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II. RHEOLOGIE ET LOIS DE COMPORTEMENTS ............................................................................... 1

II.1 MODELES RHEOLOGIQUES SIMPLES ........................................................................................................ 2


II.2 DEFORMATION EXPERIMENTALE ET LOIS CONSTITUTIVES ................................................................... 5
A) DEFORMATION ELASTIQUE ........................................................................................................................... 6
B) DEFORMATION DES ROCHES A BASSE TEMPERATURE ................................................................................. 10
C) FRICTION EXPERIMENTALE ET CONTRAINTES DANS LA CROUTE ................................................................. 13
D) LOIS DE COMPORTEMENT POUR LE COMPORTEMENT FRICTIONNEL ........................................................... 17
E) DEFORMATION PAR FLUAGE ........................................................................................................................ 24
II.3 STRATIFICATION RHEOLOGIQUE DE LA LITHOSPHERE ........................................................................ 28
A) MODELES THERMIQUES DE LA LITHOSPHERE.............................................................................................. 29
B) ENVELOPPE DE CONTRAINTE ET MODES DE DEFORMATIONS DOMINANTS .................................................. 30
C) CONTROLE DES MODELES RHEOLOGIQUES DE LA LITHOSPHERE ................................................................. 33
D) LIMITE DE LA PRESENTATION ADOPTEE POUR LE CHAPITRE II.3................................................................. 40
BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE II.................................................................................................................. 40

II. Rhéologie et lois de comportements


La rhéologie est la branche de la physique qui s'intéresse à la déformation des matériaux sous
des sollicitations mécaniques, thermique ou physico-chimiques. La relation (ou loi) de
comportement d'un matériau relie des grandeurs cinématiques telles que la déformation à des
grandeurs statiques comme les contraintes. De façon formelle, cette relation peut être écrite comme
σ = M ( ε,ε&,...) où M est une fonction tensorielle représentant la relation de comportement. La
structure de cette fonction repose sur la mécanique et la thermodynamique des milieux continus (cf.
chapitre III) et aussi sur des mesures de déformation expérimentale. Dans le cas le plus simple, c'est
à dire si l'on considère un solide élastique linéaire unidimensionel (un ressort idéal), cette relation
s'exprime à l'aide d'un seul scalaire comme σ =Eε ou E est le module d'élasticité du ressort. Dans
ce cas, une seule expérience de traction durant laquelle l'on mesure des couples force/allongement
permet de quantifier le comportement du ressort. La première partie du chapitre décrit quelques
modèles rhéologiques simples (unidimensionnels) parfois employés pour illustrer le comportement
de la lithosphère.
La détermination des relations de comportement pour la lithosphère ne se résume pas à un choix
parmi ces modèles, mais peut se résumer à deux étapes:
• détermination en laboratoire ou par des mesures in-situ des propriétés mécaniques des
roches, pour des sollicitations impliquant idéalement les mêmes processus de
déformations et les mêmes conditions physiques que ceux impliqués dans les
déformations géologiques; néanmoins les vitesses de déformations utilisées sont bien
supérieures (10-6 s-1) aux vitesses de déformation typique de la lithosphère (10-15 s-1).
• choix de lois de comportement appropriées pour les gammes de pression, température et
vitesse de déformation présentes dans la lithosphère ; ces lois sont souvent traduites
(mais elles ne se résument pas à cela) en des profils de résistance qui permettent de
caractériser schématiquement le comportement mécanique des différents types de
lithosphère. La rhéologie associée aux déformations localisées dans les roches et dans la
lithosphère est reprise dans le chapitre V, en y incluant les traitements numériques
correspondants.
Deux voies sont envisageables pour exploiter les lois de comportements obtenues. Il est possible de
tester la pertinence des modèles rhéologiques de lithosphère en étudiant leur compatibilité avec des
observations géophysiques liées à la rhéologie, telles que les séismes, le flux de chaleur, ou la
topographie. C’est ce qui est fait à la fin de ce chapitre. La deuxième voie est d’introduire
directement ces lois dans des modèles numériques, mécaniques ou thermomécaniques. Cette
stratégie est détaillée dans les chapitres suivants.

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II.1 Modèles rhéologiques simples

La formulation des lois de comportement fait appel à des expériences mécaniques par nature
tri-dimensionnelles, qui font apparaître des comportements réels complexes. L'objectif de ces
experiences est double. D'une part, des essais caractéristiques permettent de classer le type de
comportement du matériau (élastique, visqueux, plastique). D'autre part, ces essais permettent de
calculer de façon empirique les coefficients associés aux diverses relations de comportement. Avant
d'évoquer les expériences qui sont utilisées pour déterminer les lois de comportement des matériaux
lithosphériques, il est utile de décrire de façon simple les principaux essais mécaniques et le
comportement de matériaux idéaux. On se restreint dans ce qui suit à des essais unidimensionels.
Un essai caractéristique consiste à imposer une sollicitation connue en contrainte ou en
déformation, tout en observant l'évolution des quantités duales. On distingue trois essais
caractéristiques principaux (cf. Lemaitre et Chaboche, p. 73, 1985).
• L'essai d'écrouissage consiste à soumettre une éprouvette à une déformation à vitesse
constante. En réponse, on mesure l'évolution de la force, ce qui permet de tracer un graphe
(ε,σ). Le relachement de la force appliquée en fin d'expérience permet d'observer une
éventuelle recouvrance, qui permet d'évaluer la réversibilité de la déformation.
• L'essai de fluage consiste à appliquer une force constante, et à mesurer l'évolution de la
déformation ε au cours du temps t (pendant et aprés la sollicitation).
• L'essai de relaxation consiste à mesurer la réponse en contrainte durant l 'application d'un
echelon de déformation.
Ces trois essais sont utilisés pour identifier les réponses élastiques, visqueuses, plastiques des
matériaux. En pratique, on observe souvent un comportement qui traduit une combinaison de ces
réponses: un matériau peut être élastique au début d'une sollicitation, puis se comporter de manière
visqueuse ou plastique aprés une certaine déformation ou un certain temps. Comme le montre la
figure II.1, les modèles rhéologiques simplifiés sont souvent représentés par des associations
d'éléments mécaniques élémentaires rappelant l'élasticité (le ressort), la viscosité (l'amortisseur), et
le comportement à seuil de contrainte (le patin).

Figure II.1 : Représentation des modèles rhéologiques élémentaires ainsi que des relations contraintes - déformations

Quelques associations sont particulièrement utiles pour comprendre le comportement de la


lithosphère. Pour limiter la gamme de présentation, nous présentons ici des combinaisons
incorporant une réponse élastique. Il doit être bien clair toutefois que la portée de ces modèles est
limitée et ne permet pas d'analyser des situations réelles. Tout d'abord parce que les modèles de
déformation lithosphérique sont au minimum bidimensionnels. De plus, l'analyse de la déformation
lithosphérique nécessite une description spatiale détaillée, qui ne peut-être abordée qu'avec des
formulations analytiques ou numériques.

Le solide élastique est le plus simple des solides. La déformation est par définition réversible
(Figure II.2), et la meilleure vérification de ce comportement est fournie par l'essai d'écrouissage.

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Figure II.2 : Caractérisation d'un solide élastique

En la présence d'une déformation sensible à la vitesse de déformation, il est possible d'utiliser un


amortisseur couplé au ressort. Dans le cas d'un couplage en série, l'on obtient un fluide
viscoélastique (corps de Maxwell), dont le retour à l'état initial n'est pas assuré en l'absence d'un
squelette solide. En écrivant que la déformation d’un fluide viscoélastique est la somme d'une
déformation élastique et d'une déformation visqueuse, on peut écrire son équation constitutive :
σ& σ
ε& = +
E η
Cette équation permet de prédire la réponse du système aux diverses sollicitations, illustrée par la
figure II.3. L'essai d'écrouissage ( ε&=ε&0 ) donne comme solution :
σ(t)=ηε&0 1−exp(− E t)
 η 
Le rapport η / E correspond au temps de relaxation tR du système. Cet essai permet d’accéder à la
viscosité du système lorsque t>>tR . L'essai de fluage ( σ =σ 0 ) permet d'accéder directement à la
viscosité quelque soit t, la loi de comportement se réduisant alors à σ =ηε& . La solution de l’essai de
relaxation est :
σ(t)=Eε0 exp(− t )
tR
ou ε0 est l’échelon de déformation appliqué à t=0. Ce dernier essai permet par inversion des
données d'accéder directement au temps de relaxation du système.

Figure II.3 : Caractérisation d'un corps de Maxwell ; a) courbe d’écrouissage ; b) courbe de fluage ; c) courbe de
relaxation.

Si le couplage entre l'amortisseur et le ressort se fait en parallèle, l'on obtient un solide


viscoélastique solide (corps de Kelvin-Voigt), dont le recouvrement lors de l'essai d'écrouissage est
assuré après un temps long devant le temps de relaxation du système. Comme le montre la figure
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II.4, la réponse à l'essai de fluage marque bien la différence avec le corps de Maxwell : la vitesse de
déformation retourne à zéro avec le temps du fait de la présence du squelette élastique. L'essai de
relaxation fournit une réponse similaire à celle du corps de Maxwell.

Figure II.4 : Caractérisation d'un corps de Kelvin-Voigt ; a) courbe d’écrouissage ; b) courbe de fluage ; c) courbe de
relaxation.

Si un solide initialement élastique se déforme de façon arbitrairement grande au delà d'un seuil de
contrainte, on qualifie ce comportement de d'élastoplastique. Il faut prendre garde à la signification
du qualificatif plastique, qui porte un sens différent pour la communauté des mécaniciens
théoriciens (mécanique des milieux continus et techniques numériques) et pour certains
mécaniciens expérimentaux en sciences de la terre. En général, les premiers désignent ainsi un
comportement à seuil dans lequel le temps n’intervient pas explicitement (Lemaitre, 1985, Poirier,
p.13). Les seconds sous entendent un comportement visqueux (Kohlstedt 1995, Nicolas 19XX).
Nous employons dans ce livre le sens utilisé en mécanique théorique, ce qui permet de distinguer
les phénomènes à seuil de ceux dépendant du temps. L'association d'un patin en série avec un
ressort est bien caractérisée par l'essai d'écrouissage (Figure II.5) , qui permet de mettre en
évidence la montée en charge élastique, la limite d'élasticité σ s et le seuil d'écrouissage, au delà
duquel le comportement est adoucissant. La déformation après recouvrance peut être arbitrairement
grande. Les essais de fluage et de relaxation sont identiques à ceux du solide élastique en deçà du
seuil, et ne sont pas applicable au delà (système hors d'équilibre).

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Figure II.5 : Caractérisation d'un solide élastoplastique

Une notion importante associé au comportement plastique est celle d'écrouissage. Cela signifie que
le seuil de plasticité évolue avec l'accumulation de la déformation plastique. Un écrouissage positif
(=strain hardening) correspond à une augmentation du seuil avec la déformation (partie A-B). Ce
phénomène est stabilisant, car il rétablit une bijection du couple (ε,σ) lors d'un essai en traction ou
en compression simple. Un écrouissage négatif (=strain softening) correspond à une baisse de ce seuil
(partie B-C), ce qui peut conduire à une rupture totale (par exemple dans le cas d'un échantillon
rocheux en traction simple).

