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Antoine-Roger Bumba Monga Ngoy

Classification
générale
des emplois en RDC
Classification générale des emplois en RDC
Antoine-Roger BUMBA MONGA NGOY

CLASSIFICATION GENERALE
DES EMPLOIS EN RDC

L’Harmattan
Du même auteur
1. L’Université de Kinshasa en l’an 2004,
Kinshasa, Editions Universitaires Africaines,
1999
2. Analyse du Travail préalable à la gestion de
l’entreprise moderne, Kinshasa, Conseil
Africain du Travail, 2000
3. Politique de plein emploi des ressources
humaines en RD. Congo, Kinshasa, 2009
4. Politique congolaise de l’éducation, des
origines à nos jours, Kinshasa, Editions Feu
Torrent, 2013
5. La Cité Millenium ou l’autoprise en charge
des Professeurs des universités congolaises,
Kinshasa, Editions Feu Torrent, 2013
6. La formation à l’auto-emploi, Vade mecum de
l’étudiant en Gestion des Entreprises et
Organisation du Travail, Kinshasa, Editions
Universitaires Africaines, 2014.

© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12716-3
EAN : 9782343127163
INTRODUCTION

Le travail se définit, entr'autres, par l’organisation


considérée comme un ensemble de moyens immatériels, mais ausi matériels
et humains, en vue des objectifs définis. Il implique une finalité consciente,
l'ordonnancement de valeurs propres ou moyens d’actions dans le temps et
lieu de travail. Il est la résultante de la gestion, du management, autrement
dit, de l'art et de la science de l’efficacité. Ainsi l’objectif de toute direction
vise à produire plus, à déterminer les processus les plus économiques et les
plus efficaces, à augmenter le rendement en réduisant les dépenses.

Le succès des organisations constitue la caractéristique


essentielle de nos sociétés modernes. Il signifie d'une part l'efficacité, c'est-à-
dire, le rendement au moindre coût en hommes, en moyens financiers et en
matériels et, d'autre part, la motivation au travail et la satisfaction des
membres vis-à-vis de diverses caractéristiques organisationnelles.

L’analyse du travail apparaît dans ce contexte comme la


science de meilleure appréhension, l'outil de la direction tant dans la
conception que dans l'application à l'ensemble de ses opérations de
production, des méthodes de recherche et d'expérimentation scientifique par
lesquelles employés, postes, matériels et conditions de travail sont
rationnellement sélectionnés et aménagés, en sorte que le geste professionnel
soit aisé et dépouillé d’efforts superflus.

L'analyse du travail joue, de nos jours, un rôle important


dans la vie même d'une entreprise. La sélection, l'orientation, le placement,
la formation, la promotion professionnelle, la qualification et l'aménagement

7
du travail sont autant des problèmes dont la résolution implique l’analyse du
travail comme moment ou instrument fondamental.

En effet, S. Pacaud1 dit : Prétendre résoudre un problème


sans l'analyse préalable du travail reviendrait à prescrire des médicaments à
un malade sans l'avoir examiné ou encore vouloir perfectionner une machine
sans connaître sa construction, ni son fonctionnement.

Cependant, bien que l'organisation soit intimement liée à


l'existence de l'homme (conditions de vie qui exigent adaptation ou
organisation plus ou moins élaborée), il a fallu attendre le 18ème siècle pour
sa systématisation effective et pour l’apparition de quelques travaux
fragmentaires. Le chronométrage des travaux parcellaires, fondés sur les
qualités physiques, la force et l'endurance, a constitué les premiers cas
d'analyse du travail. Belidor2 rapporte qu'un « règlement établi à Strasbourg
le 02 Juin 1668 ayant attribué un salaire insuffisant pour certains travaux de
terrassement, Vauban détermina par plusieurs expériences la tâche que
pouvait faire un homme de sa journée et s'en servit de base pour un nouveau
tarif plus équitable ... A cette même époque, le géomètre de la Hire procédait
à des expériences pour mesurer l'effort moyen des terrassiers et des ouvriers
employés à la construction des fortifications et démontrer que le séjour du
travail qu'on leur imposait conduisait finalement au surmenage ».

