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Centre Audiovisuel d’Études Juridiques des Universités de Paris

LICENCE 2

ANNALES

des

ÉPREUVES ÉCRITES 2019

Épreuves à coefficient 3 (écrits de 3 heures) :


• Droit administratif S3 (délestage, 1 session, 2 session)
re nde

• Droit administratif S4 (1 session, 2 session)


re nde

• Droit civil S3 : les contrats (délestage, 1 session, 2 session) re nde

• Droit civil S4 : la responsabilité (1 session, 2 session)


re nde

Épreuves à coefficient 1 (écrits d’1 heure) :


• Droit pénal (délestage, 1 session, 2 session)
re nde

• Histoire des idées politiques (délestage, 1 session, 2 session) re nde

• Droit fiscal (1 session, 2 session)


re nde

• Droit des affaires (1 session, 2 session)


re nde

• Procédure pénale (1 session, 2 session)


re nde

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Droit administratif 1 et institutions administratives

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Consignes générales :
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Votre devoir ne doit pas dépasser 6 pages. Au-delà, les copies supplémentaires ne seront pas
corrigées.
Vous devrez traiter au choix l'un des deux sujets proposés.

Sujet n° 1 : Dissertation

Le Conseil constitutionnel et les sources du droit administratif

Sujet n° 2 : Commentaire d’arrêt guidé CE, Ass., 12 oct. 2018, SARL Super Coiffeur

Après avoir lu l’arrêt reproduit ci-dessous, vous répondrez aux questions suivantes :

1°) Au point 4, le Conseil d’Etat fait référence à l’incompatibilité entre la loi et une convention
internationale. Qu’en pensez-vous ? (4 points)
2°) Toujours au point 4, le Conseil d’Etat évoque les réserves aux traités internationaux. Que
pensez-vous du régime qu’il applique à ces réserves ? (2 points) Que vous inspire plus
particulièrement la dernière phrase soulignée ? (4 points)
3°) Est-ce que la solution retenue au point 5 aurait pu être différente ? (3 points)
4°) Vous rédigerez l’introduction du commentaire de l’arrêt reproduit ainsi que le plan détaillé
(7 points)

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Considérant ce qui suit :


1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond qu'à la suite d'un contrôle effectué
par des agents de la police nationale dans le salon de coiffure exploité par la SARL Super
Coiffeur, le 13 juin 2012, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de
l'intégration a estimé que cette société avait employé deux travailleurs étrangers, M. A...et
MmeB..., démunis de titre de séjour et d'autorisation de travail. Par une décision du 13
novembre 2013, il a mis à la charge de cette société les sommes de 34 400 euros et 4 618 euros
au titre, respectivement, de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du
travail et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à
l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Des titres de
perception ont ensuite été émis le 12 décembre 2013 pour le recouvrement de ces contributions.
Saisi par la SARL Super Coiffeur, le tribunal administratif de Paris, par un jugement du 21
octobre 2014, a partiellement déchargé cette société de la contribution spéciale et de la
contribution forfaitaire mises à sa charge par la décision du 13 novembre 2013 et l'a totalement
déchargée de l'obligation de payer les sommes qui lui étaient réclamées par les titres de

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perception émis le 12 décembre 2013. Réformant ce jugement sur les appels tant de la SARL
Super Coiffeur que de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la cour
administrative d'appel de Paris, par un arrêt du 30 décembre 2016, a rejeté les conclusions de
la société dirigées contre la décision du 13 novembre 2013 et confirmé la décharge de
l'obligation de payer résultant des titres de perception du 12 décembre 2013. La SARL Super
Coiffeur se pourvoit en cassation contre cet arrêt en tant qu'il rejette son appel et, faisant
partiellement droit à celui de l'Office, réforme le jugement du tribunal administratif de Paris.

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou
indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit
un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France (...) ". L'article
L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations
territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité
salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par
l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code,
dans sa rédaction en vigueur à la date des manquements relevés à l'encontre de la SARL Super
Coiffeur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre,
l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du
premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte une contribution spéciale. Le montant de cette
contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat et
est au moins égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12
(...). / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider
cette contribution. / Elle est recouvrée par l'Etat comme en matière de créances étrangères à
l'impôt et au domaine (...) ". Le même manquement est sanctionné, en vertu des dispositions
combinées des articles L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail dans leur rédaction en vigueur
à la date de la décision des juges du fond, dont ceux-ci ont fait à bon droit application eu égard
à leur caractère de loi nouvelle plus douce, d'une contribution spéciale dont le montant est égal
à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 de ce code, réduit
à 2 000 fois ce même taux en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané
par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger et à 1 000 fois ce taux en cas
de paiement spontané de ces salaires et indemnités, si le procès-verbal d'infraction ne mentionne
l'emploi que d'un seul étranger sans titre. Enfin, aux termes de l'article L. 626-1 du code de
l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires
qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L.
8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de
séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de
réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine (...) ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail
et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les
contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur
étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à
exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation
du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces
dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du
Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant
les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour
irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la
nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L.
5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les

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documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une
usurpation d'identité. Par suite, la cour n'a pas commis d'erreur de droit en jugeant que la société
requérante ne pouvait utilement invoquer ni l'absence d'élément intentionnel du manquement
qui lui était reproché, ni, dès lors qu'elle ne soutenait pas sérieusement avoir respecté les
obligations découlant de l'article L. 5221-8, sa prétendue bonne foi.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 55 de la Constitution : " Les traités ou accords
régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des
lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie ". Ces
dispositions impliquent, en cas d'incompatibilité entre ces deux normes, que le juge
administratif fasse prévaloir le traité ou l'accord sur la loi, dès lors que celui-ci remplit les
conditions ainsi posées à son application dans l'ordre juridique interne et crée des droits dont
les particuliers peuvent directement se prévaloir. Lorsqu'un traité ou un accord a fait l'objet de
réserves, visant, pour l'Etat qui exprime son consentement à être lié par cet engagement, à
exclure ou à modifier l'effet juridique de certaines de ses clauses dans leur application à son
endroit, il incombe au juge administratif, après s'être assuré qu'elles ont fait l'objet des mêmes
mesures de publicité que ce traité ou cet accord, de faire application du texte international en
tenant compte de ces réserves. De telles réserves définissant la portée de l'engagement que l'Etat
a entendu souscrire et n'étant pas détachables de la conduite des relations internationales, il
n'appartient pas au juge administratif d'en apprécier la validité.

