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Biocarburants

par Étienne POITRAT


Ingénieur à l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie)
Direction de l’Agriculture et des Bioénergies

1. Caractéristiques des biocarburants .................................................... BE 8 550 - 2


2. Production à partir de la biomasse ............................................ — 2
2.1 Alcools et leurs éthers.................................................................................. — 2
2.1.1 Alcool éthylique ou éthanol................................................................ — 2
2.1.2 Méthanol .............................................................................................. — 4
2.1.3 ETBE (éthyl-tertiobutyl-éther)............................................................. — 4
2.1.4 MTBE (méthyl-tertiobutyl-éther) ........................................................ — 4
2.1.5 Bilan des flux pour la production de l’ETBE et du MTBE................. — 4
2.2 Huiles végétales et leurs esters................................................................... — 5
2.2.1 Huiles végétales non transformées chimiquement.......................... — 5
2.2.2 Esters d’huiles végétales .................................................................... — 5
2.3 Biogaz ............................................................................................................ — 6
3. Utilisation des biocarburants................................................................ — 6
3.1 Utilisation des alcools et de leurs éthers.................................................... — 6
3.2 Forte concentration de composés oxygénés ............................................. — 6
3.3 Faible concentration de composés oxygénés............................................ — 6
3.3.1 Critères d’utilisation de l’éthanol et de l’ETBE.................................. — 6
3.3.2 Bilan énergétique ................................................................................ — 7
3.3.3 Bilan environnemental........................................................................ — 8
3.4 Utilisation des huiles végétales et de leurs dérivés
dans les moteurs Diesel............................................................................... — 9
3.4.1 Les huiles végétales ............................................................................ — 9
3.4.2 Esters d’huile végétale ........................................................................ — 9
3.5 Utilisation du biogaz .................................................................................... — 11
3.6 Un exemple d’impact global sur l’environnement : l’effet de serre......... — 12
4. Pénétration des biocarburants en Europe ......................................... — 12
Références bibliographiques .......................................................................... — 13

n appelle biocarburants, les carburants produits à partir de matières végé-


O tales ou animales non fossiles, encore appelées biomasse.
L’histoire des biocarburants a souvent été ponctuée par les crises énergétiques
telles que des chocs pétroliers ou des pénuries de carburants fossiles. Les gazo-
gènes qui produisent un gaz énergétiquement pauvre se sont ainsi développés
par exemple durant la dernière Guerre mondiale et la plupart des productions
actuelles en Europe, aux États-Unis et au Brésil ont eu comme origine les crises
pétrolières de 1973, 1979 et d’autres crises géopolitiques. Mais les biocarburants
peuvent aussi être valorisés, dans des situations où les lieux de production ou de
distribution des produits pétroliers sont éloignés des lieux de consommation,
conjuguées à l’existence de ressources locales à valoriser. Dans ces cas, ils ont
une fonction purement énergétique de carburant de substitution.
Aujourd’hui, d’autres fonctions des biocarburants ont été mises en évidence.
De par leur composition oxygénée, ils peuvent améliorer la combustion des
hydrocarbures et réduire certaines émissions, ou encore, pour les dérivés des
huiles végétales, améliorer les capacités lubrifiantes des carburants. On peut

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parler dans ces cas de cocarburants ou même d’additifs selon les quantités uti-
lisées.
Ces composants seront d’autant mieux valorisés que les produits pétroliers
devront évoluer vers des formulations différentes avec réduction voire suppres-
sion de certains corps ou fractions comme par exemple le plomb, le soufre, les
hydrocarbures aromatiques et tout particulièrement le benzène, etc. Ces dispo-
sitions font actuellement l’objet d’un projet de directive européenne.
Les biocarburants sont des énergies renouvelables et, contrairement aux éner-
gies fossiles, ne contribuent pas à aggraver certains impacts environnementaux
globaux, comme par exemple l’effet de serre.

