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Guerre du Biafra

Guerre du
Biafra
Guerre civile du
Nigeria

Carte de la République
du Biafra.
Informations
générales
Date 6 juillet 1967
15 janvier 19
Lieu Sud-est du
Nigeria

Casus belliDéclaration
d'indépenda
de la région
orientale du
Nigeria sous
nom de
République d
Biafra
Issue Victoire de
l'armée
fédérale
nigériane
Changements Réintégratio
territoriauxdu Biafra da
le Nigeria
Belligérants
Nigeria Biafra
États- Fran
Unis [1] Israë
[8]

Royaume-

Uni
Union Portug
des [9]

républiques
socialistes Espag
soviétiques [10],[11]

Bulgarie
[2] Afriqu
Égypte [3] du Sud
Syrie
Rhodé
Éthiopie[4] [12]

Algérie [5] Hait


Arabie Chin
Saoudite [6] Gab
Côte
d'Ivoire

Tanza
[13],[14],
Commandants
Yakubu Odume
Gowon Ojukwu
Murtala Philip
Mohammed Effiong

Benjamin Alexan
Adekunle Madiebo
Olusegun Albert
Obasanjo Okonkwo
Victor B
Mohammed Ogbugo
Shuwa Kalu
E.A. Etuk Joseph
Shehu Achuzie
Musa Azum
Yar'Adua Asoya
Theophilus Mike In
Danjuma Timoth
Ibrahim Onwuatu
Haruna Rolf
Ipoola Steiner
Alani Festus
AkinrinadeAkagha
Ted Lynn
Hamman Garrison
Taffy
Muhammadu Williams

Buhari Jonath
Ibrahim Uchendu
Babangida Ogbo O
Isaac
Adaka Boro Humph
Idris Garba Chukwuk
H.M. N
Mustafa
Shalaby El
Hennawy
Pertes
Militaires :
45 000[16]Civiles :
100 000
Total : 145 000

2 millions de civils ont


péri pendant la
famine due au
blocage [17]

Déplacés: 2,000,000–
4,500,000[18]

Refugiés:
500,000[19]–3,000,000
Batailles
Bataille d'Abagana

La guerre du Biafra ou guerre civile du


Nigeria est un conflit civil, qui a eu lieu du
6 juillet 1967 au 15 janvier 1970. Elle
commence avec la sécession de la
région orientale du Nigeria, qui s'auto-
proclame République du Biafra sous la
direction du colonel Ojukwu. À la suite du
blocus terrestre et maritime du Biafra par
les troupes gouvernementales, la région
est plongée dans la famine, ce qui
entraînera, selon les estimations, la mort
d'un à deux millions de personnes[20]. La
guerre du Biafra est largement
médiatisée sur la scène internationale,
alors même que le photojournalisme est
en plein essor et expose aux populations
occidentales le dénuement du tiers
monde. L'intervention de l'ONU n'a eu
aucun effet. Cette guerre voit également
une modification de l'aide humanitaire
qui, utilisant la médiatisation intense du
conflit, prône une ingérence directe pour
venir en aide aux réfugiés. Elle aura pour
conséquence la création de l'ONG
Médecins sans frontières en 1971[21].

Causes et déclenchement du
conflit
Ex-colonie britannique, le Nigeria, qui
acquiert son indépendance en 1960, est
alors peuplé d'environ quarante millions
d'habitants et est le pays le plus peuplé
d'Afrique[20]. Sa population est divisée en
250 ethnies[20], dont trois principales, les
Haoussas, les plus nombreux,
majoritairement musulmans et vivants
au nord ; les Yorubas, musulmans et
chrétiens vivant à l'ouest et au sud-
ouest ; et les Ibos (ou Igbos),
majoritairement chrétiens et animistes,
qui vivent au sud-est et détiennent la
majorité des postes dans l'administration
et les commerces. Largement
christianisés et alphabétisés par les
missionnaires, les Ibos avaient en effet
été favorisés par l'administration
britannique qui séparait ainsi les forces
du pays pour mieux asseoir sa
domination. De plus, la plupart des mines
de charbon et des réserves de pétrole du
pays étaient situées à l'est du delta du
Niger, où vit la majorité des Ibos. De
1960 à 1966, les deux partis politiques
haoussa et ibo s'allient pour diriger le
Nigeria, excluant de fait les Yorubas. Les
autres ethnies se sentant lésées à
différents niveaux, elles s'opposent aux
Ibos et les tensions montent jusqu'à
atteindre leur paroxysme en 1966.

