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LA FONTAINE : FABLES (VII, 12) : LES DEUX COQS (COMMENTAIRE COMPOSE)

Fable étudiée :

Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,


Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vint
Cette querelle envenimée,
Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.
Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint :
Le bruit s'en répandit par tout le voisinage,
La gent qui porte crête au spectacle accourut.
Plus d'une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.
Il alla se cacher au fond de sa retraite,
Pleura sa gloire et ses amours,
Ses amours qu'un rival tout fier de sa défaite
Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours
Cet objet rallumer sa haine et son courage.
Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs,
Et s'exerçant contre les vents
S'armait d'une jalouse rage.
Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
S'alla percher, et chanter sa victoire.
Un Vautour entendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire.
Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour.
Enfin par un fatal retour
Son rival autour de la Poule
S'en revint faire le coquet :
Je laisse à penser quel caquet,
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups ;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
Après le gain d'une bataille.

La Fontaine, Fables

Analyse :

I) La parodie et le burlesque

Parodie : querelle de basse cour qu'il compare avec la guerre de troie. => fait minime, différent historique.
Guerre de Troie (épopée universelle, dimension épique pendant 100 ans avec Agamemnon.). coq => fier, orgueil.
Poule => femme. Trait de misogynie. V.1 : juxtaposition, état de guerre. Mobile de la guerre : très léger, superficiel,
inconstance des humains. Parodie : imitation caricaturale, burlesque, d'une œuvre connue, avec pour  objet d'amuser
les lecteurs aux dépens d'une œuvre trop célèbre.

Burlesque : dès le XVIIèmesiècle, comique, parodique, toute situation réelle ou fictive dont le comique se fonde sur
le ridicule, extravagance, bouffonnerie.
La Fontaine apostrophe l'amour v.3, solennité, coupe le récit, élève le ton => épopée lointaine et fabuleuse.
Amplification avec la répétition qui met en relief la cause : l'amour, v3. Épithète humoristique : il caractérise un
personnage par un complément, « beau plumage » mortellement, sonorités (v.1 à 5). Rapprochement sonore
Troie/toi. Caquet /coquet : son guttural. Le combat de coqs devient un véritable spectacle, les acteurs du combat
deviennent héros. L'anecdote initiale se transforme par un sujet national. Vocabulaire et style héroïque. Traitement
épique de la psychologie des personnages : double cause douleur : gloire, amour perdu. Expression reprise plusieurs
fois dans la fable v.22 : vocabulaire tragédie/défaite/rival, objet fatal, gloire. Alexandrins souvent utilisés. Parodie :
retour à la réalité du coq v.16 17.
Héroïsme du coq ridiculisé : « gloire et amour », « victoire défaite », « vainqueur », « psychologie », « rage »,
« courage », « rival », « valorisé » ; l'autre, le second coq est ridiculisé, deploit une énergie inutile (mélange très
naturaliste). Triomphe dérisoire : il se perd en bavardage, « coquet », dévirilisant, se perd en chant en voix coquet,
caquait : paronyme. Exprime la cacophonie des bavardages. Figure du héros dégradée : caricature du héros dérisoire
et vaniteux : La Fontaine dévalorise celui qu'il a fait en héros. Le monde héroïque caricaturé.

II) La toute puissance du sort

La pensée de La Fontaine est exprimée au v.29 « l'inconstance du sort règle le monde », simple fait : l'arrivée d'une
poule. Trait de misogynie. V.19 : commentaire du compteur. Nouvelle rupture du vers « enfin par un fatal retour »,
assonance en [a]. Retour inévitable du rival. Jeux de rimes. Retour du vautour. Répétition de l'histoire.

Inconstance des humains. V12 : « il pleura sa gloire et ses amours ». « Adieu les amours et la gloire ». Inversement,
inconstance des amants. La poule à conquérir est très vite oubliée. Se perd dans la foule des congénères. Peu de
valeurs des interventions qui guident les actions humaines. Inconstance, forme d'inconséquence.

Originalité de cette moralité : ne pas proposer une généralité au récit précédant mais suggérer une application
particulière du récit. Mise en garde de La Fontaine, adressée au roi louis XIV récent vainqueur de l'Europe. Un
avertissement de moraliste.

LA 2

T12 Les Deux Coqs

Séquence 3 Texte 12 : Les Deux Coqs

L'argumentation Jean de La Fontaine

I Le récit est héroïcomique (= burlesque).

