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Répercussion de la crise libyenne

sur la Tunisie
Situation dans la région frontalière,

le change informel et le commerce informel

Lotfi Ayadi

Mai 2016

1
Répercussion de la crise libyenne sur la Tunisie
Situation dans la région frontalière, le change informelet le
commerce informel

Lotfi Ayadi1

Résumé
Les évènements survenus ces dernières années en Libye ont de grandes répercussions sur les
activités économiquesde la Tunisie et surtout dans la région frontalière.

Les principaux enseignements de cette étude sont liés aux flux financier informel et à
l’importance des montants des dinars libyens importés par les voyageurs et échangés dans les
circuits parallèle. En 2013 ces montants équivalaient 75 % des recettes touristiques de la
Tunisie cette année. Ils ont connu une chute drastique en 2015, ils ne représentaient que 35 %
des recettes touristiques qui à leurs tours ont baissé par rapport aux années précédentes.

De leur côté les sommes de devises importés par les libyens et déclarés aux douanes
tunisiennes ont doublé entre 2013 et 2014, une bonne partie de ces devises provenait des
circuits informels de Tunisie et d’Algérie, ils sont réintroduit dans le système bancaire et
servent pour le financement du commerce illégal.

Le commerce transfrontalier informel a connu une progression par rapport à 2013, provenant
essentiellement du trafic du tabac et de l’augmentation des quantités de carburants, contre une
baisse enregistrée dans le volume des marchandises diverses.

Mots-clés : change informel,commerce informel, Tunisie, Libye, carburants, tabac.

1
Consultant, ancien directeur à la douane tunisienne.

2
Table des matières
Introduction............................................................................................................................................5
I. Etat des lieux à Ben Guerdane.....................................................................................................6
i. Mouvement des personnes.......................................................................................................7
ii. Mouvement des moyens de transport :....................................................................................7
II. Estimation des flux financiers transfrontaliers......................................................................8
i. Le change à la frontière du dinar libyen importé par les voyageurs....................................8
ii. Les devises importées par les libyens et déclarées à la douane tunisienne.........................10
iii. Les flux d’argents en provenance de l’Algérie traversant la Tunisie et destinés pour la
Libye. 11
iv. Les techniques utilisées dans les flux financiers informels et le financement du commerce
parallèle et de la contrebande :......................................................................................................12
III. Le commerce transfrontalier informel..................................................................................14
i. Trafic des carburants :...........................................................................................................15
ii. Les importations illicites du tabac.........................................................................................17
iii. Les produits compensés à l’export :..................................................................................18
iv. Marchandises diverses à l’import :...................................................................................21
IV. Recommandations..............................................................................................................22
Conclusion...........................................................................................................................................24

3
Table des Tableaux :
Tableau 1: Statistiques des entrées des libyens en Tunisie....................................................................7
Tableau 2: Statistiques des mouvements des personnes par les postes frontaliers terrestres..............7
Tableau 3: Mouvement des moyens de transport à travers les postes frontaliers de Ras Jedir et
Dhehiba..................................................................................................................................................7
Tableau 4: Les flux financiers échangés dans le circuit informel............................................................8
Tableau 5: estimation des bénéfices les bénéfices dégagés des opérations de changes informels.......9
Tableau 6: Les sommes de devises importées par des libyens et déclarées à la douane tunisienne....10
Tableau 7: Les cours de conversion du dinar Algérien.........................................................................12
Tableau 8:Estimation du commerce transfrontalier informel..............................................................15
Tableau 9:Estimation du commerce informeldes carburants dans la zone frontalière tuniso-libyenne16
Tableau 10: Estimation de la plus-value de la commercialisation des carburants importés par le circuit
informel................................................................................................................................................17
Tableau 11: Statistiques des saisies de tabac.......................................................................................17
Tableau 12 : Statistique de la consommation annuel des cigarettes....................................................18
Tableau 13: Estimation des quantités de produits alimentaires subventionnés exportées par les
voyageurs.............................................................................................................................................19
Tableau 14 : Estimation des quantités de produits alimentaires subventionnés exportées en
contrebande.........................................................................................................................................20
Tableau 15 : Statistiques des saisies des produits subventionnés........................................................20
Tableau 16: Comparaison des prix des produits exportés en contrebande..........................................21

4
Introduction
La Libye a connu depuis plus que cinq années une révolution qui a détruit l’Etat civil et a
plongé le pays dans une guerre civile. Outre l’insécurité qui règne dans ce pays, son économie
est de plus en plus en difficulté. Les milices ont remplacé l’autorité de l’Etat et les
contrebandiers ont suppléé les opérateurs économiques réguliers. La Tunisie ne peut pas
échapper à cette nouvelle réalité qui a des conséquences directes sur l’économie du pays et sur
la vie des citoyens Tunisiens des régions frontalières.

En effet, la Libye est le deuxième partenaire économique de la Tunisie après l’Union


Européenne, son marché absorbe des quantités importantes de la production industrielle
tunisienne. Les frontières communes de 500 km au Sahara favorisent une grande activité
transfrontalière informelle. La proximité et les liens historiques entre les deux peuples ont
facilité le mouvement des flux humains dans les deux sens. Au vu de ces facteurs
économiques, géographiques et sociaux, les événements en Libye ont nécessairement des
répercussions sur les régions frontalières et sur la Tunisie d’une manière générale.

Les libyens se rendent en masse en Tunisie pour différentes raisons comme les soins médicaux
ou le tourisme. Ils viennent essentiellement par la voie terrestre et ont l’habitude de ramener
avec eux des dinars libyens qu’ils échangent sur la route chez agents de changes informels les
« Sarrafa ».

Etant donné le nombre important des entrées de libyens par les postes frontaliers terrestres, les
sommes échangées dans le circuit informel ont atteint des proportions importantes, pour 2013
par exemple ils représentaient l’équivalent de 75 % des recettes touristiques de cette année.

Le commerce transfrontalier informel avec la Libye a pris de grandesproportions. Pour certains


secteurs, comme les carburants ou le tabac, la situation devientalarmante. Différentes études
ont traités ce phénomène, dont plus particulièrement l’étude de la banque Mondiale en 20132,
de Haddar 20143ou celle de Joussour42016. Le présent document essayera de compléter
certaines données relatives à l’estimation des flux financiers informels et d’actualiser
l’évaluation du volume du commerce transfrontalier illicite avec la Libye.

L’étude de la Banque Mondiale cité ci-dessus définie le commerce informel « comme un flux
de biens non reporté ou reporté de manière inadéquate par les autorités douanières du pays ».

Deux causes principales expliquent le commerce transfrontalier informel et la contrebande. La


première cause est les différences des prix entre les pays voisins dû soit aux disparités des
niveaux de taxation à l’importation ou aux subventions de certains produits de consommation,
tels le cas des carburants subventionnés en Libye ou des pâtes alimentaires bénéficiant de la
compensation en Tunisie. La seconde cause est bien entendue les interdictions et les obstacles
techniques à l’importation.

2
Banque Mondiale 2013 : « Une estimation du commerce transfrontalier informel en Tunisie » Auteurs : Lotfi
Ayadi, Nancy Benjamin, Sami Bensassi, Gaël Raballand.
3
Haddar Mohamed 2014, Rapport sur les relations économiques entre la Tunisie et la Libye.
4
Etude de Joussour Mars 2016 intitulée: « Commencer par cerner l’informel pour préparer son cantonnement :Un
enjeu de politique publique »

5
I. Etat des lieux à Ben Guerdane
Dans le cadre de la présente étudeune visiteà Ben Guerdane, première grande ville sur la
frontière la libyenne avec 60.000 habitants 5,a étéeffectuéeentre le 03 et le 08 mars 2016.
L’objectif de cette visite était d’observer la situation dans la région frontalière, analyser et
évaluer les flux financiers informels et enfin estimer le commerce transfrontalier informel à
l’import et à l’export.

