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DOSSIER : POUR LA DÉMOCRATISATION DE L’EUROPE

Décembre 2018

SOMMAIRE

Le Manifeste pour la démocratisation de l’Europe ………………………… 2

Le projet pour un Traité de Démocratisation du Gouvernement Économique


et Social de l’Union Européenne (T-Dem) …………………………………. 6

Le projet pour un Budget de Démocratisation ………………………………20

Le Q&A, mieux comprendre le projet ………………………………………38

L’ensemble de la proposition est disponible sur www.tdem.eu


Manifeste pour la démocratisation de l’Europe

Nous, citoyens européens venus d’horizons et de pays différents, lançons


aujourd’hui un appel pour transformer profondément les institutions et les
politiques européennes. Ce Manifeste contient des propositions concrètes, en
particulier un projet de Traité de démocratisation et un projet de Budget, qui
peuvent être adoptés et appliqués en l’état par les pays qui le souhaitent, sans
qu’aucun pays ne puisse bloquer ceux qui souhaitent avancer. Il peut être
signé en ligne (www.tdem.eu) par tous les citoyens européens et les
citoyennes européennes qui s’y reconnaissent. Il peut être repris et amélioré
par tous les mouvements politiques.

Après le Brexit et l’élection de gouvernements anti-Européens à la tête de


plusieurs pays membres, il n’est plus possible de continuer comme avant. Il
n’est plus possible de se contenter d’attendre les prochaines sorties, les
prochains démantèlements, sans rien changer de fondamental à l’Europe
actuelle.

Notre continent se retrouve aujourd’hui pris en tenaille entre d’un côté des
mouvements politiques dont le seul programme est la chasse aux étrangers et
aux réfugiés, un programme qu’ils ont maintenant commencé à appliquer ; et
de l’autre des partis qui se disent européens, mais qui au fond continuent de
s’imaginer que le libéralisme pur et dur et la mise en concurrence généralisée
de tous (Etats, entreprises, territoires, individus) suffisent à définir un projet
politique, sans réaliser que c’est précisément le manque d’ambition sociale qui
nourrit le sentiment d’abandon.

Certains mouvements sociaux et politiques tentent de briser ce dialogue


mortifère en tentant la voie d’une refondation politique, sociale, et
environnementale de l’Europe. Car les urgences proprement européennes ne
manquent pas au terme d’une décennie de crise : sous-investissement public
structurel, notamment dans le domaine de la formation et de la recherche,
montée des inégalités sociales, accélération du rechauffement climatique,
crise de l’accueil des migrants et des réfugiés. Mais ces mouvements peinent
souvent à formuler un projet alternatif concret, c’est-à-dire à décrire
précisément comment ils souhaiteraient organiser l’Europe de l’avenir et la
prise de décision démocratique en son sein.

Nous, citoyens européens, mettons sur la place publique avec ce Manifeste,


ce Traité et ce Budget des propositions précises. Elles sont imparfaites mais
ont le mérite d’exister : chacun pourra s’en saisir pour les améliorer. Elles
reposent sur une conviction simple : l’Europe doit bâtir pour ses citoyens un
modèle original de développement social, équitable et durable, et elle ne
pourra les en convaincre qu’en sortant des promesses vagues et théoriques.
L’Europe ne se réconciliera avec ses citoyens que si elle apporte la preuve
concrète qu’elle est capable d’établir une solidarité entre Européens et de faire
contribuer, de manière équitable, les gagnants de la mondialisation au
financement des biens publics dont l’Europe a aujourd’hui cruellement besoin :
c’est-à-dire de faire contribuer les grandes sociétés davantage que les petites
et moyennes entreprises, et les contribuables les plus riches davantage que
les plus modestes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Nos propositions reposent sur la création d’un Budget de démocratisation


discuté et voté par une Assemblée européenne souveraine, qui permette enfin
de doter l’Europe d’une puissance publique capable à la fois de faire face sans
attendre aux urgences européennes et de produire un ensemble de biens
publics dans le cadre d’une économie durable et solidaire. C’est ainsi qu’on
pourra donner enfin sens à la promesse inscrite dès le traité de Rome d’une
« égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail ».

Ce Budget, si l’Assemblée européenne le souhaite, sera financé par quatre


grands impôts européens marqueurs concrets de cette solidarité européenne,
qui porteront sur les bénéfices des grandes sociétés, les hauts revenus (au-
delà de 200 000 euros par an), les hauts patrimoines (au-delà de 1 million
d’euros), et les émissions carbone (avec un prix minimum de 30 euros par
tonne, qui a vocation à être réhaussé annuellement). S’il était fixé à 4% du
PIB, comme nous le proposons, ce budget pourrait financer la recherche, la
formation et les universités européennes, un ambitieux programme
d’investissements pour transformer notre mode de croissance, financer
l’accueil des migrants et accompagner les acteurs de la transformation; mais
aussi redonner une marge de manœuvre budgétaire aux Etats membres pour
réduire les prélèvements régressifs pesant sur les salaires ou la
consommation.

Il ne s’agit pas ici de créer une « Europe des transferts » qui chercherait à
prendre l’argent des pays « vertueux » pour le donner à ceux qui le seraient
moins. Le projet de Traité de démocratisatisation (www.tdem.eu) le dit
explicitement en limitant l’écart entre les dépenses reçues et les recettes
versées par un pays à un seuil de 0,1% de son PIB. Ce seuil pourra être
augmenté s’il existe un consensus en ce sens, mais le véritable enjeu est
ailleurs : il s’agit avant tout de réduire les inégalités à l’intérieur des différents
pays et d’investir dans l’avenir de tous les Européens, à commencer bien sûr
par les plus jeunes d’entre eux, sans favoriser un pays plutôt qu’un autre. Ce
calcul exclut les dépenses et investissements réalisés dans un pays en vue de
satisfaire un objectif d’intérêt commun bénéficiant également à tous les pays,
comme par exemple la lutte contre le réchauffement climatique. Parce qu'il
permettra de financer des biens publics européens qui bénéficieront de
manière similaire à l'ensemble des Etats membres, le Budget de
démocratisation induira de facto un effet de convergence entre les Etats
européens.
Parce qu’il faut aller vite mais aussi sortir l’Europe de l’ornière technocratique,
nous proposons la création d’une Assemblée européenne qui permettra de
discuter et de voter ces nouveaux impôts européens comme ce budget de
démocratisation, sans qu’il soit nécessaire dans un premier temps de modifier
l’ensemble des traités européens.

Cette Assemblée européenne devra bien sûr dialoguer avec les instances de
décision actuelles (en particulier l’Eurogroupe qui réunit de façon mensuelle et
informelle les ministres des finances de la zone euro), mais c’est elle qui, en
cas de désaccord, aura le dernier mot. Il en va de sa capacité à être le lieu où
se forme un nouvel espace politique transnational où partis, mouvements
sociaux et ONG pourront reprendre enfin la main. Mais il en va aussi de son
efficacité même puisqu’il s’agit d’arracher enfin l’Europe à l’éternel
immobilisme des négociations inter-gouvernementales. N’oublions pas que la
règle de l’unanimité fiscale en vigueur dans l’Union européenne bloque depuis
des années l’adoption de tout impôt européen et nourrit l’éternelle fuite en
avant vers le dumping fiscal en faveur des plus riches et des plus mobiles, qui
continue encore aujourd’hui, malgré tous les discours, et qui continuera tant
que d’autres règles de décision n’auront pas été mises en place.

Parce que cette Assemblée européenne aura compétence pour adopter des
impôts et rentrer au cœur même du pacte démocratique, fiscal et social des
Etats membres, il importe d’y associer parlementaires nationaux et européens.
En accordant aux premiers une place centrale, on transformera de facto les
élections législatives nationales en élections européennes : les députés
nationaux ne pourront plus se contenter de se défausser sur Bruxelles, et
n’auront d’autre choix que d’expliquer aux électeurs les projets et budgets
qu’ils comptent défendre au sein de l’Assemblée européenne. En réunissant
les parlementaires nationaux européens au sein d’une même Assemblée, on
créera des habitudes de co-gouvernance, qui n’existent aujourd’hui qu’entre
chefs d’État et ministres des finances.

C’est pourquoi nous proposons, dans le Traité de démocratisation disponible


en ligne (www.tdem.eu), que l’Assemblée européenne repose pour 80% de
ses membres sur les députés des Parlements nationaux des pays qui
rejoindront le Traité (en proportion des populations des pays et des groupes
politiques), et pour 20% des membres de l’actuel Parlement européen (en
proportion des groupes politiques). Ce choix mérite une ample discussion. En
particulier, notre projet pourrait également fonctionner avec une proportion
plus faible de députés nationaux (par exemple 50%). Mais si cette proportion
devenait trop faible, alors l’Assemblée européenne risquerait à nos yeux d’être
moins légitime pour engager l’ensemble des citoyens européens sur la voie
d’un nouveau pacte social et fiscal, et des conflits de légitimité démocratique
entre élections nationales et élections européennes pourraient vite miner le
projet.
Il faut maintenant agir vite. S’il est souhaitable que tous les pays de l’Union
européenne rejoignent ce projet rapidement, et s’il est préférable que les
quatre plus grands pays de la zone euro (qui représentent ensemble plus de
70% du PIB et de la population de la zone) l’adoptent d’emblée, l’ensemble du
projet a été conçu pour qu’il puisse être juridiquement et économiquement
adopté et appliqué par n’importe quel sous-ensemble de pays qui le souhaite.
Le point est important, car il permet aux pays et aux mouvements politiques
qui le souhaitent de démontrer leur volonté concrète d’avancer en adoptant
dès maintenant ce projet, ou une forme améliorée de ce dernier. Nous
appelons chacune et chacun à prendre ses responsabilités et à participer à un
débat précis et constructif pour l’avenir de l’Europe.
 
Projet pour un TRAITÉ DE DÉMOCRATISATION DU GOUVERNEMENT
ECONOMIQUE ET SOCIAL DE L’UNION EUROPÉENNE (« T-DEM »)

EXPOSÉ DES MOTIFS

Pour faire face à la crise financière ouverte en 2008, les Etats membres de
l’Union, la Commission et la Banque centrale européenne ont échafaudé dans
l’urgence un puissant gouvernement européen des politiques économiques et
sociales nationales (ci-après « gouvernement économique et social de l’Union »). Par
une succession de traités (traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance, dit
TSCG, traité créant le Mécanisme européen de stabilité, dit MES) et de paquets
législatifs (les directives Six-Pack et Two-Pack qui forment le « Semestre
européen »), ce gouvernement s’est doté d’instruments (de surveillance, de contrôle,
de conditionalité) lui permettant d’entrer au cœur des pactes démocratiques, fiscaux,
sociaux des Etats membres de l’Union. L’Eurogroupe, structure informelle
réunissant les ministres des finances des Etats ayant l’euro pour monnaie, est devenu
le pivot de cette nouvelle Europe née de la crise.

Tout à ses obectifs financiers et budgétaires (le triptyque : stabilité financière,


consolidation budgétaire, « réformes structurelles »), ce nouveau gouvernement
européen a fait l’impasse sur la lutte contre les inégalités et la construction d’un
modèle de développement social, équitable et durable pour l’Europe. Sans surprise,
il s’est montré incapable de répondre aux urgences européennes qui sont pourtant
criantes au terme d’une décennie d’une crise économique et financière :
l’accélération du rechauffement climatique, la précarité sociale, l’accueil des
réfugiés, l’intégration des nouveaux migrants, la fraude fiscale, le sous-
investissement public structurel notamment dans les universités et la recherche, etc.

Fait aggravant, ce renforcement considérable des capacités exécutives des


institutions européennes en matière économique, budgétaire, fiscale, et sociale s’est
opéré sans que les parlements puissent participer à son orientation et à son contrôle.
Le Parlement européen a été largement exclu de ce gouvernement économique : de
manière emblématique, tandis que le TSCG prévoit que « le président de la Banque
Centrale Européenne est invité à participer aux réunions » des chefs d’Etat ou de
gouvernement de la zone euro (art. 12§1), il dispose que « le président du Parlement
européen peut être invité à être entendu » (art. 12§5). Quant aux parlements
nationaux, ils ne se sont vus accorder qu’un maigre pouvoir consultatif à l’article 13
du TSCG –lequel renvoie au Protocole sur le rôle des Parlements nationaux dans
l’Union européenne, annexé aux traités relatifs à l’Union européenne. Ce
déséquilibre contrevient profondément à l’engagement au « respect et au maintien
de la démocratie représentative » dont les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait
solennellement un « élément essentiel de l’appartenance » à l’Union européenne
depuis la déclaration de Copenhague du Conseil européen du 8 avril 1978,
engagement sans cesse réaffirmé depuis lors. Il entre également en contradiction avec
le fait que la démocratie constitue, au titre des articles 2 et 13 du Traité sur l’Union
Européenne (TUE), une des « valeurs » que les institutions de l’Union se doivent de
« promouvoir ».

Parce qu’ils ont pour conséquence une désaffection profonde des citoyens vis-
à-vis du projet européen, ce déficit de légitimité démocratique comme cette
incapacité à répondre aux défis auxquels l’Europe fait face, portent le risque d’un
démantèlement de l’Union européenne et d’un repli défensif national. A ce titre, si
l’on a pu, au cœur de la crise financière, évoquer une situation d’urgence pour
justifier le renforcement des capacités coercitives de ce gouvernement économique
et social de l’Union, on peut sans difficulté parler aujourd’hui d’une véritable
urgence démocratique et sociale.

