Vous êtes sur la page 1sur 755

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d’utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l’attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère.

À propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le frano̧ais, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http://books.google.com
m*
r
V
:;
i
-
>

CONCORDANCE

DES

SAINTS PERES

DE L'EGLISE,

GRECS ET LATINS.
CONCORDANCE

DES

SAINTS PERES

DE L'EGLISE,

GRECS ET LATINS-

OV L'ON SE PROPOSE DE MONTRER


leurs Sentimens fur le Dogme , la Morale & la Discipline , de faciliter
tintelligence de leurs Ecrits par des Remarques fréquentes > & d'éclaircir
les difficultés qui peuvent s'y rencontrer.

TOME SECOND,

CONTENANT LA DOCTRINE

DE TlRTULLIEN. de' S. Grégoire de Néoci-


deMinutius Félix. sarée, surnommé le Thaumaturge.
DE S. HlPPOLYTE. de S. Denis, Pape.
D'O R I G E N E. de Theognoste d'Alexandrie.
D e S. Cy priek. DE S. VlCTORIN.
de S. Denys d'Alexandrie. DE PlERIUS.
DE NOV AT IEN. de S. Archelaus.

Par le R. P. Dom Bernard Maréchal, Religieux Bénédiflin


de la Congrégation de Saint Vanne & Saint Hydulphe.

A PARIS,

( Pierre Emery, Quai des Augustins , à S. Benoist.


Chez s
ÌJa cques Vincent, rue" S. Severin, á l'Ange.
■- • ■ 1 —■— ■ —— ■
M. DCC. XXXIX.
AFEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROI.
* " ■
J

433*: 4^^f*^*Vá?*^?*4^*4l?*:ìí^*
w W lit * O V W " 49 Ht w w W O QK w UBI ' 10 JB JB

TABLE DES SECTIONS,


Paragraphes , Chapitres & Sommaires contenus
dans ce Second Tome.

SUITE DE LA DOCTRINE DE TERTULLIEN,


Prêtre & Docteur de l'Eglise. Page Première.

Section II. Points de Morale.

Chapitre Premier.

* D E LA PRIERE.
Excellence 8c (ftcnduë de l'Oraifon Dominicale , page 2.
Privilège réservé aux Chrétiens de nommer Dieu leur Pere , page j.
Explicarion de la première demande de l'Oraifon Dominicale, ibid.
Explication de la seconde & troiíiéme demande , sage 4.
Explication de la quatrième demande, ibid.
Explication de la cinquième demande, ibid.
Explication de la sixième demande , page 5.
Dispositions nécessaires pour bien prier, ibid.
Contre certaines pratiques superstitieuses qui s etoienc introduites dans
la manière de prier , ibid.
Posture où il faut être en priant , page 6.

Chapitre Deuxie'me.

B E LA PATIENCE.

Eloge de la patience , page 8.


Motifs qui doivent nous engager à la pratique de cette vertu , page <j.
Avantages de la patience , ibid.

Chapitre Troisie* me.

DU U A R r T R E.
Motifs de consolation pour les Confesseurs emprisonnés, page n.
Nécessité du Martyre , page 1 3.
Dieu approuve le Martyre , ibid,
r«me IL £ a
jj Table des Seftions , Paragraphes ,
Objection refutée furie sujet du Martyre , sage 14.
Le Martyre a toûjours été le partage des Justes, page ij.

Chapitre Quatrie'me.
DU MARIAGE ET DU C £" L I B A T.
Avantages des mariages Chrétiens, sage 15.
Dangers & inconveniens des mariages contractés avec des infidèles,
page 16.
La continence possible , sage 1 9.
Eloge de la chasteté , ibid.
Vains prétextes contre la continence réfutés par Tcrtullicn , ibid.
Chapitre C i n q. u i e' m e.
DE V ORNEMENT DES FEMMES,
tjr du Voile des Vierges.
Un extérieur humilié & pénitent convient aux femmes , à cause du
péché & de la condamnation de leur sexe , dans la personne
d'Eve , page z r .
Anges apostats, inventeurs des vaines parures des femmes , ibid.
Ces vaines parures font opposées à l'inltitiuion de Dieu , ibid.
Les femmes qui aiment ces parures ne font point chastes, page n.
Motifs qui doivent les porter à renoncer à ces parures, page 23.
Avantages & nécessité de la crainte , ibid.
Suite des motifs qui doivent faire éviter aux femmes les vaines pa
rures , ibid.
Contre le fard, page 25.
On ne peut excuser les vaines parures dans les femmes Chréticn-
' nés , page 16.
Il esta craindre que les femmes adonnées aux vaines parures ne suc
combent dans un tems de persécution, page 27.
Vrais ornemens des femmes Chrétiennes , ibid.
Combien les vierges Chrétiennes doivent se cacher aux yeux des
hommes, page 28.

Chapitre Sixie'me.
CONTRE LES VAINS SPECTACLES.

Premier motif , qui rend les spectacles illicites aux Chrétiens , page

Second motif, tiré de la considération du Batcme , ibid.


Troisième motif , tiré du trouble & de l'agitation d'esprit causée par
les spectacles, page 30.
Quatrième motif, fondé fur l'obligation où est un Chrétien de n'a
voir aucun commerce avec les gens de Théâtre , ibid.
Chapitres , & Sommaires. îi)
Cinquième motif, fondé sur les impuretés & les bouffonneries des
Théâtres , page 3 I.
Sixième motif, tiré des représentations lascives & impies du Théâtre,
ibid.
Septième motif, tiré de l'infamie des Auteurs du Théâtre, page 32.
Huitième & dernier motif, fondé fur les inconvéniens 6c les dangers.
ausquels on s'expose en assistant aux spectacles , ibid.
Exemple effrayant fur le sujet du Théâtre, page 33.
Premier prétexte en faveur des spectacles , refuté par Tertullien , ibid.
Second prétexte, page 34.
Troisième prétexte , page 35.
Quatrième prétexte , ibid.
Quels font les vrais spectacles des Chrétiens, page 36".

Chapitre S e p t i e'm e.

DE L'IDOLATRIE, ET DE SES DIFFERENTES


Espèces.

Etendue de l'Idoíâtrie , page 37.


Ceux qui fabriquent dco Idolej fout idolâtres, scion Tertullien , ibid.
Vains prétextes réfutés fur ce sujet, page 3 S.
C'est une idolâtrie de concourir à l'ornement des Temples óu des
idoles , page 3 9.
L'Astrologie est une autre espece d'idolâtrie , ibid.
C'étoit une espece d'idolâtrie dans un Chrétien de professer les let
tres humaines du tems de Tertullien , page 40.
Autre espece d'idolâtrie, de vendre de l'encens, des victimes, 5cau-
rres choses qui fervoient au culte des Idoles , ibid.
C'est une idolâtrie de participer aux têtes des Payens, page 4t.
Permis aux Chrétiens d'assister aux fiançailles , noces , &c. des infi
dèles , ibid.
Tertullien défend aux fidèles d'exercer aucune dignité ou charge pu
blique parmi les Payens, page 41.
Il leur défend aussi de porter les armes , ibid.
Autres espèces d'idolàttie , ibid.

Chapitre Huitie* me.

PORTRAIT DE LA VIE ET DES MOEURS


des Anciens chrétiens.

Sainteté des anciens fidèles , page 43.


Union des fidèles entr'eux , page 4^.
Charités & aumônes des fidèles , ibid.
Ils se nommoient tous frères, page ifi.
Banquets des Chrétiens » ibid.
W Table des Sections , Paragraphes ,
Pouvoir des anciens fidèles fur les démons, page 47.
Pieté uniforme des anciens, page 48.
Leur pénitence , ibid.
Leur abstinence , ifid.
Nos pères étoient fort éloignés du tumulte des affaires, page 49.'
Chasteté & continence des anciens fidèles , ibid.
Constance & intrépidité des Chrétiens , page 50.
Tendresse des anciens pour leurs persécuteurs, page ji.
Fidélité & attachement des anciens fidèles pour les Empereurs , ibid.

Section III. Poìnîs de Discipline.

§. I. Sur. le Baptesme.

Dispositions que l'on exigeoit des Catéchumènes , page jj.


On n'impofoit point de pénitence pour les péchés commis dans l'in-
fidélité, ibid.
Tems destiné à la célébration du Batcme , ibid.
On plongeoit trois fois dans l'eau les Catéchumènes , page 54.

§. II. Sur j-' Eucharistie.

On célébrois le Saint Sacrifice avant lc jour, ibid.


Les Laïques recevoient lc Corps de Jefus-Christdans leurs mains , ibid.
Les fidèles fe communioient eux-mêmes dans leurs maisons, ibid.
Baiser de paix dans l'Eglife , page j 5. '

§. III. Sur. la Pénitence.

Pénitence publique accordée une feule fois, ibid.


Cérémonies de la pénitence publique, ibid.
L'Eglife accordoit aux pécheurs des Indulgences , & la communion
de l'Eglife , à la prière des Martyrs , ibid.

§. IV- Sur l'Ordre.

Plusieurs Ecclésiastiques demeuroient vierges toute leur \it,page jtf,


Les Bigames exclus de l'Ordre Ecclésiastique , ibid.
Les mêmes déposés, ibid.
Assemblées des fidèles , ibid.
Quels étoient ceux qui y présidoient , ibid.
Prières folemnellcs, a Tierce , à Sexte , &;à None, ibid.
Prières de la nuit , ibid.
Célébration du Dimanche , page 57.
Jeûnes d'Obligation & de dévotion , ibid.
Jeûnes ordonnés par les Evêques , ibid.
Jeûnes de dévotion particulière , ibid.
Il étoit défendu de jeûner lc Dimanche , ou en tems Paíchal , ibid.
chapitres ejr Sommaires. y

Section IV.

ERREURS DE TERTULLIEN.

Chapitre Premier.

ERREURS DE TERTULLIEN MONT AN/ST E.

Tertullien a cru au Parader des Monranistes, page 58.


Eloge que Tertullien donne à ce prétendu Paraclet, page 59.'
De la Résurrection de la chair, ibid.
Tertullien condamne les secondes nôees, ibid.
Erreur de Tertullien fur la fuite dans la persécution , page 60.
Tertullien condamne ceux qui donnoient de l'argcnt pour se rache
ter de la persécution , pagt éi.
Erreur de Termllien sur le pouvoir des clefs de PEglisc , ibid.
Invectives & calomnies de Tertullien contre les Catholiques, page 6 2.

Chapitre Deuxie' me.

ERREURS PROPRES ET P A RT 1 CU L I E R E S
à Tertullien.

Erreur de Tertullien fur la virginité de Marie, page 6$.


Erreurs de Tertullien fur le sujet de l'ame , page 64.
Erreur de Tertullien sur l'Eglise, page r 5.

DOCTRINE DE MINUTIUS FELIX.


Page 66.

Points Dogmatiques.

Preuves de l'existence de Dieu , tirées de la considération des choses


naturelles, page 67.
Preuves de l'Unité de Dieu, ibid.
Autres perfections divines , page 6S.
On ne peut ignorer Dieu , p/ige 6y.
Présence & providence de Dieu , ibid.
Divinité de Jesus-Christ , page 70.
Difficultés touchant le culte de la Croix , ibid.
Et rouchant les Eglises, les Autels & les Images, ibid.
Réponse à la première difficulté, ibid.
Réponse à la seconde difficulté , page 71.
Touchant les Démons & leurs maléfices , page 71.
vj Table des Sections , Par agraphes ,
Nature & avantages del'homme, pAge -jy
Résurrection des morts, ibid.
Supplices de l'Enfer, ibid.
Ignorance de Dieu , punie dnns l'Enfer, page 74.
Fin du monde par le feu , ibid. • .

Points de Morale.

Douceur des Chrétiens , page 74.


Leur pureté, page 7$.
Leur éloignement pour les charges &c les dignités de la terre , ibid.
Leur amour mutuel , ibid.
Pauvreté des anciens fidèles, ibid.
Leur fermeté, page 76.
Prospérité funeste aux méch.ins , ibid.
Vanité & fragilité des richesses & des grandeurs du monde, page 77.
Sainteté des anciens fidèles, ibid.
Aslemblées de nuit, Sc jeûnes des Chrétiens, page 78.

DOCTRINE DE SAINT HIPPOLYTE,


Evêque &c Martyr. Page 79.

Section I. Points Dogmatiques.

§. I. Ecriture Sainte.

Inspiration divine de l'Ecriturc, page 80.

$.11. Tradition.
Les anciens ont employé la Tradition contre les hérétiques, page 82.

§. III. Trinité'.
Union de nature & distinction des Personnes de la Sainte Trinité,
page Si.
Unité Sc Triniré divine, page 83.
Divinité & Consubstantialité du Verbe , page 84.
Contre Beron , page 86.
Divinité du Saint Esprit, page 88.
Qualités Personnelles du Saint Esprit, page 89.

§. IV. Incarnation.

C'est le Verbe seul qui s'est incarne, p*ge 8?. »


Ch tpitres & Sommaires, • vij
Union des deux natures de Jcsus-Chriíl dans une feule Petfonne,
sage 90. , .
Propriétés & opérations distinctes des deux natures en Jefus-Christ ,
page 91.
Suite de la meme matière fur le Pfeaume 1. ibid.
Unité de Personnes en Jefus-Christ , pagt 91.
Fin de l'Incarnation , ibid.
Circonstances de l'Incarnation,/?^
Virginité perpétuelle de Marie , ibid.

§. V. Baptesme.

Vertu & efficacité du Sacrement de Baptême , page 94.

§• V I. Eu CHAR I ST I E.

Ce Sacrement contient le Corps & le Sang de Jefus-Christ , page 95,

§. VII. Nature des Anges et


r>£s Ames.
.I•!
Immortalité & incorruptibilité des Anges & des homWs '^.ii;''

fi. VIII. Antéchrist.


. : .' j T ; r ; 1 «r a - D
Origine de l'Antechrist, page 96,
Son nom, &V. '.. "í \ '0 A M a (I
Tems de l'Antechrist , ibid. ^ v.
Enoch & Elie , page 97.
Caractères de l'Antechrist , ibid, •, -f, n i : - rtoîi? "
Supplices éternels des médians, page 58. : ': f ; ; n -
Jugement dernier , ibid.
Résurrection générale, ibid. ,1 •
. î . n: '1 ./I : '"".ii. .• .(.j
SecT'ì :'&';ift'J 1 í'ïì- vS>i:''cl *J

où 'Von rat? o rt ê Jrp e l gïfz s \p o i nté


de Morale & de Discipline , avec les sentiment particuliers
& les erreurs que ton a remarquées dans lej .Ouvrages de
Saint Hippolyte. i. s ■; 1; '.

Précaution qu'il faut garder, quand il s'agit d'enseigner k? vérités


de la Religion, page 99.
Comment il faut lire & apprendre les divines Ecritures, page 10c.
Qu'il saur borner nos recherches en fait de mystères, ibid.
Charité chrét'enne, ibid. ■ ■• '•«•'•" ' -1 - -'—-■mt.i :
Tcms destiné à la réception du Baptême, page 101.
viìj Table des Sections , Paragraphes \
Tems de célébrer la Fête de Pâques, ibid.
Sentimens particuliers & erreurs de Saint Hippolyte , ibid.
Sur l'état des ames après cette vie, ibid.

DOCTRINE D'ORIGENE, PRETRE


& Consefleur. Page 103.

Section I. Points Dogmatiques.

Chapitre Premier.

ARGU MENS EN FAVEUR DE LA RELIGION


Chrétienne. ;

Quatre Argumens principaux en faveur du Christianisme, sage 109»


Argument tiré des Prophéties, ibid.
Argument ticé, des Miracles oper.es en faveur du Christianisme , sage
m.
Suite du même Argument , page & iij. •;
Argument tiré de la doctrine des Chrétiens, page 114.

Chapitre Deuxie'me.

DE V ECRITURE SAINTE ET DE
la Tradition.

Inspiration divine de l'Ecriture , sage 116.


Sur les Pseaumes, page 117.
Raisons qui prouvent la divinité de l'Ecriture , ibid.
Première Raison , ibid.
Deuxième Raison , page 1 1 S.
La bassesse apparente dé l'Ecriture n'est pas une raison de douter de
son inspiration, page 119.
II n'y a rien d'inutile ou de superflu dans l'Ecriture, page 110.
Vérité de l'Ecriture, page izi.
Simplicité de l'Ecriture, ibid.
Obscurité de l'Ecriture , page iai.
Suite du même sujet, ibid. & page 12 j.
Suite du même sujet sur les Pseaumes , page 114.
II y a dans l'Ecriturç de quoi instruire & édifier toutes les Eglises de
Jcsus-Christ , ibid.
L'Ecriture est utile même à ceux qui ne Pentcndent pas, ibid.
11 ne faut rien corriger dans rEcriture, page 125.
11 faut nous imputer à stous-mçracs les défauts que nous y rrou-
vons, ibid.
Régies
Chapitres dr Sommaires. jK
Reg!cs pour l'intelligence des endroits difficiles de i'Ecriture, ibid.
Suite de ces règles , page \x6.
Suite des mêmes règles, ibid.
Utilité & suffisance du sens littéral, sage iij.
Dispositions que l'on doit apporter à la lecture de I'Ecriture sainte ,
ibid.
Avantages que l'on tire de cette lecture , ibid.
Canon des Livres de l'Ancien Testament , page 1 28.
Nombte des Livres du Nouveau Testament fur S. Matthieu , page 13&J
Autorité de la Tradition , page 1 3 1.

Chapitre Troisie'me.

DE L'EGLISE ET DE SES DIFFERENS ORDRES.

Ce que c'est que l' Eglise , page 1 $ r.


L'Eglise est le marche-pied de Dieu, page 132.
L'Eglise éclairée de Jesus-Christ , devient elle-même une lumière pro
pre à éclairer les fidèles, ibid.
Antiquité de l'Eglise , page 1*3.
L'Eglise est composée de méchans auífi-bien que de bono , ibid,
Hors de l'Eglise point de lalut , p age 134.
L'Eglise seule remet les péchez , page 1 3 5.
Les Hérétiques ne peuvent participer à la rémission des péchés, ibid.
Les Hérétiques & les Schismatiqucs ne peuvent offrit que des sacri
fices profanes , ibid.
Vifibilité de l'Eglise , ibid.
Son indéfcctibihté sur saint Matthieu , f4ge 13 6.
Son Unité, ibid.
Sainteté de l'Eglise , ibid.
Catholicité de l'Eglise , ibid.
Apostolicité de l'Eglise, page I 37.
L'Eglise n'est pas fondée fur le seul S. Pierre en particulier, ibid.
Primauté de íaint Pierre, page 1 3 8.
Differens Ordres de 1'Egliíe, ibid.

Chapitre Quatrie'me.

DES PERF ECT 10 NS DIVINES ABSOLVES.

Unité de Dieu, page 1 3 9.


Suite de la même matière, page 140.
Dieu est un pur esprit parfaitement dégagé de la matière , ibid.
Invisibilité de Dieu, page 141.
Comment Moïse a vû Dieu, page 141.
Connoiffânce de Dieu par la beauté de ses ouvrages , ibid.
L'essence de Dieu imperceptible à l'efprit humain , ibid.
Tome II. £>
# Table des Sessions , Paragraphes y
Providence Divine, page 143.
Science de Dieu , Aid.
Véracité de Dieu, page 144.
Sa Toute- puissance , ibid.
Dieu créateur de la matière , page 14 j.
Dieu créateur des Esprits , ibid.
Autres attributs de Dieu , page 146.
Nom qui convient le mieux a Dieu , ibid.

Chapitre Cincluie'me.

LE. LA TRINITE' DES PERSO N N ES DIVINES,


& de leur Consubstantialité.

Trinité des Personnes Divines, page 148.


Consubstantialité des Personnes Divines , page 1 jo.
Suite de la même matière, page iji.
Difficulté tirée d'Origene , page 151.
Eclaircissement de cette difficulté , page 153.

Cmauttrk Sixie'ME.

DES ATTRIBUTS RELATIFS OU PROPRIETES


personnelles du Pere , du Fils , ef du Saint-Esprit.

Le Pere est: seul sans principe, page ijj.


Le Pere est le principe du Fils 6c du Saint-Esprit , ibid.
Le Pere peut être regardé comme le Seigneur du Fils, page i$6.
Le Pere est le principal Créateur de l'Univers , ibid.
Dieu est Pere de toute éternité , ibid.
Le Pere est toujours dans le Fils, ibid.
Le Pere est inséparable de son Fils, ibid.
Génération du Fils, ibid.
Suite de la même matière » page 1 57.
Dénominations propres au Fils de Dieu, page 158.
Propriétés personnelles du Saint-Esprit , ibid.

Chapitre Septie'me.

DE LA CONSUBST ANT I ALITE' DU VERBE


ejr de la Divinité du Saint-Esprit.

Divinité du Verbe, page 160.


Suite du même sujet, page 161.
Difficulté éclaircie sur la divinité du Fils de Dieu, page 161.
Autres difficultés fur le même sujet, ibid.
Divinité Sí consubstantialité du Verbe, page 16$.
Chapitres, ty Sommaires, %]
Suite de la même matière , page 1 64.
Suite du même sujet, pages 165. & 166.
Première objection tirée de saint Jérôme, page
Seconde objection , page 170.
Troisième objection , tbid.
Quatrième objection , page 171.
Cinquième objection, page 172.
Divinité du Saint-Esprit, page 173."

Chapitre Huitie'me.

DE L'I NC A R N AT 10 N DU VERBE.

Article Premier.

PROPHETIES SUR V IN C ARN AT 10 H


du Verbe.

Première Prophétie , page 1 76.


Deuxième Prophétie, ibid.
Troisième Prophétie . page fji.
Quatrième Prophétie , ibid.
Cinquième Prophétie , ibid.
Sixième Prophétie , page 178.
Septième Prophétie , ibid.
Huitième Prophétie , page 179.
Neuvième Prophétie , page 180.
Dixième Prophétie, ibid.
Onzième Prophétie, page 181,
Douzième Prophétie , tbid.

Article Deuxième.

DE LA RE' ALITE' DE V I N C ARN AT 1 0 N y


Des deux natures en Jesus-Christ, ri" funité
de fa Personne.

Vérité de l'Incarnation , page 181.


Deux natures en Jesus-Christ , page 184.
Unité de Personne en Jesus-Christ, page 185.
Suite du même sujet , ibid.
asf; Table, des Sections , Paragrdphes ,

Article Troisie'me.

DU MOTIF DE V I N C A RN A T I O Nt
& de quelques autres points qui ont rapport k ce mystère.

Motif de l'Incarnation , sage 187.


Jesus-Christ a souffert volontairement, sage 1S8.
Mort de Jesos-Christ, ibid.
Résurrection du Sauveur , page 1 89.
Ascension de Jesus-Christ, & son assistance fur l'Eglise, page 190.
Puissance du saint Nom de Jésus , ibid.
Opinions particulières d'Origene touchant la Personne du Sauveur,
sage i9i.

Chapitre Neuvie'me.

DES S AC RE MENS DE LA NOUVELLE LOI.

§. I. Baptfsme-
Le Baptême de sang est plus excellent que le Baptême d'eau, sage
191.
Matière du Sacrement de Baptême, page 193.
Forme de ce Sacrement , ibid.
Effets de ce Sacrement, page 194.
La grâce n'est pas donnée indifféremment à tous ceux qui reçoivent
le Baptême, page 195.
Dispositions au Baptême , ibid.
Suite de la même matière, page
Rénonciations pratiquées dans la réception du Baptême , ibid.
Baptême des enfans, page 197.
Le Baptême ne se peut donner qu'une fois , ibid.

§. II. Eucharistie.

Présence réelle , page 197.


Suite de la même matière , page ip8.
Prérogatives de l'Eucharistie , page 199.
Dispositions à la réception de l'Eucharistie , ibid.

§. III. Pénitence.

Différens moyens d'effacer les péchés, page zoo.


Les Apôtres & leurs successeurs ont reçu le pouvoir de remettre Ie9
péchés, ibid.
Confession seaette des péchés, page iqz.
chapitres ejr Sommaires. ; xiij
Confession publique des péchés secrets , ibid.
Nécessité de la Confession, page 20$.
Intégrité de la Confession , page 204.
Contrition des péchés , ibid.
Détestation des péchez , & résolution de se corriger , ibid.
Danger des absolutions précipitées, page 205.
Satisfactions proportionnées aux péchés , ibid.

Chapitre Dixie'me.

DE LA SAINTE VIERGE, ET DES ANGES.

Virginité de Marie devant & après l'enfanteraent, page xoC.


Virginité perpétuelle de Marie , page 207.
Pauvreté de Marie , ibid.
Sentiment erroné d'Origene toucharrt la sainte Vierge , ibid.
Nature spirituelle des Anges, ibid.
Les Anges font d'une nature supérieure à celle des hommes, ibid.
Leur nature est autre que celle des démons, page 208.
Leurs noms font conformes à leurs emplois , ibid.
Anges Tutelaircs , 0>U-
De l'érar des Anges, sage 20p.
Démons, page 210.

Chapitre Onzie'me.

DE V A M E HUMAINE.

Dignité de l'ame & fa spiritualité , page 213,


Immortalité de l'ame, ibid.
Etat des ames après cette vie, page 414.
Purgatoire, page 215.
L'Enfer, ibid.

Chapitre Douzie'me.

DV LIBRE ARBITRE.

Liberté de l'homme voyageur, page 21 6.


Preuves du libre-arbitre de l'homme, page 218.

Chapitre Treizie'me.

DE LA GRACE ET DE LA PREDESTINATION.

La foi vient de la grâce , page 214.


Nécessité de la grâce pour faire le bien , page 215.
Nécessité de la grâce pour éviter le mal , page iz6.
xiv Table des Sections , Paragraphes ^
Efficacité de la grâce , page n6.
La grâce nous abandonne quelquefois, page zij.
On peut résister à la grâce , ibid.
Difficulté sur la grâce, page 13 o.
Réponse à cette difficulté , page 2 3 1 .
Prédestination gratuite, ibid.
La prescience de Dieu n'est pas la cause des évenemens,^4^íijj;

Chapitre Q_u atorzie* me.

DU PECHE' ORIGINEL.

Personne n'est exempt de péché, à l'exception de Jesus-Christ, pagg

Tous les hommes font soumis au péché originel , ibid.


Nous naissons tous coupables du péché d'origine, page 134.'
Suite du même sujet, page 13 y.
Preuve du péché originel, tirée du baptême des petits enfans , page 2 jí;
Suite de la même preuve , ibid.
Objection conrre lc péché originel, ibid.
Réponse à cette objection , page i'37. -

Chapitre Q. u i n z i e' m e.

DE LA C IRCONC ISION, DE L' INVOC AT 10 2f


des Saints, de la Fin du monde , & de la Résurrection
des Morts.

Commencement de la circoncision en la personne d'Abraham, pâgé.

Différentes circoncisions , ibid.


Inutilité de la circoncision, ibid.
Elle est défendue aux Chrétiens , page 140.
Circoncision spirituelle permise & nécessaire aux Chrétiens , ibid.
11 est permis 8c avantageux d'invoquer les Saints , page 141.
Dieu leul connoît le tems précis de la fin du monde , page 141.
Le monde finira par le feu , ibid.
Nous ressusciterons dans nos propre* corps, ibid.
Chapitres & Sommaires. X\i

Section II. Points de Morale.

Chapitre Premier.

DES LOIX, DES VERTUS, ET DES


Actions humaines.

Loix divines & humaines. Préférence que l'on doit à la divine , page

Inutilité des vertus payennes , ibid.


Inutilité des actions qui ne sont point rapportées à Dieu, page 246.
Nécessité de rapporter ses actions à Dieu par amour , page 247.
Actions faites fans ce rapport récompensées de Dieu en cette vie ,
ibid.
Les choses indifférentes en elles-mêmes deviennent bonnes ou mau
vaises selon l'impression qu'elles font dans le prochain , page 148.

Chapitre Deuxie'me.

DES VERTUS THEOLOGALES,

Sur la foi , page 248.


On doit faire profession publique de la foi, page z 50.
Suite du même point, ibid.
De l'Efperance , page iji.
De la charité ou amour de Dieu , ibid.

Chapitre Troisième.

DE V AMOUR DU PROCHAIN, ET DE
quelques autres Vertus morales.

L'amour du prochain doit être réglé selon la qualité des personnes,


sage iS}.
Pardon des injures, page 2J4.
Correction fraternelle , ibid.
Contre la médisance , page 1 5 5.
Utilité de la crainte de Dieu , page 2 56.
Chasteté chrétienne, ibid.
Mortification de la chair , page 2 57.
Nécessité de l'abstinence , ibid.
Jeûne des Chrétiens, ibid.
Maximes d'Origene fur l'ufage du mariage, page 259;
Sur le Vœu , page 160.
Sur les Sermens, ibid.
Table des Scellons , TarAgraphes \

Chapitre Q, u a t r i e' m e.'

DU MARTYRE.

Comme il faut se comporter dans les persécutions injustes que l'on


souffre de la part des mauvais Chrétiens, sage i66.

, Chapitre Cinq.ui i'mi.

DE LA PRIERE.

Utilité de la Prière, page 16%.


Suite du même sujet , ibid.
Objection contre l'utilité de la Prière, sage z6$l
Réponse d'Origene, ibid.
Autre difficulté résolue , ibid.
Qnatre sortes de Prières, page 270.
Quatre parties de la Prière , ibid.
Dispositions à la Prière, Sc comment il faut prier, page l-ji.
Suite des mêmes matière», UùJ. .
Posture dans laquelle il faut prier , ibid.
Des lieux convenables à la Prière, page 272.
L'Eglise est le lieu le plus propre à la Prière , ibid.
Quels sont les vrais objets de nos Prières, page 175.
Prière continuelle dans la vie des Justes , ibid.
Certaines heures destinées à la Prière, ibid.
Explication de l'Oraison Dominicale , ibid.

Chapitre Sixie'me.

DE LA FOC AT ION A L'ETAT ECCLESIASTIQUE^


& des devoirs de cet Etat.

Comme il faut entrer dans l'Etat Ecclésiastique, page î?j.


Humilité & douceur des Pasteurs de l'Eglise, page zy6.
Les Pasteurs Ecclésiastiques doivent prier pour ceux qui sont soumis
à leur conduite , page 279.
Ils sont obligés à la lecture > à la méditation de l'Eerirure 8c à la pré
dication , ibid.
Manière de prêcher la parole de D-K\i,page 280.
Suite du même sujet, page 281.
Détachement des Pasteurs Ecclésiastiques , ibid.
Touchant l'obli^ation des prémices, ibid.
Touchant \es "Dîmes , page 283.
Dispensation des biens de l'Eglise , ibid.
Réflexion d'Origene sur l'Etat Ecclésiastique, page 284.
Chapitre
Chapitres ér Sommaires. Xvi)

Chapitre Sïptie'mï.

DU MAL ET DU PECHE" EN GENERAL.

U n'est point aisé de découvrir i'originc du mai , page 285.


Origine du mal, ibid.
Dieu n'est point auteur du mal , c'est-à-dire du péché , ibid.
Objection sur ce point , page ;8í.
Réponse à cette Objection , ibid.
Autre raison qui fait que Dieu souffre le mal , page 287.
Suite du même sujet , ibid.
Le péché est appelle mort dans l'Ecriture, page 288.
Le péché est un fardeau insupportable, ibid.
Autre idée du péché , ibid.
Source du péché dans les mauvaises pensées, ibid.
Esters du péché , ibid.
Ce n'est pas toujours le démon qui nous porte au péché , mais c'est
souvent notre volonté, page 289.
Distinction des péchés mortels & véniels, page 290.
Les péchés véniels ne donnenr pninr la mon à l'amc, ibid.
On peut cn faire pénitence en tout tems, page 291.
Les péchés mortels tuënt l'arae , ibid.
Comment on peut cn obtenir lc pardon, ibid.
Péchés irrémissibles , ibi l.
Il ne faut pas négliger les petits péchés , page 19»,

Chapitre Huitie'me.

DE V 1 DOLATRI E ,'ET DE gJJELgUES


autres péchés en particulier.

Contre le culte des Idoles, page 292.


Cc que les premiers Chrétiens pen soient de l'Idolâttie , ibid.
Scntimens des Philosophes payens fur l'idolâcne , page 292.
Si l'idolâtrie est un crime irrémissible, , selon Origene , ibid.
Il est défendu de participer aux choses qui ont été consacrées aux
idoles , page "294.
Les anciens s'abstenoicnt aussi des viandes suffoquées , ibid.
C'est un péché, selon Origene, de manger des viandes, quand ou
N doute ou que l'on soupçonne qu'elles ont été immolées aux ido
les, page 295.
Contre la vainc gloire, page 196.
Idée de la véritable humilité , ibid.
Différcns objets de vanité , ibid.
Contre Pyvrognerie , page 297-
Ce que pcnsoit Origene de l'inceste de Loth , page 298.
Cc qu'il pensoit des filles de ce Patriarche , page 299.
Terne II. c
Table des Sections, Paragraphes t

Chapitre Neuvie'mi.

Ou après avoir parlé de l'étude & de l'usage légitime des


sciences profanes , l'on donne une idée fuccinfte des vie
& mœurs des anciens Chrétiens.

Danger des sciences profanes , sage 299..


Etude & usage légitimes des sciences profanes , page 30&.
Conduite d'Origene fur ce point à l'égard de ses dilcipícs ,page 30U
Vie & mœurs des anciens Chrétiens , ibiéL
Les anciens fidèles ne fouffroienr point d'images de la divinité, page 302»
Si les premiers Chréricns avoient des Temples, iiià\
Les Anciens n'attachoient pas leur dévotion aux temples, ni aux au
tels, ni aux images, page 30 3.
Les Anciens tâchoient de persuader ceux qui se convcrciíToicnt au
Christianisme, ibid.
Ils les examinoient soigneusement, page 304.
Pureté des Chrétiens , pa.e 305.
Les secondes nôcés tolérées , page jotf.
Douceur des Chrétiens , ibid.
Défauts qui se trouvoient du teras d'Origene dans quelques fidèles^.
page 308.

Section I I I. Points de Discipline.

Trois fortes de Catéchumènes , page 309.


Manière de purifier les Catéchumènes, page 2 10.
Les Catéchumènes étoient soumis à l'Eglife, ibid.
On les initioit aux saints mystères en présence des Prêtres 8c des
Diacres, ibid.
On excluoit pour toujours des dignités ecclésiastiques ceux qui tom-
boient dan< le crime après le baptême, page 311.
On les pleuroit comme morts & perdus devant Dieu, ibid.
On ne les abfolvoit que très-difficilement, ibid.
On n'accordoit qu'une fois la pénitence pour certains crimes privilegiésv
ibid.
On excommunioit les pécheurs coupables de grands crimes , page 312.
On n'excommunioit que pour des péchés énormes & évidens, ibid
L'excommunication étoit lc dernier remède que l'on employât à l'é
gard des pécheurs, page 31 3.
Les pécheurs cachés étoient tenus pour excommuniés devant Dieu sibid.
Les fidèles se donnoient lc baiser de paix dans la célébration des saints
mystères , page 3 1 4.
Difféicns Ordres de l'Eglife , ibid.
Lc peuple étoit présent à l'ordination del'Evêque, page 314.
Les Evêques & les Prêtres tenoient les premiers rangs dans l'Eglife , ibid.
i chapitres & Sommaires , xix
Les Prêtres ne prechoient dans l'Eglise que du choix Sc de l'agrément
de l'Evêque , page 31 5.
Les Diacres prechoient aussi dans l'Eglise , ibid.
Célibat des Ecclésiastiques , ibid.
Ascètes, page jií.
Vierges , ibid.
Veuves , ibid.
Fêtes spirituelles , ibid.
Fêtes des Chrétiens , ibid.
Célébration du Dimanche , page 3 17»
Autres Fêtes parmi les Chrétiens , ibid.
Différence entre les Fêtes & les Solcmnités , ibid. 0
Défense aux fidèles d'assister aux fêtes des Paycns , ibid.
Les fidèles célébraient l'Officc divin dans la langue du pays , ibid*
Leur posture dans la prière , ibid.
Jeûne du Carême , page 318.
Jeûnes du Mercredi & du Vendredi , ibid.
Les anciens fidèles lavoient les pieds aux hôtes > ibid.
On recitoit les saints Evangiles fur les malades , ibid.
Sépulture des fidèles , ibid.

Section IV. \

Ou Pon donne le précis des opinions particulières les plus re


marquables d'Origene ; & des principales erreurs que l'on
découvre dans ses écrits.

Erreurs d'Origene fur l'Ecriture sainte , page 3 1 9.


Remarques fur les erreurs d'Origene touchant l'Ecriture sainte , page
313.
Erreurs fur la personne du Fils, page 315;
Erreurs fur l'Incarnation , page $16.
Erreurs fur les Anges, ibid.
Erreurs fur les démons, ibid.
Erreurs fur l'ame humaine, pays 317.
Erreurs fur les Astres , page 3 1 8.
Remarques générales fur les erreurs d'Origene , ibid.
Autres remarques fur le même sujet , page 31}.
Sentimens particuliers d'Origene, page 330.
i

W.

c ij
xx Table des Settions , Paragraphes ,

DOCTRINE DE SAINT CYPRIEN,


Evêque de Carthage, & Martyr, i^ge 334.

QUESTIONS P RE'L IMIN AIRES.

Idée des Ouvrages de Saint Cyprien , page 338.


Catalogue des Ouvrages de Saint Cyprien , sage 339.

Section L /'o/'^/í Dogmatiques.

Chapitre Premier.

PREUVES EN FAVEUR DE LA RELIGION


Chrétienne.

Première Preure de la vérité de notre Religion, tirée de la répro


bation des Juifs , page 341.
Suite de la même preuve-, ibid.
Seconde preuve tirie des miracles du Sauveur , sage 342.
Troifiémc preuve tirée de Paccomplissemcnt des Prophéties cn la per
sonne de Jésus-Christ,»^? 343.
Quatrième preuve tirée de la prédication dcl'Evangile, &du sang des
Martyrs , ibid.
Autres preuves que Saint Cyprien tire de l'Ecriture en faveur du
Christianisme, contre les Juifs, page 344.

Chapitre Deuxième.

DE L'ECRITURE S A I NT Et ET DE LA
Tradition.

Saint Cyprien s'applique a l'étude de l'Ecriture Sainte, page 347.


Il reconnoît l'infpiration divine de l'Ecriture , page 348.
H dit que l'Ecriture est inépuisable , ibid.
L'Ecriture doit fournir des armes contre rous les dangers , page 345.
Elle arme notre foi & fortifie les serviteurs de Dieu , ibid.
Elle est le fondement de la discipline de l'Eglise, ibid.
L'Evangile est une trompette divine , ibid.
Ses paroles font comme des flambeaux allumés , ibid.
Nécessité indispensable de vivre selon l'Evangilc , ibid.
C'est un crime de retrancher quelque chose de l'Evangile , ibid.
L'Evangile a lieu en tout , ibid.
Autorité de l'Evangile , ibid.
Chapitres , & Sommaires. xxj
Excellence du nouveau Testament au- dessus de l'ancien, page jjo.
Livres Deutérocanorriques cités par saint Cypricn , ibid.
Nécessité & autorité de la Tradition, page 3 5 z.

Chapitre Troisième.

DE VEGLISE.

Unité de l'Eglise, page 3 54.


Suite du même sujet, ibid. & pages 355. & 3J6.
Sainteté de l'Eglise, page 3 57.
Catholicité de l'Eglise , ibid.
Apostolicité de l'Eglise , page jjS.
Primauté de l'Eglise Romaine, ibid.
Visibilité de l'Eglise , page 363.
Indéfectibilité & infaillibilité de l'Eglise, ibid.
L'Eglise se réjouit des mérites des fidèles, page 3 64.
Elle pleure leur perte, ibid.
Son pouvoir fur les choses de discipline , ibid.

Cha P ï T IL ï Q^t a t r i t' m e.

DES HE RETIgJJES ET DES S C HIS M AT I gV E S.

Hors l'Eglise point de salut , page 364.


llíée de l'Héréfie , page $66.
Sources de l'hérésie , page 367.
Quels font les hérétiques , ibid.
Ce font des faux Prophètes , ibid.
Ce font des menteurs & des enfans du diable , ibid.
Ce font des esprits mal faits & des brouillons, page 368.
Ce font des pestes de la foi , des ferpens qui corrompent artificieu-
sement la vérité, ibid.
Illusions des Hérétiques , ibid.
Marques aufquclles on peur reconnoître les hérétiques, page $6$.
Ils prennent des noms nouveaux , ibid.
Ils ne succèdent à personne, 6c tirent leur origine d'eux-mêmes, ibid.
Autres marques, page 370.
Idée du Schisme & des Schifmatiques , ibid.
Suite du mème sujet, page 371.
II ne peut y avoir de raison d'embrasser le schisme, page 37^

c iij
Jcxij Table des Sections y Paragraphes y

Chapitre C i n q. u i e' m e,
-.. .1
DE V EXISTENCE DE DIEU, DE SON
unité y fjr de ses autres perfections absolues.

Existence de Dieu prouvée par l'instinct de l'homme , sage 37J,1


Unité de Dieu, ibid.
Dieu est invisible & incompréhensible, page 374-
Immensité divine , ibid.
Quel est le vrai nom de Dieu , ibid.
La providence divine s'étend fur les moindres choses comme fur le$
plus grandes, & particulièrement fur l'Eglisc , page 37 j.
Suite du même sujet, ibid.
Rien n'échape à la connoissance de Dieu, page 376".
Bonté de Dieu , ibid.
Patience de Dieu, ibid.
Justice de Dieu , page

Chapitre Sixie'me.

DE LA TRINITE' DES PERSONNES


Divines y ejr de leur Consubstantialité.

Les trois Personnes Divines ne sont qu'un seul &c même Dieu, pag)
378-
5uite du même sujet , ibid. & page 379.

Chapitre Septie'me.

DE LA DIVINITE' DU VERBE,

Preuves de Saint Cyprien en faveur de la Divinité du Verbe, page,


îSi.
Suite de la même matière , ibid.

Chapitre Huitie'me.

DE L' INCARNATION.

Vérité de rincarnation prouvée par l'Ecriturc , page 384.


Signes de la naissance du Messie , ibid.
Jesus-Christ reíTufcité a reçu tout pouvoir de son Pere, page 381»;
Jesus-Christ doit venir juger le monde , ibid.
Jesus-Christ Juge 5c Roi , ibid.
Une personne tic deux natures en Jesus-Christ, page 387.
Jesus-Christ est notre Avocat & notre intercesseur , page 3 S S.
Chapitres & Sommaires. ôc^Hj^
C'est pat lui que l'on satisfait à Dieu, page 388.
C'est pat lui que l'on parvient à Dieu, ibicU
Esters de l'Incarnation , ibid.

CHAPI TIE NîUVIl'Mî.

Z*ES SAC REMENS DE LA NOUVELLE LO L\

Article Premier.

Du Batême & de la, Confirmation.

Le bateme de saint Jean n'étoit qu'une dtsposirion à celui dé Jesus-


Christ, & ne suffisoir poiqr pour le salur, page 3&9~
Suite du même sujet, sage 390.
Idée du bateme de Jesus-Christ , ibid.
Batêmc de Jesus-Christ prédit par Isaïe & par S. Jean-Baptiste , sage

L'eau , matière du bateme , ibid.


II n'importe pour h validité du bateme- qu'il soit «Tonné par infusion
011 immersion, sage 39^.
Validité du bateme donné par infusion ou aspersion , pâge 393.
Difficulté expliquée sur cette matière , ibid.
ta forme du bateme consiste dans l'invocarion des trois Personnes di«
vines, page 395..
Ministres du batême, page 396".
Sentiment de saint Cyprien fur le batême des hérétiques, ibid.
Sentiment de saint Etienne , page 397.
Effets du batême , page 398.
Le batême imprime caractère , ibid.
Saint Cyprien ne croyoit pas qu'il fallût baptiser les hérétiques qui
avoient reçu le batême dans l'Eglife, page 399.
Batême des enfans , page 400.
Objections contre lc batême des enfans, refutées par saint Cyprien,,
ibid.
Batême des Adultes , page 40 r.
Batême de sang, page 401.
Sacrement de Confirmation, ibid.

Article Deuxie'me.

De FEucharistie..

Ì/Eucharistie est le saint du Seigneur, page 433.


L'Euchaiistie contient le corps & le sang de Jesus-Christ , ibid%
Suite du même sujet , pages 404. & 40 f.
Histoire miraculeuse au sujet de l'Eucharistie , page 405,.
xtlv Table des SeUions , Paragraphes ,
Autre histoire sur le mêiue sujet , page 40Í.
Autre fait miraculeux au sujet de l'Eucharistie , ibid.
Réflexion de saint Cyprien sur ce dernier fait , page 407. -i
Le pain & le vin, matière de l'Eucharistie , ibid.
Nécessité du vin pour la consécration du calice, sage 40?.
Difficulté tirée de saint Cyprien , rouchant l'eau que l'on met dans
le calice avec le vin , page 409. •
Explication de cette diíFculté, page 410.
Effets de l'Eucharistie, ibid.
Suite du même sujet , page 411.
Disposition à la réception de l'Eucharistie, page 412.
Suite du même sujet, ibid.
L'Eucharistie est un sacrifice, page 414.

Article T roisib'me.

De la Pénitence.

Nécessité de la Pénitence , page 417.


En quoi consiste la Pénitence , page . 418.
Confession des péchés faite aux Prêtres , page 411.
Pouvoir donné a l' Eglise de remettre les péchés, page 422.
Ce pouvoir s'étend fur tous les péchés , même les plus énormes i
page 42 3.
Contre les absolutions précipitées, page 42 j.

Article Q_ u a t r i e' me.


De l'Ordre Ecclésiastique , & du Mariage.

Origine de l'Episcopat ,tpage 428.


L'Episcopat est d'établi sseruent divin , ibid.
Les Evêques font successeurs des Apôtres , page 419.
Prééminence des Evêques , ibid.
Unité de l'Episcopat, page 432.
Traité de l'unité de l Eglisc , page 43 j.
Ordination de l'Evêque , page 435.
Dignité des Prêtres, ibid.
Les Prêtres ont part au gouvernement de l'Eglise, page 43Í.
Origine du Diaconat , ibid.
Les Diacres font ministres de l'Eglise, des Evêques & des Prêtres,
Paif 437-
Fonctions du Diaconat , ibid.
Sur le pouvoir que Saint Cypticn donne aux Diacres, au défaut d'Evè*
ques çc de Prêtres, d'absoudre les pénirens ,fage 438.
Soudiacres & aunes ministres inférieurs, page 439.
Sur le mariage, page 440.

Ch a r iTM
Chapitres & Sommaires. vxv

Chapitre Dixi i'me.

DU PECHE' ORIGINEL , DU LIBRE-ARBITRE^


& de U Grâce.

Péché originel , page 441.


Libre-arbitre de l'homme , page 444.
Nécessité de la Grâce, page 44Í.
Amissibilité de la Grâce, Sc de la justice chrétienne, page 44.8.
La fidélité aux grâces de Dieu les augmente & les multiplie, page
449;
Efficacité de la Grâce, ibid.

Chapitre Onzie'me.

DE- V INVOCATION DES SAINTS,


des saintes Reliques, des Vœux ejf des Indulgences.

Intercession des Saints, page 452.


Sur les Reliques Jcs S-iIma , 454-
Vœux de continence usités du tems de saint Cyprien , page 45^,
Sut les Indulgences, page 457.

Chapitre D o u z i e'm e.

D U JUGE MENT, DE LA GLOIRE DES SAINTS,


du Purgatoire , & de l'Enfer.

Jugement dernier , page 460.


De la gloire des Saints, page tfi.
Les Saints vont au ciel au sortir de cette vie, page 462:
Supplices de l'Enfer, page 46$.
Prières pour les morts, & Purgatoire, page 464.

APPENDICE,

Où l'on explique quelques endroits difficiles de saint Cyprien


touchant le Dogme.

Endroit difficile fur Je Batcme, page 4Í5.


Explication du terme Exomtlogefe dans saint Cyprien , page 467.
Endroit obscur sur le pouvoir des clefs, page 469.
Sentiment particulier de saint Cyprien sur le sujet des guerres , page
471.

Torne II. i
xxvj Table des Seftìons , Faragraphes ,

Section: II. Points de Morale.

Chapitre* Premier.

JÇJ)' EST-CE gJJ'U N CHRESTIEN.

Un Chrétien est le temple de Dieu 8c l'habkation du Saint- Esprit j


page 47 j .
Il est plus grand que le monde, ibid.
11 est supérieur à tous les honneurs du siécle , Sc ne recherche que?
ceux du ciel , ibid.
Modération du Chrétien , page 47 3.
Son désintéressement & fa tranquillité , page 474.
Autres vertus du Chrétien , ibid.

Chapitre Dïuxie'me.

DES TROIS VERTUS THEOLOGALES.


U Voi , VEspérance , dr la Charité.

En quoi consiste la foi chrétienne, page ^7g.


La foi en Dieu le Pcre ne suffit pas pour le salut sans la foi au Fils,
ibid.
La foi doit être simple , page 477.
La foi doit être persévérante , ibid.
Elle doit être accompagnée des bonnes œuvres , ibid.
Effets de la foi , page 47 8-,
Sur l'Efperance , Page 479.
Sur la Charité, ibid.

Chapitre Troisi e' m e,

SUR V A V M 0 S N E.

VAumône nous mérite la rémission des péchés, page 48L


Dieu fait miséricorde à celui qui fait Paumône, page 482.
L'aumône rend nos prières efficaces, page 483.
L'aumône délivre de la mort du corps , ibid.
L'aumône recommandée par Jesus-Christ, ibid.
Vains prétextes de ne pas faire l'aumône , tefutés , page 484.
Les richestes ne s'épuilent jamais, quand on les employé en aumô
nes , ibid.
L'aumône sert au contraire à enrichir, ibid.
On se perd en craignant de perdre ses biens, page 485.
Combien cette crainte est peu fondée , ibid.
Combien elle est criminelle, page 48Í.
Chapitres & Sommaires. xxvìj
Cc n'est que l'avarice qui empêche de faire l'aumône, page 48 6.
Contre cecte avarice , ibid.
Le grand nombre des enfans oblige davantage à l'aumône , page 4$ 7^
Motifs de faire l'aumône , sage 488.
Eloge de l'aumône , ibid.

Chapitre Q^uatki e'mi.

DE LA PATIENCE.

La patience est un don du ciel , page 489.


Dieu est patient, ìbid.
Patience de Jefus-Christ, grande preuve de fa divinité , page 490.
Toutes les actions du Sauveur font marquées au sceau de la patien
ce, ibid.
Modelé de patience dans les Saints, page 491.
Nécessité de la patience pour tous les hommes , ibid.
La patience est encore plus nécessaire aux Chrétiens, page 491.
La patience est le fondement de toutes les vertus , 8c de la chante
même , ibid.
La patience nécessaire pour éviter les péchés, page 493.
Touchant rimpaciciice , ibid.
Effets de la patience, ibid.
Avis à ceux qui souhaitent la vengeance , pagt 494.

Chapitre Cin q. u i e'm e.

JOJJELS SONT LES SIENS ET LES MAUX>


& quel usage Von doit faire des uns ejr des autres*

Quels font les vrais biens selon saint Cyprien, pagt 495.
Quels font les faux biens , ibid.
Usage légitime des biens d ici-bas, page 497.
Portrait des vrais maux , page 4,98.
Sur les misères de cette vie , page 499.
Utilité des miseres de cette vie , ibid.
Mépris de la mort, page 500.
Ce qu'il faut penser de ceux qui craignent la mort, page 501.

Chapitre Sjxiï'me.

DU M A RT T R E.

Dispositions au Martyre , page j»2.


Idée du Martyre, page jOj.
Exhortation au Martyre, wid.
Passages de ÎEcriture touchant le Martyre , ibid.
Xxviij Table des Sessions, Par dgraphes",
II saur attendre, & non s'exposer au Martyre , sage 504.
Dieu couronne la volonté du Martyre , ibid.
II ne faut pas craindre les persécutions, ibid.
Récompenses du Martyre , 505.
Eloge des Martyrs, sage 506.

Chapitre S e p t i e'm e.

DE LA VIRGINITE*.

Eloge des Vierges , sage 507.


Objection réfutée fur la virginité, ibid.
Jesus-Christ ne prescrit pas la continence, mais il y exhorte, pagt
508.
Avantages de la virginité , ibid.
Les vierges doivent en premier lieu observer exactemenr les règles
de l'Evangile , page 530.
Pureté des vierges , ibid.
Les vierges ne peuvenr défirer de plaire aux hommes , ibid.
Elles doivent évuer les vaines parures , page 510.
Inconveniens de ces vaines parures , ibid. .
C'est ceíTcr d'êrrc vierge que de se faire aimer charnellement des hom
mes, page 511.
Les vaines parures ne conviennent qu'à des comédiennes & à des cour-
risannes , ibid.
Exemple effrayant des filles de Sion dont il est parlé dans Isaïe , ìb\ây
Se servir des choses relies que Dieu les a créées, page 512.
Lc démon est auteur des vaines parures, ibid.
Quel crime c'est de s'en servir, ibid.
11 n'est pas permis aux vierges de se trouver aux festins des nôees^
W. 5*3-
Les bains publics leur font interdits, page 5 14.'
Exhortation aux vierges, ibid.

Chapitre Huitie' me.

DE LA PRIERE ET DE LA EUITI
dans la fersécution.

Nécessité de la prière, page 515-


Avanrages de la prière , ibid.
Condition de la prière , page 516. >
Manière de prier , page 517.
Excellence & efficacité de l'Oraison Dominicale, page 518.
Explication de ces paroles : Notre Père , ibid.
Explication des autres parties de l'Oraison Dominicale, ibid.
II est permis aux Chjçtiens de fuir dans la persécution ,page 51^;
Chapitres & Sommaires^ xjôX
Raisons qui justifient la fuite des pasteurs dans la persécution , page
S20- . . , •.
Le clergé de Rome condamne d'abord la fuite de S. Cyprien , pagt
S*1-
Mais ensuite les Confesseurs de Rome l'approuvent , ibid.
Les pasteurs nc peuvent se retirer sans des raisons très-puiíTantes \
ibid.

Chapitre N i u v i e' m î,

DE L'IDOLATRIE, ET DE VA POSTAS IE, \

L'idolâtrie est un crime énorme, sage 5 z z,


Origine de l'idolâtrie , ibid.
Vanité du culte des idoles , ibid.
Peines de l'idolâtrie, page 524.
Avis aux Chrétiens contre l'idolâtrie , ibid.
Sentiment de saint Cyprien , touchant l'Apostasie , page j 24;
Les Libellatiques apostats, page 5 25.

Chapitré uixie'me.

DE ÏENFIE , ET DE ^UEL^U ES AUTRES


Péchés.

L'Envie est une passion très- dangereuse , page 52s.


Effets de l'envie , ibid.
Etendue de cette passion , page 5 27.
L'envieux se nuit plus à lui-même qu'à celui qu'il persécute , page
528.
Remèdes à l'envie , ibid.
Trois sortes de péchés selon Saint Cyprien, page 529.
Sur le mensonge, ibid.
Sur la médisance, ibid.
Sur la calomnie , ibid.
Sur l'homicide, ibid.
Contre les Combats des Gladiateurs, -ibid.
Contre les combats des bêtes, ibid.
Contre les Tragédies, page 530.
Contre les Comédies , ibid.
XSCx Table des SeSthns, Paragraphes t

Section III. Points de Discipline.

Cc que pensoit saint Cyprien de la Discipline en général , page 5 3 n

'Chapitre Premier.

DISCIPLINE SUR LE B A T £ S M E.

Bénédiction de l'eau destinée au Batame , sage 5 jz.


Eiorcismes an barème , ibid.
Exorciímes fur les possédés, ibid.
Signe de la croix fur le front de ceux que l'on baptise, sage jj*.
Note de l'Editeur refutée sur ce sujet , ibid.
Sel que l'on met dans la bouche de ceux qu'on baptise , sage 534.
Interrogations au batème , ibid.
Renoncemens au siécle, à ses plaisirs, & à ses pompes, ibid.
On plongeoit dans l'eau pour baptiser, page f 35.
Batême donné par infusion ou -par aspersion, ibid.
Onctions du baicmc , p*g* fa6.
Consécration du saint chrême , ibid.
.Baiser que l'on donnoit aux .nouveaux baptisés, ibid.
La confirmation se donnoit immédiatement après lei>atême , sage 537,

Chapitre Deuxième.

DISCIPLINE SUR L'EU C H A R 1 S T I E.

Les fidúles s'áíïembloient avec l'Evêque pour célébrer l'Eucharistie à


page 537.
Tems d'offrir le saint Sacrifice, page 538.
On l'oftroit tous les jours , ibid.
Les Fidèles communioient tous les jours, page 539.
L'on communion souvent sous la feule espece cki pain , ibid.
On recevoir le Corps de JefusXhrist dans la main , ibid.
On donnoit aux enfans l'Eucharistie fous Pespece même du vin, page
54°-
On refusoit l'Eucharistie à ceux qui ne commençoient à faire péni
tence qu'à la mort, page 541. •
On offroit le saint Sacrifice dans les prisons , ibid.
Préfaces & prières de la Messe , ibid.
On faifoit mémoire des fidèles au saint Sacrifice, page 54X.
On mettoit peu d'eau dans le calice « ibid.
Çhapìtrts & Sommaires. xxx)

Chapitre Troisième.

DISCIPLINE SUR LA PENITENCE,

Péchés soumis à la pénitence canonique , page 543.


Ordre de la pénitence canonique , ibid.
Proportion des pénitences à la qualité des crimes , page J44.
Les Evêques & les autres ministres soumis à la pénitence canonique ,
f*V 5+5- ...
Billets des martyrs touchant la réconciliation des pénitens , ibid.
Les Evêques jugeoient de ces billets avec le clergé & le peuple ,pagt

On examinoit sérieusement la conversion des hérétiques Scdesschis-


mariques, page 547.
Les penitens étoient retranchés de l'Eglise, ibid.
On réconcilioit les pénitens à la mefle , ibid.
On ne remettoit pas en pénitence ceux que l'on réconcilioit en péril
de mort avant d'avoir achevé leur pénitence, ibid.

Chapitre Q^u a t r i e' m e.

T>1S CIPLINE SU R VORDRE ECCLESIASTIQUE.

Election & Ordination des Papes, sage 548.


Les Papes ne faisoient rien d'important lans l'avis des autres Evê
ques , ibid.
On ne souffroir gueres en Afrique les appels à Rome, page $4}.
Election des Evêques , page 5^0.
On ne souffroit pas deux Evêques en même tems dans une même
Eglise , ibid.
Les Evêques gouvernoient leurs" Eglises de concert avec leurs Mé
tropolitains, leur clergé, & leur peuple, 551.
Assemblées des Evêques tous les ans pour régler les affaires de l'E
glise , ibid.
Ils confultoient fur-tout l'Evêque de Rome , page- 551.
11 n'étoit pas permis à un Evêque de casser légèrement ce qu'un au
tre Evêque avoir fait, ibid.
Les Evêques s'écrivoient les uns aux autres , page 452.
Ils se fervoient de clercs pour envoyer leurs lettres , ibid.
Le clergé gouvernoit l'Eglise en l'abfence de l'Evêque, ibid.
Les évêques ne pouvoient rien dans les diocèses de leurs confrères
fans leur permission , page 553.
Honneur rendu aux évêques étrangers , ibid.
Cas réservés à l'évêque , ibid.
Points de discipline touchant les Prêtres , ibid.
xxxij T«Me des Sections , Paragraphes ;

Chapitre C i n q. u i e'm e.

. OUTRES POINTS DE DISCIPLINE. *

Usage des revenus de I'Eglise , sage 5 5 4.


L'Eglise nourrisson les pauvres , ibid.
Touchant les Sporrules, sage 555.
Heures Canoniales , ibid.
Prières avant le repas , ibid.
Explication de cette expression : Presbyterium fubministrare. sage 5 5^.

DOCTRINE DE SAINT DENYS


d'Alexandrie,' Page 557.

REM AR^XJ ES PRELIMINAIRES.

Eloges donnes par les Anciens á sarrir r>cny3 d'Alexandrie, page 5 57:
Enumération des écrits de Saint Denys d'Alexandrie , page 558.
Jugement qu'il faut porter des écritsdcS. Denys d'Alexandrie, page 5^9.

S E c T 1 .0 N I. Points Dogmatiques.

§. 1 . Endroits remarquables fur les -parties du Nouveau-


Testament , attribuées à l'Jpâtre Saint Jean.

Canonicité des trois Epitres de Saint Jean reconnue par Saint Denys
d'Alexandrie , page ^60.
Saint Denys doute que l'Apocalypse soit de l'Apôtre S. Jean , ibid.
L'Apocalypse reconnue par Saint Denis d'Alexandrie pour écriture
inspirée, page $61.

§. 2. De l 'unité de Dieu , d* de fa qualité de Créateur.

Un seul Dieu créateur de l'univers, page $61.

§. 3. De la Sainte Trinité.

Distinction des Personnes divines, page 561.

§. 4. De la Personne du Verbe.

Le Fils est coéternel au Pere , page 563.


Saint Denys a enseigné que le Fils est de même nature que le Pere,
page 564. v -
S. Denys
Chapitres & Sommaires. xxxiï
Saint Denys ne met pas le Fils au rang des créatures, sage $6 j.
Idée que Saint Denys nous donne du Verbe , ibid.

$. 5 . De la Personne du Saint-Esfrit.
Le Saint-Esprit inséparable du Pere êt du Fils , page ^66-
Trinité & cònsubstantialité des Personnes Divines, page 567.'
§. 6. Batême & Eucharistie.
Saint Denys pensoit comme le Pape Etienne sur le batème des hé
rétiques , page 567.
Eucharistie donnée en viatique aux malades, page 569.

§. 7. Sur la Pénitence. ,
Pouceur de l'Eglise à l'égard des tombés durant la persécution ,page
570.
§. 8. Contre l'erreur des Millénaires.
Saint Denys a condamné Terreur des Millénaires, page 57 1.
Il a condamné aufli l'hérésie des Novatiens, paie sy

Section II. Points de Morale & de Discipline.

§. 1. Intrépidité des anciens chrétiens.


Exemples de fermeté dans les anciens fidèles, page 573.
Suite du même sujet , ibid.
§. 1. De la conduite que doit tenir un Evêque intrus-
Comment se doit comporter un Evêque intrus, page 575.

§. 3. Commentfaut-U traiter âpres leur mort , les Au


teurs Catholiques qui font tombés dans quelques erreurs.

<§. 4. Comment il faut disputer sur des matières de Religion.

§, 5 . Fidélité & attachement des anciens Chrétiens^


à fégard des Princes mème 'infidèles.

§. 6. Pouvoir des Chrétiens fur les Démons ; (Vau


tres points remarquables.

Les Chrétiens commandoient aux démons qui leur obéïílòient , page


578.
Respect de Saint Denys pour les simples Prêtres , ibid.
La lecture des hérétiques est ausll avantageuse aux forts qu'elle est
pernicieuse aux foibles , ibid.
Tome II. e
Table des Sections , Paragraphes ,

APPENDICE,

Ou l'on rapporte quelques Points de Discipline.

Tems de cékbrer la fête de Pâques, page ^fcj.


Pratiques différentes fur le tcms de rompre le jeûne de 1a veille de
Pâques, ibid.
Décision de Saint Denys fur ce point de discipline , ibid.
Pratiques différentes furie jeûne des six jours avant Pâques , page jío."
Saint Denys ne vouloit pas que les femmes nouvellement accouchées,
ou celles qui fouffroient leurs incommodités ordinaires, s'appro-.
chaílént de la sainte Table, ibid.
Continence des gens mariés, sage 581.
Sur les impuretés involontaires qui arrivent en dormant , ibid.

DOCTRINE DENOVATIEN, PRETRE


de Rome. -£<Mt 5

Section Première,

Points Dogmatiques.

Chapitre Premier.

DE L'ETRE DIFJN , ET DE SES PERFECTIONS


Absolues.

Un seul Dieu tout-puissant & créateur de l'Univers, sage 58$.


Dieu créateur de l'homme , Page 584.
Dieu créateur des Anges, ibid.
Unité divine prouvée par Novatien , page 585.
Simplicité & spiritualité de Dieu, ibid.
Ce qu'il faut entendre par les membres que l'Ecriture donne à Dicu^
W 58<í' .
Immensiré , providence & éternité divine, ibid.
Bonté de Dieu , ibid.
Son immutabilité , page 5 87.
Comment il faut interpréter les passions que l'Ecriture paroît attribuer
à Dieu , ibid.
Incompréhenfibilité divine, ibid.
lne^abilité de Dieu, page 588.
Connoislàncc de Dieu par la considération des créatures, page yiçfí
Idée de l'ccre divin > ibid.
Chapitres & Sommaires. xxxv

Chapitre Deuxie' me.

TRINITE' DES PERSONNES DIVINES.

Les trois Personnes 'divines distinguées , page 590.


Preuve de la distinction personnelle du Pcre & du Fils, page 591.
Objection des Sabelliens refutée , page 591.
Opérations distinctes & personnelles du Perc & du Fils , page
Opérations particulières du Fils , ibid.
Opérations personnelles du Saint-Esprit , ibii.
Propriétés personnelles du Perc , page 5 94.
Propriétés personnelles du Fils, page 595.
Propriétés personnelles du Saint-Esprit , page 596".

Chapitre Troisie'me.

DELA DIVINITE* DE J E SU S- C H R ISTy


& da Saint- Esprit.
Divinité de Jcsus-Ckrlst provivio r«.r l'tc.'.m^ »lc rancien Testament,
page 598. f W-
Divinité de Jefus-Christ prouvée par le Nouveau Testament , page
W'
Preuve de la divinité de Jefus-Christ, tirée de Terreur des Sabel
liens, page 605.
Autre preuve de la divinité du Sauveur , tirée de Thérésie des Do
ciles , ibid.
Objection des anciens hérétiques réfutée , page 60S.
Autre objection réfutée fur le même sujet, ibid.
Autre difficulté tirée de Novatien lui-même , ibid.
Novaticn résout lui-même cette difficulté , page 6oj.
Autre difficulté tirée du même auteur , ibid.
Réponse à cette difficulté , page 60Ì.
Divinité du Saint-Esprit, ibid.

Chapitre Q^uatrie' me.

DE VlNCARNATION DU VERBE.

Prophéties touchant l'Incarnarion , page 609*


Réalité de Tlncarnation , page 61 1.
Deux natures distinctes en Jefus-Christ , ibid.
Union des deux natures en Jefus-Christ, page 611.
Unité de Personnes en Jefus-Christ, page íij.
Règle pour l'intelligencc de l'Ecriturc, tâid.
Xxxvj Table des Sections , Paragrâfhti ;

Section II. Points de Morale.

§. i . De la nourriture de nos premiers Pères.

Nourriture de l'hom me innocent , page 614.


Premier changement de nourriture causé par le péché d'Adam , ibid.
Usage de la chair accordé ensuite à la foiblcsse de l'homme , ibid.

§. 1. Des viandes défendues far U Loi Mosaïque-

Viandes défendues aux Juifs; pourquoi, sage 615.


Les Chrétiens dispensés de cette Loi , ibid.
Viandes immolées défendues aux Chrétiens, page €\€.

§. 3 . De fancienne Loi.

L'ancicnne Loi est spirituelle , & doit être interprétée spirituellement,1


page 616.
Le Décalogue n'a rien annoncé de nouveau, ibid.

§^4. Maximes fur la Pénitence.

Libellatiques mis par Novaticn au rang des Apostats , page 6ié.


Contre les réconciliations précipitées , page 6 17.
Il faut que la pénitence soit proportionnée aux péchés, ibid.
Dispositions convenables aux Pcnitens , ibid.

DOCTRINE DE SAINT GREGOIRE


de Néocesarée > surnommé le Thaumaturge.
Page 619.

RE M ABL $XI ES PRELIMINAIRES.

Eloges donnés à Saint Grégoire Thaumaturge , par les anciens , page


61$.

Section I. Points Dogmatiques.

§. 1. Ecriture Sainte.

Divinité de l'Ecriture, page

§. x. Trinité é Confubjlantialité des Personnes divines:


Chapitres & Sommaires'. xxxvi/
§. 3. De la personne du Père en particulier.
Qualités personnelles du Pere , sage 6x z.
§. 4. De la Personne du Fils , ou du Verbe de Dieu.
Propriétés personnelles du Fils, sage 623.
Difficulté tirée de Saint Grégoire lui-même fur la distinction person-;
nellc du Pere & du Fils , page 614.
§. j. De la Personne du Saint-Esprit.
Propriétés personnelles du Saint Esprit , page 61 5.
§. 6. Nécejstté de la Grâce, & Anges-Gardiens.
la Grâce est nécessaire pour acquérir les vertus , page 616.
Ange-Gardien de Saint Grégoire Thaumaturge, ibid.

Section II. Points de Morale.

$. 1. Des Ecrits des Athées (jr des Payens.


Contre les Ecrits des Athées, page 6ij.
Précaution avec laquelle il faut Ure les livres profanes, iBid.
§. 2 . Deux cas de conscience , touchant des personnes
réduites en captivité.
Ce qu'il faut penser de ceux qui , réduits en captivité , aúroient man
gé des viandes immolées aux Idoles , page 6zy.
Décision de S. Grégoire touchant des femmes chrétiennes quiavoient
souffert violence pendant leur captivité , page 6z%.

§. 3. Autres cas de conscience touchant les vols & les


usurpations.
II n'est pas permis de profiter du malheur des tems, pour s'enrichit
du sang des pauvres, page 619.
II est défendu de profiter de ce que l'on trouve, ibid.
Il n'est pas permis de retenir le bien d'autrui , sous prétexte qu'on a
perdu le sien propre, page 630.
Contre ceux qui arrêtent les personnes échappées à la captivité, ibid.
Contre ceux qui , étant captifs parmi les Barbares , se mêlent à leurs
courses & à leurs brigandages , ibid.
Contre ceux qui s'emparent des maisons d'autrui , ibid.
Contre ceux qui retiennent quelque chose appartenant aux Barba
res, page 6}i.
11 est défendu de rien exiger de ceux à qui etn rend quelques ser
vices, ibid.
xxxvîij Table des Seiïìons , Paragraphes,

DOCTRINE DE SAINT DENYS, PAPE,


Page 6 31.
§. 1. REMARQUES P R E'L 1 M I N A I R ES.
Eloges donnés au Pape Saint Denys, sage £31.
§• 1. De la Sainte Trinité.
Les trois Personnes divines font inséparables par l'unité de nature ,
sage tfjj.
Le Verbe est consubstantiel au Pcre , page 634.
Le Verbe n'a point été créé ou fait, mais il est engendré de toute
éternité , ibid.
Divinité du Saint-Esprit, ibid.

DOCTRINE DE THEOGNOSTE
d'Alexandrie. Page 635.
'$. 1. RE MARQUES PRELIMINAIRES.
Eloges donnés à Theognoste , page 635.
§. 1 . Sentimens de Theognostefur quelques points de Religion.
Theognoste a reconnu les trois Personnes divines, page tfjj.
II a enseigné la consubstantialité du Verbe, page 6 $6.
Saint Athanase reconnoît qu'il y a quelques termes cmbaraíTàns dan*
Theognoste fur le sujet du Verbe, page 637.
Sur le blasphème contre le Saint-Esprit, page £38.
Ce que pensoit Theognoste furies Anges & l'Incarnation , page £39.

DOCTRINE DE SAINT VICTORIN'


Evêque de Pettau. Pag. 540.
$. 1. RE M A RgU ES P R E'L I M I N A I RE S.

$. 1. Sentimens de Saint Viftorìn fur quelques points


de Dogme.
Sur l'Ecriture Sainte, page 641.
Sur l'Eglise, ibid.
Sur le Batême, ibid.
Sur le Règne des mille ans , ibid.
Chapitres & Sommants. xxxU
5cntîmens particuliers fur la situation des ames des Saints après cette
vie, page 641.
Sur l'Anrechrilt, ibid.
Sur Jeremie , tbid.
Quels étoient les Nicolaïtes, ibid.

DOCTRINE DE PIERIUS, PRETRE


d'Alexandrie. Page 643.
§. 1. RE MAR J>U ES P RE'L IMINAIRES.
Belles qualicés de Pierius, page 643.

§. 1 . Sentìmens de Pierius fur quelques points de Religion;

Sur les images, page 643.


Sur les ames , page 644,
Sur la Personne du Saint-Esprit , ibid.
Sur les Personnes du Pere & du Fils , ibid.

DOCTRINE DE SAINT ARCHELAUS,


Evêque de Caícare en Mésopotamie. Page £45.

§. I. REMARQUES PRELIMINAIRES.
Eloges donnés à Archelaiis par l'antiquitc, page 64$.

§. 2. De rXJnité Divine.
§. 3. Des trois Personnes Divines.

§. 4. De la Divinité du Verbe.
Divinité de Jcfus-Christ , page 650.
§. 5 . De tIncarnation du Verbe.
Réalité de l'incarnation prouvée par Archelaiis,/'^ £jr.
Objection de Manès contre la réalité de l'incarnation , page 6 51.
Réponse d'Archelaiis à cetre objection, page 653.
Prophéties touchant le Sauveur , ibid.
§. 6. Du Batême & de îOrdre.
Effet du Batême , page £54.
Ordre ou Hiérarchie Ecclésiastique , ibid.
$. 7. Du Libre-arbitre , & de U Grâce.

Sur le Libre arbitre, page


kl Table des Seclions , PAragraphes , &c.
§. % De la châle des mauvais Anges.
Les mauvais anges condamnés à un feu éternel, page 655.
§. ^. De la Loi naturelle.
Justes du tems de la Loi naturelle, page 6 $6.
§. io. De l ancienne Alliance.
Touchant la Loi Mosaïque, sage 6yj.
Inutilité de la Circoncilìon de la chair , ibid.

§. 1 1 . De la Loi Evangélique,
Excellence de la Loi Evangélique, sage 6$%.

§. ii. Concorde des deux Alliances.


§• 13. Quelques points de Discipline.

Fin de la Table des Sections & Sommaires.

APPROBATION DE MONSIEUR DE MARCJLLT,


Docteur de la Maison & Société de Sorbonne , Censeur RoyaU

J'AY lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Second Tome


d'un Manuscrit , qui a pour titre : Concordance des Saints Pères
Grecs & Latins, &c. L'on trouve dans ce Volume les matières les
plus intéreflantes traitées avec la même méthode. Cet Ouvrage qui
abrège & facilite l'étude des Saints Pères, nous met devant les yeux
la Tradition des trois premiers Siécles; il est aisé dèstors d'apperce-
voir les grands avantages que l'on en peut tirer , & ceux que l'on a lieu
d'espérer de sa continuation. En Sorbonne, le 19. Mai 1739.

De Marcilly.

CONCORDANCE
CONCORDANCE

DES

SAINTS PERES

GRECS ET LATINS-

SUITE DE LA DOCTRINE

DE

TERTULLIEN>

PRÊTRE

Section II.

POINTS DÉ MORALE.

Otrï Auteur n'est guére moins étendu


fur la Morale que fur le Dogme j & quoi- II. & III.
qu'il traite celui ci avec assez de méthode Siécles*
& d'exactitude , l'on peut dire toutefois qu'il
excelle encore bien davantage fur la Mora-
' le. II n'est point d'âge , point de fexe3 point
de condition , à qui il ne donne des instructions particu-.
Tome II. A
2 DoSîrine de Tertullien 3 Prêtre.
II & III ^eres j & à bien ramasser tous les endroits de ses écrits quî
concernent cette partie de la Théologie Chrétienne,l'on lc-
Siécles. rojc fort en ^tat je fe concjuire foi-même , 6c de diriger
les autres. Ce n'est pas néanmoins notre deílèin de rapporter
ici tout ce que nous avons pû découvrir de beau &c d'édifiant
dans les differens Traités de cet Auteur. La chose nous
meneroit trop loin j & il est juste , que nous étant fort
étendus fur le Dogme , nous soyons un peu plus courts
fur la Morale. Nous nous bornerons donc à marquer les
endroits de ce Pere qui font de la derniere conséquence
& ceux-là fur-tout qui renferment des vérités , dont la
pratique est la plus négligée de nos jours. Et comme il
n'est point de régie plus sûre de notre conduite que la
vie édifiante des anciens Chrétiens , nous ne manquerons,
pas de retracer ici le portrait qu'il nous en fait , afin de
nous faire sentir au moins , combien nous sommes éloi
gnés de la vertu & de la sainteté de nos Pères.

CHAPITRE PREMIER.

D E LA P Kl E R £.

^ \T^US commençons par la prière , fur laquelle


_L^| Tertullien a fait un Traite particulier. 11 nous,
enseigne lâ-dessus qu'il étoit réservé à Jésus -Christ
seul de nous apprendre la manière véritable d'adorer
Dieu & de le prier j ce que ce divin Sauveur fait excel
lemment dans l'Oraison Dominicale , où Ton trouve vé-
Excellence & ritablement l'abregé de tout l'Evanciíe : Ut reverâ in ora~
étendue de lOrai- . , i . 0._ , "
son Dominicale, tione brevianum totius hvangelii comprehendatur. c« Com-
udeitíritrt.c.i. » bien effectivement, dit ce Pere , trouvons-nous d'in-
» structjons renfermées dans ce peu de paroles , soit de
» l'Ancien , soit du Nouveau Testament ? Combien d'in-
»> structions du Seigneur, de paraboles, d'exemples, de
» préceptes y découvrons-nous : Combien y trouvons-
*> nous de devoirs marqués ? On y apprend comme il faut
»> honorer Dieu par le nom de Pere 5 on lui- donne une
» preuve de la confiance qu'on a en lui , en invoquant
» son nom 5 on lui fait offre d'obéïssance en demandant
Doctrine de Tertullien , Prêtre. 5
<jue sà volonté soie faite ; on fait voir qu'on a de l'eípe- «
II. & III.
rance , en lui demandant l'arrivée de son régne i on «
lui demande la vie , en lui demandant le pain ; on con- « S IECL £ S.
fesse ses péchés , en le priant de nous en accorder le par- «
don ; & en lui demandant fa protection contre les ten- «
rations de cette vie , l'on fait voir la crainte où l'on est «
d'y succomber » : Dei honor in Pâtre , fidei teftimonium in
nomme, oblatio obfequii in voluntate , commemoratio spei in
règne , petitio vitœ in pane , exomologejîs debitorum in de-
frecatione } fotlicitudo tentationum in pofiulatione tutela. II
n'y avoit qu'un Dieu , ajoûte ce Pere , qui pût nous en.
seigner comment il vouloit être prié : Deus folus docere
potuit, utfe velkt orari.
II. Tertullien ne se contente pas de s'étendre en gêne
rai fur l'excellence ôc l'étenduc de l'Oraifon Dominicale -,
il en explique même toutes les parties l'une après l'au
tre 5 &c fur ces premières paroles -. Nôtre Pere qui êtes
aux Cieux , il dit que nous nous conformons en priant
ainsi , à renseignement que Jesus-Chrjst nous fait , de
n'appcller ici bas personne , nôtre Pere , & de ne donner
ce nom qu'à celui que nous avons dans le Ciel. Doctrine
inconnue â l'ancien peuple d'Israël , dont Dieu lui-même Privilège réservé;
se plaint , en disant qu'il a engendré des enfans qui ne aux Chrétiens de
nommer Dieu leur;
l'ont point reconnu. C'étoit un privilège réservé aux Pcrc. c. 2. <J> 3.
Chrétiens , de nommer Dieu leur Pere ; & ce nom ado
rable ne nous a été révélé qu'en Jesus-Christ. Au
reste , en disant nôtre Pere , nous invoquons le Fils
dans son Pere ; le Fils ayant dit , mon Pere &c moi , ne
sommes qu'un : Item in Pâtre Fili'us invocatur : Ego enim ,
inquit , & Pattr , unum fumus.
III. Sur ces paroles Que votre nom soit sanctifié
Explication de la
Tertullien enseigne qu'il ne faut pas nous imaginer que première deman
nous demandions par-là la sanctification & la glorifica de de l'Oraifon
tion du nom de Dieu en lui-même, puisqu'il est eíîèntiel- Dominicale, e. 3.
lement saint & glorifié y mais que nous témoignons seu
lement le désir que nous avons de voir ce saint nom san
ctifié & glorifié en nous-mêmes , & en tous ceux que la
grâce de Dieu attend : Cum dicimus , fanïiificetur nomen
tttum , id petimus utfantlificetur in nobis , qui in illo fumus \
fimul & in cœteris quos adhuc gratta Dei expettat.
A i]
4 Doflrïne de Tertullien , Prêtre.
If. 6c III. ÏV. Sur ces autres paroles : Que votre volonté (bit
_ faite , 2cc. il a íoin de nous avertir , ainsi que nous l'a-
" vons déja marqué dans la section précédente , que nous
Explication de la ne saisons point cette demande à Dieu , comme si quel-
seconde & troisié- qU*un pouvoit empêcher l'effet de sa volonté , & que
me demande, c. 4. 1 £ , . . r r, , ,, r . 7 ,J
^, j, nous louhaitions en coníequence qu elle loit exécutée j
mais nous prions qu'elle s'accomplisie en nous fur la terre ,
afin qu'elle soit un jour accomplie dans le Ciel : Est sen-
fus petitionis , ut in nobis fiat voluntas Dei in terris 3 ut
postìt fcilicet fieri & in cœlis. Nous lui demaadons donc
par-là qu'il nous accorde fa grâce , afin que nous soyons
sauvés 8t dans le Ciel & fur la Terre , & que pour arrî>
ver au salut , nous marchions dans la voie de íes corn-
jnandemens j ce que nous ne pouvons, faire y ajoute Ter
tullien , fans le secours de la volonté , c'est-à-dire , de la
grâce de Dieu : Quœ ut implcre poffìmus 3 opus est Dei ve-
luntate. Par ces paroles : Que votre règne arrive -, nous
demandons que Dieu règne en nous. Si donc c'est la vo
lonté de Dieu Sc notre propre avantage y que ce règne ar
rive au plutôt , comment quelques-uns demandent - ils
que la fin du monde soit reculée, puisqu'elle est l'époque
du commencement de ce règne ? L'arrivée de ce règne est
l'objet de nos voeux , de la confusion des Gentils , de
la joie des Anges ; c'est pour cela que nous sommes per
sécutés ici bas j ou plutôt c'est cela que nous demandons
à Dieu dans nos prières : Votum Christianorum ,.canfust»
nationttm , exultatio Angelorum , ptopter quoi confticlamur ,
zmmè potius propter quoi oramus.
Explication de la V. Quand nous prions Dieu de nous accorder notre
quatrième deman- pajn de chaqUe jour j nous |uj demandons les biens tem
porels aussi-bien que les spirituels. Ce qui peut néanmoins
s'entendre, & même plus proprement,. de Jesus-Christ,
qui fe dit le pain de nos ames , le pain de vie. Mais si
par cette demande on entend les choses temporelles , il
iàut bien faire attention à ce mot , Hoiie , qui doit bor
ner nos désirs òc les fixer au seul nécessaire. Sur la cin-
quiéme demande : Remettez-nous nos offenses , 8cc. Ter-
Explication de la tullien enseigne que par- là nous nous reconnoiífons pe-
«nquieincdeman- cneurs . parce que quiconque demande pardon fe recon-
jaoîc coupable : Exomologests est petitio veniœ : quia qui
Doctrine de TertuUien 3 Prêtre. 5
fetit veniam , dfliíium confitetur. Et en ajoutant : Comme jj & \\\
nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé : nous fai- _
1 1 * Sl £CLES
sons voir la nécessité indispensable de pardonner aux enne
mis , pour rentrer en grâce avec Dieu.
VI. Enfin fur ces paroles : Ne nous induisez point en
tentation ; il dit que nous demandons à Dieu par cette
prière , de ne nous laifler pas séduire aux ruses & aux -
tentations du Démon. Au reste , aioûte.t-il % à Dieu ne Explication de la
1 -r > ,• • t^- • • r sixiéma demande.
plane qu on s imagine que Dieu tente jamais perlonne , ft 8<
íbit pour connoître nos dispositions , soit pour nous p'or-
ter au mal. La tentation n'est que l'efFet de la malice &c
de la foiblefle même du Diable : Caterùm absit ut Domi-
nus tentarc videatur 3 quasi aut iqnoret fidem cujusque , aut
dejieere gestiens y Diaboli est tnfirmitas & malitia. Ainsi* ,
ajoûte-t-il un peu plus bas , en demandant à Dieu que
nous ne soyons point induits en tentation , ce n'est, luî
demander autre chose que ce qui est exprimé par ces
dernieres paroles de L'Oraiíbn Dominicale : Sed libéra nos
à malo , ou , comme TertuUien lisoit , Devehe nos à mal<r.
VII. Quant aux dispositions où il faut être , pour prier Dispositions ne-
avec fruit t voici celles que ce Pere nous indique dans lë e . tes POUI bicn
meme Traite. II raut premièrement être en paix avec
son prochain j car comment pouvoir appaiser notre Pere
commun étant nous-mêmes fâchés contre notre frère:
Quomodo flacabit Patrem , iratus in fratrem ì z°. 11 faut
une grande pureté de cœur , & une exemption parfaite
de troubles & de passions : Nec ab ira folummodo , dit
TertuUien y.fid omni omnino confufione libéra débet esse ora-
tionis intentio.30..11 faut prier par le mouvement du Saint
Esprit : De tait Spiritu emijsa , qualis est Spiritus ad quem
dirigitttr. Ce qui exclut la corruption y la tristesse &.la
dissipation..
VIII. TertuUien reprend ensuite quelques pratiques Contrecerraine*
superstitieuses que les Chrétiens avoient introduites dans P^"j|]uesty*rstii-
la prière -, comme de se laver scrupuleusement les mains toient intmâuircs
avant de prier , en mémoire de ce que fit Pilate lorsqu'il dans la manière d*,
livra Jesus-Christ aux Juifs. « Pour nous, dit-il, nous « P""*
adorons le Seigneur , mais nous ne l'avons point livré j «
nous devons même rejetter l'exemple de celui qui Pa «
£ait , & par conséquent ne point nous laver les mains } u
6 Dotfrìne de Tertullien 3 Prêtre.
' » elles font aíTèz pures , ayant été lavées avec tout le
II. 6c III. „ corps en Jesus-Christ. Que le Juif lave tous les jours
S iécles. » son corps entier , il n'en est pas plus pur ; ses mains
» demeurent toujours sales ôc tachées du sang des Pro-
« phêtes ôc du Seigneur mêmé-, pour nous nous élevons
» nos mains pures vers le Ciel , ou nous les étendons ea
» forme de Croix en mémoire de la passion de Jesus-
» Christ a : Nos verò non attollïmus tantum ( manus , )
sedetiam expandimus à Dominicà pajjìone modulantes..
IX. II reprend encore deux autres pratiques également
vaines , dont l'une étoit d'ôter le manteau avant la priè
re , 6c de s'aíîèoir après. II prétend que ces pratiques , bien
loin d'être fondées dans les divines Ecritures , font tou
tes conformes aux cérémonies des Payens 5 reconnoissant
toutefois que la derniere pourroit avoir tiré son origine
t. ii. & ijí des écrits du Pasteur , où i\ est rapporté qu'Hermas en
usa ainsi après avoir prié. Mais il fait voir que cet exem
ple ne doit pas tirer á conséquence , ôc qu'il y a même
de l'irréverence de se mettre dans cette posture après
avoir parlé à Dieu , puisque c'est comme lui reprocher
qu'on se trouve fatigués par la prière : Factum ijlud irre.
ligiofum est , nifi exprobramus JDco , quod nos oratio fatiyu
verit.
Posture où il faut X. Tertullien veut que Ton prie avec modestie ôc les
être cn priant, yeux bailles , les mains un peu élevées 6c étendues en
s forme de Croix , íans toutefois les éloigner beaucoup

l'une de l'autre : Atqui cum modestia & humilitate ado


rantes . ... ne ipfìs quidem manibus fublimiàs clatis , fed
temporate ac prope elatis , ne vultu quidem in audaciam
ereîlo. II faut aussi prier â voix baílè , 6c se contenter
d'être entendu de Dieu , qui écoute plus le cœur que la
voix : " Beus autem non vocis , fed cordis auditor est fícut
conjpetlor. ( C'est-là tout ce qu'il y a de mémorable dans
Tertullien touchant la prière. )
Doctrine de Tertullien > Prêtre. 7

• II. & III.