II.2 Déformation expérimentale et lois constitutives

La déformation des roches consolidées peut se subdiviser en deux grands domaines de


comportement. Pour des sollicitations d'amplitude modérée, le comportement reste élastique. C'est
typiquement le cas pour la propagation des ondes sismiques, qui correspondent à des variations
rapides de sollicitations (une rupture sismique se propage à quelques km par seconde) mais à des
déformations très faibles. C'est aussi le cas pour la flexion ou le flambage élastique de la
lithosphère, qui donnent lieu à des déformations minimes, distribuées sur plusieurs centaines de km.
Au-delà de la limite d'élasticité, le comportement devient anélastique, c'est à dire que la structure
cristalline ou la géométrie des structures rocheuses se modifie de façon irréversible. En
conséquence, le retour à l'état initial ne se fait plus lorsque la sollicitation est supprimée. La
connaissance des lois de comportement associée à ces déformations anélastiques est fondamentale
pour modéliser la déformation de la lithosphère. En effet, les systèmes géologiques comme les
chaînes de montagnes ou les grands décrochements subissent des déformations intenses à toutes les
échelles, bien supérieures à la limite d'élasticité des roches, qui ne dépasse pas quelques pour cents
de déformation.
Un des problèmes qui apparaît lors de la détermination des lois de comportement est celui de
l'hétérogénéité de la lithosphère, qui conduit à différencier plusieurs échelles. Suivant Guéguen
(1992, chapitre III) nous adopterons la classification micro – mini - macro :
• L'échelle micro est celle des constituants élémentaires de la roche: grains, sous-grains, joints
de grains, pores. C'est l’échelle qui permet l'observation des mécanismes de déformation
élementaires (1 µm - 100 µm );
• L'échelle mini contient un grand nombre de constituants élémentaires, ce qui permet de
déterminer les propriétés moyennes de l'ensemble (on parle de propriétés effectives) à l'aide

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d'expériences de déformation en laboratoire sur des échantillons de taille centimétrique ou
décimétrique;
• L'échelle macro est celle de l'objet étudié. Pour modéliser la déformation lithosphérique, il
faudra utiliser des cellules de modélisation de taille typiquement kilométriques, dont les
propriétés seront celles d'un milieu continu.
La difficulté est donc d'utiliser les résultats obtenus à l'échelle mini-macro, pour en tirer des
relations de comportement ou des variables physiques utilisable pour un milieu continu équivalent.
Pour une grandeur comme la masse volumique, seul le passage micro-mini est hasardeux: telle
valeur ponctuelle mesurée dans une zone fissurée n'est pas représentative d'une mesure faite avec un
échantillon d'un kilogramme. Par contre, les études gravimétriques montrent que les mesures sur
échantillon sont directement utilisables pour les modèles d'échelle crustale. Toutefois, pour qui a
quelques notions de géologie de terrain ou de tectonique, le passage entre l'échelle mini et macro
peut paraître bien incertain s’il s’agit d’extrapoler le comportement mécanique des roches. En effet,
l'hétérogénéité des déformations ainsi que la variabilité spatiale de quantité telles que la
composition minéralogique, la répartition des fluides, l'anisotropie des structures, semble interdire
le passage d'une échelle à l'autre. Les développements qui suivent donneront des éléments de
réponse.

a) Déformation élastique

Si l'on suppose un milieu élastique linéaire isotrope, deux expériences permettent de caractériser le
matériau. La première fait intervenir une compression isotrope ∆V , et le module
d'incompressibilité K est donc défini en régime hydrostatique comme le rapport de la pression P sur
la déformation volumique :

∆V
P=K⋅ .
V

1 ∆V
Comme P = ⋅ tr (σ ) et = tr (ε ) , on trouve aussi:
3 V

tr (σ ) = 3K ⋅ tr (ε ) .

Le module de compressibilité χ est défini comme 1/K. La seconde expérience fait intervenir un
cisaillement pur (i différent de j):

σ ij = 2Gε ij ,

où G est défini comme le module de cisaillement. A un état de déformation caractérisé par le


tenseur ε correspond donc un état de contrainte donné par :

σ = K ⋅ tr (ε ) ⋅ I + 2G ⋅ dev(ε )
ou
σ = λ ⋅ tr (ε ) ⋅ I + 2G ⋅ ε

2
en posant λ = K − G . λ et G sont appelés coefficients de Lamé. Dans le cas d'un milieu isotrope,
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les axes principaux des déformations et des contraintes doivent coïncider. Exprimé dans un tel

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repère, l'équation précédente prend la forme explicite suivante:

σ 1 = (λ + 2G )ε1 + λε 2 + λε 3

σ 2 = λε1 + (λ + 2G )ε 2 + λε 3
σ = λε + λε + (λ + 2G )ε
 3 1 2 3

Bien que λ et G ou K et G suffisent pour caractériser le comportement élastique isotrope, d'autres


constantes sont aussi utilisées. Parmi elles, le module d’Young E est défini comme le rapport entre
la contrainte et la déformation lors d'une expérience de traction / compression uniaxiale. Dans le cas
d’une compression, où σ 2 =σ 3=0 et ε 2 = ε 3 , on a donc :

σ1
E=
ε1

Le coefficient de Poisson ν est défini lors de cette même expérience par le rapport de la
déformation latérale sur la déformation longitudinale, ce qui donne :
ε2
ν =−
ε1
Le coefficient de Poisson a des valeurs comprises entre 0 et 0.5, cette dernière valeur traduisant
l’incompressibilité du matériau. Les trois équations précédentes permettent de relier E et ν aux
coefficients de Lamé :

3λ + 2G λ
E = G⋅ et ν= .
λ +G 2λ + G

Inversement, les coefficients de Lamé sont reliés au module d’Young et au coefficient de Poisson
par les relations :
λ= νE et G= E
(1+ν)(1−2ν) 2(1+ν)

Les propriétés élastiques des roches peuvent être évaluées avec en laboratoire par des sollicitations
sollicitations statiques ou dynamiques (propagation d'ondes). Pour les roches indurées les plus
courantes, le module d’Young varie entre 50 et 100 GPa, et le coefficient de Poisson entre 0,15 et
0,35 (cf. Table II.1). Ces propriétés sont déterminées à l'échelle « mini ».

Roche E (GPa) ν G (GPa) ρ


Granite (biotite) 59.2 0.20 23.6 2670
Gneiss 53.8 0.15 25.9 2710
Marbre dolomitique 89.4 0.26 30.0 2820
Calcaire 65.0 0.20 27.1 2780
Anorthosite 92.8 0.36 34.2 2770

Table II.1 : Mesures statiques des constantes élastiques de roches en laboratoire


(d'après Carmichael, 1983, chap. 3, tables 3, 4, 5.)

Les propriétés élastiques des roches peuvent également être déterminées en utilisant les relations
entre la vitesse de propagation des ondes et les constantes élastiques. L'équation de propagation
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s'obtient en combinant l'équation générale de la dynamique XX (chapitre I ?) et la relation de
comportement élastique YY. Si l'on considère une onde plane de compression (onde P) se
propageant dans la direction Ox, et en négligeant les forces de volume, l'équilibre dynamique est
donné par :

E (1 − ν ) ∂ 2u x ∂ 2u x
= ρ
(1 + ν )(1 − 2ν ) ∂x 2 ∂t 2

Cette équation admet une solution en déplacement de la forme u x ( x, t ) = ei ( kx−ϖt ) , ce qui permet
d'exprimer la vitesse V P de l'onde P comme :
VP = λ +2G
ρ

De la même façon, la propagation d'une onde longitudinale S conduit à une vitesse de cisaillement
VS de la forme:

G
VS =
ρ

Les mesures des vitesses ondes P et S peuvent être effectuées en laboratoire à l'aide d 'ondes
ultrasoniques. Parmi les divers modules d’élasticité, le coefficient de Poisson d’un milieu isotrope
peut être étudié de façon précise car il dépend exclusivement des vitesses de propagation :
 
ν = 1 1− 1
2  (Vp /Vs ) −1
2

L’effet de la pression de confinement et de la température en fonction de la composition des roches


crustales a été évalué en laboratoire (Christensen, 1996). Il apparaît que le type de roche influe
largement plus sur la valeur du coefficient que la pression et la température pour des valeurs
comprises entre 200 et 1000 MPa et –100 et 1400 °C respectivement. Comme le montre la Figure
II.6, les valeurs les plus courantes sont comprises entre 0.24 et 0.31, le quartz et la serpentine
formant des exceptions notables avec des valeurs de 0.09 et 0.35.

Figure II.6 : Mesures en laboratoire du coefficient de Poisson des roches crustales (Christensen, 1996)

Un des intérêts des méthodes acoustiques est la mesure directe par géophysique des vitesses de

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propagation dans les milieux superficiels (souvent des sédiments) ou profonds (croûte et manteau
supérieur). Les roches sont alors dans leurs conditions de pression naturelle (jusqu'à plusieurs
centaines de MPa pour la lithosphère), et elles intègrent un volume représentatif important (échelle
« macro »). Si l’objectif est de modéliser la déformation à l’échelle de la lithosphère, ces mesures
peuvent être préférées à des mesures obtenues en laboratoire. Les valeurs de coefficients de Poisson
peuvent être obtenus avec les temps d’arrivées des téléséismes pour les ondes P et ses converties au
Moho (Ps et PmPms). L’histogramme des valeurs de coefficients en fonction du type de croûte
présenté sur la figure II.7 révèle une valeur moyenne et médiane à 0.27, en parfait accord avec les
données de laboratoire. Le coefficient de Poisson dans la croûte supérieure serait voisin de 0.26, et
de 0.30 dans la croûte inférieure, les mesures inférieures à 0.23 et supérieures à 0.33 présents dans
l’histogramme pouvant être le résultat de situations structurales complexes.

Figure II.7 : Mesures du coefficient de Poisson dérivées des observations télésismiques (Zandt et Ammon, 1996).

L’usage combiné des données gravimétriques et sismologique permet de proposer des profils
moyens de densité pour la lithosphère continentale et océanique. Le module d’Young pouvant
s’exprimer comme 2ρ(1+ν)VS2 , il est donc possible de calculer les deux paramètres d’élasticité en
fonction de la profondeur, comme l’illustre la table II.2.

Table II.2 : Vitesses d'ondes P et S, densité (Meissner, 1986 et Panza, 1980) et modules d’élasticité associés pour la
lithosphère et le manteau supérieur.

Continents
Profondeur (km) ρ (kg/m3) VP (km/s) VS (km/s) ν E (GPa)
0-10 2.75 6.06 3.49 0.252 83.9
10-30 2.85 6.35 3.67 0.249 95.9
30-50 3.08 7.05 3.85 0.288 117.6
50-115 3.45 8.17 4.65 0.260 188.0
115-365 3.54 8.35 4.30 0.320 172.7
365-450 3.65 8.80 4.75 0.294 213.2
Océans
0-4 1.03 1.52 0.00 0.500 0.0
4-5 2.10 2.10 1.00 0.353 5.7
5-10 3.07 6.41 3.70 0.250 105.1
10-60 3.40 8.10 4.65 0.254 184.4
60-210 3.40 7.60 4.15 0.288 150.8
210-240 3.65 8.80 4.75 0.294 213.2

Les coefficients de Poisson ainsi obtenus sont voisins de ceux déduits des données télésismiques et
des mesures acoustiques en laboratoire. Le module d’Young varie plus largement avec la

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profondeur. On peut toutefois assigner des valeurs moyennes de l’ordre de 90 GPa pour la croûte
continentale et de 170 GPa pour le manteau lithosphérique océanique et continental. Ce sont en
général ces valeurs qui sont utilisées dans les modélisations mécaniques présentées dans les
chapitres VI, VII et VIII.

b) Déformation des roches à basse température

Quand la roche se déforme par des processus de fracture ou de friction, la déformation est souvent
qualifiée de fragile. Cette appelation peut être comprise dans un sens géométrique : un matériau
fragile ne peut pas subir de déformation importante sans produire une fracture macroscopique, c'est
à dire un déplacement net entre deux points initialement voisins. Cette définition, suggérée par
Paterson (1978, p. 2), est d'une nature cinématique : elle ne considère pas l'évolution de la force
appliquée sur l'échantillon. Cette définition est en général appliquée en géologie structurale. Un
matériau qui ne se comporte pas ainsi sera qualifié de ductile. En laboratoire, il est possible
d'observer différents modes de rupture fragile (Figure II.8), reliés à deux modes fondamentaux:
l'ouverture (mode I), généralement orientée perpendiculairement à l'axe de compression minimum
σ 3 , et le cisaillement (mode II), qui s'opère en général à un angle inférieur à 45° par rapport à σ 1 .

