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Université Cheikh Anta DIOP

FASTEF
F2/PROBA

Plan de cours: Psychologie


générale

Année académique 2009-2010 Abdoul DIALLO


Le plan de cours est articulé aux objectifs du plan de formation de la filière probatoire
dont les objectifs de formation sont, entre autres, l'élargissement de la culture générale du
stagiaire dans les domaines de la littéraire, de la philosophie, de l'épistémologie, de la
psychologie et de la pédagogie.
Objectifs de formation
1. Élever le niveau de connaissances académiques en psychologie du stagiaire.
2. Amener le stagiaire à une plus grande maîtrise des théories et des modèles les plus
courants d’approche des faits psychiques.
3. Mieux faire connaître au stagiaire la problématique et les enjeux de la recherche en
psychologie.
Contenus de formation
1. La psychologie: objet et problématiques d'approche des faits psychiques
1.1Vers une définition
1.2 De la psychologie philosophique à la psychologie scientifique
2. Théories et modèles des faits psychiques
2.1 Le béhaviorisme
2.2 La gestalt théorie
2.3 La psychanalyse
2.4 La psychologie sociale
3. Approches de la recherche en psychologie
Modes d'intervention
1. Exposés du formateur
2. Exposés des stagiaires
3. Fiches de lecture
En tout état de cause, la discussion et l'échange seront valorisés. Tout en faisant du
travail individuel (exposés et travaux écrits) le mode principal de participation des stagiaires
à la mise en œuvre du module compte tenu de la spécificité de la filière, le recours au travail
de groupe se fera chaque fois que de besoin.
Modes d'évaluation
1. Travaux écrits
2. Exposés
3. Fiches de lecture
Bibliographie provisoire
1. Psychologie générale
Reuchlin, M. (1966), Histoire de la psychologie. Paris: PUF.
Reuchlin, M. (1971), Les méthodes en psychologie. Paris: PUF.
Pire, Fr. (1988), Questions de psychologie. Bruxelles: De Boeck,
Fraisse, P. (1988), Pour la psychologie scientifique: histoire, théorie et pratique. Paris:
Pierre Mardaga.
Guillaume, P. (1966), Histoire de la psychologie. Paris: PUF,
Robert, M. (1988), Fondements et étapes de la recherche scientifique en psychologie.
Paris – Québec: Edisem.
2. Psychologie du comportement
Naville, P. (1963), La psychologie du comportement, le Béhaviorisme de Watson. Paris:
Gallimard.

UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 1


Cours annuel de psychologie générale
Piaget, J. (1967), Biologie et connaissance. Paris: Gallimard, Collection “ L’avenir de la
science ”.
3. Psychologie de la forme
Guillaume, P. (1937), La psychologie de la forme. Paris: Flammarion.
4. Psychanalyse
Freud, S. (1961), Introduction à la psychanalyse. Paris: Payot.
Freud, S. (1962), Trois essais sur la psychanalyse. Paris: Gallimard.
Freud, S. (1963), Essais sur la psychanalyse. Paris: Payot.
Besançon, A. (1976), L’histoire de la psychanalyse. Paris: Mouton.
Clémant, C. (1977), Pour une critique de la théorie psychanalytique. Paris: Éditions
sociales.
Merkens, J. (1965), Freud. Bruxelles: Éditions Labor.
Laganderie, A. de (1989), Défense et illustration de l’introspection au service de gestion
mentale. Paris: A. de la Ganderie.
Grattan, H. (1955), La Psychanalyse d’hier à aujourd’hui comme thérapeutiques, science
et philosophie: introductions aux problèmes de la psychologie des profondeurs. Paris:
Cerf.
Lagache, D. (1962), La psychanalyse. Paris: PUF.
Lanzun, G. (1962), Sigmund Freud. Paris: Seghers.
Robert, M. (1964), La révolution psychanalytique. Paris: Payot.
5. Psychologie sociale
Ztoetzel, J. (1963), La psychologie sociale. Paris: Flammarion.
Doise, W. (1978), Psychologie sociale expérimentale. Paris: A. Colin.
Duchac, R., Sociologie et psychologie. Paris: PUF, Collection SUP
6. Psychologie et culture
Ortigues, M. C. et E. (1984), Œdipe africain. Paris: Harmattan.
Robin, J., Le wolof du sevrage à la classe d'âge. Paris: Payot
Erny, P. (1972), l’enfant dans la pensée traditionnelle de l’Afrique noire. Paris: Le livre
africain.
Erny, P. (1972), L'enfant et son milieu en Afrique noire. Paris: Payot.

La psychologie : objet et problématiques d'approche des faits psychiques


1 Vers une définition
Le terme de psychologie date du 18 ème siècle et ne se donne pas pour objet dès l'origine
ce que son étymologie désigne: un discours sur l'âme (psukhê), une notion qui relève de la
métaphysique et de la théologie. L'âme renvoie à la spiritualité (la vie intérieure) par
opposition à la matérialité du corps. C'est donc tout ce qui a trait à la vie intérieure dont on
peut certes témoigner soi-même de l’existence et du déploiement, mais qui pour l’essentiel
nous échappe. Pierre Condillac, en constituant la psychologie comme discipline autonome,
lui donne pour objet d'étude la forme laïcisée de l’âme: la conscience à savoir notre présence
au monde. « La psychologie est la description et l'explication des états de conscience en tant
qu'états de conscience »1.

1
James, W., Traité de psychologie, 1908.
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Cours annuel de psychologie générale
L'intériorité de ces états de conscience fait du sujet conscient l'unique témoin du
déploiement de ces faits. D’où la question méthodologique: comment de l’extérieur accéder à
ces faits et nous assurer de la certitude de ce qui a été saisi? Mais comme le disait bien
Montaigne dans ses Essais qu'« Il n'y a que vous qui sachiez si vous êtes lâche ou cruel ou
dévotieux. Les autres ne vous voient point. Ils vous devinent par conjectures incertaines »2.
Aussi, la seule voie d'accès à ces faits de la vie intérieure est-elle le retour de la conscience sur
ses propres contenus: ce qu'on appelle l'introspection ou observation intérieure (Regard au
dedans).
Il y a là un problème car dans l’acte d'introspection, la conscience, par dédoublement, se
pose en sujet observant et en objet observé. C'est donc un dédoublement problématique qui
ne réalise pas les conditions d'une véritable observation car, comme dit Auguste Comte, « On
ne peut être à la fenêtre et se voir marcher dans la rue »3. En d'autres termes, « L'individu
pensant ne saurait se partager en deux, dont l'un raisonnerait, tandis que l'autre regarderait
raisonner »4.
Comment alors accéder de l’extérieur aux contenus de la conscience? Le recours à
l’introspection provoquée accompagnée d’une description verbale par le sujet de ses propres
états de conscience permet à un observateur extérieur de les décrire et de les expliquer.
Malgré tout, la question méthodologique reste entière.
 L’introspection provoquée accompagnée d’une verbalisation ne porte que
sur des états de conscience, c’est-à-dire n’atteint que ce qui dans la vie
psychique (contenus et opérations) apparaît clairement à la conscience du
sujet. Elle laisse de côté tout ce qui n’affleure pas à la conscience, mais qui
souvent est déterminant dans notre vie psychique.
 Le sujet observé qui décrit ses états de conscience provoqués procède à une
reconstruction. Les données que recueille l’observateur extérieur sont donc
des données secondes.
 L’introspection provoquée et la verbalisation sont deux opérations
psychiques différentes même si toutes les deux relèvent de la fonction de
représentation.
Face aux limites de l'introspection et à la nécessité d'asseoir l'étude des faits psychiques
sur des bases scientifiques (des faits observables et mesurables du « dehors »), on assiste au
début du 20ème siècle à un renversement de perspective. Pour se saisir des faits psychiques,
qu’ils soient conscients ou non, la psychologie, sous l’influence du pragmatisme anglo-saxon
(le béhaviorisme), va recourir à l'observation de leurs manifestations extérieures, à savoir les
comportements du sujet comme seules données objectives qui puissent fonder une
connaissance scientifique, mettant ainsi entre parenthèses les contenus et les opérations
psychiques. La psychologie se veut ainsi l’analyse et l'explication des comportements
objectivement observables du sujet en interaction avec son milieu.
Passant ainsi de l’étude de l’âme à celle des états de conscience, la psychologie moderne,
en changeant de perspective, se donne pour objet le comportement et pour méthodes