Les Yorubas soutenaient jusqu'alors un


parti réformiste à tendance progressiste,
opposé au bloc conservateur des
musulmans du Nord, l'Action Group (en).
Ils mènent alors un coup d'État qui
conduit à la formation d'un parti yoruba
plus conservateur, le NNDP (en), et à une
alliance avec les Haoussas. Les
composantes de cette nouvelle alliance
politique excluent les Igbos du pouvoir et
les menacent de leur confisquer leurs
richesses, tirées notamment du pétrole.

Lors des élections (en) de 1965, l’Alliance


nationale nigériane (Nigerian National
Alliance) des Haoussas, alliée aux
membres conservateurs yorubas,
s'opposait à la Grande Alliance
progressiste unie (United Progressive
Grand Alliance ou UPGA) Igbo, alliée aux
membres progressistes yoruba. L'Alliance
nationale nigériane, menée par Sir
Abubakar Tafawa Balewa (en), remporte
la victoire avec une écrasante majorité,
qui est néanmoins entachée par des
soupçons de fraude électorale
massive [réf. nécessaire]. Des officiers igbos
à tendance gauchisante renversent alors
le gouvernement et placent le général
Johnson Aguiyi-Ironsi à la tête de l'État le
15 janvier 1966. Ironsi met fin le
24 mai 1966 au fédéralisme et renforce
la domination de la capitale, mais les
tensions s'attisent dans le pays[20]. Une
rébellion anti-ibos éclate dans le Nord,
déclenchant un exode massif vers la
province de l'Est. Selon Jean Guisnel,
« les massacres provoquent plus de
30 000 morts jusqu'en octobre »[20].

Ironsi est assassiné le 29 juillet 1966, et


un autre coup d'État instaure un
gouvernement fédéral militaire. La junte,
en majorité musulmane, place à la tête
de l'État un chrétien, le général Yakubu
Gowon, avec pour mission de rétablir la
paix dans le pays et un régime civil à son
gouvernement. Mais dans le Nord du
pays, en majorité peuplé de musulmans,
des persécutions et des pogroms sont
perpétrés sur des Igbos, ethnie
chrétienne, malgré les tentatives de
Lagos de ramener le calme [réf. nécessaire].
Le général Gowon modifie les structures
administratives du pays, ce qui suscite
l'opposition des Ibos, qui perdent le
pétrole, qui est présent principalement à
l'est du Delta, et est l'objet d'exploitations
par les compagnies pétrolières Shell et
British Petroleum (BP)[20].
Odumegwu Emeka Ojukwu, le gouverneur
militaire de la région de l'Est, fief des
Igbos, refuse alors de reconnaître
l'autorité de Yakubu Gowon et la tension
monte entre chrétiens et musulmans,
plaçant le pays au bord de la guerre
civile. En janvier 1967, l'accord
d'Aburi (en) est proposé au Nigeria au
terme d'une médiation ghanéenne. Il
prévoit l'abandon de la division du pays
en régions afin d'instaurer une
République fédérale composée de douze
États. Le général Gowon propose de son
côté un nouveau découpage
administratif qui aurait privé les Igbos de
la grande partie des ressources
pétrolières. Ojukwu rejette ces
propositions et déclare que tous les
revenus générés dans la région de l'Est
seront réquisitionnés par le gouvernorat
en termes de réparation au coût du
déplacement des dizaines de milliers
d'Igbos fuyant le Nord.

Débuts de la guerre
Déroulement des opérations
militaires

Le 26 mai 1967, le Conseil consultatif de


la région de l'Est vote la sécession de la
région[22]. Le 30 mai, Ojukwu proclame
l'indépendance de la région, qui prend le
nom de République du Biafra, avec Enugu
pour capitale. L'armée biafraise compte
alors environ 100 000 hommes. L'état
d'urgence décrété au Nigeria le
26 mai 1967 permet d'instaurer des
mesures policières visant à reprendre le
contrôle du Biafra mais sans grand
succès.