Figure II.8 : Quatre modes de rupture fragile (a) cisaillement en extension, (b) fracture normale et séparation en
extension, (c) cisaillement en compression, (d) fracture axiale (d'après Paterson, 1978).

Cette définition ne permet pas de classer de façon précise le comportement d'un matériau pour
plusieurs raisons. Premièrement, une fracture macroscopique peut se produire si une grande vitesse
de déformation est appliquée, mais pas si la déformation est lente. La température joue également
un rôle important, les matières plastiques usuelles sont plus fragiles (cassantes) à basse température
qu’à haute température. Deuxièmement, la fracture macroscopique d'un matériau peut se révéler
continue si l'observation est faite à une échelle inférieure. Inversement, une déformation
apparemment continue peut être totalement discontinue à l'échelle inférieure. Une autre définition,
proposée par exemple par Byerlee (1968), Jaeger et Cook (1979, p. 80) et Ranalli (1987, p. 89)
postule qu'un matériau fragile voit sa résistance diminuer rapidement lorsque sa déformation
augmente au delà d'une valeur faible. Cette vision mécanique de la fragilité est identique à celle
donnée pour un comportement plastique à écrouissage fortement négatif (II.1). Cette définition est
adaptée au laboratoire, où l’on peut mesurer l’évolution du couple déformation-contrainte en
fonction du temps, et nous l’adopterons pour la suite. Dans le cas des roches, l'expérience la mieux
adaptée est celle du « test triaxal simple». Ce terme désigne généralement un test en compression
dans lequel σ 2 = σ 3 (pression de confinement initial). La figure II.9 illustre le principe de ce test.

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Figure II.9 : Principe du test triaxial (d'après Paterson, 1978).

Les courbes contrainte-déformation des roches consolidées font apparaître une dépendance marquée
du comportement envers la pression et de la température. Au vu de la définition du comportement
fragile, la transition fragile ductile sur la Figure II.10 a lieu entre 24 et 35 Mpa. Il est important de
noter que la montée en pression et température s'accompagne également d'un changement du style
de déformation: on passe d’une déformation accommodée par une fracture à une déformation
distribuée sur des plans de fracturation conjugués dont la densité s’accroît (Figure II.11).

Figure II.10 : Déformation fragile: dépendance de la pression (Paterson p. 163)

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Figure II.11 : Déformation et fracture d’un échantillon de marbre (Paterson p. 163) après compression triaxiale sous
diverses pressions de confinement (a : pression ambiente ; b 3.5 MPa ; c 35 MPa ; d 100 MPa.

Des courbes précédentes, on peut retenir que les roches sous pression de confinement modérée
passent par trois phases de comportement durant une déformation en écrouissage: un comportement
quasi-élastique, un comportement irréversible durcissant, et un comportement adoucissant
correspondant à la rupture fragile. En utilisant le test triaxial simple et en augmentant
progressivement σ1−σ 3 , jusqu’à l’apparition d’une fracture macroscopique ou d’un clivage, il est
possible de déterminer expérimentalement le pic de résistance d’un échantillon (du moins dans le
domaine fragile). Si β est l’angle que fait la fracture avec la direction de compression maximale
σ1 , on peut exprimer, dans la géométrie présentée par la figure II.12, les relations entre les
contraintes normales et tangentielles au plan de fracture comme :

σ n = 1 (σ1+σ 3)− 1 (σ1−σ 3)cos2β et τ = 1 (σ1−σ 3)sin2β


2 2 2

Figure II.12 : relation géométriques entre les contraintes principales et les contraintes appliquées sur une fracture.

L’ensemble des couples ( σ n,τ ) correspondant à la rupture de l’échantillon forme un domaine


convexe limité par τ = f (σ n ) appelé l’enveloppe limite de Mohr, comme l’illustre la Figure II.13
(représentation de Mohr) qui correspond à l’interprétation géométrique de la formule XX.

Figure II.13 : a : construction du couple ( σ n,τ ) à partir de ( σ 1 ,σ 3 ) ; b : enveloppe de Mohr contruite à partir d’un
ensemble d’essais en compression.

Plusieurs paramètres sont utilisés pour caractériser l’enveloppe de Mohr. T0 correspond à la tension
uniaxiale maximale σ 3 lorsque σ1 =0, et τ 0 est défini comme la cohésion, soit la cission maximale

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lorsque σ n = 0. σ UCS correspond à la compression maximale supportée lors d’un essai uniaxial
(=uniaxial compressive strength).La pente locale de l’enveloppe de Mohr est définie comme tg(φ) ,
φ étant l’angle de friction interne de l’échantillon. La table II.3 résume les valeurs de σ UCS et T0
pour quelques roches courantes.

Table II.3 Valeurs de compression et de tension uniaxiale (d’après Jaeger, p. 190). La cohésion C0 est estimée à partir
du critère de Griffith modifié.

σ UCS (MPa) T0 (MPa) σ UCS / T0 τ0=2 T0 (MPa)


grès 7250/50 520/3.6 13.9 7.2
marbre 13000/90 1000/6.9 13.0 13.8
granite 33200/229 3040/21 10.9 42
diabase 70500/486 5800/40 12.1 116

c) friction expérimentale et contraintes dans la croûte

Les expériences et les théories sur la friction des roches ont une importance considérable
pour la modélisation de la déformation de la croûte fragile. En effet, les déformations visibles dans
la croûte supérieure résultent souvent du jeu de failles dont la taille va de la centaine de mètres
jusqu’à plusieurs centaines de km pour une limite de plaques, et qui déplacent les terrains de part et
d’autres de quantités allant de quelques décimètres lors d’un séisme jusqu’à plusieurs centaines de
kilomètres pour des failles actives depuis plusieurs millions d’années (voir Wells et Coppersmith,
1994 et Stirling et al. 1996 pour les relations longueur/déplacement sur les failles actives).
L’investigation minière et l’imagerie géophysique de forage démontre qu’à toute échelle et toute
profondeur existent des plans de discontinuités (fractures, joints, failles) qui font de la croûte un
milieu fracturé à toute échelle, dont les plans de clivage peuvent être activés si la contrainte
tangentielle excède un certain seuil. La connaissance de ce seuil, et des variables qui le contrôlent
peut-elle être déduite des expériences et des lois tirées des expériences sur des échantillons rocheux,
ou bien doit-elle provenir d’autres types d’expérimentations, qui assurent une meilleure
reproduction des phénomènes naturels ?
La déformation d’échantillons rocheux telle qu’elle a été décrite précédemment semble donc mal
adaptée à l’évaluation de la friction des failles crustales. En effet, le matériau initial n’est pas
fracturé, et le chargement induit une série de phénomènes transitoires (élasticité, endommagement,
dilatation puis fracturation macroscopique) se terminant éventuellement par de la friction entre deux
compartiments de l’échantillon. Par contre les failles crustales se comportent essentiellement
comme des discontinuités frictionnelles, fonctionnant en régime stationnaire à l’échelle géologique,
le cycle sismique pouvant alors être considéré comme une instabilité autour d’un état d’équilibre
moyen. La transition entre une roche initialement intacte et une roche contenant une ou plusieurs
discontinuités frictionnelles est illustrée par la figure II.14

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Figure II.14 : Evolution de la résistance d’une roche entre un échantillon homogène et un échantillon possédant des
discontinuités frictionnelles (adapté de Carmichael, 1982).

Pour comprendre le comportement des failles et déduire des paramètres frictionnels, des
expériences de laboratoire plus ou moins proches de la réalité géologique ont été imaginées. La plus
simple d’entre elles consiste à tirer lentement à une vitesse v un patin de masse M sur un substratum
de même nature (Figure II.15). L’expérience peut être réalisée avec ou sans gouge, un troisième
corps constitué de particules finement broyées interposées entre les blocs, ou qui peut naturellement
résulter de l’abrasion des parois frottantes. De façon schématique, deux comportements peuvent
apparaître (Figure II.16) au delà du chargement élastique : (1) un glissement saccadé (=stick-slip
motion) du patin suivi d’une phase de rechargement. Brace and Byerlee ont posé en 1966 les bases
de l’analogie entre ces saccades et le cycle sismique ; (2) un glissement stable (=stable sliding). Les
conditions de transition entre ces deux comportements sont à la base de nombreux travaux sur la
physique des séismes. Il ressort que l’augmentation de la température au delà de 200-300°C
favorise l’apparition du glissement stable, tandis que l’augmentation de la contrainte normale au
delà de 200-400 MPa conduit à un glissement instable. Pour plus de détails, on se reportera aux
travaux de Byerlee and Brace(1968), Stesky (1974) et de Scholz (1990).

Figure II.15 : Schéma d’une expérience de friction (d’après Byerlee, 1978)

Figure II.16 : Glissement stable D-F-G et glissement saccadé D-E-F (d’après Byerlee, 1978)

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Le coefficient de friction du matériau est défini par le rapport des contraintes tangentielles et
normales durant l’expérience. Il est possible de définir un coefficient de friction initial (point C),
maximum (point D) et résiduel (point F, voir Byerlee, 1978). Pour des contraintes normales
suffisamment grandes (1 MPa), la relation entre σ n et τ est donnée par la relation affine
τ = A+ Bσ n ou A et B sont des constantes (loi d’Amonton). De façon remarquable, pour des
contraintes normales suffisamment grandes (> 5-10 MPa), la friction varie peu suivant le type de
roche. Contrairement à l’intuition, une roche dure tel que le granite peut avoir un coefficient de
friction similaire à celui d’une roche très tendre comme un tuf. La rugosité des surfaces en contact a
aussi peu d’influence sur la friction dès lors que l’on opère à forte contrainte normale. Le
coefficient de friction maximal (Figure II.17) est celui qui présente le moins de variation, et peut
être représenté pour une friction sans gouge par deux relations :

τ = 0.85σ n pour 3< σ n < 200 MPa


τ = 0.5 + 0.6σ n pour 200 MPa < σ n < 1700 MPa,

Figure II.17 : Friction maximum pour différents types de roches (d’après Byerlee, 1978).. Certains matériaux présentent
une friction notablement plus faible : M = montmorillonite ; V = vermiculite ; I = illite ; S = serpentinite ; C = chlorite.

connues sous le nom de loi de Byerlee. Pour simplifier, ces deux relations peuvent être condensées
en la relation linéaire τ =0.65σ n pour 3< σ n < 1700 Mpa. La friction en présence de gouge est
souvent identique à celle d’une friction à deux corps, sauf pour certains matériaux tels que la
montmorillonite, la vermiculite ou l’illite, qui sont des matériaux argileux (Morrow et al., 1982).
Deux mécanismes distincts semblent pouvoir expliquer cette faible friction : la présence d’eau
intersticielle pour la montmorillonite et la vermiculite peut modifier la contrainte normale
apparente ; la réorientation des minéraux jusqu’à ce que la direction de glissement minimal s’aligne
avec la direction de glissement. Le comportement des expériences « avec gouge » est d’un intérêt
particulier en géologie, car les failles contiennent souvent ce type de matériau, formé par broyage
progressif de la zone de faille. L’épaisseur de gouge dans la nature peut aller jusqu’à plusieurs
centaines de mètres pour des failles matures ayant accumulé plusieurs centaines de km de
glissement relatif (Unsworth et al., 1997). La présence d’eau ou d’autres fluides dans les zones de
faille ou dans les expériences de friction peut modifier la friction apparente. Si une pression de
fluide Pf règne dans les pores et interstices de la zone de friction, alors la loi d’Amonton devient :

