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Presses de l’Ifpo
Publications de l’Institut français du Proche-Orient

Contribution à l'étude de l'arabe Une lecture énonciative du Kitāb


parlé formel1 de Sībawayhi

DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS EN LINGUISTIQUE ARABE ET SÉMITIQUE | Georges Bohas

Un témoin fossile du Kitāb de LIRE

Sībawayhi
Geneviève Humbert

p. 121-139 ACCÈS OUVERT

TEXTE NOTES AUTEUR ILLUSTRATIONS


LISEUSE

TEXTE INTÉGRAL

1 La recherche de copies rares et précieuses du Kitāb de Sībawayhi est déjà


RECHERCHER DANS LE LIVRE
attestée à époque ancienne, comme l'illustre une anecdote bien connue, EPUB
OK reprise par exemple par al-Qifṭī 1. On y voit qu'al-Ǧāḥiẓ (mort quelque
soixante-dix ans après Sībawayhi), cherchant un cadeau à offrir au vizir
TABLE DES MATIÈRES Muḥammad b. ‘Abd al-Malik al-Zayyāt auprès de qui il projetait de se
rendre, opta pour un manuscrit du Kitāb. "Lorsque je fus introduit devant le
CITER PARTAGER vizir, raconte-t-il, je lui dis : 'Voulant te faire un présent, et après avoir PDF DU LIVRE
réfléchi que tu possèdes déjà à peu près tout, je n'ai rien trouvé de mieux à
AJOUTER À ORCID t'offrir que le Kitāb de Sībawayhi'... Le vizir... répondit : ORCID I
'Penses-tu donc que
ce livre manque à notre bibliothèque ?' Al-Ǧāḥiẓ s'écria : 'Pas du tout ! Mais
cette copie est de la main d'al-Farrā?, elle a été collationnée avec
l'exemplaire d'al-Kisā?ī, et enjolivée à l'encre d'or par ton serviteur'. Ibn al- PDF DU CHAPITRE

Zayyāt répondit alors : 'C'est en effet la plus prestigieuse et la plus


extraordinaire copie qu'on puisse trouver".

Kitāb et gloses FREEMIUM

Suggérer l'acquisition
2 Sans m'attarder sur la valeur qui s'attache idubitablement à un tel
à votre bibliothèque
autographe, je voudrais montrer, à la lumière de l'observation de plusieurs
dizaines de manuscrits du Kitāb, que le cadeau offert au vizir par al-Ǧāḥiẓ
est pour nous aujourd'hui, pour d'autres raisons, tout à fait particulier. ACHETER

Certes, nous savions déjà que des grammairiens comme al-Farrā? et al-
Kisā?ī, les deux premiers chefs de ce qu'on a appelé l'école grammaticale VOLUME PAPIER
de Koufa, connaissaient et lisaient le Kitāb. On peut retrouver quelques
anecdotes sur l'exemplaire d'al-Farrā? dans la littérature biographique 2, Unavailable

qui nous apprend également qu'al-Kisā?ī fut l'un des rares personnages
dont on ait gardé le souvenir qu'il avait pu "lire" le livre de Sībawayhi devant
ePub / PDF
Abū l-Ḥasan al-Aḫfaš 3 premier transmetteur du Kitāb. Il n'est donc pas
étonnant qu'al-Farrā? ait collationné sa copie avec l'exemplaire du livre de Page 1 / 14
dont on ait gardé le souvenir qu'il avait pu "lire" le livre de Sībawayhi devant
ePub / PDF
Abū l-Ḥasan al-Aḫfaš 3 premier transmetteur du Kitāb. Il n'est donc pas
étonnant qu'al-Farrā? ait collationné sa copie avec l'exemplaire du livre de
Sībawayhi qui avait appartenu à son maître al-Kisā?ī, et il est probable que 1. ‘Alī b. Yūsuf al­Qifṭī,
cette collation avait laissé quelques traces sur la copie offerte par al-Ǧāḥiẓ. Inbāhu l­ruwāt ‘alā  ?anbā?i
Ce qui est plus surprenant, c'est qu'un exemplaire aussi rare, aussi prisé l­nuḥāt, éd. Muḥammad Abū
par les deux protagonistes de l'anecdote et conservé dans une l­Faḍl Ibrāhīm, 3 v (...)

bibliothèque aussi importante que celle du vizir al-Zayyāt, n'ait laissé


2. La littérature
aucun souvenir dans les manuscrits du Kitāb auxquels on se réfère biographique répète
aujourd'hui -pas plus que dans les éditions. volontiers qu'il conservait
son exemplaire du Kitāb
3 L'anecdote laisse entendre en effet, me semble-t-il, qu'on pouvait repérer,
sous un cou (...)
sur la copie offerte par al-Ǧāḥiẓ, sinon le souvenir d'annotations d'al-Kisā?ī,
du moins celui de la collation d'al-Farrā?, qui augmentait la valeur du 3. C'est ce qu'on lit par
cadeau. Il n'y a rien d'étonnant à cela : les grammairiens avaient l'habitude exemple à la p. 74 des
Tabaqātu l­naḥwiyyīna wal­
d'ajouter des variantes ou des réflexions critiques sur leurs manuscrits,
luġawiyyīn d'Abū Bakr Muḥa
surtout lorsque ceux-ci contenaient un texte aussi complexe et (...)
controversé que le Kitāb. Ces gloses, lorsqu'elles émanaient d'autorités
reconnues, étaient - en tout cas pour ce qui concerne le livre de Sībawayhi
- jalousement conservées par ceux qui les avaient découvertes ou reçues,
comme on peut l'observer dans les manuscrits du Kitāb : t o u s c e u x
auxquels j'ai pu avoir accès contiennent en effet un certain nombre de
gloses anciennes, aujourd'hui insérées au coeur du texte. Ces gloses
comptent parmi les plus solides éléments de classification des manuscrits :
en effet, elles sont toujours signées, généralement par les plus illustres
noms de la grammaire, et ces signatures fournissent en quelque sorte la
généalogie de la version du texte transmise par le manuscrit. Or, sur
cinquante-neuf des soixante copies du Kitāb qui m'ont été accessibles, ces
gloses internes se présentent sous la forme d'un corpus relativement
stable, dont les auteurs sont exclusivement "basriens" (à l'exception du
plus ancien d'entre eux, l'incontournable Abū l-Ḥasan al-Aḫfaš), et tout
souvenir des probables interventions d'al-Farrā? ou d'al-Kisā?ī a disparu
des manuscrits. De sorte que le texte que nous ont rendu accessible les
éditions, toutes basées sur des manuscrits truffés de gloses "basriennes",
n'est peut-être que la version authentifiée par Basra, c'est-à-dire une
version du Kitāb parmi d'autres. Le manuscrit évoqué par al-Ǧāḥiẓ pourrait
donc être le seul témoin dont on ait gardé le souvenir d'une version
"koufienne" du texte ou, plus simplement, d'un Kitāb assorti de gloses
koufiennes ; et celui-ci serait resté sans descendance alors qu'il remontait
à des autorités incontestables et remarquablement anciennes.

Un témoin isolé
4 Sans qu'on puisse mettre de façon positive cette version en relation avec 4. Dans la thèse de
lui, il subsiste en réalité un témoin isolé d'où est absent le corpus de gloses Doctorat que j'ai soutenue
en février 1992, sous le
"basrien" qu'on peut qualifier de canonique tant il est répandu ; il est
titre : Premières recherches
remplacé par un autre ensemble de gloses, beaucoup plus technique et (...)
limité. Avant d'évoquer les autres singularités de ce témoin, je voudrais
commencer par le situer dans une histoire du texte. Pour cela, je
commencerai par résumer les renseignements que j'ai pu rassembler sur
l'histoire des recensions et les voies de la transmission du Kitāb 4, ce qui
conduira à constater que les éditions et les manuscrits ramènent, par la
voie de deux grandes recensions, à une version unique, majoritaire au
point d'être pratiquement la seule que nous ait conservé la tradition. C'est
par rapport à cette version que j'aborderai alors l'examen de l'intrus, qui
n'est autre que le plus ancien des deux manuscrits conservés à
l'Ambrosienne de Milan. Cette copie a déjà été repérée par les
paléographes pour l'originalité de son écriture, mais, du point de vue du
texte, son intérêt est passé inaperçu jusqu'à présent.

Editions et manuscrits
5 L'édition princeps de H. Derenbourg 5, repose sur quatre manuscrits et les 5. H. Derenbourg, Le livre de
deux importantes éditions égyptiennes qui ont suivi, véritables fac-similé Sībawayhi, Traité de
grammaire arabe, 2 vol.,
de l'édition originale pour le texte à pleine page, ne reposent pas
Paris, Imprimerie nationa
réellement sur la collation systématique de manuscrits supplémentaires 6. (...)
De sorte que l'on peut dire qu'un très petit nombre de manuscrits du Kitāb
ont été mis à contribution jusqu'à présent pour l'établissement du texte. 6. Pour plus de détails sur
ce point, voir l'article intitulé
Cette faiblesse de la base manuscrite des éditions les plus courantes est
"Les éditions du Kitāb et
plus évidente encore depuis la parution du tome IX de la Geschichte des leur base man (...)Page 2 / 14
arabischen Schrifttums de Sezgin en 1984, où sont recensées soixante-six
ont été mis à contribution jusqu'à présent pour l'établissement du texte. 6. Pour plus de détails sur
ce point, voir l'article intitulé
Cette faiblesse de la base manuscrite des éditions les plus courantes est
"Les éditions du Kitāb et
plus évidente encore depuis la parution du tome IX de la Geschichte des leur base man (...)
arabischen Schrifttums de Sezgin en 1984, où sont recensées soixante-six
copies du livre de Sībawayhi, auxquelles j'ai pu ajouter depuis douze 7. Onze d'entre elles sont
manuscrits supplémentaires 7. Il est donc plus facile désormais d'apprécier mentionnées dans ma
thèse, et une copie
la valeur relative de la version imprimée par rapport à ce que j'appellerai la
supplémentaire vient d'être
tradition manuscrite, de mieux situer chaque témoin dans une histoire des découv (...)
recensions et de la transmission du texte, et surtout de mieux juger de
l'intérêt des copies les plus divergentes par rapport à une norme qui
semble extrêmement répandue.