En entrant à Ben Guerdane,la première impression du visiteur est que cette ville passe par des
difficultés et l’activité économique est au ralenti.Onvoit le marasme sur le visage des
habitants. . En effet, la rue des Sarrafas dénommée « Wall Street »6est désertée et les guichets
de change informel allongeant cette rue sont vides presque aucun client. Plus de la moitié des
boutiques du marché de produits de contrebande, le marché maghrébin (souk Libya), sont
fermées et les autres en quête de clients. Certes, cette ville ainsi que lesrégions
avoisinantesvivent essentiellement de l’activité transfrontalière que génère le poste frontalier de
Ras Jedir et sont affectéespar la crise actuelle de la Libye.

La morosité économique a affecté la vie des habitants de ces régions à la suite de la chute
drastique de leurs revenus. Cette situation est expliquée par deux facteurs essentiels;d’une part,
le ralentissement du mouvement des voyageurs et des moyens de transport qui traversent les
points de passage frontaliers. D’autre part, la baisse du pouvoir d’achat des libyens causée par
l’effondrement du taux de changes du dinar libyen.

En effet, le nombre des entrées de libyens en Tunisie, à travers tous les points de passages,
estpassé de 2,2 millions en 2013 à 1,2 million en 2015 etle nombre des sorties de tunisiens vers
la Libye, par les postes terrestres,est passé de 757milles en 2013 à325 milles en 2015. Aussi, le
nombre de véhicules qui ont franchi les postes frontaliers dans le sens d’entrée en Tunisie a
descendu de 765 milles en 2013 à 493 milles en 2015.

De son côté, le dinar libyen (DL) a perdu énormément de sa valeur vis-à-vis des différentes
devises.Un dinar libyen, qui valait, il y’a quelques mois, 1,300 dinar tunisien (DT), ne vaut
actuellement que 0,600 dinar tunisien.Ainsile pouvoir d’achat des libyensa été sensiblement
altéré ce qui a engendré des répercussions négatives sur l’activité économique dans les régions
frontalières.

Une page Facebook spéciale en langue arabe dénommée « Akhbar Maabar Ras Jedir », est
consacrée à diffuser en temps réel les informations en rapport avec les différentes activités du
point de passage de Ras Jedir ainsi que les différents évènements qui touchent de près ou de
loin la vie dans région frontalière (voir extraits en annexe). Cette page donne également les
taux de change applicables dans le circuit informel.Elle communiquequotidiennement la parité
du dinar tunisien par rapport au dinar libyen ainsi que la parité de ses deux monnaies par
rapport autres devises, elle annonce aussi instantanément tout changement intervenu dans ces
parités.
5
Selon les dernièrs recensements de la population de 2014.
6
Meddeb, Hamza, (2012), « Courir ou mourir : Course à el khozba et domination au quotidien dans la Tunisie de
Ben Ali », Thèse de doctorat, Institut d’Etude Politique de Paris.

6
Statistiques des mouvements des personnes et des moyens de transport 
Les statistiques des entrées et sorties des personnes ainsi que celles des véhicules automobiles à
travers les points de passage frontaliers sont les meilleures indicateurs de l’activité économique
dans les régions frontalières.

i. Mouvement des personnes 


Le tableau ci-après reprend les statistiques des entrées des libyens en Tunisie par les différents
postes frontaliers terrestres, aériens et maritimes.
Tableau 1:Statistiques des entrées des libyens en Tunisie
En milliers de personnes
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
1995.2 1825.5 1642.6 1887.7 2236.1 1758.8  
1215.8
Source ministère de l’intérieur

Les libyens empruntent essentiellement les voies terrestres pour se rendre en Tunisie. En effet
92 % des libyens en 2010 et 74 % en 2014 sont rentrés en Tunisie par les postes frontaliers
terrestres.

Le tableau ci-dessous concerne le mouvement des personnes à travers les postes frontaliers
terrestres avec la Libye : Ras Jedir et Dhehiba.
Tableau 2:Statistiques des mouvements des personnes par les postes frontaliers terrestres

Bureau
Nationalité 2013 2014 2015
d’entrée
Entrée Sortie Entrée Sortie Entrée Sortie
Tunisiens 552382 650 712 409 591 447 127 279 230 290 990

1304966 648 538 1 017 056 689 757 799927 537493


Ras Jedir Libyens
Algériens 1 277 1 035 1 532 1 439 2 872 3 268

Autres 4 033 2 980 29 349 12 663 22 395 10 009


nationalités
Tunisiens 103 226 106 871 78 938 82 204 35 246 34 792

Libyens 182 374 124 965 275 030 165 888 201 576 148 521
Dhehiba 178 96 259 205 434 378
Algériens
Autres 304 306 735 404 464 403
nationalités
Total 2 148 740 1 535 503 1 812 490 1 399 687 1 342 144 1 025 854
Source douane tunisienne

Nous remarquons d’après les chiffres ci-dessus que pour les libyens les entrées sont supérieures
aux sorties, au contraire des tunisiens pour lesquels les sorties sont supérieures aux entrées.
Cela est dû à des défaillances aux niveaux d’enregistrement des mouvements des passagers par

7
les autorités de contrôle à la frontière. En effet, ces derniers font plus d’attention à l’entrée de
libyens qu’à leur sortie et s’intéressent plus à la sortie des tunisiens du pays qu’à leur entrée.

ii. Mouvement des moyens de transport


Tableau 3:Mouvement des moyens de transport à travers les postes frontaliers de Ras Jedir et Dhehiba

Bureau
Nature 2013 2014 2015
d’entrée
Entrée Sortie Entrée Sortie Entrée Sortie
Voitures 603 130 424 859 481 687 371 131 363 625 276 970
Ras Jedir
Camions 52 532 55 281 36 146 42 755 42 422 46 891

Voitures 106 978 89 122 113838 79 648 80 282 62 594

Dhehiba Camions 2 693 2 541 5 414 4 595 6 817 3 036

Total 765 333 571 803 637 085 498129 493 146 389 491

Source douane tunisienne

II. Estimation des flux financiers transfrontaliers 


Les flux financiers transfrontaliers sont complexeset ont trois aspects principales: i. le change à
la frontière du dinar libyen importé par les voyageurs, ii. Les devises importées par les
libyenset déclarées à la douane tunisienne. iii. Les flux d’argent en provenance d’Algérie,
traversant la Tunisieet destinés pour la Libye.

i. Le change à la frontière du dinar libyen importé par les voyageurs 


Selon les différentes personnes interviewées, la quasi-totalité des voyageurs libyens, venant en
Tunisie pour le shopping, le tourisme ou pour des soins, amènent avec eux des dinars libyens et
les convertissent contre des dinars tunisiens à Ben Guerdane chez les changeurs informels
(Sarrafas).

8
Méthodologie de calcul des flux de dinars libyens échangés dans le circuit informel

- L’estimationdes montants de dinars libyens (MDL) introduits par les postes


terrestres,est calculée à partir de la détermination de la somme moyenne d’argents
(SMA) emmenée par voyageur multipliée par le nombre des entrées des libyens
(NEL) en Tunisie enregistrées par les autorités tunisiennes chargées du contrôle des
frontières.
MDL = SMA x NLE
- D’après les personnes interviewées Les passagers de chaque voiture libyenne,
généralement 4 personnes, échangent entre 3000 et 15 000 dinars libyens à leur entrée
en Tunisie.
- Considérant qu’en moyenne 5000 dinars libyens (DL) sont échangés par les
voyageurs à bord d’une voiture, soit 1250 DL par libyens entrant en Tunisie.
SMA = 1250 DL
- Ce chiffre est confirmé par des libyens, en visite en Tunisie, qui affirment qu’un
libyen qui entre en Tunisie pour un court séjour même d’un ou de deux jours ramène
avec lui au minimum 1000 DL.

