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DROIT ADMINISTRATIF GENERAL

INTRODUCTION

Le droit administratif général est l’une des principales branches du droit public et est la partie
centrale du droit administratif1. Il pose les règles de base du droit administratif et s’intéresse
principalement à la connaissance de l’organisation générale de l’Administration, de ce par
quoi se traduit son activité et du régime dont cette activité relève2. En d’autres termes, le droit
administratif général s’intéresse aux activités des organes administratifs, des moyens
juridiques, humains et matériels dont disposent l’Administration pour réaliser sa mission de
satisfaction d’intérêt général. Ce droit s’intéresse également aux conditions dans lesquelles
l’activité de l’Administration doit être exercée pour être conforme au droit. En outre, ce droit
là vise à obliger l’Administration à réparer les conséquences dommageables causées par elle.

Le droit administratif général n’est pas un fait du hasard ; il est historiquement lié à la
formation de l’Etat en France et est le produit de la société française à un certain stade de son
développement économique, social et politique. Ce droit là s’intéresse à l’Administration (il
n’est pas le droit de l’Administration publique), qu’il saisit comme un sujet de droit. Il est
considéré comme le droit applicable à l’Administration. L’Administration étant caractérisée
par la rationalité (chaque agent occupe une fonction avec une compétence bien délimitée) et la
hiérarchie (les différentes fonctions sont établies selon une stricte hiérarchie où le pouvoir se
trouve reparti à différents niveaux de façon à ce que le niveau supérieur contrôle le niveau
inférieur), le droit administratif est le droit d’une partie de l’Etat.

Avant même de le définir de manière précise, retenons simplement que le droit administratif
est un ensemble de règles spéciales qui s’appliquent à l’Administration. La spécificité de ce
droit met en lumière les relations que l’Administration entretient avec les individus. Il s’agit
de concilier les pouvoirs puissants accordés à l’Administration pour l’accomplissement de ses
missions avec le respect des droits et libertés reconnus aux particuliers3. L’Administration est
ainsi soumise à un droit qui régit à la fois son organisation et son activité par de là les rapports
que celle-ci entretient avec les administrés. Ces administrés sont sa raison d’être d’autant
qu’elle tend à satisfaire les besoins de ceux-ci par l’exercice d’activités d’intérêt général, plus
précisément, par des activités de service public4.

1
René CHAPUS, Droit administratif général, Tome 1, Paris, Montchrestien, 2001,15ème édition, p. 9.
2
2
Ce qui suppose l’existence d’un droit administratif spécial fait de matières détachées du droit administratif
Ce qui suppose l’existence d’un droit administratif spécial fait de matières détachées du droit administratif
général tout n’étant pas dépourvues de tout avec ce dernier. Il s’agit notamment du droit des différents services
publics, du droit public économique, du droit de l’urbanisme et de celui de l’aménagement du territoire. Voir
dans ce sens André de LAUBADERE, J-C VENEZIA, Traité de droit administratif, T. 3 : Les grands services
publics administratifs, LGDJ, 6ème édition, 1997. J-P LEBRETON, Droit de l’urbanisme, Paris, PUF (Droit
fondamental), 1993.
3
Bertrand SEILLER, Droit administratif, Les sources et le juge, Paris, Flammarion, 5ème édition, 2013, p. 14.
4
René CHAPUS, Droit administratif général, Tome 1, Paris, Montchrestien, 2001,15ème édition, p.1.

1
Le droit administratif général a des fondements philosophiques et politiques qui découlent de
l’idéologie libérale ; il est un droit d’inspiration libérale et repose essentiellement sur des
valeurs issues de l’idéologie des droits de l’homme et de celle de l’intérêt général.

Ce droit a aussi des fondements institutionnels. En effet, il est d’abord un droit étatique qui
s’applique à l’Administration et au-delà à l’Etat. Le droit privé régit les relations entre
particuliers, le droit public, les rapports des particuliers avec l’Etat et les autres personnes
morales de droit public (collectivités locales et établissements publics) dont il fixe les règles
d’organisation. Il se distingue du droit constitutionnel qui s’intéresse aux fondements et à la
structure de l’Etat, aménage les organes gouvernants et précise les rapports entre le pouvoir et
les citoyens. Il est par conséquent un droit étatique spécifique et découle principalement de la
séparation des autorités administratives et judiciaires (lois des 16 et 24 août 1790 et le décret
du 16 fructidor an III).