2
Montaigne, Essais.
3
Comte A., Cours de philosophie positive.
4
Comte A., Ibid.
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Cours annuel de psychologie générale
d’approche l’observation et l’analyse expérimentale. C’est là un détour assez commode qui
n’en est pas moins problématique.
En effet, que peut-on entendre par comportement, ce fait observable et mesurable que la
psychologie s’est donnée pour se doter du statut d’une science?
Le comportement est souvent défini comme un ensemble d’activités directement
observables d’un organisme: des activités motrices, verbales ou glandulaires par lesquelles un
sujet réagit aux sollicitations de son environnement (physique, symbolique ou social). Ce ne
sont là toutefois que les aspects manifestes d'un comportement. « Derrière », il y a le niveau
latent du comportement, c’est-à-dire l’ensemble des activités mentales (cognitives,
métacognitives et affectives) de représentation et de traitement des données du milieu à la
base du comportement manifeste observé. Il y a ainsi dans un comportement un niveau
manifeste et un niveau latent. Ce que les anglophones distinguent bien en opposant l’« over -
behavior » au « cover - behavior ».
Dès lors, ce qui était rejeté, mis entre parenthèses (le latent) peut être réintroduit dans
l’observation des faits psychiques et repensé avec le modèle cybernétique comme un système
de gestion et de traitement des données du milieu qui assure le pilotage du comportement
manifeste.
Ainsi comme étude des faits humains, la psychologie est des sciences du comportement
et des neurosciences. Comme étude des faits de la vie intérieure, elle est des sciences
cognitives. La psychologie peut donc être définie comme l’étude scientifique du
comportement: un ensemble de recherches soumises à une démarche obéissant à des critères
d’objectivité, de vérificabilité, de réplicabilité et de falsficabilité en vue de décrire, d’expliquer
et de prédire le comportement.
Sciences du Neurosciences
comportement

Ethnologie Neurophysiologie
Éthologie Neuropsychologie
Anthropologie Psychophysiologie
Sociologie Neurologie
Économie Psychologie
Etc.

Cybernétique
Logique
Linguistique
Communication

Sciences cognitives
2 De la psychologie philosophique à la psychologie scientifique
UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 4
Cours annuel de psychologie générale
La psychologie, comme discipline scientifique, est très jeune. Mais comme étude des
faits de la vie intérieure, elle est aussi vieille que la philosophie dont elle est restée pendant
longtemps un chapitre. Dans l’antiquité déjà, le « peri psukhè » (« Au sujet de l’âme »)
d’Aristote s’était proposé, à travers une histoire de l’âme, d’étudier la nature de l’esprit et des
conduites humaines et l’auteur y abordait, tel dans un ouvrage de psychologie de nos jours,
les thèmes récurrents de la sensation et de la perception, de l’intelligence et de la mémoire,
des émotions et des sentiments, de la personnalité, des caractères, etc. Et jusqu’au 19è siècle,
la psychologie st restée philosophique, passant de l’étude de l’âme, de la saisie de ses états
par la ré-flexion à celle de la conscience (la variante laïque de l’âme), à la saisie de ses états
par l’introspection.
Psychologie de l’âme ou psychologie de la conscience, la psychologie philosophique va
trouver chez Condillac les premiers éléments d’une rupture d’avec la philosophie: le
sensualisme associationniste. En effet, dans son Essai sur l'origine des connaissances
humaines de 1746, Condillac définit les états de conscience comme une association d'états de
conscience élémentaires que sont les sensations : une idée provient de sensations diversement
combinées. Partant ainsi de la sensation comme état de conscience le plus élémentaire, il
décrit tout le psychisme humain comme un édifice reposant sur une association de
sensations.
« L'attention est, dit-il, plus qu'une sensation exclusive. Une sensation devient attention
soit parce qu'elle est seule soit parce qu'elle est plus vive que les autres sans qu'il soit
nécessaire de supposer rien de plus »5. Si l'attention est une sensation unique, la réflexion est
une sensation au second degré, c'est-à-dire la sensation d'une sensation. Le concept est la
sensation qui en symbolise une autre : par exemple, l'idée d'un objet renvoie à une sensation
visuelle ou auditive qui elle-même renvoie à d'autres.
Il y a là un associationnisme qui repose sur trois lois :
 La loi de la contiguïté : penser à un objet renvoie spontanément à l'objet qui
lui est proche.
 La loi du contraste : penser à un objet renvoie spontanément à son opposé.
 La loi de la ressemblance : penser à un objet renvoie spontanément à son
semblable.
Pour rompre avec ce sensualisme associationniste, la psychologie opère, sous l’effet du
matérialisme et du positivisme de la révolution industrielle du 19è siècle, une rupture
radicale l’amenant, par un réductionnisme physiologique, à recourir aux lois et aux méthodes
de la physiologie pour décrire et expliquer les expériences sensorielles du sujet dans le
monde. Ainsi, c’est dans la physiologie que la psychologie va trouver les outils lui permettant
de postuler au statut de science.
Dans le cadre des recherches portant sur la sensation et la perception, le français
Magendrie découvre l'existence des nerfs sensoriels et des nerfs moteurs et l'allemand Müller,
le principe de fonctionnement spécifique des nerfs (l'excitation d'un nerf auditif provoque
une sensation auditive, celle d'un nerf visuel, une sensation visuelle). Mais c'est avec
l'allemand Wundt que l'étude des faits psychiques (la sensation, la perception, l'attention, la

5
Condillac, Essai sur l'origine des connaissances humaines.
UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 5
Cours annuel de psychologie générale
mémoire, etc.) fait l'objet de recherches expérimentales systématiques avec la création du
premier laboratoire de psychologie expérimentale à Leipzig en 1878.
Wundt et ses disciples (Ribot et Binet en France et Hall aux USA) introduiront
l'expérimentation (l'observation indirecte) dans l'étude des faits psychiques. Mais,
l'expérimentation n'est en fait que le recueil systématique par un observateur extérieur, le
clinicien, d'une introspection provoquée. C’est une introspection expérimentale. Un sujet,
soumis à une tâche bien précise, un stimulus donné, dit ce qu’il fait, « ce qui se passe dans sa
tête »: autant d’introspections dirigées que l’expérimentateur recueille systématiquement
pour servir de matériaux de base à l’analyse et à l’interprétation de la fonction psychique
observée. Aussi tout en récusant l'introspection dans sa forme primitive d'application
réflexive de la conscience sur ses propres contenus, la psychologie scientifique n’en évacue
pas moins ce qui se passe dans le psychisme lui-même. Et c’est ce qui fait dire à Piaget que la
psychologie est « L’ensemble des conduites, c’est-à-dire des comportements, y compris leur
prise de conscience »6.