L’Europe ne se réconciliera avec ses citoyens que si elle apporte la preuve


concrète qu’elle est capable d’établir une solidarité entre Européens en faisant
contribuer, de manière équitable, les gagnants de la mondialisation au financement
des biens publics dont l’Europe a aujourd’hui cruellement besoin : c’est-à-dire de
faire contribuer les grandes sociétés davantage que les petites et moyennes
entreprises, et les contribuables les plus riches davantage que les plus modestes.
Aussi : l’Europe n’élargira sa base sociale et politique que si elle est capable d’offrir
à ses citoyens les biens publics d’échelle européenne qui sont les marqueurs concrets
de son modèle de développement social, équitable et durable.

Seule une révision générale des traités européens permettrait d’offrir le cadre
institutionnel capable de corriger les défauts d’origine de l’Union Economique et
Monétaire. Cependant, étant donné le caractère peu probable à court terme d’une
telle option, on propose ici d’adopter, dans des délais courts, un traité international
dit de « démocratisation du gouvernement économique et social de l’Union » (ci-
après « T-Dem ») permettant la création d’un budget dit « de démocratisation »
discuté et voté par une Assemblée européenne.

Ce budget européen est dit « de démocratisation » car il doit permettre, par


des impôt communs et par l’investissement dans les biens publics, de lutter contre
les inégalités sociales à l’échelle européenne et de garantir sur le long terme un
modèle politique original de développement social, équitable et durable. Ainsi, les
quatre impôts communs (sur les bénéfices des grandes sociétés, sur les hauts revenus,
sur les hauts patrimoines et sur les émissions carbonne), dont l’assiette et le niveau
seront votés par l’Assemblée européenne, marquent concrètement l’existence d’une
solidarité européenne. De même, en créant enfin une puissance publique européenne
capable de produire des biens publics d’échelle européenne, le « budget de
démocratisation » remet la question des inégalités et du climat, de la recherche et de
la protection sociale au cœur du régime de croissance européen. En somme, contre
le tout économique et l’ultralibéralisme qui ont démantelé les services publics et les
protections sociales élaborés en Europe dans les compromis d’après-guerre, il s’agit
donc de permettre à une Europe politique d’éclore là où la faible capacité budgétaire
de l’Union européenne n’a jamais permis d’aller au-delà de l’Europe du tout
économique.

L’Assemblée européenne constitue le cadre démocratique de cette


transformation. Elle propose, débat et vote le budget ; elle dispose d’une capacité
législative qui lui permet de favoriser la coordination des politiques économiques et
fiscales comme la croissance durable et l’emploi ; elle pèse sur l’agenda politique en
participant à la préparation de l’ordre du jour des « Sommets de la zone euro » et du
programme semestriel de travail de l’Eurogroupe ; elle est dotée d’instruments de
contrôle des politiques de convergence et conditionalité qui se sont développées
depuis une décennie à l’échelle de l’Union ; en cas de désaccord avec l’Eurogroupe,
c’est elle qui a le dernier mot sur le vote du budget de démocratisation, l'assiette et
le taux des impôts à prélever pour le financer, ainsi que les autres actes législatifs
prévus par le présent traité.

Compte tenu des incidences fiscales, budgétaires, et sociales multiples du


gouvernement économique et social de l’Union sur les pactes sociaux et les
politiques économiques des Etats membres, seule une Assemblée européenne
composée de parlementaires nationaux et européens élus au suffrage universel a
aujourd’hui la légitimité démocratique nécessaire pour en assurer l’orientation et le
contrôle.

Le présent projet de traité propose enfin une stratégie pour cette


transformation. Plutôt qu’une refonte complète des traités, plus qu’improbable en
l’état, il exploite les marges de manœuvre juridique qui ont permis de faire exister
un gouvernement économique en complément et à la marge des traités de l’Union
européenne. Ce faisant, le « T-Dem » reprend le modus operandi des traités TSCG
et MES (validé par la Cour de justice de l’Union européenne dans son arrêt Pringle
de novembre 2012) pour faire face à la crise financière, cherchant cette fois à faire
œuvre de démocratisation. Il s’agit de montrer que le projet européen n’est pas inscrit
« dans le marbre » -pour peu qu’il existe une volonté politique d’en ré-orienter les
termes-, et que la voie d’une démocratisation du gouvernement économique et social
de l’Union mérite d’être enfin empruntée.
TRAITÉ DE DÉMOCRATISATION DU GOUVERNEMENT
ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE L’UNION (« T-DEM »)

RÉSOLUS à réaffirmer, face à une succession de crises économique, politique et


sociale, l’importance du processus d’intégration européenne engagé, il y a 60 ans,
par la création des Communautés européennes,

CONSTATANT que les bouleversements politiques et institutionnels induits par la


crise financière ont fait naître un gouvernement européen des politiques
économiques et sociales nationales des 28 Etats membres, gouvernement qui a pour
centre de gravité les institutions créées pour les Etats ayant l’euro pour monnaie,
notamment l’Eurogroupe et les Sommets de la zone euro,

CONSCIENTS que l’irresponsabilité démocratique et l’immobilisme politique


propres à ce gouvernement économique de l’Union placent aujourd’hui l’Union
européenne face à une urgence démocratique et sociale,

RAPPELANT le Rapport des cinq présidents pour « Compléter l’Union économique


et monétaire européenne » du 22 juin 2015, et sa partie V sur « Responsabilité
démocratique, légitimité, et renforcement institutionnel »,

CONVAINCUS de la nécessité de garantir les engagements répétés des Etats


signataires en matière de droits sociaux tels qu’affirmés dans la Charte Sociale
Européenne du 18 octobre 1961 (révisée en 1996), la Charte communautaire des
droits sociaux fondamentaux des travailleurs du 9 décembre 1989 et dans la Charte
des droits fondamentaux de l’Union Européenne, aujourd’hui partie intégrante du
traité de Lisbonne,

DÉSIREUX de donner à l’Union les moyens de garantir un modèle de


développement social, équitable et durable, et les institutions démocratiques pour en
décider,

RÉSOLUS à construire les politiques de convergence et de conditionalité propres au


gouvernement économique et social de l’Union autour d’institutions
démocratiquement responsables au niveau européen comme au niveau national et ce,
dans le but de participer pleinement à la réalisation des valeurs sur lesquelles le
processus d’intégration européenne est assis,

CONSCIENTS que les politiques de coordination économique et budgétaire et de


convergence fiscale et sociale propres au gouvernement économique de l’Union
interviennent au cœur des prérogatives constitutionnelles des parlements nationaux
dont le TUE rappelle en son article 12 qu’ils « contribuent activement au bon
fonctionnement de l’UE »,
TENANT COMPTE DU FAIT que l’objectif des Chefs d’Etat ou de gouvernement
des Etats membres de la zone euro et d’autres Etats membres de l’Union européenne
est d’intégrer le plus rapidement possible les dispositions du présent traité dans les
traités sur lesquels l’Union européenne est fondée ;

DANS LA PERSPECTIVE des étapes ultérieures à franchir pour jeter les bases
durables d’une Union politique, économique et sociale,

Les Etats membres de l’Union, signataires du présent traité,

RÉAFFIRMENT leur obligation, en tant qu’Etats membres de l’Union européenne,


de considérer leurs politiques économiques comme une question d’intérêt commun,
ainsi que la responsabilité qui leur incombe de construire les mécanismes assurant
une solidarité européenne ;

CRÉENT une Assemblée européenne composée des parlementaires nationaux et


européens chargée tout à la fois de définir et de voter, le cas échéant en dernier
ressort, un budget de démocratisation de l’Union qui dote celle-ci des moyens de
lutter contre les inégalités et de garantir un modèle de développement social,
équitable et durable, et de contrôler les décisions prises dans le cadre du
gouvernement économique de l’Union ;

SONT CONVENUS DES DISPOSITIONS SUIVANTES :


TITRE I. OBJET ET CHAMP D’APPLICATION

ARTICLE 1.

1. Conscients de leur responsabilité à l’égard du projet européen et résolus à affirmer


le principe de solidarité au sein de l’Union Européenne, les parties contractantes
approfondissent par le présent traité la démocratisation de l’Union en se dotant d’un
« budget de démocratisation ».

2. Par le présent traité établissant un nouveau pacte budgétaire et démocratique, les


parties contractantes créent une Assemblée européenne qui a pour fonction de
discuter et de voter le budget de démocratisation, d’orienter et de contrôler le
gouvernement économique et social de l’Union Européenne.

3. Tous les Etats membres de l’Union européenne ont vocation à devenir signataires
du présent traité.

TITRE II. PACTE DEMOCRATIQUE EUROPEEN

ARTICLE 2. L’Assemblée européenne

Par le présent traité, les parties contractantes instituent entre elles une assemblée
dénommée « Assemblée européenne » (ci-après l’Assemblée).

ARTICLE 3. Fonctions

1. L’Assemblée exerce, conjointement avec l’Eurogroupe, la fonction législative et


budgétaire, et assure des fonctions d’orientation et de contrôle du gouvernement
économique et social de l’Union conformément aux conditions prévues par le présent
traité.

2. Elle travaille en coopération étroite avec le Parlement européen.

ARTICLE 4. Composition

1. L’Assemblée est composée au minimum de quatre cents membres. Elle est formée
pour les quatre cinquièmes (80%) de ses membres de parlementaires que les
Parlements nationaux désignent en leur sein au prorata des groupes qui les
composent et dans le respect du pluralisme politique, selon une procédure fixée par
chaque Etat membre, et pour un cinquième (20%) de ses membres de parlementaires
que le Parlement européen désigne en son sein au prorata des groupes qui les
composent et dans le respect du pluralisme politique, selon une procédure fixée par
le Parlement européen.

2. Le nombre des membres de l’Assemblée issus des Parlements nationaux est fixé
en proportion des populations des Etats membres. Chaque Parlement national envoie
au moins un-e représentant-e.

3. Des délégations des Parlements des États membres de l'Union européenne non
signataires du présent traité seront invitées à participer, en qualité d'observatrices,
aux réunions de l’Assemblée. Elles ont accès en temps utile à toutes les informations
et seront dûment consultées.

4. Un règlement fixe le nombre des membres de l'Assemblée.

ARTICLE 5. L’Eurogroupe

1. L’Eurogroupe est composé des ministres des Etats ayant l’euro pour monnaie. Les
ministres des autres Etats membres de l’Union y participent.

2. L’Eurogroupe assure une étroite coordination et une convergence des politiques


économiques et fiscales des Etats de l’Union européenne.

3. Il est composé, selon les points inscrits à l’ordre du jour, soit des ministres de
l’Economie et des Finances, soit des ministres chargés de l’Emploi et des Affaires
sociales, soit des autres ministres concernés par l’ordre du jour.

4. Le ou la président-e de l’Eurogroupe est élu-e à la majorité des Etats membres de


l’Union européenne.

ARTICLE 6. Les Sommets de la zone euro

1. Les Sommets de la zone euro sont composés des Etats ayant l’euro pour monnaie.
Les chefs d’Etat et de gouvernement des autres Etats membres de l’Union y
participent.

TITRE III. POUVOIRS LEGISLATIFS ET BUDGETAIRES

ARTICLE 7. Budget de démocratisation


1. Le budget de démocratisation vise à lutter contre les inégalités, à favoriser une
croissance durable, la justice fiscale, l’emploi, la cohésion sociale ainsi qu’à
permettre une meilleure convergence des politiques économiques, sociales et fiscales
au sein de l’Union européenne.

2. Toutes les recettes et les dépenses doivent faire l’objet de prévisions pour chaque
exercice budgétaire et être inscrites au budget.

3. Le budget annuel de démocratisation est établi par l’Assemblée et par


l’Eurogroupe.

4. L’exercice budgétaire commence le 1er janvier et s’achève le 31 décembre.

ARTICLE 8. Procédure législative applicable à l’adoption du budget de


démocratisation donnant prééminence à l’Assemblée en dernier ressort.

1. L’Assemblée et l’Eurogroupe établissent le budget annuel de démocratisation


conformément aux dispositions ci-après.

2. Sur la base d’une proposition de budget préparée par l’Assemblée, l’Eurogroupe


arrête un projet de budget. La Commission assiste l’Assemblée dans le cadre de la
préparation de la proposition de budget.

3. La proposition et le projet de budget comprennent une prévision des recettes et


une prévision des dépenses.

4. L’Eurogroupe présente son projet de budget à l’Assemblée au plus tard le 1er


septembre de l’année qui précède l’exécution du budget. Si dans un délai de 40 jours,
l’Assemblée :

a) approuve le projet de budget, le budget est adopté ;


b) n’a pas statué, un nouveau projet de budget est présenté par l’Eurogroupe ;
c) adopte à la majorité des membres qui le composent des amendements, le projet
ainsi amendé est transmis à l’Eurogroupe. Le ou la président-e de
l’Assemblée, en accord avec le ou la président-e de l’Eurogroupe, convoque
sans délai le comité de conciliation. Toutefois, le comité de conciliation ne se
réunit pas si, dans un délai de 10 jours après cette transmission, l’Eurogroupe
informe l’Assemblée qu’il approuve tous ses amendements.

5. Le comité de conciliation, qui réunit les membres de l’Eurogroupe ou leurs


représentant-e-s et autant de membres de l’Assemblée, a pour mission d’aboutir, sur
la base des positions de l’Assemblée et de l’Eurogroupe, à un accord sur un texte
commun.
6. a) Si, dans un délai de 21 jours, le comité de conciliation parvient à un accord sur
un projet commun, l’Assemblée et l’Eurogroupe disposent chacun d’un délai de 14
jours à compter de la date de cet accord pour approuver le projet commun.

b) Si, dans le délai de 21 jours visé à l’alinéa précédent, le comité de conciliation ne


parvient pas à un accord sur un projet commun, un nouveau projet de budget est
présenté par l’Eurogroupe.

7. Si, dans le délai de quatorze jours, prévu à l’alinéa 6 a) :


a) l’Assemblée et l’Eurogroupe approuvent le projet commun, le budget est réputé
définitivement adopté.

b) L’Assemblée rejette le projet commun à la majorité des membres qui la


composent, un nouveau projet de budget est présenté par l’Eurogroupe en tenant
compte des positions de l’Assemblée.

c). L’Eurogroupe rejette le projet commun, le ou la président-e de l’Eurogroupe


demande à l’Assemblée de statuer définitivement à la majorité des membres qui la
composent.