Le droit administratif général présente certains caractères et repose sur des bases incertaines.
Il a pour objet l’administration publique. Appréhender donc le droit administratif général,
c’est au préalable cerner la notion du droit administratif (chapitre I) tout en s’intéressant à
l’organisation administrative (chapitre II).

Chapitre I : LA NOTION DE DROIT ADMINISTRATIF

Le droit administratif est le droit de l’Administration (il s’agit plutôt du droit applicable à
l’Administration). En tant que tel, il est appréhendé comme l’ensemble des règles
d’organisation et de fonctionnement de l’Administration. Il est en tant que droit applicable à
l’administration, le droit de la puissance publique dans ses relations avec les administrés. Ce
droit là vise en effet à régler les litiges, la manière de mettre fin aux litiges que suscite
l’activité de l’administration. En tant que discipline juridique particulière, le droit
administratif, pour l’essentiel, n’est pas codifié. Pour mieux saisir donc une telle discipline
juridique, il s’impose d’abord et avant tout de définir et de comprendre ce que recouvre le
terme « administration » et ensuite d’appréhender le droit administratif comme instrument de
soumission de l’Administration au droit.

2
Section I – La définition du terme « administration »

Pour comprendre la soumission de l’Administration au droit, il nous faut préalablement


identifier la notion d’Administration. L’Administration apparaît comme l’ensemble des
moyens permettant d’exécuter les décisions du pouvoir politique. Le mot « administration »
désigne à la fois une fonction, celle d’exécuter les décisions du pouvoir politique et l’organe
qui l’exerce, une activité et une organisation. Il revêt à cet égard deux sens ; il peut être perçu
soit comme un organe, soit comme une activité.

Sous-Section I – L’Administration comme un organe

Ici, l’administration s’écrit avec « A ». Elle est l’institution chargée de faire fonctionner une
catégorie de services5. Au sens organique, l’Administration est l’ensemble des institutions
publiques chargées de faire fonctionner des services d’intérêt public. Il s’agit en effet des
institutions dépendant du pouvoir exécutif incluant par extension les institutions
administratives locales. Elle désigne donc l’ensemble des personnes morales (Ex : les
établissements publics (les Universités publiques, les Chu) et les personnes physiques (les
fonctionnaires, les contractuels) qui accomplissent les activités de l’administration.

Elle exclut par conséquent le Parlement qui n’intervient pas directement dans
l’Administration et n’est pas un organe administratif. Cette définition exclut également les
organes juridictionnels qui, bien qu’intervenant pour trancher des litiges pouvant impliquer
l’Administration, ne participent pas pour autant de l’Administration.

L’Administration est donc perçue, d’un point de vue organique, comme un ensemble de
services et d’agents subordonnés à l’appareil politique (exécutif). Mais, limiter
l’Administration à un ensemble d’institutions qui composent le pouvoir exécutif et soumis au
pouvoir hiérarchique de ce dernier, c’est s’éloigner de la réalité qu’est l’Administration. Il
nous faut recourir au second sens, le sens matériel, lequel perçoit l’Administration comme une
activité, c’est à dire un ensemble de structures ordonnées de façon cohérente et visant un
objectif : la satisfaction de l’intérêt général.

Sous-Section II – L’administration définie comme une activité

5
Henri CAPITANT, Vocabulaire juridique, 1936, V° « Organe ».

3
Là, l’administration s’écrit avec « a ». L’administration désigne l’ensemble des activités qui
ont pour but la satisfaction de l’intérêt général des populations. A la différence des personnes
privées qui poursuivent le plus souvent un intérêt particulier qui peut être d’ordre financier,
moral ou intellectuel, l’activité de l’administration vise principalement à satisfaire l’intérêt
général. L’administration ici est une activité, mais une activité désintéressée qui tend avant
tout à satisfaire l’intérêt général. Selon le Conseil d’Etat, cette satisfaction de l’intérêt général
est l’unique justification de l’action publique6. Il est considéré comme la somme des intérêts
particuliers ; il les transcende pour promouvoir l’unité de la Société. Ex : le récurage des
caniveaux ; les vaccinations gratuites à la PMI ; la délivrance de CNI.

On peut alors soutenir avec Jean RIVERO que le moteur normal de l’action des particuliers
est la poursuite d’un avantage personnel, le profit matériel, la réussite individuelle… alors que
le moteur de l’action administrative est la poursuite de l’intérêt général. En effet, il existe
certaines nécessités auxquelles l’initiative privée ne peut répondre et qui sont vitales pour la
communauté nationale toute entière et pour chacun de ses membres (le besoin de sécurité
nationale). Ces nécessités qui constituent le domaine propre de l’administration entrent dans
la sphère de l’intérêt général.