Deux grandes recensions classiques
6 Pour expliquer comment cette norme se dégage de l'observation de la 8. Paris, Bibliothèque
tradition manuscrite et comment elle s'est constituée, on peut prendre nationale, arabe 3987
(anciennement suppl. ar.
comme point de référence l'édition de Derenbourg, car celle-ci est la seule
1155).
qui s'accompagne d'un apparat véritablement critique, comprenant le
relevé exhaustif des variantes présentées par les manuscrits utilisés. Or 9. Sur l'importance du
Derenbourg, qui avait adopté pour manuscrit de base l'unique copie du manuscrit de Paris,
Derenbourg dit par
Kitāb alors conservée à la Bibliothèque nationale de Paris 8, lui fait dans son
exemple : "c'est mon
édition une place considérable 9, au point que le texte à pleine page en est manuscrit A, et je (...)
à peu de choses près la reproduction ; et, comme ses trois autres
manuscrits diffèrent sensiblement de cette copie, on retrouve leurs leçons,
souvent concordantes, regroupées dans l'apparat critique : on distingue
ainsi clairement ce qui correspond à deux versions, dont la tradition
manuscrite montre qu'il s'agit des deux recensions entre lesquelles se
répartissent 99 % des manuscrits aujourd'hui connus.
7 Pour résumer l'histoire de ces deux recensions si fréquemment attestées 10. Al­Zamaḫšarī est mort
dans la tradition manuscrite, partons à nouveau de l'édition de au Ḫwārizm en 538/1144.

Derenbourg. La recension qui correspond à la version de son manuscrit A a


pour archétype l'autographe d'al-Zamaḫšarī 10, dont la généalogie est la
suivante :

Agrandir Original (jpeg, 75k)

8 Cette recension, qui se diffusa surtout, à partir d'Abū ‘Alī l-Fārisī, dans la 11. Il s'agit de la copie en
partie orientale du monde islamique, fut redécouverte au XVIIIe siècle, quatre volumes conservée
dans la bibliothèque II Halk
probablement au Caire, dans une copie achevée en 647/1249-50 11. C'est
Kütüphanesi de la v (...)
à partir de là qu'elle connut un nouvel essor : j'ai pu retrouver dix-huit
manuscrits modernes copiés, directement ou non, sur cet exemplaire
ancien, et la copie A de Derenbourg figure parmi eux.
9 Dans toutes les copies de cette famille on trouve dans le texte à pleine 12. Abū Bakr ‘Abd Allāh b.
page la recension transmise par al-Zamaḫšarī, et en marge et dans les Ṭalḥa al­Yābūrī est mort à la
Mekke en 523/1129. Cf. al­
interlignes le reflet d'une seconde recension. Celle-ci provient d'une
Bulġatu fî tarāğim (...)
collation tardive, effectuée par al-Zamaḫšarī en personne, avec un
exemplaire du Kitāb qui appartenait à un certain Ibn Ṭalḥa. Il n'est pas 13. Abū ‘Abd Allāh
nécessaire de s'attarder ici sur l'identité de ce personnage 12 ; il suffit de Page 3 / 14
Muḥammad b. Yaḥyā al­
Rabāḥī, mort en 358/969,
collation tardive, effectuée par al-Zamaḫšarī en personne, avec un
exemplaire du Kitāb qui appartenait à un certain Ibn Ṭalḥa. Il n'est pas 13. Abū ‘Abd Allāh
nécessaire de s'attarder ici sur l'identité de ce personnage 12 ; il suffit de Muḥammad b. Yaḥyā al­
Rabāḥī, mort en 358/969,
dire que sa copie se rattachait à la deuxième des recensions dont nous
avait ramené d'Égypte une
avons parlé, celle qui a pour origine le Kitāb de l'Andalou al-Rabāḥ 13 et "lecture" d (...)
celui de son principal transmetteur, Abū Naṣr Ḥārūn b. Mūsā 14. Voici la
chaîne de transmetteurs revendiquée par al-Rabāḥī : 14. Abū Naṣr Hārūn b. Mūsā
(mort en 401/1011),
transmit aussi le Kitāb a u
nom d'Abū ‘Alī 1­Qālī "et de
(...)

Agrandir Original (jpeg, 77k)

1 0 Le plus ancien témoin manuscrit de la recension d'al-Rabāḥī qui ait été 15. Autographe conservé
retrouvé, l'autographe du sévillan Ibn Ḫarūf 15, donne une image inversée par la Bibliothèque
nationale de Paris sous la
de l'autographe d'al-Zamaḫšarī : on y trouve à pleine page la recension
cote arabe 6499. Abū l­
andalouse (celle-là même à laquelle se rattachait la copie d'Ibn Ṭalḥa) et, Ḥasan ‘A (...)
en marge, un grand nombre de variantes issues d'une copie qu'Ibn Ḫarūf
avait découverte en Orient (probablement en Syrie) et qui portait des
annotations autographes d'Abū ‘Alī l-Fārisī, dont la copie, on l'a vu, avait
été l'ancêtre de celle d'al- Zamaḫšarī. Sur les soixante manuscrits du Kitāb
qui m'ont été accessibles, cinquante-neuf sont apparentés à l'une ou
l'autre de ces deux recensions : celle d'Abū ‘Alī l-Fārisī /al-Zamaḫšarī ou
celle d'al-Rabāḥī.
1 1 Comme le font apparaître les deux chaînes de transmission qu'on vient de
voir, ces cinquante-neuf copies, malgré un grand nombre de variantes et
leur rattachement à deux chaînes de transmetteurs distinctes, ont une
origine commune : leurs quatre premiers transmetteurs sont les mêmes, et
conduisent d'al-Aḫfaš à al-Mubarrad en passant par Abū ‘Uṯmān al-Māzinī
et Abū ‘Umar al-Ǧarmī, et on voit que la divergence n'apparaît qu'après al-
Mubarrad. Or, les trois premiers transmetteurs sont également les
principaux signataires du corpus de gloses canonique dont j'ai déjà parlé.
Quand on observe qu'al-Mubarrad est présenté par toutes les sources
biographiques comme le point d'aboutissement de la grammaire après ces
trois premiers transmetteurs, ce que confirment les généalogies qu'on
retrouve dans les manuscrits les plus explicites sur leur origine, on
constate une sorte de connivence entre ces sources, les manuscrits et le
corpus de gloses. Tous ces éléments donnent l'impression que le Kitāb
d'al-Mubarrad fonctionna comme un point de convergence (doit-on parler
plutôt d'un goulet d'étranglement ?) entre les différentes recensions qui
avaient pu coexister précédemment, et que tout se passe comme s'il avait
imposé une véritable vulgate, légitimée par une chaîne de transmetteurs
qui, sous forme de gloses, était inscrite au coeur du texte.
12 Alors que 99 % des copies que j'ai examinées se réclament, plus ou moins
explicitement, de la descendance de l'exemplaire d'al-Mubarrad, ne serait-
ce que par la présence du même corpus de gloses, que doit-on penser du
seul témoin d'où ce corpus est absent ? Pourquoi et comment a-t-il pu
échapper à la règle générale et se singulariser de façon si radicale ?
Comme le manuscrit offert au vizir par al-Ǧāḥiẓ, sa recension remonte-t-
elle en amont de la vulgate d'al-Mubarrad ? Pour essayer de répondre à ces
questions, venons-en maintenant au manuscrit de Milan.

Le manuscrit de Milan, son copiste et
son correcteur Page 4 / 14
son correcteur
13 Le manuscrit arabe de l'Ambrosienne conservé sous la cote X 056 sup. est 16. Où est reproduit, la
fragmentaire et ne contient que les chapitres 327 à 435 du Kitāb. Il n'est ni partie supérieure du folio 2
du manuscrit de Milan.
daté ni localisé, et le nom de son copiste n'est pas connu. Je préciserai plus
loin ce que l'on peut connaître de l'origine de sa recension, car je voudrais 17. Il est tiré du folio 115
d'abord le situer concrètement par rapport à la tradition manuscrite du manuscrit de Milan.
majoritaire. Pour cela, je commencerai par souligner un trait qui peut
paraître à première vue secondaire, mais qui nous amènera très vite à
l'essentiel : on y distingue l'intervention de deux mains ; la première, au
style d'écriture archaïque, se différencie dès l'abord de la seconde par
l'épaisseur du trait et le module des caractères (on en trouvera une
illustration dans la partie supérieure de la Planche 1) 16. C'est celle du
copiste, qui diffère nettement de la seconde main, celle du "correcteur" : un
spécimen de l'écriture de ce dernier, de type occidental bien marqué, est
reproduit dans la partie inférieure de la même planche 17.

1 4 L'écriture du copiste serait caractéristique, selon les spécialistes 18, du style 18. Je dois cette cette
qu'on retrouve sur des manuscrits copiés à Kairouan au début du Ve/XIIe précieuse estimation à
François Déroche.
siècle. Cette localisation est dans une certaine mesure confirmée par le fait
que le manuscrit est écrit sur parchemin, support qui était devenu
rapidement assez rare dans le monde islamique pour la copie des textes
profanes, sauf justement à Kairouan.

1 5 Quant à la date de l'intervention du correcteur, celui-ci la précise en toutes 19. Le correcteur avait donc


lettres au f° 37v, où on lit à la marge, de sa main, les mots suivants : procédé à une collation par
"lecture". D'autres notes
‫ ﻏﻴﻨﺔ‬۷۱‫ﺑﺜﻨﺖ ﺍﻟﻘﺮﺍءﺓ‬, ce qui signifie : "jusqu'ici est parvenue la 'lecture' en l'année
19
marginales nous per (...)
714/[1314]" .