Au début du mois de juillet, les forces


fédérales franchissent la frontière
biafraise et marchent sur Enugu : la
guerre du Biafra commence.

Au cours de l'été 1967, les forces


biafraises contre-attaquent : détenant les
deux tiers des réserves de pétrole du
Nigeria, Ojukwu tente de s'approprier le
dernier tiers en traversant le Niger et en
envahissant la région du Centre-Ouest,
où se constitue une éphémère
République du Bénin avec Benin City pour
capitale (à ne pas confondre avec l'actuel
Bénin, qui correspond à l'ancien
Dahomey). Pendant quelques semaines,
le Biafra semble même être en mesure
de pousser ses incursions jusqu'à Lagos,
la capitale du Nigeria.

L'armée fédérale repousse cette contre-


offensive et prend peu à peu le contrôle
des principales villes, tandis que le
territoire du Biafra se réduit au fil des
mois comme une peau de chagrin :
Ogoja, Nsukka et l'île de Bonny tombent
dès le 30 mai 1967, Enugu le 28
septembre 1967 (capitale transférée à
Umuahia), Port Harcourt et ses champs
pétrolifères le 24 mai 1968, Umuahia le
22 avril 1969 (capitale transférée à
Owerri) et finalement Owerri le
9 janvier 1970.

Avec la chute de Port Harcourt le


24 mai 1968, le Biafra se trouva
définitivement privé d'un accès à l'océan
Atlantique. La stratégie d'étouffement
des poches de résistance biafraise par
l'armée nigériane conduisait
irrémédiablement à l'écrasement
sanglant de la révolte.

Positions internationales
Les anciennes puissances coloniales que
sont le Royaume-Uni et la France sont les
principaux protagonistes externes de ce
conflit qui suit de près la décolonisation
et voit les nouvelles zones d'influence se
dessiner.

Les deux camps sollicitent l'aide de la


France, mais le général de Gaulle décide
officiellement d'imposer un embargo aux
deux parties[20]. Pourtant, officieusement,
Paris penche pour le Biafra : en 1967, le
général de Gaulle déclare à Jacques
Foccart, son conseiller en affaires
africaines, qu'il souhaite le
« morcellement » du pays[23] afin
d'affaiblir la zone d'influence britannique.
Gowon avait commandé quarante
automitrailleuses à Paris, qui
commenceront à être livrées en
juin 1967. La moitié de la commande
sera honorée, les livraisons cessant en
décembre[24].

Les grandes nations choisissent peu à


peu leur camp : la France du général de
Gaulle fournit des armes au Biafra, dont
l'indépendance ne sera officiellement
reconnue que par quatre pays africains
(Tanzanie, Gabon, Côte d'Ivoire, Zambie)
et par Haïti ; de leur côté, le Royaume-
Uni[25],[26] et soutient le gouvernement
fédéral et lui fournit des
armes [réf. souhaitée]. Les États-Unis
soutiennent également le gouvernement
fédéral du Nigeria, mais s'opposent à
toute vente d'armes aux deux parties.

Outre Paris, qui penche pour le Biafra, le


Gabonais Albert-Bernard Bongo et
l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny,
soutenus et financés par l'Afrique du Sud
et la Rhodésie, soutiennent le général
Ojukwu afin de réduire l'influence du
Nigeria anglophone en Afrique[20].

Le 6 juillet 1967, les compagnies


pétrolières Shell, BP et American
Overseas annoncent leur intention de
verser directement les royalties au Biafra
et non au Nigeria.
Les différentes nations soutenaient l'un
ou l'autre des belligérants par des
convois d'armes, de mercenaires et de
conseillers militaires. L'excentrique
comte suédois Carl Gustav von Rosen,
recruté par l'association caritative
catholique Caritas, proche du Vatican[20],
dirige aussi une brigade aérienne
composée de cinq avions Saab miniCOIN
(deux biafrais et trois suédois). Les
milieux chrétiens, dont fait partie Jean
Mauricheau-Beaupré, collaborateur de
Jacques Foccart, qui préside la cellule
africaine de l'Élysée, ont tendance à
considérer la guerre du Biafra comme un
conflit religieux et soutiennent les
Ibos[20].
Rôle de la France dans ce
conflit
Le Nigeria est l'un des pays protestant
contre le troisième essai nucléaire
français, Gerboise rouge, effectué le
27 décembre 1960 à Reggane, au Sahara
algérien. Le pays expulse l'ambassadeur
de France Raymond Offroy et interdit aux
avions et aux navires français de toucher
son sol, provoquant la colère de De
Gaulle et de Pierre Messmer, alors
ministre des Armées. Quarante ans plus
tard, ce dernier déclare :