5. Aux termes de l'article 4, paragraphe 1, du protocole n° 7 à la convention européenne de


sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être poursuivi
ou puni pénalement par les juridictions du même Etat en raison d'une infraction pour laquelle
il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la
procédure pénale de cet Etat ". La règle " non bis in idem ", telle qu'elle résulte de ces
stipulations, ne trouve à s'appliquer, selon la réserve accompagnant l'instrument de ratification
de ce protocole par la France et publiée au Journal officiel de la République française du 27
janvier 1989, à la suite du protocole lui-même, que pour " les infractions relevant en droit
français de la compétence des tribunaux statuant en matière pénale ", et n'interdit ainsi pas le
prononcé de sanctions administratives parallèlement aux décisions définitives prononcées par
le juge répressif. Si la société requérante soutenait que cette réserve, par sa formulation trop
générale, méconnaissait les stipulations de l'article 57 de la convention, relatif aux réserves que
les Etats peuvent formuler au moment de sa signature ou du dépôt de son instrument de
ratification, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la cour administrative d'appel de Paris n'a
pas commis d'erreur de droit en jugeant qu'il n'appartenait pas au juge national de se prononcer
sur la validité de cette réserve, non dissociable de la décision de la France de ratifier ce
protocole, et en écartant en conséquence le moyen tiré de la contrariété des articles L. 8253-1
du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à
l'article 4 du protocole n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, en principe, l'autorité de la chose jugée au pénal ne s'impose à l'administration


comme au juge administratif qu'en ce qui concerne les constatations de fait que les juges
répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu
définitif, tandis que la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe
tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur
réalité. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les mêmes faits sont
suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction
administrative. Il n'en va autrement que lorsque la légalité de la décision administrative est

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subordonnée à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent
une infraction pénale, l'autorité de la chose jugée s'étendant alors exceptionnellement à la
qualification juridique donnée aux faits par le juge pénal.

7. Ni les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail ni celles de l'article L. 626-1 du


code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 2, ne subordonnent
la mise à la charge de l'employeur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire à
la condition que les faits qui les fondent constituent une infraction pénale. Par suite, la cour n'a
pas commis d'erreur de droit et n'a pas donné aux faits de l'espèce une qualification juridique
erronée en jugeant que l'existence d'une décision pénale de relaxe, au motif que les faits
d'emploi d'un étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France n'étaient
pas établis s'agissant de MmeB..., ne faisait pas obstacle au prononcé des sanctions
administratives prévues par les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de
l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Super Coiffeur n'est pas fondée à demander
l'annulation de l'arrêt qu'elle attaque.
DECIDE :
Article 1er : Le pourvoi de la SARL Super Coiffeur est rejeté.

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Droit administratif 1 et institutions administratives

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Consignes générales :
Aucun document n’est autorisé.
Vous réaliserez en trois heures l’une des deux épreuves suivantes.
Votre copie ne doit pas comprendre plus de 6 pages simples.

• Sujet théorique :

La Cour de justice de l’Union européenne et le droit administratif français

• Sujet pratique : Commentaire d’arrêt guidé : CE, 9 novembre 2015, M. A. B.

Répondez aux questions suivantes après avoir lu l’arrêt.

1°) Quelle est la nature juridique de la décision de contrôle des équipements informatiques ?
Que savez-vous du régime contentieux de ce type d’acte ? (6 points)

2°) Quelle est la nature juridique de la décision de retenue des équipements informatiques ?
Que pouvez-vous dire sur ce type d’acte ? (4 points)

3°) Le requérant aurait pu invoquer en l’espèce la violation de l’article 8 de la Convention


européenne de sauvegarde des droits de l’Homme portant sur le droit au respect de sa vie privée.
A quelles conditions cette stipulation aurait-elle produit des effets en droit interne pour le
justiciable ? (3 points)

4°) Vous rédigerez l’introduction du commentaire de cet arrêt. Vous indiquerez également le
plan que vous choisiriez pour analyser cet arrêt. Vous mentionnerez les titres des parties et sous-
parties et préciserez quelques éléments de droit dans chacune des sous-parties. (7 points)

Conseil d'État

N° 383712
Lecture du lundi 9 novembre 2015
REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS


Vu la procédure suivante :

M. A...B...a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler pour excès de pouvoir la


décision en date du 9 janvier 2012 par laquelle les autorités du centre pénitentiaire de Caen
(Calvados) ont saisi et retenu son ordinateur et d'enjoindre à l'administration pénitentiaire, sous
astreinte, de lui restituer son ordinateur. Par un jugement n° 12-1028 du 24 janvier 2013, le
tribunal administratif de Caen a rejeté la demande que lui avait présentée M. B....

Par un arrêt n° 13NT01435 du 24 avril 2014, la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté
l'appel formé par M. B...contre ce jugement.

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Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 août et 12


novembre 2014 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B...demande au Conseil
d'Etat :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) réglant l'affaire au fond, de faire droit à son appel ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SCP Potier de la Varde-Buk Lament, son
avocat, de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de
justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Vincent Villette, auditeur,


- les conclusions de Mme Aurélie Bretonneau, rapporteur public ;
La parole ayant été donnée, avant et après les conclusions, à la SCP Potier de la Varde, Buk
Lament, avocat de M. A...B...;

1. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond qu'il a été procédé
à un contrôle du matériel informatique de M. B... le 9 janvier 2012, à l'issue duquel une corde
a été découverte dans l'ordinateur du requérant ; que le directeur du centre pénitentiaire de Caen
a alors décidé de retenir ce matériel informatique en vue d'une éventuelle procédure pénale ;
que le 24 février 2012, une saisie judiciaire de ce matériel informatique a été réalisée ;

2. Considérant qu'aux termes des dispositions de l'article D. 449-1 du code de procédure pénale
alors applicable : " Les détenus peuvent acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon
les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. Une instruction générale
détermine les caractéristiques auxquelles doivent répondre ces équipements, ainsi que les
conditions de leur utilisation. En aucun cas, les détenus ne sont autorisés à conserver des
documents, autres que ceux liés à des activités socioculturelles ou d'enseignement ou de
formation ou professionnelles, sur un support informatique. Ces équipements ainsi que les
données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une
éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à un détenu
peut, au surplus, être retenu, pour ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les
cas suivants : 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux
données informatiques, du fait volontaire du détenu " ;

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3. Considérant que, si une mesure de contrôle par l'administration pénitentiaire des équipements
informatiques des détenus, eu égard à sa nature et à l'importance de ses effets sur la situation
des détenus, ne constitue pas, en elle-même, un acte administratif susceptible de faire l'objet
d'un recours pour excès de pouvoir, tel n'est en revanche pas le cas de la décision distincte de
retenue de ces équipements qui, prise sur le fondement des dispositions précitées, le cas échéant,
en résulte ;

4. Considérant qu'en regardant, pour rejeter comme irrecevable la requête de M. B..., ses
conclusions comme dirigées contre la seule décision de contrôle de ses équipements
informatiques, alors qu'il demandait l'annulation, pour excès de pouvoir, de la décision de
retenue administrative de ces équipements à laquelle ce contrôle avait conduit, qui est
susceptible de recours, la cour administrative d'appel de Nantes s'est méprise sur la portée des
écritures dont elle était saisie ; qu'il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin
d'examiner les autres moyens de son pourvoi, M. B... est fondé à demander l'annulation de
l'arrêt attaqué ;

5. Considérant que M. B...a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle ; que, par suite, son
avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative
et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve
que la SCP Potier de la Varde-Buk Lament, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme
correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000
euros à verser à cette société ;

DECIDE:

Article 1er : L'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 24 avril 2014 est annulé.
Article 2 : L'affaire est renvoyée à la cour administrative d'appel de Nantes.
Article 3 : L'Etat versera à la SCP Potier de la Varde-Buk Lament, avocat de M.B..., une somme
de 3 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10
juillet 1991, sous réserve que cette société renonce à percevoir la somme correspondant à la
part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A...B...et à la garde des sceaux, ministre de
la justice.

