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Ecole Nationale de Commerce et de Gestion

Casablanca

Economie Monétaire
et Techniques Bancaires
Semestre 3

Enseignant : Mr. Mohammed KEHEL

Année universitaire 2018 - 2019


Chapitre III :
Les fondements théoriques de la demande de monnaie

Pr. Mohammed KEHEL


2 2
Si on considère que l’offre de la monnaie fait, chez les économistes,
l’objet d’un certain consensus, car c’est le système bancaire représenté
par la Banque centrale et les banques commerciales qui assure la
création monétaire, il n’en va pas de même pour la demande de
monnaie émanant des entreprises et des ménages.
La monnaie est demandée pour plusieurs raisons : la consommation,
l’investissement, l’épargne, la précaution (maladie, chômage…).
 La nécessité de mener une étude des comportements des agents
non financiers concernant la détention de la monnaie.

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Chapitre III – Les fondements théoriques de la demande de monnaie

I – La théorie classique de la monnaie

II – L’approche keynésienne

III – Les approches contemporaines de la monnaie

Pr. Mohammed KEHEL 4


I – La théorie classique de la monnaie : la neutralité de la monnaie

1.1 Cadre général d’analyse :


 Cette approche théorique met l’accent sur le caractère transactionnel de la
monnaie. Pour ses partisans, la monnaie joue un rôle limité, celui d’un simple
intermédiaire des échanges qui n’a aucune influence sur l’économie réelle (pas
d’effet réel sur l’activité réelle, mais juste un effet nominal via les prix).
 La monnaie est un simple moyen de consommation (moyen de paiement pour la
consommation). La monnaie ne peut pas être un moyen d’épargne (n’est pas une
réserve de valeur).
 La monnaie n’est jamais détenue (ou demandée) pour elle-même, mais dans le but
d’effectuer des transactions (ce qu’elle permet d’acquérir).
 Les économistes classiques raisonnent à long terme : même s’il y a une épargne à
court terme, il y aura une consommation de cette épargne dans le futur.

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1.2 L’équation des échanges
Les classiques considèrent que la monnaie est un bien comme les autres biens dont
l’utilité est d’être l’intermédiaire des échanges.
À la base de cette analyse, on trouve la théorie quantitative de la monnaie
(développée par les classiques au XIXe et au début du XXe siècle), dont la forme la
plus élaborée est formulée par l’équation d’Irving Fisher (Economiste américain
« 1911 ») : Le niveau général des prix est
MxV=PxT influencé par la quantité de
monnaie en circulation
M : la masse monétaire en circulation ; Qté de monnaie en circulation
V : la vitesse de circulation de la monnaie augmente => Prix des biens vont
augmenter
P : le niveau général des prix ; 1ère version : Jean Bodin au XVIème
siècle
T : le nombre total des transactions

À travers cette équation, Fisher montre que la monnaie intervient dans les échanges,
puisqu’elle exprime la valeur des marchandises. Dans cette logique, la monnaie
n’est qu’un intermédiaire des échanges.
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Trois hypothèses sont généralement émises :
 La vitesse de circulation (V) de la monnaie est constante à court terme (nombre
de fois qu’une unité monétaire est utilisée dans les transactions au cours d’une
période donnée. Elle dépend en fait des habitudes de paiements des agents
économiques pendant une période et de l’évolution des modes de paiement).
 Le volume de transactions (T) durant une période est constant à court terme et
dépend du produit réel (Y) et donc de la production. Plein emploi des facteurs de
production (capital et travail) : (le niveau de transaction est exogène, car fixé dans
la sphère réelle « marché »).
 La masse monétaire (M) est une variable indépendante des autres variables, car
les autorités monétaires maîtrisant parfaitement la masse monétaire.
En privilégiant les composantes monétaires, l’équation d’I. Fisher devient :
P = (V/T) M (relation linéaire entre P et M)
Et puisque (V/T) constant donc P et M sont proportionnels. Toute variation de M
entraîne une variation proportionnelle de P. Selon Fisher, une hausse de la quantité
de monnaie ne peut se traduire, à long terme, que par une hausse proportionnelle
des prix. Pr. Mohammed KEHEL 7
Exemple :
Soit une économie qui produit par exemple un seul bien (Blé).
 Au cours d’une année, 1000 Kg de blé sont vendus : T = 1 000
 Le prix d’1 kg de blé est de 3 DH : P = 3 DH
La valeur totale des transactions : PT = 3 x 1 000 = 3 000 DH par année
 Si on suppose que la masse monétaire est égale à 1 500 DH (M = 1 500 DH), on
peut en déduire la vitesse de circulation de la monnaie (V)
M x V = P x T => V = (P x T)/M = 3000/1500 = 2 fois/an.
Pour qu’une valeur annuelle de transactions de 3 000 DH puisse se réaliser chaque
année, il faut que chaque dirham (1 DH) soit utilisé dans les transactions en moyenne
2 fois par an (c-à-d 1 DH doit changer en moyenne 2 fois de propriétaire).