CHAPITRÉ IL Siécles.

DE LA PATIENCE.

1. /^\N ne peut rien de plus touchant que ce que Ter-


tullien enseigne touchant la vertu de patience y
fur laquelle il a fait auífi un Traité particulier , dont nous
allons tirer tout ce qu'il peut y avoir de plus intereslanr.
II commence par nous donner une grarfcie preuve de son
humilité T en fe reconnoiílànt indigne de parler de cette
vertu. « Je confesse devant le Seigneur , dit-il , que c'est « Uon de u pas
avec beaucoup de témérité ,. pour ne pas dire avec « Utnet'e-1'
Impudence , que j'ose entreprendre de parler de la pa- «
tience chrétienne r moi qui suis entièrement éloigné de «
la pratiquer comme étant stérile en tout bien : Ut homo m-
nullius boni. Je sçaî que lorsqu'on s'engage á exhorter & «
à instruire les autres , on doit avoir pratiqué le pre- « _
mier ce qu'on leur apprend , afin que l'exemple de ce- «
lui qui instruit y donne de l'autorité à ses paroles , & «-
que ses actions répondant à ses discours , il ne soit point «
obligé de rougir , comme si le dérèglement de ía vie «
démentoit la vérité de ce qu'il dit :. Ne dicta faíiii défi, u
cientibus erubefcant. Et plût à Dieu qu'au moins je trou. «
vasle dans cette confusion un véritable remède à mon «
mal , & que la honte qui me fait rougir de ce que je pra- «
tique si peu ce que j'entreprends d'enseigner aux autres , «
me fiit un moyen puiílànt , pour me le faire pratiquer à «
moi-même Ce me fera donc au moins une ct.
espece de consolation de m'ëntretenir d'ún bien que je «
souhaite , & que je ne possède pas. Et à l'exemple de «
ces pauvres languissans , qui privés de la santé , ne peu- «.
vent néanmoins s'empêcher de discourir sur ces avan- «
tages 5 me reconnoissant auísi moi même très-misérable , «
roûjours malade & brûlant des ardeurs de l'inipatience :
Jta miferrìmus ey> Jemper ager caloribus impatientiœ «
je me sens obligé de soupirer après cette heureuse ver- «r
tu , de l'invoquer par mes souhaits , & d'en parler corn- «.
me d'un remède qui est souverain pour mon ame. ». L.'oiv
S Doctrine. de T-ertuUien s Prêtre.
1" "" voie ici , comme a très-bien remarqué M. de la Motte,
11.8c til. Auteur de la vie de ce Pere , que Tertullien fait comme
Siécles, une confession publique de cette impatience naturelle â
laquelle il se sentoit si porte , & qui le faisoit gémir con
tinuellement devant Dieu pour-en être délivré.
II. Mais quelque fût l'humeur de ce scavant Docteur
de l'Eglise , il est sûr qu'il parle divinement de la vertu
» dont .il confesse avoir si grand besoin. II dit en premier
lieu que ceux mêmes qui vivent dans l'aveuglement , re
loge de la pa- gardent la patience comme la vertu la plus sublime :
icncç. t. i. Jjonumejus ( paiifntia ) etiam qui cacì vivunt , fumma vir~
tutii appellatione honorant. Que les Philosophes du Paga
nisme , malgré leur différence de sectes & de scntimens ,
s'accordent tous à relever le mérite de cette vertu , son
excellence & fa nécessité. Qu'elle íert comme de rem-
t. ij. part à la foi : Fidem munit. Qu'elle entretient la paix ,
qu'elle viént au secours -de la charité '. DUeHionem ad]uvat.\
qu'elle gouverne la chair & conserve l'esprir, qu'elle mec
un frein a la langue, 8c retient Ja main , qu'elle est victo
rieuse des tentations Sc des scandales , -qu'elle perfection
ne le martyre , qu'elle console les pauvres & retient les
riches dans la modération , qu'elle fait la satisfaction des
sideles, qu'elle est un sujet d'édification aux Payens, qu'elle
réconcilie le serviteur avec le maître , & le maître avec
Dieu , qu'elle est belle Sc se fait aimer dans les personnes
e. i<f. de tout âge & de tout sexe : In omni atate formofd est. La
patience est toujours d'un visage gai ôc tranquille $ elle
est incompatible avec le chagrin &. la mauvaise humeur ,
elle est humble, elle est silentieuse, elle est simple Sc pleine
de candeur, elle attire l'esprit de Dieu en nous 5c le fait repo
ser dans nos cœurs, elle est comme la compagne inséparable
de J'Efprit Saint , qui ne peut habiter long-tems où cette
vertu ne se trouve pas. Telle est l'idée que Tertullien nous
donne de la patience chrétienne } car il n'entend poinc
parler ici , comme il le témoigne lui-même de cette pa
tience fausse 6c dissimulée qui se trouve dans les infidèles j
patience dont le démon est Punique auteur , & qu'il inspire
à ceux qui vivent sous ses loix.
III. Aimons donc la patience de Dieu , continue ce
Pere , aimons la patience de Jisus-Chiust , ôc soyons
patiens
Doíîrine de Tertuîlicn 3 Prêtre. p
fmiens à son exemple. Pratiquons cetce vertu 6c dans
II. & III.
'esprit 6c dans la chair : Offeramtts patientiam Jpiritùs , pa~
tientiam carnis. Le premier motif qu'il apporte pour nous Siécles:
Y engager , est l'exemple de Dieu lui-même , dont la pa Motifs cjui doi
vent nous engager
tience va fi loin , qu'il souffre les méchans , qu'il tolère à la pratique de
Jong-tems leurs désordres , qu'il ne ceílè même de leur cette venu, t, 1,
faire Su bien malgré toute leur malice ; & cette patience
divine est si prodigieuse , qu'elle est pour plusieurs une
occasion dé scandale 6c d'infidglité. Le second motif est
l'exemple de la patience inimitable du Sauveur, qui lui a
fait souffrir , étant Dieu s d'être enfermé si long-tems dans
le sein auguste de sa Mere j qui l'a porté à s'assujettir à
toutes les peines 6c à toutes les infirmités de l'enfance ?
qui l'a rendu comme» insensible a l'ingratitude 6c à la du
reté du coeur de ceux qu'il guérissoit tous les jours de
toutes sortes de maladies ; ôc qui enfin lui a fait trouver
tant de délices dans les souffrances , qu'on peut dire qu'é
tant venu pour mourir , il a voulu auparavant se nourrir
6c s'engraisser comme une victime destinée à la mort , en
se rassasiant du plaisir de la patience : Sed foginari voluptate
fatientix difceffurus volebat.
IV. C'est la patience qui éprouve notre foi, comme elle
éprouva celle d'Abraham en le disposant à sacrifier son fils
unique. Ce grand Patriarche ne fut fidèle, que parce qu'il Avantages âc la
étoit patient : Merlto fidelis , quia & patiens. Et si cette patience, t. 5*
vertu a été si peu connue , si peu pratiquée dans la Loi
ancienne , c'est que l'on n'avoit point encore la foi : Non-
dum enim patientia in terris , quia nec fides. Mais depuis C fi
l'avénement du Sauveur qui a apporté la foi fur la terre ,
cette vertu est devenue pour les hommes d'une obligation
indispensable , & en la pratiquant fidèlement on devient
enfant de Dieu , suivant ce que dit le Sauveur lui-même
parlant de l'amour des ennemis : Ut filii fitis Patris vestri
cœlcjìis. Vous voyez , dit là-dessus Tertullien , quel est le
Pere que la patience nous donne : Vides , quem nobis Pa~
trem patientia acquirat. Voilà donc le premier avantage
de la patience , de nous rendre fidèles 6c enfans de Dieu.
V. Un autre avantage que l'on tire de la pratique de
cette vertu divine , est de mépriser les biens de la terre.
Un Chrétien véritablement patient est insensible à la perte
Tome II. B
■r

io T)o£lrìnc de Terttiflien } Prêtre.


• de ces faux .biens ; parce qu'il est persuadé qu'ils né
II. 2c III. sont point proprement à nous 5 qu'ils font à Dieu , à qui
"Sj t c L E S», nous appartenons nous-mêmes } Nihil enim nostrum , quo-
niamDeiomnia , cujus ipji quoque nos. Lors donc que l'on
souffre avec impatience de fe voir privés d'un bien qui ne
nous appartient pas , l'on fait paroítre une efpcce.de cu
pidité , en désirant ce que Dieu nous a ôté , comme s'il
eût été á nous. Souffrons donc patiemment la perte de
ces biens terrestres , pour «ous assurer la possession de ceux
du Ciel. Que toute la terre périsse, pourvu que nous con
servions la patience : Totum ïicct[œculum percat 3 dam pa-.
tientiam lucrifàciam.
VI. Celui qui est véritablement patient n'est pas moins
t' 8. insensible à ce que l'on appelle le point d'honneur. II par
donne fans difficulté les injures Scies mauvais traitemens
qu'on peut lui faire j 8c s'il fe vange de celui qui le mal
traite , ce n'est qu'en repoussant son injustice par fa pa
tience : Fatiqetur improbitas patientià tua. L'on fait plus
de peine à son ennemi en supportant patiemment ses insul
tes , qu'en lui répondant avec aigreur : Plus improbam
illum cœdis fuflinendo. Car il ne nous outrage qu'afin de
nous faire de la peine ; 6c il en reçoit lui même une ex
trême , lorsqu'il ne recueille point le fruit qu'il attendoit
de 'son injustice : Nempè ideircò quis te Ledit , ut doleas i
quia frucius lœdentis in dolore lœ(ì est. Ergo cum fruíium cjus
everteris non dolendo , ìpfe doleat necefse est , ami.ssìone frucíàs
fui. Remarquons ici en passant combien Tertullien oft in
génieux à persuader.
c.p. VII. La Patience sert encore à nous consoler de la perte
de nos proches , dans l'attente où nous sommes de leur
résurrection future qui nous fait regarder leur mort
comme un simple passage à cette résurrection Profettio
c io. *st -, quam putas mortem , dit notre Auteur. Elle étouffe en
nous jusqu'aux moindres désirs de nous venger ; désirs tou
jours odieux «à Dieu qui s'est réservé le droit de venger
Jes iniquités des hommes. Et une chose bien remarquable
que Tertullien nous enseigne à ce sujet , c'est qu'il n'y a
point de différence aux yeux de Dieu , entre celui qui
fait injure 8c celui qui en tire vengeance ; & qu'ils font l'un
&. l'autre également prévaricateurs du précepte de la.;
Dotfrìnc de TcrtuUkn , Prftrc; II
charité que nous nous devons les uns aux autres : Quid
cmm resert , dit-il 3 inter provocantem & provocatum .... ^
Uterque Lcji hominis Domino rcus ejì , qui omne nequam Q- SiECLES.
prohibct , & damnât. Enfin la patience nous fait éviter une e. iu
infinité de fautes , où nous tomberions fans elle 5 elle
nous assure le bonheur de l'autre vie , conformément à
cette parole du Sauveur : Bienheureux font los pauvres
d'esprit , parce que le Royaume des Cieux est á eux. Or
il n'y a que l'humble qui soit véritablement pauvre d'eíl
prit , 8c Ton ne peut être humble íàns la patience : Nuílus
yrofeFio Jptritu pauper , nifì humilis i quis enim humilis , nijt
patiens. En voilà assez (ur cette vertu , pour engager mê
me les plus impatiens â la pratiquer.

CHAPITRE III.

DU M A K T Y K E.

I. A Va nt que de parler du Martyre , il est bon de


y \ donner ici au Lecteur le précis d'une exhortation
deTertullien, adressée aux Confesseurs de Je sus-Christ, t
où il encourage aux souffrances ceux qui étoiént détenus
en prison & chargés de chaînes pour la Foi. Ce discours,
quoique tres-abregé , contient de fi belles instructions , que
je ne puis m'empêcher d'en extraire les plus remarqua
bles. Tertullien y fait sentir aux Confesseurs qu'ils ne doi
vent point s'affliger de se voir renfermés dans les pri
sons , persuadés qu'ils doivent être que le Saint Esprit y
étant entré avec eux , il y restera aussi tant qu'ils auront:
le bonheur de persévérer. II reconnoît à la vérité que
la prison est ordinairement la maison du Diable , parce que Motifs de et*.
c'est-là que se trouve pour l'ordinaire sa famille : maïs , soiaian pour les
• n _ _ ■i , n i r. o_ c Confesseurs cm-
ajoute-t-il , c est pour cela meme que vous y etes entre, afin prisonnés. txhort.
de le fouler aux pieds dans fa propre demeure. Sed vos ideò MxM*rut*i.
in carcerem pervenistis , ut illum etiam in domo sud coneulcetis.
II. Pour les animer davantage à souffrir patiemment
les horreurs de leurs prisons, il leur représente fortement
que le monde mérite plusse nom que l'endroit où ils
iont retenus. D'ailleurs il leur fait voir qu'il importe peu
Bij

V
Il Doéîrine de Tertullien 3 Prêtre.
où ils habitent , eux qui ont renoncé au siécle ; & qu'ils
se trouvent par là dispensés de voir& d'entendre bien des
choses qui ne pourroient que leur faire peine. La prison
est à l'égard du Chrétien , ce que le désert étoit aux Pro
phètes : Hoc frœflat carcer Chrifiiano , ejuod cremus Pro-
fbctis. Otons-lui donc le nom de prison, pour lui donner
celui de Fetraite. Auferamus carceris nomen , fecejjum vo-
cemus. Si votre corps y est renfermé , si votre chair y est
détenue , votre esprit y est en pleine liberté ^ il peut li
brement prendre la route du Ciel. Or parcourir de l'es-
prit cette route , c'est être hors de prison r Quoties eam
Jpiritu deambulaveris , toties in carcere non eris.
III. Cette situation , quelque pénible qu'elle soft á la
nature , dispose les Confesseurs au combat qu'ils font prêts
de soutenir , & les rend plus propres à remporter la victoi
re 3 comme il arrive aux athlètes , á qui l'on prescrit un
régime de vie fort dur pour les disposer au combat. Car
enfin la vertu s'acquiert par des exercices dars & péni
bles , 6c la mollesse nous la fait perdre : Virtus duritií
extruitur , mollit là vero defiruitur. II est vrai que la chair
est foible ; mais cela ne doit pas porter les Chrétiens à
céder lâchement 5 ils doivent au contraire en travailler
davantage à dompter cette chair rebelle , & la soumettre
á l'efprir. Pour les y exciter , Tertullien rapporte plu
sieurs exemples de personnes de l'un & de l'autre sexe ,
qui pour.de vils intérêts ont sçû se surmonter jusqu'à
louffrir les tourmens les plus affreux. D'où il conclut
qu'il feroit honteux à des Chrétiens , de n'oser faire pour
l'amour de la vérité , ce que des infidèles ont fait pour
la vanité même y & d'être moins actifs pour leur íalut ,
que ces autres pour leur perdition. Voilà à peu près
ce qu'il y a de plus intéressant dans Pexhortation de
Tertullien aux Martyrs , laquelle , quoique courte en
elle-même , renferme tout ce qui se pouvoit dire de plus
propre à animer les Chrétiens , & les rendre insensibles
aux horreurs des cachots les plus ténébreux. C'est le
même Dieu que nous servons aujourd'hui y nous sommes
enrôlez dans la même milice^ peut-être serons nous ex-
posés aux mêmes cpmbats -y fichons donc de nous péné
trer de ces vérités saintes afin de remporter la palme:
auffi-bien que nos Pères»
Doctrine de Tertullien 3 Prêtre. 13
IV. II y avoic du tems de Tertullien certains héré- .
tiques ennemis du Martyre , & entr'autres les Caïnites , •
qui s'effbrçoient de persuader aux simples, que Jésus- Siécles.
Christ ayant souffert pour nous délivrer de Ja mort,
Je Martyre éroit inutile. Ce fut contre ces hérétiques que
notre Auteur composa un Ouvrage intitulé le Scorpiaque ,
comme qui diroit , contre-poison contre les piqûres des
Scorpions j où il prouve d'abord par plusieurs autorités
de 1 Ecriture , que l'idolâtrie étant condamnée & punie
de Dieu, il s'enfuit que le Martyre est nécessaire , comme
le seul moyen qu'il y eût alors d'éviter l'îdoiâtrie. « Si « Nécessité du
l'on souffre violence , dit là-dessus ce Pere , en obscr- M ™™y™- StBrìia-
vant le précepte qui condamne l'idolâtrie 5 c'est en quel- u
que forte un autre précepte indispensable de souffrir ce «
qui nous fait éviter ce crime. Et certes celui qui nous «
défend d'idolâtrer , exige de nous l'obéïssance â la Loi «
qu'il nous impose -, il n'à donc pû ne pas vouloir ce qui c«
fait preuve de notre obéissance fur ce point » : Ncn potuit
ergo noluiffe ea evenire , fer quœ conftabit obfequiutn.
V. II est donc bien constant que nous sommes obligés de
souffrir le Martyre , quand il s'agit de l'idolâtrie ; & l'on
ne doit point douter que" Dieu n'approuve la preuve que
nous lui donnons en cela de notre fidélité. Le Martyre est Dieu approuv*
opposé à l'idolâtrie 5 Dieu défend Wdolâtrie comme leMarcyr«-*- s*
un mal ; il approuve par conséquent le Martyre comme
un bien : car ce qui est opposé au mal , ne peut être
que bien. Le Martyre délivre de l'idolâtrie ; or ce qui
délivre du mal , doit être regardé comme une bonne
chose. Le Martyre est à l'égard de l'idolâtrie , ce qu'est
la vie- à l'égard de la mort ; ainsi prendre le Martyre
pour un mal , &c l'idolâtrie pour un bien, ce seroit pré
férer la vie à la mort. II est vrai que le Martyre est péni
ble à la nature corrompue 5 mais la peine que l'on en
ressent , est la voye par laquelle on arrive au vrai bien ,
«omme un malade souffre des remèdes qu'il prend pour
recouvrer la "santé. Dieu est comme un Médecin qui faic
souffrir son malade pendant quelque-tems , pour le guérir j
remédiant à des maux éternels , par quelques peines mo
mentanées : De momentaneis œterna medicante.
YL La sin du Martyre est bonne , puisque par. là nous.
14 Doflritie de Te rtullicn t Prêtre,
-~~ !TT~ remportons la victoire fur lc Diable qui est notre ennemi,
il, & III. NoUS voyons les gens du siécle s'exercer à la lutte dans la
Siécles, paix la plus profonde , & proposer des prix pour les victo-
r. «. ricux , fans qu'on trouve à redire que ceux qui président
à ces exercices exposent les hommes á la violence des
coups. Pourquoi donc feroit-il indigne de Dieu , de pro
duire les fiens en spectacle aux hommes & aux Anges , Sc
de faire éclater leur constance > Comment y auroit-il plu
sieurs demeures dans lc Ciel , si ce n'est pour la diversité
des mérites? Et comment une étoile fera-t-elle différente
d'une autre étoile , si ce n'est par la diversité des rayons ?
D'ailleurs Dieu avoit prévu la chute de plusieurs après
leur Baptême ; St pour leur fournir un second moyen de
salut , il leur a accordé le Baptême du Sang , qui n'est
plus en danger d'être fouillé : Pofuit igiturfecunda fola-
tia y extrema prafidia , dimicationem Martyrii , & lava-
(rum fanguinis & inde securum. Les Martyrs y font lavés
de toutes leurs fautes ,■ puisqu'ils y laiílènt leur propre vie :
Proprie enim Martyribus nihil jam reputari potest , quibus
in lavacro ipfa vita deponitur. Et c'est ainsi que le charité
couvre la multitude des péchés 5 £ette charité qui aimant
Dieu de toutes ses forces &. de toute son ame , fait le vé-
* rjtable Martyre.
VII. En vain »bjectera,t-on que Dieu est donc homi
cide , puifqu'iUdemande le sang des hornmes. Oui il est
homicide , & plus qu'homicide , puisqu'il tue ses propres
enfans , íelon l'expreflìon de Salomon : Sophia jugulavit
, ■ Objection réfu. tfij0f fuos. Mais , ô nouveau eenre de parricide ; Cette fa-
tit fur k sujet du n\'j- ,• a 1 j ^
Martyie. c. 7. ,geue divine ne tud , que pour empêcher de mourir : Qua
ideirco occidit , ne moriatur quem occiderit. Que ne puis-jc
moi-même être du nombre de íes enfans , afin de mourir
de la forte : Opto & ipfe in filios ejus redigi , ut ab ca occidar.
Ou plûtôt que ne puis- je mourir ainsi , afin de devenir
son enfant : Opto occidì , ut filins fidm. Ne voyez-vous
pas que cette sagesse divine a traité de la forte jusqu'à son
propre Fils , son Fils unique ? Et ne puis-je pas dire après
cette sagesse elle-même 5 que Jésus-Christ s'est livré
lui-même à la mort pour nos péchés , & que la sagesse
&'est tuée elle-même : Jam &stmetipfam Sophia trucidavit.
a VIII. La Religiona été persécutée des le commefice
Doflrine de Tertulli'n s Prêtre.
ment ; le culte de Dieu n'a pas plûtôt commencé , que «
les Juítes ont souffert persécution » : A pimordio justitia II. & III.
vimfatitur. Statim utcoli Dctts cœpit , invidìam religio sortita Siécles.
eft. On a toujours continué ensuite de persécuter les gens de Lc Martyre a
bien. « Abel est: mis à mort par son frère j David est « toujours été lc
partage des Justes,
persécuté, Elie est chaílë, Jeremie lapidé , Iíaì'e scié , << c. 8.
Zacharie tué , Jean a la tête coupée , les trois enfans «
font jettes dans la fournaise , & Daniel dans la foflè «
aux Lions. » Dans le Nouveau Testament Jésus . Christ c. 9. n.&u,
établit la nécessité du Martyre en déclarant qu'il ne con-
feíîcra devant son Pere , que ceux qui l'auront confeíTé
devant les hommes , & par plusieurs autres paílages qui
se liíent dans les Evangiles. Les. Apôtres nous enseignent C. IZ, & 13,
la même Doctrine dans leurs Ecrits , & ont scellé eux-
mêmes cette Doctrine de leur sang. Saint Pierre est cru,
cifié á Rome ; Saint Paul y est martyrisé. En falloit-il
davantage pour faire sentir aux hérétiques adversaires du
Martyre le tort qu'ils avoient de s'opposer au plus grand
bonheur qui pût nous arriver ici bas ?•

CHAPITRE IV.

DU MAKI AGE. ET DU CÉLIBAT.

Uoique nous ayons déja parlé du mariage dans


Section précédente , cela ne doit pas nous em
pêches
pêchai de rapporter
: ici les instructions morales que Ter-
tullicn nous donne fur ce Sacrement. Voici celles qui
m'ont paru les plus intéressantes. La première concerne
les avantages d'un mariage chrétien : « Combien ex- et
ccllent , dit ce Pere , doit être le joug de deux perfon- «
nés fidèles , qui n'ont qu'une même espérance , un «
même désir , une même régie de vie , 5c un même «
culte ! Ce font comme deux frères & deux serviteurs c< Avantages des
mariages " Chré
d'un même maître , entre lesquels il n'y a nulle diffe- .1 tiens. Liu. 1. Àst
rence d'esprit , ni de corps. Ambo fratres , ambo con- n femme r. 8.
servi , nulla (piritùs camisve difcreùo. Ils font vérita- «
"blement deux dans .une même chair -, & où il n'y a «
qu'une chair , il n'y a aussi qu'un esprit. Us prient en-
tb Doéïrine de Tertullien 3 Prêtre.
jj & M semble , ils se prosternent , ils jeûnent ensemble, , ils
• » s'instruiíent , ils s'exhortent , ils s'aident l'un l'autre.
biECLEs. „ Us vont d'un commun accord à l'Eglise de Dieu j ils
ìì y participent également au Banquet divin convivio
» Dei Paroles remarquables fur le sujet de l'Eucharistie.
» Ils souffrent ensemble , & leurs consolations leur íonc
ìì communes. Ils ne se cellent rien l'un à l'autre : nul d'eux
»> ne fuit l'autre , nul n'est à charge à l'autre. II leur
. • »> est libre à chacun d'eux de visiter les malades , &
» d'assister les indigens. L'aumône se fait sans causer de
» peine à aucun d'eux , les sacrifices fans scrupule , &c
» tous les exercices de pieté fans empêchement. On fait
» le signe de la croix fans íe cacher : Non furtiva fi^nat'to.
» On rend grâces à Dieu fans crainte , & on le bénit à
» haute voix : Non multa bentdiíiio. Ils font retentir en-
>« cr'eux le chant -des Pfeaumes & des Hymnes , &c ils
» s'animent à l'envi àqui chantera le mieux les louanges
de D ieu. Jesus-Christ qui voit & qui entend tout
» cela , en a de la joye , Sc leur donne ía paix : car où
w il y a deux personnes assemblées en ion nom , il' y est
» aussi lui-même ; &. oû le Sauveur se trouve , l'csprit
>j malin ne peut s'y trouver Or , ajoûte Tertul-
» lien , il n'est pas permis aux Fidèles d'être mariés au-
» trement ; & quand il leur feroit permis , il ne leur
» scroit pas expédient « : Non licet aliter fiddibus nubere ,
non expedit. C'est-là un portrait au naturel des mariages
Chrétiens $ & plût à Dieu que ceux d'aujourd'hui puílént
être marqués à ces caractères de bénédictions. Mais com
bien j helas ! s'en trouvent-ils , qui n'ont rien de chré
tien , que le nom & l'apparence ?
II. Tertullien fondé fur les considérations que nous
venons de dire , exhorte fa femme , en cas qu'elle veuille
se remarier après fa mort , à le faire , comme dit L'A-
pôtre, dans le Seigneur , en prenant un mari chrétien. 11
Dangers & m juj enseigne qu'en agir autrement , c'est se rendre d'au-
convcnicns des . ° . 1 . .. ° . \ r n v r •■ i» \
nwiaacs contrat tant plus criminelle , que ia choie clt tres facile j d ou
tes avec des insi- vient que l'Apôtre en fait un précepte qu'on ne peut vio-
Jer impunément. Quand on le convertit a Ja Foi dans
J'état du mariage , l'on doit demeurer avec la partie in
fidèle , &. tâcher de vivre eri paix avec elle dans l'efpe-
rance
Dùéîr'me de TertuVien 3 Prêtre. 17
rance de la gagner à Jesus-Christ j mai* l'on s'expose jj ^ jjj •
à de grands dangers &c de fâcheux inconvériiens de con
tracter de pareilles sociétés après qu'on a embrassé la foi. S 1 E cì£ S.
i°. La chair sanctifiée dt la partie fidèle est souillée par
celle de l'irrfidéle : Et primo quidem carnis fanBa in carne
Gentili inquinamentum. i°. L'on se rend coupable d'un <•. 3.
adultère -qui mérite , "selon Tertullien , l'excommunica-
tion : Fidèles Gentilium matrimonia fubeuntes , dit ce Pere ,
. flufri reos effe confiât , & arcendos ab omns communications
fraternitatis.
III. 30. Notre Auteur enseigne ensuite que ces ma- *
riages exposent Ies-Chrétiens à de grands affoiblissemens
dans la foi & les exercices de pieté : « Car qui doute , «
dit ce Pere , que la foi ne s'afïoiblisse tous les jours dans «
de pareils mariages. Et si les mauvais entretiens cor-«
rompent les bonnes moeurs -y à combien plus forte rai- «
son encourcra-t-on ce malheur en vivant dans une union «
étroite avec un infidèle ? Comment une femme chré- «
tienne pourra-t-elle servir deux maîtres , Dieu fie un «
mari payen , à qui elle fera obligée de plaire par fa «
beauté , ses ajustemens , & cîes careslès indignes ? Son «
mari lui marquera pour prendre le bain un jour destiné «
à la station j il régalera ses amis un jour de jeûne ; des «
occupations extraordinaires* la retiendront a la maison «
quand il faudra aller avec les autres fidèles. Souffrira* «
t-il , ce mari payen , que son épouse aille visiter les «
frères les plus pauvres dans leurs réduits ? Qu'elle quitte «
íà couche pour se trouver aux vigiles de la nuit ? Qu'elle «
passe la nuit de Pâques hors de son logis ? La laissera- .«
t-il participer au festin du Seigneur , fans s'embarasser «
des soupçons qu'il en aura conçû avec les autres infi- « ■
déles ? Souffrira-t-il qu'elle íe glisse dans les- cachots « ■
pour baiser les chaînes des Martyrs ? Qu'elle aille em-«
brasser quelqu'un des frères ? Qu'elle lui offre de l'eau.-«
pour lui laver les pieds ? Qu'elle s'empresse de lui servir «
à- boire fie à manger. S'il vient un fidèle de loin , re- ic
cevra-r-il l'hospitalité dans une maison étrangères «
IV. Mais supposons que le mari ne dise mot , fie qu'il « c. $.
souffre tout $ n'est-ce pas un mal qu'un payen s'informe u'
fie prenne connoissance .de ce qu'on doit "le plus lui «
Tome JJ. C
IS DoÛrìne de Tertulìien 3 Prêtre.
» cacher , & .qu'on lui aie obligation de ce qu'il permet
» qu'on satisfasse aux devoirs de la Religion ? Car assu-
» rément il ne le permettra pas s'il ne íçait ce qui en cít -,
« où si on le lui cache , c'est qu'on appréhende qu'il ne
» veuille rien passer ...... Mais comment pourrez-vous
» cacher à fa curiosité les signes de Croix que vous faites
n fur votre lit & fur votre corps ? Et en soufflant pour
» chasser quelque chose d'immonde , vous levant la nuit
•>■> pour prier , ne croira-t-il pas que c'est: quelque opéra- .
» tion de magie » ? Latebisne tu , càm leíinlum , cùm cor-
pufeu/um tujim fignas , càm alicfitid immundum flans explo-
dis , cùm etiam fer noííem exfurgis oratum ì Et non magiœ
aliquid videberis operari ì « Comment pourrez-vous lui
» cacher ce que vous prenez en íecret avant toute autre
» nourriture ? Et s'il le découvre , ne croira-t-il pas que
» ce n'est: que du pain commun , &.non celui que les Chré-
» tiens disent » ? Non feiet maritus quid fecretò ante omnem
cibam gustes ? Et fi fciverit fanent , non illum crédit ejje qui
dicitur. ti 11 y a , direz-vous , des maris qui tolèrent toutes
»s ces choses , il est: encore vrai ; mais c'est pour s'en railler ,
ìì & pour les révéler dans url tems de persécution , s'il
» arrive qu'une femme vienne-à leur déplaire. Ou bien
» ils s'entendront avec un délateur , afin qu'il n'en dise
» rien , pour extorquer par-là de l'argent de leurs femmes,
«ce que plusieurs ont reconnu à la fin , après avoir perdu
» ou la foi , ou leurs biens temporels.
» V. II arrive encore de-là qu'une, servante de Dieu est
«livrée à des occupations qui font étrangères à fa Rcli-
» gion. Dans les iolemnités payennes elle fera obligée
m de se couronner de lauriers , d'accompagner son mari
•>} dans les lieux de débauches ou de superstition. Et alors
» que chantera-t-elle avec lui ? Elle entendra quelques
n chansons de théâtre ou de cabaret -, il n'y aura ni
» mention de Dieu 3 ni invocation de Jésus -Christ ,
» ni lecture des écritures pour nourrir ía foi . . . . ni bé-
» néjdiction divine. II n'y aura rien là qui ne lui soit étran-
»j gèr , qui ne lui soit ennemi , qui ne lui paroisse con-
» damné de Dieu , & inspiré de l'esprit malin. Mais il
» n'en est pas de même d'une femme qui a embrafle la
» foi depuis ion mariage. Comme elle n'y demeure que
DoStrìnâ de Tertullien 3 Prêtre. 19
par Tordre de Dieu , tous ces obstacles lui tournent en « ——;
bien , parce que Dieu Paide de fa grâce : Habens jam « II.&III.
ex parte divinœ gratta patrocinmm. II la fait même réf. « S 1 E C L E s.
pccter de son mari , qui s'apperçoit des changemens «
admirables que la grâce fait dans la conduite 8c Pli u- «
meur de son époulè. Ce qui porte le mari lui- même à «
craindre Dieu , 8c á devenir par-sà plus facile à gagner «
á Jesus-Christ. Mais autre chose est de s'allier avec «
un infidèle , lorsqu'on a embrassé la foi 5 ce qui déplaît «
á Dieu , 8c ne peut venir, que du malin esprit. En voici «
une marque : c'est que les plus corrompus d'entre les «
Payens , font ceux qui ont le plus d'envie d'épouser des «
femmes Chrétiennes , pour les faire renoncer à la foi. «
Tertullien enseigne un peu plus bas , qu'il ne faut point
avoir égard aux richefles , lorsqu'il s'agit de s'engager
dans le mariage , mais donner toujours la préférence â
la vertu & à la pieté. Principe important , dont Pou-
bli a causé 6c causera toujours dans le monde des maux
infinis.
VI. Quant au célibat , qui est le second sujet de ce La continence
Chapitre , Tertullien enseigne en premier lieu que la ^mg.'t^i^.' U
continence est possible. Ce qu'il prouve très. pertinemment
dans son Traité de la Monogamie , 8c ailleurs. Nous nous
arrêterons particulièrement ici à Péloge qu'il fait de là
chasteté , &C à ce qu'il enseigne d'mtereíknt fur le sujet
du célibat. II dit que la chasteté est la fleur des moeurs , Etogedciaeha--
Phonneur des corps , liornement des sexes : Pudicitia flos L- d> lȔu-
morum , honor corporum , décor fexuum. Qu'elle èst le son. •
dément de la sainteté des Chrétiens , qu'elle fait juger
favorablement de ceux en qui elle fe trouvé $ qu'elle est
rare $ qu'il n'est point aiíe de la posséder dans fa perfection ,
8c qu'il est difficile de la conserver toujours entière : Qttan-
çuam rara , nec facile pcrfecía , vixque perpétua. Tout cela
fait assez voir que Tertullien regardòit la chasteté conAme"
un don particulier du Saint Esprit , 8c un efrèt remarquable
de la grâce du Sauveur.
VII. Mais elle est possible , comme notre Auteur vient de Vains prítextes
le dire plus haut,8c comme il le suppose ici évidemment dans contre la comi-
les dernieres expressions latines que je viens de citer. II Teredilaf1^"
est vrai , dit-il ailleurs , qu'il est écrit que la chair est ks»f*mnù.t.i. '
Cij
2.0 Doctrine de TertAn , Prêtre:
foible j ce qui fait que nous nous flacons fur certajns
II. 6c III. points : mais auílj est il écrit au même endroit , que l'ef-
Siécles, pi'íc est fort : Lepmus tamen & fyìritum firmum. II y a un
rapport d'opposition dans ces deux propositions de J'E.
vangile. Pourquoi donc nous excuíèr fur ce que nous
avons de foibJe par rapport â la chair ,..afin de ne- rien
entreprendre.de fort Sí de généreux, comme nous Je pou
vons paf Pefprit. C'est notre faute si nous cédons â la
partie qui est en nous : car il n'y a que deux causes qui
rendent le mariage nécessaire, à notre infirmité. i°. La
concupiscence de la chair $ i°. la convoitise du siécle, le
désir d'avoir du support de la part d'un mari 6c d'être
considéré dans le monde. -y mais il faut opposer à cette
double concupiscence Péxemple des femmes Chrétiennes ,
qui ont préféré le célibat , à tous les avantages de la na
ture. II faut d'ailleurs que les fidèles bannissent de. leur
esprit l'amour de la gloire du siécle ; qu'ils évitent l-'am-
bkion 6c tous les foins empressez des çhofes nécessaires à
Ja vie , se confians aux promesses de Dieu , qui donne tant
de beauté aux lys des champs v 6c la nourriture aux oi-
feau-x du Ciel , fans qu'ils travaillent pour la gagner. On
pourroit encore prendre pour prétexte de fe marier , le
désir naturel que l'on a d'avoir 6c de laifler après foi des
enfans. Mais si l'on trouve en cela du plaisir -, c'est ua
plaisir mêlé, de bien des amertumes j c'est un plaisir donc
des Chrétiens peuvent aisément se passèr. II. suffit pour en
venir à bout de faire attention à la continence parfaite
• où vivent tant d'autres personnes qui ont les mêmes foi-
bleffes que nous j 6c si des vierges payennes ont eu assez
de constance pour la pratiquer , quelle honte pour des
' * Chrétiens de n'oser l'entreprendre ? C'est-là en abrégé ce
que Tertullien représente à fa femme , pour lui persua
der de ne point contracter un second mariage. C'est auiîì
ce que l'on pourroit représenter à bien des personnes qui
ne croyent pas pouvoir fe borner à un premier.
Doéhrine de Tertuìlìen 3 Prêtre. tt

II. & III.

Q H A P 1 T R E V. Siécles.

DE L'ORNEMENT DES F&MMES

& du l^i ilc des Vierges.

I. *~T~s Ertuelien a composé deux Livres touchant les


_|_ parures des femmes. Voici ce qu'il dit de plus
remarquable là deílus dans le premier de ces deux Trai
tés. 11 commence par cette importante réflexion : Que si Un extérieur hti-
milié & pénitent
les femmes chrétiennes se rappelloient leur condition , & convient aux fem
qu'elles fiílent attention qu'elles font d'un sexe qui causa , mes , à cause du
en la personne d'Eve, la perte de tout le genre humain^ péché & de la con
damnation de leur
elles ne penseraient guéres aux vains ornemens qui les sexe , dans la p.<r-
occupent , êc qu'elles ne manqueroient pas de préférer fonned'Eve L. i.
de lornement des
l'exterieur le plus sordide & le plus humilié , aux -habil5 ftmmei. c. i. ($uu-
lemenslesplus relevés, les plus éclatans. Pour les en dégoû
ter absolument, il ajoure que ces vains ajustemens ont pour
auteurs les Anges apostats -y que ce font eux qui ont in
venté & enseigné aux femmes lès différentes parures , les
colliers de perles , les braíïelets d'or , le vermillon -, &
ces esprits de-malice, fçachant que le faste , l'ambition ,
Ja vanité déplaisent extrêmement à Dieu , ,ont tendu un
piège dangereux aux femmes , en leur faisant perdre cette
candeur & cette simplicité qui étoit l'appanage de Pin*
nocence , pour leur attirer là disgrâce de Dieu. Ce sont Anges aptost.it*,'
ces Anges, que nous devons juger un jour , . c'est á eux inventeurs des vai
ncs parures des
que nous avons renoncé dans le Baptême , pourquoi donc femmes. <.'&.-<
nous servir encore de leurs inventions diaboliques ? Et de
quel front , vous femmes en particulier , oserez-vous pro
noncer contre ceux dont vous aurez recherché les dons
avec tant d'empreíïenient,? Ce seront plutôt eux qui vous
jugeront 8c qui vous condamneront. .
II. L'or , l'argent , les pierreries , n'ont pas été créez
de Dieu pour servir à la -vanité des femmes ; les couleurs CctTaínéspane-
éclatantes dont on teint les laines en leur faisant perdre res sont opposées
à l'inslicution de
celle que la nature leur a donnée , font des couleurs Dieu. r. -4.
adultères , des couleurs étrangères , ôc opposées á l'insti-
il Doflrìnc de Tertullien 3 Prêtre.
tution du Créateur ; parce que les matières que l'on em-
II. fie III. ployé pour cela n'ont pas été destinées de Dieu à cet usage.
Siécles. " D'eu ì dit excellemment Tertullien , ne peut agréer ce
>j qu'il n'a point produit. II auroit pû créer les brebis de
» couleur de pourpre ■> il ne Pa point fait néanmoins ;
» donc il ne l'a pas voulu. Or il n'eít pas permis de faire
» ce que Dieu n'a pas voulu. Ai^ì ces choses ne íònt pas
» bonnes de leur nature , puisqu'elles ne viennent point
» de l'auteur de la nature. D'où il faut inférer qu'elles
«•viennent du Diable , corrupteur de la nature -, car elles
» ne peuvent venir d'autre part, si elles ne viennent de Dieu.
Ainsi l'usage'que l'on en fait est un véritable abus que la
droite railon , qui vient de Dieu , condamne , comme
étrangement opposé à Institution du Créateur , fie com
me ne servant qu'à nourrir la vanité des hommes du sié
cle. Ce qui met le prix à ces choses , fie ce qui inspire aux
mondains l'envie de les posséder , c'est qu'elles font rares ,
,£'est qu'on ne les trouve que dans les païs éloignés où il
a plû à Dieu qu'elles se trouvassent. De- là vient qu'on
fait gloire d'enfermer dans une bourse des trésors im
menses , ou de les contenir dans un collier -, de là vient
qu'une tête efféminée porte ce qui çouteroit des Ifles fie
des Païs entiers telle est l'ambitkm des femmes , de por
ter fur elles ce qui absorbe des sommes infinies. H faut
lire avec discrétion ce que Tertullien vient d'enseigner
sur les couleurs artificielles , qui ne font condamnables
que par l'abus qu'on en fait, mais qui en elles-mêmes n'onc
rien que de bon fie qui ne vienne de Dieu , quia inspiré
aux hommes Part de les faire. Si Tertullien enseigne au
tre chose , c'est un effet de son zèle quelquefois un peu
outré.
III. Pour porter les femmes chrétiennes à renoncer
aux pompes fie aux ornemens dont il vient de'parler dans
le premier Livre., il leur enseigne au commencement du
Lcsscmmesqui second , que la chasteté qu'elles font obligées d'avoir en
£lualité detcniPlcs de Dieu consacrés par le Saint Esprit,
ctcs.x. i.c i. ne consiste pas simplement dans la pureté du corps fie
Phorreur de l'adultére , máis dans un renoncement effectif
aux parures fie aux ajustemens qui contribuent á relever
la beauté. Une femme chrétienne doit non-feulement nc
Doéírìne de Tertullien 3 Prêtre. 2$
pointaimer , ruais même avoir en averfion tout ce qui 07777"
peut la rendre agréable aux yeux d*e la chair -, parce que '
i°. cette affectation de plaire aux hommes par la beauté Siécles.
du corps ne peut venir d'une conscience innocente , èc
que la vûe de cette beauté excite les"paíîìons impure;. ,
ôc réveille la concupiscence dans ceux qui en font les
spectateurs : Primé quod non de intezrà conscientik venit Motifs qm doi-
/ • * O J vent les porter r
fludium placendi per decorcm , quem naturaliser mvitatorcm renoncer à ces pa-
libidinis feimus. z°. Parce qu'on doit éviter d'être à per- turcs. «. 1.
sonne un íujet de tentations 6c de scandales. 30. Parce
qu'il faut se conduire par la régie de la foi & avec tant
de circonspection , que la conscience ne nous reproche
rien -, ce qui toutefois ne doit pas nous porter â présu.
mer de nous mêmes : puisqu'en présumant de soi-même 011
cesse 4e craindre 5 qu'en ceflànt de craindre , on cesse de se
précautionner j &que cette précaution cessant l'on encoure
le danger de tomber : Qui prafumit , minus jam verctur ;
qui minus veretur , minus prœcavct ; qui minus prœcavct ^
f lus periclitatur. Car enfin , ajoute ce Pere , c'est la crainte Avantages & né-
qui est le fondement du salut : Timor fundamentum falu- eeflhé de la cwin-
tis est. II nous est donc plus avantageux de croire que lz-La'm"nei

nous pouvons tomber , que de nous imaginer que nous


ne le pouvons pas : car en.croyant que cela peut arriver ,
nous î'apprehenderons ; cette appréhension nous rendra
attentifs fur nous-mêmes 5 &: cette attention fur nous-
mêmes nous procurera le salut : \)tilius ergo fi fperemus
nos pojjc delinquere , quam fi frœfumamus non posfe ; sperando
tnim timeùimus, timendo caveùimus, cavendo falvi erimus.je ne
sçai si les Sectateurs de la nouvelleQléforme Prétendue
souscriront à ces vérités. Au moins est-il constant que cela
ne s'accorde guéres avec cette confiance pleine & entière
qu'ils ont d'arriver au salut. Cette confiance , quoiqu'ils
en puissent dire , est une présomption diabolique , qui leur
ôte la crainte , la circonspection , & par conséquent l'ef-
perante de salut ^ puisque selon l'expreísipn de Tertullien/
la crainte en est le fondement.
IV. La quatrième raison dont notre Auteur se sert, Suite des motifs
pôur détourner les femmes de cette affectation infame.de f11 doive"t fairc
s, . 1 1, , r 1 1 » n 7. eviter aux femmes
plaire aux hommes par une beauté rardee , ceit que 1 on ics vaincs parures,
perd la charité en se souciant peu de faire périr les Là mime.
.%4 Doéîrine de*Tertuììicn , Prêtre.
—]~ ■ . —' autres. Puis donc qu'jl s'agit en cela du salut de leur pro-
chain & du leur propre, elles doivent absolument, &renon.
Siécle?, ceràces parures affectées , & dérober même aux yeux -des
hommes leur beauté naturelle , en la couvrant d'un exté
rieur simple & négligé : Cùmigitur & nostra & aliorum cousu
versiturinstudio periculofiffimi decoris )jam non tantum confiílie
& élaborâtœpulchritudiniifwzgcstum reeufandum à vobisfeia-
tis ,fed etiam naturalis fycciojìtatis obliterandum diffìmulatione
& incurià, ut perinde oculorum incurfibus molefìum. II est vrai
que cette beauté naturelle n'est pas mauvaise , qu'elle est
même un don de l'Auteur de la nature ; mais il faut néan
moins s'en mèRer,tiixendvs est tamens décor iste ) parce qu'elle
excite la paífion des hommes charnels. Tertullien ajoute
une cinquième raison , qui est que cette beauté , ces agré-
merís , que les femmes mondaines fâchent de se procurer ,
ne sont d'aucune utilité aux fidèles qu'il appelle les Anges
: j. de Dieu : Sufficitquòd Angelis Dei non est necestaria. Car où
la pudicité íe trouve , la beauté y est superflue : Nam ubi pu-
Àicitia , ibi vacua est pulchritudo. En un mot , il ne fut ja
mais permis à des Chrétiens de se glorifier dans ce qui
est selon la -chair , eux qui ne doivent s'occuper que des
biens spirituels qui conduisent au salut ; & s'il est permis
de se glorifier quelquefois dans la chair , ce n'est que
quand nous l'exposons á être déchirée de coups pour la
confession de Jesus-Chíust ; mais jamais pour attirer
fur elles les yeux & fes soupirs des jeunes gens : Plané
gloriabitur Christianus in carne , fed citm propter Cbristum
lacerata duraverit .... non ut oculos fufyiria adolescen-
tium pofi se trahat. &
t. 4«" V. Une autre raison non moins concluante que Ter
tullien apporte , est. que les femmes ne doivent plaire qu'à
leurs maris : Vos folis maritis vestris placerâ debetis. « Or ,
»> continue ce Pere parlant aux femmes , vous ne plairez
m à vos maris , qu'autant que vous négligerez de plaire
» aux autres. Soy^z donc en assurance, mes cheres soeurs.
» Nulle femme ne doit paraître difforme à son mari } .... &
» ne vous imaginez pas qu'en négligeant le foin de vous
» parer', vous vous attiriez leur aversion. Car tout mári
».» n'exige de fa femme que la chasteté } & s'il est fidèle ,
m il ne considère pas racine fa beauté $ formamverì fidelís
n non
Doéírine de Tertullien s Prêtre. ij
non ficelât j parce que nous ne devons pas nous laisser « .
prendre aux choses que les Gentils regardent comme «
de grands biens. •>■> Il ne faut pas cependant qu'une femme Siécles.
chrétienne donne dans l'çxtrémité opposée , & qu'elle se
néglige de façon , qu'elle affecte un extérieur sale & dé
goûtant j mais elle doit se contenir dans les bornes d'une
honnête - modération , qui ne prescrit que la simplicité
òc la propreté dans les habillemens : Non fuperyediendum c-
in ornando corpore 3 ultra quàm fimplices & fufficientes mun-
ditia concupifeunt.
VI. Passer au-delà , & porter la vanité jusqu'à em- « o
ployer des artifices pour se donner un teint agréable , « •
jusqu'à se peindre & se farder le visage , c'est trouver à «
redire.à l'ouvrage de Dieu , & acculer le C réateur lui- c<
même. Et n'est ce pas en effet reprendre le Créateur , « Contre lc&rd,
que de vouloir corriger son ouvrage , & d'y ajouter ; òc « c' *'
ce qui est encore plus criminel , de prendre de son en- «
nemi , qui est le Démon , les artifices que l'on y ajoute. «
Car tjui apprendroit aux femmes à déguiser leurs corps, «
sinon celui qui a autrefois perverti par fa malice l'esprit «
de la première femme ? C'est lui íans doute qui a in- «
venté tous ces moyens , afin qu'en mettant la main fur «
nous , qui sommes í'image de Dieu , il la portât en quel- «
que manière contre Dieu même. Ce qui vient de lana- «
ture est l'ouvrage de Dieu ; & tout ce qui est déguisée
vient de l'invention du Démon. Quel crime est-^e donc «
de changer l'ouvrage de>Dicu par la ruse de Satan : «
Divino operi fatanœ ingéniafuperducere fyiamfcclefìum efi ! u
Qu'il est éloigné &c de votre discipline & de votre pro- «
session* continue ce Pere , qu'il est indigne d'une chré- <«
tienne de se farder , elle qui ne doit respirer que la sim- «
plicité ! Qu'il est indigne d'une chrétienne de faire pa- «
roître le mensonge &. le déguisement sur son visage , «
elle â qui il est défendu del'avoir dans la bouche $ de «
rechercher ce qui ne lui a pas été donné , elle qui ne «
peut désirer ce qui n'est point à elle -, de faire paroître «
la beauté , elle qui ne doit penser qu'à la conservation «
de sa pureté • Croyez-moL, mes Sœurs , le moyen de «
garder les préceptes de Dieu , est de garder fans dé- «
guisement votre viíàge dans l'ecat qu'il Ta formé. »
Tome II. " D
z6 Doctrine de Tertullien } Prêtre.
TT Tn VII. Comme on pourroir objecter qu'il est des oeca-
' fions où l'on ne peut se dispenser de se parer , quantfc il
Siécles. S'agit íur-toijt de paroître devant le monde , Tertullien
On nc peut ex- répond qu'il n'y a pour des femmes chrétiennes , que
parures1CdaiLa"ies ^es ^ujecs sérieux & de Religion qui doivent les obliger
femmes chraien- de paroître : « Car , dit-il , ce fera ou pour visiter un de
a«. e. u. n leurs frères dans l'affliction , ou pour assister au sacrifice
» qu'on offre à Dieu , ou pour entendre sa parole que
» l'on annonce. Or toutes ces actions font graves &
m saintes , & aufquelles des habits riches, ajustes & disso-
» lus ne conviennent pas. Que si quelque engagement
• »> d'amitié ou de services les oblige de faire des visites d'une
» autre nature , elles ne doivent pas pour cela quicter cet
» extérieur simple ôc négligé qui convient si fort à des fer-
>» vantes de Jésus. Christ , ôc qui les distinguent des
« Payennes qui font les servantes du Diable. Elles doivent
» au contraire édifier tout le monde par leur modestie , afin
>j que, selon l'expression de l'Apôtre , Dieu soit glorifié dans
» leurs corps ; ce qu'elles feront par la chasteté &: par un
a habillement convenable à cette vertu. Car enfin il ne
» suffit pas à la chasteté chrétienne d'être telle dans la ve-
ij. »3 rité , il faut aussi la faire paroître : Ptidkitix christiana
5j fatis non est , effe ; verùm & videri. Cette vertu doit être si
>» pleine , que ï'abondance en découle du cœur jusques fur
» les habits , 8c qu'elle rejaillisse du fond de l'ame sur l'ex^.
» térieur.du corps : Tanta enim débet effe plenitudo ejus , ut
>5 emanet ab animo ad habitum , eruciet à confeientià in sùperfi-
>5 ciem. '5 Jugeons de-là ce que Tertullien auroit dit à bien
des personnes du sexe , qui prétendent aujourd'hui excuser
leur mollesse & leur vanité dans les habits , par le%émoù
gnage que leur rend leur conscience , qu'elles ne penfené
point au mal , &; qu'elles n'ont point envie d'attirer fur
elles les yeux des hommes. II ne faut pour confondre ces
délicates Chrétiennes , que leur dire avec notre Auteur ,
qu'il ne suffic point d'être chastes dans l'ame , qu'il faut
aussi l'être dans le corps ; qu'il faut l'extérieur aussi-bien
que l'intérieur. Ce qui exclut absolument le luxe ôc la
vanité dans les habits*
VIII. Ce qui devroit toucher efficacement les femmes
mondaines qui s'imaginent pouvoir allier le Christianisme
Doctrine deTertullìen 3 Prêtre. 17
avec les vaines parures du siécle , est l'apprehension où >^
est Tertullien , que ces Chrétiennes délicates ne fuccom- & ^*
bent dans un remps de persécution : « Je ne sçai , dit-il , « Siécles.
si des mains accoutumées á l'ornement des brasselets , « 11 est à craindre
pourront bien souffrir la pesanteur 8c la dureté des chaî- « Suc le,S fenimes
r ~ , . , . \ .-r»' r adonnées aux vai-
nes 5 11 des jambes qui n ont porte julqua prelent que et nés parures ne suè
des jarretières de -broderie , souffriront d'être serrées combent Jans un
' 1 1 o -, • , i\ tems de perlecu-
etroitement avec des cordes j & j ai peur qu une tete « úoa.t.iu
qui a pris plaisir à se parer de perles 8c de pierreries , «
ne soit pas disposée â íe voir teinte de son sang » : Cœtemm
nefeio an manus Jpatalio circumdari foltta , in durit iam catena
flupefeerc fujìineas. Ncfcio an crus perifcelio lœtatum , in
nervum se patiatur arítari. Timeo cervicem , ne marqari-
tarum ty fmarayíorum laqueis occupata , locum /patka non
det. On ne peut rien ajoutera la beauté 8c à la justeíle de
toutes ces réflexions de Tertullien. II seroit seulement à
souhaiter qu'elles fissent quelque impression fur l'esprit de
tant de femmes Chrétiennes de nos jours, que cet Ancien
n'auroit pas fait difficulté de traiter de comédiennes 8c,
de prostituées.
IX. Au reste , conclut ce Pere parlant aux femmes «
Chrétiennes , servez-vous des parures 8c de l'ornement «
des vertus, , que vous pouvez trouver dans les Prophètes «
8c les Apôtres. Que la simplicité vous serve de blan- « Vrais ornemens
cheur , la chasteté de vermillon : peignez vos sourcils « d.es sommes ciirc-
de pudeur , vos lèvres de retenue j que les ìnítruchons «
soient les ornemens de vos oreilles , & le joug de « .
Jesus-Chmst , celui de vos têtes. Soumettez-les , ces «
têtes, â vos maris , 8c vous íerez suffisamment parées : «
Caput maritis fubjicite , & fatis ornatœ er'ttis. Occupez «
«os mains à travailler à la laine \ arrêtez vos pieds dans «.
vos maisons j 8c ils plairont plus à vos maris , que s'ils «
ctoient chargez d'or 8c de pierreries. Revêtez-vous de «
la soye de probité 3 du fin lin de la sainteté , 8c de la u
pourpre de chasteté. Si Dieu vous trouve parées de la «
forte , il concevra lui-même de l'amour pour vous : «
Taliter pi<zmentatœ , Deum babebitis amatorem. n
X. Tertullien n'est pas plus indulgent à l'égard des
filles , comme il paroît par un de ses traitez , intitulé ,
de velandis virginibus 3 où il prétend montrer , que fans
D ij
18 Doflrine de Tertuìlicn 3 Prêtre.
avoir égard à la diversité des coutumes , qui ne prescri-
II. 6c III. vent jamais contre la vérité , quelques anciennes qu'elles
Siécles, puiílent être , on doit généralement voiler toutes les
filles , quand elles ont atteint l'âge nubile. II s'appuye en
cela principalement de l'autorite de l'Apôtre qui veut
que les femmes soient voilées dans l'Eglise , soutenant
forcement que sous le nom de femmes Saint Paul com
prend tout le sexe féminin. II apporte encore pluíìeurs
autres raisons en faveur de ce sentiment , dont je laisle
Texamen au Lecteur judicieux. Je rapporterai seulement
ici un endroit qui m'a paru très - propre à contenir les
vierges Chrétiennes dans la modestie &. la circonspection
qui convient si fort à leur état : Voici les termes dans
Combien les vìer- lesquels il est conçû : u Le désir de n'erre pas cachées aux
«s chrétiennes n ^ nornmes áit notre Auteur parlant des filles ,
doivent le cacher / » . >iir - .
aux yeux des hom- » n est pas pudique j ôc le loin quelles peuvent avoir de
mci. lìv. du voile n icur p|ajre . n'cst guéres compacibie avec l'etat de la vir-
des Vicr£ei.c. 14. . .r > O . r
>► ginite. Car il cít certain que quelque effort que salie
»j une vierge , elle s'expose necefláirement au péril , lors-
» qu'elle paroît aux yeux du public » : Jpfà concupifcentia
non latendi non efi pudica. Patitur aliquid quod virginis non
Jtt , fiudium plucendi utiíjue & viris. Quantum velis bona
mente conetur , necejse efi pubhcafíone sua periclitetur. Est. ce
la ce que les pères &. mères inculquent aujourd'hui à
leurs enfans. Combien en voit-on au contraire , qui leur
apprennent ce qu'ils appellent la politesse , le beau monde,
avant de leur parler de Religion , qui leur inspirent la
vanité du siécle avant l'amour de Dieu, qui s'appliquent
plus à faire des Comédiens ou des Comédiennes , que de
véritables Chrétiens ? Tel est l'eíprit de la plupart des
familles Chrétiennes de ce tems $ mais la coutume n'au
torisera jamais ce que la Religion nous fait envisager com*
me un abus digne de larmes.
'De firme de Tcrtulíien > Prêtre, 19

II. ôc III.
CHAPITRE VI. Siécles.

CONTRE LES VAINS SPECTACLES.

I. K TOus avons aussi dans Tertullien un Traité en-


J_ >| tier fur les spectacles , dont cet Ancien s'efforce
de détourner les fidèles , leur montrant par de solides
raisons qu'ils ne peuvent en conscience participer à ces
alkmblées profanes , qui leur sont interdites par leur
qualité feule de Chrétiens. II est remarquable en premier Premier motif,
lieu que Tertullien regarde les spectacles comme une ef- cq,";re£^pcfux
pece d'idolâtrie 5 & il le prouve effectivement i°.parl'o- chrétiens, uv.des
rigine de ces spectacles eux-mêmes } i°. par les titres dif- ^e5g- c- *• 7-
ferens qu'on leur donnoit , les uns portant le nom de
Gerès , les autres celui de Neptune , ècc. 30. Par leur appa
reil , où l'on voy oit étalées toutes les pompes de l'idolâtrie.
40. Par la qualité des lieux où ils fe célébroient , lesquels
étoient tous dédiés á quelque fausse divinité. 50. Enfin
par les actions toutes payennes qui s'y commettoient pu
bliquement. Or un Chrétien ne peut prendre part à l'ido-
trie j il doit au contraire l'avoir en horreur , comme opposé
à fa. Religion. II ne peut donc non plus assister â ces specta
cles.
II. Une autre considération qui doit nous en détour
ner efficacement 3 c'est qu'il n'est rien où le Démon triom
phe davantage que dans ces assemblées profanes. C'ést-là second motif
où il fait le plus briller fes œuvres , où il étale toute íà *W de la considé-
pompe ; or nous avons renoncé avec ferment aux œuvres ^ Baplc"
6c aux pompes du Diable , en recevant le caractère de
là foi dans le Baptême : Adverfus quam ( Dìaboli pompam)
in fiyiaculo fidei cjtramas. Nous ne devons donc plus par
ticiper ni par nos œuvres , ni par nos paroles , ni même
par nos regards á toutes ces choses aufquelles nous avons
renoncé si íolemnellement : Quod autem ejeramus , neque
fatio , neque diffo , neque profpeciu participare debemtts. Et
ne feroit ce pas renoncer à notre Baptême, ôc effacer le
caractère que nous y avons reçu , que d'enfraindre les
sermens.&les promesses que nous y avons faites à Dieu ì
30 Doflrine de Tertullien t Prêtre.
' TT - TTr Cœteràm nonne ejeramus & refcindimus fignaculum ] refcin-
denio tefiationem ejus. Quel est néanmoins le Chrétien qui
Siécles, pense tomber dans ce malheur toutes les fois qu'il assiste
â la Comédie ÒC aux autres spectacles de cette nature ?
III. C'est un crime pour un Chrétien de troubler & de
contrister le Saint Esprit qui habite en lui , par aucun mou
vement de chagrin , de colère & de fureur -, cet Esprit divin
étant d'une nature douce , tendre 6c délicate, veut qu'on
le traite avec páix , repos , douceur êc tranquillité : or il
Troisième rro- arrive tout le contraire loríque l'on assiste aux spectacles :
tif, tire du trouble -r ,.• , • r 1 i a r • • n r
& de i'agitation Pu>lqu il n y en a point lans trouble & lans agitation d eí-
d'^s rit.cani'ecpar prit : Omne enim fpeflaculum fine concujjìone (pintùs non cfl.
Icsspectacleí.r.i,. Car cnfin si [qs spectacies nous caufenc du plaisir, il n'est
pas possible que nous le goûtions fans émotion 6c fans sen
timent. Or ce sentiment est toujours accompagné d'ému
lation £c de passion , 6c par conséquent de colère, de dou
leur , de fureur 6c d'autres emportemens semblables qui
chaíîent le Saint Esprit de nos coeurs. Quelque vertueux
que l'on suppose un Chrétien , il est impossible , selon notre
Auteur , que son ame soit assez ferme, pour n'être pas
agitée alors par quelque passion fecrette j 6c quand même
il arriveroit qu'on ne fût touché d'aucune affection déré
glée dans ces assemblées profanes , au moins .se rendroit-
on coupables de vanité , en s'amusant à des choses donc
on ne peut tirer aucun avantage : Et es reus jam ille vani-
tatis , eò conveniens , ubi nihil consequitur. Or la vanité est
également défendue aux Chrétiens : F.tiam vannas ex-
tranca eftjiobis. Il ne leur est donc jamais permis d'assister
aux spectacles.
. IV. II ne suffit pas à un Chrétien de ne pas faire le, mal
qu'il condamne , ou qu'il doit condamner ; il est obligé
tìPs"ti^ m°- encore de íè séparer de ceux à qui il le voit faire : Nobis
b'iigatio"iou"stun fatis non efi 3 fi fys*'nihil tale faciamus , nifi & taliafacien'
chrétien de na- tibus non conferamur. Et celui-lá se condamne lui-même ,
mcrcCaUavccCO|^s ^ trouve avec des gens à qui il ne voudroit point
gens de Théâtre, reílembler , & pour lesquels il témoigne avoir del'horreur.
c'16- II n'est donc pas permis d*assister aux spectacles où il se
fait une infinité d'actions que nous sommes obligez de
détester j 6c où. ,il se trouve des gens avec lesquels .nous
ne pouvons en conscience . avoir aucun commerce. « Et
DoSírine de Tertullim 3 Prêtre. jï
plût à Dieu, ajoûte Tertullien , que nous pussions même «
II. & III.
no pas vivre avec eux ici bas : Utinamne in sœculo quidem «
simulcum ilîis moraremur. Mais au moins devons nous nous « Si EcL ES.
éloigner de leurs mœurs 6c de leur vie séculière 5 de crain- « ■
te de mériter ce reproche du Psalmiste :Si vous voyiez un «
voleur , vous courriez de concert avec lui. «
V. Nous sommes- indispensablement obligez de nous «
éloigner de toute impureté : Impudicitiam omnem amoliri «
jubemur. Nous le sommes donc aussi , conclut ce Pere , « Cinquième mo
tif , fondé sur les
de nous interdire les divertiíTemens du Théâtre , qu'on « impiuetez & Jcs
peut regarder comme une Ecole d'impudicité , où l'on « bouffonneries des
Théâtres. 1. 17.
n'éprouve , que ce que l'on improuve par tout ailleurs : «
Hoc igit§r ynoào etiam à theâtro Jeparamur , quod est pri- «
vatum conjìflorium impudicitiœ , ubi nihil probatur , quam «
quod alibi non probatur.... Devant donc avoir cn horreur «
tout ce qui tient de Timpureté , comment pourroit-il «
nous êçre permis d'entendre , ce qu'il ne nous est pas «
permist de dire ; noús , qui sommes persuadez que Dieu «
condamne les bouffonneries , 6c même les paroles inu- ec
tiles ?' Comment nous seroit-il permis de voir , ce que «
nous ne pourrions faire íàns crime ? Comment les choies u
qui en sortant de la bouche fouillent l'homme , ne le «
souilleroîent-elles pas lorsqu'il les reçoit par les yeux & «
par les oreilles ? Et puisque les yeux & les oreilles ne font 1*
qflfe pour le service de l'ame ; comment pourroit-elle «
demeurer pure 6c sans tache , lorsque ses ministres de- «
viennent impurs & souillés. Ainsi, conclut notre Auteur, «
l'impudicitc nous étant défendue , le Théâtre nous l'est «
par conséquent : Habes igitur & theàtri interdifiionem, de u
interdifiione impudicitìa. »
VI. Les autres raisons que ce fçavant homme employé
pour détourner des Théâtres , font i°. que les Comédies
£c les Tragédies ne fervent qu'à autoriser les crimes 6c les
passions impudiques 5 qu'elles font íanglantes , lascives ôc
impies. Or , ajoute Tertullien' , la représentation d'un
crime ou d'une chose honteuse n'est pas moins blâmàble
que ce qu'elle repreíènte : Nullius rei atrocis aut vilis com. „. .,
i- n a i~\ 1 r* j- j Sixième motif,
memoratio mehor est. z . Que les Comédiens ont de tout tiré des represen-
tems été. notez d'infamie ; qu'on les exclut de toute dignité-, .tati?ns ,hsc)\V &
*- o » impies duThéaire.
c. 18,
31 Doctrine de TcrtuUien , Prêtre.
~ 6c que si les hommes en jugent ainsi 5 combien plus sévère
II. & III. fcra je jugement que la justice divine exercera contre ces
Siécles, forces de gens : Quantò magis divina justifia in bujufmodi
Septième motif, artifices animadvertit. « Car peut-on s'imaginer que Dieu
tire de rinfamjc „ ajt agréable que les hommes se masquent 8c (e dégui.
Thcâwe"!1»*. & " ^ent- l1" Refend dans la Loi qu'on fasse aucune figu.
13. » re , aucune reíîèmblance , fouffrira-t il qu'on en fasse de
» soi-même ? L'Auteur de la vérité n'aime rien de faux :
» Non amat falfum aucíor veritatis. Tout déguisement eít
» adultère à ses yeux : Adulterium est apud eum , omne quod
» fìniitur. D'où vient qu'il ne peut approuver tous ces
» changemens de voix , de sexe , d'âge , 8c toutes ces
» feintes d'amour, de colère., de soupirs , de^ larmes.,
j> puisqu'il condamne toute dissimulation.» Ce que Ter-
tullien dit ici devroic un peu porter les Chrétiens à faire
quelque réflexion fur les extravagances où ils íè Jaiflènt
aller eux-mêmes en certains tems de Tannée % où ils
croyent les réjouislances plus permises. Qu'ils prennent
garde de se fláter trop là-dessus. Jamais la conjoncture du
tems n'excuíera ce que Dieu condamne ; jamais il n'est
permis de faire , en pareilles matières , ce que L'on ne
peut fáire en tout tems & en tout lieu. ... Ce qui est bien
1. 10. ou mal en foi , ne peut changer de nature : Nufquam &
numquam excitsatur quod Detts damnât 5 nufquam & num-
quam licet 3 quod femper & nb1 que non licet. . . . Non pofest
aliud esse , quod verè quidem e// boni/m /ìu malum.
VII. Si tous les motifs que l'on vient de tirer de Ter-
tullien ne suffisent pas encore pour inspirer à certaines
personnes l'horreur qu'elles doivent avoir des spectacles ,
au moins fe laiíîeront-elles toucher par le récit qu'on va
leur faire , après le même Auteur , des inconvéniens 8c
des dangers aufquels on s'expose dans ces aíîèmblées pro
fanes. Le moyen , par exemple, de penser à Dieu dans des
Huiticme &der- endroits où l'on n'apperçoit rien de Dieu ? Le moyen d'ê.
si'" ]cs0tlinconvé- trC chaste > lorsqu'on fe trouve tout transportés du plaisir
niens& les dangers que l'on prend à ces représentations ? An ille reeoytabit e«
ausoueis ons'cx. tempore fa j)eo ^fitus illìc ubi nihil est de Deo f . . . . Pudici-
posc cn assistant . 1 ... 'r J. . , rfL -i • j 1 r j
aux spectacles, tutm ediscet , attonitus m mimos f Elt-il rien de plus ícanda-
»í« leux , que de voir fur des Théâtres des hommes & des
femmes
Doflrine de Tertulîien 3 Prêtre. _ $3
femmes parées avec tous les ajustemens dont elles font ~"~ ~
capables ^ & est-il rien de plus propre á exciter les paf. 1
fions déréglées dans l'ame des spectateurs ? « Car enfin « Siécles.
nul ne va â la Comédie que pour voir ou pour être vû. «
Mais quel crime de paílèr de l'Eglise de- Dieu à celle du «
Diable 5 de fatiguer des mains qu'on a élevées à Dieu , «
à louer &. applaudir â des comédiens & à des bouffons j «
de rendre témoignage à l'adresse ou à la force d'un gla- «
diateur , de- la même langue dont on s'est servi pour « '
chanter les louanges de Dieu » ?
VIII. Tertulîien rapporte là-dêssus un exemple ef
frayant , dont il prend Dieu à témoin. II dit qu'une Exemple ef-
femme s'étant trouvée au Théâtre , en revnit poíledée du frayant fur le fu-
Do 1 11 t 1 1 • 1 11 /• jet du. Théâtre,
emon : & comme dans 1 exorcisme on reprochoit a 1 ei- £ 26>
prit immonde d'avoir osé attaquer une femme Chrétienne ,
il répondit hardiment : J'ai eu raison , puisque jel'ai trou
vée dans un lieu qui m'appartenoit : ^uftiflìme quìdem , in-
quit , idfeci 5 in meo meam inverti. «. Nous avons encore , «
ajoûte ce Pere , beaucoup d'autres exemples de ceux qui «
communiquant avec le Démon , par leur assistance â ces «
ípectacles , ont quitté le service de Jésus -Ch rist : car «
personne ne peut servir deux maîtres j ôcquel commerce «
*peut-il y avoir entre la lumière & les ténèbres , entre la «
vie & la mort » ?
IX. 11 s'agit présentement de réfuter les vaines objec
tions que l'on pourroit faire contre ce qui vient d'être
enseigné , &. que l'on faisoit déja du tenis de Tertulîien.
Quel mal,disoit-on, d'assister aux spectacles ? Toutes choses
viennent de Dieu ; & les objets du Théâtre font fes
créatures $ l'on peut donc en faire aussi l'objet de ses du
vertissemens. Mais , s'écrie là-dessus Tertulîien : Que l'igno-
rance humaine se croit éclairée , fur-tout quand elle ap
préhende la perte des biens & des voluptez du siécle •*
Qtiam sapiens argumentatrix fibi videtur ìgnorantia humana y
frœferûm cum ahcfuid ejufmodi de gaudiis & fruíiibus faculi
tnetuit amittere ! II est vrai que Dieu est le Créateur de Premîer prétexte
tout ce qui est dans l'Univers ; mais il ne l'est pas moins en faveur des soec-
, , , , „ ' . . , \ r te tacles , réfute par
que le Démon a altère oc corrompu bien des choies , lel- Tertulîien.. C, 1.
quelles considérées fous ce respect, doivent nous être inter
dites , parce qu'en ce cas elles cessent en quelque façon
Tome II. • t E 1 •
Dotîrine de Tertullien 3 Prêtre.
d'appartenir â Dieu , & qu'on ne reconnoît plus en elles
la main du Créateur. C'est ainsi que l'homme , qui est
d'ailleurs l'óuvrage particulier des mains de Dieu par
rapport à son corps , & son image par rapport à Tarne ,
se íert néanmoins de l'une & l'autre substance pour of
fenser son Créateur , & qu'ils employent leurs facultez Sc
leurs puissances à des choses & des actions défendues.
X. On objectoic aussi qu'il n'est point défendu dans
rEcriture d'assister. aux spectacles. A quoi Tertullien ré
pond , que l'on ne trouve effectivement dans les Livres
Jaintsaucune défense «xpresle & formelle íur cet article,
mais qu'elle est renfefìnée implicitement dans ces paroles
du premier Pseaume : Heureux l'homme qui ne s'est point
laiflé aller au conseil des impies , qui ne s'est point arrêté
dans la voye des pécheurs , & qui ne s'est point assis dans
la chaire de contagion & de peste : Plané , dit Tertullien ,
nufquam invenimus , quemadmodum aperte fojitum efi : Non
occides , non idolum cales , &c. . . . ita exerte definitum : Non
ibis in circum , non in thtatrum. . . . Sed invenimus ad banc
quoque Jpeciem pertinere ilLam primant voctm David : Fcelix
vir3 qui non abiitin concilium impiorum , &c. « II est vrai , ,
» ajoûte ce Pere , que cet endroit du Psalmiste doit s'en-
» tendre littéralement du conseil que les Juifs tinrent en-'
» semble pour faire mourir le Sauveur ; mais on peut eni
» core avec raison lui donner le sens que l'on vient de dire :
» car si le Prophète traite de conseil d'impies , celui que
m tinrent quelques Juifs en petit nombre , â combien plus
«•forte raison doit-on nommer ainsi de grandes assemblées
» de Payens ? Ceux-ci font- ils moins impies , moins pe-
» cheurs, moins ennemis de Jesus-Christ , que les Juifs
» qui tinrent ce conseil » ? Au reste les Théâtres peuvent
être regardez comme des voyes qui conduisent à l'ini-
quité j ils font les chaires de contagion êc de peste, dont
parle David , que l'on doit interpréter ici dans un sens
général , quoiqu'il y ait quelque objet particulier en vûë :
Généraliser diítum intelli^imus , cum quid etiam Jpecialiter
interpretari capt. Car c'est ainsi que nous nous appliquons
à tous , les reproches que Dieu fait principalement aux
Israélites 5 c'est ainsi que l'on fait tomber fur tous les pé
cheurs les menaces particulières que Dieu fait à l'Egypte
& à l'Ethiopie , &c,
^DoEhrine de Terttdlim 3 Prêtre. 3y
XI. On dîsoit encore en faveur des spectacles : Dieu tT «, TTT *
les voit lui-même fans en êcre fouillé j pourquoi donc
nous autres n'en pourrions-nouspas user de même ? Mais Siécles.
il n'est: personne qui ne fente la foiblefle de cette ob
jection : Quoi , ditTertullien , vous osez mettre en paral-
. lele le criminel avec ion Juge ? Comparas , homo , reum & Troisième pré-
judicem. Le criminel qui est tel , parce qu'il est vû de Dieu , tcxtc• '' 10,
avec le Juge qui est tel auífi , parce qu'il voit. S'il est
permis de fe rendre spectateurs de tout ce que Dieu ap-
perçoit , il fera permis par conséquent de participer de lâ
vûë à tous les désordres imaginables , en quelque lieu
■ qu'ils fe commettent , puisque rien n'échappe à la vûë
de Dieu. Dieu voit les larcins , les mensonges , les adul
tères , les idolâtries , Hc les Théâtres eux-mêmes } c'est
donc au contraire par cette raison , que nous ne les re
garderons pas nous autres , de crainte d'y être apperçû
de celui qui voit tout : Et ideireb ergo nos non (]>tHabimus ,
ne videamur ab illo qui omniajpeciat. Cette réflexion de Ter-
tullien est toute ingénieuse j le tour en est magnifique , &
digne de ce grand génie.
XII. Enfin l'on pourroit dire â plus forte raison autour- Qu«tiémcpré-
d,i ■ 1» 1 • « • - »m 1. texte, r. 17. ib.
hui , ce que 1 on objectoit anciennement , qu il n y a x9. & }0.
dans les Comédies que des choses innocentes, douces èc
agréables : « Mais a-t-on jamais vû , réplique notre Au- «
teur , mêler du fiel &. de l'ellebore avec le poison. On «
cache le poison dans les ragoûts les plus exejuis , & l'on .c
déguise soigneusement son amertume sous la délicatesse «
des mets. Le Diable en use de même , en répandant ion «
venin fur les choies de ce monde , qui sont les plus agréa- «
bles. Que tous les objets des Comédies nous paroiffent «
généreux , honnêtes , fins &. délicats 5 il ne faut confí- «
dérer tous ces agrémens que comme un breuvage de c<
miel , mêlé de poison -, il faut en cela être plus touché «
du danger que du plaisir : Nec tanti yilam facias volupta- «
tis , quanti periculum. Laiflons remplir &. engraisser de «
ces repas du Démon , ceux qui les trouvent si doux & «
si agréables ; c'est lui-même qui les y invite , & c'est- «
lá maintenant son lieu & son tems. Mais pour nous , ce «
n'est pas encore celui des repas èc des noces célestes que «
nous attendons j & nous ne pouvons être des festins «
Eij
$6 Doólrinc de Tertullien , Prêtre.
~71 » des gens du monde , parce qu'ils ne peuvent pas non
II. & 111. n pjus ^cre ^es nôtres : Nostra cœnœ , noflra nuptiœ non-
Siécles. >» dum sunt ; non pofiumus cum illis discumbere , quia nec illi
» nobïfcum. Ceux - ci font maintenant dans la joye , SC
» nous dans l'affliction .... Pleurons donc tandis qu'ils
»» se réjouissent , afin que lorsqu'ils commenceront à pieu.
» rer nous nous réjouissions -, au lieu que si nous voulons
» nous réjouir avec eux ici bas , nous pleurerons aussi avec
» eux dans l'autre monde. Vous êtes bien délicat , ô
» Chrétien , de vouloir chercher en ce monde vos plai-
» sirs j ou plutôt vous êtes insensé , de vous imaginer
» que ce soit- là de véritables plaisirs » : Délicatus es ,
chrifliane , fi & in fieculo voluptatem concupifcis ì immò ni-
mium ftultus , fi hoc exifiimas voluptatem. . . .
' Quels sont les XII í. Tertullien ajoute qu'il n'y a point ici bas d'au-
cïïéuait^! jq. cres plaisisS pour les Chrétiens , que ceux que Dieu leur
fait goûter $ qu'il n'y a point d'autres spectacles pour
eux , que ceux qui regardent la vie future. Quel plus
grand spectacle que celui de l'avenement du Seigneur , qui
viendra dans l'éclat de fa majesté , & dans la magnifi
cence de son triomphe -y que la joye des Anges , la gloire
des Saints ressuscités , & la splendeur du Royaume où en
treront les justes j que la beauté de la Cité sainte , de la
nouvelle Jérusalem ! La foi nous représente dès-á-present
tous ces objets , par les images qu'elle en forme díjns
notre esprit 5 &. ces sortes de spectacles font infiniment
plus agréables que ceux des cirques & des théâtres. Ce
îbnt-là j dit encore Tertullien , les plaisirs des Chrétiens 5
ce font-là leurs spectacles j & ces spectacles font saints ,
1. 1?. éternels , & donnés de Dieu gratuitement : Ma vo-
luptates , hœc Jpettacula Chrifiianorum , faníla , perpétua ,
gratuita.
Docîrinc de Tertullìen , Prftre,

II. & IM.


•CHAPITRE VII. Siécles.