« Je ne pardonnais pas [au


Nigéria] son attitude après nos
tirs nucléaires à Reggane. Ça
permettait [le soutien au
Biafra] de lui faire payer ! Il
avait été à la fois provocant et
ridicule. Provocant, en
essayant de soulever les
gouvernements africains
contre les tirs nucléaires
français. Et ridicule en disant :
« Nous Nigéria, nous aurons la
bombe atomique. » Ce sont des
grotesques. Je ne leur ai pas
pardonné[20]. »
Dès le début des hostilités, de Gaulle
indique à son émissaire Jacques Foccart
qu'il souhaite affaiblir le « géant
nigérian »[27]. Foccart écrit trente ans
plus tard : « De mon point de vue, le
Nigéria était un pays démesuré par
rapport à ceux que nous connaissions
bien et qui faisait planer sur ceux-ci une
ombre inquiétante »[28]. Le gaulliste Yves
Guena déclarait pour sa part en parlant
du Nigéria et du Ghana : « Même sans
parler en termes militaires, que pèserait
une poussière d'États francophones
devant ces deux puissances ? »[29]. Selon
Foccart, de Gaulle lui donne carte
blanche pour qu'il « aide la Côte d'Ivoire à
aider le Biafra »[30]. L’État français finance
l'opération[31]. De Gaulle appuie Foccart
dans cette opération contre l'avis de son
Premier ministre, Maurice Couve de
Murville, « littéralement horrifié » et
contre la diplomatie française : les
diplomates « n'apprécient pas ce qui leur
apparaît comme une politique
aventureuse décidée en dehors d'eux »,
note Foccart[32].

Le chef de la République du Biafra,


Ojukwu, a établi à Paris le Biafra
Historical Research Center, où travaillent
le mercenaire Bob Denard et Roger
Faulques, ex-colonel pendant la guerre
d'Algérie et ancien membre du 1er
REP[20]. Ceux-ci recrutent d'autres
mercenaires pour soutenir la sécession
du Biafra, dont le colonel Rolf Steiner, un
légionnaire allemand, ancien de l'OAS,
qui commandera au Biafra la 4e brigade
commando (« légion noire ») et Gildas
Lebeurrier, un ancien parachutiste en
Indochine et en Algérie[20]. Le bureau sert
aussi d'interface pour acheter des armes
sur le marché « gris »[20]. Le 4e
commando brigade remporta de
nombreux succès sur les forces
nigérianes, principalement lors de
l'audacieux raid d'Enugu qui détruisit
l'aviation nigériane dans le secteur nord.

Les opérations vers le Biafra sont


coordonnées par l'ambassadeur de
France au Gabon Maurice Delauney, avec
à ses côtés Jean-Claude Bouillet,
directeur de la compagnie aérienne
Transgabon et responsable local des
services de renseignement français, le
SDECE, en lien avec le correspondant de
Foccart à Abidjan, Jean Mauricheau-
Beaupré, ancien membre du SDECE[33].
Les premières livraisons de munition et
d'un bombardier B26 ont lieu en juillet
1967 et sont signalées par l'ambassade
des États-Unis à Lagos[34]. Maurice
Robert est alors chef des opérations du
SDECE en Afrique.

À partir d'août 1968, ce sont des dizaines


de tonnes par jour d'armes et de
munitions qui sont acheminées au Biafra
par des mercenaires et des hommes du
SDECE[35].

Le gouvernement nigérian utilise


également des « mercenaires », sous la
forme de pilotes égyptiens pour leur
armée de l'air avec des chasseurs Mig 17
et des bombardiers Iliouchine Il-28. Les
pilotes égyptiens auraient fréquemment
attaqué des civils plutôt que des cibles
militaires, bombardant de nombreux
abris de la Croix-Rouge[36].