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 Si la monnaie est neutre, une augmentation de l’offre de la monnaie ne doit pas
modifier le volume de la production.
 Cette augmentation se traduira uniquement par une augmentation générale des prix:
la quantité de la monnaie en circulation détermine alors les prix absolus sans
influencer les prix relatifs des différentes marchandises (=> une augmentation
dans la même proportion de tous les prix absolus, alors que les prix relatifs restent
les mêmes).
Exemple:
 T0 : Bien A = 10 DH et Bien B = 20 DH => Prix absolu
1 Bien A = 10/20 = 1/2 Bien B => Prix relatif A/B
Ou 1 Bien B = 20/10 = 2 Bien A => Prix relatif B/A
 T1 : Décision de doubler l’offre de monnaie => Doublement des prix absolus
Bien A = 20 DH et Bien B = 40 DH => Prix absolu
1 Bien A = 20/40 = 1/2 Bien B => Prix relatif A/B
Ou 1 Bien B = 40/20 = 2 Bien A => Prix relatif B/A
Pr. Mohammed KEHEL 9
Approche Classique : Monnaie et prix
Pour les classiques :
 La monnaie est neutre (sa valeur = 0 en elle même), car elle n’a pas une influence
sur le niveau de l’activité économique c-à-d elle ne peut pas augmenter le PIB ou
créer des emplois. On parle de dichotomie entre les sphères réelles et
financières.
 Les prix varient sous l’influence de la quantité de la monnaie. P = (V/T) M
 Le seul impact que peut avoir la monnaie est la hausse du niveau général des prix
(inflation). La quantité de monnaie en circulation détermine le niveau général des
prix (une augmentation de la masse monétaire (x 3) => les prix vont être multipliés
par 3).
 La monnaie est neutre (pas de thésaurisation et pas de détention de monnaie à des
fins spéculatives).
 L’absence d’effets des taux d’intérêts sur la demande de monnaie.

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1.3 L’équation de Cambridge
Dans la pratique, il est difficile de mesurer le volume des transactions (T). Pour
résoudre ce problème, les économistes ont approximé le volume des transactions par
le revenu (Y) étant donné que ces deux variables sont intimement liées : « plus le
revenu est élevé, plus le volume des transactions est élevé et inversement ».
L’équation quantitative de la monnaie devient : M x V = P x Y avec Y est mesuré
par le PIB réel. (P x Y est le revenu nominal)
V = (PY)/M, elle exprime le nombre de fois dans une période qu’une unité monétaire
entre dans le revenu d’un agent.
C’est avec l’Ecole de Cambridge (Alfred Marshall, Arthur Cecil Pigou
« Economistes britanniques et fondateurs de cette école ») qu’apparaît pour la
première fois la notion de demande de monnaie.
Pour Alfred Marshall, le seul motif important de demande de monnaie est le
financement des transactions.