Théories et modèles des faits psychiques


1 Le béhaviorisme
La psychologie du comportement est née au début du 20ème siècle. H. Piéron en a
donné la première définition, mais c'est l’article, « La Psychologie telle que la voit le
béhavioriste »de Watson de 1913, qui peut être considéré comme le manifeste du béhaviorisme.
Alors que Piéron s'était contenté de définir une méthode clinique d'observation de
patients à problèmes, Watson construit tout un système qui introduit une rupture radicale
avec la problématique de la conscience. « La conscience, dit-il, n'est pas une voie d'accès à la
connaissance psychique ». C'est un facteur secondaire. En effet, qu'un comportement ou
qu'un acte soit conscient ou non, il est toujours une manifestation de la vie intérieure et c'est
la seule donnée perceptible, donc susceptible d'une observation scientifique. Ainsi, « La
psychologie est, dit-il, l'étude des réactions objectivement observables qu'un organisme
exerce en riposte aux stimuli, eux aussi objectivement observables, venant du milieu ». Que
cet organisme soit un sujet conscient ou un animal. Pour que la psychologie devienne une
science, il lui faut non seulement rejeter l’introspection, mais également renoncer à toute
approche, même indirecte (introspection expérimentale), des états de conscience, pour ne s’en
tenir exclusivement qu’aux observables que sont les caractéristiques d’entrée (stimuli, inputs,
afférences) et de sortie (réactions, réponses, outputs, efférences) du sujet (un système ou boîte
noire).
Pour Watson, le fait psychique élémentaire, l’unité de base, est le réflexe, par exemple, la
réponse spontanée d'un muscle moteur à un stimulus transmis par un nerf sensitif, telle que
celle du membre d'une grenouille décérébré en réaction à une impulsion électrique : la
conscience ne joue ici aucun rôle. Tout fait psychique commence ainsi par un stimulus et finit
dans une réponse réactive de l’organisme. Ce qui fait du béhaviorisme, une psychologie
stimulus-réponse (S-R) et l’étude du comportement, l’établissement de relations de cause à
effet entre des stimuli et des réponses, entre ce qui agit sur le sujet (Inputs, variables
environnementales ou variables de situation) et ses réactions (Outputs ou variables de
6
Piaget, J., Mounoud, P. et Bronckart, J. P. (1987), Psychologie. Paris: Gallimard, Coll. Pléiade, p. 15.
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comportement) qui permet à tout moment de prévoir et de contrôler le comportement du
sujet.
Il y a là un réductionnisme qui fait de la psychologie un chapitre de la physiologie avec
un modèle S-R mécaniste assez commode par sa simplicité, emprunté à la physique classique.
En effet, pour Watson, le comportement humain est mécanique: un stimulus déclenche
automatiquement une réaction comme une pièce actionne automatiquement une autre dans
un engrenage mécanique. Pourquoi dès lors, le même stimulus ne provoque-t-il pas toujours
la même réaction? Face à un tel problème théorique, Watson reprend à son compte les thèses
de Pavlov.
En 1897, Pavlov découvre par hasard au cours d'expériences sur la digestion que le bruit
familier du garçon de laboratoire apportant la nourriture aux chiens - cobayes suffisait à
provoquer leur salivation. Il associe alors pendant plusieurs jours un son de cloche (un
stimulus neutre) à la présentation de la viande (un stimulus naturel ou inconditionnel) à un
chien. Au bout de plusieurs essais, on constate que le son de cloche, sans être associé à la
viande, à lui seul suffisait à le faire saliver. Il devient par là un stimulus conditionnel, un
stimulus qui entraîne une réaction analogue à un stimulus naturel.
Partant de là, Watson explique les différences dans les comportements humains par la
diversité des conditionnements vécus qui fait l'histoire individuelle des hommes: « Ce que
nous sommes, dit-il, c'est ce que nous faisons et ce que nous faisons, c'est ce que le milieu
nous fait faire ». En somme, l'homme est une somme de conditionnements. Les facteurs
environnementaux sont de fait déterminants. C’est ce qui l’a amené à dire « Donnez-moi une
douzaine d’enfants bien portant, bien conformés et mon propre milieu spécifique pour les
élever, et je garantis de prendre chacun au hasard et d’en faire n’importe quel type de
spécialiste existant: docteur, juriste, artisan, commerçant, et même mendiant et voleur, sans
tenir compte de ses talents, penchants, tendances, capacités, de sa vocation ni de la race de ses
ancêtres »7.
Face aux limites de l’associationnisme et du déterminisme mécanique du modèle
explicatif S-R, les néobéhavioristes, Von Hescküll notamment, montrent que la réaction du
sujet à un stimulus du milieu n'est pas mécanique. Le réflexe même est d'emblée une
synthèse. Mieux, un réflexe élémentaire est un comportement exceptionnel soit artificiel (isolé
en laboratoire) soit pathologique (la grenouille décérébré n'est pas un être vivant, donc
normal). Il est par conséquent inadéquat d'expliquer un comportement par une association de
réflexes dans la mesure où la réaction à un stimulus est déjà une synthèse créatrice du sujet et
non le résultat d'un déterminisme aveugle. Le sujet réagit comme une totalité en fonction de
la représentation qu'il se donne de la situation de stimulation (signification, valeurs et
attentes).
Pour les néobéhavioristes, le milieu duquel le sujet reçoit des stimuli ne peut être défini
en dehors du sujet lui-même: il est plein de significations. C'est, dit Von Hescküll, un umwelt
(un monde environnant), à savoir un environnement plus psychique que physique : la même
forêt n'est pas le même milieu pour le bûcheron, le botaniste, le chasseur, le peintre ou
l'évadé. Chacun de ces sujets singuliers y réagit de façon globale et adaptée. Il y a une
interaction entre un sujet psychique et un milieu signifiant et le produit de cette interaction (le
comportement) est une synthèse globale non réductible à la somme des stimuli reçus.
7
Dubé, L. (1986). Psychologie de l’apprentissage de 1880 à 1980. Montréal: PUQ.
UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 7
Cours annuel de psychologie générale
2 La gestalt théorie ou psychologie de la forme
Elle est issue de l'école allemande, au début du 20è siècle, des travaux de Wertheimer,
de Koffka et de Köhler. Un article de Wertheimer sur le mouvement apparent publié en 1912
est considéré comme l’acte fondateur du courant de recherche. La gestalt théorie est une
psychologie de la perception qui part du constat que le propre d’un fait psychique est de se
rapporter à quelque chose comme à son objet. D’où la perception comme source de toute
donnée psychique et les faits psychiques des actes mentaux d’organisation des activités
perceptives. Elle s’est développée en s’opposant aux conceptions analytiques et
associationnistes de la perception, en abordant les faits psychiques dans une approche holiste
(globaliste) qui les pose comme des totalités non décomposables en parties (ou en processus)
élémentaires. Pour Claparède, l'approche méthodologique des gestaltistes consiste à
« considérer les phénomènes psychiques non plus comme une somme d'éléments qu'il s'agit
avant tout d'isoler, d'analyser, de disséquer mais comme des ensembles constituant des unités
autonomes, manifestant une solidarité interne et ayant des lois propres. Il s'en suit que la
manière de chaque élément dépend de la structure de l'ensemble et des lois qui les
régissent »8.
Pour mieux saisir cette nouvelle approche des faits psychiques, il convient d'invoquer
Von Ehrenfels, un précurseur des gestaltistes, qui, dans ses travaux, avait été amené à
distinguer dans la perception d'une mélodie deux types d’éléments: les données sensibles
portant sur les notes perçues isolément et les qualités de forme portant sur la mélodie prise
dans son ensemble. C’est pourquoi une mélodie peut être décomposée sans être altérée, tout
en conservant donc ses qualités de forme, indépendamment des notes qui la composent en
tant que données élémentaires fournies par la sensation. Les qualités de forme sont de ce fait
différentes et supérieures aux données perceptives les constituant. Aussi une somme de notes
est-elle différente d'une mélodie. Ce qui les différencie, c'est ce plus qu'est la forme (la
gestalt). Il y a là cependant un problème: comment se fait-il qu'en écoutant un air de musique,
on entend une mélodie (une qualité formelle) et non une succession de notes (des données
sensorielles élémentaires)?
Pour les gestaltistes, pour résoudre le problème, il faut revoir la distinction faite entre
sensation et perception. En effet, disent-ils, « La perception n'est pas un ensemble de
sensations, mais toute perception est d'emblée la perception de l'ensemble ». Autrement dit,
une sensation isolée n’a aucune existence réelle. Le sujet ne perçoit pas d'abord des éléments
isolés qu'il associe en un tout organisé. Les données sensorielles sont immédiatement perçues
en un tout cohérent dans une structure d'ensemble qui est la bonne forme. Ainsi, il n'y a
aucune distinction entre sensation et perception : une mélodie est perçue à travers ses notes et
ces dernières à travers la mélodie. Le tout est donc inséparable de ses éléments qui se
découpent d'eux-mêmes du fait de leur structure propre selon des lois de la bonne forme:
« J'ouvre les yeux non pas sur une poussière de lignes et de couleurs en désordre, mais sur un
monde d'objets qui, indépendamment de mes habitudes, de mon savoir, se trouvent d'emblée
organisés » en unités se détachant et se délimitant dans le champ spatial et temporel de
perception ou de représentation suivant la forme la plus simple et la plus cohérente.