Letableau ci-après reprend les montants des flux financiers échangés dans le circuit informel
par les voyageurs libyens :
Tableau 4: Les flux financiers échangés dans le circuit informel

Année Nombre de Montant Montant total Taux de Contre-valeur


Voyageurs moyen/voyageur en millions de changes8 en millions de
7
libyen DL DL DT
2010 1 677 000 1250 2096 1,3 2725
2011 1 502 600 1250 1878 1,3 2441
2012 1 443 500 1250 1804 1,3 2345
2013 1 487 340 1250 1859 1,3 2416
2014 1 292 086 1250 1557 1,2 1868
2015 1 001 503 1250 1252 0,65 814

Les dinars libyens échangés dans le circuit parallèle ont atteint des montants très importants
estimés à 2725 millions de DT en 2010 et 2416 millions de DT en 2013. Ces montants
équivalaient 75 % des recettes touristiques de la Tunisie en 2013 qui d’après l’Office National
du Tourisme Tunisien étaient égale à 3221.4 millions de DT. Ils ont connu une chute drastique
en 2015, ils ne représentaient que 35 % des recettes touristiques qui à leurs tours ont baissé par
rapport aux années précédentes et ne comptent que 2354.6 millions de DT selon la même
source.
La baisse est étroitement liée à la situation sécuritaire en Libye qui s’est détériorée surtout à
partir du second semestre de 2014. A cela s’ajoutent les difficultés économiques aux quelles est
confrontés ce pays et qui ont été amplifiées suite à la chute du prix du pétrole.

7
Nombre de libyens déclarés à l’entrée en Tunisie par les postes frontaliers terrestres
8
Le taux de changes retenu : pour 2013 1DL = 1,3 DT ; pour 2014, 1 DL = 1,2 DT et pour 2015, 1 DL = 0,65 DT.

9
Au courant des mois de janvier et février 2016 la chute du nombre de voyageurs continue dans
la même tendance,lamême chose pour la dépréciation du dinar libyen qui a atteint 0,570 à la
date du 5 mars 2016.Cette situation caused’énormespertesde revenus pour les changeurs
informels « Sarrafas ».

Le tableau suivant estime les bénéfices dégagés des opérations de changes informels aux
frontières tuniso-libyenne. Pour le calculdes revenus des « Sarrafas »nous avons retenu, à partir
des interviews, un taux moyen des commissionsde 2 % pour chaque opération de change.
Tableau 5: estimation des bénéfices les bénéfices dégagés des opérations de changes informels

apports des libyens Taux des Commissions en


Année en millions de DT commissions millions de DT
2013 2416 2 % 48.3
2014 1868 2 % 37.3
2015 814 2 % 16.2

D’après ces chiffres, nous constatons une chute de la plus-value réalisée dans les opérations de
change, de 23 % entre 2013 et 2014 et de 66 % entre 2013 et 2015. En effet cette plus- value
passe de 48,3 millions de dinars tunisiens en 2013à16,2 millions DT seulement en 2015.

La grande partie des petits agents de changes ou si on peut les appeler « les Sarrafasde détail »
travaillent pour leur propre compte.Les autres sont les employés des grands « Sarrafas », ils se
partagent la commission soit 1 % pour chacun. Les petits « Sarrafas » indépendants traitent
généralement les petits montants présentés par les voyageurs. Lorsqu’ils se trouvent en face de
grosses sommes ils s’associent entre eux pour y répondre sinon ils se retournent vers les grands
« Sarrafas » qui n’ont aucune limite ni de montants ni de nature des devises.

ii. Les devises importées par les libyens et déclarées à la douane tunisienne 

Certains libyens ramènent de grosses sommes en devises et les déclarent à leurs entrées à la
douane tunisienne.Un pourcentage élevé de ces devises est d’origines douteuses, une grande
partie est en provenance de la Tunisie ou d’Algérie.

Les grands « Sarrafas » font sortir, vers la Libye, par les circuits informels, les devises qu’ils
ont collectées en Tunisie ainsi que ceux en provenance d’Algérie.Leurs partenaires libyens se
chargent de les réimporter en Tunisie, les déclarer à la douane et les remettre ainsi dans le
circuit légal. Ces devises seront soit immédiatement réexportées en accompagnant un voyageur

10
libyens, soit déposées dans des comptes off-shore ouverts auprès des banques tunisiennes ou
tuniso-libyennes établies en Tunisie.
Tableau 6:Les sommes de devises importées par des libyens et déclarées à la douane tunisienne
En dinar tunisien
2013 2014 2015

Janvier 51 862 654 62 226 326 163 702 202


Février 54 172 220 44 624 679 122 220 561
Mars 73 721 452 37 514 647 155 019 204
Avril 72 340 990 48 528 009 78 207 542
Mai 71 307 967 51 046 058 72 202 355
Juin 62 489 823 52 622 901 71 995 923
Juillet 38 558 795 196 242 207 56 111 234
Aout 46 662 435 491 705 857 64 890 564
Septembre 57 317 766 231 686 630 67 883 771
Octobre 63 509 761 130 007 333 78 337 903
Novembre 57 238 482 105 483 801 70 324 255
Décembre 89 349 585 89 707 252 66 182 746
Total 738 531 930 1 541 395 701 1 067 078 258

Source
douane tunisienne

D’après les chiffres repris dans le tableau ci-dessus, nous constatons que les importations des
devises déclarées aux services des douanes ont enregistré une grande hausse (multipliées par
deux entre 2013 et 2014), contrairement aux importations de dinars libyens et au commerce
transfrontalier informel, qui ont enregistré une baisse au cours des deux dernières années. Cela
confirme que l’importation des devises par les libyens n’est pas liée avec le nombre des entées
de ces derniers en Tunisie, mais plutôt, avec les montants de devises collectées en Tunisie pour
le financement du secteur informel et les flux d’argents en provenance d’Algérie.

Histogramme desdevises importées par les libyens et déclarées à la douane tunisienne 

11
600000000

500000000

400000000

300000000
2013
200000000 2014
2015
100000000

Source douane tunisienne


La monté exceptionnelle, des montants des devises importées par les libyens et déclarées à la
douane tunisienne, a commencé, comme le montre l’histogramme, le mois juillet 2014 avec une
somme de 196 millions de DT contre une moyenne de 50 millions de DT pour les mois
précédents, l’apogée a été enregistré le mois d’aout 2014 avec 491 millions de DT. Cette
tendance a continué jusqu’au mois de mars 2015 avec 150 millions de DT et elle est revenuvers
la normale à partir du mois d’avril 2015 avec 78 millions de dinars pour se stabiliser à une
moyenne proche de 70 millions de DT par mois entre avril et décembre 2015.
La période de juillet 2014 et mars 2015 qui a connu la hausse faramineuse des montants des
devises importées par les libyens et déclarées à la douane tunisienne, correspondait à la période
de la guerre civile qui a opposé les milices de « Fajer-Libya » contre les milices alliées au
gouvernement de Toubrek.
iii. Les flux d’argents en provenance de l’Algérie traversant la Tunisie et destinés
pour la Libye.