La presse francophone donne des échos


du soutien français dans le conflit. Le
Canard enchaîné publie une lettre de
l'ambassadeur Delauney recommandant
le colonel Fournier et ses trois
collaborateurs du SDECE au lieutenant-
colonel Ojukwu. Dans Jeune Afrique, le
journaliste Michel Honorin écrit : « De
trois à six avions [arrivent] chaque soir au
Biafra. […] Une partie des caisses,
embarquées au Gabon, portent encore le
drapeau tricolore et l'immatriculation du
ministère français de la Guerre ou celle
du contingent français en Côte
d'Ivoire »[37].

Selon François-Xavier Verschave, le


soutien militaire (mercenaires, armes et
munitions) et financier apporté par les
autorités françaises aurait prolongé le
conflit durant 30 mois, contribuant de fait
à prolonger la famine et le nombre de
morts, plus d'un million[38]. Le consultant
canadien pour le développement Ian
Smillie avancera que la prolongation de
la guerre dû au soutien français aux
insurgés du Biafra aurait contribué à la
mort de près de 180 000 civils[39].

Utilisation de l'opinion
publique française et
européenne
Les services de renseignement français
ont compris l'avantage qu'ils peuvent
tirer des images et reportages des
victimes de la famine auprès des
opinions publiques européennes et
américaines. Ils faciliteront l'exposition
médiatique du conflit.

Ce conflit est peu suivi par le public


international jusqu'au milieu de l'année
1968, lorsqu'arrivent les premières
photos de Biafrais victimes de la famine.
Le Nigeria est alors soupçonné de
génocide envers les Igbos, d'autant qu'un
avion avec le signe de la Croix-Rouge leur
apportant des vivres a été attaqué.

« La conquête de l'opinion publique »,


selon les mots du délégué du Biafra à
Paris, Ralph Uwechue, fait l'objet d'efforts
importants[40]. Foccart fera à ce sujet les
remarques suivantes : « Les journalistes
ont découvert la grande misère des
Biafrais. C'est un bon sujet. L'opinion
s'émeut et le public en demande plus.
Nous facilitions bien sûr le transport des
reporters et des équipes de télévision par
des avions militaires jusqu'à Libreville et,
de là, par les réseaux qui desservent le
Biafra »[41]. L'agence de publicitié
MarkPress, à Genève, va mener pendant
17 mois, une campagne de presse,
comportant plus de 500 articles, et
donnant une place centrale au thème du
génocide par la faim[40].

Le SDECE est directement impliqué dans


cette campagne : « Ce que tout le monde
ne sait pas, c'est que le terme de
« génocide » appliqué à cette affaire du
Biafra a été lancé par les services. Nous
voulions un mot choc pour sensibiliser
l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de
massacre, ou d'écrasement, mais
génocide nous a paru plus « parlant ».
Nous avons communiqué à la presse des
renseignements précis sur les pertes
biafraises et avons fait en sorte qu'elle
reprenne rapidement l'expression
« génocide ». Le Monde a été le premier,
les autres ont suivi », explique le colonel
Maurice Robert, responsable du SDECE
durant la guerre du Biafra[42].

Les autorités de Lagos tentent de faire


face à cette campagne : une commission
internationale comprenant quatre
observateurs (des militaires haut gradés
du Canada, de Grande-Bretagne, de
Pologne et de Suède) réalisent une
enquête en septembre 1968 et concluent
que : « le terme de génocide est
injustifié »[43].

Crise humanitaire

Fillette réfugiée souffrant du kwashiorkor.