τ = A+ B(σ n −Pf )

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La loi de Byerlee est elle applicable dans la partie fragile de la croûte ? Si oui, cela signifie que l’on
peut calculer en tout point de la croûte l’état de contrainte critique, en écrivant une relation entre les
contraintes principales. La réalisation de grands forages pétroliers et scientifiques, qui atteignent des
profondeurs maximales de l’ordre de 10 km, ont permis de répondre partiellement à cette question.
Il est possible dans ces forages de mesurer la pression de fluide . D’autre part, l’ovalisation de la
section du trou de forages due au différentiel de contraintes autour du puits et l’hydrofracturation
des parois par injection de fluide permet d’estimer la contrainte horizontale minimale σ H min et de
calculer la contrainte horizontale maximale σ H max (voir Brudy et al., 1997 pour une description de
la méthode). La contrainte verticale σ v est estimée en intégrant la charge lithostatique au dessus du
z1
point de mesure ( σ v = ∫ ρ ( z ) gdz ) ou z est la profondeur et ρ la masse volumique moyenne. Les
z0

résultats obtenus sur les forages de Cajon Pass en Californie (3.5 km) et de KTB en Allemagne (8
km) montrent que σ H min et σ H max augmentent linéairement avec la profondeur (Figure II.18), la
pression de fluide Pf étant voisine de la valeur hydrostatique. Si la cohésion du matériau est
négligeable, et faisant l’hypothèse que des fractures de toutes orientations sont présentes, il est
possible d’utiliser le modèle de Coulomb pour aboutir à la relation (Zoback et Healy, 1984, Jaeger
et Cook, 1979 ?) :

[( ) ]
σ1−Pf = µ 2 +1 1/ 2 +µ 2
σ 3−Pf

Des coefficients de friction de l’ordre de 0,6-0,7 permettent d’expliquer convenablement les


données acquises dans les forages profonds, ce qui confirme que la croûte fragile peut supporter des
contraintes différentielles conformes aux relations expérimentales de Byerlee. Dans ce contexte, il
est commode d’exprimer les relations de Byerlee comme :

σ1 −Pf ≈5(σ 3 −Pf ) pour σ 3 −Pf < 110 MPa


σ1 −Pf ≈3.1(σ 3 −Pf )+210 pour 110 < σ 3 −Pf < 1700 MPa

Toutefois, il faut se garder de généraliser cette relation à tous les environnements tectoniques:
certaines discontinuités lithosphériques semblent fonctionner avec une résistance à la friction plus
réduite, comme par exemple la faille de San Andreas, ou certaines zones de subduction. Les
modèles rhéologiques correspondants à ces failles de moindre résistance (=weak faults) sont
présentés dans le chapitre V.

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Figure II.18 : Contraintes minimales et maximales dans deux forages profonds (Cajon Pass et KTB)
(d’après Zoback et Healy, 1989 ; Brudy et al., 1997)

d) Lois de comportement pour le comportement frictionnel

Une des difficultés de la modélisation de la lithosphère tient à l’ubiquité du mode de


déformation, illustrée par la figure II.37 . Un même élément de volume macroscopique peut
contenir des zones à déformation pour lesquelles la déformation est contrôlée par un seuil
(plasticité, friction), et d’autres pour lesquelles la viscosité est le paramètre dominant. Néanmoins,
dans l’élément de volume considéré, il est nécessaire de faire un choix : à un instant donné, la
relation de comportement considérée doit être soit élastique, soit à seuil de contrainte, soit
visqueuse.

Figure II.37 Schématisation de divers modes de déformation actifs dans la croûte supérieure supposée préfracturée (1 :
déformation continue élastique ou plastique ; 2 : friction sur les failles, 3 : endommagement, fracture et fissuration)

En fonction de l’échelle de temps et d’espace retenue, diverses lois de comportement peuvent être
utilisées pour décrire le comportement mécanique de la lithosphère. Il s’agit de présenter ici les lois
de comportement utiles pour modéliser la déformation des principales unités rhéologiques (croûte
supérieure, croûte inférieure, manteau supérieur) sur des échelles de temps supérieures à celles du
cycle sismique (103-108 ans). Comme annoncé dans le chapitre II.1, trois grandes classes de
comportement sont à prendre en compte. Le comportement élastique n’est adapté que pour des
faibles déformations. Pour des déformations supérieures à 1%, il est essentiel d’utiliser des lois
plastiques indépendantes du temps (time independent plasticity), ou des lois visqueuses (time
dependent plasticity) afin de prendre en compte les processus de fluage et de friction. Le
comportement résultant peut donc être elasto-plastique (pour la croûte supérieure) et visco-élastique
(pour la croûte inférieure et le manteau). Dans la mesure ou l’on souhaite s’affranchir des
déformations élastiques, des lois de comportement rigide-plastique ou visqueuse peuvent aussi être
employées.

Elastoplasticité indépendante du temps

Les mécaniciens définissent la théorie de la plasticité comme la théorie mathématique des


déformations indépendantes du temps. Elle est utilisée pour modéliser la déformation des matériaux
à seuil dans différents contextes, comme la plasticité des métaux à basse température, le
comportement de matériaux peu consolidés comme les sols, ou le comportement des massifs
rocheux. La théorie classique de l’élastoplasticité repose sur plusieurs hypothèses de base :

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• La partition des déformations entre la déformation élastique, réversible εe et la déformation
irréversible ε p . Cette séparation est justifiée au niveau microscopique par la distinction
claire entre la déformation élastique, qui correspond à une variation des distances
interatomiques sans modification de site, et les déformations anélastiques qui impliquent
une modification de l’arrangement atomique. On écrit donc :
ε =εe +ε p
• Les déformations élastiques et plastiques possèdent des relations de comportement
découplées, l’une contrôlant la déformation élastique (voir équation XX du chapitre II), en
deça d’un seuil σ s , l’autre contrôlant l’écoulement plastique au delà de ce seuil. Le
découplage des relations de comportement implique en particulier que le module d’élasticité
n’est pas modifié par l’écoulement plastique. L’utilisation de la plasticité pour des
applications géologiques signifie que les propriétés élastiques du modèle restent inchangées
par l’histoire de la déformation. Cette hypothèse semble justifiée par les études des
paramètres élastiques dans la lithosphère présentées au chapitre II.3 , qui semblent reliés à la
composition des roches et à leur densité plus qu’à leur histoire de déformation.

A trois dimensions, le seuil de plasticité définit le domaine à l’intérieur duquel la variation de la


contrainte génère des déformations élastiques. La limite de l’écoulement plastique est basée dans le
cas isotrope sur l’utilisation des trois invariants σ I ,σ II ,σ III du tenseur des contraintes définis comme:
σ I =tr(σ) ,
σ II = 1 tr(σ 2) ,
2
σ III = 1tr(σ 3) ,
3
les invariants du déviateur des contraintes sI ,sII ,sIII étant définis de façon analogue en fonction du
déviateur des contraintes dev(σ)=σ − 1tr(σ)⋅I . La surface de plasticité correspond à une fonction f
3
telle que :
f(σ I ,σ II ,σ III )=0
La classification des critères de plasticité peut se faire de façon commode en fonction de leur degré
de dépendance envers chacun des trois invariants. Pour schématiser, la plasticité des roches dépend
principalement des deux premiers invariants, qui représentent la compression hydrostatique et
l’intensité du cisaillement, alors que les métaux sont peu sensibles à la pression. Il est utile
d’associer à ces invariants des grandeurs couramment associées aux critères de seuil :

La contrainte moyenne est calculée comme :


σ =−1σ I =1 (σ1 +σ 2 +σ 3 )
3 3
Le second invariant du déviateur des contraintes J 2D est défini pour correspondre dans le cas du
chargement uniaxial à la contrainte axiale :
J 2D = 3 σˆ:σˆ .
2
La forme explicite de J 2D s’obtient en exprimant le déviateur des contraintes en fonctions des
contraintes principales, et correspond à :
J 2D = 1 (σ1 −σ 2 ) +(σ1 −σ 3 ) +(σ 2 −σ 3 )
2 2 2

2
On voit en égalant σ 3 et σ 2 à zéro que J 2D correspond bien à la contrainte non nulle dans le cas
uniaxal.

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Critères de plasticité indépendants de la pression: Tresca, Von Mises

Historiquement, les deux premiers critères de plasticité sont celui de Tresca (1864) et celui de Von
Misès. Le critère de Tresca, qui postule que la déformation plastique débute lorsque le cisaillement
maximum τ max = 1 (σ1 −σ 3 ) atteint un seuil σ s caractéristique du matériau. Le critère de seuil
2
s’exprime comme :
f =Sup(σ i −σ j )−σ s =0
i≠ j

ou comme :
f =(σ1 −σ 3 )−σ s =0
Ce critère ne tient pas compte de l’effet de la contrainte intermédiaire σ 2 , ni de la contrainte
moyenne. Un critère voisin est celui de Von Misès, qui exprime que le seuil de plasticité est lié à
l’énergie élastique de cisaillement. Celui est directement lié au 2nd invariant du déviateur des
contraintes :
f = 3sII −σ s =0
ou comme
f = J 2 (σ)−σ s =0 .
Ces deux critères sont représentés géométriquement dans la figure II.38 par respectivement un
prisme droit à base hexagonale et par un cylindre dans le plan du déviateur des contraintes

Figure II.38 Représentation des critères de Tresca et de Von Misès

Critères dépendant de la pression : Mohr-Coulomb, Griffith, Murrel, Drucker-Prager.

Divers critères de fracturation ont été proposés pour rendre compte de la forme de l’enveloppe
limite de Mohr. Le critère de fracturation le plus simple est directement relié à la loi de Coulomb
s’appliquant sur un plan de fracturation, qui exprime que le glissement a lieu si la contrainte
tangentielle τ est telle que :
τ =τ 0 +µσ n ,
où est τ 0 la est la cohésion du matériau et µ le coefficient de friction. Le sens de glissement est
donné par le signe de τ . Ce modèle défini pour des états de contraintes compressifs, qui représente
la version linéarisée de l’enveloppe de Mohr, est à la base de la modélisation du comportement
mécanique des failles. Exprimé en terme des contraintes principales, ce critère, souvent appelé
critère de Mohr-Coulomb, devient:

σ1 [(µ 2 +1)1/ 2 −µ ]−σ 3[(µ 2 +1)1/ 2 + µ ]−2τ 0 =0 .

Il est à noter que ce critère ne fait pas intervenir la contrainte intermédiaire σ 2 . D’autres critères
permettent de rendre compte de la convexité de l’enveloppe de Mohr. Parmi eux, le critère de

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Griffith (1921) à 2 dimensions s’exprime comme :

(σ1−σ 3)2 −8T0(σ1+σ 3)=0 , si σ 1 + 3σ 3 > 0


σ 3 = −T0 , si σ 1 + 3σ 3 ≤ 0

L’enveloppe de Mohr correspondant à ce critère est une parabole définie par :


τ 2 =4T0(σ n +T0 ) .
A 3 dimensions, le critère de Murrel (1963), extension du critère de Griffith, permet d’aborder des
états de contraintes triaxiaux (voir Jaeger p. 104). Il s’exprime comme :

(σ1−σ 3)2 +(σ1−σ 2)2 +(σ 2 −σ 3)2 −24T0(σ1+σ 2 +σ 3)=0 .

