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ID-PANORAMA LES RÉVÉLATEURS D’ARCHITECTURE

Les révélateurs
d’architecture
Entre architecture et photographie, l’histoire ne date pas d’hier.
Sources inépuisables d’inspiration, la ville et le bâti ont inlassablement
constitué un immense champ des possibles à immortaliser. Tour d’horizon
de celles et ceux qui se sont pris d’affection pour le paysage urbain,
sa complexité, ses aspérités, à travers huit profils d’artistes singuliers.
Dossier réalisé par Maryse Quinton

L
’architecture a toujours été un sujet de prédilection pour nombre de photographes.
La chose construite, mais plus globalement la ville et le paysage urbain offrent en
effet une source inépuisable, une matière en perpétuelle évolution pour celles et
ceux qui portent sur nos territoires un regard empreint de bienveillance. Des espaces par-
fois difficiles, ceux de la banlieue, des périphéries ou des habitats de fortune que d’autres
ne prennent pas le temps d’observer. Il s’agit pourtant de notre environnement quotidien.
Si la photographie d’architecture remonte au XIXe siècle, elle est aujourd’hui devenue
un genre à part entière. On se souvient de la toute première jamais réalisée. C’était en
1826, Joseph Nicéphore Niépce immortalisait la vue depuis une fenêtre de sa maison
familiale, à Saint-Loup-de-Varennes, en Saône-et-Loire. Une photographie d’architecture
en somme. Ensuite, des artistes se sont fait un nom : Édouard Baldus, Louis-Émile Duran-
delle, Gabriele Basilico, Walker Evans… On a tous en tête les célèbres vues industrielles
de Bernd et Hilla Becher. Julius Shulman a immortalisé le modernisme américain mieux
que quiconque. Eugène Atget a saisi le vieux Paris quand Berenice Abbott a documenté
New York. Certaines images sont entrées dans l’histoire. Et certaines collaborations ont
marqué l’architecture : Le Corbusier et Lucien Hervé par exemple. « Vous avez l’âme
d’un architecte », écrivait le premier au second.
Faut-il donc posséder une telle âme pour photographier l’architecture ? Probablement.
Mais depuis les premiers clichés, le chemin parcouru est immense. Aujourd’hui, les
photos d’architecture, comme les autres, sont soumises à une postproduction parfois
très sophistiquée. Littérales ou artistiques, toutes rendent saisissable la lecture de l’espace
construit, la nature d’un lieu. Un travail de traduction et d’interprétation qui prend tout
son sens dans le domaine spécifique qu’est celui de l’architecture.

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ID-PANORAMA LES RÉVÉLATEURS D’ARCHITECTURE

LAURENT KRONENTAL
Le charme de l’ancien
Il s’est pris d’affection pour les grands
ensembles et ceux qui les habitent. À
32  ans, Laurent Kronental fait partie de
ces photographes qui portent un regard
bienveillant sur ce patrimoine, façonné
par une enfance à Courbevoie, à deux
pas de la Défense et des quartiers d’ha-
bitation situés derrière. Autodidacte, il
a appris son métier lors d’un voyage de
quelques mois à Beijing. À son retour, il
démarre « Souvenir d’un futur », qui im-
mortalise la monumentalité de ces ar-
chitectures emblématiques de l’utopie
moderniste, telles que Les Étoiles d’Ivry,
de Jean Renaudie et Renée Gailhoustet,
à Ivry-sur-Seine (1972), ou les Espaces
d’Abraxas, de Ricardo Bofill, à Noisy-le-
Grand (1983). Dans le prolongement de
cette première série, «  Les Yeux dans
les tours  » nous montre, cette fois-ci,
ces grands ensembles depuis l’intérieur.
Objet de son travail : les tours Aillaud (du
LE PAVÉ NEUF, NOISY-LE-GRAND, 2015, nom de leur architecte), également appelées tours Nuages, à Nanterre (1973-1981). En
SÉRIE « SOUVENIR D’UN FUTUR ». © LAURENT KRONENTAL
poussant les portes des appartements, il a saisi l’échelle de l’intime, celle de l’habitat, au
travers d’étonnantes fenêtres façon hublots.
Laurentkronental.com

MICHAEL WOLF
L’obsession des mégacités
Munichois qui vient tout juste de disparaître à
l’âge de 65 ans, Michael Wolf devient photo-
graphe pour le magazine Stern à Hongkong, avant
de se concentrer sur ses propres séries, en 2003.
Il a publié une trentaine de livres, exposé à la
Biennale de Venise, aux Rencontres d’Arles ou au
MoMA. Parmi ses séries phares, on retient «  In-
formal Solutions  », qui illustre la débrouillardise
forcée des habitants de Hongkong, « Tokyo Com-
pression », des photos de Tokyoïtes dans le métro
embué à donner des sueurs froides, « Transparent
City  », à Chicago, et «  Architecture of Density  ».
Pourquoi une telle obsession pour les mégalo-
poles ? « Elles vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur
7, on y ressent une puissante énergie, on ne s’y en-
nuie jamais…  Plus les clichés sont larges, plus ils
prennent aux tripes », assure-t-il. Hors de question
de photographier l’Allemagne, « trop conformiste
et disciplinée ». Il n’aura malheureusement pas eu NIGHT #19, 2006. © MICHAEL WOLF

le temps de saisir les grandes villes indiennes ou


chinoises, comme il en avait le projet. J.C.
Photomichaelwolf.com

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