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Région Rhône-Alpes :
extrait du zonage sismique de la France

Source : MEDDTL, 2011


Réalisation : J. Boussageon/IRMa, 2011

Photo
de couverture :
Après le séisme Quelques sites internet
d’Aquila en 2009
© Marc Givry
Architecte • Le site du Plan Séisme (Ministère en charge de l’Ecologie)
http://www.planseisme.fr/
Est édité par l’Institut
des Risques Majeurs • Site du risque sismique en région PACA
15, rue Eugène Faure http://www.seisme-1909-provence.fr/
38000 Grenoble
• Réseau national de surveillance sismique
Directeur http://ranass.u-strasbg.fr/
de la publication :
Henri de Choudens • Réseau sismologique des Alpes
http://sismalp.obs.ujf-grenoble.fr/
Directeur
de la rédaction : • Laboratoire de Géophysique Interne et Tectonophysique à Grenoble
François Giannoccaro http://www.lgit.obs.ujf-grenoble.fr/
Rédacteur en chef :
Honor Chance

Réalisation :
Imprimerie Notre-Dame
Montbonnot
Avec le soutien du :
- Conseil Régional Rhône-Alpes
ISSN 0999-5633 - Conseil Général de l’Isère
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Risque S ommaire
E dito
sismique
Le séisme au Japon qui s’est produit le 11 mars 2011 nous le
confirme : la nature dépasse parfois nos prévisions les plus
Une décennie de séismes :
quels enseignements pour la prévention ?
Pierre-Yves Bard - ISTerre / IFSTTAR

La réglementation sur la construction parasismique :


quelles évolutions ?
4/5

pessimistes. Mathieu Blas - MEDDTL/DGALN/DHUP/QC1 6/10


A ce jour, il n’est pas possible de prévoir quand surviendra
un séisme. On peut cependant prévoir les zones où cet aléa
Quelle politique de prévention du risque sismique
risque de se manifester et quelle pourra être, probablement, en France ?
la magnitude maximale. Vincent Courtray - MEDDTL/CCIAPSA 11/12
Des évolutions considérables sont survenues dans la connaissance
du phénomène sur notre territoire et, en conséquence, sur la Application de la réglementation parasismique
réglementation, tout particulièrement dans la cartographie des Victor Davidovici - Dynamique Concept 13/15
zones à risque et dans les règles de constructions parasismiques
à y appliquer. Ainsi, les nouveaux outils réglementaires viennent Un micro zonage sismique dans un PPR :
d’entrer en vigueur (1er mai 2011) : la nouvelle délimitation des le PPR du bassin annecien
zones de sismicité ainsi que des règles de construction. Liliane Besson - Vice-présidente de l’IRMa 16/17
Le territoire métropolitain a été le siège dans un passé plus ou
Les installations nucléaires et la prise en compte
moins lointain de quelques événements graves, heureusement peu
du risque sismique dans le sud-est de la France
nombreux. Le retour d’expérience de tels événements survenus en
France ou d’autres beaucoup plus importants survenus à
Ghislaine Verrhiest-Leblanc - ASN 18/19
l’étranger, permet d’améliorer la prévention et montre tout
particulièrement, l’impérieuse nécessité d’appliquer et contrôler La préparation à la gestion d’une crise sismique.
l’application des règles de construction parasismique pour les Les exercices RICHTER
nouveaux bâtiments. Reste bien évidemment, le problème du bâti Emilie Crochet - DSC/SDGR/BRM 20/21
ancien qui doit, quand cela est possible, être conforté. La tenue
des installations industrielles à risque, est bien entendu cruciale, Information préventive. Le risque sismique,
avec la nécessité de prendre en compte les effets domino. Par un patrimoine à valoriser ?
ailleurs, la connaissance par la population des réflexes Claire Arnal - DREAL PACA 22/23
élémentaires à avoir en cas de tremblement de terre est
primordiale pour limiter au maximum, les pertes en vies humaines.
Le séisme d’Epagny

Ce sont tous ces éléments que l’Institut, et c’est son rôle, s’efforce
Roland Daviet - Maire d’Epagny 24
de diffuser, tant pour le risque sismique, que pour tous les autres
risques majeurs. Lourdes : de la contrainte au développement
Michel Azot - Maire adjoint de Lourdes 25
D’autres informations sur le risque sismique disponibles sur le site
de l’IRMa : www. i rma -gre no bl e. com Pratiques et intérêts des analyses
de vulnérabilité sismique dans un pays
■ Numéro 13 du « Risques Infos » sur le risque sismique en Rhône- à sismicité modérée
Alpes (2002) Philippe Guéguen - ISTerre/IFSTTAR, CNRS, UJF Grenoble 26/27
■ Un dossier thématique multimédia sur le risque sismique (2008) Vulnérabilité des ouvrages
de la rocade sud de Grenoble au séisme
■ Un film vidéo : « la terre tremble !!! Pascal Belin - CETE Méditerranée 28/29
Et Rhône-Alpes dans tout ça »
De bonnes vibrations pour les bâtiments
■ Un dossier pédagogique à destination des scolaires (2008)
Pierre-Eric Thévenin, Thierry Vassail,
Antoine Petiteau - Bureau Veritas
30/31
Henri de Choudens
Président de l’Institut des Risques Majeurs
Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 3
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Une décennie de séismes :


quels enseignements
pour la prévention ?
Pierre-Yves Bard - Chercheur à l'Institut des Sciences de la Terre /Institut français
des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux.

Neuf années
se sont écoulées
depuis le dernier numéro
de Risque Infos
spécialement consacré
à la problématique
sismique (n°13, juin 2002).

ette quasi-décennie s'est avérée par-


C ticulièrement meurtrière au niveau
mondial, les coûts humains des catas- Ecole Elémentaire municipale à Arahama (Sendai) ayant survécu aux vibrations
trophes sismiques représentent les 2/3 des et au tsunami (malgré une submersion des deux premiers étages) :
le bâtiment avait été renforcé avant le séisme et n'a subi aucun dommage structural.
1 250 000 victimes de toutes les catas-
trophes dites naturelles, dont 575 000 ■ Des séismes "géants" : après plusieurs des magnitudes maximales possibles sur
(46 %) pour les destructions proprement décennies exemptes de chocs majeurs (de- les failles connues : peut-on s'attendre à
sismiques et 250 000 (22 %) pour les tsu- puis les années 60), trois événements ont des événements de magnitude 9 sur toutes
namis induits. approché voire dépassé la magnitude 9 : les zones de subduction dépassant les 500
Sumatra 2004, Chili 2010 et Japon 2011. km d'extension (donc notamment sur les
Plusieurs types d'événements peuvent être Tous trois se sont produits dans des zones Antilles), même en l'absence de tout indice
distingués : des séismes "géants" par leur de subduction, avec génération de tsunami historique ? Plus généralement, pour d'au-
taille, des séismes majeur aux consé- tres contextes que la subduction, le
quences particuliè-

[ concept de segmentation de faille est-il

[
extrêmement meur-
Les coûts rement dramatiques pertinent pour justifier d'une taille maxi-
triers car survenant
dans les zones à male inférieure à la longueur totale de
dans des zones très humains forte densité de po- faille (exemple en Rhône-Alpes : doit-on
peuplées, quelques
séismes de taille des catastrophes pulation. considérer comme non impossible l'occur-
• Le choc de la ca- rence d'un séisme de magnitude 7 sur la
modérée particuliè- sismiques tastrophe de 2004 a
rement instructifs faille dite "de Belledonne", active sur plus
pour notre contexte
représentent conduit à la création de 70 km de long ?)
les 2/3 des de systèmes
français, et enfin d'alerte régionaux ■ Des séismes meurtriers : d'autres évé-
ceux ayant impacté victimes de toutes sur l'exemple de nements de taille moindre (magnitude
des activités indus-
trielles à haut
les catastrophes celui du Pacifique ; entre 6 et 8) ont eu des effets particulière-
celui concernant ment destructeurs du fait de leur localisa-
risque. Chacun de dites naturelles l'Atlantique Nord et tion à proximité immédiate de zones très
ces événements a la Méditerranée Oc- densément urbanisées et à faible niveau
mis en lumière des points ou questions cidentale a été confié au CEA ("CRATA- de protection parasismique : Bam (Iran,
spécifiques, dont quelques-uns sont briè- NEM") 2003) ; Muzzafarabad (Pakistan, 2005) ;
vement listés ci-dessous, sans prétention • Cette séquence de séismes amène aussi Wenchuan (Chine, 2008) ; Port-au-Prince
d'exhaustivité : les sismologues à se reposer la question (Haïti, 2010), et à un degré un peu moindre

4 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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Yogyarkarta (Indonésie, 2006). L'enseigne-


ment principal à en retirer, comparative-
ment à des séismes de taille comparable
voire supérieure survenus au Japon, ou au
Chili, est l'efficacité de la conception et de
la construction parasismique, et donc l'im-
périeuse nécessité d'appliquer la régle-
mentation : à chacun, du propriétaire à
l'entreprise de construction en passant par
l'architecte et le bureau de contrôle, d'en
être pleinement conscient !
■ Des séismes "analogues" attirant l'atten-
tion sur ce qu'on pourrait attendre / craindre
en France métropolitaine en cas de séismes
Palais présidentiel de Port-au-Prince (Haïti)
"mal placés" : L'Aquila (Italie, 2009), Christ- © Logan Abassi / UN / MINUSTAH / AFP / Getty
church (Nouvelle-Zélande, 2011) sont des
séismes de magnitude légèrement supé- ■ Enfin, la forte densification de l'instru- de savoir la prédire exactement dans le
rieure à 6, survenus sur des failles mécon- mentation (avec une mention spécifique au temps1 -, il est impossible de la réduire. Si
nues ou mal identifiées dont la localisation Japon, pionnier en la matière), a permis de les coûts humains et économiques aug-
directement sous ces villes a provoqué un recueillir un très grand nombre d'enregis- mentent, c'est simplement à cause de
nombre significatif de victimes (quelques trements permettant d'affiner les méthodes l’évolution démographique et de l'accrois-
centaines) et des dommages très impor- d'estimation. On peut cependant noter un sement de la vulnérabilité de nos sociétés,
tants, avec des conséquences économiques fort déséquilibre entre enregistrements au dont l'urbanisation, la complexité ou la so-
sur la vie locale au moins à court et moyen sol, très nombreux, et enregistrements en phistication restent trop souvent incontrô-
terme (30 milliards d'Euros en dommages ouvrage, étonnamment peu nombreux. lées. Or l'enseignement le plus positif de
directs à Christchurch). Malgré la magni- tout le retour d'expérience des séismes
tude modérée, les mouvements enregistrés En France, cette décennie a été relative- passés, concerne la capacité effective à ré-
dans ces deux cas s'avèrent très nettement ment calme dans la région Rhône-Alpes (un duire les risques sismiques en agissant di-
supérieurs aux niveaux pris en compte dans seul séisme bien ressenti dans toute la ré- rectement sur la vulnérabilité au travers de
la réglementation : il est donc important de gion, celui de Vallorcines en septembre l'application de la réglementation, malgré
s'assurer d'un minimum de marges et de re- 2005), mais elle a aussi été marquée par toutes ses imperfections. On ne peut donc
dondances par une conception saine. plusieurs événements de magnitude supé- que souhaiter que l'effort majeur de sensi-
rieure à 5 en métropole (notamment Ram- bilisation entrepris en France au cours des
■ Deux séismes majeurs, tous deux au bervilliers dans les Vosges en 2003 et cinq dernières années avec le "plan séisme
Japon, ont mis en évidence les consé- Roulans près de Besançon en 2004), et 2005-2010" permette une application ef-
quences d'interactions entre les risques "na- deux événements importants aux Antilles : fective de la nouvelle réglementation (nou-
turels" et les risques "technologiques". On le séisme des Saintes (2004, Mw=6.4) et veau zonage, nouvelles règles) officialisée
connaissait déjà des exemples d'endomma- celui de Martinique (2007, Mw=7.4). Heu- fin 2010 et applicable à compter du 1er mai
gement sismique d'installations pétrolières reusement, dans ces deux derniers cas, la 2011. On ne peut que recommander égale-
(Hokkaido, Turquie notamment), mais les localisation soit en mer (Saintes), soit à ment la poursuite des réflexions qui s'en-
séismes de Niigata (2007) et Sendai (2011) grande profondeur (110 km, Martinique), gagent à propos du renforcement du bâti
ont gravement à très gravement affecté des ont conduit à des dommages seulement mi- existant : les outils existants comme les
installations nucléaires. Celui de 2007, neurs, et un nombre très faible de victimes PPRS, joints à l'élaboration d'une doctrine
conduisant à des sollicitations entre deux et (1 en Guadeloupe). Ces événements n'en pragmatique pour une politique raisonnée,
trois fois supérieures au niveau de dimen- constituent pas moins des "avertissements économiquement acceptable, suivant
sionnement, avait mis en évidence les sans frais" rappelant que notre territoire l'exemple de nos voisins suisses, peuvent
marges de résistance de la centrale de Ka- peut être sujet à des événements aux permettre une réduction significative des
riwa-Kashiwasaki, et n'avait eu "que" des conséquences graves s'ils sont "mal pla- risques humains et économiques. Il suffit
conséquences économiques lourdes (plu- cés" : nous n'aurions aucune excuse de ne que la société dans son ensemble, des ci-
sieurs années de perte d'exploitation) pour pas retenir, et mettre en pratique, les en- toyens à leurs élus, le veuille vraiment. Et
l'exploitant. Celui de 2011, dont on ne me- seignements des séismes destructeurs sur- que l'on n'oublie jamais non plus une autre
sure pas encore toute l'ampleur ni les venus ailleurs dans le monde. leçon forte de tous les séismes passés :
conséquences à cette heure, a mis en lu- l'incitation à l'humilité.
mière la nécessité de se "préparer" au pire, La menace sismique (l'aléa) existera tou- ■■■
c'est-à-dire au scénario au-delà du dimen- jours, et, si, malgré des incertitudes per-
sionnement, et de se donner les moyens, sistantes voire pour certaines irréductibles, 1 Des travaux récents consécutifs au séisme d'Izmit en Turquie de
humains et économiques, d'assurer une dé- on peut de mieux en mieux la comprendre, 1999 (Bouchon et al., 2011) permettent de commencer à espérer,
dans certaines conditions, de détecter la préparation d'un séisme
fense en profondeur robuste et redondante. la localiser, la quantifier, - à défaut encore quelques dizaines de minutes avant sa manifestation brutale.