8
Claparède. Vocabulaire de la psychologie. 5è édition. p. 380.
UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 8
Cours annuel de psychologie générale
Ainsi, cette suite de points OO OO OO OO est d'emblée est série de groupes de deux
points (quatre groupes de deux points), mais modifiée dans ce sens O/O O/O O/O O/O,
elle est perçue autrement.

De même, dans la figure ci-avant, deux formes cohérentes se détachent et nous pouvons
voir l’une ou l’autre successivement comme une forme précise, l’autre devenant un fond. On
assiste à ce que Guillaume appelle « Une série spontanée d’oscillations entre les deux figures,
chacune semblant créée par la persistance des conditions de plus en plus favorables à
l’immersion et ainsi de suite ».
Une forme, un percept est d'autant mieux distinguée d'un fond que la disposition de ses
parties satisfait à des lois d'organisation perceptive dont principalement:
- La loi de proximité. C’est la tendance à regrouper dans un percept les éléments qui
sont proches et à les percevoir ainsi comme appartenant à une même forme.
- La loi de similarité. C’est la tendance à regrouper dans un percept les éléments qui sont
semblables et à les percevoir ainsi comme appartenant à une même forme.
- La loi de continuité. C’est la tendance à organiser les éléments d’un percept en ligne ou
pattern continu et à les percevoir ainsi comme appartenant à une même forme.
- La loi de symétrie. C’est la tendance à percevoir plus aisément comme une forme, les
figures qui admettent un ou plusieurs axes de symétrie par rapport aux figures
asymétriques.
- La loi de clôture. La perception évite autant que faire se peut les percepts conduisant à
des tracés incomplets pour privilégier les contours complets. Les figures qui sont
caractérisées par des contours complets auront plus de chance d'être perçues comme des
formes. Ainsi dans le vase de Rubin, le vase est perçu spontanément avant les deux
profils. Plus généralement, on parlera de la tendance générale dans une perception à
éviter les lacunes
Ainsi pour Köhler, le chimpanzé qui saisit un bâton pour gauler un fruit n’a pas perçu
deux formes isolées, indépendantes l’une de l’autre qu’il met en relation par essais et erreurs.
Il fait plutôt une découverte brusque d’une solution (Insight) présentant le fruit et le bâton
dans une forme globale, se découpant dans son espace perceptif comme une totalité
fonctionnelle significative.
De même, la rétention, la conservation et l’actualisation d’une information suite à une
activité de mémorisation doivent être comprises dans ce sens: ce qui est mémorisé, ce sont les
bonnes formes et la qualité de la mémorisation dépend de ces dernières. Pour Köhler, le fait
de répéter, d’entendre ou de lire plus de 10 fois le nom d’une personne et son numéro de
téléphone n’entraîne pas sa bonne mémorisation, parce qu’un nom et un numéro de
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Cours annuel de psychologie générale
téléphone ne constituent pas une bonne forme, contrairement à la totalité significative que
constitueraient une activité déterminée et un numéro de téléphone permettant de la réaliser.
3 La psychanalyse
Elle est née à l'hôpital comme une méthode de psychothérapie puis s’est développée
comme une théorie générale de la personne. C'est en effet en cherchant à traiter et à guérir des
névropathes que Freud a progressivement développé une théorie des faits psychiques autour
d'un concept provocateur: l'inconscient, un concept qui a choqué car on ne considérait jusque
là comme psychique et comme significatif chez l'homme que ce qui était donné à la
conscience. Et le scandale est à son paroxysme lorsque la psychanalyse fait de l'inconscient le
facteur psychique déterminant dans l'explication des comportements d’êtres censés être
rationnels.
3.1 Les principes directeurs
La théorie psychanalytique est tout entièrement dominée par l'idée que la vie psychique
obéit à des lois se posant en quatre principes directeurs.
 Le principe de constance. Freud l'emprunte à la physique, au
psychophysiologiste Fechner notamment. C'est la traduction en
psychophysiologie de la loi universelle d'équilibre qui veut que l’organisme
tende dans son fonctionnement vers l’équilibre et que par conséquent « le
système nerveux d'un appareil a pour fonction d'éliminer chaque fois des
excitations qui surgissent et de les rabaisser au niveau le plus bas possible. Il
tendrait si faire se pouvait à se maintenir à un état de non incitation ». D'où
le principe freudien de nirvana qui veut qu'en toute activité psychique,
s'opère constamment un ajustement de tensions selon une règle d'économie.
 Le principe de plaisir. Pour Freud, du fait que le principe de constance
commande la vie psychique, « le moi tend vers le plaisir et cherche à fuir le
déplaisir ». Aussi toute tension déséquilibrant la relation moi/autrui
entraîne le déplaisir et sa réduction le plaisir.
 Le principe de réalité. Le moi ne pouvant pas toujours obéir au principe du
plaisir, il doit tenir compte de la réalité extérieure (autrui) pour maintenir
son existence. « C'est ainsi, dit Freud, que le moi parvient à décider si
l'entreprise projetée peut aboutir à une satisfaction, s'il convient de la
remettre à plus tard ou si l'exigence instinctuelle ne doit pas être purement
et simplement étouffée parce que trop dangereuse ».
 Le principe de répétition. Il s'agit là de la tendance à répéter les expériences
vécues sans préjudice de leurs qualités agréables ou désagréables.
 ConPlaReRep
3.2 L'appareil psychique
L'observation des névropathes et l'analyse des rêves ont amené Freud à élaborer une
théorie originale de l'appareil psychique. Elle repose sur deux thèses majeures.
a) La vie psychique ne se réduit pas seulement à des faits de conscience. Il y a trois types
de faits psychiques:

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 Les faits conscients. Toutes données psychiques présentes à notre conscience
et perçues comme telles par le sujet.
 Les faits préconscients. Toutes données psychiques latentes, mais
susceptibles d'être évoquées à volonté.
 Les faits inconscients. Toutes données psychiques latentes ne pouvant pas
être évoquées à volonté non du fait de leur éloignement (temporel) mais de
leur refoulement dans les profondeurs de l'appareil psychique.
b) L'activité psychique fonctionne selon deux modes:
 Les processus primaires. Il s’agit des processus psychiques agissant à
l’arrière plan de l'inconscient et qui le régissent. Ils sont aveugles car ils
n'obéissent qu'au seul principe du plaisir et ne cherchent qu'à décharger les
forces pulsionnelles enfouies dans les profondeurs de l’appareil psychique.
Ils sont en réalité à la base de nos comportements et conduites.
 Les processus secondaires. Ils régissent le préconscient et le conscient et
assurent de ce fait notre présence au monde. Ils naissent de la rencontre du
sujet avec le monde (moi/autrui).
Freud va, dans la suite, corriger son modèle descriptif des faits psychiques pour adopter
un modèle d'analyse structural qu'il appellera la seconde topique. L’appareil psychique est
constitué de trois types de faits psychiques qui se déclinent en trois structures, trois instances
définissant les trois lieux (topos) où s’organisent et s’originent ces faits: le ça, le moi et le sur-
moi.
 Le ça. Il a pour contenu « tout ce que l'être apporte en naissant, tout ce qui
est constitutionnellement déterminé, donc avant tout les pulsions émanées
de l'organisme humain ».
 Le moi. Il se forme peu à peu au contact de la réalité par différenciation
(construction par identification-distinction de la relation ça/objet) et
représente ainsi une organisation progressive du ça à partir de ses couches
superficielles.
 Le sur-moi. D'apparition plus tardive, il est le fruit de la
rencontre/différenciation du moi avec autrui (construction par
identification-distinction de la relation moi/autrui), notamment de
l'influence des parents et vient progressivement modeler une partie du moi.
Il se constitue ainsi en une véritable instance qui prolonge et fixe les
interdits parentaux.
Le ça et le sur-moi représentent donc respectivement la part du biologique et social ; le
moi, la part de l'expérience personnelle. Le moi est ainsi une instance de régulation, de
médiation entre les réalités intérieures et les réalités extérieures afin d'assurer l'équilibre
nécessaire à l'adaptation du sujet au monde. On aboutit ainsi à une théorie synthétique du
fonctionnement de l'appareil psychique que Freud appelle la métapsychologie: « Je propose,
dit-il, donc de qualifier de métapsychologie un exposé dans lequel nous avons pu réussir à
décrire un processus psychique d'après ses rapports dynamiques, topiques et économiques ».
Le point de vue dynamique envisage les faits psychiques en tant que résultant du jeu
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complexe de forces orientées et en interactions: telle force (du ça par exemple) qui cherche à
s'exercer se heurte à telle autre force émanant du sujet lui-même (du moi ou du sur-moi par
exemple). Le point de vue topique permet de les situer en fonction des trois instances de
l'appareil psychique ou de les identifier comme des faits psychiques conscients, préconscients
ou inconscients. Le point de vue économique introduit enfin la quantité d'énergie mise en jeu
dans les forces en présence.
3.3 Les processus psychiques
C'est l'ensemble des faits psychiques (conscients ou non) qui rendent compte de
l'activité mentale et des comportements de l'individu. Quand les pulsions, c'est-à-dire les
forces qui agissent à l'arrière du ça et qui représentent des exigences d'ordre somatique
arrivent à la conscience, elles sont ressenties comme des besoins plus ou moins impératifs. Le
moi doit permettre à ces forces de se réaliser (par la force du principe de plaisir) en leur
fournissant les objets/buts (matériels ou symboliques) nécessaires à leur satisfaction tout en
se soumettant aux exigences du principe de réalité.
De ce fait, le moi se présente comme un arbitre, une instance d'interprétation des
exigences du ça et d'alarme. Son arbitrage est fonction de sa force. Ainsi lorsque ces forces
sont perçues par le moi comme pouvant réduire l'équilibre du sujet face à la réalité, l'angoisse
surgit comme le signal d'un danger. Le moi doit alors développer des stratégies d'élimination,
d'évitement, de rejet, de déplacement ou de transformation de ces forces. C'est ce que Freud
appelle les mécanismes de défense du moi et dont le plus connu est le refoulement. Aussi la
vie psychique apparaît-elle comme le produit d'une interaction multiforme et continuelle
entre pulsions et mécanismes de défense du moi. Ce qui fait de l'angoisse, c'est-à-dire de tout
ce qui, venant soit de la réalité extérieure, soit de la puissances des pulsions, soit des interdits
du sur-moi, soit de l'antagonisme entre différentes instances, peut déséquilibrer le sujet, la
notion centrale du fonctionnement de l'appareil psychique. L'angoisse apparaît ainsi comme
la réponse du moi face à une déséquilibration et qui l'amène à mettre en branle des
mécanismes de rééquilibration qui se réalisent sous la forme d'une part d'inhibitions et
d'autre part de symptômes. Ainsi dit Freud, « Associé intimement avec le ça lui-même, le moi
ne peut se défendre contre le danger venant de l'instinct qu'en limitant sa propre organisation
(inhibition) et en tolérant la formation de symptômes ». Inhibitions et symptômes sont des
stratégies adaptatives qui chez certains sujets s'expriment sous des formes diverses dont
 Le refoulement qui consiste à rejeter dans l’inconscient la pulsion jugée
dangereuse afin soulager la tension.
 Le renversement de la pulsion dans son contraire tel que le passage du
sadisme au masochisme.
 Le retournement de la pulsion sur la personne elle-même telle que la
transformation du désir de l’autre en un désir narcissique de soi.
 La sublimation de la pulsion qui substitue à son objet/but un autre
objet/but acceptable ou hautement socialisé tels que les actes manqués, le
rêve, l’engagement dans des activités intellectuelles, artistiques ou
spirituelles.