ARTICLE 9. Ressources propres et transferts

1. Les signataires du présent traité se dotent par le budget de démocratisation des


moyens nécessaires pour atteindre les objectifs exposés à l’article 7 et pour mener à
bien leurs politiques.

2. Le budget de démocratisation est, sans préjudice des autres recettes, intégralement


financé par des ressources propres.

3. Les ressources propres sont l’impôt progressif sur les hauts revenus, l’impôt
progressif sur les hauts patrimoines, l’impôt commun sur les bénéfices des sociétés,
et l’impôt sur les émissions carbone tels que définis à l’article 10.

4. Le budget de démocratisation peut prévoir le reversement aux Etats signataires de


tout ou partie des recettes issues de ces ressources propres.

5. Un état budgétaire annuel est établi permettant de constater le montant des recettes
acquittées par chaque Etat signataire et le montant des reversements et des dépenses
dont il a bénéficié. L’écart entre les deux montants ne peut excéder 0,1% du produit
intérieur brut (PIB) de chaque Etat.
ARTICLE 10. Exercice de la compétence législative

1. Sans porter atteinte aux compétences conférées à l’Union en matière de politique


économique, l’Assemblée et l’Eurogroupe, statuant conformément aux procédures
législatives visées à l’article 11, adoptent les dispositions législatives permettant de
lutter contre les inégalités, de favoriser une croissance durable, la justice fiscale,
l’emploi, la cohésion sociale ainsi que de permettre une meilleure convergence des
politiques économiques, sociales et fiscales au sein de l’Union européenne.

2. L’Assemblée et l’Eurogroupe, statuant conformément à la procédure législative


ordinaire, votent l’assiette et le taux de l’impôt commun sur les bénéfices des
sociétés, de l’impôt progressif sur les hauts revenus, de l’impôt progressif sur les
hauts patrimoines et de l’impôt sur les émissions carbone qui alimentent le budget
de démocratisation.

3. Dans le respect de l’assiette de l’impôt sur les sociétés fixée à l’article 10§2, les
Etats membres peuvent adopter un taux d’imposition additionnel.

4. L’Assemblée et le Conseil, statuant conformément à la procédure législative


ordinaire, arrêtent les dispositions visant à la mise en commun des dettes publiques
dépassant 60% du PIB des Etats membres par une émission commune de titres de
dette à partir de ce seuil.

5. Les projets ou propositions d'actes législatifs prévus à l’alinéa 1 du présent article


sont préalablement envoyés pour avis au Parlement européen.

ARTICLE 11. Procédure législative ordinaire

1. L’Eurogroupe et l’Assemblée adoptent conjointement les actes législatifs


applicables aux Etats signataires du présent traité.

2. L’initiative législative appartient concurremment à la Commission, à l’Eurogroupe


et aux membres de l’Assemblée. Ils ont le droit d’amendement.

3. L’ordre du jour législatif est fixé conjointement par l’Eurogroupe et l’Assemblée.


Toutefois, dans la limite de la moitié des séances, l’Assemblée fixe par priorité son
ordre du jour et inscrit les propositions ou les projets d’actes législatifs qu’elle
accepte.

4. La procédure législative ordinaire s’applique aux règlements, directives ou aux


décisions conjointement prises par l’Eurogroupe et l’Assemblée.

5. Les membres de l’Eurogroupe présentent des projets d’actes législatifs.


Les membres de l’Assemblée présentent des propositions d’acte législatif.
6. Toute proposition ou projet d’acte législatif est examiné successivement par
l’Eurogroupe et l’Assemblée en vue de l’adoption d’un texte identique.

7. Lorsque par suite d’un désaccord entre les deux institutions, un projet ou une
proposition d’acte législatif n’a pu être adopté après deux lectures, le ou la président-
e de l’Eurogroupe et le ou la président-e de l’Assemblée convoquent un comité de
conciliation dans un délai de 6 semaines.

8. Le comité de conciliation, qui réunit les membres de l’Eurogroupe ou leurs


représentant-e-s et autant de membres représentant l’Assemblée, a pour mission
d’aboutir à un accord sur un texte commun sur les dispositions restant en discussion
dans un délai de 6 semaines à partir de sa convocation.

9. Si, dans ce délai, le comité de conciliation approuve un projet de texte commun,


l’Assemblée et l’Eurogroupe disposent chacun d’un délai de 6 semaines à compter
de cette approbation pour adopter l’acte concerné conformément à ce projet.

10. Si dans un délai de six semaines, le comité de conciliation n’approuve pas de


texte commun ou si le projet mentionné à l’alinéa précédent n’est pas adopté, le ou
la président-e de l’Eurogroupe, après une nouvelle lecture à l’Eurogroupe et à
l’Assemblée, demande à l’Assemblée de statuer définitivement.

TITRE IV. ORIENTATION ET CONTROLE DU GOUVERNEMENT


ECONOMIQUE ET SOCIAL DE L’UNION

ARTICLE 12. Orientation et contrôle du gouvernement économique et social

L’Assemblée approuve l’ordre du jour des Sommets de la zone euro pour les points
relevant de la politique économique et sociale ainsi que le programme de travail
semestriel de l’Eurogroupe.

ARTICLE 13. Convergence et coordination des politiques économiques et


budgétaires

1. L’Assemblée approuve l’Examen de croissance annuelle, le Rapport conjoint sur


l’emploi, le Rapport sur le mécanisme d’alerte et les Recommandations pour la zone
euro qui ouvrent le cycle du Semestre européen.
2. Elle approuve les Rapports par pays, les Recommandations spécifiques par pays
publiées par la Commission ainsi que les Grandes orientations de politiques
économiques de l’article 121 § 2 du TFUE

3. Dans le cadre de la Procédure de déficit excessif, elle approuve le rapport que la


Commission élabore au cas où un Etat ne satisferait pas aux critères de l’article 126
§2 du TFUE, la décision du Conseil constatant le déficit excessif d’un Etat, ainsi que
les mesures de l’article 126 § 11 du TFUE.

4. Elle procède à des échanges de vue réguliers sur les conditions de mise en œuvre
des réformes structurelles recommandées dans le cadre du Semestre européen.

ARTICLE 14. Facilité d’assistance financière

1. Dans le cadre de la procédure d’octroi d’un soutien à la stabilité, l’Assemblée


Européenne approuve la Facilité d’assistance financière dans le cadre de la procédure
visée à l’article 13§2 du traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité.

2. Si la Facilité d’assistance financière telle que prévue à l’alinéa 1 est approuvée par
l’Assemblée, le protocole d’accord (Memorandum) définissant la conditionalité doit
lui être soumis pour approbation.

3. L’Assemblée participe à l’évaluation de la situation des pays bénéficiant ou ayant


bénéficié d’un programme d’ajustement macro-économique.

ARTICLE 15. Dialogue de gouvernance avec la Banque centrale européenne

1. Tous les ans, au vu des prévisions économiques, l’Assemblée est invitée à se


prononcer par le biais d’une résolution sur l’interprétation de l’objectif de stabilité
des prix et sur la cible d’inflation retenue par la Banque Centrale Européenne, dans
le respect des traités européens.

2. L’Assemblée approuve le rapport annuel de la Banque Centrale Européenne sur le


Mécanisme de surveillance unique.

ARTICLE 16. Pouvoirs d’enquête et de contrôle

1. Afin de mener ses missions de contrôle des institutions du gouvernement


économique et social de l’Union européenne et en coopération étroite avec le
Parlement Européen, l’Assemblée est dotée d’un Office parlementaire d’évaluation
des choix économiques européens.
2. L’Assemblée peut constituer à la demande d’un quart de ses membres une
commission d’enquête chargée d’enquêter sur des allégations de mauvaise
administration des institutions du gouvernement économique et social de l’Union
européenne.

3. La Cour des comptes de l’Union européenne assiste l’Assemblée dans le cadre de


ses missions de contrôle.

4. La Banque centrale européenne et la Commission fournissent à l’Assemblée tous


les documents et toutes les données que cette dernière juge utile pour l’exercice de
ses compétences. Le cas échéant, ces documents et données peuvent être examinés
par un comité parlementaire réuni à huis clos.

5. Afin d’assurer la transparence et la responsabilité, l’Assemblée peut procéder à


l’audition de toute personne exerçant des fonctions dans une institution du
gouvernement économique et social de l’Union.

ARTICLE 17. Nominations

Après les avoir auditionné-e-s, l’Assemblée approuve les candidat-e-s choisi-e-s


pour la présidence du Conseil européen, la présidence du Conseil, la présidence de
l’Eurogroupe, le directoire de la Banque centrale européenne, et la direction générale
du Mécanisme européen de stabilité.

TITRE V. COHERENCE ET RELATION AVEC LE DROIT DE L'UNION

ARTICLE 18

Le présent traité est appliqué et interprété par les parties contractantes conformément
aux traités sur lesquels l'Union européenne est fondée.

TITRE VI. DISPOSITIONS GÉNÉRALES ET FINALES

ARTICLE 19

Le présent traité est ratifié par les parties contractantes conformément à leurs règles
constitutionnelles respectives.
ARTICLE 20

Le présent traité entre en vigueur le premier juin deux mille dix-neuf, pour autant
qu’un nombre d’Etats représentant 70% de la population des parties contractantes de
l’Union Européenne dont la monnaie est l’euro ait déposé leur instrument de
ratification, ou à tout autre date antérieure à laquelle ces conditions seraient réunies.

ARTICLE 21

Dans un délai de cinq ans maximum à compter de la date d'entrée en vigueur du


présent traité, sur la base d'une évaluation de l'expérience acquise lors de sa mise en
œuvre, les mesures nécessaires sont prises conformément au traité sur I'Union
européenne et au traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, afln d'intégrer
le contenu du présent traité dans le cadre juridique de l'Union européenne.

Fait à … , le premier juin deux mille dix-neuf en un seul exemplaire original, dont
les versions en langues allemande, anglaise, bulgare, croate, danoise, espagnole,
estonienne, finnoise, française, grecque, irlandaise, italienne, lettone, lituanienne,
maltaise, néerlandaise, polonais, portugaise, roumain, slovaque, slovène, suédois et
tchèque font également foi, et déposé dans les archives du dépositaire qui en transmet
les copies certifiées conformes à toutes les parties contractantes.
Un budget pour l’Europe
Notre projet politique est de bâtir un modèle original européen de développement social, équitable
et durable. Nos propositions reposent sur la création d’une Assemblée européenne,
démocratique et souveraine, compétente pour adopter un budget et une fiscalité au niveau
européen permettant de répondre ensemble aux défis de notre avenir. Ce budget est conçu
comme un levier pour qu’existe un nouvel espace politique transnational où les élus mais
aussi les mouvements sociaux et les ONG reprennent la main et participent directement à la
définition des objectifs politiques européens.

Éclairage…

Notre objectif est de financer les investissements nécessaires pour


transformer notre régime de croissance et créer un commun
européen et non d’opérer des transferts entre les pays de l’Union.
Nous souhaitons réduire les inégalités à l’intérieur des pays (et non
uniquement entre les pays). Aussi, les recettes versées par chaque
pays devront être approximativement équivalentes aux dépenses
dont il bénéficiera, avec un écart qui ne pourra dépasser 0,1% de son
PIB.

Rappelons un point crucial : même avec des transferts très limités


entre États, la mise en place d’une fiscalité ambitieuse commune sur
les bénéfices ou les hauts revenus et patrimoines au niveau européen
constitue en soi une avancée déterminante pour réguler la
mondialisation et atteindre les objectifs de développement écologique
et social. Elle met en effet fin à une course vers le bas en matière de
fiscalité, qui s’opère au détriment des États, des classes moyennes et
des classes populaires. La fiscalité que nous défendons a également
un rôle incitatif dans les comportements pour accélérer la nécessaire
transition écologique de nos sociétés.

Ici, nous présentons une proposition de ce que pourrait être ce budget européen. Aux membres
de l’Assemblée Européenne de l’amender dans un processus de concertation démocratique et le
soumettre au vote.

Sommaire :

Quels objectifs ?

Comment le budget est-il financé ?

Comment le budget est-il dépensé ?

Comprendre en un coup d’œil

Quels objectifs ?

Dans sa version actuelle, notre budget est ambitieux, il s’élève à 4% du PIB


c’est-à-dire 4 fois l’actuel budget de l’Union Européenne.

Il vise trois objectifs :

1. Transformer le régime de croissance actuel en un régime soutenable


quant à notre impact sur l’environnement et l’évolution des inégalités
de revenus
2. Défendre le droit à la mobilité en garantissant un accueil des migrants
et une intégration des personnes respectueux de nos valeurs.
3. Accroître notre capacité à générer des emplois en améliorant
l’innovation made in Europe pour protéger les travailleurs

Un budget est constitué de recettes et de dépenses. Les dépenses seront


directement orientées vers la réalisation de ces trois objectifs : des
projets d’investissement ciblés pour opérer la transition vers un régime de
croissance soutenable, l’accompagnement des acteurs de cette
transformation, l’organisation commune de l’accueil et de la formation des
migrants et le financement de la recherche pour redresser la capacité
d’innovation européenne. Mais le choix des leviers fiscaux est également un
moyen d’orienter les comportements des agents vers la réalisation des
objectifs et de répondre à certains déséquilibres économiques et sociaux.
Les recettes du budget européen seront donc constituées par la taxation
progressive sur les hauts revenus et patrimoines pour réduire les inégalités
par la redistribution, par l’imposition des bénéfices des sociétés pour que
les entreprises contribuent au développement et à l’entretien des biens
publics et par la taxation des émissions carbone pour inciter les activités plus
respectueuses de l’environnement.