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Droit administratif 1 et institutions administratives

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
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Consignes générales :
Aucun document n’est autorisé.
Votre devoir ne doit pas dépasser 6 pages. Au-delà, les copies supplémentaires ne seront pas
corrigées. Vous devrez traiter au choix l'un des deux sujets proposés.

Sujet n° 1 : Dissertation
Le juge administratif et les actes de l’Administration

Sujet n° 2 : Commentaire d’arrêt guidé CE, 26 déc. 2012, Association « Libérez les
Mademoiselles ! »

Après avoir lu l’arrêt reproduit ci-dessous, vous répondrez aux questions suivantes :
1°) Qu’est-ce qu’une circulaire ? Que pensez-vous des points 1 et 2 ? Le Conseil d’Etat se
réfère-t-il à sa jurisprudence traditionnelle sur les circulaires ? (7 points)

2°) Toujours au point 2, le Conseil d’Etat évoque l’exercice du pouvoir réglementaire par le
Premier ministre. Qu’en pensez-vous? (3 point)

3°) Quelle est la nature des vices de légalité invoqués aux points 4, 5, 6 et 7 ? (4 points)

4°) Vous rédigerez l’introduction du commentaire de l’arrêt reproduit ainsi que le plan détaillé
(6 points)

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS


(…)
1. Considérant que l'interprétation que par voie, notamment, de circulaires ou d'instructions
l'autorité administrative donne des lois et règlements qu'elle a pour mission de mettre en œuvre
n'est pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque, étant dénuée de
caractère impératif, elle ne saurait, quel qu'en soit le bien-fondé, faire grief ; qu'en revanche,
les dispositions impératives à caractère général d'une circulaire ou d'une instruction doivent être
regardées comme faisant grief, tout comme le refus de les abroger ;

2. Considérant que si le Premier ministre ne saurait exercer le pouvoir réglementaire qu'il tient
de l'article 21 de la Constitution sans respecter les règles de forme ou de procédure applicables
à cet exercice, notamment l'exigence de contreseing résultant de l'article 22 de la Constitution,
il lui est toujours loisible, sur le fondement des dispositions de l'article 21 de la Constitution en
vertu desquelles il dirige l'action du Gouvernement, d'adresser aux membres du Gouvernement
et aux administrations des instructions par voie de circulaire, leur prescrivant d'agir dans un
sens déterminé ou d'adopter telle interprétation des lois et règlements en vigueur ; que le recours
formé contre les dispositions impératives à caractère général d'une telle circulaire du Premier
ministre doit être accueilli si ces dispositions fixent, dans le silence des textes, une règle
nouvelle dont il est soutenu à bon droit qu'elle est illégale ; qu'il en va de même s'il est soutenu
à bon droit que les mesures ou l'interprétation qu'elles prescrivent d'adopter soit méconnaissent

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le sens et la portée des dispositions législatives ou réglementaires qu'elle entendait mettre en


oeuvre ou expliciter, soit réitèrent une règle contraire à une norme juridique supérieure ;
3. Considérant que, par la circulaire attaquée, le Premier ministre a relevé que les termes "
Madame " ou " Mademoiselle " ne constituent pas un élément de l'état-civil des intéressées et
que le choix de l'une ou de l'autre n'est commandé par aucune disposition législative ou
réglementaire et indiqué que l'emploi du terme " Madame " devra être privilégié comme
l'équivalent de " Monsieur " pour les hommes qui ne préjuge pas du statut marital de ces derniers
; qu'il a en conséquence prescrit aux membres du Gouvernement, aux préfets de région et aux
préfets de département de donner instruction aux services placés sous leur autorité " d'éliminer
autant que possible de leurs formulaires et correspondances " le terme " Mademoiselle " en lui
substituant celui de " Madame " ;

4. Considérant, en premier lieu, qu'il ne saurait être sérieusement soutenu que le Premier
ministre, en adoptant la circulaire attaquée, aurait méconnu l'article 35 de la loi du 18 avril 2006
de programme pour la recherche, qui consacre le statut de personne morale de droit public à
statut particulier de l'Académie française ainsi que de l'Institut et des autres académies qui le
composent ; que les missions de l'Académie française n'ont, en tout état de cause, ni pour objet
ni pour effet de faire obstacle à l'exercice, par le Premier ministre, de la faculté qui est la sienne
d'adresser des instructions aux membres du Gouvernement et aux services placés sous leur
autorité quant à l'usage de tel mot, expression ou tournure de la langue française par les
administrations dans l'exercice de leur action ;

5. Considérant, en deuxième lieu, qu'il ne ressort d'aucune disposition du décret du 2 juin 1989
instituant un conseil supérieur de la langue française que la consultation de cette instance aurait
été requise avant l'adoption de la circulaire attaquée ;

6. Considérant, en troisième lieu, que ni la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des
actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public ni aucun
autre texte ou principe ne fixent de règle particulière de motivation qui s'imposerait à la
circulaire attaquée ;

7. Considérant, en quatrième lieu, que cette circulaire n'a nullement pour objet ou pour effet
d'imposer à des personnes privées l'obligation d'user de certains mots ou expressions, mais se
borne à donner instruction aux administrations de renoncer, dans les formulaires administratifs
et correspondances émanant de l'administration, à l'emploi du terme " Mademoiselle " ; que, ce
faisant, la circulaire n'a fixé aucune règle qu'il reviendrait au législateur de fixer en vertu de
l'article 34 de la Constitution ;

8. Considérant que la circulaire n'a, en tout état de cause, pas porté d'atteinte illégale à la liberté
d'expression garantie par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et
par l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, ni, en prescrivant d'user à l'égard des femmes d'une forme qui n'entend pas
préjuger pas de leur statut marital, au droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
(…)

10. Considérant qu'il résulte de ce qui précède que l'association " Libérez les Mademoiselles !
" n'est pas fondée à demander l'annulation pour excès de pouvoir de la circulaire qu'elle attaque
; que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors et en tout état de cause, qu'être

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rejetées ; que doivent également, en conséquence, être rejetées ses conclusions tendant à
l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
DECIDE:
Article 1er : La requête de l'association " Libérez les Mademoiselles ! " est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'association " Libérez les Mademoiselles ! ", au
Premier ministre et à la ministre des affaires sociales et de la santé.