Les différentes sources d’information ont rapporté ces derniers temps des opérations de saisies
de grandes sommes de devises opérées par les différentes autorités tunisiennes : douanes, garde
nationale et police.
Au cours de la dernière année, entre février 2015 et février 2016, les médias ont annoncé les
principales affaires de devises interceptées suivantes :

- Le 25 avril 2016 selon la radio Chems FM 9 : « Les unités douanières relevant du gouvernorat


de Sfax ont pu, aujourd’hui, 25 avril 2016, saisir une importante somme d’argent, endevises,
avoisinant les 4millions de dinars.Selon le correspondant de ShemsFm dans la région, la
somme était en possession d’un citoyen Tunisien qui tentait de la cacher dans des boîtes, à
bord de sa voiture. Le citoyen en question avait quitté Tunis en direction de Ben Guerdane.  »

9
http://www.shemsfm.net/fr/actualite/sfax-saisie-d-environ-4-millions-de-dinars-en-devises-138816

12
- Le 28 février 2016, le journal La Presse annonça la saisie de 1 765 420 euros10 :« Une
somme importante de devises d’une valeur de 1.765.420 euros (4 MD) a été saisie à Mareth,
hier, par les unités de la Garde nationale de Gabès. La devise saisie était dissimulée dans le
coffre d’une voiture venant de Sfax en direction de Ben Guerdane. Deux personnes étaient à
bord du véhicule, indique un communiqué du ministère de l’Intérieur. La voiture a été arrêtée,
car le conducteur a emprunté, intentionnellement, des voies secondaires reliant Gabès et Zarat
pour fuir le contrôle sécuritaire ».
- Le 6 novembre 2015, la radioChems FM 11diffusa la saisie d’une somme équivalente
à 4,5 millions de dinars en devises :« Des agents de la Douane et de sécurité à
l’aéroport Tunis-Carthage ont saisi, vendredi 6 novembre 2015, une somme de 4,5
millions de dinars en devises dans une mallette d’origine inconnue, qui était à bord d’un
avion provenant de Libye… ».

- Le 3 septembre 2015, la radio Express FM 12déclara la saisie de l’équivalent de 2,7


millions de dinars en devises :« Les unités de maintien de l’ordre, à Médenine, ont saisi,
mercredi, entre 10 h et 11 h du matin, dans un point de contrôle entre Médenine et
BenGuerdane, une importante somme d’argent endevises d’une valeur de 2,7 millions de
dinars tunisiens, soit 1500 dollars et 1,227 million d’euros, selon les déclarations d’une
source sécuritaire aucorrespondantede l’agence TAP. »

- D’après Espace manager13, « Les agents de la douane à Ben Guerdane viennent de frapper un
grand coup dans la matinée du jeudi 16 juillet 2015 en réussissant la saisie la somme de 40 millions
de dinars en devises étrangères et une grande quantité d’or dans la zone tampon sur les frontières
entre la Tunisie et la Libye. Une source sécuritaire a dévoilé au correspondant de Mosaïque FM sur
place que le conducteur de la voiture en question a été arrêté à la suite d’une longue course
poursuite ».

- Le 8 juillet 2015, et selon l’Économiste Maghrébin14 « Les douaniers tunisiens, au


passage frontalier de Ras Jedir, ont saisi une grosse somme en devises
soit2,5millions d’euros, cachée dans une voiture libyenne rentrant en Libye, rapporte
Mosaïque fm. Le chauffeur a été arrêté et une enquête diligentée »

- Le 8 février 2015, la radio RTCI 15annonça la saisie d’un montant équivalent à 5


millions de dinars en devises; « Les services douaniers au poste-frontière de Ras Jédir à
la frontière tuniso-libyenne ont déjoué dans la nuit de samedi à dimanche une tentative de
transfert illicite de devises vers le territoire libyen. Le montant de la devise (dollar USD et
euro EUR) s’élève à 5 millions de dinars. La somme saisie a été trouvée à l’intérieur du
véhicule d’un ressortissant étranger.(TAP) »

D’après les enquêtes menées par les services des douanes, la plus part des grandes sommes
de devises saisie sur les routes tunisiennes proviennent d’Algérie. En effet, le marché
informel des devises en Algérie est très développé en raison de grande différence des taux
de changes entre le secteur officiel et le marché parallèle :

10
http://www.lapresse.tn/28022016/111012/saisie-de-4-md-en-devises.html
11
http://www.shemsfm.net/fr/actualite/aeroport-tunis-carthage-saisie-de-4-5-millions-de-dinars-en-devises-
dans-une-mallette-d-origine-inconnue-124483
12
http://www.radioexpressfm.com/lire/medenine-saisie-de-2-7-md-en-devises-dans-une-voiture-provenant-de-
tunis-6667
13
http://www.espacemanager.com/saisie-de-40-millions-de-dinars-en-devises-etrangeres-ben-guerdane.html
14
http://www.leconomistemaghrebin.com/2015/02/08/tunisie-ras-jedir-saisi-de-25-millions-deuros
15
http://www.rtci.tn/saisie-devises-etrangeres-ras-jedir/

13
Tableau 7: Les cours de conversion du dinar Algérien

Devise Contre-valeur en Contre-valeur en Différence % de la


dinars algériens dinars algériens sur en dinars différence
sur marché officiel marché parallèle algériens
100 euros 1200 1800 600 33 %

100 dollars 1050 1550 500 32 %


US
100 dinars 495 770 275 35 %
tunisiens

Les Sarrafas algériens emploient différents moyens pour faire sortir d’Algérie les grandes
sommes de devises qu’ils collectent, ils utilisent entre autreslesréseauxbien rodés de leurs
homologues tunisiens et libyens.

iv. Les techniques utilisées dans les flux financiers informels et le financement du
commerce parallèle et de la contrebande :

Le commerce informel qui a pris des proportions très importantes ces dernières années a besoin
d’un soutien financier que ce soit comme pourvoyeurs de fonds, ou comme exécuteur des
opérations de change et facilitateur des transferts internationaux.
Les opérations de changes et de transferts exigent la confiance, l’efficacité et la rapidité; ces
qualités sont bien garanties par les grands « Sarrafas » de Ben Guerdane. Toutefois, ces
derniers ne seraient pas capables d’assurer leurs missions s’ils n’étaient pas associés à de
grands « commerçants » ou plutôt trafiquants libyens.
Les circuits des flux financiers entre les différentes parties, établies dans trois pays ou plus,
sont bien organisés et bien rodés avec une extrême fluidité. En effet, les opérations financières
internationales, qui demanderaient plusieurs jours et beaucoup de paperasses par le biais du
système bancaire, sont exécutées et concrétisées à travers les circuits informelsinstantanément,
quelque soit le montant et à n’importe quelle destination par un simple coup de téléphone.

Les principales sources d’approvisionnement en devises des « Sarrafas » de Ben Guerdane


sont les suivantes :
- Une grande partie des fonds collectés auprès des voyageurs libyens par les petits
« Sarrafas » des rues et routes de Ben Guerdane.
- Les grandes sommes d’argents ramenées par les libyens en dinars libyens ou en devises.
- Les revenus des tunisiens qui vivent en Libye.
- La collecte à l’intérieur de la Tunisie des devisesqui circulent dans l’informel et qui sont
ramenées soit par les tunisiens vivant à l’étranger ou par les touristes.
- La collecte auprès des tunisiens à l’étranger dans leurs pays d’accueils.

14
Les montants collectés en Tunisie sortent du pays vers la Libye en contrebande puis ils seront
transférés et placés dans des banques à l’étranger surtout en Turquie et aux Émirats Arabes
Unis.