Comment le budget TDEM est-il dépensé ?

4%  du  PIB  européen… ... pour :

Financer la recherche et les


universités

Orienter les investissements


vers un mode de croissance
soutenable
Financer l'accueil et
l'intégration des migrants

Accompagner les acteurs


de la transition

Transferts directs aux États


contributeurs

Fonds Européen pour la Transition


0,4% du PIB
Pourquoi 0,4% ? Atteindre les objectifs de l’accord de Paris et palier aux manques
criants du plan Juncker.

L’écart de dépenses des projets d’investissement pour atteindre les objectifs Paris COP
21 a été estimé à 2,1% de PIB, soit 320 Mds€ en fourchette haute. Or, le Plan Juncker,
lancé en 2015 par la Commission Européenne, co-finance au maximum 100 Mds€ par
an, soit trois fois moins que nécessaire et ce, seulement jusqu’à 2020. En outre, ce plan
a financé des projets d’infrastructures qui tendent à accroître les émissions de CO2
plutôt qu’à les réduire (élargissement d’une autoroute en Allemagne par exemple). Il est
donc largement insuffisant pour orienter les investissements vers des projets
compatibles avec une croissance soutenable.

Notre budget prévoit de combler l’écart financier et modifier l’orientation des


investissements. Le Fonds pour la Transition constitué d’une base d’argent public,
vise à attirer des capitaux privés pour co-financer de nouveaux projets
d’investissements comme le logement durable, les mobilités et logistiques vertes, la
production d’énergies renouvelables et leur distribution, l'amélioration de la qualité de
l'air, le recyclage des déchets.

Éclairage… comment passer de 0,4% du PIB dont le Fonds est doté aux 2,1% de
PIB nécessaires à l’atteinte des objectifs de Paris ?

En attirant des capitaux privés pour co-financer de nouveaux projets


d’investissements.

- Cette première base d’argent public constitue un « apport » pour permettre


d’emprunter à un taux avantageux et ainsi d’augmenter le montant destiné aux
investissements. Par ce mécanisme le Fonds correspondrait à un montant
réellement disponible pour investir dans la transition d’environ 1% du PIB.
- D’autre part, cela constitue un coussin pour attirer des investisseurs privés et
de nouveau doubler la capacité d’investissement. En effet, par essence, les
projets « nouveau régime » comportent plus d’incertitude que des projets
classiques (comme une autoroute) et sont donc de nature plus risquée pour les
investisseurs. Aussi, pour sécuriser les investisseurs, il est nécessaire que
l’acteur public accepte de subir les premières pertes d’un projet s’il ne produit
pas les résultats attendus. En contrepartie de ce risque, nous posons des
conditions d’accès à ce fonds au respect de nos principes de justice sociale:
pas d’évasion fiscale, un mode de production limitant l’usage de produits
phytosanitaires risqués etc.

Financement d’une gestion commune des migrations


0,4% du PIB

Une politique commune de l’accueil et de la gestion des flux migratoires comprendrait :


- La garantie des conditions d’accueil des demandeurs d’asile et de titres de séjour

- L’ouverture de nouvelles voies d’immigration légale pour remplir les besoins de


main d’œuvre. Les travailleurs immigrés cotisent comme les autres travailleurs au
système social du pays d’accueil. Toutes les études montrent que les coûts et les
bénéfices économiques liés à l’immigration s’équilibrent, avec un solde
légèrement positif. Nous devons donc soutenir l’intégration des migrants légaux
pour qu’ils s’insèrent le plus rapidement sur le marché du travail.

- La répartition des coûts entre les États membres. Les entrées irrégulières ont
principalement concerné l’Italie, la Grèce et l’Espagne depuis 2015 qui doivent
recevoir une aide financière pour y faire face et ainsi garantir des conditions
d’accueil.

Accompagnement des acteurs de la transition


0,2% du PIB

Transformer les pratiques sera couteux en termes d’emplois et de revenus. Le budget


prévoit des revenus de compensation.

Le modèle agricole actuel est centré sur le productivisme et les exploitations de petites
tailles sont généralement fragiles. Nous prévoyons des transferts pour compenser les
pertes de revenus des agriculteurs dont les pratiques limitent, voire excluent l’usage
d’intrants chimiques et amènent à une gestion soutenable des sols et des services
environnementaux. L’objectif affiché est d’avoir un impact environnemental net
positif. Ainsi, la fonction sociale de l’agriculteur évoluerait de son rôle initial de nourrir
les citoyens (pilier I) et d'assurer et maintenir le développement rural (pilier II), à
garantir la reproduction des écosystèmes et de protéger l’environnement (pilier III)

Dans l’industrie, nous prévoyons de compenser en partie le coût privé de


déclassement précoce de certaines infrastructures et équipements pour mise en
conformité avec la COP21. D’autre part, la longue chaîne de valeur manufacturière
inclut une production en dehors de l’Union Européenne qui pose la question du dumping
environnemental et social. En effet, alors que les industries européennes sont soumises
à une réglementation plus contraignante que d’autres régions du monde (les industries
chimiques en sont un bon exemple), les entreprises européennes pourraient être tentées
de se fournir dans des pays ne respectant pas ces règles. Aussi, le budget inclut des
incitations fiscales vers les entreprises européennes dont les pratiques limitent
l’arbitrage environnemental et social pour garantir le développement et le maintien
d’une filière européenne respectueuse des règles.

Financement de la recherche et des universités pour favoriser l’innovation 1%


du PIB
Pourquoi 1 % ? Donner à l’Europe la capacité de générer des emplois en améliorant sa
capacité de croissance et rattraper celle des États Unis.

D’après les estimations de l’OCDE, l’Europe a structurellement la capacité de croître


autour d’un rythme de 1,2% an. Les États Unis en revanche ont la capacité de croître
autour de 2% par an. Si l’Europe réussissait à améliorer sa capacité de croissance pour
atteindre 2%, cela permettrait de créer environ 500 000 emplois par an et la rendrait
moins vulnérables aux chocs économiques. Pour améliorer la capacité structurelle d’une
économie à croître il faut augmenter sa capacité d’innovation.
En moyenne, les dépenses en recherche et développement représentent 2,7% du PIB
aux États-Unis et 2% du PIB en Union Européenne. Cela représente un écart de 130
Mds€ par an. C’est 10 fois plus que ce que prévoit le budget Européen actuel dont les
dépenses pour la recherche représentent seulement 13 Mds par an dans le cadre
d’Horizon 2020. En réalité, l’essentiel du financement de la recherche et développement
se fait au niveau national ce qui réduit notre capacité à innover.

Notre budget prévoit non seulement de combler cet écart mais de le dépasser en
consacrant 150 Mds à la recherche et 37 Mds au fonctionnement des universités
pour accélérer l’innovation (1% du PIB en tout).

Transferts directs aux États contributeurs


2% du PIB

Les États disposeraient librement de ces nouvelles recettes fiscales. Elles leur
permettront de réduire les impôts ou effectuer des transferts monétaires aux citoyens de
chaque pays.

Nous suggérons qu’ils permettent de :

- alléger les impôts et prélèvements pesant sur les ménages modestes (TVA, taxes
indirectes, impôts et contributions pesant sur les salaires)
- compenser la baisse de revenu du travail ou la perte d’activité liée au
changement du mode de croissance
- former de nouvelles compétences dans les emplois adaptés au nouveau mode de
croissance

Comment ce budget est-il financé ?

Nous proposons la mise en place de quatre impôts européens pour faire face aux
grands défis du XXIème siècle et financer le budget commun. La simple mise en place
de ces impôts, au-delà des recettes qu’ils génèrent et qui permettent de financer les
investissements, participe déjà à la poursuite des objectifs du budget. En effet les quatre
axes de cette fiscalité européenne sont pensés de façon à mieux réguler la
mondialisation par des mécanismes redistributifs efficaces et la lutte contre la
concurrence fiscale ainsi qu’à réorienter l’économie vers des activités moins
polluantes.

4%  du  PIB  européen… ... dont :

Impôt sur les bénéfices des


sociétés

Impôt progressif sur les


hauts patrimoines

Impôt progressif sur les


hauts revenus

Impôt sur les émissions


carbone

Impôt sur les bénéfices des sociétés


1,5% du PIB

Actuellement le taux national d’impôt sur les bénéfices des sociétés est en moyenne
de 22% dans l’UE (alors qu’il était de 45% au début des années 1980).1
Nous proposons de lever un impôt commun sur les bénéfices des sociétés d’un
taux européen additionnel de 15% et de porter le taux minimum global à 37%
(somme du taux européen et du taux national).
Nous proposons que l’Assemblée européenne crée un impôt européen commun au
taux européen additionnel de 15% des bénéfices, qui sera levé dans tous les pays
signataires pour financer le budget commun. Cet impôt européen n’est pas exclusif :
                                                                                                                       
1
Voir Taxation trends in the European Union, 2018 Edition, Eurostat, p.35, Graph 17.
chaque État restera libre de lever un impôt supplémentaire. De plus, nous proposons
que l’Assemblée européenne établisse un taux minimal d’imposition (somme du taux
européen et du taux national) égal à 37% des bénéfices. Concrètement cela
signifierait que :
- Dans les Etats appliquant aujourd’hui d’un taux national d’IS égal ou supérieur
à 22%, l’Assemblée européenne introduirait un taux européen additionnel de
15%. Les recettes de l’impôt supplémentaire de 15% seraient reversées au
budget commun.
- Dans les Etats appliquant aujourd’hui un taux d’IS inférieur à 22% - par
exemple 10% -, l’Assemblée européenne introduirait en plus du taux européen
additionnel de 15% alimentant le budget commun un second taux additionnel
de 12% de façon à porter le taux global à 37%. Les recettes correspondant au
second taux additionnel seraient reversées directement à l’Etat concerné et
n’auraient donc pas d’impact sur les recettes versées au budget commun.
Mais ce taux global minimum permettra de lutter contre la concurrence fiscale
et la course-poursuite aux délocalisations.
Recettes apportées par ce taux additionnel de 15% sur les bénéfices des sociétés:
environ 1,5% du PIB. Il s’agit d’une estimation relativement conservatrice : les
recettes pourraient augmenter grâce à l’élimination des niches et une meilleure lutte
contre l’évasion, la fraude et l’optimisation fiscale, particulièrement intense
concernant l’impôt sur les sociétés.2 En particulier, nous proposons que l’Assemblée
européenne applique le même principe appliqué aux Etats-Unis (et défendu
notamment par Gabriel Zucman) consistant à allouer les bénéfices globaux des
sociétés en proportion des ventes réalisées dans les différents Etats. L’Assemblée
européenne pourrait également voter un système de taux additionnel réduit à 10%
pour les petites entreprises et porté à 20% pour les plus grosses, pour des recettes
totales équivalentes.

Éclairage …
Pourquoi taxer le bénéfice des entreprises ?
Les entreprises européennes bénéficient d’infrastructure de qualité, de facilité dans

                                                                                                                       
2
Ces recettes correspondant à l’hypothèse d’une base fiscale (totalité des bénéfices imposables)
égale à 10% du PIB, ce qui correspond à la base actuelle. Voir Taxation trends in the European
Union, 2018 Edition, Eurostat p.35-36.
les liens commerciaux entre les pays, et de nombreux avantages liés à l’action des
gouvernements. Ces avantages leur permettent de réaliser du profit et de
développer leur activité. Ces avantages sont des biens publics car ils sont
profitables à tous sans exclusion. Imposer le bénéfice des entreprises est un
moyen de les faire contribuer au maintien de ces biens publics. De plus, l’impôt
permet aux Etats de lever suffisamment de fonds pour entretenir les biens publics
qui risqueraient d’être détériorés par l’activité économique et ainsi de faire intégrer
aux entreprises dans leur coût les potentiels effets négatifs de leur activité.
De nombreux biens publics sont européens et non nationaux. Créer un impôt
commun permet de reconnaître également que les biens communs comme la
qualité de l’environnement, le niveau d’éducation de la main d’œuvre européenne,
la capacité d’innovation du tissu productif ne respectent pas les frontières
administratives des États.

Pourquoi imposer un taux minimum commun à l’ensemble de l’Europe ?


Dans le marché commun européen, l’une des problématiques majeure est celle de
la concurrence fiscale. Elle permet aux multinationales européennes de bénéficier
de taux d’imposition hyper avantageux à leurs portes. Une partie des profits sont
artificiellement transférés vers des pays européens à basse fiscalité via des
pratiques d’évasion ou d’optimisation fiscale. Ces pratiques réduisent les recettes
fiscales des pays et contribuent à détériorer la capacité de financer des biens
publics. Le fait de lever un impôt commun européen permet de limiter le manque à
gagner fiscal de certains Etats. Cela devrait notamment favoriser la possibilité de
taxer des entreprises telles que les GAFAM (Google-Apple-Facebook-Amazon-
Microsoft) qui réalisent un profit sur le marché européen sans payer d’impôt ou en
en limitant au maximum le taux.

Impôt progressif sur les hauts revenus


1% du PIB
Actuellement, en 2018, le taux marginal d’impôt sur le revenu applicable aux revenus
les plus élevés est en moyenne de 40% en Europe (alors qu’il était de 65% au début
des années 1980).3 L’objectif est de rétablir la progressivité fiscale au sommet de la
hiérarchie des revenus en créant des taux marginaux additionnels prélevés au
niveau européen sur les très hauts revenus.
Taux marginaux européens additionnels : 10% sur les revenus individuels
annuels supérieurs à 100 000€ (200 000€ pour un couple) et 20% sur ceux
supérieurs à 200 000€ (400 000€ pour un couple).
Compte tenu du taux marginal supérieur de 40% actuellement appliqué en moyenne
dans l’UE, cela signifie que le taux marginal global (somme des taux nationaux et
européens) sera en moyenne de 50% sur les revenus individuels supérieurs à
100 000€ (200 000€ pour un couple) et 60% sur ceux supérieurs à 200 000€
(400 000€ pour un couple).
Recettes apportées par ces taux marginaux additionnels de 10% et 20% sur les
hauts revenus : environ 1% du PIB. Il s’agit d’une estimation relativement
conservatrice : les recettes pourraient augmenter grâce à l’élimination des niches et
une meilleure lutte contre l’évasion et la fraude. 4
L’Assemblée pourrait également décider de voter un mécanisme permettant de
mettre en place un taux marginal supérieur minimum au niveau national (en versant
aux Etats concernés le reliquat de recettes correspondantes).