En 1832, C. Babbage3 (1792-1871), un des précurseurs de


l'Organisation scientifique, publie "One the Economy of Machinery and
Manufactures" dans lequel il suggère, entr'autres, d'entamer l'analyse de la
situation de toute entreprise par une description générale, préconise une

1 Reprise de T. Paku, Essaie d’analyse du poste de chaudronnier, inédit, UNAZA/Kisangani,


1985, p. 31.
2 BELIDOR, cité par DASSEL, Principes de gestion des entreprises, ronéo-typés, Bruxelles,
ULB, 1976, pp. 8-9
3 C. BABBAGE, Traité sur l'économie des machines et des manufactures, traduit par E. Biot,
Bruxelles, Dumont, 1834, p 204.

8
«sage distribution des fonctions» et, se référant à A. Smith, expose les
avantages généralement admis de la division du travail. En effet note C.
Babbage, « en divisant l'ouvrage en plusieurs opérations dont chacune
demande différents degrés d'adresse et de force, le maître fabricant peut se
procurer exactement la quantité précise d'adresse et de force nécessaire pour
chaque opération, tandis que si l'ouvrage entier devrait être exécuté par un
seul ouvrier, cet ouvrier devrait avoir à la fois assez d'adresse pour exécuter
les opérations les plus délicates et assez de force pour exécuter les opérations
les plus pénibles ».

Reprenant une de ses idées maîtresses sur le salaire à la


tâche, F. W. Taylor (1856-1915)4 suggère que ce dernier doit être
« proportionnel au rendement et au standard déterminé par l'étude des temps
de travail ». Ainsi pour déterminer la tâche imposée, la méthode générale à
suivre est la suivante :

1. « Trouver 10 à 15 hommes appartenant, de préférence, à des usines


différentes et originaires de régions différentes, et qui soient
particulièrement habiles dans l'exécution du travail à analyser;
2. définir la série exacte des opérations et des mouvements élémentaires
que fait chacun de ces ouvriers pour exécuter le travail considéré ainsi
que les outils qu'ils emploient;
3. déterminer avec un "compteur à secondes" le temps exigé par chacun
de ces mouvements élémentaires et choisir le procédé permettant de
gagner le plus de temps;
4. éliminer tous les mouvements lents et inutiles;
5. cette élimination faite, grouper en une séquence la série des
mouvements
les plus rapides et les plus efficaces en employant les meilleurs outils.
Cette élimination devient ainsi une norme imposée à l'ouvrier ».

4 F.W TAYLOR, La Direction Scientifique des Entreprises, traduit par L. Maury, Paris,
Dunod, 1957, p.271

9
L'analyse du travail a, certes, évolué. En effet, ainsi que le
soulignent G.R.Terry et S.G. Franklin5, « le type d'individus embauchés et la
manière dont ils sont recrutés, sélectionnés et orientés dans l'organisation,
exercent une grande influence sur leurs attitudes face au travail et sur les
efforts ultérieurs d'impulsion de dirigeants. D'où l'importance de
l'information plus rationnelle et la moins arbitraire à apporter aux
postulants, afin d'assurer à l'entreprise les forces et les chances, lesquelles,
pour paraphraser B. Martory et D. Croset, ne résident ni dans ses
structures, ni dans ses règles, mais dans ses hommes, les seuls moteurs ».

En vue de la conformer à ses objectifs didactiques, la


présente étude connaît plusieurs illustrations. D’une part l’analyse portera
sur un poste de travail en vue de l’orientation et de la sélection
professionnelle. Il s’agit de déterminer les risques et les responsabilités du
chaudronnier (Bacs 480, Office de Routes à Kisangani) sur la matière, le
travail, la machine de production par rapport au processus de recrutement du
personnel d’entreprise. D’autre part, l’étude fait cas de l’analyse des emplois
en vue de l’élaboration des programmes de formation professionnelle des
vitriers de l’université de Kinshasa. Enfin, la dernière illustration porte sur
les travaux d’analyse évaluative et sur la classification des emplois en 2002 à
la société Congo SPRL basée à Kinshasa.6

On distingue actuellement quatre approches scientifiques


d’analyse du travail sur lesquelles nous revenons longuement dans le
premier chapitre :

1. approche motrice ou physiologique,

5 L’analyse de poste de chaudronnier/Bacs 480, Office des Routes à Kisangani a été effectuée
en 1985 sous la direction du professeur Nkombondo B. Lokoto, c’est à l’intention des
étudiants, une illustration didactique et pratique.
6 L’analyse des emplois des vitriers ainsi que les travaux de classification des emplois dans la
Société Congo Sprl ont été sous notre conduite. Ils ont connu la participation de Toussaint
Kimunga Kitansi, Ngoy Amba, Mondjumbu Lianza et Geretondo Gombo.