Ainsi, l’administration, au sens matériel, définie comme une activité exercée par n’importe
quel organe, recherche prioritairement la satisfaction de l’intérêt général.

Le fait de légiférer qui consiste à élaborer et à édicter les règles générales qui régissent
l’ensemble des activités publiques ou privées, diffère profondément de la mission de faire
fonctionner les services d’intérêt public. De la même manière, le pouvoir de juger, c’est à dire
d’appliquer la règle de droit à des litiges et d’en énoncer les conséquences, se distingue de la
mission d’administrer. Cette mission d’application de la règle de droit est soumise à un cadre
et non à un but. Il en va pareillement des activités gouvernementales qui revêtent un caractère
politique alors qu’administrer, au sens matériellement, se traduit par l’application concrète de
la politique gouvernementale en vue de la satisfaction de l’intérêt général.

Au regard de la définition organique et celle matérielle, un constat s’impose. L’on peut


constater que l’examen des sens organique et matériel du terme administration relève
l’existence de quatre hypothèses possibles :

6
Conseil d’Etat, Rapport public 1999, La Documentation française, 1999, p. 272.

4
- Une Administration (sens organique) peut exercer une activité d’administration (sens
matériel). Exemple : un préfet délivre un permis de conduire.
- Une Administration peut également avoir une activité extra-administrative. exemple :
un maire assure l’entretien d’une forêt communal : intérêt patrimonial de la commune
prioritairement protégé.
- Une personne qui n’appartient pas à l’Administration peut remplir une mission
relevant de l’administration au sens matériel (satisfaction d’intérêt général). Exemple :
une entreprise privée qui assure un service de transport urbain de personnes.
- Une personne ne relevant pas de l’Administration peut exercer une activité qui ne
participe pas de l’administration. Exemple : une entreprise privée recherchant son seul
profit personnel.

Quel que soit le champ d’application du droit administratif, l’administration doit


obligatoirement être soumise à un droit qui régit à la fois son organisation, son activité et, par
la même occasion, ses rapports avec les administrés. Ce qui pourrait justifier sa raison d’être.

Section II – La soumission de l’Administration au Droit

L’activité administrative est soumise au droit par définition dans le cadre de l’Etat de droit.
En effet, l’activité administrative étant par nature une activité d’exécution, elle doit se
soumettre au droit, c’est à dire respecter les règles qui lui sont supérieures. Ce qui suppose
que l’existence même d’un droit applicable à l’administration met en avant les rapports que
l’administration entretient avec le droit administratif.

D’un point de vue des moyens, le droit administratif confère des instruments, moyens
juridiques particuliers à l’Administration en tant qu’organe : prérogatives de puissance
publique. Et d’un point de vue du champ de l’application, le droit administratif s’applique à
l’administration de façon stricte et parfois à des personnes non administratives. Il n’est donc
pas évident que l’Etat accepte de se considérer comme tenu de respecter le droit. Mais, le fait
de lui assigner pour mission de promouvoir l’intérêt général et non l’intérêt particulier relève
implicitement d’un encadrement de son activité. Ce qui signifie que, dans l’exercice de sa
mission, l’Administration en tant qu’organe est soumise au principe de la légalité qui est le
fondement même de l’Etat de droit et de l’Etat moderne.

5
Ce principe de la soumission de l’Administration au droit signifie que l’Administration trouve
dans la légalité le fondement et la limite de son action. Ce qui implique qu’elle a obligation de
non seulement se conformer au droit, mais bien plus de se soumettre au contrôle des
juridictions notamment administratives. Elle est liée par la règle de droit. L’Administration,
en tant que producteur des règles juridiques, accepte de se les voir opposer et surtout d’être
contrainte de les respecter (Etat de droit). Certes, le juge administratif admet l’existence, au
profit de l’administration, d’un pouvoir discrétionnaire dont il s’interdit de connaître. Mais,
l’Administration, malgré l’existence d’un tel pouvoir doit obéir aux normes qui constituent à
la fois le fondement, le cadre et les limites de son action, et cette soumission doit être garantie
par l’existence d’un contrôle juridictionnel.