Éclairage… un impôt progressif sur les hauts revenus et hauts patrimoines


européens, pourquoi ?

Un outil de réduction des inégalités mis à mal par la mondialisation et la


concurrence fiscale

L’impôt progressif est un outil de redistribution et de financement de l’État social mis


en place au XXè siècle à la suite des grandes guerres et au fur et à mesure que
                                                                                                                       
3
En 2018 : 39% dans EU28, 43% dans EA19. Il était dans les deux groupes de pays de 48% en 1995.
Voir Taxation trends in the European Union, 2018 Edition, p.26, Graph 11. Il était en moyenne
d’environ 65% dans tous les principaux pays de la CEE en 1980. Voir World Inequality Report 2018,
p.260, Figure 5.2.2 (58% en Allemagne, 65% en France, 72% au Royaume-Uni).
4
Cette estimation est faite en supposant une base fiscale (totalité des revenus imposables) égale à
60% du PIB (qui pourrait être élargie par l’élimination de niches). Au sein de cette base fiscale global,
on peut estimer sur la base des distributions de revenus européennes disponibles dans la World
Inequality Database (WID.world) à environ 12% du PIB l’assiette correspondant aux revenus
supérieurs à 100 000€ (2,5% de la population, 20% des revenus) et 7% du PIB pour les revenus
supérieurs à 200 000€ (1% de la population, 11% des revenus). Le taux marginal s’applique à chaque
fois à environ la moitié de l’assiette (compte-tenu du fait que le coefficient de Pareto est proche de 2 à
ce niveau de la distribution), d’où recettes égales à 10%x6%+10%x3.5%=0,95%.
 
l’idée d’égalité entre les citoyens et de l’État Providence se développait. C’est grâce
à la progressivité fiscale au sommet de la hiérarchie des revenus que la
concentration des patrimoines n’a pas retrouvé après la guerre les niveaux atteints à
la Belle Époque.

Depuis les années 1970-80 cependant, le principe de progressivité de l’impôt,


notamment sur les plus hauts revenus, est remis en cause par la libre circulation des
capitaux qui ouvre les portes à l’évasion fiscale dans un monde où les règles
fiscales ne sont pas harmonisées entre les pays. Faute de coordination suffisante,
les États européens sont donc incités à mener des politiques de concurrence fiscale
pour attirer les capitaux ou éviter l’évasion des grandes fortunes. Il a par exemple
fallu attendre que les Etats-Unis prennent des mesures pour que le secret bancaire
suisse soit mis à mal (timidement et incomplètement). Seuls des impôts communs
peuvent permettre de renverser la vapeur.

Aujourd’hui, l’impôt est même souvent régressif en haut de la distribution des


revenus. La taxation du capital fait l’objet de nombreuses dérogations dans le cadre
de cette concurrence fiscale. Or les revenus les plus élevés sont ceux qui reposent
le plus sur les rendements du capital. Cela a pour effet de renforcer la concentration
du patrimoine et donc les inégalités en Europe : les patrimoines européens ont
aujourd’hui retrouvé une prospérité comparable à la Belle Époque.

L’harmonisation des politiques fiscales sur les hauts revenus européens entre les
États membres limiterait, comme dans le cas de l’impôt sur les bénéfices, la
concurrence fiscale.

Les dangers d’une trop forte concentration des patrimoines en Europe

Outre l’important manque à gagner fiscal qu’elle induit, l’incapacité des États
européens à mettre en place des impôts progressifs sur les hauts revenus et
patrimoines a plusieurs conséquences dangereuses pour la stabilité même du
continent et de l’Union Européenne. Le caractère régressif des prélèvements en
haut de la hiérarchie des revenus et patrimoines induit un sentiment d’injustice
fiscale et menace le consentement à payer l’impôt des autres contribuables. Cela
remet directement en cause le financement et le consensus autour de l’État social.
De plus, la mondialisation commerciale, que promeut le marché commun européen,
exerce une pression sur les travailleurs peu qualifiés des pays riches. Si le système
fiscal européen est incapable de compenser les perdants du marché commun par la
redistribution, le rejet du projet européen est inéluctable.

Ainsi la mise en place d’un impôt commun européen sur les hauts revenus et
patrimoines, en plus de financer un budget commun, permettrait de préserver
l’ouverture économique et de déjouer la tentation du repli protectionniste. Si l’Union
Européenne a mis en place le marché commun elle doit être capable de le réguler
pour éviter le développement sans limité des inégalités patrimoniales.  

Impôt progressif sur les hauts patrimoines


1,1% du PIB
Actuellement, l’imposition directe du patrimoine prend principalement des formes
régressives en Union européenne, en particulier sous forme de taxation des biens
immobiliers, sans prise en compte des actifs financiers (qui forment pourtant
l’essentiel des plus gros patrimoines). Nous proposons donc la mise en place d’un
impôt progressive sur les plus hauts patrimoines (patrimoines immobiliers,
professionnels et financiers, nets de dettes).
Taux marginal : 1% sur les patrimoines nets individuels supérieurs à 1 million €
et 2% sur ceux supérieurs à 5 millions  €
Recettes apportées par ces taux marginaux de 1% et 2% sur les hauts patrimoines :
environ 1,1% du PIB. Il s’agit d’une estimation relativement conservatrice : les
recettes pourraient augmenter grâce à l’élimination des niches et une meilleure lutte
contre l’évasion et la fraude.5

Éclairage… un impôt commun sur les hauts patrimoines européens, oui mais
comment ?

Pourquoi imposer le patrimoine en plus du revenu ?

Aujourd’hui, dans la plupart des pays européens, le revenu fiscal (le revenu des
ménages qui est imposé), est le revenu effectivement versé qui est disponible pour

                                                                                                                       
5
Cette estimation a été faite en supposant une base fiscale égale à environ 500% du PIB (totalité des
patrimoines privés estimés par les comptabilités nationales européennes, voir World Inequality Report
2018), dont environ 200% du PIB pour les patrimoines supérieurs à 1M€ (2,5% de la population, 40%
du patrimoine) et 70% du PIB pour les revenus supérieurs à 5M€ (0,2% de la population), sur la base
des répartitions européennes de patrimoines estimées dans la base de données WID.world. Le taux
marginal s’applique à chaque fois à environ la moitié de l’assiette (coefficient Pareto proche de 2). Les
recettes pourraient monter jusque 1,8% du PIB en cas d’assiette équivalente à la totalité du
patrimoine économique. L’hypothèse retenue ici est celle d’une assiette large (plus large que celle de
l’ISF) mais qui pourraient encore être élargie.
 
la consommation. Dans le cas des fortunes patrimoniales le revenu économique
peut se dissocier du revenu fiscal. En effet, les grandes fortunes disposent d’actifs
qui ont un rendement chaque année. Les détenteurs du capital n’ont pas
nécessairement besoin de se verser la totalité de ce rendement, le reste est donc
gardé dans des holdings par exemple. Cela représente un important manque à
gagner fiscal et une sous-taxation de la richesse de certains individus et peut
expliquer que la progressivité de l’impôt ne soit pas respectée en haut de la
hiérarchie des revenus. Pour éviter cela une solution consiste à se baser sur la
valeur du patrimoine pour calculer l’impôt dû et imposer comme il se doit le
rendement tiré de ce capital et non sur le revenu réellement touché. Nous
proposons de taxer les patrimoines individuels de plus de 1 million d’euros à hauteur
de 1% par an et les patrimoines de plus de 5 millions d’euros à hauteur de 2% par
an.

Encore une fois, en théorie chaque pays pourrait mettre en place ce type d’impôt
individuellement, cependant en l’absence de la transmission automatique
d’informations entre les pays, les risques d’évasion sont élevé. L’harmonisation et la
mise en place d’un impôt commun limite ce risque.

Pourquoi un taux si bas ?

En portant directement sur la valeur du patrimoine détenu, l’impôt touche un stock et


non un flux de richesse (comme c’est le cas pour l’imposition des revenus). Un taux
bas suffit donc à lever des recettes importantes. Appliqué à l’ensemble des pays
UE, cet impôt sur le patrimoine concernerait environ 2,5% de la population et
rapporterait chaque année l’équivalent de 2% du PIB européen. En effet les
patrimoines élevés représentent plus de 5 années de PIB européen et les centiles
supérieurs en détiennent une part considérable.

D’autre part, le rendement observé des patrimoines des plus grandes fortunes
européennes est d’environ au moins 6 ou 7% par an. Un taux à 1 ou 2% apparaît
donc très raisonnable, et pourrait le cas échéant être relevé. L’impôt progressif sur
les hauts patrimoines permettra en outre d’apporter plus de transparence sur les
patrimoines et de nourrir les débats futurs sur les taux à appliquer.  

Impôt sur les émissions carbone


0,4% du PIB

Nous proposons d’instaurer un taux plancher minimum de 30 € sur chaque tonne


de carbone émise sur le territoire européen.
L’Union Européenne s’est positionnée depuis plusieurs années comme un leader
dans le domaine de la réduction des émissions de CO2. Mais dans plusieurs pays
européens, les réductions d’émissions ne sont pas assez rapides pour atteindre les
objectifs fixés par l’accord de Paris.

Les États Européens soumettent déjà de nombreux secteurs de l’économie à


une taxation sur le carbone. Cette taxation peut être explicite ou implicite. Par
taxation explicite nous entendons soit une taxe sur le carbone (comme c’est le cas
en Suède, en Irlande ou en France par exemple), soit la participation à un marché
des droits à polluer, au sein duquel certains secteurs polluants doivent acheter des
quotas d’émissions (tous les pays européens sont soumis au système ETS). En plus
de ces mécanismes, tous les Etats européens disposent également de taxes sur
l’énergie, qui agissent comme des taxes implicites sur le carbone.

Ces différents systèmes de taxation du CO2 (par une taxe, par un système de
quotas, ou par des taxes sur l’énergie) ne sont pas harmonisés entre pays et
entre secteurs au sein des pays. Ainsi la taxe carbone sur le CO2 en Suède pour le
secteur résidentiel est supérieure à 150€ par tonne, alors qu’en Allemagne, la
taxation effective du carbone via les taxes sur l’énergie est inférieure à 25€. Au sein
d’un même pays, la taxation sur le carbone peut être plus élevée pour un secteur
que pour un autre du fait d’exemptions ou de modulations des taux de taxation sur le
carbone ou l’énergie.

Nous proposons d’établir un taux plancher sur chaque tonne de carbone émise
sur le territoire européen, de 30 € dans le scénario central proposé (d’autres
variantes sont simulées pour des taux de 40€ et 50€).
Même si le taux de taxation carbone proposé ici peut paraître relativement faible,
soulignons que son introduction sur chaque tonne de carbone émise sur le sol
européen représente une avancée considérable. En effet, aujourd’hui, malgré des
taux élevés dans certains secteurs, d’autres n’ont aucune taxation carbone. Par
ailleurs, il s’agit ici d’un taux plancher : afin d’atteindre leurs objectifs climatiques les
Etats devront adopter des taux plus élevés.

La proposition consiste donc à mettre en place un mécanisme instaurant un taux


minimum d’achat des quotas de pollution dans le cadre du système communautaire
d’échange de quotas d’émission (ETS). Pour les systèmes hors ETS (comme le
secteur résidentiel par exemple), le taux plancher revient soit à rehausser le niveau
de la taxe carbone si le pays dispose d’une telle mesure et que le taux est inférieur
au plancher européen, soit à introduire une taxe supplémentaire pour s’assurer que
la taxation effective de l’énergie correspond à une taxe au moins aussi élevée que le
taux plancher. Nous proposons également que l’assemblée vote un calendrier
prévoyant une hausse progressive de ce taux dans les années à venir (en le
portant dès 2020 à 40€ et à 50€ en 2022), afin d’envoyer un signal clair aux
acteurs économiques.
Le budget de l’Assemblée Européenne comparé au budget européen actuel

Notre proposition de budget vient s’ajouter au budget européen actuel.