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 5


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La réglementation
sur la construction parasismique :
quelles évolutions ?
Mathieu Blas - Chef de projet "Prévention des risques et Sécurité dans la construction"
Bureau de la qualité et de réglementation technique de la construction
Direction de l'Habitat, de l'Urbanisme et des Paysages
Direction Générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature
Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement

Le séisme de la Guadeloupe suivant l’enjeu qu’il représente et l’aléa La réglementation parasismique


auquel il est soumis. applicable aux bâtiments est donc
du 21 novembre 2004 et le
- Pour caractériser l’aléa, un décret fondée sur l’arrêté « bâtiments »
séisme d’Epagny-Annecy (n°2010-1255) fixe les zones de sismi- à risque normal, paru le 22 octobre
du 15 juillet 1996 viennent cité des communes. 2010. Les exigences réglementaires
- Pour hiérarchiser les enjeux, un second et les règles de construction qu’il
nous rappeler que la France
décret (n°2010-1254) donne une classi- met en œuvre s’appliquent aux bâti-
est soumise à un risque fication des zones et distingue les typo- ments dont le permis de construire
sismique bien réel. logies d’ouvrages. Une distinction est est déposé à partir du 1er mai
ainsi faite entre d’une part les ouvrages 2011.
Les Antilles sont exposées « à risque normal » pour lesquels les La réglementation parasismique s’ap-
à un aléa fort et ont connu par conséquences d’un séisme sont limitées plique à la fois sur les bâtiments neufs
le passé de violents séismes. à la structure et existants d’après
même du bâti-
[ les principes sui-

[
ment et à ses oc- La réglementation vants :
D e même, bien que considéré comme
un territoire à sismicité modérée, la
France métropolitaine n’est pas à l’abri
cupants et d’autre
part les ouvrages parasismique
- Réglementation
sur les bâtiments
de tremblements de terre ravageurs « à risque spé- neufs : L’Eurocode 8
comme celui de Lambesc de juin 1909 cial » aux consé- s’applique à la fois s’impose comme la
(46 victimes). quences plus sur les bâtiments règle de construction
larges. parasismique de ré-
L’endommagement des bâtiments et leur - Pour attribuer neufs et existants férence pour les bâti-
effondrement sont la cause principale des règles de ments. La
des décès et de l’interruption des activi- construction aux ouvrages, ce sont des réglementation
tés. Réduire le risque passe donc par une arrêtés spécifiques à chaque typologie conserve la possibilité de recourir à des
réglementation parasismique adaptée sur d’ouvrage qui fixent les règles et règles forfaitaires dans le cas de cer-
les bâtiments neufs comme sur les bâti- normes d’application obligatoire selon taines structures simples.
ments existants. L’arrivée de l’Eurocode l’enjeu de l’ouvrage et la zone de sismi- - Réglementation sur les bâtiments
8, règles de construction parasismique cité. A ce jour, seul l’arrêté relatif aux existants : La réglementation n’impose
harmonisées à l’échelle européenne, bâtiments de la classe dite « à risque pas de travaux sur les bâtiments exis-
conduit à la mise à jour de la réglemen- normal » est paru et d’autres arrêtés tants. Si des travaux conséquents sont
tation nationale sur les bâtiments. (équipements et installations, ponts, envisagés, un renforcement est obliga-
Un nouveau corpus réglementaire rela- canalisations, installations classées toire. S’il s’agit d’une démarche volon-
tif à la construction parasismique a donc et barrages) sont en cours de publica- taire de renforcement parasismique, le
été élaboré. L’organisation réglemen- tion. Ainsi, des ouvrages tels que choix du niveau d‘exigence est laissé.
taire présente la logique suivante : les systèmes de canalisation, les
La réglementation parasismique im- réservoirs de stockage, les pylônes Pour pouvoir expliquer les règles de
plique de caractériser l’aléa, de définir (non électriques), les mâts, les clochers, construction applicables aux bâtiments,
les enjeux et de les hiérarchiser afin, les phares seront soumis à des il est nécessaire d’expliquer au préala-
dans une dernière étape, d’adapter des obligations en terme de tenue aux ble le zonage réglementaire défini par
règles de construction pour un ouvrage séismes. la décret n°2010-1255.

6 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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D e m an i èr e s c h é m a ti q ue l ’ or g a ni s a t i o n r é g l e m e n ta i re es t l a s u i v a n te :

Codes
L 563-1 Code de l’Environnement
L 112-18 Code de la Construction et de l’Habitation

Décret n°2010-1254 du 22 octobre 2010 Décret n°2010-1255 du 22 octobre 2010


Décrets et Arrêtés

Prévention du risque sismique Délimitation des zones de sismicité du territoire français

Ouvrages
à risque normal Ouvrages à risque spécial

Bâtiments Ponts et équipements

Arrêté du 22 octobre 2010 - Classification et règles de construction parasismique

Caractériser l’aléa - Zonage réglementaire


Le paramètre retenu pour décrire l’aléa sismique au niveau national est une accélération “agr”, accélération maximale du sol
« au rocher » (le sol rocheux est pris comme référence).
Le zonage réglementaire définit cinq zones de sismicité croissante basées sur un découpage communal. La zone 5 regroupant les
Antilles correspond au niveau d’aléa le plus élevé du territoire national. La métropole, ainsi que la Réunion, la Guyane, Saint-Pierre-
et-Miquelon et Mayotte présentent quatre zones sismiques, de la zone 1 de très faible sismicité (bassin aquitain, bassin parisien,
Guyane, St-Pierre-et- Miquelon,…) à la zone 4 de sismicité moyenne (fossé rhénan, massifs alpin et pyrénéen).

Z o n e d e si sm i ci t é Ni v e a u d ’ a l éa agr (m/s 2)

Zone 1 Très faible 0,4

Zone 2 Faible 0,7

Zone 3 Modéré 1,1

Zone 4 Moyen 1,6

Zone 5 Fort 3

(source MEDDTL-DGALN)

Hiérarchiser les enjeux - Catégories de bâments


Parmi les bâtiments à risque normal, le niveau de protection parasismique est modulé en fonction de l’enjeu associé. Une
classification des bâtiments en catégories d’importance est donc établie en fonction de paramètres comme l’activité hébergée ou
le nombre de personnes pouvant être accueillies dans les locaux.
Les bâtiments à risque normal sont classés en quatre catégories d’importance croissante, de la catégorie I à faible enjeu à la
catégorie IV qui regroupe les structures stratégiques et indispensables à la gestion de crise.
• Pour les structures neuves abritant des fonctions relevant de catégories d’importance différentes, la catégorie de bâtiment la
plus contraignante est retenue.
• Pour l’application de la réglementation sur les bâtiments existants, la catégorie de la structure à prendre en compte est celle
résultant du classement après travaux ou changement de destination du bâtiment.

Pour connaître le détail des typologies de bâments au sein de chaque catégorie, consulter la page
« Comment tenir compte des enjeux ? » de la plaquee La nouvelle réglementaon parasismique
applicable aux bâments : hp://www.planseisme.fr/Realisaon-d-un-document-d-informaon-sur-les-nouvelles.html

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 7


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Règles de construcon
Principes de construction parasismique
Avant d’entrer dans le détail des règles de construction à appliquer en fonction de la catégorie de bâtiments et de la zone sismique, il convient
d’opérer à un rappel des principes de la construction parasismique qui s’articule autour de trois aspects : implantation de la construction, concep-
tion du bâtiment et qualité d’exécution des travaux comme le prouve le synoptique présenté sur la page 10.

Règles de construction ment la limitation des dommages causés forfaitaires tant en phase de conception
pour les bâtiments neufs par un séisme. que d’exécution du bâtiment.
Le dimensionnement des bâtiments neufs De plus, certains bâtiments essentiels - Les règles PS-MI « Construction para-
doit tenir compte de l’effet des actions sis- pour la gestion de crise doivent rester opé- sismique des maisons individuelles et bâ-
miques pour les structures de catégories rationnels. timents assimilés » sont applicables aux
III et IV en zone de sismicité 2 et pour les - des règles forfaitaires simplifiées bâtiments neufs de catégorie II répondant
structures de catégories II, III et IV pour les (règles PSMI 89 révisées 92 ou guide à un certain nombre de critères, notam-
zones de sismicité plus élevée. Plusieurs CPMI Antilles) : ment géométriques, dans les zones de sis-
règles sont applicables, selon la catégorie Le maître d’ouvrage a la possibilité de re- micité 2, 3 et 4.
de bâtiments : courir à des règles simplifiées (qui dispen- - Dans la zone de sismicité forte, le guide
- L’Eurocode 8 : La conception des struc- sent de l’application de l’Eurocode 8) pour AFPS « Construction parasismique des
tures selon l’Eurocode 8 repose sur des la construction de bâtiments simples ne maisons individuelles aux Antilles »
principes conformes aux codes parasis- nécessitant pas de calculs de structures CP-MI permet de construire des
miques internationaux les plus récents. La approfondis. Le niveau d’exigence de com- bâtiments simples de catégorie II, sous
sécurité des personnes est l’objectif du di- portement face à la sollicitation sismique certaines conditions stipulées par le
mensionnement parasismique mais égale- est atteint par l’application de dispositions guide.

Le tableau ci-dessous permet d’identifier les règles de construction suivant la zone sismique et la catégorie de bâtiments :

I II III IV

Zone 1
aucune exigence Eurr ocod e 83
Zone 2
agr = 0 , 7 m/ s2
E u r o c o d e 83 Eurro code 83
Zone 3 P S-M
MI 1
agr = 1 , 1 m / s2 agr = 1 , 1 m / s2
E u r o c o d e 83 Eurro code 83
Zone 4 P S-M
MI 1
agr = 1 , 6 m / s2 agr = 1 , 6 m / s2
E u r o c o d e 83 Eurro code 83
Zone 5 C P-M
MI 2
agr = 3 m / s2 agr = 3 m / s2
(source MEDDTL-DGALN)

1 Application possible (en dispense de lʼEuropole 8) des PS-MI sous réserve du respect des conditions de la norme PS-MI
2 Application possible du guide CP-MI sous réserve du respect des conditions du guide
3 Application obligatoire des règles Eurocode 8

Pour connaître quelles règles de construcon sont applicables en cas de travaux lourds sur la structure,
veuillez vous référer au tableau en page 7 de la plaquee d’informaon téléchargeable
sur hp://www.planseisme.fr/Realisaon-d-un-document-d-informaon-sur-les-nouvelles.html

8 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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Règles de construction pour les bâtiments existants


Pour les bâtiments existants, des règles de construction s’imposent en cas de travaux afin de respecter le principe de base de
non-aggravation de la vulnérabilité du bâtiment.
Les exigences sont différentes suivant le type de travaux engagés et la volonté d’un renforcement parasismique. Elles se résument
d’après le schéma suivant :
TRAVAUX

Principe Je souhaite améliorer Je réalise Je crée une extension


le comportement des travaux lourds avec joint
de base de mon bâtiment sur mon bâtiment de fractionnement

L’objectif minimal L’Eurocode 8-3 permet Sous certaines conditions L’extension


de la réglementation au maître d’ouvrage de travaux, la structure désolidarisée par un joint
sur le bâti existant de moduler l’objectif modifiée est dimensionnée de fractionnement doit être
. est la non-aggravation de confortement qu’il avec les mêmes règles dimensionnée comme
de la vulnérabilité souhaite atteindre sur de construction que le bâti un bâtiment neuf.
du bâtiment son bâtiment neuf, mais en modulant
l’action sismique de référence.

Quelles règles Plans de prévention Elle spécifie que le contrôleur a bien fait
des risques (PPR) sismiques connaître au maître d’ouvrage son avis
pour les éléments Les plans de prévention des risques sis- sur la prise en compte des règles para-
non structuraux ? miques constituent un outil supplémen- sismiques au niveau de la conception du
taire pour réduire le risque sismique sur bâtiment.
Les éléments non structuraux du bâti le territoire. Ils viennent compléter la ré-
(cloisons, cheminées, faux-plafonds glementation nationale en affinant à A l’issue de l’achèvement des travaux,
etc.) peuvent se révéler dangereux pour l’échelle d’un territoire la connaissance le maître d’ouvrage doit fournir une
la sécurité des personnes même sous sur l’aléa (microzonage), la vulnérabilité nouvelle attestation stipulant qu’il a
un séisme d’intensité modérée. Pour du bâti existant (prescriptions de diag-
tenu compte des avis formulés par le
limiter cette vulnérabilité, l’ajout nostics ou de travaux) et les enjeux.
contrôleur technique sur le respect des
ou le remplacement d’éléments non
Contrôle technique règles parasismiques.
structuraux dans un bâtiment doit
s’effectuer conformément aux prescrip- Le contrôleur technique intervient à la
tions de l’Eurocode 8 partie 1 : demande du maître d’ouvrage pour
■ pour les bâtiments de catégories III et contribuer à la prévention des aléas
IV en zone de sismicité 2, techniques (notamment solidité et sé- Pour en savoir +
■ pour l’ensemble des bâtiments de curité). Le contrôle technique est rendu
obligatoire pour les bâtiments présen- Pour toute information complémentaire
catégories II, III et IV dans les zones 3,
tant un enjeu important vis à vis du sur les règles de construction parasis-
4 et 5.
risque sismique (article R111-38 du mique applicables aux bâtiments,
veuillez consulter les liens suivants :
Cadre d’applicaon code la construction et de l’habitation).
- Internet du Ministère de l’Ecologie,
Dans ces cas, la mission para-sismique
de la nouvelle (PS) doit accompagner les missions de
du Développement durable, des
réglementaon base solidité (L) et sécurité (S).
transports et du logement :
h t t p : / / w w w. d e v e l o p p e m e n t -
Période transitoire dura ble. gouv.f r/Ri sque-
Attestations de prise en compte
Les décrets et arrêtés entrent en appli- s i s m i q u e. h t m l
des règles parasismiques
cation le 1er Mai 2011. - Site du Plan Séisme :
Lors de la demande du permis de
Pour tout permis de construire déposé h t t p : / / w w w. p l a n seii s m e .ff r// R egg lee -
construire pour les bâtiments où la mis-
avant le 31 octobre 2012, les règles pa- m e n t a t i o n - e n - v igg u e u r - R i s q u e -
sion PS est obligatoire, une attestation
rasismiques PS92 restent applicables no rm al.hh tm l
établie par le contrôleur technique doit
pour les bâtiments de catégorie d’im-
être fournie.
portance II, III ou IV ayant fait l’objet
d’une demande de permis de construire,
d’une déclaration préalable ou d’une au- II III IV
torisation de début de travaux. Zone 2 1,1 1,6 2,1
Zone 3 1,6 2,1 2,6
Cependant,
Zone 4 2,4 2,9 3,4
les valeurs d’accélération
Zone 5 4 4,5 5
à prendre en compte sont modifiées :
Valeurs dʼaccélération modifiées (m/s²) pour lʼapplication des PS92 (source MEDDTL-DGALN)

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 9


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 10

Construire parasismique
Implantation Conception

• Etude géotechnique : • Préférer les formes simples


- Effectuer une étude de sol - Privilégier la compacité
pour connaître du bâtiment
les caractéristiques - Limiter les décrochements
du terrain en plan et en élévation
joint
- Caractériser les éventuelles - Fractionner le bâtiment en
Extrait de carte géologique
amplifications blocs homogènes par des
du mouvement sismique joints parasismiques conti-
s
. • Se protéger des risques d’éboulements nus joint parasismique
et de glissements de terrain
• Limiter les effets de torsion de torsion
- S’éloigner des bords de falaise, Glissement
de terrain
- Distribuer les masses
pieds de crête,
et les raideurs
pentes instables
(murs, poteaux, voiles…)
- Le cas échéant, consulter le plan de
de façon équilibrée
prévention séisme
des risques (PPR) sismique de la commune • Assurer la reprise des efforts sismiques
- Assurer
• Tenir compte de la nature du sol
le contreventement
horizontal et vertical
de la structure
Superposition des ouvertures
- Superposer les éléments
de contreventements
- Créer des diaphragmes
rigides à tous les niveaux
- Privilégier des configurations de
bâtiments adaptées à la nature du sol
- Prendre en compte le risque Implantation
Conception
de la liquéfaction du sol • Appliquer les règles
(perte de capacité portante) de construction
Construction
parasismique
Exécution
• Soigner la mise en œuvre • Utiliser les matériaux
de qualité
- Respecter les dispositions constructives Exécution
- Disposer d’une main d’œuvre
qualifiée
- Assurer un suivi rigoureux du chantier
- Soigner particulièrement les éléments
de connexion : assemblages, longueurs
de recouvrement d’armatures • Fixer les éléments non structuraux
- Fixer les cloisons, les plafonds
suspendus, les luminaires,
Mise en place
dʼun chaînage les équipements techniques lourds
au niveau du rampant Liaison cloison-plancher - Assurer une liaison efficace des
dʼun bâtiment (extrait des règles PS-MI) cheminées, des éléments de bardage…
(Source MEDDTL-DGALN)
10 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs
N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 11