À partir de 1968, les deux armées
maintiennent leurs positions et aucune
ne parvient à progresser
significativement. La population civile,
coincée entre deux feux et craignant des
massacres de la part de l'armée
nigériane, n'a d'autre choix que de
soutenir le gouvernement du Biafra et de
se déplacer de camp en camp de
réfugiés. Le blocus terrestre et maritime
de la poche biafraise où sont coincés des
millions de personnes sur quelques
milliers de kilomètres carrés entraîne
alors une terrible famine où entre
600.000 et un million de personnes
mourront de faim, de soif et d'épidémies.
La médiatisation de cette famine qui
montrait des enfants et des réfugiés
faméliques et le cri d'alarme du
gouvernement du Biafra accusant le
Nigeria de génocide et d'aggraver la
famine déclencha un élan humanitaire
international. Un pont aérien transportant
vivres et médicaments fut mis en place,
ce qui permit d'enrayer en partie la crise.
Ces convois aériens humanitaires furent
dénoncés par le Nigeria, car, selon lui, ils
servaient de couverture à l'envoi d'armes
et de mercenaires[44],[45],[46],[47],[48]. Ces
suspicions allèrent jusqu'à inciter l'armée
nigériane à abattre en plein vol un avion
du Comité international de la Croix-
Rouge[49][réf. nécessaire]. Le conflit du Biafra
offre un important tremplin médiatique
pour les organisations humanitaires qui
se sont engagées dans l'aide aux
réfugiés. On assiste alors à un tournant,
alors que des médecins comme Bernard
Kouchner sortent de la politique
traditionnelle de neutralité et de réserve
de la Croix-Rouge et prennent fait et
cause pour l'une des parties en présence.
L'action des nouvelles organisations
créées au début des années 1970 telle
que l'ONG Médecins sans frontières
présentera un mixte d'aide humanitaire et
d'actions de sensibilisation auprès des
médias et des institutions politiques.

Chute du Biafra
Avec un appui renforcé des Britanniques,
les forces fédérales nigérianes lancent
une offensive finale le 23 décembre
1969. Quatre offensives composées de
120 000 hommes au total ont raison des
dernières positions biafraises.
Odumegwu Emeka Ojukwu prend alors la
fuite vers la Côte d'Ivoire et charge son
Premier ministre Philip Effiong (en) de
régler les détails de la capitulation. Celui-
ci signe le 12 janvier 1970 un cessez-le-
feu immédiat et sans conditions. Le 15
janvier, les derniers combats cessent et
le Biafra est officiellement réintégré au
sein du Nigeria.

Après-guerre
Au début du conflit, l'écrivain Wole
Soyinka, futur prix Nobel de littérature,
inquiet de l'imminence du conflit, tenta
de passer au Biafra. Il souhaitait par ce
geste inviter les parties à trouver une
issue pacifique. Le gouvernement fédéral
nigérian l'arrêta et il passa alors 25 mois
en prison ; il y écrivit alors le recueil de
poèmes A Shuttle in the Crypt (titre
initial : Poems from Prison) qui fait écho à
cette expérience[50].

Malgré les accusations de génocide


formulées à l'encontre du Nigeria, les
observateurs internationaux n'ont pas
constaté de représailles massives ou de
massacres à l'encontre des Ibos après la
capitulation du Biafra (ou n'ont pas pu en
rapporter la preuve). Les propositions de
réconciliation faites par le gouvernement
du Nigeria semblent avoir été sincères.
Les combattants du Biafra seront
autorisés à réintégrer l'armée régulière et
aucun procès ne sera organisé :
Odumegwu Emeka Ojukwu lui-même
sera finalement autorisé à rentrer au
Nigeria en 1982, après douze ans d'exil.

La reconstruction du Nigeria fut


relativement rapide grâce à l'argent du
pétrole extrait de l'ex-Biafra, mais le
maintien d'un régime fédéral militaire
mécontenta les Ibos qui jugeaient les
retombées économiques insuffisantes.
Une loi indiquant qu'aucun parti politique
ne pouvait être fondé sur les ethnies ou
sur les tribus fut adoptée mais son
application ne fut pas aisée. Les vieilles
tensions ethniques et religieuses
demeurent une caractéristique constante
de la politique nigériane.

À plus de 70 ans et candidat à l'élection


présidentielle nigériane de 2003 (en),
Ojukwu dénonce toujours les conditions
de vie des quinze millions d'Ibos parmi
les cent millions d'habitants du Nigeria et
la persistance des nombreux problèmes
qui avaient conduit à la guerre en 1967.

Ojukwu est mort le 26 novembre 2011 à


l'âge de 78 ans.
Annexes
Articles connexes

Liste des pays disparus


Histoire du Nigeria
Forces armées nigérianes
Indépendantisme
Bataille d'Abagana

Liens externes

(en) Les MFI-9B « MiniCOIN » dans


l'armée de l'air du Biafra .
(en) Glossaire, noms de code et
surnoms sur la guerre du Biafra .
(fr) Interview à propos de la création
de Médecins sans frontières .
(fr) Dossiers sur le Biafra .
(en) Évolution territoriale du Biafra .