II La leçon est complexe et montre explicitement la toute puissance du hasard.

I Le récit est héroïcomique (= burlesque).

Une fable est un apologue càd un discours argumentatif qui cherche à plaire pour expliquer une morale
explicite/implicite.

Les coqs sont ici des allégories des hommes et de leurs comportements. Cette fable est un renvoi direct à Achille et
aux héros de la Guerre de Troie qui se sont battus pour la Belle Hélène. La guerre de Troie est un récit épique mais
ici la situation est tournée au ridicule : le registre est donc héroïcomique: les grands héros de la Guerre de Troie sont
ici transformés en volailles et la Guerre de Troie est un querelle de basse-cour. Achille et Hector sont allés à la
guerre pour essayer de s'enrichir mais dans la légende tout ceci est transformé.

A La parodie de l'épopée (+rappel de la légende)

La légende : la Belle Hélène a été enlevée par Pâris le troyen. Ménélas, le mari d'Hélène, va voir un autre roi nommé
Agamemnon (frère de Ménélas, marié à la sœur d'Hélène : Clytemnestre) afin de faire une alliance de tous les rois
grecs contre Pâris. C'est un mythe fondateur. (Achille → héros de l'Iliade ; Ulysse → héros de l'Odyssée. La querelle
de basse-cour : Les combats glorieux de l'Iliade deviennent des combats de basse-cour. Rappel direct avec « Hélène
au beau plumage » v9, « Amour tu perdit Troie » v3, « le Xanthe » v5 qui est la vallée d'un fleuve, qui coule à côté
de Troie, dans laquelle il y a eut beaucoup de combats. LE sang aurait coulé dans la rivière qui en serait devenue
toute rouge. Le lieu du combat devient une basse-cour, il y a donc une réduction de l'espace.

B La guerre racontée par le fabuliste


La mise en place est rapide. En étudiant l'emploi des temps on voit dès v1 un passage de l'imparfait de durée au passé
simple. Il y a un effet de rupture qui montre le passage brutal de la paix à la guerre. « Et voila » est la conséquence
de l'intervention d'un tiers. C'est une tournure orale qui permet d'accélérer le récit et de passer directement aux
conséquences. On retrouve le même procédé v24 qui montre la fin du combat et le retournement de situation. Le récit
est très rapide. v22 « Adieu » montre la rapidité et l'oralité du récit.

L'héroïsme est ici ridiculisé, dévalorisé & l'orgueil du héros càd du 1er coq est puni par un vautour. Le coq est la
figure allégorique du mâle dominant v21-23. Les efforts pour se préparer au combat ont été inutiles. C'est le vautour
qui décide de la situation. Les coqs sont des hommes : se battre les flancs v16. Il y a, à ce vers, un mélange de traits
qui concerne les animaux et les humains. Au 17e, cette expression signifiait être essoufflé. Vers 26*27, rimes
amusantes : « coquet » et « caquet » qui crée un transfert de l'homme au coq. Le 1er coq est un héros fragile et
provisoire, et, les 2ème coq est un héros caricaturé & dégradé transformé en vainqueur uniquement grâce à
l'intervention du vautour.

II La leçon est complexe et montre explicitement la toute puissance du hasard.

A La morale est explicitement exposée

v29→32 mais il faut faire des distinctions. Les 4 vers n'ont pas la même portée. Le v30 est ≠et renvoie à la Guerre de
Troie & à la ruse qui aurait permis au Grecs de gagner. Les hommes sont soumis dans leur vie aux aléas de la fortune
mot synonyme de hasard. Or dans la fable fortune est écrit avec une MAJ comme si LF renvoyait à la déesse de
l'antiquité représentée par une roue.

B Autres leçons implicites que l'on peut trier du récit

 L'inconstance féminine en Amour au 17e : de nombreux auteurs étaient misogynes. LF n'aimait pas sa
femme. Napoléon est le + grand misogyne de l'histoire.
 L'histoire se répète mais les hommes sont incapables d'en tirer les leçons qui leur permettraient de vivre en
paix et heureux. Cet exemple historique n'a pas été utile. Il ne faut pas être orgueilleux et insolent. Il faut
savoir rester modeste dans ses victoires. Ulysse ne peut s'empêcher de crier son nom au cyclope après sa
ruse.

C Le pessimisme de La Fontaine en ce qui concerne la condition humaine

Il semble décourager tous ceux qui veulent faire des efforts car tous les efforts des hommes paraissent dérisoires et
inutiles face au sort. Face au hasard tout effort est réduit à néant.