Quelle politique de prévention


du risque sismique en France ?
Vincent Courtray - Chef du bureau des risques naturels terrestres
et adjoint au chef de la CCIAPSA (cellule centrale interministérielle d'appui
au plan séisme Antilles), MEDDTL / Direction Générale de la Prévention des Risques

Le risque sismique de conscience des citoyens, des profes- Après une phase importante de diagnos-
sionnels du bâtiment et des pouvoirs pu- tics de vulnérabilité sismique sur
est faiblement connu blics, tout en mettant en œuvre des plusieurs milliers de bâtiments, des
en France et la rareté dispositifs réglementaires et techniques actions marquantes ont été menées.
des séismes sur le territoire indispensables pour la résistance des Plusieurs bâtiments publics de l’Etat
bâtiments. ont été reconstruits
rend difficile l’existence

[
[
dans le respect des
d’une véritable culture Réduire normes parasismi-
Pour ques, ainsi que cer-
de ce risque au sein
les Anlles la vulnérabilité taines écoles pri-
des populations. maires particulière-
Etant donné le ni- de la France ment vulnérables.
veau de risque parti-
au risque sismique Des opérations de
N éanmoins, l’actualité mondiale rap-
pelle régulièrement la réalité de ce
risque et les séismes de novembre 2004
culièrement fort aux
Antilles, le gouver- en favorisant renforcement ont
également com-
nement a créé en
aux Saintes (Guadeloupe) et de novem-
2007 le Plan séisme une prise mencé et un pro-
bre 2007 au nord de la Martinique mon- gramme ambitieux
trent que la France n’est pas épargnée.
Antilles qui com- de conscience. est en place en lien
porte, outre des ac-
avec les collectivités
tions de sensibilisa-
Les scientifiques estiment qu’un séisme territoriales.
tion, de formation, d’amé-
aux Antilles françaises tel que ceux qui lioration de la connais-
se sont produits en 1839 ou 1843 sance, de préparation à la
pourrait y provoquer aujourd’hui plusieurs gestion de crise, un volet
milliers de victimes, et des dégâts important d'actions sur le
économiques considérables. De même, bâti public existant (ren-
un séisme du même type que celui qui est forcement ou reconstruc-
survenu près de Salon de Provence en tion), estimé à 5 milliards
juin 1909 pourrait causer plusieurs d’euros, afin de réduire la
centaines de décès. vulnérabilité aux séismes
des populations antil-
Afin de coordonner les différentes laises (Guadeloupe, Mar-
actions menées pour limiter l’accroisse- tinique, Saint-Martin et
ment de la vulnérabilité de notre société Saint-Barthélemy). Ce
face au risque sismique et les renforcer, plan antillais constitue un
le gouvernement a décidé d’engager sur effort important à mener
la période 2005-2010 un Programme sur une vingtaine d’an-
National de Prévention du Risque nées avec le concours de
Sismique appelé Plan Séisme s’appuyant toutes les collectivités
sur l’ensemble des acteurs de la préven- concernées. Il possède
tion du risque sismique. Son objectif était une gouvernance, des ob-
de réduire la vulnérabilité de la France au jectifs et des moyens spé- Etat-major du SDIS de Guadeloupe reconstruit
risque sismique en favorisant une prise cifiques. aux normes parasismiques © Vincent Courtray, MEDDTL

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 11


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 12

Les services départementaux d’incendie


et de secours, ainsi que les bailleurs
sociaux, mènent des programmes sur leur
patrimoine. L’enjeu est important compte
tenu des conséquences que pourrait pro-
duire un séisme de forte magnitude. A ce
titre, l’urgence à agir est comprise de
tous les acteurs.

Un bilan posif Logo des campagnes de sensibilisation en Guadeloupe © MEDDTL

du plan 2005-2010 marche vise à apporter de retombées To u r - e n - R h o n e - A l p e s - E x p o s i t i o n -


utiles aux collectivités locales et à tous i ti n e ra n t e -Vi v re - a v e c . h t m l
Le programme national a été marqué par de
les gestionnaires des risques naturels. ■ Information/formation des profession-
nombreuses avancées sur tous les champs
ht tp:/ / www.r isknat- alcotr a.or g/f r/ nels de la construction (ex. ingénieurs
de la prévention, depuis l’information pré-
■ Dans le cadre du programme Alcotra du BTP, architectes…). Les vidéos de
ventive jusqu’à la réduction de la vulnérabi- RiskNat, un outil de sensibilisation du différentes interventions sont mises
lité et la préparation à la gestion de crise. grand public aux risques liés aux en ligne :
De nombreux supports de communication séismes : une exposit ion iti néra nte htt p:// www.planseism e.fr /R hone-
ont été produits, dont un grand nombre par « Sism o-Tour » dans tous les dépar- Al p e s - S e m i n a i r e s - d - i n f o r m a t i o n . h t m l
les régions concernées elles-mêmes. La sen- tements de Rhône-Alpes. Les pan-
sibilisation des populations est cependant neaux itinérants téléchargeables sur :
diverse selon les régions et mérite d’être h t t p : / / w w w. p l a n s e i s m e . f r / S i s m o - ■■■
poursuivie, en particulier dans les zones
nouvellement concernées par la réglemen-
tation sismique. Un élément essentiel à la
Et maintenant…
réduction de la vulnérabilité sismique a été L’important travail mené depuis plus de 5 années doit se poursuivre en ciblant les
la publication de la nouvelle réglementation actions sur la réduction concrète de la vulnérabilité des populations vis-à-vis des séismes.
avec l’application des normes parasis- Des travaux au sein de groupes de travail réunissant les principaux acteurs de la
prévention du risque sismique (les collectivités territoriales, les professionnels de la
miques Eurocode 8 au contexte français, et
construction, les associations et les organismes scientifiques, les services de l’Etat dans
la nouvelle carte de zonage sismique de la
ses différentes composantes, les assureurs,…) ont été menés en 2010 et ont abouti à
France (voir illustration). Ces textes permet-
des orientations stratégiques selon 3 axes :
tront de garantir un meilleur niveau de sé-
curité pour les constructions neuves. ■ la mise en œuvre d’une gouvernance partagée de la politique de prévention du risque
L’accompagnement des professionnels du sismique, basée sur des objectifs quantitatifs et au plus près des spécificités des
bâtiment, par la mise en place de formations territoires,
adaptées, a commencé dans certaines ré- ■ la mobilisation et l’association accrue des collectivités territoriales au pilotage des
gions. Concernant le bâti existant, et à l’ex- actions de réduction de la vulnérabilité et à la poursuite de la sensibilisation du grand
ception des Antilles, trop peu d’actions ont public,
été menées sur le territoire. Des efforts sont
■ le développement indispensable des pratiques de réduction de la vulnérabilité
à faire pour inciter les propriétaires de bâti-
des constructions neuves et du renforcement du bâti existant en mobilisant les
ments à se poser la question de la vulnéra- professionnels, les organismes de formation, et les services de contrôle des règles de
bilité sismique de leur bien au risque construction parasismique.
sismique et envisager les mesures de
confortement qui seraient nécessaires. Il est entendu que les actions relatives à la préparation à la gestion de crise seront
poursuivies par l’organisation d’exercices de crise réguliers de type « RICHTER » et par la
réalisation de retours d’expériences sur des séismes ayant lieu en France ou ailleurs dans
Les trois principales le monde.
La question de la qualité du bâti existant et notamment la connaissance de sa
acons de la DREAL vulnérabilité face au risque sismique sont également des champs importants de la
Rhône-Alpes politique de prévention du risque sismique dans les années à venir.
Les acteurs de la prévention de ce risque majeur, et en premier lieu les collectivités
■ Projet Interreg A LCOTRA-Risknat : un territoriales, ont ensemble un rôle essentiel à jouer pour faire en sorte que les
programme de coopération transfronta- populations acquièrent une culture du risque sismique et intègrent dans leurs décisions les
lière le long de la frontière entre la choix permettant de diminuer globalement la vulnérabilité de notre société face aux séismes.
France, l’Italie et la Suisse. Cette dé-

12 Risques Infos n°25 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 13

Application
de la réglementation parasismique
Victor Davidovici - Consultant Dynamique Concept

Les premières décisions


en matière de prévention
sismique datent de 1969
lorsqu’ont été définies
les normes de construction
parasismiques dites PS 69
et le premier zonage
sismique qui leur
est associé.

G râce aux progrès scientifiques, ce


zonage initial a pu être affiné,
d’abord lors de l’élaboration de nou-
Exemple dʼune construction parasismique : lʼhôpital Pasteur de Nice
© Vinci-Construction
velles normes parasismiques (dites PS EC8, notre société raisonne avec une 8-3 formalise la démarche d’évaluation
82 ou PS 69/82), ensuite en 1992. démarche par à-coups. Les enseigne- parasismique des bâtiments existants.
Les règles parasismiques sont, par ex- ments tirés de l’observation et de l’ana- Pour l'application de la réglementation
cellence, des textes fréquemment révi- lyse des effets sismiques ont été et parasismique, une multitude d'acteurs
sés. Les progrès rapides en génie continuent d’être à la base des mesures est concernée : services de l'État, col-
sismique, l’amélioration des méthodes de prévention et notamment des codes lectivités, maîtres d'ouvrages publics ou
d’évaluation de parasismiques. Ce privés, maîtres d’œuvre, bureaux de

[
[
l’aléa sismique, caractère expéri- contrôle, bureaux d’études, construc-
l’expérience sur le
Les règles mental du génie pa- teurs, ouvriers du BTP,... Pour connaître
comportement des parasismiques sont, rasismique doit être l’applicabilité de la réglementation nous
ouvrages, fournis souligné avec force, avons choisi d’approcher uniquement
par les régions
par excellence, à une époque où le les bureaux de contrôle.
soumises à des des textes recours à l’ordina- La France a décidé d’encadrer le pro-
séismes majeurs, teur et la soumis- cessus de construction en imposant
obligent à cette re- fréquemment sion aveugle à ses l’implication des bureaux de contrôle en
mise en question révisés. prédictions tiennent amont, au moment de la dépose du per-
quasi permanente. souvent lieu de reli- mis de construire, pendant les phases
gion. Il y a lieu de rappeler aussi que de projet et d’exécution et en aval, en
En 2010, un nouveau décret ( n° 2010- l’étude parasismique s’intéresse aussi fin de mission de contrôle.
1254 du 22 octobre 2010) et un arrêté bien au site, aux fondations, à la forme Soyons clairs : c’est très positif !
ont été adoptés en matière de règles architecturale, à la structure porteuse, La circulaire du 31 octobre 2000 relative
parasismiques (donnant lieu à l’applica- qu’aux éléments non structuraux et aux au contrôle technique des constructions
tion de la norme européen EC8) et sont façades. 1 NF en 1990, Eurocode 0 - Bases de calcul des structures ; NF
en vigueur à ce jour en période de tran- Par ailleurs, il est important de noter en 1991, Eurocode 1 - Actions sur les structures ; En 1992,
Eurocode 2 - Calcul des structures en béton ; En 1993, Eurocode
sition avec les règles PS92. A cette oc- que l’Eurocode 8 n’est pas autonome et 3 - Calcul des structures en acier ; En 1994, Eurocode 4 - Calcul
des structures mixtes acier-béton ; En 1995, Eurocode 5 - Calcul
casion, les différentes zones sismiques que son application entraîne aussi l’ap- des structures en bois ; En 1996, Eurocode 6 - Calcul des
ont été redéfinies. plication de la totalité des Eurocodes de structures en maçonnerie ; En 1997, Eurocode 7 - Calcul
géotechnique ; En 1998, Eurocode 8 - Calcul des structures pour
D’un décret à un autre ou du PS69 au EC0 à EC71. A remarquer que l’Eurocode leur résistance aux séismes.

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 13


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 14

Exemple dʼune construction parasismique : lʼhôpital Pasteur de Nice © Vinci-Construction

pour la prévention du risque sismique (BO personnes comme aux biens. Ayant moment du dépôt de permis de
du ministère de l’Équipement, des Trans- constaté en 2003-2004 l’impérieuse construire (pièce PC12) même si la zone
ports et du Logement n° 21 du 25 novem- nécessité du contrôle de la chaîne sismique ou la catégorie de bâtiments
bre 2000) rappelle aux maîtres d’ouvrages des intervenants, depuis la conception ne l'exigent pas. Au final cela permet
qui construisent dans les zones de risque jusqu’aux chantiers où se réalise, in d'impliquer le bureau de contrôle dès la
sismique leurs obligations au regard des fine, la construction parasismique, il a phase du permis de construire.
articles 40 et 41 de la loi n° 87-565 (plans été émis le souhait que les bureaux de
de prévention des risques sismiques, rè- contrôle soient sai- Le se co nd p r o-

[
[
gles de construction). Elle leur recom- sis du projet en bl èm e e st q ue l e
mande de confier à un contrôleur même temps que Le problème c o n t rô l e u r t e c h -
technique une mission de contrôle L + les Bureaux principal est ni qu e a b ie n d u
S2 étendue à la mission PS. d’Etudes Tech- ma l à o bt en i r d u
Cette mission est ainsi définie : « Les niques (BET). que cette Ma î t r e d ’ Ou v r a g e
aléas techniques à la prévention Somme toute, l’ar- réglementation to u s l e s d o c u -
desquels le contrôle technique contri- rêté du 10 septem- me nt s né ce ssa i-
bue au titre de la mission PS sont ceux bre 2007 impose n’est probablement re s à l ’ é t a b l i s s e -
qui, générateurs d'accidents corporels, au Contrôleur pas suffisamment m e n t d e l ’ a t te s -
découlent de défauts dans l'application Technique de four- ta t i o n a u n i v e a u
des dispositions réglementaires rela- nir deux attesta- connue par du p er m is d e
tives à la protection parasismique dans tions, l’une au l’administration co n s t r u i r e ( P C ) :
les constructions achevées. La mission niveau du permis
porte sur les ouvrages et éléments de construire et l’autre à l’achèvement ■ le dossier de permis de construire,
d'équipement visés par les règles para- des travaux, afin de confirmer que ces ■ les éléments géotechniques faisant
sismiques.». Ainsi, l’exécution d’une consignes ont été suivies. Le cadre dans apparaître la classe de sol et le site
mission portant sur la solidité des ou- lequel ces attestations sont à fournir est sismique,
vrages et des éléments qui font corps défini à l’article R111-38 du Code de la ■ les informations permettant le clas-
avec ces ouvrages ou d’une mission por- construction et de l’habitation aux ali- sement de l’ouvrage vis-à-vis de la
tant sur la sécurité des personnes qui ne néas 4 et 5 par les contrôleurs agréés réglementation parasismique appli-
prendrait pas en compte la sécurité des par l’état. Il y a environ 25 sociétés de cable, les études de sol ne compren-
personnes en cas de séisme engage contrôle dont cinq les plus importantes. nent généralement pas les
directement leur responsabilité pour les Nous avons interrogé les bureaux de classifications de ces sols, ce qui
dommages causés ultérieurement aux con-trôle qui, en général, ont confirmé amène à demander des complé-
que la mission de contrôle PS complé- ments.
■ une notice explicative portant sur le
2 D écret n°99-443 du 28 mai 1999 : Chapitre II : la mission de tée par les deux attestations se passe
contrôle technique. Article 7 Les missions de base. - Les mis- cheminement des charges verticales
sions de base sont au nombre de deux : (a) la mission L, portant sur plutôt bien.
la solidité des ouvrages et des éléments d'équipement indisso- et horizontales,
ciables ; (b) la mission S, portant sur les conditions de sécurité des Le problème principal est que cette ■ une notice explicative sur le principe
personnes dans les constructions. Ces missions de base sont dé-
finies dans l'annexe A de la norme NFP 03-100. Dans le cas du réglementation n’est probablement pas de fondations et de soutènement.
contrôle technique obligatoire, la mission minimale de contrôle
technique comprend la mission L et la mission S. Article 8 : A la
suffisamment connue par l’administra-
mission L + S est ajoutée la mission complémentaire PS dans tous tion qui demande systématiquement les Dans le cas de projets d'importance, les
les cas où la réglementation prévoit la protection contre les
séismes. attestations en phase de conception, au bureaux de contrôle (BC) sont en mesure

14 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


N°27:Mise en page 1 16/05/11 19:16 Page 15

de réaliser un rapport correct au stade du


PC car on dispose de pré-étude structure
et de l'étude géotechnique. Dans le cadre
de petits projets, les maîtres d'ouvrage
n'investissent pas dans l'étude de sol
avant le retour du PC, donc, quand les mai-
ries le demandent, les BC éditent un rap-
port au maître d'ouvrage avec de
nombreuses observations et fournissent
l'attestation au stade PC avec la référence
à ce rapport.