Sources

(en) Politique et chronologie du


Biafra .
(fr) Article sur la guerre du Biafra .
(en) Guerre civile du Nigeria .
(en) Estimations sur le nombre de
mort de la guerre du Biafra .

Bibliographie

Marie-Luce Desgrandchamps :
L'humanitaire en guerre civile. La crise
du Biafra (1967-1970). PUR, 2018
Daniel Bach, « Le Général de Gaulle et
la guerre civile au Nigeria  », Revue
Canadienne des Études Africaines, vol.
14, no 2 (1980), p. 259–272, 14 pages.
Daniel Bach, [PDF] Dynamique et
contradictions dans la politique
africaine de la France , (en particulier
pages 53 et suivantes).
Jacques Baulin, La politique africaine
d'Houphouet-Boigny, Eurafor-Press,
1985 - 3e éd.(Texte abrégé d'une thèse
de doctorat d'Histoire soutenue sous le
nom de Jacques Batmanian voir notice
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Jean-Louis Clergerie, La Crise du Biafra,
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Jean Guisnel, « Derrière la guerre du
Biafra, la France », Histoire secrète de
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2007, p. 147–154.
Herbert Ekwe-Ekwe, The Biafran War:
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Chinua Achebe, Girls at War and Other


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(en) Chimamanda Ngozi Adichie, Half
of a yellow sun, New York, Alfred A.
Knopf, 2006, 435 p.
(ISBN 9781400044160,
OCLC 62878418, lire en ligne ).

Roman de fiction dont l'histoire se


déroule du début à la fin des années
1960, et donc en particulier lors de la
guerre du Biafra, à laquelle sont
confrontés les principaux personnages.
Prix Orange Prize for Fiction 2007
Elechi Amadi, Sunset in Biafra, 1973.

Récit autobiographique : l'auteur raconte


son expérience en tant que civil puis
soldat durant le conflit.

Cyprian Ekwensi, Divided We Stand,


1980.
Ossie Enekwe, Come Thunder, 1984.
Frederic Forsyth, Biafra Story. The
Making of an African Legend, Pen &
Sword, Barnsley, 2007.
Anthonia Kalu, Broken Lives and Other
Stories, 2003.
Chukwuemeka Ike, Sunset at Dawn,
1976.
Eddi Iroh, The Siren in the Night, 1982.
Flora Nwapa, Never Again, 1975.
Flora Nwapa, Wives at War, 1984.
Kalu Okpi, Biafra Testament, 1982.
Jean Zumbach, Mister Brown Aventures
dans le ciel, éd Robert Laffont, 1973,
Coll. Vécu.
Jean-Michel Sorel, Terreur au Biafra
(Biafra 1968), éd. de l'Arabesque, 1969,
coll. Baroud no 37 (roman).
Callixte, Le bombardier blanc, Paquet.
Bande dessinée racontant le
convoyage de bombardiers B-26 de
France à la République du Biafra.

Filmographie
Joël Calmettes, Histoires secrètes du
Biafra : Foccart s’en va en guerre, Paris,
Point du Jour (prod.), 2001,
documentaire coul., 51 min 41 s.