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Sujet n° 1 (Dissertation) :
« Peut-on parler d’un régime des services publics ? »

Sujet n° 2 (Commentaire d’arrêt) :


Conseil d'État
Publié au recueil Lebon
Juge des référés

lecture du mercredi 15 décembre 2010

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Vu le recours, enregistré le 6 décembre 2010 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat,


présenté par le MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE
LA VIE ASSOCIATIVE ; le ministre demande au juge des référés du Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 1007392-1 du 19 novembre 2010 par laquelle le juge des référés
du tribunal administratif de Marseille, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de
justice administrative, lui a enjoint, à la demande de M. et Mme B..., d'affecter un auxiliaire de
vie scolaire pour une durée hebdomadaire de douze heures pour la scolarisation de l'enfant
A...B...à l'école primaire privée Saint-Joseph de la Madeleine de Marseille ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. et Mme B... ;

il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'enfant demeure scolarisé
et que son droit à l'éducation n'est pas méconnu ; que la démission de l'auxiliaire de vie n'a pas
empêché l'enfant de poursuivre une scolarisation effective ; que le droit à l'éducation n'a pas été
reconnu par la jurisprudence comme une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du
code justice administrative ; que si tel devrait être le cas, il n'inclurait pas le droit à l'éducation
avant l'âge de la scolarité obligatoire et n'aurait pas nécessairement pour corollaire un droit à la
scolarisation ; qu'en retenant l'existence d'un tel droit, le juge des référés du tribunal
administratif de Marseille n'a, en tout état de cause, pas statué dans la limite des conclusions et
des moyens des requérants, qui invoquaient la seule méconnaissance d'un " droit à l'éducation
" ; que ce n'est qu'à la suite d'un concours de circonstances que la décision de la commission
départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées n'a plus été
provisoirement exécutée, de sorte qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale n'est
caractérisée ;
Vu l'ordonnance attaquée ;

Vu le mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2010, présenté pour M. et Mme B..., qui
concluent au rejet du recours ; ils soutiennent que le droit à l'éducation est protégé tant au niveau

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national qu'international ; que si les enfants handicapés bénéficient, comme tous les enfants, du
droit à l'éducation, les dispositions des articles L. 112-1 et L. 113-1 du code de l'éducation
imposent également à l'Etat des obligations particulières à leur égard ; que le droit à l'éducation
des enfants handicapés dont les parents ont sollicité une prise en charge éducative doit être
regardé comme une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice
administrative ; que le refus persistant de l'Etat d'affecter une auxiliaire de vie scolaire au jeune
A...porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation ; que c'est à juste
titre que le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a considéré que l'urgence était
caractérisée, dès lors qu'en l'absence d'auxiliaire de vie scolaire auprès de cet enfant, le
déroulement des cours auxquels il participe se trouve gravement perturbé et que le directeur de
l'école pourrait être contraint de le déscolariser à bref délai, en raison notamment du fait que
l'absence de cette assistance met en péril la sécurité de l'enfant et de ses camarades ; qu'en tout
état de cause, la nature même du litige caractérise à elle seule l'urgence à statuer ; que l'Etat ne
saurait faire état de considérations budgétaires pour priver l'enfant handicapé de son droit à
l'éducation ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la Constitution, notamment son Préambule ;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales


et son premier protocole additionnel ;

Vu le code de l'éducation ;

Vu le code de justice administrative ;

Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part, le MINISTRE DE L'EDUCATION
NATIONALE, DE LA JEUNESSE ET DE LA VIE ASSOCIATIVE et, d'autre part, M. et Mme
B... ; [...]

Considérant que l'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du préambule de
la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958 ; que ce droit, confirmé
par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des
droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l'article L. 111-1 du code
de l'éducation, qui énonce que " le droit à l'éducation est garanti à chacun " et, s'agissant des
enfants présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant, à l'article L. 112-1 du même
code, selon lequel le service public de l'éducation leur assure une formation scolaire adaptée ;
que l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction est mise en œuvre par les
dispositions de l'article L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : " L'instruction est
obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six et seize ans ", ainsi
que par celles de l'article L. 113-1 qui prévoient, si la famille en fait la demande, l'accueil des
enfants, dès l'âge de trois ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine le plus près
possible de son domicile, l'article L. 112-1 précisant en outre que la formation scolaire adaptée
qu'il prévoit pour les enfants handicapés " est entreprise avant l'âge de la scolarité obligatoire,
si la famille en fait la demande ";

Considérant que la privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute
possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les
modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle

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d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement
illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice
administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet
article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de
sauvegarde dans les quarante-huit heures ; qu'en outre, le caractère grave et manifestement
illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre
part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens
dont elle dispose ;

Considérant qu'il résulte de l'instruction que l'enfant A...B..., en situation de handicap, a fait
l'objet le 12 décembre 2008, alors qu'il était âgé de trois ans, d'un accord de la commission
départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône
pour l'intervention d'un auxiliaire de vie scolaire, à raison de douze heures par semaine, en vue
de permettre sa scolarisation en classe de maternelle à l'école primaire privée Saint-Joseph de
la Madeleine à Marseille ; que si, en dernier lieu, une auxiliaire de vie scolaire avait été recrutée,
par le biais d'un contrat aidé, pour l'assister à compter du 1er octobre 2010, cet enfant ne
bénéficie plus de cette assistance depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, à la suite de la
démission de cette personne, l'administration n'ayant pu lui trouver un remplaçant ; que
toutefois il demeure scolarisé, en dépit des conditions difficiles de cette scolarisation depuis
qu'il n'est plus assisté ;
Considérant que, s'il incombe à l'administration, qui ne saurait se soustraire à ses obligations
légales, de prendre toute disposition pour que le jeune A...bénéficie d'une scolarisation au moins
équivalente, compte tenu de ses besoins propres, à celle dispensée aux autres enfants, de telles
circonstances ne peuvent caractériser, contrairement à ce qu'a jugé le juge des référés du
tribunal administratif de Marseille, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté
fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, susceptible de
justifier l'intervention du juge des référés sur ce fondement ; que par suite, et sans qu'il soit
besoin de rechercher si la condition particulière d'urgence exigée par cet article était remplie,
le MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE LA VIE
ASSOCIATIVE est fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le juge des
référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, lui a enjoint d'affecter un auxiliaire de vie
scolaire pour une durée hebdomadaire de douze heures pour la scolarisation de cet enfant à
l'école Saint-Joseph de la Madeleine de Marseille ;

ORDONNE :
------------------
Article 1er : L'ordonnance n° 1007392-1 du 19 novembre 2010 du juge des référés du tribunal
administratif de Marseille est annulée.
Article 2 : La demande présentée par M. et Mme B... devant le juge des référés du tribunal
administratif de Marseille est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au MINISTRE DE L'EDUCATION
NATIONALE, DE LA JEUNESSE ET DE LA VIE ASSOCIATIVE et à M. et Mme B....