Quelques interventions du correcteur
16 L'écriture du correcteur apparaît sur deux folios entiers et dans de
nombreuses annotations, ajoutées soit dans les marges, soit au sein du
texte écrit à pleine page. L'intervention la plus massive de sa part se
produit au folio 60v : il a effacé et gratté tout ce qui s'y trouvait, et a réécrit
le texte correspondant sur un feuillet additionnel, qui porte actuellement le
n° 61. A plusieurs autres endroits, il efface des mots ou des lignes,
provoquant là encore la disparition des leçons originales. On se trouve
donc devant un cas intéressant : le texte transmis par le copiste semble
avoir provoqué chez le correcteur une réaction assez violente et on peut
penser que celle-ci était suscitée par des divergences choquantes à ses
yeux.
1 7 On peut remarquer tout au long du manuscrit de nombreuses autres traces 20. Qui désigne une
de l'intervention du correcteur, parfois peu aisées à discerner sur une personne très rusée.

reproduction photographique. Examinons en détail la nature de quelques


unes d'entre elles. Au folio 101 du manuscrit de Milan (correspondant à
Derenbourg, II, 217-218), on distingue aisément une insertion de sa main,
introduite après effacement du texte d'origine. Elle est écrite à pleine page,
cinq lignes avant la fin du folio, sur trois lignes d'écriture (voir Planche 2).
Nous sommes dans un passage où Sībawayhi évoque, à propos des
adjectifs de schème ‫ﺋﻌﺮﻝ‬, ceux qui sont invariables en genre et en nombre.
Après avoir évoqué le cas de ‫ ﺻﺒﻮﺭ‬ou 20‫ﻏﺪﻭﺭ‬, invariables en genre, et de ‫ﻋﺪﻭ‬
invariable en genre et en nombre, il passe à l'évocation de certaines
exceptions. Lisons le passage (lignes 10 à 15) qui précède l'intervention du
correcteur :
18 ‫ ﺟﺎﺅﺍ ﺑﻪ‬٬ ‫ ﻭﻡ ﻣ ﻠﻮﻟﺔ‬٬ ‫ﺍﻣﺮءﺓ ﻧﺮﻭﻧﺔ‬۰ ‫ ﻭﻧﺎ ﻟﻮﺍ‬۰ ‫ﺑﺜ ﻮ ﻭ ﺋﺎﺛﺮﺓ ﻷ؛ﻫﺎ ﺍﺳ ﻢ ﻧﺼﺎﺭ ]ﺕ [ ﻛﻔ ﻌﻠﺐ [ﻝ ﻭﻧﻌ ﻠﺐ [ﻟﺔ‬
‫ ﻓﺮﻭﺗﺎ ﻯ ﯨﺬ ﺃﺻﻞ‬۱۱ ‫ﺣ ﻤﻮﻟﺔ ﻭﻥ ﺃﺻﺪ‬۰ ‫ ﻓﻬﻲ ﻻ ﺗ ﻨﻴﺮ ﻛ ﻤﺎ ﻻ ﺗﻐﻴﺮ‬۰ ‫ﻋﻠﻰ ﺍﻟﺘﺄ ﻧﻴﺚ ﻛ ﻤﺎ ﻧﺎﻟﻮﺍ ﻭﺣ ﻤﻮﻟﺔ‬
‫ﻧﺪﻛﺮ‬٬‫ ﺃ ﻻ ﺗﺮﻯ ﺃﺗﻪ ﺻﺮﺍء ﻓﻲ ﺍ‬. ٬‫ ﺭﻩ ﻧﻌﺮﺏ ﺓ‬٬‫ﻧﻌﻮ ﺩ‬۰۱ ‫ﺍ‬٬‫ ﻧﻨﻮﻡ ﻭﻩ ﺋﻨﻮءﺓﺹ‬۰ ‫ ﻭﻣﻨﻞء‬.‫ﺭﺑ ﻤﺔﺻﻢ ﻭ)ﺭﻧﺜ ﻤﺎﺍ‬
‫ﻭﺍﻧﻮﻧﺚ ﻭﺍﻟ ﺠﻊ‬
19 Arrêtons nous ici, puisque c'est à partir de là que va commencer 21. Mot qui désigne un
l'intervention du correcteur, et traduisons : "On dit faluwwun, mais aussi jeune animal en âge d'être
sevré.
faluwwatun 21 c a r c ' e s t d e v e n u u n n o m , t o u t c o m m e fa‘[ī]lun et
fa‘[ī]latun 22. On dit ?imra?atun farūqalun 23 ou encore malūlatun 24, qui 22. Le ‫ﻱ‬ de ‫ ﻓﻌﻴﻞ‬ et ‫ ﻓﻌﻴﻠﺔ‬ a
s'emploie avec le marqueur du féminin comme ḥamūlatun 25, et qui est été ajouté dans un
invariable tout comme ḥamūlatun. Quant au phénomène qui est à l'origine deuxième temps (addition
du correcteur ou
d'une forme comme farūqatun il est comparable à celui qui est à l'origine
autocorrectio (...)
de rab‘atun 26 ou de laḥnatun 27. Dans la classe des mots comme faluwwun
et faluwwatun o n a a u s s i qa‘ūdun et qa‘ūdatun 28 q u ' o n e m p l o i e 23. "Femme très craintive".
indifféremment au féminin, au masculin et au pluriel".
Page 5 / 14
24. "Femme qui s'ennuie".
20 Ainsi, après avoir évoqué un premier type d'exception, où l'adjectif
et faluwwatun o n a a u s s i qa‘ūdun et qa‘ūdatun qu'on emploie 23. "Femme très craintive".
indifféremment au féminin, au masculin et au pluriel".
24. "Femme qui s'ennuie".
20 Ainsi, après avoir évoqué un premier type d'exception, où l'adjectif
invariable est employé indifféremment avec ou sans marqueur du féminin 25. Adjectif invariable
lorsqu'il est utilisé comme nom, Sībawayhi est passé à un deuxième cas, employé comme nom qui
désigne une personne
celui où l'adjectif invariable utilisé comme nom porte toujours le marqueur
douce et patiente.
du féminin.
21 Lisons maintenant le texte ajouté par le correcteur : 26. Adjectif invariable
employé comme nom qui
22 - . . . ‫ ﻛ ﺎﻥ ﻫﺬ ﺍ‬۰ ‫ ﻛﺎ ﻝء ﻁﺮ ﻳﺪ ﺓ‬۰ ‫ ﺣ ﻤ ﻮﻟ ﺔ‬۰ ‫ ﻓ ﻜ ﻤ ﺎ ﻛ ﺎﻧ ﺖ‬. ٬‫ ﺣ ﻤ ﻮﻟ ﺔ‬۰ ‫ﻧ ﻬﻰ ﻻ ﺗ ﻐﺌ ﺮ ﻛ ﻤﺎ ﻻ ﺗ ﻐﺌ ﺮ‬ désigne une personne de
‫ﻧﺎﻟ ﺨﻔﻮﺍ ﺍﻟﻬﺎ ء ﻣﺚ ﺃﺭﺍ ﺩﻭﺍ‬۰ ‫ ﺣ ﻤﻮ ﻟﺔ‬۰ ‫ ﻭ‬۰ ‫ ﻣﻠﻮ ﻟﺔ‬۰‫ ﻭ‬۰‫ ﺇﻧ ﻤﺎ ﻧﺎﻟﻮ ﺍ ءﻧﺮ ﻭﺗﺔ‬: ‫ ﻧﺎ ﻝ ﺃﺑﻮﺍ ﻟ ﺤ ﻤ ﻤ ﻦ‬. ‫ﺭﻓﻌ ﺔ ﺍ‬۰‫ﻯ‬ taille moyenne.

‫ﻓﺄﻟ ﺤﻘﻮﺍ ﺍﻟﻬﺎء ﺣﻴﺚ ﺃﺭﺍ ﺩ ﻭﺍ ﺍﻟﺘﻜﺜﻴﺮ‬۰ ‫ ﺭ ﺍ ﻭﻳﺔ‬۰‫ ﻭ‬۰ ‫ ﻧﻨﺎﺑﺔ‬۰‫ﺍﻟﺘﻜﺜﻴﺮ ﺗ ﻤﺎ ﻧﺎﻟﺮﺍ‬
27. Adjectif invariable
23 Traduisons : employé comme nom qui
désigne une personne qui
24 « ... qui est invariable comme ḥamūlatun. Ḥamūlatun est assimilable à al- commet des fautes en
ṭarīdatu 29 à la manière dont ce dernier l'est à rab‘atun. Abū l-Ḥasan a dit : parlant.
dans farūqatun, malūlatun et ḥamūlatun le hā? est un augmentatif, comme
28. Qa‘ūd/ qa‘ūda est un
dans nassābatun et rāwiyatun. Le hā? est un augmentatif ».
adjectif employé comme
25 Ainsi le correcteur, après avoir effacé le texte original, reprend une phrase nom indifféremment avec ou
déjà présente dans le manuscrit ۰‫ ﻧﻴﻼﺗﻨﻴ ﺮﻛ ﻤﺎ ﻻ ﺗﻨﺌﺮء ﺣ ﻤﺮﻟﺔ‬introduit l'exemple sans le marqueur du féminin
(...)
‫ﺍﻟﻄﺮﻳﺪﺓ‬, présenté comme dissident, puis une glose d'Abū l-Ḥasan 30 qui
propose une interprétation nouvelle des faits observés. Si on se reporte à
29. Pour ‫ﺍﻟﻄﺮﻳﺪ ﺓ‬, cf.
l'édition de Derenbourg (II, pp. 217-8), on constate que le texte imprimé, l'expression ‫ﺍﻟﻄﺎ ﺭ ﺩ ﺍﻥ‬ qui
auquel il ne faut pas oublier d'ajouter la glose d'Abū l-Ḥasan éditée dans désigne "le jour et la nuit".
l'apparat critique, est identique à la leçon introduite par le correcteur. Ce
dernier privilégie donc une version du Kitāb q u i r e c o u p e c e l l e d e 30. Il s'agit d'Abū l­Ḥasan
al­Aḫfaš.
Derenbourg et de ses modèles, et on peut penser que le correcteur a des
motifs puissants d'estimer que cette version est préférable à celle du
copiste.

26 Avant de quitter cet exemple, observons, toujours Planche 2, la trace


d'interventions plus délicates de la part du correcteur : Remarquer ligne 12,
sur ‫ ﺫءﻱ‬et sur ‫ﻭﻛﺎﻥ‬, puis sur le mot ‫ ﺍﺻﻞ‬qu'on lit à la ligne suivante, et
encore au début et à la fin de la ligne 14, un petit signe (une sorte de waṣla
sur les mots isolés, ou un ensemble composé d'une waṣla et d'une manière
de waṣla inversée pour une suite de mots), qui fait partie de l'arsenal mis
en oeuvre par le correcteur pour désigner ce qu'il considère comme une
addition non canonique. Tous les passages soulignés de cette façon par le
correcteur sont également absents de l'édition de Derenbourg.

27 Le texte du manuscrit de Milan est donc différent de celui des modèles du


correcteur, et celui-ci semble vouloir le faire à toute force coïncider avec
une norme, un canon, dont on constate qu'il est proche des manuscrits de
Derenbourg. Cette observation confirme la réalité de notre hypothèse
selon laquelle il existait une version du Kitāb dotée d'une autorité
extraordinaire, liée peut-être, on l'a vu, à la copie d'al-Mubarrad. Elle
montre surtout l'originalité puissante du texte du manuscrit de Milan,
originalité qui a provoqué, de la part du correcteur, des interventions
nombreuses et importantes.