Ccl C'est une parodie pleine de références à l'épopée homérique (Guerre de Troie, l'Iliade & l'Odyssée). Ces
références astucieuses nécessitent de bien connaitre la légende qui serait à l'origine de la guerre de Troie. On retrouve
dans ce texte une équivalence entre le monde animal et le monde des humains pour dévaloriser l'orgueil et la vanité
des individus masculins. La figure du combattant et de l'amoureux couvert de gloire est issue de la tradition
médiévale avec le chevalier qui accomplit des exploit pour plaire à sa Dame. Cette figure est ridiculisée dans ce texte
et même dévirilisée : le coq devient coquet. Sous des aspects plaisants le récit livre une vision pessimiste du monde:
chez les hommes comme chez les animaux ne règne non pas la paix mais la guerre. Enfin, l'homme est soumis au
hasard et peut à tout moment être victime de la fortune. L'homme est-il libre de ses choix ? Est-il responsable des
conséquences de ses actions ?

LA 3

On peut observer dans cette fable de nombreuses similitudes avec « les deux coqs et l’aigle » d’Esope. Cependant La
Fontaine, en plus de réécrire le récit, prend rapidement de la distance avec l’œuvre originale. On peut donc se
demander comment La Fontaine parvient-t-il à reprendre ce texte antique pour l’actualiser tout en s’en différenciant.
« Les deux coqs » se développe sur trois épisodes clairement définis : Les vers 1 à 10 décrivent le conflit, les vers 11
à 19 la retraite du vaincu et les vers 19 à 28 le retournement de situation. On peut remarquer que chacun de ces trois
axes est composé d'un évènement (l’arrivée de la poule, la victoire du coq et l’intervention du vautour) qui produit
une nouvelle situation qui donne lieu à un nouveau tableau. Chacun de ces évènements est introduit par La Fontaine
lui-même. Dans cette fable, La Fontaine utilise un volatile commun : le coq, symbole de la séduction extravertie et
de l’orgueil. Dans le langage commun un coq est en effet un homme qui séduit ou prétend séduire par son
apparence. 

