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VERDI, 1813 à Roncole – 1901 à Milan

Il naît dans la province de Parme quand l’Empire napoléonien s’écroule et que le Nord de l’Italie
passe de nouveau sous domination autrichienne. Animé du sens de l’héroïsme et des vertus
civiques, Verdi sera le compositeur de l’Italie du Risorgimento. « Viva V.E.R.D.I. » devient un
cri de ralliement des progressistes.
Verdi est le porte-parole des marginaux (Rigoletto, le Trouvère, la Traviatta), des faibles, des
opprimés, et jusqu’aux seigneurs brisés (Philippe II, Otello, voire Falsatff).

Œuvre
Hormis quelques œuvres de chambre et les œuvres religieuses de la fin (Requiem, Quattro Pezzi
sacri), Verdi s’est consacré à ses 28 opéras dont :
- deux « buffa » seulement aux extrêmes de sa carrière : Un giorno di regno (1840) et Falstaff
(1893)
- deux « grands opéras français » en cinq actes pour « la grande boutique » parisienne (l’Opéra
de la rue Le Peletier) avec les Vêpres siciliennes (première Exposition universelle de 1855), et
Don Carlos (deuxième Exposition universelle de 1867), réduit à quatre actes pour le Don Carlo
italien.
- deux(en italien) pour l’étranger : La Forza del destino pour Saint-Pétersbourg (1862), et Aida
pour le nouvel Opéra du Caire (1871).
Les librettistes
Solera, Romani, Piave, Boito (remaniement de Simon Boccanegra puis Otello et Falstaff). Le
plus important en quantité et durée est Piave, le plus apprécié est Boito.
Verdi les tyrannise et prend part à l’élaboration dramaturgique et poétique.
Origine des sujets
- La majeure partie est prise à l’étranger et se déroule sur des sols étrangers.
- Shakespeare : Macbeth, Otello, Flastaff. « Je le préfère à tous les dramatiques, les Grecs y
compris »
- Schiller : Giovanna d’Arco, I Masnaderi (Les Brigands), Luisa Miller, Don Carlos.
- Victor Hugo : Ernani, Rigoletto (d’après Le Roi s’amuse)
- Gutierrez (disciple espagnol d’Hugo) : Il trovatore, Simon Boccanegra.
Thèmes
- Pouvoir, patriotisme, affrontements politiques, rivalités de clans, amours contrariées et
héroïques
- Malédiction, colère divine, autorité paternelle abusive jusqu’à la cruauté et sacrifice de
l’enfant
- Volonté individuelle et humaine des héros contre le « destin » écrasant
- Jalousie (Traviata, Otello, Falsatff)
- Nombreux recours à la religion : prières, processions, scènes dans des monastères (avec orgue)

Tendances stylistiques
- Verdi part de l’opéras à numéros, du binôme cantabile-cabalette souvent séparé par le tempo
di mezzo, de chœurs univoques, de finales conclus par l’inévitable stretta, d’un orchestre
accompagnateur traité en « grande guitare », d’une harmonie traditionnelle, d’un abus de
rythmes ternaires, d’une psychologie assez rudimentaire pour se diriger vers une caractérisation
diversifiée et « véridique » remettant en cause tous les poncifs de la jeunesse.
- La révolution verdienne consiste à rapprocher l’opéra du théâtre parlé. L’aria ira presque
jusqu’à s’y auto-détruire au profit du canto drammatico et de la continuité. Cependant, il ne
cherche pas à atteindre la « prose musicale » de Wagner.
-Rapport voix/orchestre
- Le voix restera première, quel que soit le raffinement progressif de l’orchestre et le
dépouillement des effets vocaux. Le moment théâtral prenant toutefois toujours le pas sur le
moment vocal.
- Typologie et caractérisation vocales très fermes. Plus de travestis comme chez Rossini et
encore Bellini (Roméo dans Capulets et Montaigus), hors quelques pages adolescents.
- Superposition chœur/soliste et de deux ou trois plans scéniques spatialisés.
- Comme Mozart et Rossini, et à la différence de Gluck et Wagner, il aime les ensembles =
contrepoint de sentiments, polymélodie scénique et musicale (quatuor de Rigoletto).
- Verdi composait en particelle et orchestrait lors des répétitions. Son orchestre s’affine jusqu’à
la démonstration de Falstaff.
- Les ouvertures s’amenuisent pour devenir de simples préludes, puis disparaître (Boccanegra
II, Otello, Falstaff).
Spontanéité
- Il entend composer « dans le mouvement » pour préserver l’élan. Cette écriture presque en
temps réel diverge de celle « hors temps » des Allemands.
- Verdi se faisait ne gloire de s’être fait tout seul. Il exagère beaucoup et connaissait le passé
italien (Palestrina, Marcello, A. Scarlatti, un peu Monteverdi) et affirmait : « Revenons à
l’ancien, ce sera un progrès. »

Nabucco, 1842, premier grand succès ; opéra-oratorio héroïco patriotique. Il galvanise les
Italiens qui s’identifient au peuple hébreu captif des Babyloniens. Chœurs célèbres (Va
pensiero).
Macbeth, 1847. Shakespeare a suscité par trois fois des évolutions décisives chez Verdi.
Nouvelles exigences dans l’emploi dramatique de la voix en relation avec l’atmosphère de
terreur et de surnaturel.
Rigoletto, 1851, Hugo offre une alternance sublime/trivial. « Le Beau n’a qu’un type, le laid en
a mille » (Hugo)
Le Trouvère, 1853, melodramma romantique verdien de forme traditionnelle. Premier grand
rôle de mezzo-soprano avec Azucena.
La Traviata (La Dévoyée), 1853, d’après La Dame aux camélias de Dumas fils. Sujet
contemporain, « vériste », qui a fait scandale. Emotion et beauté mélodique alliées à une sorte
de vulgarité Second Empire en situation.
Les Vêpres siciliennes, 1855 ; Simon Boccanegra, 1857, revu avec Boito en 1881 ; La Force
du destin, 1862 ; Don Carlos, 1867 ; Aida, 1871; Otello, 1887,
Flastaff, 1893, livret de Boito d’après Les joyeuses commères de Windsor de Shakespeare.
Verdi se renouvelle. Loin de démarquer les premières œuvres véristes (Cavalleria rusticana de
Mascagni, 1890 ; Pagliacci de Leoncavallo, 1892), il lance l’opéra symphonique et la
« conversation en musique ». Mobilité et ingéniosité ; paradoxalement, cette œuvre moderne se
plait à revenir à des schèmes classiques : opéra en ut majeur, avec sonate, fugue, etc.