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Droit administratif 2 et institutions administratives

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Sujet n° 1 (Dissertation) :
« Le respect de la dignité de la personne humaine, composante de l’ordre public »

Sujet n° 2 (Commentaire d’arrêt) :


Conseil d'État
Publié au recueil Lebon

7ème et 2ème sous-sections réunies

lecture du vendredi 5 octobre 2007

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu la requête sommaire et les mémoires complémentaires, enregistrés les 13 novembre, 27


novembre et 4 décembre 2006 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour
la SOCIETE UGC-CINE-CITE, dont le siège est 24, avenue Charles de Gaulle, à Neuilly sur
Seine (92522), représentée par ses dirigeants ; la SOCIETE UGC-CINE-CITE demande au
Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'ordonnance en date du 26 octobre 2006 par laquelle le juge des référés du tribunal
administratif de Nancy, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice
administrative, a rejeté sa demande tendant, en premier lieu, à ce qu'il enjoigne à la commune
d'Epinal de différer la signature de tout document contractuel avec la société d'économie mixte
« Palace Epinal » se rapportant à l'exploitation du service public du spectacle
cinématographique à Epinal, en deuxième lieu, à ce que soit ordonnée la suspension de la
procédure de passation de la délégation du service public du spectacle cinématographique de la
ville, et enfin, à ce qu'il ordonne à la commune d'Epinal d'organiser une procédure de passation
de ladite délégation respectant les obligations de publicité et de mise en concurrence ; (...)

Vu les autres pièces du dossier ;


Vu le code général des collectivités territoriales ;
Vu le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Alban de Nervaux, Auditeur,
- les observations de la SCP Célice, Blancpain, Soltner, avocat de la SOCIETE UGC-CINE-
CITE et de la SCP Boulloche, avocat de la ville d'Epinal,
- les conclusions de M. Didier Casas, Commissaire du gouvernement ;
Considérant qu'aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : Le président
du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement
aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation des
marchés publics (...) et des conventions de délégation de service public./ Les personnes

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habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être
lésées par ce manquement.../ Le président du tribunal administratif peut être saisi avant la
conclusion du contrat. Il peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses
obligations et suspendre la passation du contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y rapporte.
Il peut également annuler ces décisions et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à
figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. Dès qu'il est saisi, il peut
enjoindre de différer la signature du contrat jusqu'au terme de la procédure et pour une durée
maximum de vingt jours... ;

Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés que la société
d'économie mixte « Palace Epinal », qui exploite à Epinal un cinéma composé de six salles, a
demandé le 19 janvier 2006 à la commission départementale d'équipement cinématographique
des Vosges l'autorisation d'ouvrir un nouveau multiplexe de dix salles, pour remplacer le
précédent, autorisation qui lui a été délivrée le 24 avril 2006 ; que la SOCIETE UGC-CINE-
CITE se pourvoit en cassation contre l'ordonnance du 26 octobre 2006 par laquelle le juge des
référés du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant, sur le fondement des
dispositions précitées de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, à ce qu'il soit
ordonné à la ville d'Epinal d'organiser une procédure de passation de la délégation du service
public de spectacle cinématographique respectant les obligations de publicité et de mise en
concurrence préalable ;

Considérant qu' indépendamment des cas dans lesquels le législateur a lui-même entendu
reconnaître ou, à l'inverse, exclure l'existence d'un service public, une personne privée qui
assure une mission d'intérêt général sous le contrôle de l'administration et qui est dotée à cette
fin de prérogatives de puissance publique est chargée de l'exécution d'un service public ; que
même en l'absence de telles prérogatives, une personne privée doit également être regardée,
dans le silence de la loi, comme assurant une mission de service public lorsque, eu égard à
l'intérêt général de son activité, aux conditions de sa création, de son organisation ou de son
fonctionnement, aux obligations qui lui sont imposées ainsi qu'aux mesures prises pour vérifier
que les objectifs qui lui sont assignés sont atteints, il apparaît que l'administration a entendu lui
confier une telle mission ;

Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés que si la société
d'économie mixte « Palace Epinal », qui n'est pas dotée de prérogatives de puissance publique,
a, en vertu de ses statuts, une mission d'intérêt général en vue d'assurer localement l'exploitation
cinématographique, son activité, eu égard notamment à l'absence de toute obligation imposée
par la ville d'Epinal et de contrôle d'objectifs qui lui auraient été fixés, ne revêt pas le caractère
d'une mission de service public confiée par la commune, qui n'avait ainsi à consentir aucune
délégation à cet égard ; qu'il suit de là que le juge des référés n'a pas entaché d'erreur de droit
son ordonnance, laquelle est suffisamment motivée, en jugeant que le projet de création de
salles de la société d'économie mixte ne relevait pas de la procédure de délégation de service
public ;

Considérant que le juge des référés n'a pas considéré qu'il ne pouvait être saisi dans la mesure
où la personne publique s'est abstenue de mettre en oeuvre une procédure de délégation
conforme aux exigences légales mais a jugé, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que le projet de la
société d'économie mixte «Palace Epinal » n'était pas réalisé dans le cadre d'une délégation de
service public ; que doit ainsi être écarté le moyen tiré de ce que l'ordonnance attaquée aurait
méconnu les dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative ;

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Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que la SOCIETE UGC-CINE-CITE n'est pas
fondée à demander l'annulation de l'ordonnance du 26 octobre 2006 du juge des référés du
tribunal administratif de Nancy ; (...)

DECIDE:
--------------
Article 1er : La requête de SOCIETE UGC-CINE-CITE est rejetée.
(...)
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SOCIETE UGC-CINE-CITE et à la ville
d'Epinal.

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Droit des obligations 1 (contrats)


Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs posés dans
les travées latérales de l’amphithéâtre.

L’étudiant traitera au choix l’un des deux sujets suivants :

Dissertation : A quelles conditions une partie peut-elle obtenir la résolution du contrat pour
inexécution ?