Dans le cas particulier ou σ 2 = 1 (σ1+σ 3) , la relation entre la composante normale et tangentielle


2
s’exprime comme (voir Murrel 1963 ; Braun 1995)

τ 2 =4T0(σ n +4T0 )

Au delà de l’aspect tridimensionnel du critère de Murrel, celui ci permet de mieux rendre compte du
rapport observé entre la contrainte uniaxiale compressive et la résistance à la tension. En effet on
trouve σ UCS /T0 =8 pour le critère de Griffith, alors que ce rapport est de 12 pour le critère de Murrel,
ce qui est plus conforme aux valeurs présentées dans la table II.3.
D’autres critères de plasticité dépendant de la pression ont été développés dans le cadre de la
mécanique des sols, comme celui de Drucker-Prager (1952), qui s’exprime comme :

J 2 (σˆ)−α σ + τ 0 =0 ,
 
 tanφ 

le paramètre α étant relié à l’angle de friction interne φ par :

6sinφ
α= .
3−sinφ

Le critère de Drucker-Prager rend compte d’une relation linéaire entre le second et le premier
invariant, contrôlée par les paramètres τ 0 et α , présentée dans la figure II.39. Ce critère à deux
paramètres est à rapprocher de celui de Mohr-Coulomb qui présente une relation similaire, cette fois
dans l’espace contrainte normale-contrainte tangentielle.

Figure II.39 Représentation des critères de Mohr-Coulomb et de Drucker-Prager dans les espaces respectifs ( σ n,τ ) et
( σ , J 2 (σˆ) )

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Si l’on représente ces deux surfaces dans le plan du déviateur défini par σ1+σ 2 +σ 3=cte ,
l’intersection correspond à un hexagone irrégulier pour le critère de Mohr-Coulomb et à un cercle
pour le critère de Drucker-Prager, comme le montre la figure II.40. Enfin, le critère de Van Eekelen
(1980), développé dans le cadre de la mécanique des sols, à l’avantage de pouvoir se rapprocher du
critère de Drucker-Prager ou de celui de Mohr-Coulomb suivant la valeur d’un paramètre de
convexité (Barnichon, 1998)

Figure II.40 Représentation des critères de Drucker-Prager et de Mohr-Coulomb dans le plan du déviateur des
contraintes.

Y a t’il un critère optimal pour la croûte supérieure ?

Fracturation ou friction ? Le choix du critère de plasticité dépend de façon essentielle de


l’échelle spatiale à laquelle la modélisation numérique est développée, ainsi que des hypothèses
faites sur l’état initial du matériau crustal. Si la croûte est supposée initialement vierge de fracture,
son comportement durant le chargement va passer successivement par une déformation élastique, la
création de fractures, puis le glissement frictionnel sur les discontinués ainsi crées. L’évolution de
la résistance de la croûte serait alors conforme au diagramme présenté dans la figure II.14 . La
modélisation de cette situation demanderait d’utiliser un critère de fracturation comme ceux de
Griffith ou Murrel, puis de passer progressivement à un critère de friction comme celui de Mohr-
Coulomb. Le fait que divers processus géologiques aient fracturé la croûte supérieure à toutes les
échelles est un argument en faveur d’un comportement frictionnel. Cette interprétation est
confirmée par les mesures de contraintes en forage : la croûte est en équilibre frictionnel dans la
plupart des sites, et l’on observe une croissance régulière de l’écart entre les contraintes minimales
et maximales avec la profondeur. Dans ces conditions il paraît plus judicieux d’utiliser les critères
développés pour les roches préfracturées ou pour les sols, en spécifiant une cohésion et un angle de
friction. Néanmoins un critère comme celui de Murrel peut être aussi employé comme un critère de
plasticité (voir par exemple Braun, 1994).
Si l’on admet que les failles préexistantes contrôlent la rhéologie de la croûte les données
expérimentales de Byerlee et les mesures en forage indiquent que la friction est peu dépendante de
la contrainte normale, ainsi que de l’échelle. Dans le cas d’un matériau de type Coulomb ou
Drucker Prager, Il suffit donc de spécifier le coefficient de friction µ ou le paramètre α pour la
croûte. Le choix de la cohésion est plus délicat, car ce paramètre dépend de l’échelle spatiale. Ainsi,
les expériences de compression uniaxiale montrent une décroissance de la résistance de la roche
lorsque la taille augmente, suivant une loi puissance en –1/2. La résistance d’un échantillon de 5 cm
est typiquement de 80 MPa, et chute en dessous de 10 MPa lorsque la taille devient métrique. Dans
la mesure ou l’on suppose que la cohésion d’ensemble de l’échantillon est contrôlée par les joints à
plus faible cohésion, un échantillon de grande taille aura plus de chance de contenir un joint faible
qu’un petit échantillon (voir Scholz, 1990 p.28-29). Ce raisonnement permet d’expliquer de façon
heuristique cette loi d’échelle. On peut alors ce demander jusqu’ou chute la résistance à la
compression ou la cohésion d’un échantillon de croûte de 100 m ou de 1 km ? Bien qu’il soit
difficile de répondre précisément à cette question, les mesures en forages font apparaître que la

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différence σ H max −σ H min tend généralement vers des valeurs inférieures à 5 MPa (voir Zoback and
Healy, 1984, pour des mesures superficielles. Si l’on fait l’hypothèse que le modèle de Mohr-
Coulomb s’applique pour la croûte, alors la relation entre cohésion et contrainte uniaxiale
compressive s’écrit comme :
σ UCS[(µ 2 +1)1/ 2 −µ ]=2τ 0
Si µ = 0.6, on trouve σ UCS ≈3.53τ 0 , ce qui conduit à des valeurs pour τ 0 de l’ordre de 1.4 MPa si
σUCS = 5MPa. La cohésion de la croûte apparaît donc comme faible au regard des contraintes
différentielles engendrées par la friction à grande profondeur, qui sont de l’ordre de 200 MPa. Le
paramètre de contrôle dominant de la loi de comportement serait donc bien la friction.

Seules les lois de comportement présentant une dépendance envers la pression permettent de
modéliser l’augmentation de la contrainte différentielle avec la profondeur. Afin de visualiser la
limite des contraintes élastiques pour une profondeur représentative de la croûte supérieure, il est
utile de calculer l’enveloppe de plasticité pour des contraintes principales définies comme σ v , la
contrainte verticale, σ H1 et σ H2 étant les deux composantes principales dans le plan horizontal. A
partir de la, trois régimes de contraintes sont classiquement définis (Anderson, 1951).
• Un état de contraintes compressif si σ1 est horizontal (c.a.d. si σ1 = σ H1 ou si σ1 = σ H2 );
• Un état de contraintes extensif si σ1 est vertical (c.a.d. si σ1 = σ v ) ;
• Un état de contraintes décrochant si σ 2 est vertical.
Dans l’hypothèse ou les failles se forment dans le plan de cisaillement maximum qui est
perpendiculaires au plan correspondant au plan contenu par les directions de contraintes maximale
et minimale σ1 et σ 3 , ces trois états sont compatibles avec respectivement l’activation de failles
inverses ou chevauchements (=thrust faults), de failles normales (=normal faults), et de failles
décrochantes (=strike-slip faults). En utilisant une valeur de 2800 kg/m3 pour la croûte, σ v est de
l’ordre de 200 MPa vers 7 km de profondeur, comme représenté dans la figure II.41.

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Figure II.41 Représentation de la limite d’élasticité de la croûte fragile vers 7km de profondeur pour des lois de
comportement de type Mohr-Coulomb (MC), Drucker-Prager (DP), Griffith (GR) et Murrel (MU). Le rond figure σv ,
les axes les contraintes principales horizontales

Les quatre critères étant sensibles à la pression ou à la contrainte normale, la résistance de la croûte
en compression est plus importante que celle de la croûte en extension. Le contour anguleux des
critères de Mohr-Coulomb et Griffith provient du changement des contraintes σ1 et σ 3 (permutation
entre composante horizontale et verticale lors du passage entre les quadrants extensifs, compressifs
et décrochants.
Dans l’état actuel des connaissances, l’identification d’un critère pertinent pour la croûte supérieure
n’est pas possible en l’absence de mesures de contrainte à grande profondeur pour chacun des trois
régimes tectonique. De plus, pour un régime donnée, les mesures ne permettent pas de discriminer
pour un quadrant donné une limite courbe (cas de Drucker-Prager et Murrel) d’une limite rectiligne
ou quasi- rectiligne (Mohr-Coulomb et Griffith). Par contre, les mesures in situ montrent que la
limite atteinte par le rapport σ1 / σ 3 est de l’ordre de 2 pour des profondeurs comprises entre 1 et 7
km, pour des régimes décrochants (KTB) ou extensifs (Dixie Valley). Il est donc possible de
déterminer de façon empirique les valeurs des paramètres de ces quatre lois de comportements. Une
friction de 0.35 est nécessaire pour le critère de Mohr-Coulomb, ainsi qu’un angle de friction
interne de 15° pour Drucker-Prager. Les valeurs classiques de 0.6 et 30° déterminées en laboratoire
fournissent pour ces deux modèles des rapports σ1 / σ 3 de l’ordre de 2.5 ou 3, manifestement trop

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importants.
Comme cela a été exposé au § II.2.C, cette différence est probablement due à la pression de fluide
dans la croûte, qui modifie la pression apparente. La relation de Coulomb en présence d’un fluide
intersticiel peut être réécrite comme :

Pf
τ =τ 0 +µ(1− )σ n ,
σn

ce qui permet de définir une friction apparente µ' telle que :


P
µ'=µ(1− f )
σn
Dans la mesure ou la friction intrinsèque de la croûte est de l’ordre de 0.6, une friction apparente de
0.35 s’obtient pour un rapport Pf σ n égale à 0.41, proche du rapport de la pression hydrostatique à
la pression lithostatique dans la croûte.

e) Déformation par fluage

A des températures supérieures à 0.3-0.7 fois la température de fusion T f , les roches se déforment
plus efficacement par fluage plutôt que par fracturation ou friction. Le terme fluage ( =creep ) est
employé ici dans un sens distinct de l’essai de fluage, défini au chapitre II.1. Il désigne ici un
comportement pour lequel la contrainte est contrôlée par la vitesse de déformation. Les lois de
fluage utilisées pour les matériaux lithosphériques s’écrivent sous une forme unidimensionnelle
comme des lois de fluage (loi de Norton) :

ε&=σ /η

ou de façon tridimensionnelle (généralisation de Hoff, 1954) :

ε&= 3 A[J 2 (σ)] devσ


n −1

Si n = 1 la viscosité est newtonienne (linéaire). Les lois avec n > 1 sont couramment appelées lois
puissance ( = power law ). Le terme A dépend du type de matériau, et des conditions physiques P, T ,
ainsi que des fluides présents dans le milieu. Dans les roches, les mécanismes élémentaires qui
conduisent à un fluage correspondent tous à des migrations de défauts : les mouvements de lignes
de dislocation à travers les grains, la déformation du réseau par diffusion atomique, qui séparent des
et le transport de matière par dissolution - recristallisation sous contrainte. La carte de déformation
pour le quartz (Figure II.19) renseigne sur les mécanismes dominants : montées de dislocations à
forte contrainte, diffusion à faible contrainte et haute température, dissolution-recristallisation à
basse température.