Qualité de la recension du manuscrit de
Milan
28 Les questions qui se posent dès lors sont les suivantes : le manuscrit de
Milan est-il fautif, et les interventions du correcteur sont-elles justifiées ?
Du texte du manuscrit de Milan ou du texte canonique que suit le
correcteur, quel est l'état du texte le plus authentique ? Y a-t-il un moyen
de trancher en faveur de l'un ou de l'autre ? Je voudrais commencer la
discussion sur ce point en donnant, en même temps que des éléments qui
permettent d'apprécier l'intérêt de la recension du manuscrit de Milan,
deux exemples de cas où la critique des textes, lorsque les manuscrits
conservent des leçons divergentes, permet de trancher en faveur de l'une
d'elles et de montrer qu'elle présente de meilleures garanties
d'authenticité.

29 Pour cela, reportons-nous pour commencer au chapitre 327 du Kitāb 31, 31. Folio 2 du manuscrit de
dont quelques lignes sont reproduites sur la Planche 1, dans la partie Milan.

supérieure de la page. Nous allons comparer ce passage à ce qu'on trouve


dans l'édition de Derenbourg II, p. 54-5.
30 Il était question, dans les lignes qui précèdent le passage qu'on va lire et
commenter, des problèmes suscités par l'addition du suffixe de relation -
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iyyun à la fin de quintilittères se terminant par un alif maqṣūra, comme par
30 Il était question, dans les lignes qui précèdent le passage qu'on va lire et
commenter, des problèmes suscités par l'addition du suffixe de relation -
iyyun à la fin de quintilittères se terminant par un alif maqṣūra, comme par
exemple à la fin du nom du mois de ‫ﺟ ﻤﺎ ﺩﻯ‬, qui devient ‫ﺟ ﻤﺎ ﺩﻱ‬. Sībawayhi
passe ensuite aux mots se terminant par un alif suivi d'un hamza. Parmi ses
exemples, il vient d'évoquer ‫( ﺧﻨﻔﺴﺎء‬ligne 3) qui, lorsqu'il reçoit le suffixe -
iyyun, devient ‫ﺭﻧ ﻤﺲ ﺍﻭﻱ‬. Ce qu'il veut faire remarquer, dans cet exemple et
dans ce qui va suivre, c'est que, dans ce mot, le alif est conservé, alors
qu'avec un mot comme ‫ ﺽء‬par exemple, on aura la nisba ‫ﻣ ﻤﺘﺮﻱ‬, où le alif
est élidé. Il va comparer ce cas à la nisba de ḥanīfa, qui n'est pas *ḥanīfī
mais ḥanafī.

31 Lisons le manuscrit à partir de la fin de la quatrième ligne :


32 ‫ ﻣﻼﻣﺎﻥ‬۰ ‫ ﺻﺎﺭ ﻳﻨﺰﻟﺔ ﺍﺧﺮ‬٬ ‫ ﻳﺪﺧﻠﻪ ﺇ ﻟ ﺠﺈ ﻭﺍﻟﻨﺼﺐ ﻭﺍﻟﺮﻓﻊ‬٬ ‫ ﻭﻛﺎﻥ ﺣﻨﺎ‬٬‫ ﻟﻨﺎ ﺗ ﺤ ﻤﻜﺚ‬٬ ‫ﻭ ﺫﻟﻚ ﺃﻥ ﺁﺧﺮ ﺍ ﻻ ﻡ‬
‫ ﺿﺎﺭﺕ ﻫﻜﺬﺍ‬. ‫ﻭﺍﺷﻬﻴﺒﺎﺑﺎ‬۰ ‫ ﻭﻛﺎ ﻻﻭ ﺍﺧﺮ ﺍﻟﺶ ﻣ ﻦ ﺷ ﺲ ﺍﻟ ﺨﺮﻑ ﻧ ﺤ ﺮ ﺍﺧﺮﻡ ﺍﺣﺮ ﻧ ﺠﺎﻡ‬٬ ۰ ‫ ﻭﻡ ﺯﻋﻔﺮ ﺍﻥ‬۰
‫ﻭﺇ ﻧ ﻤﺎ ﺟ ﺴﺮﻭﺍ ﻋﺮ ﺣﺬ ﻑ ﺍ ﻻ ﻟﻒ ﻷﻧ ﻬﺎ‬۰ ‫ ﻣ ﺮﻣ ﻰ‬۰ ‫ ﺑ ﻤ ﺰﻟ ﺔ ﺃﺧ ﺮ‬٬ ‫ ﺣ ﻴ ﻦ ﻧﻮ ﻷ‬٬ ۰ ‫ ﻣ ﻌ ﺰ ﺉ‬۰ ‫ﻛ ﻤﺎ ﺻﺎ ﺭ ﺍﺧ ﺮ‬
‫ﺣﻨﻴﻨﺔ‬۰ ‫ﺭﺑﻴﻌﺔ ﺍ ﻭ‬۰ ‫ ﻻ ﻳﺪﺧﻠﻬﺎ ﺟﺚ ﻭ ﻻ ﻧﺼﺐ ﻭ ﻻ ﺭﻓﻊ ﻓ ﺤﺬﻓﻮﻫﺎ ﻛ ﻤﺎ ﺣﺬﻓﻮﺍ ﻳﺎء‬٬ ‫ ﻣﻴﺘﺔ‬٬ .
33 Sībawayhi explique ici qu'il y a des mots vivants, c'est à dire susceptibles de
prendre les désinences casuelles que sont le ğarr, le naṣb et le raf‘, comme
za‘farān ou comme iḥrinğām et išhībāb. Mais que, dans des mots comme
ma‘zan ou marman, le alif est "mort", puisqu'on n'y fait pas la distinction
entre les trois cas. Dans un cas de ce genre, le alif est élidé avant le suffixe
-iyyun, d'où une forme comme ma‘nawiyyun au lieu de de *ma‘nāwiyyun.
De même, le ī long de rabī‘a et de ḥanīfa est élidé quand on ajoute le
suffixe -iyyun et on obtient non pas *rabī‘iyyun et *ḥanīfiyyun mais
raba‘iyyun et ḥanafiyyun.
34 Reportons-nous au texte édité par Derenbourg (II, p. 74). Π diffère très
peu du manuscrit, mais il en diffère de façon cruciale. Je reproduis la
première phrase en soulignant les différences avec ce qu'on vient de voir à
l'aide des crochets :
35 ‫ ﺻ ﺎﺭﺑ ﻤﺰﻟﺔ ﺯﺍﺧﺮ [ ﺍ ﻣ ﻼﻣﺎﻥ ﺭﻡ‬٬ ‫ ﻳﺪﺧﻠﻪ ﺍﻟ ﺤﺮ ﻭﺍﻟﻨﺼﺐ ﻭﺍﻟﺮﻍ‬٬ ‫ ﻟﺚ ﻧ ﺤﺮﻙ ﻭﻛﺎ ﻥ ﺣﻴﺎ‬٬ ‫ﺫﻟﻚ ﺃﻥ ﺁﺧ ﺮ ﺍ ﻻﻡ‬
‫ ﻭ ﺍﺷﻬﻴﺎﺏ ﺍ‬٬‫ ﻭﻛﺎ ﻻﻭﺍﺧﺮ ﺍﻟﺘﻲ ﻣ ﻦ ﻧﻔﺲ ﺍﻟ ﺤﺮﻑ ﻧ ﺤﻮﺍﺧﺮ ﻻﺣﺮ [ﻫﻢ‬٬ ۰ ‫ﺯﻋﻔﺮﺍﻥ‬.
36 On remarquera que, chez Derenbourg, on est passé de la séquence 32. Ḥārūn (édition du Caire
en 5 vol., 1966­77, II
‫ﺍﺧﺮﺍﻧﺮﻧ ﺠﺎﻡ‬, qui n'a pas de sens, alors que l'ensemble de l'expression ‫ ﺍﺭﺗﻢ‬est fréquent
p. 356) et les éditeurs de
dans le Kitāb, car Sībawayhi l'utilise pour évoquer certains quintilittères, de
Būlāq (al­Maṭba‘a 1­kubr (...)
la même façon que ‫ ﺍﺣﺮﻧ ﺠﺎﻡ ﻭﺍﺷﻬﻴﺎﺏ‬ou ‫ ﺯﻳﺪ‬sont pour lui les exemples type du
prénom. Remarquer, sur le manuscrit, que le correcteur a ajouté, au-
dessus des deux dernières occurrences de ‫ﻧﻨﺮﻭ‬, la waṣla qui indique une
addition intempestive selon lui. Il a cependant conservé pour sa part une
leçon qui garde un sens, car chez lui ce ne sont pas les lettres ‫ ﺍﺧﺮ‬qui ont
disparu comme chez Derenbourg, mais 32‫ﺍﺣﺮ‬. Π convient d'observer en effet
qu'on a ici deux fois de suite la séquence ‫ﺍﺣﺮ‬, et que tout se passe comme si
la leçon du manuscrit de Milan était bien la leçon primitive qui, dans les
autres manuscrits, avait été raccourcie par erreur : car le passage de
‫ ﺍﺧﺮﺍﺣﺮﻧ ﺠﺎﻡ‬à ‫ ﺍﻡءﺗﺎﻡ‬ou à ‫ ﺍﺣﺮﻧ ﺠﺎﻡ‬relève d'une faute de copiste fréquente, l'haplographie,
qui consiste, pour un scribe pressé, à confondre deux séquences
identiques en une seule. Il est intéressant de constater que Derenbourg a
conservé un point sur ‫ﺽﺍ‬, comme dans son manuscrit : ce point me paraît
crucial pour démontrer la réalité du processus que j'ai décrit.

37 Le cas est digne d'être souligné parce qu'il permet de retrouver la bonne
lecture mais aussi parce qu'on peut expliquer logiquement la divergence
par l'analyse du processus qui a conduit à l'apparition de l'erreur.
Remarquons encore une fois que le correcteur du manuscrit de Milan se
basait, au XIVe siècle, sur des manuscrits anciens qui conservaient déjà des
leçons très proches de celles des modèles de Derenbourg.

38 Parmi les phénomènes qui trahissent l'usure d'un texte, l'haplographie est
sans doute l'un des plus convaincants. Mais ce qu'on appelle le saut du
même au même est également doué de beaucoup de force ; c'est pourquoi
nous allons maintenant examiner un passage qui se situe à la fin du folio
13 et au début du folio 13v du manuscrit de Milan.