Pr. Mohammed KEHEL 11


Selon les tenants de cette école :
 Les agents désirent détenir de la monnaie sous forme d’encaisse en raison de son
côté pratique pour les transactions et au sens où elle est universellement
acceptée contre des biens et des services en échange.
 L’utilité de détenir une encaisse monétaire par les agents économiques, c’est
parce qu’elle leur permet de couvrir l’intervalle entre l’encaissement du revenu
et son utilisation.
 Les agents expriment une demande de monnaie (M) proportionnelle au total des
ressources (Y : revenu national réel ou production globale).
Avec P le niveau des prix, et en appelant k coefficient de proportionnalité, l’équation
de Fisher est reformulée de la manière suivante :
PY : revenu nominal M=kPY

La partie droite de l’équation (kPY) représente la demande d’encaisses monétaires


dans laquelle k traduit un véritable désir d’encaisses. (k > 0)
Donc, la demande d’encaisses réelles M/P = kY est une fonction croissante du
revenu. Plus le revenu augmente, plus la demande de monnaie est importante.
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Pr. Mohammed KEHEL
Cette approche adopte également une analyse macroéconomique, mais elle a des
fondements microéconomiques, car elle s’intéresse aux comportements des agents
pris individuellement. Et pour ces partisans, le passage de l’individu au global =
Somme des comportements des individus.
Comme pour Fisher, ils considèrent que la fonction principale de la monnaie est
d’être un intermédiaire des échanges. Plus une personne effectue des transactions,
plus elle désirera détenir de la monnaie.
La différence entre Fisher et l’école de Cambridge : cette école met l’accent sur la
volonté de détenir de la monnaie plutôt que sur la nécessité de la détenir selon
Fisher.
Agent économique

Revenus perçus Dépenses engagées

Détention des actifs


monétaires
Décalage temporel
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Pr. Mohammed KEHEL
Chapitre III – Les fondements théoriques de la demande de monnaie

I – La théorie classique de la monnaie

II – L’approche keynésienne

III – Les approches contemporaines de la monnaie

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II – L’approche keynésienne
Selon John Maynard Keynes (Economiste britannique), la monnaie joue non
seulement la fonction de moyen de transaction, mais également de moyen de
réserve de valeur, donc un moyen d’épargne (elle peut être demandée pour elle-
même). (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie 1936)
 L’approche keynésienne se base sur la théorie de la préférence pour la liquidité
(les agents économiques ont tendance à préférer la liquidité).
 Les keynésiens raisonnent à court terme, pour eux la monnaie peut être demandée
pour d’autres raisons que les transactions : la spéculation, la précaution contre
les dépenses imprévisibles (chômage, maladie…).
 La monnaie n’est pas neutre, elle peut jouer un rôle actif dans l’économie à
travers le taux d’intérêt qui est déterminé dans la sphère monétaire et qui a une
incidence sur l’activité économique et donc sur la sphère réelle (effets sur la
croissance et l’emploi).
 Pour Keynes « l’incertitude » joue un rôle important notamment en
investissement. « la monnaie est un lien entre le présent et le futur »
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2.1 Les motifs de la détention de la monnaie
Keynes considère que la fonction de demande de la monnaie en terme réel chez les
classiques reste incomplète. Le taux d’intérêt nominal est un autre déterminant de la
demande de monnaie en terme réel. Il considère que les agents économiques
détiennent la monnaie pour trois motifs :

Le motif de transaction

Le motif de précaution

Le motif de spéculation
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2.1.1 Le motif de transaction :
Afin d’effectuer des transactions courantes (biens et services), les agents
économiques ont besoin de constituer une encaisse monétaire.
Ce motif résulte du fait que les recettes et les dépenses des agents économiques ne
sont pas synchronisées. Si c’était le contraire, les agents économiques n’auront pas
besoin de détenir de la monnaie afin de financer les transactions.
Le volume des transactions à effectuer dépend du revenu de l’agent. Plus le revenu
est élevé, plus le volume des transactions à effectuer est élevé, et plus la demande
d’encaisses monétaires pour assurer ce volume de transaction est élevée.
C/c : La demande de monnaie pour motif de transaction est une fonction croissante
du revenu. (Accord entre Keynes et les classiques)