En conclusion, comme pour tout, cela dé-


pend des maîtres d'ouvrages et des pro-
jets; il est même souvent plus compliqué
d'avoir les éléments dans le cadre du mar-
ché publics que celui du marché privé. La Exemple dʼune construction parasismique : lʼhôpital Pasteur de Nice © Vinci-Construction
qualité parasismique des projets dépend
beaucoup de la formation des architectes
et bureaux d'études. Finalement, pour les contrôleurs, le pro- Ceci a conduit le COPREC3 à modifier l'at-
blème du contrôle parasismique n’est pas testation finale, pour intégrer les deux cas
S’il n’ont pas l'habitude de projets en dans la fourniture des attestations ; il (avec ou sans observation). Il ne s'agit pas
zone sismique ils conçoivent des projets existe dans la com- d'une attestation
plexité de la mis- sur le respect des

[ ]
« inadaptés » : structure poteau-poutre
(transparence) au RDC pour parking et sion PS qui vient La qualité règles parasis-
voile à l’étage pour les habitations, murs s’ajouter aux autres parasismique miques mais sur la
ne plombant pas dans les niveaux et missions dont le prise en compte,
dalles de répartition... dans ces cas-là, les nombre a tendance des projets par le Maître d'ou-
à augmenter ces vrage, des avis du
BC sont souvent obligés de revoir avec
dernières années
dépend beaucoup bureau de contrôle
eux la conception globale de l'établisse-
ment (ce qui n’est pas toujours simple à (incendie, handica- de la relatifs au séisme.
faire entendre). pés, thermique,
acoustique…). formation Il est connu que
Ainsi, à travers l’enquête menée auprès des architectes pour une bonne
Concernant les ho- conception parasis-
des bureaux de contrôle on a mis en évi-
noraires, il est diffi- et bureaux mique des bâti-
dence, une fois de plus, de la nécessité ments, les concep-
cile de valoriser les d’études.
d’une formation adaptée aux besoins des teurs doivent pou-
missions PS même
acteurs du BTP. On a encore trop tendance voir intervenir le plus en amont possible
dans le cas de projets complexes (même
à dispenser des formations trop théoriques dès les premières esquisses d’archi-
lorsqu'il faut revoir la conception globale,
concentrées exclusivement sur l’Eurocode tecte, tout en sachant que dans le do-
analyser une note de calculs sis-
8 et sans vision sur la pratique de la maine parasismique on ne peut pas tout
mique, ...) : les honoraires des missions
construction parasismique. encadrer.
n'étant pas toujours en rapport avec la
complexité de l'opération.
Les formations d’architectes n’aborde- Ainsi l’intervention du bureau de
raient que de façon allusive les règles spé- L'attestation PS finale telle que définie contrôle, en amont, au moment du
cifiques de construction en zone sis- par la réglementation, bien qu’elle ne permis de construire et en aval pour
mique. Pour les bureaux d’études il y a ina- soit pas demandée d’une manière la levée des réserves sont des
déquation entre la formation et les systématique, est ressentie comme un facteurs positifs pour la construction
réalités des chantiers. Les artisans, qu’ils piège pour le contrôleur technique. Elle ne parasismique.
interviennent en entreprise générale sur couvre en principe que le cas où il ne sub-
■■■
les chantiers individuels, en sous-traitants siste plus aucune observation liée à la
sur les chantiers importants sont mission PS.
conscients de leurs faiblesses mais
font rarement appel aux formations Dans la réalité, cela conduit le contrôleur
3 La COPREC est une organisation professionnelle qui fédère les
parasismiques proposées par leurs technique à être mis sous pression par le organismes de prévention, d’inspection et contrôle tierce partie
propres fédérations, « par manque de maître d'ouvrage, même en cas d'anoma- indépendante. Ces organismes agissent, en toute impartialité, pour
garantir la qualité et la conformité des produits, des installations,
temps ». lie constatée. des constructions et des infrastructures en France.

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 15


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 16

Un micro zonage sismique


dans un PPR :
le PPR du bassin annecien
Liliane Besson - Vice-présidente de l’IRMa

Les premiers PPR cher, permettraient une amplification de naturels prévisibles : procédure permet-
dix à vingt fois des mouvements du sol1 tant d’adapter localement les exigences
multirisques élaborés
et une prolongation de leur durée réglementaires parasismiques nationales.
en application de la loi jusqu’à 20 secondes. De plus, ce sont Le PPR sismique (en fait multirisques dont
de 1995 incluaient le risque les dizaines de mètres les plus proches mouvements de terrain, inondation, risque
de la surface qui présentent les plus torrentiel et zones humides) d’Annecy est
sismique en se référant fortes amplifications. l’un des premiers réalisés et approuvés en
à la réglementation Ces éléments de connaissance ont France métropolitaine (Arrêté préfectoral
nationale (zonage sismique conduit à l’élaboration d’un micro zo- du 29 janvier 2009).
nage qui différencie des zones d’action
de la France de 1989 sismique (spectre de réponse) homo-
et règles de construction gène dans lesquelles les normes para- L’aléa sismique
sismiques pourront être appliquées aux Pour l’aléa sismique, les effets de sites
parasismiques PS 92).
« classes » de bâtiments2. lithologiques (caractéristiques géotech-

L e zonage étant représenté par unité


administrative cantonale, le PPR
communal ne comportait pas de zonage
Le PPR sismique
niques des couches de sols) et topogra-
phiques (forme du relief), l’effet de
rupture en surface de la faille active du
spécifique. d’Annecy Vuache et le phénomène de liquéfaction
Mais depuis une vingtaine d’années, la Le séisme du 15 juillet 1996 (magnitude ont été pris en compte. Le micro zonage
recherche sur la caractérisation de estimée à 5,3 et intensité VII – VIII) a pro- a permis de distinguer 6 zones d’action
l’aléa sismique s’est considérablement voqué d’importants dégâts (près de 80 sismique en fonction des caractéris-
développée grâce à une meilleure millions d’€) sur l’ensemble du territoire tiques géotechniques de sol (Z0 à Z5).
connaissance de la sismicité historique annecien. L’heure très matinale du
et à la prise en
compte de la sismi-
séisme a permis La carte
[ d’éviter un bilan

[
cité instrumentale Le séisme humain qui aurait réglementaire
(multiplication des pu être très lourd et le règlement
réseaux d’appa- du 15 juillet 1996 en pleine journée.
reils d’enregistre- a provoqué A la suite de cet
pour les projets
ment des séismes). événement, les 10 En application des articles L.563-15 et
Cette évolution a d’importants dégâts communes3 du R.563-8 du code de l’Environnement ainsi
conduit, en 2005, (près de 80 millions bassin annecien en que l’article R.112-1 du code de la
à la nouvelle carte liaison avec les
de l’aléa sismique d’euros) services de la Pré-
1 Pour des fréquences comprises entre 0,3 et 5 Hz.
2 En 2009, la correspondance des normes est connue mais non
encore applicable : les classes de bâtiments sont définies à
de la France (oppo- fecture de Haute- l’article 2 de l’arrêté du 29 mai 1997. Les classes A B C et D de cet
arrêté correspondent respectivement aux catégories d’importance
sable le 1er mai 2011). Savoie ont décidé de se doter d’une I II III et IV des décrets et arrêté du 22 octobre 2010 (précisant les
annexes nationales de l’Eurocode 8 à l’exception des bâtiments
La compilation de ces données a fait ap- cartographie préventive du risque sis- scolaires de classe B qui passent en catégorie d’importance III
paraître également que de très forts ef- mique incluant un micro zonage sismique. dans l’Eurocode 8)
3 Annecy, Annecy-le-Vieux, Argonay, Cran-Gevier, Epagny, Metz-
fets de site pouvaient modifier le signal A la demande des services préfectoraux, Tessy, Meythet, Poisy, Pringy et Seynod.
4 Bureau de recherche géologique et minière.
initial en provenance du substratum ro- le BRGM4 a été chargé d’évaluer et de car- 5 « Dans les zones particulièrement exposées à un risque sismique
cheux. Par exemple dans la cuvette gre- …, des règles particulières de construction parasismique … peu-
tographier l’ensemble des risques naturels vent être imposées aux équipements, bâtiments et installations. Si
nobloise, les formations superficielles redoutés sur le bassin en vue de l’élabo- un plan de prévention des risques est approuvé dans l’une de ces
zones, il peut éventuellement fixer, en application de l’article
(alluvions), plus déformables que le ro- ration d’un Plan de prévention des risques L.562-1, des règles plus sévères. ».

16 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 17

Construction et de l’habitation
(règles adaptées aux valeurs
locales des actions sismiques)
les règles de l’Eurocode 8, non
encore publiées en 2009, ont
pu être intégrées dans le rè-
glement du PPR.
La carte réglementaire définit
des zones rouges, bleues et
blanches.

Les zones rouges, incons-


tructibles, concernent unique-
ment les risques de
mouvements de terrain
(chutes de blocs et glisse-
ment), d’inondation, de crues
torrentielles et de « zones hu-
mides ». Les zones exposées Extrait de la carte réglementaire du PPR sismique dʼAnnecy Sud (2008).
au risque sismique sont repré- que les crèches et les bâtiments de
sentées en bleu foncé et en bleu clair. Le règlement
classe D) à compter de la date d’appro-
Les zones bleues correspondent à des
pour les biens bation du PPR et le montant des travaux
contraintes moyennes (zones bleu foncé) existants doit rester inférieur à 10 % de la valeur
ou faibles (zones bleu clair). vénale ou estimée du bien considéré.
Les mesures définies dans le règlement
Les contraintes définies dans le règlement
visent l’adaptation, dans la mesure du
sont modulées en fonction du type de
possible, par des études et des travaux Conclusion
risque et des « classes » de bâtiments : Le
de confortement voire de modification, Le principe de la prise en compte du
règlement stipule que pour la prise en
des biens situés dans les zones expo- risque sismique local par le micro
compte de l’effet de site lithologique, les
sées du PPR approuvé. zonage et partant, l’application de
contraintes sont définies par le croisement
La plupart du temps, ces biens n’ont pas normes constructives mieux adaptées
des zones d’action sismique (Z0 à Z5) et
fait l’objet d’étude de vulnérabilité sis- est un progrès indéniable sur les plans
des « classes » de bâtiments tandis que
mique. Dans ce cas, pour les construc- économique et humain. Mais d’ores et
l’effet de site topographique est traduit en
tions de « classe » B, le règlement du déjà, l’application de ces contraintes
appliquant un coefficient forfaitaire de 1,5
PPR impose une étude simplifiée appe- lourdes pour le particulier semble mini-
sur les actions sismiques spécifiques. Les
lée pré-diagnostic qui permet d’évaluer miser le côté positif de la démarche. Les
éléments secondaires (non structuraux tels
le comportement des bâtiments par des anneciens ont encore le choix d’appli-
que cheminées, balcons, etc.) doivent être
méthodes simplifiées au regard de la quer les contraintes nationales jusqu’au
ancrés et fixés fermement au corps princi-
qualité de la structure, de la typologie 1er mai 2011 (date d’entrée en vigueur
pal. Le risque de rupture de la faille en sur-
constructive et de l’âge de la construc- des décrets de d’octobre 2010). Ce n’est
face est délimité par une bande dite
tion. qu’à partir de cette date et progressive-
d’incertitude (200 m ou 300 m selon le
Pour les autres « classes » de bâtiments, ment, qu’un véritable bilan avan-
tronçon) correspondant au trajet présumé
le règlement prescrit une étude plus ap- tages/inconvénients pourra être établi
de la faille du Vuache. Les constructions
profondie appelée diagnostic sismique en particulier quant à la sévérité des
sont à éviter sinon une étude de site dé-
qui comprend une analyse mécanique ri- nouvelles normes.. Il reste aussi à gérer
terminera le tracé exact de la faille et la
goureuse basée sur les plans des ou- les lourdes conséquences administra-
zone de rupture potentielle. Enfin, pour pal-
vrages (détails de ferraillages, tives résultant des contrôles dans les
lier l’effet induit de liquéfaction, le règle-
connexions entre les éléments structu- différentes étapes de l’acte de
ment prescrit des renforts architecturaux
raux, etc.). Pour la prise en compte de construire (cf. l’article de V. Davidovici,
ou une étude géotechnique de liquéfaction
l’effet topographique les contraintes ap- ci-avant).
pour une tranche de 0 à 20 m de profon-
plicables sont identiques à celles défi- Enfin, le problème de l’existant, commun
deur.
nies pour les projets. Dans le cas de à tous les PPR, demeure entier : qu’il
Dans les zones blanches, non réputées risque de liquéfaction, la maîtrise des re- s’agisse de l’information des proprié-
exposées, la réglementation parasismique jets est préconisée. taires ou de l’appui technique ou finan-
en vigueur s’applique (PS 92). Le délai de réalisation est de 5 ans (par- cier.
fois 3 pour les bâtiments sensibles tels ■■■

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 17


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 18

Les installations nucléaires


et la prise en compte du risque sismique
dans le sud-est de la France Ghislaine Verrhiest-Leblanc - Inspectrice de la sûreté nucléaire
et référent séisme à la division de Marseille de l’Autorité de sûreté nucléaire