Le premier vers se caractérise par une symétrie aux hémistiches. On trouve y en effet plusieurs oppositions qui ont
pour effet de creuser le fossé entre les deux parties du vers : singulier/pluriel, imparfait de description/passé simple,
bref/soudain, masculin/féminin. Le premier hémistiche décrit la situation initiale tandis que le second fait apparaitre
l’élément déclencheur. Suite à l’arrivée de cet élément déclencheur, le second vers présente la conséquence de
l’arrivée de la poule : l'emploi des termes "et voilà" met en avant l’évidence de cette conséquence : si une femme
s’interpose entre deux hommes, même en paix, ceux si lutteront forcément pour conquérir son cœur. Le terme « voilà
» place également cette guerre sous le signe de la précipitation. Cette rapidité est appuyée par la structure même du
vers qui est un octosyllabe. Ces deux premiers vers sont également mis en opposition : le premier fait apparaitre la
situation initiale et l’élément déclencheur tandis que le second en présente les conséquences, le premier est sous le
signe de la paix mais la guerre lui fait place dans le second. La rapidité de ce changement de situation semble
renvoyer à un instinct purement animal cependant cet instinct est également connu pour être souvent retrouvé chez
l’Homme. Comme les animaux, les hommes se battent souvent pour les femmes.
Le vers 3 marque une rupture sémantique avec les vers précédents par l’utilisation du passé simple à valeur de
narration ponctuelle. Il introduit donc un récit externe à l’histoire principale. Il s’agit d’une allusion à la guerre de
Troie, un épisode de la mythologie grecque narrant un conflit entre Grecs et Troyens causé par l’enlèvement par
amour d’Hélène, l’épouse de Ménélas, un roi de Grèce, par le troyen Paris. Ce récit débute par un rappel de la
puissance de l'amour au moyen d’une personnification de cette dernière : « toi ». Il y a donc un mélange des genres :
ce récit épique vient s’opposer au registre burlesque introduit par la basse-cour. De même les verbes "vint" et
"survint" qui mis à la rime appartiennent chacun à un récit : « survint » au conflit de basse-cour et « vint » à la guerre
de Troie. Or ses deux mots s’opposent par leur signification : "survint" introduit un évènement brusque tandis que
"vint" présente un enchainement de cause à effet. La guerre de Troie apparait ici comme justifiée, contrairement au
combat des deux coqs. La Fontaine décrit au vers 5 un Xanthe teinté du sang des dieux. C’est donc bien un duel
héroïque qui est décrit là, appuyé par l’inversion des termes du vers. L’allusion au sang permet de comparer ce
combat à une épopée. Ainsi l’allusion au Xanthe produit un effet épique mais, étant comparé à une basse-cour, il fait
également naitre le comique. Le combat des deux coqs parait plus puéril que jamais. On a donc un sujet commun qui
est traité de manière héroïque et épique. Ce réseau d’oppositions a pour effet différencier les deux combats : durant
la guerre de Troie un amant et un mari se disputent une femme tandis que dans cette fable ce sont deux coqs qui
s’affrontent pour charmer une inconnue. Face à la guerre de Troie, le conflit des coqs apparait comme injustifié et
trivial. 
Les vers 6, 7 et 8 résument en quelques mots le combat qui oppose ces deux coqs. La Fontaine ne donne pas de
précisions sur le combat. Le simple terme "longtemps" nous informe rapidement de la durée de l'action, montrant
expressément le désintérêt de La Fontaine pour ce duel. Ce dernier en profite cependant pour ridiculiser, une fois de
plus, les personnages en donnant l’image d’un combat héroïque par des tournures emphatiques « se maintint », « tout
le voisinage » ou en le présentant comme un évènement mondain « au spectacle accouru ». Par ailleurs les termes «
Hélène au beau plumage » produisent un effet burlesque au vers. En associant la poule à Hélène au sein d’une même
périphrase, La Fontaine fait ressortir l’absurdité de ce combat face aux duels antiques. On peut également y
reconnaitre des périphrases Homérique "la gente qui porte crête", "Hélène au beau plumage", périphrases
Homériques qui s’accordent parfaitement au récit de la mythologie grecque donné précédemment. La Fontaine utilise
en effet dans cette fable l’art du mimétisme qui est, durant le classicisme, très à la mode. Pour essayer d’atteindre la
perfection littéraire il reprend la culture antique et la remet au bout du jour.
Les vers 9 et 10 présentent l’issue du combat. L’hémistiche du dixième vers marque la séparation entre le vainqueur
et le vaincu tout en soulignant l'issue inévitable du combat. Ici La Fontaine utilise la sonorité proche entre «
vainqueur » et « vaincu » pour montrer que ces deux rôles sont interchangeables. Cela rejoint la description
remarquablement courte et vague du combat qui montrait son caractère universel : c’est un combat qui peut arriver à
tout le monde et d’où tout le monde peut sortir vainqueur comme vaincu. Dans ce combat, La Fontaine utilise
l’héroï-comique : il part d'un sujet bas (querelle de basse-cour) et le traite d’une façon héroïque en s’appuyant sur
une référence des guerres épiques : la guerre de Troie.
Suite au combat des deux coqs on s'attend à ce que le narrateur s’intéresse au vainqueur mais c’est au contraire le
vaincu qui est présenté. Ce dernier prépare en effet sa revanche. Cette attente de revanche renvoie à l’épisode du
taureau vaincu dans les Géorgiques. Par l’hyperbole « pleura sa gloire et ses amours », La Fontaine personnifie le
coq vaincu. Cependant, malgré sa consonance tragique, cette phrase suscite le comique car le personnage n’est pas
un homme mais un simple coq. On peut voir dans le 12ème vers une anaphore du mot "amour" qui est repris et
expliqué par une subordonnée relative dans les deux vers suivants. La Fontaine nous montre ainsi l’importance qu’a
l’amour dans ce récit. La préparation de la revanche du coq vaincu est marquée par la mise en avant de sa jalousie
"possédait à ses yeux" qui devient son moteur, sa raison de vivre. Dans l’œuvre de Virgil, le taureau préparait sa
vengeance en se dégageant au loin mais ici le coq prépare sa vengeance à portée d’yeux, nourrissant sa haine et sa