DE L' I D 0y L A' T R I E ,
CjT* de Jes différentes ejfieces: •

I. TL faut lire avec quelque discernement le Traité


particulier de Tertullien , où il est parlé de l'ido-.
latrie & de ses différentes espèces. Les principes généraux
qu'il pose dans ce Livre font vrais pour la plupart 5 mais
l'application qu'il en fait n'est pas toûjtíurs- juste. II le
commence par cette belle vérité , que tous les crimes íè
trouvent renfermés dans l'idolâtrie , & que l'idolâtrie se
trouve dans tous les crimes : voici comme il s'en exprime
lui-mêVne â la tête de son Traité : L'idolâtrie est le plus Etendus de ri-
grand crime du genre humain. C'est l'iniquité capitale du doiátrie. lìv. d*
siécle , & toute la cause du jugement â venir. Principale lùieldt-(' u
erimen generis- humant fummus feeculi reatus t tota causa
judicii idololatria. Puis après avoir montré par differens
exemples , que tcut péché est une idolâtrie ; parce qu'il
n'y en a aucun qui ne faíle injure à Dieu , en rendant aux
Démons l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu seul , il con
clut en ces termes remarquables : Ita fit omnia ( crimina )
in idololatria in omnibus idololatria deprehendatur. Si cela
est vrai , comme on n'en peut douter , il y a une infinité
.d'idolâtres, mcme parmi les Chrétiens.
II. Sur ce fondement notre Auteur décide avec raison,
qu'il n'est pas nécessaire pour être véritablement coupa
ble d'idolâtrie de brûler de l'encens , d'offrir des victimes,
ou de se faire initier aux mystères des fausses divinités j il
suffît de fabriquer des idoles , ce qui est , selon Tertullien , céux qui satm-
aussi opposé à- Tordre de Dieu , que de les adorer Idolum 2ucnt, d,cs Ido'cs
rl 1 i-, i .1 . •vT r ì i • font idolâtres , 1c-
tam sien , quam coli Deus prohibuit. Non-leulementle crime \on Tertullien.
est égal de part & d'autre ; mais on peut dire même que }■&*■
ceux qui les fabriquent , se rendent coupables du crime de
ceux qui les adorent : Quidquid idololatria committit-, in ar-
tificem quemeumque & cujufcumque idoli deputetur nectjje ef}.
Tirons de-là une conséquence qui ne plaira guéres aux
Sculpteurs & aux Peintres qur tracent des portraits ou fa-
38 Doêlrine de Tertullicn > Prêtre.
~jj briquent des figures lascives, j qu'ils se rendent donc ref-
'. ponsables de toutes les fautes que peuvent commettre ceux
Siécles. qUi regardent ces piéces avec des yeux impurs. C'est ici
une vérité à laquelle devroient faire attention bien des
gens qui ne fe font point scrupule , ou de l'ignorer , ou de
la mépriser dans la pratique,
vains prétextes III. Ce seroit envahi que ces sortes de personnes nous
réfutez fur ce su- ODjecteroient qu'ils n'ont d'autre métier pour gagner leur
]Qt'c ' 5" vie ; & qu'ils peuvent en. conscience se conformer á ce

précepte de l'Apôtre , de rester dans le meme état où


nous avons été trouvez par la grâce : car i°. quand il
fcroit vrai qu'ils n'auroient pas d'autre métier pour sub
sister ,' il ne fuit pas de-là , qu'on puiílê leur permettre des
profelfions qui ne peuvent s'allier avec la Loi de Dieu ,
& incompatibles avec le Christianisme $ i°. L'Apôtre per
met effectivement à un chacun de demeurer dans" l'etat
où il a été trouvé par la grâce j mais li l'on étend cette
permission si loin qu'on le fait ici , il nous fera donc per
mis de persévérer dans le péché j puisqu'il n'y a aucun de
nous qui ne fût pécheur avant d'être Chrétien , & que
Jésus Christ n'est venu en ce monde que pour nous
délivrer du péché : Pojsumus igitur omnes in peccatis per-
feverarc } ex ijlk interpretatione. Nec enim quisquam nóstrùm
non peccator inventus efi , cum Chriflus non alikex causa des-
cenderit , quam peçcjtorum liberandorum.
IV. Sur ce qu'on pouvoit repartir à Tertullien que Moïse
avoit fait dresser un serpent d'airain dans le désert , il faic
» remarquer en premier lieu que ce saint Législateur ne
l'avoit point fait par opposition à la Loi qui défendoit de
fabriquer aucune idole , mais pour figurer la Croix du
Sauveur j d'ailleurs Moïse n'a rait en cela qu'obéir à un
c. 6. ordre particulier de Dieu même. « Après tout , est-ce
» avoir renoncé au Diable & à ses Anges , continue Ter-
»j tullien , que d'en fabriquer les statues. ... Je les fais ,
» me dira quelqu'un , mais je ne les adore point. Or n'est-
sj ce pas les adorer que de les faire adorer par les autres.!
» Immò tu colis t qui facis ut coli poljìnt. Vous ne leur offrez
>j point de l'encens , vous ne leur immolez point de victi-
» me étrangère , mais vous leur dévouez votre art , vos
« peines , votre sçavoir faire. Illis inçenium tuum immolas
Doctrine de Tertullien } Prêtre. i\
illis fudoretn tuum libas , illis prudentiam tuant accendìs. « "^"gTllï
Vous leur êces plus que sacrificateur , dèsque vous êtes «
cauíè que d'autre le leur font : Plus es illis quàm facerdos , « Siécles.
cum fer te habeant sacerdotem. C'est votre arc qui faic « 7*
toute leur réputation ; & l'on ne peut voir des yeux de «
la foi fans gémir , fju'un Chrétien palîe de la boutique «
du Diable dans la maison de Dieu j qu'il élevé au Ciel «
des mains qui fervent à faire des idoles ; qu'il touche «
le Corps de Jesus-Cheust des mêmes mains , qu'il a «
employées au service* du Déhion : Eas manus admovere «
Çorpori Domini , quœ dœmoniis corpora conferunt. » C'est
que les fidèles recevoient la sainte Eucharistie dans leurs
mains.
V. C'est encore une efpece d'idolâtrie , de contribuer C'est une idoià-
de íes frais à l'ornement des Temples ou des idoles , quoi* ^J^Sèi
qu'on ne mette pas la main à l'ouvrage : il n'importe , die Temples ou des
notre Auteur , ou que vous bâtissiez un Temple , ou que ldolcs- 8:
vous l'orniez : Nec enim differt , an extruas , vel exornes :
Ec en général concourir de quelque manière que ce foie
à la décoration de ce qui appartient aux idoles , c'est ,
ièlon Tertullien , se rendre coupable d'idolâtrie. 11 faut L'Astrolo'jieest
k K • 1 , r fr. une autre especa
l meme jugement de quelques autres protestions d'idolâtrie. <■.£.
profanes , comme de celles des Astrologues; parce qu'ils
honorent les astres , & qu'ils leur attribuent 'le même
pouvoir qu'à. Dieu. 11 est vrai que ceux qui vinrent d'O
rient adorer Jesus^ChrisT , étoient des Mages ôc des
Astrologues j mais cette science n'a été tolérée que jus
qu'à l'Evangile , & depuis la Naiíîànce du Sauveur il n'est*
plus permis de l'exercer , non plus que toute autre forte
de magie : At enim feientia ifia ufque ad Evangelium fuit
cenceffa , ut Christo edito , nemo exinde nativitatem alicujus • . .
de ccelo interpretetur. ll faut bien prendre garde ici , que
Tertullien par cette expression t concejsa , ne veut pas dire '
que l'astrologie ou la magie ait été permise par la Loi
divine avant l'Evangile , mais seulement qu'elle a été
tolérée parmi les hommes , fans être sujette à aucune pu
nition , comme elle l'est aujourd'hui depuis la Naiíîànce
du Sauveur. On ne peut entendre autrement cette ex
pression de Tertullien , fans le faire entrer en contradiction '
■avec lui-même : car enfin il enseigne ailleurs, ainsi que
4:0 Dostrìnc de Tertuílierij Prêtre.
nous l'avons marqué , que ce qui est: mal en foi ne fut ja
II.&IU.
mais permis } or il reconnoîc ici que l'astrologie & la
Si EfLES, magie fontmauvaifes en elles-mêmes , puisqu'il nous fait
envisager ces sciences , comme une eípece d'idolâtrie :
quand donc il dit qu'elles ont été permises avant le Nou
veau Testament , il ne s'agit que d'une permission ou tolé
rance humaine , ája faveur de laquelle les Astrologues &
les Magiciens exerçoient ces arts impunément.
VI. Tertullien appréhendoit fi fort que les Chrétiens
ne donnassent dans la moindre apparence d'idolâtrie ,
Cétoit une es- qu'il leur défend même d'enseigner les lettres humaines ,
pece d'idolâtrie à cauíe des superstitions aufquelles ils íe trouvoient alors
dans un Chrétien
de profcflci les let engagés par cette profession , 6c de la nécessité où elles
tres humaines du les mettoient d'expliquer aux autres les noms, les généalo
teras de Tcrtul-
licn. 1. 10, gies & toutes les fables des faux Dieux. Mais les Chré
tiens pouvoient s'en faire instruire, &en tirer même du
profit pour l'étude de la Religion , parce qu'ayant déja la
connoissance de la vérité , ils étoient plus en état de se
précautionner contre le poison de Terreur & des supersti
tions du Paganisme. On ne peut rien de plus sage que ce
riglement ; ôc effectivement il n'étoit gueres possible alors»
de professer les lettres humaines íàns paroître approuver
à Texterieur , ce qu'on détestoit au fond de l'ame 5 &
n'étoit-ce pas commettre une idolâtrie , de parler hono
rablement des idoles ? Quœre an idololatriam committat, qui
de idolis Cíitexbifut.
Autre espèce d'i- VII. Notre Auteur n,e condamne pas moins une autre
dolâtrie.de vendre efpece d'idolâtrie , qui confistoit à vendre de l'encens ,
de l'encens , des
victimes ,& autres des victimes publiques , & autres marchandises qui fer-
choies qui ser- voient au culte des faux Dieux. On avoit beau lui ob
voienc au culte des jecter que de pareils trafics étoient nécessaires aux besoins
icioks. c. II. jfli.
de la vie yòí qu'on ne pouvoit fans cela faire subsister une
famille j il répond excellemment qu'il n'est plus question
de délibérer , dès qu'on fait profession du Christianisme ;
qu'il n'est plus permis á un Chrétien de finquiéter du
vivre ni du vêtement } que l'on doit être dans la dispo
sition d'abandonner ses proches & ses biens pour le service
de Dieu , à Texemple des Apôtres : « La foi ne craint
m pas la faim , ajoûte ce Pere : Fides fument non tìmet*
» Elle sçait qu'elle ne doit pas moins mépriser la faim ,
» pour
Doéîrine de Tertuïïien 3 Prêtre. 41
pour Pamour de Dieu , que touc autre genre de mort. «
Elle a appris à ne poinc considérer la vie , & encore « ^
moins la nourriture : Didicit non rejpicere vitam 3 ejuantò « S 1 ECUS,
«írfgw viíium. Quel est le Chrétien , ce font encore les «
paroles de Tertuïïien , qui accomplisse ces devoirs ? Mais «
ne nous effrayons pas mal-à-propos 5 ce qui est difficile à «
l'homme par lui-même , lui est facile par l'assistance de «
Dieu » : Sed qua pênes hominem difficilïa , pênes Deumfa-
cilia.
VIII. Quant aux fêtes & aux réjouiíïances publiques
des Payens , Tertuïïien ne veut pas non plus que les Chré
tiens y participent. II ne leur est pas permis , íelon lui , c'est une idoiîtite
d'illuminer dans ces fêtes le devant de leur maison , ni de 1e Fartlc,Per au*
1 1 1 „ , , .' r fêtes des Pavens.
couronner leurs portes de lauriers. Ces cérémonies íonc c. 14.
autant d'actes d'idolâtrie , quelque soit le prétexte dont
on prétend les couvrir. 11 est vrai que l'Apôtre nous per
met de vivre avec les pécheurs , avec lesquels nous som
mes obligez nécessairement de converser ; mais il ne nous
Î>ermet pas de pécher avec eux. II permet le commerce de
a vie, mais non celui du mal. II est licite de vivre avec
les Payens , mais non de mourir comme eux ; vivons donc }
conclut Tertuïïien , 6c réjouissons-nous avec tous , comme
ayant tous une nature commune 3 mais non en participant à
leurs superstitions ^ nous avons une ame semblable à la
leur , mais nous avons une discipline très-disiemblable }
nous partageons avec eux la terre , mais non pas Terreur :
Compojseffores mundi , non errons.
IX. C'est en conséquence de ce principe qu'il décide
ensuite que l'on peut se trouver aux assemblées de familles Permis aux chrt-
innocentes par ellê-mêmes , comme aux fiançailles , aux Í!cns d'assister. aux
. r a» ■ • 'r fiançailles, noces,
noces, 6cc. pourvu qu on ne participe en aucune façon , &c. des infidèles.
aux sacrifices que les Payens y offrent aux faux Dieux , 6c *•
qu'on n'y contribue , ni de son argent , ni de son ministère.
Les serviteurs peuvent accompagner leurs maîtres dans
ces sortes de cérémonies j mais en qualité de simples fpec- »
tateurs , fans participer jamais aux superstitions payenne*.
qui ont coutume de s'y pratiquer.
IX. Mais autant Tertuïïien est modéré fur cet artu
cle ,- autant me paroît-il rigide 6c même excessif dans ce
qu'il avance au fujec des magistratures 6c des charges
Tome II. F
4t Doflrìne de TertuUien , Prêtre.
T~T publiques : car il prétend qu'il n'est pas permis aux Chré-
II. & III. tíens d'en exercer aucune parmi les Infidèles , en íuppo-
Siécles. fant même qu'on puisse íe dispenser de tout acte d'idolâ
trie de de tout jugement de íang. II suffit , selon lui , pour
empêcher les fidèles d'accepter de pareils emplois , que la
pourpre , les faisceaux , & les autres marques des dignités
payennes soient consacrées à l'idolâtrie qui y est jointe
Termiiien dé- par l'institution des infidèles : Cœteràm, dit ce Pere , fur-
d'exercer* aucune fura > vel c^era infìpiia diyiitatum & potestatum , infertœ
dignité ou charge dignitati & fotefiatibus idololàtriœ ab in'itio dicata , habent
publique paimi les profanati0nis sua maculant. Or les Chrétiens doivent avoir
Payens. c. 17. 0> * J ' , . , -
lg. en horreur ces marques de dignités comme des choies
souillées & profanes , d'autant plus que ces ornemens fer
vent aux idoles mêmes , & par conséquent aux Démons
qui font véritablement les Magistrats de ce siécle : Nam
dœmonia Magiftratus funt feculi. Cette opinion a assuré
ment quelque chose de trop dur, quand on la rapproche
de la supposition que fait Tertullien lui-même. Mais ce
Pere est encore bien moins tolérable , quand il défend
aux fidèles de porter les armes , même dans un tems de
11 leur défend paix pour l'Eglife, supposant mal-à-propos, comme il fait,
axìnest' Fj0 ter 1CS qu'on ne Peut ^cre engaS^ en niême-tems au service de
Dieu & à celui de Célàr : Non potest una anima duobus de-
beri , Deo & Cafari. Cette proposition est contre la raison
&. la justice : car autre est la profession militaire qui est pour
le service de l'Etat & du Souverain , auquel il faut obéir, de
quelque Religion qu'il soit j autre est la superstition , â la
quelle il ne faut jamais prendre aucune part , quand même
le Prince le commanderoit.
XI. C'est avec plus de raison qu'il enseigne dans la fuite
de ce Livre , qu'il faut éviter l'idolâtrie jusques dans les
paroles ; & que lorsqu'on íê trouve obligé de prononcer le
nom de quelque faux Dieu , il faut ajouter quelque chose
Autres espèces qui fasse connoître le jugement que nous portons d'eux. II
d'idolâtrie, r. 10. décide avec autant de fondement que c'est une idolâtrie de
ii. 11. & 13- jurer par les Dieux ; d'emprunter de l'argent d'un Payen r
fous une obligation qui contiendroît un ferment par quel
que fausse divinité. Telles étoientles précautions que l'on
exigeoit alors de tous les fidèles , pour leur ôter jusqu'aux
moindres occasions d'idolâtrer..
Doctrine de TertuUien } Prêtre. 43
— ■— II. & III.

CHAPITRE VIII. Siécles.

PORTRAIT DE LA VIE ET DES MOEURS

des Anciens Chrétiens.

I. Ous n'avons rien de plus édifiant dans les écrits ,


j_ >| de Tertullien , rien de plus propre à nous con
fondre & à nous faire sentir l'état d'imperfection où nous
sommes aujourd'hui , que le tableau qu'il nous trace de la
vie sainte de nos Pères. Nous y appercevons des gens d'une
morale la plus pure , d'une sainteté la plus éminente. Unis
entr'eux par les liens les plus étroits d'une charité par
faite s ils composoient comme un corps d'armée redouta
ble aux Démons eux-mêmes. C'étoient des gens d'une
pieté uniforme , d'une pénitence , d'une abstinence fans
pareille. Des gens entièrement éloignés des plaisirs & des
affaires d'ici bas ; des gens d'une pudeur &c d'une conti
nence admirables , d'une intrépidité 6c d'une constance à
toute épreuve ; des gens pleins de bonté & de tendreíle
pour leurs persécuteurs mêmes ; des gens , en un mot ,
d'un attachement ôc d'une fidélité inviolable à l'égard
des Princes Payens , tout ennemis déclarez qu'ils fuísent
de la Religion. Nous allons parcourir tous ces differens
coups de pinceau , & de crainte de défigurer le portrait
excellent qui les renferme , nous ferons parler Tertullien
lui-même , en ne rapportant que ses propres expressions.
II. Quant au premier article qui concerne la pureté
de la morale des Chrétiens , il seroit superflu d'en parler
ici } puisque nous l'avons fait suffisamment dans les sept
Chapitres précedens. Nous paflerons donc d'abord à leur
sainteté , qui étoit si éclatante qu'elle se faisoit remarquer
de leurs ennemis & de leurs persécuteurs : « Qu'est-ce «
qui nous distingue du reste des hommes , dit Ter- «
tullien , dans fa première exhortation aux Gentils , sinon « sainteté des an-*
cette sagefie première , qui nous empêche d'adorer les « ciens fidèles, ahx
oeuvres viles des mains del'homme.c'est-â-dire lesidolesj « n«*.iìv.i.í.4.
linon cette abstinence qui étouffe en nous tout désir du n
44 Doflrine de TcrtulUcn s Prêtre.
» bien d'autrui 5 cette chasteté , que nous n'osons pas mê-
II. & III. „ me souiller des yeux ; cette tendrelTe que nous reíîên-
'Siécles. » tons pour les pauvres & les indigens -, cet amour de la
» vérité qui nous rend suspects à nos ennemis -y ce désir de
m la véritable liberté qui nous fait embrasier volontiers la
» mort ? Veut-on fçavoir ce que c'est qu'un Chrétien ,
« c'est â ces indices qu'il faut faire attention : Qui vult
n intelliaere , qui fint Chrifiiani , istis indicibus utatur ne-.
» cejje ejL Ce n'est pas , ajoûte ce Pere , que tous ceux
» qui portent le nom de Chrétiens soient ornés de ces
» vertus j nous ne disconvenons pas qu'il n'y en ait quel-
» ques-uns en qui l'on remarque îe contraire : Non nega-
5- » bimuí quofdam •? mais c'est cela même qui porte témoi-
« gnage en notre faveur ; quelque pur , quelque sain que
» soit un corps , il s'y trouve toujours quelque tache ,
« quelque petit défaut , quelque imperfection. Le Ciel
» lui-même n'est pas fans quelque petit nuage. . . . Lors
>» donc que vous demandez pourquoi celui-ci est-il voleur ,
>j puiíque les Chrétiens font si abstinens y pourquoi cet
« autre cst-il cruel , les Chrétiens étant si portés à la com-
>» passion 5 vous rendez vous-même témoignage , que les
» Chrétiens ne font point tels que ces particuliers , en vous
» plaignant que ceux-ci le soient ». Et comment effecti
vement ces anciens fidèles eusient-ils été pécheurs & cri
minels , eux qui , selon Tertullien 3 étoient si persuadés
que leur vie devoir être examinée par un Dieu qui voie
jtpolog. t. 41. tout ? « Nous , dit ce Pere , qui sommes dans cette per-
»j fuasion , & qui fçavons que la justice divine punit les
» péchés par des supplices éternels , c'est avec grande raison
m que nous employons tous nos soins à acquérir la vraye
» innocence. . . . Condamnez - nous , tourmentez - nous ,
-» écrasez -nous , dit -il encore s'adreslant aux Gentils ,
»» votre cruauté & votre injustice est la preuve de notre
" innocence $ & c'est pour cela que Dieu souffre que nous
*■. î©. » souffrions : car ayant depuis peu condamné une fille
« chrétienne à être menée à un lieu de prostitution , plû_
«.tôt qu'exposée aux bêtes , vous avez asiez fait sentir
« par-là que vous étiez persuadé que les Chrétiens con-
» sidéroient la perte de la chasteté comme une peine plus
v grande que tous les rourmens & la mort même. » C'est
Doctrine de Tertullien 3 Prêtre. 45
ainsi que les Payens rendoient , fans y penser , témoignage
à la sainteté & à l'innocence de nos Pères. H .K III.
III. Leur union n'étoit pas moins admirable que leur Sucles.
sainteté , elle éclatoit dans toute leur conduite : « Nous «
nc nous aílémblons pas feulement pour prier, dit Ter- « Union des fidé.
tullien , mais encore pour assister â la lecture des Livres « les cn"'cux. a$oI^
saints , dont les divines instructions servent à régler « '
toutes choses parmi nous , selon les difterens besoins et
que nous en avons. C'est-là où la discipline toute sainte «
des fidèles se perfectionne de plus en plus, où les exhor- «
tations charitables , où les corrections salutaires, & les «
châtimens de l'Eglife font employés très-utilement. Les «
jugemens qu'on y rend se font avec beaucoup d'équité , «
parce que ceux qui les rendent font persuadés que Dieu «
îes voit. Et c'est un grand préjugé du jugement futur de «
Dieu contre quelqu'un , quand il a commis quelque pé- «
ché pour lequel on le sépare de la communion , de la a
prière , de rassemblée des fidèles , &; de toute participa- «
tion aux choies saintes ». Remarquons ici en paíTant ,
quelle frayeur avoient nos Pères de i'excommunication j
mais aussi n'etoient-elles pas bien communes 5 & il falloir,
des péchés d'une énormité considérable pour encourir
alors les Censures Ecclésiastiques.
IV. Ce n'étoit pas seulement dans ces Assemblées que
les Anciens faifoient consister l'union qui regnoitentr'eux ;
elle brilloit encore davantage dans le foin qu'ils prenoient
de soulager la misère de ceux qui étoient indigens parmi
eux. Si nous avons une efpece de trésor parmi nous , ce « charités & au*
font les paroles de Tertullien , ce trésor n'est pas hon- « m°ne! fidckr.
teux à notre Religion , comme si c'etoit une Religion « * m*me'
vénale ou concussionnaire. Chacun y apporte volontai- «
rement , selon son bon plaisir & son pouvoir. Ce sonr-là «
comme les dépôts de la pieté des fidèles. L'on est très- «
éloigné de fe servir de cet argent pour des festins de «
débauches , ou pour d'autres dépenses de cette nature; «
mais on l 'employé à la nourriture & à la sépulture des «
pauvres 5 on en aide les garçons & les filles qui n'ont «
point de biens & qui ont perdu leurs parens 5 on s'en cc
íert à soulager les pauvres vieillards & ceux qui ont fait «r
naufrage 5 à assister charitablement les fidèles que vous ■«*=
46 Doftrine de Tertullien , Prêtre.
» condamnés , pour la cause de la foi , à travailler aux
II. & III. „ mines , ou qui ont été relégués dans des Iíles , ou enfer-
S i E c l E s. " m^s dans des prisons «. Tel étoit en ces siécles heureux
l'emploi que l'on faifoit des charités & des aumônes des
fidèles jc'étoient de véritables patrimoines pour les pauvres.
V. Faut-il s'étonner après cela que les Chrétiens de
ce tems-Ià se regardassent & se traitassent les uns les au
tres comme frères , & qu'ils s'appellaílènt même de ce
nom : « Nous nous appelions tous frères , continue notre
iisscnommoicnt M Auteur ; . . . . câr si nous sommes aussi vos frères par le
tous itères. Z.*- • . ■ • ,-i r • • 1
mime. » droit de la nature , quoi qu il loit vrai que vous nous
» soyez de mauvais frères ; combien est-il plus juste d'ap-
»> peller de ce nom ceux qui tous ensemble ne reconnoissenc
» qu'un seul Pere qui est Dieu } qui ont été divinement
» enyvrés du même Esprit-Saint ; & qui étant sortis éga-
» lement des ténèbres de Terreur , ont été éclairés de la
» même lumière de vérité. Peut-être qu'on croit devoir
» nous refuser le nom de frères , à cauíe que ce qui divise
» la plupart des frères , est ce qui nous unit davantage
» nous autres , qui poíïedons nos biens en commun , & qui
» étant parfaitement unis tous ensemble de cœur & d'es-
» prit , ne poíïedons rien que les autres ne possèdent avec
» nous , & possédons avec eux tout ce qu'ils poíledent.
Banquets des „ VI. je sçai , ajoute ce Pere , qu'on parle beaucoup
mème**3' " ^e nos banquets , que nous appelions Agapes. Mais il est
. »» bien étonnant que lorsque parmi les Romains & les autres
*j nations infidèles on s'abandonne impunément à desex-
» cès inoúis & en des dépenses monstrueuses pour des
n festins d'impudicité & de débauche -y on ne s'attaque
>î qu'aux repas des Chrétiens qui portent le nom d'Aga-
» pes , à cause qu'ils font des banquets de charité, où l'on
« reçoit tous les pauvres qui se présentent , pour témoi-
» gner à notre Dieu que les pauvres qu'il considère plus
>» que les autres , font aussi en plus grande considération
» parmi nous. Que si la cause de ces festins est toute sainte ,
jj la suite ne Test pas moins. Car on n'y peut rien remar-
» quer qui approche de Timmodestie ou de la bassefle. On
» y nourrit Tame par la prière , avant que de donner au-
» cime nourriture au corps. On mange ensuite pour satis-
» faire à la nécessité de la nature. On prend garde de nc
Doflr'me de TertuUien 3 Prêtre. 47
boire qu'autant qu'il convient à des personnes chastes « —
& réglées, qui se souviennent qu'ils sont obligés de se re~ « H. & 111.
lever la nuit pour adorer Dieu. L'on ne parle point tu- « Siécle s,
multuairement , comme dans tous vos festins j & l'on se «
tient toujours comme en la présence de Dieu , qu'on re- et
garde comme témoin de tous nos discours. On finit le «
repas par la prière 5 &: chacun se retire , non point avec «
tumulte , avec cris , ou en desordre , mais avec toute «
forte de modestie &. d'honnêteté , comme il n'est pas c«
difficile à des personnes qui ont eu foin de nourrir autant u
leur ame que leur corps par la discipline toute sainte «
qu'ils ont observée daqs leur repas ».
VII. Cette grande union des fidèles entr'eux, en fai-
soit comme un corps d'armée redoutable aux Démons
eux-mêmes , & leur donnoit-un pouvoir absolu sur ces
esprits de malice : « Qu'on amène, ditTertullien dans « Pouvoir des an-
son Apologie , qu'on amène devant vocre Tribunal quel- « ciensfidéies furies
que personne qui soit véritablement possédée du Dé- « ^e^°ns' ''
mon 5 & qu'un Chrétien commande à cet esprit de par- «
Jer , il se trouvera forcé de confesser aussi véritablement «
qu'il est Démon , qu'il veut en d'autres rencontres fe «
faire passer pour un Dieu S'il ose mentir devant c<
ce Chrétien , punissez sur le champ le Chrétien lui- «
même comme un imposteur ». Assurément un défi si pu- "
blic est bien glorieux à la Religion Chrétienne. Ter-
tullien continue" : « ce pouvoir que nous avons fur eux «
vient du nom de Jesus-Christ , & des menaces que n
nous leur faisons des châtimens que Dieu doit un jour «
exercer contr'eux par la puissance de son Christ. Ainsi «
par notre seul attouchement ou par un souffle de notre «
bouche , étant saisis tout d'un coup de la frayeur dé ce et
feu auquel ils font destinés , ils sortent des corps malgré «
eux , aussi-tôt que nous le leur ordonnons , & vous ren- «
dent témoins vous-mêmes de leur douleur & de leur <«
honte ». Il arrivoít donc alors , par une merveille surpre
nante , comme a fort judicieusement remarqué l'Auteur
François de la vie deTertullien, (a) que les ennemis mortels
de notre foi , étoient malgré eux les Ministres &. les Pré
dicateurs de cette même foi. Et ce quî étoit bien coníî-
(*] Mr. de la Motte. £. %yx
4% Doflrìnc de Tertxiliettj, Prêtre.
•Tî 6c III dérable , poursuit le même Auteur , est que ce n'ëtoie
pas seulement les Evêques , ou les Prêtres , ou les pre-
SiECLES. mjers d'entre les fidèles qui avoient cette puissance fur
les Démons : mais tous les fidèles en général ; ensorte
que lorsqu'il s'agiflbit de la gloire de l'Egliíe , le moindre
d'entr'eux étoit plus fort que toute la puissance de l'enfer.
VI II. Tertullien rend auífi ce témoignage avantageux
aux Chrétiens de son tems , que leur pieté étoit unL
Piété uniforme forme .: c* Tels nous sommes dans nos Assemblées , di-
des anciens. A{oi. „ f0ic-il , tels nous sommes chacun dans notre particulier :
r' * ' >j Hoc sumus conyregati quod & dijperftj hoc univers , quoi
» & finguli. Nous nous appliquons fans cesse à n'offenser
» personne , à ne contrister personne : Neminem ladentes ,
» neminem contristantes S'il survenoit quelque calamité
publique , on les voyoit jeûner rigoureusement , s'appli
quer à une continence parfaite , fe retrancher leur nour
riture , se couvrir de sac &. de cendre , &. faire comme
Leur pénitence, violence au Ciel par la ferveur de leurs prières. Ainsi que
f,4°' Tertullien le témoigne par ces paroles: Nos verò jejuniis
- aridi , & omni continentià cxprcjjì , ab omni vita fruge di~
lati , in facco & cinere volutantes , invidià cœlum tundimus.
Leur abstinence étoit telle , qu'ils observoient au pied de
la lettre le règlement des Apôtres de ne poinr manger de
t eut abstinence, chair morte ou suffoquée , de peur , dit Tertullien, deíè
*' 7' souiller par le sang : Qui propterea quoque suffocatis &
morticiniis abftinemus ,ne quo sanguine contaminemur. Ce qui
a encore été observé long-tems après , ainsi" que l'abstinence
du sang des animaux 5 ce que les Payens n'ignoroient pas
eux-mêmes , puisqu'entre les épreuves qu'ils faisoient pour
connoître les Chrétiens , ils leur preíentoient des bou
dins faits de sang d'animaux , fçachant bien qu'ils n'en
mangeroient pas , s'ils étoient véritablement Chrétiens,
Je passe ici fous íìlence leurs autres abstinences ordinaires ,
parce que nous aurons lieu d'en parler encore dans la
Section suivante,
IX. Nous«avons vú dans le Chapitre des spectacles
combien nos Pères croyoient devoir s'éloigner des plai
sirs , de ceux mêmes qui pafloientpour les plus innocensj
£c nous voyons dans l'Apologie de Tertullien qu'ils n'é-
toient pas moins éloignés du tumulte des affaires publi
ques ,
Doctrine de Tertullien 3 Prêtre. 49
ques , quoiqu'ils euíTènt pû si aisément s'en mêler , étant n & III
en si grand nombre qu'ils écoient dès-lors : « On voit «
des Chrétiens par tout , dit ce Pere 5 ils font répandus « Siécles.
dans les Villes , dans les Isles , dans les Bourgs , dans « Nos pères étoient
Ja Campagne , dans l'A'rmée , dans le Palais , dans le « sort f10!?""^!1
, „ 1 1 t. V-v ■ 11 r • tumulte des aftai-
benat , & dans ie Barreau. . . . Quelle guerre ne lenons- « res.c. 37.
nous donc point capables de vous déclarer ; 8c avec «
quelle ardeur ne pourrions- nous point l'entreprendre , «
nous qui mourons tous les jours avec tant de joye , si «
ce n'étoit pas une loi parmi nous de souffrir plutôt «
d'être tuez , que non pas de tuer les autres ? Nous au- «
rions pû , même fans prendre les armes & fans aucune «
révolte , causer du trouble & de la désolation dans «
l'Empire , par notre feule séparation Mais il n'est «
rien de plus étranger pour nous que les affaires publi- «
ques : Nec ulla magis res aliéna , qukm publics. Nous ne «
reconnoiflons qu'une feule République , qui est le monde «
entier. Et non- feulement nous nous éloignons de vos «
affaires , mais encore de toutes vos assemblées profa- «
nés , tels que font les jeux du cirque, les théâtres, &c. «
Nous ne pouvons approuver les objets de vos plaisirs , c<
comme vous ne vous accommodez pas vous-même de «
notre manière de vie : Reprobamus qua placent vobis , nec «
vos nojlra delc&ant »
X. Une des principales calomnies que les Payens
avoient inventée contre les Chrétiens , étoit que dans
leurs assemblées de la nuit , ils avoient entr'eux des
commerces infâmes ; & qu'à la faveur des ténèbres , ils
commettoient des crimes & des abominations 'qu'on ne
peut nommer fans effroi : mais Tertullien réfute fort ai
sément ces soupçons injustes , en défiant lès Payens eux-
mêmes de produire aucun témoin de ces crimes , St leur
faisant sentir qu'ils ne fubsistoient que dans la bouche
fl'une renommée trompeuse. Et en effet , quelle appa- ^
rence que les Chrétiens commissent le* incestes dont on
Jes accusoit , eux , qui selon Tertullien , íe mettoient si
fort à couvert de pareils desordres , par la chasteté
exacte dont ils faifoient profession : Nos ab tsto eventu , charteté&eon-
diligentitfìma & fideliffìma castitas fcpfit. Eux qui pouvoient rincncadesanc.ens
montrer parmi eux des gens , qui yivoient dans la virginité fidclcs- s'9.
Tome II. G
jo Doctrine de Tertuîfien } Prêtre.
~ jusqu'à l'extrêmité de la vieillesse > conservant dans cet
II. & III. âge l'innocence de l'enfance ? Quidam mukò securiores , dit
Si E CL ES. Tertullien , totam vim hujus erroris virgine continentiâ de-
pellunt ,fenes pueri.
XI. II n'est donc pas surprenant que les anciens fidèles
se soient montrés si intrépides dans des conjonctures
niêmes dont l'idée seule nous feroit pâlir aujourd'hui :
» Notre Religion-, disoit excellemment ce sçavant Apo- , .
Constance & in- „ logiste des Chrétiens , ne se défie point d'elle-même ,
íicnÌdr!éi<îCsChté' » ni de la bonté de fa cause , parce qu'elle n'est point
» non plus surprise de l'extrêmité où elle se voit réduire.
» Elle sçait qu'elle est étrangère sur la terre , & qu'il lui
» est difficile , étant parmi des étrangers , de n'y rencon-
» trer pas des ennemis Toutefois ce qui est véri-
» fablement mal , est d'une telle nature , que ceux mê-
» mes qui s'y laissent emporter n'osent le défendre comme
» un bien. Tout mal est naturellement accompagné de
»j crainte ou de honte. Omne nialum aut timoré , aut pudore
» natura ferfudit. Les méchans désirent d'être cachés $
n ils tremblent lorsqu'ils font pris ; ils nient tout lors-
» qu'ils se voyent accusés -, ils ont peine , étant mêmeap»
»» pliqués à la torture , de confesser ce qui les rend cou-
» pables j ils s'affligent étant condamnés^, & déplorent
» leur état comme un grand malheur ; mais qu'y a-t-il de
» commun entre ces criminels 6c les Chrétiens : nul de
» nous n'a hònte de paroître ce qu'il est -r nul ne se re-
" pent que de n'avoir pas toujours été Chrétien : Nemi-
» nem pudet , neminem pœnitet , nifi plane retrò non fuisse. S'il
» est découvert , il n'y trouve que de la gloire ; s'il est
» accusé , il ne se défend point 5 s'il est interrogé tou-
» chant fa Religion , il en fait une profession volontaire •>
n s'il est condamné , il s'en rejouit : Si denotatur , gloria-
« titr i fi aceufatur y non defsendit i interrogatus 3 vel altrò
t. n. ** confitetur; damnatus , gratias agit Oui, continue
» ce Pere , nous le disons , & nous le disons hautement"
» au milieu de tous vos supplices. Lorsque vous nous dé-
« chírez le corps , & nous mettez tout en sang , nous
» crions à haute voix que nous adorons notre Dieu par
m 4S. » ce Christ que Pilate a fait mourir Nous sommes
» Chrétiens , parce que nous voulons l'ètre 5 & ainsi il
' Dcétrine de TertuUien y Prêtre. ji
c'est en votre pouvòir de nou condamner , que parce « . TTT
que nous voulons bien être condamnés. C'est donc bien « ' '
vainement que le peuple se réjouit de notre vexation. « Siécles.
Ce qui fait sa joye , sait beaucoup plus justement la «
notre : puisqu'il íè réjouit de notre mort , nous nous «
réjouissons davantage du bonheur qu'elle nous procure , «
en nous mettant en état de ne pouvoir plus être fé- «
parés de Dieu ; &. il pourroit avec plus de raison s'at- «
trister de voir que nous avons obtenu par notre mort «
ce qui nous étoit plus avantageux. Continuez donc , «
ô sages Magistrats , continuez â vous rendre recom- «
mandables auprès du peuple , en immolant les Chrç. « ,
tiens à fa fureur. Tourmentez-les en mille manières , et
preflez-les»par vos tortures , condamnez-les.& les acca- «
blez par toutes fortes de rigueurs : Cruciate , torquete , «
damnate s atterìte nos. Lés cruels effets de votre injusti. «
ce, font les preuves les plus illustres de notre innocence. «
Assurément , il n'y a qu'un Dieu qui puiíîe inspirer de
tels fentimens.
Xil. Mais cette fermeté d'ame , cette intrépidité
héroïque n'empêchoic point ces grands personnages
d'être touchés de tendreíle &. de compassion pour leurs Tendresse d«
persécuteurs mêmes : « A Dieu ne plaise , dit TertuUien « anciens pour leurs
■*, r _ . , , c , 1 f .... pcríeciucuts. A
dans Ion Traite a Scapula , que nous loyons indignes « scap.e. 3.
des maux que nous defirons souffrir , ni que nous nous cc
procurions quelque vengeance , nous qui l'attendons «
de Dieu ; mais ce qui npus fait peine , c'est que nous u
sommes assurés que Dieu vengera notre sang fur toutes «
les Villes qui l'ont répandu ». Cè qui fSt bien voir que
l'intrépidité chrétienne n'a rien de rude ni de rebutant,
& qu'elle sçait fort bien s'allier avec la tendresse ôc la
compassion.
XIII. Enfin une chose qui tourne encore bèçn á la
gloire de nos Pères , 8c qui rend leur mémoire en bé
nédiction , est cette fidélité , cet attachement inviolable' Fidélité & atta-
qu'ils conservoienr pour les Princes même payens , quoi- cherpent des an-
qu'ils en fussent si cruellement persécutés : « Nous « ^ fiail" Pour
*. ,. A. r r a \ tl les Empereurs.
pnons , dit toujours notre lçavant Apologiste , pour « aí»1. c 30.
le salut des Empereurs , le seul Dieu véritable , éternel» «
dont les Empereurs fçavenc qu'ils ont reçu l'Empire j «
' G ij
<Doífrine de Tertuìiien , Prêtre.
- » & á la puissance duquel ils font obligés de reconnoître
II. & III." „ qu'ils sont soûmis , lorsqu'ils considèrent qui coutes les
Siécles. » forces de leur Empire ne peuvent rien contre lui seuL
» Qu'ils fassent s'ils veulent l'essai de leur puissance contre
w le. Ciel ; qu'ils tentent s'ils pourront le vaincre & le
» mener en triomphe ; s'ils pourront y envoyer leurs
» armées , & le rendre tributaire comme les Provinces.
»j Si donc l'Empereur est homme , il est néceílàire qu'en
t- 31. n cette qualité il cède à .Dieu Nous prions les
» yeux élevés vers le Ciel , les mains étendues , la tête
» nuë , pour nos persécuteurs ,& nommément
• « pour les Empereurs , les Rois , les Princes , les Puis
ai- » lances. . . . Nous sommes obligés de faire des vœux
c. 35. » pour la conservation de l'Empire. ... En un»mot nous
» respectons l'Empereur , parce que nous sçavons qu'il
a sc*[ui. ci. >j est ctabli de Dieu Un Chrétien, dit-il en„
y» core ailleurs , n'est ennemi de personne j bien loin de
» l'êcre de l'Empereur , qu'il sçait avoir reçu. l'Empire
» de Dieu , il est obligé de l'aimer , de le craindre , de
n le respecter , de prier pour son salut , & pour celui
» de son Empire. Mais nous l'honorons de la manière
» qu'il est permis , & qui lui convient , le regardant cora.
» me un homme établi de Dieu , & qui n'est inférieur
» qu'à Dieu seul. Nous offrons pour lui des sacrifices ,
» mais c'est à notre Dieu , qui est aussi lc sien : Christianus
nullius eft hofiis , nedum imperatoris : que?» feiens a Dco fuo
con/iitui 3 necejse efi ut ipfum diligat , & revereatur , & hono
re t , & falvum velit s cum toto Romano imper io. . .. Coli
mas ergo & imprratorem fie > quomoâo & nobis licet , &
ipfi expedit , ut homincm à Deo fecundum , . . . & solo Dco
minorent. . . . itaque facrificamus pro falute imptratoris , fed
Dco nostro & ipfius. Finissons par ce bel endroit qui mar
que biee clairement & Pétenduë & les bornes de la puis
sance des Princes de la terre.
Doctrine de Tertuìlien t Prêtre. jj

^^m^eV^-g^^-e^^e^^-^A^eY^^ ÏT& 1 1 r.
SECTION III. . Sir clés.

POINTS DE DISCIPLINE.

§. I. Sur le Baptesme.

I. IV T Ous allons rapporter tout de fuite les differens


J_ >J points de Discipline , dont il-eít fait mention dans
les œuvres de .Tertuìlien , & pour commencer par le
Baptême , cet ancien nous fait remarquer i°. que l'on y Dispositions que
difpofoit les Catéchumènes par de fréquentes prières, £on «igeoit des
i • * i a • o i cm i Catéchumènes.
par des jeunes , des génuflexions , oc par la contelhon de lìv. du Bapt.c.io.
leurs péchés : Jngnfjuros baptifmum ,orationibus crebris^je-
juniis j & gcniculationibus , ejr pervigiliis orare oportet , & •
(ttm confc/Jìone omnium retrò delictorttm. Que cette confession,
ait été fecrette „ c'est un autre point très-constant , comme
il paroît évidemment par ce que Tertuìlien ajoute deux
lignes plus bas , parlant en la personne des Catéchuménesj
que nous sommes trop heureux que l'on n'exige point de
nous une confession publique de nos iniquités & de nos
turpitudes : N obis yatulandum est , fi non publicè confite,
ttvr iniquitates aut turpitudines nostras. Au reste , quoi
qu'on exigeât des Catéchumènes cette confession de leurs
péchés , avant de leur donner le Baptême , on ne leur im .
pofoit pas toutefois de pénitence pour les péchés qu'ils
avoient commis dans l'ignorance -, ainsi que Tertuìlien
devenu Montaniste le .reprochoit aux Catholiques : Con- 9" n'imPosoit
tenduntjam ( Pfycbici ) disoit ce Pere parlant des Catholi- ^Iuutt péchés
cjues , nec competere Ethnicis pœnitentiœ denttntiationem , quo- promis dans l"m-
rum delitta obnoxia einon fint , iqriorantia feiliect imputanda , ptdì^'d^'ío'. ' *
quam sala natura ream Dco faciat. Ainsi ces jeûnes , ces
génuflexions , ces veilles , ces prières , 6c cette confession
même que l'on exigeoit des Catéchumènes , n'éteient que
des dispositions pour recevoir avec fruit le Sacrement de
Baptême -t parce que l'on étoit d'ailleurs persuadé que le
Baptême efface tous les péchés que l'on.puille avoir com
mis avant la réception de ce Sacrement.
II. Quant au tems destiné au Baptême , c'étoit celui de . Tc.mus d«stiné/
ii a t\ i r r i ** cclcbracion da
Pâques & de la Pentecôte : Dicm baptiimo folemniorem Baptême, lìv. d»
' Bajjt. c. l9.
54 Doftrinc de Tertullien 3 Prêtre.
Pafcha prastat , .... exmde Pentecostc. Mais il s'agit ici
IL & III. du Baptême folemnel ^ puisque Tertullien ajoûte un peu
Siécles. plus bas, qu'on peut le donner en tout tems , lorsqu'il y a
neceílìté : Cœterum omnis dics Domirii est , ornnis hora o»me
tempus habile baptifmo : Si de folemnitate interefì } de gratià
nihil resert. On pratiquoit du tems de Tertullien les trois
on piongeoìt trois immersions , c'est à-dire , que l'on plongeoit trois fois dans
fois dans l'eau les l'eau ceux que l'on baptiíoit , &: á chaque fois l'on nom-
Catéchumènes.
Cont. írax.c. 16. moit une des personnes de la Sainte Trinité : Nam nec
femel , sed ter , ad finyila nomina , in perfunas finytlas tin-
gimttr.- L'on ne voit nulle part que l'on ait dispensé per
sonne de ces trois immersions , pas même les enfans , ni les
personnes foibles ou infirmes.

§. II. Sua. l' Eucharistie.

On célébroit le Sur {'Eucharistie , /ìotre Auteur nous apprend que


S. Sacrifice avant les Chrétiens s'astèmbloient avant le jour pour célébrer
Je jour, Asel. c. ».
Liv. de lit Couren. ce mystère , comme on peut le voir dans son Apologie
c. }. & dans son Traité de la Couronne. Les Laïcs recevoient
ce Sacrement de la main de ceux qui presidoient aux
assemblées : Nec de aliorttm manu quam precfidentittm sumi-
mus , dit ce Pere dans le second endroit que je viens de
marquer. Or je ne sçai si l'on peut mettre les Diacres au
rarîg de ces présidens. Ce qui pourroit nous faire soup
çonner que ce ri'étoit plus les Diacres qui administroient
pour' lors l'Eucharistie au peuple , comme ils le faiscient
auparavant , selon le témoignage de Saint Justin & des
autres anciens Pères. Nous avons néanmoins de fortes
preuves qu'ils l'ont fait depuis. Ce qu'il y a encore à re
Les Laïcs rece marquer dans Tertullien , est que les Laïcs recevoienc
voient lc Corps rie
Tcsus- Christ dans l'Eucharistie dans la main } & qu'après s'en être commu
leurs mains. De niés dans l'Eglise , ils la portoient dans leurs maisons
l'idol. c, 7. pour s'en communier avant le repas. Nous avons déja
remarqué le premièr de ces deux usages au sujet des
Sculpteurs qui s'oecupoient à faire des idojes, à qui Ter
tullien fait sentir qu'on ne peut voir sans gémissement
qu'une personne touche le Corps du Seigneur des mêmes
niCm1oic"tseCcox- ma,ns dont ^ & ^erC Pour fabriquer ces statues profanes,
racines dans leurs Le second paroît dans ce que Tertullien dit á fa femme ,
fisamrn^' Pour ^a octourner de prendre un mari infidèle , que celui-
Doctrine de Tertullien , Prêtre. 55
ci s'appercevra de ce qu'elle a coutume de prendre avanc TT », ,TT
le repas. Ce qu on ne peut aíiurement entendre de 1 tu-
charistie qu'on recevoit dans l'Eglise , puisque les Payens Siécles.
n'y étoient pas presens au tems de la communion. Au
reste les fidèles se don n oient dans l'Eglise le baiser de Ba'kr de paix
* 1 • 1 i« .1 1 • n dans l'E<>!isc. Liv,
paix âpres la prière publique , excepte les jours de jeune àtUirìtre.t.iÀ
lolemnel.
§. III. Sur la Pénitence.

Sur la Pénitence , il y a trois articles à remarques


dans Tertullien : i°. Qu'on n'accordoit qu'une feule fois
la pénitence publique : « Dieu , dit ce Pere , a placé « Pénitence pu-
dans le vestibule une seconde pénitence , qui n'est accor- « bhcìr* , accordée
, , , r . K n , V 1 r- • une feule fois. Uv.
dee qu une rois parce que celt pour la íeconde rois ; « je u vtniu t% -
mais qui ne doit plus se réitérer ensuite , parce que ce «
feroit en vain «. Ce que l'on a toujours entendu de la pé
nitence publique. z°. Tertullien nous marque les céré- cérémonies de
monies de cette pénitence , en disant que pour porter les U pénitence pu-
fkléles à avoir compassion du coupable , on le faifoit pro- j^JJ?*/^' dt l*
sterner au milieu de l'allcmblée devant les veuves & les 3
Prêtres couvert de cilice & de cendre , défiguré à faire
horreur , prenant tous les fidèles par les habits , baisant
leurs pieds , embrassant leurs genoux : Et tu quidem , c'eít
dans Ion Livre de la pudicité qu'il parle ainsi , fœnitentiam
mœchi 3ad exorandam fraternitatem 3 in Ecclcfìam indueens 3
conciliciatum & concineratum , cum de décore & horrore com-
fofìtum , proyí'émis in médium , ante viduas , anse Preslperos 3
■omnium lacinias invadentem , omnium veflizia lambentem3,
omnium qenua detinentem. II arrivoit quelquefois que
l'Eglise, à lapriere des Martyrs, remettoit ces pénitences L'Eglise accor-
aux pécheurs qui y avoienr été soumis , comme Tertullien j0Ì|*jX]p^j!"£
Montaniste i'en plaint dans son Traité de la Pudicité ; & fa communion 'de
qu'il le suppose ouvertement, en disant dans son exhor- l'Eglise à lapriere
ration aux Martyrs : que ceux qui n'avoient point la paix dfl^Pudk.'e^'.
ecclésiastique , c'est-à-dire , qui étoient séparés de la corn- & d*m rtxbort.
munion des fidèles â cause de quelque crime , qui leur *uxM*rtirs- c- **■
avoit attiré ce châtiment , alloient prier les Martyrs dans
leurs prisons , de les faire rentrer en grâce : Quam pacem
quidam in Ecclejîà non habenîes , À martyribus in carcerc exo~
rart consuevemnt*
56 Doctrine de Tcrtuìlkn , Prêtre.

II. & 111. §. IV. Sur i'Ohoux


Siécles. I. Sur i'Ordre , il est remarquable qu'il y avoir dès le
Plusieurs Eccic. tems de notre Auteur un grand nombre d'Ecclésiastiques
siaíiiqucs demeu- — ^Co{enc demeurés vierges toute leur vie : Quanti &
roicnt vierges cou- i i • i "i" n
u leur vic'sxbort. quanta , dit ce Pere dans son exhortation à la chasteté ,
»Ucbast.c. 13. in etclcfuisticis ordinibus de continent'ià cenfentur , qui Dea
nubere malucrunt. Au moins n'admettoit-on dans le Clergé
que les Monogames , selon le précepte de l'Apôtre, dont
Tertullien fait mention lui-même dans l'endroit où il est
Les Bigames ex- question de cet article. Et il y a eu au rapport de ce Pere
ciusdciorrireEc- quelques Ecclefiastiques de déposés pour avoir eu plus
clefiast. íiv. 1. à J, *, r , m •■ , / . ■ n rt ■ '
ja femme, c 7. d une femme : Inde , dit-il , apud nospicnius atque tnstrutttus
Les mémes dí- prascribitur , unius esse matrimonii oportere , qui ad leytnturin
poKs.Exhort.àU ordinem facerdoialem ; u[que adeo quofdam memini bigamos

Assemblées des II. Les fidèles avoient coutume de s'assembler en cer-


fiddes. Aïd.c.)3. ta;lls jours j pour vaquer à la prière & à la lecture des Li
vres saints. Là fe fai soient des exhortations & des coil
restions j comme nous venons de voir à la sin de la Section
précédente ; 8c fi quelqu'un d'eux avoit commis quelque
péché considérable , on le privoit de la communication
des prières , des assemblées & de tout commerce de pieté.
Mais ce qui est bien à remarquer , c'est qu'il n'y avoit
que les vieillards les plus sages Si les plus éprouvés qui
Quels éroìent présidaient à ces saintes aílemblées , Ôc qu'on n'accor-
ccu< qui y prési- doit alors les charges pastorales qu'au mérite & qu'au
doient. Là même, i _. . t cj •i j • _ * i>
pon témoignage que les ndelcs rendoient a ceux que 1 on •
vouloit y élever , fans le laisser jamais gagner par aucun
autre motif de cupidité : Président probati quique feniorcs ,
honorent ifittm non pretio , fed testimonio adepti : neque enint
pretio , ajoute excellemment ce Pere , ulla res Dci confiât.
III. On prioit tournes à l'Orient , les mains étendues
au Ciel en forme de croix , les yeux baisses Se à voix basie ,
ainsi que nous l'avons marqué plus haut dans le Chapitre
Piîcrcsfoiemnei- de la Prière. II y avoit trois heures du jour destinées aux
les, à Tierce , à prières solemnelles ; sçavoir , Tierce , Sexte & None. On
Scxtc & à None. * . . ^ . ' ~ ■ , ... . A
L.desjeiines.e.io. pnoit auih la nuit, non~ieulement en public , mais meme
Prières de la nuit, en particulier ; & c'étoit une pratique assez usitée de se
tiv i.àsasemme. relever de tems en tems pour vaquer â Poraiíon , comme
c' +' ' on
Dofbrine de Tertullien y Prêtre. j7
on peut le voir dans le second Livre de Tertullien à fa
femme. Le Dimanche étoit chez eux un jour solemnel , & IL & III.
c'éxoit le sabbat des Chrétiens. Siécles.
IV. II nous reste à dire un mot de leurs jeûnes , qu'il célébration du
faut diviser en deux claflès ; les unsétoient d'obligation j anche, lìv.i.
les autres n'étoient que de dévotion.Xes premiers étoient MxGent't'
ceux ausquels tous les fidèles étoient obligés de se soû- «Jn & de dév£
mettre , comme par exemple , ceux qui précedoient la von. lìv. da jeû-
fête de Pâques. Ceux-ci duroient jusqu'au soir , c'est-à-
dire , qu'on ne prenoit sa résection ces jours lâ qu'après le
Soleil couché. Les autres qui n'étoient que de dévotion ,
se pratiquoient tous les Mercredis & les Vendredis de
l'année , à l'exception du tems. Paschal. 11 étoit permis jeûnes ordonnés
aux Evêques d'en ordonner encore d'autres pour les be- P*r lcs Evêques,
foins de í'Eglise ; & les fidèles eux-mêmes s'en imposoient *~meme-c- '3»
en leur particulier. Mais c'étoit un crime de jeûner le Jeûnes de dévo-
Dimanche, ou en tems Paschal : Die dominico , dit notre ^.^ÏVSw.
Auteur , jejunium nefas ducimus .... Eàdem immunitate à '«m-
die Pafcbœ in Pentccoflen ufque vaudemus. Tout ce tems I' twnt defendu
étoit au contraire destiné â la joye. Pour ce qui est de mJch"" o °c "
l'abstinence , il y avoit quelques fidèles qui joignoient au temsi«tschai.£iv,
jeûne la Xerophagie , c'est-à-dire , l'usage des viandes fé- itUCottron-c-i-
ches , s'abstenant non-feulement de la chair & du vin , eLiv' dtsJ3tAlut'
mais auíli des fruits vineux 6c succulents. II y en avoit d"au-
tres qui se réduisoient au pain & à l'eau. Tels étoient les
jeûnes de nos pères , bien dif&rens des nôtres, qui n'en ont
presque conservé que le nom.

SECTION IV.

ERREURS DE TERTULLIEN.

Nfin nous voici arrivez aux erreurs de Tertullien,


t qu'il faut , pour plus grande clarté , séparer en deux
clalles différentes : car il y en a qui lui font communes
avec les Montanistes , dont il eut le malheur d'embrasser
la secte j & il y en a d'autres qui lui font propres & par
ticulières , & qui le rendent hérésiarque lui-même, ayan*
Tome II. H
58 Doéîrine de Tertuìlien 3 Prêtre.
' ...— eu des disciples qui l'ont suivi dans celles-ci. Ces disciples
se nommoient Tertullianistes. Ce n'est qu'avec peine , 6c
Siécles, uniquement pour ne poinc déranger l'ordre que nous nous
sommes proposés de suivre , que nous allons donner ici un
extrait des erreurs de ce Pere 3 6c nous souhaitons que cet
extrait , bien loin de lcandaliser le Lecteur , serve au con
traire à l'édifier ; qu'il tasse quelque impression sur lui , 6c
le porte á craindre sa propre chute , en voyant celle de
ce grand homme , qui paroiílbit auparavant une colomne
de l'Eglise.

CHAPITRE PREMIER.

ERREURS DE TERTULLIEN

Àfontanijle.