Les transferts d’argents sont faits selon l’un des scénarios suivants :

1. Un voyageur libyen transporte avec lui une importante somme d’argent, voyage vers
Istanbul, Dubaï ou Abou Dhabi pour y déposer cet argent. Ce libyen voyage directement
d’un aéroport libyen ou transite par un aéroport tunisien16.
2. Les transferts effectués à travers les banques libyennes en contrepartie d’opérations
commerciales fictives, ou de fausse déclaration (exemple, la surfacturation). Cette manière
d’opérer dégage d’énormes gains pour les intermédiaires libyens qui spéculent sur les
grandes différences entre les taux de changes officiels et ceux pratiqués dans le circuit
parallèle (en date du 6 mars 2016 le taux officiel de 1 € = 1,53 DL, alors que celui du
marché parallèle 1 € = 4 DL).
3. Les « Sarrafas » font sortir en contrebande les devises collectées vers la Libye, puis un
libyen fait retourner l’argent en Tunisie par les postes terrestres de Ras Jedir et Dhehiba ou
par les aéroports de Tunis Carthage, de Sfax et de Monastir. À l’entrée en Tunisie les
devises, importées en grandes sommes, sont déclarées à la douane. La déclaration en
douane des devises permet le placement de l’argent dans des comptes en devises ouverts
auprès des banques tunisiennes et surtout des banques tuniso-libyennes. À partir de ces
banques, n’importe quelle somme peut être légalement transférée à n’importe quel pays. Il
est à noter que ce système fonctionne depuis très longtemps, il a permis à plusieurs
personnes de financer leurs besoins en devises à l’étranger telles que la couverture des
opérations commerciales informelles ou le financement des acquisitions et les placements à
l’étranger.

Les flux financiers informels gérés par les « Sarrafas » de Ben Guerdane ne se limitent pas
uniquement à l’activité de la région transfrontalière tuniso-libyenne, mais couvrent aussi celle
de la frontière tuniso-algérienne ainsi que la contrebande et la fraude douanière qui passent par
les ports et les aéroports du pays.

Les « Sarrafas » de Ben Guardène financent aussi les minorations de lavaleur en douane
opérées par les commerçants tunisiens importateurs de produits de consommation en
provenance de la Chine. En effet, les fournisseurs chinois exigent une avance de 30 % pour
chaque transaction or, la réglementation tunisienne de changes interdit tout paiement d’avance.
Les importateurs tunisiens se trouvent contraints de se procurer cette avance auprès du circuit
informel. Evidemment, les importateurs retranchent cette avance de leurs factures d’achats et
ne la déclarent pas dans les déclarations de mises à la consommation.

Circuits des flux financiers informels


16
http://www.shemsfm.net/fr/actualite/aeroport-tunis-carthage-saisie-de-4-5-millions-de-dinars-en-devises-
dans-une-mallette-d-origine-inconnue-124483

15
III. Le commerce transfrontalier informel 

Le commerce informel existait bien avant le 11 janvier 2011 date la révolution tunisienne. A
partir du début des années 2000 le commerce parallèle a commencé à prendre beaucoup
d’ampleur avec l’entrée des membres de la famille de l’ancien président en scène comme
principaux acteurs. Leurs missions étaient d’assurer le passage des marchandises importées
sans payer les taxes douanières ou payer le minimum possible. Sauf quelques exceptions, ils
n’étaient pas les destinataires réels des marchandises mais plutôt des intermédiaires qui se font
payer selon des montants forfaitaires par unité de charge ou par kg de marchandise.

Tous les moyens étaient bons, pour faire passer les marchandises des frontières, le plus simple
était de les introduire par les ports sous couvert de fausses déclarations en douanes, ils
utilisaient aussi la contrebande à travers les frontières terrestres pour faire passer certains
produits comme le tabac.

Les membres de la famille Ben Ali étaient, alliés avec les barons de la contrebande
transfrontalière aussi bien ceux de la frontière libyenne que ceux de la frontière algérienne. Les
contrebandiers et plus particulièrement les grands « Sarrafa » de Ben Guerdane étaient les
piliers des mécanismes de l’informel en fournissant l’appui financier et de changes.

16
De nos jours les membres de la famille de l’ancien président ont disparu mais les intéressés à la
fraude sont toujours là et les systèmes qui étaient mis en place fonctionnent toujours. Les
membres de la famille de Ben Ali impliqués dans le commerce informel étaient connus et
comptaient environ 40 personnes, ils sont actuellement remplacés par d’autres personnes non
ou peu connues dont le nombre a s’est très rapidement multiplié.

La contrebande dans la région frontalière avec la Libye est caractérisée d’une part par une
grande prolifération du trafic des carburants (i), des importations illicites du tabac (ii), des
exportations illégales de produits de première nécessité (iii), et d’autre part par une nette
régression du commerce informel des marchandises diverses (iv).

Tableau 8:Estimation du commerce transfrontalier informel En millions de dinars

2013 2015

Marchandises diverses 524 300


Carburants 66,8 296,9
Tabac Non renseigné 400
Total 590,8 996,9

i. Trafic des carburants :


Les carburants constituent actuellement les principaux produits importés en contrebande de la
Libye.Cesproduits génèrent beaucoup de profits aussi bien aux tunisiens qu’aux libyens et ils
occupent un grand nombre de personnes.
Dans la région de Ben Guerdane,le passage de la frontière se fait en dehors du poste de contrôle
de Ras Jedir,dans un endroit à une distance d’environ 7 kmdénommé « essareg »17.Il s’agit d’un
étroit couloir entre le mur isolant18 et la zone marécageuse. C’est un terrain très difficile et le
passage des moyens de transport nécessite l’assistance de tracteurs contre une somme de 150
dinars par véhicule allée/retour.La zone est bien gardée par l’armée, mais cette dernière ferme
les yeux sur l’activité de carburants, probablement que cela rentre dans sa stratégie.
De l’autre côté de la frontière, l’endroit libyen s’appelle « Dhahret el khass » où s’installe un
grand marché de carburant. Les libyens utilisent de grands camions citernespour
l’approvisionnement de leurs clients tunisiens. Lespropriétaires de ces camions bénéficient de
la protection de certaines autorités ou des milices libyennes.

Selon les recoupements, suite à nos différentes interviews, environ 1000 véhicules spécialisés
dans le passage des carburants à travers les frontières. Ce parc est composé de 700 véhicules
transportant en moyenne 100 jerricanes de 20 litres et 300 camions équipés de 3 à 5 citernes de
900 litres chacune.
En considérant que les véhicules font un voyage tous les deux jours, les quantités importées
quotidiennement sont par conséquent comme suit :
350 x 100 x 20 L = 700 000 L
150 x 3 x 900 L = 405 000 L
Total : = 1 105 000 L/jour

17
La traduction de l’arabe « essareg » = le voleur
18
Mur construit par l’armée tunisienne en 2015 pour empêcher les incursions terroristes à partir de la Libye

17
Les prix sont très mouvants et dépendent de plusieurs facteurs, dont le cours du dinar libyen par
rapport au dinar tunisien et le degré de rigueurdans les contrôles. Lors de notre visite, et en
date du 5 mars 2016,le prix d’achat en Libye est de 12 dinars libyens le bidon de 20 litres soit
0,600 DL le litre d’essence alors que le prix à la pompe en Libye est de 0,150 DL soit un gain
pour le vendeur libyen de 400 %.
Pour le contrebandier tunisien et en profitant du cours actuel du DL (1 DL = 0,600 DT) le
bidon de 20 litres revient à environ 7,200 DT (12 DL x 0,600 =7,200 DT) soit 0,360 DT le litre,
il le vend en gros à Ben Guerdane à 12 DT soit environ 0,600 DT le litre contre 1,650 DT à la
pompe en Tunisie.
Les données collectées entrainent les résultats suivants :
Quantités annuelles :1 105 000 litres x 320 jours =353,6 millions de litres
Valeur d’achat en Libye 353 600 000 L x 0,360 DT = 127,3millions de dinars
Montant de vente en gros en Tunisie 353 600 000 L x 0.600 DT = 212,1millions de dinars
Plus-value dégagée (212,1 -127,3) = 84,8millions de dinars.
Il est à noter, en outre, que le trafic des carburants dans la région frontalière, emploie environ
4000 personnes19.
D’après les informations recueillies, le trafic de carburants, aux alentours du poste frontalier
Dhehiba /Ouezen, est important également. Pour l’estimation du volume annuel global de
carburants échangésdans le circuit informel à la zone frontalière tuniso-libyenne, nous
considérons que la région de Dhehiba représente 40 % du volume enregistré à Ben Guerdane.

