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Dérivée directionnelle

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En analyse mathématique, la notion de dérivée directionnelle permet de quantifier la


variation locale d'une fonction dépendant de plusieurs variables, en un point donné et le long
d'une direction donnée dans l'espace de ces variables. Dans la version la plus simple, la
dérivée directionnelle généralise la notion de dérivées partielles, dans le sens où l'on retrouve
ces dernières en prenant comme directions de dérivation les axes de coordonnées.

Le concept de dérivée directionnelle est fondamental en analyse. Il est parfois le point de


départ pour définir la dérivée d'une fonction, qui décrit comment sa valeur est modifiée
lorsque ses arguments varient de manière infinitésimale mais arbitrairement (et non plus le
long d'une direction préfixée) : la dérivée au sens de Gâteaux est définie de cette manière,
mais aussi le sous-différentiel d'une fonction convexe et le sous-différentiel de Clarke d'une
fonction lipschitzienne. C'est aussi un concept précieux pour obtenir des conditions
nécessaires d'optimalité en optimisation.

On comprend alors pourquoi, l'on a introduit de multiples de notions de dérivée directionnelle, qui
sont plus ou moins bien adaptées à la régularité (i.e., au caractère lisse) de la fonction étudiée et
dont l'utilité et le domaine d'application dépendent de leurs propriétés. Les développements sont
très raffinés et se poursuivent ; l'étude des liens entre eux mériterait une monographie. Nous nous
contenterons ici de donner les principales définitions en commençant par les plus familières et les
plus simples.

Sommaire
 [masquer] 
 1 Fonction définie sur un espace vectoriel
o 1.1 Dérivée partielle suivant un vecteur

 1.1.1 Définition
 1.1.2 Cas d'une fonction différentiable
 1.1.3 Interprétation géométrique
o 1.2 Dérivée directionnelle au sens de Dini

 1.2.1 Définition
 1.2.2 Gâteaux différentiabilité
 1.2.3 Fonction ayant des valeurs infinies
o 1.3 Dérivée directionnelle au sens de Hadamard

o 1.4 Dérivée directionnelle au sens de Clarke

 1.4.1 Définition
 1.4.2 Différentiabilité stricte
 2 Fonction définie sur une variété
o 2.1 Définition

o 2.2 Extension : dérivée de Lie

 3 Annexes
o 3.1 Notes

o 3.2 Articles connexes

Fonction définie sur un espace vectoriel[modifier]


Dérivée partielle suivant un vecteur[modifier]

Définition[modifier]

On donnera la qualification de points aux éléments de U et de vecteurs aux éléments de E,


les raisons en seront détaillées au-dessous.

Soient E un espace vectoriel normé, U un ouvert de E, f une fonction définie sur U à valeurs
dans un espace vectoriel normé F (ou plus généralement, un espace vectoriel topologique
séparé), u un point de U et h un vecteur de E.

La dérivée de f au point u suivant le vecteur h est, si elle existe, la dérivée en 0 de la fonction


de la variable réelle  :

Si h est le vecteur nul, cette dérivée directionnelle existe toujours et a une valeur nulle. On
pourra supposer que h n'est pas le vecteur nul dans ce qui suit.

Lorsque l'espace E est de dimension finie n et muni d'une base, la fonction f peut être vue
comme une fonction de n variables réelles, et le calcul des dérivées directionnelles suivant les
vecteurs de base correspond au calcul des dérivées partielles de f :

Si on remplace h par un vecteur colinéaire αh, le calcul de dérivée est identique à la


multiplication par le facteur α près :
Ainsi, lorsqu'existe en un point une dérivée suivant un vecteur, il en existe une suivant tout
vecteur de même direction, mais la valeur de cette dérivée directionnelle dépend du choix du
vecteur. On parlera de dérivée directionnelle de f au point u dans la direction de h lorsque
le vecteur h est unitaire[1].

En revanche il n'y a pas de raison a priori d'observer un résultat particulier lorsqu'on somme
deux vecteurs h et h' .

Cas d'une fonction différentiable[modifier]

Si la fonction f est différentiable au point u, alors elle admet des dérivées en ce point dans la
direction de tout vecteur. Cette dérivée se calcule à partir de l'application différentielle en u
(notée df(u)) par application de la formule

Et cette fois, notamment, on observe que le résultat est linéaire en h. Notamment

Enfin si E est un espace vectoriel de dimension finie n muni d'une base, il est possible de
calculer toutes les dérivées directionnelles en termes de dérivées partielles

En général, la réciproque est fausse : le fait qu'une application présente des dérivées en u dans
toutes les directions n'assure pas sa différentiabilité, ni même sa continuité. Cependant, la
réciproque est vraie si la fonction est définie sur un espace vectoriel de dimension finie n, est
à valeurs réelles et est convexe : il suffit qu'elle ait des dérivées partielles suivant n vecteurs
linéairement indépendants pour qu'elle soit différentiable (au sens de Fréchet).