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Et c’est l’interprétation de ces transformations symboliques qui constitue l’analyse
psychanalytique. La psychanalyse est ainsi une herméneutique.
4 La psychologie sociale
C’est une approche des faits psychiques dans leur détermination sociale. Elle se propose
d’étudier, voire de prévoir le comportement d’un sujet en tenant compte des conditions
sociales dans lesquelles il est placé. Elle se propose également d’apporter des réponses à
certaines questions relatives à la vie des groupes, aux conflits sociaux. Bref, c’est l’étude des
interactions sociales dans des situations bien déterminées, l’interaction renvoyant à un
ensemble de comportements observables ou non qui proviennent de la mise en présence de
deux ou de plusieurs sujets dont on suppose qu’ils réagissent l’un par rapport à l’autre ou les
uns par rapport aux autres. Dans ce sens, c’est la réaction que produit le sujet x (un individu
ou un groupe) en réponse à l’action du sujet y (un individu ou un groupe), le feed-back qui
constitue l’objet d’étude. Le concept d’interaction renvoie à la notion de « réponse à » et pose
la problématique de la psychologie sociale en terme de communication que l’on peut définir
comme le mécanisme par lequel s’effectuent toutes les relations sociales.
4.1 Une approche interdisciplinaire des faits psychiques
Comme activité disciplinaire, la psychologie sociale est récente et s’est constituée dans
les années 20 autour d’un certain nombre de questionnements portant sur la vie sociale.
C’est tout d’abord aux USA autour de questions portant sur la manière dont les
américains du début du 20ème siècle votaient, achetaient des produits de grande
consommation, accueillaient les informations de la grande presse naissante. En somme, il s’est
agi de mieux comprendre et de prévoir le comportement des américains, de ses différents
segments en tant que consommateurs de biens et de services politiques, économiques ou
culturels.
C’est aussi, surtout dans les pays de l’Est, autour de questions relatives à ce qu’on peut
appeler les interprétations en profondeur pour déterminer ce qu’il y a de profond, d’implicite
derrière des actes dits culturels, folkloriques ou rituels, les mythes et les contes
caractéristiques d’une civilisation déterminée que l’analyse béhavioriste éludait parce que ne
s’arrêtant qu’à l’explicite, ce qui est manifeste dans un comportement (individuel ou collectif).
Enfin un dernier espace de questionnements plus récent (années 40) peut être évoqué
ayant trait aux variantes psychiques d’un comportement social. Ce 3 ème espace, à l’origine du
courant culturaliste en psychologie sociale dont Ruth Benedict et Herkovitz sont les plus
représentatifs, correspond à la période d’intensification des troubles raciaux aux USA suite
aux mouvements civiques de luttes antiségrégationnistes des afro-américains.
Ces trois axes de questionnements vont constituer un point focal à partir duquel la
psychologie sociale va s’organiser et diversifier son champ de recherches autour d’un certain
nombre de courants.
 Les processus de socialisation et de formation de la personnalité.
 Les groupes raciaux, les groupes minoritaires ou nationaux: étudier les
mécanismes de fonctionnement et les facteurs explicatifs des conflits
raciaux, des luttes de classes ou de groupes minoritaires ou nationaux à
l’intérieur d’une société.
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 Les groupes dits restreints (la dynamique des groupes restreints): étudier les
mécanismes de leur fonctionnement, leur productivité, le rôle et la place de
certains rôles dans le groupe, mais aussi sur la sociométrie, c’est-à-dire les
relations entre les membres d’un groupe, la communication intra groupe.
 Les méthodes et les techniques de recueil des interactions sociales
(questionnaire, interview, focus group, etc.)
 La pathologie sociale: identifier dans les interactions sociales les facteurs
explicatifs à l’origine de certains comportements morbides, criminogènes,
de déviance, etc.
 Des faits caractéristiques d’un groupe social, d’une société déterminée tels
que l’illettrisme, l’analphabétisme, l’alcoolisme, etc.
 L’impact des interactions sociales sur certaines aptitudes et fonctions
psychiques telles que l’intelligence, la mémoire, la perception, l’attention, la
motivation, l’affectivité, etc.
 Les représentations et croyances caractéristiques d’un groupe social, d’une
société (ex. l’évolution de la perception qu’une population a du sida, de
l’excision, de la démocratie, etc.).
Ce sont là, entre autres courants, autant d’axes de recherches qui montrent toute la
diversité de la psychologie sociale et en font sa particularité: une approche interdisciplinaire
des faits psychiques qui interroge donc toutes les disciplines portant sur l’analyse du social
pour mieux comprendre et prévoir un comportement psychique.
4.2 Norme sociale, attitudes et conduites
Avec la psychologie sociale, l'interaction sujet - objet se construit par la médiation
d'autrui (physique ou symbolique). On passe ainsi d'une approche binaire dans l'analyse des
faits psychiques (sujet-objet) à une approche ternaire (sujet–autrui-objet) qui montre toute
l'importance de la prise en compte des normes sociales dans l'étude des comportements.
La norme sociale est une des notions - clé de la psychologie sociale. Sa saisie passe par
un certain nombre d'autres notions intimement liées de la psychologie sociale. Comme
première notion permettant de la clarifier, il y a la notion de culture.
La culture est un tout complexe qui caractérise un groupe d'humains et le distingue des
autres groupes humains par un système spécifique d'institutions, de croyances, de lois, de
techniques, de mœurs, etc. Pour Ralf Linton, « la culture est la configuration des
comportements acquis et leurs résultats dont les éléments composants et partagés sont
transmis par les membres d'une société donnée ».
De cette définition, on peut retenir la référence des membres d'une même culture à un
ensemble d'attitudes et de conduites propres au groupe donné et l'existence de mécanismes
explicites ou implicites de transmission de ces attitudes et conduites qui permettent à ladite
culture de se perpétuer. Ce sont ces interactions (éducatives) qui configurent les
comportements de chaque génération et permettent aux membres du groupe donné de cerner
les positions qu'ils occupent ou occuperont dans leur cadre de vie. Cela ne signifie pas
toutefois uniformisation des attitudes et des conduites car ces dernières font référence à des
schémas comportementaux différents :
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 Des schémas référentiels universels faits de comportements communs,
uniformes auxquels tous les membres d'une culture donnée adhèrent.
 Des schémas référentiels propres à un groupe, à un segment défini d'une
société. Il s'agit là de comportements qui ne sont partagés que par les
membres du groupe donné. Les enseignants constituent un groupe
socioprofessionnel partageant par exemple des attitudes et des conduites
d'aide et d'encadrement à domicile qui se révèlent capitales dans la réussite
scolaire de leurs fils.
 Des schémas référentiels optionnels parmi un répertoire de choix
comportementaux possibles en fonction de la personnalité propre du sujet.
En somme, dans une culture, il y a unité et diversité des comportements du fait de
l'existence en son sein d'un noyau stable fait de comportements référentiels universels et
d'une couronne très souple permettant des comportements référentiels optionnels alternatifs.
Toutefois, qu'on se réfère au noyau ou à la couronne, les comportements des individus se
réfèrent toujours à des modèles sociaux. Un modèle social renvoie à des types de
représentations et d'actions assortis de sanctions et communs aux membres d'un groupe.
Le modèle renvoie ainsi à la norme sociale, une loi, une règle qui lui permet d'exister
comme un comportement référentiel.
En effet, la norme, dit Sheriff, est « une échelle de référence ou d'évaluation qui définit
une marge de comportements, d'attitudes et d'opinions permis ou répréhensifs ». C'est pour
Newcomb « L'acceptation partagée d'une règle qui est une prescription en ce qui concerne la
façon de percevoir, de penser, de sentir, d'agir, etc. ». En tant que règle, la notion de norme
sociale suppose implicitement l'existence de comportements dits normaux parce que se
référant par conformisme à la norme, le conformisme étant tout ce qui dans le groupe, la
société pousse l'individu à se conformer à la norme sociale (la famille, l'école, les mass
médias, les appareils idéologiques d'État dira Althusser). Par contre, tout comportement non
conformiste, ne se soumettant pas à la norme sociale, est déviant, la déviance étant la sortie de
la norme (la norma) donc marginalité.
Modèle, norme, conformisme, déviance et comportement renvoient tous à la notion de
statut, la position qu'un individu en se conformant à la norme sociale est amené à occuper
dans un système social défini à un moment donné. C'est donc un ensemble de positions
sociales que confère l'appartenance à un groupe, à une société et qui s'actualisent en
comportements précis en fonction des situations dans lesquelles le sujet est (enseignante en
classe et mère de famille à la maison). Si le statut est la position théorique occupé à un
moment donné, son actualisation en comportements normaux, adéquats à ce dit statut est le
rôle que Spenlé définit comme « un modèle organisé de conduites relatif à une certaine
position de l'individu dans un ensemble interactif ».
Pour finir, un individu peut occuper plusieurs statuts différents. Toutefois, ces statuts ne
s'actualisent pas au même moment, les rôles qui leur sont liés ne pouvant se développer en
même temps. Ainsi lorsqu'un statut s'actualise, l'ensemble des autres statuts conférés
deviennent latents et en développant le rôle adéquat au statut, c'est tout le référentiel culturel
du sujet (schémas comportementaux universels, schémas comportement de groupe et
schémas comportementaux optionnels) qui vient configurer les comportements attendus.