10
2. approche intellectuelle psychologique ou de processus de pensée,
3. approche de régulation du temps et des mouvements,
4. approche du travail en terme informationnel et de communication
sur laquelle est consacrée une grande partie de l’ouvrage.

Ainsi, ce dernier comporte, outre l’introduction, trois


chapitres dont le premier est consacré à la théorie d’analyse des emplois, le
deuxième aux étapes d’analyse et le dernier à l’évaluation et à la
classification des emplois. Il est suivi d’une conclusion générale.

11
CHAPITRE 1 : APPROCHE
THEORIQUE D'ANALYSE DES
EMPLOIS

A. DOMAINE DE DÉFINITION

Analyser un travail ou un emploi, c'est le décomposer en ses


éléments constitutifs en vue de ressortir ses caractéristiques essentielles et
les qualités nécessaires à son exécution. C'est étudier la façon dont s'exécute
une tâche donnée (processus utilisé, signaux, mouvements, régulations,
temps, etc) en vue de mettre au point des méthodes plus économiques, plus
commodes, plus efficaces à l'exécution du travail.

L'analyse des emplois joue un rôle non négligeable dans la


vie d'une entreprise. Elle est préalable à la qualification, à l'évaluation, au
classement des emplois et à toute intervention ergonomique.

Elle permet de :

1. connaître le contenu réel de l'emploi, ses caractéristiques, son


objectif, en vue de faciliter le recrutement, la sélection, le placement
ainsi que les transferts du personnel ;
2. établir les filières professionnelles, les organigrammes des services
ainsi que leur restructuration;
3. élaborer un programme de formation et de perfectionnement en
fonction des exigences de poste;
4. améliorer les conditions, la logistique nécessaire à l'exécution d'un
travail donné;
5. savoir avec précision ce que fait chaque collaborateur, le temps y
consacré, etc., connaissance du travail dont on peut tirer les
implications au niveau du profil des hommes, des sources
potentielles de fatigue, d'accidents ou de maladies, de l'utilisation
rationnelle et économique des matières premières.

13
B. APPROCHES D'ANALYSE DES EMPLOIS

Ainsi que le souligne J.M. Faverge7, le travail, qu'il soit fait


par un homme ou par une machine comporte quatre composantes
principales : motrice, informationnelle, régulative et intellectuelle. Lorsqu'on
considère un homme à un poste de travail dans un atelier, par exemple, quel
que soit ce poste, son travail comporte toujours, plus ou moins, toutes ces
composantes, mais à des degrés divers selon la nature du travail à ce poste.

Si nous prenons deux hommes qui s'occupent, l’un du


chargement des sacs de ciment dans un véhicule et l'autre placé devant une
chaîne pour écarter les bouteilles cassées ou mal formées, la composante
motrice est prépondérante dans le premier, alors que la perception et la
vitesse de réaction le sont pour le deuxième.

Ainsi, le travail sera analysé selon quatre grandes


composantes, lesquelles ont donné naissance dans l'évolution technologique
à quatre approches d'analyse du travail. Il s'agit de :

1. Analyse du travail en terme de mesure du temps et des mouvements :


Approche de régulation
Sous l’inspiration de F. & L. Gilbreth, (1868-1924), H.
Gantt (1861-1919) et autres grâce aux travaux de F. Taylor (1856-1916),
cette approche part de l'idée que tout travail comporte des mouvements ou
des déplacements et l'analyse du travail consiste à évaluer ou à déterminer le
temps mis pour effectuer ces mouvements. Ce qui conduit, pour décider de
l'importance du travail, au chronométrage des mouvements et du geste
professionnel.