Si E est un espace vectoriel euclidien et f une application différentiable à valeurs réelles, il est
possible d'utiliser le gradient de f pour exprimer la dérivée directionnelle

Lorsque f présente un extremum local en un point u d'un ouvert, le gradient est nul en ce point
(pour une étude plus détaillée voir point critique), ainsi que toutes les dérivées directionnelles.

Interprétation géométrique[modifier]

La dérivée de la fonction f au point u dans la direction du vecteur h se calcule comme la


dérivée en 0 de la fonction d'une seule variable réelle g(t)=f(u+th). Cette dernière s'interprète
comme la fonction f lue le long de la droite passant par u et dirigée par h.
L'angle α entre la tangente en A' et l'horizontale sera maximal si le plan de coupe contient la
direction du gradient en A

Si l'on associe à la fonction la surface (S) d'équation cartésienne z=f(x,y),


la notion de dérivée dans la direction d'un vecteur unitaire en un point
de U peut être interprétée ainsi : le plan vertical contenant la droite horizontale
passant par A et dirigée par h coupe la surface (S) selon la courbe paramétrée (C) :

La fonction M est dérivable en 0 si et seulement si f admet en A une dérivée dans la direction


de h ; dans ce cas, il existe une tangente au point - qui est le point de (S) à la
verticale de A - et est la composante verticale du vecteur directeur de cette tangente.

Si f est différentiable en A, l'inégalité de Cauchy-Schwarz permet d'écrire (avec toujours h


unitaire)

avec égalité si (et seulement si) h est colinéaire au gradient de f en A.

La pente de la tangente est donc maximale en choisissant la direction du gradient, ce qui est à
la base des méthodes de descente dans les problèmes de minimisation[2].

Dérivée directionnelle au sens de Dini[modifier]

Définition[modifier]

Soient un espace vectoriel, un espace vectoriel normé et une fonction. On dit


que f est directionnellement dérivable au sens de Dini en dans la direction si
la limite dans la définition de ci-dessous existe dans  :
La notation signifie que t tend vers zéro par des valeurs strictement positives.

Gâteaux différentiabilité[modifier]

Soient et deux espaces vectoriels normés et une fonction. On dit que f est
Gâteaux[3] différentiable en si

1. la dérivée directionnelle existe quel que soit ,


2. l'application est linéaire continue.

On dit que f est continûment Gâteaux différentiable en si f est Gâteaux


différentiable dans un voisinage V de x et est continue en x ; on a
noté l'ensemble des opérateurs linéaires continus de dans , muni de sa norme
canonique.

Fonction ayant des valeurs infinies[modifier]

En analyse convexe ou non lisse, on utilise une notion de dérivée directionnelle, qui est
essentiellement celle de Dini, mais qui accepte que les fonctions prennent leurs valeurs dans
la droite réelle achevée . Les dérivées directionnelles peuvent
elles-mêmes prendre leurs valeurs dans . Voici cette définition.

Soient un espace vectoriel et une fonction. On dit que f est directionnellement


dérivable en dans la direction si la limite dans la définition de f'(x;d) ci-
dessous existe dans  :

Cette définition est motivée par le résultat suivant qui assure la dérivabilité directionnelle des
fonctions convexes, dans toutes les directions. On y a noté

 ,
 le domaine (effectif) de f,
 l'enveloppe affine d'une partie ,
 l'intérieur relatif d'une partie .

Dérivée directionnelle d'une fonction convexe — Soient un espace vectoriel,


une fonction convexe, un point tel que f(x) est fini et . Alors

1. la fonction
est croissante ;

2. f'(x;d) existe dans (elle vaut éventuellement ou ) ;


3. f'(x;d) vaut si et seulement si pour tout t > 0 ;

4.  ; en particulier, si l'une des deux dérivées


directionnelles f'(x;d) ou f'(x; − d) vaut l'autre vaut  ;

5. la fonction est sous-linéaire (en particulier


convexe) ;

6. si , alors

o le domaine de δx est le sous-espace vectoriel de parallèle à


,
o si, de plus, est un espace vectoriel normé, la fonction δ x est
lipschitzienne sur .
7. Ce résultat est utilisé pour définir le sous-différentiel d'une fonction convexe.