39 L i s o n s d ' a b o r d l e t e x t e c o r r e s p o n d a n t , p a g e 9 0 d u v o l u m e I I d e
Derenbourg :
4 0 ‫ﻭﻟ ﻴﻰ ﺷ ﻲء ﻋ ﻦ ﺑﻨ ﺎﺕ ﺍ ﻟﻴ ﺎء ﻻ ﻳ ﺠﻮ ﺯ ﻏﻴ ﻪ ﺍﻣ ﺎﻟ ﺔ ﺍ ﻷ ﻟﻒ ﻭ* ﺭﺟﺎ ﺍ ﺗﻘﻮ ﻝ ﺍﺭﺟ ﺎﻭﺍﻥ ﺍ ﻷﺗﻪ ﻣ ﻦ ﺑﻨﺎ ﺕ ﺍﻟﻮ ﺍﻭ‬
‫ﻡ ﺍﻟ ﻮ؛ﻭ ﻭﻳ ﻨﻚ‬۱‫ ﻷﻥ ﺍﻟﺮ ﺿﺎ‬۰ ‫ﺗﺪﺗ ﻚ ﻋﻠﻰ ﺫﻟ ﻚ ﺗﻮﻝ ﺍ ﻟﻌﺮﺏ ﺭ ﺟﺎ ﻻﻳ ﻠﻮﺯﺍ ﻻ ﻟﻒ ﻭﻛﺬ ﻟﻚ ﺭﺍﻟ ﺮﺿﺎ ﺗﻘ ﺮﻟﺮﻗﺘ ﺆﺍﻥ‬
‫ﻧﻮﺍﻥ ﺍ‬۰ ‫ ﻣ ﻤﻮﻝ‬٬ ۱‫ﺍﻟﻘﻔﺎ‬٬‫ ﺑ ﻤﺰﻟﺔ‬٬‫ﻋﻨﻲ ﻧﻨﻚ ﻧﺮﻧ ﺤﺈﻣﻮﻣﺎﻟﺮﻧﻮﺍﻧﻢ ﻧﺎﻧﺎﻣﻨﺈﻓﻴﺖ ﻧﻴ ﻤﻨﺰﻧﺔ ﻧﻴﺎ ﻭﺍﻟﻂ‬

4 1 Traduction :
42 « Il n'y a pas de mot à troisième radicale yā? où l'imāla ne soit pas autorisée.
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Rağā donne au duel rağāwāni parce que c'est un mot à radicale wāw,
42 « Il n'y a pas de mot à troisième radicale yā? où l'imāla ne soit pas autorisée.
Rağā donne au duel rağāwāni parce que c'est un mot à radicale wāw,
comme le prouve le fait qu'on dise rağā, sans imāla du alif. Il en est de
même avec al-riḍā et riḍawāni, car al-riḍā est un mot à radicale wāw,
comme le mettent en évidence des mots comme marḍuwwun et al-riḍwān.
Quant à marḍiyyun, c ' e s t u n m o t q u i e s t d a n s l e m ê m e c a s q u e
masniyyatun. »
43 Une phrase supplémentaire (que le correcteur a mise entre parenthèses)
apparaît après masniyyatun dans le manuscrit de Milan. Voici comment s'y
lit actuellement la fin du passage :
4 4 - - ‫ ﺃﺭ ﺽ ﺿ ﻮﺓ < ﻭﻣ ﻲ‬۰ ‫ ﺳ ﻨﻴ ﺔ ﺭ ﺩ ﺧﺒﺮ ﻧﻲ ﺱ ﺃﻧ ﻖ ﺑﻪ ﺃﻧﻬ ﻢ ﻳﻘ ﻮﻟ ﻮﻥ‬۰ ‫ ﻓﺒ ﻤﻨﺰ ﻟﺔ‬۰ ‫ﻏﺎ ﻧﺎ ﻣﺮ ﺿﻲ‬
‫ ﻭﺍﺋ ﻤﺎ‬۰ ‫ﺍﻣﺴﺘﻴﺔ‬٬ ‫ ﻭﻧﺪ ﻗﺎﻟﺰﺍ‬. ‫ ﺍﻟﻘ ﺜﺎ ﺗﻘﻮﻝ ﺍﻟ ﺤ ﻴﺮﺓ‬۱۱ ‫ ﺑ ﻤﺰ ﻟﺔ‬۰ ‫ ﻭﺗﺪ ﻗﺎﻟﺰ ﺍ ﻫﺈ ﻭﺍﺋ ﻤﺎ ﻫﻮ ﺃﻭﺍﻝ ﻧﺎ‬۰ ‫ﺍﻟ ﺨ ﻴﺮﺓ‬
‫ﺻﻮﺍﻥ‬۱۱ ‫ ﺗﻘﻮﻝ‬۰ ‫ ﺍﻟﺚ‬۰ ‫ﻫﺮ (ﻭﺍﻝ_ﻡ ﺻﻨﺎ ﺑ ﻤﺰﻟﺔ‬
4 5 Traduction :
46 « U n e p e r s o n n e d e c o n f i a n c e m ' a a p p r i s q u ' o n d i s a i t arḍun 33. Qui désigne une terre
masnuwwatun 33, qui est une ḥīra 34, mais on dit aussi masniyyatun, qui irriguée.

n'est autre chose que le sanā 35, et sanā est dans le même cas que qafā
34. C'est­à­dire une terre
puisqu'on dit sanawāni au duel... » verdoyante.
4 7 La phrase qui a disparu chez Derenbourg se situe entre deux occurences
35. Autre terme pour
du mot ‫ ﮥﻴﻨﺴﻣ‬dans le manuscrit : le copiste qui se trouve à l'origine de
désigner une terre irriguée.
l'omission, ayant cessé d'essayer de comprendre ce qu'il écrivait et pressé
d'achever sa tâche, avait baissé le regard pour écrire le premier ‫; ﮥﻴﻨﺴﻣ‬ 36. Ainsi que les mots ‫ﻭﺍﺗﻤ ﺎ‬
relevant la tête, il était tombé sur le deuxième, qui n'en était pas très ‫ﻡ‬, désormais dénués de
éloigné, et avait repris sa copie à partir de là. Le saut du même au même a sens, qui suivaient.

eu pour conséquence de faire disparaître tout ce qui se trouvait écrit entre


les deux 36. Il est d'autant plus vraisemblable que la leçon du manuscrit de
Milan est la meilleure que la phrase " ‫ " ﻭ ﺧ ﺒ ﺮ ﻧ ﻲ ﻣ ﻦ ﺍ ﺗ ﻖ ﺑ ﻪ‬e s t t r è s
fréquente dans le Kitāb : Abū Zayd al-Anṣārī a même prétendu que chaque
fois que Sībawayhi utilisait l'expression c'était de lui-même, Abū Zayd, qu'il
parlait.
48 Ce qui précède était destiné à énumérer les différentes techniques utilisées
par le correcteur pour amender un texte qui lui apparaissait par trop
déviant : parenthèses, inscriptions dans les interlignes, mais aussi grattage
et effacement pur et simple. Je voulais aussi montrer deux cas où les règles
de la critique des textes permettent de discerner, parmi les leçons en
concurrence, celle qui est la meilleure, en reconstituant le mécanisme de la
faute.

49 On a déjà pu constater que le texte du manuscrit de Milan paraissait avoir


subi moins d'altérations que celui de la version majoritaire. Ce qu'on a vu
précédemment montre qu'on est en présence d'un témoin important,
puisqu'il conserve en même temps deux recensions très différentes, dont
l'une était totalement inconnue jusqu'à présent. Il devrait permettre
également de retrouver la mémoire de divergences anciennes, comme
celles qui ont suscité l'intervention particulièrement autoritaire du
correcteur dans notre premier exemple.