Voici un exercice complexe d’analyse d’emploi en vue de


déterminer le temps de travail et le rendement ouvrier :

Calculez le temps de travail et le rendement journalier de


MOLONDO Kazadi, manuntentionnaire au beach privé du Groupe Agro-
Pastoral (GAP/Ndolo), chargé de décharger, le jeudi 24 novembre 1998, 20
sacs de maïs, lorsque l’on sait que la journée de travail de MOLONDO
commence à 7 heures 30’ et se clôture à 15 heures 30’. Elle connaît les
activités suivantes :

7 J.M. Faverge, Psychologie des accidents du travail, Paris, PUF, 1967, p.8.

14
Tableau n°1 : Analyse des activités

07h30’ Appel nominal ;


07h35’ Enfile la salopette de travail ;
07h43’ Dialogue avec un collègue de service sur le travail d’hier
mercredi ;
07h55’ Prise des instructions chez le chef de service ;
08h10’ Prise d’une tasse de café ;
08h30’ Retour chez le chef pour avoir oublié ses clés d’appartement
et au magasin pour la reprise de ses pièces d’identité ;
09h00’ Direction port situé à 10m qu’il a atteint après 15’ suite à
l’interpellation d’un collègue ;
09h15’ Débout devant la cale encore fermée ;
09h30’ Le chef de la cale ouvre la cale ;
09h40’ Modalités pratiques de déchargement transmises par le chef
de la cale étant donné l’incident du mardi ;
09h50’ Pénétration de MOLONDO dans la cale ;
09h55’ Recherche de sac de maïs à décharger ;
10h00’ Déplacement des sacs du riz afin de retrouver les sacs de
maïs à transporter enfouis, aidé en cela par un coéquipier ;
11h00’ Sortie du premier sac sur le dos lequel atteint l’entrepôt à
11h30’ à la suite del’embouteillage sur le passage ;
11h30’ Sortie de l’entrepôt ;
12h05’ Achat sachet d’eau à boire sur place ;
12h07’ Reprise de chemin de la cale ;
12h25’ Descente dans la cale et transport d’un sac de maïs et son
dépôt sur la barge ;
12h35’ Redescente dans la cale et transport d’un sac de maïs et son
dépôt sur la barge ;
13h05’ Transport de sac de maïs à l’entrepôt ;
13h10’ L’encombremment de passage fait basculer le sac dans le
fleuve ;
13h20’ Rapport fait au chef par le manuntentionaire ;
13h45’ Recherche d’un plongeur pour ramener le sac à la surface ;
14h00’ Descente avec le chef et le plongeur au lieu où le sac de maïs
a sombré ;
14h30’ Le sac de maïs est ramené à la surface et déposé sur la barge ;
14h35’ Redescente du manuntentionnaire dans la cale et transport de

15
sac pour la barge ;
14h45’ La pluie, laquelle oblige MOLONDO à l’abri pendant une
heure ;
15h30’ Retentit le gong de la fin de la journée.

En observant le travail de MOLONDO, on décèle 2 séries de


mouvements : d’une part des mouvements lents et inutiles, à éliminer de la
tâche imposée au poste et, d’autre part, des mouvements rapides et efficaces
concourant au rendement ouvrier proprement dit.

Tableau n° 2 : Séries des mouvements lents et inutiles (3heures 29’) :

07h43’ Dialogue avec un collègue de service sur le travail d’hier


mercredi ;
08h10’ Prise d’une tasse de café ;
08h30’ Retour chez le chef pour avoir oublié ses clés d’appartement
et au magasin pour la reprise de ses pièces d’identité ;
09h00’ Direction port situé à 10m qu’il a atteint après 15’ suite à
l’interpellation d’un collègue ;
09h15’ Débout devant la cale encore fermée ;
09h30’ Le chef de la cale ouvre la cale ;
12h05’ Achat sachet d’eau à boire sur place ;
13h10’ L’encombremment de passage fait basculer le sac dans le
fleuve ;
13h20’ Rapport fait au chef par le manuntentionaire ;
13h45’ Recherche d’un plongeur pour ramener le sac à la surface ;
14h00’ Descente avec le chef et le plongeur au lieu où le sac de maïs
a sombré ;
14h30’ Le sac de maïs est ramené à la surface et déposé sur la barge ;
14h45’ La pluie, laquelle oblige MOLONDO à l’abri pendant une
heure.

16
Tableau n°3 : Séries des mouvements rapides et efficaces (5h31’)

07h30’ Appel nominal ;


