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Review

Reviewed Work(s): « La notion de causalité dans la philosophie de Bergson », Revista de


filosofia de la Universidad de Costa Rica by Roberto Murillo Zamora
Review by: R. M. Mossé-Bastide
Source: Revue de Métaphysique et de Morale, 77e Année, No. 3 (Juillet-Septembre 1972),
pp. 372-373
Published by: Presses Universitaires de France
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/40901369
Accessed: 20-04-2020 22:32 UTC

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Reçue de Métaphysique et de Morale

elle est volontairement illogique : « c'est éloignée. D'une manière générale, si on


la même chose, qu'être et ne pas être * appelle « cause » un terme A, et « effet », un
(p. 78), et « A = non - A » (p. 80) ; c'est terme B, la causalité sera la transition
pourquoi tout est interchangeable et de A en B, transition qui prend des
confondu. Nous voilà loin de la clarté et formes infiniment variées.
de la distinction bergsoniennes ! L'ouvrage de M. Zamora étudie ces
Pourtant, chez Bergson, le premier différentes formes, allant du monde des
élément, celui de la continuité et de corps à celui de l'esprit. Au pôle des
l'indistinction dont la « durée » nous corps, la causalité coïncide avec le déter-
offre le modèle, n'en existe pas moins. minisme, et le rapport entre A et B tend
C'est, selon M. Yamaguchi, que Bergson vers l'identité. En effet, la causalité phy-
réunit en lui la mentalité orientale carac- sique ressemble à la nécessité logique et à
térisée par l'introversion, et la mentalité l'implication de l'effet dans la cause,
occidentale caractérisée par l'extraver- comme de la conséquence dans le prin-
sion : « II opère, sans le savoir, la synthèsecipe. Cependant, une complète identité
entre l'Orient et l'Occident » (p. 220). entre A et B supposerait que le temps
Mais n'a-t-il pas été lui-même précédé soit aboli, et la succession résorbée dans
par Plotin ? M. Yamaguchi se propose, l'éternel présent des mathématiques.
à ce sujet, de rechercher les rapports Puisque en fait les phénomènes physiques
entre la philosophie de Plotin et la se succèdent l'un l'autre, jamais la cau-
pensée hindoue, ce qui serait du plus salité ne se réduit entièrement à l'iden-
grand intérêt. tité, encore qu'elle y tende comme une
En terminant, nous voudrions lui courbe à son asymptote.
poser une question que son livre ne Au pôle de l'esprit (ou de la durée), la
traite pas, mais qu'il soulève chez le lec-
causalité est liberté, avec une croissance
teur occidental. Dans un pays comme de A vers B. Il faut en effet se représenter
le Japon moderne, qui a su assimiler la causalité spirituelle sur le modèle de
toutes les sciences et toutes les tech- l'effort volontaire produisant un mou-
niques occidentales au point de sevement extérieur. Déjà Maine de Biran
trouver
à la pointe du progrès, le mépris pour voyait dans la « force hyperorganique »
l'intelligence de certains maîtres du Zen l'origine de l'idée de cause. De même,
est-il encore de mise ? Et dans la néga- chez Bergson, l'acte libre est celui qui
tive, voit-on se développer comme en ajoute quelque chose à ses conditions, de
Occident, une pensée matérialiste faisant sorte qu'on ne saurait le prévoir mais seu-
fi de l'introversion propre à l'Orient ? lement le vivre, puisque la durée est
Ou bien n'existe-t-il pas certains penseurs une totalité en marche qui s'accroît
qui, comme Bergson, reconnaissent à la elle-même à chaque instant.
fois la valeur de l'intelligence et celle de Il y a donc une causalité physique par
l'intuition, et opèrent - cette fois en le identification entre l'effet et la cause, et
sachant - une synthèse entre l'Orient et une causalité psychique par croissance de
l'Occident ? l'effet à partir de la cause. Mais le schéma
R. M. Mossé-Bastide. va se compliquer. Au pôle inférieur, il
faut considérer non pas seulement des
« La notion de causalité dans la philo- corps abstraits découpés dans la conti-
sophie de Bergson », par Roberto Mû- nuité, mais la matière de ces corps. Or
ri llo Zamora, in Kevista de filosofia la matière n'est pas intemporelle comme
de la Uniyersidad de Costa Rica, Jul- les systèmes physiques, elle est soumise
déc. 1968, n° 23. - Si Bergson a souvent au temps que vit l'esprit. En effet, la
parlé de la causalité, il ne lui a cependant loi de Carnot affirme que tous les chan-
consacré aucun ouvrage ou article, à gements matériels ont tendance à se
l'exception d'un cours au Collège de dégrader en chaleur ; elle annonce donc
France en 1900-1901. M. Zamora a donc l'irréversibilité du temps et apparaît
rassemblé pour les analyser, toutes les comme l'exacte antithèse de la durée
affirmations sur la causalité qu'on peut spirituelle. « Avec ce principe, la science
trouver dans l'œuvre bergsonienne, en renonce à sa vocation identificatrice et
partant du résumé du cours de 1900- atemporelle, et saisit le véritable revers
1901 par Bergson lui-même *. Le philo-
sophe y observe que Ton a groupé sous
le nom de cause « beaucoup de choses 1. Inséré dans Écrits et Paroles, I,
qui n'ont entre elles qu'une parenté p. 138.