Supériorité du manuscrit de Milan
50 Mais il convient d'ajouter surtout qu'on pourrait multiplier les cas où le
manuscrit de Milan, alors même qu'il ne conserve qu'un sixième environ du
Kitāb, permet de corriger fondamentalement et en de nombreux endroits
un texte que l'on avait cru définitivement établi après trois importantes
éditions. Il ne s'agit pas seulement d'une copie très originale, mais d'un
témoin tout à fait exceptionnel, grâce auquel on s'aperçoit que la recension
majoritaire est singulièrement fautive.
5 1 Pour le montrer, je me propose de rééditer un petit chapitre, numéroté 332 37. Qui correspond au
dans l'édition de Derenbourg 37, qu'on peut lire aux folios 6v à 7v du chapitre du tome III page
379 de l'édition de Ḥārūn
manuscrit de Milan. J'ai respecté l'orthographe du manuscrit et ne suis
(réimpr. de 1966­77).
intervenue qu'en ajoutant des guillements et en soulignant tous les
passages qui sont absents des manuscrits et des éditions, c'est-à-dire de la 38. J'ai établi cette édition
version "canonique" 38 : avec le concours de G.
Bohas et de A. al­Qādirī.
52 ‫ﻫﺬﺍ ﺑﺎﺏ ﺍ ﻹﺿﺎﻋﺔ ﺍﻟﻰ ﻣﺎ ﺫﺏ‬
53 ‫ﻓﺎﺅﻩ ﻣ ﻦ ﺑﻨﺎﺕ ﺍﻟ ﺤﺮﺗﻴ ﻦ‬
5 4 ‫ﺍ ﻹﻋ ﺎﻧﺔ ﺍﻟﻰ ﺃﺻﻠﻪ ﻟﻌ ﺪ ﻣﺎ‬0‫ ﻋﺪ ﻳ ﻤﻮﻣﺰ ﺑﯩ ﻤﻼﺋﺮ ﺩ‬۰ ‫ ﻧﺈ ﺫ ﺍ ﺃﺿ ﻨﺖ ﻧﻠ ﺖ‬٬ ۱ ‫ ﺯﺋ ﺔ‬۰ ‫ ﻭ‬۱ ‫ ﻋ ﺪ ﺓ‬۰ ‫ﻭ ﺫ ﻟ ﻚ‬
. ‫ ﻷﻧﻬﺎ ﻟﻮ ﻅﻬﺮ ﺕ ﻟﻢ ﻳﺜﺮﻧﻬﺎ ﻣﺎ ﻳ ﻨﺰﻡ ﺍﻟﻼ ﻡ ﻟﻮ ﻅﻬ ﺮﺕ ﻣ ﻦ ﺍﻟﺘﻨﻴﻴﺮ ﻟﺮﺗﻮﻉ ﺍﻟﻴﺎء ﻋﻠﻴﻬﺎ‬٬ ‫ﻣ ﻦ ﺇ*ﺃﻱ ﺍ ﻹ ﺛﺎﻧﺔ‬
‫ ﻓﺜ ﺮ ﺩ ﺍﻟ ﻔﺎ ء ﻧ ﻼ ﺷ ﻐﻲ ﺃﻥ ﺋﻠ ﺤﻰ‬۰ ‫ ﻭ ﻋ ﻴ ﺪ ﺓ‬۰ ‫ﻳﺪ ﺗﻚ ﻋﺴ ﻠﻰ ﺫ ﻟ ﻚ ﺍ ﻟﺘﺼ ﻐﻴ ﺮ ﺕ ﺃ ﻻ ﺗﺮ ﻯ ﺃ ﻧﻚ ﺗﻔ ﺮ ﺩ‬ Page 8 / 14
‫ﻭ ﺫ ﻟ ﻚ ‪ ۰‬ﻋ ﺪ ﺓ ‪ ۱‬ﻭ ‪ ۰‬ﺯﺋ ﺔ ‪ ٬ ۱‬ﻧﺈ ﺫ ﺍ ﺃﺿ ﻨﺖ ﻧﻠ ﺖ ‪ ۰‬ﻋﺪ ﻳ ﻤﻮﻣﺰ ﺑﯩ ﻤﻼﺋﺮ ﺩ‪0‬ﺍ ﻹﻋ ﺎﻧﺔ ﺍﻟﻰ ﺃﺻﻠﻪ ﻟﻌ ﺪ ﻣﺎ ‪5 4‬‬
‫ﻣ ﻦ ﺇ*ﺃﻱ ﺍ ﻹ ﺛﺎﻧﺔ ‪ ٬‬ﻷﻧﻬﺎ ﻟﻮ ﻅﻬﺮ ﺕ ﻟﻢ ﻳﺜﺮﻧﻬﺎ ﻣﺎ ﻳ ﻨﺰﻡ ﺍﻟﻼ ﻡ ﻟﻮ ﻅﻬ ﺮﺕ ﻣ ﻦ ﺍﻟﺘﻨﻴﻴﺮ ﻟﺮﺗﻮﻉ ﺍﻟﻴﺎء ﻋﻠﻴﻬﺎ ‪.‬‬
‫ﻳﺪ ﺗﻚ ﻋﺴ ﻠﻰ ﺫ ﻟ ﻚ ﺍ ﻟﺘﺼ ﻐﻴ ﺮ ﺕ ﺃ ﻻ ﺗﺮ ﻯ ﺃ ﻧﻚ ﺗﻔ ﺮ ﺩ ‪ ۰‬ﻭ ﻋ ﻴ ﺪ ﺓ ‪ ۰‬ﻓﺜ ﺮ ﺩ ﺍﻟ ﻔﺎ ء ﻧ ﻼ ﺷ ﻐﻲ ﺃﻥ ﺋﻠ ﺤﻰ‬
‫ﺍ ﻻﺻ ﻢ ﻧﻴﺎ ﺩ ﺓ ﻓﺘ ﺠﻌﺜﻬ ﺎ ﺃﻭ ﻻ ﻣ ﻦ ﻧﺾ ﺍ ﻟ ﺨﺮﻑ ﻛ ﻤﺎ ﻟﻢ ﺗﻨﻌﻞ ﺫﻟﻚ ﻓ ﻲ ﺍﻟﺘ ﺤﻘﻴﺮ ‪ ٬‬ﺭ ﻻ ﻣﻴ ﻞ ﺍﺯ ﺭ ﺩ ﺍﻟﻔ ﺎء‬
‫ﻟﺌﻌﺪ ﻫﺎ ﻓ ﻠﻢ ﺗﻘﻮ ﺃ ﻹﺿﺎﻓﺔ ﻋ ﻠﻰ ﺭ ﺩ ﻫﺎ ‪ ۰‬ﺃ ﻻ ﺗﺮﺇﻫﻢ ﻟﻢ ﻳﺮ ﺩﺭﻡ ﻣ ﺤﻲ ﺭﻟ ﺠ ﻤﻊ ﺇﻧﺘﺎء ﻧﺴﺌ ﺎ ﻋ ﻦ ﻋﺬﻩ ﻡ‪/‬‬
‫ءﺃ ‪/‬ﺕ ﻟﺜ ﻌﺪ ﻋﺎ ‪ ٬‬ﻭ ﺗﺪ ﺭ ﺩ ﻭ ﺍ ﻓﻲ ﺍﻟ ﺠ ﻤﻊ ﺑﺎ ﻟﺘﺎ ء ﻭ ﺍ ﻟﺘﺜ ﻨﻴﺔ ﺑﻌﺾ ﻣ ﺎ ﺫ ﺏ ﻻﻣﺎ ﺗﻪ ﻛ ﻤﺎ ﺭ ﺃﻭﺍ ﻧ ﻲ ﺍ ﻻ ﻓﺎﻧ ﺔ ‪٬‬‬
‫ﻓﻠ ﻮ ﺭ ﺩﻭ ﺍ ﻓ ﻲ ﺍ ﻹ ﺿﺎ ﻓﺔ ﻟ ﺤ ﺎء ﺑﻌﺚ ﻧﺮ ﺑﻮ ‪ ٬‬ﻓﻲ ﺍﻟ ﺠ ﻤﻊ ﺑﺎ ﻟﺘ ﺎء ‪ .‬ﻧﻬﺬ ﺍ ﺩ ﻟﻴ ﻞ ﻋ ﻠﻰ ﺃﻑ ﺍ ﻹﺧ ﺎﻏ ﺂ ﻻ ﺋﻘ ﻮﻯ‬
‫ﺣﻴ ﺚ ﻟ ﻢ ﻳ ﺮ ﺩﻭ ﺍ ﺑ ﺚ ﻓﻲ ﺍﻟ ﺠ ﻤ ﻊ ﺑﺎ ﻟﺘ ﺎء ‪ .‬ﻓﺈﻥ ﺗﻠ ﺖ ﺃﺿ ﺢ ﺍ ﻟﻔ ﺎء ﻓ ﻲ ﺍ ﺧﺮ ﺍﻟ ﺨ ﺮﻑ ﻟﻢ ﻳ ﺠﺰ ‪ ٬‬ﺭ ﻟ ﺮ ﺟ ﺎﺯ ﺫﺍ‬
‫ﻟ ﺠﺎﺯ ﺍﻥ ﺗﻔﺢ ﻱ;ﻭﺍﻟﻮﺍﻥ ﺇ ﺫ ﻛﺎﻧﺖ ﻻﻣﺎ ﻓﻲ ﺃﻭﻝ ﺍﻟﻜﻠ ﻤﺔ‪ .‬ﺃ ﻻ ﺗﺮﺁﻣﻢ ﺟﺎﺯﺍ ﺑﻜﻞ ﺷﻲء ﻣ ﻦ ﺫﺍ ﻓﻲ ﺍﻟﺘ ﺤﻘﻴﺮ‬
‫ﻋﺮ ﺃ ﻣ ﺤﻠﻪ ﻭﻫ ﺬﺍ ﻧﺮﻝ ﻳﻮﻧﺲ‪ .‬ﻭ ﻻ ﻧﻌﻠﻢ ﺃ ﺣﺪﺍ ﻧﻮ ﺛﻖ ﺑﻌ ﻠ ﻤﻪ ﻧﺎ ﻝ ﺧﻼﻑ ﺫ ﻟﻚ‪ .‬ﻭﺗﻨ ﻮﻝ ﻓﻲ ﺍ ﻹﺿﺎﻓﺔ ﺍﻟﻰ‬
‫ﺛﻨ ﺔ ﺍﻭ ﺫﻭﻱ ؛ﺍ ﻋﻠ ﻰ ﺗ ﻤ ﺮ ﺩ ﺳ ﺜ ﻤ ﺎﻝء ﻧﻴ ﻦ ‪٬‬ﺁﻭ ‪ ۰‬ﻅ ﺌﺮ ﻱ‪ ٬‬ﻭ ﺫﺍ ﻙ ﻵ ﺩ ﺍء ﻧﺎ ﺭ ﺩ ﺩ ﺕ ﻟ ﻢ ﺗ ﻜ ﻦ ﺍﻟ ﻌ ﺠ ﻦ ﻛ ﻤ ﺂ ﻟ ﻢ‬
‫ﻧﻨ ﻜ ﻦ ﺍﻟ ﻴﻢ ﺇ ﺫ ﺍ ﻧﻠﺖ * ﺩﻧﻮ ﻱ‪ .٬‬ﻓﻠﻨ ﺎ ﺗﺮﻛ ﺖ ﺍﻟﻜ ﻤ ﻤﺮﻩ ﻋﻠﻰ ﺣﺎﻟﻬ ﺎ ﺟﺮﺕ ‪ /‬ﻹﺻﺎ ﺩ ﺓ ‪/‬ﺭﻯ ﻡ ﺭﺛ ﻤ ﺐء ﺭﺇ ﺫ‪/‬‬
‫ﺍﺭﻣﻴ ﺖ ﻣﻨﻬﺎ ﺍﻟ ﻬﺎء ﺻﺎﺭﺕ ﺭ ﺩﻧﻲ ء ﻋﻠ ﻰ ﺭﺯﻥ ‪ ۰‬ﺑ ﻤﻲ ﺍ ﻻ ﺃ ﺫ ﺃﺭﻝ ‪ ۰‬ﺗ ﺠﻲء ﻣ ﻨ ﻤﺘﺮ ﺡ ﺭﺍ ﻭ ﺩ ء ﺭﺛﻲ ء ﻣﻜﺮﺭ‬
‫ﻓ ﺠﺮ ﺕ ﻣ ﺠﺮ ﻯ ‪ ۰‬ﺳ ﻴﺮ ﻱ ء • ﺭﺃ ﺳ ﻤﻨ ﻲ ﻧ ﻦ ﺃ ﺱ ﺑﻢ ﺁ ﺑﻪ ﺳ ﻊ ﻓﻰ ﺍ ﻹﺧ ﺎ ﻓ ﺔ ﺍ ﻟ ﻰ ﻧﻊ ﻭ ﻧﺮ ﻱ ء ﺟﺮ ﺕ‬
‫ﻣ ﺠ ﺮﻯ ‪ ۰‬ﺛﺘ ﺠ ﻮﻱ ‪ . ۰‬ﻭﺇﻧ ﺎ ﺍﻟ ﺨﻨﺖ ﺍﻟﻮﺍﻭ ﻋ ﻨﺎ ﻛ ﻤﺎ ﺍ ﻟﻔﺘﻬﺎ ﻓ ﻲ *ﻋﻪ‪ ٬‬ﺣﻴ ﻦ ﺟﻌﻠﻨﻬ ﺂ ﺃﺳﻨﺎ ﻟ ﺘﺸﺒﻪ ﺍ ﻷﺙ*‬
‫ﻷﺗ ﻚ ﺣﻴﺚ ﺣﺬﺛ ﻤﺖ ﺍ ﻟﻬﺎء ﻗﻲ ء ﺛ ﻤﻲ ء ﻋﻠﻰ ﻣﺜﺎ ﻝ ﺍﺛ ﻤ ﻲ‪ ٬‬ﻣ ﺤ ﻤﺎ ﺭ ﺩﺕ ﺛ ﻤﻲ ﻡ ﻓﻲء ﺇ ءﺃﺧ ﺮﻯ ﺣ ﻴﺚ‬
‫ﺟﻌﻠﺘﻬ ﺎ ﺍﺳ ﻤﺎ ﺍﺣﺘ ﺠ ﺖ ﺍﻧﻰ ﺍﻥ ﺷﺪ ﻧ ﺤﻲ ﻣﺜ ﻤﻲء ﺣﺮﻥ ‪ ٬‬ﺍﺧﺮﻣ ﺤﻜﺎﻥ ‪/‬ﺭ ﻻ ﺍﻟ ﺤﺮﻑ ﺇﻥ ﺗﺰﻳ ﻦ ‪ ۰‬ﺍﻟ ﺤﺮﻑ‬
‫ﺍﺭﻟ ﻲ ﻫﺮﻣ ﻦ ‪/‬ﻣﻶﺻﺎ ﻥ ﻭﻫﻲ ﺭ ﻣﺮﺭﺭ ﺭ ﺩﻧﻲ ﻧ ﺤﻲ ﻣﺮ ﺿﻊ ﺍﻟ ﻔﺎء ﻣ ﻦ ﺍﻟﻔ ﻌﻞ ﻓ ﺤﺬ ﻓﻨﻬﺎ ﻓﺼﺎﺭ ﺕ ﻣﺮﺑ ﻤﻲء‬
‫ﻭ ﺫ ‪_/‬ﻙ ﺃﺕ ء ﻣﺪﻩء ﺭ ﻡ ﺭﻣ ﺔ‪ ٬‬ﺭء ﺛﺴﺔ ء ﺃﻣﺎ ﻫ ﻲ ﻓﻨﻠ ﺔ ‪ -‬ﻟﻮ ﻛ ﺎﻥ ﺷ ﻲء ﻣ ﻦ ﻣﺬ ‪ ۰‬ﻧ ﻤﺜ ﺔ ‪ ٬‬ﻟﻢ ﻳ ﺤﺬ ﻧﺮﺍ‬
‫ﺍ ﻟﻮ ﺍ ﻭ ﻛ ﻤ ﺎ ﻟﻢ ﻳ ﻤ ﻤ ﺤ ﺬ ﻓﻮ ﺍ ﻓ ﻲ ﺍ ﻟ ﻮ ﺟﺒ ﺔ ﺍ ﻭ * ﺍ ﻟ ﺮﻋ ﺪ ﺓ ﺍ ﻭ ﻣ ﻞ ﺍ ﻟ ﻮ ﺣﺪ ﺓ ‪ ۰‬ﻭ ء ﺍ ﻟﻮ ﺛ ﺒ ﺔ ‪ ۰‬ﻭ ﺃﺷ ﺒ ﺎ ﻫﻬ ﺎ *‬
‫ﻭﺳﺘﺮﻯ ﺑﺜﺎﻥ ﻫﺬﺍ ﻓﻲ ﺑﺎﺑﻪ ‪ .‬ﻧﺈﺗ ﻤﺎ ﺃﻟﺜﻮﺍ ﻛ ﻤﺮﻩ ﻣﺎ ﻛﺎﻥ ﻣﻜﺮﺭ ﺍﻟﻔﺎء ﻋﻠﻰ ﺍﻟﻌﻴﻨﺎﺕ ﻭﺣﺬﻧﻮﺍ ﺍﻟﻔﺎء ‪ ٬‬ﻭ ﺫ ﻟﻚ‬
‫‪ ۰.‬ﻋﺪﺓ ‪ ۰‬ﻭ ﺃﺻﻠﻬﺎ ‪٬‬ﻭﻋﺪﺓ ﺍ‬