Concrètement, il permet de monter à plus de 5% de PIB le montant des dépenses en
commun. Nous avons conçu cette proposition de budget pour pallier aux faiblesses
du budget actuel :

- premièrement, le budget européen actuel est essentiellement financé par un


prélèvement sur les recettes de chaque État membre. Concrètement, chaque Etat
verse un pourcentage de son revenu national brut au budget commun et reçoit en
retour une part des dépenses communes. Cela conduit les gouvernements et les
peuples à ne s’intéresser qu’au solde de leurs contributions, c’est-à-dire ce
qu’ils en retirent ou ce qu’ils y perdent. Or, la lutte contre le changement
climatique, l’organisation de l’accueil et l’intégration des migrants, les
investissements dans l’environnement et dans la recherche universitaire
produisent des gains qui dépassent le niveau local ! Pour créer la valeur ajoutée
européenne d’où nous tirerons un bénéfice collectif, il nous a paru plus logique de
financer les politiques communes sur des ressources propres. C’est la raison pour
laquelle nous créons quatre nouveaux impôts communs, prélevés au niveau
européen sur les bénéfices des sociétés, les hautes revenus et hauts patrimoines et
les émissions carbone.6

- deuxièmement, le budget européen actuel n’a pas pour priorité le financement des
biens collectifs européens : plus de 37% des dépenses sont consacrées à des
dépenses agricoles et des aides directes dans le cadre de la PAC (qui représente à
elle seule 29,9% du budget européen) ; la première dépense aujourd’hui est
consacrée aux fonds de cohésion (48,1% du budget) qui consiste à réduire les écarts
entre les territoires européens. Si ces efforts sont nécessaires, il ne reste que très
peu de moyens pour financer des politiques communes sur les grands défis de
notre siècle. Fidèles à la philosophie d’une valeur ajoutée européenne, notre
budget prévoit de s’attaquer à ces défis au niveau européen. Ainsi, pour nous
donner les moyens de créer un nouveau mode de croissance soutenable,
respectueux de l’environnement, limitant nos émissions de carbone, nous
consacrons 25% de notre budget aux investissements dans la recherche et le
fonctionnement des universités et créons un fonds générant les 2,1% du PIB
d’investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de température de l’accord
de Paris. Notre fonds est trois fois plus ambitieux que l’actuel plan Juncker, fonds
qui finance encore la vieille économie, comme des autoroutes. Le second défi et bien
commun que notre budget prend à bras le corps est l’accueil et l’intégration des
                                                                                                                       
6
C’est aussi un juste retour à la philosophie d’origine du budget commun européen qui prévoyait que
les ressources propres comme les droits de douane et les prélèvements agricoles seraient la
ressource principale. Mais les accords commerciaux ont réduit les droits de douane et les
prélèvements agricoles ne représentent plus qu’une part marginale des ressources aujourd’hui.
migrants. Alors que le budget actuel vise à protéger les frontières et prévenir l’arrivée
de nouveaux migrants, nous pensons au contraire qu’intégrer ces nouveaux migrants
au marché du travail européen est une véritable opportunité économique d’une part
et notre devoir pour être cohérent avec les valeurs humanistes européennes. Aussi,
notre budget est consacré à l’intégration des nouveaux arrivants pour s’assurer qu’ils
participent à revitaliser notre société et à une répartition plus juste des coûts
d’accueil des réfugiés et migrants pour garantir des conditions d’accueil
respectueuses de nos valeurs.

- troisièmement, nous reversons la moitié des nouvelles ressources directement aux


Etats pour qu’ils puissent réduire les impôts nationaux et/ou opérer des transferts
monétaires vers les populations qu’ils souhaitent. Chaque Etat sera souverain sur la
façon de dépenser ces nouvelles ressources. Ces transferts directs des ressources
propres européennes aux Etats membres sont un principe de fédéralisme budgétaire
radicalement nouveau. Nous prévoyons une limite des transferts entre pays à 0,1%
du PIB car notre objectif ici n’est pas de réduire les inégalités entre Etats membres
mais à l’intérieur des pays.

 
Budget Nouvelle Assemblée Européenne  (4%  du  PIB)
MigraHon  Asyle  et  
protecHon  des  
fronHères  
10%  
Recherche  
20%  

Université  
5%  

Fond  Européen  
Nouveau  Mode  de  
Croissance  /  Plan  
Juncker  
10%  
[NOM  DE  CATÉGORIE]  
reversées  aux  Etats    
[POURCENTAGE]   Revenus  de  
compensaHon  du  
changement  de  mode  
de  croissance  
5%  

Budget Européen actuel (1,1% du PIB)

Admin.   Horizon  2020   Research  programs  


[POURCENTAGE]   7%   (Galileo,  Egnos,  
Autres   Copernicus)  
[POURCENTAGE]  
1%  
Fonds  de  garanHe  du  
Plan  Juncker   MigraHon  Asyle  et  
3%   protecHon  des  
fronHères  
1%  

PAC  
38%  

Fonds  de  cohésion  


34%  
Ressources

Financement de la recherche aux Etats Unis

https://www.nsf.gov/statistics/2018/nsb20181/report/sections/research-and-development-
u-s-trends-and-international-comparisons/recent-trends-in-federal-support-for-u-s-r-d

Financement de la recherche en Europe

https://www.touteleurope.eu/actualite/le-fonctionnement-de-l-europe-de-la-sante.html

https://www.eea.europa.eu/fr/about-us/countries-and-eionet

Fonctionnement du FEIS/ Plan Juncker

https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-le-plan-juncker.html

http://bruegel.org/2016/05/assessing-the-juncker-plan-after-one-year/

https://www.ft.com/content/90712920-138b-11e7-b0c1-37e417ee6c76

Financement Européen des universités

http://www.cpu.fr/wp-content/uploads/2014/03/M%C3%A9mento-Programmes-
Europ%C3%A9ens-web.pdf

http://bruegel.org/2008/06/higher-aspirations-an-agenda-for-reforming-european-
universities/
Traité de démocratisation (TDEM) – www.tdem.eu
Q&A

Quel est l’objectif du Traité de démocratisation, et pourquoi faut-il créer une


Assemblée européenne?

L’objectif du Traité de démocratisation (TDEM) est de donner aux citoyens les


moyens de réduire les inégalités et de mettre en place une véritable justice sociale,
fiscale et environnementale en Europe. Jusqu’ici, l’intégration européenne a
surtout bénéficié aux acteurs économiques et financiers les plus puissants et les plus
mobiles : grandes multinationales, ménages à hauts revenus et hauts patrimoines.
En créant une Assemblée européenne, les Etats qui le souhaitent se donneront la
possibilité d’imposer à leur juste part les acteurs les plus prospères, et de financer
ainsi un budget commun permettant de mettre en place un modèle européen fondé
sur le développement équitable, social et environnemental. Ceci est impossible dans
le cadre des institutions actuelles, notamment à cause du droit de veto de chaque
pays empêchant toute politique fiscale commune.

Ce projet ne va-t-il pas se heurter au veto de certains pays?

Non : le projet a été conçu pour pouvoir être adopté par les pays qui le souhaitent,
sans qu’aucun pays ne puisse opposer son véto.
De façon générale, l’opinion publique européenne, dans tous les pays et au sein de
toutes les persuasions politiques, a été fortement sensibilisée ces dernières années
à la question du manque de justice fiscale et sociale en Europe, et en particulier au
fait que les plus grandes sociétés paient des taux d’imposition sur leurs bénéfices
plus faibles que les petites et moyennes entreprises, et que les ménages à hauts
revenus et hauts patrimoines paient des taux moins élevés que les classes
moyennes et populaires. Cette réalité est maintenant connue de tous et mine le
contrat social et le consentement fiscal en Europe. Pourtant aucun gouvernement ne
propose de solution concrète pour sortir de cette impasse. C’est pourquoi nous
pensons qu’un plan précis permettant de résoudre ce problème et d’apporter plus de
justice fiscale et sociale aux pays européens correspond aux besoins de l’Europe
actuelle, et pourrait recueillir un assentiment majoritaire dans tous les pays.
Par ailleurs, le projet a été conçu pour pouvoir être adopté par n’importe quel sous-
ensemble de pays membres de l’Union européenne. Sur le plan juridique, la logique
du Traité de démocratisation est en effet qu’il n’entre en conflit avec aucun des
traités actuels de l’Union européenne : il les complète en créant pour les pays qui le
souhaitent une souveraineté fiscale partagée nouvelle. Il ne nécessite donc
nullement l’accord de tous les pays membres de l’UE pour entrer en vigueur. Il s’agit
d’un point central : l’objectif est précisément de pouvoir contourner le possible veto
de pays refusant la possibilité d’impôts communs (comme le Luxembourg et
l’Irlande).
Combien de pays doivent adopter le TDEM pour qu’il entre en vigueur?

Il est préférable que le TDEM soit adopté d’emblée par un nombre important d’entre
eux, en particulier par les quatre plus grands pays de la zone euro : Allemagne,
France, Italie, Espagne, qui à eux quatre représentent plus de 70% de la population
et du produit intérieur brut de la zone. C’est pourquoi nous avons repris ce seuil de
70% pour l’entrée en vigueur du Traité (article 20 du TDEM), ce qui permet en outre
de donner aux Etats signataires la légitimité suffisante pour intervenir dans la
régulation de l’union monétaire.
Mais le Traité peut également être amendé afin de pouvoir être adopté par un plus
petit nombre de pays, qui peuvent ainsi exprimer leur volonté concrète d’avancer et
surtout démontrer aux autres l’intérêt de disposer d’impôts communs et d’un budget
de démocratisation. Par exemple, rien n’interdit à la France et à la Belgique, ou à la
France et à l’Allemagne, de créer une Assemblée commune ayant le pouvoir
d’adopter des impôts communs pour financer un budget commun.

Ce projet peut-il être adopté rapidement ?

Oui, en quelques mois.


En 2011-2012, de nouveaux traités ont été conclu en quelques mois afin de réformer
complètement les règles budgétaires en Europe, en particulier avec le nouveau traité
budgétaire (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe,
TSCG) et le traité créant le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le problème est
que ces traités n’ont fait que renforcer l’opacité et l’austérité en Europe. Mais leur
adoption rapide démontre qu’il est parfaitement possible techniquement d’adopter le
Traité de démocratisation, pourvu que la volonté politique existe et que les citoyens
et mouvements politiques s’engagent. Ce n’est pas en répétant que rien n’est
possible que l’on va réussir à transformer l’Europe.
Cela dit, l’expérience des autres changements de Traité suggère qu’il peut être
difficile d’adopter de telles réformes « à froid », et que c’est souvent sous le poids
d’évènements imprévus et de crises (comme la hausse des taux d’intérêt de
l’automne 2011) que de tels changements, jugés impossibles peu de temps
auparavant, font soudainement l’objet d’un consensus.
En tout état de cause, que des propositions telles que le TDEM soient adoptées « à
froid » (option qui a évidemment notre préférence) ou à la suite de crises financières
ou politiques futures (difficiles à écarter en l’état actuel des choses), cela ne doit pas
dispenser de débattre du contenu des prochains changements de Traité, bien au
contraire : il faut se préparer aux crises à venir avec un plan d’action pour
reconstruire l’Europe sur de meilleures bases. Cela permettra d’éviter de devoir de
nouveau bricoler à la dernière minute un mauvais rafistolage des traités, faute d’en
avoir débattu auparavant.
La peur des transferts entre pays ne risque-t-elle pas de conduire au rejet du
projet?

Non, car le projet prévoit explicitement que l’écart entre les recettes et les dépenses
ou reversements versés et reçus par les différents Etats signataires ne puisse
excéder 0,1% de leur produit intérieur brut (article 9 du TDEM), afin précisément de
se prémunir de ce risque de rejet. S’il existe un consensus en ce sens, ce seuil peut
être abaissé ou rehaussé, sans modifier la substance du projet.
Il s’agit d’un point fondamental, car le fantasme de « l’union de transfert » est devenu
le point de blocage de toute la réflexion européenne. Or le défi central auquel fait
face l’Europe n’est pas d’organiser de vastes transferts entre pays, mais bien plutôt
de réduire les inégalités à l’intérieur des pays. Concrètement, les inégalités à
l’intérieur des pays sont beaucoup plus importantes que les inégalités entre pays, et
c’est pourquoi nous proposons de mettre l’accent sur les premières, afin de sortir des
faux blocages. Il existe des contribuables riches en Grèce et des contribuables
pauvres en Allemagne : c’est pourquoi le TDEM est conçu pour mettre à contribution
les premiers (et plus généralement tous les contribuables favorisés d’Europe) et
bénéficier aux seconds (et plus généralement tous les contribuables défavorisés
d’Europe, quel que soit leur lieu de résidence).
Il faut toutefois souligner que ce calcul ne prend pas en compte les dépenses et
investissements réalisés dans un pays en vue de satisfaire un objectif d’intérêt
commun bénéficiant également à tous les pays, comme par exemple la lutte contre
le réchauffement climatique, ainsi que le fonds d’accueil aux réfugiés.   Cela concerne
notamment les dépenses et investissements dont la localisation géographique est
contrainte par nature (comme par exemple les centres d’accueil des migrant-es dans
certains pays frontaliers, certains aspects de la transition écologique : épuisement
différencié des sols, transition depuis les énergies fossiles rendue plus nécessaire
dans certaines régions…). Concernant le budget « universités et recherche », il serait
également justifié d’exclure les programmes de recherches liés au changement
climatique et l’accueil d’étudiants d’autres pays signataires. Ces questions peuvent le
cas échéant être précisées dans le Traité.
De façon générale, l’objectif de l’Assemblé européenne et du Budget de
démocratisation est de créer une plus grande justice fiscale et une plus grande
solidarité européenne, et nous espérons vivement que les pays signataires
accepteront de revoir ce seuil de 0,1% du PIB, et de le porter par exemple à 0,5% ou
1% du PIB. Mais cela ne doit pas servir d’excuse pour le rejet du projet, et c’est
pourquoi il nous semble plus adapté de proposer un seuil de transfert relativement
bas, du type 0,1%, en particulier pour ce qui concerne les reversements de recettes
aux Etats signataires (ce qui représente la moitié du budget proposé ; voir budget).
NB : La Commission européenne publie chaque année les « soldes budgétaires
opérationnels » pour chaque pays (différence entre les contributions versées par
chaque Etat et les dépenses dont il a bénéficié), et les plus grands contributeurs nets
sont l’Allemagne, la France et la Royaume-Uni, avec des soldes contributeurs nets
de l’ordre de 0,2%-0,4% du RNB suivant les années ; le budget et les soldes
envisagés ici s’ajouteraient à ces montants, avec un budget total envisagé atteignant
au total 4% du PIB dans la version proposée (contre 1% dans le budget UE actuel.

Pourquoi faudrait-il créer des impôts communs ?