Commentaire d’arrêt : Cass. civ. 3ème, 5 juil. 2018, n° 17-20121, publié au Bull.
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Paris, 31 mars 2017), qu'aux termes d'une promesse de vente du
20 décembre 2010, puis d'un acte authentique de vente du 8 mars 2011 rédigés et reçus par M.
A... , notaire associé, la société civile immobilière Aman (la SCI Aman) a vendu, par
l'entremise de la société Q... immobilier, un chalet à M. X..., auquel s'est substituée la société
civile immobilière Mandalla (la SCI Mandalla) ; que M. B..., architecte chargé de la
réalisation de travaux ayant fait l'objet d'un permis de construire du 26 août 2007 et d'un
permis modificatif du 19 janvier 2010, interrogé par le notaire, a remis à l'acquéreur des plans
et documents administratifs et attesté que le chalet, dans sa version existante, était conforme
au dernier permis de construire obtenu le 19 janvier 2010 ; que, soutenant qu'il leur avait été
dissimulé que l'aménagement du sous-sol du chalet en espace d'habitation avait été réalisé
sans autorisation d'urbanisme, M. X... et la SCI Mandala ont assigné leur vendeur, sur le
fondement du dol, et le notaire, pour manquement à son devoir de conseil, en paiement de
dommages-intérêts ;

(…)
Vu l'article 1116 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance du
10 février 2016 ;
Attendu que, pour rejeter les demandes formées contre la SCI Aman, l'arrêt retient que rien
n'indique que celle-ci avait connaissance des informations fallacieuses données par M. B... ;
Qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait retenu que M. B... avait la qualité de représentant de la
SCI Aman et que les manœuvres dolosives du représentant du vendeur, qui n'est pas un tiers
au contrat, engagent la responsabilité de celui-ci, la cour d'appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS : (…) CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il rejette les
demandes de M. X... et de la SCI Mandalla formées contre la SCI Aman, l'arrêt rendu le 31
mars 2017, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point,
la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit,
les renvoie devant la cour d'appel de Paris, autrement composée (…).

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Droit des obligations 1 (contrats)

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

L’étudiant traitera au choix l’un des deux sujets suivants :

Dissertation : L’incidence de la réforme du droit des contrats sur le dol et la réticence


dolosive.

Commentaire d’arrêt : Cass. civ. 3ème, 6 déc. 2018, n° 17-21170, non publié au Bull.
Attendu, selon les arrêts attaqués (Grenoble, 20 octobre 2015 et 16 mai 2017), que, le 1er avril
1999, M. E... et Mme X... ont consenti à M. et Mme B... une promesse unilatérale de vente d'un
appartement dans un immeuble en copropriété et de la moitié de la cour indivise, l'option ne
pouvant être levée qu'après le décès de la précédente propriétaire, Marthe F..., qui s'était
réservée un droit d'usage et d'habitation ; que, devenue attributaire du bien à la suite de son
divorce, Mme X... s'est rétractée de cette promesse le 17 février 2010 ; qu'après le décès de
Marthe F..., M. et Mme B... ont levé l'option le 8 janvier 2011 ; qu'ils ont assigné Mme X... en
réalisation de la vente ; que celle-ci a conclu au rejet de la demande et sollicité subsidiairement
la rescision de la vente pour lésion ;
(…)
Vu les articles 1101 et 1134 du Code civil, dans leur rédaction antérieure à celle issue de
l'ordonnance du 10 février 2016 ;
Attendu que, pour accueillir la demande de M. et Mme B..., l'arrêt retient que Mme X..., qui a
donné son consentement à la vente, sans restriction, ne pouvait se rétracter et que l'acceptation
de la promesse par les bénéficiaires a eu pour effet de rendre la vente parfaite ;
Qu'en statuant ainsi, alors que, la levée de l'option par le bénéficiaire de la promesse unilatérale
postérieurement à la rétractation du promettant excluant toute rencontre des volontés
réciproques de vendre et d'acquérir, la réalisation forcée de la vente ne peut être ordonnée, la
cour d'appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le second moyen du pourvoi n° N 17-
21.170 : CASSE et ANNULE, en toutes leurs dispositions, les arrêts rendus les 20 octobre 2015
et 16 mai 2017, entre les parties, par la cour d'appel de Grenoble ; remet, en conséquence, la
cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant lesdits arrêts et, pour être fait droit,
les renvoie devant la cour d'appel de Lyon.

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Droit des obligations 1 (contrats)


Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs posés dans
les travées latérales.

L’étudiant traitera au choix l’un des deux sujets suivants :

Dissertation : L’application dans le temps de la réforme du droit des contrats issue de


l’ordonnance du 10 févr. 2016 et de la loi du 20 avril 2018.

Commentaire d’arrêt : Cass. civ. 3ème, 6 déc. 2018, n° 17-23.321, P+B+I


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Fort-de-France, 25 avril 2017), que Mme X... est bénéficiaire
d’un pacte de préférence consenti par M. Y... le 28 octobre 1999, pour une durée de dix ans, et
portant sur deux lots dans un immeuble en copropriété ; que, M. Y... ayant vendu ces lots à M.
Z... par acte notarié du 16 novembre 2009, précédé d’une promesse unilatérale de vente par acte
notarié du 2 septembre 2009, Mme X..., estimant que la vente était intervenue en violation du
pacte de préférence, les a assignés, ainsi que les notaires et l’agence immobilière Archipel
immobilier, en annulation de la vente, substitution dans les droits de l’acquéreur, expulsion de
celui-ci et paiement de dommages-intérêts ;
(…)
Mais sur le deuxième moyen :
Vu l’article 1134 du Code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance du
10 février 2016 ;
Attendu que, pour rejeter les demandes de Mme X..., l’arrêt retient que la lettre du pacte de
préférence ne permet pas de conclure qu’en cas d’intention de vendre l’obligation de laisser la
préférence à la bénéficiaire grève le pré-contrat, que seule la date de l’échange des
consentements est à prendre en considération et que, l’acte signé entre M. Y... et M. Z... le 2
septembre 2009 étant une promesse unilatérale de vente, la vente ne pouvait prendre effet qu’à
la levée de l’option, intervenue postérieurement à la date d’échéance du pacte ;
Qu’en statuant ainsi, alors que le pacte de préférence implique l’obligation, pour le promettant,
de donner préférence au bénéficiaire lorsqu’il décide de vendre le bien, la cour d’appel a violé
le texte susvisé ;
(…)
Par ces motifs :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 25 avril 2017, entre les parties,
par la cour d’appel de Fort-de-France ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel
de Fort-de-France, autrement composée.