I. X"XN seroit peut-être curieux de sçavoir quels ont


V^/été les motifs de la désertion de Tertuìlien. De
toutes les conjectures que l'on a débité là-dessus, je n'en
sçache point de plus vrai semblable que celle de S.Jerôme ,
qui prétend que ce fut l'envie 8c les mauvais traitemens
des Ecclésiastiques de Rome qui précipitèrent cet ancien
dans Phéréfie de Montan. On pourroit encore trouver
une autre raison de sa chute , en sondant le fond de son
naturel j 8c l'on pourroit dire que sa sévérité 8c l'austerité
de sa vie , ont bien pû le porter à embraílèr la secte des
Montanistes , qui étant d'une morale dure 8c sévère , dé
voient naturellement flater notre Auteur , &. l'engager
dans leur parti. Quoiqu'il Gn soit , c'est un point constant
. que Tertuìlien a suivi 6c défendu avec ardeur les rêveries
des Montanistes. Nous en avons premièrement une preuve
Trr ui'ienacru bien forte dans ce qu'il avance en faveur de son Paraclet,
au Far.idct des que ja ;uu\ice avoit été comme cfens son berceau au tems
áu voilé du Vnr- que Ion appelle communément de nature ^ que du tems
«• i- de la Loi 6c des Prophètes elle avoit été comme dans son
enfance , 6c que l'Evangile cn avoit été comme la jeu-
neflè ; mais que fa perfection ne s'étoit rencontrée que
tìans le seul Parader de Montan. Erreur grossière 6c éton*
fDoéírtne de Tertullien a Prêtre. 59
liante dans la bouche d'un homme aussi éclairé que Ter- ——————
tullien , qui l'avoic condamnée lui-même avant son héré- ^
sie , la traitant de blasphème , comme on peut le voir Siécles.
dans son Livre des Prescriptions , chap. 52. Mais la pas
sion l'avoit tellement aveuglé depuis son schisme , qu'il ne Eloges que Ter-
, P ï ' 1 rk » f 1 r tullien donne a ce
craignoit pas de nommer Ion prétendu Paraclet , le cher ^étendu Paraciet.
unique Scie maître de toute vérité , de le qualifier d'en- L desjeûne$.e 10.
- j t r • j De U fuite, c. I 4.
voye de Jesus-Christ , comme une íource vivante de De uìioncg.cn.
doctrine pour toute l'Eglise. Mais je n'aurois voulu pour De ia Rcsurrcc-
réduire en poudre cette extravagance de Tertullien , que «on de la chair,
cette belle réflexion du même Auteur dans le Livre des f3'
Prescriptions : Que toute curiosité & toute recherche nou
velle est inutile après Jésus. Christ & son Evangile ; &
qu'il est égalemeWFÎn croyable , ou que les Apôtres ayent
pu ne pas polleder la plénitude de la doctrine, ou qu'ils
ne Payent pas communiqué à l'Eglise : Nobis cnriofìtate d« vrrstrifthnç
opus non est post Cbristttm jfesum , nec inquifitione soft Evan- c. 8.
qclium Jncredibile est Apostolos , vcl ignorasse c. 17.
■plenitudinem pricdicationis , vel non omnem ordinem reçuLe
omnibus edidijje.
II. Mais ce Pere infortuné étoit devenu tout diffèrent
de lui-même depuis fa chute, tant pour le raisonnement
que, pour la doctrine. II nous en donne un exemple bien
remarquable , quand non-feulement il condamne les se
condes noces , mais qu'il en élevé la prétendue énor.
mité au-dessus des plus grands crimes. II prétend que Tertainhen con
ces secondes noces font de véritables adultères , & que j*™^"/^*
l'Apôtre les défend implicitement, en défendant de pro- UMmtg. c.*.&
mouvoir à PEpifcopat , ceux qui auroient eu deux femmes:
car , c'est dit-il , du commun des fidèles que l'on tire ceux
qui doivent entrer dans le Clergé ; &. ainsi ce qui regarde
le Clergé , s'adreíle généralement à tous les fidèles : mais
quel pitoyable raisonnement , que tous les Laïcs doivent
être auífi parfaits que les Clercs 5 parce que les Clercs font
tirés d'entre les Laïcs ! II parle auísi peu conséquemment,
quand il propose sur le même sujet cette comparaison ,
qui est que les Catholiques étant si condefeendans à
Pinfirmité de la chair en ce qui est du mariage , de-
vroient Pêtre également à Pégard de cette même chair,
en ce qui concerne la confession de Jésus Christ:
H ij
6o Doflrine de Te rtuUicn 3 Prêtre.
~~~ " » Pourquoi donc, ajoûce-t-il, ne l'excuse-t.on jamais lor';.
11.5c III. n qu'oie a cédée à la violence des tourmens. Ec cepen-
Siecles. » dant combien lui est- il moins honteux de succomber
» sous la cruauté du bourreau qui la déchire , que de íe
t. 15. laisser entraîner volontairement à la volupté ». Peut-onr
rien de moins raisonnable que cette comparaison ? Et ne
suffit-il pas de la représenter , pour qu'elle se réfute par
elle-même ?
III. Les Montanistes enscignoient en général , qu'il
n'est pas permis de fuir dans la persécution , 8c c'étoic
même une maxime parmi eux de s'asièmbler alors haute
ment , comme pour insulter aux Payens , au lieu que les
Catholiques ne le faifoient qu'en fccrejL& avec beaucoup
de précaution. Mais Tertullien semblë^lcore enchérir là-
Erreur de Ter- desîus lorsqu'il dit , que tout Chrétien qui prend la fuite
dan^i^p^rsécu- ^ans ^e Pare,Hes conjonctures, ou est assuré de renoncer
tion. lìv. de la Jésus - Christ , ou en est feulement dans rincertitude
futé. c. 5. a^ir(; çjg. iç renoncer , dit cet Auteur , il Ta déja,
renoncé -, s'il en est dans le doute , il doit plutôt s'assurer
de le confesser que non pas de le renoncer dans les
r. 6. tourmens. On lui objectoit le commandement de Jésus-
Christ , qui- nous oblige de fuir d'une ville dans une
autre ^ mais ce précapte , íelon. lui , ne regarde que les
Apôtres 5 comme si le Sauveur eût exigé plus de fermeté
des simples fidèles que de leurs Pasteurs. « Après tout , .
93 die - il encore , est-ce une chose si misérable que de
» mourir ? Que l'on meure de quelque manière que ce
» puilîe être , ou vaincus , ou victorieux. Car quand il ar-
» riveroit que l'on tombât en renonçant Jesus-Christ ,
» on auroit au moins la gloire de n'être tombé qu'en
» combattant. J'aime mieux que l'on se rende digne de
j> miséricorde, que non pas qu'on se couvre de confusion
» 8c de honte. II est plus glorieux à un soldat de tomber
» mort dans le combat , que de se sauver par la fuite.
Lucifer eut-il pouíîé plus loin la présomption ?
IV. Si Tertullien étoit ft rigide à l'égard de ceux qui
évitoient par la fuite les occasions de tomber dans des
tems de persécution , il n'est pas étonnant- qu'il ait com
damné ceux qui donnoient de l'argent aux persécuteurs
jrour se délivrer de leurs, mains quoiqu'ils le fisient fans.
Doflrine de Tertullien 3 Prêtre, 61
donner lieu de croire qu'ils euííènt renoncé la foi. Cette ôcTTT
, pratique néanmoins a toujours été regardée dans l'Eglise
comme fort innocente. On peut même dire qu'elle étoit Siécles.
louable èc chrétienne^puifque par-là on s'appauvriíToit vo*
lontairement pour sauver son ame y & qu'on préferoit
Jesus-Christ aux richesses. Néanmoins elle échauffa,
extraordinairement le zélé amer de notre Rigoriste , qui •
ne pouvoic souffrir , disoit-il , que des personnes rachetées Tertullien con-
par le* Sang de Jesus-Christ y se délivrassent d'une mort dônnoientde iT"
passagère à prix d'argent. II reconnoît toutefois qu'il y g=»t pour sc ra-
avoit des Eglises entières de son tems qui contribuoient ^;tcr dcAa p"Cé'
en commun , pour arrêter la violence de la períecution. *. n.ái3»
Mais plus attaché à son sens particulier , que touché de
l'autorité , il se raille de cette charité commune des fidè
les ,. en disant par ironie, que c'étoit là sans doute la for
me de gouvernement que les Apôtres avoient établie pour
les Evêques , afin qu'ils pussent se maintenir en toute assu
rance dans leur Royaume , fous le beau prétexte d'étendre
celui de Jesus-Christ.
V. Mais ce qui me paroît avoir choqué davantage
l'humeur austère de Tertullien y c'est l'i.ndulgence de l'E
glise à l'égard des penicens convertis. Si on l'en- croit ,
l'homicide , l'idolâtrie , le larcin , le. renoncement de
Jesus-Christ , le blasphème , la fornication , l'adultére
& d'autres crimes de cette nature r font absolument irré
missibles en ce monde. Ce n'est point qu'il n'exhortât ceux Erreur de- Ter-
qui les avoient commis à embrasser la pénitence 5 mais il toir"^!"!^
ne permettoit d'en eíperer le pardon que de Dieu feul^ l'Eglise. Uv. de u
& nioit opiniâtrement que l'Eglise eût le pouvoir de l'ac ^^ *v *8'
copder. En vain lui representoit-on que Saint Paul après
avoir excommunié Pincestueux de Corinthe, avoit ensuite
usé d'indulgence à son égard. II répond i °. que cet homme
n'étoit pas le même que l'Apôtre traita, depuis avec in
dulgence. i°. Que quand les Apôtres en auroient agi de
k. forte à l'égard de certains pécheurs , cela ne dévoie
point être tiré à conséquence pour la discipline de l'E
glise , puisqu'ils ne l'auroient fait que par une puiílance
«jui leur étoit particulière. Mais Tertullien Catholique est.
bien plus croyable , quand il dit dans ion Traité de la Pe- uv. de u p*.-*-
mtenec , qu'il ne faut point s'abattre lorsque l'on tombe Unte' *
éi Dofirme de Tertuílien } Prêtre.
Ts dans la nécessité de recourir á ce remède ; qu'il faut avoir
11. oc lll. hontç de pécher, mais non de se repentir 5 qu'il ne faut
Siécles, pas craindre de recourir au remède pour recouvrer la
santé ; que Dieu ne menaceroit pas les impénitens , s'il
ri'étoit résolu de pardonner aux pénitens. Et plus haut j
e- que Dieu accorde à la pénitence des pécheurs la rémission
de tous les péchés qu'ils peuvent avoir commis , quels
qu'ils soient.
VI. Voilà quelles étoient les principales erreurs dé Ter
tuílien Montaniste , qui en prit occasion de faire éclater
son animosité contre les Catholiques d'une manière très-
invcaivcs&ca- odieuíe. On ne peut lire íans horreur , les invectives 8c
lu'ìïcn cmuríîcs les calomnies de cet Auteur contre l'Eglise. 11 traite les
Catholiques, lìv. Catholiques en plusieurs endroits de Psychiques , c'est à-
tuneà>>tS à dire > de gens grossiers & charnels. II les accuse fausse
ment de le livrer à la bonne chere 8c à l'impureté dans
leurs Agapes j d'engager les Confesseurs détenus dans les
prisons , à boire 8c à manger avec excès. II représente les
prisons des saints Martyrs , comme des lieux de dissolu
tion , où l'on regorgeoit de délices , au lieu de s'exercer
á vaincre les tour mens par la mortification de la chair ;
6c il parle à cette occasion d'un Martyr , qui , à ce qu'il
Liv.desj.-wies. raconte , s'etant- abandonné à cette vie sensuelle , sentit à
c. m peine , comme un chatouillement fort leger , le déchire
ment des ongles de fer j 8c qui étant interrogé touchant
le Dieu qu'il adorort , ne put jamais y répondre. Mais
il faudroit pour garants de pareilles choses des personnes
moins passionnées que Tertuílien ; 6c l'on sçait asiez qu'il
n'épargne rien , 8c que tout lui est bon , quand il s'agit de
décrier ceux qui ne pensoient pas comme lui. Passons main
tenant aux erreurs qui lui sont particulières , 8c qui ont
comblé devant Dieu la mesure de son iniquité , en le ren
dant hérésiarque.


Doéîrine de Tertullien 3 Prêtre. fy

II. & III.


CHAPITRE II. . Siécles.

ERREURS PROPRES ET PARTICULIERES

a Tertullien.

I. y*"*^ E Chapitre nous meneroit un peu trop loin , si


\^ nous nous y proposions d'y rapporter généralement
toutes les erreurs particulières de Tertullien , &. toutes
les expressions dures qu'il a pû employer dans ses diffe-
rens ouvrages. Mais comme on trouve tout cela fort bien
détaillé dans Pamelius & M. Rigaut, sanscompterM.de
Tillemont., M. Dupin & le Pere Cellier , qui nous en
donnent des extraits fidèles > nous nous bornerons
aux erreurs de ce Pere les plus considérables , qui termi
neront notre travail fur Tertullien. II faut mettre de ce
nombre en premier lieu ce qu'il enseigne fur le íujet de
la Sainte Vierge , qu'elle avoit cessée d'être Vierge par
son enfantement , avouant néanmoins qu'elle avoit tou
jours conservé sa virginité jusques-là , parce qu'elle avoit
conçu íans aucun commerce viril. D'où vient qu'il dit
que Marie est Vierge & qu'elle ne Test pas : Virgo & non Erreur de Ter.
virgo. Vierge en tant qu'elle n'a point connu d'homme 5 "''j"^ Marie*"
8c non Vierge par rapport à son accouchement : Virgo ^v.iti*th»iri*
quantum à viro , ejr non virgo quantum à partu. Qu'elle a W**-^"^- ^*3«
conçu comme Vierge , mais qu'elle est devenue -mariée
dans son enfantement , ayant enfantée à la manière des
antres femmes. Et fi virgo concepit , in partu suo nupfit 3
ipfà paiefuíii corporis lege. M. de Tillemont dit encore ,
(a) qu'il ne fçait si l'on peut donner un bon sens â cette
autre expression de Tertullien : que la Vierge ne devoir
être mariée qu'une feule fois après son enfantement : Se-
mel nuptura post partum. Mais Dom Ceillier a fort bien re
marqué (b) qu'il ne faut pas prendre ces paroles à la ri
gueur , puisqu'immédiatement après Tertullien ajoute que
, : . %
(*> Tome troríiímc de l'Histoire Ecclésiastique, J>.. in. £ 115,
(b) Tome second , £. -5 1 u ■
64 Dcfirine deTertulîien, Prêtrt.
' TTr la Vierge n'avoit été mariée qu'une fois , la nommant Uni.
Iï. IIT, & • r • ' r r • -t r t.
virant ; ce qui ne leroit point vrai , íi outre Saint Joieph
Sa EiCL e s. qu'elle épouía avant son enfantement, elle en eûc pris un
autre après. U faut avouer toutefois que S. Jérôme a aban
donné TertuHien sor ce point , & qu'Helvide lui objec
tant qu'il ne faisoit que soivre le sentiment de Tertullien
sor cet article , il se contenta de répondre , (a) qu'on «e peut
s'autoriser d'un homme qui avoit écrit hors de l 'Eglise :
Tertulliamm , dit ce saint Docteur , in testimonium vocat
f MelvJdius ì ) & de Tertulliano quidem nihil amplius dico ,
' quàm Ecclefìa hominem non fuisse. Mais il me semble qu'on
peut fort bien ajouter à cette réponse de Saint Jérôme la
réflexion du Pere Ceillier, qui me paroît très-fondée dans
le texte de Tertullien. Et en effet est-il croyable que cet an
cien Pere eût apporté dans son Livre de la Monogamie un
exemple aussi fort que celui de la Vierge contre le senti
ment qu'il y soutient avec tant d'ardeur? Cet exemple seul
n'eût M pas sofE pour détruire toutes les raisons qu'il peut
alléguer contre Jes secondes noces ? II est vrai qu'il estaíïèz
ordinaire à Tertullien' de se couper dans les ouvrages
qu'il a faits étant hérétique , tel qu'est celui de la Mono
gamie j mais on a peine à comprendre encore une fois qu'il
ait pû parler d'une objection si forte contre son opinion ,
íans tenter au moins de Ja réfuter. Or aíîûrément il «e
réfute pas ce qu'il avance ici 5 il faut donc l'entendre ,
comme on vient de le dire après le Pere Ceillier.
II. Nous avons tâché ailleurs d'expliquer bénignement
cette expression extrêmement dure de Tertullien , que
Erreurs deTer- Pame est un corps de son espece. Mais on ne peut l'excuíer
Îu'ÌwÌ" \cJf]jl sur psosieurs rêveries qu'il avance encore au sujet de l'ame ;
l'ame. c. 9. comme par exemple , qu'elle a un sexe , qu'elleestpardle-
même mâle ou femelle j qu'elle a toutes ses trois dimen
sions , la longueur, la largeur , la profondeur } qu'ellea la
forme & la figure du corps humain ; qu'elle est palpable ,
transparente & de la couleur de Pair s ce qu'il y a de plus
S- 301- étonnant , dit là-dessus l'Auteur de la vie de cet ancien ,
est qu'un esprit aussi élevé que le sien , pût appuyer uae

(«) Saint Jérôme contre Helvide , 141. du.quatrième Tome de la nouvelle


Edition.
rêverie
Doctrine de Tertullien > Prêtre. tjjv

rêverie de cecte nature sur des visions de femmes aus- ~~


quelles ilajoûtoit foi , comme à des révélations du Saint ^*
Esprit « Un jour , dit Tertullien , nous avions fait « Siécles:
un discours fur la nature de Pame , lorsqu'une sœur , «
favorisée du don des révélations , étoit dans son raviíle- «
ment j & après la célébration de nos mystères , le peuple «
étant congédié , qui est le tems où elle a coutume de «
nous raconter ce qu'elle a víì , afin que nous Pexami- «
nions avec foin , 6c en jugions -} elle nous dit que l'ame lui «
avoit été montrée corporellement fous une figure hu- «
maine, palpable, 6c néanmoins transparente ». C'estainsi ,
continue l'Auteur de la vie de ce Pere , que Tertullien
triomphe sur cette vision , comme sur une preuve très-
assûrée de son sentiment touchant la nature de l'ame , 8c
ne craint point d'en prendre à témoin Dieu même. Mais
il est également surprenant , 8c qu'un si grand homme ait
pû donner dans de pareilles rêveries , 6c qu'il ait osé s'ap
puyer des visions de quelques femmes, que l'eípríc d'illu
sion tranfportoit 6c ravisloit hors jd'elles-mêmes.
III. Une autre erreur bien considérable dans Tertul
lien , c'est d'avoir enseigné que PEglise peut se trouver en
deux ou trois personnes laïques : Ubi tres», Ecclejìa est , ^ctCçT Í-eTt"
licet laïci. Proposition affreuse 6c susceptible des confé- "J^," uVbl-
quences les plus pernicieuses pour l'Eglife. Je passe fous fittí.t.j,
silence d'autres erreurs qu'il a encore soutenues , comme
lui étant communes avec d'autres Anciens j par exemple >
qu'il faut en général rebaptiser les hérétiques ; quoi qu'à
vrai dire ce ne fut pas-là un point qui pût le faire con- '
damner de son tems. Mettons encore de ce nombre l'o-
pinion des millénaires, 6c la description qu'il nous fait du
Paradis dans son Apologie chap. 47. où il le représente
comme un lieu d'une beauté divine , séparé de la connois
sance de notre monde par la zone de feu , comme par une
muraille. A quoi il faut encore ajouter ce qu'il enseigne
touchant les Anges déserteurs , qu'ils ont eu des commer
ces infâmes avec les filles des hommes. Telles sont les er
reurs les plus considérables de Tertullien.

Tome IJ. I ì
-

DOCTRINE

D E

MINUTIUS FELIX-

REMARQUES PRÉLIMINAIRES.

III. Siécle. I. T E Dialogue que nous avons de Minutius Félix


f ^est une preuve bien autentique de l'éloquence 8c
de l'érudition de cet ancien en madères profanes. II suffic
de lire cet ouvrage , pour juger du mérite de son Auteur.
La pureté du style , la beauté des expressions , la déli
catesse des pensées , la vivacité , la force & la subtilité
des raisonnemens j tout cela joint à ces descriptions agréa
bles , á ces figures nobles & hardies , que l'on y découvre
de tems en tems , nous fait regarder Minutius Félix ,
comme l'une des plus belles plumes de l'antiquité. Aussi
Lactance lui-même lui rend-t-il ce témoignage avantageux j
que l'ouvrage qui nous est resté de lui , montre combien
il étoit capable de soutenir la vérké par sa plume s'il íe fùt
donné tout entier à ce genre d'étude [a) : Hujus liber 3 cui
Ocíavius titulus est , déclarât , quant idoneus veritatis ajser-
tor esse fotuijset , (ìse totum ad id fludium contulijjet.
. II. Minutius étoit Avocat , selon que nous rappre
nons du même Auteur au même endroit : Minutius Fé
lix , non tyiobilis inter caufidicos loci fuit. Ce que S. Jérôme
nous assure aussi en termes formels dans son Epître à
Ma^nus. Et cette profession l'aura empêche de s'adonner
parfaitement à l'étude de la théologie chrétienne. L'on
remarque en effet dans son Dialogue , qu'il étoit moins
. instruit des dogmes de la Religion , que des belles Lettres

(«) Liv. f. des Instit. t. i,


Doctrine de Minuûus Félix. 6j
&. de Fhistoire profane , qu'il paroît avoir possédé dans un •
haut degré. Nous ne laisserons pas toutefois' de tirer de ce ^* Siécle.
Dialogue tout ce qu'il peut y avoir d'intereíîant en matiè
res théologiques , tant pour l'antiquité vénérable de ion"
Auteur , qu'à cause de la grande réputation qu'il s'est
acquise parmi les Ecrivains Ecclésiastiques.

*i» -i* -i^ . *A* *A* »A* . *A* *vA* "Au

POINTS DOGMATIQUES.

I. N ne peut rien en premier lieu de plus instructif,


\^/que ce qu'il enseigne touchant la divinité. Qu'il Preuves dei'E-
existe un Dieu qui a fait le monde & qui le gouverne , S« de k?c!nsi-
c'est une vérité dont il est aisé de se convaincre , quand dération des cho-
on regarde le Ciel , qu'on en considère Fétenduë & le naturcIles-
mouvement, qu on examine la viciíutude continuelle di Rig*ut. parmi
du jour 6í de la nuit , Tordre des faisons qui n'est jamais ' Oeuvres défunt
altéré , le flux & le reflux de la mer , les sources qui cou- Cyírien'

lent continuellement & arrosent la terre, cette terre elle-


même si bien partagée en plaines, en vallons &en mon- <
tagnes 5 la diversité des animaux , 6c fur-tout la forme
de l'homme , dont tous les membres , ou lui font né
cessaires , ou lui servent d'ornemens : Nihil in homme
membrorum est , quod non & necejjìtaûs causa fît , & decoris.
Mais ce qu'il y a 'de plus étonnant , ajoute ce fçavant
Auteur , c'est que malgré la ressemblance de figure qui se
trouve dans les hommes , chaque particulier a ses traits,
ses linéamens qui le distinguent ; de façon que nous som.
mes tous & semblables & dissemblables.
II. S'il est aiíé à l'homme de se persuader de l'existence
de Dieu , il ne le lui est pas moins de parvenir à la con-
noissance de Tunité de cet être suprême : &il suffit pour Preuvesdei u-
cela de jetter un coup d'oeil íur ce qui se pafle dans le nuedcDleu^,^^
monde : u car enfin a-t-on jamais vû deux Princes gou- «
verner long-tems un même Empire ? Tout le monde «
íçait quelle fut la dissension de deux frères pour un «
petit royaume de Pasteurs &. des cabanes de Bergers. «
11 veut parler ici de Remusòc de Romulus. Les guerres «
de César &, de Pompée se sont fait sentir par toute la «
68 Doctrine de Minutius Félix.
' » terre , & ce vaste Empire n'a pû souffrir long-tems Te
III. Siécle. „ beau-pere 6c le gendre. II n'y a non plus qu'un roi pour
» les abeilles , qu'un pasteur pour chaque troupeau j corn.
» ment donc s'imaginer qu'il y ait plus d'un maître dans
»> le Ciel ? Rex unus apibus } dux unus in qreybus .... /* in
» cœlo fummam potestatem dividi credas !
Autres perfec- » 111. N'est-il pas évident , continue PAuteur , que
tious divines^. i4. „ Dicu } ie Créateur de lTJnívcrs , n'a ni sin , ni commen-
» cernent j que c'est lui qui donne l'être à toutes choses,
» comme il le donne à lui-même l'cternité. Avant que le
« monde fut , il se servoit du monde ; c'est-à-dire , qu'il
» étoit lui-même son occupation 6c sa gloire. 11 a fait touc
• ■ » par sa seule parole -, il en dispose par sa sagesse , & il
» le perfectionne par sa puissance. II ne peut être apperçii
» des yeux de Phomme , 6c fa clarté est bien au-dessus de
» la vûc humaine. II est incompréhensible , inestimable";
» il ne peut être apperçû des sens ; il est infini , immense ,
» & n'est véritablement connu tel qu'il est que de lui seul :
»? Et soli fìbi j tantus , quantus est , notas. La connoissance
» que nous avons de cet être suprême est tres-bornee ; &
» nous ne pensons dignement de lui , qu'en le croyant •
» inestimable. C'est diminuer fa grandeur souveraine, que
« de s'imaginer qu'on peut la connoître ; 5c quiconque
» veut éviter cet inconvénient , avouera ingénument ion
»j ignorance fur ce point : ne lui cherchez pas de nom ; H
» n'en a point d'autre que celui de Dieu : Ncc nomen Deo
r> quaras rDeus nomen est. II faut des noms differens pour
» distinguer chaque particulier dans la multitude 5 mais
n le nom de Dieu suffit pleinement pour celui qui est Dieu?
» lui seul : Deo , quifolus est , Dei vocabulum totum est.
» IV. Si je l'appelle Pere , s'est toujours Minutius qui
«parle, vous le concevrez aulîì-tòt semblable aux hom-
» mes ; & il en arrivera de même íî je lui donne le nom
» de Roi ou de Seigneur j mais ôtez tout ce que ces noms
» ont de terrestre & de charnel , 6c vous découvrirez pour
» lors fa clarté: Aufer addilamenta nominum, & perfpicies ejus
» claritatem ». Telle est l'idée que cet ancien nous donne
de la Divinité. Elle est très-conforme à celle que nous en
donnent les Pères qui vivoient avant lui ; 6c nous devons
inférer de-là , ainsi que nous l'avons déja remarqué ailleurs^
DoÛrine de M'inuùus Félix. 69
que la connoissance que l'homme a de Dieu ici bas , est • ■
plus négative que positive , pour parler le langage de l'E- Siécle.
cole 5 c'est-à-dire , que nous le connoissons mieux en pen
sant â ce qu'il n'est pas , qu'en pensant à ce qu'il est 5 &
que nous ne jugeons dignement de fa nature , qu'en la
croyant inestimable : Sic eum diynè œfiimamus , c'est l'ex-
preífion de notre Auteur ,' dum inaftimabilcm dicimus. Preu
ve tout à la fois , &c de la grandeur infinie de Dieu , & de 4a
foibleíîe de l'csprit humain.
V. Mais malgré cette gloire inaccessible de la Majesté
Divine , il faut convenir de bonne foi que l'on ne pe'ut
ignorer le vrai Dieu , íans renoncer aux premières étin- Onnepeutigno-
celles du sens. commun. Nous avons là-dessus le consente- ^" 1CU'Í' 1
ment unanime de PUnivers entier : Omnium de ifio babco
confenfum. Quand on tend les mains au Ciel , on ne nom
me que Dieu.; on dit que Dieu est grand ; que Dieu est
véritable : on dit encore , s'il plaît à Dieu j St tout cela
n'est pas tant la confession d'un Chrétien , que la voix
de la nature : Vulgi iste naturalis fermo est } an Chriftiani
ccmfitentis oratio ì Les Philosophes Payens ne nous onc
annoncé que ce seul Dieu , qu'ils reconnoissent pour le
Pcre des Dieux Si des hommes • & quoiqu'ils se fervent
de noms differens pour le désigner , il est vrai toutefois
qu'ils n'entendent tous que le seul vrai Dieu. Voyez là.
dessus Minutius Félix , qui discute -doctement cette ma
tière , pag. 1 f . & i6>.
VI. Ce vrai Dieu , quelque élevé qu'il soit au-dessus
des mortels , se rend néanmoins présent à eux par ses prcscnce&pro-
çeuvres. « Le Dieu que nous adorons , dit notre pieux « vidc^ce ^ Dieu,
Orateur , nous ne pouvons ni le voir , ni le montrer -} « l?* -
mais c'est par-là même que nous le reconnoissons pour «
vrai Dieu. D'ailleurs il nous fait sentir fa puissance dans «
íes opérations &c dans tous les mouvemens d'ici bas : «
nous la sentons lorsqu'il tonne y qu'il fait des éclairs 5 «
nous la sentons dans la tempête ôí le beau tems «
Dieu n'est pas seulement auprès de nous ; il eít même «
dans nous : Non tantum nobis proximus , fed infufus cfi..,. «
Rien ne lui est caché , pas même nos pensées les plus «,
fêcrettes : A tjuo nullum potest effit fecretum. . . . intereft co~ «
ptationibus noflris. Nous ne vivons pas feulement fous «•
7o Dostrine de Minutius Félix.
m lui , mais avec lui , si l'on peut user de cette expression :
III. Siécle. » Non tantum fub Mo agimus , fed & cuw Mo , ut frose dixe-
» rim , vivimus. Tout Te monde n'est â l'égard de Dieu ,
n que comme une seule maison. Les Princes de la terre
>' ne connoiíîent ce qui se paíle dans leurs Etats , que par
» les yeux de leurs ministres : mais Dieu n'a aucun be-
>j foin de ces secours : Deo indtciis opus /.on est. Enfin nous
«•sommes non-feulement íbus ses yeux , mais dans ion sein :
Non folum in oculis ejus , fed & in fnu vivimus. O présence
intime 1 Peut-on en être persuadé , & ne pas vivre en
Chrétien ?
VII. Quoique nous n'ayons rien de bien précis dans
Divinité de JesurC Minutius Félix touchant la divinité de Jesus-Christ ,
Christ, p. 14. dont il ne parle presque point dans son Dialogue ; voici
néanmoins un pallage qui pourroit servir á justifier l'or-
todoxie de cet Ancien sur cet important article : « Vous
» vous trompez bien fort , dit-il parlant aux Payens , de
» vous imaginer , ou qu'un criminel ait mérité d'être re-
» gardé comme Dieu , ou qu'un pur mortel ait pû fe don-
» ner pour tel. En vérité il faudrqit être bien misérable,
» pour mettre toute son espérance dans un homme com-
» me les autres sujets à la mort » : Zongè de vicinià verU
tatis errâtis , qui putatis Deum credi , atit meruiffe noxium ,
aut potuijse terrenum. Nœ ille miserabiiis , cujus in homine
mortali Jpes omnis innititur. Où l'on voit que Minutius
nous donne Jesus-Christ pour vrai Dieu , & qu'il le
distingue du reste des hommes , dont toute la puissance
s'éteint avec leur vie.
VIII. II est remarquable que cet Ancien dit un pei»
Difficultés tou plus bas, qu'on n'adoroit point les Croix parmi les Chré
chant le culte de la
Croix./». 14. tiens de son tems : Cruces etiam nec colïmus. Et ensuite ,
Et touchant les qu'ils n'avoient ni Temples, ni Autels, ni simulacres. Ce
Eglises ■ les Autels qui pourroit faire croire à quelques personnes peu versees
&:les Images.f.16. dans l'antiquité , que le culte de la Croix , & Pufage des
Eglises , des Autels ôc des Images ne font point fondés
dans la pratique des premiers siécles.
IX. Mais quant au premier article , notre Auteur ne
s'exprime ainsi que dans le sens des Payens , qui repro-
Piponseàlaprc- choient aux fidclcs d'adorer ceux qui mouroient fur la
mieie difficulté. Croix , aussi -bien que les Croix elles-mêmes. C'est
Doctrine de Minutius Félix. 71
Origenes qui nous rend témoignage de ce reproche de la
nart des infidèles dans son ouvrage contre Celse , Livre III. Siécle.
íecond , pag. 87. en ces termes : « Ces gens , dit-il par- «
lant des Payens , lisant que Jesus-Christ est. mort sur «
la Croix , insèrent de-là que nous adorons tous ceux qui «
souffrent ce supplice» : Qui legentes crucijìxijesu bistorïam ,
colliqunt inde nos venerationem exhibere in crucem aítis om
nibus. Au reste les Payens n'eussent point probablement
accusé les Chrétiens du tems de Minutius , d'adorer les
Croix , & ceux que l?on y supplicioit , fi ceux-ci n'euíîent
rendu dans leurs Eglises ou leurs maisons , quelque respect
à la figure de la Croix , par rapport au Sauveur qui en a
bien voulu subir le supplice.
X. Quant â l'autre, difficulté qui concerne les Eglises, Réponse à la se
conde difficulté.
les Autels & les Images ; nous avons pû remarquer dans
Tertullien, qui vivoit encore du tems de Minutius Félix,
qu'il y avoit parmi les Chrétiens des Eglises & des Autels
íur lesquels on offroit des sacrifices au Seigneur. Mais ,
comme i'a fort bien remarqué le R. P. Dom Ceillier fur
l'endroit en question (a) , ces lieux reíîembloient plutôt à
des Ecoles , qu'à des Temples , tels que ceux des Payens ,
qui n'étoient jamais fans Idoles de relief, ni fans Autels
propres á y brûler ées victimes. Et ce qui prouve invin
ciblement , que ce n'est que de ces sortes de Temples pu
blics que Minutius víut nous parler ici , èc non pas de
certains lieux où les fidèles avoient coutume de s'aíîèm-
bler , c'est le reproche que l'on fait aux Chrétiens dans le
même Dialogue , de s'aílèmbler aux jours folemnels ,
hommes & femmes avec toutes leurs familles : y}d epulas ,
dit Cécile au nom des Payens , dont il défend la Reli Dialogue, p. 8.
gion , folemni die co 'èunt cnm omnibus hberis , fororibus ,
matribus , fexùs omnis hommes & omnis œtatis. Ce que Mi
nutius ne nie point , se contentant seulement de faire
voir , quelle écoit la pureté & la sainteté de ces'assemblées
chrétiennes. D'où il fuie qu'il se faisoit de ces aíTemblées
de son tems , & qu'il y avoit par conséquent des Eglises ,
comme celles que nous venons de dire.
XI. Pour ce qui est des Images en particulier , quoi-

{*) Tome i. {ng. 1)1.


ji Doctrine de Minutius Félix.
que Minutius semble assurer qu'il n'y en avoic point chez
Iil. Siécle.
les fidèles : il est à remarquer néanmoins que Cécile ne
dit pas absolument qu'il ne s'en trouvât pas chez eux ,
mais seulement qu'on' n'en voyoit pas de connues : Cur
m. nullas aras habent Cbriftiani , dit cet infidèle dans la page
que nous venons de citer , templa nulla , nulla nota simula,
^cra ì En quoi il paroît supposer que les fidèles avoient
quelques sortes d'images inconnues aux Payens , telle
que pouvoit être , par exemple , celle du bon Pasteur ,
dont nous parle Tertullien. D'ailleurs faisons attention
qu'il s'agit ici d'un tems de persécution , où il n'etoit pas
libre aux Chrétiens , d'avoir ni Temples , ni Autels pu
blics & ornés , comme nous les avons aujourd'hui j & où
l'on se bornoit bien souvent à un culte tout intérieur,
dans la crainte de se faire découvrir des persécuteurs de la
Religion.
Touchant les XII. Sur le sujet des démons , l'Auteur nous enseigne
Dînions & leurs i°. que ces malins esprits , après avoir perdu par leur
maléfices. j>. 11.
faute les grands avantages de leur nature céleste , &c s'ê
tre plongé dans les vices , s'efforcent d'entraîner les hom
mes dans leur malheur , & de les éloigner de Dieu dont
ils se sont séparés eux-mêmes par leur apostasie. 20. Que
ce sont eux qui opèrent ce que les Magiciens font d'é
tonnant : Quidquid miraculi ludunt ( masi , ) per damonas
faciunt. Que ces esprits impurs donnent PefKcace à leurs
enchantemens 5 qu'ils fascinent les yeux , de façon que
l'on croit voir ce que l'on ne voit pas , & ne pas voir ce
que l'on voit effectivement. 30. Qu'ils inspirent les faux
Prophètes & les devins du Paganisme ^ qu'ils habitent
dans les Temples des faux Dieux 5 qu'ils se glissent dans
les statues Sc les images qui leur font consacres ; qu'ils se
donnent pour des Dieux eux-mêmes ; qu'ils remuent les
entrailles des victimes , gouvernent le vol des oiseaux .
président atix sorts & rendent des oracles mêlés de plu
sieurs mensonges : « Car , ajoûte-t-il , ils se trompent eux.
» mêmes St les autres j où ils ignorent la vérité ; où ils ne
» ia confessent pas quand ils la connoissent. 40. Ils trou-
v blent la vie des hommes ; ils les tourmentent tous en
» différentes manières 5 ils leur procurent des convulsions
» 6c des maladies apparentes , ét ils font semblant de les
» guérir
Doctrine de Mìnutìus Félix.
73
guérir ., afin qu'on leur offre des victimes , & qu'ils íe ct
repaissent de la furnée des sacrifices ». C'est à l'instigation III. Siécle.
de ces malins esprits , que certaines personnes , saisies de
fureur , courent les rués , &: font les contorsions les plus
indécentes ; ce font eux qui ont apparu autrefois fous dif
férentes formes : mais ils font contraints d'avouer qu'ils
ne font que des démons dans les exorcifmes que l'on fait
contr'eux au nom du seul & vrai Dieu ; ils ne peuvent nier
même devant les Payens , ce qui fait le sujet de leur con
fusion ; ôc cédant à la force des prières &. des paroles que
les Chrétiens profèrent contr'eux 3 ils -se trouvent obligés/
de quitter promptement les corps qu'ils possèdent.
XIII. L'homme , selon la Doctrine de notre Auteur, Narurc 8c avan:
tages de l'homme,
eft véritablement l'image de Dieu. Dei homo ip/è fimu.
f. 16. 2.7. & 1$.
lacrum. II est libre de sa nature : Mens ( hominis ) libéra
ejl. Son ame est immortelle ; &: son corps , après avoir été
réduit en poussière , ressuscitera. Minutius insistant lùr ce
dernier article , montre que Dieu est assez puissant , pour Résurrection de*
rétablir ce qu'il a créé de rien. Car enfin il est plus diffi mores, p. 28.
cile de concevoir , que ce qui n'étoit point , ait commencé
d'être , que de concevoir le renouvellement de ce qui a
une fois existé. « Quoi vous imaginez- vous , ajoute l'Au- «
teur , qu'une chose périsse devant Dieu , dès-là qu'elle «
est soustraite à nos yeux ? Tu perire & Deo credïs , /£«
quii oculis nostris fubtrahitur ì Que nos corps soient ré- et
duits en poudre , en eau , ou en fumée -, ils nous pa- «
roîtront périr , mais ils subsistent toujours à l'égard de «
Dieu , qui veille à la garde de ses créatures. Nous n'ap- «
préhendons rien pour nos corps après la mort -, & «
nous les mettons en terre suivant une ancienne & loua- «
ble coutume. »
XIV. Puis après quelques exemples naturels qui prou
vent la possibilité de la résurrection , il enseigne qu'il y
a bien des gens qui aimeroient beaucoup mieux être
anéantis après-leur mort , que de ressusciter, dans la crainte
de souffrir les supplices que leur mauvaise conscience
leur fait appréhender. Il ajoûte que ces supplices font ex Supplices de l'Ea-
cessifs & fans fin j que le feu de l'enfer , bien loin de con fer.p. 28.
sumer , nourrit ôc entretient les corps qu'il embrase : Illìc
tens iytis membra urit & reficit , carfit & nutrït. Qu'il
Tome II, ■ K
74 Doflrìnc de Mìnuûus Félix".
• ~ faut être absolument profane pour douter que ceuxmêmes*
III. biECLE. • Vjvenc dansl'ignorance du vrai Dieli , ne doivent être

tourmentés de cette manière : puisque ce n'est pas une


ignorance de moindre iniquité d'ignorer le Pere &. le Seigneur del'U-
Dieu , punie cans . j t» rc r » n • <
Vf.aserí ibU. nivers , que de 1 oftenler âpres lavoir connu : Cum pa-
rentem omnium ej* omnium Dominum non minoris fceleris fit

que I on peut ìgi


ble & excusable.
XV.. Le dernier endroit intéressant que j'ai vu tou
chant le dogme dans Minutius Félix , concerne la fin
Tin du monde du monde , qui doit se faire par le feu. C'est , dit il , une
S'i». ™* f 17 erreur grossière de douter tant soit peu , ou que Dieu ait
des feux en réserve pour Pembrasement de l'Únivers $ ou
que ces feux fubsistans , il íoit facile à Dieu de les faire>
tomber fur la terre. II n'y a pas jusqu'aux Philosophes du
Paganisme , qui n'ayent reconnu cette vérité : non que
nous l'avons apprise d'eux , mais ce font eux-mêmes qui
l'ont puisée dans nos divines écritures : Non quod Jìmus
corum vefiigia fubfecuti $ fed quod illi de divin'ts pradicatio-
nibus propbetarum , umbram inttrpolatœ veritatis imitati fint.
Ainsi ce dogme est appuyé de l'autorité de récriture , &
de la tradition tant sacrée que profane. Au reste notre
Auteur condamne formellement l'opinion de la métem-
pficofe , qu'il traite d'erreur ridicule. Passons maintenant
á la morale.

«A* *** *A" *£■ s »A* »A< k <nAa »A*


C«XJ^/v*? ^/w ■ --XJ3^.-XJ3^A.J^*^JA^J. t-A.,..' X .\ .A, J<. ,-X.>^_A .*Cj^ ,t * ^. A .? .X .* ^ ...y ,? wOwX«?

POINTS DE MORALE.

I. ^""\N ne peut lire fans s'édifier , ce que l'Auteur


Douceur des nous rapporte dans ce Dialogue de la vie & des
chraiens. f. ij. mœurs des anciens Chrétiens. Et pour commencer par
J " ' - leur douceur , ils pratiquoient cette vertu jusqu'au point

de ne se croire pas permis de voir ou d'entendre des meur


tres , ni de manger le sang des bêtes. Nous sommes íl
éloignés , dit Octavius , de répandre dans nos mystères
le íàng d'un enfant , qu'il ne nous est pas même permis
Doctrine de Miniiûus Félix. ■ yf
de manger celui des bêtes : Tantumque ab humano fan- ~~ ~
quine cavemus , ut nec edulinm pccoriim in cibis fanguinem Siécle.
noverimas. Et immédiatement avant ce passage : Noòis bo~
mìciâium nec videre sas , nec auàire.
II. Quant à leur pureté , elle ne consistoit pas feule- Lent pureté;
ment dans I'extérieur , mais ils pratiquoient cette vertu x6'
intérieurement : At nos pudorem non facie , fedmente prasta-
mus ; c'est-à-dire 7 qu'ils étoient également chastes d'esprit
òc de corps. Ils se bornoientà un íèul mariage ; une femme
leur suffiíoit , ou ils n'en voyoient point du tout : Unius
matrimonìi vinculo libenter inharemus j cupiditate procreandi ,
aut unam fcìmus aut nullam. A cette pudeur ils joignoient
une exacte tempérance», leur joye étoit modérée par une
íage gravité : Gravitate hilaritatem temperamus. Chastes
dans leurs paroles^, ils l'étoient encore plus dans leurs
actions j & il s'en trouvoit plusieurs parmi eux , qui gar-
doieht la sainteté du célibat jusqu'à la mort , sans s'en
faire gloire : Plerique inviolati corporis virginitate perpetuk
fruuntur potiùs quàm gloriantur. Enfin ils étoient si éloignés
des incestes dont ils étoient faussement accusés de la part
des Payens , que quelques-uns même avoient honte des
plaisirs légitimes : Tantùm denique abest incesti cupido 3 ut
nonnuUis rubori fit etiam padica conjunítio. Telle étoit la pu
deur des anciens fidèles.
III. Ils n'avoient pas moins d'éloignement pour les Leur éloignement
chartes 8c les dignités de la. terre: Honores vestros & pur- pour les charges &
& r V i •íf • j i 1 ,es dignités de la
puras reeufamus. Leur nombre croiíioit de plus en plus$ terrc. p.l6,
parce que la vertu les rendoir estimables -, c'étoit à l'inno-
cence & à la modestie qu'ils se reconnoiííoient les uns les
autres , 8c non par aucune marque imprimée fur leur corps ,
ainsi que se l'imaginoient les Payens. Ils s'aimoient les uns
les autres , 8c se traitoient de frères j parce qu'ils n'avoient
tous qu'un même Pere , qu'une même foi 8c les mêmes Leur amour mu-i
espérances : Sic nos fratres vocamus , ut unius- Dei parerais toei.jfórf.
homines , ut confortes fidei , utfpei cohœredes. Ils se failoient
honneur de la pauvreté qu'on leur reprochoit , parce Pauvreté des «n-
qu'elle étoit volontaire : Cœteràm quod plerique pauperes «ensfidcics./>.
dicimur , non eft infamia noflra } fed gloria. « Car , ajoute «
l'Auteur , comme l'on devient mous & fléxibles par le «
luxe , l'on devient fermes au contraire par la frugalité, m
Kij
«
y dD'ailleurs comment
Doctrinemettre
de Minutìus
au rang
Félix.
des pauvres , ceirx

III. Siécle. „ qUî ^ comme nous , n'ont besoin de rien, qui ne désirent
» point le bien d'autrui , & qui sont riches aux yeux de
» Dieu ? Ceux-là doivent être bien plus réputés pauvres ,
>j qui possédant de grands biens , en désirent encore da-
» vantage. Au reste , à parler selon ma pensée , on ne peut
» être jamais si pauvres , qu'on Test en naissant. Les oiseaux
» ne laissent pas de vivre fans patrimoine Si nous
» pensions que les richesses nous fussent avantageuses , nous
» les demanderions à Dieu Mais nous aimons mieux
» les mépriser que de les posséder • St nous leur préférons
» l'innocence de vie &. la patience dans les maux. Ensin
•» nous aimons mieux être bons que prodigues. Tel étoic
» le désinteieíîement de nos Pères.
IV. L'Auteur nous donne une preu^ bien éclatante de
leur foi & de leur fermeté dans ce qu'il die immédiatement
après , que lorsqu'ils se trouvoient dans l'affliction & la mi
sère , ils íe persuadoient & se soûtenoient de ce grand princi
pe , que ce n'est pas que Dieu les méprisât , ou qu'il fût trop
foible pour les secourir j mais qu'il ne permettojt ces cala
mités que pour les éprouver , comme l'on éprouve l'or dans
le feu : « Quel beau spectacle pour Dieu , continue notre
Leur fermeté. »> pieux Orateur , que celui d'un Chrétien qui combat
» contre le tourment , qui sçait se soutenir contre les
» menaces , les supplices & les tortures , qui se met au-
m dessus de l'horreur des tourmens & de la mort .... ; H
. n'y a que Dieu seul , à qui ce Chrétien veuille céder :
» Soli Beo . . . cedit. Et un peu plus bas : Un Soldat de
» Dieu ne se laiíïe ni abattre dans les tourmens , ni mourir
» dans la mort même » : At enim Dei miles nec in dolore
■ deferitur , nec morte finitur. D'où l'Auteur conclut en ces
termes bien.remarquables , qu'un Chrétien peut bien pa„
roître malheureux , mais qu'il ne peut point l'être véri
tablement : Sic Chrifiianus miser videri poteft , non fotest
' inveniri.
Prospérité funeste y. Sur ce que la prospérité des méchans étoit un sujet
aux mechans./>.3o. £jg fcancjale aux Gçntils , Minutius nous apprend que les
méchans font élevés , afin de tomber de plus haut 5 qu'ils
font comme des victimes qu'on engraiíle & qu'on couronne
'pour les égorger } que leur élévation les livre à la mauvaiíë
Dostrine de Mìnuùus Félix. 77 ^^^^^
volonté & au pouvoir des esprits pervers : Mìferì ! ( ce sont tïj Siécle
les termes de l'Auteur ) in hoc altius tolluntur , ut décidant
altius. Mi enim , ut viclimœ , ad fupplicium faginantur , ut
hoflia } alpœnam coronantur , &c. « Car ervfìn , ajoute l'Au- «
teur , peut il y avoir de bonheur solide fans la connois- «
sance de Dieu ; 6c n'est-ce pas plûtôt une mort véritable ? «
Les félicités d'ici bas ne íont qu'imaginaires. Elles dis- «
paroiílent avant même que l'on en jouisse. Etes-vous «
Roi ? Vous craignez autant que vous vous faites craindre, «
£c quelque nombreuse que soit vocre Cour, vous êtes « ,. Vanité & si-agi-
1 r 1 r< i t- me des richesses 8e
tout leul expoie au danger. Ltes-vous riches ? Ces n- u des grandeurs du
chesses vous embaraflènt plus qu'elles ne vous font plai- et monde. W.
íìr. Vous glorifiez-vous dans les dignités 6c les honneurs ? «
C'est une erreur pleine de vanité Vous flattez-vous et
de votre nobleflè ? Vous ne faites, en cela que louer vos et
ancêtres. Au reste nous naissons tous égaux ; 6c il n'y a «
que la vertu qui mette de la différence parmi les hom- «
mes » : Omnes tamtn pari forte nafi imurì folà virtute dijìin*
ytimur.
VI. De cette, importante maxime, Minutius infère que
c'est donc avec raison que les Chrétiens ne tirent gloire
que de la pureté de leurs moeurs- j qu'ils méprisent les
pompes , les spectacles 6c les voluptés du fiécle , à cause
de la fureur ou de l'infamie qui en sont inséparables. Jl
ajoute qu'ils s'abstenoient des viandes offertes aux Idoles , Sainteté des an-
de crainte qu'on ne s'imaginât , ou qu'ils cédoient aux ^e^délcs-í- i°»
Démons , à qui elles font présentées , oir qu'ils avoient
honte de leur Religion. Ils secroyoient permis de toucher
aux fleurs 6c de les sentir j mais ils n'ofoiént en porter en
forme de couronnes , de peur de donner dans les supersti
tions des Gentils. Ils ne^niettoient pas non plus de fleurs
fur les morts , comme Içur étant inutiles , puisqu'ils n'ont
point de sentimens. L'appareil de leurs funérailles se fai-
soit avec toute la simplicité possible. La foi qu'ils avoient
de la présence de Dieu ôc de sa charité infinie pour les
hommes les assúroit du bonheur de l'autre vie 5 au lieu
que les Philosophes avoient vécu dans l'incertitude 6c
l'ignorance fur cet article capital. Aussi leur sagesse étoic-
elle bien supérieure à celle de ces faux sages du monde ;
fie elle consistoit plus à bien faire , qu'à bien dire ; « Nous «
I
7S Dûclrinc de MinHtiusTelix.
III Siécle " ne travai^ons point, die l 'Auteur, ì paroître sages, niais
» à l'être $ nous n'affectons point des discours éloquens j
» mais nous menons une vie exemplaire: » Nos non hubitu
Japientiam , fed mente prafcrìmus ; non eloquimur magna , fed
vivimus. Pourrions-nous reconnoître les fidèles de nos
jours á ces traits édifians ? Et combien s'en trouvent-ils
qui pervertissent cette économie toute sainte , en disant
ou pensant des merveilles, & agissant très -mal ? Si nous y
prenons bien garde , l'on est aujourd'hui Chrétiens bien
plus par spéculation que par pratique : Eloquimur magna ,
fed non vivimus.. J'oubliois de marquer que les anciens
Assemblées de fidèles s'aílémbloíent de nuit , &c qu'ils pratiquoient cer-
chiJucus. p. 7. tains jeunes iolemnels ; ainíi que Cécile le reproche a
Octavius. Voilà tout ce que j'ai ld de bien remarquable
dans le Dialogue de Minutius Félix.

DOCTRINE

D E

SAINT HIPPOLYTE,

EVEQJJE ET MARTYR-

REMORQUES PRÉLIMINAIRES.

I. I le tems nous a enlevé la plupart des ouvrages de


^3 ce íainc Docteur deJ'Eglise , au moins'avons-nous
la consolation d'en p.oílèder encore aujourd'hui quelques-
uns , où nous trouvons établies plusieurs vérités impor.
tantes touchant le dogme & la discipline. On ne peutrien
de plus grand que l'éloge que les Ecrivains Ecclésiastiques
ont fait de cet ancien Pere. Nous voyo^j un TJ^odoret
le mettre au rang de ces fontaines spirituelles, dont Dieu
s'est servi pour répandre la source de ses lumières fur son
Eglise. Un saint Chrysostome , le placer au rang des Evê
ques & des Docteurs , qui çnt brillé dans le monde comme
des luminaires éclatans j Si nous le donner pour un per
sonnage plein de douceur 6c de charité. Nous voyons en
core d'autres Auteurs vénérables traiter notre Saint de
très-sacré Docteur j de fìdéle'témoin de la vérité , & d'Au
teur très éloquent.
II. Toutes ces belles qualités réunies dans saint Hip-
polyte , nous portent à pleurer la perte que nous avons-
faites de la plupart des productions d'un si grand homme.
Ce petit échantillon nous fera juger du mérite de tout le
reste que nous avons perdu , avec une infinité d'autres
monumens de l'antiquité. Ceux qui seront curieux de sça-
voir qui étoit ce Saint, quel est le nombre & la qualité de
ses ouvrages perdus , n'ont qu'à consulter M. Dupin r
80 Doêîrìnc de S. Hippolyte 3 Evêque & Martyr.
M. de Tiílemont 8c le Pere Ceillíer. Pour moi je me
lll. Siécle. borjnerai ici á l'enumération de ceux qui nous restent.
Ceux que nous avons entiers sont , un Traité fur 1* Ante-
christ , un Cicle Pascal , une Homélie su* la Théophanie ,
ou présence de Dieu , déclarée par son Incarnation ; un
Traité des dons du Saint Esprit & de la tradition Aposto
lique , une Homélie intitulée d'un seul Dieu en trois Per
sonnes & de l'Jncarnation. Ceux dont nous n'avons pjus
que quelques fragmens , font les Commentaires fur l'ou.
vrage des six jours , fur la Genèse , les Pfeaumes , les Pro
verbes , l'Ecclesiaste , les Cantiques , Isaïe , Ezéchiel , &
Daniel. II nous est auíïï resté quelques morceaux de ses
Traités contre les hérésies , de ses Homélies fur le Di
manche de Pâques , fur l'Evangile de la distribution des
talens , fur les deux Larrons , lur Elcana 6c Anne mere de
Samuel , fur la Divinité. Enfin quelques parties d'un
Traité cptnre Platon , & d'une Lettre à une Reine , que
l'on croit être l'Impératrice SéVére , femme de Philippe.
C'est-là tout ce que j'avois â remarquer fur les Prélimi
naires de Saint Hippolyte. pasions maintenant à fa
Doctrine.

SECTION I.

POINTS DOGMATIQUES.

§. I. Ecriture Sainte.

O u s trouvons dans Saint Hîppelyte quantité d'ar


N. ticles très-mémorablcs fur les pomts les plusimpor-
tans de la Religion. Et pour commencer par l'Fcriture
Sainte , il est à remarquer en premier lieu , que cet an-
inspiration di- cicn Evêque nous la donne comme un Livre inspiré a
viiic de l Ecriturc. comme un Livre écritpar des personnes inspirées de Dieu :
^ì'ttbnitf». car il prétend que les Prophètes , c'est-à-dire les Auteurs
brìciui, sacrés , que l'on désignoit anciennement fous le nom de
Prophètes , n'etoient que comme des instrumens dont le
Verbe se servoit pour enseigner aux hommes les volontés
de
Doctrine de S. Mippolyte 3 Evêque & Martyi. 8r
<ie Dieu : Ht namquc patres , dit notre Saint dans son
Traité de FAntechrist , Jpiritu Trophetia aptatì > digneque 11 ' 5lECLE-
ab ipso Verbo honorati , quo nimirum velut organa in feipjis
femper unitum Verbumtanquam plecirum baberent , cujus nuîtc
atque afflatu , qua, Deus vellct , bac Prophetœ annuntiabant.
II ajoûte que ce n'étoit pas d'eux-mêmes ni de leur pro
pre esprit que les Auteurs sacrés parloient ; mais par la
sagesse 8c Pinspiration du Verbe , qui leur révélois des
choses cachées au reste des hommes : Ea dicebant, ac pra- «
dicabant quœ illis divino duntaxat numine manifesta forent,
reliquis verò abfcondìta. Enfin il va jusqu'à dire que les Au
teurs sacrés étoient comme contraints par l'impreílìon
que le Verbe divin faifoit en eux par le Saint Esprit : que
ce même Verbe étoit en eux , qu'il parloit en eux , annon
çant par leur bouche son Incarnation : Hic autem, il parle
ici du Fils de Dieu , dédit legem & Prophctas , & dando z. cm. N»»,
cacgit hos per Spiritum fancíum loqui .... In bis igiturVer- IU •
bum verfabatur loquens de ipso. Jam enim ipfefuus praco erat,
ostendebatque futurum effe ut V~erbum hominibus appareret.
Peut-on rien de plus énergique en faveur de l'inspiration
des Livres divins ? Et comment après cel-a oser disputer
sur la qualité de cette inspiration , sçavoir fi elle aura été
immédiate ou -médiate seulement ? Des Auteurs remplis
de l'esprit de prophétie • des Auteurs dont Dieu se íère
comme d'instrumens j des Auteurs qui ne parlent point
d'eux-mêmes , mais par la sagesse ôc l'inspiration divine j
des Auteurs en un mot qui sont comme contraints de par
ler suivant l'impression du Saint Esprit , & en qui le Verbe
réside 6c parle lui-même , peuvent-ils passer pour avoir
été inspirés autrement que par une révélation proprement
dite, une inspiration immédiate ? Que l'on ceíledooc en- •
fin de mettre en controverse un point si clairement établi
dans la plus ancienne tradition.
§'TT ' • ■Ùii<l C.lú.htt'.\
. II. Tradition.
L'on pourroit citer aussi en faveur de la Tradition ce
que Saint Hippolyté dit au commencement de son Traité
contre l'hêresie de Noët , que les bienheureux Prêtres ,
après avoir convaincu cet hérésiarque , lui déclarèrent
qu'ils ne connoissoient qu'un leul Dieu comme lui } mais
Tome II. L
81 Doflrine de S. Hippolyte 3 Evêque & Martyr.
qu'ils connoissoient encore Jésus - Christ. 5 qu'ils con-
III. SlICLE. noissoient le Fils , qui a souSerc pour nous , qui est mort ,
qui est ressuscité le troisième jour , qui est assis á la droite
du Pere , qui viendra juger les vivans &les morts 5 & nous
dilons , ajoutent ces anciens , ce que npus avons appris :
Les anciens ont Arque bac dicimus , qua didicimus. C'estainsique les anciens
employé la Tra son d oient fur la tradition les articles de notre foi , &
dition contre les
hérétiques. Cont. qu'ils íe servoient avec avantage de cette même tradition
Xoi-'t. n, I. contre les hérésies. Saint Hippolyte s'en serr lui-même
contre Noët , pour prouver que le Verbe de Dieu est des
cendu du Ciel dans le sein de Marie ; qu'il y a pris une
ame 8c un corps & tout ce qui est de la nature humaine ,
excepté le péché : « Croyons donc mes Frères , dit-il ,
» croyons , suivant la Tradition des Apôtres , que Dieu le
» Verbe est descendu du Ciel dans le sein de la sainte
n Vierge Marie : » Credamus igiturfratres , fecundum tradi-
ll'ni. 7i. 17. tionem Afofìolorum, x£ tUú o^e/íJhjiv <?$ ATarçsDÀwV, quodDcus
Verbum è cœlis descendit in faníiam Virgincm Mariant.

§. I I I. T "R I N 1 T E'.
T. On ne peut rien de plus correct , que ce que notre
Auteur enseigne touchant le mystère de la Sainte Trinité j
Union dénature & il déclare nettement fa foi fur l'unité de nature & la
& diíiinction des distinction des personnes. « Si doric , dit-il dans son Traité
Personnes de la r } .
sainte Trinité. » contre Noët , le Verbe etoit en Dieu , & Dieu lui-même ,
ìlid. n. 14. „ suivra-t-il dë-là que Saint Jean aura admis deux Dieux ?
» Non , je ne dirai pas deux Dieux , mais un seul Dieu , &
» deux Períònnesravec une troisième qui est celle du Saint-
» Esprit « : Duos quidem non dicam ( Deos ) fed unum , fer-
fanas verò dua s > cecononùam tertiam , gratiam dico Spiritus
• fanFti. II donne ici le nom de grâce au Saint Esprit ,
parce que cet Esprit divin est la íburce de toutes les grâces
que Dieu répand fur les hommes, u 11 n'y a qu'un seul
» Pere , continue Saint Hippolyte , mais il y a deux Per-
« sonnes , parce qu'il y a un Fils ; Si la troisième est le
» Saint-Esprit : le Pere commande , le Fils exécute ....
» & l'économìe de cette union fe réduit à un seul Dieu :
» car c'est un seul Dieu qui Ordonne en la personne du
1 » Pere , qui obéît en celle du Fils h & qui enseigne en celle
»> du Saint-Esprit n -.Ouowmi* confinfionis redigitur ad unum
Doctrine de S. Hippclyt'e , Evêopc & Martyr. 83
.Dcum : Unus enim est Deus qui mandat , Pater ì qui obcáit jj[ gj CL£
Filius ; qui docetfcientiam Spiritus Sanïlus. *
II. En vain s'arrêteroit-on â ces paroles : Qui obedit
FMus , comme fi elles portoient atteinte à la parfaite con-
substantialité du Pere êi du Fils : (a) Car,commc le remar
que excellemment le Pere Ceillier , ces manières de par
ler , qui aujourd'hui nous paroiílènt dures , ne l'étoient
point dans le langage des deux & troisième siécles. Saint
Irénée s'en est servi lans scrupule j & quelques favorables v.v. 4. hérès.
qu'elles parussent à l'hérésie Arienne» , elles ont été en f*7í«
usage même depuis le Concile de Nicée, comme on le voie
par les écrits de Saint Basile {b) , de Saint Athanafe {c) & de
\d) Marius Victor. C'est que , suivant le style de ces anciens
Théologiens, les termes deçommander 6c d'obeïr , lors
qu'il s'agit des Personnes divines , ne signifient point que
l'une ait fur l'autre quelque empire comme un maître
fur son serviteur ; ils márquent feulement la conformité
des volontés dans le Pere & le Fils j & c'est comme si l'on %
difoit que le Pere ayant résolu de créer le monde par son
Verbe , il ne Va, point fait toutefois íans la volonté de son
Verbe , avec lequel il n'est qu'une même, substance ; ainsi
que nous l'avons déja vû , & que nous Talions voir encore
plus amplement.
III. Le Pere*, poarsuit Saint Hippolyte , est au-deísus «
de tout j le Fils étend fa providence fur tout -y le Saine «
Esprit réside en tout. £«íous ne pouvons concevoir l'U- « unité& Trinité
nité en Dieu , fans croire au Pere , au Fils & au Sainr-Ef- « divinc- Ç»atJr»».
n. 14.
prit : Aliter Deum unum intelli^ere nonpeffumus , nifiverè «
Pétri & Filio &• Spiritui fanH» credamus. Les Juifs ont «
reconnu le Pere , mais ils ne l'ont point glorifie digne- «
ment , parce qu'ils n'ont pas reconnu le Fils. Les Discí- «
pies du Sauveur ont reconnu le Fils , mais fans le Saint- <«
Esprit. D'où vient que le Verbe sachant que ion Pere «
ne vouloit'point être glori'fié autrement que par la glo- «
rification des trois Personnes , a révçlé ce mystère á íes«
Disciples après fa résurrection , en leur disant : Allez & «

(a) Remarque du Pere Ceiilier ser cet endroit. Tome a. />. )6tí.
(b) S. Basile , Liv. du S. Ejprit , c.\6.
(V) S. Athanafe, Discours contre les Gentils. .'
(/) Marius Victor. Zhi. 1. de U création du mande.
84 Doflrìne de S. Hippolyte t Evêque & Martyr.
» instruisez tous les Peuples , les baptisant au nom du Pere,
III. Siécle. m du fils 8c du Saint-Esprit C'est par cette Trinité que
» le Pere est glorifié : Per hancenim Trïnitatem , $f<t f ie/.*âbç ,
» Pater glorifoatur. Le Pere commande , le Fils exécute
iì les volontés de son Pere ; & le Saint-Esprit les manifeste
ibu. ». s. " aux hommes. ... II faut donc que Noët, malgré qu'il
»3 en puisse dire , reconnoisse un Dieu le Pere tout-puiílànt,
>r un* Jesus-Chrisí Fils de Dieu , & Dieu fait homme,
•. « à qui le Pere a soumis toutes choses à l'exception de luí-
» même , 8c un Saint Esprit 5 c'est-à-dire , trois véritables
n Personnes. Que s'il veut fçavoir après cela comment il
»j n'y a néanmoins qu'un seul Dieu : qu'il sçache que c'est
55 parce que les trois Personnes divines , n'ont qu'une même
» vertu , qu'une même puistance : » Quod si vuitscire 3quo-
modo uhus Deus demonjíretur 3 feiat unam ejse vtrtutem pvt
■potentiam hujus. En vérité il ne seroit pas possible de s'ex
primer plus nettement aujourd'hui fur le mystère de la
«* sainte Trinité , que le fait ici Saint Hippolyte , Auteur du
troisième siécle. Peut-on effectivement quelque chose de
plus précis touchant ce mystère adorable, que de dire que
íe Pere est Dieu , que le Fils est Dieu , que le Saint-Esprit
est Dieu ; 8c qu'il n'y a cependant qu'un seul Dieu , parce
que ces trois Personnes , quoique véritablement distin
guées l'une de l'autre , ne font qu'une feule 8c mente puis
sance, 8c qu'elles ne font par conséquent qu'un seul ÒC
même Dieu ? Nous avons donc dans ce» beaux passages de
Saint Hippolyte de quoi terrasser en même-tems , 6c J'im-
picté Arienne , 8c celle de Sabellius. II y a trois Personnes
divines , mais il n'y a qu'un seul Dieu. C'est-lá tout le fond
du mystère de la Sainte Trinité.
IV. Notre saint Evêque n'est pas moins précis fur le
Divinité & Cot*- sujet important de la Divinité 8c la Confubstantialité du
vìïb7cm*N<>ït Verbe en particulier ; &• il nous fournit lá-deííus quantité
». s. d'endroits très-propres á fermer la bouche aux Ariens de
nos jours. Voici ceux qui m'ont paru les plus remarquables.
» II n'y a , dir cet Ancien , qu'un Dieu, que nous ne con-
» noislons que paries saintes Ecritures. Ce Dieu étant seul
» avant la création , 8c n'ayant rien au-dehors qui lui fût
» coëternel , a voulu créer le monde , & il l'a créé effect^-
» vement par fa pensçe , sa volonté , fa parole. Avant ceja
Doctrine de S. Hippolyt^ Evêque & Martyr. 8j
il n'y avoic rien hors de lui , il étoit comme multiplié en « 771—
lui seul : Ipfe solus multus erat. Car il n'étoit point sans fa « ' SlEcLE<
raison , sans fa sagesse , íâns son conseil. Tout étoit en lui , «
&il étoit lui-même toutes choses. II .^produit son Verbe «
quand il a voulu 6c comme il a voulu. II a produit dans «
le tems préordonné par lui-même , ce Verbe , par qui «
il a créé l'Univers Ce Verbe étoit en lui , mais d'in- «
visible qu'il étoit au monde créé , il l'a rendu visible, en «
le produisant de soi , comme la clarté de la lumière «
Et ainsi lc Verbe est d^enu autre que celui qui l'a en- u
gendré : Atque itaaffîjttt ei alius. Non que je veuille dire «
par-ià qu'il y ait deux Dieux -y mais que le Verbe est sorti «
du Pere , comme la clarté de la lumière y l'eau de la son- «
raine, le rayon du Soleil : Cum alium dieo ,non duosDtos u
dico ; fed tanquam luynen ex lumine , & aquam ex fonte y «
aut radium à fole. Car ils ne font l'un &. l'autre qu'une «
même vertu -, Una tîiim virtus ex toto } le Pere est toute «
la puiílànce , le Fils en est un écoulement iTotum verò «
Pater , ex quo virtus Verbum II est seul engendré du «
Pere : Ipfe foltts ex Pâtre genitus. »
V. Puis après avoir dit un mot contre la pluralité des
Dieux que les anciens hérétiques avoient introduite, il fait
sentir qu'ils font obligés eux-mêmes de n'en reconnoître
qu'un íeul , qui a fait toutes choses comme il a voulu : E/fe
feilicet unum Deum , qui fecit omnia 3 fîcut voluit. C'est ce
même Dieu , ajoute notre Auteur , qui a donné la Loi , & »• iw
qui a, pour ainsi dire , contraint les Prophètes , en leur fai-
íant part de la vertu de ion Pere , d'annoncer aux hom
mes les desseins & fes volontés : Hic autem dédit legem &
Prophetas > &c « C'est ce même Dieu qui s'est ma- «
nifesté aux hommes par l'Incarnation du Verbe , selon « '
cette parole de PEcrjture : Je me fuis montré á ceux qui et
ne me cherchoient pas , &c. Or qui est celui qui s'est ma- m «• i*
nifesté de la forte , sinon le Verbe du Pere , en qui le Pere «
a fait voir fa puissance , lorsqu'il l'a envoyé au monde : ».
Quis verò est qui faïtus est maniftstus , nifi Verbum Patris ,
quod cum Pater mifit ^ poteftatem fuam ostendit homintbus. Et
plus bas , parlant du Verbe que Dieju a envoyé aux enfans
d'ifrael , selon l'expreísion des Actes des Apôtres , il dit
nettement qu^l est Dieu ôc Seigneur de l'Univers ; Hic est
86 Doctrine de S. Hippolytc 3 Evêque & Martyr.
~~ Beus omnium Dominus. Qu'il ne fait qu'un seul Dieu avec
HI. Siécle. ]e pere , quoi-que ce soient deux personnes différentes:
.Duos quidem non dicam ( Deos) fed unum , personas verò duas.
Que le Pere qui commande, & le Fils qui obéît , ne sont
«qu'une seule fic même Divinité : U/nus efi Deu s■„ qui mandat t
Pater qui obedit ., Filius.
VI. On pourroit ajouter á toutes ces autorités si con-
». 7. cluantes un autre endroit du même Traité contre Noët,
où. le saint Evêque expliquant ces paroles de Je sus-
Christ : « Philippe, celui qiiflpe voit, voit mon Pere }
» s'exprime en ces termes : c'est à-dire, dit-il , si vous me
» connoiíTez , vous pouvez par moi connoître le Pere : car
« le Pere peut être aisément connu par celui qui est són
n image véritable : » Philippe , qui vidit me , v'tdit Patremi
idefl,fi me vidifli tperme potes Patrem coqn.fcere. Perimagi-
nem enim , qu<cfimdis eft , potefi facile Pater cognofei. Enfin
pour abrèges cette matière , qui est traitée sort au long
dans Saint Hippolyte , nous ne rapporterons qu'un té
moignage du Traité contre Noct avec un autre du Livre
contre Beron , qui m'ont paru auíîì.exprès qu'on puiíïe le
désirer fur la divinité du Verbe. Dans le premier, fur ces
•paroles de l'Evangilc : Mon Pere & moi , nous sommes
une même chose ., il déclare hautement que le Pere & le
n. 7. Fils font une même chose , parce qu'ils n'ont l'un & l'au
tre qu'une même vertu & une même puiíîànce : Ego &
Pater unum fumtts Sic dixit -, quia duas perfonas de-
monflravit , unam autem potentiam fivr virtutem. Dans l'au-
Contrc Bcron. tre il enseigne en termes exprès que le Fils de Dieu avant
Frjjm. l ár 3- comme après l'Incarnation , étoit un Etre infini , incom-
, préhensible , impassible , incapable de changement , xout-
puiflànt, subsistant & agissant par lui-même i en un mot
• qu'il est Dieu parfait, comme il est homme parfait : Beus
V'erbnm idem Beus est totus , idem item homo totus. Assurément
il seroit bien difficile aux Ariens de notre tems de se tirer
* de l'embarrás qife doivent naturellement leur causer ces
beaux paílàges. Car enfin peut- on ne pas reconnoître pour
vrai Dieu , pour consubstantiel au Pere , celui qui a été en
Dieu le Pere de toute éternité -y celui qui est sorti du Pere,
comme la clarté de la lumière , -le rayon du Soleil , l'eau
áf la fontaine i celui qui n'eít qu'une même vertu , qu'une
Doctrine de S. Hippolyte , Evêque & Martyr. 87 .
même puissance avçc le Pere > celui qui est un seultDieu -
avec le Créateur de l'Univers ; celui qui a montré en fa Silcle.
personne la puissance du Pere ; celui qui est Dieu & Sei
gneur de toutes choses ; qui estl'image véritable du Pere,
en qui Sc par qui le Pe/e se fait connoître $ celui enfin qui
est infini , incompréhensible , tout-puiíîant , subsistant &
agissant par lui-même j & qui est Dieu parfait > comme
homme parfait ? Si l'impieté Arienne sçait tenir contre
cela , je ne sçache plus rien de propre à la confondre.
VII. Remarquons néanmoins en paíïant , que cette ex
pression de Saint Hippolyte : que Dieu le Pere étbit seul
avant la création , & qu'il n'a produit son Verbe que lors
qu'il a voulu créer le monde , que cette expression , dis-jc ,
pourroit embarraíïèr un Lecteur peu, versé dans la l^ture
des anciens Pères. Mais pour peu qu'on se soit appliqué à
cette lecture , on conviendra aisément que les Anciens ne
veulent donner par-là aucune atteinte à l'écernité du Verbe
ni à fa subsistance éternelle ,, avec & dans le Pere. Nous
avons deja vû &. justifié de pareilles expressions dans Athe-
nagore & d'autres Pères , en montrant qu'ils ne parlent
point de la génération proprement dite du Verbe , mais
d'une certaine production , adextra , différente de cette gé
nération. Cette production n'est point éternelle , on en
convient , elle s'est opérée dans le tems préordonné par le
Pere ; cela est encore vrai félon nos Anciens , & Saint Hip
polyte en particulier ; mais il n'eíl pas moins constant, le- •
Ion les mêmes Auteurs, que le Verbe fubsistoit avant cette
production j & pour nous arrêter ici á notre Saint dont il
s'agit feulement en cet endroit , il fait bien voir que c'é-
toit là fa pensée , en disant i °. que quoi-que Dieu le Pere
fût seul avant cette production , il étoit néanmoins comme
multiplié en lui même : Ipfe solus multus erat ; ce qui ferait
faux , si le Verbe n'eût pas subsisté pour lors avec lui.
i°. Avant cette production , le Pere n'étoit point fans fa
raison , sans fa sagesse , sans son conseil j or le Fils est la
raison du Pere ; le Fils fubsistoit donc avant qu'il fût pro
duit pour la création du monde. 30. Si Saint Hippolyte *
n'eût pas cru le Verbe subsistant de toute éternité avec le'
Pere , comment eût-il pû enseigner que le Pere & le Verbe
ne sont qu'un seul Dieu 3 qu'ils n'ont l'un & l'autre qu'une-
• m Doflrine de S. Hippolyte t Evêque & Martyr.
Itic même vertu , une même puissance ? Que le Verbe en par-
' 1 ECLE- ticulier est Dieu parfait , qu'il est infini , incapable de chan
gement ? Tout cela ne suppose-t-il pas évidemment la
coéternité du Verbe ? Ajoutons à cela que Saint Hippolyte
enseigne formellement que le Fils d£ Dieu est coétemel
au Pere \ Ipfe enim est coaternus Patri, t« TnneJ. cnujxipí(^->.
uvre contre Us Quand donc notre Auteur nous ^dit que le Pere étoit seul
Juifs.n. 7. avant la création du monde , & qu'il produisit son Verbe
pour travailler à ce grand ouvrage ; il veut seulement nous
apprendre par là,qu'avant ce tems le Verbe,quoique engen
dré de toute éternité , ne fut pas produit à l'extérieur , mais
qu'il étoit comme renfermé dans le Pere avec lequel il
kibsistoit: Quant â ce que notre Saint ajoûte plus bas que
le Pere est toute la puissance divine , & que le Fils en est
un écoulement ; cela dénote seulement , selon le langage
des Anciens , une supériorité de Períonne dans le Pere ,
qu'ils regardoienr comme le principe dejtoute la divinité ;
fk. non úne supériorité de nature , qui est, selon eux , la
même dans le Pere & le Fils , aiivsi que nous venons de le
montrer par Saint Hippolyte lui-même.
VIII. Sur le sujet du Saint-Esprit , cet Ancien déclare
avec toute la précision possible que cet Esprit divin est la
troisième Personne de la très sainte Trinité , comme nous
venons de le voir un peu plus haut. Or le même Auteur
íùppoíe que les trois Personnes divines ne font qu'un seul
• & même Dieu , puisqu'il enseigne qu'elles -n'ont toutes trois
qu'une même puilíance, qu'une même vertu ; il suppose
donc aussi que le Saint-Esprit est Dieu , êc consubstantiel
aux deux autres Personnes de la sainte Trinité. D'ailleurs
il s'exprime nettement fur cet article , en disant que de la
conspiration qui se trouve entre ces trois Personnes résulte
DiviniréduSaint un*e seule divinité : Oeconomia consenfionis redi^itur ad unum
Espticcont.ífcít. Deum. « Car , ajoûte-t-il , il n'y a qu'un seul Dieu, le Pere
"' 1 4' *> qui commande , le Fils qui obéît , & le Saint Esprit qui
m enseigne. Cette unité divine ne peut se concevoir autre-
» ment , qu'en croyant au Pere , au Fils & au Saint Esprit...
» Et ort ne peut dignement glorifier le Pere, qu'on ne glo-
♦> rifie en même-tems le Fils &Je Saint Esprit ». J'ai sap-
porté plus haut la traduction latine de ce paflage qui
prouve invinciblement la vérité dont il s'agit. S. Hippolyte
dit
1 J)oflrine de S. Hippolyte t Evêque & Martyr, $9
3it encore que nous adorons le Saint Esprit : Spiritum 'TTT ' " **
sancinm adoramus. II lui attribue la même gloire , la même • Siécle.
puiílance qu'au Fils dont il est l'Esprit : lpfe(Chrifto JgUria Homélie fur U
& f otcnt i a cum facro.fancio , bono S- vivifico ejgsfyiritu , &c. Tht°th*n"'
11 est donc très-constant selon notre Auteur , que le Saint
Esprit est Dieu , comme le Pere & le Fils , & qu'il leur est
véritablement consubstantiel.
IX. C'est cet Esprit divin qui dans les commencemens Qualités Personi
de la création étoit porté fur les eaux : Hic est fiiritus qui *c?ics «Ju Saint-lis
. ab initio ferebatur super aquas. C'est par lui que le monde pm' ' s
,estmn $ que toutes les créatures subsistent, & que toutes
•choses ont vie : Fer quem mundus movetur , natura creata
confiftït , omnia vitam accipiunt. C'est lui qui a parlé dans
les Prophètes , & qui est descendu sur Jésus - Christ.
C'est lui qui a été répandu sur les Apôtres en forme de
langues de feu. C'est de lui que parloir. l'Ange -Gabriel ,
loríqu'il dit à la sainte Vierge : Le Saint-Esprit descendra
en vous , &c C'est par cet Esprit divin que Saint Pierre a
confessé la divinité du Sauveur ,, & que la pierre sur la
quelle l'Eglise est bâtie., a été affermie. Enfin c'est par ce
même Esprit ^conjointement avec l'eau baptismale , que
nous recevons la régénération & la vie spirituelle j que
nous sommes délivrés . de la .servitude du Démon , pour
jouir de U liberté des enfans de Dieu j que nous passons de
í'état de péché à celui de l'innocence. Voilà tout ce qu'il
y a de plus important dans Saint Hippolyte touchant les
trois Personnes divines.

§. IV. Incarnation.

I. Quant à l'Incarnation , cet Ancien nous apprend que


çe n'est point le Pere qui s'est fait homme , ni le Saint-Es
prit , mais le Verbe de Dieu ; Miffus autem non est alius «
quàm verbum. Ce Verbe divin est descendu du Ciel dans le c'est le verb«
sein de la Vierge Marie , où il a pris un corps humáin & seul qui
.P , % r o r -,a_t t i carné. Cont.Noet.
& une ame raisonnable , un corps & une anve Jemblables „. ,j.
aux nôtres , & tout ce qui est de la nature .humaine , ex
cepté le péché : Faíius omnia , qmecumqm homo est , excepta
feccato. Ce Verbe de Dieu a étç nommiíilí de Dieu dès »t 13
Tome II. . M
DoSlrine de S. Hìppolyte , Evêque Afartyr.
* le commencement, parce qu'il dévoie un jour naître parmf
Uí, siécle. jes jjQjT^rnes . majs avant qu'il se fut incarne , il n'avoit pas
parfaitement la qualité de Fils , quoi qu'il fût Verbe par
fait & Fils unjque du Pere : Nec enim Verbum per se & fine
carne F ilius perfectus trat ,cumtamen effet perfcHumVerbunt
Uniqenitus. C'est-à-dire), qu'il n'a acquis la qualité parfaite
de Fils que par l'union des deux natures , qui l'a rendu
Fils de Dieu & de l'homme tout ensemble,
union des deux H. Le Verbe divin , premier né de Dieu , uni avec le
natures de Jésus- premier né d'une Vierge est tout ensemble vrai Dieu 6C
christ dans une • homme Dieu parfait . homme parfait : Totus 'Deus-
seule Personne. - ». f » r
Cont, Xo'et. n, 17. ipfe , totus homo taem tpje ; totus Deus partter natura , & homo
idem ipse. Ce qui s'est opéré fans aucun changement de
l'une ni de l'autre nature : car en qualité de Verbe , il a,
une nature céleste qui est celle du Pere ^ & en qualité de
Fils d'Adam il est terrestre , par son Incarnation dans le
sein d'une Vierge : Habens cœlefie quod paternum erat , tan
guant Verbum î terrenum verò , tancjuam ex vetere Adam , per
Kirgnem incamatus. C'est donc un Dieu incarné qui a ap
paru au monde : Sic... Deus corporatus apparuit. Et le
Sauveur qui est né de Marie est Dieu & homme fans confu
sion des deux natures x Salvatsr ex ek natus est fine confu-
fione Deus & homo, àovy%jft»ç Ç)t\ç £ wïSep'mç. Ces dernieres
expressions font tirées d'un fragment du Commentaire de
Saint Hippolyte fur les Proverbes, où expliquant ces pa-
Tome premier rôles du- chapitre 9. La sagesse s'est bâtie une maison . . .
1,8 18* °uvra8CS ' & e^e a mêlée son vin avec Peau , il en fait l'applicationf
'* * ' aux deux natures de Jesus-Christ , entendantpar le vin*
la nature divine , & par l'eau, la nature humaine : Mìfcuir
in poculo fuo vinumì dit ce Pere , in Virpne divinitatemfuam
uniens cum came , tanquam vinum merum ac puriflìmum. Ou
Traité dci'An- comme fl s'en explique encore ailleurs : Mortale corpus
«christ. ». nostrum fux admiscendo virtuti.
III. Au reste ce seroic un scrupule bien mal fondé de
s'imaginer voir ici l'hérésie d*Eutychés , à cause de cette
expression fû^at, admifeens. Car outre les paflages que nous
venons de rapporter un peu plus haut , nous pourrions
encore en donner ici une infinité d'autres , qui mettent ces
1 Ancien à couvert de tout soupçon d'erreur fur cet article^
DoÛrihe de S. Hippolyte 3 Evêque & Martyr, 91
C'est ainsi que dans son ouvrage contre Noëc, il attribue
aux deux natures de Jésus-Christ leurs propriétés & Siécle.
leurs opérations particulières , en disant que ce divin Sau- Propriétés &
veur ne refuse point de dormir en qualité d'homme , lui ^dwdcuxMtn-
qui en qualité de Dieu étoit exempt de cette nécessité na- res enjesus christ,
tutelle j qu'il souffre qu'Herode le méprise, lui qui doit Cwrt* i8s
juger toute la terre h & que celui qui est íervipar une multi
tude infinie d'esprits célestes , veut bien être insulté par
des soldats : Sic rgitur humana sua non récusât , qui démon,
firabatur ejjè Deus 3 cum .... superpulvinum dormit , qui na-
turam habet tnfomnem , ut Deus . , . . cum ab HerodeJperniturf
qui tvtam terram judicaturus efi . ... &à militibus illudituris ,
■cui adstant miUia millium dr- decies centena miBia Anyelorum.
Dans le Traité contre Beron ^ l'Auteur enseigne formelle- cmn Beronó»
ment que le mystère de llncarriation dit deux substances H*ìiXm •
.parraites , la divine & 1 humaine : Mysteriumnumque divma
Jncarnatïonis persefl/e dtïtatis & plena démonftrativum
humanitatîs.-Et que chaque nature a conservé ses propriétés
.■& ses opérations naturelles fans aucun changement : Se-
£undùm utrumquefuum sempir permanens fine ctìfu , quibus di
vine pariter & humanè operatus-efi : perfeUïonem per omnem
•utriusqtte rationem ftbi naturaliter incvmmutabilem fervans i
de façon que c'étoit le Verbe divin qui opéroit des mira
cles , 8t la chair qui fouffroit j que les actions divines de
Jesus-Christ étoient produites par fa divinité , & les
actions humaines par son humanité : Deïtate qu'idem di- md.p. us.
mina . . . . operans j humanitate verò humana.
IV. C'est dans son humanité que le Sauveur a souffert SuitedcJamêmc
Ja faim & la soif 5 & c'est dans fa divinité qu'il étoit en ™ticrc sur'e
' , > t . Pleaumez. Tom.u
meme-tems adore par les Anges. L on reconnoit ailemenr. p. 168. 6 «Meunt
fa nature humaine dans cette faim & cette soif^ &. fa na
ture divine dans l'adoration des Esprits bienheureux :
Humanam quidem ipfius naturam facile ejl aytoscere , quando
esurit & sitit . . . Divina verò ipfius natura non obfturè ctrni-
tur , quando ab An^elis adoratur. En un mot ces opérations
sont fi distinctes, Telon Saint Hippolyte , que le Verbe ne
.faisoit rien de divin par la chair, rien d'humain par fa, di-
.vinité : Nihil divinum corpore operatur 3 ìtihil humanum di- Cont.Stron.n.z,
yinitate çerens. Et s'il est mort comme homme , il est toû- .
-jours demeuré vivant en qualit^ de Pieu ; Verùm lieet
' M îj
Doflrine de S. Hippolyte > Evêque & Martyr.
III Siécle vnortuus efi tanquam homo > tamen fecundum divinatis natu*
ram mansit vivus. Voilà donc les deux natures de Jesus-
Christ distinguées bien formellement^ leurs opérations
distinctes bien clairement établies dans Saint Hippolyte.
II reste seulement à montrer que cet ancien Pere n'a re
connu qu'une Personne en Jesus-Christ , &.qu'un prin
cipe des actions-propres aux deux natures.
V. Pour s'en convaincre pleinement , il n'y a qu'à jetter
«n coup d'œil fur la plupart des paslages que nous venons
<le citer en faveur de la distinction des deux natures ; nous
y verrons que malgré cette distinction bien netrement mar
quée , il n'y a toutefois qu'une feule Personne : c'est le
Unité de Pér- même qui est Dieu parfait ôc homme parfait ; c'est le
sonnes en Jésus- T . . . r I\ r ■
Christ. Pbytx. Us meme qui avoit une nature divine err quante de Verbe
titMions rrurj/iM Dieu , & une nature terrestre en qualité de Fils d'A-
dam. C est un Dieu qui s est incarne : Deus incorporatus.
C'est le même qui, est né de Marie, Dieu & homme : Ex
ea natus eft . . . Deus & homo. C'est le même qui souffre le
mépris d'Herode , & qui reçoit l 'adoration des Anges* j;
c'est la même Perfo»ne qui agit divinement & humaine
ment, qui meurt, & qui est toujours pleine de vie. Com
ment accorder cela avec la distinction des natures. Voici
comme s'en explique notre Auteur lui-même : c'est que le
Sauveur conservant à chacune des deux natures ce qu'elles'
ont de propre & d'essentiel , il produit les actions divines
par fa divinité , St les actions humaines par son humanité :
Secundùm utrumtfue fuum femper permanens fine caju , qui bus
Ctni.ntrcn.n.7. divine pariter & humanè operatus efi Et ailleurs : Sibimet
modum fervans fecundum utrumque immutabilem , per quem
* ■ operatus efi utraque decenti more. Inférons de tout ce que
nous venpns- de rapporter au fujerde rihcarnation que
Saint Hippolyte condamne nettement dans ses écrits trois-
hérésies fameuses qui se íont élevées depuis son tems , je
veux dire cellés des Eutychiens , . des Monothélites & des
Nestoriens ; la première ,.en admettant deux natures di
stinctes ; la seconde , en enseignant deux volontés & deux,
opérations propres à chacune des deux natures ; la troi
sième, en soutenant Punité de Personne en Jesus-ChrisT.
Fin de Tihcar- VI. La fin de l'ìncarnation a été le salut des hommes ,
nation. centMoït. & ie.Vcrbe n'est descendu du Ciel en terre que pour sauver
Doéh-ìne de S. Hippolyte Evêque & Martyr. 9j
lès enfans d'Adam pécheur , & donner l'immortalité à ceux ——————
cjui croiroient en son nom : Verbum è cœlis descendit... ut... SiECLE.
salvaret Adam qui ceciderat y & immortalitatem largirctur
iis qui crederent innomine ejus. L'humanitóde Jesus-Christ circonstances de-
ne pouvoir subsister d'elle-même sans le Verbe,..en qui elle J^*^0"' 6
avoir son hypostase ou sa subsistance : Nequecaro per sefine
•oerbo subfisere poterat ; quia in verbo habtbat subpjlentiam
xíuì avçvoTv. Le Verbe après son Incarnation n'a pas cessé AU.n.^
d'être uni au Pere vdont il est inséparable 3 mais le Pere
étoit dans le Fils & le Fils dans le Pere : Incarnat0 Verbo-
& faíio homine , Pater erat' in Filio & Filius in Pâtre.
Gette Incarnation s'est faite non en apparence , mais en * »7«
vérité : ■ Non per fifíiorient. ^ .sed verè faílus efl homo. Elle
s'est faite dans le sein d'une Vierge par Popération du
Saint-Esprir -, & c'est une erreur de s'imaginer que le Verbe
ait pris chair ailleurs que dans le íein de Marie , ou que
cette chair soit descendue du Ciel , puisqu'ávant l'Incar-
nation le Verbe n'avoit point pris de corps , & qu'il étoic"
un pur Esprit. II est vrai que les Prophètes l 'appellent Fils
de i'homme ^ mkis c'est par anticipation , parce qu'ils pré-
voyoient son Incarnation future : Focatus a principio Filius * 4?
bominis , propter futurum , quamvis nondum effet homo.
VII. II y a encore dans Saint Hippolyte deux endroits
bien remarquables qui ont rapport au mystère de Plncar-
slation. lie premier, concerne la virginité perpétuelle de- virginité perpe-
Marie : Vmversorum conditor^ dit notre Auteur, exsanílijjtmk tuclle dc M*ric*
sempcrVirgine Maria.... faftus eft homo. Le second est aussi
concluant qu'on le puisse en faveur de fa maternité divine:
« Dites-moi, bienheureuse Marie , c'est Saint Hyppolyte qui
>* parle à la Sainte Vierge , ce qui étòit conçu de vous dans
j> votre lèin , & ce que vousavez porté dans vos flancs virgi.
» naux} c'ètoit lé Verbe de Dieu » : Dicmihi, b beata Mariay -
quid erat k te in utero conceptum , ejr quid à te in virginali
matrice zeflabatur ; Verbum erat Dei. C'est Théûdoret qui'
nous rapporte ce paílage de Saint Hippolyte dans son pre--
mier Dialogue 3 & il se trouve encore dans le Tome premier
dès^ouvrages de ce Saint, p. 267; Ajoûtezà cette autorité
íì claire ce que nous avons déja rapporté du même saint Tòm. 1./. »ít*
Evêque-: Que le Sauveur est né de Marie Dieu Sc homme-
*>4 Doctrine de S. Hîppolyte , Evêque & Martyr*
' ~ sans confusion des deux natures : Salvator ex eânatus est t
III. Siécle. ^ confuj;one j)eus & home,