24
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Figure II.19 : mécanismes de déformation dominants pour le quartz (Rutter 1976 ; Guéguen p. 158)

Fluage par dislocation. L’observation directe des roches lithosphériques anhydres déformées sous
forte contrainte à une température supérieure à 0.5 T f montre que ce sont les défauts d’arrangement
du réseau cristallin (les dislocations) qui assurent la déformation lors de la mise sous contrainte. Le
glissement se propage progressivement pour traverser le cristal de part en part. Deux types de
dislocations peuvent se développer : les coins et les vis (Figure II.20), qui se caractérisent par
l’orientation de leur vecteur de glissement (vecteur de Burgers) ainsi par rapport à la ligne de
dislocation.

Figure II.20 : Principe du glissement d’une boucle de dislocation (Poirier p. 53)

La vitesse de déformation correspond à une équation de transport (équation d’Orowan, c.f. Guéguen
p. 112, Poirier p. 62). La loi constitutive résultante est de la forme (Weertman, 1978) :

Q+ PV 
ε&= A0 (σ1−σ 3)n exp − 
 RT 

ou A0 est un paramètre expérimental, n l’exposant de la loi puissance Q l’énergie d’activation, V le


volume d’activation et R la constante des gaz parfaits. La température est de loin la variable la plus
25
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importante pour la modélisation de la lithosphère. La prise en compte du volume d’activation est
par contre souvent négligée pour la lithosphère, ce qui conduit à la forme simplifiée :

 Q 
ε& = A0 (σ 1 − σ 3 ) n exp − 
 RT 

Les exposants pour les minéraux les plus courants de la lithosphère sont compris entre 2 et 5, la
valeur 3 étant le plus souvent rencontrée. Par contre, les énergies d’activation varient grandement,
avec des faibles valeurs pour des minéraux comme le quartz humide, (100-200 KJ/mol), et des
valeurs beaucoup plus importantes pour l’olivine (400-600 KJ/mol). Cette variation se retrouve
également pour les lois de comportements des roches (Table II.4) .

matériau A0 (Pa-ns-1) n Q (kJ/mol) ref. Numéro et commentaires

westerly granite (s) 5.0 10-27 2.9 106 K83 1


westerly granite (s) 1.0 10-29 3.4 139 K83 2
quartzite (s) 1.3 10-16 1.9 123 K83 3
quartzite (s) 1.0 10-15 2.0 167 K83 4
quartzite (s) 6.3 10-24 2.8 184 K83 5
aplite (s) 7.9 10-26 3.1 163 K85 6
quartzite (h) 4.0 10-21 2.6 134 K83 7
quartzite (h) 3.2 10-13 1.8 167 K83 8
Westerly granite (h) 8.0 10-16 1.9 137 K83 9

albite 1.0 10-29 3.9 234 K83 10


anorthosite 2.0 10-23 3.2 238 K83 11
quartz diorite 5.0 10-18 2.4 219 K83 12
diabase (s) 7.9 10-25 3.4 260 K83 13
clinopyroxène (s) 4.0 10-15 2.6 335 K83 14

olivine (s) 7.9 10-18 3.5 528 K85 15


olivine (s) 6.3 10-17 3.5 533 K85 16
dunite (h) 4.0 10-17 3.4 444 K85 17
olivine (h) 7.5 10-17 3.3 444 K83 18

Table II.4 Paramètres des lois de fluage dislocation pour les roches lithosphériques (s=sec, h=humide)

La représentation des lois puissance de la table II.3 dans un diagramme 1/T - Log10 (σ1−σ 3) rend
compte des effets respectifs des paramètres Q et A0. La figure II.21 rend bien compte du contrôle
respectif de ces deux paramètres : l’énergie d’activation Q contrôle la pente de la droite, alors que le
terme pré-exponentiel A0 en contrôle l’origine.

26
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Figure II.21 : Evolution de la contrainte différentielle en fonction de 1/T pour les matériaux de la table II.4

A forte contrainte et à faible température, les données expérimentales montrent que la vitesse de
déformation croit de façon quasi exponentielle lorsque la contrainte augmente. L’utilisation de la loi
puissance conduit à des exposants très élevés. Ce nouveau régime (= power law breakdown regime,
voir Tsenn et Carter, 1987) semble être atteint lorsque la contrainte dépasse une valeur seuil de
l’ordre de 10−2G . La loi utilisée est alors de la forme (Goetze, 1978 ; Kolhstedt, 1995):

 Q  (σ1−σ 3) 2 
ε&=ε&0exp 1−
RT  σ p  
 

ou σ p est la contrainte de Peierl, qui correspond à la résistance du réseau au glissement de


dislocation, Q l’énergie d’activation pour ce glissement. La figure II.22 illustre cette transition
pour l’olivine polycristalline sèche, le régime de haute contrainte étant activé lorsque la contrainte
différentielle dépasse la valeur seuil de 600 MPa.

Figure II.22 : Transition entre la loi puissance contrôlée par les dislocations et une loi contrôlée par la contrainte de
Peierls (d’après Goetze et Evans, 1979)

Les fluides exercent également une influence importante sur le fluage – dislocation du quartz

27
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et de l’olivine. En laboratoire, la déformation de ces matériaux s’effectue souvent en présence
d’eau afin d’augmenter la vitesse de déformation. Le contenu en eau s’exprime par la fugacité
(=fugacity) qui correspond à ????. A température et à contrainte constante, la vitesse de
déformation croit avec la fugacité de l’eau, selon la relation expérimentale ε&∝ fHp O . En
2

combinant cette équation avec la loi puissance, on trouve des valeurs de p comprises entre 0.8
et 1.2 pour des roches riches en quartz (Kohlstedt et al., 1995). A reprendre

Fluage par diffusion. A une température proche de la température de fusion et sous faible
contrainte, la diffusion atomique et le glissement au joints de grains peuvent devenir plus efficace
que le fluage par dislocation. La déformation par diffusion correspond au fluage de Nabarro-
Herring. La déformation par glissement aux joints de grains a été formalisée par Coble (1963). Les
relations sont contrôlées par la température de façon identique aux lois de fluage dislocation. Par
contre, ε& est une fonction linéaire de σ . La formule proposée par Coble (1963) :

(σ1−σ 3)  Qgb + PVgb 


ε&= Agb exp −
d3  RT 

exprime un comportement non linéaire en 1 / d 3 en fonction de la taille de grain d. Le fluage de


Nabarro-Herring correspond à une loi de comportement en 1 / d 2 . Ces mécanismes sont surtout
importants pour de petits grains, le fluage de Coble étant efficace à des températures plus faibles
que celui de Nabarro-Herring (Poirier, p 201).

Fluage par dissolution – recristallisation sous contrainte .

La présence de fluide dans les joints de grains peut augmenter considérablement augmenter la
vitesse de déformation à basse température, le processus actif étant la diffusion en solution. Trois
étapes peuvent être distinguées : dissolution aux endroits de forte contrainte, transfert en solution,
recristallisation dans les zones de faible contrainte. Ce processus est particulièrement actif pour le
quartz, le grès ou la calcite. La relation constitutive correspond à une loi de fluage linéaire du type
ε&=σ /η . Dans le cas d’un fluide interagissant avec des fractures ou des grains, la relation suivante a
été proposée (Gratier et al., 1999) :

ε&=αDwcV (σ1−σ 3)
RTd3

ou α est un coefficient numérique, D is le coefficient de diffusion, w est la largeur du chenal de


transport, c est la solubilité du solide en solution et V et le volume molaire du solide. Bien que
l’incertitude sur plusieurs paramètres tels que D et w soit importante, les vitesses de déformation
sont significatives même pour des conditions de température et contrainte modérées, les valeurs de
viscosité équivalente étant de l’ordre de 1020-1021 Pa.

II.3 Stratification rhéologique de la lithosphère

A l’exception des propriétés élastiques de la lithosphère, qui peuvent être appréciées à


diverses échelles spatiales, et qui sont relativement peu sensibles à des changements modérés de
pression de fluide et de température, les propriétés rhéologiques obtenues en laboratoire doivent être
utilisées avec précaution pour estimer la résistance effective de la lithosphère lors des processus
tectoniques. Les incertitudes liées à l’extrapolation sont multiples :
• l’influence des fluides. Dans la croûte supérieure, les deux mécanismes principaux
de déformation que sont la friction et la dissolution recristallisation sont fortement

28
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affectés par les fluides, qui conduisent à un affaiblissement important. Les lois de
fluage-dislocation de la croûte inférieure et du manteau supérieur sont aussi
modifiées par la présence d’eau, qui diminue l’énergie d’activation apparente ;
• les vitesses de déformation en laboratoire sont de 5 à 10 ordres de magnitude
supérieures à celles opérant à l’état naturel. De plus, les températures utilisées sont
fréquemment supérieures aux températures adaptées pour la lithosphère.
L’extrapolation des lois puissance nécessite d’une part une bonne détermination des
énergies d’activation, d’autre part que les mécanismes de déformation opérant au
laboratoire soient ceux actifs pour la lithosphère ;
• les rhéologies utilisées sont représentatives d’agrégats monominéraux, et restent mal
déterminées pour des roches polyminérales. En effet la déformation de ces roches
s’accompagne souvent de fusion partielle, liée à l’abaissement de la température de
solidus du mélange. Pour s’affranchir de ce problème, des techniques de calcul de
lois de mélange à partir des lois des constituants ont été employées. Bien que cette
approche produise de bons résultats si les phases sont de compétence similaires, elle
ne prédit pas une vitesse de déformation correcte pour des phases rhéologiques
contrastées (Kolhsdtedt, 1995). Dans ce cas, une modélisation de la déformation par
éléments finis en utilisant la géométrie de l’agrégat et les lois monominérales peut
être utile (Bauer84, Tullis91) ;
• la déformation des agrégats dans des conditions naturelles conduit souvent à de
grandes déformations, des transformations de microstructures qui conduisent à une
anisotropie structurale et rhéologique, des réactions métamorphiques. Ces
phénomènes sont difficiles à reproduire en laboratoire, et les lois de comportement
correspondantes n’ont pas été formulées.

a) Modèles thermiques de la lithosphère

La résistance de la lithosphère dépend d’une part de la pression lithostatique qui contrôle la friction
effective, d’autre part de la température T, qui influence la loi de fluage. Contrairement au terme
lithostatique, simplement lié à la densité et donc relativement bien connu, la température dans la
lithosphère n’est pas une fonction simple de la profondeur. L’équation fondamentale pour le calcul
du géotherme est l’équation de la chaleur, qui traduit la conservation de l’énergie pour un transfert
thermique conductif (loi de Fourier) :

ρCT& =div(k⋅grad(T))+r ,

ou C est la capacité calorifique, k la conductivité thermique (supposée isotrope), r la production


volumique de chaleur, essentiellement due à la désintégration des éléments radioactifs U, Th, K.
Ces trois paramètres sont accessibles à la mesure en laboratoire (cf. Carslaw), et des valeurs
représentatives pour la lithosphère étant K=2.5 Wm-1K-1, C=700 Jkg-1K-1. La production de
chaleur est calculée à l’aide de la formule de Birch (1968) :

r =(0.716CU +0.193CTh +0.262CK )⋅0.133

ou les concentrations sont exprimées en ppm. Les valeurs de r varient beaucoup suivant le type de
roche, le granite étant la roche la plus radiogénique. La production de chaleur pour les roches
crustales s’échelonne entre 0 et 4 µW/m2 (Cermak, 1983), mais atteint parfois des valeurs de 8
µW/m2 (Roy, 1968). La contribution de chaleur radiogénique du manteau supérieur au flux de
chaleur est par contre négligeable (r ≈ 0). L’autre mesure essentielle est l’estimation du flux de
chaleur en surface q0. Ce flux correspond à la quantité intégrée de matière radiogénique

29
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(essentiellement dans la croûte) auquel s’ajoute le flux provenant de l’asthénosphère. Une relation
assez claire existe entre le temps écoulé depuis le dernier événement tectonothermique de la
lithosphère et le flux de surface (Chapman77, Cermak83), qui présente des valeurs allant de 30
mW/m2 pour des cratons de 1 milliard d’années, à des valeurs de 90 mW/m2 ou plus pour des
provinces jeunes telles que le Tibet ou certaines parties du Basin and Range. Dans le cas d’une
lithosphère stratifiée, la seule variable d’espace est la dimension verticale z. La distribution de
température est donnée par le problème aux limites suivants :

 ∂T 2 r(z)
 ∂z 2 =− k

 T(0)=T0
 ∂T (0)= q0
 ∂z k

ou T0 et q0 représentent respectivement la température et le flux en surface. A partir de la, il est


possible de calculer l’épaisseur de la lithosphère thermique, en considérant que la base de la
lithosphère est définie par l’intersection entre le profil de température et la courbe de solidus,
comme le montre la figure II.23.