volonté de sa jalousie envers l’autre coq. Le terme "rallumer" du vers 15 a un double sens : soit le feu de sa haine et
de son courage s'est éteint soit son intensité a baissée. Quoi qu'il en soit, dans les deux cas, on constate une ardeur
croissante à la revanche. Les termes "s’exerçant contre les vents" nous montrent que le coq s’entraine en combattant
l’air. Seulement le vent ne peut opposer beaucoup de résistance à ces coups. Cet entrainement est donc inefficace et
ridicule. Les mots "s'armait d'une jalouse rage" forment une tournure héroïque qui est dégonflée dès le vers suivant
par les termes "il n'en n'eut pas besoin" qui introduisent la mort de l’autre coq. Le vers 19 fait apparaitre à nouveau
une symétrie aux hémistiches. Il renvoie ainsi au vers 10 qui avait introduit l’épisode de la revanche. Tout comme le
vers 10, le premier hémistiche du vers 19 clos l’épisode du vaincu tandis que le second marque le passage à l’épisode
de la mort du vainqueur.
Le nouvel épisode débute par la présentation de l’attitude orgueilleuse du coq vainqueur. Le vers 20, qui met en
scène les cris de victoire du coq, est atypique car c'est le seul décasyllabe. On peut dès lors deviner que cet orgueil
aura une grande importance pour la suite du récit. Le vers 21 introduit quand à lui un nouveau personnage : le
vautour. Cet animal, évoluant dans les airs, apparait aussitôt comme un danger pour les animaux terrestres que sont
ces coqs. Il forme ainsi une ombre planant au-dessus des protagonistes cependant on ne sait pas encore sur qui il va
s’abattre et, surtout, s’il va le faire. Le vers 22 semble nous donner la réponse. C’est en effet un vers contracté qui ne
comporte pas de verbe. Il est donc marqué par la rapidité. Ce vers apparait alors comme un paravent, un rideau qui
voile la scène de l’attaque de l’aigle. Une censure conforme, par ailleurs, aux règles de bienséance prônées par le
mouvement classicisme auquel appartient La Fontaine. Ce vers ressemble au vers 12 mais les mots « amours » et «
gloire » y sont inversés, soulignant le caractère interchangeable de ces deux personnages.
Le vers 23 révèle la conclusion de cet épisode : le coq vainqueur est tué par l’aigle. On peut observer que le coq n’est
présenté que par son caractère orgueilleux « tout cet orgueil ». Tout en mettant en évidence la raison de la mort du
coq,  La Fontaine introduit une première morale : l’orgueil peut causer bien des déboires. On peut d’ailleurs
remarquer qu’il nomme « ongle » ce qu’on appelle généralement griffes. Il semble ainsi sous-entendre que la
punition peut également provenir des hommes. Par cette morale le narrateur démontre qu’il est inutile de chercher à
se venger : le sort se charge souvent de punir les excès. Cette morale s’accorde parfaitement au mouvement classique
: en dénonçant les excès de l’Homme, La Fontaine défend l’idéal de l’Honnête Homme prôné par son mouvement. 
Le terme "enfin" du vers 24 introduit une situation plus définitive, le dernier épisode de la fable : le retour du coq
vaincu. Ce retour est qualifié de « fatal » ce qui sous-entend une intervention divine. La Fontaine sous-entend ainsi
que toute situation de ce type finira par ce finir de cette manière. Le mot "coquet" du vers 26 nous montre l’attitude
du coq vaincu à son retour. Cependant ce mot créé un jeu de sonorités avec le mot "caquet" du vers suivant ce qui a
pour effet de disqualifier cette attitude. Il n’est devenu vainqueur que par défaut, ce qui met en avant son orgueil
injustifié. Ce même vers 27 est marqué par l’utilisation du pronom « je » qui marque le retour du narrateur. Son
intervention laisse supposer qu’il a un interlocuteur : « je laisse à penser ». C’est bien au lecteur que La Fontaine
s’adresse ici. Il ne nous prend pas à témoin mais il nous encourage à deviner nous-même la suite probable de cette
histoire. En laissant le lecteur livré à lui-même pour tirer un enseignement de sa fable, le fabuliste s’adresse à un
lecteur attentif qui a compris la réversibilité entre le vainqueur et le vaincu. C’est donc à nous de nous porter à
hauteur de ses exigences.
Le vers 28, dernier vers du récit de cette fable, apporte un changement depuis la péripétie initiale : on passe d’"une
poule" à "des femmes en foule”. Cela nous montre la montée des enjeux au fur et à mesure du récit. Le lien logique
"car" fait réapparaitre les femmes, enjeux du combat des coqs au début de la fable. Tout en renforçant leur rôle de
responsables des malheurs des coqs, La Fontaine laisse ainsi planer la possibilité d’un nouveau coup du sort, d’un
retour de l’aigle. La femme ferme ainsi la boucle qu’elle avait ouverte au début de la fable tout en préparant un
retour à zéro pour le coq qui prend, cette fois, le rôle du vainqueur et donc de la cible du sort.
Ceci nous conduit aux quatre derniers vers de la fable. On peut constater que la morale du premier vers est suffisante.
On pourrait s'arrêter à ce vers et en conclure que les coups du sort entrainent un renversement de situation entre
malheur et bonheur. En revanche, le second vers est plus surprenant. Il porte en effet sur le vainqueur alors que le
récit s’est concentré sur le vaincu. La Fontaine recommande ici la méfiance envers la vanité et l'exubérance. Le
présent de vérité général justifie cette méfiance en indiquant que l'insolence engendre automatiquement un coup du
sort. Cette fable diffuse également un avertissement sur les dangers de l'amour. En plaçant l’amour en responsable de
l’affrontement entre les deux coqs La Fontaine dénonce ce sentiment source de tant de conflits. Les deux derniers
vers apportent une conclusion finale explicitant l’enseignement que La Fontaine souhaite diffuser dans cette fable.
Par l’utilisation du pronom "nous" le fabuliste s’inclut lui-même dans sa morale, montrant ainsi qu’il ne prétend pas
s’élever au dessus des mortels et que sa morale vise tous les Hommes, lui y compris. Cette morale peut être vue
comme un avertissement de La Fontaine à son propre personnage, le coq. Il essayerait alors de lui rappeler le triste
sort de son adversaire afin de le dissuader de commettre les mêmes erreurs. Il prend ainsi vouloir briser ce cycle
mortel et assurer une fin heureuse au coq et, plus généralement, à l’Homme.