Installaons
nucléaires et risque Dans le sud-est de la France,
sismique dans le les installaons nucléaires sont
sud-est de la France concentrées sur trois sites :
■ Le site du Tricastin1 regroupant des installations du cycle du combustible
a France métropolitaine est un pays à
L sismicité modérée. Néanmoins, les
archives historiques attestent de l’occur-
nucléaire et une centrale nucléaire. Les trois grands exploitants nucléaires
français (AREVA, CEA et EDF) y sont représentés.
■ Le site CEA de Cadarache, exploité depuis les années 60, comprenant 20
rence de 4 à 5 séismes responsables de
dommages sévères par siècle. installations nucléaires de base (INB) et 1 INBS (défense) répondant à des
A cet égard, la région Provence Alpes objectifs de recherche, de développement et de soutien industriel. Il est à noter
Côte d’Azur n’a pas été épargnée : le 11 la construction à venir à proximité du centre du réacteur de fusion ITER.
■ La plate-forme de Marcoule comportant : le centre de recherche CEA (2 INB et
juin 1909, une secousse, d’une magni-
tude estimée à 6.2, touchait les com- 1 INBS) créé en 1955, l’installation Melox exploitée par AREVA et dédiée à la
munes situées entre Salon-de-Provence fabrication du combustible MOX et l’installation CENTRACO exploitée par
et Aix-en-Provence. SOCODEI pour le traitement de déchets nucléaires.
Ce séisme causa une cinquantaine de vic-
times, deux cent cinquante blessés et en- population en cas de survenue d’un timent doit en effet être conservée pour
dommagea plus de 2000 bâtiments. séisme. Ce sont par exemple les grands éviter toute conséquence pour la popu-
Ce tremblement de terre, le plus fort res- barrages, les installations classées pour lation ou l'environnement.
senti en métropole au cours du siècle der- la protection de A titre d’exemple,

[
[
nier, a marqué profondément la mémoire l’environnement et Cette pour le site de Ca-
locale et laissé des traces encore très vi- les installations darache, la prise
sibles dans de nombreux villages. nucléaires. Autant réglementation en compte des
Il existe ainsi dans la région une sensibi- d’ouvrages pré- évènements sis-
lité particulière de la population vis-à-vis sents en région impose que les miques locaux les
de ce risque et une préoccupation spéci- PACA, pour les- bâtiments et plus importants3
fique concernant le comportement sous quels la réglemen- conduit à considé-
séisme des ouvrages industriels et nu- tation retient des ouvrages résistent rer les références
cléaires. exigences plus suivantes :
L’autorité de sûreté nucléaire, et plus contraignantes
au séisme ■ un séisme maxi-
particulièrement la division de Marseille que celles impo- maximal observé mal historique-
pour les régions PACA-LR et Corse, est sées au bâti cou- ment vraisem-
en charge d’assurer, au nom de l’État, le rant et prévoit un historiquement blable (SMHV) :
contrôle de ces installations et de dispositif de magnitude 5,3 et
contribuer à l’information des citoyens. contrôle spéci-
majoré intensité VII-VIII ;
Elle veille au respect de la réglementa- fique. ■ un séisme majoré de sécurité (SMS) :
tion en vigueur et, notamment pour ce Les installations nucléaires de base, au magnitude 5,8 et intensité VIII-IX ;
qui est de la prévention du risque sis- même titre que certaines installations
mique, à la bonne application des règles industrielles dangereuses (ICPE) et les 1 Le contrôle du site du Tricastin est assurée par la division de
fondamentales de sûreté. grands barrages, font l’objet d’une ré- Lyon de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
2 Il s’agit de règles fondamentales de sûreté (RFS) établies par
glementation renforcée en matière de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) portant sur :
- la détermination des niveaux de séisme auxquels doivent résis-
risque sismique. Cette réglementation2
Exigences et contrôles impose que les bâtiments ou ouvrages
ter les installations nucléaires (RFS 2001-01) ;
- la conception parasismique des installations nucléaires (guide
ASN/2/01) ;
Les ouvrages industriels et nucléaires résistent au séisme maximal observé - l’instrumentation nécessaire sur les centrales nucléaires pour
mesurer les mouvements sismiques (RFS I.3.b)
peuvent en effet présenter des risques historiquement, majoré par un facteur 3 Le séisme de Manosque (1708), le paléoséisme de Valveranne
(daté entre -26000 et - 9 000 ans) ainsi que le séisme de Lambesc
spécifiques pour l’environnement ou la de sécurité forfaitaire. L’intégrité du bâ- (1909)

18 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 19

■ un paléoséisme : magnitude 7 et
intensité IX.

Pour le dimensionnement du génie civil,


les références considérées sont le SMS
et le paléoséisme.
Les règles parasismiques ont évolué au
cours du temps, et les installations les
plus anciennes peuvent ne pas satis-
faire aux règles actuelles. Lors des ré-
évaluations de sûreté périodiques
menées sur les installations, l’ASN
contrôle leur conformité à ces règles.
Elle peut imposer aux exploitants nu-
cléaires que des aménagements soient
apportés dans des délais raisonnables
aux installations pour les mettre en Figure 1 - Pose de bandes de fibres de carbone dans lʼinstallation Lefca © asn
conformité avec les règles ou des me-
sures pour minimiser les conséquences Concertaon et transparence autour du risque
d’un séisme (par exemple, réduction de
la quantité de matières radioactives pré- sismique et des installaons nucléaires
sentes dans l’installation), voire la fer- dans le sud-est de la France
meture des installations. Dans ce cadre L’autorité de sûreté nucléaire et les exploitants veillent à faire progresser la trans-
et à la demande de l’ASN, le CEA a dû parence sur le sujet de la prise en compte du risque sismique dans les installations
fermer définitivement certaines instal- nucléaires du sud-est et notamment sur le centre de Cadarache. Les actions pren-
lations et procéder à leur démantèle- nent diverses formes : des échanges avec le public tels que des interventions au
ment, comme l’ATPu, et a dû s’engager sein de la Commission Locale d’Information (CLI ; ww w.cl i- c ad a r a ch e .f r) du cen-
à réaliser d’importants travaux de ren- tre et l’organisation de manifestations publiques organisées le 4 février 2010 à
forcement parasismique sur d’autres, Marseille (Figure 2) et le 7 décembre 2010 à Avignon (actes et interventions télé-
comme le LECA-STAR ou le LEFCA chargeables sur
(Figure 1). www. jo u r ne e se i sme - as n mar s ei ll e .c om );
le développement d’outils d’information et de communication (film4, internet,
En complément des règles de concep- posters, articles…) dont la plupart sont accessibles www.seisme-1909-
tion et de construction, les exploitants provence.fr et www.journeeseisme-asnmarseille.com ;
nucléaires doivent établir des procé- une participation active à la mémoire collective du risque et à la valorisation du re-
dures automatiques de mise en sécurité tour d’expérience. Elle a notamment donné lieu à de nombreuses
et des plans d’urgence pour assurer la actions dans le cadre de la commémoration du
protection des personnes et de l’envi- séisme de Provence de 1909.
ronnement en cas de séisme. A ce titre Par ailleurs, les contrôles réalisés par l’ASN font 0D DUGL GpFHP
DUGL PEUH 
0DUGLGpFHPEUH
8QL YHUVLWppG¶$
$YLJQRQ
Y $JURR3DUFF
8QLYHUVLWpG¶$YLJQRQ$JUR3DUF
et à la demande de l’ASN, le centre de l’objet de lettres de suite adressées aux exploi- GHK
GH K
K j K
KjK
GHKjK

Cadarache a mis en place une organi- tants et mises en ligne sur le site de l’autorité5.
sation spécifique de l’ensemble de ses Par l’ensemble de ces actions, et aux côtés de
moyens généraux permettant d’assurer partenaires nationaux et locaux, l’ASN veut ,1 ,167$//$7,21618&/e$,5(6
677$//$7,21 7 161 16 18&//e$,5(6
la sûreté et la sécurité du centre en cas ainsi permettre à l’ensemble des parties pre- (7 (75,648(6,60,48(
(7 5,6648(6,6 ( 6,660,4 48(
de séisme. nantes de prendre position et d’exprimer la di- '$1 16/(668'
'$16 8'(677'(/$
$)5$1
)5$1&(
&(

Pour tester l’organisation en place sur versité de leurs opinions. Le débat public permet
et à l’extérieur du centre ainsi que la une approche de gestion concertée du risque,
5HJD
5HJDUGVVXU0DUFRXOH
DUGVVXU0
0DUFRXOHH
coordination des différents acteurs im- indispensable à la démarche de progrès continu
pliqués dans la gestion d’un séisme (ex- de la sûreté nucléaire. 5HQVHLJ
ZZZ
J
JQHPHQWVH
ZMR
HWLQVFULSWWLRQV 
5HQVHLJQHPHQWVHWLQVFULSWLRQV
MRXUQHHVHLV
LVPHDVQP PDUVHLOOHFR
LOOOO RP
ZZZMRXUQHHVHLVPHDVQPDUVHLOOHFRP

ploitant, préfectures, services de Affiche de la journée « installations nucléaires 8QpYpQHPHQWRUJDQLVpSDU


8QpYpQHPHQWRUJDQ
QLVpSDU (QSDUWHQDULDWDYHF
(QQSDUWHQDULDWDYHF
    

secours, autorités de contrôle, collecti- et risque sismique » du 7 décembre 2010


/DQJXHGRF5RXVVLOORQ
/DQJXHGRF5RXVVLOORQ
/
9D
DOOpHGX5K{QH
9DOOpHGX5K{QH

vités territoriales, …), un exercice de 4 Par exemple : le film « renforcement parasismique des constructions existantes » sorti en août 2010 et téléchargeable sur
crise sismique est par ailleurs en pré- www.planseisme.fr et www.risquesmajeurs-hautes-pyrenees.pref.gouv.fr et le film « Séisme en Provence » téléchargeable www.seisme-1909-
provence.fr
paration. Il sera conduit début 2012. 5 www.asn.fr

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 19


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:25 Page 20

La préparation à la gestion
d’une crise sismique.
Les exercices RICHTER Emilie Crochet – Bureau des Risques Majeurs, Sous-Direction de la Gestion
des Risques, Direction de la Sécurité Civile
Ministère de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités Territoriales et de l’Immigration

La Terre Au niveau des écoles, le plan particulier partagée (inter services) et pérenne d’un
de mise en sécurité (PPMS) met en place savoir faire opérationnel.
vient de trembler … une organisation interne à l’établisse-
ment scolaire permettant d’assurer la sé- Dans le cadre du plan séisme lancé en
que faire ? curité des élèves et des personnels, en 2005 et qui vient de s’achever, la direc-
Qui appeler ? attendant l’arrivée des secours. tion de la sécurité civile a réalisé un scé-
Enfin, le plan familial de mise en sûreté nario départemental de crise sismique
Comment s’organiser ? (PFMS) permet à chaque famille de se (SDCS) chaque année.
Face à un tel événe- protéger et d’organiser son autonomie Ces exercices, dénommés « RICHTER»,
durant la phase critique de la crise. permettent, outre l’entraînement des ser-
ment, les citoyens vices gestionnaires de la crise (préfec-
se tournent Si la France a été épargné par les ture, services déconcentrés, communes,
séismes depuis de nombreuses décen- établissements publics dont les établis-
naturellement vers nies, la possibilité qu’un séisme fort se sements scolaires,…), une forte sensibi-
les pouvoirs publics produise et engendre des victimes et des lisation des acteurs et en particuliers des
dégâts importants est avérée en métro- collectivités locales. En effet, ces exer-
pour obtenir aide pole, en particu- cices sont basés

[
[
et protecon. lier pour les Mais la véritable sur un jeu de
départements al- données réa-
pins et pyrénéens. question n’est pas de listes, incluant
our faire face à cette demande Mais la véritable une évaluation
P l’Etat a mis en place toute une
organisation.
question n’est pas
de savoir quelle
savoir quelle sera la quantifiée des
dommages et
En premier lieu, la loi de modernisation sera la localisa- localisation du prochain des estimations
de la sécurité civile d’août 2004 réaffirme tion du prochain séisme, mais plutôt si (qualitatives et
que la protection générale des popula- séisme, ni même globales) du
tions nécessite d’impliquer de multiples sa magnitude, nous serons collective- nombre de vic-
acteurs dont la diversité est devenue une mais plutôt si times, permet-
caractéristique de la sécurité civile. nous serons col- ment suffisamment tant d’évaluer
Ensuite, l’Etat dispose à tous les échelons lectivement suffi- les capacités de
de plans de secours élaborés par les dif- samment prêts prêts pour l’affronter réaction et d’in-
férents acteurs intervenant dans la ges- pour l’affronter. tervention lors
tion de crise. Ainsi, au niveau zonal et Ainsi du niveau communal au niveau de différentes phases de la crise. Ceci
départemental, les plans ORSEC (organi- national, les exercices permettent à permet aux acteurs de prendre
sation de la réponse de sécurité civile) tous les acteurs de se préparer à la sur- conscience de la réalité du risque sis-
sont conçus pour mobiliser et coordonner, venue d’un séisme. Ils permettrent entre mique et des conséquences concrètes
sous l'autorité unique du préfet, les ac- autres : qu'il peut engendrer.
- de mettre en pratique les différents Les retours d’expérience menés auprès
teurs de la sécurité civile au delà du ni-
plans élaborés, des communes qui ont participé à ces
veau de réponse courant ou quotidien des
- aux acteurs de se familiariser avec leurs exercices montrent que, bien que
services.
rôles et leurs missions, conscientes d’être soumises à un risque
Au niveau communal, le maire dispose de - de se coordonner ensemble, sismique, elle n’avait pas la représenta-
deux outils : le plan communal de sauve- - de sensibiliser la population, tion des dégâts que cela pourrait entraî-
garde (PCS), qui permet de bâtir par - d’acquérir des réflexes opérationnels, ner pour leurs communes.
anticipation l’organisation des diffé- - de mettre en évidence des dysfonction-
rentes ressources (humaines et maté- nements et de réfléchir à des pistes Lors des exercices RICHTER, l’ensemble
rielles), et la réserve communale de d’amélioration. des services centraux et déconcentrés de
sécurité civile (RCSC). Le but final est d’aboutir à une maîtrise l’Etat, des collectivités territoriales (aux