07h35’ Enfile la salopette de travail ;
07h55’ Prise des instructions chez le chef de service ;
09h15’ Débout devant la cale encore fermée ;
09h30’ Le chef de la cale ouvre la cale ;
09h40’ Modalités pratiques de déchargement transmises par le chef de
la cale étant donné l’incident du mardi ;
09h50’ Pénétration de MOLONDO dans la cale ;
09h55’ Recherche de sac de maïs à décharger ;
10h00’ Déplacement des sacs du riz afin de retrouver les sacs de maïs
à transporter enfouis, aidé en cela par un coéquipier ;
11h00’ Sortie du premier sac sur le dos, lequel atteint l’entrepôt à
11h30’ à la sortie de l’embouteillage sur le passage ;
11h30’ Sortie de l’entrepôt ;
12h07’ Reprise du chemin de la cale ;
12h25’ Descente dans la cale et transport d’un sac de maïs et son dépôt
sur la barge ;
12h35’ Redescente dans la cale et transport d’un sac de maïs et son
dépôt sur la barge ;
13h05’ Transport de sac de maïs à l’entrepôt ;
14h35’ Redescente du manuntentionnaire dans la cale et transport de
sac pour la barge ;
15h30’ Retentit le gong de la fin de la journée.

Les mouvements suivants sont soumis à l’appréciation de


l’analyste ou commission d’analyse.

En effet, si les premières parties des mouvements sont lents


et/ou efficaces, il n’en est pas de leurs troisièmes parties.

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Tableau n°4 : Mouvements plus ou moins efficaces

09h00’ Direction port situé à 10 m qu’il a atteinte après 15’ suite à


l’interpellation d’un collègue ;
11h00’ Sortie du premier sac sur le dos, lequel atteint l’entrepôt à
11h30’ à la suite de l’embouteillage sur le passage ;

Deux observations à retenir par rapport au travail de


Molondo, d’une part, sur les 8 heures au travail, Molondo a travaillé
effectivement pendant 5h31’ tandis que les flaneries ont occupé 3h29’.
D’autre part, le rendement journalier de Molondo est de 2 sacs de maïs sur
une norme de 20 sacs à transporter à l’entrepôt.

La question de la mesure de l’effort productif reste alors


posée. F.W Taylor, en critiquant les méthodes anciennes, met en évidence
l’absence de leur codification systématique. Il met en place, en vue de la
prospérité de l’ouvrier et de l’employeur, la science du travail, de l’exécution
de chaque élément du travail de laquelle découlent les 6 principes ou les 6
énoncés de management scientifique.

a) Principe de l’étude de temps

Tout effort productif doit être mesuré par une étude des
temps précis et un temps standard doit être établi pour tout le travail effectué
dans l'atelier.

b) Principe du salaire de tâche

Les salaires doivent être proportionnels au rendement et


leurs taux basés sur les standards déterminés par l'étude des temps. Ainsi,
comme corollaire, un travailleur doit être affecté au travail du niveau le plus
haut qu’il est capable d'effectuer.

c) Principe de séparation, de préparation et d’exécution

La direction doit enlever aux travailleurs et assumer elle-


même la responsabilité de préparer le travail et de rendre les prestations
physiquement possibles.

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d) Principe des méthodes de travail

La direction devrait enlever aux travailleurs la responsabilité


des méthodes de travail et déterminer elle-même les meilleures méthodes par
l’étude de toutes les connaissances traditionnelles, leur enregistrement, leur
classement et la transformation de ces connaissances en lois scientifiques.
Elle devrait ensuite former les travailleurs à ces nouvelles méthodes
(sélectionner scientifiquement les ouvriers, les entrainer, les instruire de
façon à atteindre leur plein rendement).

e) Principes de contrôle par le management

Les directeurs devraient être formés à l'application des


principes scientifiques de management et de contrôle (telle que la
comparaison avec des standards valables).

f) Principe de la direction fonctionnelle

La stricte application des principes militaires devrait être


reconsidérée et l'organisation industrielle devrait être conçue de manière à
assurer au mieux l'amélioration de la coordination des activités réparties
entre divers spécialistes.

Ainsi, on retient de F.W. Taylor ce qui suit :

- le remplacement dans l'organisation des entreprises, de l'empirisme


par la méthode scientifique par l'analyse objective, et il a contribué à
introduire dans la direction des entreprises la précision de la
mesure ;
- la création d'une technique d'analyse des temps et des mouvements
qui a évolué sous l'impulsion des physiologistes et des
psychotechniciens ;
- la mise en place de l'autorité fonctionnelle qui même si elle est
exagérée sous la forme qu'il lui avait donnée, constitue un élément
important de l’organisation structurelle des entreprises ;
- la collaboration cordiale avec les ouvriers afin que le travail
s’éxécute conformément aux principes de la science créée.