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4.3 Groupe, attitudes et conduites
Charles Fourrier est l'un des premiers auteurs à développer le concept de groupe avec
son phalanstère, la société idéale. Partant du fait que « Les impulsions ne nous entraînent
qu'au mal quand on s'y livre individuellement », Fourrier pense que dans le phalanstère, « les
impulsions dites attractives tendent à former des séries de groupes contrastés dans lesquelles
tout entraînerait à l'industrie devenue attrayante et à la vertu devenue lucrative ». Il y a là
quelques uns des éléments clé constitutifs d'une théorie des groupes, notamment la notion de
conflit dont la dynamique assure d'une certaine manière la survie du groupe.
Durkheim va, avec la notion de conscience collective, fournir un concept clé à la théorie
des groupes. Une conscience collective n'est pas une somme de consciences individuelles.
C'est une totalité qui fait qu'un groupe n'est pas une addition d'individus. De même que tout
individu a des sentiments, des valeurs, des représentations propres, le groupe est une
conscience collective qui exerce une double fonction d'intégration et de régulation.
C'est toutefois avec Sartre qu'on va arriver aux premières distinctions entre groupe et
autre collectif d'humains. Le groupe est, dit Sartre, « Un tout dynamique, en mouvement, à
faire, avec des rapports dialectiques d'intériorité entre les parties ». Ce qui caractérise ainsi un
groupe, c'est son dynamisme et le jeu dialectique de ses rapports internes qui en fait une
totalisation en cours. En somme, c’est un ensemble de personnes qui interagissent et dont les
interactions sont fondées sur un intérêt commun ou un intérêt en commun.
A partir de ces matériaux théoriques et de ceux développés par Freud dans son mythe
fondateur, celui de la « Horde primitive » que les fils, après le meurtre du père et le repas
totémique, transforment en groupe (Totem et Tabou) que Kurt Lewin va fonder la dynamique
des groupes restreints.
Son modèle explicatif est emprunté à la physique. Le groupe est un champ de forces en
équilibre s'exerçant à l'intérieur d'une zone de liberté laissée par les institutions sociales d'une
part et d'autre part, une structure dynamique qui peut par conséquent se modifier lorsqu'un
de ses éléments constitutifs (sous-groupes, membres, canaux et réseaux d'interactions, lois,
environnement, intérêts communs, etc.) l'est.
C'est pourquoi Kurt Lewin va recourir à des situations de laboratoire pour analyser les
modes de fonctionnement des groupes restreints mais aussi et surtout leurs conditions de
modification et l’influence du groupe sur les attitudes et les conduites de ses membres afin
d'étendre les données expérimentales recueillies à l'étude des comportements des individus
dans les groupes sociaux.
Mais quelles sont les caractéristiques des groupes restreints? Les principaux sont:
- Un nombre retreint de membres (moins d’une vingtaine)
- La poursuite active et en commun des mêmes buts.
- L’interaction ou l’influence réciproque des membres les uns sur les autres.
- Une conscience collective ou « groupalité » (Anzieu) ou sentiment
d’appartenance, perçue comme un lien par les membres et par les personnes
extérieures au groupe.

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- L’interdépendance des membres qui fait que chacun est affecté par les
événements qui touchent tout autre membre du groupe.
- Une durée d’existence suffisante pour instaurer certaines normes et structures,
des modes de fonctionnement, des attitudes et des conduites partagées.
- Une unité et une tendance à pérenniser l’unité.
De ces caractéristiques et des recherches sur le fonctionnement des groupes, on peut
poser le constat suivant. Pour qu’un groupe fonctionne, il faut que les dimensions sociales,
interpersonnelles (ou sociométrique) qui lui assurent la cohérence, l’implication émotive,
l’intérêt, la loyauté et la motivation de chaque membre à être ensemble et les dimensions de la
tâche ou production qui lui donnent stabilité, but et orientation soient présentes
simultanément. Ainsi un groupe, c’est donc à la fois des relations interpersonnelles et une
tâche ou production (projet).
Kurt Lewin fonde ainsi avec Carl Rogers une théorie d'analyse des groupes, le T. group
(le basic skill training group ou groupe diagnostic de base) qui permet d'analyser les
interactions, les processus psychiques, les comportements nouveaux produits par la mise en
relation d’individus quelconques dans une situation expérimentale (12 personnes, en 12
séances d'observation). Avec le T. Group, Carl Rogers va développer sa théorie éducative : la
non directivité.

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L'éthnopsychologie : éléments d’analyse du développement de la personne en milieu
africain traditionnel
En Afrique noire traditionnelle, la prééminence du collectif sur l'individuel fait du
social, l'intégration dans la lignée et dans le groupe, un facteur essentiel du développement
de la personne. La personne se construit à travers un faisceau de relations qui met en
évidence les mécanismes par lesquels le collectif agit sur l'individu pour l'amener à se
construire comme un sujet collectif bien intégré.
Jusqu'à deux ans, la relation du sujet au monde est caractérisée par une symbiose entre
l'enfant et la mère, une relation étroite et exclusive de proximité physique et psychique.
De cette proximité, des conclusions souvent hâtives ont été tirées. En effet, si cette
proximité physique et psychique propice au dialogue des corps a une incidence certaine dans
le développement affectif de l'enfant du fait de son caractère apaisant, au plan psychomoteur,
d'aucuns y voient plutôt un des facteurs explicatifs des écarts observés entre des sujets
africains et des sujets occidentaux de même âge dans le processus de construction d'un cadre
opératoire de représentation et de production du monde. Elle serait ainsi un facteur peu
favorable à une expérience directe, sensori-motrice permettant à l'enfant de construire son
milieu et les objets physiques.
En réalité, cette relation de l'enfant au monde par la médiation de la mère (des mères)
est plus complexe qu'elle ne paraît au premier regard et elle est plus diversifiée qu'en milieu
occidental ou d'Afrique de nos jours. Ainsi, par le portage (non exclusif à la mère), l'enfant a
l'occasion, d'une part, d'élargir le dialogue des corps à l'ensemble des membres de la famille
et, d'autre part, de recevoir une variété d'abords (passage de mains en mains, de dos à dos, de
milieu en milieu). Ce qui lui permet de multiplier et de diversifier les opportunités
d'interactions avec son environnement humain et physique.
Pour ce qui est des objets (les jouets par exemple), leur faible niveau d'investissement
par l'enfant en Afrique noire traditionnelle s'explique en fait par la densité des relations
sociales dans lesquelles l'enfant évolue qui amoindrit leur portée en tant que médiateurs
sociaux. La sublimation de l'absence de l'autre (de la mère notamment) ou de la
communication dans les objets et les activités transférentiels que sont les jouets et les jeux est
d'abord et avant tout un indicateur de la pauvreté affective de la relation mère-enfant. Voila
pourquoi, pour Winnecot, « Une démarche de maîtrise des objets, liée à l'organisation de
l'espace, à l'isolement physique et à la concentration sur l'objet au dépens de l'environnement
humain n'est pas privilégiée... On substitue le développement de l'intelligence des relations
du milieu ».
Et cette intelligence des rapports au monde se construit moins par la médiation des
objets et des activités transférentiels que par la densification et la diversification des
interactions entre l'enfant et son environnement physique, humain et symbolique.
Approches de la recherche en psychologie
1 Démarche scientifique et faits psychiques
Approche des faits psychiques
La démarche scientifique est-elle applicable à la psychologie, du fait de l’objet d’étude et
des relations entre le chercheur et cet objet? Autrement, les faits psychiques peuvent-ils être
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objet d’une recherche scientifique? C’est là une question qui ne manque pas de se poser
lorsque l’on aborde la recherche en psychologie.
Deux approches ressortent de l’analyse des positions relatives aux relations entre la
psychologie et la science en général: l’approche naturaliste et l’approche clinique.
La première approche qualifiée aussi de systématique se réfère au postulat moniste qui
veut qu’au-delà de l’apparente multiplicité des faits, il n’y a qu’une seule réalité dans le
monde : des choses naturelles. Plus précisément, il n’y a qu’un seul monde: la nature; une
unicité qui implique l’unité des objets de connaissance et du coup des méthodes et outils pour
s’approprier le monde. Ainsi, si tout ce qui existe relève d’une même réalité, le monde et de
ses lois générales, il ne peut y avoir de différence entre une psychologie qui se veut
scientifique et les autres sciences et la démarche scientifique applicable à tout objet d’étude
est la seule à même d’aider le chercheur en psychologie à surmonter l’écueil de l’objet d’étude
et de ses relations avec cet objet. C’est donc la démarche scientifique qui peut lui assurer
l’esprit critique et l’objectivité nécessaires à l’observation des sujets à étudier dans des
situations expérimentales standardisés et contrôlées afin, comme dans toute autre recherche
scientifique, de recueillir des données à mesurer et à comparer tout en se garantissant la
neutralisation des facteurs pouvant entraîner des biais. On a là une approche qui se traduit
par une analyse dite de « premier degré » qui s’intéresse aux phénomènes en tant que tels,
tels qu’un observateur extérieur peut les appréhender. Cette approche se distingue de la
seconde qui relève d’une analyse de « second degré ».
L’approche clinique dite aussi qualitative, compréhensive ou phénoménographique se
fonde sur les caractéristiques de l’objet d’étude qu’est un sujet psychique qu’il convient de
saisir dans sa totalité. Pour ce faire, chaque sujet d’étude devrait être saisi individuellement
dans sa complexité e dans sa spécificité, non comme un sujet générique qu’on peut substituer
uniformément l’un à l’autre. D’où la recherche de démarche et de méthodes spécifiques à la
psychologie pour prendre en compte la spécificité de l’objet d’étude. C’est là une approche
qui se construit et se fraie de plus en plus un chemin en psychologie, notamment dans l’étude
des représentations et des conceptions, c’est-à-dire les points de vue d’un individu par
rapport à un phénomène, à son expérience propre d’un phénomène.
La recherche scientifique
Une recherche scientifique peut être considérée comme un cycle dont les différentes
étapes sont les moments successifs par lesquels une hypothèse (des hypothèses) qu’un
chercheur a formulée comme réponse provisoire à une question de recherche qu’il s’est posée
est testée.
Déclenchée par une question suscitée par un problème qui se pose dans un champ
déterminé de la recherche, une recherche est toute entière dans l’hypothèse que le chercheur a
formulée à partir des théories, de l’état des recherches réalisées dans le domaine considéré.
L’hypothèse formulée, l’étape suivante consiste à la soumettre aux faits pour la confirmer ou
au contraire l’infirmer. Pour ce faire, le chercheur a à recueillir des données empiriques pour
d’une part, les analyser et d’autre part, les interpréter. Aussi lui faut-il dans un premier temps
construire un plan de recherche pour produire les données empiriques à recueillir: d’abord
définir ses variables de recherche et les relations entre ces variables puis, dans la mesure où
ces variables ne sont pas dans la plupart des cas directement observables, construire des
indicateurs permettant de les identifier ou de les inférer et enfin choisir la méthode et les
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instruments les mieux à même pour recueillir ces données empiriques. Les données
recueillies sont analysées puis interprétées pour décider de la recevabilité ou non de
l’hypothèse formulée.
2 Les types de recherche en psychologie
Les recherches descriptives
Il s’agit de décrire le plus objectivement et minutieusement possible un fait de
comportement tel qu’il se présente, par observation, enquête ou test. Par observation, on
entend l’étude du fait tel qu’il se produit sans l’intervention du chercheur, le plus souvent, en
utilisant une grille d’observation, un outil qui permet de ne recueillir que les données les plus
significatives. Quand l’observation ne permet pas d’accéder au fait, on peut avec l’enquête,
sur la base d’un échantillon représentatif de la population dont on cherche à décrire des
caractéristiques (Opinions, attitudes, etc.), recueillir des données permettant d’inférer le fait.
Pour ce faire, le chercheur a à sa disposition plusieurs outils dont les plus courants sont le
questionnaire et l’interview (ou entretien). Lorsque l’échantillon est large, un questionnaire
permet de recueillir rapidement un grand nombre de données significatives. Lorsqu’il est
réduit ou lorsque, avant l’administration d’un questionnaire, on a à procéder à une pré-
enquête exploratoire ou après l’administration, l’on cherche à approfondir ou à contrôler des
données recueillies, l’interview peut se révéler très productif. L’interview peut être non
directive (Un entretien libre sur un ou un nombre limité de thèmes), semi directive (à partir
d’une grille d’entretien dont l’ordre des thèmes à aborder est laissé à la discrétion de
l’interviewé) ou directive (Un entretien équivalent à un questionnaire à questions ouvertes
administré en live). Les tests, pour leur part, sont administrés pour recueillir des faits de
comportement non accessibles par l’observation ou par enquête (La mémorisation ou le
transfert d’un apprentissage par ex.). Par test, on entend une situation expérimentale
standardisée servant à provoquer chez un ou des sujets l’apparition d’un comportement
déterminé à comparer statistiquement avec celui d’autres sujets placés dans les mêmes
situations.