1. Caractéristiques
des biocarburants
Les principales caractéristiques des biocarburants comparées à associés sont indiquées dans le tableau 1 (dont les valeurs peuvent
celles des carburants d’origine fossile auxquels ils peuvent être être variables) :

Tableau 1 – Principales caractéristiques des biocarburants et comparaison avec celles


de l’essence et du gazole
Ester méthylique
Caractéristiques Supercarburant Éthanol ETBE Gazole Huile végétale
d’huile de colza
Masse volumique ................. (kg/m3) 748 à 762 794 745 835 à 845 916 870 à 900
Température d’ébullition .......... (°C) 30 à 190 78,3 72,8 180 à 360
Pression de vapeur Reid (1) ..... (bar) 0,7 à 0,9 1,54 0,4
PCI massique ......................... (kJ/kg) 42836 26807 36120 42335 37445 37556
PCI volumique ......................... (kJ/L) 32020 21285 26910 35350 34300 33200
Indice d’octane IOR (2) ..................... 95 à 98 120 118
Indice de cétane (2) .......................... .................... .................. .................. 49 32 à 36,5 49 à 54
Viscosité à 20 °C ................. (mm2/s) .................... .................. ................... 4,2 77 6,9 à 8,4
ETBE : éthyl-tertiobutyl-éther
PCI : pouvoir calorifique inférieur
IOR : indice d’octane recherche (en anglais RON : Research Octane Number)
(1) La pression de vapeur Reid (PVR) est mesurée à une température de 37,8 °C (100 °F).
(2) Les indices d’octane et de cétane des composés oxygénés ne sont pas toujours établis avec une grande précision. Ceci est dû aux méthodes appliquées aux
produits pétroliers, mal adaptées dans les zones de valeurs non usuelles aux produits oxygénés considérés (alcools, éthers, huiles végétales).

2. Production à partir Les équations des réactions de fermentation sont les suivantes :
® (DH = - 412 kJ/kg)
de la biomasse C6H12O6 2 C2H5OH + 2 CO2

glucose éthanol
C12H22O11 + H2O ® 4 C2H5OH + 4 CO2 (DH = - 479 kJ/kg)
2.1 Alcools et leurs éthers
saccharose éthanol
2.1.1 Alcool éthylique ou éthanol avec DH représentant l’enthalpie massique.
Ces équations sont théoriques et leurs rendements sont appelés
2.1.1.1 Principes de base
rendements de Gay-Lussac. Du fait de la fabrication inévitable de
Tous les sucres en C6 fermentescibles, principalement le glucose sous-produits divers et de levures, le rendement de Pasteur, égal à
et le saccharose, peuvent être convertis en éthanol et en dioxyde de 94,7 % du rendement de Gay-Lussac, définit la production d’éthanol.
carbone après fermentation. Celle-ci est anaérobie et catalysée par 100 kg de sucre produisent respectivement 48,4 kg et 50,95 kg
une enzyme produite par une levure : Saccharomyces Cerevisiae. d’éthanol à partir de glucose ou de saccharose.

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Tableau 2 – Consommations énergétiques spécifiques de la déshydratation


de l’éthanol à 96 °GL (Gay-Lussac) [1]
Tamis moléculaire
Distillation azéotropique Membrane de pervaporation
Méthode (Arcis-sur-Aube
(Artenay) (Betteniville et Provins) (1)
et Origny)
Consommation d’énergie
- vapeur ....................... (kg vapeur/hL d’alcool pur) 105 55 à 62 11
- électricité ............................ (kWh/hL d’alcool pur) 0,4 0,41 2,9
(1) À ce jour, ces installations ne sont plus équipées avec ce procédé.