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‫‪Manuscrit de Milan‬‬

‫‪Page 9 / 14‬‬
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Manuscrit de Milan

55 Parmi les passages que j'ai soulignés et qui sont propres à la copie de
Milan le premier (lignes 9-10) est à n'en pas douter un saut du même au
même entre deux occurences de ‫ﻟﺒﻌﺪﻫﺎ‬. C'est le cas également du passage
qui commence ligne 20 et se poursuit jusqu'à la ligne 23, compris entre
deux occurences de ‫ﺟﺮﺕ‬. L'omission, dans la recension majoritaire, du long
passage final s'explique plutôt par sa difficulté : remarquer en effet, à titre
d'exemple (ligne 24), comment la particule finale ‫ ﻓﻰ‬est suivie, ligne
suivante, du mot fī (sans guillemets dans le manuscrit bien sûr).

56 Ainsi le correcteur, en tentant de banaliser une version ancienne


miraculeusement sauvée de l'oubli, en la ramenant à une norme connue de
lui par ailleurs, souligne surtout par ses interventions combien l'état du
texte que conserve le manuscrit de Milan est original. Mais il faut ajouter
encore, ce qu'illustre de façon éloquente le dernier exemple, que cette
originalité n'est pas à mettre sur le compte d'une dégradation : confronté à
la recension majoritaire, le texte s'avère au contraire être d'une qualité
supérieure à cette norme, et le manuscrit de Milan conserve à n'en pas
douter un état du texte antérieur à celui qu'on trouve dans tous les autres
manuscrits et donc probablement à celui qu'on trouvait dans la vulgate
dont nous avons supposé l'existence.

5 7 Pourquoi une recension d'une telle qualité est-elle si peu répandue ? Les
raisons en sont sans doute complexes. Parmi celles-ci, l'une d'elles paraît
assez probable, même si elle n'explique pas tout : l'autorité d'al-Mubarrad
fut sans doute considérable, et tenait probablement en partie aux succès
personnels qu'il avait rencontrés auprès du calife al-Mutawakkil puis de
l'une des plus grandes familles de Bagdad, les Tahirides, ce qui a pu influer
sur la faveur rencontrée par son Kitāb ; il se pourrait en conséquence que
les autres versions du texte aient été de plus en plus négligées et de moins
en moins copiées.
58 Quoiqu'il en soit, le manuscrit de Milan représente, dans son état actuel,
une illustration particulièrement éloquente des processus qui peuvent
conduire à la disparition d'une recension, aussi originale soit-elle.

Origine de la recension du manuscrit de Page 10 / 14
Origine de la recension du manuscrit de
Milan
59 Le manuscrit donne peu d'indications directes sur l'origine de la recension
dont il est l'unique transmetteur. La seule donnée exploitable se trouve au
recto du premier folio, où on peut lire ces mots :

60 ‫ﺍﺑﺰء ﺍﺳﻊ ﻣ ﻦ ﻛﺘﺎﺏ ﺳﻴﺮﺗﻪ ﻓﻲ ﺍﻟﻨ ﺤﻮ ﻷﺑﻲ ﺍﻟ ﺤ ﻦ ﺃﺟ ﻤﺪ ﺑ ﻦ ﻧ ﻤﺮ‬


61 ce qui signifie "neuvième ğuz? du Kitāb de Sībawayhi sur la grammaire, de
Abū l-Ḥasan Aḥmad b. Naṣr".
62 La particule li- qui précède le nom d'Abū l-Ḥasan Aḥmad b. Naṣr est 39. Soit sur la page de titre
ambiguë. Elle peut introduire le nom du commanditaire du manuscrit, mais des neuvième et dixième
ğuz? ­ unité codicologique
il me semble qu'alors son nom ne serait pas nécessairement répété, comme
qui, dans le manuscri (...)
c'est le cas ici, en tête de chacun des ğuz? 39 du manuscrit. Cette hypothèse
n'est cependant pas à exclure, même si on peut supposer également que le 40. Qu'il faudrait pouvoir
li- introduit le nom de l'autorité intellectuelle à laquelle se rapporte la vérifier en trouvant d'autres
attestations de la même
version du Kitāb, et que le copiste veut parler du "Kitāb d'Abū l-Ḥasan
formulation.
Aḥmad b. Naṣr" de la même manière qu'on pourrait évoquer le "Kitāb d'al-
Mubarrad" par exemple 40.
63 Dans un cas comme dans l'autre, cela signifie qu'Abū l-Ḥasan Aḥmad b. 41. I, p. 394.
Naṣr avait une certaine compétence dans le domaine de la littérature
42. Voir par exemple Buġya,
grammaticale, ce que confirme le fait qu'il est titulaire d'une notice dans un
op. cit., I, p. 164.
41
répertoire biographique spécialisé, la Buġya d'al-Suyūṭī . La notice est
cependant très brève et fournit peu de renseignements utilisables, car je
n'ai trouvé aucune autre mention d'Abū l-Ḥasan Aḥmad b. Naṣr dans les
autres ouvrages spécialisés. Toutefois, selon al-Suyūṭī, il fut transmis par
un personnage nommé Abū ‘Umar al-Zāhid qui, lui, est bien connu de la
littérature biographique 42. Muḥammad b. ‘Abd al-Wāḥid b. Abī Hišām Abū
‘Umar al-Zāhid, né vers 261/874-5 et mort à Bagdad en 345/956-7 est
surtout connu comme lexicographe ; mais c'est son surnom qui donne
l'indication la plus précieuse, puisqu'on l'appelait aussi ‫ﻏﻼ ﻡ ﺛﻌ ﻠﺐ‬, c'est-à-
dire "le jeune disciple de Ṯa‘lab". Avec Ṯa ‘ l a b n o u s r e v e n o n s
indirectement à Koufa, car, même si Ṯa‘lab résidait à Bagdad, il y était
considéré comme le chef de la tendance koufienne et, dans la littérature
biographique, il est systématiquement présenté comme le rival "koufien"
d'al-Mubarrad, son contemporain.