Références

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4. Stephen Sadleman, The Ties That
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6. The Roots and Consequences of Civil
Wars and Revolutions: Conflicts that
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"Starting in October 1967, there were also
direct Czech arms flights, by a network of
pilots led by Jack Malloch, a Rhodesian in
contact with Houphouët-Boigny and
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contradiction de la politique africaine de la
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Afrique », Politique africaine, no 7, Paris,
1982, p. 47-74, cité par Jean Guisnel, op.
cit., p. 148.
25. Fait anecdotique : le chanteur John
Lennon, citoyen britannique, renvoie sa
décoration de Member of the British
Empire pour protester contre
l'engagement de son pays dans le conflit
biafrais.
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to the Queen » , sur The Beatles Bible,
17 novembre 1969 (consulté le
9 janvier 2016).
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souhaitable », Foccart parle, tome 1, page
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28. Foccart parle, tome 1, page 341 cité
par F.-X. Verschave, La Françafrique.
29. Historique de la Communauté, Yves
Guéna, Fayard, 1962, p. 34.
30. Foccart, p. 343.
31. « Pour l'essentiel, en tout cas, cela
venait des caisses de l'État. Plusieurs
ministères ont été mis à contribution »,
Foccart, p. 347.
32. Verschave, La Françafrique, p. 152.
33. Verschave, La Françafrique, p. 140 et
p. 144.
34. Verschave, La Françafrique, p. 145.
35. « Chaque nuit, des pilotes mercenaires
transportent de Libreville au Biafra une
vingtaine de tonnes d'armes et de
munitions de fabrication française et
allemande. […] Les avions sont pilotés par
des équipages français et l'entretien est
assuré par des français », AP citée par
Verschave, La Françafrique, p. 145.
36. Shadows : (en) Michael I. Draper
(préf. Frederick Forsythe), Shadows : airlift
and airwar in Biafra and Nigeria, 1967-
1970, Aldershot, Hants England
Charlottesville, Va., USA, Hikoki
Publications Distribution & marketing in
North America by Howell Press, 1999,
272 p. (ISBN 978-1-902-10963-3).
37. Verschave, La Françafrique, p. 146,
citant Jeune Afrique du 23 décembre
1968.
38. Verschave, La Françafrique, p. 141.
39. Ian Smillie (1995), cité dans Alex de
Waal, Famine crimes : politics & the
disaster relief industry in Africa, African
Rights & the International African Institute
in association with James Currey, Oxford
& Indiana University Press, Bloomington,
coll. « African issues », 1997, 238 p.
(ISBN 978-0-852-55811-9,
978-0-852-55810-2 et 978-0-253-33367-4,
OCLC 37261123, lire en ligne ), p. 77.
40. Barbara Jung, « L’image télévisuelle
comme arme de guerre. Exemple de la
guerre du Biafra », Institut Pierre
Renouvin, Institut de recherches en
histoire des relations internationales -
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne,
no 28 « bulletin », 19 octobre 2007 (lire en
ligne ).
41. Verschave p. 150, citant Foccart parle
p. 346.
42. Ministre de l'Afrique, entretien avec
André Renault, Éd. Seuil, p. 180.
43. Verschave p. 147, qui signale aussi sur
ce sujet l'article cité de Jinadu, Ethnicity,
qui selon Verschave « démonte l'argument
du génocide ».
44. « Le 12 juin (1967), le conseil des
ministres prononcera l'embargo sur les
armes et la mise en place d'une aide
humanitaire au profit du Biafra… aide
humanitaire qui couvrira le trafic d'armes à
destination des sécessionnistes. (…)
Armes et aide humanitaire transitaient
essentiellement par Libreville et Abidjan,
les premières profitant des ponts aériens
organisés pour l'autre. Bongo avait été
réticent au début mais, sous la double
pression française et ivoirienne, il avait fini
par accepter de soutenir la lutte
biafraise », colonel Maurice Robert,
responsable Afrique du SDECE durant la
guerre du Biafra, Ministre de l'Afrique,
entretien avec André Renault, Éd. Seuil,
2004, p. 181.
45. Biafra 1967-2007, reportage France 3.
46. Foccart s'en va-t-en guerre, histoires
secrètes du Biafra de Joel Calmettes, avec
les témoignages des proches de Jacques
Foccart.
47. Le paravent humanitaire citation de
Libération sur Europe solidaire sans
frontières.
48. « Implication française dans la guerre
du Biafra » sur pressafrique.com.
49. Pierre Mertens, Les modalités de
l'intervention du Comité international de la
Croix-Rouge dans le conflit du Nigéria.,
Annuaire français de droit international,
volume 15, 1969, pp. 183-209. p.
(DOI 10.3406/afdi.1969.1541,
www.persee.fr/doc/afdi_0066-
3085_1969_num_15_1_1541).
50. Soyinka and the Nigerian Civil War,
Lisa Sachs, rédigé à partir de Gailey, Harry
A. and David T. éd. The Encyclopedia
Americana vol. 20. New York: Hill and
Wang, 1972.

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