S’il est à constater de manière historique qu’avant la Révolution, l’administration désignait


l’ensemble des services du Roi et qu’elle n’obéissait qu’au Roi à qui elle était soumise, force
est de constater que la Révolution a contribué à soumettre le Roi et l’administration au respect
du droit. Mais, il s’agit d’un droit spécifique qui a ses règles spéciales. Ce droit là est différent
du droit commun, il se distingue du droit civil. Il relève du prétoire et est qualifié de droit
prétorien : il ne se trouve pas « corseté » comme le droit civil l’est par son Code ; il est posé
par le juge et est l’œuvre de ce dernier. Le droit administratif est par ce fait un droit spécifique
applicable à l’administration, un ensemble de règles juridiques spécifiques qui concernent
l’organisation et le fonctionnement de l’administration tout en renforçant ses caractères.

Sous- section I – Le droit administratif, un ensemble de règles spéciales ou spécifiques

Les règles du droit administratif sont spéciales par rapport à celles du droit commun. Le droit
commun est, de manière générale, l’ensemble des règles générales applicables à toutes les
situations, à toutes les personnes sans distinctions dans un Etat. Plus concrètement, le droit
commun est l’ensemble des règles générales applicables à toutes les situations qui ne sont pas
soumises à des règles spéciales. Le droit commun, c’est le droit civil qu’on appelle encore le
droit privé. C’est un droit qui régit, c’est-à-dire organise ou réglemente, les relations entre les
individus ou les citoyens, c’est à dire un droit qui régit les rapports de particulier à particulier.
Le droit civil, peut-on affirmer, traite les citoyens de manière égale. C’est un droit égalitaire.

6
Or, le droit administratif est un droit, un ensemble de règles qui régit les rapports entre
l’administration et les administrés. Il est perçu comme un droit inégalitaire, dans la mesure où
il privilégie l’Administration. Cela veut dire que l’Administration dispose d’énormes
prérogatives (pouvoirs). Aussi appelle-t-on l’administration : la puissance publique comme
l’avait perçu l’école de pensée de Maurice HAURIOU.

En affirmant que le droit administratif est un ensemble de règles spéciales, c’est-à-dire


dérogatoires (distinctes) au droit commun et qui régissent l’activité administrative identifiée
comme une activité de réalisation de l’intérêt général, c’est reconnaître que cette activité est
soumise au droit dans le cadre de l’Etat de droit administratif7. Un tel constat permet de
soutenir de façon loisible que le droit administratif n’est pas le droit de l’arbitraire, d’autant
que les prérogatives de l’administration sont très réglementées et contrôlées par le juge. Le
droit administratif s’apprécie comme un ensemble de règles juridiques spéciales qui ne
s’identifie pas au droit de l’administration. Mais un ensemble de règles identifiées comme des
règles spéciales, différentes de celles du droit privé qui régissent l’activité de l’Administration
d’après son contenu, c’est à dire le service public dont la finalité est de satisfaire l’intérêt
général. Il s’agit bien entendu de deux critères, deux notions distinctes du droit administratif
qui renvoient successivement à la notion de « puissance publique » et à celle de « service
public », toutes deux soumises à des règles spéciales, distinctes du droit privé. Une telle
perception du droit administratif qui renvoie à la fois à la notion de puissance publique
(HAURIOU) et à celle de service public (DUGUIT), renforce ainsi le caractère particulier,
autonome du droit administratif.

Sous-section 2 : Le droit administratif, un droit autonome

L’autonomie du droit administratif s’affirme par rapport au droit privé ; elle découle de la
spécificité de ce droit. Comme, on l’a déjà indiqué, contrairement au système des pays anglo-
saxons, le droit administratif n’est pas soumis au droit commun. Il est un droit spécifique
justifié par la particularité de l’intérêt général, lequel ne peut être mis à égalité avec les
intérêts particuliers. L’autonomie du droit administratif s’affirme par l’existence d’un corps
de règles ayant son propre système de sources, s’ordonnant les unes par rapport aux autres, et
applicables par principe au moins à une partie de l’action administrative.