20 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:26 Page 21

travers des élus locaux et de leurs ser-


vices techniques), des opérateurs publics
et privés et des médias participent.
Pour les communes, trois niveaux de
« jeu » sont proposés :
- le niveau A : les communes ont une im-
plication complète pendant tout l’exer-
cice. Elles reçoivent directement ou
indirectement des évènements successifs
(dommages et/ou dysfonctionnement)
qu’elles doivent gérer en temps réel ;
- le niveau B : les communes ont une im-
plication partielle pendant l’exercice.
Elles ne reçoivent pas les évènements à
gérer en temps réel, mais une descrip-
tion évolutive dans le temps des dom-
mages aux biens et aux personnes ainsi
que des éventuels dysfonctionnements ; Les services de secours mobilisés sur le site de lʼancienne papeterie
de Villard Bonnot pour lʼexercice Richter 38 ©IRMa
- le niveau C : les communes ont une im-
plication minimale au cours de l’exer- Corte. Pour la première fois dans un à Mulhouse et un chantier recherche de
cice. Elles reçoivent uniquement une exercice, la difficile question de la ges- victimes sous une coulée de neige à
description complète des dommages tion d’un grand nombre de décédés a fait Stosswihr.
aux biens et aux personnes ainsi que l’objet d’un atelier théorique et pratique Le dernier exercice, RICHTER 38, s’est
des éventuels dysfonctionnements dans à Fort de France. joué dans la vallée du Grésivaudan le 14
un délai d’une à deux heures après avril 2011. Le scénario était un séisme de
l’événement. Le 22 avril 2009, l’exercice RICHTER 65 magnitude 5,7 dont l’épicentre se situait
Comme en cas de crise sismique réelle, (Etat-Major) a permis de tester l’ensemble sur la commune des Adrets. Une réplique
les communes doivent rendre compte au de la chaîne de commandement du niveau de magnitude 4,0 a eu lieu vers 14h sur la
COD de la préfecture au travers d’un ou local au niveau national et même euro- commune de Froges.
plusieurs point(s) de situation faisant état péen. Cet exercice a permis de prendre Les bilans à la fin de l’exercice sont de
d’une description et quantification des conscience de la gestion des sans-abris et 106 personnes décédés, 18 disparus, 110
dommages et des dysfonctionnements, du risque de sur-accident naturel (rupture blessés graves, 480 blessés légers et
des actions entreprises et des besoins. d’un embâcle dans la vallée au-dessus de 16720 sans-abris.
Lourdes).
A ce jour quatre exercices se sont déjà ■ Plus d’un millier de personnes ont été
déroulés : RICHTER 13, RICHTER Antilles, L’exercice RICHTER 68 s’est déroulé le 4 impliquées dans cette simulation :
RICHTER 65, RICHTER 68 et RICHTER 38. février 2010 dans le Haut-Rhin et le Terri- pompiers, forces de l’ordre, armée,
toire de Belfort. Il a permis de tester l’ap- samu, CG de l’Isère, DDT, DDCS, ARS,
Le premier exercice, RICHTER 13, a été DREAL, préfecture, gestionnaires d’in-
pel aux ressources secours des pays
mené le 15 février 2007 sur une zone com- frastructures ou de réseaux.
limitrophes, ainsi que la participation de
prenant 25 communes ayant été touchées
la population par des mouvements de po- ■ 55 communes ont participé à cet exer-
par le séisme historique de Lambesc
pulations spécifiques limités tels que cice, dont 12 en niveau A.
(1909). Cet exercice était de type
l’évacuation d’établissements scolaires. ■ Plus de 68 000 élèves ont été mobili-
« Etat-major », il n’y avait donc pas de jeu
Il a aussi été joué le risque de sur-acci- sés dans plusieurs centaines d’éta-
en réel sur le terrain. Toutes les communes
dent afin de tester les procédures d’éva- blissements scolaires (de la maternelle
avaient alors été sollicitées en niveau B.
cuation de secteurs exposés à un accident au lycée).
Puis, l’exercice RICHTER Antilles (18 et technologique potentiel. Par ailleurs, la di-
Un chantier de sauvetage-déblaiement
19 novembre 2008) concernant les deux chotomie entre les deux consignes « sor-
s’est déroulé sur le site d’une ancienne
départements d’outre mer et se dérou- tir des bâtiments » en cas de séisme et «
papeterie à Villard-Bonnot.
lant sur 36 heures, a permis un travail se confiner » en cas d’accident industriel
Le point fort de cet exercice a été le dé-
d’Etat Major entre les préfectures, les a permis une réflexion sur ce sujet.
port en réel de l’ensemble du COD de la
sous préfectures et les communes, à la D’autre part quatre chantiers de manœu-
préfecture, ainsi que le CTA-CODIS et la
gestion de chantiers de sauvetage dé- vre ont été mis en place par le SDIS 68 :
salle de crise du SAMU sur la commune
blaiement où la mobilisation des moyens un chantier sauvetage déblaiement à
de Voiron. Ce transfert a été testé ici pour
de secours a fait intervenir les moyens Mulhouse, un chantier spéléo-secours
la première fois.
locaux, zonaux et nationaux sous la dans les galeries de Pfastatt, un chantier
forme d’un détachement de l’UIISC de intervention en milieu périlleux sur un IGH ■■■

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 21


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:26 Page 22

Information préventive
Le risque sismique,
un patrimoine à valoriser ?
Claire Arnal - Chargée de mission « Plan Séisme » à la Direction Régionale de l’Environnement,
de l’Aménagement et du Logement (DREAL) de la région Provence Alpes Côte d’Azur.
Coordinatrice de l’ensemble des actions relatives à la commémoration du séisme de Provence de 1909

L'article 12 de la loi muniquer sur le phénomène, ses consé- ■ « Le risque sismique permet
quences et les moyens de s’en préser- d’analyser un territoire dans son
du 22 juillet 1987
ver. Mais comment rendre attractive ensemble » : Le séisme lorsqu’il survient
(loi n° 87.565) instaure cette information qui semble n’intéres- affecte largement un territoire. Contrai-
que " le citoyen a le droit ser surtout que les acteurs de la rement à d’autres phénomènes ce sont
construction ? des communes entières qui sont affec-
à l'information sur les tées et à même d’être concernées. La
risques qu'il encourt Dans le domaine de la communication réduction de la vulnérabilité de
sur les risques auprès des citoyens, les l’ensemble des biens constitue un
en certains points
atouts du risque sismique s’appuient objectif fédérateur puisque tous sont
du territoire et sur les paradoxalement sur les faiblesses sou- concernés.
mesures de sauvegarde lignées plus haut : ■ « Mettre en place un réseau
■ « L’action est devant nous » : L’évène- d’acteurs » : La gestion du risque
pour s'en protéger ". ment se produit ra- sismique est complexe, elle nécessite la
connaissance du
rement et les
[
L

[
e décret du 11 octobre 1990 précise premières actions phénomène, du
le contenu, la forme et les modali- réglementaires La réduction de la comportement du
tés de mise à disposition des informa- pour en réduire les bâti, des consé-
tions qui doivent être accessibles aux conséquences re- vulnérabilité des quences sur les
personnes susceptibles d'être exposées montent au plus fonctionnalités du
à des risques majeurs. tôt aux années
biens constitue un territoire (réseaux,
Le risque sismique dans certaines 1970. Il est donc transports..) et la
régions françaises métropolitaines possible de parler
objectif fédérateur préparation des
constitue un risque important souvent du phénomène en acteurs de la sécu-
sous estimé par la population car la abordant « ce qui est à faire » plutôt rité civile et de la population. Cette com-
fréquence des évènements est heureu- qu’en regrettant « ce qu’il aurait fallu plexité est l’occasion d’associer tous
sement très faible. Pourtant, nos voisins faire » et qui ne l’a pas été. Perspective ces acteurs afin que chacun apprenne
suisses, qui ont une sismicité compara- positive d’amélioration ! des autres.
ble à celle des Alpes françaises ■ « Le séisme historique, un élément de

considèrent que « le potentiel de dégâts l’histoire du territoire » : Le dernier évè- La commémoraon


nement2 connu est généralement bien
est tel, que le tremblement de terre est
lointain : il est plutôt dans les
du centenaire
le phénomène naturel qui occasionne le du séisme de Provence
archives historiques des communes qu’il
risque le plus élevé en Suisse. »
Ceci s’explique car les « quelque 90 %
a affectées que dans la « mémoire vive » du 11 juin 1909,
et récemment douloureuse des
des bâtiments actuels n’ont pas été habitants. Des associations ont recons-
une illustraon
conçus pour résister aux séismes, ou ont titué la mémoire de l’évènement, il est Cet évènement a constitué une vérita-
été construits selon des normes dés- devenu un élément du patrimoine sur ble « chance » pour communiquer sur le
uètes, de telle sorte qu’ils pourraient lequel les érudits, les vieilles familles, risque sismique et les actions aux-
s’avérer insuffisamment sûrs1. » les nouveaux habitants peuvent
1 « Le risque sismique en Suisse et les mesures prises par la confé-
La sortie de la nouvelle réglementation communiquer hors du cadre institution- w ww. bebende. ch/download/mesures.pdf
dération » in http://w
parasismique va constituer une oppor- nel parfois un peu rigide de « l’informa- w ww.s is f ranc e.net / (EdF, CEA, BRGM) permet
2 Le site http://w
de savoir quels sont les séismes recensés dans une zone au cours
tunité et même une obligation de com- tion sur les risques majeurs ». du dernier millénaire.

22 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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quelles il a donné lieu illustrent bien les


propos précédents.
Le séisme de Provence de 1909 est un
élément fort du patrimoine provençal et
de très nombreux acteurs se préparaient
en 2008 à commémorer cet événement.
La mise en place du « Plan séisme3 » en
PACA fin 2007 a permis de donner à l’en-
semble de ces manifestations toute leur
ampleur et de créer une dynamique ter-
ritoriale très forte sur le thème du
séisme.
La DREAL4, chargée de mettre en oeuvre
le Plan séisme, appuyée par le Conseil
Régional, la Communauté du Pays d’Aix
(CPA) et l’Agglopole de Salon a mutua- © Collection O. Gerin

lisé les financements, coordonné l’en-


semble des acteurs intéressés par les réunions ont eu lieu dans les différentes de prendre en compte ce qu’est un
actions de commémoration et organisé communes affectées en 1909 et dans les événement catastrophique dans
des actions communes afin de donner à locaux des services de secours. l’histoire d’un pays et d’utiliser cette
cet évènement la portée qui lui revenait. Les actions susceptibles d’être menées appropriation du phénomène pour y
Des entités institutionnelles (ASN, ont été évoquées au cours du congrès apporter les compléments techniques,
IRSN,…) et associatives (AFPS, des responsables de la gestion du risque scientifiques ou réglementaires qui sont
IPGR,…) se sont mobilisées pour parti- (plus d’une centaine de participants) qui souvent nécessaires. D’autres actions
ciper à des actions commémoratives, s’est déroulé le jour anniversaire de l’évé- fortes ont également eu lieu : un congrès
des acteurs scientifiques (CEREGE, nement. Egalement d e u x ex e r ci ce s scientifique sur les séismes de moyenne
BRGM, CETE) ont appuyé les musées ré- c o m m u n au x o n t ét é « j o ué s » (L a m - intensité (150 participants), des exposi-
gionaux (Parc Régional du Luberon, bes c et Pelis s a nne ) t and is que les c ol - tions qui se sont poursuivies au cours de
musée Nostradamaus..), les représen- l èg es et é c o le s t e s t ai e nt a us s i l e ur s l’été, un topoguide… ont concerné plus
tants de l’éducation nationale, les com- p la n s d e se c ou r s . Il est important de de 8 000 personnes. L’ensemble des ma-
munes et les associations pour créer un noter ici que la réalisation d’exercices nifestations et des données collectées à
fond muséographique et des animations. ayant pour déclencheur un séisme per- l’occasion de cette année de travaux a fait
Les services de secours (SDIS13), avec met de mobiliser l’ensemble de la com- l’objet de la mise en place d’un site inter-
la DREAL, les scientifiques, les com- mune car tout le territoire est affecté, de net6. Les actions réalisées et le réseau
munes, ont mis en place des exercices réfléchir à la vulnérabilité fonctionnelle mis en place perdurent. A la suite de ces
communaux et des démonstrations de du territoire et d’informer les participants manifestations l’Etat a entrepris l’audit de
terrain. Le député des Bouches du sur la nature du risque sismique tout cela la vulnérabilité sismique de ses bâti-
Rhône, Christian Kert5, a apporté par sa dans un contexte dénué de la recherche ments, de nouveaux exercices sismiques
présence un fort soutien à l’organisa- de responsables de la catastrophe. C’est communaux sont en cours et des actions
tion. C’est ainsi que s’est instaurée une ce qui était évoqué plus haut sous le de sensibilisation des collèges avec la
synergie entre les acteurs couplée à une label « l’action est devant nous »…. réalisation d’expositions sont réalisées.
connaissance mutualisée du territoire : Au cours de l’organisation et du dérou- Le site internet perdure, présentant les
Les réunions d’organisation ont été l’oc- lement de la commémoration, l’élément actions en cours sur PACA et fournissant
casion d’ échanges de savoirs car sans doute le plus fort et le plus surpre- des informations sur la sismicité régio-
chaque réunion a été l’occasion de pré- nant pour les responsables de « l’infor- nale. L’intensité de la participation est
sentations techniques faites par les dif- mation préventive » a sans doute été la bien sûr moins grande qu’en 2009, mais
férents participants : Origine du mobilisation des communes et des as- le travail autour des évènements histo-
phénomène, aléa local (par les scienti- sociations. Au cours de soirées vraiment riques, en en rappelant la fréquence reste
fiques), évènement de 1909 (par les émouvantes, les unes ont réuni les ha- un élément de compréhension de l’his-
associations et les communes), vulnéra- bitants en procession à la nuit tombée toire et donc du risque imaginable tout à
bilité du bâti, modes de réhabilitation (heure du séisme) sur les lieux détruits, fait motivant.
(par les architectes), gestion de crises les autres ont refait à pied les chemins ■■■
(par la sécurité civile), réglementation qui les avaient conduits à secourir leurs 3 Action mise en place par le Ministère de l’Environnement, qui
s’est étendue de 2005 à 2010.
(par l’administration)….De plus, afin de voisins… Environ 5 000 personnes ont 4 Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du
Logement
permettre à tous de mieux connaître le participé à ces manifestations commu- 5 Président de l’Association Française de Prévention des Catas-
territoire et ses ressources ainsi que les nales. Ceci montre qu’il est très impor- trophes Naturelles (AFPCN) et président du COPRNM (Comité
d’Orientation pour la Prévention des Risques Naturels Majeurs)
impacts du séisme encore visibles, les tant en matière d’information préventive 6 http://www.seisme-1909-provence.fr/

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Le séisme d’Epagny
du 15 juillet 1996
Roland Daviet - Maire d’Epagny

Il s’est produit à 2h13 prescrit par le préfet. A Epa-


gny, il a été approuvé le 29
avec une magnitude janvier 2009 et annexé au
estimée à 5,3. POS par arrêté du 07 avril
La localisation 2009. Il est donc opposable
aux tiers.
situait l’épicentre
à la commune d’Epagny Le règlement du PPRn impose
des prescriptions à respecter
(Haute Savoie), pour les nouveaux projets
avec une profondeur ainsi que pour les biens et
du foyer de 3 km. activités existants. Il est
consultable sur le site de la
Mairie d’Epagny :
D ans la zone épicentrale, l’intensité
VII – VIII a été atteinte. Dans le
monde entier, un grand nombre de sta-
http://www.epagny.mai-
ries74.org/Pages/urba-
tions sismologiques l’ont enregistré (par nisme/ppr/ppr.html
exemple en Asie Centrale ou dans le Un plan communal de
centre des Etats-Unis). sauvegarde a été éla-
Heureusement, sur l’ensemble de la boré. C’est un outil de
commune, aucun dégât corporel n’a été prévention (diagnostic
à déplorer, mais 590 déclarations de si- des risques) et d’inter-
nistre ont été enregistrées (50 émanant vention (modalité
du Centre Commercial du Grand Epa- d’alerte et d’informa- Les dégâts de lʼéglise dʼEpagny
gny). © Mairie dʼEpagny
tion). Différents points de la commune
ont été identifiés pour constituer une «
Plusieurs bâtiments communaux ont du cellule d’approvisionnement » (maté- de danger immédiat. Une liste des en-
être démolis ou entièrement rénovés à riels, lits de camps, outillages…). Tous treprises de la commune pouvant être
cause des déstabi- les deux ans une réquisitionnées a été élaborée. Une

[
[
lisations suite au réunion d’informa- convention de fourniture d’aliments de
séisme (une 590 déclarations tion de la popula- première nécessité et d’eau a été pas-
ferme, la salle des tion, visant à sée avec l’hyper Marché local. Un DI-
fêtes, l’église, la
de sinistre reprendre les infor- CRIM a été élaboré et distribué à la
mairie, la biblio- ont été mations de base, population, il est mis à jour tous les
thèque, le cime- est organisée (la deux ans.
tière). Concernant
enregistrées prochaine aura lieu
le réseau d’eau, le vendredi 30 sep- Les informations liées à la prévention
les réservoirs ont dû être purgés et l’eau tembre 2011 à 19h à la Salle d’anima- des risques sont diffusées dans un
a fait l’objet de différentes analyses. Le tion). cadre particulier et spécifique voulu,
débit de la source « Chez les Roux » a afin de ne pas « déstabiliser » les popu-
été modifié et n’a pas repris son cours à Un système électronique de gestion des lations fragiles ayant souffert de cet
ce jour. cloches de l’église a été mis en place : événement.
Depuis le séisme de 1996, un Plan de différentes sonneries sont program-
Prévention des Risques Naturels a été mées pour alerter la population en cas ■■■

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Lourdes :
de la contrainte au développement
Michel Azot - Maire adjoint de Lourdes, Vice Président de la communauté de communes du Pays de Lourdes

La Ville de Lourdes se situe


au cœur du massif
Pyrénéen, mondialement
connue, elle accueille
chaque année plus
de 6 millions de visiteurs.

