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La reconnaissance

des juridictions
marocaines des
sentences arbitrales

Travail effectué par :

ABDERRAHMANE AHARMANE

Module : Arbitrage
Professeur : Mme

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INTRODUCTION  :

« Que la sentence de l’arbitre soit un arrêt irrévocable ». (Solon.)

A côté de l’appareil judiciaire étatique, nul ne peut, aujourd’hui, nier le rôle


considérable de l’arbitrage au sein de notre ordonnancement juridique et du
développement croissant de ses interventions depuis quelques années déjà.

L’arbitrage est, en effet, une réalité qui s’affirme comme un moyen de


règlement des litiges commerciaux par le recours à une justice privée qui
trouve sa source dans un contrat.

Bien que la justice et le règlement des litiges entre les justiciables soit une
fonction régalienne de l’Etat, l’apport de l’arbitrage en cette matière ne peut
être dénigré, et les avantages que cette procédure procure constituent la ligne
de démarcation avec la justice étatique.

La procédure d’arbitrage se solde par une sentence arbitrale qui met


normalement fin au litige qui opposait les parties. La sentence arbitrale
constitue l’acte ultime et l’objectif premier du processus arbitral. C’est donc
l’acte juridique par lequel le tribunal tranche le litige qui lui a été soumis.

La sentence arbitrale est encadrée de manière stricte aussi bien au niveau


international que national, sa reconnaissance et son exécution puisent leurs
bases des conventions de Genève du 28 Septembre 1927, la convention de
New-York de 1958 et la convention de Washington de 1965 sur le règlement
des différends relatifs aux investissements entres Etats et ressortissants
d’autres Etats. Sans oublier la loi type de la CNUDCI du 21 juin 1985.

Au Maroc la sentence arbitrale ainsi que la procédure d’arbitrage sont régies


par la loi n° 08-05, laquelle est reprise dans le code de procédure civile.

Par ailleurs, l’application des jugements rendus à l’étranger ou des sentences


arbitrales internationales sur le territoire marocain n’est pas automatique , bien
que les sentences internationales notamment soient par nature définitive ou
contraignantes , elles ne font pas nécessairement l’objet d’une exécution
volontaire par la partie condamnée , pour leur donner un effet juridique , ces
décisions doivent passer par une procédure judiciaire dénommée l’exequatur.

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Ainsi si la volonté des parties reste déterminante à plusieurs niveaux, il arrive
que l’une des parties se voit obligée de faire appel à la justice étatique pour
apposer à une sentence arbitrale étrangère le sceau de la force obligatoire
reconnu au jugement pour qu’elle puisse bénéficier de son application sur le
territoire national. De ce fait le passage du volontaire au forcé s’avère
indispensable chaque fois que l’une des parties refuse de se soumettre à la
décision de l’arbitre.

En effet , au Maroc , cette question de reconnaissance et d’exécution des


sentences étrangères soulève quelques difficultés pratiques : le code de
procédure civile ne distingue pas entre les sentences nationales et celles
étrangères , ce qui a divisé la jurisprudence et la doctrine nationale sur la
procédure applicable à chaque type de sentence .

Aussi, le recours aux conventions internationales ou bilatérales pourrésoudre


certaines questions pratiques pose le plus souvent des difficultés en raison de
contradictions entre une convention et uneautre ou entre les dispositions du
code de procédure civile et celles de laconvention.

Dans le cadre de cette étude, il s’avère opportun de nous poser les


interrogations suivantes : Par quel processus une sentence étrangère peut-
elle être reconnue par les juridictions marocaines ? Quels seront ses effets ?

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PLAN

I- L’exequatur : une procédure permettant la reconnaissance et l’exécution


des sentences étrangères sur le territoire marocain

A/ La notion de l’exequatur : définition, cadre légal et procédure

B/ Jurisprudence en matière d’exequatur des sentences arbitrales


étrangères

II- Les retombées de la reconnaissance et l’exécution des sentences


étrangères sur le territoire marocain

A/ Les effets de l’exequatur et les voies de recours


B/ La dualité des solutions en matière de reconnaissance des sentences
arbitrales étrangères

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I- L’exequatur : une procédure permettant la
reconnaissance et l’exécution des sentences étrangères
sur le territoire marocain
L’application des jugements rendus à l’étranger ou des sentences
arbitrales internationales sur le territoire marocain n’est pas
automatique. En effet, ces sentences ne font pas nécessairement l’objet
d’une exécution volontaire par la partie condamnée.
C’est ainsi que pour leur donner un effet juridique, ces décisions passent par
une procédure judiciaire dénommée l’exequatur

A/ La notion de l’exequatur :
L’exequatur est une procédure par laquelle un tribunal rend exécutoire sur son
territoire national une sentence arbitrale ou un jugement ou un acte étranger.
L’exéquatur de la sentence arbitrale permet ainsi au bénéficiaire d’en
poursuivre l’exécution comme s’il s’agissait d’une décision juridictionnelle et au
besoin par le recours à la force publique

 Cadre légal de l’exequatur  :

Jusqu’en décembre 2007, le Maroc n’était pas doté d’une législation


appropriée en matière d’exequatur de sentences arbitrales internationales, ce
qui poussait les parties à se référer à la Convention de New York de 1958
ratifiée par le Maroc de même qu’aux diverses Conventions bilatérales
signées avec quelques Pays.