Le tableau ci-après résume l’importance du commerce informel du carburant dans toute la zone
frontalière tuniso-libyenne :

Tableau 9:Estimation du commerce informeldes carburants dans la zone frontalière tuniso-libyenne  

Ras Jédir /Ben Dhehiba/


Total
Guerdane Ouezen
Quantité de carburants en millions 353,6 141,4 495
de litres  
Montant des achats en Libye en 127,3 50,9 178,2
millions de DT
Montant des ventes en gros en  212,1  84,8  296,9
Tunisie en millions de DT
Plus-value en Tunisie en millions 84,8 33,9 118,7
de DT
Nombre des employées dans le  4000  1600  5600
passage des carburants

Le volume total de carburant, importé en contrebande de Libye, est donc estimé à 495 millions
de litres soit environ 17 % de la consommation tunisienne qui est égale à 2907,7 millions de
litres en 2014.

Le prix au détail dépend de la distance du point de vente de la ville de Ben Guerdane. Le bidon
d’essence de 20 litres est vendu à 15 dinars à Ben Guerdane, à 19 dinars à Zarsis (50 km), 23
19
D’après les personnes interviewées chaque véhicule, utilisé pour le passage frontière des carburants, emploi
directement en moyenne 4 personnes.

18
dinars à Gabés (130km) et à 25 dinars à Sfax(260 km).

Le tableau ci-après estime la plus-value dégagée de la distribution et la vente en détail des


carburants. Outre la marge des détaillants cette plus-value comprend les frais de transport et
des dépenses engagées pour le passage des routes.
Tableau 10:Estimation de la plus-value de la commercialisation des carburants importés par le circuit informel 

Région % Quantité écoulé Prix gros Prix détail Plus-value Plus-value


Ecoulement Milliers de litre Litre / DT Litre / DT Litre / DT Milliers
de DT
Zone frontière
20 99000 0,600 0,750 0,150 14850
A 50 km de la
frontière 30 148500 0,600 0,950 0,350 51975
A 100 km de la
frontière 35 173250 0,600 1,150 0,550 95287
Au-delà 200 km
de la frontière 15 74250 0,600 1250 0,650 48262

Total 100 495000 210349

Le commerce informel des carburants en provenance de la Libye dégage donc une plus-value
de 118,7 millions de dinars réalisée par les opérations de passage de la frontière et la vente en
gros et de 210,3 millions de dinars provenant de la distribution et la vente en détail. Par
conséquent, la plus-value totale est estimée à environ 320 millions de dinars.

ii. Les importations illicites du tabac


La contrebande du tabac, dans les zones frontalières terrestres, connait ces derniers temps
uneexpansion sans précédent20. L’accroissement du volume du commerce informel des
cigarettes n’est pas dûuniquement aux causes traditionnelles qui suscitent ce phénomène telque
la hausse des prix de vente suite aux sur-taxations ou aux restrictions imposées par les
monopoles de l’État, mais aussi le résultat desfacteursinternes que vit la filière du tabac en
Tunisie21.
Tableau 11: Statistiques des saisies de tabac

Année Cigarettes Tombac Tombac

20
http://kapitalis.com/tunisie/2016/01/03/saisie-dimportantes-quantites-de-tabac-de-contrebande-a-gabes/
21
http://www.ilboursa.com/marches/tunisie--etude-les-barons-de-la-contrebande-engrangent-2-milliards-de-
dinars-par-an_8685
« Aussi, l'étude de JOUSSOUR révèle un grand déficit "inexpliqué" de l’offre nationale des tabacs. Les ventes de la
RNTA ont considérablement baissé passant de 810 millions de paquets vendus en 2007 à seulement 620 millions
de paquets en 2012. Malgré l'importation de 156 millions de paquets en 2012 contre 52 millions de paquets en
2007, la RNTA n'a pas pu combler la baisse de sa production. »

19
(paquet) « Moassel » (kg) « Girac » (kg)
2013 5 210 163 27247 4 269
2014 7 595 209 41784 8483
2015 8 093 562 80964 10707

Source douane tunisienne

D’après ces statistiques nous constatons l’importance des quantités de tabac saisies par la
douane et nous remarquons aussi que ces quantités évoluent en grande proportion et d’une
manière continue d’année en année.

Le trafic de cigarettes passe par les pays du Sahel africains : Mali, Niger et Tchad, traverse le
Sahara pour atteindre les pays d’Afrique du Nord et certaines quantités montent jusqu’en
Europe. Avec un marché parallèle de tabacs en plein essor, la Tunisie est parmi les destinations
privilégiées des trafiquants.

De son côté, la situation sécuritaire, en Libye, marquée par l’absence totale de l’autorité de
l’État, substituée par la prolifération des milices armées, a contribué énormément dans
l’accroissement du trafic des cigarettes, puisque ces milices en tirent profit à travers les rentes
qu’ils imposent en contrepartie du droit de passage.

L’introduction des cigarettes sur le territoire tunisien se fait de deux manières; soit en
contrebande à travers les pistes du Sahara par des camionnettes 22 totalement chargées ou dans
des cachettes aménagées dans des véhicules transportant d’autres marchandises et qui passent
par postes frontaliers contrôlés par la douane.

La consommation annuelle est estimée 23 à 1000 millions de paquets de cigarettes répartie


comme suit:
Tableau 12 : Statistique de la consommation annuel des cigarettes
En millions de paquets

Production nationale Importations légales Marché parallèle total

466 156 380 1000

22
http://www.espacemanager.com/deces-dun-contrebandier-de-tabac-ben-guerdane.html
23
Etude Joussour 2016 : « Commencer par cerner l’informel pour préparer son cantonnement :Un enjeu de politique
publique »

20
Le manque à gagner pour le trésor est estimé à 500 millions de dinars par an. Considérant que
la frontière libyenne est à l’origine de 40 % du trafic de tabac, soit un volume de 400 millions
de dinars et une perte de 200 millions de dinars est à attribuer à cette frontière.

iii. Les produits compensés à l’export :

De tout temps, trois produits tunisiens sont très demandés en Libye, il s’agitdes pâtes
alimentaires de marque « Spiga »,du lait stérilisé de marque « Délice » et du concentré de
tomate de marque « Sicame », aujourd’hui la demande libyenne s’est étendue sur d’autres
marques et d’autres produits de base.
LaLibye vit ces derniers jours une grande flambée de prix surtout des produits de première
nécessité due à la chute faramineuse du cours du dinar libyen et au dysfonctionnement du
système de subventions dans ce pays. En effet, les prix du pain, de la semoule, des pâtes, du
sucre se sont multipliés par 3 à 5 fois. Cette situation creuse davantage les écarts des prix entre
les deux rives de la frontière favorisant fortement la sortie en contrebande et en grande quantité
des produits similaires tunisiens.