Motif de revenu Motif Motif professionnel


Ménage de transaction Entreprise

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Motif de revenu Motif professionnel
• Combler l’intervalle • Combler l’intervalle
entre l’encaissement et entre le décaissement
le décaissement du et l’encaissement du
revenu revenu

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2.1.2 Le motif de précaution :
« L’incertitude du futur » est un élément fondamental de la théorie keynésienne =>
les agents économiques doivent effectuer un investissement sur l’avenir, car l’instant
où les transactions seront réalisées n’est pas toujours connu avec précision.
Le motif de précaution est lié à l’incertitude qui caractérise certains aspects de la vie
économique des agents (maladie, retraite, catastrophe, chômage…).
Ainsi, outre le motif de transaction, la monnaie peut être détenue en vue de faire face
à des dépenses futures imprévisibles. Ce motif n’aurait pas existé si les flux des
dépenses futures étaient prévus de manière certaine.
Plus les dépenses futures sont incertaines, plus la demande de monnaie pour
motif de précaution sera plus importante.
Les deux premiers motifs (transaction et précaution) dépendent du revenu « Y », plus
le revenu augmente plus la demande de monnaie pour motifs de transaction et de
précaution augmente.
Demande de monnaie : Lt = L(Y) c’est une relation croissante.
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2.1.3 Le motif de spéculation :

L’activité de spéculation consiste à acheter des biens ou des actifs à


des prix bas dans la perspective de les vendre à un prix plus élevé.
 Pour les économistes néoclassiques : le taux d’intérêt influence
l’arbitrage des ménages entre la consommation et l’épargne mais
non pas le choix entre la monnaie et les titres.
 Pour les économistes Keynésiens : le partage entre la consommation
et l’épargne est déterminé par le niveau du revenu et le taux
d’intérêt agit sur le partage entre monnaie et titres, car les actifs
constituent les seuls substituts à la monnaie : les agents modifient la
composition de leur épargne sans remettre en cause le montant de
celle-ci.
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La détention de la monnaie pour le motif de spéculation s’inscrit dans la
problématique d’une gestion optimale de portefeuille détenu par
l’agent économique (détenir de la monnaie ou détenir des titres
financiers). (Keynes exclut l’actif réel)
De plus des motifs de transaction et de précaution, les agents
économiques détiennent de la monnaie comme une alternative à la
détention d’actifs financiers.
Mais
La détention de la monnaie a un coût : la renonciation aux intérêts
puisque le rendement nominal de la monnaie est nul.
(coût d’opportunité = au taux d’intérêt qui leur aura été versé s’ils
avaient placé ces liquidités)
Pr. Mohammed KEHEL 21
Définition de la demande de monnaie pour motif de spéculation
La demande de monnaie pour motif de spéculation peut être définie
comme étant les encaisses monétaires que les agents économiques
choisissent de détenir plutôt que d’acquérir des titres financiers dans
l’attente de variations favorables du taux d’intérêt ou des cours des titres.
Lorsque le taux d’intérêt diminue, la rémunération des titres diminue (le
coût d’opportunité de la détention de la monnaie diminue), ceci va
inciter les agents économiques à détenir plus de monnaie et moins de
titres financiers.

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 La monnaie est par nature liquide, elle n’a pas de rendement. Pour
cette raison, des agents peuvent lui préférer des placements
rentables tels que des obligations qui sont des titres financiers moins
liquides, mais rémunérés : il est donc question de procéder à un
arbitrage entre détenir un actif monétaire ou un actif financier.
 Ce choix sera fait rationnellement en fonction du taux d’intérêt.
Donc, la demande de monnaie pour le motif de spéculation dépend
de l’incertitude sur l’évolution future du taux d’intérêt et donc, de
l’incertitude sur l’évolution du cours des titres.