C ompte-tenu de sa localisation, de sa
place dans une zone de sismi-
cité moyenne, elle a connu au cours de
l’histoire récente, des séismes d’intensité
importante.
La Maison de la Connaissance et des Préventions du Risque Sismique
© Mairie de Lourdes
Pour la collectivité la question sismique
a été posée dans le cadre du plan sis- communication active auprès de tous les calme et raison en connaissant l’impor-
mique avec une étroite relation entre les publics. A Lourdes, c’est le projet de créa- tance et en mesurant les enjeux.
services de l’Etat, les chercheurs et en tion de la Maison de la Connaissance et Des outils économiques : le risque sis-
particulier l’OMS (observatoire Midi Py- des Préventions du Risque Sismique, vé- mique et la façon de l’appréhender peut
rénées des séismes) et la Ville de ritable lieu de rencontre pour des cher- être un extraordinaire tremplin écono-
Lourdes. A partir des premières observa- cheurs, mais aussi d’information pour le mique. Il y a là un important réservoir de
tions réalisées, une approche a permis grand public. L’objectif est de rendre sim- savoir-faire à imaginer, à concevoir, qui
d’envisager de mettre en place une vraie ple et lisible la notion de prévention du sont autant d’innovation potentielle et
politique de prévention du risque sis- risque sismique. A donc d’activités
mique. Cela signifiait pour la collectivité, cet égard, montrer
[ économiques nou-

[
une prise de conscience de la réalité de des exemples de Le vrai grand velles sur nos terri-
l’aléa, mais aussi de mettre en place des renforcement des toires. Il faut mon-
actions de prévention très spécifiques bâtiments vulnéra- problème d’une trer que des con-
dans le domaine sismique. bles semble déter- traintes nécessaires
Toutes les études menées à partir de là minant.
collectivité comme à la préservation
ont permis de progresser dans cette op- Des outils tech- Lourdes, c’est des personnes et
tique (micro zonage, première étude de niques : le vrai des biens sont fac-
vulnérabilité …). grand problème son bâti ancien. teurs de développe-
Pour les élus, ce passage est difficile car d’une collectivité ment (innovation
le risque sismique n’a pas la même na- comme Lourdes, c’est son bâti ancien. dans les techniques de construction, sur
ture que les autres risques naturels. En Dans le cadre du plan de prévention du les matériaux, sur les conceptions archi-
effet, il peut être profondément anxio- risque sismique, l’Etat accompagné de la tecturales…) L’ambition de la collectivité
gène, par l’image catastrophiste des collectivité a lancé une étude plus appro- c’est de produire de la richesse sur son ter-
séismes dans le monde ou complètement fondie de près d’une centaine de bâti- ritoire, une zone sensible comme la nôtre
ignoré par une fréquence de retour trop ments recevant du public ou stratégique. doit être un modèle pour le reste du pays.
longue. Dans les deux cas, le travail de Il est indispensable aujourd’hui, en Nous pouvons montrer que d’une
l’élu consiste à s’approprier le risque France, de franchir une étape qui doit contrainte peut naître le développement.
dans sa réalité et à le transformer en nous permettre de proposer des moyens
outil. Des outils de prévention par une de renforcement. Il faut le faire avec ■■■

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Pratiques et intérêts
des analyses de vulnérabilité sismique
dans un pays à sismicité modérée
Philippe Guéguen - Chercheur à ISTerre/IFSTTAR, CNRS, Université Joseph Fourier Grenoble

En général, initier l’analyse Elle s’appuie sur des informations détail- il d’une structure pour laquelle les dispo-
lées décrivant la structure, des moyens sitions constructives n’ont pas (ou par-
de la vulnérabilité sismique
de simulations et de calculs qui mobili- tiellement) été respectées et qui ne peut
d’une région ou d’un groupe sent des ressources financières impor- être associée à un modèle « réglemen-
de bâtiments répond tantes, et des compétences qualifiées en taire » de comportement ?
dynamique des structures. Pour ces rai-
à un besoin particulier. sons, elle n’est pas adaptée à une étude Cette situation a entraîné l’établissement
Il peut s’agir de prédire d’envergure. de méthodes “empiriques” qui, pour pal-
les dommages lier le manque de moyens et la mécon-
Déterminer les bâtiments les plus vulné- naissance du bâti, analysent la
aux personnes et aux biens rables vis-à-vis du séisme reste une vulnérabilité et les conséquences d’un
pour anticiper les moyens tâche particulièrement ambitieuse. La va- séisme par des approches statistiques.
de secours à mobiliser. riété des constructions et leur nombre L’étude des expériences passées, notam-
empêchent, pour un investissement rai- ment italiennes, nous a appris que cer-
sonnable, l’utilisation de méthodes dé- taines dispositions constructives,
C e besoin peut aussi traduire la vo-
lonté politique d’identifier les bâti-
ments les plus vulnérables de façon à
taillées. L’ancienneté des constructions
limite également la disponibilité des in-
analysées sur un grand nombre d’exem-
ples, sont plus défavorables que d’autres
organiser une stratégie de renforcement formations essentielles décrivant les pour résister aux mouvements du sol. Ces
de l’existant. On peut également profiter structures. observations ont permis de relier statisti-
de travaux de transformation (par exem- quement certaines caractéristiques à un
ple, accessibilité, réhabilitation...) pour D’autre part, bien appréhender le com- niveau d’endommagement. Elles ont servi
établir une analyse de vulnérabilité et in- portement d'une structure existante est à établir des courbes de vulnérabilité qui,
troduire le sismique dans le projet. L’éva- bien plus difficile que d’en dimensionner pour une construction définie par la na-
luation la plus pertinente d’un bâtiment une neuve. En effet, on sait évaluer com- ture de ses éléments résistants et sa
consiste à en connaître chaque spécifi- ment se comporte une structure qui res-
cité structurale, à identifier du mieux pos- pecte toutes les dispositions constructi-
sible ses matériaux et à reproduire en ves et les règles de l’art. Mais qu’en est- Exemple dʼune construction en béton armé
endommagée lors du tremblement du Chili
fonction du temps (2010). Même en béton armé, un mauvais
les déplacements respect des règles de conception entraîne

[ ]
la destruction complète de la structure
et les efforts pro- Déterminer © Philippe Gueguen
duits par un séisme
en tout point de la les bâtiments
structure. Cette so-
lution est bien
les plus vulnérables
adaptée pour vis-à-vis
l’étude d’un bâti-
ment dont l’inté- du séisme
grité post-sismique reste une tâche
doit être conservée
à tout prix (ex: les particulièrement
installations clas- ambitieuse.
sées de tout type).

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régularité de conception, donnent le dom- éléments les plus vulnérables. Afin vérification de tous les bâtiments de
mage probable attendu pour un niveau de qu’elles aient une utilité, les résultats pro- classe II et III de la confédération (II :
mouvement du sol produit par un séisme. duits doivent représenter la conformité de bâtiment avec de grands rassemblements
Ces méthodes ont évidemment été déve- chaque élément vis-à-vis d’un niveau de de personnes; III : Infrastructures ayant
loppées dans les pays les plus sismiques performance à atteindre et en fonction de une fonction vitale). Une démarche en 3
(l’Italie pour la méthode GNDT ou les l’aléa caractéristique de la zone. étapes a été proposée par l’Office Fédéral
Etats-Unis pour HAZUS). Elles suivent le Par exemple, la méthode HAZUS s’appuie des Eaux et de la Géologie. La première
même cheminement, à savoir l’établisse- sur les caractéristiques structurales des recense sommairement les principaux
ment d’une typologie et d’une fonction constructions pour établir leur vulnérabi- composants des bâtiments et le risque
d’endommagement par type de construc- lité, selon le principe des méthodes col- sismique auquel ils sont exposés. Elle
tion de la zone, en général calée sur des lectives. Pour un niveau d’aléa, elle établit conduit à une première appréciation du
observations de dommages. Au final, le certificat de conformité vis-à-vis d’un risque, incluant l’importance stratégique
elles proposent une représentation sta- des deux niveaux de performance que et économique de chaque bâtiment. Il
tistique du dommage. Des erreurs systé- sont la sauvegarde des vies humaines (la s’agit ensuite de décider quelles construc-
matiques sont introduites qui ne peuvent structure ne s’effondre pas) ou l’intégrité tions nécessitent prioritairement des
aboutir à une évaluation certaine de la de service (la structure continue à être investigations complémentaires par
vulnérabilité. En effet, l’incertitude dans opérationnelle), l’un et l’autre défini selon modélisation simplifiée (étapes 2 puis 3),
l’estimation de la vulnérabilité est d’ori- l’importance de la structure. Si la perfor- pour au final proposer des solutions de
gine épistémique : elle provient de la clas- mance n’est pas atteinte, des évaluations renforcement. Celles-ci sont adaptées à
sification du bâtiment dans une classe de plus sophistiquées sont alors requises. la valeur de l’ouvrage et au niveau
vulnérabilité et de l’attribution d’un mo- Depuis 2000, la pratique Suisse impose la acceptable du risque.
dèle générique de comportement à une ■■■
classe de construction, alors même que
les informations les décrivant sont en Il n’existe pas en France de stratégies normées
nombre réduit.
pour l’évaluaon de la vulnérabilité.
Pour tous les types d’analyse (précise ou
statistique), les opérateurs sont ainsi Localement, on trouve cependant des actions (par exemple, à Lourdes, Grenoble,
Nice, aux Antilles...) menées à l’initiative de collectivités locales ou via des
confrontés à la difficulté de collecter les
projets de recherche. Elles consistaient dans la plupart des cas à appliquer des
informations contrôlant la réponse sis-
méthodes d’évaluation collective pour estimer les dommages probables pour un
mique des structures anciennes. Des niveau d’aléa donné. Guéguen et Talercio proposèrent cependant en 2007 de
compromis entre précisions, quantité de parler d’inventaire sismique: il s’agissait de recenser les écoles de Grenoble en
structures et contraintes économiques récupérant des informations structurales utiles à leur analyse sismique pour une
doivent être trouvés. Selon les niveaux de première hiérarchisation des priorités. Cette démarche permet d’intégrer le
sismicité et la maturité de la réglementa- problème sismique dès le démarrage d’une stratégie d’aménagement. Elle a
tion, il faut privilégier l’un plutôt que l’au- également été suivie sur les écoles des Antilles par GEOTER, avec au final des
tre. On identifie les méthodes dites propositions de renforcement. En aucun cas, les méthodes collectives ne doivent
individuelles, souvent basées sur des éva- être considérées comme des diagnostics. Elles doivent être complétées par des
luations détaillées, proches du diagnostic évaluations plus élaborées si la volonté de renforcement est clairement
intégrant des notions de calcul. Elles sont souhaitée. Le contexte de sismicité modérée en France métropolitaine impose
souvent proposées pour connaître la sta- néanmoins de trouver des solutions alternatives et économiquement raisonnables
pour analyser des parcs immobiliers importants. Des actions de recherche
bilité d’une structure vis-à-vis d’une solli-
(VULNERALP et ANR-ARVISE) ont récemment montré la pertinence de techniques
citation de référence. Elles conduisent à
expérimentales, comme celle basée sur l’utilisation des vibrations ambiantes.
proposer des solutions de renforcement. Des progrès sont donc possibles dans les années qui viennent qui permettront
Les méthodes dites de vulnérabilité col- d’améliorer la connaissance du bâti existant.
lective s’appuient sur des approches sta-
tistiques. Leur objectif est de représenter Références :
la vulnérabilité pour un ensemble de bâ-
timents regroupés en zones urbaines, en Combescure, D., P. Guéguen and B. Lebrun. 2005. Vulnérabilité sismique du bâti
parcs immobiliers ou selon la fonction des existant : approche d'ensemble, Cahier technique AFPS, n°25, juillet 2005,
bâtiments. Elles sont principalement des- 121 pages.
tinées à informer et à représenter l’impact
potentiel d’un séisme. Elles permettent Projet VULNERALP
aussi de hiérarchiser parmi des quartiers ( http://www-lgit.obs.ujf-grenoble.fr/~pgueg/VULNERALP)
ou au sein d’un groupe de bâtiments, les

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 27


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Vulnérabilité des ouvrages


de la rocade sud de Grenoble
au séisme Pascal Belin - Service vulnérabilité et gestion de crise, et Denis Davi, division ouvrages d'art
Centre d'Etudes techniques de l'Equipement Méditerranée

Indispensable
au fonctionnement
de notre société,
les réseaux de transport
terrestres et d'énergie,
de collecte et d'élimination
des déchets
sont vulnérables
face à certains
risques majeurs.
Un pont de la rocade sud © CETE de Lyon

L a Direction Régionale de l'Environ-


nement, de l'Aménagement et du Lo-
gement Rhône-Alpes, DREAL de zone de
plutôt que locale, c'est à dire en privilé-
giant l'acheminement des secours vers
l'agglomération. Un autre critère de
sélection a été l'impact possible de la
défense et de sécurité, a engagé un pro- le territoire de Grenoble plutôt que fa- défaillance d'ouvrages sur le réseau
gramme d'actions pour évaluer et ré- vorisant la circulation au sein de ferroviaire.
duire la vulnérabilité de ces réseaux.
Dans ce cadre, à l'occasion de l'exercice Cette étude s'appuie sur les outils Sismoa/Sisroute, développés ou en
séisme RITCHER 38 et de la publication cours de développement au sein du Réseau Scientifique et Technique
du nouveau zonage sismique national, du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et
La DREAL a confié au Centre d'Études du Logement (MEDDTL) sous le pilotage du Service d'études sur les
Techniques de l'Equipement (CETE) Mé- transports, les routes et leurs aménagements (Sétra), pour l'évaluation
diterranée une étude sur la vulnérabilité préliminaire du risque sismique sur les ponts existants.
aux séismes des infrastructures de
transports routiers de l'agglomération L'analyse consiste dans un premier temps à évaluer la vulnérabilité intrinsèque
de Grenoble. des différentes parties de structure (tablier, piles, culées, fondations...) vis-à-vis
Cette étude exploratoire ne développe de l'aléa sismique à partir des données géométriques et typologiques des ou-
pas une approche globale prenant en vrages. Cet aléa sismique se décompose en :
compte l'ensemble du réseau de l'ag-
glomération avec tous les gestionnaires ■ l'aléa vibratoire proprement dit résultant de la mise en vibration des masses de
(Conseil Général, communes ...). Elle la structure (forces d'inertie) ;
s'est intéressée uniquement au réseau ■ les aléas liés aux effets potentiellement induits par le séisme (liquéfaction du

national géré par la Direction Interdé- sol de fondation, chutes de blocs, glissements de terrain).
partementale des Routes (DIR) Centre-
Est., au travers des éléments Le recueil des données d'ouvrages a été effectué par le CETE de Lyon en raison
d'infrastructure les plus sensibles que de sa connaissance approfondie du site et du patrimoine des ouvrages. Il a été
représentent les ponts. Dix ponts de la réalisé en deux temps, à partir des dossiers d'archives disponibles (plans et notes
rocade sud ont été retenus. Le choix de de calculs), complétées et validées le cas échéant par des relevés de terrains
ces ouvrages a été fait en fonction d'une structurels et géologiques.
approche zonale de la gestion du risque