Conclusion
64 On a, avec le Kitāb de Milan, un témoin fossile extraordinaire, non
seulement par la qualité des leçons qu'il conserve, supérieure à celle de
tous les autres manuscrits connus, mais aussi par l'ancienneté de sa
recension, puisqu'il est le seul manuscrit à nous ramener à un état du texte
plus archaïque que celui qui fut vraisemblablement transmis par
l'exemplaire d'al-Mubarrad.
65 Il se pourrait bien que cette recension ait un lien avec le Kitāb de Ṯa‘lab,
l'héritier, selon les sources, de ce qu'on a appelé l'école grammaticale de
Koufa. Doit-on en conclure que le manuscrit de Milan est voisin du Kitāb
exceptionnel évoqué par al-Ǧāḥiẓ ? Nous n'en savons rien pour le moment,
mais le témoignage d'al-Ǧāḥiẓ prouve en tout cas qu'il y avait, dès son
époque, un certain nombre de gens qui connaissaient l'existence de
plusieurs recensions, de qualité peut-être inégale déjà (et déjà
divergentes ?) du Kitāb.
66 Nous avons en tout cas la chance, avec le manuscrit de Milan, d'avoir 43. J'ai entrepris l'édition du
conservé un état du texte exceptionnellement ancien et un témoin qui, par texte contenu dans le
fragment de Milan avec le
sa qualité, vaut à lui seul autant que tous les autres manuscrits réunis 43.
concours de G. Bohas e (...)

NOTES
1. ‘Alī b. Yūsuf al-Qifṭī, Inbāhu l-ruwāt ‘alā ?anbā?i l-nuḥāt, éd. Muḥammad Abū
l-Faḍl Ibrāhīm, 3 vol. , Le Caire, 1950-55, II, p. 351. Al-Qifṭī est repris entre
autres par Aḥmad b. Muḥammad Ibn Ḫallikān, Wafayātu l-a‘yān wa-?anbā?u ?
abnā?i l-zamān, éd. Muḥammad Muḥyī l-Dīn ‘Abd al-Ḥamīd, 6 vol. , le Caire,
1948, ΠΙ, p. 133.

2. La littérature biographique répète volontiers qu'il conservait son exemplaire du


Kitāb sous un coussin : voir par exemple Ǧalāl al-Dīn al-Suyūṭī, Buġyatu l-wu‘āt
fī ṭabaqāti l-luġawiyyīna wal-nuḥāt, éd. Muḥammad Abū l-Faḍl Ibrāhīm, Le Caire,
Page 11 / 14
1964-5, II, p. 333.
2. La littérature biographique répète volontiers qu'il conservait son exemplaire du
Kitāb sous un coussin : voir par exemple Ǧalāl al-Dīn al-Suyūṭī, Buġyatu l-wu‘āt
fī ṭabaqāti l-luġawiyyīna wal-nuḥāt, éd. Muḥammad Abū l-Faḍl Ibrāhīm, Le Caire,
1964-5, II, p. 333.

3. C'est ce qu'on lit par exemple à la p. 74 des Tabaqātu l-naḥwiyyīna wal-


luġawiyyīn d'Abū Bakr Muḥammad b. al-Ḥasan al-Zubaydī, éd. Muḥammad Abū l-
Faḍl Ibrāhīm, Le Caire, 1954. La "lecture" d'un livre par un disciple devant son
maître équivaut à une collation d'un type particulier : le maître suit sur son
exemplaire, tandis que le disciple lui lit sa propre copie (qu'il a généralement
confectionnée sur l'exemplaire du maître). Elle permet au disciple d'obtenir un
"certificat de lecture" dont la valeur se mesure à l'aune de l'autorité du maître.

4. Dans la thèse de Doctorat que j'ai soutenue en février 1992, sous le titre :
Premières recherches sur le Kitāb de Sībawayhi. Tome premier : Les voies de la
transmission. Tome deuxième : Les manuscrits. La thèse devrait être publiée dans
le courant de l'année 1994, sous le titre : Les voies de la transmission du Kitāb de
Sībawayhi.

5. H. Derenbourg, Le livre de Sībawayhi, Traité de grammaire arabe, 2 vol., Paris,


Imprimerie nationale, 1881-9, [réimpr. G. Olms, Hildesheim-New York, 1970].

6. Pour plus de détails sur ce point, voir l'article intitulé "Les éditions du Kitāb et
leur base manuscrite", que j'ai publié dans Studies in the History of Arabie
Grammar II, éd. par Kees Versteegh et Michael G. Carter, John Benjamins,
Amsterdam/Philadelphia 1990.

7. Onze d'entre elles sont mentionnées dans ma thèse, et une copie


supplémentaire vient d'être découverte au Maroc.

8. Paris, Bibliothèque nationale, arabe 3987 (anciennement suppl. ar. 1155).

9. Sur l'importance du manuscrit de Paris, Derenbourg dit par exemple : "c'est


mon manuscrit A, et je ne l'ai abandonné que lorsque je ne pouvais pas ne pas
m'en affranchir" (op. cit, Introduction p. IX).

10. Al-Zamaḫšarī est mort au Ḫwārizm en 538/1144.

11. Il s'agit de la copie en quatre volumes conservée dans la bibliothèque II Halk


Kütüphanesi de la ville de Çorum en Turquie, sous la cote Umumi Usul 2562-
2565.

12. Abū Bakr ‘Abd Allāh b. Ṭalḥa al-Yābūrī est mort à la Mekke en 523/1129. Cf.
al-Bulġatu fî tarāğim a?immati l-naḥwi wal-luġa de Muḥammad b. Ya‘qūb al-
Fīrūzābādī, éd. par Muḥammad al-Miṣrī, al-Ṣafat, 1982, p. 124, l'une des plus
anciennes sources conservées qui mentionne sa rencontre avec al-Zamaḫšarī à La
Mekke.

13. Abū ‘Abd Allāh Muḥammad b. Yaḥyā al-Rabāḥī, mort en 358/969, avait
ramené d'Égypte une "lecture" du livre de Sībawayhi assortie d'une chaîne de
transmetteurs. La plus ancienne notice biographique consacrée à ce personnage
se trouve dans les Ṭabaqāt d'al-Zubaydī, op. cit., pp. 335-340.

14. Abū Naṣr Hārūn b. Mūsā (mort en 401/1011), transmit aussi le Kitāb au nom
d'Abū ‘Alī 1-Qālī "et des plus grands maîtres" selon Ḫalaf b. ‘Abd al-Malik Ibn
Baškuwāl, al-Sila, 2 vol., éd. ‘Abd al-‘Aṭṭār al-Ḥusaynī, Le Caire, 1955, II, p. 620.

15. Autographe conservé par la Bibliothèque nationale de Paris sous la cote arabe
6499. Abū l-Ḥasan ‘Alī b. Muḥammad Ibn Ḫarūf al-Ḥaḍramī mourut en 609/1212
environ. Voir plus particulièrement sur ce personnage la notice que lui consacre
Ibn al-Zubayr, Ṣilat al-Ṣila wahwa ḏayl lil-Ṣila l-baškuwāliyya fī tarāğim a‘lāmi l-
Andalus, Rabat, s. d., pp. 67 et 122-3.

16. Où est reproduit, la partie supérieure du folio 2 du manuscrit de Milan.

17. Il est tiré du folio 115 du manuscrit de Milan.

18. Je dois cette cette précieuse estimation à François Déroche.

19. Le correcteur avait donc procédé à une collation par "lecture". D'autres notes
marginales nous permettent de savoir qu'il avait en réalité utilisé non pas une
mais deux copies de référence : une copie qui avait été collationnée avec le Kitāb
d'al-Rabāḥī et une copie qui se rattachait à celle de l'un des deux maîtres
égyptiens de ce dernier, Abū Ǧa‘far al-Naḥḥās.

20. Qui désigne une personne très rusée.

21. Mot qui désigne un jeune animal en âge d'être sevré.

22. Le ‫ ﻱ‬de ‫ ﻓﻌﻴﻞ‬et ‫ ﻓﻌﻴﻠﺔ‬a été ajouté dans un deuxième temps (addition du
correcteur ou autocorrection du copiste).

23. "Femme très craintive".

24. "Femme qui s'ennuie". Page 12 / 14


23. "Femme très craintive".

24. "Femme qui s'ennuie".

25. Adjectif invariable employé comme nom qui désigne une personne douce et
patiente.

26. Adjectif invariable employé comme nom qui désigne une personne de taille
moyenne.

27. Adjectif invariable employé comme nom qui désigne une personne qui
commet des fautes en parlant.

28. Qa‘ūd/ qa‘ūda est un adjectif employé comme nom indifféremment avec ou
sans le marqueur du féminin, et qui désigne un chameau qu'on s'apprête à
monter.

29. Pour ‫ﺍﻟﻄ ﺮﻳﺪ ﺓ‬, cf. l'expression ‫ ﺍﻟﻄﺎﺭﺩ ﺍﻥ‬qui désigne "le jour et la nuit".

30. Il s'agit d'Abū l-Ḥasan al-Aḫfaš.

31. Folio 2 du manuscrit de Milan.

32. Ḥārūn (édition du Caire en 5 vol., 1966-77, II p. 356) et les éditeurs de Būlāq
(al-Maṭba‘a 1-kubrā 1-Amīriyya, 1898-9, II, p. 78) ont la leçon ‫ﺍ ﺣﺮﻧﺠﺎﻡ‬, qu'ils ont
sans doute restituée spontanément en raison de la fréquence de l'association
‫ ﺍ ﺣﺮﻧﺠﺎﻡ ﺭ ﺍﺷﻬ ﻴﺈ ﺏ‬dans le livre de Sībawayhi.

33. Qui désigne une terre irriguée.

34. C'est-à-dire une terre verdoyante.

35. Autre terme pour désigner une terre irriguée.

36. Ainsi que les mots ‫ﻭﺍﺗﻤﺎ ﻡ‬, désormais dénués de sens, qui suivaient.

37. Qui correspond au chapitre du tome III page 379 de l'édition de Ḥārūn (réimpr.
de 1966-77).

38. J'ai établi cette édition avec le concours de G. Bohas et de A. al-Qādirī.

39. Soit sur la page de titre des neuvième et dixième ğuz? - unité codicologique
qui, dans le manuscrit de Milan, comprend soixante folios, soit six quinions -,
les seuls qui soient conservés.

40. Qu'il faudrait pouvoir vérifier en trouvant d'autres attestations de la même


formulation.

41. I, p. 394.

42. Voir par exemple Buġya, op. cit., I, p. 164.

43. J'ai entrepris l'édition du texte contenu dans le fragment de Milan avec le
concours de G. Bohas et A. al-Qādirī.

TABLE DES ILLUSTRATIONS

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Fichier image/jpeg, 75k

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Fichier image/jpeg, 77k

Légende Manuscrit de Milan

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Fichier image/jpeg, 764k

Légende Manuscrit de Milan

URL http://books.openedition.org/ifpo/docannexe/image/4934/img-4.jpg

Fichier image/jpeg, 452k

AUTEUR

Geneviève Humbert

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© Presses de l’Ifpo, 1993
Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Contribution à l'étude de l'arabe Une lecture énonciative du Kitāb


parlé formel1 de Sībawayhi

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