Tout d’abord, la convention de New York du 10 juin 1958 sur la


reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales étrangères est
considérée comme la plus importante des conventions multilatérales sur
l'arbitrage international. Le Maroc, en la ratifiant, s'est engagé à la
reconnaissance et à l'exécution de toutes les sentences rendues sur le
territoire d'un autre Etat et, partant, en vertu de l'article 14 de la convention de
New York, cet Etat contractant n'a pas besoin pour cela de conclure un accord
bilatéral avec le Maroc.

Ensuite, le Code de Procédure Civile a été refondu afin de mettre en place un


cadre normatif comblant le vide juridique pré existant. Ses dispositions visent
à contraindre de manière plus encadrée l’État marocain à donner pleinement
effet aux décisions arbitrales rendues à l’étranger ou mettant en cause des

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entreprises localisées dans différents pays, à les reconnaitre, et à leur donner
force exécutoire sur notre territoire.

 Procédures de l’exequatur  :

En principe, quelque soit la force probante et l'autorité de la sentence, son


exécution ne pourra être que volontaire et spontanée par les parties. Une telle
exécution volontaire emportera évidemment acquiescement à la sentence,
c'est-à-dire renonciation à exercer les voies de recours ouvertes contre la
sentence

Il arrive souvent que l'une des parties refuse d'exécuter la décision rendue à
son encontre, l'arbitre étant dans l'impossibilité de prononcer une astreinte.
Dans ce cas la sentence devra alors faire l'objet d'une procédure d'exequatur
pour permettre une exécution forcée.

Dans ce cadre, l’article 327-31 du CPC affirme que « La sentence arbitrale
n'est susceptible d'exécution forcée qu'en vertu d'une ordonnance d'exequatur
du président de la juridiction dans le ressort de laquelle la sentence a été
rendue »

 Compétence en matière d'exequatur et modalités à respecter  :

La procédure d'exequatur est déclenchée par un arbitre ou par la partie la plus


diligente. En principe le juge compétent pour rendre l'ordonnance d'exequatur
est le président de la juridiction dans le ressort de laquelle la sentence a été
rendue. Si la sentence n'indique pas le lieu où elle a été rendue, le juge
territorialement compétent est celui du lieu où les arbitres ont donné
connaissance de la sentence aux parties, à défaut s’applique la règle
gouvernant l'arbitrage international qui renvoie au juge du lieu où l'on entend
exécuter la sentence.

Ainsi, le juge de l’exequatur statue sur pièces dans son cabinet, en dehors de
la présence des parties. Pour lui permettre d’accomplir sa mission, le
demandeur de l’exequatur doit présenter une requête écrite circonstanciée, la
minute de cette décision et la convention d’arbitragequi doivent être déposées
au greffe de sa juridiction par l’un des arbitres dans les trois jours de son
prononcé.

L’exequatur peut également se dérouler devant le premier président de la CA


lorsque la sentence fait l'objet d'un recours. Dans ce cas, la sentence est

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déposée au greffe de la juridiction de second degré compétente et c’est ce
haut magistrat qui rendra l’ordonnance demandée.

 Le contrôle du juge de l'exequatur 

Ce contrôle est assez restreint. Il permet seulement au juge de l'exequatur


de contrôler que la sentence est bien une sentence arbitrale, c'est-à-dire un
acte décisoire, et qu'elle n'est pas entachée d'un vice grave.

Celui-ci ne peut pas réviser la sentence au fond ou en modifiant le contenu


ou en y apportant un complément. Il vérifie la conformité de la sentence à
l'ordre public, puisqu'il n'est pas possible de donner force exécutoire à une
sentence qui viole délibérément l'ordre public, ainsi que la régularité
formelle de celle-ci.

 L’ordonnance d'exequatur 

Le juge de l'exequatur rend une ordonnance. L'exequatur doit être accordé ou


refusé en totalité, il n'y a pas d'exequatur partiel ou sous réserves.

L'ordonnance qui accord l'exequatur est mentionnée sur la minute de la


sentence arbitrale, sans nécessité de motivation. Au contraire une motivation
est nécessaire en cas de rejet.