28 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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Les résultats, issus du croisement des in- dans le cas du scénario correspondant aux l'épicentre ou situés dans des zones carac-
dices d'aléas et de vulnérabilité, aboutis- valeurs d'accélérations de dimensionne- térisées par de forts effets de site. Il
sent à l'évaluation d'une valeur de risque, ment imposées par l'application de l'an- convient de noter que l'aléa liquéfaction
représentative de la susceptibilité d'ef- cien zonage sismique national (zonage apparaît comme très prégnant sur toute la
fondrement par ouvrage, et permettent PS92) pour une classe d'importance maxi- zone d'étude (bassin alluvionnaire drainé
donc de localiser les éléments les plus

[ [
sensibles pour différents scénarios sis-
miques (zonage PS92, nouveau zonage Les niveaux de risque calculés
national associés à différentes périodes dans le cadre de l'étude
de retour, scénario établi par le BRGM
dans le cadre de l'exercice...). L’exploita- s'avèrent très variables en fonction
tion des résultats sous forme de cartes des scénarios sismiques considérés.
permet alors de visualiser les niveaux de
risques et les enjeux (dessertes, possibili- male des structures (classe D). Concernant par la Vence, le Drac et l'Isère) et pourrait
tés de déviations…) pour les différents le scénario défini par le BRGM dans le justifier des études géologiques complé-
scénarios envisagés. En outre, l'identifica- cadre de l'exercice Richter 38, qui consiste mentaires plus poussées sur quelques ou-
tion des vulnérabilités partielles les plus en une simulation grandeur nature d'un vrages, de façon à fiabiliser les résultats
critiques pour la tenue de chaque ouvrage séisme historique sur le secteur de l'agglo- de l'analyse vis-à-vis de ce phénomène très
permet une première prédiction du méca- mération grenobloise, celui-ci conduit à des sensible. A terme, cette étude pourrait être
nisme d'endommagement pressenti et de accélérations sur la zone d'étude relative- étendue à davantage de tronçons d'itiné-
sa cause (ou point faible structurel) en vue ment faibles compte tenu de la distance à raires et d'ouvrages dans le cadre plus gé-
d'une pré-orientation des mesures de ren- l'épicentre supposé, et ne devrait pas être néral de l'évaluation et de la réduction de
forcement à envisager le cas échéant. en mesure d'endommager significative- la vulnérabilité de l'agglomération greno-
Les niveaux de risque calculés dans le ment les ponts. En revanche, l'accélération bloise face à un séisme, permettant ainsi
cadre de l'étude s'avèrent très variables en critique moyenne globale évaluée autour d'avoir une vision plus précise et complète
fonction des scénarios sismiques considé- de 3,0 à 3,5 m/s² pour l'ensemble des ou- de la sensibilité relative des ouvrages de
rés. Ainsi sous l'effet de l'aléa sismique vrages étudiés amène à penser que le la zone, en vue d'établir des priorités pour
de référence associé à la nouvelle carte de même séisme que celui envisagé dans le une éventuelle opération de renforcement.
zonage national et à une période de retour scénario de crise retenu par le BRGM mais
de référence « conventionnelle » de 475 avec un épicentre centré sur l'aggloméra- ■■■
ans1, le risque sismique sur les ouvrages tion grenobloise s'avèrerait beaucoup plus 1 La période de retour de 475 ans est celle la plus généralement
d'art les plus stratégiques de la zone dommageable et se traduirait par un risque utilisée dans la communauté internationale du génie parasismique
(d'où l'expression "période de retour de référence conventionnelle").
d'étude peut être qualifié de moyen : seu- d'effondrement avéré pour tous les ou- C'est la valeur recommandée dans l'Eurocode 8. Elle correspond à
une probabilité de dépassement de référence de 10 % sur une
lement 3 ouvrages sur 10 présentent un vrages localisés à proximité immédiate de période de 50 ans.
risque avéré, 5 sont associés à un risque
d'effondrement possible et 2 à un risque
d'effondrement peu probable. La redon-
dance du réseau des infrastructures rou-
tières sur la zone d'étude devrait a priori
permettre dans ce premier scénario d'éta-
blir sans trop de difficulté des déviations
pour l'acheminement des secours.
La nature probabiliste du nouveau zonage
et les coefficients de sécurité associés aux
différentes catégories d'importance des
ouvrages permettent d'envisager des scé-
narios correspondant à des périodes de
retour plus élevées d'événements sis-
miques. Ainsi lorsque l'on augmente les
périodes de retour de référence à 800 ans
ou 1 250 ans, on obtient des niveaux de
risque sensiblement plus élevés associés à
des risques d'effondrement possibles ou
avérés sur la totalité des ouvrages. La pré-
diction de dommage est encore aggravée La vulnérabilité aux séismes de 10 ponts de la rocade sud © CETE Méditerranée

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 29


N°27:Mise en page 1 16/05/11 15:26 Page 30

De bonnes vibrations
pour les bâtiments
Pierre-Eric Thévenin, Thierry Vassail, Antoine Petiteau
Spécialistes construction parasismique Bureau Veritas

Evaluer la capacité Première phase : Deuxième phase :


d’un bâtiment l’examen visuel les mesures
à résister au séisme Lors de l’examen visuel, deux points ont
sous bruit de fond
été relevés :
n’est pas chose facile Une série de mesures de la réponse du
■ Un grand nombre de remplissages en
bâtiment sous vibrations ambiantes a
maçonnerie étaient présents
I l y a un grand nombre de paramètres à
intégrer et une très grande difficulté à
surmonter : l’ouvrage étant construit, il ■ Un changement notable de section
été effectuée. Ceci consiste à enregis-
trer les mouvements du bâtiment sous
les sollicitations très faibles dues au
n’y a plus moyen d’accéder à nombre des poteaux entre le 14ème et le 15ème
étage. vent, au trafic, aux petits mouvements
d’informations essentielles, comme la sismiques …
qualité réelle des matériaux utilisés, la L’avantage est que ces sollicitations
Ces 2 points sont considérés comme
bonne mise en place des armatures, sont constamment présentes et que le
des facteurs notables de vulnérabilité,
voire même tout simplement le niveau matériel nécessaire pour faire ces enre-
entraînant une augmentation du risque
d’endommagement ou d’usure des élé- gistrements est très limité, en taille et
en cas de séisme :
ments de structure, pour beaucoup inac- en poids. Il est ainsi possible de multi-
cessibles ou cachés. D’où l’idée de plier les points de mesure pour mieux
■ Les remplissages en maçonnerie
doubler l’analyse visuelle, phase incon- analyser et comprendre la réponse du
bloquent la déformation des poteaux
tournable de l’évaluation, par une série bâtiment.
pendant le séisme et absorbent donc
de mesures de la réponse du bâtiment à une grande part de l’énergie sismique,
des sollicitations très faibles, toujours avant de casser brutalement, si leur Les résultats des mesures confirment
présentes : les vibrations ambiantes. résistance n’est pas suffisante. les impressions de l’analyse visuelle :
L’énergie ainsi dégagée
Un exemple : une se transmet instantané-
ment aux poteaux
tour de 18 niveaux « libérés », qui voient
Nous avons été sollicités pour donner alors leur charge aug-
un avis sur le risque encouru en cas de menter considérable-
séisme par les occupants d’un bâtiment ment ;
de grande hauteur (18 niveaux sur 8
niveaux de sous-sols pour une hauteur ■ Le changement brutal
totale en superstructure de 80 mètres) de section d’un étage à
situé dans un pays à forte sismicité. l’autre signifie un chan-
De construction récente, le bâtiment gement de raideur, qui se
avait été conçu et dimensionné selon traduira pendant le
les règles de construction parasismique séisme par un phéno-
en vigueur dans le pays, règles assez mène de « coup de
proches de celles applicables en France. fouet » : la partie supé-
La structure porteuse est une ossature rieure, plus souple que le
poteaux poutres en béton armé, conti- reste du bâtiment, aura à
supporter des mouve-
nue sur toute la hauteur du bâtiment. Le
ments beaucoup plus im-
bureau d’études a procédé à un calcul
portants, générateurs
de cette structure et défini le dimen-
d’efforts et de déforma-
sionnement des éléments à partir des tions également plus im-
résultats de ce calcul. portants. Le bâtiment étudié © Bureau Veritas

30 Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs


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■ Le bâtiment est nettement plus raide mesurées et en déterminer l’influence Ces panneaux de maçonnerie avaient
que le modèle de calcul du bureau des maçonneries de remplissage pourtant été désolidarisés de la struc-
d’études. La fréquence fondamentale ■ Etudier la réponse du bâtiment sous ture principale (poteaux-poutres) par un
mesurée est égale à 0,69 Hz tandis que l’effet du séisme réglementaire et véri- joint en polystyrène d’épaisseur 2 cm.
le calcul indiquait 0,31 Hz. L’écart est fier la tenue des maçonneries. On constate que cette disposition ne
beaucoup trop important pour être ex- Pour le premier objectif, le seul moyen fonctionne pas : le polystyrène confiné
pliqué par la seule différence de masse de retrouver les fréquences mesurées ne peut pas vraiment s’écraser et pos-
ou par des caractéristiques mécaniques est de faire participer les maçonneries à sède même une certaine capacité à
meilleures que la raideur d’en- transmettre des efforts. On rappellera
prévu. L’explication

[
[
semble. Les modes que c’est la matière utilisée dans les
est à rechercher Il est ainsi de calcul et les casques de protection des cyclistes. En
dans la présence
des maçonneries possible modes mesurés cas de choc, ce polystyrène confiné ab-
correspondent sorbe ne s’écrase quasiment pas mais
de remplissage de multiplier alors parfaitement. répartit l’effort.
■ Les visualisa-
tions tirées des les points C’est exactement le même fonctionne-
enregistrements L’analyse des mo- ment dans une ossature avec remplis-
démontrent un
de mesure pour des calculés dé- sage : le polystyrène transmet les efforts
comportement en mieux analyser montre également de l’ossature vers la maçonnerie.
torsion du bâti- le comportement Comme celle-ci est plus raide, c’est elle
ment, probable- et comprendre en torsion du bâti- qui supporte alors les efforts jusqu’à ce
ment causé par ment, ce qui avait que sa limite de résistance soit atteinte.
l’excentrement des
la réponse Les calculs sous séisme ont ensuite
déjà été mis en
panneaux de rem- du bâtiment évidence par les montré que cette résistance n’était pas
plissage en ma- mesures. Cette tor- suffisante à certains étages, d’où un
çonnerie ; risque très fort de rupture fragile (les
sion est due au fait que les panneaux de
■ On note bien l’effet coup de fouet en
maçonnerie ne sont pas régulièrement maçonneries cèdent brutalement), ce qui
partie supérieure du bâtiment doit être évité en contexte sismique.
distribués sur l’étage mais concentrés
Les mesures ont donc été particulière- Les zones fragiles étant identifiées,
au voisinage des cages d’escalier et des
ment utiles dans ce cas pour limiter les il a ensuite été facile de trouver
ascenseurs, qui forment comme un
discussions suite à l’examen visuel. Il des solutions de renforcement adaptées.
noyau excentré.
est en effet plus facile de s’appuyer sur
des éléments convergents pour porter un
avis que sur le seul ressenti de l’ingé- Les enseignements
nieur ayant inspecté le bâtiment. Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette expérience. Bien que l’étude
ait été faite pour un bâtiment à l’étranger, ces conclusions peuvent être intégra-
Cependant, les mesures sont effectuées lement reprises pour les analyses des bâtiments français :
sous bruit de fond, donc sous des solli- ■ Un avis sur la vulnérabilité au séisme d’un bâtiment peut être considéré comme
citations infiniment plus faibles que fiable lorsque tous les critères (examen visuel, calculs, mesures) vont dans le
celles qui auront lieu lors d’un séisme même sens
(de l’ordre de 100 000 fois plus faibles). ■ Un bâtiment peut être parfaitement conforme aux règles parasismiques tout en
Elles donnent donc des indications sur présentant un certain degré de vulnérabilité. En effet, les règles ne couvrent pas
le comportement du bâtiment avant tous les aspects de la construction. En particulier, les dispositions relatives aux
séisme mais pas pendant séisme. éléments non structuraux sont bien souvent inexistantes voire limitées au strict
D’où l’intérêt d’une étape complémen- minimum
taire qui a consisté à recalculer la ré- ■ Le bâtiment réel doit être le plus proche possible du bâtiment conçu : les adap-
ponse du bâtiment, mais en utilisant les tations de dernière minute sur le chantier sont donc à éviter puisqu’elles écartent
résultats des mesures, représentatives l’ouvrage réel du modèle de calcul. Il n’est alors plus possible de garantir le même
de l’ouvrage réel. niveau de sécurité vis-à-vis du séisme
■ Les mesures sous bruit de fond donnent des informations très intéressantes sur
le comportement de l’ouvrage réel, pour peu qu’on sache les interpréter, dans
Troisième phase : leur domaine d’utilisation. Et en cas d’évènement sismique, il sera toujours pos-
les calculs sible de comparer les résultats des mesures avant et après le séisme, afin d’en
Un nouveau modèle a donc été réalisé, tirer des conclusions sur l’état d’endommagement du bâtiment.
avec 2 objectifs :
■ Retrouver les fréquences de vibration ■■■

Risques Infos n°27 - Mai 2011 Institut des Risques Majeurs 31


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Comment valider votre Plan Communal


de Sauvegarde ?
L’objectif d’un Plan Communal de Sauvegarde (PCS)
n’est pas d’être un document en réponse à une exigence
légale mais de permettre de bâtir un dispositif
opérationnel et de former les intervenants
pour qu’ils puissent réagir
de manière adaptée en cas d’évènement.
La validation du dispositif ne peut se faire qu’au travers
d’exercices. En effet, ils sont l’occasion de mettre en pratique
les apprentissages théoriques, de s’approprier les rôles et mis-
sions, et de valider certains aspects du dispositif.

Un guide « Plan Communal de Sauvegarde, s’entraîner pour


être prêt » a été élaboré par le ministère de l’Intérieur, en
collaboration avec l’IRMa.

Il est téléchargeable sur le site de l’IRMa :


http://www.irma-grenoble.com/05
documentation/01publications_index.php

forma-
r e 2 0 1 1 , l’ I R M a o r g anise une nouvelle
En noveemb e » au
r i
ci c e s P l a n C o m m un al de S au v eg ar d
tiion « Exee rvateurs
a
la q u e l l e l e s p a rt i cipants seront obse
couurs de .
e x e r c i c e t e rr a in d ans une collectivité
d’unn réel

Les objectifs de la formation sont les suivants :

■ Être capable de proposer et de mener des actions concrètes


pour rendre le PCS opérationnel
■ Identifier les processus de vigilance et d’alerte, de sensibilisation
et d’implication de la population
■ Identifier les différents types d’exercice et la manière de les organiser
■ Participer à un exercice réel dans une collectivité
■ Formaliser et capitaliser le retour d’expérience d’un exercice
■ Savoir organiser et mettre en oeuvre un exercice PCS

Vous pouvez d’ores et déjà vous préinscrire en contactant l’IRMa

Pour plus d’informations : info@irma-grenoble.com - 04 76 47 73 73