La concurrence fiscale entre pays européens a conduit à abaisser sans cesse


davantage les impôts sur les contribuables les plus fortunés et les plus mobiles
(grandes entreprises, contribuables à hauts revenus et hauts patrimoines), au
détriment des contribuables plus modestes, qui ont vu leurs prélèvements augmenter
(notamment sous forme de TVA et autres taxes indirectes et d’impôts et
prélèvements sur les salaires). La seule façon de mettre fin à la concurrence fiscale
est de donner la possibilité à une Assemblée européenne de pouvoir voter des
impôts en commun.

Pourquoi reverser aux Etats une part importante des recettes des nouveaux
impôts?

Dans le projet de Budget proposé, il est prévu de reverser la moitié des nouvelles
recettes, soit 2% du PIB sur un total de 4% du PIB provenant des quatre impôts sur
les bénéfices, les hauts revenus, les hauts patrimoines et les émissions carbone.
Cela permettra notamment aux Etats membres d’abaisser les impôts pesant sur les
plus modestes (TVA, taxes indirects, impôts et prélèvements sur les salaires, etc.),
suivant les priorités qui sont les leurs.
L’Assemblée européenne pourrait également choisir de reverser la totalité des
recettes de cette façon. Ce n’est pas notre choix préféré, car il nous semble
important que les recettes nouvelles soient également utilisées pour financer des
investissements communs dans l’avenir. Mais un tel choix serait déjà une
amélioration considérable par rapport à la situation existante : l’Assemblée
européenne serait un outil permettant à chaque Etat membre de mettre en place une
plus grande justice fiscale.

Pourquoi faudrait-il créer des investissements communs et un budget commun


européen ?

Les États européens, qu’ils le veuillent ou non, partagent un certain nombre de biens
publics communs. Les biens communs sont des biens non exclusifs et dont les
externalités dépassent les frontières administratives, comme par exemple le climat.
Le fait que ces biens bénéficient ou coûtent aux populations sans distinction de
frontière justifie une gouvernance commune. Les pays européens partagent
également de facto un certain nombre de défis qui ne sauraient être réglés par une
gestion purement nationale. Comment imaginer réaliser la transition écologique des
économies nationales si ce n’est par une politique commune ? Comment réguler en
Europe les grandes entreprises du numérique si ce n’est par une politique
concertée ? La proposition de budget a donc pour axes les différents défis et biens
communs de l’Europe : le savoir, l’environnement, l’accueil des migrants et la
fiscalité.
L’objectif est de créer du commun européen pour permettre à l’Union européenne de
se projeter dans l’avenir par la transition de son mode de croissance et de réguler la
mondialisation, en promouvant un véritable modèle européen de développement
durable et équitable.

Pourquoi l’Assemblée européenne repose-t-elle autant sur les Parlements


nationaux et non pas sur le seul Parlement européen ? N’est-ce pas remettre
en cause un objectif supranational ?

Dans la proposition exposée dans le TDEM, nous suggérons que l’Assemblée


européenne soit composée pour 80% de ses membres de parlementaires des
Parlements nationaux (au prorata des groupes qui les composent) et pour un
cinquième (20%) de ses membres de parlementaires du Parlement européen
(également au prorata des groupes qui le compose).
La première raison pour laquelle nous souhaitons voir siéger une majorité de
parlementaires nationaux est d’abord une question de légitimité sur les mesures
fiscales : l’un des blocages principaux à l’unification fiscale est le refus des
Parlements nationaux de perdre le monopole de cette prérogative.
De plus, et surtout, il nous semble essentiel que les élections législatives nationales
deviennent de facto des élections européennes : le projet politique national doit
s’insérer dans un projet européen si l’on veut redonner du sens au récit européen,
les campagnes nationales ne peuvent pas utiliser l’Europe comme bouc émissaire au
risque de nourrir le populisme. La représentation des députés nationaux à
l’Assemblée européenne implique que les candidats aux élections législatives
nationales ne pourront plus se défausser sur Bruxelles : ils devront expliquer aux
électeurs les projets et budgets qu’ils comptent défendre au sein de l’Assemblée
européenne. En réunissant les parlementaires nationaux européens au sein d’une
même Assemblée, on créera des habitudes de co-gouvernance, qui n’existent
aujourd’hui qu’entre chefs d’état et ministres des finances.

Le projet pourrait-il fonctionner avec une Assemblée européenne composée de


la même façon que l’actuel Parlement européen ?

Techniquement oui. Politiquement et démocratiquement, ce ne serait pas la


meilleure solution.
Dans la proposition exposée sur ce site nous suggérons que l’Assemblée
européenne soit composée à 80% de membres des Parlements nationaux et à 20%
de membres du Parlement européen. Ce choix mérite une ample réflexion. Le
pourcentage de députés nationaux pourrait être abaissé, par exemple à 50%.
Techniquement, il pourrait également être réduit à 0%, auquel cas la composition de
l’Assemblée européenne serait identique à celle de l’actuel Parlement européen,
mais avec des pouvoirs fiscaux et budgétaires beaucoup plus importants,
puisqu’actuellement le Parlement européen ne peut adopter le moindre impôt
européen, compte tenu du droit de veto de chaque Etat membre. Si une telle
proposition faisait l’objet d’un accord entre un nombre suffisant d’Etats membres,
cela serait une avancée considérable pour l’Europe, que nous soutiendrions.
Nous mettons cependant en garde sur les risques politiques et démocratiques que
comporteraient une telle solution, et plus généralement un abaissement trop
important du pourcentage de députés nationaux (au-dessous de 50%). Cela pourrait
créer à l’avenir des conflits futurs de légitimité entre l’Assemblée européenne et les
Parlements nationaux, qui jusqu’à preuve du contraire conserveraient le pouvoir de
voter l’impôt dans les différents Etats membres, et aussi celui de ratifier et de
dénoncer les traités internationaux (comme les traités européens, et en particulier le
TDEM). Il paraît nettement préférable d’européaniser les Parlements nationaux en
les plaçant au cœur de la démocratisation de l’Europe.

Quelle est la différence avec les projets de « budget de la zone euro » proposés
par les gouvernements français et allemands?

En juin 2018, dans la déclaration de Meseberg, le couple franco-allemand s’est mis


d’accord sur une feuille de route pour mettre en place un budget pour la zone euro à
horizon 2021. L’objectif évoqué de ce budget est la convergence au sein de la zone
euro et sa stabilisation. Les différences avec notre projet sont très nombreuses.
De façon générale, le projet Macron-Merkel est extrêmement flou, alors que le nôtre
est précis ; le flou du projet Macron-Merkel est d’autant plus problématique que cela
permet d’alimenter tous les fantasmes anti-européens. Par exemple les
eurosceptiques peuvent évoquer le risque d’énormes transferts entre pays sans que
l’on puisse les démentir, ce que notre projet permet de faire en plafonnant
drastiquement et explicitement les transferts entre pays.
Par ailleurs, le budget évoqué dans le projet Macron-Merkel ne dépasse pas
quelques dixièmes de points de PIB, alors que le nôtre se monte à 4% du PIB (ou
davantage si l’Assemblée européenne le décide)
Ensuite, le projet Macron-Merkel ne change rien à l’opacité de la gouvernance
européenne actuelle (la gouvernance évoquée repose sur l’Eurogroupe, la
Commission et le MES), alors que notre projet repose repose sur une profonde
démocratisation de l’Europe, avec la création d’une Assemblée européenne
démocratique composée de députés nationaux et européens, qui aura le dernier mot
sur les autres instances pour le vote du budget
Enfin, le budget proposé ici est plus ambitieux qu’un simple outil de stabilisation ou
de convergence : c’est un budget qui vise à créer du commun, à mettre en place des
projets collectifs de l’Union Européenne dans son ensemble.
Quelle est la différence avec le projet d’Assemblée parlementaire franco-
allemande évoquée en octobre 2018?

En octobre 2018, les gouvernements français et allemands ont évoqué la possibilité


de création d’une Assemblée parlementaire franco-allemande pour débattre d’un
certain nombre de sujets, en particulier sur les questions de défense.
La différence centrale que cette Assemblée parlementaire est purement consultative
(comme d’ailleurs la conférence des parlements nationaux qui existe déjà dans le
cadre des traités actuels), alors que nous proposons la création d’une Assemblée
européenne qui disposerait d’un véritable pouvoir fiscal et budgétaire lui permettant
d’adopter en dernier ressort des impôts communs alimentant un budget commun.

Le Manifeste pour la démocratisation est-il de gauche ou de droite ?

Le Manifeste s’adresse à tous les citoyens et mouvements politiques européens qui


s’y reconnaîtront et voudront contribuer à l’améliorer, sans exclusive d’aucune sorte.
Notre objectif est d’alimenter un débat de fond, au-delà des étiquettes du passé.
Dans la mesure où il met l’accent sur la justice sociale et fiscale et sur la possibilité
d’adopter des impôts européens sur les acteurs économiques les plus riches et les
plus puissants, il est naturel de rattacher ce Manifeste à la gauche. Il s’agit dans ce
cas du Manifeste d’une gauche vraiment européenne, et vraiment de gauche. La
plupart des rédacteurs et des premiers signataires du Manifeste se reconnaissent
dans cette description.
Mais il nous semble surtout que la question de la justice sociale et fiscale en Europe
a vocation à rassembler au delà des clivages habituels : de nombreux citoyens
européens de toutes tendances, et surtout de nombreux citoyens désabusés et qui
ne reconnaissent pas dans l’offre politique existante, souhaitent que les acteurs
économiques les plus puissants soient mis à contribution au moins autant que les
plus modestes. De nombreuses réformes portées par la « gauche » dans le passé,
comme le suffrage universel ou l’impôt sur le revenu, sont depuis longtemps
devenues consensuelles.
Enfin, la question centrale de la construction d’une Assemblée européenne légitime
et souveraine, s’appuyant à la fois sur les Parlements nationaux et le Parlement
européen, va au-delà des clivages traditionnels, tout simplement car elle ne s’est
jamais posé : jamais dans le passé de vieux Etats nations n’ont choisi de mettre en
commun leur souveraineté fiscale de façon aussi ambitieuse que ce qui est proposé
ici. Notre objectif est de contribuer à ce débat fondamental, et non d’enfermer les uns
et les autres dans leurs certitudes de « gauche » et de « droite ».

Pourquoi appeler ce budget « Budget de démocratisation » ?

L’exercice budgétaire est au cœur du processus démocratique : dans un pays,


l’exercice budgétaire concrétise le projet politique du gouvernement et fait jouer les
forces démocratiques via la proposition et l’adoption du budget annuel du
gouvernement. Le budget est donc l’acte fondateur d’une communauté politique
dans la mesure où il crée l’espace politique et le levier démocratique. Créer un
budget européen c’est donc créer une communauté politique européenne, un espace
public et démocratique.
De plus, ce budget servira à financer les conditions mêmes de la viabilité de la
démocratie en Europe. En assurant le respect de la justice sociale et en assurant
une croissance durable et plus équilibrée, ce budget répondra aux risques auxquels
fait face l’Europe. L’État social, pour maintenir sa légitimité, doit être capable de
redistribuer de manière équitable les richesses créées. L’Europe, pour justifier la
légitimité du marché commun, doit être capable de réguler la mondialisation et
d’orienter les économies vers une croissance non néfaste.

Pourquoi est-il urgent d’adopter le TDEM ?

Face à l’urgence financière, les États ont mis en place un véritable gouvernement
économique européen pour gérer les défis de la crise de la dette. Le problème est
que ce gouvernement d’urgence s’est institutionnalisé sans se démocratiser et il
reste très opaque pour les citoyens.
Après l’urgence financière, l’Europe fait face à une véritable urgence sociale,
démocratique et écologique. La montée du repli identitaire, la perte de sens du projet
européen, le sentiment d’abandon de certaines parties de la population et le montée
des inégalités fait que l’Union européenne est devenu le bouc émissaire et le
responsable désigné des tensions sociales.
Cette urgence justifie la mise en place d’un nouveau gouvernement européen,
l’Assemblée européenne, qui permettra la démocratisation de la gouvernance
économique et sociale de l’Union européenne. Le projet du TDEM est de permettre
la reconquête démocratique de l’UE en donnant des outils concrets et réalistes pour
reprendre en main le projet européen et répondre aux défis sociaux et écologique, de
créer un espace politique commun qui permette aux citoyens de réécrire un récit
commun autour de l’Europe. Ce projet vise à sortir de l’impasse européenne en
créant un commun européen.

En quoi ce projet est-il différent d’un énième appel pour l’Europe sociale ?

En plus d’être un appel à la remobilisation d’une dynamique européenne, ce projet


apporte enfin des propositions concrètes et précises permettant de transformer
l’Europe et de mettre en place une plus grande justice fiscale et sociale. Nous
formulons des propositions budgétaires et juridiques construites qui sont applicables
telles quelles mais qui sont aussi des outils pour négocier, une base de discussion
précise, qui montre qu’il est possible de faire des choses en Europe, que tout n’est
pas bloqué. Nous proposons une utopie concrète, que nous espérons performative.
Que deviendrait le Parlement européen ? Comment la nouvelle Assemblée
européenne s’articulerait-elle avec les autres institutions ?

Il existe aujourd’hui un gouvernement économique européen qui s’est autonomisé


par rapport à la gouvernance de l’Europe initiale et au Parlement européen autour de
l’Eurogroupe. Cela justifie la création d’une nouvelle Assemblée pour contrôler
démocratiquement ce gouvernement économique. D’autre part, l’Assemblée
européenne a des compétences fiscales et se conçoit donc comme une instance
européenne des Parlements nationaux tandis que le Parlement européen a un statut
plus transnational. Le Parlement européen ne serait cependant pas étranger à cette
nouvelle Assemblée puisque certains de ses députés y siègeraient.

Qu’entendez-vous par la mise en commun des dettes ?