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Arbitrage entre actif monétaire et actif financier

La monnaie • La monnaie est par nature


est liquide liquide

Rendement • Rendement de la
nul monnaie est nul

Possibilité pour
• Titre
une Préférence
financier
des placements
(obligations)
rentables

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 Si les taux d’intérêt augmentent, le cours des obligations à taux fixe diminue et
inversement.
Exemple:
 T0 : une obligation de 100 DH rapportant un coupon de 10 DH
𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 10
𝑡𝑖 = = 0,1 => 𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 = = = 100 DH
𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑡𝑖 0,1
Hypothèse 1 : ti augmente
 T1 : les nouvelles obligations de 100 DH rapportant un coupon de 12 DH
𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 12
𝑡𝑖 = = = 0,12
𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 100
𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 10
=> 𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑜𝑏𝑙𝑖𝑔𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 = = = 83,33 DH
𝑡𝑖 0,12
Hypothèse 2 : ti diminue
 T1 : les nouvelles obligations de 100 DH rapportant un coupon de 8 DH
𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 8
𝑡𝑖 = = = 0,08
𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 100
𝐶𝑜𝑢𝑝𝑜𝑛 10
=> 𝐶𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛𝑛𝑒𝑠 𝑜𝑏𝑙𝑖𝑔𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 = = = 125 DH
𝑡𝑖 0,08
Pr. Mohammed KEHEL 25
Si le taux d’intérêt ti est élevé :
=> Les agents économiques anticipent une baisse du taux d’intérêt.
=> Anticipation d’une augmentation du cours des obligations (prix des titres).
=> Achat des obligations (gains en capital).
=> Baisse des encaisses de spéculation.

Et inversement si le taux d’intérêt ti est bas :


=> Les agents économiques anticipent une hausse du taux d’intérêt.
=> Anticipation d’une baisse du cours des obligations (dévaluation des obligations).
=> Vente des obligations (perte en capital).
=> Augmentation des encaisses de spéculation. (la monnaie offre un meilleur
rendement)

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Keynes conclut : la demande de monnaie pour motif de spéculation se présente
comme une fonction décroissante du taux d’intérêt.
Pour le troisième motif « de spéculation », elle dépend de façon inverse du taux
d’intérêt. Plus le taux d’intérêt augmente plus la demande de monnaie spéculative
diminue et inversement.
 Ls = L(i) avec dL/di négative.
Keynes regroupe les trois motifs de détention d’encaisses monétaires dans une
seule équation de demande de monnaie unique connue sous le nom de fonction
de préférence pour la liquidité :
 La demande de monnaie est donc: L(Y, i) = Lt + Ls
𝑴𝒅
La demande d’encaisse réelles : = 𝒇(𝒀, 𝒊)
𝑷
Le taux d’intérêt joue un rôle important pour déterminer le choix des agents
économiques pour la quantité de monnaie détenue comme réserve de valeur.

Pr. Mohammed KEHEL 27


Approche Keynésienne : Monnaie et activité économique

 Les variations du taux d’intérêt expliquent les fluctuations des


investissements.
 Le taux d’intérêt est fixé par le marché de la monnaie dans lequel la
demande pour motif de spéculation a un poids non négligeable.

Modifications des
Influence sur
comportements
Monnaie peut l’activité
réels des agents
économique
(entrepreneurs)

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Les prolongements de l’approche keynésienne

« Après la seconde guerre mondiale »

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La demande de monnaie basée sur la gestion des transactions :
Le modèle Baumol-Tobin (1950)

 Contrairement aux théories classique et keynésienne qui considèrent que la


demande de monnaie pour motif de transaction est fonction uniquement du revenu.
Au cours des années 1950, William Baumol et James Tobin ont démontré que la
demande de monnaie à des fins de transactions dépend aussi du taux
d’intérêt.
 Ce modèle analyse les coûts et les avantages de la détention de la monnaie.
 L’idée fondamentale est que les encaisses que les agents détiennent à des fins de
transactions peuvent être détenues sous forme liquide qui ne rapportent pas
d’intérêt (Les agents placent leurs fonds dans des dépôts à vue puisque ces derniers
ne rapportent pas d’intérêts) ou sous forme de placement (titres, dépôts à terme,
dépôt d’épargne sur livret). Le choix de la deuxième alternative a aussi un coût,
celui relatif à chaque visite effectuée à la banque et les commissions.