Les recherches expérimentales


Elles visent à expliquer, déterminer les causes d’un fait de comportement observé.
Contrairement à l’observation, il s’agit d’observer à partir d’un dispositif expérimental ce qui
se passe lorsque les conditions qui sont supposées avoir un effet sur un fait de comportement
sont modifiées. Pour ce faire, l’observation expérimentale consiste à voir si une modification
statistiquement significative se produit lorsqu’un traitement expérimental est administré au
fait. On inférera ainsi l’existence ou non d’une relation causale entre le traitement
expérimental et le fait de comportement observé.
Le traitement expérimental est dit variable indépendante et le fait de comportement
qu’on cherche à observer la variable dépendante. La variable indépendante est celle qui sous
le contrôle de l’expérimentateur qui la manipule en lui assignant une valeur (Homme ou
Femme par ex. pour la variable sexe). La variable dépendante est celle qui peut être modifiée
sous l’effet de la valeur que peut prendre la variable indépendante. (Un fait de comportement
auquel s’intéresse un chercheur et qui peut être différent selon le sexe par ex.).

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Il arrive que dans un dispositif expérimental, une variable dépendante subisse l’effet
d’une variable non désirée qui échappe au contrôle de l’expérimentateur e qui produit des
biais affectant la validité de l’expérimentation. Ce type de variable est dit parasite (L’effet
Rosenthal ou attentes du chercheur ou l’effet Hawthorne ou attentes des sujets
expérimentaux par ex.).
Les recherches corrélationnelles
Elles permettent de mesurer le degré de dépendance entre deux ou plusieurs variables,
par ex. l’existence ou non d’une corrélation entre des performances en lecture et celles en
résolution de problèmes. Corréler ces deux variables, c’est les comparer pour voir jusqu’à
quel niveau des performances en lecture d’un groupe d’apprenants permettent de prédire des
performances en résolution de problèmes. Ce qui permet de faire cette prédiction, c’est le
coefficient de corrélation (positif ou négatif) qu’on établit entre les deux variables.
La corrélation est positive lorsque les deux variables sont proportionnellement
dépendantes (Plus ou moins, il y a performances en lecture, plus ou moins, il y a
performances en résolution de problèmes). Elle est négative lorsque les deux variables sont
inversement dépendantes (Plus ou moins, il y a performances en lecture, moins ou plus, il y a
performances en résolution de problèmes).
Un coefficient de corrélation varie entre –1.00 (Corrélation négative parfaite) et +1.00
(Corrélation positive parfaite).
 Plus le coefficient de corrélation calculé est proche de +1.00 ou de -1.00, plus
on peut prédire positivement ou négativement l’interdépendance des deux
variables.
 Plus le coefficient de corrélation calculé est proche de 0, plus la corrélation
est faible et la prédiction nulle.
 Lorsque le coefficient de corrélation calculé est 0, les deux variables
n’entretiennent aucune relation permettant une quelconque prédiction (La
taille d’un sujet et ses performances en résolution de problèmes).
Notons enfin que l’existence d’une corrélation entre deux variables ne signifie pas
l’existence entre elles de relations de cause à effet, mais tout au plus celle d’une relation de
variance entre les deux.

UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 21


Cours annuel de psychologie générale
Vérificatoire ou
confirmatoire
Recherche fondamentale
Théorique - Vérification
- Connaissance, Confirmation
- Compréhension d’une/des hypothèse(s)
- Explication
d’un objet d’étude
Exploratoire
Enjeu: nomothétique Empirique
(production de savoirs) - Compréhension préliminaire
descriptive d’une situation
problème
- Examen d’une situation
problème pour la formation
d’une hypothèse

Recherche appliquée

Appel à des théories ou Évaluative


données de recherches
fondamentales déjà connues et
cherche à en contextualiser les
condition d’applicabilité Empirique Interprétative

Enjeux :
- Pragmatique (solution)
- politique (changement de Développement
pratiques)
- Ontogénique (nouvelle
approche, nouveau rapport)

Typologie réorganisée de recherches en éducation (Gohier, 2004, p.83)

UCAD/FASTEF, Département F2B - Filière probatoire: 22


Cours annuel de psychologie générale

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