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Notes critiques

de l'être » (p. 55). Autrement dit, la Le Désir chez Proust. A la recherche


causalité de la matière elle-même serait du sens, par Ghislaine Florival. Lou-
une chute, une décroissance de A vers B. vain-Paris, Éditions Nauwelaerts, 1971.
Il s'ensuit qu'il faut examiner enfin la Un vol. in-8° de 311 p. - Ouvrage remar-
causalité biologique, puisque toute vie quable où, à la faveur d'une analyse
dans notre univers, est insertion de l'es- consciencieuse et pénétrante, l'auteur
prit, dont la causalité est croissante, dansinterprète l'œuvre, l'âme et la destinée
la matière, dont la causalité est décrois- spirituelle de Proust. Ce n'est pas que
sante. Le résultat est encore une crois- ce beau livre soit toujours un livre facile
sance de A vers B, mais freinée par et l'en-
peut être aura-t-on parfois l'impres-
tropie matérielle. Gomme l'affirme sion de quelque lenteur et de quelque
Berg-
son lui-même, « l'élan de vie qui est subtilité
exi- dans les descriptions phéno-
gence de création « rencontre la matière ménologiques
» et les interprétations psy-
qui est le mouvement inverse du sien chanalytiques.
», et y Mais ce n'est pas une
introduit « la plus «grande somme petite possibleaffaire que de se reconnaître dans
d'indétermination et de liberté » (p. 74). les méandres et les complications des
C'est à propos de cette causalité bio- états de conscience de Marcel. Et de la
logique que l'ouvrage de M. Zamora peine qu'il aura pu prendre le lecteur
contient les passages les plus originaux, sera bien récompensé. Une bonne mé-
mais malgré tout les plus discutables. thode pour faire cette lecture serait
Entre les deux propositions : « La d'avoir à portée de la main l'ouvrage
conscience est l'être originaire, la matièrede Proust dans l'édition de la Pléiade
est sa négation, et la vie est la concilia- à quoi Mme Florival renvoie perpétuel-
tion entre les deux », et « la vie est l'être lement.
originaire parce qu'elle est le lieu de ren- A la recherche du temps perdu, c'est le
contre entre la conscience et la matière », récit par Proust de sa vie, de ses efforts
M. Zamora opte pour la seconde pro- pour se réaliser dans sa plénitude en
position, « puisqu'elle situe la racine de dépit du temps qui fuit et entraîne les
l'être dans un horizon de synthèse, plus êtres dans les métamorphoses et vers la
que dans un des éléments du jeu dialec- mort. Et c'est l'échec de ces tentatives,
tique » (p. 77). Que fait-il alors de tant échec de l'amour où l'on n'aura pas réussi
d'affirmations de Bergson lui-même, mon- à rencontrer, à saisir et à retenir l'autre.
trant que la vie organique et l'élan vital Jusqu'au jour où il s'apercevra que ce
qui en est la source, émanent d'un prin- qu'il n'a pas réussi sur le plan existentiel
cipe tout spirituel : Dieu ? L'auteur cite et pourra le réaliser sur le plan esthé-
pourtant la phrase célèbre de l'Évo- tique. Cette vie qui a paru vaine, ces
lution créatrice : « Je parle d'un centre rencontres plus ou moins décevantes,
d'où les mondes jailliraient comme les tous ces événements décousus, il va les
fusées d'un immense bouquet... Dieu replacer dans l'Être, en les fixant par
ainsi défini n'a rien de tout fait, il est vie la parole, dans une espèce d'éternité.
incessante, action, liberté » (p. 83). Certes, Aussi peut-on dire que l'ouvrage de
il s'agit bien d'une vie originaire, mais Proust c'est par excellence « le roman
cette vie n'est pas synthèse d'esprit et du roman » (p. 19).
de matière, elle est purement spirituelle. Le plus ancien souvenir du petit
On ne peut donc pas suivre M. Zamora Marcel, comme aussi l'événement capital
quand il pose le biologique comme ori- pour l'orientation de sa sensibilité, c'est
ginaire. le baiser que venait lui donner sa mère
On regrette aussi qu'un ouvrage si avant qu'il ne s'endorme. Il était tout
riche et documenté ne comporte aucune tendu dans l'espoir de ce bonheur qui
table des matières donnant le tableau durait peu et dont il était privé les jours
d'ensemble des points traités, et ne pré- où il y avait des invités ou des visiteurs.
sente, en guise de conclusion, qu'une Un soir, sa révolte contre cette frustra-
enumeration fort sèche. 11 faudrait aussi tion suscita une scène dramatique, qui
revoir la typographie qui fourmille d'er- évolua d'une manière inattendue et
reurs. Quelques corrections suffiraient dont les répercussions sur la sensibilité
à faire de ce travail une précieuse contri- de l'enfant furent importantes. Marcel,
bution au bergsonisme sur lequel il pro- désespéré du refus de sa mère, avait résolu
jette des aperçus neufs et pénétrants. de guetter dans le couloir l'heure où ses
parents monteraient se coucher. Mais
R. M. Mossé-Bastide. comment allait réagir le Dr Proust qui

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