Pr. Mohammed KEHEL 30


La demande de monnaie basée sur la gestion des transactions :
Le modèle Baumol-Tobin (1950)

Exemple :
Pour mieux expliquer ce modèle, considérons le cas d’un agent économique qui
reçoit un revenu de 1000 € au début de chaque période (par exemple le mois),
qu’on notera Y, qu’il dépense régulièrement durant le même mois pour réaliser des
transactions.

Pr. Mohammed KEHEL 31


Nous allons envisager les cas suivants :
1er cas : Si l’agent conserve son revenu Y = 1000 € en liquide pour effectuer ces
transactions (une seule visite à la banque au début du mois). Il va retirer tout son
revenu qu’il va dépenser de manière uniforme. L’encaisse moyenne détenue pendant
le mois est Y/2. Encaisses
monétaires
(€)

1000 €

Mois

Au début du mois, il dispose de 1000 €, mais à la fin, ses encaisses sont nulles. Son
encaisse monétaire moyenne au cours du mois est de 500 € [= (1000 + 0)/2].
Cette situation se renouvelle chaque mois, l’encaisse monétaire moyenne durant
l’année est de 500 €. La vitesse de circulation V=PY/M = 12000/500 = 24.
Pr. Mohammed KEHEL
Revenu nominal annuel PY = 12000 € et encaisse monétaire moyenne annuel = 500 € 32
Soit
Y : le revenu,
b : le coût de courtage
n : le nombre d’opérations de conversions dans le mois.
i : le taux d’intérêt mensuel qui est le coût d’opportunité des encaisses monétaires.
Dans ce 1er cas :
Au début du mois, l’encaisse monétaire est Y. Cette encaisse diminue
progressivement pour tomber à 0 à la fin du mois.
 Encaisse monétaire moyenne = Y/2
 Coût d’opportunité moyen = iY/2
 pas de coût de courtage

Pr. Mohammed KEHEL 33


2ème cas : Si l’agent décide de conserver la moitié de son revenu 500 € sous forme
liquide et d’investir l’autre moitié sous forme de titres à rendements sûr.
Au début de chaque mois, l’individu retire la moitié de son revenu (Y/2 = 500 €)
qu’il va dépenser uniformément au cours de la 1ère moitié du mois (son encaisse
monétaire devient nulle le 15 du mois). Ensuite, l’agent doit vendre ses titres afin de
couvrir les dépenses de transactions de la seconde moitié du mois.
L’encaisse monétaire moyenne mensuelle est de 250 € (=500 + 0/2). La vitesse de
circulation V=PY/M = 12000/250 = 48. Donc, V a doublé.