Cependant le nouveau système qui propose de supprimer


l’antagonisme entre patrons et ouvriers au profit de partage de gain qui en
résulte entre les salaires des ouvriers et les profits de l’entreprise a, en
réalité, posé beaucoup de problèmes.

Sur le plan de la méthode et de son application, il faut


reconnaître que le rendement professionnel du personnel en est la motivation

19
principale. En effet, dit G.S. Watkins8, La Révolution industrielle du 18è
siècle reconnût à peine la nécessité de protéger et de conserver l'élément
humain dans la production. On n'accordait pas du tout attention au gaspillage
des vies humaines, à l'accumulation de la fatigue, à la destruction de la santé
par l'industrie qu'à l'utilisation du capital, des machines et de l’outillage et à
l'épargne des ressources naturelles.

G. Friedmann9 dira que l'étroitesse de l'horizon taylorien


voulu ignorer, de la part du producteur, l'unité de l'homme, en la réduisant
essentiellement en facteur mécanique. Le taylorisme, poursuit-il, conçoit,
met au point et applique ses recherches sous l'angle de la vision de
l'ingénieur exclusivement préoccupé du rendement, jamais sous celui du
physiologiste ou du psychologue, étudiant et respectant la constitution
corporelle et spirituelle de l’individu. Autrement dit, soulignait A.
Merrheim10, un des syndicalistes que le taylorisme a le plus vivement
heurté ; « comme on le voit, la personnalité, l’intelligence, les désirs même
de l’ouvrier sont effacés, annihilés, bannis des ateliers et des usines ».

Ainsi, les conflits sociaux et professionnels que généra le


machinisme industriel au 18è et au 19è siècles incitèrent, de plus en plus.
Vers la fin du 19è siècle, en l'estime et considération à la condition ouvrière.
Ils introduisirent un tournant décisif dans le Scientific Management
Movement par intérêt pour la mise en place et la perfection des instruments
de la connaissance de l'homme au travail, en tant qu'individu et avec les
différences particulières qui caractérisent son attitude mentale au cours et en
marge du travail.

En d'autres termes, l'homme qui travaille mérite, non


seulement de considération, mais aussi des études particulières
physiologiques et psychotechniques. En effet, il faut déduire de lui comment
sa connaissance peut déterminer les méthodes rationnelles et satisfaisantes
au travail du point de vue économique et du développement de
l'organisation, de l'évaluation du travail, de façon à aménager les forces, à
éviter l'effort superflu et la fatigue inutiles de la part de l'ouvrier et, d'autre
part, à accroître la production comme l'entend l'organisation technique.

L'homme qui travaille, affirme G. Lehmann11 est le facteur


de productivité le plus important et le plus précieux. Ce qui signifie que la
connaissance de (l'homme) travailleur est, pour le moins, aussi importante

(8) Reprise de G. Leener, Principes généraux de l’organisation, éd. CP, Bruxelles, 1963, P.
86.
(9) G. Friedmann, Problèmes du machinisme, 1964, p. 47.
(10) A. Merrheim, La vie ouvrière, 1912, p. 224.
11 G. Lehmann, Physiologie pratique du travail, éd. Organisation, Paris, 1955, p. 1.

20
que celle des questions techniques, financières, matérielles et autres. Mais la
connaissance du travailleur a un double sens. C'est d'abord la conception de
sa structure intellectuelle et psychique (aptitude ou attitude au travail,
caractère, disposition mentale, intelligence générale, fluidité verbale,
imagination créatrice, mémoire, sens de l'analyse, attention, organisation et
méthode, bienveillance, comportement avec la clientèle, équilibre personnel,
confiance en soi, ascendance, capacité animatrice, qualité (précision),
ambition, combativité, adaptation à l'uniformité, sens de l'esthétique, valeur
de jugement, appréciation de sa valeur humaine, etc.), afin de déterminer,
après avoir admis ces principes, les rapports qu'il doit avoir vis-à-vis de son
entourage et de ceux qui travaillent avec lui.

D'autre part, la connaissance du travailleur signifie aussi


l'acquisition des éléments relatifs à la structure et à la fonction du corps
humain (aspect général, façon de s'exprimer, intégrité des membres et ou des
organes (vue, ouïe, activité, etc.) dans le but de faciliter l'organisation du
travail, ménager les forces, du point de vue économique. Ainsi, le corps
humain au travail est l'objet d'études précises tendant à décrire les
mécanismes complexes, les conditions et les limites de son fonctionnement.
Car, ne l'oublions pas, l'entreprise n'a pas seulement, comme fonction de
créer un produit, comme l'entend l'organisation technique ; elle a une autre
fonction très importante, celle de distribuer des satisfactions parmi les
individus qui en font partie.