Les produits tunisiens demandés du côté libyen et bénéficiant de la subvention directe dela
caisse générale de compensation en Tunisie sont les pâtes alimentaires et le couscous. Les
médicaments de leur part profitent d’un système de compensation au niveau de la distribution
par la Pharmacie Centrale de Tunisie. De même, le sucre bénéficie d’une régulation de prix
opérée par l’Office de Commerce de Tunisie.
Les autres produits, comme le lait et le concentré de tomate, ne sont plus subventionnés, mais
pour prévenir contre toute perturbation dans l’approvisionnement le marché local tunisien ces
produits sont soumis à des contrôles et des restrictions au niveau de la fourniture et de la
circulation dans les zones frontalières,

D’après les personnes interviewées, l’exportation des produits alimentaires compensés se fait
de deux manières soit en accompagnant les voyageurs à leur sortie du pays, soit en contrebande
dans les véhicules qui franchissent la frontière en dehors du bureau des douanes pour aller
chercher le carburant. Ces mêmes personnes affirment aussi que les voyageurs emmènent avec
eux et par voiture deux ballots (pâtes alimentaires et couscous)contenant 12 paquets de 1 kg
chacun, alors que les camions de contrebande font passer en moyenne 20 ballots soit 120 kg par
voyage. Toutefois, ils précisent que ce n’est pas lors de tous les passages que les véhicules,
spécialisés dans le trafic des carburants, prennent avec eux des produits alimentaires, mais
selon la demande exprimée par leurs vis-à-vis en Libye. L’approvisionnement en ces produits
se fait essentiellement auprès des grossistes de produits alimentaires installés à Ben Guerdane
qui compte 145 grossistes sur les 250 établis dans tout le gouvernorat de Médenine.

Ces différentes informationsnous ont permis d’estimer les quantités de produits alimentaires
subventionnés exportées en Libye et qui sont reprises dans les deux tableaux ci-après :

Quantités exportées par les voyageurs :

21
Tableau 13: Estimation des quantités de produits alimentaires subventionnésexportées par les voyageurs

Nombre de Nombre de voitures Quantité Total


Année voitures à la % 25 transportant des moyenne par en tonne
sortie/an24 produits alimentaires voitureen kg
2013 513981 70 414386 24 9945
2014 452779 80 362223 24 8693
2015 339 564 90 305 607 24 7334

Quantités exportées en contrebande26 :


Ne disposant pas de grandes et d’après l’enquête menée en 2013, la quasi-totalité du trafic
passait par les bureaux de douane vue la faible mainmise de l’administration sur le contrôle des
mouvements dans les postes frontaliers27, nous allons,par conséquent :

Tableau 14 : Estimation des quantités de produits alimentaires subventionnés exportées en contrebande

Nombre de Nombre de voitures Quantité Total


Année véhicules à % transportant des moyenne par En tonne
la sortie/an produits véhicule en kg
alimentaires

2015 224 000 80 179 200 240 43008

Le total des produits alimentaires subventionnés et exportés vers la Libye en 2015 est estimé à
50342 tonnes (7334 + 43008), d’une valeur d’environ 42,8millions de dinars.

Le tableau ci-après reprend les statistiques des produits subventionnés saisies par les différentes
autorités (douane, garde nationale et armée) enregistrées dans les bureaux de douanes relevant
de la direction régionale des douanes de Médenine:

Tableau 15 : Statistiques des saisies des produits subventionnés

Année Valeur des saisies des produits


compensés dans la région du
sud en millier de DT
24
Source douane tunisienne, 2013
il s’agit du nombre de véhicules particuliers486
qui ont quitté la Tunisie par les deux
postes frontaliers de Ras Jédir et Dhehiba.
25
Le pourcentage augmente 2014 579 du gap des prix.
en fonction de la situation en Libye et l’intensité
26
Faute d’informations sur la2015 1069 seulement les quantités
contrebande au cours des années passéesestimer
exportées en contrebande en 2015.
27
Etude de la Banque Mondiale 2013: « Une Estimation du Commerce Informel aux Frontières Terrestres
Tunisiennes ».

22
Source douane tunisienne

Les quantités des produits subventionnés saisies par les autorités tunisiennes ont doublé entre
2014 et 2015, cela confirme l’importante croissance, ces derniers temps, des exportations
informelles des articles compensés.

Tableau 16:Comparaison des prix des produits exportés en contrebande

Article Quantité Prix de Prix de Contrevaleur Contrevaleur


vente en vente en avec cours avec cours du
Tunisie DT Libye en DL bancaire marché parallèle
Pâtes 1 kg 0,850 3 3,900 1,950
alimentaires
Couscous 1 kg 0,800 3 3,900 1,950
Sucre 1kg 0,970 2,5 3,250 1,625
Lait 1L 1,070 2,75 3,575 1,787

iv. Marchandises diverses à l’import :


Le volume du commerce transfrontalier informel des marchandises diverses à l’import a
sensiblement chuté par rapport à ce qu’il était en 201328. Plusieurs raisons expliquent cette
situation; d’une part, la sécurité en Libye où les tunisiens sont devenus la cible des milices
armées et les victimes d’opérations de braquage répétées. D’autre part, le renforcement des
contrôles du côté tunisiens surtout dans la zone militaire fermée avec la multiplication des
effectifs et des patrouilles des différentes autorités : l’Armée, la Douane et la Garde Nationale.

La chute d’activité est constatée dans les deux postes frontaliers de Ras Jedir et de Dhéhiba. En
effet, le nombre annuel d’entrées de véhicules automobiles est passé de 765milles en 2013 à
389 milles seulement en 201529. Le parc automobile qui était utilisé dans le passage des
marchandises diverses s’est converti en bonne partie dans le transfert du carburant.

En 2013, le plus gros du commerce informel passait par Ras Jedir par des fourgons de 3,5
tonnes contre payement de 50 dinars à la douane comme droits et taxes. Actuellement, la
douane interdit le passage à ces véhicules par les couloirs de voyageurs et leurs impose le
dépôt de déclarations en détail. A cela s’ajoute les fermetures fréquentes de la frontière et

28
L’année de la tenue de l’enquête sur le volume du commerce informel dans le cadre de l’étude de la Banque
Mondiale : « Une Estimation du Commerce Informel aux Frontières Terrestres Tunisiennes ».

29
Source douane tunisienne.

23
l’insécurité sur les routes libyennes ainsi que les agressions et les contrariétés dont les
commerçants et les passeurs tunisiens sont la cible en Libye.

D’après les renseignements recueillis, les principaux produits du commerce informel sont les
articles électroniques, l’électroménager, les vêtements et chaussures. Le montant annuel des
marchandises diverses importées dans le circuit informel à travers la frontière tuniso-libyenne
ne dépasse pas les 300 millions de dinars contre 524 millions de dinars estimé en 2013.

IV. Recommandations
Tant que les causes qui justifient le commerce transfrontalier informel persistent, comme les
différences de prix entre les pays voisins ou les contraintes techniques à l’importation, il n’est
pas possible de l’éradiquer, le contenir dans des proportions acceptables nécessite une stratégie
bien étudiée et une feuille de route détaillée s’appuyant sur les axes de réformes suivants :

La réforme tarifaire 

La réforme tarifaire  entamée par la loi des finances pour la gestion de 2016 et consistant en la
réduction du nombre des taux de droit de douane à deux seulement 0 % et 20 % et la
suppression du droit de consommation à la plus part des produits, a eu un effet certain sur la
régression du commerce informel des marchandises diverses. Cette réforme doit être
poursuivie enrévisant les taux de certains prélèvements et taxes comme celui de la taxe de
protection de l’environnement au taux de 5 % ; et en éliminant les incohérences tarifaires pour
les cas de matières premières qui subissent une pression fiscale supérieure aux produits finis.