500 €

Mois

Pr. Mohammed KEHEL 34


Y : le revenu.
b : le coût de courtage.
n : le nombre d’opérations de conversions dans le mois.
i : le taux d’intérêt mensuel qui est le coût d’opportunité des encaisses monétaires.
Dans ce 2ème cas :
Au début du mois, l’encaisse monétaire est Y/2. Cette encaisse diminue
progressivement pour tomber à 0 à la première moitié du mois.
 Encaisse monétaire moyenne = Y/4
 Coût d’opportunité moyen = iY/4
 Coût de courtage = b
Dans le nème cas :
Au début du mois, l’encaisse monétaire est Y/n et la vente des titres se fera n-1 fois.
 Encaisse monétaire moyenne = Y/2n
 Coût d’opportunité moyen = iY/2n
 Coût de courtage = (n - 1)b
Le coût total est égal à : CT = iY/2n + (n – 1)b => L’individu doit minimiser ce coût. 35
Pr. Mohammed KEHEL
L’agent économique en adoptant le 2ème cas (moitié liquide et moitié placement)
gagne des intérêts sur le montant des titres détenus pendant 15 jours (500 €).
Si le taux d’intérêt mensuel = 1%, l’agent va toucher chaque mois 2,5 € (500 x 1% x
1/2).
3ème Cas : Si l’agent économique décide de conserver le 1/3 de son revenu (Y/3 =
333,33 €) sous forme liquide et de placer le reste 666,67 sous forme de titres durant
le premier tiers du mois. A la fin de ce premier tiers, il va vendre 333,33 des tires
pour couvrir les transactions du second tiers du mois et conserver les autres sous
forme de titres. Au début du troisième tiers, il va vendre les titres restants pour
constituer son encaisse monétaire pour ce dernier tiers.
L’encaisse monétaire moyenne mensuelle = 166,67 € (333,33+0/2)
Si le taux d’intérêt mensuel = 1%, l’agent va toucher chaque mois 3,33 €
(666,67 x 1% x 1/3) + (333,34 x 1% x 1/3) = 2,22 + 1,11 = 3,33 €.
On constate que l’intérêt produit est supérieur à celui du 2ème cas.
Conclusion : Plus l’encaisse monétaire moyenne est faible plus les intérêts perçus
sont élevés. Pr. Mohammed KEHEL 36
Apport du modèle de Baumol et Tobin

Dans la réalité, les achats et les ventes de titres impliquent des coûts de transaction:
commissions de conversions à payer et des déplacements à la banque à effectuer. Ces
frais augmentent quand les encaisses monétaires diminuent même si les intérêts
perçus seront élevés.
 L’agent économique doit faire un arbitrage entre détenir plus (ou moins) de titres
et moins (ou plus) d’argent liquide, en tenant compte : des intérêts perçus et des
coûts des transactions supportés.
 Si, au cours d’une période, les taux d’intérêt sont élevés, la rentabilité de la
détention des titres est relativement forte comparée à ces coûts : l’agent
économique détient plus de titre que de monnaie liquide.
 Si, au cours d’une période, les taux d’intérêt sont bas, la rentabilité de la détention
des titres est relativement faible comparée à ces coûts : l’agent économique détient
moins de titre que de monnaie liquide.

Pr. Mohammed KEHEL 37


Apport du modèle de Baumol et Tobin

Conclusion du modèle de Baumol-Topin :

 Si les taux d’intérêts augmentent, le montant désiré des encaisses de transaction


diminue et donc, la vitesse de circulation de la monnaie augmente avec les taux
d’intérêt.
 La composante transactionnelle de la demande de monnaie est une fonction
négative des taux d’intérêt.

Pr. Mohammed KEHEL 38


Chapitre III – Les fondements théoriques de la demande de monnaie

I – La théorie classique de la monnaie

II – L’approche keynésienne

III – Les approches contemporaines de la monnaie

Pr. Mohammed KEHEL 39


III – Les approches contemporaines de la monnaie

L’approche monétariste est basée sur un raisonnement à court terme et long terme.
C’est un courant de pensée ultra-libéral conduit par Milton Friedman (Economiste
américain du XXe siècle : 1912-2006).

En 1956, Milton Friedman développe une nouvelle théorie de la demande de


monnaie: « La théorie quantitative moderne de la monnaie »
(Milton Friedman 1956 : après les deux guerres)

Pr. Mohammed KEHEL 40


Pour Milton Friedman
La monnaie est une composante de la richesse de l’agent économique.
(un élément de son patrimoine)

Actif L’agent économique essaye de diversifier


financier
son patrimoine afin de maximiser son
rendement et de minimiser le risque.