Figure II.23 (Chapman77)

b) Enveloppe de contrainte et modes de déformations dominants

La synthèse des observations de déformation expérimentale, des lois de comportement


associées, et des propriétes thermiques de la lithosphère permet de construire des modèles dans
lesquels la contrainte déviatorique dépend du taux de déformation. Il est d’usage d’utiliser un taux
de déformation constant, représentatif des valeurs géologiques, ce qui permet de prédire des valeurs
de contrainte déviatorique pour des zones se déformant rapidement (10-14 s-1) ou lentement (10-17 s-
1
). Ces valeurs rendent compte de deux schémas géodynamique extrêmes : la première correspond à
une déformation de 100% après 300 Ma, tandis que la seconde indique une déformation de 1%
après 3 milliards d’années, c’est à dire un comportement essentiellement rigide même pour une
échelle de temps grande. Il est également utile de distinguer le cas compressif ( σ1 horizontal) du
cas extensif ( σ1 vertical), qui conduit à des valeurs différentes de la contrainte déviatorique lors de
phénomènes frictionnels. Pour un géotherme donné, l’utilisation des relations de Byerlee ainsi que

30
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des lois puissance permet d’estimer la contrainte différentielle pour une lithosphère se déformant à
une température et à un taux de déformation donné. Le modèle assurant le niveau de contrainte
minimale est tenu comme mode de déformation dominant. A partir de régimes thermiques
correspondants à un flux fort, modéré et faible, illustré par Figure II.24, et en utilisant les lois de la
table II.4 et les relations de Byerlee, il est possible de construire des structures rhéologiques
caractéristiques de la lithosphère océanique et continentale.

Figure II.24 Géothermes caractéristiques de la lithosphère. Les flux de surface q0 pour les lithosphères chaudes, normale
et froide sont respectivement de 90, 60 et 30 mW/m2.

La lithosphère océanique présente un profil rhéologique simple. En effet, le contraste rhéologique


entre la croûte océanique et le manteau est faible, le minéral dominant étant l’olivine. De plus la
faible épaisseur de la croûte océanique lui confère une déformation à basse température contrôlée
par la friction. L’enveloppe de contrainte est donc essentiellement dépendante de l’état thermique,
qui lui même dépend de l’age. Pour une lithosphère océanique jeune présentant un flux de surface
de 90 mW/m2, la transition entre le comportement frictionnel et la comportement visqueux à lieu
entre 18 et 27 km comme le montre la figure II.25, soit environ 700 °C.

Figure II.25 Contrainte déviatorique prédite par les matériaux de la table II.4 pour une lithosphère océanique chaude.

Trois cas principaux peuvent être distingués en ce qui concerne la lithosphère continentale, illustrés
par les figures II.25 à II.27:

• Dans le cas d’un fort flux de chaleur en surface (90 mW/m2) et d’une croûte épaissie,
comme cela est le cas au Tibet ou dans l’Altiplano, les températures élevées dans la croûte
inférieure limitent les contraintes en dessous de 10 M Pa pour des roches granitiques ou
anorthositique. La température au Moho étant de l’ordre de 1200 °C, même les roches à

31
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forte teneur en olivine se déforment à faible contrainte. Par conséquent, la lithosphère
mécanique se limite à la croûte supérieure, et sa résistance ne devrait pas dépasser 2 1013 N.

Figure II.25 Contrainte déviatorique prédite par les matériaux de la table II.4 pour une lithosphère continentale chaude.

• Dans le cas d’un flux de surface modéré (60-70 mW/m2) , la baisse de la température dans la
partie supérieure du manteau augmente de façon significative la résistance de cette partie de
la lithosphère, qui peut égaler ou devenir dominante par rapport à la contribution de la
croûte supérieure à comportement frictionnel. Le croûte moyenne joue le rôle de niveau de
découplage seulement si le comportement dominant est celui du quartz (1-9). Si la rhéologie
de la croûte moyenne est contrôlée par des roches plus basiques (10-14), le manteau pourrait
être solidaire de la croûte supérieure.

Figure II.26 Contrainte déviatorique prédite par les matériaux de la table II.3 pour une lithosphère continentale
normale.

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• Si le flux de surface est faible (30-50


mW/m2) comme sur les boucliers
précambrien ou archéen, des vitesses
de déformation élevées conduisent à
des forces résistantes très grandes, de
l’ordre de 1015 N, qui n’existent
probablement pas dans la lithosphère.
Des vitesses de déformation faibles,
conformes à la réalité géologique,
révèlent que la résistance de la
lithosphère est essentiellement
concentrée dans la croûte profonde et
dans le manteau, la force intégrée
pouvant être de l’ordre de 1014 N.

Figure II.27 Contrainte déviatorique prédite par les matériaux de la table II.4 pour une lithosphère continentale froide.

c) contrôle des modèles rhéologiques de la lithosphère

L’association de géothermes calculés et des lois de comportement frictionnelle et visqueuse permet


de prédire l’évolution de la contrainte différentielle avec la profondeur, ainsi que le mécanisme
dominant de déformation. La contrainte différentielle liée aux lois thermiquement activée variant
fortement avec la température, l’épaisseur du domaine frictionnel est faible pour des lithosphères
chaudes, et doit augmenter pour des lithosphères froides.
Plusieurs approches géophysiques permettent de tester les prédictions issues des expériences de
laboratoire. Une méthode directe, déjà évoquée, est celle de la mesure des contraintes dans les
forages, qui prédit que la croûte, en dehors des zones à forte localisation, se comporte comme un
milieu fracturé avec une friction de 0.6 et une pression hydrostatique. Aucune observation directe
ne renseigne sur la forme de l’enveloppe des contraintes en profondeur. Plusieurs prédictions sont
pourtant fondamentales pour toute tentative de modélisation :
• La position du pic de contrainte de la transition fragile-ductile ainsi que la valeur du
déviateur des contraintes dans cette zone;
• La présence d’un niveau de découplage dans la croûte inférieure, entièrement contrôlée par
33
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les paramètres des lois puissance et de fluage diffusion ;
• La magnitude des contraintes dans le manteau sous le Moho (=uppermost mantle)
• La résistance intégrée de la lithosphère.

Les données de sismicité, les paléopiézomètres, et les modèles de flexion lithosphérique apportent
un éclairage partiel sur ces aspects.

Les séismes. La zone sismogène étant associée à un comportement frictionnel instable, la


distribution de la sismicité avec la profondeur de transition renseigne sur l’extension en profondeur
du domaine frictionnel. En domaine océanique, on observe une relation claire entre
l’approfondissement de la sismicité et l’age de la lithosphère. En utilisant la relation entre l’age et la
structure thermique proposée par Parsons1977, et comme le montre la figure II.28, il apparaît que
la base de la sismicité est comprise entre les isothermes 600 et 800°C. Dans ce cas, l’épaisseur de la
zone sismogène apparaît compatible avec celle déterminée par l’enveloppe de contrainte.

Figure II.28 Relation entre profondeur de sismicité, age de la lithosphère et température à l’intérieur des plaques
océaniques (d’après Chen83).

Dans les zones continentales ou la sismicité est abondante et bien localisée en profondeur, on
constate que les séismes se répartissent entre la surface et une profondeur généralement comprise
entre 5 et 35 km, au delà de laquelle les séismes disparaissent sur quelques kilomètres. La figure
II.29 illustre cette tendance pour le rift Baïkal.

Figure II.29 Répartition des séismes avec la profondeur dans le rift Baïkal (d’après Deverchère, 2001).

34
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La sismicité du manteau dans les zones continentales semble occasionnelle (Maggi et al., 2000). De
nombreuses études (e.g. Meissner82, Sibson82, Chen83, Maggi00) font apparaître une nette
corrélation entre la profondeur maximale de la sismicité crustale et le flux de chaleur. La figure
II.30 illustre cette dépendance pour la lithosphère continentale: les séismes crustaux disparaissent
au dessous de 10 km au Tibet (lithosphère chaude) et persistent jusqu’à 30 ou 40 km dans le rift
Baïkal ou la Sierra Nevada (lithosphère normale ou froide).

Figure II.30 Profondeur maximale de 90% de la sismicité et flux de chaleur pour diverses provinces tectoniques. 1 :
Sierra Nevada (b,e); 2 : Baïkal (h); 3 : Nord Californie (a,f); 4 : Nord Landers, Sud Californie (g) ; 5 : Sud Landers (g);
6 : Wasatch, Utah (b) ; 7 Baie de San Fransisco (a,f); 8 : Coso, Sud Californie (b) ; 9 : Californie Centrale (a,b,f); 10 :
Tibet (d) ; 11 : Geysers, Nord Californie (b). Références : a=Lachenbruch 1980 ; b=Sibson 1982 ; c=Meissner 1982 ;
d=Chen 1983; e=Smith 1984 ; f=Miller 1988; g=Williams 1996 ; h=Deverchère 2001. Voir Maggi00 pour d’autres refs
(Afrique et Inde). Les flèches indiquent des flux notablement plus forts dans des zones hydrothermales.

Néanmoins des zones dont le flux est comparable à celui du Baïkal (zones 3 et 4) présentent une
sismicité beaucoup plus superficielle, et il n’est pas possible de faire ressortir une relation univoque
entre les données de flux et de sismicité. Les raisons de cette corrélation médiocre peuvent être liées
aux données géothermiques et sismologiques : 1) la grande hétérogénéité des données de flux rend
difficile le choix d’une valeur moyenne représentative (voir Lachenbruch, 1980); 2) le géotherme en
profondeur dépend de façon importante de la production radiogénique et du flux à la base de la
lithosphère ; 3) le régime thermique peut être transitoire plutôt que stationnaire ; 4) la localisation
des séismes en profondeur peut être imprécise. Les données peuvent être ainsi entachées de
plusieurs dizaines de degrés d’incertitude, ainsi que de plusieurs kilomètres d’imprécision. Des
raisons rhéologiques peuvent également expliquer ces variations. Par exemple les zones 3 et 4 ou la
sismicité disparaît vers 250°C pourraient correspondre à des roches se déformant ductilement à
basse température, alors que la limite vers 32 km du rift Baïkal pourrait être due à la présence de
roches basiques comme la diabase. Des variations de régime de déformation ou la vitesse de
déformation affectent également la transition fragile-ductile, comme le montrent les courbes
enveloppes des figures II.24 à II.27. Toutefois, des causes plus fondamentales peuvent aussi altérer
la relation flux-séismes, qui repose sur plusieurs postulats :
• En accord avec la notion d’enveloppe de contrainte, la lithosphère est chargée jusqu’à sa
limite frictionnelle, et ne possède pas de domaine élastique. Cette hypothèse, qui peut se

35
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justifier pour une lithosphère faible (chaude) pour laquelle la force disponible aux limites est
supérieure à la résistance totale de la plaque, peut être inadaptée pour des lithosphères plus
rigides. Dans ce cas , seule la partie supérieure de la plaque pourrait atteindre la limite
frictionnelle, les parties profondes de la croûte et du manteau se comportant de façon
élastique.
• La zone sismogène est identifiée à la zone frictionnelle. En fait il est possible que la
disparition de la sismicité soit due à la transition stable-instable de la friction de certaines
roches comme le granite (voir Blanpied et al., 1995), plutôt qu’à une transition friction
instable-comportement visqueux, qui survient plutôt vers 350°C pour cette même roche.
• La présence des séismes indique une chute de la contrainte tectonique, comprise et 1 et 10
MPa, mais ne renseigne pas sur la magnitude de la contrainte tectonique, qui peut se situer
bien en deçà de l’enveloppe classiquement utilisée si la friction statique est faible ou si la
pression de fluide est élevée.