7
André de LAUBADERE, Jean Claude VENEZI, Yves GAUDEMET, Traité de droit administratif, tome 1,
Paris, LGDJ, p. 20.

7
Cette autonomie prend la forme d’un compromis entre l’intérêt public et privé. Elle signifie
tout simplement que l’intérêt qui sous-tend l’activité de l’administration ne peut être mis à
égalité avec les intérêts particuliers ; le juge a, au regard de l’activité exercée et de la
particularité de l’intérêt général, décidé de soumettre l’activité administrative à un corps de
règles différent des règles de droit privé suffisamment homogène et adapté pour régir
l’essentiel de l’activité de l’administration. Corps de règles dégagées à partir de l’arrêt
Blanco rendu par le TC le 8 février 1873, arrêt considéré comme la « pierre angulaire » du
droit administratif. Par cet arrêt, le juge a reconnu que la responsabilité de l’administration, de
l’Etat pouvait être engagée, mais cette responsabilité « ne peut être régie par les principes qui
sont établis dans le code civil pour les rapports de particulier à particulier ». Cet arrêt fonde
à la fois la spécificité et le caractère jurisprudentiel du droit administratif. Dans la
mesure où l’activité administrative nécessite d’être soumise à des règles, celles-ci doivent
tenir compte de la spécificité de l’action publique laquelle porte la marque de l’inégalité entre
les administrés et l’administration.

A partir de cet arrêt, le juge du Tribunal des Conflits a récusé la compétence du juge judiciaire
et s’est prononcé en faveur de la compétence du juge administratif au motif que la
responsabilité de l’administration « ne peut être régie par les principes qui sont établis dans
le code civil, pour les rapports de particulier à particulier (…) que cette responsabilité n’est
ni générale, ni absolue ; qu’elle a ses propres règles spéciales qui varient suivant les besoins
de service et la nécessité de concilier les droits de l’Etat avec les droits privés ». Le droit par
conséquent qui doit être appliqué à l’administration est un corps de règles spéciales, un droit
spécifique réaffirmé par le commissaire du gouvernement RIVET dans l’affaire Savonneries
Henri Olive (CE, 25 novembre 1921, RDP, 1922, p. 107) : « s’il est intéressant pour vous
(juges administratifs) de connaître les applications que font du code civil, en matière de
paiement de l’indu, les tribunaux judiciaires, vous ne sauriez oublier qu’ayant à trancher non
un litige entre particuliers, mais un litige où est partie l’Etat, votre décision peut s’inspirer de
principes différents (…) vous êtes maîtres de votre jurisprudence. A vous de la créer (…) en
ne retenant les règles du Code civil que dans la mesure où l’application en est compatible
avec les nécessités de la vie collective (…) ».

Il s’agit d’un corps de règles spéciales élaboré par le juge administratif lequel traduit
l’indépendance du droit administratif du droit privé. En Côte d’Ivoire, cette autonomie du

8
droit administratif a été affirmée par l’arrêt Centaures Routiers reprenant les considérants de
l’arrêt Blanco en France.

Il faut préciser que l’autonomie du droit administratif ne signifie pas la non-applicabilité de


principes du droit privé. Différentes règles coexistent au sein du droit administratif et sont,
pour la plupart, inspirées du droit privé.

Mais s’il arrive que le juge administratif applique une règle de droit privé à un litige relevant
de sa compétence, celui-ci reste maître de ces emprunts, il le fait en toute liberté.
L’application du droit administratif n’étant pas exclusive, on peut soutenir qu’il existe alors
des tempéraments à cette autonomie du droit administratif qui tout en affirmant le
particularisme de son contenu, le rend variable :
- le droit administratif est par son contenu, à quelque égard, totalement différent de la
règle de droit privé : c’est le cas par exemple des prérogatives de puissance publique
telles que les prérogatives de coercition que l’administration peut employer à
l’encontre des particuliers (acte unilatéral, le contrat administratif, la responsabilité
administrative)
- la règle applicable par le droit administratif est la même qu’en droit privé ; elle n’est
pas différente par son contenu de la règle de droit privé : on assiste alors dans ce cas à
une véritable réception par la jurisprudence administrative des règles de droit privé.
- le droit administratif peut expressément viser, se référer à un texte de droit civil
(article 1153 du Code civil sur les intérêts moratoires : somme destinée à réparer le
préjudice causé par le retard dans l’exécution d’une obligation).

En outre, cette autonomie qui traduit la spécificité du droit administratif est, ou du moins
semble également entamée, voire influencée, en France, par le droit européen, le droit
communautaire qui, de plus en plus, s’impose au juge administratif.

Au total, le droit administratif est le droit qui régit l’activité administrative fondée sur le
principe de l’intérêt général. Mais ce droit là obéit à une organisation administrative qui
permet d’établir les rapports entre les différentes administrations, d’un côté et de définir, d’un
autre côté, les relations entre les administrations et les administrés (particuliers).

Chapitre II : L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE

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L’organisation administrative se réalise à partir de principes de base et est visible à travers les
structures administratives.

Section I : Les principes de base

Ils peuvent être résumés en deux techniques : les techniques d’aménagement de


l’administration et les techniques de contrôle de l’administration.