$. V. B A ,F T JE S JJL %.

Sur le Baptême , notre Auteur enseigne que ce Sacre


ment nous donne l'immortalité , qu'il nous donne la vie
spirituelle , qu'il nous délivre <le la servitude du Démon
pour nous faire entrer dans la liberté desenfans de Dieu :
v«m * effica- „ Celui , ajoute ce Pere , qui descend avec foi dans le
dl&ptèmc^m. w bain <ie la régénération , renonce au Démon & se con-
sur u Thtofh»ji. .„ sacre à Jésus. Christ ; il renieTon ennemi , ■& confesse
T>m-.i-{• »8a- „ ia divinité du Sauveur ; il quitte la condition d'esclave
m pour prendre celle d'enfant adoptif.... Et ce qui est de
» plus important t il devient Fils de Dieu & cohéritier de
m Jesus-Christ » : Qui cumfide in hoc reqenerationis lava*
crum descendit , renuntiat malo & Christo fe adduit : hostem
abnegat > ac Christum Deum tffe confitetur : fcrvitutem exu.it ,
induit adoptionem.... Quod vcr'> maximum est revirti/ur Fi-
iïus Dei '& Christi hœres.ti Le Prophète Isaïe a voit en vûë
» la vertu de ce divin Sacrement , quand il disoit , lavez-
« vous,purisiez-vous. Quand vos péchés.seroient comme
de l'écarlate , ils deviendront blancs comme la neige j
» & quand ils -seroient rouges comme le vermillon , ils
>» feront blancs comme la -laine la plus nlanche. Mais
.» c'est le Baptême que Jesus-Chjust a reçu lui-même de
» la main de Saint Jean , qui donne.la vertu & l'efKcace á
m celui que nous recevons au nom du Sauveur rScCi celui-
»» ci se fut rendu à ce que son Précurseur demandait de lui ,
» & qu'il n'eût point reçu le Baptême,Ia porte du Ciel nous
m seroit encore fermée ». Ce que Saint Hippolyte dit encore
au même endroit : » Approchez-vous donc &. soyez rége-
» nerés .si vous n'êtes point tombés dans des péchés
» d'adultère , d'homicide òc d'idolâtrie $ v pourroit sem
bler d'abord exclure de la grâce du Baptême" çeux qui
ont commis ces infidélités.: Accède igitur & reqenerare t
ò homo .... Si non adulterium nec cœdem commiferis >
nec idpla colueris. Mais à ,bien examiner Peíprit de fie
Doctrine de S. Hiffolyte , Evêque (jr Martyr. 9$
Pcre , on se tirera aisément de cet embarras : Car . _
l'.il invite toutes les Nations du monde à recevoir ce jieclE»
Sacrement : Venite omnes Tribus gentium ad Baptifmatis
immortalitatem. Ce qui supposé des idolâtres ,. des adultè
res , &c. 2°.»il n'est point de péché , si énorme qu'on puiíle
se l'knaginer ,que ce divin Sacrement n'efFace , selon le
paflage d Isaïe , que notre Auteur entend du Baptême ,
comme nous venons de le dire j il remet donc aussi l'adul-
tere , l'idolâtrie , &c. Ainsi Saint Hippolyte ne veut dire
ici rien autre chose , sinon qu'il faut quitter l'habkude ôc
l'afïèction à ces péchés comme à tous les autres , pouc
recevoir la grâce du Baptême, ce qui est véritable ôt con
forme à la doctrine de î'Eglise.-

§. V I. ÉU C H A R I S t I E.

Quant à l'Eucharistie , c'est selon notre Auteur , un Ce Sacrement


Sacrement où Jesus-Christ nous donne fa chair divine JSJLÌ JjL
à manger, & son sang, vénérable á boire yen rémission de christ. Tom. iy~
ïios péchés : D/vinam ipfas carnem ac venerabilem ejus fan- *8ls
guinem , dédit nobis edendum bibendumque in rcmijjìonem pec-
catorum. C'est ce même Corps & ce même Sang précieux j^j
que l'on ostré tous les jours fur le saint Autel en mémoirç
de la première Cène : Qua in arcana r> divinâ mensà quo-
tidie perficiuntur &fanUificantury in memortam numquam non
tecolenda memorià prima illius divina & arcana azna.

5. VII. Nature des Anges et des Ames.

Énsin Saint Hippolyte déclare nettement après Jesus-


Christ, que les hommes dans la résurrection ressemble- immortalité &io>
ront aux Anges de Dieu ; c'est-à-dire , comme il s'en expli- ^Shomî
que lui-même , qu'ils seront incorruptibles & immortels mes. zvin.
de leur nature. Erunt homines inrefurrefíione , ficut Anveli 144*
Des, nimirum corruptionis expertes , immortales . . » Tels >i
font , ajoûte-t il , les Anges & les ames séparées de leurs »
corps. Ils font les uns & les autres d'une nature toute >v
différente de celle des créatures que nous voyons ici-bas : »>»
Ejupnodi naturis constant Angeli & anima corporeis vinculiS'
txsoktœ : amia emm ista natura sunt alteriùs generis?
4

Doctrine de S. Hippolyte } Evêque & Martyr.


III Siécle diverfie à creaturis hujus mundi qua fub a/pcflum cadunt. Qn
'«voie ici bien clairement que notre Auteur reconnoît l'ame
immortelle 4e>& nature , & qu'il tenoit les Anges pour
. des substances -purement spirituelles, fie séparées de la ma
tière. Deux vérités importantes qui paroiflènt un peu
obscurcies dans la plupart des Anciens íès prédécesseurs.

§. V I I I. A N T E C H K I S T.

' X Nous allons finir la Section présente par quelques


endroits remarquables de notre Auteur touchant l'Ante-
Originedel'An-- christ. Cetimpostcur , íî nous en croyons Saint Hippolyte,
Sïï^íJ, J doit naître de la Tribu de Dan , ce qu'il prétend appuyer
xì. de l'autorité de ['Ecriture, fie fur-tout de deux passages
dont l'une st tiré de la Genèse chap. 49.^. 1 7. fk L'autre de
■Jeremie chap. 8.^.1 6. Mais bette opinion ne doit paíTèr tout
'au plus que pour une simple conjecture, qu'il est aussi aise
, de réfuter que d'avancer , comme on peuten juger des deux
endroits de l'Ecriture fur lesquels notre Auteur fonde son
. sentiment. Quant au nom de J Antéchrist , cet ancien croie
Je voir marqué dans l'Apocalypfe en ces termes : Son nom
est de six cens soixante fie six -, fie quoiqu'il n'ose, 4écider
quel doit être le nom qui résultera de ce nombre , il ne
laisse pas de conjecturer , après Saint Irénée, que l'impof-
Sonnom. n. 48. teur pourra s'appeller , Titan, ou Evanthas , ou Latinus 3
&+9' ce qui est encore une conjecture aussi peu fondée que la
première.
1 1. Mais ce qu'il dit du tems où PAntechrist doit pa-
roître dans le monde est plus appuyé quant au fonds : car
íl enseigne que cet homme d'iniquité ne commencera à pa-
Tcmps de l'An- roître qu'à la sin du monde,ce quiest conforme au sentimenc
#Echnst. ». «>.<$. commun de l'Eglife. Au reste je ne voudrois point me
rendi ' '" ' ^
tges de 1 Ecriture , au tems précis de i avènement de cec
imposteur ; comme quand il dit, par exemple, que l'An-
techrist paroîtra dans la derniere des-70. semaines de
tft, fjt Daniel : puisqu'il est constant , comme je l'ai déja remar
qué ailleurs que cette semaine se trouve parfaitement
accomplie au premier avènement de J e s u s - C h r 1 s t ,
. après lequel on vit arriver toutes les circonstances remar
quable*
Doctrine de S. Hippolyte > Evêque & Martyr. $7
quâbles qui font marquées dans l'Ecriture au sujet de cette '
semaine. Caria Ville de Jérusalem fut pour lors détruite, • ^ci-E,
le Temple ruiné , les Sacrifices supprimés , l'abomination
de la désolation placée dans le lieu saint ; ainsi que nous
l'apprenons de l'Histoire Ecclésiastique, fondée fur le rap
port même des Auteurs Juifs contemporains.
I II. Mettons encore au rang des simples conjectures
cette autre opinion de Saint JHippolyte : que les Prophè
tes Enoch & Elie employeront la moitié de la 70e. semaine Enoch & eiìcj
à combattre l'Antechrist ; qu'ils prêcheront l'espace de *' 47'
deux mille deux cens soixante jours , ce qui est également
incertain. II est vrai qu'Enoch & Elie doivent paroître au
tems de l'Antechrist , qu'ils exhorteront les hommes à la
pénitence , comme l'enseigne aussi notre Auteur au même
endroit $ mais dans quel tems précisément viendront- ils ì
Combien de tems demeureront -ils fur la terre? Ce font
des questions également vaines &c inutiles , dont le Saint
Esprit a voulu nous cacher la connaissance , aussi-bien que
du tems précis de la fin du monde 5 que Saint Hippolyte
fixe néanmoins au bout du sixième millénaire. Au reste
ces fentimens particuliers de Saint Hippolyte nous font
assez sentir qu'il n'étoit pas heureux à expliquer le sens .
littéral de l'Ecriture. <• - • -
J V. II a mieux réussi dans ce qu'il enseigne *encore au-
sujet de ^Antéchrist , que cet imposteur , pour séduire plus; Caractères de
facilement les hommes, se, revêtira de certains caractères ^'Antéchrist,
que les Livres divins attribuent á J e s u s-C hrist lui-
même : » Car ces Livres saints , dit notre Auteur , don- «
nent à Jesus-Christ le nom de Lion, ils le donnent de «
même â l'Antechrist. Jesus-Christ est Roi} l'Antechrist «.
le fera également. Le Sauveur a paru doux comme un «
agneau j l'imposteurle paroîtra aussi. Jesus-Christ a «
envoyé fes Apôtres prêcher PEvangile á toutes les t«
Nations , il a rassemblé les brebis dispersées 5 l'Antechrist «
de même envoyera par tout le monde de faux Apôtres & u
rassemblera le peuple qui est dispersé. Le Sauveur a donné <t
aux fidèles une marque â laquelle on devoit les recon- «
noître y l'Antechrist en aura une aussi à laquelle il recon- «
noîtra les siens. Celui-là est venu íous la forme d'un «
homme , il est ressuscite d'entre les morts } celui-ci vien- u
Tome II, N
98 Doftrìne de S. Hippolyte 3 EvtqHC & Martyr.
■ » dra également sous une forme humaine , & pour contres
III. Siécle. „ fajre Jesus-Christ jusques dans le mystère de fa Ré-
» surrection , il rétablira le Temple de Jérusalem. »j Tels
font , suivant Saint Hippolyte les caractères communs en
apparence de Jesus-Christ 8c de l'imposteur , aufquels
il en ajoute un autre qui n'est pas si certain», qui est que
Jésus -Chili st s'étant soumis à la circoncision , l'Ante-
christ se fera aussi circoncire.
V. Mais voici comment on pourra connoître le sé
ducteur &c le distinguer du Christ véritable : Ce sera un
tyran politique j il exercera mille cruautés envers ceux,
qui ne voudront point le reconnoître ; il s'efforcera de sé
duire par de vaines promefles -, il portera íbn orgueil jus
qu'à vouloir se faire passer pour un Dieu y & enfin le Sei
gneur l'humiliera lui-même , & lui fera porter la peine
dûë á son arrogance. Jesus-Christ le fera périr par le
». xy. seul souffle de sa. bouche, & viendra ensuite juger tous les
Supplices éternels hommes.» Alors-, dit notre Auteur dans ion Traité contre
des mechans.
Tom. i.f. xxo. » Platon , les pécheurs seront punis par des supplices qui
w n'auront point de fin 8c les Justes régneront éternelle-
» 'trient mJnjufii guident aterno fupplicio adjudicabun-
Jugement dot- tur , &c « Mais il faut auparavant que le Jugement uni-
nicr. lbid. » veríel se faflè ,,& que toutes les créatures raisonnables
n c'est- à-di»ey les hommes , le? Anges 8c les DémonSjCom-
>» paroissent devant le Tribunal du Verbe de Dieu.
J'òubliois de marquer que Saint Hippolyte traite en
Résurrection gé- core de la résurrection générale dans son ouvrage contre
'e.lbid.- Platon; 8c qu'il enseigne que chacun ressuscitera avec ion
propre corps. II dit auffi que les Justes ressusciteront avec
des corps glorieux ì impassibles ,, incorruptibles ; & que
ces corps jouiront , conjointement avec l'ame y d'une éter
nité bienheureuse ; au lieu que ceux des pécheurs ne se
ront point changés , qu'ils demeureront sujets aux mêmes
maladies 8c aux mêmes infirmités qu'ils souffroientici bas.
Ç'est-là tout ce que j'ai vû de bien intéressant dans Saine
Hippolyte touchant le dogme^
Doflrine de S. ìlìppoìyte , Evêque & Martyr, 99

SECTION II.

Ot/ Z/OAf rapporte quelques points


de morale & de discipline avec lesfentimens particuliers
& les erreurs que l'on a remarquées dans les ouvrages de
Saint Hippolyte*

I. rVT Otre saint Evêque donne au commencement de


J_\| son Traité sur l'Antechrist une leçon importante
•à ceux qui ont reçu de Dieu le caient d'enseigner les hom
mes 5 c'est de ne communiquer point aisément les vérités .W""*»
• 1 -m i« -* 1 . f* t*r f, 1 1 j- » faut earder,quand
de la Religion a ceux qui font disposes a en abuser j mais y sfgjt d ensei-
seulement aux personnes pieuses , qui vivent dans la crainte ^rJ"^ri^^
de Dieu , dans la sainteté & la justice. Ceux mêmes qui krAmtbr.n.'i,
enseignent, ne doivent le faire qu'avec tremblement } & <J.tj>.
ils ne doivent se porter á parler des choies à\x Ciel , que
par des motifs de charité. C'est ainsi que le grand Apôtre
ne parloit qu'avec crainte & précaution des mystères de
la foi ^ parce que la foi ne se trouvant pas dans tftus les
hommes , ou n'étant pas pour tout le monde , il y avoit lieu
d'appréhender qu'elle ne vînt á la connoislànce des per
sonnes indignes de la recevoir , &. disposées à la mépriser:
d'où vient que cet Apôtre recommande très-fortâ saint
Timothée son disciple de ne communiquer les vérités qu'il
lui enseigne qu'à des personnes pieuses ,& qui soient capa
bles de les enseigner eux-mêmes aux autres. Or fi l'Apô-
tre , ajoute notre Auteur , a usé de tant de précaution sur
•ce sujet ; á quel danger ne seroit-ce pas nous exposer nous
autres de communiquer fans discernement lés vérités di.
vines à des gens profanes Sc indignes de les apprendre ?
Cùm igitnr beatus Apostolus hœc caatè ac meta traderet * .„ .
videns fcilicet Jpiritu non effe omnium fidem ì sptanto ras nobis
majoris fericuli pet , fi temerè nullÀqne ratione profanis ho-
minibus atque iniiytis tradiderimus divin* eloqitia. C'est ici un
point de morale très-important , confirmé par la doctrine
& la pratique de tout ce qu'il y a eu .de grands hommes
dans l'Eglise..
1 ï. Ceux qui s'appliquent .9. h lecture de PEcriture
N ij
ïoo Dotfrine de S. Hippolyte > Evêque & Martyr.
sainte , doivent prendre garde à deux choses. i°. Ils doL:
III. Siécle.
vent apprendre dans ces Livres à connoîtreôc servir Dieu -
Commenr il faut
lire & apprendre puisque c'est dans ces sources sacrées que l'on puise cette
lcs^divines Ecriru- connoissance. 20. S'appliquer avec soin à cn sçavoir le véri
res. Cont. Noït. table esprit , le vrai íèns , 8c se donner bien de garde de là
». s-
Corrompre par des interprétations purement arbitraires }
des interprétations conformes à notre esprit particulier,
â nos passions , des interprétations forcées. On ne doit
entendre les Ecritures que dans le sens que Dieu lui-même
leur a donné : Non secundùm propriam voluntatem nequt
secundù'n proprium fenfum , ne que vim inferentes in ea qua ab
eo data funt j fed quomoda ipfe per faníias scripturas docere
voluit , fie intettiytmus. Réflexion à faire ici, pour les héré
tiques de nos jours , êc bien des mauvais Catholiques.
III. Un autre article non moins- important que nous
Qu'il fant bor découvrons dans Saint Hippolyte , est de borner nos re
ner nos recherches
en fait de mystè cherches quand il s'agit de mystères. Prenons pour exem
res. Cont. Noët. ple, celui qu'apporte notre saint Evêque , qui est la géné
», ií.f> 17. ration du Verbe : « Quelqu'un me dira , c'est Saint Hip-
» polyte qui parle , comment le Verbe est-il engendré ?
m Mait comment demander l'explication de ce mystère ,
» lorsqu'on ne peut pas même expliquer comment se fait la
» génération ordinaire ?^Ne vous suffit-il pas de íçavoir que
m Dieu a créé le monde , fans examiner comment il l'a fait ?
» N'est-ce pas assez de sçavoir que le Fils de Dieu est venu
» pour nous sauver , sans vouloir sonder dans la manière
» dont il a été engendré selon l'Esprit ? II n'y a que deux
» personnes,Saint Mathieu Ôc Saint Luc, qui ayent sçû com-
» ment il a été engendré selon la chair ; & vous osez de-
?j mander comment il est né selon l'eíprit ? Ce que le Pere
» tient secret , 8c qu'il révélera un jour aux Saints qui se-
» ront dignes de voir fa face >j : Quam generationem apudse
Paterstrvat t revelaturus tune sanítis 3 qui ut sacicm ejus vì-
deant , ditni erunt. « Contentez - vous donc de ce que
» Jésus C hui st a dit : Ce qui est né de l'E(prit , est Ejprit.
» C'en est assez pour des fidèles qui aiment la vérité:
Sufficiunt bac testimonia fidelibus veritatis studiofs.
Charité chré
tienne. Liv. de IV. C'est la charité de Jésus.- Christ , qui est l'ame
fAntéchrist, n. f 9. de l'Egliíe , elle est comme le nœud qui unit les fidèles.
Etsur Daniel &
$ujmne.f. 164. C'est par çette mdmç charité , auflì-bien que par la foi r
Çioflrìne de S. Hippolyte, Evêque & Martyr, ioi
que PEglife reçoit le Baptême : Ecclejìa fer fidem & »TTT ~~
cbaritatem in Deum . . . . recipit lavacrum. Ceux cu.ii après * IECLE!•
avoir été baptises transgressent lès Commandemens de
Dieu , ou qui renoncent à la Religion Chrétienne , don
nent á leur ame la mort éternelle. Voilà ce qu'il y a dë
plus intéreíîànt fur la morale dans Saint Hippolyte.
V. Quant à la discipline il y a ceci de remarquable^ °. q^ue Tems destiné à
c'étoità la Fête de Pâques que l'on conféroit le Baptême. !? acception da
„ /-> i> i -1 m r- « ,• , 1 . r • Baptême. Corn-
i°. Que 1 on doit célébrer cette Fete le Dimanche qui fuit mcnt.jur Dan. ó-
le quatorzième de la Lune de Mars , à moúis que le quator- s»s*»-t- *7j-
zieme de la Lune ne'tòmbe au Samedi j.en ce cas , selon
S. Hippolyte, on ne doit point faire la Pâques le Dimanche
suivant , mais il faut la transférer au Dimanche d'après 5
de crainte que l'on ne célèbre cette Fête le jour que Tems de célé-
Nôtre Seigneur est mort. 3°. Que l'on doit finir le jeûne ^"S/p^
du Carême le Dimanche de Pâques : Solverc■ autem oportet t*i.
jejunium , ubi Dominìca incidtrit..
VI. Pour ce qui est des fentimens particuliers & des er- stntimens pnni-
i r r* a • j •• culiers & erreurs
reurs de notre laint Eveque , outre ce que] en ai deja dit de s. Hippolyte
fur la fin de là première Section , au lujet de l 'Antéchrist ',
ií est encore à remarquer i°. qu'il y a un lieu souterrain
où se retirent les ames de tous les hommes après cette vie } Sur Wt« des
que cet endroit a été créé en même-tems que le monde ,' "í^cent." UtlZ
& qu'il contient trois demeures différentes. La première, Tom.\.f.no.izK
qu'il nomme le sein d'Abraham , est pour les justes. La
leconde , est pour les pécheurs , où ils souffrent dès- â pré- />. 17.
sent les peines temporelles qu'ils ont méritées par leurs
mauvaises actions. La troisième est un lac de feu éternel ,
où personne , selon notre Saint , n'a encore été jetté , ce
châtiment étant réservé au tems du Jugement universel.
C'est alors, dit-il ,,que les pécheurs feront punis par des
supplices qui seront sans fin , &. que les Justes régneront
éternellement. Car cet Auteur enseigne également que les
Justes ne jouiront de la béatitude qu'après la résurrection j
quoique depuis, leur mort ils jouiíîènt d'une grande tran
quillité ,: occupés de la contemplation des biens visibles ,
& vivant dans l'efperance de trouver un jour dans le Ciel
des biens beaucoup au-dessus de ceux d'ici-bas. U croit en
core qu'il y a dans ce réceptacle souterrain des Anges pré
posés à la conduite des ames qui y font 5 & que les i\as>
i ot Doéirin e de S. Hippolyte ì Evêque & Marty*.
'III. Siécle. ^ont destinés à conduire les Justes dans leur demeure > les
' .autres font souffrir aux pécheurs les peines qu'ils méritent.
Ce font-lá à la vérité des opinions hasardées 5 il y en a
même que l'on peut qualifier d'erreurs 5 mais reconnoissons
après Photius (a) que ces erreurs aussi-bien que les autres
■ que l'on peut découvrir dans les écrits de notre Auteur se
sentent des premiers siécles ., & qu'il ne seroit pas raison
nable de condamner pour cela ce grand .homme ; car,,
.ajoute ce sç avant critique , ceux qui ont commencé à dé»
'velopper les secrets de l'Ecriture 3 ne.doivent point être
'blâmés de ce qu'ils n'ont pas tout dit 5 il faut au contraire
louer leur zélé 3 quelque peu de progrès qu'ils paroiílent
avoir fait dans l'examen des choies dont ils nous parlent.
Au reste ce que dit Saint Hippolyte de l'endróit où cer
tains pécheurs décédés souffrent des peines temporelles ,
peut íervir de preuve en faveur du Purgatoire.
VII. Nous avons déja remarqué que cet ancien n'a pas
■bien compris le sens des 70, semaines dont iiest parlé dans le
Prophète Daniel ,8c qu'il recule trop l'accomplissement de
cette prophétie. Erreur encore excusable pour la raison que
nous venons de dire j mais il n'est pas si aisé d'excuser notre
■Saint dans une autre erreur qu'il débite touchant la durée
de la captivité des Juifs en Babylone , qu'il fait de quatre
cens trente ans , quoi-que l'Ecriture ne lui en donne que
soixante &c dix , comme on peut le voir dans le Prophète
Jeremie , chap. 15.^. 9. & 1 1 . Passons maintenant à la
Doctrine d!Origene.

(«) Biblioth. Coi. lot.


D O C T R I N E

DO RI GENE-

PRÊTRE ET CONFESSEUR-

REMARQUES PRÉLIMINAIRES..

Ii-T E Grand Origenè est sans contredit celui de toas*


I j,les anciens Pères , dont le nom ait été plus célè
bre , &c dont la Doctrine ait plus partagé les esprits. •
L'on vit , & de son vivant , & après ía mort , de sçavans
Personnages , de grands Saints , d'illustres Martyrs , ani
més les Uns contre les autres à son sujet $ les uns le rcgar-
doient comme lé plus grand Docteur qu'ait eû l'Egli-
se après les Apôtres j les autres le jugèrent digne de tous
lès anathèmes que l'on fulmina jamais contre les Héré
tiques j 8c ce dernier parti prévalut fi fort à la fin , que
ce grand homme fut Frappé d'un anathème presque uni
versel dans touri'Orientj il y eut" même jusqu'à des Con*
ciíes œcuméniques qui flétrirent fa mémoire . comme d'un
Hérésiarque détestable. Mais cela n'a point empêché
qu'il n'ait eu depuis de puissans défenseurs } & malgré
1-ànathêmc fulminé contre lui par le cinquième Concile
général , ou un autre tenu vers le même rems , il s'est
toujours trouvé des Personnes fçavantes & pieuses qui
ont soutenu la cause de l'illustre persécuté; & qui , sans
prétendre canoniser les erreurs que l'on remarque dans
ses écrits , l'ont mis parfaitement à couvert de tout soup
çon d'hérésie. > -
1 1. Ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que fes
adversaires les plus ardens ayent eux-mêmes fourni de
quoi faire- amplement son apologie. Saint Jérôme entre
T04 Doéîrine d'Origene , Prêtre £<r Confesseur.
- autres ,(<*") qui assurément ne passera jamais pour ami
11-4. 5>iïcl-e. d'Origene , lui rend ces témoignages avantageux , qu'U
a été un grand homme dès son enfance , ÔC le vrai fils
d'un Martyr... j. qu'il a. eu de l'horreur pour les plai
sirs... 5 qu'il a foulé -aux pieds l'avaricc^,qu'il sçavoit les
divines Ecritures paí cœur j qu'il passoit les jours & les
nuits à les expliquer avec un extrême travail; qu'il nous a
donné plus de mille discours qu'il avoit prononcé dans
J'Eglise , outre une infinité d'autres Commentaires ; qu'il
n 'est. pas, possible délire tous les Ouvrages qu'il a faits , &
qu'on ne peut afleiz, admirer son ardent amour pour les
Livres divins : » Si quelque Judas envieux de fa gloire ,
«ajoute le même saint Docteur , vient ,npus objecter
m ses erreurs , qu'il fçache que les plus grands hommes
» font. des. fautes. Divers Auteurs Grecs &. Latins ont. eu
» des erreurs contre la foi. Ne l'imitons point dans ses
» défauts ; mais reconnóissons aussi que nous ne sommes
» pas capables de l'imiter dans ses vertus». Eusebe avant
Saint Jérôme , s'étoit fort étendu fur ies louanges de no
tre Auteur , &s Saint Epiphane y\6 ) très-opposé , comme
on le sçait , à .Origene /reprend Eusebe d'avoir prodigue
les louanges ; mais il ne l'accisse point d'avoir rien dit de
ïàux. ( c ) Nousavons donc dans la personne même des ad
versaires de cet Ancien , des apologistes non suspects de
son orthodoxie & de sa vertu.
III. 11 serúit inutile de relever ici son profond sçavoir
St son érudition prodigieuse, tant en matières sacrées que
profanes , puisqu'il n'y a pas jusqu'à ses plus grands adver
saires qui n'en conviennent , &. que les Philosophes du
Paganisme les plus opposés à la Religion Chrétienne ,
nous Je donnent pour le plus habile Philosophe de leur
rems : c'est le .témoignage que lui rend ;Porphire lui-
même, l'un des plus sçavans d'entre les Payens , & Je
plus grand ennemi du Christianisme. ^.) Quélques- uns
néanmoins ont blâmé Origene de s'être appliqué si fort
â l'étude de la Philosophie payenne -} & quoique cet

fjiì Epitre 41. à Pammach. ;l Oc) Saint Epiphane. Hères. £4.


(£)Liv. 5. H.st. -Ecoles: c.if. \ ( <<)Daas Eusebe Liv. i.c. 19.
Anciea
I

Doflrìne d'Origene 3 Pr$ir? & Confesseur, íoj


Ancien prétende se justifier là-dessus par la nécessité où il
s'étoit trouvé de le faire , & par l'exemple de quelques *■ ' SitCLEj
grands Personnages., comme Heracle ôc saint Pantêne} rbiUeti.c. rj,
il reconnoît cependant lui-même , dans uue lettre à faine
Grégoire Thaumaturge , qw'il faut user d'une grande mo
dération dans ce genre d'étude. II dit encore ailleurs que
ceux qui paíîent de l'étude de l'Ecriture aux sciences h u- ìhid.c.^;
maines , íont en grand danger de corrompre leur foy , 8c '
de mêler les idoles du mensonge avec les vérités qu'ils
avoient puisées dans les Livres saints.
• I V. Les erreurs extraordinaires où cette lumière de
l'Egliíe est tombée elle-même en font des preuves bien
sensibles $ & l'on ne peut gueres douter , que l'en vie d'en
vouloir trop fçavoir en matières profanes , 6c d'accom
moder les vérités de la Religion avec les principes des
Philosophes payens , n'ait été la véritable cause de ces
égaremens. On ne manque jamais de s'égarer quand on
prétend trouver par la raison ce qui est infiniment au-des
sus de toute la lumière des hommes. 11 faut , en fait de
Religion , se précautionner contre le raisonnement hu-
main ; non qu'il faille absolument le rejetter , puisqu' >n
ne peut sans ce secours arriver à la connoiílance de la
Théologie j mais on ne doit le regarder que comme ui*
moyen dont íl est permis d'user pour rendre les verit s
de la Religion plus sensibles à ceux dont la foy n'est
point encore assez affermie. Au reste ce.feroit une témé
rité impardonnable d'attribuer aujourd'hui à Origene
toutes les erreurs que l'on trouve dans ses Ecrits , puis
qu'il y en a quelques. unes que l'on sçait assurément y
avoir été insérées par des mains étrangères , comme il
s'en est plaint lui-même. Seulement il ne faut lire cec
Ancien qu'avec une extrême précaution , pour y exami
ner tout par la règle de l'Egliíe . approuver ce qui lui est
conforme , 8c rejetter ce qui s'y trouve de contraire.
V. Nous ne pouvons fçavoir au juste le nombre des
Ouvrages d'Origene 5 ôc tout cé que nous apprenons
de bien certain des Auteurs Ecclésiastiques , c'est qu'il est
difficile de lire autant de Livres que cet Ancien en a
écrits j 8c que personne avant lui, au rapport de Vincent Qmmonit. Par.
de Lerins , n'en avoit tact composés. II est vrai que faim: tie trtmiere-
Tome II. O
Í06 Doctrine d'Omene 3 Prêtre & Confesseur.
-• Epiphane semble fixer le nombre de ces Livres , en dîfanf
III. Siécle. ^ue pon en comptoir jusqu'à six mille , mais cela n'est gue-
fíerej.óA.n 63. res croyable , à moins que fous le nom de Livres l'on ne
comprenne les .Homélies d'Origene 8c ses Lettres un peu
considérables 5 car saint Jérôme nous aílûre que cet An
cien avoit prononcé dans l'Egliíe plus de mille Homé
lies , 8c composé une infinité de Commentaires : Mille ejr
eo ampliùs T raBatus 3 quoi in Ecclejìà locutus est , edidit ;
innumerabiles frœtcrek Commentarios. (a) Mais le tems nous
a enlevé une grande partie de ces Ouvrages 5 8c pour com
ble de malheur , il ne nous est resté que la traduction de
la plupart de ceux que la divine Providence nous avoit
conservés. Les Sçavans remarquent que le stile d'Origene-
est doux , ( b\ net , poli 8c persuasif, íur-tout dans ses Ou
vrages de controverse ; car pour ses Commentaires , com
me il en avoit dicté la plus grande partie, le stile en est-
moins châtié 8c moins íuivi. II y a encore moins de fuite
dans ses Homélies qu'il prononçoit fur le champ 8c fans
aucune préparation. Mais son ouvrage contre Celfe est
parfaitement beau ; on y trouve des preuves très solides
en faveur des vérités capitales de la Religion Chrétienne y
le stile en est poli vif 8c preílànt -, les raifonnemens forts
*8c bien suivis.
V I. Nous finirons ces Remarques Préliminaires par
la réflexion très-judicieuse que fait Monsieur de Tille-
mont {c) sur le jugement que l'on doit porter du salut
d'Origene. Quoique ce fçavant Ecrivain de nos jours
prétende que c'est un point qu'il vaut mieux laiíïèr aux
jugemens impénétrables de Dieu , il reconnoît néanmoins
que nous avons grand sujet d'espérer que Dieu lui aura
fait miséricorde : « La charité , dit-il , qui l'a fait tra-
» vailler avec tant de zeie 6c tant de succès pour con-
n vertir les pécheurs , aura fans doute fauve aussi son ame
» de la mort, & aura couvert un grand nombre de fau_
» tes qui paroiílènt être plutôt venues de son esprit que
» de son cœur. II n'a point rougi de i'Evangile j il a coiu

(«ISaintJcrôrre.Epitre 41. à Pammach. (f) Tom. 3. de l'Hist. Ecdes. Pi


(b) Dom. Ccillicr. Tem, i.f. 780. 5*5.
Doéîr'me d'Orïgene 3 Prêtre & Confesseur. ioy '
fessé Jésus -Christ devant les hommes , Sc par ses « ~
paroles, òc par ía vie admirable , & par fès souífrah-c« ^* SrÉCLÉ*
ces. Pourquoi n'efpérerons-nous pas que jESus-CfíftiST «
le confefléra aussi devant ses Anges & devant son Pere' ? «
La grâce qu'il lui a faite de souffrir pour íbn nom les «
plus grands tourmens à l'extrémité de fa vie , nous est «
un grand gage de la gloire qu'il lui vouioic donner «
dans le Ciel , après l'avoir purgé par ce feu , & avoir t«
; brûlé les pailles mêlées parmi les pierres précieuses «
qu'il avoic élevées fur le fondement de Jesus-Christ.

"section I.

POINTS DOGMATIQUES.

í. f~\ Rigene étant du 3e. siécle de TEglife , tout '


doit nous paroître précieux dans ses Ouvrages -r
& si Pantiquité ne prescrit point en faveur de l'erreur ,
on peut dire au moins qu'elle donne beaucoup de relief
à la vérité. Puis donc que nous trouvons dans les'Ecrits de ' .
ce Pere une infinité de points de; Religion ,, clairement
établis & solidement prouvés, nous ne pouvons rien faire de
mieux que d'en extraire fidèlement tous les endroits qui
nous paroîtront conformes a la àóQrrínc de TEglife , qui
étant essentiellement inaltérable , n'est point différente au
jourd'hui de ce qu'elle. étóit du tems de cet Ancien. Nous
verrons par-là ce que l'Eglife penfoit alors, & ce qu'elle
pense encore à présent de l'inspiration divine des Livres
sacrés, des sens djfférens de l'Ecriture, du nombre des
Livres canoniques de l'un 8c de l'autre Testament ; de la
manière de lire 6c d'étudier l'Ecriture sainte. Nous ver
rons quelle est 8c quelle a toujours été l 'autorité de la
Tradition dans l'Eglife -, quelle est cette Eglise elle-même }
sur quoi elle est fondée ; quelles font ses prérogatives ,
fès. caractères 5 8c quelle doit être fa durée.
1 1. Nous verrons ce qu'elle a toujours cru fur la Tri
nité des Personnes Divines 8c leur parfaite confubstantia-
licé^ fur la Divinité du Verbe, la' vérité Sc les qualité*
O y
io8 Doctrine d'Origtne , Prêtre & Confesseur.
_TT*T T de son Incarnation } íur le Sacrement de Baptême , les
111. 9i£ • dispositions avec lesquelles il faut le recevoir 5 fur l'Eu-
chanstie , la Pénitence & autres Sacremens de la nouvelle
Loy. Nous verrons ce qu'elle a toujours pensé de la na
ture & des fonctions des Anges -, de la virginité de
Marie j de l'immortalité de Pame & des différentes situa-
tions où elle peut se trouver après fa séparation d'avec
le corps j du libre arbitre & de la grâce. Nous verrons
enfin ce qu'elle a cru dès le commencement fur plusieurs
autres points importans de Religion , dont il n'est pas
néceííaire de parler ici , puiíque nous allons le faire en
particulier des uns & des autres, suivant Tordre» des Ma
tières Théologiques que nous nous sommes proposées
d'observer exactement. Mais avant d'entrer dans le dé
tail de ces matières, le Lecteur fera peut-être bien aise
que nous lui donnions un petit essai de l'ouvrage d'Ori-
gene contre Celfe,où il trouvera, ai^ugement de Mon-
" íeur Dupin , & d'autres habiles Auteurs , Papologie de
la Religion Chrétienne la plus achevée & la mieux écrite
que nous ayons dans l'antiquité. Nous allons donc extrai
re de ce fameux Ouvrage les preuves qui nous y ont
paru les plus fortes en faveur du Christianisme ; & cette
matière fi intéressante fera le sujet du premier Chapitre
de cette Section.

CHAPITRE PREMIE R. ,

ARGUMENS EN F JVEVR DE LA

Religion Chrétienne.

I. T 'Ouvrage d'Origene contre Celse est cité avec


1 , éloge parEusebe, (a) Saint Jérôme, {b') & d'au-
tres Auteurs Ecclésiastiques. Euscbe nous le donne pour
un Ecrit très-propre à faire connoître ce que c'est que la
Religion Chrétienne , 6c la fausseté de tout ce qu'on a

(*) Liv c. Hist. Ecclcíí. 3Í.


v {b) Ej>it. S}.
Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confejjeur. 1O9
pû inventer pour la décrier & la noircir. Cet Ouvrage
est divisé en huit Livres , &. voici ce que j'y ai trouvé de siécle.
plus remarquable en faveur du Christianisme. La Reli
gion Chrétienne , selon Origene , prouve ses principes
par une espece de démonstration qúi lui est particulière 5
& cette démonstration est divine : Divina hœc eft ratio. Quatre Argu-
Elle est bien supérieure à celle qui n'est fondée que dans •me?5 Pri"cl>™x
1 • • j i»r 1 A- » n. J • n. en faveur du Chn-
Jes principes de 1 Ecole Greque -, celt une démonstration stíanismc. uv. i.
qui se fait par les effets sensibles de l'esprit & de la puis- eora.ceis.-^m.i.
sance de Dieu , comme parle FApôtre , c'est-á-dire , par & \°\})ìtôuwìù
les Prophéties qui rendent témoignage à Tesus-Christ , *dition de Dom.
o 1 • 1 'V r - ■ ' As J j r Charles de U Rue.
& les miracles qui le lont opères e# faveur de ía Doc- .
trine , comme il s'en faîsoit encore du tems même d'Ori-
gene , parmi les.véritables Chrétiens : Jllam (demonstra-
tionem ) fitam ejfse docet slpoftolus in oflenfoneJpiritûs & vir-
ttttis : Spiritus quidem propter Prophetias virtutis
autem propter miracula. Onr doit encore regarder com
me un argument bien fort en faveur du Christianisme la
victoire que Jésus-Christ a remporté sur le monde en
tier , malgré les Arrêts du Sénat Romain contre ses Dis-
ciples , les Edits des Empereurs , la fureur des soldats fk.
des peuples , la haine de leurs proches mêmes 5 ce qui
auroit accablé les Chrétiens , fi la puissance de Dieu ne
les eut protégé contre tant d'aíïàuts : Ut tot nndique hof-
tium infidìis cìrcumvallata ( chrifiianorum doiïrina ) baud
dubi'e oppressa fuifset , nifi dtvink virtute fajlentata. Voilà
les trois motifs principaux fur lesquels roule l'apologie
d'Origene en faveur du Christianisme. II y en ajoute en
core un quatrième qui est la doctrine de& Chrétiens consi
dérée en elle-même 3 la pureté de leur morale &; la sain
teté de leur vie.
II. Quant aux Prophéties , íl est juste d'ajoûter foy aux
livres des Juifs , du moins comme à ceux des autres na
tions, chacune pour ce qui regarde ses antiquités. Or on Argument tiré
ne peut douter de l'antiquité des Juifs , si l'on examine les ^ ,^hj"""n
preuves qu'en donne Joseph dans ses livres contre Appion 14. & p. 334. n.
& Tatien contre les Grecs. Si donc l'on ajoute foy aux l6'
histoires profanes , pourquoi ne le feroit-on point , par
exemple , aux livres de Moïíe ? Ou si l'on ne veut point
s'en rapporter à ceux-ci , quelle raison, a-tnon de le faire
11o Lhéîrinc d'Origénc 3 ^Prêtre & Confesseur.
III Sie le aux autres ? ^ Y a P^us» l'autoricé de Moïíe est bicnau-
' . ' 1 - L ■ deflus de. celle des Auteurs profanes „ à cause de ses nobles
3}f-:n- x> sentimens fur la Divinité , de la sagesse de ses loix & de íès
instructions qui servent à rendre les hommes meilleurs ,
de fa manière d'écrire , qui le met à portée d'être entendu
par toutes sortes de personnes. Moïse est plus croyable dans
ses récits,, parce qu'il rapporte tout à Dieu, ill est plus
3J7- 1?8- & croyable que ces Philosophes qui ont inventé des traními-
îj^-«.fj.,io.ii. grations fabuleuses des ames, non-feulement dans les corps
.humains , mais dans les animaux les plus; brutes & les plus
. féroces. II est plus croyable qu'Aristote & les Stoïciens qui
enseignent que Dieu «un corps,, qu'il est capable d'altéra-
rtion en lui-même , &. heureux en ce qu'il ne se trouve per-
; sonne qui le corrompe j au lieu que les Juifs Sc les Chré
tiens reconnoissent Dieu immuable , Sc lui dilènt avec un
tsaint Prophète j vous êtes toûjocirs le. même : Tu autem
idem ipfs a. Au reste les prophéties qui concernent, le Sau
veur íont toutes d'une évidence & d'une précision à per
suader tout le monde de la vérité des choses qu'elles an-
p.$ip.n. ^, noncent : Quarum omnium perjpicuitas, dr evidentia quemvis
kcioremferjuadere poteft ,ut ea prafertim credat quœ ad Chri-
flum pertinent.
t-iï*-m-àr> III. Origene rapporte ensuite les principales prophéties
qui ont prédit distinctement la naissance , la paillon , la
mort Sc les autres circonstances de l'avénement de Jesus-
Christ. Puis après avoir prouvé que ces prophéties ne se
trouvent accomplies, qu'en la personne du Sauveur , il
montre qu'il y a bien de la différence entre les faux Pro
phètes du Paganisme 6c ceux dont il parle. Les premiers
lìv. 7. p. 69f. n'éroient point animés d'un Esprit divin ; ils ne se con-
V*' oo97ôï69S' n°i'ï°ienc plus & paroiílòient comme poslèdés , lorsqu'ils
prononçoient leurs prétendus o/acles. Mais les vrais Pro
phètes du peuple juif , éclairés par l'Efprit de Dieu
voyoient beaucoup plus clair que de coutume dans le mo
ment de leur commerce intime avec Dieu. Les Prophètes
du Paganisme étoient desgens de mœurs déréglées j ceux
du vrai Dieu étoient des personnes de. probité , avant
.même qu'ils fussent inspirés de l'Efprit divin -, & ils n'onc
été choisis de Dieu pour être les dépositaires des saints
, oracles , qu'à cause de, leur bonne, vie , de leur fermeté
Ûotfrine dÔrigene 3 Prêtre (jr Confesseur: iii
.admirable , 8c de leur intrépidité dans les plus grands pé- fïï~sïïcTË"
lils & à la vúë de la mort. Tels font les Prophètes , qui
prophétisant de la part de Dieu , ont prédit ce qui con-
cernoit la personne du Sauveur , 8c une infinité d'autre*
choses , long-tems avant qu'elles fussent accomplies. Ils
propofoiént ouvertement 8c fans voile €e que leurs audi
teurs av'oienc intérêt d'entendre fur le champ , & qui
pouvoit servir à la correction de leurs mœurs ; mais pour
Jes mystères les plus íublimes qui demandoient une intel
ligence au-dessus du commun , ils les prop'oíoient d'une
manière énigmatique. Voilà quels étoient \ielon Origene ,
les Prophètes qui ont parlé en faveur de la Religion Chré*
tienne. Pourroit-on raisonnablement leur refuser créance,
8c leur témoignage n'est il point d'une autorité absolue
dans les vérités qu'ils annoncent ? . .
IV. Les miracles qui se sont opérés" en faveur de la Argument tiré
même Religion sont encore d'un grand poids ^ ils étoient Jes Mincies oPe-
d'une telle notoriété , que ks' ennemis du Christianisme ne chrinLi^soic! "
pouvant les nier , -étoient obligés de les attribuer â l'ârt L>v.i p.4*x.é>r.
magique &á l'opération du Démon. Mais Origene réfute ""îî o'f-
excellemment cette calomnie grossière , en faisant voir que
les miracles de Moïse , des Prophètes , de Jesus-Christ
8c de ses Disciples , ne peuvent être soupconnés d'aucun
artifice. Les moeurs de ces grands personnages , leur doc
trine, 8c les effets qui en suivent, en sont des preuves sans
jreplique. Ils pratiquoient eux-mêmes les premiers ce
qu'ils enseignoient aux autres j ils n'enseignoient rien
que de très - digne de Dieu , conforme à la raison ,
utile aux bonnes mœurs 8c à la société civile. La doctrine
qu'ils enseignoient détournoit les hommes du péché au
quel ils s'abandonnoient auparavant , 8c le fruit principal
de leurs miracles étoit le salut des ames. Moïse a formé th>. i. p. 4*í.
une nation entière , gouvernée par des loix saintes 8c des 4*7"*
mœurs pures ; Jesus-Chrîst a rassemblé toutes les na
tions dans la connoissance du vrai Dieu 8c dans la pratique
des maximes les plus conformes à la raison. Tous deux ont'
eu besoin de miracles -, l'un pour faire reconnoître fá vo
cation , 8c établir le cuke de Dieu ; l'autre pour prouver íà
divinité , 8c faire recevoir l'Evangile dans tout le monde.
Or'les charlatans ne -cherchent point à corriger les hom-
1i1 Dottrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
" mes , ils n'en font pas capables , étant eux-mêmes tres-
III. Siécle, corrompus ; d'ailleurs leurs prestiges ont peu de suite.C'est
lìv. 6. p. jí8. ainsi" que Tiieodas ne fut pas plutôt mort , que tous ceux
u' cju'il avoit attirés à fa fuite se dissipèrent ; c'est ainsi que les
Simoniens abandonnèrent la doctrine de leur maître après
fa mort , de façons dit Origene , qu'à peine en trouvoit-on
trente de son tems. •
Suite du même V. Il n'en a pas été de même des Disciples du Sauveur.
Argument. lìv.i. Témoins oculaires de fa résurrection 6c des autres mer-
p. 3^8.0.3.1. veiues qU«ii avoit fait pendant fa vie , 6c persuadés de fa
divinité , ils abandonnent leur patrie pour aller prêcher
par tout le monde la doctrine que ce divin Maître leur
avoit enseignée -, ils affrontent avec une fermeté éton
nante les périls 6c la mort. Ils disputent contre les Juifs ,
les Gentils , 6c persuadent leurs esprits , quoi- qu'ils ne
nL™' 81 77*' ' fussent rit sages j ni fçavans , mais des Publicains 6c des pé
cheurs qui n'avoient aucune teinture des lettres. La mort
honteuse de Jésus -Christ devoit naturellement avoir
effacé l'opinion avantageuse qu'ils avaient conçue de fa
personne sacrée j 6c l'ayant vû mourir comme le reste dos
hommes, ils dévoient íe regarder comme trompés , 6c êire
les premiers á condamner leur erreur. Puis donc qu'ils ont
fait tout le contraire , comme l'on vient de dire , il falloit
qu'ils fussent bien persuadés des miracles du Sauveur , 6c
particulièrement de la vérité de íà résurrection ; il falloit
uv. i.f. 44Í. que Jésus-Christ fût plus qu'homme , pour qu'il enga-
n,?s' geât des gens sifoibles d'eux-mêmes , si destitues de tout
secours humain à répandre fa doctrine 6c fa religion par
toute la terre , malgré l'opposition des.Itois 6c des Princes ,
du Sénat 6c du peuple Romain , 6c généralement de toutes
les puissances du monde. Car enfin d'où leur pouvoit venir
cetfe force , si ce n'est de Dieu même ?
Suìtc du meme VI. En vain voudroit on révoquer en doute la réalité
Argument. lìv. 3. des miracles dont il est fait mention dans l'Evangile. Ceux
?-4 3'"-3í. jes onc mjs par £cric çont hors je tout fOUpçon de
mensonge. C'étoient des gens d'une grande sincérité , 6c il
suffit délire leurs écrits, pour fè persuader de leur candeur.
On n'y voit rien qui approche du déguisement de l'arrifice
ou de l'imposture. Des personnes comme les Evangélistes
qui n'avoient jamais appris dans les Ecoles des Grecs' les
subtilités


"DoÛrìne d'Origene > Prêtre & Confefîettr. ii j
subtilités de rare , n'étoient guéres en état d'inventer
des faits si propres d'eux-mêmes à* inspirer aux hommes & SieclEj
Ja foi &. le désir de vivre conformément aux régies de la
morale la plus exacte & la plus sévère $ & nous avons
grand sujet de penser que le Sauveur ne s'est servi de p».
reils héros pour annoncer son Evangile , qu'asin qu'on ne
.pût s'imaginer qu'il se soutînt par l'illusion de quelques
sophismes. Les Apôtres étôient si éloignés de cette super- Lìv Xií.401 ai
chérie , qu'ils aimoient mieux souffrir tous les tourmens Sc m-ó* u*
la mort même , que de bleílèr la vérité feulement d'une
parole , & qu'ils rapportent de bonne foi ce qui pourroic
paroître honteux î leur maître & à eux-mêmes.
VII. Les Disciples même de Jésus-Christ fai soient
des miracles dans les premiers siécles } &il en restoit en- •
core des vestiges du tems d'Origene: Supersunt etiam nunc Suite du mêm«
frodigiorum vestigia ttpud eos qui vivunt juxta voluntatem £^8"™c^t1i''I;■ I#
ipfius. Ils guérissoient diverses maladies yéc par les lumières
qu'ils recevoient de Dieu , ils pénétroient quelquefois dans
l'avenir. Ils chasioient les Démons fans cérémonies magi
ques , ni application de droguesj mais par des prières &: de ibu.p.^.^.
iimples conjurations, & sur-tout par leíaint Nom de Tesus 6-
t*l • • r • o J r ' Liv. 7. p. 696.
qu ils prononçaient avec une conícience pure & une roi „_ 4# f .
ferme : « Le Nom de Jésus , ajoute ce Père , avoit tant «
de force contre les Démons , qu'il est même arrivé quel- «
quefois , que prononcé par les médians , il ait produit «
ion effet » : Tanta certè vis nominijefu intst contra damones , £ív , ^ n
ut nonnumquam , etiam à malis nominatum , fit effîcax. 6.
Quand donc il seroitvrai , continue Origene, que nous «
ne pourrions montrer par quelle vertu Jésus-Christ «
faiíoit des miracles $ au moins est - il constant que les «
Chrétiens «qui opèrent de ces merveilles n'employent ni «
charmes , ni conjurations , qu'ils ne font cju'invoquer «
le nom de Jésus , & ajouter quelques autres paroles «
qu'ils prennent de l'Ecriture. »
VII f. Mais le plus grand miracle que le Sauveur âit
opéré par ses Apôtres & ses Disciples , c'est la victoire que
ceux-ci ont remportée fur-tout le monde,8t le progrès éton
nant de l'Evangile. Toute la puiílance Romaine n'a pû
empêcher que la parole de Dieu , sortie d'un coin de la
Judée , ne le répandît sur tefts les hommes • elle a prévalu ' 4" *'
Tome II. ' P
114 Dotfrìne d'Origcnt } Prêtre & Confesseur.
- malgré les efforts des Démons qui avtjienc soulevé les
m. SitCM. princes 9 les Rois , le Sénat & les peuples contre le nom
Chrétien. Le Verbe de Dieu plus puissant que tous ces
obstacles , s'en est servi pouf étendre & affermir la Doctrí-
' lìv. t. p. j44. rlfe qu'il étoit venu annoncer. Tout le monde s'est rendu à
î4j.».ií. ses íoix , non-feulement les sages 6c les personnes de pro
bité , mais les plus déraisonnables , les plus passionnées &
iès plus difficiles à convertir ;& cela en íî peu de tems , que
jamais aucune histoire n'a rien raconté de semblable d'au
cune aùtfe Religion. Or est-il vrai -semblable que les Apô
tres , hdmmes ignorails & vulgaires # ayent osé entre
prendre de soumettre toute la terre aux loix de Jésus-
Camst , s'ils ne se fussent sentis soutenus par une vertu
md.p. m?, ». divine ? Peut-onaulïî s'imaginer que leurs Auditeurs euf-
!»• sent quitté les ancienpes coutumes de leurs ancêtres , pour
embrasser une doctrine qui en étoit si éloignée , fans avoir
été touchés par une puissance extraordinaire , & par des
faits mimculeux ? Et ce qu'il y a encore de plus prodigieux
dans la conversion des Infidèles , c'est qu'au rapport de
notre Ancien , il s'en est trouvé plusieurs qui se font sentis
comme forcés intérieurement á fc faire Chrétiens 5 un Ef-
* lìv. i.p. ìér. prit secret faisant tout d'un coup fur le leur une impression
}•*.». 46. îì vive & si pressante , & produisant en eux un tel change
ment , que d'ennemis du Christianisme, ils en devenoient
les défenseurs 6c les martyrs. Origene assure en avoir vû
divers exemples de ses propres yeux. Multa ejusmodi novi-
mus , dit-il , qua fi feriberemus , tametfi illorum oculati testes
fuerimus , benignam risùs materiam frœberemus incredulis.
» Or Dieu , ajoûte-t-il , qui" connoît le secret des confeien-
» ces , est témoin que ce ne sont point ici des fables que je
» débite en faveur de la Doctrine de Jesus-CArist •> mais
» des faits ó^idens dont je me fers pour l'affermir ». Je ne
fçai ce que l'on pourroit ajouter â tous ces puissans motifs y
quand même il s'agiroit de convertir les plus opiniâtres de
tous les hommes.
Argument «ré IX. Au reste la doctrine des Chrétiens considérée en
de b1 doctrine des ene même est une preuve suffisante dela divinité de leur
Chrétiens. Uv. i. r i n ■ ' n i
$. 315.». 7. Religion. Car 1". cette doctrine est connue de tout le
monde. 11 n'est personne qui n'ait ôiii parler de J e sus
fié d'une Vierge & mort fur une Croix 3 tout le monde a
DoSìrine i'Qrigene t Prêtre & Confesseur. 115
entendu parler de la résurrection du Sauveur , du Jugement |77"T
á venir , où les méchans feront punis , &; les bons récom- ' l*Cl■E^
pensés selon leurs mérites. On feait ausfi ce que pensent
les Chrétiens de la résurrection générale , quoi que cet
article soit le sujet des railleries des incrédules. i°. Cette
doctrine est bien supérieure à celle des autres nations. Les
Infidèles adorent des bêtes , des statues , ou quelques au
tres créatures i les Chrétiens portent leur culte au-dessus
de toutes les enoses visibles ou créées , jusqu'à celui de qui
tout dépend 3 & qui voit jusqu'aux plus secrettes pensées.
11s voyent par les lumières de la foy , & par les premières
& les plus communes idées de la nature , que Dieu étant i*v. j. $. 47ï«
un Etre bien au-desíus de la matière corruptible , il ne peut
être honoré dans ces choses inanimées fous lesquelles les
Infidèles prétendent le représenter 5 que les idoles ne peu
vent passer pour des divinités , puisqu'elles ne font que les
ouvrages de la main des hommes j St qu'elles ne font pas
â comparer avec le souverain Dieu qui a créé, qui sou
tient &. gouverne touc l'Univers. } °„ La doctrine des Chré
tiens est auffi exacte dans la morale que dans Je dogme.
Elle donne â tout le monde des préceptes proportionnés Ltv- $• f- 48?
à leur âge &: à leur état. Elle enseigne aux épaves â deve- * i*-&f*£-4*i-
nir libres par les nobles sentimens qu'elle leur inspire. Elle
exhorte les femmes à n'être ni infidèles <pi fâcheuses â
leurs marîs , & à s'éloigner des spectacles. Elle s'oppose
aux desordres des jeunes gens. Elle prêche à tous [ç mé
pris des choses sensibles 8c périssables. Elle porte à l'amour
des biens spirituels & invisibles. En un mot , elle apprend
aux pécheurs à ne plus pécher ; elle remplit les jftmples d'une
prudence consommée , & elle conduit tous les hommes à la
béatitude.
X. 11 n'est pas étonnant après cela que tes Chrétiens
menent une vie fi pure & fi innocente j & que des gens
instruits de la forte, comparés aux.lrifidéjes^ soient cpmme
les lumières du monde : « Car , dj.t Origene , qui'ne « uv.i. p. 4«,
conviendra que les moins méritans parmi eux , dont le te »■ «■*■ & 3°«
nombre est petit en comparaison des. meilleurs , j»e- valent «1
beaucoup mieux que ceux qui composent les -assemblées «
populaires des Payens? L'Eglife de Dieu, qui està.Athé-.çt
nés , est douce & paisible , né cherchant en tout qu'à ç<
Pij

N
n6 Doéfrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
— » plaire à Dieu j l'assemblée des Athéniens est séditieuse
III. Siécle. nuliement comparable à celle-ci. II en est de même
» de l'Eglise de Corinthe & de celle d'Alexandrie , com.
» parées avec les assemblées populaires des mêmes Villes.
» Quiconque voudra l'examiner fans passion , s'étonnera
» que l'on ait entrepris & que l'on ait pû exécuter de for-
» mer par tout de ces divines assemblées ». Les Chrétiens
sont prêts à tout souffrir plutôt que de renoncer à la pieté.
Ils conservent soigneusement le lien dé la société civile ,
Vv. 7. f. 7ij. qui est la justice -y ils pratiquent la bonté & l'humanité. 11s
^ s'appliquent à dompter les inclinations» les plus violentes
des plaisirs sensuels. On en voit parmi eux qui gardent
une virginité perpétuelle , non en vue des honneurs ou
.des récompenses du siécle , mais pour la gloire de Dieu.
Vv.u p.jAí. Plusieurs d'entr'eux s'abstiennent des plaisirs qxi*il leur est
n. k. permis de prendre dans un mariage légitime , afin de ser
vir Dieu avec plus de pureté. Enfin ils font si sincères dans
leur Religion , qu'ils aiment mieux souffrir toute rorte de
supplices & de morts , que de lâcher la moindre parole
contre le Christianisme j & en pareils cas , dit çxcefiem-
zèv.7..f. ym ment notre Auteur , no'us abandonnerions plus aisément
3?' la vie , qu'un Philosophe ne feroir son vêtement : Etfa-
ciliàs fietatis. causa corsus exuamus , quàm Philofophus dépo
nent veftem. Voilà un petit précis des endroits les plus re
marquables que j'ai vu dans l'ouvrage contre Celse , en
faveur du Christianisme. Ceux qui ne se sentiront point
assez touchés de ces extraits 3 ou de la manière dont je les
propose , peuvent recourir à la source , où ils trouveront
ce qui manque ici..

CHAPITRE II.

PE L'ECRITURE SAINTE:
& de la Tradition.

Inspiration Ai- I. L 'Ecriture sainte , selon la doctrine d'Origene , est


vine de l'Ecriture.
Liv. i. VtrUrch.- — inspirée
i de Dieu 5j c'est
-- -l'òuvrage
^ du Saint Esprit.
i
x#m. uf. *9, » On prêche ouvertement dans les Eglises , dit ce Peref,
»j que le Saint-Esprit a inspiré cous les Ecrivains sacrés,
"Doctrine d'Origene 3 "Prêtre & Confesseur. 1*7
íôíc les Prophètes , soit les Apôtres , & que c'est: le même « ~
Esprit qui les a inspiré les uns & les autres. >» Sanè quod iste * Siécle.
Spiritus unum quemquefanílorum vel Prophetarum , vel Apo-
fiolorum injpiraverit manifeftijjìmè in Ecclejìis fra-
dicatur. 11 enseigne aiHeurs en termes formels que toute
l'Ecriture est inspirée de Dieu : Omnem-fcripturam divinisas
datam. Que les Livres saints ont été écrits par le souffle
de l'Esprit divin : E» afflatu íanfii Spiritus fcrìptis : ÌJL íS"r Ies pscaumeî-
yr> , r ~ r 1 / ' J n/ J, n i C • . l./>. 517.
t-m7Tvoicu: m «j<B GtTi/íufwixiç cw aytytyfzjtftfj ar -, que c eít le Samr-
Esprit lui-même qui a donné les divines Ecritures aux hom
mes par l'orgaríe des Ministres dala parole -. Spiritusfanílus
fer Miniflros verbi ista fubjecit. Enfin que les Chrétiens s'ac-
eordent avec les Juifs touchant la vérité de cette inspira
tion : Dicemus in confejso ejfse apud utrofque sacros libros cdfi. Tom. 'T. jt!
scriptos cjsc divino Spiritu : tu @&A.íx òi'io y>y£st<pScu tsrteviyni. íi}.». 60.
On sent aflez par toutes ^es expreflìons d'Origene qu'il
s'agît chez lui d'une inspiration immédiate , d'une véri- ■
table révélation accordée généralement à tous les Auteurs
sacrés , soit Prophètes , soit Historiens , &c.
II. OnVene ne s'est point contenté de nous dire en Raisons qui prou-
r> P- 1 .r- • r- n. i> 1 o • vent la divinité de
termes si clairs que 1 Ecriture lainte est 1 ouvrage du Saint- l'Ecriture. uv. 4.
Esprit j c'est une vérité dont il tâche de nous persuader r*runk. Ttn, 1..
par les raisons les plus concluantes.- La première est tirée £ ,7^ j'7,
du consentement unanime de toutes les Nations , qui ont
reçu la doctrine renfermée dans l'ancien & le nouveau
Testament. II y a eu , & parmi les Grecs , & parmi les
Barbares plusieurs Législateurs & quantité d'Auteurs qui
se sont flattés d'amener les hommes à la connoiílànce de
la vérité par le moyen de leur doctrine ; mais il ne s'en est
point trouvé qui ait inspiré â toutes les Natioas Penvie
d'embrafler leur discipline. Lesi Philosophes eux-mêmes , Première raison,
malgré l'appareil de leurs raiíbnnemens & de leurs dé
monstrations , n'ont pu gagner difFérens peuples } ils n'ont
même osé l'entreprendre , étant bien persuadés que la
chose ne leur étoit pas possible. 11 étoit réservé á l'Ecri
ture sainte de porter une infinité de Grecs & de Barbares
à se soumettre aux Loix de Moïse , & de recevoir avec
docilité la doctrine de l'Evangile. II. étoit réservé à ces
Livres divins de porter des Nations entières à quitter leurs
anciennes coutumes & la Religion de leurs ancêtres j .poux
Ii8 Doéh-ine cPOrigme 3 Prêtre & Confesseur.
. s'attacher à une discipline qui les rcndoit odieux aux Infi
ni. Siécle, jeles } & jes mettoit en danger de perdre la vie. u Que
» fi l'on fait attention , ajoûte Origene, en combien peu
m de tems & au milieu de combien de persécutions cette
» doctrine s'est trouvée répandue 6c établie par toute la
» terre , on ne doutera plus qu'un progrès fi étonnant ne
» soit au- dessus des forces humaines : Rem humants virì-
^ » bas majorent dilere nòn dubitamus. »
Deuxième Rai- 1 1 1. L'autre argument d'Origene , en faveur de Pin.
son. ibid. f. ij8. soiration divine de l'Ecriture^ est fonde fur l'accomplis-
3- sèment exact des Prophéties qui y font renfermées. Ces
Livres divins nous«annoncent í'avenement du Sauveur ; ils
prédisent qu'à cet avènement il n'y aura plus ni Princes
ni Chefs dans Juda , aussi voyons-nous que depuis l'Incar-
«• nation le peuple Juif est entièrement désolé, qu'il n'a plus
ni temple , ni culte } ni sacrifices. L'Ecriture , parlant du
Messie , dit que la grâce est répandue fur ses lèvres ^ elle
i»gt 160. ». í. juj donne une langue dont l'agilité reíièmble à celle de
la plume d'un habile Ecrivain , ce qui fe trouve parfaite
ment accompli dans le progrès étonnant de la doctrine
du Sauveur qui s'est répandue par tout le monde en si peu
de tems. II est encore prédit dans les divines Ecritures que
le Sauveur devoit naître d'une Vierge à Bethléem , à la
fin çjes 70. semaines d'années marquées par Daniel -, &
tout cela se trouve accompli au pied de la lettre. Or un
accomplissement si exact de tant de Prophéties , fournie
bien des preuves en faveur de l'inspiration des Ecritures.
T*£t 161. ». 6. j-i'is autem demortflrat'ts jïmul etiam arbitror illud
approbation , quod & fcrìptura divinitus injpiratx fìnt.
Et il falrbit même , félon Origene , que ces Prophéties
fu fient accomplies , pour que l'on pût prouver manifeste-
. ment la divinité des Livres qui les contiennent: « Car, dír-
« il , quoiqu'ils fuslent inspirés de Dieu avant l'accomplis-
» sèment de ces prédictions , on ne pouvoit néanmoins
>M montrer par des argumens clairs que ces Livres fuíîènc
»j véritablementînspirés -, mais l'incarnation metlesîncré-
r> dules à portée de reconnoître cette vérité importante. i>
Remarquons ici qu'Origene ne dit point absolument qu'a
vant rincarnation l'on ne pouvoit montrer l'inípiration
des Livres de í'ancien Testament j mais qu'on ne pouvoit
Dotfrine d'OrigcnPj Prêtre & Confesseur. 119
la montrer par des preuves évidences , manifejlis argu- jjj Siécle
mentis } parce qu'il n'y avoic effectivement que l'accom-
plissement des prédictions qui y font renfermées,q«i pus
sent amener la chose à ce point d'évidence où elle a été
par l'Incarnation du Sauveur. II a donc toujours été très-
constant que les Livres de l'Ecriture font inspirés de Dieu ;
mais cette vérité n'est devenue claire, sensible & évidente
que par J^ccomplifíement des Prophéties : Chriffi autem
adventus 3 ce íònt les paroles de notre Auteur , iis qui fujpi- pagt itu ». 6.
tari foterant Zegem & Prefhetas non effe divinos , ferfficuè
declaravit cœlefit gratiâ effe confcriptos. « Et , comme il «
dit encore* un peu plus bas , la lumière de Moïse , qui «
ctoit comme voilée avant l'Incarnation , a éclaté par «
] 'avènement de Jésus- -Chris t. » Lumen Moïses. . . .
quod velamine fbteçebatur , advenieate Jefu Chrijìo , rcfulfit,
IV. Au reste íî dans plusieurs endroits de l'Ecriture
on ne remarque rien qui fente la majesté divine $ si des
personnes peu instruites n'y apperçoivent point certains
caractères de divinité > ce n'est pas unepreuve que ^Ecri
ture en soit destituée en elle-même. Comme dans Tordre La bassesse appa-
naturel il y a des choses qui nous découvrent peu la puis remède ['Ecriture
fance ÒC la sagesle du Créateur, & dont les incrédules tâ- ï£EèZJÌ
chent de se prévaloir , quoique cela n'empêche pas les son inspiration,
personnes sensées de reconnoître une providence qui veille £*^'%f^r**,,f*i
à tout; ainsi doit-on se persuader de la divinité de toutes f' 1 3'"'7*
les Ecritures , encore que souvent la lettre ne présente
rien de sublime ; car elles font un trésor caché dans des
vases d'argile , afin que la puillànce furéminente de Dieu
qu'elles enferment ne soit point attribuée au langage &:
aux expressions humaines. Et en effet si l'on trouvoic
dans ces Livres divins une éloquence persuasive
insinuante , ce seroit à la sagesse humaine que nous
serions redevables de notre foy , 6c non â la vertu de
Dieu. Ce n'est donc pas une objection à proposer contre
la divinité de l'Ecriture , que nous ne puissions , â.cause
de notre peu d'intelligence , arriver à la connoissance des
mystères qu'elle renferme dans les endroits de la lettre
qui nous paroiísent les moins relevés : Neque Scripturœ
divinisait fer eam totam diffusa quidquam detrahitur , ex ço
quod inqenii nofiri imbécillités in unàquaque dicíione minime
Tio Doftrine â'Orlgenc } Prêtre & Confesseur.
—;—' pojjìt perventre ad arcanum sententiarum fplendorem in humìïi
III. Siécle. ^ ayjeftà, 4ocutione delitescentem. Cette maxime est de la.
dernìíre importance 5 elle impose silence au libertinage
& á l'incrédulité.
iinyariend'i- V. Si l'Ecriture sainte est inspirée par tout, comme
nutiic ou de Tu- OriVene vient de renseigner , c'est une suite nécessaire
pcrflu dans l'Ecri- , °t. c . °ìy. •■ - i r n
turc. Homélie i7. quelle ne renferme rien d inutile & de superflu. Notre
sur hsNomb. Tom. Auteur le dit formellement dans Ion Homélie^. fur les
*• f' M' Nombres , en ces termes : « Nous ne pouvons dire de I'Ê-
» criture sainte, qu'il y ait rien d'inutile ou de superflu,
m quoiqu'elle paroisse obscure á quelques, personnes en
-» plusieurs endroits:» Sed non pojsumus hoc dicere de fa.ncti
Spiritus litteris , quod aliquid in eìs otiofum fit , aut super-
fluum , etiamfi aliquibus videantur obscura — La sagesse de
Dieu , dit-il ailleurs , s'y «fait sentir jusques dans la moin
dre lettre : vcl adunam ufque litíerulam. Et il n'y a pas jus
qu'au moindre iota, & jusqu'à la moindre syllabe donc
on ne tire avantage , quand on sçait lire comme il faut
ces Livres divins : Sed & arbitror neque unum iota effe
aut unum apicem in Scripturà qui opus fuum non efficiat in
his qui virtute litterarum uti fciunt. L 'homme spirituel ,
comme un habile Botaniste , fait l'estime qu'il doit des
moindres choses qu'il trouve dans l'Ecriture ; il içait l'u-
sage qu'il en doit faire , &. il reconnoît qu'il n'y a rien de
superflu dans ces Livres divins : Jnvcniens .... nihil ejje
in Scripturis fupervacancum. Gardons nous donc nous au
tres , conclut ce savant Pere de l'Eglise , de mépriser
aucune partie de ces Livres sacrés , & n'allons point troy-
bler cette eau divine. Nourrissons- nous de tout ce que
nous voyons dans ses saints Evangiles , & n'en rejetions
«en î « Car comme l'art de Dieu , dit-il encore ailleurs ,
» ne se fait pas feulement apperce voir dans le Ciel ,1e soleil ,
wlalune&iles astres, mais dans la terre &; la matière la
» plus vile ; ainsi sommes-nous persuadés qu'il n'y a pas la
» meindre lettre dans l'Ecriture sainte on le Saint -Esprit
»> ne donne quelques instructions (alutaires , & où il n'ait
«imprimé quelques vestiges de fa sagesse divine »:EtJt7igu-
lis , utita dicam , litteris..,. vefîipct stpientiœ imprejjerit.
peut-on rien ajouter à tet éloge de l'Ecriture sainte ■>
yj. Une autre conséquence qui esta tirer de respi
ration
*
Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur. 12.1
ration de l'Ecriture , est que ces Livres sacrés n'annon- jjj Siécle.
cent rien que de véritable. Ce qui prouve, par exemple, que
les Evangélistes ne rapportent rien que de vrai dans leurs v«ité del'Ecri-
> n. «m., r r a r, k 1 ture. Liv. ». cont.
écrits , c est qu ils le lont eux-mêmes expoles a Ja mort Ceije tom. ^
& aux tourmens en faveur de la Religion qu'ils y ensei- 395- »• l0»
gnent. Or il n'est pas croyable que les disciples de Jesus-
Christ eussent témoigné tant de fermeté & tant de
constance au milieu des périls où ils se sont vus exposés ,
si les faits qu'ils racontent n'euflènt été que de simples' • "
fictions j ôc il faut qu'ils ayent été bien persuadés de la
vérité de ces faits,pour avoir souffert autant qu'ils ont fait ,
en considération de celui. qu'ils regardoient comme Fils de
Dieu. On ne peut donc soupçonner de mensonge les saints
Evangélistes , puisque c'étoient d'ailleurs des personnes sin,
ceres,dont la pieté &. la candeur íè fait sentir dans leurs zivn 3. ««.
écrits : on n'y découvre rien qui fente le déguisement, I'arti- Ciis.p. ^j. «. 3?.
fice, la fourberie ou l'imposture : Nihii in eis autJpurium , aut
dolofum ,attt fiítïtium , autvafrum\ « & je crois , dit Ori. «
gene, que Jésus ne s'est servr de tels héros pour an. «
noncer ía doctrine , qu'afìn qu'on ne pût s'imaginera
qu'elle se soutînt par l'illusion des fophistnes : » 'Equïdem
crediderim talìbus sua doíirvnœ mayflris Jefum hac mente uti
voluiffe, .... ut fujpicandi locus non efjet car» nitl arytmentis
ad veri fpectem compojitis.
V 1 1. On remarque encore dans' les divines Ecritures. Simplicité de
une simplicité admirable , bien éloignée de l'elóquence 2|j?2ttjïi£
affectcc des Auteurs profanes 5 parce que les Ecrivains ». 1.
sacrés n'ont pas eu seulement en vûë de uire des choses
véritables;mais qu'ils ont voulu auïsi les dire d'une manière
propre à gagner la multitude , afin qu'etant ainsi attirés ,
un chacun pût ensuite s'élever , selon sa capacité , aux
mystères cachés íous la simplicité de la lctire : Nostrt Pro- Vage «30. ». xÁ
phetœ &. ... Apofloli curarunt , ut sua prœdicandi ratio effet
ejufmodi , quœ non folùm vera doctret , fed etiary vulgi allice-
ret animos 3 donec finytli ad arcana fub verbisinjpcciem
jtmplicibus latentia , pro fuis quisque viribus connitertntur.
La simplicité de l'Ecriture fait qu'elle est entendue de
tous les hommes 5 au lieu que les Ecrits de Platon & des
autres Philosophes n'étoient d'usage que pour les gens
d'esprit & les fçavans. Et si l'on compare ensemble les
Tome II. '
lit Doftrìne d'Órigene } Prêtre Confesseur.
ouvrages des Aueurs (acres & profanes , l'on verra que
III. Siécle. ia simplicité des premiers a procuré bien plus d'avantage
que l'éloquence affectée des autres.
VIII. Malgré cette simplicité des Livres divins , on
Obscurité de l"E- ne laisse pas d'y sentir de l'obsourité en bien des endroits 5
ctiture. Livre j. &. une preuve qu'Origene en apporte dans son ouvrage
ecnt. Cels. tom. t.
4J 3- »■ contre Celíé , c'est que des le commencement du Christia
nisme, & du vivant des Apôtres , il y a eu parmi les fidè
les des contestations fur le sens des Ecritures : Neqtte bit
itovit , dit ce Pere , parlant de Celte ,jam tum ab initia fuisse

la Loy de Moïse, & sur la Résurrection , quelques -un»


prétendans íju'elle étoit déja faite. Et saint Paul nousfair
aflez sentir qu'il y avoit deja de ces contestations de son
vivant , quand il recommande à Timothée son.diítiple y
d'éviter les nouveautés profanes dans la doctrine : « Car
» il est clair , dit Origene,"par cet endroit de l'Apôtre,
» que dès le commencement du Christianisme il y avoic
» certaines personnes qui donnoîent de mauvaises inter-
»> prétations aux mystères de la Religion : » Et ex ijìo loco ;
Devitans prof.inas vocum novitates.. . . planum fit jam tum ah
initia. ... pravè fuisse à cjuibufdam inteUeHn myflcria. Or sis
les Chrétiens, du vivant même des Apôtres , ont trouvé
de l'obscurite dans les Livres divins , faut-il nous étonner
que nous en trouvions aujourd'hui, nous autres qui som
mes si éloignés des premier siécles de lTgliíe ?
I X. Origene prouve encore cette vérité par quelques
Suite du même exemples tirés de l'Ecriture , où les plus simples d'entre
sujet. Lìtj. 4. Fé- les fidèles , dit-il , apperçoivent des mystères que les plus
ri.irch. tom. ]. /.
166, n. p. éclairés reconnoislént au-delìus de leur pénétration. Tels
sont l'inceste de Loth avec ses deux filles, les deux fem
mes d'Abraham , les deux soeurs qui épousèrent Jacob ,
& les deux servantes dont ce Patriarche eut des enfans.
On reconnoît que ce sont là des mystères , mais des my
stères que l'on n'entend poínr. Il en est de même de la
forme du Tabernacle , que Ton doit, dit-on , interpréter
dans un sens figuré 5 mais quand il s'agit de défigner ce
sens ^ ou l'on se trouve obligé d'avouer íbn ignorance ,
Dothrine ctOrìgen? . Prêtre &Confejfcur. nj,
ou l'on se trompe íouvcnc dans celui que l'on donne : & "
ce n'est; pas seulement dans l'ancien Testament que l'on * î>IECLE«
trouve ces difficultés ; le nouveau a auífi les siennes , que p"*' *<7«*»*
l'on ne peut éclaircir fans la grâce qui a étfc donnée à ce
lui qui disoit : (a) Pour nous , nous avons l'efprit de Jesus-
Chr.ist, pour comprendre les dons que Dieu nous a •
faits : Et fi ad Evangelia accedimus , illorum etiam accurra-
tus sensus eget gratta qua data est ei s qui dixit : Nos autcm
Christi fenfum habemtts , ut fciamus qua à Deo donata funt
nobis. Peut-on lire , ajoute Origene , l'Apocalypse de saint
Jean , sans s'étonner de la profondeur des mystères que
l'on y découvre? Et les Epitres même des Apôtres ne p?-
roislent-elles point aux plus habiles, obscures 6c difficiles
á entendre ? , "
X. Cet Ancien étoit si persuadé de la vérité qu'il „ Suite du mêm
■ f r i- a >•! • ji sujet. P. 1 38 n.ií.
vient de prouver il iolidement, qu u ne -craint point d a-
vancer que le grand Apôtre lui-même n'a cínnu qu'une
très- petite partie des sens mystiques cachés fous la lettre
de l'Ecriture $ &. que c'est pour cela qu'il s'écrie : O pro
fondeur des richesses de la sagesse & de la ícience de Dieu !
Et ce qui prouve , dit Origene , que cet Apôtre n'a jamais m
cru pouvoir arriver à une connoissance parfaite de ces
mystères , c'est qu'il reconnoît lui-même que les juge-
mens de Dieu font impénétrables , &. que ses voyes divi
nes ne peuvent être apperçûes des hommes. II ne dit pa-s
qu'il est difficile de pénétrer les jugemens de Dieu , mîis
qu'il est impossible: Non enim dicit difficile pojfe fcrutari
judicia Dei , fcd omnino non fosse. Auíïï Origene avoiie-t-il
ingénument son Jnfurrîlance fur ce point ; ôc ce n'est qu'a
vec une extrême modestie qu'il propose ses pensées fur le
sens mystique des divines Ecritures. «Je ne doute pas, « ^mú s.firk
dit-ij excellemment , qu'il n'y ait dans ces Livres saints « UvitiqUe,tom.í.
bien des choies qui nous font cachées, & qui font au- « f-1»0-»-*»
dessus de notre intelligence. Nous ne sommes point à «
comparer avec celui qui disoit : Pour nous , nous avons «
l'efprit de Jesus-Christ Je ne íçai pas même si «
je pourrois parvenir à l'intelligence mystique des en-«
droits les plus faciles , tels que font ceux qui concernent «
les sacrifices. » Admirons ici la modestie de ce grand
i.C»r. e. ». v. 16.
Qji
il 4 Doflríne d'Origene t Prêtre & Confesseur?
homme , si opposée à la présomption dés Novateurs , sor
III. Siécle, l'intelligence des endroits les plus difficiles de l'Ecriture.
XI. Nous finirions pas si nous voulions rappor
ter tous les beaux passages d'Origene touchant cette
matière. « Les Oracles divins , dit encore ce Pere ,
sufedUriesPseau- " nous apprennent que les Ecritures sacrées font fermées
mes, tom. r. p. » &. scellées :» Claufas obfignatasquescripturas esse sacras , di-
jií. n. i. vjna teaantur oracula. C'est: ce que nous apprend saint
Jean dans son Apocalypse , quand il dit que le Sauveur
tient la clef de David , qu'il ouvre, & que personne ne
ferme ; qu'il ferme & que personne n'ouvre. C'est ce qu'il
'nous enseigne quand il parle du livre écrit au dedans 8c
au dehors, que personne ne put ouvrira l'exception du
Lion de la Tribu de Juda. C'est ce qu'enseigne aussi le
prophète Isaïe, quand il parle d'un livre que les sçavans
ne peuventjjuvrír , & que les ignorans ne peuvent lire 5 ce
qui doit s'entendre non-feulement de l'Apocalypíe ou des
Prophéties d'Isaïe, mais généralement de toute l'Ecriture:
Jiac enifn non ad yJpocalypfim solum Joannis , aut lfa'iec va-
ticinia pertinere putandum est ; fedde universk scripturà. sacri
penitàs accipiendasunt. «M« «%i mícniç diíat ypdtptiç , que ceux
qui font médiocrement versés dans les Lettres divines , les
reconnoiílent pleines d'énfgmes , de paraboles & d'expres
sions obscures que l'on ne peut entendre que difficilement.
Mais en voilà assèz fur cette matière.
XII. Quoiqu'Origene reconnoisse tant d'obscurités
dans ces Livres divins , il ne laisse pas toutefois d'enseigner
11 y a dans TE. en. premier lieu , que Dieu y a renfermé des instructions
crituredequoim- suffisantes pour toutes les Eglises : QuafDei providentia )
toutes les Eglises dit cet Ancien , in sacris scripturts dédit omnibus Chrifii
He )esus"- Chtist. Ecclefïis adificationem. 20. II prétend avec raison que l'E-
îp. à Africain, to. . J i < l i_ r • » i •cr j>* »
i.p. i6.n. 4. enture , maigre les obscurités , ne lame pas d être utile a.
L'Ecriture est ceux P0' ^a H sent , même fans l'entendre. II en est , dit-il ,
utile mémeâ ceux de la lecture de l'Ecriture sainte , dont on ne comprend
<]ume ìcntcndent point l'esprit , comme des enchantemens qui agissent fur
pas. Hom. 10. fur f r > . 1 . b
jo/ué.tom. », p. ceux memes qui n entendent pas la lignification des paro-
44*. & 443. ]es dont ils font composés. La lettre &. le son des paroles
saintes de l'Ecriture , font comme un aliment qui nourrit
e» nous nos bonnes qualités , quoi-que nous ne nous en
appercevions pas , ôc qui leur donne une force capable ^le
Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur,
porter Tame â la vertu. Quant à nos mauvailes qualités, jjj ^ ~
étant comme entraînées St surmontées par celles qui leur
sont contraires, elles font obligées de céder aux charmes
divins de cette sainte lecture, jusqu'à devenir comme assou
pies. Ne nous lassons donc jamais , conclut Origene , de
îa lecture de ces Livres divins , quoLque nous n'en com
prenions pomt le sens -, mais qu'il nous soit fait selon la
íoy qui nous fait croire que toute l'Ecriture inspirée de
Dieu est utile : Non igitur animo langueamus , cttm audimus
scripturas , quas non intelliqjmus , sed fiat nobis fecundàm
fidem nojìram , quà & credimus 3 quia omnis scriptura divini-
tùs injpirata- utilis est. Car enfin , ou il faut convenir que
l'Ecriture n'est point inspirée de Dieu , si elle n'est pas
utile , ou qu'elle «st utile, si l'on croit qu'elle est inspirée
de Dieu.
XIII. 3°. II veut qu'on respecte les divines Ecritures il nc faut rien
jusqu'à y laisser les solécismes.sans rien corriger : tiEt nous « cc™'ger «m l'E-
devons , dit-il , nous imputer a nous-mêmes ce qui nous « p. Jt.
choque dans ces Livres saints , & ne pas laisser de les «
lire , quoi-quenous y trouvions de l'obscurité : car étant « il faut nous im-
i i ? r^> . 1 m . n mi puter a nous me-
Ja parole du Créateur , il n est pas merveilleux que nous « mes les défauts
ne l'entendions pas , non plus que nous ne comprenons .< l00 nous y trou-
pas ses ouvrages. Si vous ne lçavez , dit-u encore ailleurs , « f^ M.
comprendre le sens de l'Ecriture 5 si vous ne sçavez juger «
des paroles prophétiques , ne croyez pas pour cela qu'il « surjeremu.tom.
, r \ rÌ C • l ï.Huet.P. 199.
s y trouve des derauts $ mais prenez-vous-en a vous-ct •
même , plûtôt qu'à ces Livres sacrés , lorsque vous n'en. «
tendez pas ce qu'ils renferment » : Ne ideirco exijîima in
scripturis qu/dpia?n redundare i fed te ipfum folum potiufquam
litteras sacras accusa , cum rationem eorum quœ feripta funt
non invenis. Au reste , pour bien entendre un passage obseuf RígtcS póurl iu-
de l'Ecriture , il faut raílembler tous ceux où il est parlé tciligcncc des en-
de la même chose , ou ausquels le même mot se trouve em- S^l^LÎ
ployé. II faut en premier lieu chercher le sens simple & i^.jurjòj. íom.i.
littéral , puis le spirituel. II faut prçndre garde que les
paraboles en particulier n'ont ordinairement qu'un point
principal , &: que l'on ne doit prétendre en faire l'appli- s«r s.M*uhu*.
cation dans chaque partie , ni subtiliser sur chaque mot. Trait- »» & m.
tom. z. Huet.
XIV. Quand il se rencontre quelques endroits qui pa-
roiílent mettre en Dieu de l'imperfcction y il faut leur
ix<5 Doctrine d'Qrtgnc } Prêtre & Confesseur.
III -Siécle c^crc^er un ^ens P'us n°kle plus élevé, que n'est celui
que la lettre présenté d'abord à l'esprit. C'est ainsi qu'il
Sm'te de ces ré- failC interpréter les passages où ['Ecriture paroît aux sim
ules. Traité dul O- . í r j ° 1 r r • i.
raison, tom.i.f. pics , renfermer Dieu dans quelques lieux particuliers :
133- n- 13- Qu.eC verba ad litteram fumpta } videntur simplicioribus Dcum
in loco esse dicere , fie accipienda suât , ut magnis & Jpiritua-
libtts de Deo notionibus conveniant. S'il se trouve d'autres
paíîages qui paroiííent enseigner que Dieu haït sa créature,
ce qui est absolument faux , il faut se souvenir de cette ré
gie générale , qui est que l'Ecriture parle quelquefois de
Ltv.i. ront.ceis. Dieu , comme s'il étoit sujet aux passions humaines : Si quid
í»«i. i. f. 384- verò diffum est a Prophetis,quodidfignificarevideatur(Dcum
scihcet odio habere quœfecit ) id générait hue régula explican-
dum cr'it , scripturam de Deo ità loqut , quasi humanis fit obno-
xias affeftibus. C'est ainsi que Dieu paroit se fâcher contre
les impies , qu'il menace les pécheurs ^ non qu'il souffre
dans la vérité les mouvemens de pareilles passions ; mais
l'Ecriture se conforme en cela à nos façons de parler , pour
lì-j ì.cont.ceis. fe raire entendre plus facilement des simples. Quand donc
f. 5jc. n.71. nous disons que Dieu Ce met en colère, cela ne doit pas
s'entendre au pied de la lettre ; mais d'une certaine con
duite dont il uíè pour châtier plus rudement ceux qui ont
commis de grands péchés , ou pour les porter à résipiscen-
F*x- JÍ7««'7*' ce : Igttur tram Dci nominamus quidem , ftà eam illius as-
seílttm esse non dicimus i efi potius a/perior qntcdam agendi ra.
tio } quá Deus ad erudiendos tantorum taliumque criminum
reos utìtur. Car enfin si l'Ecriture mettoit réellement en
Dieu de la colère , comment pourroit-elle nous inter
dire à nous-mêmes cette passion , comme elle le faft en
Ti»í- 5 5S. quelques endroits : Neque etiam faiptura qua nos ìrasci
vêtant . . . . Deo ipfì adsìgnafsent ajseclum quo nos omnino va-
cuos esse volunt.
Suite des mimes XV. Origene donne encore d'autres régies qui ne sont
tègics.Hom.z.j«r point si exactes, & que nous rapporterons parmi íes opi-
ï.díGewb. nions particulières» Nous ajouterons leulement a celles
dont nous venons de parler , i°. qu'il faut suivre le sens
du Saint Esprit dans l'explication de l'Ecriture , fans nous
arrêter à notre sens particulier. i°. Qu'il ne faut pas se
sar s. Mjtlieu. fier aux hérétiques , quand ils citent l'Ecriture. 30. Qu'il
p'%.1' ' «n faut étudier le sens 'avec beaucoup de foin. 4°. Qu'il
Doéfrine d'Origcne 3 Prêtre & Confejfeur. îij
faut distinguer les personnes qui y parlent d'avec celles à
qui elles adressent la parole. 5.0. Que la connoiílance des 111. Siécle.
lettres humaines est d'un "grand avantage pour l'intelli- Epître à S. Gré
goire Thaumatur
gence de l'Eeriture. 6°. Que rien n'est plus propre à nous ge, tom. \. nouv.
raire mériter cette intelligence, que la prière accompagnée Edit. p. 31. n. 3.
d'une foy ferme. y°. Enfin qu'il faut distinguer trois sens Sar ht Canti
ques, tom. 1. Huet.
de l'Eeriture , le littéral ou historique , le mystique ou
f. 40
allégorique , & le moral : Triplicem namque in scripturis di- íhiloe.p. 41.43.
vinïs , dit Origcne , inteíliqentia inveniri diximus modum ,
hìstorieum , moralcm & myjìtcum , qui font comme le corps, Hom. y. fur U
Lévitique, tom. 1.
Famé & Pesprit de l'Eeriture. nouv. Edit.p. 10$.
XVI. Quoi-que cet ancien Pere paroisse plus attaché au
sens moral & allégorique qu'au littéral , qu'il traire très-
mal-â-propos de méprisable en plusieurs endroits , ainsi que
nous le verrons dans la Section quatrième , il ne laisse pas
toutefois de faire remarquer que le sens littéral est utile , Utilité & suffi
& qu'il suffit même aux> personnes peu instruites : Primam sance du sem litté
ral. L.4. Periirch.
ery> expostionem }á\t \\ parlant du sens littéral ,pcrfeutilcm tom. 1. p. 169.
tjfe poffe y ttftatur eorum multitudo , qui ingénue & fìrnpLice n. 11. p. 171.11. 14.
\Liv. 4. coiv. Cels.
credidrrttf.t. Et un peu plus bas , après avoir montré en quoi {.S4\.n. 45.
consiste le sens littéral , il dit , qu'il est utile en bien des
choses , & qu'il peut servir à la correction des mœurs. On Homel. v.sur les
nomb. tom. i.pag.
voit même par'une de fes homélies fur les Nombres , qu'il
304. n. 1.
étoit d'avis que l'on interprétât littéralement les endroits
de l'Eeriture , qui dans- leur íens littéral , ne laifTènt pas
d'être propres à édifier les lecteurs j & que l'on donnât un
sens moral ou allégorique aux autres paflages qui , pris au
pied de la lettre , ne pourroient exciter à la pieté. J'ou- Dispoíïtiont q"e
bliois de marquer qu'entre les dispositions qu'Origene de. l'on doit apporter
à la lecture de l'E
mande de ceux qui lisent PEcrirure sainte , il veut qu'ils eriture sainte.
soient saints de corps & d'esprit ; & que l'on ait pour la pa Hom. i i.Jur l'E-
role de Dieu le même respect que l'on auroit pour lc Corps xod. tom. i.p. 71.
n. 7.
& le Sang du Seigneur.
XVII. Au reste il exhorte généralement tous les fidèles Hom. 1 ì.sur les
Nonù>.p. 176. n. 3.
â cette lecture sainte : c< Nous souhaitons , leur dit-il, «
non- feulement que vous entendiez la parole de Dieu « Avantages que
Ton tire de cette
dans l'Eglife , mais que vous vous y exerciez dans vos « lecture. Hcmel. 9.
maisons , & que vous méditiez jour & nuit la loy du Sci- <i fur le Lévitique,
tom. í. p"g. 240.
gneur : car c'est-là principalement que se trouve Jésus- ci n.
Christ 5 & quoiqu'il soit présent par tout à ceux qui «
u8 Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur?
» le cherchent j il Test néanmoins d'une façon particulière
111. iiECi.E. n cjans ]a jQy j)jeu ^ afjn ^ue nous la méditions en
m touc tems 8c en toure occasion , soit que nous soyons à
» la campagne , ou à la maison , loit que nous soyons cou-
» chés ou levés Si nous nous trouvons louvent à PE-
paf. X4i. n. 7. n ghfe » ajoute ce Pere, écoutons atrentivement la lecture
» des Livres divins que l'on y fait, & tâchons de prendre
m le vrai sens des ordonnances divines j car comme la chair
» se nourrit par le manger 6c les plaisirs du corps j de
»> même Pesprit se fortihe par la parole de Dieu &. l'intel-