Le refus de l'exequatur n'est pas l'équivalent d'une annulation ou d'une


réformation de la sentence. Celle-ci n'est pas exécutoire, mais conserve
l'autorité de la chose jugée. L'ordonnance d'exequatur n'est susceptible
d'aucun recours

Il est à signaler que la plupart des conventions judiciaires conclues par le


Maroc dégagent des conditions sont nécessaires dans la procédure
d’exequatur, notamment le fait qu’aucune décision passée en force de chose
jugée ne doit être rendue par les tribunaux de la partie requise , ni que ces
juridictions n’aient été saisies d’une instance entre les mêmes parties , dans la
même cause et sur le même objet soumis à l’arbitrage , antérieurement à la
demande d’exequatur , voire à la décision rendue à la suite de cette requête

Le juge marocain est désormais limité dans ses prérogatives et ne doit


prendre en considération que les trois conditions suivantes cumulatives
évoquées par le code de procédure civile :

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- Que le juge étranger soit compétent

- Que la loi appliquée au litige soit la loi adéquate

- Que cette loi ne porte pas atteinte à l’ordre public

Après avoir traité des généralités en matière d’exequatur sur le plan théorique,
il convient désormais de nous intéresser à cette thématique sur le plan
pratique cette fois-ci, en recensant certaines jurisprudences dont cette
procédure fait l’objet.

B/ Jurisprudence en matière d’exequatur des sentences


arbitrales étrangères
Premier cas jurisprudentiel  : une affaire opposant une entreprise
Britannique à une entreprise marocaine

Faits :

Une entreprise marocaine spécialisée dans le commerce de produits de base


avait signé un contrat commercial avec un fournisseur de Grande Bretagne
contenant une clause compromissoire qui donne attribution de compétence à
un Centre d’Arbitrage Londonien spécialisé dans les litiges relatifs à ce
commerce. Les parties avaient convenu que c’est le droit anglais qui était
applicable en cas de litige. Cependant, pour des raisons économiques et
financières, l’entreprise marocaine s’est rétractée au cours de la phase
d’exécution du contrat juste avant la date de livraison de la marchandise, d’où
le recours du fournisseur anglais à l’arbitrage institutionnel de la cour comme
prévu.

Procédure :

Celle-ci convoque la partie marocaine qui a refusé de se constituer en qualité


de défendeur avançant que le contrat n’a jamais été accepté ni signé par elle-
même. Le tribunal londonien a rendu en défaut de représentation de la partie
marocaine trois sentences aux termes desquelles il a décidé ce qui suit :

 La reconnaissance de l’existence de relations commerciales et de la


validité du contrat commercial qui stipule une clause compromissoire
donnant compétence au tribunal arbitral
 Le calcul et le paiement des indemnisations et du manque à gagner
dues à la partie anglais

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 Le paiement des frais de la procédure d’arbitrage par la partie
marocaine.

Au vu de cette décision, la partie britannique a demandé l’exéquatur de la


sentence arbitral. La partie marocaine a maintenu les moyens sur lesquels elle
a construit sa défense pendant la procédure d’arbitrage et au cours de la
procédure d’exéquatur.

Solution :

Le tribunal de Commerce de Casablanca a rendu un jugement d’exequatur


des trois sentences arbitrales étrangères précitées sur les motifs de la validité
du contrat commercial qui a connu un début d’exécution comme les
correspondances entre les parties l’ont démontré. Le tribunal a motivé sa
décision par l’application des dispositions de l’article 327-44 du code de
procédures civile et des dispositions de la convention de New York de 1958.

Second cas jurisprudentiel  : une affaire opposant une entreprise


française à une entreprise marocaine

Faits :

En juillet 2008, la société filiale marocaine Ynna Asment a signé avec la


société française Fives FCB un contrat portant sur la réalisation d’une unité de
production de ciment. Il a été convenu que l’exécution du contrat se déroulera
en deux étapes : une première phase dite de «préparation» qui s’étale jusqu’à
l’entrée en vigueur du contrat, qualifiée de «principale» et une deuxième
phase de l’engagement qui porte plutôt sur la réalisation du projet. Le projet a
finalement été abandonné en 2009. La société française reproche à la société
marocaine d’avoir retiré sans préavis un cautionnement que la société mère
de la filiale marocaine a refusé de payer.

Procédure :

Usant de la clause compromissoire, la société française demande réparation


au tribunal arbitral à Genève (Suisse) compétent en la matière qui a prononcé
une sentence arbitrale en sa faveur et a condamné la filiale marocaine à payer
solidairement avec sa société mère une certaine somme.

Solution :

Le tribunal commercial de Casablanca, saisi pour l’exéquatur de la sentence


arbitrale, a reconnu par Ordonnance le bienfondé de la sentence arbitrale

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mais en ne déclarant pas la solidarité entre la filiale marocain et sa société
mère comme l’avait jugé le tribunal arbitral.

La Cour d’appel commerciale de Casablanca saisie par l’appel de la société


française ordonne par arrêt du 15 janvier 2015 l’exéquatur et la
reconnaissance de la sentence arbitrable telle qu’elle a été prononcée par le
tribunal arbitral de Genève qui avait déclaré cette solidarité

Le groupe Fives, a obtenu du Tribunal de commerce de Casablanca le 25


février 2015 la saisie conservatoire et la saisie-exécution d’actions de
sociétés détenues par la société mère.

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