Patrimoine
L’agent économique à travers son choix
de la structure de son patrimoine va
Actif chercher à maximiser l’utilité que ce
Actif réel
monétaire
patrimoine lui procure en termes réels
c-à-d le pouvoir d’achat.
Pr. Mohammed KEHEL 41
Cadre d’analyse de Friedman
 À travers sa célèbre théorie de la demande de monnaie, Milton Friedman a
essayé, à l’instar de ses prédécesseurs, de comprendre et d’analyser la raison
pour laquelle un agent économique détiendra-t-il de la monnaie. Sa théorie est
une amélioration de la théorie de Keynes.
 L’analyse de Friedman considère la demande de monnaie comme un résultat d’un
choix d’actifs composant le patrimoine (monnaie, titres, action et actif réel). Il
va utiliser la théorie générale de la demande d’un actif.
 Selon cette théorie, la demande de monnaie devrait être une fonction des
ressources disponibles des individus (leur richesse) et des rendements anticipés
des autres actifs comparés à celui de la monnaie.
 En accord avec Keynes, Friedman met l’accent sur la valeur désirée des encaisses
réelles c-à-d le pouvoir d’achat que l’agent économique souhaite détenir sous
forme monétaire.

Pr. Mohammed KEHEL 42


Pour Friedman

Demande de monnaie des AE


dépendra de:
Le prix et le taux
de rendement de
La richesse totale
chaque forme de
Détenue sous Les préférences des
détention de la
diverse formes agents
richesse
(monétaires, (Prise de risque)
(Substitution
financières…etc)
possible entre les
actifs)

Pr. Mohammed KEHEL 43


La demande de monnaie chez Friedman :
𝑴𝒅
 La demande d’encaisse réelles : = 𝒇(𝒀𝑷 , 𝒓𝒃 − 𝒓𝒎 , 𝒓𝒆 − 𝒓𝒎 , 𝝅𝒆 − 𝒓𝒎 )
𝑷

(+) (-) (-) (-)


 𝒀𝑷 : Mesure de la richesse appelée revenu permanent (c’est la valeur actualisée
de tous les revenus futurs anticipé qui correspond à un revenu moyen anticipé de
long terme) ; ( + )
 𝒓𝒎 : Rendement anticipé de la monnaie ; ( - )
 𝒓𝒃 : Rendement anticipé des titres (autres que les actions) ; ( - )
 𝒓𝒆 : Rendement anticipé des actions ; ( - )
 𝝅𝒆 : Taux d’inflation anticipé. ( - )

Pr. Mohammed KEHEL 44


La demande de monnaie chez Friedman :
𝑴𝒅
 La demande d’encaisse réelles : = 𝒇(𝒀𝑷 , 𝒓𝒃 − 𝒓𝒎 , 𝒓𝒆 − 𝒓𝒎 , 𝝅𝒆 − 𝒓𝒎 )
𝑷

(+) (-) (-) (-)


 𝒓𝒃 − 𝒓𝒎 : c’est l’écart entre le rendement anticipé des titres (obligations) et le
rendement anticipé de la monnaie.
 𝒓𝒆 − 𝒓𝒎 : c’est l’écart entre le rendement des actions et le rendement anticipé de la
monnaie.
 𝝅𝒆 − 𝒓𝒎 : c’est l’écart entre le taux d’inflation anticipé et le rendement anticipé de
la monnaie.
Quand la valeur de l’un de ces écarts augmente, la demande de monnaie diminue.

Pr. Mohammed KEHEL 45


Comparaison entre les théories de la demande de monnaie
de Keynes et de Friedman
Théorie de Keynes Théorie de Friedman
 Regroupement de tous les actifs dans  Un ensemble d’actifs inclus séparément
une seule catégorie « les titres » sauf la dans la fonction de demande.
monnaie, car il considère que leur  L’activité économique globale n’est pas
rendement varie, en général, dans le influencée par un seul taux d’intérêt mais
même sens. par plusieurs taux.
 Il ne prend pas en considération les  Les actifs réels peuvent être des
actifs réels dans son analyse de la substituts à la monnaie.
demande de monnaie.
 Le taux d’intérêt joue le rôle déterminant  La fonction de la demande de monnaie
dans la fonction de la demande de est influencée plus par le revenu
monnaie. permanent et que les variations des taux
d’intérêt ont peu d’effets sur la demande
de monnaie.
 La monnaie est le principal déterminant
de la dépense globale.
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Pr. Mohammed KEHEL

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