Elimination des obstacles techniques au commerce

La réforme tarifaire peut échouer et n’atteigne pas ses objectifs si les autres obstacles persistent
(lescontrôles techniques non justifiés, les prohibitions, les tracasseries administratives, les
normes prohibitives, l’excès de zèle dans les contrôles, etc …). En effet, il est urgent de mener
une réforme profonde des mesures non tarifaires afind’éliminer les obstacles techniques aux
importationset d’introduire plus de facilités dans les procédures de dédouanement.

Stratégie de lutte contre la corruption

La corruption a un grand effet sur l’épanouissement des circuits parallèles et cela à double titre.
En premier lieu les pots de vins, demandés aux opérateurs légaux lors de l’accomplissement
des formalités du commerce extérieur, du dédouanement et de l’enlèvement des
marchandises,sont considérés comme des obstacles qui favorisent l’informel. En second lieu la
facilité de corrompre les agents publics permet une fluidité de passage de la contrebande. En
effet, les marchandises traversent le pays du sud au nord et de l’ouest à l’est par des chemins
sécurisés par les contrebandiers.La mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre la
corruption devrait constituer une priorité.

Etudes spécifiques par secteurs

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Les secteurs d’activités économiques sont différemment affectés par le commerce informel.Les
raisons qui expliquent le phénomène,varient d’un secteur à l’autre. Il y’a lieu à cet effet,
delancer des études spécifiques pour les secteurs les plus touchés telles que le tabac,les
vêtements, les chaussures, les articles électroniques, l’électroménager, les fruits, les fruits et les
légumes secs, etc…

Révision de politiques protectionnistes

Certaines politiques économiques doivent être révisées à l’instar des mesures protectionnistes
pour sauvegarder des entreprises publiques en difficultés comme le cas des contraintes à
l’importation des pneus pour maintenir la STIP, ou les défaillances flagrantes en quantités et en
qualité des unités publiques de production de tabac.

Accélérer la révision du code des changes

Les dispositions du code des changes en cours de révision doivent prendre en considération la
réalité des opérations sur le terrain en essayant de pousser les opérateurs du change informel
sur les frontières à intégrer le circuit formel. En outre, il y’a lieu de régler le problème des
payements en avance exigées par les fournisseurs de certains pays.

Renforcement de contrôles aux frontières

Le renforcement de contrôles aux frontières par la mise en place une stratégie nationale de lutte
contre la contrebande faisant associée les différentes autorités exerçant sur le terrain. Une
coordination entre les diverses forces et des actions communes de contrôle peuvent avoir de
résultats positifs et un grand effet dissuasif.

Appui à la douane

Les services des douanes doivent être équipes par des nouveaux moyens logistiques et
technologiques performants. Ces services doivent, en outre, adopter des techniques intelligentes
de lutte contre la fraude basées sur le renseignement et l’analyse des risques. Un effort
particulier doit être réservé au démantèlement des réseaux liés à la criminalité internationale et
au terrorisme en particulier dans les domaines des trafics d’armes, des stupéfiants et de la
contrebande du tabac.

Un plan de développement spécifique pour les régions frontalières 

Les régions frontalières souffrent du manque des opportunités d’investissement et de


possibilités de création d’emplois. En dehors de la contrebande et du commerce informel les
jeunes de ces régions ont peu de chances pour décrocher un emploi décent. Il est urgent
d’instaurer un plan de développement pour les régions frontalières.

Mise en place d’une veille frontalière

Une veille frontalière est à mettre en place, elle permettra aux autorités centrales d’être
informées sans délai de ce qui se passe dans ces régionsafin de réagir en temps opportun à tout
phénomène nouveau.

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Coopération avec le pays voisins

Il est important de renforcer la coopération avec les pays voisins et de considérer le commerce
transfrontalier informel et la contrebande comme une préoccupation commune. Il est
recommandé de rapprocher les politiques tarifaires, de coordonner les mécanismes de
subventions, et deprévoir un programme commun de lutte contre la fraude.

Les pays voisins doivent aussi œuvrer ensemble pour lutter contre la pauvreté dans les régions
frontalières et mettre en place un plan commun de développement de ces régions.

Conclusion
Les flux financiers informels s’avèrent très importants. Ils font tourner beaucoup de fonds et
génèrent de grands profits. Le commerce transfrontalier informel, en dépit de la régression
remarquée dans le volume des marchandises diverses à l’importation, enregistre une croissance
accrue au niveau de l’importation des carburants, de la contrebande du tabac et l’exportation
des produits alimentaires subventionnés en Tunisie, des médicaments et des denrées de
première nécessité d’une manière générale.

Une grande masse de la population du sud et du centre tunisien survit du trafic transfrontalier.
Faute d’alternatives d’emplois et d’autres sources de revenus, toute perturbation dans
l’approvisionnement du marché parallèle, comme la fermeture des frontières, peut causer des
troublessociaux.

Trouver des solutions à ces fléaux n’est pas aussiévident.Eneffet, les habitants des régions
frontalières ont un lien historique avec la contrebande qu’ils héritent de père en fils, la plupart
d’entre eux ne savent pas ou parfois n’acceptent pas de faire autre chose. Lesrelations
solidement tissées entre les trafiquants des deux côtés de la frontière ont énormément contribué
à l’essor de cette activité. Àcelas’ajoutent les derniers évènements qu’ont vécus les deux pays
après leurs révolutions respectives qui ont entrainé une faiblesse caractérisée de l’autorité de
l’État en Tunisie, et l’absence pure et simple de l’État en Libye.

Les principaux acteurs, aussi bien du change informel que de la contrebande, ont accumulé de
grandes richesses, ils ont comblé le vide laissé par le clan Ben Ali dans l’approvisionnement du
marché parallèle et ont profité de la fuite des grandes quantités d’or libyen suite à la chute du
régime de Gaddafi.

Ces grosses fortunes, communément appelées les barons de la contrebande, ont un niveau
d’instruction très faible, ils ne sont pas capables d’accomplir la fonction de promoteurs de
projets économiques et de recycler leurs capitaux dans les secteurs formels. Leurs rares
investissements étaient essentiellement dans l’immobilier ou l’ouverture de salons de thé dans
les quartiers chic de Tunis.

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Bibliographie

- Lotfi Ayadi, Nancy Benjamin, Sami Bensassi, Gaël Raballand2013 : « Une estimation
du commerce transfrontalier informel en Tunisie » Banque Mondiale.

- Haddar Mohamed 2014, Rapport sur les relations économiques entre la Tunisie et la Libye.

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- Meddeb, Hamza, 2012, « Courir ou mourir : Course à el khozba et domination au
quotidien dans la Tunisie de Ben Ali », Thèse de doctorat, Institut d’Etude Politique de
Paris.

- Joussour 2016: « Commencer par cerner l’informel pour préparer son cantonnement :un
enjeu de politique publique »

- Laroussi Kamel 2013 « L’espace frontalier tuniso-libyen dans la tourmente de la


mondialisation etprospection conceptuelle des nouvelles formes d’urbanités et
degouvernances dans les nouvelles régions économiques » Institut des Régions Arides,
Médenine. Revue des Régions Arides.

- Lotfi Ayadi 2015 : « Le commerce informel des pneus. Estimation &
recommandations ».

- Bob Rijkers, Leila Baghdadi, et Gael Raballand2015 “ Political Connections and Tariff
Evasion Evidence from Tunisia” BanqueMondiale.

Annexes

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