2.1.1.2 Matières premières des sucres encore trouvé d’applications industrielles permettant de produire de
Les sucres sont présents à l’état plus ou moins polymérisé dans le l’éthanol dans des conditions performantes.
monde végétal.
Au plan industriel, la principale distinction est à opérer entre les
Les plantes dites sucrières ou saccharifères (betteraves à sucre, procédés discontinus et les procédés continus de fermentation. Ces
canne à sucre) produisent directement du saccharose et dans ce cas,
derniers (le procédé Speichim et le procédé Biostil) sont plus pro-
le sucre fermentescible est extrait par diffusion.
ductifs, avec un rendement supérieur de 1 à 6 % aux procédés dis-
Les plantes amylacées telles les céréales produisent de l’amidon continus, mais ils sont aussi nettement plus sensibles aux
qu’il est nécessaire d’hydrolyser par des enzymes, les amylases. Les contaminations bactériennes.
sucres obtenus sont alors un mélange de glucose et de maltose.
L’éthanol produit en France actuellement pour un usage sous
forme de biocarburants provient uniquement de betteraves à sucre 2.1.1.3.3 Séparation de l’éthanol
et de blé. Ces filières génèrent aussi des coproduits tels les vinasses,
résidus liquides de la distillation (qui sont utilisées principalement Le fractionnement du vin obtenu après l’étape de fermentation
comme fertilisants de par leur richesse en matières minérales) ou conduit à séparer l’éthanol du reste des constituants. La technologie
encore les pulpes de betteraves et les drèches de blé riches en pro- appliquée comprend deux étapes : la distillation et la déshydrata-
téines et utilisées en alimentation animale. Les vinasses peuvent tion.
être également méthanisées et valorisées énergétiquement sous
forme de biogaz ou être utilisées directement comme combustibles La distillation usuelle permet d’obtenir une concentration en
après leur concentration. Pour ce dernier usage, des essais effectués éthanol de 96 % en masse, voisine de l’azéotrope (97,1 %). Une
en mélange avec du fioul lourd en ont démontré la faisabilité indus-
distillation des vins par une colonne à double effet nécessite 114 kg
trielle.
de vapeur/hL d’alcool pur et une consommation d’électricité de
2 kWh/hL d’alcool pur. Les variantes de combinaison avec la concen-
2.1.1.3 Technologie
tration des vinasses non recyclées, l’existence de multiples effets et
la distillation sous vide partiel permettent encore d’améliorer ces
2.1.1.3.1 Hydrolyse
consommations énergétiques.
L’hydrolyse est appliquée industriellement à l’amidon des céréa-
les avec deux procédés : La déshydratation conduit à l’éthanol anhydre (99,7 % minimum
— la voie humide : le grain est moulu et ses constituants (son, en masse) et elle est obtenue par au moins deux techniques :
gluten, amidon...) sont séparés de façon classique pour le son et en
partie par lavage. Seul l’amidon est traité au cours de l’hydrolyse — la distillation azéotropique à la pression atmosphérique, en
enzymatique puis fermenté. Les coproduits sont vendus séparé- présence de cyclohexane (en général) comme solvant d’entraîne-
ment sur des marchés spécifiques ; ment, accompagnée de recompression mécanique de vapeurs ;
— la voie sèche : le grain est également moulu et la totalité de ses
constituants subit l’hydrolyse enzymatique et la fermentation. Le — le tamisage moléculaire qui consiste à adsorber et désorber
débouché du coproduit principal, les drèches (appelées en anglais l’eau sur un support tel des zéolites synthétiques, ou des silicoalu-
DDGS : Dried Distiller Grain and Solubles), est très important. minates métalliques, à structure cristalline tridimensionnelle
L’hydrolyse de la cellulose et des hémicelluloses est possible et a poreuse. Actuellement, trois installations avec tamis moléculaire
fait l’objet d’importants travaux de recherches dans le monde entier. sont en exploitation en France pour traiter le bioéthanol.
Hormis les procédés utilisant l’hydrolyse acide qui ont été exploités
dans le passé, les procédés enzymatiques et/ou combinés à des pré- Une troisième technique a été appliquée pendant quelques
traitements physiques, thermiques et/ou chimiques ont fait l’objet temps, mais n’a pas été suffisamment adaptée à l’alcool de bettera-
de pilotes de démonstration sans parvenir encore à une évolution ves. Il s’agit de la pervaporation par membrane, très performante au
véritable vers une taille industrielle importante. plan énergétique et qui doit pouvoir s’appliquer à d’autres alcools.
Le tableau 2 indique les performances énergétiques industrielles
2.1.1.3.2 Fermentation des trois procédés utilisés.
La fermentation traditionnelle des sucres en C6 (hexoses) par la
levure citée (§ 2.1.1.1) reste la voie industrielle de production de
l’éthanol. De nombreux travaux de recherche ont abordé des fer- 2.1.1.3.4 Production et rendement du bioéthanol
mentations différentes avec des bactéries, d’autres levures, voire
même des champignons, et la fermentation des sucres en C5 (pen- Le tableau 3 présente, pour différentes matières premières, les
toses). Quelques voies semblent intéressantes, mais n’ont pas rendements obtenus.