I – Les techniques d’aménagement de l’administration

Il s’agit de la centralisation, de la déconcentration et de la décentralisation.

A – La centralisation

C’est la technique d’aménagement à travers laquelle le pouvoir central (gouvernement) règle


seul et directement les affaires de l’Etat. Le pouvoir central accomplit ses activités
administratives par l’intermédiaire de ses services centraux et de services locaux. La
centralisation est difficilement réalisable. On retient que toutes les décisions qui concernent
les activités administratives sont prises et coordonnées par le pouvoir central tout seul.

B – La déconcentration

C’est la technique par laquelle on organise concrètement la centralisation. La déconcentration


consiste à conférer (donner) des pouvoirs de décisions à des organes locaux qu’on appelle
autorités déconcentrées. Les autorités déconcentrées sont les représentants de l’Etat et
agissent en son nom. Ex : le préfet, le sous-préfet. Avant 2001, dans la réalité l’administration
ivoirienne était déconcentrée.

C – La décentralisation

C’est la technique d’aménagement de l’administration qui consiste à attribuer des pouvoirs de


décision à des autorités locales autonomes, c’est-à-dire différentes des autorités de l’Etat. Les
autorités locales ne représentent pas l’Etat, mais plutôt les collectivités locales ou territoriales.
Ex : les conseillers régionaux et les maires. La décentralisation est devenue réelle en Côte
d’Ivoire depuis 2001.

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II – Les techniques de contrôle

Il existe deux types différents de contrôle : le contrôle hiérarchique en matière de


déconcentration et le contrôle de tutelle en matière de décentralisation.

A – Le contrôle hiérarchique

On l’appelle aussi pouvoir hiérarchique. C’est le pouvoir qu’exerce un chef, c’est-à-dire le


supérieur hiérarchique sur ses agents subordonnés ou inférieurs. L’agent doit exécuter l’ordre
de son supérieur sauf s’il est manifestement illégal.

Le supérieur hiérarchique dispose de ce pouvoir même si aucune loi ou aucun règlement ne le


prévoit.

Ce contrôle a deux aspects :

- Ce contrôle porte sur les organes, c’est-à-dire les agents. C’est le pouvoir
disciplinaire ;

- Ce contrôle porte sur les actes des agents, c’est-à-dire que le supérieur
hiérarchique vérifie, avant et après leur édiction, qu’ils sont conformes à la légalité
(loi).

B – Le contrôle de tutelle

On l’appelle aussi pouvoir de tutelle. C’est le contrôle exercé par l’autorité centrale (ex :
ministre) sur l’activité de l’autorité décentralisée (Conseil régional) pour vérifier que la
légalité a été respectée.

Toutefois, le contrôle de tutelle doit être autorisé par une loi ou un règlement. Ceci le
différencie du contrôle hiérarchique.

Ce contrôle a aussi deux aspects comme le contrôle hiérarchique : un contrôle sur les organes
et un contrôle sur les actes.

Section II – Les structures administratives

Il y en a deux types : les administrations centrales et les administrations locales.

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I – Les administrations centrales

Elles sont dirigées par trois organes. Il s’agit de la présidence de la République, de la


Primature et des ministères.

A – La Présidence de la République

Le Président de la république est le chef de l’administration d’Etat (cf art. 46 C). Pour
l’accomplissement de ses fonctions administratives, il a à sa disposition des services
administratifs.

1 – Le cabinet du Président

Il est composé des collaborateurs personnels du Président. Il s’agit :


- du Directeur de cabinet ;
- du Directeur de cabinet adjoint ;
- de conseillers techniques ;
- d’un Etat-major particulier.

2 – Le secrétariat général de la Présidence

C’est l’organe qui gère les missions du Président de la République. Il comprend :


- un secrétaire général ;
- un secrétaire général adjoint ;
- un conseiller juridique ;
- des responsables de services administratifs, financiers, techniques et sociaux.

3 – L’inspection générale des services publics

On l’appelle aussi Inspection d’Etat. Il est composé de l’Inspecteur général, des inspecteurs
d’Etat et des inspecteurs vérificateurs.
Son rôle est de contrôler, d’inspecter le fonctionnement normal et régulier des services
publics, c’est-à-dire des les EPN, les sociétés d’Etat, les sociétés à participation financière
publique majoritaire et es organismes privés bénéficiant de subventions de l’Etat.