Nous proposons la possibilité (si l’Assemblée européenne le décide) d’une mise en


commun du taux de refinancement des États pour tout ou partie de leurs dettes
(article 10 du TDEM). Cette proposition s’inspire du « fonds de rédemption de la
dette publique » proposé en 2012 par le conseil d’économistes auprès de la
Chancellerie allemande, à la différence importante près que c’est une instance
démocratique (l’Assemblée européenne) et non une règle automatique qui décidera
du rythme de remboursement. Chaque pays continuerait de rembourser sa propre
dette mais à un taux d’intérêt identique pour tous. Cela permettrait d’éviter une crise
des spread comme celle que l’on a vécue et instituerait un nouveau point de
référence plus satisfaisant que celui du marché.
Il faut toutefois souligner que le TDEM a été bâti principalement autour de la
problématique de la justice fiscale, et en particulier autour de l’idée d’une Assemblée
européenne adoptant des impôts communs afin de financer un budget de
démocratisation. Les questions de l’emprunt, de la dette publique et de la monnaie
jouent également un rôle dans le TDEM, mais elles font partie des multiples points
sur lesquels notre proposition peut et doit être précisée et améliorée. De façon
générale, l’objectif du TDEM n’est pas de clore la discussion mais de l’ouvrir sur une
base précise, afin que chacun puisse s’en saisir, l’amender et l’améliorer.

Votre proposition est-elle la seule possible, ou est-il possible de l’amender ?

Nous insistons sur le fait que l’ensemble de notre proposition est amendable et
modifiable et ne constitue qu’une base de discussion. En particulier, de très
nombreux paramètres peuvent être modifiés. Ainsi, le pourcentage de députés
nationaux (80% dans le projet actuel) peut être abaissé. Le plafond de transferts
fiscaux à 0,1% du PIB est également ajustable selon si l’on souhaite orienter le
budget vers un objectif de convergence des économies ou bien se concentrer sur la
réduction des inégalités au sein des différents pays et de financer des projets
communs d’avenir. Autre exemple : nous avons proposé que le traité puisse être
adopté par des États représentant au minimum 70% de la population. Il nous semble
que ce chiffre représente un seuil souhaitable pour que le contrôle de la
gouvernance économique de l’Europe soit légitime. Cependant, on peut imaginer
que le traité soit adopté par des pays représentant une proportion moindre de la
population, uniquement sur son aspect budgétaire : une assemblée commune
franco-belge ou franco-allemande ou franco-belgo-allemande levant un impôt
commun sur les sociétés ou les grandes fortunes serait déjà une avancée non
négligeable !
Notre objectif n’est pas de clore le débat mais de l’ouvrir sur des bases précises :
chacun est en droit d’être en désaccord avec nos propositions, mais à condition de
dire précisément les alternatives envisagées. Le débat européen se meurt des
affirmations selon lesquelles « rien n’est possible » ; espérons que le temps des
propositions soit arrivé.

Les traités européens ne mériteraient-ils pas d’être remis en cause plus


globalement ?

La proposition du TDEM vise à se donner les moyens d’agir avec les pays qui les
souhaitent, sans qu’aucun pays ne puisse apporter son véto et bloquer l’ensemble.
Mais il est bien évident que l’idéal à terme serait de refondre l’ensemble des traités
européens. Il est trop facile cependant de dire que l’on va dénoncer l’ensemble des
traités sans dire précisément avec quels nouveaux traités on propose de les
remplacer. Le fait de dénoncer certains aspects des traités existants peut constituer
une stratégie utile à l’avenir, mais seulement à la condition de faire des propositions
constructives et alternatives : c’est l’esprit du TDEM.

Pourquoi ne pas améliorer ce qui existe déjà, dans le cadre des institutions
actuelles ?

Le problème est que les institutions européennes actuelles, à cause notamment du


droit de veto de chaque pays sur les questions fiscales, ne permettent pas d’avancer
vers une plus grande justice fiscale. Faire croire le contraire, alors que les citoyens
européens constatent depuis des années que cela ne fonctionne pas, revient à
aggraver le sentiment de défiance face aux institutions européennes.

Comment est-il possible que certains pays avancent sans les autres ? Est-ce
autorisé par les traités actuels ?

Tous les pays ont toujours le droit de conclure des traités bilatéraux ou multilatéraux
entre eux, à partir du moment où cela ne viole pas les traités qu’ils ont déjà conclu
dans le passé (sauf bien sûr à dénoncer ces derniers). En l’occurrence, le TDEM ne
viole aucun des traités européens existants, car les nouvelles souverainetés
attribuées par le TDEM à l’Assemblée européenne (en particulier sur le plan fiscal)
ne sont pas couvertes par les traités actuels.
Quel est l’intérêt de n’avancer qu’avec quelques pays ?

L’une des raisons pour laquelle l’Europe est réputée immuable est la lourdeur des
négociations à 27 ou 28 pays. L’Union européenne a été construite par quelques
pays avant de s’étendre. Il paraît logique qu’elle avance dans un premier temps en
petit comité. Le système actuel des « coopérations renforcées » est insuffisant car il
ne s’appuie pas sur de véritables institutions démocratiques : d’où la proposition de
TDEM et de création d’une Assemblée européenne, qui de facto fournit un cadre
démocratique légitime pour l’adoption de « coopérations renforcées » beaucoup plus
ambitieuses que celles permises actuellement, notamment sur le plan fiscal et
budgétaire.

Quel intérêt auraient l’Irlande ou le Luxembourg à rejoindre le budget qui


impose un taux d’IS minimal élevé ?

Le budget proposé ne consiste pas uniquement en des impôts, ce sont aussi des
investissements dans des projets d’avenir. La concurrence fiscale est un levier de
développement peu solide et peu créateur de valeur ajoutée, la transition écologique
de l’ensemble d’un continent en coopération est un levier de développement bien
plus attrayant. Il faut rompre le cercle vicieux de la concurrence déloyale.
Par ailleurs, rien n’oblige l’Irlande ou le Luxembourg à rejoindre le projet dans
l’immédiat. Simplement, rien ne leur permet de bloquer les pays qui souhaitent
avancer. Les pays rejoignant le TDEM auront ainsi la possibilité de démontrer aux
autres l’intérêt d’avoir des impôts et des budgets communs, et de les convaincre
ainsi de rejoindre le projet.

Pourquoi ne pas utiliser le mécanisme de la "coopération renforcée", prévu par


les Traités existants?

La "coopération renforcée" entre Etats Membres de l'Union est parfois présentée


comme un mécanisme permettant de dépasser le verrou de l'unanimité, notamment
dans le domaine fiscal. Mais en réalité, ce mécanisme repose sur des règles
extrêmement contraignantes qui bloquent aujourd'hui de véritables avancées en
matière fiscale ou institutionnelles. En effet, la mise en oeuvre d'un impôt commun
sur les sociétés (ou de tout autre impôt commun) dans le contexte de la coopération
renforcée nécessiterait un minimum de 9 Etats participants, ainsi que l'accord du
Conseil, à la majorité qualifiée.

Concrètement, cela veut dire qu'en plus que de s'assurer de la participation de 9


Etats Membres, il faudrait obtenir le vote de 55% des Etats Membres au Conseil,
représentant 65% de la population, pour valider l'initiative. Plus contraignant encore:
si la Commission ne donnait pas son accord au préalable (ce qui est probable) il
faudrait obtenir l'accord de 72% des Etats Membres représentant 65% de la
population de l'Union! Et enfin, 4 Etats représentant 35% de la population pourraient
bloquer net la proposition.
En bref, la coopération renforcée ne permet pas aujourd'hui à un petit groupe de
pays de se lancer dans une harmonisation fiscale ou une réforme institutionnelle
ambitieuse. A l'inverse, rien n'empêche à quelques Etats pionniers de créer des
impôts communs en s’appuyant sur un Traité et une Assemblée du même type que
ce que nous proposons. Nous pensons que cela pourrait créer une dynamique
d'entraînement (comme ce fut le cas aux débuts de la construction Européenne)
capable de briser l'inertie institutionnelle actuelle.

Comment pouvez-vous être sûrs que l’Assemblée européenne adoptera un


Budget du type que ce celui que vous proposez ?

Par définition nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce que l’Assemblée


européenne adoptera. Mais nous sommes convaincus que la seule façon de faire
avancer l’Europe est de faire confiance à la démocratie.
Actuellement, compte tenu de la règle de l’unanimité fiscale, il n’existe aucune
possibilité d’adopter des impôts communs pour réduire les inégalités en Europe.
Avec l’Assemblée européenne et le TDEM, cette possibilité existera. Au pire,
l’Assemblée européenne n’adoptera aucun de ces impôts, ou bien ne les adoptera
qu’avec des taux extrêmement réduits, tout du moins dans un premier temps. Mais
cela n’empêchera en rien les Etats de continuer de suivre les politiques fiscales
menées actuellement : l’Assemblée européenne ouvre la possibilité d’adopter des
impôts communs, et en l’occurrence des impôts redistributifs et écologiques (impôts
sur les bénéfices des sociétés, sur les hauts revenus, sur les hauts patrimoines et
sur les émissions carbone), mais ne retire rien aux droits des Etats.
Par ailleurs, toute l’histoire parlementaire et fiscale démontre que le fait de créer des
assemblées parlementaires dotées de pouvoirs fiscaux importants bouleverse très
rapidement les dynamiques politiques. Dès lors que le 16e amendement à la
Constitution américaine a été adopté en 1913, le Congrès fédéral a très vite utilisé
ses nouveaux pouvoirs pour adopter les impôts sur les revenus et les patrimoines
hérités parmi les plus progressifs de l’histoire. A l’inverse, c’est l’absence d’un
pouvoir parlementaire fiscal fédéral et la course-poursuite entre Parlements
nationaux qui explique pourquoi l’Europe s’est lancée depuis les années 1980-1990
dans un abaissement généralisé des taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés,
alors que le Congrès fédéral étatsunien maintenant un IS à 35% (jusque
récemment), en sus des impôts des Etats. Si une Assemblée européenne en avait le
pouvoir, il est probable qu’elle choisirait un impôt commun à taux élevé sur les
bénéfices des sociétés, afin de mettre contribution les acteurs économiques les plus
puissants, comme le demande très majoritairement l’opinion européenne, au-delà
des clivages politiques.

Est-ce que la création d’une Assemblée parlementaire est le meilleur levier de


démocratisation ?

Il existe aujourd’hui bien d’autres pistes de démocratisation qui ne peuvent être


négligées, à commencer par la palette large des outils de la « démocratie
participative ». Le traité pourra bien sûr être enrichi sur ce point mais on aurait tort
d’opposer la démocratie des parlements à celle des mobilisations citoyennes et des
formes de contre-expertise. Tous les enseignements récents en la matière montrent
que ces dernières ont vocation à être articulées et structurées aux formes de la
démocratie représentative si l’on souhaite éviter qu’elles ne demeurent des solutions
cosmétiques comme c’est trop souvent le cas au niveau européen, national ou local.
Au contraire, en faisant une greffe démocratique au cœur du bloc de pouvoir que
constitue le gouvernement économique européen, on ouvre une brèche dans
laquelle les causes citoyennes jusqu’ici évincées comme les voix hétérodoxes
jusqu’ici marginalisées pourront désormais s’engouffrer. Par ses pouvoirs d’audition
et d’enquête, par la capacité d’expertise économique pluraliste dont elle est dotée, et
par ses pouvoirs de proposition et de décision en matière législative et budgétaire,
l’Assemblée et ses différents groupes politiques constitueront bien au contraire un
allié et un levier politiques essentiels pour porter ces voix au cœur du gouvernement
de l’Union.

En quoi ce traité de démocratisation diffère de celui qui avait été proposé dans
le cadre de la campagne présidentielle de 2017 (Pour un traité de
démocratisation de l’Europe, Seuil 2017) ? Quels changements ont été
introduits ?

Le T-Dem n’a jamais été pensé comme une proposition clé-en-main mais comme un
work-in-progress ouvert aux retouches et aux correctifs. Sa publication dans neuf
langues européennes et les nombreux débats qu’il a suscités ont aussi permis de
faire apparaître quelques évolutions possibles.
La modification principale introduite ici tient à l’ouverture du Traité de démocratisation
à la signature de l’ensemble des 27 Etats-membres de l’Union, et non plus aux seuls
membres de la zone euro. C’est pourquoi nous parlons désormais d’Assemblée
européenne et non plus d’Assemblée parlementaire de la zone euro.
C’est plus conforme à l’idée que nous nous faisons de la communauté de destin
européenne : celle-ci tient moins à l’appartenance ou non à l’€ qu’à la volonté
marquée de participer à la communauté politique que dessine, par les impôts et par
les investissements du long terme, le Budget des biens publics d’échelle
européenne. C’est pour cette raison que le Budget apparaît désormais dès l’article 1,
comme élément central de la refondation démocratique de l’Union.
Mais c’est aussi plus conforme au gouvernement économique de l’Union tel qu’il
fonctionne aujourd’hui. De la surveillance européenne des politiques budgétaire et
fiscale des Etats membres (« Semestre européen ») à l’autorité de supervision des
banques privées en passant par les politiques de redressement des Etats en
difficulté financière, ce nouveau gouvernement économique européen a beau avoir
des contours institutionnels chaque fois différents, il affecte bel et bien toujours
l’ensemble des citoyens de l’Union. Ce n’est sans doute pas une surprise de ce
point de vue là si une part importante des réunions de l’Eurogroupe ont désormais
lieu non plus à 19 (Etats ayant l’euro pour monnaie) mais bien à 27.
Par ailleurs, la version de 2018 du T-Dem est beaucoup plus ambitieuse en termes
de justice fiscale et environnementale (avec la possibilité d’adopter des impôts
communs sur les hauts revenus, les hauts patrimoines et les émissions carbones, et
non plus seulement les bénéfices des sociétés), et inclut un projet de Budget
permettant de mesurer concrètement le type de modèle européen de développement
que cette proposition de démocratisation pourrait permettre de promouvoir.

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