8. Dérivée directionnelle au sens de Hadamard[modifier]

9. Soient un espace vectoriel, un espace vectoriel normé et une fonction.


On dit que f est directionnellement dérivable au sens de Hadamard en dans
la direction si la limite dans la définition de ci-dessous existe dans  
:

10.

11. La notation signifie que t tend vers zéro par des valeurs strictement positives.

12. Dérivée directionnelle au sens de Clarke[modifier]

13. La présentation ci-dessous se fonde sur l'ouvrage de Clarke (1983)[4].

14. Définition[modifier]

15. Soient un espace de Banach et une fonction. La dérivée directionnelle


de Clarke de f en x dans la direction est notée et définie par
16.

Cette dérivée ne présuppose pas l'existence d'une limite ; elle existe toujours, mais elle peut
cependant prendre une valeur infinie. L'utilité de cette dérivée directionnelle repose sur les
propriétés suivantes.

Propriétés élémentaires — Si f est lipschitzienne de module L dans un voisinage de x, alors

1. la fonction prend des valeurs finies, est positivement


homogène, sous-additive, lipschitzienne de module L et on a

2. la fonction est semi-continue supérieurement,


3. pour tout , on a .
4. La dérivée directionnelle de Clarke est utilisée pour définir le sous-différentiel de
Clarke d'une fonction localement lipschitzienne.

5. Différentiabilité stricte[modifier]

6. Le concept de différentiabilité naturellement relié à la dérivée directionnelle de Clarke


est celui de différentiabilité stricte, que l'on trouve chez Bourbaki. La fonction
considérée peut ici être à valeurs dans une espace vectoriel, pas seulement dans  ;
nous avons marqué ce fait en la désignant par F, plutôt que f.

7. Soient et deux espaces de Banach et une fonction. On dit que F est


strictement différentiable en si l'application

8.

9. est linéaire continue et la limite est uniforme pour d dans un compact arbitraire.

10. Le résultat suivant apporte deux informations : d'une part, une fonction strictement
différentiable en un point est nécessairement lipschitzienne dans un voisinage de ce
point et, d'autre part, pour une fonction lipschitzienne, la différentiabilité stricte en un
point est assurée sans que l'on ait besoin de vérifier la condition d'uniforme
convergence pour des directions dans un compact.

Différentiabilité stricte et lipschitzianité — Soit une fonction définie dans le


voisinage d'un point et δ un opérateur linéaire continu de dans . Alors les deux
propriétés suivantes sont équivalentes :

1. F est strictement différentiable en x et DsF(x) = δ,


2. F est lipschitzienne dans un voisinage de x et

Une fonction continûment Gâteaux différentiable est strictement différentiable.

Gâteaux et stricte différentiabilité — Une fonction F continûment Gâteaux différentiable en


x est strictement différentiable en x (donc lipschitzienne dans un voisinage de x) et DGF(x) =
DsF(x).

Fonction définie sur une variété[modifier]


Définition[modifier]

Soit f une fonction numérique sur une variété différentielle M. Avec une définition analogue à
la précédente, il est loisible d'introduire la dérivée de f en un point m de M et dans la direction
d'un vecteur tangent h en m à la variété. Comme la notion de droite dirigée par h n'a plus de
sens, il faut la remplacer par une courbe passant par m et de vecteur tangent h en ce point.

Soit γ une courbe tracée sur M, continûment dérivable, vérifiant γ(0)=m et γ'(0)=h. Si la
fonction admet une dérivée en 0, elle est appelée dérivée de f au point m dans la
direction de h. On montre en effet que cette définition ne dépend pas de la courbe γ
convenable choisie.

Extension : dérivée de Lie[modifier]

Si X est un champ de vecteurs sur la variété M et si f est une fonction numérique sur
M, il est possible de calculer les dérivées partielles de f en chaque point p selon le vecteur
X(p). La fonction obtenue en considérant toutes ces dérivées est notée et est
appelée dérivée de Lie de f par X.

Pour calculer la dérivée de Lie de f, il est notamment possible de prendre pour courbes
tangentes aux vecteurs X(p) les courbes intégrales du champ de vecteurs. La généralisation de
ce point de vue à la dérivation des champs de vecteurs, formes différentielles et tenseurs est
décrit à l'article dérivée de Lie.