B – La vice-présidence

Instituée par la Constitution de 2016, la vice-présidence est une nouvelle organisation


centrale. Une loi organique devrait préciser les services qui régissent cette administration

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centrale. Mais déjà, l’on peut affirmer l’existence d’un vice-président et d’un cabinet de la
vice-présidence.

C– La primature

Elle a été instituée en 1990 quand le poste de Premier Ministre a été créé par le Président FHB
le 6 novembre 1990.

1 – Le Premier Ministre

Il est le chef du gouvernement. Il est également le chef de la primature. Le Premier Ministre a


à sa disposition des services administratifs.

2 – Les services du Premier Ministre

Ils sont composés comme ceux du Président de la République. Il y a un secrétariat général du


gouvernement et des directions centrales.

D – Les ministères

On les nomme aussi départements ministériels. Le ministère est un ensemble de services


publics organisés et hiérarchisés. Son chef est le ministre.

1 – L’organisation du ministère

Comme la Présidence de la République et la Primature, le ministère est composé :

- d’un cabinet, qui a pour rôle de conseiller (le ministre) et de contrôler (les
services du ministère) ;
- de services centraux : ce sont les directions générales, centrales et leurs
différents services. Ils sont en contact avec les administrés. Ces services préparent et
exécutent les décisions du ministre ;
- d’organismes de consultation et d’inspection.

2 – Le ministre

Il est nommé par le Président de la République. Il est, à la fois, membre du gouvernement et


chef du ministère.

a- Le ministre, membre du gouvernement

Il est en charge d’un service public ou d’un secteur d’activité (la police nationale,
l’Enseignement, la Santé, le Commerce, l’Economie, l’Agriculture, l’Industrie).

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En principe, tous les ministres sont placés sur un pied d’égalité. Mais, dans la réalité, il y a
une hiérarchie. Cette hiérarchie est d’ordre protocolaire. Ainsi, le ministre le plus important
est le ministre d’Etat, ensuite le ministre, puis le ministre délégué (auprès du Président de la
république ou du Premier Ministre) et enfin le secrétaire d’Etat.

Cependant, malgré cette hiérarchie, le ministre chargé des Finances est, en fait, le plus
important car c’est lui qui donne les moyens financiers nécessaires pour agir concrètement. Il
y a ensuite le ministre de la Défense parce que les forces armées sont placées sous son
autorité. Et enfin, le ministre de la sécurité intérieure, en charge des forces de police.

b- Le ministre, chef du ministère

En tant que chef du département ministériel, le ministre a trois pouvoirs que sont : le pouvoir
de gestion, le pouvoir de décision et le pouvoir hiérarchique.

- Le pouvoir de gestion : le ministre exerce ce pouvoir dans deux domaines. Il


s’agit de la gestion administrative et de la gestion financière. La gestion administrative
signifie que le ministre est chargé de veiller à l’organisation et au bon fonctionnement
du ministère. La gestion financière veut dire que le ministre gère le budget du
ministère.
- Le pouvoir de décision : le ministre peut prendre des mesures nécessaires à
l’organisation et au fonctionnement du ministère. Ces mesures sont des décisions ou
actes administratifs.
- Le pouvoir hiérarchique : le ministre est le chef du ministère. Il dispose du
pouvoir de contrôler les agents du ministère (c’est le pouvoir disciplinaire) et du
pouvoir de contrôler leurs actes (c’est le pouvoir d’instruction, d’approbation, de
modification ou encore d’annulation)

II – Les administrations locales

Il s’agit de l’administration régionale, de l’administration départementale et de


l’administration communale.

A – L’administration régionale

C’est un décret de 1991 qui a créé la région. Il s’agissait d’une simple circonscription
administrative, autrement dit une administration territoriale déconcentrée. Cela signifie donc
que la région était un prolongement de l’administration centrale.

Aujourd’hui, la région est, selon la constitution de 2000, une collectivité territoriale, c’est-à-
dire une administration territoriale décentralisée. Ceci veut dire que la région n’est plus un
prolongement de l’administration centrale.

La région a pour mission de favoriser la cohésion des services extérieurs et de promouvoir le


développement économique.

Actuellement, d’après l’ordonnance du 28 novembre 2011, il y a 31 régions.

14
B – L’administration départementale

Elle est composée de circonscriptions administratives animées par des organes locaux.

1 – Les circonscriptions administratives départementales

Il s’agit du département et de la s/préfecture.

a – Le département

Les départements ont été créés en CI en 1959. Le département est une circonscription
administrative, c’est-à-dire une simple division du territoire de l’Etat. Cela veut dire que le
département sert à organiser la déconcentration territoriale.

b - La sous-préfecture

C'est également une circonscription administrative qui est rattachée au département. La S/P
est composée de villages et de cantons. La S/P contribue à la déconcentration de
l'administration.

