. Le tableau III donne mensionnel pour le séisme C A M U S 0 2 à l'instant
les pourcentages de masse effective corres- t = 11,71 s. D ' a p r è s cette figure, la déformation
pondant aux dix premières fréquences propres s'opère presque exclusivement en flexion dans le
pour la sollicitation sismique C A M U S 1 9 et plan des murs (structure symétrique sollicitée
avec une rigidité des supports de la table suivant une direction de son plan de symétrie).
K = 3.10 N / m . s
Les mouvements de la table vibrante sur ses sup-
ports ne sont pas négligeables par rapport aux
T A B L E A U III mouvements de la structure. L'intégration de la
F r é q u e n c e s propres et pourcentages de masse
table vibrante dans le modèle est donc parfaite-
effective (modèle bidimensionnel)
ment justifiée.
Pourcentage
Mode Fréquence propre
de masse effective
numéro (Hz)
(%)

1 7,75 41,59

2 20,43 0

3 33,82 10,18

4 58,42 0,272

5 63,62 0

6 90,53 2,791

7 129,71 0

8 131,17 0,824

9 164,13 0,444

10 174,94 0,027

Fig. 14 - Déformée du modèle tridimensionnel complet


e
(CAMUS02. t = 11,71 s, K = 3.10 N/m).
Comme indiqué dans le tableau III, le pourcen-
tage de masse effective est élevé pour le premier
et le troisième mode (respectivement 41,6 et
10,2 % ) . Pour tous les autres modes, les pour-
Conclusions
centages de masse effective sont très faibles. L a
contribution de ces deux modes à la réponse Dans le cadre du projet C A M U S , la réponse sis-
dynamique de la structure est donc largement mique d'un bâtiment a été déterminée sur une
prépondérante. Celle des autres modes est négli- maquette grâce à des essais sur la table vibrante
geable (Semblât et ai, 1998). « Azalée » du C E A ( C E A , 1997). L a contribu-

BULLETIN DES L A B O R A T O I R E S D E S P O N T S E T C H A U S S É E S - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - R É F 4244 - PP. 53-67 65


tion du L C P C à la modélisation numérique de ce L a détermination, par une m é t h o d e de superposi-
p r o b l è m e a été réalisée à l'aide du progiciel de tion modale, de la réponse dynamique linéaire de
calcul par éléments finis C É S A R - L C P C . l'ensemble structure + table vibrante met en évi-
dence la contribution de chacun des modes pro-
L a modélisation de la structure C A M U S et pres. L a contribution des premier et troisième
l'estimation numérique de ses caractéristiques modes (tous deux en flexion) est largement prédo-
modales ne peut se faire correctement en consi- minante. Les modèles ainsi proposés serviront de
dérant la structure seule. Il est nécessaire d'in- point de départ à l'analyse dynamique non linéaire
tégrer dans le modèle la table vibrante ainsi présentée de façon détaillée dans l'article d'Aoua-
que ses supports (sous forme de rigidités ponc- meur et al. (à paraître). Les résultats obtenus par
tuelles). Les paramètres modaux des trois pre- l'ensemble des participants au concours de prévi-
miers modes, déterminés à l'aide de sion international ont été c o m p a r é s par le C E A
C É S A R - L C P C , sont alors très sensiblement ( C E A , 1998). Des résultats détaillés sont égale-
modifiés et coïncident bien avec les mesures ment donnés par Ragueneau et Mazars (1998),
expérimentales. Ragueneau (1999), Ile et al. (1998).

Remerciements

Ce travail a été réalisé en partie dans le cadre d'un stage post-doctoral.


Les auteurs adressent leurs plus vifs remerciements au professeur
Jacky Mazars pour sa relecture critique de la présentation générale des
projets CASSBA et CAMUS.

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ABSTRACT

Earthquake performance of buildings (CAMUS project)


I - Discretization of the structure and numerical modelling of linear response

J.-F. SEMBLAT, A. A O U A M E U R , F . - J . U L M , H . MITANI

T h i s paper presents the C A M U S project (Conception et A n a l y s e d e M U r s s o u s S e i s m e s , 1997-1998) with reference


to the L C P C ' s entry to the forecasting competition a s s o c i a t e d with this p r o g r a m m e (digital modelling of the s e i s m i c
r e s p o n s e of a building) T h e experimental m o d e l of the building w a s tested on a vibrating table at the C E A in order to
conduct a n experimental a n a l y s i s of its s e i s m i c r e s p o n s e .

T h i s first part of t h e study d e a l s with the modelling of t h e d y n a m i c linear r e s p o n s e of t h e structure (using


C £ S A R - L C P C ) a n d a n a l y s i s of the w a y the characteristics of the model influence the modal parameters. A n a l y s i s of
the intrinsic m o d e s of vibration of the structure alone d o e s not give the natural f r e q u e n c i e s determined by experi-
ment. T w o c o m p r e h e n s i v e models (one two-dimensional, the other three-dimensional) w e r e then u s e d to a n a l y z e
the structure/vibrating table combination. T h e natural frequencies they output w e r e lower and nearer to the o b s e r v e d
frequencies. W e were then able to detect the intrinsic vertical m o d e of vibration, c a u s e d by the flexibility of the table
supports.

T h e d y n a m i c linear r e s p o n s e w a s determined using a modal s u p e r i m p o s i t i o n technique a n d the contribution of e a c h


m o d e of vibration w a s a n a l y z e d (effective m a s s e s ) . Part two of the paper will provide an a c c o u n t of the nonlinear
d y n a m i c a n a l y s i s a n d the c o m p a r i s o n with experimental results.

BULLETIN DES LABORATOIRES DES PONTS ET CHAUSSÉES - 219 - JANVIER-FÉVRIER 1999 - RÉF 4244 - p p 53-67 67