H. Munsterberg (1) écrit que l'augmentation du rendement


de l'industrie par l'adaptation psychologique et par l'amélioration des
conditions psycho-physiologiques ne se produit pas seulement dans l'intérêt
des employeurs, mais plus encore dans celui des ouvriers : leur temps de
travail peut être réduit, leurs salaires augmentés, leur niveau de vie amélioré.
Et par dessus tout, on peut citer le gain culturel répandu sur toute la vie
économique de la nation, à partir du moment où chacun peut être amené à la
place où ses meilleures énergies s'exercent et qui lui assurent le plus de
satisfaction professionnelle.

Par ailleurs sur le plan d’analyse des emplois, S. Pacaud12


souligne, suivant cette approche selon laquelle travailler, c'est amener une
variable à une valeur norme ou veiller à ce qu'elle ne s'en écarte pas.
L'analyse consistera, en conséquence, en une description de l’activité du
travailleur dans la mesure où cette activité est dirigée vers l'atteinte et le
respect d'une norme ou vers le maintien d'un équilibre.

Cependant, l'inconvénient de cette approche est qu'il existe


des travaux qui s'exécutent sans mouvement. De ce fait, le chronométrage

12 S. PACAUD, La sélection professionnelle, Paris, PUF, 1973, p. 9.

21
analytique ne renseigne pas suffisamment sur le contenu réel du travail.
L’intensité de l’activité physique et sa quantification relèvent aussi de la
consommation d’oxygène (o2) et de la fréquence cardiaque ou respiratoire.

2. Analyse du travail en termes d’activités physiologiques ou motrices


Il n'est pas de bonne santé sans bonne condition physique.
Le
corps humain a été conçu pour l'action et l'inactivité l'empêche de
fonctionner convenablement13.
Comme la plupart d'autres animaux, l'homme possède la
faculté de se mouvoir dans son environnement et d'accomplir divers types de
travail mécanique en éliminant certaines parties de son corps et en
appliquant des forces à cet effet. Cette aptitude suppose l'intervention des
muscles moteurs qui ont la propriété de transformer en travail mécanique
l'énergie accumulée par eux sous forme chimique. L'exercice physique
implique donc un travail musculaire statique ou dynamique.
Le travail statique est associé aux contractions isométriques
qui ne
comportent aucune variation de la longueur du muscle, ni aucun mouvement
des articulations. L’organisme ne produit alors aucun travail externe. Par
contre, tout travail dynamique est associé aux constructions isotoniques qui
comportent un raccourcissement du muscle et un mouvement des
articulations avec la production d'un travail mécanique externe. Toutes les
activités de la vie quotidienne résultent de diverses combinaisons de ces 2
types de travail musculaire ou de leur alternance continue.

Dans le travail statique, la force maximale que peut exercer


un groupe musculaire donné et la durée pendant laquelle cet effort de force
peut être soutenu (l’endurance), dépendent des capacités fonctionnelles des
muscles et de la motivation qui poussent le sujet à résister à la tension
(douleur) associée au travail statique. Dans le travail dynamique, ou
rythmique, l'endurance et la libération d'énergie dépendent des mécanismes
énergétiques et de leurs interractions avec d'autres fonctions de l'organisme.

13 C’est Coulomb dit Dassel qui, en 1785, procéda aux premières études scientifiques du
travail humain et, 50 ans plus tard, Claude Bernard soumis la physiologie générale aux
disciples de la méthode expérimentale. Aussi, peu à peu, « le moteur humain » est-il l’objet
d’études précises tendant à en décrire les lois du fonctionnement et à en analyser les
mécanismes complexes. Ainsi, par opposition à certaines conceptions du Scientific
Management où l’on considère avant tout l’ouvrier comme un « moteur » et où le caractère
« humain » est négligé, se développe la notion de « rationalisation biologique ». Dans cette
nouvelle optique, le rendement n’est plus nécessairement le seul critère dans la recherche des
condtions optimales de fonctionnement du moteur humain et l’accent est mis sur les
problèmes d’environnement physiologique du travail.