2 – Les organes départementaux

Il s’agit du Préfet et du sous-préfet.

a – Le Préfet

Le Préfet, en l’absence du Conseil général (supprimé par une ordonnance de novembre 2011),
est l’organe principal du département.

Il est nommé et révoqué par le président de la République. Il est entièrement soumis au


pouvoir central ou pouvoir exécutif.

Il est, tout à la fois, le représentant du Président de la République et le représentant du


gouvernement dans le département. Même s’il est placé sous l’autorité du ministre de la
Sécurité intérieure, il représente tous les autres ministres à qui il doit obéissance.

Les services du Préfet ou services préfectoraux sont les suivants :

- le secrétariat général : il a à sa tête le Secrétaire général de la Préfecture;

- le Cabinet : avec à sa tête, le chef de Cabinet qui est le collaborateur personnel


du Secrétaire Général;

- les divisions : elles s’occupent de la gestion administrative, économique,


financière et sociale du département. Elles sont placées sous l’autorité du Secrétaire
général.

b – Le Sous-préfet

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Il est aussi nommé et révoqué par le Président de la République. Il est le représentant du
Préfet dans sa localité. Pour l’accomplissement de ses fonctions, il est accompagné d’un
Conseil de sous-préfecture. Il s’agit d’un organe consultatif, autrement dit, il est chargé de
conseiller le sous-préfet, c’est-à-dire que le sous-préfet prend l’avis du conseil de sous-
préfecture. Les chefs de villages et de cantons sont placés sous l’autorité du sous-préfet. Il est
donc leur supérieur hiérarchique.

C – L’administration communale

Les premières communes en CI ont été instaurées pendant la colonisation. Il s’agissait de Gd-
Bassam, d’Abidjan et de Bouaké. Jusqu’en 1985, la municipalisation était faible. La
municipalisation peut être définie comme le processus de création des communes ou
municipalités. C’est donc dès 1985 que la municipalisation a commencé à connaître une
extension pour atteindre en 2010 le chiffre de 1326 municipalités ou communes. Aujourd’hui,
après la suppression de 1126 communes, il y a 197 communes. Ce chiffre est identique au
nombre de communes existantes avant 2000.

La commune est, d’une part, une circonscription administrative déconcentrée. Cela veut dire
que le maire, par exemple, est dans ce cas, un agent de l’Etat. Il est donc soumis au contrôle
hiérarchique de l’Etat.

D’autre part, la commune est une collectivité territoriale décentralisée. Cela signifie que, dans
ce cas-ci, le maire est une autorité autonome par rapport à l’Etat. Toutefois, il est soumis au
contrôle de tutelle de l’Etat. Ce contrôle porte sur les actes et sur les organes de la commune.

Les organes municipaux sont :

- Le conseil municipal : c’est l’organe qui réunit l’ensemble des conseillers


municipaux élus (au suffrage universel direct au scrutin de liste majoritaire à un tour)
pour délibérer, c’est-à-dire examiner, débattre, discuter d’une question et prendre une
décision. Le maire est, en réalité, élu par le Conseil municipal parmi ses membres. Il
préside le Conseil municipal. C’est ainsi le Conseil municipal qui délibère sur toutes
les affaires de la commune.

- La municipalité : elle est composée du maire et de ses adjoints. L’essentiel des


pouvoirs de la municipalité est détenu par le maire. Il exécute les décisions prises par
le Conseil municipal.

D – Le District

Le district est une circonscription administrative. Il s’agit d’une entité déconcentrée. Le


district n’est plus une collectivité décentralisée depuis la réforme administrative de novembre
2011.

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En tant que circonscription administrative, les limites territoriales du district peuvent
s’étendre au-delà de celles des départements et des régions. Les districts sont au nombre de
douze (12).

- Il y a deux districts autonomes que sont : le district autonome d’Abidjan et le


district autonome de Yamoussoukro.

Les districts ont pour missions :

- Conduire les grands projets d’aménagement ;


- S’assurer l’équilibre des investissements majeurs et des programmes de l’Etat
sur toute l’étendue du territoire en vue de corriger les disparités régionales ;
- Faire émerger les potentialités économiques et culturelles des grands
ensembles ;
- Lutter contre les particularismes régionaux.

A la tête du district se trouve un Gouverneur de District nommé par le Président de la


République.

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