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Droit des obligations 2 (la responsabilité)

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Veuillez traiter l’un des deux sujets suivants EN SIX PAGES MAXIMUM

I. Dissertation
“ Le fait dommageable du préposé”

II. Commentaire de l’arrêt Crim. 29 avril 2014 (n°13-84.207)


Statuant sur le pourvoi formé par : - La société MAAF assurances, partie intervenante, contre
l'arrêt de la cour d'appel d'AMIENS, chambre spéciale des mineurs, en date du 2 mai 2013, qui,
dans la procédure suivie contre Dylan X... du chef d'homicide involontaire, a prononcé sur les
intérêts civils ;
La COUR, (…)

Vu les mémoires produits en demande et en défense ; Sur le moyen unique de cassation, pris
de la violation des articles 6 § 1 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales, 1382, 1383, 1384 du code civil, 2, 3, 464, 591 et 593 du code de
procédure pénale ; "en ce que l'arrêt attaqué a déclaré M. Y..., assuré auprès de la MAAF,
civilement responsable de son fils Dylan X... ;

"aux motifs que selon le jugement rendu le 17 mars 2009 par le juge aux affaires familiales du
tribunal de grande instance de Laon les parents M. Y... et Mme X... exercent en commun
l'autorité parentale à l'égard de leurs six enfants dont Dylan, la résidence des enfants étant fixée
chez la mère, le père se voyant accorder un droit de visite et d'hébergement à l'égard des enfants
les première, troisième, et cinquième fins de semaine de chaque mois du samedi à 14 heures au
dimanche à 19 heures, la première moitié des congés scolaires les années paires et la seconde
moitié des congés scolaires les années impaires ; que les faits se déroulés le 13 avril 2011, soit
à une date hors congés scolaires dans l'Académie d'Amiens zone B les congés de printemps
débutant le samedi 16 avril 2011 et le 13 avril 2011 étant le mercredi précédant ; que cependant
il y a lieu de retenir la responsabilité de M. Y... ; qu'en effet, M. Y..., père de Dylan X... et
exerçant en commun avec Mme X... l'autorité parentale sur lui et devant donc en répondre s'est
totalement désintéressé de son enfant au point de ne pas exercer son droit de visite et
d'hébergement pendant plusieurs années, de ne pas prendre de nouvelles de celui-ci, et a ainsi
hormis la procédure dans laquelle il risquait de se voir condamner à payer une pension
alimentaire, été totalement absent de la vie de son fils alors qu'il était tenu tout autant que la
mère d'éduquer l'enfant commun, étant observé que depuis les faits il a perduré dans cette
attitude en ne se présentant à aucun des stades de la procédure malgré les citations ; que ce
comportement fautif du père a un lien direct avec le comportement délictuel de Dylan et les
faits pour lesquels celuici a été condamné : en effet, selon notamment l'expertise psychiatrique
du 5 mars 2012 du docteur Michel Z... : petit, Dylan était proche de son père, qui bricolait,
réparait plein de choses ensemble avec lui, l'emmenant faire du quad avec lui, les parents se
séparant alors que Dylan âgé de dix ans était en CM1, qu'au départ le père prenait les enfants,
appelait également au téléphone puis progressivement n'est plus venu les prendre et n'a plus
donné de nouvelles et il apparaît au vu des pièces du dossier que c'est essentiellement à partir
de cette période que Dylan a commencé à présenter des difficultés scolaires avec d'abord un
certain désintérêt scolaire puis une opposition, à laquelle sa mère n'a, seule, pu faire face ; qu'en

CAVEJ Annales L2 2018-2019 21


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conséquence il n'y a pas lieu de dire que le jugement de première instance ne saurait être rendu
opposable à l'encontre de la MAAF qui restera tenue à garantie de son assuré responsable
civilement M. Y..., père de Dylan X..., dont M. Y... doit répondre en ce qu'exerçant l'autorité
parentale et bénéficiant d'un droit de visite et d'hébergement il n'a aucunement exercé son
pouvoir de surveillance et de contrôle de l'éducation de Dylan, qui poursuit ses études en France
conformément aux conditions générales du contrat d'assurance régulièrement communiqué par
la MAAF, le jugement étant confirmé de ces chefs ;
"1°) alors que la responsabilité du parent chez lequel la résidence habituelle de l'enfant n'a pas
été fixée ne peut, sans faute de sa part, être engagée ; qu'en retenant la responsabilité de M. Y...
sur le fondement de l'article 1384 du code civil, après avoir pourtant relevé que la résidence de
l'enfant mineur en cause avait été fixée judiciairement au domicile de la mère tandis que le père
s'était vu réserver un simple droit de visite et d'hébergement, la cour d'appel n'a pas tiré les
conséquences légales de ses propres constatations et a ainsi méconnu les dispositions susvisées
;
"2°) alors, et en toute hypothèse que la responsabilité du parent chez lequel la résidence
habituelle de l'enfant n'a pas été fixée ne peut, sans faute de sa part, être engagée ; et que la
juridiction répressive est incompétente pour rechercher si le civilement responsable, cité en
cette qualité, a commis une faute personnelle au sens de l'article 1382 du code civil ; qu'en
retenant néanmoins la responsabilité de M. Y... pour avoir commis une faute personnelle en
n'exerçant pas « son pouvoir de surveillance et de contrôle de l'éducation de Dylan », la cour
d'appel a violé les textes susvisés ;
"3°) alors, et en tout état de cause, que la responsabilité du fait personnel suppose un rapport de
causalité direct et certain entre la faute et le dommage ; qu'en ne caractérisant pas en quoi les
difficultés scolaires et l'opposition de Dylan X..., imputables selon elle à l'attitude de M. Y...
qui n'aurait pas exercé son pouvoir de surveillance et de contrôle de l'éducation de son fils,
auraient un lien de causalité direct et certain avec l'incendie certes dramatique mais accidentel
d'une grange, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa décision" ;

Vu les articles 1384, alinéa 4, du code civil, 2 et 3 du code de procédure pénale ;


Attendu que la responsabilité de plein droit prévue par le premier de ces textes incombe au seul
parent chez lequel la résidence habituelle de l'enfant a été fixée, quand bien même l'autre
parent, bénéficiaire d'un droit de visite et d'hébergement, exercerait conjointement l'autorité
parentale et aurait commis une faute civile personnelle dont l'appréciation ne relève pas du juge
pénal ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué que Dylan X..., mineur de 14 ans, a mis le feu à de la
paille dans un hangar agricole, causant ainsi la mort de Jonathan A... ; que le tribunal pour
enfants l'a définitivement reconnu coupable d'homicide involontaire ;
Attendu que, pour confirmer le jugement ayant condamné le mineur, in solidum avec son père
et sa mère, cités en qualité de civilement responsables, à des réparations civiles, l'arrêt, après
avoir énoncé que le jugement de divorce a fixé la résidence de l'enfant au domicile de sa mère,
attribué un droit de visite et d'hébergement au père et conservé à chacun des parents l'exercice
conjoint de l'autorité parentale, retient le comportement fautif du père qui s'est désintéressé de
son enfant et n'a aucunement exercé son pouvoir de surveillance et de contrôle de l'éducation
de celui-ci ;