Dans cette fable, La Fontaine s’amuse des comportements de l’Homme sous le couvert des animaux. Il délivre à
l’occasion une belle morale. Ainsi la fable s’organise bien comme un récit servant la thèse de la morale : l’orgueil et
le manque de prudence conduisent à la perte. La Fontaine nous appelle ainsi à la prudence. En utilisant des caractères
interchangeables, il nous montre que tout le monde peut être victime de ce trait de caractère. 
Dans cette fable Jean de La Fontaine mélange avec une surprenante virtuosité le registre dramatique de la guerre de
Troie avec le registre burlesque du combat animal. Par ce mélange des styles et des tons, cette fable offre différentes
lectures possibles selon l'aspect qu'on veut mettre en relief. Il utilise les références à la mythologie pour donner une
notion universelle et intemporelle à son propos. On retrouve bien un effet de mimétisme mais La Fontaine
s’approprie également cette histoire en y ajoutant son style d’écriture, son humour et son interprétation personnelle
de la morale.

LA 4

Introduction :
- Sujet inspiré d'Esope
- Narration d'une querelle de basse-cour
- Références à l'antiquité
- Narration parodique et burlesque

I – Un récit burlesque

1) Une transposition parodique

- Vers 1 => référence à l'Iliade de Homère => comparaison à la guerre de Troie


- Transposition parodique
- Epopée antique transformée en une vulgaire querelle de poulailler

2) Un style héroï-comique

- recours au style élevé de la poésie épique pour ridiculiser les personnages


- Champ lexical de la guerre => grandeur ridicule du combat des coqs
- Vers 1 à 10 =>Allusion a la mythologie
- La Fontaine pousse l'ironie au pastiche
- Vers 9 => personnification de la poule + épithète homérique => tonalité burlesque
II – L'intervention du sort

1) L'ironie du sort

- vers 1 => utilisation du passé simple => soudaineté de l'action


- vers 2 => soudaineté de l'action
- Ironie de la fin du récit => le vaincu devient le vainqueur
- Vers 29 à 32 => morale => les puissant ne sont pas à l'abri d'un retournement de situation

2) Une allégorie du sort

- vers 21 => arrivée du sort grâce au vautour


- vers 19 à 23 => vocabulaire abstrait => vautour = allégorie du destin

3) La coupure de l'arrivée du sort

- vers 23 => alexandrin entre deux octosyllabes => noblesse du déclanchement du sort

III – La portée de la fable

1) La dureté des rapports de domination

- histoire narrée => montre la discorde régnant sur le monde


- vers 1 => état de paix éphémère
- La fontaine dénonce par une querelle de volatile, le comportement des hommes

2) L'inconscience généralisée

- Vers 31 => le sort frappe d'une manière aléatoire


- La fortune est inconstante et c'est cette inconstance qui domine le monde