Paléopiézomètres. L’existence de relations empiriques entre les caractéristiques microstructurales


comme la densité de dislocations, la taille des sous grains ou la taille des grains recristallisées et la
contrainte appliquée ont été démontrées tant pour les métaux que pour certains minéraux présents
dans la lithosphère (Poirier, 1990, p. 190). Il est donc tentant d’utiliser ces relations pour déduire
des paléo-états de contraintes dans des zones de cisaillement, ou construire des profils de
contraintes à partir de xénolithes, cad des enclaves de roches remontées par des roches ignées. Des
valeurs de contraintes entre 1 et 100 MPa ont été proposées pour la lithosphère continentale.
Toutefois, l’interprétation des données expérimentales reste sujette à caution, à cause de la
distribution de la taille des grains, souvent bimodale, ou du changement de régime de
recristallisation qui induit des tailles de grains différents.
Flexion et isostasie. L’épaisseur mécanique de la lithosphère conditionne sa flexion sous le poids
de charges superficielles et profondes, la pression sous la plaque étant contrôlée par
l’asthénosphère. La figure II.31 représente le chargement d’une lithosphère homogène en
déformation plane sous l’effet d’une charge L(x). Le moment fléchissant sur la plaque M, et la
contrainte horizontale appliquée sur la plaque N étant définis par :
he he
M =∫ σ f (z − zn)dz et N =∫ ∆σ dz
0 0

ou σ f est la composante de la contrainte parallèle à la fibre neutre de la plaque, z la profondeur


courante, zn la profondeur de la fibre neutre, et ∆σ la contrainte différentielle appliquée
latéralement. La déflection w de la surface est solution de:

∂ 2M ∂ 2w
− N 2 −∆ρgw=L(x) ,
∂x 2 ∂x
∆ρ étant le contraste de masse volumique entre l’asthénosphère et le fluide sus-jacent à la plaque
(air, eau, sédiment). M étant défini pour une plaque mince par :
∂ 2w
M =−D 2 ,
∂x
il vient :
∂ 4w ∂ 2 w
D + N 2 +∆ρgw=L(x) .
∂x4 ∂x
La rigidité de la plaque est reliée à son épaisseur élastique he et aux coefficients élastiques comme :
D= E 2 he3
12(1−ν )
Ce modèle est particulièrement utile pour analyser les petites déformations de la lithosphère
océanique, car la bathymétrie et les charges lithosphériques sont plus aisément identifiables que
pour la lithosphère continentale.

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Figure II.31 Flexion d’une plaque élastique homogène en domaine océanique (voir Lowrie p. 320 ou 321)

L’analyse systématique de la bathymétrie de la lithosphère océanique a permis de reporter


l’épaisseur élastique de la lithosphère en fonction de son age (Watts et al., 1980 p 6370). La figure
II.32 montre une augmentation de he avec l’age, conformément au modèle de refroidissement de
Sclater (1977). Toutefois, la base de la lithosphère élastique correspond à une température comprise
entre 300 et 600 °C, trop faible en principe pour correspondre à une chute de contrainte liée à lune
faible viscosité de l’olivine. Ce résultat est donc en contradiction avec le modèle rhéologique
standard de la lithosphère océanique, qui prévoit une transition fragile ductile vers 600-800°C, ainsi
qu’avec l’extension de la zone sismogène, qui s’étend également jusqu’à de telles températures.

Figure II.32 Relation épaisseur élastique equivalente (he) – age en domaine océanique (voir Watts 1980)

La prise en compte d’un seuil de contrainte dans la lithosphère, conformément aux relations de
Byerlee, permet d’expliquer la faible valeur de he comparée à l’épaisseur déduite de la rhéologie de
l’olivine (Mc Nutt et Ménard, 1982). Comme l’illustre la Figure II.33, la contrainte déviatorique
dans une plaque élastique est proportionnelle à la distance à la fibre neutre. Ce modèle n’est pas
valable pour la partie superficielle de la lithosphère, dans laquelle la contrainte est limitée par la
friction des roches. Le noyau élastique du modèle doit donc exclure cette partie superficielle, ce
d’autant plus que la flexion de la plaque est grande. La Figure II.34 illustre la supériorité du
modèle élastique-plastique pour expliquer la topographie d’une plaque en subduction. En effet, une
plaque élastique ne permet pas d’ajuster simultanément la topographie de la zone externe (faible
courbure) et de la fosse (forte courbure), ce qui devient possible en utilisant un modèle à seuil de
plasticité.

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Figure II.33 Contraintes dans une plaque élastique et dans une plaque à seuil dépendant de la profondeur (voir Goetze79
p. 466 et Watts 1985 p. 305)

Figure II.34 Ajustement de la flexion d’une plaque en subduction avec un modèle élastique et élastoplastique (voir
Watts 1985 p. 297)

Alors qu’il est défendable d’assimiler la déflection du plancher océanique à de la flexion élastique
ou élastoplastique d’une plaque mince, cette hypothèse est plus difficile à justifier et à tester pour la
lithosphère continentale. A justifier, car la structure rhéologique et thermique de la lithosphère
continentale est plus complexe et moins bien connue (éventuel niveau de découplage dans la croûte
moyenne, variations latérales de rhéologie). A tester, car la charge de la lithosphère continentale est
plus difficile à définir, et des processus comme l’érosion agissent directement sur la topographie.
Néanmoins, des modèles élastiques ou viscoélastiques ont été employés dans le domaine spatial
pour interpréter la subsidence de bassins intracontinentaux (Watts82), la remontée des épaules de
rifts (Weissel89) ou la flexion de la lithosphère lors de la formation des bassins d’avant chaînes
(Beaumont82). De façon alternative, il est aussi possible de résoudre l’équation de flexion dans le

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domaine fréquentiel (Dorman et Lewis, 1970, Karner85), ce qui permet de calculer la corrélation
entre la flexion de la plaque et le champ de gravité induit en fonction de la longueur d’onde. Une
plaque infiniment rigide, représentée sur la Figure II.35, est caractérisée par une absence de
corrélation, alors qu’une plaque de faible rigidité occasionne une corrélation parfaite (négative)
entre la topographie et l’anomalie de Bouguer.

Figure II.35 a) lithosphère rigide : l’anomalie gravimétrique n’est pas corrélée à la topographie ; b) une lithosphère
flexible induit une corrélation négative entre gravimétrie et topographie.

Pour un jeu de données réel, la longueur d’onde à laquelle on observe une transition entre une
bonne corrélation (grande longueur d’onde) et une décorrélation (courte longueur d’onde) fournit
une estimation de la rigidité de la plaque. Comme l’illustre la figure II.36, une analyse spectrale
systématique à l’échelle du continent Nord Américain fournit des rigidités comprises entre 1021 et
1025 N/m. Les épaisseurs élastiques équivalentes seraient alors de l’ordre de 100 km pour les
boucliers précambriens, de 40 km pour les Appalaches, de 18 km pour le plateau du Colorado, et de
4 km pour le Nord du Basin and Range. D’autres analyses fournissent des valeurs de he de 30 à 40
km pour des bassins d’avant chaînes de l’Himalaya ou du Tien Shan (Maggi00), de 25 km pour le
rift Est-africain, et des valeurs comprises entre 2 et 15 km pour des zones se déformant en Asie
(Maggi00).

Figure II.36 Evaluation de l’épaisseur élastique équivalente sur le continent Nord Américain. (Bechtel 1990)

Les valeurs de he trouvées pour les boucliers précambriens sont compatibles avec l’épaisseur de la
zone à forte contrainte prédites par les courbes enveloppes des zones à faible flux (90 km pour 30
mW/m2). Pour des lithosphères froides, la croûte et la manteau seraient donc solidaires sur des
échelles de temps géologiques. Les faibles valeurs de he sont elles aussi compatibles avec un
manteau à faible résistance. La zone à forte contrainte serait donc située exclusivement dans la
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croûte supérieure, d’une épaisseur de l’ordre de 10 km. Les valeurs intermédiaires de he, entre 15 et
40 km, peuvent être associées à des flux de chaleur intermédiaire, entre 40 et 70 mW/m2, pour
lesquels la contribution de la résistance du manteau est notable, ainsi que celle de la croûte
inférieure.

d) limite de la présentation adoptée pour le chapitre II.3

La présentation de ce chapitre pourrait donner l’impression au lecteur qu’un bon accord sur les
propriétés rhéologiques de la lithosphère découle des méthodes d’investigation en laboratoire et des
méthodes géophysiques, et que les profils d’enveloppe de contrainte sont suffisants pour déduire le
régime de contrainte d’une province tectonique en utilisant un taux de déformation mesuré à la
surface, et un profil rhéologique standard déduit des propriétés thermiques et des lois de
comportement moyenne pour la croûte et le manteau. Une telle façon de procéder n’est pas
productive, pour trois raisons principales.

• Le champ de contrainte n’est pas une observable suffisamment robuste. En effet, notre
perception du champ de contrainte dans la lithosphère est ponctuelle, et n’intéresse qu’une
enveloppe superficielle de quelques km. De plus ces contraintes ne constituent pas en soit
pas une véritable observable, mais bien la retranscription d’une observation de déformation
(ovalisation d’un forage, mouvement d’un séisme) par l’utilisation d’une loi de
comportement.
• Une vitesse de déformation constante avec la profondeur n’est qu’une hypothèse commode
pour présenter les profils de résistance de la lithosphère dans des contextes de faible ou forte
déformation. La lithosphère se déforme à priori de façon variée tant en profondeur que
latéralement. Cette déformation constitue d’ailleurs notre principale observable, que ce soit
à l’échelle géologique (millions d’années) , à l’échelle du cycle sismique (100-1000 ans) ,
ou à l’échelle de la mesure géodésique (1-100 ans). Le véritable test est donc de vérifier si
les lois rhéologiques standards de la lithosphère produisent des déformations et des
contraintes géologiquement raisonnables lorsqu’on applique à un modèle mécanique des
conditions aux limites elles aussi raisonnables. C’est l’enjeu de la modélisation numérique,
et le propos des chapitres suivants.
• Les lois rhéologiques présentées dans ce chapitre ne sont pas adaptées pour décrire certains
phénomènes tectoniques, en particulier ceux liés à la localisation de la déformation inter- ou
intra-plaques, pour des raisons détaillées au chapitre V. De façon plus générale, la
lithosphère étant un système complexe et inhomogène, il n’y a pas de garantie que les lois
de comportements « standards » soient partout adaptées. Un second enjeu de la modélisation
numérique est de tester des lois non-standards afin de modéliser des situations mécaniques
particulières, comme le glissement des failles à faible friction, ou le comportement des
zones à forte pression de fluide.

Bibliographie du Chapitre II

Ouvrages :

Atkinson
Carmichael82
Desai
Geguen92
Jaeger79

40
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Lemaitre85
Paterson78
Ranalli87
Scholz90

Articles :

Brace80
Kohlstedt95

41

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