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Tableau 3 – Production et rendement du bioéthanol


Quantité de matière première A Rendement du biocarburant
Rendement de
Matière première matière première B en L de bio-
pour produire pour produire (B/A) (B/A)
(t/ha) carburant/t de
1 hL d’étanol 1 t d’éthanol en L/ha t/ha
matière première
Blé (1) .............................. 280 kg 3,526 t 7t 2 500 1,985 357
Blé (1) .............................. 280 kg 3,526 t 9t 3 214 2,552 357
Blé (2) .............................. 274 kg 3,451 t 7t 2 555 2,028 365
Betterave ......................... 1 000 kg 12,6 t 66 t 6 600 5,238 100
EP2 (3) ............................. 280 kg 3,526 t ................................ ........................ ......................... 357
Lignocellulose (4) .......... 568 kg à 311 kg 4,2 à 7,15 t 10 t 1 760 à 3 020 1,4 à 2,4 176 à 302
(1) Par voie sèche : le blé est broyé dans un moulin de type meunerie, le son et la farine sont séparés. Les sons sont réincorporés dans la drèche de blé. Ce procédé
est exploité par BCE à Provins (procédé Biostil).
(2) Par voie humide : le blé est broyé par un broyeur à marteaux, une farine entière est obtenue et mélangée avec de l’eau pour produire une pâte. Ce procédé est
exploité par BENP à Origny Ste Benoîte.
(3) EP2 : égoût de sucrerie de 2e jet.
(4) Par hydrolyse chimique.

2.1.2 Méthanol l’isobutène (figure 1). La composition moyenne du produit obtenu


est de 98,5 % d’ETBE et de 1,5 % d’éthanol.
Le méthanol est produit abondamment dans le monde, à partir de
gaz naturel. Il peut être produit également à partir de biomasse, et
de bois en particulier. Cette voie a été exploitée en France, jusque 2.1.4 MTBE (méthyl-tertiobutyl-éther)
dans les années 1960 avec le procédé Delacotte dans de petites uni-
tés (15 t/j de méthanol), et elle a ensuite été testée dans les années
1980 avec le pilote de Clamecy et le procédé Framatome (Creusot- Le MTBE peut être produit industriellement à partir de différentes
Loire). D’autres procédés ont été également mis en œuvre au matières premières et de différents procédés à partir de méthanol et
Canada et en Suède. d’isobutène selon la réaction suivante :
Le méthanol produit pourrait servir de constituant pour fabriquer
des esters méthyliques d’huile végétale ou du MTBE (méthyl-tertio- CH3OH + H2C = C(CH3)2 ® CH3O C(CH3)3
butyl-éther). Le faible coût de production du méthanol à partir de
gaz naturel et l’effort d’industrialisation nécessaire de la production L’isobutène est obtenu en raffinerie de pétrole de la même façon
à partir de la biomasse a empêché, pour le moment, le développe- que pour produire l’ETBE. Le méthanol est obtenu dans 90 % des
ment de cette filière et du procédé Framatome en France. cas à partir de gaz naturel. Le produit fini obtenu selon le procédé de
Rappelons les réactions qui conduisent à la production du métha- l’IFP n’est pas pur. Sa composition moyenne est de 99,2 % de MTBE
nol : et 0,8 % de méthanol.
— production de gaz de synthèse à 800-1 000 °C, par gazéification
de la matière solide :
C + H2O ® CO + H2 avec DH = 130 kJ (réaction du gaz à l’eau) ; 2.1.5 Bilan des flux pour la production
de l’ETBE et du MTBE
C + CO2 ® 2 CO avec DH = 171 kJ (réaction de Boudouard) ;
CO + H2O ® CO2 + H2 avec DH = - 41 kJ (réaction de conversion). Ce bilan est présenté dans le tableau 4 [3].
— synthèse du méthanol, avec un catalyseur sous une pression
de 50 à 100 bar :
CO + 2 H2 ® CH3OH avec DH = - 110 kJ Tableau 4 – Bilan des flux de matières et de consommables
pour la production de l’ETBE et du MTBE
avec les procédés de l’IFP
2.1.3 ETBE (éthyl-tertiobutyl-éther)
Production
Matières ou énergies
L’ETBE peut être produit industriellement à partir de différentes
utilisées 1 kg d’ETBE 1 kg de MTBE
matières premières et de différents procédés à partir d’éthanol et
(98,5 %) (99,2%)
d’isobutène selon la réaction suivante :
C2H5OH + H2C = C(CH3)2 ® CH3CH2OC(CH3)3 Éthanol (99,7 %) ......... (kg) 0,47
Méthanol (100 %) ........ (kg) .......................... 0,36
L’isobutène est obtenu en raffinerie de pétrole (Elf, Total) à partir
de la coupe en C4, par craquage catalytique du naphta ou par cra- Isobutène .................... (kg) 0,53 0,64
quage à la vapeur après extraction du butadiène. Le procédé de l’IFP Vapeur .......................... (kg) 0,95 1,02
(Institut Français du Pétrole) [2] comprend un réacteur à lit fixe et
une distillation réactive et assure une conversion de la plupart de Électricité ...................(kWh) 0,014 0,015