» ligence des vérités qui y font renfermées; or Pesprit étant
» ainsi fortifié , oblige la chair de lui obéir & la loûmet à
» ses loix. Ainsi la lecture des Livres sacrés , accompagnée
>> d'une prière assidue , est la nourriture de l ame. C'est ainsi
» qu'elle íe nourrit, c'est ainsiqu'elle se fortifie, & qu'elle de-
v> vierit victorieuse:» Sicutcibis & dcïiciis carojta fpiritus ver-
bis divin/S convalefcet... Nutrimenta igiturJpritusfunt,divina
leftio , orationes affìdua. . bis alitur cibis , his convahfcit , bis
viïlor efficitur. Ne cherchons plus après cela d'où vient la
faiblesse étonnante des Chrétiens de notre tems. C'est
qu'ils négligent une nourriture aussi essentielle à la vie de
Pâme , que le manger l'est â celle du corps._ Car , comme
ajoûte excellemment le même Pere, en négligeant cette
nourriture spirituelle , nous ne pouvons plus avec raison
nous plaindre de Pinfîrmiréde la chair : « Ne dites donc
» plus nous voudrions bien faire , mais nous ne pouvons }
}» nous voudrions bien garder la continence , mais la fra-
» gilité de la chair nous fak succomber j c'est vous-même
>j qui produisez ces éguillons dans votre chair ; c'est vous-
» même qui Parmez contre Pesprit , & qui la fortifiez en
» lui donnant abondamment la nourriture que vous refu-
» fez à Pame.
XVIII. Quant au Canon de PEcriture , Origene y
place en premier lieu vingt-deux livres de Pancien Testa-
Canon des Li- ment : 5»»/ autem , dit-il dans un fragment de son Corn-
vrcs de r Ancien mentaire fur le premier Pseaume, viqintì duo libri juxta
Hehr'tos-« Ces lîvres sont la Genèse , PExode , le Lévi.
» tique, les Nombres, le Deutéronome , Josué, les Juges
» ôc Ruth en un seul volume, selon les Hébreux , les deux
» premiers livres des Rois , de même en un seul volume , tes
'' » deux
Doctrine d'Origene , Prêtre & Confesseur. ntf
deux
t> derniers
i« qui ne font
n o T-/u non plus
r qu'un
1» seul
o 1» volume , les « III.
TTT Siécle.
c
Parahpomenes , & Eídras , compris 1 un &: 1 autre en un «
seul volume ^ les Pfeaumes^les Proverbes de Salomon , «
l'Ecclésiaste , le Cantique des Cantiques, Isaïe, Jeremie,«
Daniel , Ezéchiel , Job & Esther. Hors de ce nombre sont«
encore les deux livres des Machabées:» Extfà horum cen-
sum funt libri Machabœorum , qui inÇcribuntur Sarbet Sar-
bane el. Mais cela n'empêche pas Origene de les citer en -
plusieurs endroits comme tenture sainte. II reçoit aufll
comme Livres divins , Judith , Tobie , la Sagesse èc l'Ec- wem.vj.furUi
clesiastique 5 de façon qu'il ne^iifFere en rien de nous fur J^t"-***
le nombre des Livres de l' Ancien Testament , 4 l'exception Hom l8y„r ^
des douze petits Prophètes dont il ne fait pas mention ici. nomb.$. 34° n- î-,
Voyez fur cela l'article suivant. II reconnoît Moïse pour
l' Auteur du Pentateuque , fans en excepter même 1? der- comment, fur
nier chapitre du Deutéronome , où il est parlé de la mort %^tta^\^"1'. u
& de la sépulture de ce saint Législateur. Il enseigne que Liv.z. cont .cels.
Job est plus ancien que Moïse -, mais il ne s'explique pas $. 418.». 54-
clairement fur l'Auteur de ce Livre. Pour les Pseaumes , il Uv.u/urjoí.
les attribue à differens Auteurs. Outre les Proverbes, l'Ec- Um- d* Gemh'
1 • P* ny*
clesiaste & le Cantique des Cantiques , il dit que plusieurs ' Hom 19 furies
attribuoient encore à Salomon la Sagesse ôtl'Eccleiìastique. nom-t f- M°-n-
viv n. 1 « •» • ° 1 i - Vl Surjrtm.tom.i.
AIX. C est-la tout ce que j ai vu de bien remarquable je Cteneb.p. 370.
dans Origene touchantes Livres de l'Ancien Testament ,
avec ce qu'il dit du Cantique des trois jeunes hommes dans sur s. Matthieu.
la fournaise, de l'histoire de Sufanne , de Bel & du Dragon, t0™-
qu'il reconnoît pour Ecriture canonique , comme le reste }° '
de la Prophétie de Daniel, fl est vrai que dans le dénombre- Tpître « Àfrì-
ment qu'il fait des Livres de l'AncienTestament , suivant les tain, um.i.nouv.
Hébreux, on n'en compte que vingt & un , quoiqu'il dise £d,tP- *"
expressément lui-même qu'il y en a vingt-deux : Suntviginti
duo Zïbri, èíitoin Júo (BìÇáoi. Mais , comme a fort bien remar
qué le Pere Ceillier, c'est qu'on ne trouve point dans ce r««. i.f. «n:
dénombrement le Livre des douze petits Prophètes , qui
étoit pourtant mis dans le Canon des Hébreux. Rusin y a
suppléé dans la version de l'histoire d'Eusebe, où cet en
droit d'Origene est rapporté , en mettant le Livre des
douze petits Prophètes aprèsMe Cantique des Cantiques.
Au reste il est constant qu'Origene mettoit les douze pe
tits Prophètes au rang des Livres sacrés , & il les cite
Tome II. R.
1 jo DoSlrine d'Origene } Prêtre & Confesseur.
assez souvent dans ses ouvrages avec le reste de l'Ecrîture.
III. Siécle.
XX. Cet ancien Pere n'eft pas moins exact dans le dé
Nombre des Li nombrement des Livres du Nouveau Testament, qui lont ,
vres du Nouveau selon lui , les quatre Evangiles , de íaint Matthieu , saint
Testament fur S.
Matthieu, f. 103. Marc r laiot Luc ôc saint Jean ; les Actes des Apôtres ,
tom. 1. Huet. les quatorze Epîtres de laint Paul , 'les deux de saint
Pierre, les trois de faine Jean , celles de saint Jacques &
de saint Judes & l'Apocalypse. II nous fait seulement re
marquer i°. que quelques uni doutoient de son tems , fi
Sur l'Efitre aux saint Paul étoit véritablement Auteur de l'Epîtreaux Hé
Hébreux, tom. t.
Huet. {. 4}0. breux ; qu'il y en avoit qui l'attribuoient à ce saint Apô
tres & d'autres à saint Barnabé ou à S. Luc. Pour lui il
paroît croire dans le cinquième Tome de ses Commentai
res íur saint Jean , que le sens & les pensées de cette Epître
font cte l'Apòtre , & que le choix & la disposition des ter
mes aura été de quelqu'un de ses Disciples. Néanmoins
Epître à Afri dans fa Lettre à Africain il semble vouloir réfuter ceux
cain, p. ic. n. g.
qui nioient que cette Epître fût de saint Paul -, & d'ailleurs
Sur S*int 'Jean. il la cite presque toujours fous le nom de cet Apôtre.
p.ZS.tom. i.Huet.
z°. Quant à la seconde Epître de saint Pierre,. la secpnde
lbid.
lbid. p. xi*. & la troisième de saint Jean , celles de saint Jacques Sc
Sur S. Matthieu, de saint Judes il avoue qu'elles souffroient contradiction
tom. 1. Huet. fag. de son tems ; mais cette contradiction ne l'a point empêché
488. de les mettre au rang des Ecritiwdfc Canoniques. Origene
Cont. Cels.Liv.l. cite encore avec respect l'Epître de saint Barnabé & ï'ou-
p. 37S. n. íj.
vrage du Pasteur ;. mais il fait sentir que ce dernier sur
Sur S. Matthieu,
tom. 1. Huet. f*g. tout n'étoit pas reçu de bien de*s gens pour Livre divin j
3ÍI, & il paroît douter lui-même ú*e la canonicité de cet ou
Homel. Z. sur les vrage dans son Homélie 8e. fur les nombres, où il s'exprime
rumb, tom.i. Edit,
nouv.p. 194. ainsi parlant du Pasteur : Si ctii tamenferiptura iìla recipienda
Sur Us Pfeaumes. videtur. Et ailleurs il en parle encore en ces termes : Si cui
MU: tamen libellus ille recipiendus videtur. Quant à plusieurs au
tres Livres apocryphes qu'il cite aussi dans ses Ecrits , il n'y
a pas sujet de nous en allarmer , puisqu'il a soin d'avertir
ordinairement que ces Livres n'ont aucune autorité dans
l'Eglise.
XXI. Le peu que nousavons d'Origene fur le sujet de la
Tradition est d'une importance très-considérable pour la
Théologie. Ce Pere enseigne que la Tradition est la régie
certaine de vérité , & par cette Tradition il entend la.
Doflrine ctOrigem > Prêtr> & Confesseur. 131
doctrine qui est venuë de main en main depuis les Apôtres 1
jusqu'à nous : u Que l'on conserve , dicil , la doctrine de <« Siécle.
í'Eslise que nous avons reçûë des Apôtres par succession . « Autorité de la
- 0 1, /-•' /•»» / J 1 r it Tradition Triface
& que I on a enseignée juíqu a prelent dans les Eglises : « jur u$ umt d*t
car il n'y a point d'autre régie de vérité , que celle qui ne « principes, p*g. 47.
s'écarte en rien de la Tradition Ecclésiastique & Aposto- « nE^tm- l' ntuv-
lique : Servetur verò Ecclefiastica pradicatio , fer fuccejjio- «
nem ab Apostolis tradita i illa sola credenda est veritas quœ «
in nullo ab Ecclestastic* ejr Apostolicà discordât traditione. «
Toutes les fois , ajoûee Origene , que les hérétiques cm- « sur s. Matthieu.
ployent l'autorité des divines Ecritures , qui font recon- « t'm^l1' * G""**
nuës pour telles de toys les Chrétiens , ils semblent dire «
que la parole de véricé se trouve dans leurs sectes- 5 mais «
nous ne devons pas leur ajoiìter foi , ni quitter la Tradi- «
tion ancienne & Ecclésiastique , ni recevoir d'autre doc- «
trine que celle que les Eglises nous ont enseignée par Tra- «
dition » : Sed nos iìlis credere non debenms , nec exire a prima
& Ecclefiastica traditione , nec aliter credtre nifi' (fuemadmfdum
fer fuccejjtonem Ecclefia Dei tradiderunt nobis. C'est donc ,
selon la pensée d'Origene , par l'autorité de la Tradition
qu'il faut juger du sens des divines Ecritures , & de la vérité
des dogmes de la Religion.

CHAPITRE III.

DE L'E<3LISE ET DE SES DIFFÉRENS


Ordres.

I. Rigene , parlant de tour le Corps de PEglise en , c^uecí'e^^e


\J général , dit que c'est le Corps de Jésus- Ch.iu st, [f^ cli/^l'.
animé par le Fils de Dieu , Sc que les fidèles en íbnt les »■+'.
membres : Nos autem ... . . dicimus ex divinis fcr'tftmris totam
Dei Ecclestant este Christi Corpus à Dei Fil'to animatum >
membra autem iUius Corporis .... tos este omnes qui credunt.
Comme c'est l'ame , ajoûtc-t-il , qui donne au corps la vie «
& le mouvement , le corps* étant d'une nature à ne pou- «
voir agir & se mouvoir de lui-même ^ ainsi c'est le Verbe, et
qui par une vertu admirable , meut & fait agir tout le «
Corps de l'Eglise , & qui donne le mouvement á chacun «
13* Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
m' ~ >j des fidèles , de façon qu'ils ne font rien íans lui » : lia
. St FTT P yeryum totum corpus , feu Ecclejtam
^itui-í.. f _ , . . . mevens & agens ,
etiam fingula membra eorum qui ad Ecclefiampertinent , movet ,
ita ut fine verbo nïhil facïant. Cette notion de l'Eglise est
bien remarquable. L'Auteur nous y apprend ce que Jesus-
Ch rist est à son Eglise, & l'extrême dépendance où celle-
ci est, avec tous les membres , à l'égard de ce divin Sau
veur , par rapport à toutes les actions de piété.
L'Eglise est le II. Dans un autre endroit il qualifie l'Eglise du titre
DkuhC Traité d\ ÛOnorable de marchepied de Dieu : Quod fcabellum pedum
toraifin. um. i. Dei , dit-il , quale Ecclefia ì Et ailleurs il la compare au Pa-
nouvdie Edition. racjis terrestre , en disant que ceux^ui renaissent dans lej
1 ' fonds sacrés du Baptême , font placés , de la main de Dieu, .
Sur U Genefi. dans [e Paradis , qui est l'Egliíe : In Paradiso reponuntur ,
tom. i. nouvelle . . . 1c ,, ° n- r • •
Edition, f. 18. hoc est in Ecclefia ; afin d y vacquer aux actions saintes qui
conviennent à leur profession. C'est Jesus-Christ luú
L'Eglise íciairée même qui éclaire l'Eglise , comme le Soleil éclaire la Lune -,
devient'Isieìmême ma* l'Egliíè étant ainsi éclajrée de Jésus -Christ , qui
une ìumtere pro- est la lumière du monde , elle devient auíîì une lumière
fidèles 'r prc'prc à éclairer ceux qui font dans les ténèbres de l'igno-
sur u Genèse. j>."j 4. rance : Jta & Ecclefia , fufcepto lumine Christi , illuminât
». j. r> 6. omnes qui in ignorantia nocte verfaniur. Et un peu plus bas :
Ex cujus Christi lumine illuminâta Ecclefia , etiam ipfa lux
mundi efficitur , illuminans eos qui in tenebris funt. Origene
prouve cette vérité par l'autorité de Jesus-Christ , qui
dit à fes Apôtres , vous êtes la lumière du monde j « par où
» l'on voit , dit ce Pere , que le Sauveur est à Iâ" vérité ía
m lumière des Apôtres j mais que les Apôtres font la lu-
" miere du monde. Or ce font eux qui représentent l'Eglise
» belle &; fans tacbe » : Ipjî enim funt non habentes macu
lant vera Ecclefia. Nous devons donc regarder, con-
r*S.H-n,T. clut-il Jesus-Christ & son Eglise , comme les deux
grands luminaires posés dans le firmament. Le Soleil & la
Lune fervent á éclairer les corps j Jésus - Christ & son
Eglise éclaire les ames : Sicut autem Sol & Luna illuminant,
corpora noftra : Jta k Cbrifto atque Ecclefia illuminantur men
tes nostra. Mais il n'y faut point apporter d'obstacle de notre
part j car autrement ces lumières mystiques ne nous íervi-
roient de rien , comme le Soleil & la Lune ne servent de
xien aux aveugles,
Dottr'me d'Or'wene 3 Prêtre & Confejjeur. i j-j
III. L'Eglise , selon ia pensée d'Origene , est aussi atv "
cienne que Je monde. Ses fondemens ont été posés dès le Siécle.
commencement y d'où vient que l'Apôtre dit qu'elfe est Antiquité de l'E-
fondée non- seulement sur les Apôtres , mais encore fur les tl%ant"'um^'7
Prophètes. Or on compte Adam parmi les Prophètes : In- de Gttub.p.}ii. '
ter Prophetas autem numeratur & Adam ; parce qu'il a pré- ■
dit un grand mystère touchant Jesus-Christ & l'Eglife,
quand il a dit que l'homme quitteroit son pere & sa mere
pour s'attacher â fa femme , & qu'ils deviendroient tous
deux une feule chair ; en quoi l'Apôtre lui-même trouve
de l'allégorie touchant Jesus-Christ ôcfon Eglise. Adam
appartenoit donc á l'Eglife , suivant Origene 5 & par con
séquent l'Eglife subíìstoit déja de son tems en fa personne.
Cet ancien Pere donne encore une autreraison de la vérité
dont il s'agit. II íe fonde fur ces paroles de saint Paul , que
Jesus-Christ a tellement aimé l'Eglife , qu'il*s'est livré
lui-même pour elle , la sanctifiant dans les eaux sacrées du
Baptême } ce qui ne montre pas , dit Origene , que l'Eglife
ne lubíìstoif point avant l'incarnation : car comment le
Sauveur eût-il aimé une Eglise qui n'étoit pas? S'il a donc
aimé l'Egliíè avant son Incarnation r il falloit qu'elle sub ~
íìstât avant ce tems •> & elle subíìstoit effectivement dans la
personne de tous les Saints depuis le commencement du
monde : Erat autem in omnibus Sanciis , qui ab initio fœculi
fuerunt faíli.
IV. Si avant l'Incarnatíon les Saints & les Justes appar-
tenoient à l'Eglife de Jesus-Christ , l'on ne peut pas
dire qu'il n'y ait qu'eux seuls qui composent cette sainte
société j puisque les pécheurs en font membres , &: ceux
mêmes qui ayant abandonné la foi dans leur cœur , ne
laissent pas d'en faire profession au-dehors : « Comme « L'Eglife est com-
donc , dit là-deslus notre Auteur , le pere de famille « aust^bien^uc^e
dans PEvangile permet à ses ouvrier^ de laiílèr croître « bon«.H«w. h./kt
fyvraie avec le bon grain jusqu'au tems de la moiíïon } « 1°/^;u, '"Zitim.
de même il se trouve dans l'Eglife d'ici-bas , certains « />. 447- »■ u
J. buféens y qui menent une vie bafle &: indigne de leur «
profession , qui font corrompus dans la foi , les mœurs òi «
toute leur conduite » : Eodem modo etiam bìc . ... in Ecclejîœ
funt quidam Jebufœi , ifìi qui ìqnobilcm & deqenerem vitam
ducunt , qui &fide & aïiibus & omni converfatione fuhpervers
IJ4 DoSírine d'Origene Prêtre & Confesseur.
- sunt. « Car enfin, ajoûte notre Auteur, il n'est pas possible de
III. SitCLE. n pUrger parfaitement l'Egliíe de ces sortes de gens , tant
>» qu'elle est fur la terre , de façon que l'on ne voie dans son
, » íein ni impies ni pécheurs , &, qu'elle ne soit composée
» que de Saints , de Bienheureux , & de gens en qui il ne fe
• »> trouve aucune tache de péché. Mais il faut faire , comme
» dit l'Evangile , à l'égard des pécheurs occultes, de crainte
m d'arracher le bon grain d'avec l'yvraie. Quant aux pé-
» cheurs qui font notoirement' tels ., nous n'empêchons
-t» point qu'on ne les chasse de l'Eglise Mais quand le
» péché n'est pas évident , il n'est pas permis d'excommu-
» nier personne, de crainte que voulant arracher l'yvraie ,
» nous n'arrachions en même-tems le bon grain » : Ubi
enim peccatum non est evidens , ejieere de Ecclefik neminem
poffumus , ne forte eradicantes zjz^tniœ s eradicemus fimul cum
ipfis diane trìticutn. On voit ici que TEglisea toujours souf
fert patiemment dans son sein les pécheurs cachez , mais
qu'elle avoit foin de retrancher les pécheurs publics, dont
la vie scandaleuse pouvoit porter les autres au mal.Ettouc
cela généralement fait voir que les méchans font dans
l'Egliíe avec les bons jusqu'au jugement de Dieu , qui
íçaura discerner l'yvraie d'avec le bon grain , 6c qui purgera
alors son Eglise , pour en faire une société toute sainte &c
exempte de la moindre corruption.
Horsdci'Egiise V. Que personne ne se trompe , dit ailleurs Origerìe :
Ho"n îjiïjl/ui. llors de église il n'y a point de salut : Nemo femetipsum de-
f. 404. ». 1. cipiat . . . . extra Ecclejìam nemo falvatur. Voilà donc le
système de Jurieu bien renversé 5 puisqu'Origene entend
par le mot d'Eglise, la. seule Société Romaine , environnée
des différentes sectes , comme le lys est environné d'épines y
Homd.^.surUs car c'est le sens qu'il donne à ces paroles du Cantique des
SSSUf!^!*' Cantiques : Sicuî lilium interJpinas , &c. « Ce que nous en-
» tendons , dit-il , de»l'£glife des Gentils, ou parce qu'elle
» est sortie du milieu des infidèles & des incrédules , où
»> parce qu'elle est comme entourée d'épines , étant exposée
c ner"tI'to'mUT U " aux mmlces des hérétiques. » D'ailleurs il n'y a dans.
nouvelle Edition. l'Eglise qu'une foi , non plus qu'un baptême. Or les héré-
/>. ej. ». 3. tiques font profession de s'écarter de la foi de rEglise. Ils>
font donc retranchés de son sein $ & par conséquent en
état de damnation. St quelqu'un en doutoic encore 5 iì
Doóírine ctOrigene } Prêtre & ConfeJJeur. 13 j
íuffiroit , pour le désabuser , de lui rapporter ce passage si ...
formel , où notre Auteur déclare nettement que les héré- ' 1ECLE*
tiques , auífi-bien que les fornicateurs & les autres impu
diques , n'entreront point dans le Royaume de Dieu : sicut Tom.i.dtOtntb.
bi qui fornicationibus & immunditùs maculati funt 3 regnum *-481,
JDci non foffidebunt ; ita & bi qui in harefim declinaverint.
C'est Pamphile qui nous a conservé cetendioit d'Origene
dans l'apologie qu'il a fait de cet ancien Pere.
VI. C'est une prérogative singulière de l'Eglise , de pou- L'Egiisc scuie re
voir remettre les péchés : Ablatione peccatorum circttmclusa ^jeln.^mî^'t.
in fola Ecclefià , dit Origene. On ne peut parvenirà la ré» 147.
mission des péchés , fans une foi faine & entière , comme
le même Pere renseigne ailleurs ; & c'est au prix de cette
foi que l'on acherte le bélier légal , dont le sacrifice lave
les péchés de ceux qui croyent. Les hérétiques font donc tes Hérétiques
exclus de la grâce qui remet les péchés , puisqu'ils man- n.e Pe,uvcnt par»-
j c Ti o ^- - r 1 11 cipcralarcmislion
quentr de cette roi laine & entière , lans laquelle on ne peut <ks péches.How.j.
y parvenir : ce que l'on doit penser aussi des fchifmatiques, f"r le Livu^ue,
puisqu'ils errent fur l'article de l'Eglife. Quant aux facrisi, ÎS./'ijí.**'» '
ces que l'on ofrre , ou dans Phérésie , ou dans le schisme ,
ce sont des sacrifices profanes : « Que ceux qui déchirent «
l'Egliíè- par le schisme , dit notre Auteur , &: qui y intro- « Les Hérétiques
duiíènt une doctrine perverse & étrangère , fassent atten- « & les Schiímari-
tion aux conditions requises pour participer aux facrisi- « offrir quePdesVík-C
ces de la loi 5 en vain se flattent-ils de manger la chair « «ifices profanes,
sainte hors du temple de Dieu & de la maison du Sei- « vu^flg'^'
gneur ; leurs sacrifices font profanes » : Profana funteoram * 8»
facrificia.Tbut cela prouve évidemment qu'il n'y a point
de salut à espérer hors' de l'Egliíè , &. la nécessité qu'il y a
de s'attacher inviolablement à cette sainte Mere des fidèles.
VII. Origene donne à l'Eglife les deux propriétés que vìsibiiirédci'E-
nous reconnoissons encore aujourd'hui 5 je veux dire la vi- ^seis Traité }°-
fibilité 5c Pindéfectibilité j car i°.il défend d'écouter ceux tlm. i ^JeGe'néb,
qui disent , comme il est marqué dans l 'Evangile, le Christ t- ?3-
est ici j au lieu de le mettre dans l'Eglife , « qui est , dit-il , «
pleine d'éclat depuis l'Orient jusqu'à POccident > qui est n .
pleine de la véritable lumière , qui est la colomne & la «
base de vérité, & en qui fe trouve parfaitement celui qui «
dit .-• Je ferai toujours avec vous juíqu'à la consommation*
des siécles » : Proptereà non debemus attendere eis qui duunt>
ï36 Dostrine d'Origene t Prêtre & Confesseur.
' —1— Ecce hic Chrijìus î non autem ostendunt eum in Fcclejtà , qua
111. biECLE. picna eft fulff0re ay Oriente ufque ad Occidentem 3 quœ plena
e(l lumine vero : ce qui aslùrément marque une viíïbilité
bien éclatante. 2°. Notre Auteur déclare nettement que
depuis que l'Eglise'a commencé de subsister au nom de
Son indífcctibi- Jésus-Christ , elle persistera jusqu'à la fin du monde: F*
lité sur saint Mat- ~Uff cortâituta eli Eccle/ta in nomine Christi , ad confummaiio-
thicu. tom.i.Huet.. * , r t r
p. 443. ncm ufque jœculì persévérât.
VIW. Outre les propriétés de l'Eglise , Origene nous
parle encore de ses caractères , qui font l'Unité , la Sainteté,
la Catholicité & l'Apostolicité. Que l'Eglise soir Une, c'est
ce qu'il vient d'enseigner dans la plupart des articles de ce
chapitre, où il suppose par tout cette véritc. Mais il s'en
déclare plus nettement , quand , à l'occasion des trois ten
tes que saint Pierre souhaitoit que l'on fît sur le Thabor
Son Unité. Hom. à la Transfiguration , il dit , qu'il ne doit y avoir pour la
utì^S'iìs Loi , Ies Prophëres , & l'Evangile , qu'une feule rente , qui
Edit. p. ne. ». 1. est l'Eglise de Dieu - Vnum efi tabernaculum , qua est Ecclefta
Sainteté de TE- Dei. Que l'Eglise soit sainte , c'est un autre point, dont il
aisi. t'ójo n'tf n c^ Pas Penrns de douter, après ce que dit Origene, qu'elle
est animée par le Fils de Dieu lui-même : Corpus à Dei Filio
animatum ; que c'est Jesus-Christ qui lui donne la vie&
Je mouvement j que c'est lui qui fait agir ceux qui sont les
Trtité de ro- membres dece corps mystique 1 qu'elle est le marchepied de
Edít.p.is. Dieu ; quelle est comme un autre Paradis terrestre , ou
sur u Gmefe. ^es fidèles font placés de la main de Dieu , pour y opérer
tim.ì..newv.Edit. leur sanctification ^ que Jesus-Christ l'a sanctifiée dans
î8" les eaux sacrées du Baptême ,• ôcc. Mais ce qui montre en-
Homei. i.suries Core mieux «ridée avantageuse que notre Auteur avoit de
Cantiques, tom. i. . . t> 1
cmcb.p. 331. Ja sainteté de l'Eglise , c'est le témoignage qu'il rend lui-
même aux fidèles de (on tems , que ceux d'entr'eux qui
étoient les moins avancés en sainteté , étoient plus purs
&. mieux réglés que ceux dont les assemblées civiles étoient
Lit/. 3. contre composées : Ecquis enim non fateatur eos . qui inEcclefìàde-
tcriores funt , & in meliorum comparatione pérores yprœjtantiores
, ejfe multis eorura qui in popularibus cœtibus vivttni .?
Catholicité de IX. Quant à la Catholicité , c'est un caractère qui a
E*£le'twmuUr toûjours distingué l'Eglise du reste des sectesséparées. Dès
Gcmb. p. 3!)8. le tems d'Origene la lleligion Chrétienne étoit établie
par £out , jusques dans la Grande - Bretagne & dans la
Mauritanie ;
Doctrine à'Origenè 3 Prêtre & Confesseur. 137
Mauritanie 5 « Et à présent , dit ce Pere , toute la terre « XII Siécle'
pousse des cris de joye vers le Seigneur d'Israël , à cause « ' '
des Eglises établies dans toutes les parties du monde : « •
27une vero propter Ecclefias , qua munit limites tenent , uni-
versa terra cum lœtitlk clamât ai Dominum Israël. « Qui «
n'admirera pas , dit-il encore dans son ouvrage contre « i*». *• tmtn
Celse , que l'Evangile de Jésus-Christ , suivant la pro- « /•<»<»• «■*!.
messe de ce divin Sauveur , ait été prêchée par toute la «
terre ? caria parole de Dieu , accompagnée de la vertu*«
des miracles , a subjugué toute la nature humaine , & il «
n'y a aucune nation qui n'ait pas voulu recevoir la doctri- «.
ne de Jésus » : Nec ullum videre est hominum genus , quoi
Jefu iottrinam aimittere reeufaverit. D'où vient qu'il dé- Traité 30. fur
clare hardiment dans un autre endroit , que l'Eglise de gíwTÍ jj?'
.Dieu éclate depuis l'Orient jusqu'à POccident : Plcna est-
fulgorc ab Oriente ufque ai Occiientem. Remarquons néan
moins qu'il semble se contredire sur cet article dans son.
Traité z 8e. sur saint Matthieu , où il reconnoît qu'il y Tem, 1. Geneih
avoit encore quelques nations à qui l'Evangile n'avoit pas f- M#
été annoncé ; Sc il nomme entr'autres les Ethiopiens de
delà le Nil , les Seres qui habitoient une partie des Indes
delà le Gange , une partie des Bretons & des Germains-
vers l'Ocean , des Daces, des Sarmates & des Scythes.
X. Enfin l'Eglise de Jésus Christ est Apostolique , se- Apostoiické de
Ion Origene , parce qu'elle* est fondée fur les Apôtres, Mais '"Eglise.»»»/, t.
* ■ I» r > u r - r j- fur les Cantiques,
•cet Ancien ne veut pas que l on pense quelle soit fondée tom.i.G^neb.^.
furie seul saint Pierre en particulier : « Car ficela étoit « H6-
ainsi , dit-il , que dira t-on de Jean fils du tonnerre , & «
de chacun des autres Apôtres ? » Si vero super illum unum
folummodo Petrum totam Ecclefiam k Deo aiificari arbitraris ,
quii ie joanne tonitrui filìo , & unoquoque Apostolorumiixer'tsì
Car enfin osera-t-on dire qu'il n'y ait que contre Pierre « LE^iisc nest p^'s
lui seul que les portes de l'onfer ne prévaudront point , « send« fur le seul
1 11 • 1 i sl-j a* o S.Pierre en par-
mais qu elles prévaudront contre le reste des Apôtres & « tjcuijer. sur/amt
les autres chefs de l'Eglise ? Et n'est-ce pas d'eux tous en « Matthieu, p.
général & en particulier qu'il fout entendre cette parole « tom-l-deM-met\
du Sauveur : Les portes de l'Enfer ne prévaudront point «
contre elle ? Et cette autre : Je bâtirai mon Eglise fur cette «.
pierre ? Est-ce à Pierre lui. seul que le Seigneur a donné «
les clefs du royaume des Cieux ì » An etia?n soli Petra
Tome II. S
138 Doóírine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
7T dantur à Domino claves rcgni cœlorum ì « Que fi c'est ici une
cle. » prérogative commune à tous les autres Apôtres j pour,
% »» quoi ce qui précède ne le fcroir-il pas de même ? » Mais
en vain les hérétiques voudrqient-ils abuser de ce paflàge
Primauté de saint contre la primauté de saint Pierre & de ses successeurs ,
P erre- Sur f.int .r ,.~ í . r • n* ■ 1
Jean. tom. í. de puiíqu Ongene croît que íaint Pierre tenoit le premier
M.Huet.$. 381. rang entre tous les Apôtres , comme le plus honorable de
tous : Quia cateris honorabilior , 6c qu'il le reconnoît ail-
le«rs pour la pierre très-solide, fur laquelle Jesus-Chkist
Homeiu <. fur a fondé son tglisc : « Voyez , dit cet ancien Pere , ce que
^Hv.Edil'f'i^' " ^e Seigneur dit à ce fondement de l'Eglise , à cette pierre
n. 5. ' » très-íolide , fur laquelle il a bâti son Eglise : Homme de
» peu de foi , pourquoi avez-vous douté : » Tels font les
• sentimens d'Origene fur le sujet de l'Eglise , bien differens
de ceux des Sectáires de nos jours ; St ces sentimens nous
font voir qu'en quelques erreurs que ce grand homme ait
Ím tomber > il a néanmoins été très-éloigné de l'esprit des
ìérétiques dont le véritable caractère eft de mépriser l'au-
torìré de la Tradition & de l'Eglise. Cette humilité Òc ce
respect pour l'Eglise , dit M. deTillemont, {a) paroîç asíèz
généralement dans les Ecrits d'Origene ,& c'est en quoi
l'on peut dire qu'il est entièrement diffèrent de Tertullien.
XI. Pour ce qui est des difforens Ordres Ecclésiasti
ques , Origene reconnoît que Jésus Christ est le chef
de l'Eglise , que les Evêques en fbnt les yeux , les Diacres
& les autres ministres les mains, le peuple les pieds: ( hri- .
Differens ordres ftum autem Ecclejïa caput ejse , dit ce Pere , non ego ,sed Apo-
dc l'Eglise. Trsit. fíolus intellexit Sacerdotes autem pofsunt dici Ecclefiat ocu-
l.fur S. Matth. 1 -n,- . . r„'. J
tom. x. de Gtmb. ms.... Dtaconi autem cœterujue mintftri , ma/.us .... popu.
P-i7- lum autem effe pedes Ecclesiœ. On voit ici , dit M. l'Abbé
Fleury , {b) d'autres Ministres outre les Diacres , c'est-à-
dire , des Lecteurs, des Portiers , & d'autres Officiers sem
blables , comme dans l'Eglise Latine. II est vrai qu'Origene
semble confondre en cet endroit les Evêques avec les Prê
tres fous le nom de Sacerdotes -, mais il les distingue nette.
• jjomtlil „ rur ment ailleurs en nommant expreslèment l'Evêque , le Prê-
jerem. tm. í. de tre , le Piacre ou autre dignité Ecclésiastique. On distin-
Gateb.

( a ) Tome 3. de l'Histoire Ecclésiastique , f . j j 1.


(b ) Tome i. de l'Histoiic Ecclesialtiquc , 169.
Docìrme d'Origene Prêtre & Confesseur. 13 gt
-guoit ençore de son tems les vierges & les veuves entre ~* '
les laïcs y comme il paroît par un de ses Commentaires fur HI. Siécle»
l'Epîcre aux Romains. Nous verrons ailleurs quels Tont les vv.i.s*rrEpìt.
devoirs des uns & des autres , & .quelle est la discipline ^gÎXmÍs.1'
observée autrefois à leur sujet.

CHAPITRE IV.

D£5 PERFECTIONS DIVINES ABSOLUES.

I. N ne trouve rien que de très-orthodcïxe dans les


sentimens d'.Origene touchant l'Etre divin &c ses
perfections abíoluës. II n'y a y íelon cet Ancien , qu'un seul
Dieu j & c'est une vérité sur laquelle il insiste en quelques
endroits de ses ouvrages , à cause dé certains anciens hé- •
rétique* qui l'avoient combattue , tn diÇint que le Dieu de
l'Ancicn Testament étoit autre que celui du Nouveau. II
enseigne au contraire que c'est un artiefe de foi que nous
tenons manifestement de la doctrine des Apôtres, qu'il n'y
a qu'un seul Dieu , Créateur de l'Univers : Vnus Deus est , unité de Dieu.
qui omnia creavit ; que ce Dieu est le Dieu de tous les Justes * l'hfur u
depuis Adam, Abel 6c les autres Patriarches , jusqu'aux n»Jveií* zdMtm.
Apôtres & les Saints du Nouveau Testament -.Omnium justo- »• 4- * .
rum Deus ; qu'il est le Dieu de l'Ancien ÒC du Nouveau
Testament : Deus est , & vetetis d- noviTestamenti. Origene
prouve ensuite cette vérité par plusieurs passages 8e l'Ecri- iXv.x. vtrUrch.
ture -, puis il répond aux objections des hérétiques , qui '•4./.>4-8j. W.
disoient entr'autres choses , que personne n'a jamais vu le
Dieu annoncé dans l'Evangile : [a] De-um nemo vidit un-
qttam au lieu que celui de l'ancienne loi s'étoit manifesté
â Moïse , fie avant lui aux Patriarches. Mais qu'ils nous di-
senc ^ répond en substance notre Auteur , si ce Dieu de ■ r*g. %6. «.».
l'Ancien Testament ctoit visible ou invisible*? S'ils avouent
qu'il est visible , il elt par conséquent matériel , corporel , .
Si par une autre conséquence il sera corruptible > ce qui
hc peut s'allier avec l'idée de Dieu. II faut donc qu'ils

(*) En saint Jean , chap. i. f. il.


Sij
Ï40 Doéîr'me d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
conviennent que ce Dieu est invisible de sa nature ; fie par
III. Siécle. conséquent la différence qu'ils mettent entre le Dieu de
l' Ancien Testament , fie celui du Nouveau tombe d'elle-
même. * . N .
Suite de la rrême II. Les hérétiques objectoient encore que le Dieu- de
matière, p. 87. 88.
l'Ancien Testament nous est représenté comme un Dieu
juste , au lieu que celui du Nouveau est bon. Mais Orígene
leur fuit sentir que ces deux qualités de juste fie de bon ont
toujours paru dans la conduite de Dieu , soit du tems de
l'ancienne alliance , soit du tems de la nouvelle. 11 est vrai
que dans l'ancienne loi il se trouve plusieurs exemples de
punitions , mais l'on y trouve aussi plusieurs crimes impu
nis 5 Se dans la nouvelle il paroît également des exemples
de justice fie de miséricorde. David parlant de Dieu {a) , dit
qu'il est bon à l'égard de ceux qui ont le cœur droit , il
élevé ailleurs fa miséricorde infinie. Le Seigneur est bon,
die encore Jérémie {b) „à ceux qui mettent en lui leur con
fiance *il est bon aux ames qui le cherchent. 11 est donc
faux* que le Dieu tle-l'Ancien Testament soit juste fans être
bon. Dans la nouvelle loi , Jesus-Christ parlant à son
Pere , lui donne la qualité de juste : Pater juste , dit-il. (c).
Comme donc , conclut Origene , Dieu est souvent qua
lifié bon dans l'ancienne alliance, ainsi dans la nouvelle
l»gt 69. n. 4. il est qualifié juste : Sicut ery> bonus in veteri testaments) fré
quenter dicitur Deus ; ita etiam justus in Evangeliis appellatur.
III. Que Dieu ne soit pas corporel , mais une substance
purement spirituelle fie dégagée de la matière , c'est une
autre vérité qui tient fort à cœur à Origene , par rapporc
Dieu est un pur aux conséquences impies que l'on tireroit de Terreur oppo
Esprit parfaite
ment dégagé de la sée: car il íuivroit de- là que Dieu feroit divisible, puisque la
matière. Traité de matière est telle de sa nature , qu'il feroit matériel fié sujet
l* Prière, tom. i.
nouv. 'Edit. f. 1 3 4. à la corruption $ on ne peut donc croire ni que Dieu soit
un corps , ni qu'il soit dan* un corps : Non ery> aut corpus
aliquod , aut in corpore esse putandus est Deus. Mais c'est une
liv. 1 . Periareb. substance toute spirituelle , toute simple .; une nature qui.
}. 51.».*. ne souffre aucune composition , en qui il n'y a aucune alté
ration , aucune diversité ,. mais une unité fie une identité

(«)Ps. 7.y*. r. &c. &Ps. 117. f.t. I (r) En saint Jean, chap. 17. y. ij.
(O Tluw. y.15. .1
Doctrine iOrìgene 3 Prêtre & Confesseur. 14T
parfaite : Ut fit ex omni farte iwvàç , dit l'Auteur , & , ut ita "
dicam ifdç. Or Dieu n'étant point corporel , c'est une suite m* Siécle.
nécessaire qu'il n'habite dans aucun endroit particulier par
limitation ( circumícriptive ) j & qu'il faut interpréter dans
un sens noble 8c élevé les endroits de l'Ecriture qui pour-
roient paroître enseigner le contraire. 11 faut porter le ibu.& Traité de
même jugement de quelques autres passages de l'Ecriture, l**™re- h
où. elle donne â Dieu certaines dénominations qui ne peu- 3'
vent convenir qu'à la matière ^ comme quand elle le nomme
feu , lumière , &c. Et en général l'on doit écarter tout sens au. p. 49. & J0.
qui peut nous faire concevoir en Dieu quelque chose de
corporel r « Car enfin , dit notre Auteur , ce seroit une« "
impieté très-manifeste d'avoir de Dieu quelque notion a Homei. x.sur u
de cette nature , & de lui attribuer une figure humaine : « f£[^n"°^'
■Quod fcntìrc de Deo , mani^estiJJìm'e impium efl. Voilà Terreur
des Ántropomorphites bien nettement condamnée.
IV. S'il est vrai que Dieu soit un pur esprit dégagé de
la matière -, il n'est pas moins constant qu'il est impassible y .
exempt des affections & des passions humaines , &. invisible : ' .
r°. II est impassible & parfaitement exempt des affections
Sc des passions que nous ressentons en nous : Penitùs impas- Liv.i'reriarcb.
fibilcm Deum, dit notre fçavant Auteur, atquehis omnibus t-l6'n-4-
carentem œffectibus , sentiendum. Quand donc l'Ecriture
semble nous dire que cet Etre divin parle , qu'il écoute r •
qu'il se met en colère , &c. cela ne cîoit point s'entendre
au pied de la lettre , comme fi Dieu étoit effectivement
sujet à ces façons de faire des hommes ; & l'Ecriture ne
s'exprirne de la forte , que pour Raccommoder à nos ma- "
nieres d'agir, & nous donner lieu par-là de comprendre
plus facilement les vérités saintes qu'elle nous annonce.
20. Origene décide nettement que Dieu est invisible S que nomtU hsuri4
cet Etre suprême nc peut être vû, & que l'invisibilité lui est Genì/e.p. 67. n. u
si essenrielle , qu'il ne peut être vu. , même des yeux de
Jesus-Christ: Sí autem, dit cet Ancien , invifibilis Invisibilité de
est per naturam, ncque Salvatori vistbilis erit. « 1 1 ne faut donc ruirch.t. \ »
pas s'imaginer , die- il encore ailleurs , que Dieu soit vist. <« iáv- r. rtriwh.
ble à quelques-uns , 6c qu'il soit invisible à d'alitres r car « f-*1-"'8-
l'Apôtre ne dit pas seulement qu'il est invisible aux hom- o.
mes ou aux pécheurs, mais il djt simplement , parlant de«
Jesus-Chbjst, qu'il estTimage du Dieu invisible -.Imago u
1 41 Doflrìnc d' Origene t Prêtre & Confcjseur.
» ïnvifibilis Dei. D'ailleurs íaint Jean , disant dans son
111. îjiecle. M Evangjie que períònne n'a jamais vu Dieu , montre clai-
» rement á ceux qui ont de l'intelligence , qu'il n'y a
»auûune nature à qui Dieu soit visible: » Quia nulla na-
tura e/2 cui vìfìbilis fit Deut.
V. Ainsi quand il est; dit dans l'Ecriture que Moïse
voyoît Dieu ; cela doit s'entendre, non d'une vision cor
porelle, mais d'une vision spirituelle & intérieure : Hoc
ergo modo , dit Origene , Moïses etiam Deum vidiffe putan-
dus efl , non carnalibus eum oculis intuens , fed visu cordis ac
Comment Moïse fin/u mentis intelli^ens. Car autîre chose est de voir Dieu des
avtì Dieu, uvre yeux du corps , ce qui est absolument impossible ; autre
*• *tr,*rch' *• 4- ch0fe est de le connoître par la pensée de Fespric , cê qui
est possible â toute créature raisonnable. II n'y a , pour
parvenir á cette connoiílance , qu'à considérer l'univers ,
dont l'Aureur se faitaíïez sentir par la beauté de ses ouvra
ges & l'ornement de ses créatures. Mens nofira ex pulchri~
. tudine operum & décore creaturarum , parentem univerfitatis
Connoissancccte intelligit. Mais cette connoislànce est toujours fort impar-
Dicu par la beauté fa;re & elle ne va jamais jusqu'à l'eíîènce divine , qui est
de ses ouvrages. ., , i i » i • > o i i
lìv. i. periarch. vouée aux ames meme les plus éclairées & les plus pures.
t.i.^ft.n. 4. Cujus utique (pei ) natura , acie kumanœ mentis intendi ac
intueri , quamvis ea fit pnrijjìma mens , ac limpidiffîma non
r Essence de Die'u totefi- Origene en donne une excellente raison , qui est que
imperceptible à Dieu est infiniment au- destus de toutes les substances intel-
£î.nt humaiu- ligentes , & que son essence est séparée de toutes les cho-
Trjité de u prie- íes créées. Inférons de ces grands principes d'Origene ,
rt.g.i^.n.z^. i°. que Dieu ne peut-jaffiais être apperçd des yeux du
cor-ps , dans quelque état de perfection que l'on puisse
être. i°. Que les substances spirituelles peuvent le con
noître , & qu'on ne peut ignorer le vrai Dieu d'une igno
rance invincible. 3°.Qu'ilest impossible âl'esprit de t'hom-
me , & même aux autres substances spirituelles de voir
Dieu dans fa nature , dans son essence, de façon qu'il nous
paroiíîè abfolumenr tel qu'il est en lui-même. 11 est vrai
que nous le verrons un jour tel qu'il est , comme nous
l'enfeigne PApôtre saint Jean, (a ) Videbimus eum ficutiefl }
mais cette connoiílance íèra bornée , elle fera proportiòîi-

- (*') i. Epître , chap. 3. t.


Doctrine d'Origene y Prêtre & Confesseur. 143
née à notre capacité , qui étant très-finie , ne pourna ja- 7T7T
mais comprendre parfaitement un être infini de fa nature. * àIECLE»
Et c'est pour cela que le Sauveur dit dans l'Evangile , que
personne ne connoît le Pere, sinon le Fils, & qu'il n'y a
que le Pere qui connoisse le Fils ; ( a ) Ce qui s'entend , non
d'une simple connoiílance de compréhension , pour parler
le langage des Scholastiques.
VI. C'est Dieu qui nous donne la vie , le mouvement
%c l'existence ; c'est lui qui par fa vertu toute - puissante
gouverne l'univers , &. le contient dans les justes bornes
qu'il lui a lui-même prescrit. Sa providence s'étend fur tout: providence divi.
Cura quidem & provtdentia Dci pervadit omnia. « Et comme ne- fi,u- *• v,m
1 r rr j« á~\ • t\' n • i rìkrtb. t. I. n.- î.
nous confeslons , dit Origene , que Uieu eít incorporel , « . ?8>
tout- puissant & invisible 5 de même nous croyons corn- « nvn <• «*»
me un dogme constant & immuable , qu'il veille fur nous ;« CtlJe t-6*6-n-iu
& que rien ne fe fait ni dans le Ciel , ni dans la terre , «
que par fa providence: » Ita eum curare mortalia , & nihil •
absque ejus provtdentia geri neque in cœlo , neque in terris ,
certo &immobtli doqmate confitemur. « Mais íouvenez-vous , , , ,
ajoute-t-il, que nous dilons simplement , que nen*ne fe« Gtnìjt,p.6<í.n.u
fait fans fa providence , & non lans fa volonté : car 11 V £<
a bien des choies qui se font fans fa volonté , mais rien «
du fout ne fe fait fans fa providence » : Multa enim fine
voluntate ejus geruntur , nihil fne provtdentia. C'est a'vec
grande raison que notre Auteur.s'exprime de la forte , puis
qu'il est constant que tout le mal fe fait contre la volonté
de Dieu •, qui le permet néanmoins pour des raisons qui
nous font inconnues.
V 1 1. Si la providence de Dieu s'étend fur tout , c'est
une conséquence nécessaire que rien n'échappe aux yeux
de cet Etre suprêma, & qu'il connoît l'avenir aussi -bien
que le présent ou le pasié. Dieu effectivement connoît
toutes choses avant même qu'elles arrivetit : Novit omnia
antequamfiant. Rien n'arrive qu'il n'ait sçu auparavant qu'il Science deDieu
arriyeroit ; mais cette prescience , dit notre Auteur, n'est Hom.7.sur u où
pas cause de Pévénement des choses, ( ce qu'il fautenten- «V»*/*-*1-"-8'
dre du péché feulement. ) Enfin Dieu perce jusque dans
íe fond des cœurs s & il n'y a que lui qui puisse connoître

(*) Eu saint Matthieu , chap. 1 1. f. 17..


144 Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
~Z T ce quj s'y paíïè : Deo soli cognitum est propofìtum mentis. Quand
* ' IEC ' donc Origene nous ditaiìleurs, que Dieu ne connoîc ni le
cémm'nt 5 fur 'l* péché , ni les pécheurs : Peccatum nefeit Deus , & peccato.
Genìfrf. 6.nouv. rts nefeit Deus , il ne prétend pas nous faire croire qu'il y
tdi . tom. i. ». 3. ajt rjen £e caché â la connoissance de Dieu , puisqu'il vienc
Hojnel. * suJl* d'enseigner le contraire si formellement i mais il veut dire
feulement que Dieu condamne le péché & ceux qui le
commettent , &: qu'il les juge indignes de ses regards di
vins : car , ajoûte ce Pere au même endroit , le Seigneut
connoît les siens , mais il ne connoîc pas les impies j non
que ceux. ci puilîènc se dérober à ía connoissance, ou que
Dieu puilíc rien ignorer -y mais c'est que le Seigneur ne dai
gne pas connoître ceux qui , par leurs mauvaises actiops ,
íc rendent indignes de cette faveur : ìiac atttem àicimus ,
nsn blajpbemum aliquid de Deo fentientes , neque ignorantiam
adfcribenies ei j fed ita intelligimus , quodhi quorum aflus Deo
. est indignus , indigni etiam Dei notitià dicantur.
•V III. Dieu étant la vérité même , il n'est: pas possible
víracitcdcDic. ou qu'il trompe , ou qu'il soit trompé : Mentin Deus ,falli-
commtnt. fur u • noT>potcfí \\ est toujours fidèle â accomplir ses promes-
Geiufe. p. 1 1 . n. 7. ï f J .. > „ s »
tom.i.nouv.E.iit. íes quelles qu elles puiiient être , parce qu il ne peut men
tir : Quia impqffìbile est mentiri eum , qui repromifit , quidquid
illudfuerit , promijjìo permanebit. D'ailleurs il est tout -puis
sant , & toute la nature obéît à íes loix : Omnium enim opi-
Sa Tome-puiC /«j dit notre Auteur ,imperionaturam cedentem habet. Mais
sanec. comment, cette toute-puissance divine ne s'étend que fur les choses
{7m.l*nouv'Edìt. W1 ne répugnent pas , & qui ne sont point contre la droite
Liv.i.cont.ceis. raison, ti Nous confeflons donc, c'est Origene qui parle ,
P- 4>j- & m- »• » que Dieu peut tout , mais nous entendons seulement ce
'°' » qui ne porte aucun préjudice à sa divinité, ía bonté &c
» sa sagelle n : Certè Deum omnia pojfç prosttemur ; fed qua
potest , nuUosua divinitatis , bonitatis & fapicntiœ dettimento.
Liv.'^.ront.ceis. ,? Autrement ceKe puissance prétendue de Dieu seroiteon-
/ s»5-n-*h «traire à sa divinité même -, elle seroit contraire â cette
» toute-puissance qiîi est eíïèntielle à la divinité , laquelle
»j ne peut subsister avec l'injustice. Dieu ne peut donc agir
» injustement 5 ainsi lorsqu'on dit que Dieu peut tout , cela
«ne doit pas s'étendre jusqu'aux choies qu'il répugne de
«faire ou de penser; d'où vient que nous disons que Dieu
»ne peut rien faire d'indigne ; car enfin s'il faisoit rien de
m semblable
Doftrine d'Or'tgerle 3 Prêtre & Confesseur.
» semblable , il cesseroit d'être Dieu » : Nam fi quid turpè —————
Deus fiteit, Deus non est. m* Siécle.
I X. Dieu est: auteur de tout ce qui subsiste. II a créé Dieu créateur de
la matière èc toutes ses qualités ; mais il ne Pâ point formé la matière, com-
d'une matière préexistante & éternelle , comme certains ^í-M^G",e/«
Philosophes se l'imaginoient autrefois : car dès-lâ que l'on
reconnoît uné providence , & que Dieu , selon íà volonté
& sa sagesse , a donné à tous les Etres les qualités qu'ils
n'avoient point auparavant ; c'est: une fuite naturelle que
fa volonté lui ait suffi pareillement pour créer toute la
matière nécessaire. Autrement il faudroit dire que ç'auroit
été un bonheur pour Dieu d'avoir trouvé des Etres préexi
stent , íur Jesquels il pût agir ; mais que fans cela il n'eût
jamais été le créateur , ni lè Pere & l'auteur de tout bien.
II y a plus. Posé ce faux principe , il auroit fallu á Dieu
une quantité de matière suffisante pour l'accomplissement
de ses ouvrages 5 & par conséquent il auroit fallu une pro
vidence antérieure , pour pourvoir à cette quantité , de
crainte que l'art ou le dessein du Créateur ne devinssent
inutiles. La matière n'a pu avoir d'elle-même cette vertu
capable de recevoir tant de qualités & de propriétés diffé
rentes j & il faut que Dieu lui-même l'ait formée telle
qu'il l'a voulu. Enfin dans la supposition de la matière
incréée, Dieu n'auroit rien fait de plus admirable que le
hazard ; de part & d'autre le monde seroit aussi parfait }
nulle nécessité de reconnoître la matière pour l'ouvrage
du Créateur -y ce qui est aussi extravagant que de dire que
Dieu n'est point l'auteur du bel ordre qui règne dans tout
i'univers. C'est: donc à tort , conclut Origene , que l'on
voudroit comparer l'oeuvre de Dieu aux ouvrages des
hommes,& qu'on prétendroit se prévaloir de ces paroles de
l'Ecriture : La terre étoit comme invisible &. fans aucune
forme , ao^x(^ jja/ W^raojteJ«çoç , pour soutenir" que la ma
tière est incréée , & qu'elle n'a point eu de commencement.
X. C'est un point également constant que Dieu a créé
les substances raisonnables &: intelligentes. Il les a créées
au commencement , dit Origene , fie avant toute autre .
... -, ,° '. . „ . , , Dieu créateur
créature -, il les a creees dans le premier instant de la crea- des Esprits, uv.t.
taon } mais il n'en a créé qu'autant qu'il falloit , comme il virìarch. e. 9. f.
n'a créé de matière qu'autant qu'il en pouvoit orner : In 97' ' !
Tome II. T -
146 Doílríne d'Orìgenc > Prêtre & Confesseur.
iÛo, quod mente percipitur initiojantumnumeruminteUiqìbilium
III. Siécle.
fubfì'antiarum, vo lantatesua conftituitDeus, quanto poterat fus-
ficere. . . quemadmodum & tantam materiam apparavit , quan-
tam poterat exornare. Au reste Dieu n'a eu d'autre motif de
créer les substances raisonnables , que lui-même , c'est-à-
dire , fa bonté : Null.tm aliam habuit creandi ( rationabiles
naturas ) causant s nifi propter feipfum, id est bonìtatem suant.
Et comme ce divin Créateur est toujours le même , fans
aucune- variété & fans altération , c'est une fuite nécessaire
que ces substances soient sorties toutes égales de fa main j
c'est-à-dire, comme notre Auteur s'en explique lui-même,
qu'elles ayent toutes été créées également , capables du
bien ôc du mal , & douées du libre arbitre. Mais nous
parlerons ailleurs plus amplement de cette matière , fur
laquelle Origene ne laisse pas de s'étendre.
X I. II nous enseigne encore au sujet de la divinité,
qu'elle est le principe de toutes choses, fie qu'elle n'a point
Autres attributs de commencement ; que Dieu n'est ni tout , ni partie 3 qu'il
«le Dieu. liv. 2.
cont. Cels f. 416- est incompréhensible & inestimable 5 qu'on ne peut lui don
n. ji. ner d'autres noms que ceux que l'Ecrirure lui attribue , tels
ìi-u. t. Veriarch. que font ceux-ci : Sabaoth , Adonaï , Saddaï , &c.
t.l p. 50. n j.
Exhort. au Mar alto no mine fummus Deus vocandus eft , quant quibus fumuLus ,
tyre, tom. 1. niwv. Nullo { Moyfes ) propheta , ejr ipfe fervator. . . nofier irfítm no*
Edit. p. $o6.n.+6.
minant , veluti Sabaoth , Adonai , Saddat... i mais qu'on
peut , fans péché , lui donner le nom qui signifie Dieu, en
quelque langue que ce soit : Caterùm quod nome» in...»
C«//"f. />. 613. ». qukvis Itnguà Deum fignificat » illud Deo tribut fine pec*
46. cato potest.
XII. Au reste notre Auteur nous fait assez fentir,qu'il n'y
a point de nom qui convienne mieux á Dieu que celui qu'il
se donne à lui-même dans l'Exode , en disant à Moïíe :
Nom cjui con Celui qui est, ôcc. Car enfin , dit cet ancien Pere , le nom
vient le mieux à n'est autre chose qu'une dénomination qui exprime en
Dieu. Traité de U
Prière, f. ij6. n. abrégé les qualités de la chose nommée. Or comme les
14- qualitez varient dans les hommes , de là vient qu'ils chan
gent de noms. Mais Dieu étant invariable & immuable ,
il n'a que comme un seul & même nom qui est: Celui qui
est : In Deo vero , qui invariabilis } immutabiltfque femper est ,
unum idemque femper e(l veluti nomen-.Qui est. Si on lui en don»
ne d'autrcSjii faut qu'ils reviennent à celui.ci. Lgs Anciens- j
Doctrine d'Origene ì Prêtre & Confesseur. 147
au rapport d'Origene , étoient si scrupuleux sur cet arti- 77 "
cle , qu'ils aimoient mieux mourir que de donner â Dieu * Siicx.1.
le nom de Jupiter , ou quelqu'autre nom prophane } ils se uv. i.cont.cds,
contentoient ou de l'appeller Dieu simplement , ou d ajoû. f-343-n-lí«
ter quelques autres dénominations qui exprimaflent quel
qu'une de ses perfections divines. Enfin Origene ne craint
pas de dire que c'est prendre le nom de Dieu en vain ,
que d'appliquer la notion de cet Etre suprême à des íu-
jets à qui elle ne convient pas: Ille qui Dei conceptum iis , Traité de i*Trte
aptat y cfuibus non convenit } affumit nomen Domini Dei in rí»i*-*î7,n,1*5
vanum. Telle éroit la Religion de nos Pères à l'égard du
saint Nom de Dieu , bien différente de la familiarité avec
laquelle on le prononce aujourd'hui , sur les sujets même
les plus profanes.

CHAPITRE V.

DE LA TRINITE DES PERSONNES


Divines y & de leur Confubjìantialité.

I. f*\ Uoiqu'il y ait eu bien des Ecrivains qui ont regar-


\J dé Origene comme un Hérésiarque trcs-dange-
reux , particulièrement fur la doctrine de la Trinité j íl
faut convenir néanmoins qu'il s'est trouvé grand nombre
d'Auteurs , aussi vénérables par leur antiquité que par
leur érudition , qui ont pris la défense de ce grand hom
me , & ont démontré son orthodoxie de façon à imposer
silence à ses adversaires. C'est ce qu'ont fait Alexandre
de Jérusalem , Téoctiste de Césarée, Denys d'Aléxandrie ,
Firmilien de Césarée , Grégoire le Thaumaturge & Athe-
nodore , qui étoient tous contemporains d'Qrigene. On a
même vû , du tems de cet ancien Pere, toute la Palestine,
l'Arabie, la Phénicie , l'Achaïe , se déclarer en sa faveur
contre Démetrius d'Aléxandrie • c'est ainsi que dans la
fuite le célèbre martyr Pamphile , & Euscbe de Césarée
se sont rendus ses apologistes , avec plusieurs autres grands
personages , dont Photius fait mention dans fa bibliothè
que , [a) au rang desquels il faut mettre saint Athanase ,

(*) Bibliothèque de Photius, Cod. 11S.


148 Dostrirte d'Orìgene } Prêtre & Confejjeur'.
qui nous donne Origene pour un grand défenseur de là
III. Siécle.
foi catholique , contre l'hérésie opposée des Ariens qui
Liv. des Décrets
duConcìle deNkée, s'éleva ensuite. Je ne parle point ici de Rufìn dont on sçafc
aílèz le zele qu'il a toujours témoigné pour la mémoire de
notre Auteur , & d'un grand nombre d'anciens Moines qui
se sont déclarés hautement en fa faveur , contre Théophile
d'Aléxandrie , l'un des plus fameux & des plus animes
adversaires d'Órigene. Quelque impression que puiíïe faire
fur nous cette diversité de fentimens, ce conflit d'opinions 5
cela ne doit pas nous empêcher d'examiner la vérité des
choses par nous-mêmes-. Nous devons cette justice à Ori
gene , qui , comme nous l'avons déja remarqué , est mort
dans le íein de l'Eglise , & lui a toûjouts été très, soumis
pendant toute fa vie. Si nous prenons la défense de ce
grand homme sur le point en question , comme sur bien
d'autres où on l'a accusé d'erreur,, nous ne faisons que mar
cher fur les traces de quelques sçavans des siécles paíTés ,
qui , avec l'agrément des Papes & des pcríonnes les plus
habiles & les plus pieuses„ont prouvé son orthodoxie, mal
gré l'anathêmé dont il a été frappé dans un concile dont
nous avons parlé.
1 1. Que notre Auteur ait reconnu & distingué trois Per
sonnes divines , c'est un point dont il ne fera pas possible
de douter, si l'on fait attention en premier lieu qu'il em
ployé en plusieurs endroits Je mot de Trinité , pour dési
gner les Personnes divines. C'est ainsi qu'il enseigne sur
l'Exode que toute l'Eglise est fondée sur Ja foi de la Tri.
Trinité dcsPer- nité : Trinitatis fides ..... per quam suftinetur omnis Ecclefia.
sonnes divines. Et sur le Pseaume 14J. que la connoiflance de la sainte
Hem.9 .s*r l'Exod.
n.}.p. 16}. Trinité est infinie : SanBa Trinitatis cognitio ìnfinita. C'est
Sur le l'seaume ainsi qu'il enseigne encore dans son Periarcon , qu'il faut
I4f.p. 845.
Liv. 1 . des Prin- nommer le Perc , le Fils & le Saint-Esprit dans le Baptê
me , & que l'on ne peut recevoir le salut dans ce Sacrement
íàns l'invocationde toute la Trinité '. Qui regeneratur.... opus
habet & Pâtre & Filio & Spiritu fanfio , non percesturus
salutem, nififit intégra Trinitas. Et ensuite, parlant du Pè
re , du Fils 8c du Saint-Esprit , il dit que la nature de la
Cbap.^.n. i*f.6S. Trinité , natura Trinitatis , ne souffre aucune composition ;
qu'elle n'est point renfermée dans la matière 5 mais qu'elle
liv. 4. dis Vrin-
est toute spirituelle : Subfiantia Trinitatis ex toto incor
rif.n. i%f-
Doflrine d'Origene } Prêtre & ConfejfeurS 149
forea. Enfin parlant toujours des trois Personnes divi- tTt-c~7Z~T
nés , il déclare nettement que cette Trinité est au-dessus
de toute intelligence 8c temporelle 8c éternelle ; 8c que
tout ce qui est hors de cette même Trinité , se mesure par #«/.».ì8./>.ij>o.
les siécles 8c les teins.' _
III. Origene non content d'employer le mot de Tri
nité , pour désigner les Personnes Divines , nomme souvent
le Pere , le Fils 6c le Saint-Esprit , d'une manière nette 8c
distincte. Nous en avons déja apporté une preuve dans ce
que dit Origene un peu plus haut , qu'il faut nommer le mLÌV-*-ù*
Pere , le Fils 8c le Saint-Esprit dans le Baptême : Qui rege-pf'/i 3* 5'
neratur.... opus habtt & Pâtre & Filio & Spiritu faníio.
II dit encore qu'il faut entendre au-dessus de tout tems ,
de tous siécles , & même de toute éternité , ce que l'on
dit du Pere, du Fils 8c du Saint-Esprit: Supra omnem ater- Uv.A.iisirìn-
nitatem tntelligenda funt , eaquade Pâtre & Filio & Spiritu cií"'n l8-? IÍ'0-
faníio dicuntur. II enseigne ailleurs que c'est aux Infidèles surr^xod.Hom.
un point très-difficile à croire qu'il n'y ait qu'un seul Dieu , í-'M-í us.
8c néanmoins qu'il y ait trois Personnes , le Pere , le Fils
8c le Saint-Esprit : Denique cum confitearis unum Deum , die
ce Pere , eàdemque conftljìone Patrem dr Filium & Spiritum
faníium ajseras y unum Deum .... quam inextricabile videttir
hoc effe infidelibus \ Je crois , c'est toujours Origene qui mm. y. fur U
parle ,. à cause de la soi au Pere , au Fils 8c au Saint-Esprit : ».4.?-*o8.
Credo propter fidem Patris , & Filii & Spiritus fancii.
IV^ II est si constant que notre Auteur a admis en Dieu
trois Personnes distinguées , qu'il déclare nettement 8c eu
termes formels , que le Fils est autre que le Pere , 8c le Saint.
Esprit autre que le Pere 8c le Fils : Alius à Pâtre Filius , mm.xx.furUt
Cr non idem Filius , qui & Pater . . . . alius . ,.. . & iffi ***•»■
( Spiritus sanííus ) à Pâtre & Filio ; 8c qu'il faut par con
séquent admettre une distinction de Personnes dans le
Rere , le Fils 8c le Saint-Esprit : Est ergo hœc trium distiníiio
ferfonarum in Pâtre ejr Filio & Spiritu faníio. Mais enfin
le moyen de douter de l'orthodoxie d'Origene fur la distin
ction réelle des Personnes divines , après les fonctions dif
férentes 8c les qualités personnelles qu'il leur attribue pour
lès mieux caractériser , comme nous le verrons dans le 60 ty'»t. P4.'<8
chapitre suivant j il pousse même la chose jusqu à dire, si A™ttí'
nousen croyons íaint Jérôme (*)8cl'empereur Justinien,^) jb)J«/?M">J*nt
i jó Dostrïne d'Origene , Prêtre & Confesseur.
que le Fils est moindre que le Père , & le Saint-Esprit
III. Siécle. moindre que le Pere & le Fils ; que la puissance du Pere
est supérieure à celle des deux autres Personnes ; &: que
celle du Fils est plus grande que celle du Saint-Eíprit. Cè
qui prouve au moins que notre Auteur a reconnu trois
Personnes distinctes en Dieu ; & par conséquent qu'il n'a
point favorisé Phérésie de Sabellius.
V. Voyons maintenant fi l'on peut avec autant de raison
le délivrer du soupçon de l'Arianiíme ì Le Pere Petau a
cru le devoir charger de ce reproche, comme presque tous
les autres anciens Pères qui ont vécu avant le concile de
Nicée , mais il est aisé de faire voir que cet Auteur mo
derne se trompe , pour peu qu'on soit versé dans la lecture
d'Origene , & que l'on ait íaisi son véritable esprit & ses
vrais principes. C'est ce qu'a fait admirablement un Ecri
vain de l'Eglise Anglicane , dont nous avons déja loué le
travail & la sagacité á prendre la défense des anciens Pères
fur cet article. Mais sáns nous arrêter ici à une infinité de
passages d'Origene, que nous rapporterons en leurs lieux,
& qui prouvent que cet Ancien a reconnu que le Fils &. le
i Saint-Esprit sont consubstantiels au Pere , nous nous atta
cherons feulement â quelques endroits plus génériques ,
mais qui serviront pleinement à nous persuader Ae Porro-
doxie d'Origene sur la coníubstantialité des trois Personnes
en général. Notre Auteur enseigne en premier lieu , qu'il
n'y a aucune différence de nature ni de dignité dans les
v trois Personnes divines : Nihil in Trinitate majus , minufve
Consubstantialitó dicendum est. Que PApôtre ne reconnoît qu'une seule &
«les Paíbnnes di- même vertu, qu'une seule & même puissance dans les trois
]'ri^c'ipe's. chap. \. Personnes 5 lorsqu'il dit , après avoir parle des differens
n. 7. p. 6). dons du Saint-Eíprit , que c'est le même Dieu qui opère
toutes choses en tout ; d'où il fuit très. manifestement ,
dit Origene , qu'il n'y a point de différence naturelle dans
Pag' 64. la Trinité : Ex quo manìfcstiffìmè dcfíqnatur , tptod nuBa est
in Trinitate diferetio. Or cet endroit d'Origene doit faire
d'autant plus d'impreíîìon , qu'il est tiré d'un chapitre qui
a pour titre , du Saint-Esprit ; & où l'Auteur se propose
manifestement de prouver non seulement la subsistance du
Saint-Esprit &c ce qui le regarde personnellement, mais fà
ressemblance de nature , de dignité ôc de puissance avec le
Dottrine d'Origene 3 Pretrt ç^r Confejpur. 1 ji
Pere & le Fils -y ce qui nous empêche de regarder cet en- jjj g1£c
droit comme un passage échapé contre l'esprit 8c l'intention ' 1 CLE"
de l'Auteur : & cela posé , Origene a cru la consubstantia.
lité des trois Personnes divines , puisqu'il n'admet en elles
aucune différence de puiílance & de dignité. II employé
dans le même chapitre , le terme d'Unité, de Trinité : In
Dnitate Trinitatis. Et plus bas il dit formellement , l'Qnité
du Pere , du Fils & du Saint-Esprit : His iptur de unitate 8- f. 6±,
Patris & Fil'i & Spiritus faníli proteftatìs 3 &c Ce qui
signifie la même chose que le terme de tonsubstancialité ,
puisque cette unité tombe sur la puiílance , la dignité &
î'opération des trois Personnes , comme nous venons de
le marquer.
VI. D'ailleurs l'on a rapporté un peu plus haut un palîàge
qui justifie pleinement notre Auteur fur l'article en questionj
c'est celui où il dit que c'est un paradoxe pour les infidèles ,
de parler d'un seul Dieu en trois Personnes -r de dire que
le Pere , le Fils &. le Saint-Esprit ne sont qu'un seul Sc même
Dieu : Cum confitearis unum Deum , ekdemque confejjìone Pa
tron & Filium & Spiritum fanclum ajjeras > unum Deum. . .
quum difficile videtur hoc tfle ìnfidelibus ì II compare ailleurs s,,i.tc dc la méme
les trois Personnes divines à trois puits qui dérivent tous JJ^TexoÏ!™'. )'.
d'une même source j &. il déclare nettement à ce íujet qu'il j>. i4í-
n'y a qu'une substance, qu'une nature de la Trinité : IJna Hom. n.suries
enìm fubfìantia ejì & natura Trinitatis. Enfin pour ne laisser ì*omb'n-l-î-llì-
aucun sujet de le soupçonner d'erreur , il enseigne que les
différentes fonctions des Personnes de la Trinité r ne cau
sent aucun changement dans leur nature : Nec putes Trini.
tafis naturam drfsrere , fi nominum fervantttr officia ; & que smisaìe.um.ii
pour preuve qu'il n'y a qu'une même Divinité dans les dtGeneb'ì-ì^
trois Personnes , Jesus-Christ remet les péchés dans
FEvangíie 5 prérogative qui convient également aux trois
P ersonnes -.Denique ut Unitatem deïtatis in Trinitate cognofi Mi.
(as 3 folus Chrifius in pressenti leciione nwnc peccata dimittit ;
& tamen certum e/ì a, Trinitate peccata dimitti. Ajoutons
à ces passages si clairs & si formels , ce que notre Au
teur dit encore dans une "de ses Homélies fur saint Luc, Htmiiun sur
qu'il faut louer Dieu dans le Pere , le Fils & le Saint- Esprit : * Lu£ ttm- *• *
Zaudemus Deum in Pâtre & Filio & Spiritu fanlio. Et dans Gem t'1**'
son Commentaire sur S. Jean , qu'il n'y a que le Fils &. le
Lct DoSíriríe d'Origene 3 Prêtre & Confejjeur.
111 Siécle Saint-Esprit qui participent à toute la splendeur de la gloire
' de Dieu le Pere : Je ne crois point , dit Origenc , que per
sonne puisse recevoir toute la splendeur de toute la gloire
de Dieu , sinon le Fils de Dieu lui-même 5 & si vous ajou
tez le Saint-Esprit , vous ne parlez & ne pensez de Dieu
r Surs.yean.záit. que dans la derniere exactitude : Non arbitrer pet cipere ali-
Hu(t.um.i.$.4,\6. qUem poffe omnem fpltndorem totius gloriœ Dti , nifi Filium
Dei. Si ei addas etiam ejus Spiritum yoptime . . . . ejr absolu*
t'tjjtmc de Deo ejr dices & senties.
VII. Je laisse à jugerait Lecteur , tant soit peu intelli
gent , si l'on pourroit s'exprimer d'une manière plus nette
te plus précise fur la coníubstantialité des trois Personnes
divines , á moins d'employer le terme même de confubstan.
tialité? N 'est-ce pas en effet dire la même chose , quoiqu'en
termes differens , de reconnoître que tout est égal dans les
trois Personnes divines 5 que l'une n'est supérieure ni infé
rieure â l'autre } qu'elles ont toutes trois la même vertu , la
même puissance , les mêmes opérations ; qu'il n'y a aucune
différence là-deslus dans la Trinitéjqu'il y a Unité de Trini
té; Unité dans lc Pere,le Fils & le Saint- Esprir; que ces trois
Personnes ne font -qu'un seul &. même Dieu j que la Trinité
est d'une seule essence , d'une seule nature 5 que les fonc
tions différentes qu'on attribue aux troi Personnes divines
séparément n'apportent aucun préjudice à leur identité
naturelle -, qu'il n'y a en elles qu'une feule divinité ; qu'on
glorifie Dieu dans le Pere , le Fils & le Saint-Esprit ; que
le Fils & le Saint-Esprit possèdent la plénitude &. la splen
deur de toute la gloire du Pere ? En fauD-il davantage pour
mettre notre" Auteur à couvert des erreurs qu'on lui a im
putées fur ce mystère ?
VIII. On viendra peut-être nous objecter cet endroit
que nous avons rapporté nous-mêmes au nombre 4e. de
ce chapitre , où Origene enseigne nettement i°. Quel'o-
pération du Pere s'étend fur tout ce qui est , & qu'il se
communique à tous les êtres , parce qu'il est lui mème ce
lui qui est ; z°. Que le Fils étant moindre que le Pere ne se
communique qu'aux seuls êtres raisonnables , parce qu'il
Difficulté tirée est le second après le Pere : Minor verò Pâtre FMus ad fola
áa'èfhïcïe^'1' ratlona^ia pervertit , est enim fecundus a Pâtre. 30. Que le
u. jï'™!" '' 3 Saint-Efprit étant encore inférieur au Fils , ne se commu-
? nique
Doéîrine d'Origene , Prêtre & Confesseur, ïyj
nique qu'aux saints : Adhuc etiamminor Spiritus sanílus , ad ^ Siécle'
yô/o/faniïos pertingit. D'où. Origene conclut que la puissance ' *
du Pere est plus grande que celle du Fils &. du Saint Esprit ,
& que celle du Fils est íupérieure à celle du Saint Esprit :
lta ex hoc major est poteflas Patris , quam Filii & Spiritus
santti ; amplior item poteflas Filii , quam Spiritusfanili. Ce
qui paroît combattre directement la foi de laccmsubstan-
tialité des trois Personnes. Car íi l'opération du Pere &
fa puissance s'étendent plus loin que celle des deux autres
Personnes ; si même celle du Fils est supérieure à celle du
Saint-Esprit , c'est une íuite que le Pere est d'une nature supé
rieure à celle des deux autres Personnes , & que le Fils est
d'une nature différente de celle du Saint-Esprit ; ce qui dé
truit absolument la coníubstantialité de la Trinité.
IX. Mais on peut répliquer â cela i°. qu'il seroit con
tre l'équite naturelle de condamner Origene sur quelques Eclaircissement
paslages de cette nature , quand il y en a plusieurs autres , <!« cette difficulté,
pour le moins aussi clairs 8c aussi précis , qui le justifient
pleinement fur l'article dont il est question. z°. II faut bien
faire attention à la manière donr Origene propose les que
stions renfermées dans ce passage. II ne décide point,
comme il fait dans les autres que nous avons rapportés
précédemment ; il se contente de dire , qu'il pense, qu'il
opine , &c. arbitror. Ainsi tout ce qu'il y avance, ne doit
paslèr que pour opinions , ou tout au plus pour íèntimens
particuliers d'Origene. 30. Après tout , ce passage bien
examiné , ne renferme rien que de très-catholique fur Je
mystère de la Trinité. Car enfin tout ce que l'Auteur y
enseigne se réduit à ce point capital , que le Pere est plus
grand que le Fils , le Fils plus grand que le Saint-Esprit.
Or cette expression est orthodoxe , considérée par rapport
à la subordination qu'il y a entre les trois Personnes divi
nes. C'est en effet une vérité de foi que la Personne du Pere
est supérieure à celle du Fils j parce que le Fils est engen
dré du Pere , & qu'il tire de lui son être & ses perfections
divines. II en est de même du Fils à l'égard du Saint-Esprit,
dont il procède aussi-bien que du Pere. C'est en ce sens
que Jesus-Christ dit lui-même dans l'Evangile, que le
Pere est plus grand que lui. II s'agit à présent de voir si
c'est-là la véritable pensée d'Origene * or il est facile de
Tome II. - V.
i <4 Doflrine d'Orìgene , Prêtre & Confesseur.
1 1 s'en convaincre par la Kcture feule du chapitre d'où l'on a
III. Siécle. cjr^ CCtce objection. Notre Auteur y enseigne en termes
ibid. ». 4. formels , qu'il y a Unité dans La Trinité : InVnitate Trini-
tatis ; ce qui ne peut tomber que fur la nature des trois
Personnes qui est la même , selon cet Ancien. II y déclare
nettement que les Personnes divines n'ont qu'une feule
». 7. f- *\> & même puissance : Vnam , eandentíjHe virtutem Trinitatis.
\\ dk même qu'il ne fe trouve aucune différence dans cette
t*g. *4. Trinité : Nulla est in Trinitate difcreii». Quand donc il
avance au même endroit que le Pere est plus grand que le
Fils 8t le Saint-Esprit •> que fa puissance est plus grande que
celle des deux autres Personnes , cela ne peut s'entendre
raisonnablement , que par rapport à Tordre des Perlonnes
ou des propriétés personnelles , suivant lequel le Pere , en
qualité de principe , est supérieur au Fils & au Saint^Eiprit
qui procèdent de lui. Mais comme l'être & les perfections
que le Pere leur communique , font les mêmes que celles du
Pere , leur nature par conséquent est la même avec celle
du Pere ; U par une autre fuite % la puislance naturelle du
Pere , la puilìànce.qu'il a , en qualité de Dieu , n'ist pas
plus grande que celle du Fils &. du Saint-Esprit , considérés
aussi íèlon leur être divin précisément. Telle est , où je me
trompe bien fort , la véritable pcníèe de notre Auteur. II
est vrai qu'il dit encore dans le passage dont il s'agit , que
Popération du Pere s'étend plus loin que celle du Fils , 8ç
celle du Fils plus loin que celle du Saint-Esprit ; mais c'est
toujours dans le sens de la subordination personnelle ,
comme on peut en juger par la lecture du chapitre entier.
.&u reste il reconnoît à la fin , que c'est le même Esprit, le
même Dieu qui opère tout en tous , selon l'expreflìon de
l'Apôtre j & il enf.igne dans un autre endroic que s'il y a
uelque difïèrence personnelle fur ce point , cela ne préju-
icie en rien à la nature des trois Personnes : Nec putes ,
surisitie.um.i. dit ce feavant Pere . Trinitatis naturam déférere , (i nominum
jervantur officia. Mais en voila allez íur cette matière , que
nous devons traiter encore plus particulièrement , après
que nous aurons tiré d'Origene les endroits les plus re
marquables , touchant les propriétés personnelles de cha
que Personne de la sainte Tnswé.
Doftrme dtOrigem 3 Pretr? & Confesseur. tff

' ~ ' III. SlECLÏ,


CHAPITRE VI.

DES ATTRIBUTS RELATIFS»


ou propriétés personnelles du Pere t du Fils
& du Saint-Esprit.
I. N entend ici par attributs relatifs , ou propriétés
ìty personnelles , les perfections 6c les opérations qui
conviennent proprement , ou que l'on attribue â chacune
des Personnes de la Trinité , considérées selon leur être per
sonnel précisément. Ainsi c'est une propriété personnelle au
Pere, qu'il soit sans origine, fans principe, comme nous l'ap- lePferceff seul
prend notre Auteur : Nihil ingenitttmjdestiTtnatttnijraterfo- '"j^"^*^
lam Beum Fatrem. S. Jérôme {a) avoit rendu le terme grec e. un. $.(. jj,
a$/irror,par le latin,w/?s/«WjCequfrendroit Origene suspect
de Terreur Arienne y mais, sauf le respect; que nous devons au
saint Docteur , il a limicé un peu trop la signification du
terme Grec , qur veut dire ici , que le Pere est la seule Per
sonne de la Trinité qui soit sons principe -, au lieu que les
deux autres- tirent leur existence du Pere , comme de leur
principe. Et ce qui fait voir que S. Jérôme s'est véritable
ment trompé dans cette traduction , c'est qu'Origene en
seigne expressément: ailleurs , que le Fils est aussi an8oV«Ç , „ ,r,iv- €' 'Trt
tnfettus , tncreatus , meree. Amir Ruftrra mieux traduit :
Nihil iftgenitum , &c. Cette remarque est du Pere «de la
Ruë , nouvel Editeur d'Origene. Ajoutons- a ce passage ,
que notre Auteur pariant de Dieu le Pere, lui donne rrcs-
íouvent le titre d'/ngenitas à$Jiir*ç , ôû le distingue ordi
nairement des deux autres Personnes , par certe dénomina
tion , comme on peut le voir en bien des endroits;,
II. C'est une autre perfection relativedanslePere, d'â
tre Torigine & la source cToìr procèdent le Fils & leSaimr.
Esprit : Origû & sons Filii vcl Spiritus fanfti , Pater est.
Mais que cela soit sans aucune dépendance , aucune im- Le.p«re «st fe
perfection , par rapport au Fils & au Saint-Esprit , c'est ^""saint -"Esprit!
une vérité que nous enseigne Origene immédiatement iiv.i..dtstrinci-
après les paroles que nous vcnons"de citer , où íl ajoûte fet e'i-H'-1-f 7f>
fur le champ qu'il n'y a néanmoins aucune antériorité ou
fostèrioritè dans les-" trois Personnes : Et nihil in bis ante-
( /») Epître à Avitus.
i}6 Do&rine d'Origene 3 Prêtre & Confejseur.
III Siécle ríus ' í°fter^usve intelligi poteft. Ce qui prouve toujours la
même nature, la même essence dans le Pere , le Fils 8c le
Saint- Esprit. Au reste cette qualité de principe que notre
Auteur attribue â Dieu le Pere , lui donne fondement de
dire , 6c que le Pere est plus grand que les deux autres Per
sonnes , comme nous Pavons remarqué dans le chapitre
précédent j êc qu'on peut même le regarder comme le
Le Pcrc peut être Seigneur du Fils : Rtíiè enim Pater cxìflimari potest Filii
slgnítrTTií Dominus. Non que le Fils dépende du Pere , comme un
Tr*né de u prie- serviteur de son maître , ainsi que notre Auteur le dit plus
T£dìt nouv 'tom í' ^aut > ma's simplement à cause de la supériorité du Pere
à l'égard du Fils. C'est de même en conséquence de cetwe
Le Pere est le supériorité personnelle , que le Pere est le principal Créa-
principal Créateur • L , ,JT-,1. ,. 1 ■ ,7 , »-.} i A. ,
de rumvers. lìv. teur de 1 Univers , au lieu que le Verbe Fus de Dieu n en
6. contre Ceise , est que comme l'ouvrier , parce que dans la création il n'a
n. 6o. f. 67S. £ajt qU»executer jes ordres de son Pere : Diximus ... . Pa.

trem ejfe primarium conditorcm 3 cò quòd verbofuo Filio man-


davit ut mundum faccret.
Dieu est Pere «III. Dieu le Pere est de toute éternité Pere de son
de toute éternité. «Filsjcar il n'a pas commencé à être Pere après ne l'avoir pû
ii-v.sur u^entse. „ £tre comme il arrive parmi les hommes, qui sont un
f. 1. nouv. Edit. » r i- • o
um. t. » tems lans être pères ; mais etant Dieu parrait , ôc ne
>j pouvant par conséquent être privé de la qualité de Pere,
>s qui est un bien par rapport à un Fils comme le sien , il
» n'a point différé de se rendre Pere lui-même , si l'on peut
» s'exprimer de la sorte : » Quid differt. . . . & non statìm , fi
ita dici potest t se Pater efficit Patrem ì Mais cette généra,
tion éternelle du Fils n'empêche point le Pere d'être toû-
jours dans le Fils , comme le Fils est toujours dans le Pere :
Le Pere est toù- Semper est Pater in Filio , ficut Filius femper est in Pâtre ,
diT /iJ'/é Parce <îue Ie Pere est inséparable du Fils , comme le Fils
Lévit.n. i-f.zju î'est également du Pere : Quia non feparo Filium k Pâtre s
Le Pere est in- nec Patrem a Filio. C'est- lâ tout ce que j'ai vu de bien
réparable de sou remarquable fur la personne du Pere en particulier.
Fils. Hom. i}.Jur T .T . r
le Lévitique, n. 4. 1 V. La génération du Fils n est point a comparer avec
t- 1s6- celle des hommes ou des animaux : Infandum est , dit Ori-
Génération du gene , rZ2* illicitum , Deum Patrem in generatione unigeniti
frîneipts cl'*t *" J^1^' su* • • cxœquare alicui vel hominum vel aliorum anintan-
p. jj. n. 4. 1 tium generanti. C'est un mystère qui ne trouve aucune corn,
paraifon ni dans les choses memes , ni dans la pensée.
Doctrine d'Origene , Prêtre & Confesseur. 157 ___________
L'efprit humain ne pourra jamais concevoir comment un jjj Siécle
Pere éternel devient Pere d'un Fils unique. Ce n'est point
par adoption que le Fils est revêtu de la qualité de Fils
de Dieu -, il est tel de fa sature : Sed naturel Filius est. Or
quoiqu'Origene vienne de dire que Pesprit humain ne peut
concevoir comment le Verbe est engendré du Pere , il ne
laiílè pas néanmoins d'apporter quelques exemples fami
liers qui peuvent nous faciliter l'intelligence de ce mystère.
11 enseigne entr'autres choses, que le Fils procède du Pere
comme la splendeur de la lumière : Est namque œterna ac
sempiterna generatio , stcut Jplendor generatur ex luce 5 qu'il
procède de l'efprit du Pere comme fa volonté : Natus ex
eo est , velut quœdam volunta* ejus , ex mente procedens. Car
la volonté du Pere doit suffire pour faire subsister tout ce
que le Pere veut j c'est donc de la forte, ajoûte notre Au
teur , que la personne du Fils est engendrée par le Pere :
Jta ergo & Filii fubfistentia generatur ab eo. N. 5;
V. Or cette idée de la génération du Verbe est bien
différente de l'imagination bizarre de certains Hérétiques
dont Origene fait mention , qui enfeignoient que le Pere
engendrant son Fils , avoit perdu une partie de lui-même,
laquelle selon eux , s'étoit tournée en la substance du Fils:
2Ton enim dicimus , ce font les paroles de notre Auteur , . ■[
ficut Heretici putant ìpartem aliquam substantif Dei in Fi- Suitedela même
l'.um versam. «Mais écartant tout sens corporel & maté- n™»"6» liv- 4- da
xiel , nous soutenons que le Verbe ÒC la sagesse est « Í^Tys. * *
engendré d'un Pere invisible & spirituel , fans aucune «
passion animale , & en la façon que la volonté procède «
de l'efprit : » Velut (i voluntas procedat è mente. Et s'il
n'est point absurde d'appeller Je Verbe Fils de la charité
du Pere , il ne le doit point être non plus de l'appeller
Fils de la volonté : Nec absurdum vtdcbitur , cum dicatur Fi-
litis charitatis,(ì hoc modo etiam Qoluntatis putetur. « S. Jean «
donne à Dieu le Pere la qualité de lumière, & S.Paul nom- «
me leFils la splendeur de la lumiereéternelle. Comme donc«
la lumière n'a jamais pû être fans splendeur \ de même l'i- «
dée du Fils est inséparable de celle du Pere. Ainsi comment (<
peut-on avancer qu'il y a eu un tems où le Fils n'etoit »
pas.» Mais cela regarde l'éternité du Verbe, dont noua
nous réservons de parler dans le chapitre suivant.
1 18
DoÛrine etOrigene , Prêtre & Confesseur.
rrj-7 VI. Au reste le Fils de Dieu est lá fagesle du Pere , iî
111. Siécle. efl. ^on píemjGI. n^ ^ fâ vertu ì son Verbe. II est la voye ,
r^rwTù' fiís°dc *â v^"c<^ & 'â v*e- ^ e^ l'image <^u Dieu invisible j la fplen-
dÎcPii!S/!v. u du deur de la gloire & la forme de la substance divine du
rrinc. ci. f. 53. pere . c«€ft ie miroir sans cache de la puissance de Dieu ,
Aid. f. f4. n. 4. Pi mage de fa bonté { c'est la sageíîè même , la vériré même ,
p*j.5j.». 5. la justice même 5 c'est par cette sageíîè que toutes choies
t£™7\p\e669.Ct^' onc ^ CI"éées, comme c'est par cette justice qu'elles ont
Ltv.i.des-print. été réglées. En quoi le Fils n'a fait qu'exécuter le com.
e.p.n.y.j. 100. mandement de son Pere, â qui il a servi comme de mini-
j>rf/. ». 4. p. 4g. tre dans la création. Le Verbe de Dieu étend la providence
av. z. des ■princ. fur toutes choses : Omnibus providet ; ce qui peut servir à
». 100. expliquer certaines expressions que nous avons rapportées
dans le chapitre précédent , où Origene paroît limiter l'o-
pèration du Fils deDieu fur les créatures. Enfin c'est une
propriété personnelle au Verbe de s'étre incarné pour le
salut de l'homme , d'être né , d'avoir souffert , d'être mort
Liv. t. des jrìat. véritablement selon la nature humaine; de quoi nous
fréf.n. 4./.. 48. parlerons ailleurs plus amplement.
Propriétés per- VII. Quant au S. Esprit , on l'appelle Paraclet , c'est-
Esrh '"tv i*"des consolateur , du mot Grec Paraclefis , qui signifie
vrine'e. 7. n. 4. consolation. C'est la troisième personne de la sainte Tri-
t'9i* nité. ... Tertiam perfonam k Pâtre & Filio , dit Origene.
Hem. n.surs. Cet Esprit divin est , selon la doctrine des Apôtres , associé
pUí5lm'1' Gtntb' au Pere & au Fils en honneur & en dignité : Honore ac
dignitate Patri at filio fociatum tradidernnt Spiritum fanffum;
lìv. x. des princ. ce qui montre fa confubstantialité avec le Pere & le Fils.
pré/.n.^.p. 4í. Q'est luî qui a inspiré tous les Saints, les Prophètes & les
ibid. Apôtres ; c'est par lui que les Ecritures divines ont été
au. n. 8. écrites ; c'est de cet Esprit divin que nous parle l'Ecriture ,
toutes les fois qu'elle parle d'esprit sans aucune addition.
ibid.c. j.n.4.?.íi. II faut entendre du Saint-Esprit ce qu'elle nous dit au com
mencement du livre de la "Genèse : Que l'efprit de Dieu
étoit porté furies eaux : Spiritus Dei , qui super aquas
ferebatur. . . . puto qttod non fit alius quam Spiritus fanesus ;
lb/d.n.3. Jecundum quod ego intelligere poffrim. Remarquons bien que
notre Auteur ne fait qu'opiner fur cet article dont tous les
Anciens ses prédéceíïeurs ne convenoient pas,ainsi que nous
avons pû le voir dans le premier tome de cet ouvrage.
ibid. ». 4. L'eíprk de Dieu accorde la connoiílance de Dieu á qui
Dotfrine ttOrìgetie , Prêtre & Confesseur. i j$
c'est une extravagance & une impiété en même,
tems de croire qu'il ait jamais ignoré la divinité , puiC
qu'il est de même nature que le Pere & le Fils. jíu.f.tx.
VIII. C'est au Saint-Esprit qu'il faut fapporter ces
paroles du Psalmiste : Vous envoyerez votre esprit , &c.
puisque c'est lui qui a renouvellé la face de la terre, en iHd.n.7.f.e^.
créant des hommes nouveaux $ c'est-à-dire en les faisane
marcher dans une vie nouvelle , après ies avoir dépouillés
du vieil homme. C'est lui qui a sanctifié tous les justes -y &
ce lui est une propriété personnelle de n'être donné qu'aux
Saints : Spiritus faníti participationtm k Sanctis tantum- J*»*
modo haberi invenimus non qu'il soit pour cela plus
grand que le Pere & le Fils dont Popération s'étend gé
néralement: fur les bons & les mauvais , les justes & les
injustes : mais c'est une propriété de fa grâce & de son
ouvrage : Proprietatem gratia ejus operifque ejus dcfcripfìmus.
Le Pere donne l'être aux natures intelligentes -, elles re
çoivent du Fils la raiíon } mais c'est le saint Esprit qui les
sanctifie : Tertio, ut fint sanfia , habent ex Spìritu fanf/o. lbìi. n. s.s.
I X. On ne peut doute* que ce ne soit cet Esprit faine
qui soit descendu en Jésus Chb.ist après son baptême >
ious la forme d'une colombe } & il est étonnant que les
Juifs osent contredire la vérité de ce fais v eux qui ajou
tent foi à une infinité de choses bien moins croyables. Quoi- ziv.i.ecnt.ceif.
que cet Esprit divin se soit communiqué à rous les justes *41-/«3íí>.
qui furent jamais fur la terre , il faut néanmoins remar
quer , selon la réfléxion judicieuse de notre Auteur , qu'il
s'est communiqué avec plus d'éclat depuis l'Aícenfion du
Sauveur ; ôc que son opération fur les hommes a été alors
plus universelle qu'avant Pavénement de Jésus Christ:.
car avant PIncarnation il n'y avoit que les Prophètes 8c
quelques justes à qui il íè communiquât ; au lieu que de
puis P Ascension il y a eu une infinité de personnes qui ont
participé á ses grâces , chacun selon la mesure que Dieu rh^ï d"?rint'
lui avoit donnée. Les Apôtres donnoient cet Esprit divin
par Pimposition de leurs mains ; & du tems d'Origene il tyo.i.tofiriiu.
faifoit encore sentir sa préíencepar des signes extérieurs «u
&C sensibles : Quia etiammm apud Chrtfìianos nonnulla fu- LiVt, cmtre
ferfunt illius Spiritus sanfii vefiipa. Car les Chrétiens chas ceij.n. A6.ft^u
{o\qtìI encore les démons , ils guériíïoient les maladies &.