Mais attendu qu'en se déterminant ainsi, alors que la résidence habituelle de l'enfant mineur
était judiciairement fixée au domicile de la mère, la cour d'appel a méconnu les textes susvisés
et le principe ci-dessus énoncés ;

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D'où il suit que la cassation est encourue de ce chef ; que, n'impliquant pas qu'il soit à nouveau
statué sur le fond, elle aura lieu sans renvoi, ainsi que le permet l'article L. 411-3 du code de
l'organisation judiciaire ;

Par ces motifs : CASSE et ANNULE, l'arrêt susvisé de la cour d'appel d'Amiens, en date du 2
mai 2013, en ses seules dispositions ayant déclaré M. Nicolas Y... civilement responsable de
son fils mineur, l'ayant condamné in solidum à indemniser la partie civile et ayant déclaré la
décision commune à la MAAF et condamné celle-ci aux dépens, toutes autres dispositions étant
expressément maintenues, ;

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Droit des obligations 2 (la responsabilité)


NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

I. Dissertation
“ La réparation de la perte de chance”
II. Commentaire de l’arrêt Civ. 1ère 19 juin 2019, n°18-10.380
La Cour : - Attendu, selon l’arrêt attaqué, que soutenant avoir été exposée in utero au
diéthylstilbestrol (DES), Mme B... A... a assigné en responsabilité et indemnisation la société
UCB Pharma, venant aux droits de la société Ucepha, producteur du Distilbène, et mis en cause
la caisse primaire d’assurance maladie du Gard aux droits de laquelle est venue la caisse de
l’Hérault, qui a demandé le remboursement de ses débours ; que la société UCB Pharma a mis
en cause la société Novartis santé familiale, venant aux droits de la société Borne, producteur
du Stilbestrol-Borne, et devenue la société Glaxosmithkline santé grand public ; que Mme R...
A..., mère de Mme B... A..., est intervenue volontairement à la procédure ;

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :


Vu l’article 1382, devenu 1240 du code civil, ensemble l’article 1353 du même code, dans sa
rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 ;
Attendu que, pour rejeter les demandes de Mme B... A... et de Mme R... A..., l’arrêt retient que
l’attestation rédigée par une personne très proche de la victime quelques mois avant
l’assignation au fond, même confortée par une ordonnance prescrivant du Distilbène qui n’est
pas nominative et est présentée comme se rapportant à une grossesse antérieure de Mme R...
A..., ne suffit pas à constituer une preuve de l’exposition au DES, que même en considérant que
ces éléments constituent un commencement de preuve, ils doivent être corroborés par d’autres
indices, tirés des pathologies présentées, qui peuvent constituer des présomptions graves,
concordantes et précises tant de l’exposition que de l’imputabilité des dommages à celle-ci,
mais que, pour remplir ce rôle probant, les pathologies présentées ne doivent avoir aucune autre
cause possible que l’exposition in utero au DES ; qu’il en déduit, après les avoir examinées,
que les anomalies physiologiques présentées par Mme B... A... ne peuvent être imputées avec
certitude à une telle exposition ;

Qu’en statuant ainsi, alors que, s’il n’est pas établi que le DES est la seule cause possible des
pathologies présentées, la preuve d’une exposition in utero à cette molécule puis celle de
l’imputabilité du dommage à cette exposition peuvent être apportées par tout moyen, et
notamment par des présomptions graves, précises et concordantes, sans qu’il puisse être exigé
que les pathologies aient été exclusivement causées par cette exposition, la cour d’appel a violé
les textes susvisés ;

(…)
Par ces motifs, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la troisième branche du moyen : CASSE ET
ANNULE.

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Droit pénal

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Sujet : Répondez aux deux questions suivantes :

1) L’application dans le temps de la loi pénale (10pts)

2) La légitime défense (10pts)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 25


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Droit pénal

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Sujet : Répondez aux deux questions suivantes :

1) Les troubles psychiques et neuropsychiques (10 points)

2) Les conditions de la complicité (10 points)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 26


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Droit pénal

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Durée de l’épreuve : 1h
Document(s) autorisé(s) : aucun
Enseignant : Mme Crastre

Sujet : Répondez aux deux questions suivantes :

1) La classification des infractions en fonction de l’élément matériel (10 points)

2) La responsabilité pénale de l’infans (10 points)

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Histoire des idées politiques


Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs posés dans
les travées latérales de l’amphithéâtre.

Veuillez traiter l’un des deux sujets, au choix :

1 – John Locke

ou

2 – L’abbé Sieyès

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Histoire des idées politiques

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Veuillez traiter l’un des deux sujets, au choix :

1 – L’absolutisme des rois et des ministres

ou

2 – Robert Owen

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Histoire des idées politiques


Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs posés dans
les travées latérales de l’amphithéâtre.

Veuillez traiter, au choix, l’un des deux sujets suivants :

1. Jean Bodin

Ou

2. Benjamin Constant

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Droit fiscal

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Veuillez traiter les trois questions suivantes :

1 – Impôt proportionnel et impôt progressif (10 pts)

2 – Qu’est-ce que l’impôt ? (8 pts)

3 – Est-il exact qu’une personne domiciliée fiscalement en France est


imposable sur ses revenus mondiaux au titre de l’impôt sur le revenu ? (2 pts)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 31


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Droit fiscal

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Veuillez traiter les trois questions suivantes :

1 - Le quotient familial (10 pts)

2 - Le contentieux de l’annulation en matière fiscale (8 pts)

3 – A quoi servent les conventions fiscales internationales ? (2 pts)

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Droit des affaires

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Vous traiterez des questions suivantes :

1 – Les sources internationales du droit des affaires (4 points)

2 – Les règles de la déspécialisation (5 points)

3 – Les conditions de validité de la clause de non-concurrence (7 points)

4 – Les critères de définition de la position dominante (4 points)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 33


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Droit des affaires

Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés dans
les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Vous traiterez des questions suivantes :

1 – L’extinction des contrats commerciaux (7 points)

2 – La nature juridique du fonds de commerce (7 points)

3 – Les effets de la location-gérance (6 points)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 34


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Procédure pénale

NB : Pendant l’épreuve, les téléphones et appareils numériques doivent être éteints et rangés
dans les sacs dans les travées latérales de l’amphithéâtre

Veuillez traiter les deux questions suivantes :

- La prescription de l’Action Publique : (12 points)

- Les Pouvoirs du Juge d’instruction : (8 points)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 35


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Procédure pénale

Pendant l’épreuve les téléphones et ordinateurs doivent être éteints et rangés dans les sacs
posés dans les travées latérales de l’amphithéâtre.

Veuillez traiter les trois questions suivantes :

- la présomption d'innocence et la procédure pénale (8 points)

- l'enquête de flagrance (8 points)

- le statut de témoin assisté (4 points)

CAVEJ Annales L2 2018-2019 36