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Quelle est maintenant notre dépense d’énergie pendant l’activité ? La
quantification de l'activité physique habituelle doit donc en distinguer les
deux composantes principales professionnelles et non professionnelles ou
extra-professionnelles. On peut mesurer l'intensité de l’activité physique en
mesurant la quantité d’O2 absorbée. Plus le travail est intense, plus la
consommation d’oxygène est forte, mais au delà d’un certain seuil, elle reste
constante, quelle que soit l’intensité du travail. Ce seuil, porte le nom de
consommation maximale d’oxygène et est un bon indicateur de la condition
physique14.

Voici à titre illustratif, quelques exemples de la


consommation d’oxygène et le coût énergétique correspondant à diverses
activités courantes.

Tableau 5. Consommation d’Oxygène et dépense énergétique15


Activité physique Consommation Coût (dépense
O2/mn16 énergétique/mn
Travail de bureau 0,4l 1,8 kcal
Marche 5km/h 0,9l 4,5 kcal
Travail intense (sidérurgie, 3,14l 16kcal

14 Nombre de recherche ont eu lieu dans le domaine de la dépense énergétique musculaire.


Signalons les travaux de A. Mosso sur les dépenses composées du système nerveux et du
système musculaire J.F. Jotzykowna, L'Energétisme, Université de Bruxelles, 1906; J. Soury,
"La thermomètre cérébrale", in Revue Philosophique de la France et de l'étranger, janv - févr.
1897, pp. 388-409); ceux de E. Ptlüger (1875), (M. Rieu, "La santé par le sport: une longue
histoire médicale", in La Revue pour l'histoire du CNRS, 26/2010, pp. 30-35). qui ont étudié
les incidences sur l’organisme des déchets de l’activité humaine répandus dans le système
circulaire. Il ressort de ces expériences une constatation pour l’étude de la fatigue industrielle
de l’homme : la fatigue d’un organisme tend à se généraliser même lorsque son origine est
strictement locale.
15 MBUYI M., Circonstances professionnelles de la fatigue musculaire et mentale
Communication au séminaire sur la Médecine du travail, Kinshasa, du 16 au 18 juin 1988.
16 Les études sur les phonomènes de la respiration au cours du travail ont conduit, souligne
Dassel à la conclusion que loin d’être d’un automatisme aveugle, la respiration reflète toutes
les variations affectives et mentales de l’individu au cours du travail. Il s’agissait là d’une
découverte d’importance d’incidence d’une activité physique dans le fonctionnement des
organes.
Cette incidence allait aussi être démontrée au cours d’expériences de G. Dunas et Tinel sur la
circulation du sang domaine où l’automatique semblait à priori plus puissant encore que dans
la fonction respiratoire. La psychologie du travail découvrait les liaisons existant entre le
travail lui-même et la personnalité du travailleur ; ainsi, aux sources mêmes du travail, dans
les réactions de toutes organiques qu’il provoque, on voit intervenu les dispositions de
l’individu, son état d’esprit, ses émotions. Les tableaux suivants indiquent les dépenses
calorifiques oar heure d’activité ainsi que les modifications biologiques dues à l’exercice
musculaire.

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extraction, bûcheron…)
Homme au repos (allongé) 0,2l 1,1 kcal
Homme au repos (assis) 0,3l 1,4 kcal
Homme au repos (debout) 0,3l 1,7 kcal
De ce tableau, il se dégage les conclusions suivantes sur la
productivité d’un travailleur :

a) plus le travail est réalisé en position assise, moins il procure à


l’organisme de fatigue par rapport à la position debout ;
b) certains travaux conviennent plus à certains organismes, considérant
leur taille, leur âge, etc., qu'à d'autres. Ainsi, il convient d'en tenir
compte dans l'affectation des travailleurs;
c) les travaux musculaires doivent être proportionnels à l'effort du
posté. Il est conseillé de recourir aux machines afin de réduire la
pénibilité de travail et économiser l'effort humain.

Tableau n°6 : dépenses caloriques par heure d’activité

Activités laborieuses

Lire 25 Faire la cuisine 100


Manger 50 Repasser 100
S’habiller, se déshabiller 50 Epousseter les meubles 150
Coudre 50 Laver par terre 200
Conduire une voiture 50 Classer des papiers 200
Répondre au téléphone 50 Jardiner 250
Taper à la machine 50 Faire un lit 300
Laver la vaisselle 75 Pelleter 500
Prendre un bain 100 Scier 500
Se brosser les dents ou les 100 Monter et descendre un 800
cheveux escalier

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