prédifoient les choses à venir.


i6o Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
X. Origene nous apprend encore qu'il n'y a que fur
III. Siécle. Jesus-Chmst seul que Je saint Esprit aie répandu íes sept
dons : Vide , dit ce Pcre, quia supra nullum altum , Spiritus
Homd.6.surUt Dei requievijse septemplici hac virtute deferibitur. Que la pré-
momb.n.ï.t.ziy. f*ence je cec Esprit divin nous purifie de toutes nos souillu
res , & nous remet nos péchés : Purqat namque omnes fordes
frafentia fanesi Spiritus , remiljìonem tribuens peccatorum.
Htm. t. for U u. Enfin que le Saint-Esprit a été envoyé par le Pere , pour
vít.n.x.f. i%9. opérer le salut des hommes conjointement avec le Fils :
Pater , etiam ut princeps , Fiiium mittens }unà Spiritum que-
surs.jein,um. ™ Mais en voila assez íur cette matière.
t.f. j 8. Edit.Hutt. *

CHAPITRE VII.

DE LA CONSUBSTANTIALITE DU VEKBE,

çy de U divinité du Saint-Ej^rit.

I, /"*^ Uoiqu'il soit évident par tous les endroits que


V J nous avons rapporté au chapitre cinquième de
cette section que le Verbe èc le Saint-Esprit participent ,
selon Origene , à toutes les perfections du Pere ; qu'ils
' sont l'un. & l'autre un seul Dieu avec lui 5 qu'ils lui font
parfaitement consubstantiels ; néanmoins l'importance de
la matière exige de nous que nous la traitions ici un peu
plus en particulier , & que nous donnions aux deux véri
tés , qui font le sujet de ce chapitre , toute l'étenduë dont
elles ont besoin pour persuader efficacement. Mais avant
d'en venir tout d'un coup á la coníubstantialité du Verbe,
qui est l'objet principal que nous nous proposons ici , le
Lecteur ne fera point fâché que nous le conduisions petit
à petit à cette vérité capitale par les conséquences que
nous lui ferons tirer de certains endroits d'Origene , où.
. cet Ancien attribue aux Fils de Dieu des perfections qui
Divinité du Ver- ne conviennent qu'à la divinité. C'est ainsi , par exemple,
Trin^T/ó/n'f't. clu enseigne que c'est par le Verbe que toutes choses ont
p. 90. . été faites , soit visibles , soit invisibles ; qu'ib est coéternel
n*i'& f'^'T' au ^ere > clue c'e^ Par 'e ^ue ^e ^ere e^ tout-puiíîant j
liv.i.des'vrinc que le Fils lui-même est tout-puissant aussi-bien que le
c. i.tt. icf. ;8. • Pere.
Doflrine d'OrigenCj Prêtre & Confesseur. igi
Pere. Le Pere étant qualifié tout-puiflànt > dit notre Au-
teur , personne ne doit s'offenser que l'on donne aussi cette Siécle-,
qualité au Fils de Dieu : Cum omnipotens àicitur Pater , ctiam
nullus débet offendi , quod etiam Filius Dei omnipotens dicitur.
Car , ajoûte-t-îl au même endroit , dès- là que tout ce qui
est au Pere appartient au Fils , & que le Pere est tout-puis-
íant , il est fans contredit que le Fils doit être aussi tout-
puissant : Sine dubio etiam. . . Filius débet effe omnipotens.
. II. Dieu le Verbe est en tout lieu , il est non feule
ment avec ceux qui lui font attachés , mais même avec
ceux qui ne le connoissent pas : Verfatur ( Christus ) & cum
iis ubiquc qui ipfi adharent , necnon ubique cum eis qui ipfum
nefciunt. Et ce qui fait voir qu'Origene entend ici une im- Suitc <ju m5mc
mensité proprement dite , c'est qu'il apporte pour preuve sui«. tiv. j. cont.
de ce qu'il vient d'avancer cesparoles de Jérémie {a) , où il Ctl->'y> l*-f'l*6*.
est dit que le Seigneur remplit le ciel & la terre : Numquid
cœlum & terram ego impleo ? dicit Dominus. Le Verbe n'est
sujet à aucun changement } & s'il s'est incarné , s'il eífc ve
nu parmi les hommes , fa nature divine n'en a souffert au
cune altération , malgré ce qu'en ayent pu peníer les ennej Uv^ cmX Ccî£
mis du Christianisme, tels qu'étoit Celíe que notreAuteur «. 15.' />. jio.ç^"
réfute amplement fur cet article en particulier. Le Verbe
n'a eu aucun commencement , &. on ne peut lui refuser la
qualité d'éternel fans nier que le Pere ait toujours été Liv.x.daPrm-
Pere. Le Verbe est invisible , parce qu'il est l'image d'un "p^[n'^r\nl
Dieu invisible : il est incompréhensible aussi-bien que le «p *.«.».».Mo.
Pere , & il n'y a que lui qui puiíle dignement comprendre n ™'6'"™' Ce^'
le Pere. En un mot le Fils de Dieu est adoré des Chré- Md.'i,'i7.p. í4j.
tiens. Quem Christiani adorant & admirantur Jefum. 0 varo Liv i-"nt Ctls'
xejLçiùutûii izff&mivviìiiïfjoç Ihj«ç.... Or tous ces Paíîages font au- 7*
tant de preuves de la divinité du Fils de Dieu : car enfin
de qui peut on dire , á Pexception du seul vrai Dieu , qu'il
ait créé toutes choses 5 qu'il soit coéternel au Pere -, qu'il
n'ait eu aucun commencement 3 qu'il soit tout-puiíîant j
qu'il soit en tout lieu par son immensité 3 qu'il soit immua
ble , invisible, incompréhensible ? Et quand notre Auteur
ajoute que les Chrétiens adorent le Fils de Dieu ,ne mon.
tre-t-il pas évidemment par cette feule expression , qu'ils
le reconnoislent pour vrai Dieu avec le Pere ?
III. 11 est donc inutile d'ajoûter à ces paíîages si déci-
Cliap. 15. -f. i*.
Tome II. X
1 6 Tu DoÛrine d'Origene 3 Prêtre & Confeffeuf.
sifs , que cet Ancien donne au Verbe en une infinité d'eiî-
III. Siecli. droits le nom de Dieu, qu'il lui donne cette qualité con-
jointement avec le Pere , distinguant feulement l'ordre
des Personnes ; qu'il reconnoît 8c défend la divinité du
Fils contre Pinfidelité des Payens qui l'attaquoient. Tout
cela ne dit rien davantage que les paílages que nous ve
nons de citer $ il ne nous reste donc, fur la divinité du
Verbe, qu'à prémunir le Lecteur contre l'abus que l'on
pourroit faire de quelques expressions d'Origene , dont il
pourroit quelquefois conclure que le Fils n'est pas vrai
Dieu comme le Pere : cet Ancien die , par exemple , que
•DfrCï dt£ le Fils est le sccond Dieu : Secundttm Deum , t M-n&t &tèv -t
du Fils de Dieu , mais il s'explique lui-même là- dessus, en disant dans son
Vv. 5. cont. ceise , Ouvrage contre Celfè , que quoique l'on nomme de la
forte le Fils de Dieu y 1 on n entend pourtant nen autre
chose par cette expression , qu'une vertu qui renferme en
soi toutes les vertus , & que la raison quï comprend dans
son jdée tout ce quil y a de raison dans les créatures 1 Et
quamvis illum appellemus fecundum Deum j sciant fecundi Dei
nominenibilnos intelligere aliud,quàm virtutem virtutes omnes
compleíientem, & ratiomm in se continentem quidquid rationis
ifi in rebus.
IV. U ne faut pas nous allarmer non plus d'entendre dire
à Origene que le Fils de Dieu est Pimage.de la bonté di
vine, mais non la bonté même ; qu'il n'est pas bon fimple-
Autres difficul- nient comme le Pere ; & que bien qu'il loit Dieu, il n'est
tes furie même íu- ■ . , ' ., ■ . 'A , Mr ..
jet , Hv. 1. des pourtant pas celui dont il dit lui-même dans 1 Evangile :
prìnt, c. 1. ». ix. Afin qu'ils vous reconnoissent pour le seul vrai Dieu : Ut
i9" coçnofcantte folum verum Deum. ( Nous avons le texte origi
nal de cet endroit. ) Tout cela est orthodoxe dans la bouche
d'Origene, qui enseigne dans le même chapitre, que l'on
Bé doit point se scandaliser de ce que Jlsus-Chmst dit,
parlant de Dieu le Pere , qu'il n'y a que lui qui íoit bon :
Nemo bonus nifi unus Deus Pater : parce qu'il regarde ici
le Pere comme une bonté originale dont le Fils & le Saint-
Esprit reçoivent l'écoulemcnt , en recevant du Pere leur
nature & leurs perfections; ce qui asíurcmenr ne détruit
pas la bonté du Fils & du Saint- Esprit C'est de La même
façon qu'il faut interpréter la pensée d'Origene sur cette
expression de l'Evangile : Ut coqriofcant te feltim verum
Dmm y à moins de mettre cet Ancien en contradiction avec
Doctrine d'Origene Prêtre £<r Confesseur. iéj
lui-même , puisqu'i-l déclare nettement dans le même cha- (
pitre que le Fils de Dieu est la íàgesle subsistante du Pere> liL hlEcLí*
<jue saint Jean , au commencement de son Evangile , ap- N-l-f n*
plique á la personne du Verbe i'idée propre de Dieu :
Joannes. ... propriá definitione Deumejse defimens Verbum, di~
cens: Et BcuseratVerbam,&c. Que le Verbe est Fils de Dieu n. 3./. 544
par nature & non par adoption : Non fer adoptionem , fed
naturk films est. II est vrai que l'on dira peut-être que ces
derniers passages font suspects , étant de la traduction de
Rufin , grand apologiste d'Origene ; mais il faut donc que
Rufin en ait impose par tout íur cet article , & qu'il aie
plus corrigé que traduit bien des ouvrages d'Origene. Au
reste nous allons voir dans la fuite , par des paílages plus
incontestables, que Rufin ne prête rien ici à notre Auteur
quand il le rend catholique touchant le point en question.
V. Car enfin X)n'gene déclare nettement dans son Ou
vrage contre Celse , dont la Providence nous a conserve
le texte original , que le Sauveur est proprement le Fils de
Dieu j qu'il est le Verbe Dieu ; qu'il est la puislance Se
la íageflè de Dieu : Propriè dtííùm Dei Filium ; Dettm Ver- Divinité & con.
bum 3 Dei potentiam, Dei fapientiant: Que Jésus-Christ substamiaiité da
est le Verbe même , la sagesse même , la même vérité . la J"** 1 T'
meme jultice : òapientia ipja , veritas ipja , tpfamet jttfit-
tia. Qu'il ne fauc pas s'imaginer que Dieu le Pere foie le uv.6.cont.ceis.
seul qui soit grand, puisqu'il a communiqué fa grandeur
à son Fils unique , au premier né de toutes créatures, lequel cty^lt™*™
étant l'image du Dieu invisible , doit par conséquent res
sembler en grandeur à son Pere : Vt qui imay> est imtifibi-
lis Dei , is etiam mapiitudine Pàtris imapntm referret :
Car il étoit impossible, continue Origene , que l'image «
répondît à l'original , íàns cette égalité de grandeur.... «
II est vrai que Dieu le Pere est difficile à contempler , «
mais aussi n'est-il pas le seul qui le soit : At non (oins , puis- «
que son Fils unique , le Verbe Dieu , l'est aussi avec lui : «
Nam ejus unigenitus , Deus Verbunt , est etiam conten$plata ï*g* «85-
difficilis. « Ce n'est donc pas parce que le Pere est diffi- «
cile à connoître , qu'il aura envoyé son Fils, comme si «
celui-ci étoit un Dieu dont la connoissance fût plus à «
notre portée : w Qnafi is effet Deus contemplât» facilis. Ar
rêtons nous un petit moment fur ce dernier passage ou
Xij

1
164 Dotfrined'Origene } Prêtre & Consrjseur.
nous trouvons &; la divinité du Verbe&sa consubstantîa-
III. biECLE. ]jt^ avec je pere ciairement établies : celui-là est véritable
ment égal au Pere &. consubstantiel au vrai Dieu , qui en
est l image véritable , qui en représente la grandeur, qui la
poslede en lui - même par la communication du Pere , quî
► • est aussi difficile à connoîrre que le vrai Dieu , que Dieu
1c Pere : or le Verbe est revêtu de toutes ces qualités , fé
lon Origene -y il est donc consubstantiel au Pere.
V I. Notre Auteur nous apprend encore dans le même
ouvrage contre Celse , qu'il n'y a personne qui connoifle
bien le Pere , à l'cxception du Verbe ; comme il n'y a per
sonne qui connoisse bien le Fils , à l'èxception du Pere :
Neque ulltu. . prìmogenitum digne potest cognofcere , ut Pater
qui eum genuit } neque Patrem ut animatum verbum , quod
Suitcdeia mímc fipientia & veritas ejus est ; ce qui montre assurément une
SSafiflTiÍ! égalité de nature dans le Pere &'.ie Fils. Mais il établie
f. «4j. encore plus clairement cette vérité fondamentale , quand
à l'oecasion d'une objection que lui fait Celse, que les Chré
tiens non contens d'adorer le íeul vrai Dieu , rendoient
; • aussi leur culte à son Ministre, c'est-à-dire son Fils'; il ré
pond que si Celse eût fait attention à ces paroles du Sau
veur : Le Pere & moi ne sommes qu'un : Ego & Pater unum
fumus ; & à ces autres expressions : Comme vous & moi ne
sommes qu'un , il ne se fût jamais imaginé que les Chré
tiens adorassent un autre Dieu que le Seigneur de l'Univers :
in>. 8. eont.Celf. Ad hoc etiam rejfiondendum , dit Origene ,Jî Celfo perjpeféum
»• «i.f.7jo- fuijfet istud: Ego & Pater unumfumus ;& hoc alïud quod Filius
Dei inter precandum dixit : Sicut ego & tu unum fumus ; non
Jtbi eum induïlurum fuisse in animum , alium à nobis quam
summum Deum coli : Nam Pater , inquit , in me & ego in Pâ
tre: abc tu uen n/uaç û a?fr.ov d%yi7r<sCeiv GÌfetf t 'Qrì 7m jì 9tóv 0
yò 7mwp , <p«aiV , c* f/np) , KoLya z» t® 7m-vQji. De bonne foi , les
Pères de Nicée eufíènt-ils parlé avec plus de précision
de la confubstantialité du Verbe ? Origene dit ici que les
Chrétiens adorent le Fils de Dieu,parce qu'ils ne le croyent
point différent du Pere } il dit qu'en adorant le Verbe avec
le Pere, l'on n'adore qu'un seul vrai Dieu. Peut-on rien
désirer davantage ?
V I L Je sçai que cet Ancien ajoûte sur le champ qu'iî
1 tient le Pere û le Fils pour deux hypostases difïerentes , 5e
-

Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confejjeur. iéj


qu'il compare leur unité 6c leur identité à ce qui est rap- 7V7~Z '
porté dans les Actes des Apôtres, que les Fidèles n'avoient **** SjEcle.
qu'un coeur 6c qu'une ame ; il dit encore un peu plus bas
que le Pere 6c le Fils sont deux choses , quant à l'hypostase,
mais qu'ils n'en sont qu'une , quant à la concorde 6c l'iden-
ïité. de volonté
r r :Qua jàuœ-, >res Jfunt
, quoad hypostaítm
* . ■tJ. J r\ , una
j- „
Suite du mème
verb conjer.jione , concordta- & volmtatts identitate. Or , di- sujet ibid.è-ì»g>
sent les adversaires d'Origene , cet ancien Pere entend par 7ji,
Je terme d'hypostase , varo?a<r<ç , ce que nous entendons
nous autres par celui dénature , de substance , ûa'i% • il croie
donc le Pere 6c le Fils de natures difFerentes^mais il s'agiroic
simplement de bien prouver ce que l'on a-vance ici touchant
Ja signification du terme \zséçu7iç dans Ori^ene. L'on con
vient effectivement que ces deux termes Grecs ont la mê
me signification dans bien des-anciens Auteurs Ecclésiasti
ques 5 mais iE n'est point aisé de montrer que cela soit par
rapport à Origene j •ûnroVaarç chez-luine signifie rien autre
chose que ce que l'on entend par le terme latin fubfisten-
tiam , ou rem aliquam indiv iduam 3 ferse fubjìjìentcm , ce qur
se rend en françois par le terme de Personne; & si l'on en
veut des preuves , il est constant i°. qn'Origene n'employe
jamais le terme d'hypostase qu'en ce sens , lorsqu'il parle de
la Trinité , Sc l'on ne voie nulle part qu'il lui donne
une autre signification , quand il s'agit de ce mystère. Non
memini , dit le sçavant bullus fur l'endroit en question , me
vfpiam vocem xzmsKeiç , aliter ab ipso ( Origene ) nbi de Tri-
nitate loquitur , acceptant legijse. i°. Notre Auteur se propo
sé ici d'éviter l'opinion de certafns Hérétiques , qui nioienc
que le Pere 6c le Fils fussent deux hypostases différentes.
Que si quelqu'un , dit-il immédiatement après le passa- «
ge que nous venons de rapporter au nombre précédent , «
appréhende que nous ne nous rangions du côté de ceux«
qui nient que le Pere 6c le Fil* soient deux hypostasès , «
qu'il faste attention à cette parole des Actes des Apôtres : «
H n'y avoit qu'un cœur 6c qu'une ame parmi les Fidèles , «
afin qu'il puisse entendrece que signifie cetté autre exprès- «
fìon Le Pere ôc mof ne sommes qu'un ; » où il est clair
que notre Auteurcn veut aux Noëtiens, qui s'imaginoientr
que le Pere 6c le Fils n'étoient qu'une même personne, ainsi;
que nous l-'avons déja vû ailleurs. Quand donc OrigenfC
i66 Doflrine d'Origene s Prêtre & Confejfeur.
nous assure ici , contre ces Hérétiques , que le Pere Sc le
Iil. Siécle. pils sont deux hypostases, cela veut dire qu'ils font deux
personnes, 6c non deux natures ou deux substances ; puis
que les Noctiens n'admettoient qu'une personne. 30. Ce
qui fait voir encore que le terme vsmçucnç dans Origene,
doit fe rendre par celui de Personne en notre langue ,
c'est qu'il n'y a presqu'aucun Pere avant le concile de
cée qui l'ait entendu autrement au sujet du mystère de la
Trinité. On peut le voir dans Tertullicn , dans saint Hip-
polyte , dans saint Denys d'Alexandrie , disciple d'Orige-
ne, ôcc. En vain voudroit-on insister íur ces paroles d'Ori-
gene : Una verò consevfione & comordiâ & volnntatìs identi-
tate; comme si l'identité du Pere 6c du Fils ne coníìstoit
que dans l'idencité de leurs volontés , puisque nous avons
pû remarquer ci-devant que notre Auteur donne au Pere
ôc au Fils une nature ôc des perfecb'oQs communes , quî
font le vrai fondement de cette identité qui se trouve dans
le Pere 6c le Fils , corame nous le verrons encore dans la
fuite.
VIII. En conséquence des passages de l'Ecriture que
l'on a cités au nombre 6\ de ce chapitre, Origene s'ex
prime encore en ces termes fur l'identité du Pere 6c du
Verbe : « Nous adorons donc un seul Dieu , le Pere 6c le
m Fils ; 6c ce n'est point á un homme qui ait paru nouvelle
ment , 6c qui auparavant n 'é toit pas , que nous rendons
Suite du même » un culte souverain : » Vnum igitur Deum Patrem &
su|et. ó>t*g- J?ilium colimus : 'ívx «V ®ebv t 7mnçyi r vsovn^'TidjofjSf} . . ,„
' J ' neque homìnem nuperrimè cxortum,& qui antea non erat.jummà
veneratione projequimur. c< Car,ajoûte ce Pere, nous ajoutons
» foi à la parole qu'il dit dans l'Evangile : J'étois avant
» Abraham j 6c á cette autre : Je fuis la vérité. .j nous ado-
»rons donc le Pere de vérité 4 Ôc le Fils qui est la vérité
m même : Colimus igitur Fatrem veritatis , & Filium venta-
» tent; qui font deux choses quant à l'hypostafe , mais qui
» ne font qu'une chose par leur concorde ôc l'identité de
»leur volonté : de façon , continue Origene , que qui a
« vû le Fils , qui est la splendeur de la gloire ôc la forme
» de la substance divine, a vû en lui le Pere comme dans
P'je 7ji. * G* véritable ressemblance : 5» Jta ut qui vidit Filium , qui
est fëlendor gloriœ & figura fubstantia Dei „ u in iMo , qui Dei
Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur. 167
'imago est , viderit & Patrem. Je demande au Lecteur , tanc
foie peu intelligent , si Ton peut entendre cet endroit d'une Siécle.
simple conformité de volonté > & si l'on pourroit dire en
conséquence de cela précisément , que l'on adore un seul
Dieu dans le Pere & le Fils 3 que l'on voit le Pere dans le
Fils, comme dans son image ? N on assurément, il faut pour
s'exprimer de la forte , reconnoîrre le Fils de même nature
& consubstantiel au Pere.
IX. Outre ces paíïàges que nous venons de tirer de
l'ouvrage d'Origene contre Celfe , nous en avons encóre
d'autres auífi incontestables , où. cet Ancien enseigne la
même vérité avec autant de précision. C'est ainsi que dans
fes Commentaires fur saint Matthieu , il explique ces pa
roles du Sauveur : Celui qui me reçoit , reçoit celui qui m'a surfaim Matth*
envoyé. Le Pere étant inséparable du Fils , dit notre Au_ 2j"jJ^£*,a**
teur , il demeure chez ceux qui reçoivent le Fils j d'où
vient qu'il est dit: Celui qui me reçoit , reçoit celui qui ra 'à
envoyé : Càm À Filio Pater non feparetur 3 apud eum est qui
Filium fuse í'périt , unde diíiurn est : Quicumque me receperit ,
-recipit eum qui me niifìt. II dit ailleurs que le Fils étant dans sur suint "Jean:
1c Pere , Dieu étoit comme le lieu du Fils avant son Incar- ^m-f-t- 3°?- de
.. 1 n r s- . lu menu Edition.
nation : Quande Fil.us in Fatre est , antequam Jcipfum exi-
Tianiai , veluti locus ipstus est Deus. Qu'il n'y a que le Fils
avec le Saint-Esprit qui puiílè participer à toute, la gloire
de Dieu : Non arbitror percipere aliquem pojfe omnemJplendo- Sursuïm Jeun.
rem totius gloria Dei ynifi Filium Dei , à qui il joint ensuite ^mimUMm*
le Saint -Esprit , comme nous l'avons vûau chapitre 5e. de
cette Section.
X. Sur l'Epttre aux Romains , Origene déclare nette
ment qu'il faut rendre le même hommage au Pere &: au Fils;
& il s'appuye en cela de l'autorité du Sauveur même,. qui
enseigne à honorer le Fils , cornme-le Pere : Vnum namque nv.%.furVzpiu
utriaue honorem deferendum . id tíl Dco Patri & Filio ^Jivinus *** Kom; f- 3 8*-
. 7 r t. . r,, 1 -c r ! .r „ um. i. de Geneb.
docet /crmo,cum dicitsUthononpcentFiuumstcuthonoripcantPa~
trem. [a) D'òù vient qu'il décide nettement en un autre en- Homélie 18. /«r
droit qu'il faut louer , glorifier lePere & 1c Fils en commun, ^^.Th*-'
c'est-à-dire conjointement , parce que le Sauveur est le Fils
du Créateur : Quia igitur Salvator Çrcatoris est Filius in

En faim Jean , chap. j> f. a^..


163 Doctrine d'Origene Prêtre & Confesseur.
' commune Patrem Filiumque laudcmus. En voilà assez., ce me
' semble , pour nous persuader de Porthodoxie d'Origene
sur la.consubstantialité du Verbe j .fie sans nous arrêter aux
■deux derniers endroits d'Origene que je rapporte ici , donc
on pourroit peut-être nous contester l'autenticité , pour la
raison. que j'ai dite cî-devant , revenons à ceux du nombre
précédent , qui font aussi exprès en notre faveur , qu'ils font
en eux-mêmes incontestables. L'Auteur y dit que le Fils est
inséparable du Pere j que le Pere étoit comme le lieu du
Verbe avant son Incarnation 5 que le Verbe avec le Saint-
Esprit reçoit toute la splendeur de toute la gloire divine.
Tìst-ce-là s'énoncer en Arien fur le mystère dont il s'agit ì
Ou n'est-ce pas plûtôt marquer aussi catholiquement qu'on
le puisse la confubstantialité du Verbe ? Assurément les
Pères du Concile de Nicée n'ont rien ciit au-delà } si l'on
en excepte le terme de consubstantiel , quant à l'applica-
fion qu'on en fait au mystère de la sainte Trinité.
XI. C'est donc avec grande raison que saint Athanase
nous donne Origene pour un grand défenseur de la divi
nité du Fils de Dieu , 6c qu'ilemploye son autorité contre
les Ariens qui combattoient cette vérité fondamentale de
la Religion : « Que le V-.*rbe soit de toute éternité avec le
y» Pere , dit ce grand Docteur de l'Eglise {a) , fie qu'il soit de
» même nature avec lui , selon la définition du Concile de
» Nicée , c'est une vérité que nous enseigne le studieux
» Origene,... lorsqu'il raisonne ainsi: Si le Verbe est Vu
>ì mage de Dieu invisible , il est lui-même invisible. J'ose
u même ajoûter , qu'étant la ressemblance du Pere , il n'est
» pas possible qu'il y ait eu un tems où il n'étoit pas. Car
» enfin , Dieu , à qui saint Jean donne le nom de lumière,
>3 a-t-il été privé de la splendeur de sa propre gloire , pour
» qu'on puisse donner un commencement à son Fils , fie
« qu'on ose avancer qu'il n'étoit pas auparavant »... Que
» ceux qui ont la témérité d'avancer ce blasphème , sça-
» chent qu'en disant qu'il y a eu un tems où le Fils n'étoit
m pas j c'est comme s'ils difoîent que la sageiïe de Dieu n'a
» pas été toujours 5 que le Verbe fie la vie ont eu un corn-
>5 mencement. Le même Origene , au rapport encore de
» faine Athanase , enseigne ailleurs , qu'il n'est pas permis,
•j qu'il est même dangereux à notre foiblessè , de priver
(a) S. Atliaiiaíc, Liv. des deux Décrets de Nicée, tom. i.f. i$x.
» Dieu ,
Doéîrìnc d'Origene } Prêtre & Confesseur. i<s$
Dieu , autant qu'il est en nous , de son Verbe , lequel a « _
toujours existé avec lui , étant la sagesse en qui il prenoit « oiECLE,
plaisir, » Ces endroits d'Origene , dont on ne peut con
tester l'autenticité , joints avec ceux que nous avons rap
portés auparavant, ne servent pas peu à justifier la créance
de cet Ancien fur la divinité du'Fils de Dieu }8c après que
saint Athanase s'en est servi contre les Ariens de son tems,
nous pouvons hardiment les produire contre ceux qui voo.
droient nous faire regarder Origene comme un Auteur
qui a donné occasion â la doctrine abominable de cette
secte. Nous pourrions encore pouííêr plus loin Papologie
de cet ancien Pere fur le point dont il s'agit 5 mais de crainte
d'ennuyer , nous nous bornerons aux endroits que nous
venons d'extraire de fes ouvrages , nous contentans d'en
examiner quelques autres qui ont íervi de fondemens aux
soupçons atroces dont on a voulu flétrir son orthodoxie
touchant la divinité du Verbe.
XII. Saint Jérôme , par exemple , condamne dans Ori
gene cette expression : Que Dieu le Pere étant invisible de Première objec-
fa nature , il n'est pas vû même de son Fils. 11 est vrai que jZmTÍ{h^t
notre Auteur a dit cela , mais il est faux qu'il l'ait dit dans à Avim,
le sens que lui attribue saint Jérôme , comme s'il eût voulu
par-là donner atteinte â la coníubstantialité du Verbe. Car
nous avons déja remarqué qu'il ne s'agit dans cet endroit
& d'autres semblables jque l'on pourroit encore citer , que
d'une vision oculaire , dont Dieu ne peut être apperçû ,
pas même de son Fils , étant invisible de fa nature. Origene
avoit raison de s'exprimer de la sorte , ayant affaire à
des hérétiques , comme les Valentiniens &c les Antropo-
morphites , qui donnoient à Dieu un corps ^ leur faisant
voir que Dieu est invisible de sa nature , qu'il n'est pas mê
me visible aux yeux de son Fils incarné , c'étoit leur dé
montrer d'une manière péremptoire que Dieu est un pur
Esprit, parfaitement dégagé de la matière , & impercepti
ble aux sens. Une preuve excellente que ce n'est que dans
ce sens qu'Origene a cru le Pere invisible au Fils , c'est
qu'il enseigne ailleurs en termes formels , qu'il n'y a per- Liv.6.cont.ce'f.
sonne qui connoiíle parfaitement le Pere , à l'exception du n-l7-t- 6*3-
Fils 5 comme il n'y a personne qui connoisse bien le Fils que
Tome II. 'Y
17O Doctrine d'Orìgem , Prêtre & Confesseur.
: — le Pere. Nous avons rapporte plus haut cet endroit d'Ori*
111. biECLE. genCî tîre de son sixième Livre contre Celse.
Seconde objec- XIII. Saint Jérôme reproche encore à Origene , d'avoir
lb>d' " dit que le Fils comparé au Pere n'est pas vérité , & que
par rapport à nous il n'est qu'une vérité imaginaire : Filium
comparution Patri non esse veritatem , sed comparatum ad nos
ejje imaginariam veritatem. Mais il suffit pour réduire cette
difficulté en poudre , de nous rappeller dans la mémoire
les passages de cet Ancien que nous avons rapporté ci-
dessus , où il déclare nettemènt que le Fils de Dieu est la
vérité même : Jpjì,ffìmamylwrov.xi\^ou>ì veritatem. Au reste ,
Origene pouvoit dire dans un sens catholique , comme
nous pourrions le faire encore aujourd'hui , que le Fils,
comme image du Pere ,. n'e'ft point la vérité , c'est-à-dire ,
qu'il n'est point le Pere , dont il est seulement l'image & la
reslemblance. Mais cette image est si parfaitement confor
me à l'original y qu'elle en représente toute la grandeur,,
toutes les perfections ; & qu'elle possède , par la communi
cation du Pere , toute la splendeur de toute la gloire divine.
Nous avons encore vû cela dans quelques passages d'Ori-
gene rapportés ci-dessus.
XIV. Ensin , si nous en croyons toujours saint Jérôme ,.
notre Auteur a dit que Dieu le Pere est une lumière in
compréhensible 5 mais que le Fils, en comparaison du Pere,
Troisième ob- n'est qu'une lueur très-foible. Je ne fçai où saint Jérôme a
jectioa. prjS ce qU»j[ avance ici . â moins que ce ne soit une con-
iëquence qu'il ait tirée de quelques endroits d'Origene,.
où il est dit qu'il n'y a point de ténèbres dans le Pere , &
que le Fils brille dans les ténèbres. Mais il est clair qué
cette conséquence aura été mal tirée , puisqu'on ne peut
disconvenir que notre Auteur ne fasse ici allusion à ces pa
roles de saint Jean : In tenebris lucet. Ce qui est du Fils de
Dieu incarné , & non considéré selon son être divin pré-»,
cisément. Comme on peut dire que le Pere est le seul im
mortel , parce que le Fils incarné a bien voulu souffrir la
mort pour nous $ de même l'on peut dire qu'il n'y a que
le Pere en qui il ne se trouve aucunes ténèbres , le Fils
s'étant bien voulu charger des nôtres. Je n'avance rien
que je ne puiííe prouver par Origene lui-même qui s'ex»
ë
DoSirlne d'Origene s Prêtre & Conféjfeìtr. \j%
prime en ces termes dans son Commentaire iur saint Jean : fT~^ "
Quàratione solos Pater habet immortalitatem f quia Dominus SIECLE,
nofter nostr^m nomine mortcm ob amorem eryi genus humanum ^f^zl^mtt
fertitlerit j hac Paterfolus habet , ut in ipso nulla fint tenebrœ > p. 73.
cum Christus tenebras nostras in fe ipfum receperit 5 où il est
manifeste qu'Origene parle seulement de l'Incarnation.
XV. Après avoir éclairci les difficultés de saint Jérôme
contre forthodoxie d'Origene, il est juste de répondre en
core à quelques autres objections que certains Auteurs mo
dernes ont formé contre le même Ancien. Ils taxent
d'Arianisme, en premier lieu, ce que dit Origene dans
son huitième Livre contre Celse , qu'il y avoit quelques Quatrième ofc-
personnes de son tems qui pensoient autrement que le reste u^^'ctnt Ctife
des fidèles , en ce qu'ils croyoient que le Sauveur étoit le «• 14. j>. 7$*.
Dieu de l'Unîvers , ou le Dieu souverain : « Pour nous , «
ajoûte ce Pere , nous ne pensons point ainsi , & nous ai- «
mons mieux nous en rapporter à cette parole de Jésus - «
Christ lui-même': Le Pere qui m'a envoyé est plus «
grand que moi. » Mais â bien examiner ce qui précède
£c ce qui fuit de ce paíïage , l'on trouvera que cette diffi
culté est nulle. Origene parle ici , non contre le sentiment
des Catholiques qui reconnoiíîoîent une même nature
dans le Pere & le Fils j mais contre de certains héréti
ques qui ne vouloient pas distinguer ces deux Personnes ,
comme nous l'avons deja répété fi íouvent. Voila pour
quoi il dit que le Sauveur n'est pas le Dieu de l'Univers }
parce que les fidèles de son tems reconnoiflbient le Fils
diffèrent du Pere par rapporta la personnalité : & ce qui
doit nous porter à entrer dans cette explication , c'est que
les Anciens avoient coutume de nommer le Pere , Dieu de
l'Univers , ô 7raav ©lòç , Driverforum Dcus , ou le Dieu fou-.
verain , ainsi que nous l'avons vû dans les Anciens prédé^
cesseurs d'Origene , & fur-tout dans saint Justin , qui di
stinguent par cette dénomination le Fils d'avec le Pere.
Or la Personne du Pere n'étant pas celle du Fils , il n'est
pas étonnant qu'Origene , pour en mieux faire sentir Iq.
distinction , rappelle ses adversaires à cette parole de Jesus-
Gheust : Le Pere est plus grand que moi ; &nous avons
deja dit en quel sens Origene employé cette expression.
XVI. Les nouveaux adversaires d'Origene nous objec-
Y ij
ì y£ Doftr'tne d'Origene } Prêtre £7* Confesseur.
ÍII Siécle tenC encore deux autres endroits où cet Ancien paroît
enseigner qu'il ne faut pas prier proprement le Fils comme
fJáïïfto. °)'. le Pere s maîs clu'il faut adseÛer nos prières à celui-ci par
tont. cdse. n. ii. le Sauveur qui est notre souverain Pontife & le Verbe vi-
£ \%6 ° l™' 8" vant du Pere, à qui Ton a recours en premier lieu , afin
13 7 ' qu'il présente nos vœux à Dieu son Pere. Mais de bonne
foi , est. il rien que de très-orthodoxe dans cette expression ?
1 N'est-il pas de foi que le Verbe incarné est notre médiateur
auprès de Dieu ? Qu'il est notre Pontife , notre propitia-
tion , comme le dit Origene après les Auteurs sacrés 5 8c
en cette qualité n'est il pas vrai que c'est lui qui présente
nos vœux à Dieu le Pere , qui lui adresse nos prières ? Or ,
cela posé , ne peut-on point dire très-catholiquement que
Ton ne prie point le Fils comme le Pere , puisque c'est par
le Fils que l'on prie le Pere , St que l'on s'adreíTe d'abord
au Fils pour le porter à présenter nos vœux au Pere ?
liìj. j-fuic f Filio) primûmsupplicamus ,àh Origene3rogantes utcum
fit propitiatio pro peccatis nostris & Tontifex magniiï , vota ,
viftimas , precefque nofiras fummo Deo offerat. Que l'on ne
vienne pas nous dire que dans le premier endroit qui sert
d'objection , il s'agit du Verbe précisément comme Verbe,
& non comme médiateur. Car quand cela seroit vrai, l'on
pourroit toujours dire , que c'est le Pere que l'on prie pro*
firement , parce qu'il est le principe du Fils , & que c'est à
ui , comme à la íource, que l'on rapporte les prières que
l'on fait au Verbe. Au reste nous allons citer un pallàge
d'Origene , qui le met à couvert de tout soupçon sur cet
article. Voici les termes dans lesquels il est conçû : « Si
Jï^RmfufKx. " Enoch , Moïse , Aaron & Samuel invoquoient le Sei-
dtGttub.f.ì%i. » gneur a . . . . fans doute qu'ils invoquoient le Seignéur
»j Jesus-Christ j & si invoquer le nom du Seigneur , c'est
» adorer Dieu , comme on invoque celui de Jesus-Christ,
» c'est une luite que l'on adore Jesus-Christ j nous os-»
» frons nos prières au Seigneur Jesus-Chris-t , comme
»» nous faisons au Pere de l'Univers : Sicmt offerimus Dea
» Patri . . . . oratlones , ita ejf Domino Jesu-Chrifio parce
» que le Verbe divin nous enseigne lui-même qu'il saur
» rendre le même hommage à Dieu le Pere & le Fils , lorC
» qu'il nous apprend dans l'Evangile à honorer le Fils-
» comme le Pere : » Vnum namque utrique bonorem defertn?
Tyotfrinc ctOtìgene , Prêtre & Confesseur. 175 -
dum .... Divinus docet fermo , cum dicit : Vt honorificent Fi- TTT ^
lium , fîcut bonorificant Patrem. Enfin notre Auteur nous * IECLI»
exhorte encore dans un autre endroit à prier Nôtre-Sei
gneur Jésus -Christ conjointement avec son Pere : Jesum
Chriftum Dominum noftrum cum Pâtresuo precemur. Mais il est
tems de passer à la divinité du Saint-Espric.
XVII. Origene nous fait aílèz sentir quelle éfok fa
créance sur ce point , lorsqu'il dit que l'on ne peut montrer Divinité du
par aucun endroit de TEcriturc v que le Saint-Esprit soie Samt-Espnt.
une créature ; qu on ne peut meme dire de lui quil íoit *. j.n. }.?. 61.
la sagesse créée dont parle Salomon j que sa majesté & sa mm. 1.
dignité est si grande > qu'on ne peut conférer le baptême
fans ajouter son nom â ceux du Pere & du Fils 3 & que qui- js«7. 4./. 61:
conque ose blasphémer contre lui y commet un crime irré
missible y tandis que le blasphème contre le Fils peutobte- -,
nir rémission j qu'il a toujours été le Saint-Esprit 5 que c'est iTum.7. i.psgl
par lui que les créatures font sanctifiées j qu'il est associé au 6í-
Pere en honneur & en dignité 5 qu'il est coéternel au Pere rréf.sur ht lìv.
& au Fils : qu'il est Saint de fa nature , & que fa sainteté dtS erinciP"- 4-
» t r 7' a. p. 48.
n a eu aucun commencement : « Je penle , dit notre Au. « j , u
teur , que le Saint-Esprit est tellement Saint , qu'il n'a u «ehìjï. tlm, t.
point été sanctifié. La sainteté ne lui est pas extrinsèque $ «. «w». 1.
il ne l 'a point reçu d'ailleurs , mais il a toujours été Saint, « H#m..n./«rseí
o r r • - 1 n_ r • , ' 1 ntmb. ».8. P. 310.
& la íaintete n eít íujette a aucun commencement y ce «
qu'il faut , ajoute Origene , penser également du Pere «
& du Fils. Car il n'y a que la Trinité qui fòit sanctifiée «
de cette sorte , & qui soit íainte de fa nature. >» . ... Or corn-,
me il n'y a que de Dieu seul que l'on puisse dire qu'il soit
Saint en ce sens , comme nous lapprend encore Origene v
deux ou trois lignes plus bas j il est clair que cet Ancien a
cru le Saint-Esprit Dieu véritable & consubstantiel au Pere.
& au Fils.
XV II. Aussi S. Basile nous donne.t-il cet Ancien pour un,
témoin de la Tradition &. de la Doctrine de l'Eglife fur cet
article 5 & quoiqu'il reconnoisse que notre Auteur ait eu.
quelques sentimens erronés touchant la Personne du Saint-
Esprit , il avoue néanmoins que la force de la Traditiou
lui en a inspiré de véritables; & que dans son Commentaire
fur S. Jean , il déclare ouvertement qu'il faut adorer le hìv dlt s
Saint-Esprit '.Qui quïdem ( Ori%enes\insexto vnifalloryliíro * *s.
174 Doflrinc ctOrigene 3 Prêtre & Confesseur.
rTJ _ enarrationum in Evangeíium Joannis , etiam adorandum ftirí.
' îtCLE- tum evidenter promntiat. . . . C'est ainsi , ajoute saint Basile
après avoir encore rapporté un autre paíîage d'Origene.,
où il est parlé expreflément de la divinité du Saint-Esprits
»» c'est ainsi que la force de la Tradition a souvent con-
» traint des Auteurs de rendre eux- mêmes témoignage
» contre leurs propres íëntimens. »
XIX. L'on voit par cet endroit de saint Basile qu'Ori-
gene étoit tombé dans quelques erreurs touchant la Per
sonne du Saint-Esprit 5 mais quelques soient ces .erreurs ,
je ne puis me persuader qu'elles ayent rapport A scelle qui
toucheroit la divinité de cette troisième Personne de la
íàinte Trinité. Et je ne voudròis pour en convaincre tout
esprit raisonnable , que ce seul endroit de notre Auteur
iiomeh* \i.sur sur Jeremie de l'édition de M. Huet , où il enseigne, par-
j!T7t'de7iiit'. lant des trois Personnes de lu Trinité , qu'à moins de dé.
de m. met. ' sirer ces trois fontaines spirituelles tout ensemble on ne
pourra en trouver aucune. « Les Juifs., dit-il , paroiísoient
» soupirer après Punique fontaine dans la Personne de Dieu
»» le Pere -, mais parce qu'ils ne désiroient ni J es us- C h r. i s t.,
» ni le Saint-Esprit , ils n'ont pû boire dans cette fontaine
»> vers laquelle ils aspiroient. Les hérétiques sembloienc
m aussi chercher Jesus-Christ j mais parce qu'ils ne dési-
» roient pas le Pere , ils n'ont pas trouvé non plus le Sau-
» veur j ceux mêmes qui ne reconnoiílent qu'un Dieu , mais
m qui méprisent les Prophéties , n'ont point recherché le
m Saint-Esprit qui parle dans les Prophètes. » Or nous
royonsici qu'Origene a cru véritablement qu'on ne peut
ni connoître , ni posséder le Pere , fans connoître & poííè-
der le Fils ; qu'on ne peut rechercher l'un fans rechercher
l'autre -, ce qui montre le rapport eíFentiel qu'il y a entre
les trois Personnes de la Trinité, òc par conséquent la di
vinité du Saint-Esprit, & sa consubstantialité avec le Pere
& le Fils. Ce dernier paíîage d'Origene , étant de l'au-
tenticité qu'il est , nous est un témoignage irréfragable
de l'orthodoxie de cet ancien Pere fur la divinité du
Saint-Esprit.
Doftrìnc $0rì«ene3 Prêtre & Confesseur. 17J

■ ÏÏÏÏ

CHAPITRE VIII.

DE LJNCJRNATION DU VERBE.

ORigene est au moins aussi exact fur le mystère del'In-


carnation que fur celui de la sainte Trinité. L'on
trouve dans lés difterens écrits une infinité d'endroits re
marquables, qui fervent à justifier fa créance fur la vérité
& la réalité de l'incarnation du Verbe , la distinction des
deux natures en Jesus-Christ , l'Unité de fa Personne,
ses deux opérations différentes , le motif qui a engagé le
Verbe â fe revêtir de notre nature , fa dignité de pontife
& de médiateur , &c. Comme toutes ces matières font de
la derniere importance pour la Théologie , nous tâche
rons d'extraire exactement de notre Auteur , tout ce qu'il
a pû enseigner de bien mémorable íur ces difterens points.
-Nous y ajoíkerons même quelques points historiques qui
ont rapport â ce mystère , & certains fentimens particu
liers d'Origene qui en concernent quelques circonstances.
Mais avant d'en venir-là , nous rapporterons ce qu'il dit
fur le dogme ; & pour garder querque méthode dans ce
chapitre , nous allons commencer par les Prophéties , où
cet Ancien , conformément aux autres Pères de l'Eglife ,
a cru trouver des prédictions claires & exactes de l'Incar-
nation du Verbe.

Article Premier.

PROPHETIES SUR L'INCARNJTIOM

du Verbe..

£ -f** Et article seul nous meneroit bien loin , si nous


\^ voulions parler de toutes les Prophéties que notre
Auteur applique au mystère de l'Incarnation. Mais de
crainte d'abuser de la patience du Lecteur , nous nous bor
nerons ici aux endroits des Prophètes les plus considéra
Iy6 Dottrine d'Origene 3 Prêtre & Confejfeuf.
~ " '. bles , & à ceux-là fur-tout que l'Eglise a toujours regardés
'* L£* comme des prédictions claires du premier avènement du
Fils de Dieu. Òn peut , par exemple , mettre de ce nombre
ce passage de la Genèse où Jacob , dans la bénédiction
qu'il donne à Juda, lui prédit que le sceptre ne sera point
ôté de sa Tribu, & que le Prince ne sortira point de sa
r Première _Pre- ,,.ace ? jusqu'à-ce que celui qui doit être envoyé soit venu ,
v. jo. 9' &c. Que cette Prophétie concerne l'Incarnation du Ver-
f lìv 4. des vrin- be , c'est , dit Origene , ce qui paroît trés. manifestement
eìpes. n. j./. 158. & par l'hiítoire sacrée , & par les événemens que nous
*'lí*' voyons aujourd'hui; car depuis le tems de Jesus-Christ
Jes Juifs ont cessé d'avoir des Rois j le Temple & l'Autel
ont été détruits, leurs, rits, leurs cérémonies anciennes
oubliées , suivant cette autre prédiction du prophète Osée :
Les enfans d'Israël seront long-tems fans Roi , fans Prin
ce , fans Sacrifice , fans Autel , & fans Sacerdoce. ( a ) Puis
donc que nous voyons ces choses de nos yeux ,& qu'elles
subsistenttoûjours depuis l'avenement du Sauveur,il est fans
contredit que J. C.est le Messie attendu des nations } ce qui
íè justifie pleinement par cette multitude de peuples qu'il a
uvre t. antre .attiré á la connoíslànce du vrai Dieu. Notre Auteur insiste
Ceí/e.n. ^.p. já8. en plufieurs endroits de fes ouvrages fur cette Prophétie,
% u Genèse™ n. I'. & il faut avouer qu'elle est accablante contre les Juifs.
p. ios.noKv.Edit. H. La seconde Prophétie remarquable touchant l'In-
&a.iieurs. carnation est tirée de ces paroles du Prophète Balaam :
Deuxième Pro- H sortira une étoile de Jacob , & il > 'élèvera une verge ,
íiv"dù 'îto£b.& ou ( un homme) d'Israël, comme lifoit Origene ; tádeyms
17. \<jçgw\ ; ce qu'il faut entendre , selon notre Auteur , de
"US9- p-Tt^ó- Ia naîu^ance de Jésus - Christ , & de l'étoile qui apparut
Homei. 18. Jur les aux Mages qui le vinrent adorer. Au reste Origene
Nemb.n.^t.^t. nous remarquer dans cette Prophétie, i°. La divinité
du Sauveur , marquée par l'étoile dont il est fait mention :
De Deitate quìdem ejus dicit: Orietur JleMa ex Jacob. a°. Son
humanité marquée par les paroles suivantes : Et il s'élèvera
un homme d'Israël : De bumanâ verò natura : Et exfurqet
homo ex Israël. 30. Lorsque Balaam ajoute que cet homme
qui.doit sortir d'Israël , frappera les chefs de Moab , cela
doit s'interpréter de la victoire que le Sauveur a remportée

(*) Osée , ch.ip. 3. #.4.


suc
Doctrine d'Origcne , Prêtre & Confesseur. I77
íitrles démons ; victoire qui a assujetti à son empire les en-
III. Siécle,
fans de Seth, c'est-à-dire tous les hommes qui sont venus de
Noé , sortis du Patriarche Seth : car tous les descendans
de Caïn ont tous péri par le déluge : Nam de Càïn qui nati lbid.
fuerant , diluvio perieritnt ifilii ergosunt Seth , omnes homines
qui in hoc mundo sunt.
III. La troisième Prophétie touchant l'Incarnation Troisième Vtefi
est prise du pseaume deuxième, où David dit que les Rois p>hétic. Pseaume i,
v,xt
de la terre se sont élevés & se sont réunis contre le Sei
gneur & son Christ} ce qui regarde évidemment le Sau
veur contre qui toutes les Puissance de la terre se sont sou
levées , ainsi que notre Auteur l'enseigne en plusieurs en
droits. Mais malgré cette révolte universelle que les dé-
monsavoient inspirée contre Jésus-Christ , ce divin Sau
veur s'est aílujetti toute la terre & a surmonté les vains ef Livre j. etrattï
Celse.n.ìX-l-6°U
forts des puissances qui s'opposoient à son empire, suivant ailleurs.
cette parole que son Pere lui avoit dite plusieurs siécles
auparavant : Demandez-moi & je vous donnerai les Na
tions pour héricage, Sc j'étendrai vocre empire jusqu'aux
extrémités de la terre.
IV. La quatrième Prophétie se trouve renfermée dans
le pseaume zie. dont le premier verset contient les paro
les que Jésus-Christ adressa à son Pere , étant attaché à
la croix : Deus } Deus meus .... quare me dereliquifii ì Mac Quatrième Pros
phétie. Pseaume
est Domini Jefu Christi crucifixì vox , dit notre Auteur , qui
fait voir que tout le reste doit être interprété du Sauveur. SurlemimePseau.
me 1,619.
Mais nous laissons au Lecteur curieux le plaisir d'examiner
lui même dans Origene l'interprétation que cet Ancien
donne de tout le reste du Pseaume , parce que cela nous
meneroit trop loin. II trouvera ce qu'il désire là-dessus page
<>io. & les suivantes , jusqu'à la 61 3. du second Tome de
la nouvelle Edition.
V. La cinquième Prophétie est tirée du pseaume 44.
où le Psalmiste s'énonce ainsi en la personne du Sauveur :
Ma langue est comme la plume de l'Ecrivain qui écrit
très vîte j & ensuite , s'adressant au Messie : O le plus beau
des enfans des hommes! les grâces sont répandues fur vos
lèvres, Sec. ce qui se trouve parfaitement accompli dans la Cinquième Pr»'
personne de Jésus - Christ , dont les instructions ont eu phétie. lseaumt
44. v. i. & 3.
tant de force qu'il a imbu toute la terre de fa doctrine en
Tome II. Z
178 Doftrine d'Origene 3 Prêtre & Confejjèur.
très-peu de tems j c'est-à-dire, comme Origene s'en expli
III. Siécle.
que lui-même , en un an & quelques mois : Judicium autem
íiv. 4. des Prin- effufœ yratia in labiis ejus, dit-il , hoc efl quoi brevi tempore
lif.n. f.s. itfo.
perafío; anno enìm& aliquot menfibus docuit t univerfus ta-
me» orbis doíirina & fiie pietatis ejus impletus efl. Voyez
l'explication du reste de ce pscaume , pag. 710. & les sui
vantes, Tome z. de la nouvelle Edition. Mais il ne faut
point laisser pafler ce que dit ici Origene , que Jesus-
Christ n'a prêché qu'un an & quelques mois : c'est une
erreur que saint Irénée (a) attribue aux Valentiniens , &l où
font tombés , avant Origene , saint Clément d'Alexandrie
& Tertullien , comme nous le fait remarquer le Pere de
la Ruë dans fa note fur cet endroit.
Sixième Prophé VI. La fixiéme prophétie est prise du pfeaume 108. où
tie. Vjmumt 108. notre Auteur trouve la perfidie de Judas prédite : Jn libro
Liv.í.cont.Ctls. Pfalmorum , dit-il , centefimus oítavus totus .... vaticinìumde
Juda continet. « Le Prophète y annonce , dit-il encore, que
» Judas a été exclus par fa faute du nombre des Apôtres ;
» ôc il enseigne qu'il y en a eu un autre mis â fa place , lors
» qu'il dit : Qu'un autre reçoive ion Episcopat : » Et Epif-
topatum ejus accipiat alter. Remarquons en passant que ce
pfeaume tout entier , selon la pensée d'Origene , est une
prédiction touchant Judas.
Septième Prophé VII. La septième Prophétie se trouve renfermée dans ces
tie, ifa'ú , c. x. v. paroles du prophcteIfaïe:Venez, montons à la montagne du
». & ailleurs.
Seigneur & à la maison du Dieu de Jacob jil nous enseignera
ses voyes , & nous marcherons dans fes sentiers j parce que
la loi sortira de Sion , & la parole du Seigneur de Jérusa
lem , où le Prophète prédit que toutes les nations s'excite
ront mutuellement à embraslèr la religion de J e sus-
Christ ,& à recourir à son Eglise qui est la maison de
Dieu , la colomne 8c la base de vérité. Or cette prophé
Zìv. cont.Cels. tie est accomplie dans ces derniers tems , « puisque nous
n,) ht- (01. » autres Gentils, dit Origene, nous sommes approchés
m de cette montagne sainte , que nous y montons^en foule,
» & que nous nous exhortons les uns les autres à embraf-
» fer Ja religion que Jesus-Christ est venu établir....
» Au reste si l'on nous demande d'où nous sommes
» sortis , & quel est notre chef 5 nous répondons , que doci-
» les à la voix de J e s u s qui nous appelle , nous sommes
e»ja.ueacc,Liv. i. cont, les Hcrcs.c. 3.n.j.
Doéírinc d'Orlgene 3 Prêtre & Confesseur. 17$
venus forger de nos épées des focs de charrues.... & que « " ,
nous avons changé en faux les lances dont nous nous* jieclE,
servions autrefois pour frapper nos ennemis. Car enfin «
nous ne prenons plus les armes contre personne ; nous «
n'apprenons plus le métier de la guerre, étant devenus «
des enfans de paix par J*(^l us-Christ que nous «
suivons comme notre chef, &c. n Ncc enim jam contra gen-
tem ullam arma capimusjiec belium gerere difeimus Jattifilii pa
risperjefum 3quem fequimur ducem. On voit par ces dernieres
expressions quel est le véritable esprit du Christianisme.
VIII. La huitième Prophétie est tirée d'un, autre en- Huitiém.e Pro
droit du prophète Isaïe , où le Seigneur parlant à Achaz L "e'.^".' C\V
lui dit : Demandez au Seigneur votre Dieu qu il vous ralle é- 14.
voir un prodige , ou du fond de la terre , ou du plus haut
du Ciel 5 & Achaz ayant répondu qu'il ne demanderoit
point de prodige , & qu'il ne tenteroit point le Seigneur ;
Isaïe réplique : Écoutez donc , maison de David .... le
Seigneur vous donnera lui-même un prodige : une Vierge
concevra & enfantera un fils, qui fera appelle Emmanuel,
&c. Or cette prédiction fe trouve parfaitement accomplie Uv. i.cam.ceis.
dans la naissance du Sauveur , qui est né d'une Vierge, & "^'^ 3Î-Í"**
qui est notre véritable Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec *' 3Í3'
nous. Origene reproche ici â Celle de n'avoir pas dit un
mot de certe Prophétie ; & il remarque en même tems
contre les Juifs , qui au lieu de lire une Vierge , Ecce Virgo ,
traduifoient le terme Hébreu Aima par celui de jeune fille ,
adolefcentula , que le mot Aima que les LXX. ont rendu
par celui de Vierge, « 7rkpdívoç , fe trouve quelquefois em.
ployé pour signifier une Vierge 5 & il en apporte des exem
ples tirés du Deuceronome. sa) Au reste il prétend avec rai
son que le texte d'Isaïe demande nécessairement qu'on
rende le mot Aima par celui de Vierge : « Autrement, dit- «
il, quel signe & quelle merveille seroit-ce qu'une jeune «
fille, qui ne feroit pas vierge, mît un fils au monde: Ecquodu * îS't'îlK
autem fìgnum efi , parere puellam non virpnem ì Et à qui «
convenoit-il mieux d'enfanter Emmanuel, ou á une fém. «
me qui auroit conçu á la manière ordinaire , ou à une «
vierge pure & chaste ? Assurément cela convient mieux à «
celle- ci : Certè hanc magis decet.
(*) Deuteroaome, chap. iz. V- 13. & *J.
Zij
1 80 Doflrìne etOrigene 3 Prêtre & Confesseur.
— IX. La neuvième Prophétie est prise du chapitre J3Î
III. Siécle. d'Isaïe, où le Prophète parle de la naissance du Messie ,
Neuvième Pro- de 1 ignominie de sa passion 8c de sa mort, de sa douceur,
phetic.í/iW,Mr jQn 0bian-on volontaire , sa gloire, son élévation , 8c de
l<v. t. ont. cels. la. multitude de ceux qui dévoient croire en lui. Ori-
n'S5-p-37o. gene nous apprend, que di^utant un jour avec un Juif
fur le sens de cette Prophétie , le Juif lui répliqua qu'elle
devoit s'entendre de fa nation dispersée & persécutée ,
qui devoit faire une infinité de Prosélites parmi les peu
ples où elle se trouveroit j mais notre Auteur fit sentir
à ce Juif la fausseté de cette interprétation : « Je lui
» demandai , dit-il , quel est celui dont il est dit : Qu il
» porte nos iniquités , & qu'il souffre pour nous ; qu'il
» a été percé de playes pour nos crimes , 8í qu'il a été
» accablé pour nos péchés. Car il est clair que ceux que
»le Prophète fait parler font les Juifs 8c les Gentils ,
» qui onc reçu la rémission de leurs péchés par la passion
»j du Sauveur. On peut encore , ajoute Origene , presser
» les Juifs par cette autre expression du Prophète : II a
» été conduit á la mort pour les iniquités de mon peu-
» pie : car si celui dont il est parlé ici n'est autre que le
«peuple Juif , comment pourra-t-on dire qu'il a été con-
» duit à la mort pour les iniquités du peuple de Dieu ? II
» faut donc que ce soit une personne différente de ce peu-
»ple. Or quelle est cette personne , si ce n'est Jesus-
»Chmst lui-même , dont les meurtrissures nous ont
» guéris , nous tous qui croyons en lui ? » Qnis ille est au-
tem , nifi Jésus Christus , cujus livore fanâti fumus , quotquot
in eum credimus ? Ce qui trompe les Juifs fur ce point y c'est ,
XìA.n. i6.f. 371. comme Fa fort bien remarqué Origene , qu'ils ignorent
que le Prophète parle des deux avénemens du Sauveur }
le premier où il devoit paroître dans la bassesse s & s'assu
jettir à toutes les infirmités des hommes ; le second où il
devoit faire éclater toute 1a gloire de sa divinité , sàns au
cun mélange des foibleffes humaines.
X. La dixième Prophétie touchant rincarnation se
Dixième Pro-trouve renfermée dans ces paroles du prophète Osée : II
phétie. ofit t. 6. nous rendra la vie dans deux jours ; le troisième jour il
tî* nous ressuscitera & nous vivrons en fa présence. Sur quoi
jnotse Auteur fait cette remarque; «Le premier jour, dit-il y
Dottrine d'Origene 3 Prêtr? & Confesseur. 181
est celui de la passion du Sauveur } le second est celui de « m Siécle
ía descente aux enfers -, le troisième celui de fa résur-« '
rection : » Prima dies nobis faíJìo Salvatoris est , & fecunda xod°™ì. 1./.144.
quà descendit in infernum , tertia autan refurreiïionis est dies,
XI. L'onziéme Prophétie fur ^Incarnation est tirée de
ces paroles du prophète Michée : Et vous Bethléem , ap- Onzième prophé-
pellée Ephrata , vous êtes petite entre les villes de Juda 3 »
mais c'est de vous que sortira celui qui doit régner dans
Israël : où il est manifeste que le Prophète désigne le lieu
de la naissance du Sauveur , comme Origene l'enseigne ,
après PEvangile. Enfin notre Auteur trouve encore après Lìv.^jisTrm-
l'Evangéliste une prédiction touchant l'avénement de CH0m\tfJïèu.
Jesus-Chmst j dans cette expression du pro- vu.n. 4. p. 250.
phéte Zacharie : Fille de Sion , soyez ravie de joye j fille Douzième rro-
de Jerusafem y pousiez des cris d'allégresse : voici votre Phéti^ z*charr
Roi qui vient à vous , ce Roy plein de douceur : il est c,9,'°'9'

monté fur une ânesse & fur le poulain de l'ânefle. Ce qui


regarde , dit Origene ,^1'entrée de Jésus - Chmst dans H>m.i5.surjos,
Jérusalem. Voila les Prophéties les plus remarquables ,
rapportées ôc expliquées par Origene fur le sujet de l'Iru
carnation.

Article II.

DE LA RÉALITÉ DE LINCARNATION >


Des deux natures en Je sus-Christ ì
(*r de l'unité defa personne.

I. Ous avons trois points ímportans à traiter dans


cet article , i°. la vérité ou la réalité de l'Incar-
jiation: i°. les deux natures de Jesus-Christ : 3°.l'unité
de fa personne. Ces trois points font également ímportans
pour la Théologie. Par le premier nous confondons cer
tains Hérétiques, nommés autrefois Phantastiques , qui
s'imaginoient que la naissance , la vie & la mort du Sau
veur n'avoient été qu'en apparence. Par le second nous
imposons silence aux Eutychiens , qui confondoient les
deux natures de Jésus- Christ pour n'en faire qu'une.
Par le troisième nous fermons la bouche aux Nestoriens >
i8z Doóïrine d'Origenc 3 Prêtre ç^r Confcjfcur.
,Tt~~c
III. Siécle. /. qui reconnoissoient
, deux Personnes en JTesus-Christ aussi-
bien que deux natures.
II. Quant à la réalité de PIncarnation nous en trou
vons plulìeurs témoignages clairs & précis dans Origene,
vérité «le Ilncat- qui nous enseigne cette vérité , 'quand il dit que Jesus-
"at'°"- , Christ cil né, &ca souffert véritablement, &non en appa.
Pref.suT le premier » , . ' . , ff
livre da printifi rence ; qu u eít véritablement mort , relluícite & monte
*.+./>. 48. ail Ciel . Jcfus-Chrlstus nattts & pajjus est in veritJte rjr non
fer pbantafiam .... verè mortuus , verè . . . k morluis rcfur-
rexit & affumptus est. Et ce qui fait voir que notre Au
teur est: constant sur ce point , c'est qu'il dit encore dans
son ouvrage contre Celse , que le corps que le Verbe a pris
dans le sein de la Vierge , étoit un corps matériel , un
corps sujet aux blessures ôc â la mort , comme,celui des
Lìv. i.ttmt.Cels. autres hommes : Quod ex Virgine naîum est , id corpus erat ex
o. ii.f. 46». humank materià constans , & quoi humants vulneribus effet
mortique obnoxium : to $ *j*'fytifj8{jev ")xn> f 7mpdívK aa/nct uz

Lìv.^.tont.ceis. "mv ^ duváru. 11 reconnoît encore dans le même ouvrage


». 19. f■ 5*3- que ce n'est pas en apparence , mais réellement & manifeste
ment que Jésus est venu habiter parmi les hommes : Non
Jfiecie tenus Jefum , fed verè ad homines & manifesté adveniffe.
III. Or la réalité de l'Incarnatîon ne tombe point feu
lement fur le corps de Jesus-Christ , elle con
cerne aussi son ame $ de façon que Comme il a pris un corps
humain semblable au nôtre , il a pris aussi une ame hu
maine semblable à celles du reste des hommes. Et c'est ce
qu'Origene suppose manifestement , quand il enseigne que
l'ame de Jésus a été unie au Verbe d'une union très-intime,
Vv.g.eoitt.ceis. pour n'en être jamais séparée : Animam . . . Jes» . . . Deifilio
*. 47. t- < 69- jntimâ participatione unitam , nec unquam ab iUo (èparandam;
ce qui ne peut se dire fans attribuer à Jesus-Christ une
ame véritable & distinguée du Verbe. D'ailleurs c'est un
homme parfait qui a été uni au Verbe 4 selon Texpression
JvH. ». 48.7. 670. de notre Auteur : Virum perfeïlum a^glutinari virtute &
uniri Verbo ipfi. Or il n'y a point d'homme parfait sàns un
corps & une ame humaine. En un mot , Jesus-Christ a
été sujet â la tristesse & aux autres passions naturelles de
Traité 55. sur l'homme j ce qui ne peut convenir qu'à une ame semblable
5. M*nh. um. 1. á la nôtre.
de Geneb. p. 1 1 j .
Doctrine d'Orìgcne } Prêtre & Confejfeur. 183
IV. Envain s'imagineroit-on que l'Incarnation prise
dans fa réalité a dû être honteuse au Fils de Dieu. Car en Siécle.
premier lieu le Verbe n'en a souffert aucune altération , il
est toûiours demeuré le même : Et homo faíius , manfit . Tris, fur u pu-
quoderat 3 Deus. Celle penloit le contraire, &il objectoit „ 4 ^ 48-
aux Chrétiens que le Fils de Dieu s'étant fait homme , la uv.^.com.ctif.
chose n'avoit pû fe faire fans changement dans la Personne «• 14 &\yp.^io.
du Verbe , d'où il prenoit occasion de combattre sa divi- *
nité. Mais Origenc lui réplique excellemment que le Fils
de Dieu n'a souffert aucun changement dans fa nature di
vine en descendant parmi les hommes, « II avoit , dit-il , «
la forme de Dieu $ & son amour pour les hommes l'a «
porté à s'anéantir , afin qu'ils pussent le comprendre. «
Mais il n'est pas pour cela changé de bon en mauvais , «
comme le difoit cet Epicurien ; car il ne commit jamais «
aucun péché .... II s'est humilié , fans cesser d'être «
heureux •: Scmetipfum humiliavit , nihll sua fœlicitatis u
amittens > & étant toujours demeuré Dieu immortel , «
toujours Verbe de Dieu en son essence , il n'a rien fous- «
sert des foibleílès ni des peines ausquelles il a bien voulu «
assujettir le corps mortel èc l'ame humaine , dont il s'est « —
revêtu pour Pamour de nous : » Sciât ille ( Celfus ) die
Origene, Verbum naturà manens Verbum 3 nihil eorumpati,
qua corpus aut unima patïtur.
V. S'il a pris un corps matériel comme le nôtre , c'est
un corps pur , un corps chaste , un corps qui a pris fa naiíl
sance dans le sein d'une Vierge , fans aucun commerce •
viril , 6c fans la moindre volupté sensuelle , comme l'en-
íèignoit Origene, au rapport de saint Jérôme {a). II est
donc constant , selon la pensée de cet Ancien , que la divi
nité du Verbe n'a reçu aucune atteinte d'un corps qu'il a
pris dans le sein d'une Vierge , 8t qui devoit servir au salut lìv. e. cent.ceif.
du genre humain. II est vrai encore qu'il a ressenti dans n-7ì-t'**7.
íbn ame les foiblesses qui font comme l'apanage de notre •
nature , ainsi qu'on l'a dit un peu plus haut 5 mais ces foi- Traité jf./w
blesses étoient toutes volontaires en Jesus-Christ , au 4*
lieu qu'elles font involontaires dans íé reste des hommes j ' **
Jesus-Christ en étoit le maître & le modérateur absolu ,

(*) S. Jérôme , Epìtie }t,


184 DoElrine d'Origene ì Prêtre & Confesseur.
III. Siécle au ^eu clu e^es nous dominent 5 8c d'ailleurs ce n'est que
comme homme qu'il les a souffertes , & non en qualité de
Dieu. C'est donc avec grande raison, qu'Origene dit ail-
vtêjxct I*r u leurs , comme nous venons de voir , que le Verbe incarné
fumier Uvre des Q,a souffert en f0i_même aucune altération , & qu'il est toû-
jours demeure Dieu , comme n etoit auparavant : Et homo
facíus , manft , ^rar , Deus.
VI. Que notre Auteur ait admis deux natures en Jésus-
Christ , c'est un autre point dont il n'est pas permis de
douter , puisque cet Ancien le décide lui-même si nette-
Deuxnatiuesen ment en ces termes : « II faut que nous fçachionsen pre-
^Liv^uìSr'ruuit " m*er ^eu » dk-il , qu'autre est en Jesus-Christ la na-
«. 1 ». i.f. si. >» ture divine , par laquelle il est Fils unique du Pere Eter-
» nel j autre est la nature humaine dont il a bien voulu
v> se revêtir dans les derniers tems : » Primo illud nos opor-
tetscire , quod aliud est in Christo deïtatis ejus natura , & alia
bumana natura .... « Et ailleurs il s'exprime aînsi furie
lìv. i. des trìn- « sujet des deux natures : Comme nous voyons en Jésus-
*f/.f.4.».».p.jo. „ Christ des choses si humaines, qu'elles ne s'éloignent
m en rien de la fragilité commune des mortels j & que
« nous en découvrons d'autres si divines, qu'elles ne peu-
m vent convenir qu'à la première & ineffable divinité j il
»j n'est point étonnant qu'elles tiennent nos esprits en fus.
» pens òc en admiration , jusqu'au point de ne savoir quel
>: parti prendre. Si nous prenons Jesus-Christ pour un
»j Dieu , nous le tenons en mênie-tems pour mortel ; si
• »> nous le prenons pour un homme , nous ne pouvons nous
» empêcher de voir qu'il a vaincu la mort par fa résur-
» rcction ; il faut donc faire ensorte dans toutes ces diffe-
» rentes idées , que nous croyons avec crainte ôt respect
» la vérité des deux natures en Jesus-Christ , de façon
m que l'on n'attribue rien d'indigne &. d'indécent à fa dû
» vinité,Sc que l'on croit la vérité des choses que l'on nous
• » rapporte de son humanité. » Nous pourrions encore rap-
Í>orter plusieurs autres endroits d'Origene , où il eníêigne
a même vérité avec autant de précision ; mais comme
personne ne l'a accusé jusqu'à présent d'avoir erré sur cet
article , nous nous contenterons d'ajoûter ce qu'il dit dans
Uvx.ttnt.Cels. son premier Livre contre Celse, que les Mages , par l'or
«, 60. p. 375. qU'iis offrirent au Sauveur } le reconnurent pour Roi } par
la
Doffrïne d'Origene t Prfrre & Confesseur'. í if
la mirrhe , mortel , & Dieu , par l'encens : Ut Régi }aurum > jjj g
ut morituro myrrham , utDeo thus obtulerunt. Ce qui emporte ' 1 ECI?E«
nécessairement deux natures en Jesus-Christ , la divine
& Pliumaine.
VI. Mais ces deiîx natures quelques différentes qu'elles
soient l'une de l'autre , sont intimement unies dans la Per
sonne de Jesus-Christ j elles sont unies hypostatique-
ment,c'est-à-dire que de ces deux natures,il ne résulte qu'une
feule Personne. Origene nous renseigne en premier lieu ,
quand il dit dans son second Livre des Principes que le
Verbe incarné est appellé en même-tems Sc Fils de Dieu
& Fils de l'homme 5 & que c'est pour cette raison que l'E-
criture attribue â la nature divine de Jesus-Christ des
qualités humaines , & à la nature humaine des qualités di
vines : Et hàc de causa per omnem fcrìpturam tam divina na- s Un!té <*e P**-1
tura humants vacabalis appellatur , quam humana natura di- christ , fiv. . dZ
vina nuncupationis infîgnibus decoratur. « Car enfin , ajoute « *»*»«/. e. 6. ». j.
Origene ., c'est du Fils de Dieu plus que d'aucune autre et 90'-
chose que l'on peut dire cette parole de l'Ecriture : Ils «
seront deux dans une chair j ils celíent même d'être deux , «
puisqu'ils ne font qu'une chair : car , continuë-t-il , l'u- «
nion du Verbe avec l'humanité est plus grande que celle «
de l'homme avec la femme : •» Magis enim Verbum Deicum
anima , in carne unk ejje , cjuàm vir cum uxore futandum efl.
Je ne sçai ce que l'on pourroit dire de plus précis en faveur
de Punité de Personne en J^sus-Christ , c'est le même
qui est? Fils de Dieu & Fils de l'homme $ la nature divine
du Sauveur participe aux dénominations humaines , com
me la nature humaine participe aux qualités divines ; les
deux natures ne font qu'une feule &. même Personne ,
& leur union est plus grande , plus intime que celle de
l'homme avec la femme ^ on ne peut donc nier qu'il s'a-
gislè ici d'une union hypostatique $ & par conséquent de
l'unité de Personne en Jesus-Christ.
VIL Origene se soûtient par tout sur le sujet dontil s'a-
git. II enseigne encore dans son ouvrage contre Celse , qu'il
faut bien se garder de sc parer le Fils de Dieu d'avec Jésus, Suite du même
puisque le Verbe de Dieu après l'Incarnatíon a été uni íUjet, ctw.».«ntr«
hypostatiquement avec l'ame & le Corps de Jésus : Ver- c,//' 3?**
buw enim Dei cum anima & Cerfore Jesu , unum maxime post
Tome II. Aa
i8é Doctrine d'Origene ì Prêtre & Confesseurs
diffcnsationem faíium efi. tv yì ^áXtçu $ tlvu oìk4vo/jÚcu> yfy'ify
211. Siécle. <s^ç ^ jûyn ? Ss« » Npt,^? o-a^ Ihc*. « Car , ajoute
» Origene , si celui qui s'attache au Seigneur , devient ,
» selon l'expression de l'Apôtre , un seul esprit avec lui 5
» combien est; plus sublime ,& plusdivfnel'union du Verbe
» avec la nature humaine ? » Elle est fi sublime , si mer
veilleuse cette union , que le corps & l'ame de Jesus-
Christ en deviennent divinisés, ainsi que notre Auteur
; Viv.^.cont. cels. [e dít expressément en ces termes : « Que ceux qui nous
n.4x./>.474' M reprochent; de reconnoître un Dieu dans un corps mor-
>j tel , sçachant que le corps òc l'ame du Sauveur , en
» vertu de leur union avec le Verbe , ont été élevés à une
» haute dignité j que par.Ià ils ont participé l'un & l'autre
» à la divinité r qu'iis en ont même été divinisés : » Sciant
criminatores istì . . . . mortalt ejus corpus , & ktimanam , qua
in ipso efi , animam , ad irutximam dignitatem ereiia fuiffe . . .
atnbo in partem vocata fuiffe divinitatis y ey in divinisaient
fuiffe conversa. Et il explique cette vérité, par une compa
raison naturelle qui en facilite très-fort la créance } c'est;
eelle de la matière qui est susceptible de différentes formes.
» Si cela est; vrai , dit notre Auteur , pourquoi douteroit-on
» que le corps de Jésus , mortel de fa nature , ait pû partici-
n per à la divinité > » Au reste il faut bien prendre garde de
ne pas confondre ici les deux natures r ni leurs opérations^
propres & particulières, ce qui seroit s'écarter de la vraye
doctrine d'Origene , qui est ^íòlument opposée à Terreur
d'Eutychés , comme nous l'avons prouvé au nombreí6e. de
cet article.
VIII. II y a encore deux beaux passages d'Origene qui
peuvent servir à justifier son orthodoxie touchant l'unité
de Personne en Jesus-Christ. Dans le premier , cet an
cien Pere enseigne clairement que la nature humaine en
zìv. 6. centre Jesus-Christ est: unie & comme collée au Verbe : Virum
Gils.n.4,%.ì.6jc. perfeftum agglutinari virtute & uniri Verbo ipfi •■> que l'ame
de Jésus est unie au Verbe par une union intime & admi
rable } & qu'on ne peut séparer Jésus , le Filsde l'homme y
du Fils unique de Dieu , & du premier né de route créa
ture j parce que celui-ci n'est pas diffèrent de l'autre : Jmo
totus Jésus non feparetur ab unigenito & primogentto crea-
títra , nec aliud fit ab illo.. Dans le second , il répond à une
Doctrine d'Orìgene } Prêtre & ConfeJJeur. 1 87
difficulté que Celíe proposoit , qu'il n'est pas possible qu'un îyT
Dieu soit sujet aux infirmités humaines & á la mort. Ori- siécle.
gene , dís-je , réfute cette objection , en disant à son adver-
íàire , que ce n'est pas un Dieu comme Dieu , mais un Dieu lìv. 7. eemn
comme homme, qui est infirme & sujet á la mort ; qu'il ?el^'n'£jf'16'-
faut distinguer exactement les deux natures en Jésus- q*' ~°s'
Christ 5 Ôc qu'il n'y a aucun iìdéle, quelque grossier qu'il
soit, , qui dise , par exemple , que la vérité soit morte , la
vie , ou le pain de vie qui est descendu du Ciel , ou la ré
surrection , quoique Jesus-Christ se donne ces dénomi
nations à lui-même dans l'Evangile : Nullum Christianum
videas vel inter Jìmpliciffìmos .... qui dicant mortuam esse
•veritatem^ vitam , &c. Car enfin , dit-il encore ailleurs, i<f.i.
le Fils de Dieu n'est mort , que selon la nature qui pou voit g" • c' *' *• h
mourir : Nam & Filius Dei mortuus effe dicitur , pro ea fci-
licet naturk qua mortem utique recipere poterat. On ne peut
.rien de plus exact fur le point de l'Incarnation.

Article III.

DU MOTIF DE L INCARNATION,
& de quelques autres points qui ont rapport
à ce rnyjìere.

î. T E motif de l'Incarnation a été , selon Origene , le


J j salut des hommes. Le Verbe ne íe fût point in
carné , s'il n'y eût point eu de péché : Pone. .. non fuisse Motif de rincar-
peccatum , nec opusfuerat eum ( Christum ) in carne poíitum iu. nat'on- Hl"w-
* , . .1 . r' ! ' L e »' - ■ ir i ji • fur les nomb.n. 1.
yilari. Mais pôle le pèche , c etoit une nécessite d avoir p.}6i.
un propitiateur ; il nepouvoit y avoir de propitiation sens
hostie , & il falloit une hostie d'un prix infini ; or quel autre
pouvoit être cette hostie , quel autre pouvoit sauver l'ame
de l'homme 8c la conduire á Dieu , que le Verbe Dieu lui-
même î Et quis alius falvam sacère . . . humanam animant tìvre g contre
poteft 3 quam Deus Verbum ì Quel autre pouvoit sauver Ceij.n. 68./. 684.
l'homme , que celui , qui étant en bieu au commencement
s'est fait chair pour l'amour de ceux qui étoient attachés '
à la chair , & qui étoient devenus comme chair , afin
qu'ils pûílent le connoître, eux qui ne pouvoient le voir,
A a ij
i88 DoÛrine d'Orìgene 3 Vrêtre & Confesseur.
" en tant qu'il étoit Verbe , & en Dieu , &. Dieu lui-même;
111. biECLE. jj^ ç»a ^t<i crès-volontairement , ôcnon par contrainte,
Jésus- Christ a qUe je pjjs ^e Dieu s'eft liVré à la mort pour nos péchés ;
souffert volontai- „x , n ... .-i » A 'o \
rement./w.i. con- cí comme c est tres-librement qu il s est revêtu de notre
m ctist , n. 13. chair , c'est aussi très-librement qu'il en a souffert les in-
^'40Í* commodités. II pouvoit , s'il l'eûc voulu , íè délivrer des
mains de ses persécuteurs 5 8c s'il s'est livré à eux , c'est
qu'il l'a voulu : Venit , quia voluit. Mais Jésus a été pris
par ses ennemis, disoit Celse. Non , répond Origene , si
ibid.t.ìïi. n. 10. l'on croit que ç/aitété contre sa volonté : Si eapiì nolentis
est , non captus est Jésus. Car comme il étoit l'agneau de Dieu
qui devoit effacer les péchés du monde , il a bien voulu
.- • - être livré à la puissance des hommes dans le tems qui con-
venoit. Ce n'est point dans la fuite que ses persécuteurs se
sont saisis de lui j mais il s'est livré volontairement entre
Jeurs mains pour l'amour de nous 5 d'où il fuit que s'il a
t*z. ì?7.n. 11. £tt± garocé j c'est qU»ji l'à bien voulu être : J^x qus confie-
quens est } ut , fi vintlus fit 3 vintlus fit volens.
Mort de Jésus- "III. II est mort réellement , il est véritablement reffus-
Ghrist./iv. t.con- & mQïìt£ au QjgJ gfl. mort en crojx aux yeux Jes
tre Celse , n. 56. , . I
jp. 450- & 431. nommes , ç a ete , entr autres raiíons , pour conhrmer Ja
vérité de fa mort , & en même-tems celle de fa résur
rection. Mais avant de ressusciter il descendit dans les en-
Kom. 9*s*r J'- fers pour délivrer les Saints qui y étoient renfermés : il est
H?et'f,'&"sur'us deíçendu dans les enfers pour y terrasser la mort , & non
Lrvre'i des Rois , pour en être terrassé. II y est descendu , non comme esclave
f w deUnonv. je ceux • ct0ienC maiS pQur y combattre en maître :

Dejcendit ad tiía loca , non tanquam jervus eorum qui ibt


erant , fed tanquam Dominus decertaturus. Au reste , quelle
difficulté de croire qu'il soit descendu dans ces lieux foû-
terrains ? t< Moïse ne l'a-t-il pas fait , les Prophètes , Sc Sa-
» mucl entr'autres ? Quelle absurdité y a-t-il qu'un mé-
» decin aille visiter des malades ? Que le souverain mé-
» decin soit descendu vers ceux qui avoient besoin de son
» secours . .. . , Ne craignez donc point d'avancer que
» Jesus-Christ est descendu dans les enfers , après que
t*t'W> » les Prophètes eux-mêmes y font descendus. 11 n'a pas
» cessé , dans ces lieux souterrains , d'être le Christ , d'être
r*g- 49*. „ le Fils de Dieu. » Ainsi cette descente ne lui est nulle-
nient ignominieuse..
DoéîrinectOrigenc 3 Prêtre & Confesseur. 189
IV. Que Jesus-Christ après cela soit ressuscite d'encre
les morts,c'est une autre vérité également constante. II a été mecle.
crucifié aux yeux de toute la Judée , fie son Corps ôté de la Résurrection do
Croix , en présence d'un grand nombre de témoins , a été SauvcuJ!; > **• *•
• j i*r< i l Mb n. r • • /- 1 1 centre Ctlse,n.
mis dans le lepulchre j n en eít íortr vivant, lelon que les j>. 430.
Prophètes & lui-même l'avoient prédit. II a apparu à
Pierre comme au premier des Apôtres, puis à tous les
douze , ensuite à cinq cens Disciples tout à la fois. Tho-• «3 .£.434;
mas , l'un des douze , n'ajoutant point de foi au rapport
de ceux qui avoient vú\ le Sauveur ressuscité , Jésus lui
apparut , fie l'ayant appellé , lui dit : Portez ici votre doigt ,
& voyez mes mains ; approchez aussi votre main , ôc la
mettez dans mon côté j fie ne soyez pas incrédule , maïs
fidèle. Enfin il se fit voir aussi à íainrPaul , comme cet aa.n.si.f.^.
Apôtre nous l'apprend lui-même. Si depuis fa résurrection n<(çj.j.434.
il ne se montra pas en public , ni indifféremment à tout le •
monde comme auparavant , c'est un mystère qu'il ne nous
est pas permis d'approfondir. II est vrai qu'il n'étoit pas
même toûjours avec sesDiscipIes,Se qu'il ne leur apparoiffòic
quelquefois qu'après huit jours d'intervalle} fie cela nous
surpasse encore. Tout ce que l'on peut dire de bien sûr , c'est au. & f. 4jj.
que le Sauveur n'en agissoit ainsi que par condescendance
pour la foiblesse des uns fie des autres. Si done il ne s'est T*g.*)4r
pas montré généralement à tous après fa résurrection , c'é-
toit pour épargner la foiblesse de ceux qui ne pouvoient le
voir dans cet état de gloire $ fie s'il ne se montroit que de
tems en sems à ses Disciples , c'est parce qu'ils n'étoient pas «. 6$.$.^*,
capables de le voir fans intervalle.
V. Au reste il n'est pas possible de douter de la vérité
de cette résurrection v après le témoignage ferme fie con
stant que lui ont rendu les Apôtres , témoins oculaires de
cette merveille. Certes si ces grands hommes n'eussent été
bien persuadés de la vérité de ce fait , se seroient-ils jamais u-o. t. cmt.cey.
mis dans l'efprit d'aller prêcher par tout le monde la do- 3481 & 34í>!
ctrine que le Sauveur leur avoit enseignée ? Eussent-ils ja- '
mais osé affronter tant de périls ? Mais nous avons parlé
ailleurs de cet argument, qui est un des plus forts en fa
veur de la Résurrection de Jesus-Christ fie de la vérité
de sa religion. Ce qu'il y a en cela de bien glorieux pour
ce divin Sauveur , c'est, que ce ne sont point des hommes
190 Doctrine d'Origene s Prêtre & Confesseur.
— qui l'ont ressuscité , comme firent autrefois les Prophètes
III. Siécle. & les Apôtres,mais que c'est son Pere lui-même : Huncnemê
lìv. i.cont.Cels. ( fufeitavit ) sed Pater qui in cœiis est. D'où vient auífi que
n.^js. f. 4î ó" cette résurrection a été infiniment plus avantageuse que
celles des autres, 6c qu'on ne peut comparer les avanta-
es de la résurrection des enfans, opérée par Elies & Eli-
ges
íëe., avec ceux de la résurrection du Sauveur qui a eu l'effi-
cace de convertir l'Univers entier. Ici c'est Dieu le Pere
mm. n.sur Us qui agit, c'est J. C. lui-même qui se ressuscite , comme
Homk.n.ó.p.))?. Origcne le dit en un autre endroit } là ce sont de purs
mortels qui en ressuscitent d'autres par leurs prières.
VI. Après fa résurrection Jésus-Christ est monté au
Ascension de je- ciel : Post re (urreítionem affumptus est. Mais il n'a pas
su -christ, & ion poul- ceia privé la terre des avantages qu'elle .tiroit de fa
alìistancc fur 1 E- r r r .r ,., , . , .rp, r , f 1 . .. . .
giise, tref.sur Us présence , puilqu û lui a lame ies Apôtres en qui il parloit ,
Hv.dtsj-rinc.n.4. & qUj étoient comme les organes par lesquels il a instruit
i'"48' son Eglise : d'où vient que l'Apôtre dit dans sa seconde
Epitre aux Corinthiens : Cherchez-vous des preuves de
ibid.t.tf. la présence de Jesus-Christ qui parle en moi ? Le Fils de
Dieu assis à la droite de son Pere , est le Pontife de nos
oblations , il est notre médiateur , il prie pour nous : Pon-
tifex enim oblationum nostrarum } ejr apud Patrem advocatus
Traité deUprie- est Filius -} oratfro orantibus. C'est lui -seul qui est notre fou-
re.tom. i. ntuv. vera;n pQntife, c'est le véritable Prêtre des Prêtres , le
Edit. n. 10. f. ni. 7 . . r • r» •
Hom. 6. fur u Pontife des Pontires , & le premier des souverains Pontu
Leyit.n.i.f. hí. f£S# C'est par lui seul que nous devons aller au Pere : Jam
74<t ' ad summum Deum afeendit ille qui. ... ipfum colit fer filium
Dei qui filius foins Deo conciliât , quicumque ad Deum
conantur accedere. C'est par lui que nos actions de grâces &
nos prières doivent être adressées au Pere$ & nous devons
les lui offrir d'abord , afin qu'en qualité de notre propitia-
tion Si de notre Pontife , il les présente lui-même à Dieu
AU. i». son Pere. Dans les tribulations qui nous arrivent ici bas
nous devons recourir â ce divin Sauveur , nous souvenant
qu'il nous a laissé fa paix avant de nous quitter corporel
lement, & qu'il nous a promis que nous vainquerions le
N. 14./-. 75 z. monde.
Puiss»nce du saint VII. Le nom de Jésus étoit , dit Origene3 d'une vertu
™°tZt£tn!%\ & d'une efficacité admirable 5 il chassoit les démons des
p. possédés , il guerisloit les malades : Et hodieque Jeju nomen* ..
Doflrine ctOrigene 3 Prêtre £jr Confesseur. 19»
■ejieit damones , medetur morbis. Ce nom sacré, prononcé avec TT ~~~
foi , est terrible aux démons ; les fidèles délivroient de ces Siécle.
mauvais esprits ceux qui étoient soumis à leur puissance , Ltv.^.eont. ceis.
en prononçant le nom de J e s u s , & récitant lur eux quel
ques paroles de PEvangile. 11 est même arrivé quelquefois lìv. i.emt. ais.
qu'étant prononcé par des méchans , il n'a pas laissé de **'M*f«
produire ion effet : Quin imo , dit notre Auteur , tanta no- ' .
minis Jcfu contra damones vis eji &potentia , ut eos aliquando
•vincat etiam ab improbis pronuntiatum. Voila tout ce qu'il
y a de bien mémorable dans Origene touchant le mystère
de l'Incarnation.
VIII. Nous ajouterons seulement ici quelques opinions
particulières de cet Ancien , qui peuvent être tolérées :
i°. il a cru que l'on devoit entendre au pied de la lettre
ce qui est dit dans Isaïe de la forme extérieure du Messie }
c'est- á-dire,qu'il devoit paroître dans le monde fans s'y faire
remarquer par une beauté éclatante , ni par des grâces
extraordinaires y il est constant par l'Ecriture, dit ce Pere , Opinions pani
que le corps de Jesus-Christ n'étoit pas beau : Constat Tol^JwSl
quidem è Scripìuris Jefu. corpus fuisse afyeítu déforme \ mais , ncduSauveur./iv.
ajoûte-t-il , il n'étoit point laid de visage, comme Gelse *.^*-o»ís'*7ï-
le vouloit , ni de petite taille : Sed non etiam abjeffo vultu....
nec exizuk fìatura. i°. Notre Auteur enseigne que la ressem
blance qu'il y avoit entre Jésus- Christ & saint Jean-
Baptiste a donné lieu à_quelques-uns de prendre saint Jean;
pour Jesus-Christ , & Jesus-Christ pour saint Jean.
II en apporte une preuve tirée de l'Ecriture ; mais elle n'est
gueres concluante. 30. II prétend qu'on ne peut entendre rsm: p.surfait
dans la rigueur grammaticale ce qui est dit du Sauveur 7í4F,'M38-£*fc
dans l'Evangile , que le démon le transporta sur une haute
montagne , d'où il lui découvrit tous les royaumes dtf
monde: « Car peut-on s'imaginer, ditil , que le Sauveur « tiv.^duTrìnc,.
ait vû pour lors, des yeux du corps , les royaumes des« n^ó.f. 175.
Perses, des Scythes, des Indes & des Parthes?» 40. II a
cru aussi que le Sauveur paroissoit fous différentes formes
aux yeux de ceux qui le regardoient', & qu'il paroissoit
tel qu'il faloit selon la portée &. le besoin d'un chacun, lìv. 1. cent. ais.
50. Que le corpsde Jesus-Christ, après la résurrection , «f. à>
eerioit de la nature de l'air & ctoitfpiritualisé: Non dìjjìmulat Tom. 1, nev. E.,'if«
. fi 57.
1-9.1 Doéírinc d'Origenc 3 Prêtre & Cvnfejjeur'.
naturam a'èrii corporis & fyiritualis. (a) 69. II paroît qu'O-
III. .Siécle, xigene a enseigné que la mort de Jesus.Chiust avoit été
ucile à toutes les créatures raisonnables, comme aux Anges,
Hom. i.furie Lé- aux démons , ôc même aux choses insensibles. 70. II a seine
lìiieurs. * 1 une mort spirituelle de Jésus-Christ dans le Ciel ; ce
Liv. 4. des Trmc. qui a donné lieu de l'accuser d'avoir cru que Jesus-
b.z;./m88' Christ mouroit plusieurs fois. On ne peut disconvenir
que ces deux dernieres opinions ne soient extrêmement
hazardées , mais ce font, dit M. Dupin, {b) des erreurs
legeres & communes dans les Anciens.

CHAPITRE IX.

DES SJCREMENS DE LA NOUVELLE LOI.

\. BAPTESME.

J. T L y a dans Origene quantité d'endroits bien mémora-


bles fur quelques-uns de nos Sacremens; & pour com
mencer par le Baptême } qui en est le premier , notre Au,,
teur en reconnoît deux , qui font le Baptême d'eau & le
Baptême de sang : Bapti/ma fanyiinis ey Baptifmus' aquœ j
san^cstTsTxwl6 ce^" a*°£ ^cs stomrae lui-même dans une de fes Ho-
ientSquc i^Baptê- melies íur les Juges. Çe qu'il y a de bien particulier , c'est:
•nie d'eau. 7. qu'il préfère le Baptême de sang au Baptême d'eau, parce ,
de u nouv. Edit, dit-il , que le Baptême de lan g nous rend p tus .purs que
celui qui Ce donne par l'eau : Baptifma enim fanguinis folum
est quoi nos puriores reddat , quhn aquœ Baptifmus reddidit.
C'est du Baptême de sang que J. C. veut parler , quand il
dit dans l'Evangile .: Je dois être baptise d'un Baptême ,&
combien me íens-je preste jusqu'à -ce qu'il s'accomplisle.
>> Vous voyez donc , continue notre Auteur , que le Sau-
» veur appelle un Baptême Perfusion de íbn íang -, & je
»> pense effectivement que celui-ci est plus excellent que le
» Baptême d'eau,: » Vereorne istud Baptifma emtnentis fit

(«) Eoitre }8. de S. Jérôme à Pammaque..


( b) Tome i. Bibl, Ècclés. page 417..
D.oéhr'me d'Orìgene 3 Vrêtre &-Confeffvur. 1 9^
iïïo Baptifmate , quod per aquam traditur. Voici la raison
qu'il en donne : et Après le Baptême d'eau il y a très-peu de ' Siécle.
gens qui ayent le bonheur de se conserver purs ôc íans «
Cache jusqu'à la fin de leur vie : mais celui qui eít bap-«
tisé dans Ion sang ne peut plus pécher : » H.oc verò (fan- « •
ytinis ) Baptifmo qui baptifatus fuerit , peccare jam ultra, non
potefi. « D'ailleurs , poursuit toujours Origene , le Baptê- a
me d'eau ne nous purifie que des péchés passés , au lieu «
que .le baptême de sang nous délivre encore des fautes à «
venir : Per illuà Baptifma prœterita peccata purgantur «
per iftud verò etiam sutura perimuntur. Là les péchés nous «
font remis , icî ils sont encore exclus : Ibi peccata dimiffa «
suntt hìc'exclufa. " Voila précisément ce qui a porté Origene
à dire un peu plus haut 3 que le Baptême de sang nous
rend plus purs que celui qui fe donne par l'eau , puisque,
quant i la rémission des péchés passés , elle s'accorde ega- ,
lemenr dans l'un 6c dans l'autre , comme il vient de le dé
clarer si nettement.
1 1. La matière du Sacrement de Baptême n'est autre,
selon notre Auteur, que l'eau visible 6c le crhêmf visible :
Omnes baptifati fumus , dit-il , in aquis istis vifibilibus , & Matière du Sa-
in chrifmate vifibili. « Nous avons tous été baptisés «
dans ces eaux visibles ôc dans le crhême visible. » L'eau pure aux Romains,
dans le Baptême est non feulement le symbole de la puri- ttm-í Gentb.f*g$
fìcation de l'ame } elle est encore par elle-même le prin- I84'

cipe 6c la source des dons divins , en vertu des invocations


de l'adorable Trinité : Lavacrum aquœ , dit ce Pere fur
saint Jean , fymbolum. . existens purificationis aqua.... Tom. x. Gtnthi
nihdominàs , etiam ex fe ^ effe principium ac fontçm munerum taZe lí*>
di.vino.rum propter potentiam invocatiomim adorandœ Triadis, •"■ s «
Ce qui prouve . en même tems , 6c que l'invocation de la
Tiinité est la forme du Baptême , ôc que ce Sacrement
agit par lui même , par fa propre vertu : Ex fe.
I 1.1. « Vous me demanderez peut-être , dit ailleurs «
Origene, pourquoi JesusChrist, ayant ordonné à fcs« Forme deceSa-
dilçiples de baptiser toutes les Nations au nom du Pere ,« /^7e"««*r«w.
du 'Fils ôc du Saint-Esprit, l'Apôtre, parlant du Baptê « tom. ». dtGmtb,
me dans fonEpitreaux Romains, ne fait mention que de« f' l84,
l'invocaxion du nom de Jesus-Christ , en disant : Nous«
tous qui avons été baptisés en Jesus-Christ 5 quoique m
Tome II. B b
19-4 Doftrine iOriçem 3 Prêtre & Confesseur,
n d'ailleurs il a'y ait point de Baptême légitime fans Tin-
Ail, ûiecle. „ vocation de la Trinité :->j Cum utique non habeatur legi-
timum Baptisma » nifi sub nomine Trinitatis. « Mais faites
» attention ici à la prudence de S. Paul , qui a plus en vue;
»» dans cet endroit de parler de la mort de Jesus-Chkist ,
» que de la manière de conférer le Baptême , voulant
» nous persuader de mourir au péché pour imiter la mort
»> de JesuS-Christ 3 & de nous ensevelir avec lui. Or il ne
»> convenoit pas que l'Apôtre , parlant de la mort du Sau*
» veur , fît mention du Pere & du Saint-Esprit. . . . C'est
» donc avec raison qu'il ne parle point ici de Tinvocation
>» des trois Personnes y & il nous apprend par là .que du
»> tems des Apôtres Ton ne fe contentoit point , comme Ton
» fait aujourd'hui,de donner la formule des mystères à ceux
n que Ton baptifoit -, mais qu'on leur en expliquoit les ver-
» tus & les raisons : fçavoir , que par le Baptême on estenffe-
» veli avec Jesus-Christ , & que Ton doit marcher avec
» lui dans une vie nouvelle.»» C'est ainsi que notre Auteur
répond très. judicieusement à une difficulté que Ton pou-
Voit lui Taire contre la nécessité essentielle de Tinvoca
tion des trois Personnes divines dans ^administration du
Baptême.
ì V. Au reste, quoiqu'il soit constant, comme on vienr
de Tenseigner , que ce Sacrement conféré par Teau ôc par
Tinvocation de la Trinité, remette par sa propre vertu les
péchés à ceux qui le reçoivent , qu'il les retranche , ces
péchés, qu'il les abolisse, ylmputantur & exfecantur , com-
ïïfets de ee sacre- me $'exprime Origene. II est vrai néanmoins , selon cefça-
^ncmtmtomfti . vant Pere de l*Eg»fe » que la grâce du Baptême , aussi bien
dtGtntb.t.ìi&i' que des autres Sacremens, nous vient de Jesus-Crrist,
du côté duquel le sang & Teau ont coulé -. Omnis pvrificatio
feccatorum 3 ctiamhœc qua per pœnitentiam queritur 3 iïïiusppt
indiget, de cujus latere aquœ proceljìt & fanguts.ÏÏ y a donc,
quant au Baptême , un dispensateur sage & discret , qui
sçait donner ou refuser la grâce de ce Sacrement , selon
le mérite ou Tindignité de ceux qui le reçoivent. W ne"
suffit point d'être lavé dans Tèau pour recevoir le Saint-
Esprit ou la rémission des péchés. Simonie magicien reçut
ce Sacrement fans y recevoir le salut. 11 est même très-difV
ficile de participer à la grâce du Baptême : Inçentis est dif*
«

Dotfrine (fOrigene ì Prêtre & Confesseur. 1 9y


fictiltdtii , eum qui lavaiur } lavari in falutem. Prenez donc -■ *.
garde , vous autres Catéchumènes ,& apportez à ce Sacre- III. Siécle, '
ment les dispositions qu'il faut , afin qu'en le recevant ,
vous en receviez aussi la grâce } ôc que vous ne scryez pas
du nombre de ceux qui reçoivent l'eau íàns recevoir le
S. Esprit. Origene dit encore ailleurs que tous ceux qui font
lavés dans l'eau du Baptême , ne font pas pour cela puri
fiés par le Saint-Esprit : Neque omnes qui loti funt aquk , con
tinué etiam Santlo Spiritu loti funt ; 8c que parmi les Cate- ta grâce n*estp«
«chumenes que Ton initie aux saints mystères, il yen a qui *onnéz mdifc-
c j» t • \ e~ ' t* r • b \* • remment à toas
lont dignes de recevoir le Saint-Eípnt , & d autres qui , ceUx qui reçoivent
après avoir reçu le Baptême, ont été indignes de cette le Baptême, Hom.
grâce. <« Corneille , dit notre Auteur , étoit Catechu- « \lm"[,ilun?uv.
mene , & il mérita la grâce du Saint-fisprît , avant de« EJit.f.na. n.t.
recevoir le Sacrement 4 Simon le magicien l'avoit reçu , «
mais comme il s'en étoit approché avec dissimulation , «<
le don du Saint- Esprit lui fut refusé. C'est ainsi qu'il íe.«
trouvé encore aujourd'hui des Corneilles á qui l'on pour-.*
roit dire que leurs aumônes &: leurs prières font montées «
jusqu'au Seigneur }& des Simons à qui l'on pourroit«
adreflèr hardiment les paroles de saint Pierre : O homme et
plein de toutes sortes de tromperies , enfant du diable , «
ennemi de toute justice. » II est donc bien constant que
la grâce du Baptême n'est point donnée indifféremment à
tous ceux qui le reçoivent , dignes ou indignes j quoiqu'il
soit vrai d'ailleurs que ce Sacrement agisse par fa propre
efficace : Ex fe , ou ex opère oferato, comme le saint concile
de Trente l'a défini.
V. Suivant ce principe, que la grâce du Baptême n'est
pas donnée indifféremment à tous ceux qui le reçoivent ,
on étoit bien éloigne , du tems d'Origene , de forcer per
sonne à íe faire baptiser. Les dispositions que l'on exigeoit Dépositions m
alors pour la réception de ce Sacremenr,en font des preuves j^£tÊl^ Z
bien manifestes.Ceux qui fouhaitoient embrasser leChristia- p*p 4S1. tomt ì.
nisme , étoient d'abord mis au nombre des catéchumènes., ni>uv-
où ils étoient sérieusement examinés des Fidèles , afin que
ceux-ci éloignassent ceux qui ne voudroient pas renoncer
á leurs mauvaises habitudes , & qu'ils aîtiassènt les autres à
faire tous les jours de nouveaux progrès dans la verru. II
falloit faire pénitence des péchés passés avant que dêtre
B b ij
î 96 Doctrine ctOrigene } Prêtre & Cortfejpur.'
■* initiés ^ il falloic cesser de pécher ; il falloit montrer des
•M, Siécle. fruits dignes de pénitence , paíler quelque tems dans une
bonne vie, se préserver de toutes les ordures & de tous
Homdit tu fur les vices : « Car ce ne fera , disoit notre Auteur aux caté-
147! 1 Gí " cnumenes ■> quand vous aurez commencé à détester
r> vos propres péchés , que vous en recevrez la rémission : »
Tune vobis remijfio peceaterum , quando cœperitis & ipfì pro-
pria peccata contemntre. Avant de recevoir la rémission des
■.f ' • péchés dans le Baptême , il faut cesser de pécher -: celui qui
s'approche autrement de cette fontaine sacrée , ne revoie
pas la rémission de ses fautes : Si quis enim peccans adlava-
crum venit , non fit remiljto peccatorum.
V I. Outre ces dispositions éloignées, il yenavoic d'au-
■ - • tres plus prochaines que l'on exigeoit des catéchumènes ,
immédiatement avant la réception du Sacrement : « Lorí-
suitedeiamêmc .«que nous sommes prêts de recevoir le Baptême, dk Ori-
JuTnx'oiLtïm.i. -«gène, nous renonçons à toutes les fausses divinités, pour
ntuv.Edit.i.ijs. i» ne reconnoître & ne confesser qu'un seul Dieu, le Pere,
"* 4* n le Fils & le Saint-Esprit, ( ce qui prouve que les catechu.
n menes faifoient profession de croire en la Trinité. ) Mais
>j envain ferions -nous cette confession de foi , si en même
■>■> tems nous n'aimions de tout notre coeur le Seigneur notre
m Dieu ; si nous ne nous attachions à lui de toute notre ame
» & de toutes nos forces 5 » ( ce qui montre qu'on exigeoit
aussi des catéchumènes l'amour de Dieu. ) On les failoit
■ûussi renoncer au démon , à fes œuvres , à ses pompes , à
Renonciations fes-plaisirs : Recordetur unufquifque fidelium , dit notre Au-
pratiquees dans la teus dans
réception du Hap- une de ses Homélies fur les Nombres ,' cum fpr'f
tême , mm. 11. mùm venit ad aquas Baptifrni quibus ibi tune ufus fit ver-
l" x°ml'- î- his», & quid renunciaverit diabolo .- non se ufurum pompis ejus t
neque operibus ejus , neque ullts omninò fervitiis ejus ac volup-
tatibuspariturum. Us s'iengageorent encore à ne plus étudier
aucune science diabolique , ni d'astrologie, ni de magie ,
ni aucune doctrine contraire à la pieté chrétienne. Telles
étoient les dispositions que l'on exigeoit alors , &que 1 on
exîge encore aujourd'hui de ceux que l'on initie ; & quoi
que la narure souffre avec bien de la peine tous ces renon*
cemens , tous ces ?ngagemens ; il faut convenir avec Ori-
gene , qu'il est important de bien disposer les adultes à
recevoir dignement le Baptême , afin qu'ils participent aux
grâces de ce Sacrement,
Doctrine JtOriierie 3 Prêtre & Confesseur. 197
VII. Ce n'étoit pas seulement aux adultes , que l'on den-
rioit le Baptême y on ne íe faifoît non plus aucun scrupule oieclï.
de le donner aux enfans y ce que l'on croyoit fondé dans la
Tradition des Apôtres : a L'Eglife , dit Origene , a appris « Baptfime desen-
des Apôtres par tradition à baptiser même les enfans: « ^"V Uv' *-J*r
r 1 r 1 * n i- j- ■ 11 -r lEt*^e aux Rom.
Lcclejia ab Apojtolis tradittonem accepit etiamparvuíis baptif- f. 555. tom. z. de
mum dare. Mais ce Sacrement une fois donné ,. ne se réïté- Gemb'
roit jamais ; « Souvenons-nous de nos péchés , disoit O ri- «
gene aux Martyrs pour les encourager 3 souvenons-nous « Le Eaptême ne
qu'on ne peut recevoir la rémission des péchés que par le n sc . pcUs .donncr
2 - o .m r c • rì 1 • r qu une sois.
Baptême .j et quil ne peut le raire , lelon les préceptes « £*/Wr. au M*rt.
Evangéliques, que l'on soit baptisé une seconde fois dans a tom- 1-"08^-^''-
l'eau & le Saint-Esprit pour la rémission des péchés : « Me- t i91 ip}'n'*°'

minerimus etiam nos peccafse } nec pojfe remiffionem feccatorum


fine baptifmate accipív nos autem juxta Evangelicas leges ité
ra m non pojse baptifari aqua &• Spiritu in remijjìonem peccato-
rum. Enfin Origene nous enseigne sar le sujet du Baptême mm. u>
qu'il est difficile d'expliquer les cérémonies de ce Sacrement. Ntmb-ï- 183.*.*.

§. II. EUGHARITIE.

VIII. Sur l'Eucharistie il dit , entr'autres choses remar


quables , que le pain qu'on offre dans l'Eglife devient par
la vertu de la prière , un corps qui est Saint , 6c qui sanctifie
ceux qui en usent avec de bonnes dispositions : Nos , dit Présence réelle;
ce Pere, qui hujus univerfitatis grattas agimus , cum precibus ^
& gral [arum aítione , oblatos edimus panes , qui prapter oratio-
ntm fìunt corpus quodiam fanïium , quod fano propojîto man-
ducantibus faníiitatem largitur. La manne, dit-il ailleurs, nom. 7. fur Vu
étoit aux Juift une nourriture figurée , mais la chair du
Verbe de Dieu est la vraye nourriture des Chrétiens , E ' *" l9°' 1*

comme le«Sauvcur nous l'apprend lui-même lorsqu'il dit:


Ma chair est véritablement viande, & mon sang est vérita
blement breuvage, « Quoi-, dit encore le même Au-teur « Sur je rfiamm 6.
en un autre endroit parlant au- pécheur , vous ne crai- u ttm.x.tuuv.Edìh.
gnez pas de recevòir le corps de Jesus-Christ dans « ?-6ii'n-6<
l'Eucharistie, comme si vous- étiez pur & fans tache j«
Communicaì e non times corpus Chrifii , accedens ad Eucha-
ristiam , quasi mundus & purus. « Ne vous souvenez-vous «
pas de cette parole de l'Apôtre 1 c'est pour cela qu'il y »
198 Doftr'ine d'Origene , Prêtre & Confesseur.
— » a parmi vous beaucoup de malades , &c. D'où vient donc
III. Siécle* „ tant ^e malades ? C'est que l'on ne se juge point soi-
» même, que l'on ne s'examine point , & que l'on ne com-
m prend pas ce que c'est que d'approcher de fi grands 6c de si
*3 hauts mystères . .... m Nec inteSigunt quideft accédere
ad tanta & tam eximia Sacramcnta ì Je ne íçái comment
l'on pourroit expliquer ces endroits d'Origene fur l'Eucha-
, tfistie dans le sens Lguré des Calvinistes ? Car il est clair
comme le soleil ., que cet Ancien veut parler d'une pré
sence réelle Sc véritable du corps ,& du sang de Jesus-
Christ dans ce Sacrement. Et lans nous arrêter au der
nier passage où cet Ancien dit formellement qu'on reçoit
le corps du Sauveur dans'l'Eucharistie , ce qui suppose né
cessairement que ce corps sacré est réellement dans ce di
vin Sacrement ; peut-on entendre en un autre sens ce que
-notre Auteur dit plus haut; que le pain qu'on offre de
vient un corps.saint qui sanctifie ceux qui le reçoivent di
gnement ? Qui {panes) fiunt corpus fanftum. Or quel est ce
corps sacré ? Si ce n'est celui de Jesus-Chmst , comme
Origene le dit ensùite : Communicare non tintes corpori Chriftï,
& ce corps n'est point figuré ou symbolique , puisqu'il est
la réalité même de ce qui n'étoit qu'en figure dans la
manne , selon l'expression d'Origene dans le second en
droit que nous avons cité en françois , òc dont voici la tra
duction latine : Tune in aniqmate erat manna cibus nunc au-
tem inftecie caro Verbi Dei est vents cibus 5 Jîcut & iffe dicit :
Caro mea verè est cibus , &c. Où il est manifeste que l'on op,.
pose la réalité de l'Eucharistie à la figure de la manne.
*Spitede kmfimc ix. Origene enseigne encore ailleurs que la Pâque des
'?ont"ceìs. '™i9. Chrétiens consiste à manger la chair du Verbe : Mandu-
n. iz. candk Verbi carne ; & dans une de ses Homélies fur l'Exode ,
Htm.i}.surtE- il parle ainsi aux fidèles : «Je veux vous instruire par des
**d*,f. i7í.n. 5. „ exemples tirés de votre Religion. Vous fçavez , vous qui
» avez coutume d'aífister aux divins mystères avec quelle
» précaution & quel respect vous traitez le corps de Jesus-
m Christ que l'on vous donne , de crainte qu'il ne tombe
quelque particule du don sacré : Ne consecrati muneris
m aliquid dïlabatur. Car vous vous croiriez coupable , &
m avec raison , s'il en tomboit quelque chose par voerc né*
m gligence : Reos enim vos.creditis , & reïle creditis }f qvid
t>oc%rine ÍÓrigent 3 Prêtre & Confesseur. 199
inde pet negligentUm decidat. Or , continue notre Auteur , «
fi vous usez de tant de précaution' pour conserver le « ^* Siécle»
Gorps de Jesus-Christ , ce que vous avez raison de «
faire : Quod fi circa corpus ejus conferuandum a tanta uttmini «
cautelà , & merito utimini y comment pouvez-Vous vous «
imaginer que ce soit un moindre crime- de négliger la «
parole de Dieu ? » Est-ce- là de bonne soi le langage d'un
homme qui auroit été cUmslessentimensdes Novateurs fur
k présence de jÈStfs - Christ an Sacrement de l'Autel.
Si cela étoif, pourquoi se servir toujours de cette expression
absolue* : Corpus Chrifti , fans marquer jamais qu'il entendît
parler d'un corps symbolique & figuré ì D'ailleurs , à quoi
bon ces précautions extrêmes des anciens fidèles , cette
profonde vénération , cette crainte scrupuleuse de laiíser
tomber quelques particules de l'hostie , s'il n'y a réellement
que du pain , & si Jesus-Chïusî n'y est qu'en figure ?
Aíîûrément les Calvinistes auroient peine de répondre à cet
argument.
X. Au reste le pain Eucharistique nous est , selon la pen- Prérogatives de
fée d'Origene , un symbole de notre reconnoislànce envers «El^a^}e ' íiv'
Dieu. Ce pain de vie qui est descendu du Ciel , reçû dans J'*'7*s'
nos ames, leur communique fa vertu y il les élevé même
jusqu'à l'immortalité quand elles fçavent le manger digne*
ment •> car le Verbe de Dieu est immortel. 11 y a plus ,
ceux qui reçoivent ce pain divin avec les dispositions con
venables deviennent enfans de Dieu $ Sc la principale de ces Tnatiitt là prure
dispositions est la pureté de conscience : te Lorsque vous « Z'^Edu'^r.
recevez ce pain mystique, dit notre Auteur , mangez-le « &ns.n.í7.
dans un lieu pur -, c'est-à-dire v comme il s'explique lui- « Dispositions à la
même , ne recevez pas le Sacrement du corps du Seigneur « rfceP»°nde ieu-
. . ' » r mu ■ ~ »*. . B chanstie Him.it.
dans une ame impure & louillec par le pèche : » Cumacce- fur u u-v. um; l.
feris fanem mysticum, in loco murtdo manduces eum y hoc efi , *\H
nc in animk contaminât* & peccatis poUuta Dominici corporis "
Sacramenta percipias. . . . « Car ce pain mystique est ce que
l*on appelle le Saint des Saints : Sancía enim Sanîiorum «
fttnt ; & on ne l'appelle pas Saint simplement , mais le «
Saint des Saints , pour montrer que cette nourriture n'est «
pas commune à tous \ qu'elle n'est pas pour ceux qui en Mi
sons indignes , mais seulement pour les Saints : » abus iste
funíitss non est cvmmums omnium^ nec çu}*fcitmque indiyrì ,fed
i oo Doftrine d'Orìgene s Prêtre & Confesseur]
IIL Siécle sanft°mmeft' Ce qui est très- fort à remarquer contre l'irna-
' gination bifarre de Luther.

$. IIL Pénitence.

XI. II est aisé d'inférer de ce principe qu'il faut , pour


participer dignement à l'Eucharistie , ou avoir conservé
son innocence , ou i'avoir réparée. Or notre Auteur nous
fournit plusieurs moyens propres à nous faire rentrer en
grâces avec Dieu , après I'avoir offensé : Ce sont , par exem
ple , les peines temporelles dont Dieu nous punit ici bas t
íe martyre , le pardon des injures , la charité envers nos
frères, les foins que nous nous donnons pour les convertir
DifT-rens moyens à Dieu j mais fur-tout le Baptême ôcla Pénitence. Nous
d'effiiccr les pé- avons deia parlé d-u premier : il nous reste donc de parler
le lí-vh. f>. 160. de la Pénitence ; & voici ce qu Ongene nous en apprend
n. j. &H»mtl.\. de plus/emarquable. Il suppose en premier lieu , comme
/. u»o.n.4. vérité constante, 8c appuyée de l 'autorité de Jesus-

Chïust , que les Apôtres & leurs fuc'ceíîeurs ont reçû le


pouvoir de remettre les péchés , selon cette parole du Sau
veur : Recevez le Saint- Esprit j ceux dont vous.aurezremis
les péchés , &c. C'est ainsi que notre Auteur s'explique là-
deflus dans son Traité de l'Oraison Dominicale sur ces
Les Apôtres & paroles : Pardonnez.nous nos offenses , &c. « Nous avons
leurs succedeurs » donc tous , dit-.il ,1e pouvoir de pardonner les offenses
ont reçu Ic pou- c . 1 ., AA , .
voir de remettre " faites contre nous,, comme u paroit par ces paroles du
les péchés. Traité „ Sauveur j mais il n'y a que ceux , fur qui Je sus a
nUMb.tfïjw-rt- " f°Lim^ ■ • W1 puisent remettre les offenses qu'il appar-
» tient à Dieu seul de pardonner , & lier les pécheurs dont
» les fautes font fans remèdes ; n Stdisin quem Jésus insuf-
flavit.... dtmittit quœ iimitteret Deus , & ìnfanabilìa sec*
cata retinet. <t En quoi , ajoute Origene , ils ne font que les
» ministres de la volonté de Dieu , à qui seul appartient
m le pouvoir de remettre les péchés. Puis après avoir cité
» les paroles du Sauveur : Recevez le Saint-Esprit , Sec. U
» continue , à moins d'examiner sérieusement cette ex-
» pression de Jesus-Christ , on sera tenté d'accuser les
>j Apôtres ., de ne remettre point les péchés à tous , afin
» qu'ils leur soient pardonnés ^ mais de lier certains pé-.
wcheurs., de façon qu'ils font tels devant Dieu. JVIais B
«ajoûte
Doctrine d'Orkene Pretn & Confesseur. ioí
» ajoûte-t-il , comme il écoic défendu aux Prêtres de l'an- jjj Siécle
» cienne loi d'offrir des sacrifices pour certains péchés — ' '
» de même les Apôtres & leurs íuccefleurs , qui font les
» Prêtres de la nouvelle alliance , éclairés par le Saint-
» Esprit , fçavent quels font les péchés pour lesquels il
faut , ou ne faut pas offrir le sacrifice. » Lâ-deíTus Origene AU. f.
se plaint de ce que quelques-uns usant d'un pouvoir qui
ne leur appartenoit pas , accordoient le pardon à ceux
qui étoient coupables du crime d'idolâtrie, d'adultéré Sc
de fornication.
XII. Nous pouvons remarquer dans cet endroit de notre
Auteur , i°. Qu'il n'appartient qu'à Dieu seul de remettre
les péchés , comme cause principale & efficiente de cette
rémission. i°. Que les ministres de l'Eglife ont reçu ce pou
voir de Jesus-Christ 5 mais qu'ils ne l'exercent & ne
peuvent í'exercer qu'en qualité de ministres , &. conformé
ment aux volontés de Dieu. 30. Qu'ils ont le pouvoir de
lier les pécheurs comme de les absoudre 5 ce qui suppose la
connoissance & le discernement des péchés , & par consé
quent la confession. 40. Enfin il paroît d'abord qu'Origene
restraint ici le pouvoir de l'Eglife , par rapport aux grands
péchés. Mais a bien l'entendre, il ne parle que de la disci
pline de son tems , qui ne permettoit pas qu'on déliât les
pécheurs coupables de certains crimes privilégiés ; non que ,
l'Eglife n'eût véritablement le pouvoir de le faire , mais
pour contenir les fidèles , Scies détourner des grands cri- _
mes , pour lesquels l'on n'accordoit qu'une feule fois la pé
nitence , ainsi qu'Origene nous Papprend lui-même dans
une de ses Homélies fur le Lévitique , en ces termes : In „ , ,
gravtortbus enim criminibus , femtl tantum pœnitentiœ conce- l/vit.f.,*íi.».*,
ditur locus. Ce qui suppose néceíîairement que l'Eglife a-voit
le pouvoir d'en absoudre les coupables ; te que si elle ne
le faisoit alors qu'une feule fois , ce n'étoit pas faute de
puissance , mais uniquement pour en inspirer de l'hor-
reur aux fidèles , qui euflènt pu , comme l'on fait si ordi
nairement aujourd'hui , abuser de la facilité du pardon.
XIII. Je difois un peu plus haut que le pafiàge que je
viens de citer suppose la nécessité de la confession des pé
chés , en accordant aux Prêtres le pouvoir de lier ou de
délier les pécheurs selon la qualité des fautes commises ^
Tome II. Cc
2,02. Dofíríne d'Origene > Prêtre & Confesseur.
mc,__T „ mais en voici un autre qui enseigne clairement cette né-
celiite j & qui montre que les ndeles s y loumettoient dans
les premiers siécles. « Voyez , dit notre Auteur fur ces pa-
Confcssion sc- » rôles du Pseaume 37. Je confesserai mon iniquité , &c.
a"mel í.?&r û " Voyez ce que nous enseigne l'Ecriture divine : qu'il ne
Ts**uMen.tom.z. » faut point cacher le péché que l'on a commis j car corn-
nonv.Ed$t.p.629. ,9 me jj arrjve 4 ceux qUi foQt incommodés de quelque in-
» digestion ou de quelque humeur abondante, de se sentir
» soulagé après le vomissement ; de même le péeheur qui
jj confesse son iniquité v coupe racine à la cauíe de son malj
n feulement faites un choix exact de la personne à qui vous
»> voulez découvrir vos fautes : Tantummoío circumfrice di-
»» liçentius , cui confitcri âebcas peccatum tuurn. Eprouvez aU-
» paravant le médecin , à qui vous exposerez la cause de
» votre maladie , afin qu'ayant reconnu fà capacité & sa
» charité , vous suiviez les conseils qu'il vous donnera 5 &
» s'il estime que votre mal doive être découvertcn public ,
» pour votre guérison &c l'édification des autres, il le faut
» faire , mais avec grande délibération » Que les Préten
dus- Reformez pensent ce qu'ils voudront de la confession
secrette ou auriculaire ; il est constant qu'il s'agit ici de cela,
il ne faut que lire ce passage pour s'en persuader. Qu'ils
cessent donc de condamner cette pratique comme une nou
veauté introduite dans l'Eglise Romaine ; qu'ils cessent,
dis-je, de se donner pour gens attaches à la doctrine &. à la
pratique des premiers siécles.
XIV. II est encore clair, par le même endroit d'Ori-
gene , que le Confesseur sage &c prudent portoit quelque-
Fois les pécheurs à s'accuser publiquement de leurs crimes 5
& nous avons encore d'autres endroits de notre Auteur,
qui prouvent que la confession publique étoit fort en usage
en ces tems-là. C'est ainsi qu'il rous apprend dans la même
Homélie que l'on confeílbit quelquefois en public les pe-
bliCundslÎ0léchU" °k^S m^me secrets j car pour ce qui est des péchés publics ,-
Ccacis.ibidj.6g 6* c'étoit une loi indispensable de s'en accuser devant tout le
»•"• peuple j & ceux qui en étoient coupables etoient dès-là
même excommuniés , fans attendre le jugement de l'Evê-
que , comme nous l'assiìre notre Auteur , Homélie* i4-e. fur
le Lévitique. Envain eût_on allégué pour excuse ,1a honte
qu'il y a de découvrir ainsi ses péchés , & fur-tout des
Doilrine £Origene 3 Prêtre & Confejpur. ìo$
péchés secrets. Car, i°. réplique Origene , la confusion ~ "
que l'on souffre devant les hommes 3 nous délivre de celle WECXI.
qu'il auroit fallu souffrir devant les Anges au jour du Ju
gement. i'\ En s'accuíânt ainsi en public , l'on íè tire du
nombre de ces hypocrites , qui paroiílent quelque chose à
i'exterieur , mais qui font. pleins d'iniquité au -dedans.
3°. Cette confusion devient salutaire par le íalut qu'elle
opère dans ceux qui veulent bien la subir. 40. Comment
rougir d'exposer aux yeux des hommes ce que l'on fçak
que Dieu voirá découvert. j°. Pourquoi attendre d'autres
accusateurs de ses crimes que fa conscience même ? Quid
4xpeíío accusateureru , cum accufator meus confcientia mqa me-
cum fit ì « Dieu m'épargnera peut-être , continue Ori- ec
gene , si je ne m'épargne pas moi-même : « Sic forte & tlle
tnihi parcet^ st mihi ipfe non parcam. Tous ces motifs font
bien preílans, & peuvent servir à plus forte raison pour la
confession auriculaire.
XV. Origene recommande celle.ci comme une pratique
essentielle à la vraye pénitence 5 puisque dans la notion
qu'il nous en lionne dans fa seconde Homélie for Je Lévi
tique, il dit expressément que cette pénitence consiste non-
seulement à pleurer ses péchés jour & nuit, mais à les con
fesser au Prêtre du Seigneur : Est adhttc , dit-il dura Nécessité de it
& laboriofa per panitentiam rtmiffco peccatorum > cum lavât confession, mmé-
peccator in lachrymis stra tum fuum .... & cum non er-uhefeit f'^/?* u**vit'
facerdoti Domini indicare peccatum fuum , & quœrere med't-
cinam. <i Ce qui est imiter , ajotìtet-il , celui qui difoit : Je «
confesserai contre moi. même mon injustice au Seigneur , «
6c vous m'avez remis l'impieté de mon péché. En quoi, «
continue toujours Origene , l'on se conforme à cette in- «
struction de í'Apôtre saint Jacques Quelqu'un parmi «
vous est -il malade ? Qu'il appelle les Prêtres de l'Eglîse , «
qui lui imposent lesmains, & qui Toignent d'huile au nom «
Au Seigneur , &c. »> Remarquons ici en paflant que notre
Auteur , citant ces paroles de saint Jacques , lit : impmant
ei manus ; au lieu qu'il y avoit dans tous les exemplaires ,
vrent saper eum. Peut-être que cet Ancien aura ici traduit
cet endroit de la forte , pour marquer l'imposition des
mains , comme matière du Sacrement de Pénitence. Au
moins sommes-nous sûrs d'ailleurs qu'elle a toujours été
Cc ij
104 Dostrine d'Origehé , Prêtre & Confejfeur.
pratiquée dans l'Eglise l'espace des douze premiers siécles,
111. îsiECLE. qUe j>on avojc coutume de défigner ce Sacrement íbus le
nom d'imposition des mains 5 ainsi que nous le verrons
iouvent dans la fuite de cet ouvrage.
XVI. Au reste, c'est une nécessité, selon Origene, que la
confession de nos péchés foit.entiere , qu'elle s'étende fur
tous les péchés que nous avons pû commettre , soit en
public , loit en lecret , soit par pensée , soit par parole :
Intégrité de la Etenim omni zenere prontintianda sunt 'cunfía aux czeri-
confeílion. Home- r . , ù . ,s - J . .. - z-,7 , °.
lu i.sur le Uvit. mus *ft *Julíi tn °cculto gerimus^/í quidiìiJermonesolo , vel etiam
f. 196. ». 4. intra cogitationum sécréta commifimus , cuntla necejje est publi-
cari 9cuncfa proferri. En nous accusant ainsi exactement de
toutes nos fautes , nous prévenons l'accufation qu'en in-
tenteroit un jour notre ennemi èc notre accusateur com
mun y il est donc de notre intérêt de nous accuser les pre
miers , de crainte que le démon ne nous prévienne ^ c'est
dans cette pensée que David dit dans les Pfeaumes : J'ai
découvert mon iniquité ; & jén'ai point caché mon péché.
J'ai dit : Je confédéral contre moi même mon injustice , de
vous m'avez remis Pimpieté de mon cœur. « Voyez donc ,
» conclut Origene , que la confession des péchés en obtient
» la rémission : Vide ery> quia pronuntiare peccatum yremiJJìo-
... » nem peccati meretur. Car le Diable ainsi prévenu par la
» confession de nos iniquités , ne peut plus nous en acculer
m davantage : notre accusation volontaire nous tourne à íà-
m lut, au lieu qu'en attendant que le démon nous accuse,
» nous nous exposons â la peine j car il aura pour compa-
» gnons de fes íoufFrances , ceux qu'il aura convaincu d'être
» criminels comme lui : » Habebit enim socios in peenà , quos
convìcerit criminumsocios.
XVÍI. A la confession des péchés , il faut pour que la pé
nitence soit véritable , ajouter la douleur d'un cœur contrit
& humilié. II faiít , comme dit Origene après le Psalmiste,
Conmt on des baigner ion lit de ses larmes : il faut les mêler avec la nour-
péches.
fur ULév.Homel. 1.
f. 191. » , oc qu elles íoient
riture . »
comme .
notre pain le jour .
oc la
*■ 4* nuit : Cùm lavât peccator in laàirym'is flratum fuum > & fiunt
Détestation des et Ucbryma sua panes, die ac nocie. Car Dieu ne fait miséri-
ujd dê se cotiser" corde qu'à ceux qui condamnent leurs péchés de tout leur
Uv. 3. contre cels, cœur : Qui peccatafua damnant toto feíiore ; qui pleurent fur
!<4<i*mj> eux-mêmes , qui géraiUenc de l'abîme où ils le font précis
Doflrine d'Origene , Prêtre & Confesseur. 205
picés par leurs actions criminelles , 8c qui changent effecti-
vement de vie. Ce n'est qu'à ceux-lâ que Dieu accorde le Siécle.
pardon de leurs fautes , la vertu qui chasse le vice , leur fai
sant obtenir ce pardon. Auífi l'Eglise , après avoir pleuré
comme perdus ôc comme morts ceux d'entre les fidèles qui
ctoient tombés dans l'impureté ou dans quelqu'autre pé
ché considérable , ne les recevoir du tems d'Origene qu'a
près s'être assurés de la sincérité de leur conversion : Rec't- nu.
piunt tandem poft longiorem mentis approbationem. Car enfin
il est très-dangereux , dit notre Auteur , d'accorder faci- Danger des abso.
lement le pardon aux pécheurs : on ouvre par-là la porte Hom^T.^jT.
à toutes sortes de crimes : Sceleribus panditur via. II faut rtm.f.ni.ttm.i.
mesurer l'indulgence à la pénitence qu'ils ont faite de leurs H*fí?
fautes : Pro menjurà pœnitentia remijjionis quantitas modéra- Satisfactions pro-
tur. Celui qui a rempli toute justice, a lavé toutes ses ini- P°""mní« aux
\ , - . r. , >c . ] • • » 1 • péchés , Hom.. 1.
quites j mais celui qui n en a tait qu une partie , n obtient for u eseaumt 58.
non plus la rémission que d'une partie de ses péchés. Celui f- & «58.
qui a fait une pénitence parfaite , mérite une áftsolucion '
parfaite ; celui qui ne l'a fait qu'en partie, ne mérite qu'en
partie l'absolution : Si verò ex parte pœnitSit , & ex parte
jammeruit abfolutionem. Plût à Dieu que tous les directeurs
des ames entrassent dans ces grands principes , & qu'ils
s'y conformaíîent exactement dans le tribunal de la péni
tence.

r- CHAPITRE X.

J)E LA SAÎNTE VIERGE 3 ET DES ANGES.

I. /*""\ Uoiqu'il soit évident par ce que l'on a dit déja au


V j chapitre de l'incarnation , que Marie , mere de
Jésus , ait conçu & enfanté son Fils fans perdre fa virgi
nité , &: qu'elle soit demeurée toujours Vierge , même
après l'enfantement j je ne laisîerai pas néanmoins de rap
porter ici quelques autres endroits; d'Origene qui serviront
à nous confirmer dans la créance de cette vérité. Cet
ancien Pere,' expliquant, cette expression du Lévitique : Si
une femme , après avoir conçu , enfante un mâle , elle fera
impure pendant sept jours, &.c. nous fait remarquer que
106 Doéïrine d'Origene > Prêtre & ConfeJJeur.
... ce n'est point en vain que l'Auteur sacré marque cette
. iecle. Oirconfl.anceí (fitscepto seminc ) èc que ces paroles oncécé
Virginité de Ma- ^ices pour cjrer Marie du nombre des femmes, & distin-
ne devant & aptes f. r . . . ,. . ,
Tcnsantement , guer ion enrantement de la manière ordinaire des autres :
Hom. 8.fur le Uv. fr^g dit ce sçavant Docteur , ne forte omninò hac (imul
h lt dictaJint , ne Maria , qua juxta Propbctas , femme nonfujeepto
peperit mafculum , putaretur immunda efie genito Salvatore.
>j On peut encore ajoûter que cette Loi ne regarde que
» les femmes : Lex ijia ad muheres pertinet. Or il est dit
» de Marie , qu'elle étoit Vierge & quand elle conçut, 8c
» quand elle enfanta : De Maria autem dicïtur , quia l^irgo
>j concepit & peperit. Que les femmes se soumettent au far-
» deau de la Loi j mais que les Vierges en soient exemptes.
»En vain voudroit-on krbtïliser sur cet article , en nous
» objectant que Marie est nommée femme dans l'Eçriture ;»
( il s'agit ici de cet endroit de I*Apôtre , où il est dit que
Dieu a envoyé son Fils formé dune femme: Faítum ex mu-
lierc.) u Nous répondrons que l'Apôtre parle ainsi pour
» désigner le sexe de Marie , & non pour marquer que íà
» virginité ait íòuffert aucune atteinte, u Refyondebtmus ,
quia sípoflolus mulierem , non pro corruptelâ integritatis , fèd
pro fexùs indicio nominavit. C'étoit encore pour montrer
1 âge de la Vierge : Ffi... atatisistud vocabulum-^&c faire sentir
qu'elle étoit nubile lorsqu'elle conçut St enfanta le Sauveur.
Ainsi appellons-nous homme celui qui a paílé l'âge de Pa-
dolescence , quoiqu'il ne soit pas encore marié.... Puis après
quelques autres raisons semblables notre Auteur conclut
ainsi : « Que tout cela soit dit pour nous faire voir que ces
» paroles de Moïse , concepto femine , ne sont point super-
»fluës j mais qu'elles font mises pour distinguer du reste
» des femmes la B. Vierge dont l'enfantement s'est fait ,
» non comme celui des autres , mais par l'operation du
>» Saint-Esprit , & la vertu du Très-haut.
1 1. Je ne veux pas néanmoins dissimuler ici que cet
ancien Père enseigne ailleurs que Marie enfanta de même
•mm. n. fursaint que les autres femmes : Reserata vulvà , comme il s'en
cwrl '41 exprime lui-même dans une de ses Homélies fur laint Luc>
mais il faut bien remarquer qu'il ne prétend point en cela
donner aucune atteinte â la pureté virginale de Marie ,
puisqu'il convient lui-même que cela ,íe fit en elle d'une
*

Doflrìne d'Origene } Prêtre & Confesseur. 107


manière
o • - ì beaucoup
t plus pure
Y h j que
s dans
\ ules autres
^ • femmes
r a , 77, Siécle.
III. Z
& voici la raiíon qu il en donne lur le champ : Quia fanïtum
uterum ( matris Domini ) ejr omni dignatione venerationis vene-
randum, ante nativitatem Chrifit , masculus omninò non tetigit.
En un mot Origene soûtient que Marie est toujours demeu
rée Vierge , & qu'elle n'a jamais eu d'autres enfans que
Jésus. II remarque seulement qu'au sentiment de quel- virginité perpé-
ques-uns, ceux qui dans l'Evangile font appelles frères tueiie de Marie ,
de Jesus-Chr.st , étoient fils de Joseph , nés d'un pre-
mier mariage , antérieur à celui qu'il avoit contracté avec
la Mere du Sauveur. II nous enseigne encore que cette
bienheureuse Mere de Dieu étoit pauvre : « Jesus-Christ ,
» dit-il , a voulu naître d'une mere pauvre : Matrem de quk
nafeeretur ,elegit pauperem } ce qu'il prouve par ce qui arriva Pauvreté de Ma-
à la purification de Marie , qui fit son offrande au Seigneur "C^H<""- le
r > 1 . . . . fc> Itv. tom. 1. neuv. ■
a la mamere des pauvres. Mais je ne voudrois point me sdn.f. 130.».
rendre garant de ce qu'il avance ailleurs , que la sainte
Vierge suc scandalisée comme les Apôtres á la mort de
son Fils 3 ci qui fans cela ne ícroit pas mort , dit notre «
Auteur , pour les péchés de íà mere : » Si fcandalum in sentiment erro-
Domini paljìone non p^ffa efi , non efi mortuus Jésus pro pecca- né d'Origene tou-
tis ejus. « Or íì tous ont pèche & ont besoin de la gloire <» wêrgV*0«»fc%.
de Dieu , il faut donc que Marie ait aussi été scandalisée « Ms. Luc ,um. z.
à laPaffion desonFils. •» Ainsi raifonnoit Origene, mais je deGeneb'
laiííe au Lecteur á juger de la justeíTe du raisonnement.
III. Quant à ce qui concerne les Anges , notre Auteur
enseigne en premier lieu qu'ils íont incorporels, lorsqu'il
dit que la notio"h del'ame leur convient: .Si quidemdefinitio Nature spirituelse
illa anima etiam in ipfos Angclos vtdetur incurrere. Et un des Anges , /ív. »,
peu plus bas : Videtur hœc eadem definiûo etiam ad Angelos nmv.n&t
pertinere. Or l'ame est une substance simple , selon le même n- 1.
Pere. au même endroit j c'est une substance qui ne
souffre aucune mixtion étrangère, une substance raisonna
blement sensible & mobile , c'est-á-dire qui pense & qui
agit raisonnablement ; ce qui ne peut convenir au corps
dont les qualités font toutes opposées. Les Anges íont donc
incorporels, suivant Origene: leur nature est supérieure à Ang"/ont;
,. r , ' • ° 1» íT ■ V j- 1 d une nature supe-
celle des hommes, quoique 1 on punie néanmoins direhar- neure à celle des
diment qu'il y a des hommes qui surpasseront quelques' ^°mm«•s*^^»,*
Anges en dignité 5 en vertu de leurs mentes personnels. La /, 3j*. .
10$ Doctrine ctOrigene 3 Prêtre & Confesseur'.
" nature des Anges est différente de celle des démons , auífi-
' IECLE- bien qUe ]eur volonté : Angelos Dei alteriàs naturœ ac vo-
Lcur ìe^eiled"
nature est ^untatts effe ac damones omnes qui in terra funt. Leurs noms
autre cjue
dcmonS;, /. \. tm. expriment leurs emplois j 6c si l'un s'appelle Michel, l'au-
cds. n. j7-/>. 471. tre Gabriel , l'autre Raphaël , l'on trouvera en examinant
Leurs noms íont . . . .11 r r ■ -n
conformes à leurs ces dénominations , qu elles íont conformes aux ministères
emplois,/, i.cont. que £)ieu leur a confiés aux uns 6c aux autres : Quifquis in
cels. p. 343. ». »j. arcan^ nominum disciplina versatus fuerit , reperiet indita Mis

fuisse nomïna convenientia rébus quas Dei Jstmmí voluntate


administrant. .
IV. Dieu a confié aux Anges le gouvernement des
zneesTutclaires Nations entières : Quibus ( Angelts) regendas gentes commifit
iiom.i.siirfExoii. excclsus. C'est par leur ministère que Dieu nous fournit les
p. m 7.n. z. choses nécessaires à la vie . 6c ce font eux qui président aux
Liv.g.cont.Cels. r -r -i r1 r j-
/>• 785. » j7-- elemens,aux plantes , aux laitons ; ils íont nos gardiens
/«"^ ùvlït ^ ve'"ent ^ ce qui nous regarde j ils connoislerit jusqu'à
>.4íi!h. 3. • '' nos plus secrettes pensées 5 ils ont foin des Eglises 6c de
Htmei. 9. fur u chaque fidèle en particulier ; ils portent nos prières au ciel,
mrornif: Dom. les offrent à Dieu 6c nous communiquent les grâces dont
ttm.ì.noHv. fdit. il veut bien nous favoriser 5 ils joignent eux-mêmes leurs
* lìv "ami cûf. Pricres aux nôtres , ôc ils prient avec ceux qui prient corn-
$. J79. n. 4. me il faut. Ils travaillent avec nous 6c nous aílìstenr cha-
Dt i-oraij. D.m. ritablcment dans nos devoirs de pieté : car ils íont des
f. ZI3.H. II. . . .. . _ .• r » . ,n
lìv. s.cont.cdj. Elpnts qui tiennent heu de ierviteurs 6c de ministres , etant
f. 6n. n. j7. envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui
lìv. s. ce»t. cels, doivent être les héritiers du salut : ils se trouvent aux as-
* DcìoraìsDom. semblées des fidèles j Dieu leur a confié le foin 6c le gou,
f. i6<?. n. ii. vernement de nos ames : Quibus créditœ fuftt d\f}enfanàœ &
ìumein. surit revendœ anima: nostrai ils en prennent un foin particulier ,
z.nouv.Edit.p*g.°í lls en *ont comme les tuteurs 6c les curateurs juiqu au
«8'. n. t. tems marqué par la divine providence. En un mot tout le
Genì™p.%fUn. 8*nionde a besoin du secours des Anges , 6c il n'y a pas jus,
qu'aux justes à qui ils ne soient nécessaires : Qui {jusíi J indi-
™Z^J?.nU;.te** ai)utorio ^ngelorum Dei.
V. Mais ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que
chaque fidèle a Ion Ange gardien en particulier -, que le
moindre d'entre les Chrétiens a avec foi son bon Ange ,
l'Ange du Seigneur pour le diriger , l'instruire , le gouver
ner; Adest unicuique nâftrum , etiam minimis qui funt in Eecle-
Jíà Dei , Angélus bonus , Angélus Domini, qui regat , qui ma-
neat ,
Doftrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur. 2,09
neat , qui gubernet. Cet Ange tutélaire offre à Dieu, par *
Jésus Christ le souverain Pontife , les prières de celui Siécle.
dont il est le gardien , il prie même avec le fidèle dont le Hom- 10-/ur llS
loin lui a ete confae : Et ìpfe precatur cum eo cujus ipji cura Liv. g.ont.ctif.
commijsa eft. Mais malheur à ceux qui font indociles aux p.yèp.n.ìó.
inspirations de leur bon Ange ^ ils le privent par là de la
présence de, cet Esprit céleste , & des grands avantages
qu'ils pouvoient en tirer : &c ce qui devroit les faire trem- Vn.xMfprìnt.
bler , c est que les Anges paroitront au jugement de Dieu , muv. E(at. n. 7.
où l'on examinera , dit notre Auteur , si c'est par la négli- «■ 10-
gence des Anges tutelaires , ou plutôt par notre propre
paresse , que nous aurons péché. Oui, dit encore Ori- H»m.%^.surU%
gene , les Anges assisteront au dernier jugement , où ils *w**'M<j««-î'
représenteront ceux dontils auront été les gardiens : Jqitur Hom}- 1 s*r kt
unusquijque Angelorum tn conjummatione jíçculi aderit m
judicio S educens eos fecum quibus prafuit. Et je pense , con-
cinuë-t-il, que la discussion qui se fera en ce jugement ne
regarde point le travail des Anges , mais le foin qu'auront
eu les hommes de correspondre aux soins de ces Esprits
bienheureux : Etputo ibi ïnquifitionem futuram , non quidem
an cultura hominum singelus defuerit j fed an cultura singe*
lie* , nequacfuam digne segnitia humana reftonderit. II est vrai
qu'Origene dit un peu plus bas que le jugement de Dieu
tombera fur les Anges aussi bien que furies hommes -y mais
il est à remarquer que notre Auteur ne propose cet article
& d'autres semblables , que comme de pures opinions , &
non comme des vérités de foi 5 ainsi que M. Dupin l'a dit
avant nous, {a)
V I. Si nous en croyons Origene, l'on ne fçait pas bien
au sûr en quel tems les Anges ont été créés , ni quelle est
précisément leur nature. C'est ainsi qu'il s'en exprime lui-
même dans la préface fur le Periarchon : Quando isti creati Dei'étatdesAn-
fint , vel quales aut quomodo Jïnt , non fatis in manifesto défi. ges • prtf fur k
gnatur i quoique d'ailleurs Methodius nous apprenne que u!"" *' 4*
cet ancien Pereacru les Anges d'une nature toute spiri
tuelle & dégagée de la matière , par un passage qu'il nous
rapporte , où Origene déclare expressément que les Anges
font dégagés de la chair : Angeli,... carnis expertes....

{») Tom. 1. Biblioth. Eccles. p. 41 j,


Tome II.
II o Doflrìne d'Orìgene 3 Prêtre & Confesseur.
- o) aXyùQt òktòç "vnç impKaç. Cet endroit se trouve dans saint
III. Siécle. £p}phane , Hérésie 64e. & bien qu'Origene nous enseigne
dans le même paílage que ces Esprits célestes jouissent tous
d'une félicité &. d'une gloire souveraine : Jn summa selici-
ziv.-i.Terìareh. tate deguntac glona. II prétend néanmoins ailleurs qu'ils ne
t. s. ». 1. p. 74- & font point tous élevés au même degré de gloire & de digni-
7S' céjque les Anges, les Archanges & les autres or^fëT angéli
ques se font procurés parleurs mérites les titres differens
vagi 57?.eVf8o. dont ils jouissent. Au reste fi notre Auteur défend dans son
• cinquième livre contre Celle d'adorer les Anges ; ce n'est,
8. cent. Cels, comme il s'en explique lui-même ici & en un autre endroit,
/.7jt.». 13. que du culte de latrie qu'il veut parler. II faut de même
interpréter bénignement ce qu'il dit ailleurs, que la droite
( raison ne souffre point que l'on invoque ces Elprits célestes :
Liv. }.cont. Cels, jfngelos... à nobis invocari, reíta ratio non patitur; puisque lui-
p. s8o.».4. niême , dans une de ses Homélies fur Ezéchiel , invoque
Hom. up. mi. l'Anee du Baptême en ces termes : Vtni Jtnqele , suscipe
tom. i.deGentb. r & rr , .... \ja • 1 •
jermone convojum ab errore prijitno , à aoetnna dxmoniorum ,
&c. Lors dotic qu'Origene nous défend d'invoquer les
Anges , & particulièrement dans son ouvrage contre Celfe,
qui avoit intérêt à faire paíTer les Chrétiens pour gens
adonnés excessivement au culte de ces Espiits -y cela veut
dire feulement que c'est principalement à Dieu que nos
prières doivent être adrelíées par son Fils Jesus-Christ
notre souverain Pontife , qui est infiniment íuperieur à tous
les Anges : Nam omnes pofiulationes , dit.il un peu plus haut ,
ad Deu m oportet dirigere per summum Sacerdotem omnibus
Angelisfuperiorem. Origene défend au même endroit d'à-
cLefler nos prières à d'autre qu'à Dieu le Pere j il ne veut
pas même que l'on prie proprement le Fils de Dieu -y il
n'est donc pas étonnant qu'il défende de prier les Anges ,
de les invoquer dans le sens que nous venons de dire.
Dímons. VII. Quant aux mauvais Anges , que l'on appelle Dé-
■Liv.î.cont.cijf.p. mons jjs font tous nlecnans tous portés à nuire aux hom-

Uv. i.Periarch. mes j mais ils n ont pas ete crees tels j ils ne iont pas tels
c.s.p. 75- de leur nature ; c'est par leur volonté corrompue & par
ìbti-.r.i. p 66. jeur pr0pre malice qu'ils font tombés dans ce malheur
<J.í7-».j.eW. . n. 1 ..... . , *
ce n est pas la nature , mais la prévarication qui les a ren-
Hom.s.sur Tzxoi. dus exécrables : Execrabiles illosfecit pravaricatio , non na-
$.i}7.n.i. tura. Nous verrons ailleurs ce que notre Auteur pense
Doéîrìne d'Origene s Prêtre & Confesseur. xii
encore de la nature des démons. Pour ce qui est de leurs ' '
opérations, voici ce qu'il nous en apprend : II prétend que Siécle,
ces esprits de ténèbres ont coutume de nuire aux hommes en
deux manières différentes: i°. en se rendant absolument
maîtres de leur esprit, de façon qu'ils le privent de la rai
son & du sens commun , tels que font les Energuménes.
x". En les portant au mal par leurs mauvaises suggestions ,
íans leur ôter le raisonnement. II y en a parmi ces mauvais 3. ftrUrebi
esprits, qui, soit par enchantement ,. soit par leur propre f'3v? I44-"-4'
malice, s'attachent pendant des siécles entiers à certains uv.s.cont.ceis.
lieux &c à certains édifices , & qui se repaiíTent de la fumée t- 697. n. S.
des victimes qu'on leur offre $ ils aiment tous l'odeur des Exhortation au
victimes du sang & de l'encens , & ils recherchent avec no^Tii^^òù
foin les endroits où ces odeurs se font sentir. & 304. »-4í.
VIII. Ce sont eux qui ditigent les forts 6c les augures ,
qui causent les famines , les pestes , les stérilités 6c les autres
fléaux qui affligent les hommes & les bêtes 5 mais il faut u'íiL/!
bien remarquer avec Origene , qu'ils ne font en cela que 3
de purs ministres des volontés divines, que de simples exé
cuteurs de la volonté de Dieu qui permet ces punitions
temporelles , ou pour convertir les pécheurs , ou pour faire
éclater la pieté 6c la constance des justes : Horum omnium
aucíores Junt dœmernes , qui tanquam carnifices , divino quo-
dam judicio accipiunt aliquando hac omn;a faciendi potefia- Uv. 8. eont. cels.
tem,&c. Car ils ne peuvent d'eux-mêmes opérer aucune ''7<,,ll,}1,
merveille 5 6c ils ont fait sentir leur foibleíîe dans les vains sur s.jean.um.
efforts qu'ils ont faits contre la Religion chrétienne, quoi- *'Hw,f'3t'«
qu'ils ayent employé toutes leurs forcespour la renverser:
Quanquam ìnachinas adhibutrunt omnes , ut Cbristinniampliùs
non effent. Us font si foibles, ces esprits de malice , qu'ils lìv. 4. cmt. ctip.
ne peuvent nuire aux Chrétiens, pas même au moindre t-w^ì*»
d'entre les fidèles, qui , outre la protection de Dieu , est
"encore honoré de celle de son Ange tutélaire : « Les dé- «
mons que nous méprisons, dit Origene , ne peuvent nous^c lìv. t. p. 7^
nuire en rien , nous qui sommes dévoués à celui qui peut « ** *6'
seul soutenir tous ceux qui méritent-son secours, 6c qui et
d'aileurs met fous la protection des Anges ceux qui l'ai ;<
ment véritablement:» Nihil enim Jftreti dœmones nocere
foffunt nobis , qui confecrati fumus iUi qui folus omnes fuo
auxilio dignos adjuvare potefl , quique pratereà Jìtos piis in
D d ij
ilt Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
IU s illum Ançelos fraficit. « C'est ainsi que ni les Anges con-'
" • oiecl . „ trajres ^ nj jeur prince lui-même , qu'on nomme Prince

» de ce siécle , ne peuvent rien contre ceux qui sont con-


» sacrés à Dieu. Nous convenons , dit-il encore un peu plus
ibìJ.p. 7*8- „ haut, qu'il y a bien des démons fur la terre 5 nous pré
tendons même qu'ils ont du pouvoir fur les méchans :
« mais nous íoûtenons aussi qu'ils ne peuvent rien contre
» ceux qui sont revêtus dés armes de Dieu , & qui ont
m » reçu de lui la force de se défendre des embûches & de$
« artifices du diable ; » ce qui est assurément bien conso
lant pour les vrais Chrétiens.

CHAPITRE XI.

DE V AME* HU M AINE.

I. T L y a beaucoup de choix à faire dans tout ce que dit


J[ Origene fur le sujet del'Ame humaine ; mais il íeroit
contre l'équité naturelle de condamner rigoureusement
dans cet Ancien quelques expressions peu exactes qui ont
pu lui échapper fur cet article , soit pour s'être trop atta
ché à la philosophie des Anciens , soit pour n'avoir pas
examiné assez sérieusement la matière : car enfin , quoi
qu'il parle quelquefois de l'Ame dans son Periarcbon , 8c
dans son grand ouvrage contre Celse , il est constant tou
tefois qu'il n'en a point fait de traité exprès. Ajoutons à
cela qu'il n'a jamais prétendu nous donner pour dogmes
íes sentimens particuliers íiir ce point 3 comme il est aisé
d'en juger par la manière dont iî les propose : ainsi sans
nous arrêter á quelques endroits où ce Pere paroît avoir
erré , tant fur l'origine de l'ame que fur fa prééxistence
& son union avec le corps , nous nous contenterons de ti
rer de ses écrits tout ce qui peut s'y trouver de plus pré
cis en faveur de la spiritualité de l'ame , de son immor
talité , & de son état après cette vie. C'est à ces trois points
capitaux que nous nous bornerons ici , laiílant le reste à
Texamen des curieux.
II. 11 est constant en premier lieu qu'Origene a cru
l'ame spirituelle ôc d'une nature distinguée de la matière.
1
Doéîrine d'Orìgene t Prêtre & Confejfeur. x\\
II n'y a , pour s'en persuader , qu'à lire ce qu'il en dit dans TT "
son Exhortation au Martyre , qu'elle est la chose du monde in£CLE.
la plus précieuse j parce qu'elle eít faite à l'image de Dieu : Dignité de l'ame
Est enim illa rébus omnibus pretiofior , qua ad Dei imaginem iJwíP ««"^ri.
condita est. Qu'elle a quelque ressemblance avec la nature f. i8t. ». iu
divine , puisque l'une &: l'autre sont invisibles , intelligentes
& corporelles : Anima rationalis fubstantiam , aliquam ha-
bere cum Deo coytationem : intelligibilia enim utraque. funt 3
& invijtbilia , & futinviftá ratïonc demonstratur } incorporer.
Xj eJç Y?m*.&.$$ "&n>csi/tx.vv(si îéy>ç, «VoT^ra.. Cette derniere ex
pression d'Origene nous montre clairement avec quelle cer
titude il a cru la spiritualité de l'ame, quoi qu'il ait pû avan
cer ailleurs qui nous paroisse opposé â cette vérité. II die ìbid.f.ioé.n.AT
encore dans un fragment de son ouvrage sur la résurrection,
que l'on a des preuves certaines qui nous obligent de re-
connoître que la substance de l'ame est incorporelle : Cùm
certa non destnt argumenta quibus anima fubstantiam ejjeincor-
poream pronuntiarc coytmur. « Nous sçavòns , ditil en- u Uv.-j.c»nt.cds.
core , que l'ame qui est incorporelle & invisible de fa na. « í-7ì<s.».3j-
ture , né demeure dans aucun lieu matériel : » Scimus ani
mam , naturk incorpoream ejr invifibilem } in nullo corporeo con-
fiftere loco. II est donc fans contredit que cet ancien Pere a
cru l'ame d'une nature toute spirituelle & absolument dé
gagée de la matière.
III. L'immortalité est une autre perfection essentielle immortalité de
de l'ame , qui est reconnue , dit notre Auteur . des Chré. iame-
i i T j y-. o i « i « I4V.7. ctnt.Ctlfi,
tiens, desjuirs , des Grecs & des Barbares eux-mêmes : f.696.n.^.
Creditur non à Christianis & fudais tantum ysed etiam à multis
alits Gracis & Barbaris ,vivere & fuperefse animam post fuam
acorpore separationem. C'est une vérité en faveur de laquelle
plusieurs Philosophes se sont déclarés : Multi ex Phi. Hom. 7. y„r /e
losophis .... immortalem animam fentiunt. D'où vient qu'O- £<™t.f• 117-^^-
rigene décide nettement que l'ame de l'homme est incor
ruptible , 8c qu'elle ne peut mourir : Jmmortalis Jtne dubio
& incorrupta erit etiam anima humanafubstantia. Les raisons Uv. 4. rérìauht
qu'il en donne au même endroit me paroiíîènt très-con- f-I?4«»-}*>
cluantes : c'est 1". que l'ame est faite à l'image de Díeu ,
qui est lui-même incorruptible Sc éternel. 1 °. Qu'elle est ,
pour ainsi dire, d'une même nature avec les esprits célestes ,
qu'il n'est pas permis non plus de croire sujets à la mort j
114 Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
& si c'est une impiété , ajoûte nocre Auteur , de croire que
la divinité soit mortelle ; ce n'en est pas une moindre de
s'imaginer que l'ame de l 'homme , qui est l'image de Dieu ,
puisse mourir.
Etat des ames jy. Quant à Pétât des ames après cette vie , Origene
2hÍ\7C.tmtrgctif. nous enseigne que celles qui font exemptes de péchés , s'é-
f.c?6.n.j. levent au plus haut des airs , laissant ici bas leurs corps
grossiers ; mais que celles qui font souillées par le péché ,
demeurent tellement attachées à la. terrt, qu'elles ne peu
vent soupirer vers-le Ciel. Parmi celles-ci , il y en a , dit
ce Pere , qui s'attachent à des sépulchres , d'où viennent
íes ombres des morts qui paroissent quelquefois auprès des
tombeaux , & les autres s'attachent à d'autres corps ter
restres : Aliam cirea fepulchra , ubi animai um fimulacra , um-
brarum instar , visafunt ; aliam cirea quavis corpora terrestria.
Quoi qu'il en soit , de cette opinion d'Origene , dont je ne
voudrois point me rendre garant j il est manifeste qu'il a
cru d'ailleurs que l'ame , aussi-tôt après fa séparation , est
récompensée ou punie selon ses mérites. C'est ce qu'il nous
apprend en termes formels , lorsqu'il dit dans ía Préface
fur le Periarchon , que l'ame , au sortir de cette vie , ou
jouira d'un bonheur éternel , ou sera livrée à des supplices
- r°m- J- ntuv- fans fin : Anima , . . . . cum ex hoc mundo difetfferit , pro fuis
«.f.4 5. merit'ts dijpenfabitur , Jtve vita aternœ ac beatitudinis hare~
ditate pofìtura ; five ignì aterno ac fuppliciis mancipanda.
V. Le Ciel est le séjour des ames pures , puisque celles-
ci s'élèvent au plus haut des airs , comme notre Auteur
nous le difoit un peu plus haut : Confirmât ratio puram
( animam ) ... . fublimem evolare ad ea loca , ubi puriorum
ejr athereorum corporum fedes est. C'est la montagne de Sion,
Lív.y.eent.Cds. la Cité du Dieu vivant , la céleste Jérusalem , où il y a une
f.7i4.»,i^. troupe innombrable d'Anges. 11 est vrai que cet ancien Pere
paroît dire ailleurs que lés ames des Saints demeurent après
cette vie dans un lieu terrestre â qui l'Ecriture donne le
nom de Paradis : Puto enim, ce font les termes d'Origene,
quod fanfii quique difeedentes de hac vita ,permanebunt in loco
aliquo in terra pofito , quem Paradifum dicit feriptura divina i
mais il ne propoíé ceci que comme une pure opinion , ainsi
qu il est aisé d'en juger par cette expression de la traduction
•latine de Ruffin , (puto ) je pense , je m'imagine t à quoi
Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confejpur. nj
l'on pourroic opposer ce que le même Pere enseigne plus m Siécle
bas dans le même chapitre , en ces termes : Si quis fané '
tnundus corde .... fuerit, velocius proficifcens , cito ad aeris lo~
cum afcendet i & ad cœlorum régna perveniet , .... sequcns
tum , qui tranfgrejffus est cœlos s Jefum Filium Dei dicentem :
Volo , ut ubi fum ego , & iftifint mecum : où notre Auteur
déclare avec toute la netteté & la précision possible , que
les Saints, après cette vie, montent au royaume des Cieux,
& qu'ils íuivent celui qui est monté au-delà des Cieux ,
Jésus , le Fils de Dieu , qui dit : Je veux que ceux-ci íoient
où je luis moi-même. Or on ne peut dire que Jésus-Christ
soit dans le Paradis terrestre , puisqu'il est monté au-delà
des Cieux 5 on ne peut donc le dire non plus des ames qui
suivent Jesus-Chr.ist , 8c qui se trouvent avec lui. Ajou
tons ici que notre Auteur s'exprime décisivement dans ce
dernier passage , au lieu qu'il ne fait qu'opiner , que con
jecturer dans le précédent.
VI. 11 y a d'autres ames qui ont besoin de se purifier
avant d'entrer dans la gloire , à cause des péchés d'igno
rance ou de foiblesse où elles lont tombées } & Dieu a
voulu qu'il y eût pour elles un certain lieu où elles demeu
rassent pendant un certain tems : Sunt alia feccata , dit
Oiigene , qua fi ignoranter admittimus , decemitur nobis , Purgatoire.
credo , <4- vrœparatur ex prœcepto Dei al/auis locus , ubi ad ìl°m\ *8' íur l"
certum tempus habitare debeamus. OrJgenc rait ici allusion
aux villes de refuge dont il est parlé dans l'Ancien Testa
ment j & il est t laîr qu'il faut entendre ce passage du Pur
gatoire , tant par rapport aux péchés que l'on expie en ce
lieu , qui ne sont que des péchés de foiblesse 6c d'ignorance,
des pèches involontaires , comme notre Auteur les nomme
au même endroit , que par rapport au tems limité de cette
expiation : Ad certum tempus ; l'un 8c l'autre ne pouvanc
convenir qu'à ce que nous appelions Purgatoire.
VII. Enfin il y a encore d'autres ames condamnées au ^^^«j
feu de l'enfer -, 8c s'il paroissoit difficile à quelques-uns que cl.\ò.{.\oi.&\o)\
l'ame, étant d'une nature spirituelle, puisse souffrir la peine ». w 6- <$■ 7«
du feu j ils n'auroient qu'à consulter notre Auteur au 10e.
chapitre de son second Livre du Periarchon , où il s'estorce
de rendre cette vérité aussi palpable qu'on le puisse par
des raisons très-naturelles 8c fort à la portée d'un chacun»
1 16 Dochìne d'Orfaene 3 Prêtre & Confesseur.
Au reílè le feu de l'enser est un feu éternel , un feu bien
III. Siécle. diffèrent de celui qui sert à notre usage ; c'est ce feu dont
le prophète Isaïe nous parle , quand il dit : Leur ver ne
mourra point , & leur feu ne s'éteindra point. Ce feu est
d'u.^e nature â brûler les choses invisibles, étant invisible
lui-même : car , continue* Origene , si ce feu est éternel ,
il est dès-là invisible , selon cette expression de PApotre ,
que ce qui est éternel est invisible , & qu'il n'y a que les
choses temporelles qui soient apperçûës des sens.

CHAPITRE XII.

DU LIBRE AKB ITRE.

I. T"*\ E ce que l'on vient de dire dans le chapitre pré-


\ J cèdent , que l'ame après cette vie est récompen
sée ou punie selon ses mérites -, c'est une fuite nécessaire ,
qu'elle est capable en ce monde de faire le bien & le mal,
qu'elle peut embrasser la vertu & le vice , &. par consé
quent qu'elle est douée du libre-arbitre. On ne peut douter
que notre Auteur n'ait été dans ces seruimens , lui que l'on
accuse d'avoir trop donné â la liberté de l'homme 5 & qui
soutient, comme une vérité constante , ce qui est toutefois
une erreur , que les Anges & les démons eux-mêmes jouis
sent encore d'une parfaite liberté pour le bien &le mal }
ainsi que nous le justifierons quand nous en serons aux er
reurs de cet ancien Pere. Mais pour nous fixer ici à ce
qu'il enseigne en particulier fur la liberté de l'homme
voyageur , nous allons extraire de ses ouvrages tout ce que
nous y avons remarqué de bien intéressant lur cet article,
& nous montrerons ensuite ce qu'il a pensé sur la grâce.
II. II prétend en premier lieu que c'est un point de foi ,
que toute ame raisonnable est maîtresse de ses actions , 8c
capable de faire le bien Sc le mal : Est & illud definitum ,
Liberté de ''hom dit-il , in ecclefiafiicà pradicatione , omnem animant ratìona-
me voyageur.
Préface sur. U Pé- bilem esse liberi arbitrii & voluntatis. n II est également
riarch. tom. i. » constant , ajoûte-t-il au même endroit , que nous avons
nouv.Zdit. f. 4?. » à combattre contre le Diable & ses anges , qui tâchent
». j.
» de nous porter au mal mais nous pouvops , en prenant
» garde
Doélrine d'Origene } Prêtre & Confejjeur. 117
garde sur nous-mêmes , nous délivrer des pièges qu'ils «
nous tendent. D'où l'on peut conclure que nous ne íòm- « III. Siécle.
mes nécessités ni au bien ni au mal. Car si nous sommes «
libres , nous pouvons être excités au péché par les dé- «
mons , & á la vertu par les bons Anges j mais nous ne «
serons jamais nécessités ni à l'un ni â l'autre , comme se «
l 'imaginent faussement ceux qui font dépendre les actions «
de l'homme du cours & du mouvement des astres ; je «
ne dis point ces actions qui ne font point dirigées par le «
libre-arbitre ; mais celles-là mêmes qui font en notre «
puiílance : » Non eorum quœ extra arbitrti accidunt liberta-
tem , fed eorum qua in noflrà funt potesate. On voit ici la di
stinction de ce qu'dh appelle en Théologie action de l'hom
me & acte humain.
III. C'est Dieu lui-même qui a doué l'homme du libre-
arbitre j toutes les ames raisonnables ont reçu du Créateur
cette prérogative j & aucune d'elles n'est sortie vicieuse
des mains de Dieu. Si donc l'on en voit certains parmi les
hommes qui embrassent la vertu 8t pratiquent le bien 5 s'il
y en a d'autres qui s'attachent au mal & commettent l'ini-
quité 5 cela vient , non de la main du Créateur , qui les a
tous formés semblables ; mais du libre-arbitre des uns &
des autres : Et hœc extitit causa diverstatis .... inter ratio Liv. t. terixrch.
nalités creaturas , non ex conditoris voluntatc vel judicio tra-
ér 6.
bens , fed propria libertatis arbitrio. C'est ce libre-arbitre
qui fauve les uns en les portant â imiter Dieu , & qui damne
les autres en leur faisant négliger le bien : Libertas unum-
quemque voluntatis sua , vel ad proseflum per imitationem Dei
frovotavit , vel ad defeîtum per neqj,'qentiam traxit. II est en
notre pouvoir , continue toujours Origene , de mener une
vie ou louable ou criminelle. Innoflrà . . . . pojìtum poteflate x Liv. 3 . Tériarch.
vel laudabili nos vitœ , vel culpabih dederc. Nous ne sommes t.i.n. 1 ,
pas les maîtres de certains accidens extérieurs qui nous ex
citent ou au bien ou au mal j mais il appartient à la raison
seule de l'homme , de décider de l'uíagc qu'il doit faire,
de ces objets. C'est notre ouvrage de bien vivre j & Dieu lbid.f.iof.n.^.
exige cela de nous , dit notre Auteur , non comme son
oeuvre , ou de quelque autre que ce soit , mais comme la
nôtre : Sed ut noflrum opus. II dépend de nous de con- AM./.no.é>m
Tome II. Ee
il 8 Doflrine etOrigene } Prêtre & Confesseur.
rr; " sentir ou de résister â ce qui nous porte ou au vice , oi*à la
III. Sl£CLE. yertu
IV. Voilà ce que pensoit Origene au sujet de la liberté
de l'homme ; 8c à bien examiner certains passages que l'on
vient d'extraire de cet Ancien , il paroît qu'il a trop élevé
les forces du libre-arbitre , 8c qu'il en accorde trop à la na.
tare. Mais ne condamnons pas cet Auteur fi respectable,
sans l'entendre, 8c ne jugeons point de fts vrais íèntimens
par quelques expressions claires à la vérité , mais qui font
démenties par d'autres aussi nettes 8í aussi précises. Origene
nous difoit ci-devant que c'est l'ouvrage de la raison leule
de l'homme , de décider de l'usage qu'il y a à faire des objets
extérieurs ; que c'est notre oeuvre propre , 8c non celle de
Dieu , ni d'aucune créature , de bien vivre , 8c autres choses
semblables qui paroilíent favoriser l'hérésie des Pélagiens j
mais Origene nous dira plus bas , que la liberté de l'hom
me ne suffit pas pour la perfection du bien -y il nous dira
que c'est avec le secours de la grâce que nous évitons le
vice 8c pratiquons lescommandemens du Seigneur. II nous
dira que cette grâce nous attire au bien j qu'elle est néces
saire pour toute bonne action , 8c autres choses de cette
nature, qui dissiperont les difficultés que l'on trouve dans
les passages précedens.
Preuv« du libre- y. Mais avant d'en venir.là , il faut reprendre lama-
nïe"livre \.°pé~- ticre ^u libre-arbitre fur laquelle Origene nous dit encore
riarcb.c. i.n.6. bien des choses très-întéreílantes ; 8c pour ne point ennuyer
'•IU* le Lecteur fur un article , dont il est fi constant que notre
Auteur convient dans tous ses écrits , je me borneraiaux
principales preuves qu'il en apporte , & qui font presque
toutes tirées des livres saints : voici les endroits les plus
remarquables de l'Ecriture qu'il cite en faveur de cette
vérité. « Considérez , dit Moïse dans le Deuteronome ,
» que j'ai proposé aujourd'hui devant vos yeux , d'un côté
» la vie 8c les biens , 8c de l'autre la mort 8c les maux ,
» 8cc. {a) Si vous voulez m'écouter , dit Isaïe (è) , vous
»> ferez rassasiez des biens de la terre ; mais si vous ne le

Í») Deuteronome , chap. %o. 1J.


b) Isaïe , chap. i. ly. & 10.
Dotfrine ctOrigcnc , Prêtre & Confesseur. 119
voulez pas , & si vous m'irritez contre vous, ï'épée vous n iit <j
dévorera : car c'est le Seigneur qui l'a prononcé de fa «
bouche. Homrtie , ce font les paroles du Prophète Mi- «
chée (a) , je vous dirai ce qui vous est utile , & ce que «
le Seigneur exige de vous , qui est que vous agissiez fe- «
Ion la justice , que vous aimiez la miséricorde , & que «
vous fojíez dilpofé à marcher en la présence du Seigneur. «
II est écrit dans les Pfeaumes {b) continue Origene : «
Si mon peuple m'avoit écouté , &. si Israël eût marché «
dans la voye que je lui avois prescrite , j'aurois en peu «
de tems humilié ses ennemis 5 ce qui nous fait voir , «
ajoute cet ancien Père , qu'il étoit en la puiílance de ce «
peuple d'écouter Dieu & de marcher dans fes voyes : » Per
quod ostendit , quoi er.it in populi potestate audire & incedere
in viis Dei.
VI. D'ailleurs lorsque Jesus-Christ nous dit dans «
l'Evangile , de ne point résister au mal que l'on veut nous u
faire (c) ; & que celui qui fe met en colère contre son «
frère , mérite d'être condamné par le Jugement (d) ; & «
que quiconque regarde une femme avec un mauvais désir «
pour elle, a déja commis Padultere dans son cœur (e) } lors, «
dis-je , qu'il nous donne tant d'autres préceptes , que«
nous enseigne-t.il par-là , sinon qu'il est en notre pouvoir «
de pratiquer ce que l'on nous commande > >» Et cum dat
catera quœque mandata , quid aliud indicat , nifi quod in
nostra potestate est obfervare p»ffe épua mandantur. « D'où «
vient que nous serons condamnés avec justice , si nous «
transgressons des préceptes que nous pouvons observer. «
Quand aussi le Sauveur dit à ceux qui seront à íâ droite : «
Venez les bénis de mon Pere , &c. car j'aiea faim & vous «
m 'avez donné à manger: j'ai eu soif, & vous m'avezdon- «
né à boire [f) -, il nous montre évidemment qu'il dépen- u
doit de ceux ci de mériter la récompense y comme il dé. <«
pendoit effectivement des réprouvés de mériter la peine. «
Enfin S. Paul ne nous enscigne-t-il pas la môme chose (g) , «

, Mich. chap. S. y-, a. (<) Matth. j. f. il.


I Pseaume 80. +. 14. & ij. (/) Matth. 15. f. }4- & 3f.
) 'Matth. f. if. (i) Rom. t.-% 4>
Hii. t- »*• l
Ee ij
il o Doctrine d'Origene 3 Prêtre & Confesseur.
» » c'est-à-dire, que nous nous sommes à nous-mêmes la cause
IH/SiiCLE. » de notre perce ou de notre salut ; quand il dit dans son
» Epître aux Romains : Est-ce que vous méprisez les ri-
» chesses de ía bonté , de fa patience, & de fa longue tolé- -
» rance ? 11 y a «donc , conclut Origene, une infinité
» d'endroits dans l'Ecriture , qui prouvent très-clairement
»j notre liberté : v> Jnnumera iptur funt in fcripiMs loca ,
qux libertatem arbïtrii afertijjìmè oflendunt.
VIII. II est vrai que l'on pourroit opposer à ces passages
d'autres endroits de l'Ecriture qui paroissent dire le con
traire j c'est ain fi , par exemple , que Moïse fait dire â Dieu
dans l'Exode (a) : J'endurcirai le cœur de Pharaon ; or si
c'est Dieu qui endurcit Pharaon , & que Pharaon pèche
en conséquence de cet endurcissement , il cesse dès-lors
d'être la' cause de son péché ; & cela posé , Pharaon se
trouve privé du libre-arbitre. C'est ainsi encore que lepro.
Í>héte Ezéchiel fait dire à Dieu {b) : J'ôterai de leur chair
e cœur de pierre , & je leur donnerai un cœur de chair }
afin qu'ils marchent dans la voye de mes préceptes , &c.
ce qui paroît montrer qu'il dépend uniquement de Dieu,
que c'est un pur don de fa part que nous marchions dans
la voye de ses préceptes , & que nous gardions ses ordon
nances. D'ailleurs Jesus-Christ dit aussi dansl'Evangile,
parlant des Juifs } afin que voyant , ils ne voyent pas , &
qu'écoutant , ils n'entendent pas , 8c qu'ils ne viennenc
point à se convertir , ô^que leurs péchés ne leur soient
point remis (c). Nous allons voir comme Origene se tire
de 1'embarras que lui cauíent ces passages^
VIII. Quant au premier qui est tiré de l'Exode , Ori-
zìv. j.des trin, gene répond en substance , i °. que s'il y avoit des hommes
tifn , e. i. n. 8. qUj fuflerir, d'une nature mauvaise & incapable de salut ,
comme le 1 imaginoient les hérétiques qui le lervoient de
ces endroits de l'Ecriture pour ôter à l'homme fa liberté $
il ne feroit pas nécessaire que Dieu les endurcît , fur-tout
de la façon que l'Ecriture dit que Dieu a endurci le cœur
de Pharaon. De même ceux qui feroient d'une nature qui
ne"pût que faire le bien & être sauvé , n'auroienc pas besoin

(<*) Exod. 4. í.i I (í) Marc. 4- t> i*.


(b) Eiechicl II. i£. & 20. ]
* L - l
Doflrine d'Origene , Prêtre & Confcjfeur. m
que Dieu leur fît miséricorde , puisqu'ils ne pourroient "
manquer d'être heureux , en conséquence de leur bonté Mecle.
naturelle. Ainsi cet endurcissement de Pharaon , & de tous
ceux qui lui reíîemblent , prouve que ces personnes peu
vent faire le bien & se sauver -, comme la miséricorde que
Dieu fait aux autres prouve qu'ils font capables de faire
le mal & de périr. On ne peut rien de plus exact Sc de plus
judicieux que ce raisonnement d'Origene.
IX. i°. Posées la justice & la bonté de Dieu, il n'est pas "JM*
possible de donner à ces paroles de l'Ecriture un sens qui
aille au détriment de la liberté humaine. Car enfin íì Dieu
est juste , s'il est bon , peut-il endurcir les cœurs , jusqu'au
point de leur ôter le pouvoir de se convertir & de se sau
ver ? Si Dieu , par l'endurcislement dont il est question ,
est la cause de l'infidélité & de la perte de Pharaon , com
ment peut-il reprocher à ce Prince , d'empêcher les Israé
lites de sortir de l'Egypte ? Comment peut-il le menacer
& le punir , comme l'Ecriture nous apprend qu'il l'a fait ì
Par-là Origene fait voir que ces paroles de l'Ecriture , In-
duravit , &c. ne signifient'point que Dieu ait endurci po
sitivement le cœur de Pharaon , ni qu'il ait voulu l'obsti-
nation de ce Prince dans son péché j mais que Pharaon
étant mauvais par fa volonté , il a pris occasion des pro
diges de Dieu pour s'endurcir davantage dans le refus
qu'il faifoit de laisser sortir Israël de ses Etats. C'est en
ce sens qu'il est dit que Dieu a endurci Pharaon 5 & pour n.\o.f. uj.
mettre cette vérité dans tout son jour , Origene rapporte
l'exemple de la pluye , qui étant la même produit de bon
nes herbes fur une terre cultivée $ au lieu que tombant
fur une terre inculte , elle n'y produit que des ronces 8c
des épines. Or comme ces ronces & ces épines fe produi
sent par la pluye'; de même les prodiges fervent quelque
fois de causes occasionnelles aux mauvaises volontés des
hommes. Notre Auteur ajoûte l'exemple du soleil qui par n.n.{. ng.
fa chaleur amollit la cire éc endurcit la bouë.
X. 3°. II explique encore ces paroles de l'Ecriture ,
Jnduravit Dominus , &c. par cette manière de parler d'un
maître qui diroit á un de fes domestiques quiabuíeroit de
fes bontés : Je te gâte , je fuis cause des indignités que ta
commets j fur quoi il cite ces paroles de l'Epître aux Ko
^^l Doflrinc d'Orìgene t Prêtre & Confejjèur.
-— mains : Est-ce que vous méprisez les richesses de fa bonté ,
III. Siécle» fa pat;encc & de fà longue tolérance? C'est ainsi que Pha
raon s'est amassé un. trésor de colère par l'endurciíïemenc
volontaire de ion cœur, qui nVut pas paru de cette forte
si Dieu n'eut fait cette multitude de prodiges. Dieu laisse
plusieurs pécheurs à eux-mêmes fans les punir , en forte
que leurs péchés parviennent à leur comble -, afin que cha
cun de nous, faisant attention fur foi-même , reconnoiíse
ce dont il est capable par fa liberté , fie qu'il commence à
devenir meilleur en fe condamnant lui-même à cause du
». n. f. ixo. mal qu'il a fait ; ce qui est un moyen assuré pour reconnoî-
tre fa propre foiblesse ôc la grâce qui vient de Dieu. Au
n.iyp. m. reste Origene remarque encore à ce sujet que la conduite
de Dieu à l'égard des pécheurs reílemble à celle d'un
sage médecin qui laisse sentir pendant long-tems à certains
malades la douleur de leurs playes, afin que leur guérison
en foie d'autant plus assurée, fie de prévenir les rechûtes
qui pou roient arriver d'une guérison prématurée.
XI. Quant à l'expreísion d'Ezechiel :J ôterai de leur chair
tiid. p. uì~& le cœur de pierre } ôcc. Notre Auteur remarque que si nous
é-m.n.iy cessions d'avoir un cœur de pierre jufqu'à-ce que Dieu
nous l'ôtât lui-même j & si nous ne faisions rien de notre
côté pour nous procurer ce cœur de chair dont il est parlé
dans le Prophète , mais que ce ne fut là que l'ouvrage de
Dieu , il ne feroit plus en notre pouvoir de quitter le vice
& d'embrasser la vertu , & ce seroit la grâce de Dieu qui
agiroit fit non point nous. En conséquence de ce principe,
qui , dans le íens d'Origene , est fort suspect , il dit qu'il
saut entendre ce paílage d'Ezechiel de façon que l'on pense
que Dieu promet d'ôter le cœur de pierre à ceux-là feu
lement qui viennent à lui avec la volonté d'être guéris , &
non point aux autres en qui cette bonne volonté ne se
trouve pas. C'est ainsi, ajotìtet-il , que les malades fie les
aveugles font guéris par Jésus - Christ dans l'Evangile j
après avoir demandé au Sauveur la grâce de leur guérison.
Or la prière de ces personnes venoit seulement d'eux-mê
mes, comme étant leur propre ouvrage; fie l'accompliíîè.
ment de leur guérison , étoit l'effet de la grâce du Sauveur :
Et càm cacijjerbi gratta,visum récupérant 'ejì quidem , quatenùs
frtcaû sunty eorum oj>us qui curari fe fosse crediderunt , q«a
Doflrinc d'Origene 3 Prêtre £7* Confesseur. nj
tenàs verè eis redditur visus , Salvatoris nofiri. Je ne diíiìmu- —
lerai point ici que cette penlée d'Origeneest favorable aux III. Siécle.
sentimens des Sémi-Pelagiens , qui prétendoient que le
commencement de la foi 8c. de la bonne volonté venoit
de nous , 8c que nous pouvions par ce moyen nous procu
rer la grâce du Sauveur.
XII. Pour ce qui est de ces paroles du Sauveur : Afin
que voyant , ils ne voyent pas, &c. . . . Origene convient
qu'elles font un peu difficiles á expliquer, fur-tout celles-
ci qui suivent: De crainte qu'ils ne se convertissent , 8c que
leurs péchés ne leur soient pardonnés : Ne forte convertan-
tur & remittatur eis , diffiedior est hujus loci deffenfìo. Voici jMfc/.uj»».i*.
néanmoins comme il tâche de l'expliquer -, il dit qu'il n'est
nullement avantageux aux pécheurs d'être guéris prompte
ment de leurs maux, parce qu'ils ne se soucieroient point
d'y retomber dans la fuite ; que c'est par bonté que Dieu
diffère leur gueriíon , 8c qu'en usant de retardement il leur
fait miséricorde : ainsi le Sauveur voyant que ceux à qui il
parloit ne feroient point stables dans le bien s'il leur an_
nonçoit les vérités de l'Evangile d'une manière claire qui »•
auroit accélère leur conversion , il leur a parlé en parabo- "7*
les , afin que ne les comprenant pas , ils ne parvinssent point
à fine guérison prompte dont il voyoit bien qu'ils ne fe
roient aucun état. Peut-être même que le tems , auquel ils
méritoient d'être punis , n'étoit pas encore accompli ; d'où
vient que Dieu , les lailîanc à eux-mêmes, ils ne penfoient
alors qu'à assouvir leurs pafïìons , jusqu'à ce qu'ils fussent
parvenus à une conversion stable 8c permanente. Cette
explication d'Origene me paroît fort judicieuse en elle-
même, mais je ne vois pas qu'elle touche le point de la
difficulté qui étoit d'allier ces paroles du Sauveur avec la
liberté de l'homme ; c'est à quoi il falloit s'appliquer ici
& c'est ce que notre Auteur nc fait pas.
XIII. Il me paroît assez superflu de rapporter encore
Implication que nous donne Origene de quelques autres
paílages semblables: ce que je viens de dire suffit pour nous
mettre au fait des principes de cet ancien Pere fur la ma
tière du libre-arbitre ; la notion qu'il en donne est aflèz
juste , & il est même à remarquer que parlant des secours
que Dieu donne à l'homme ,.il n'a pas recours à un con
114 Doctrine d'Origene > Prêtre Confesseur.
- cours indifférent & versatile de la part de Dieu , qui ait
III. Siécle, besoin d'être déterminé par la volonté de la créature ;
mais aussi faut-il avouer de bonne foi qu'il ne paroît pas
dans tout ce que nous venons de dire, avoir assez connu
la foiblesse &. í'impuiílance où l'homme est tombé par le
péché originel 5 6c c'est justement ce qui lui fait partager
entre Dieu & l'homme l'ouvrage de la conversion , en don
nant á celui-ci le commencement de la bonne volonté , &
àDieu l'accomplissement & la perfection de cette merveille.
Voila où l'extrême démangeaison de rendre raison de tout ,
pour accorder la grâce de Dieu avec la liberté de l'hom
me , a conduit Origene ; mais ne nous en allarmons pas ,
il pourra peut-être nous satisfaire davantage dans le cha
pitre suivant.

CHAPITRE XIII.

DE LA G K ACE ET DE LA
Prédestination.

L N. ne peut rien de plus beau que ce que notre Au-


teur nous enseigne sur le sujet de la grâce , qui fait
le premier article de ce chapitre. II reconnoît en premier
lieu que la foi est un don de Dieu : « La sagesse divine ,
La soi vient de u » dit ce Pere , est comme nous diíons, le premier don de
grâce ,tiv.6.(ont. „ Dieu j l'autre don se nomme la science $ la foi tient le
ceisun.1yf.6n, ^ troisième rang : Tertium locum occupât fides ; d'où vient

»> que l' Apôtre dit : L'un reçoit duSaint-Esprit le don de la


»íageíîe ; un autre reçoit du même Esprit le don de la
•» science ; un autre recoit la foi par le même Esprit. » Ori
gene enseigne encore la même vérité ailleurs , quand il die
que le Seigneur coopère avec nous , pour que nous rece
vions le don de la foi : Cooperabitur nobis ai ptrcipìendum
surfaim Jean , donum credendi laquelle , ajoûte-t-il , tient dans saint Paul
tom.i.Huet}.}x4. ie'Croisiéme rang parmi les dons de Dieu; c'est-à-dire
qu'elle est mise dans cet Apôtre après les dons de la sa
gesse & de la science. «Le même Apôtre, dit toujours Ori-
» gene ., nous parle encore du don de la foi en ces termes î
o 11 nous a été donné de Dieu , non-feulement de croire
eh
T)o6irine d'Origene ì Prêtre & Confesseur. 1 1y
en lui , mais encore de souffrir pour son amour : » De m Siécle
quo dono & alibi inquit : à Deo nobis donatum est , non f lùm
ut in ipfum credamus s verùm ttiam -ut pro ipso patiamur. Ces
deux pafíages d'Origene suffisent pour justifier cec ancien
Pere sur Je sujet en question ; maigres quelques autres en
droits opposés en apparence , que l'on pourroit tirer de ses
écrits , on voit ici clairement que la grâce nous est néces
saire pour croire.
1 1. Si l'on ne peut , selon Origene , croire en Dieu sans
le -secours de la grâce, il n'est pas moins constant, suivant
le même Pere , que la grâce est nécessaire pour faire le ■
bien j car il déclare r°. en termes formels que fans elle on
ne peut ni confesser Jésus - Christ , ni pratiquer aucun
autre commandement de Dieu 5 &. il prouve cette vérité
par l'exemple de saint Pierre, qui fut abandonne de Dieu
á cause de la promesse téméraire & audacieuse qu'il avoit
faite au Sauveur de ne jamais se retirer de lui : comme si,
dit Origene , nous pouvions , ou confesser Jesus-Christ Nécessité de la
de nous mêmes, ou pratiquer le moindre commandement grâce pour faite le
de Dieu : Jguafi qui valeamus Christi implen confcffìonem ex f^^Mtb^um.
nobis , aut aliqmd praceptorum Dei. i°. Notre Auteur déci- ». utneb.p. 114-
de nettement que personne n'a jamais fait aucune bonne
action fans le secours du Verbe : Nihil enim boni in homini- rìv.6.c»nt.Ceis.
bus fa&um est , «Wf <y> 7^ c* ajíSççpTmtc, \tg.Kùv 3*$u>î3 , nifi quia n- 7*-/«
divinumVerbum ad eorum animas advenit , &c. 30. Que l'on
ne peut même chercher Dieu lans la grâce : « Nous aíhì- «
rons, dit ce sçavant Pere , que la nature humaine n'est « uv.j.cont.ctis.
capable en aucune façon , ni de chercher Dieu , ni de le« í- 7*j"»M*«
trouver purement, sans le secours de celui qu'elle chcr-«
che n Nus autem affirmamus , Deum à naturà humaná nullo
modo' quœri aut pure inveniri pofje , ni(ì adjuvetur ab eo quem
quant; « &. Dieu ne se manifeste effectivement qu'à ceux « ; •
qui , après avoir fait tout ce qui est en eux , reconnoiíïcnt «
sincèrement qu'ils ont besoin de la grâce de celui qui se «
fait connoître á eux : » Quique invenitur lis qui postquaní
qwdquid in se est fecerunt , se iÙo opus habere confitentur , qui
se notum facit eis. Origene confirme cette vérité en disant
dans le second livre contre Celse , que la voix