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Tour de lavage Colonne Raffinat C4


à l'eau Éthanol/eau

Stabilisateur

Réacteur Réacteur
principal final

Lavage à l'eau
à l'entrée

Eau
déminéralisée

Coupe butane
FCC

Eau
déminéralisée
(appoint)
ETBE
Eau à traiter

Éthanol recyclé

Éthanol
Lit de garde

FCC craquage catalytique fluide

Figure 1 – Unité d’ETBE (procédé IFP). Schéma de principe

2.2 Huiles végétales et leurs esters gras des huiles végétales sont estérifiés couramment avec l’alcool
dont la formule est la plus simple, le méthanol. L’éthanol peut être
également utilisé, mais la purification de l’ester semble industrielle-
2.2.1 Huiles végétales non transformées ment plus délicate que celle de l’ester méthylique. La réaction utili-
sée est dans ce cas la transestérification :
chimiquement
O
Les huiles végétales s’obtiennent classiquement par simple pres-
sage de graines oléagineuses, suivi d’une extraction par solvant de CH2 O C R CH2OH
l’huile résiduelle contenue dans le tourteau. Elles ont cependant une R
très forte viscosité et une aptitude à l’auto-inflammation (indice de CH O C + 3 CH3OH 3R C O CH3 + CH OH
cétane) faible, qui les rendent plus difficiles à utiliser en l’état dans O
certaines conditions, à faible température, du fait de la longueur de CH2 O C R O CH2OH
leurs chaînes carbonées. Elles peuvent alors être transformées chi-
miquement (cf. 2.2.2), en raccourcissant ces chaînes, ce qui modifie O
leurs caractéristiques. huile végétale méthanol ester méthylique glycérine
Les huiles sont utilisées pures, filtrées et dégommées, c’est-à-dire (1,05 t) (0,1 t) (1 t) (0,1 t)
après retrait d’une grande partie des phospholipides. En France, les
huiles de colza et de tournesol sont concernées par ces usages qui La réaction est obtenue avec un catalyseur basique ou acide, à
restent cependant peu développés. température modérée de 20 à 80 °C et à la pression atmosphèrique.
Dans le cas du colza, une 1 t d’huile est obtenue avec 2,55 t de
graines, correspondant à la récolte d’une superficie de 0,85 ha, (avec
2.2.2 Esters d’huiles végétales une production moyenne de 30 quintaux/ha de graines). Un hectare
de colza peut fournir dans ces conditions, 1 273 L ou 1 125 kg d’ester
De nombreux esters peuvent être obtenus avec des caractéristi- méthylique. Avec un rendement de 35 quintaux/ha de graines, cette
ques différentes selon leur longueur de chaîne carbonée. Les acides production devient 1 485 L ou 1 312 kg d’ester méthylique.

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2.3 Biogaz Aux États-Unis et en Suède, des mélanges d’éthanol à 85 % issu


de la biomasse (E85, assez fréquents) ou à 95 % (E95, moins fré-
quents) sont utilisés par exemple avec des véhicules flexibles, Ford
La méthanisation est une technologie de conversion énergétique et General Motors proposent à leur catalogue de tels véhicules.
de la biomasse et une technologie de dépollution. Ce procédé est Équipés de capteurs d’analyse des gaz d’échappement, ces véhicu-
utilisé pour le traitement des boues urbaines par les stations d’épu- les peuvent utiliser de l’essence seule ou un mélange essence/étha-
ration, des effluents industriels, des déchets ménagers organiques nol dont l’optimum se situe autour de 85 % d’éthanol. Les
et des déjections d’élevage. Il peut s’appliquer à la transformation émissions mesurées sur des Ford Taurus indiquent une diminution
de la plupart des végétaux si la teneur en lignocellulose est faible. des NOx de - 20 à - 40 %, du benzène de - 70 à - 90 % et des émis-
sions toxiques cancérigènes de - 55 à - 65 % [5]. La consommation
La biomasse est traitée en réacteur, encore appelé digesteur, dont est de 1,3 L de E85 pour 1 L d’essence pure.
le volume est fonction des quantités à traiter : de quelques centaines
à plusieurs milliers de mètres cubes. La fermentation anaérobie des Le Brésil a développé fortement l’usage à 100 % d’éthanol hydraté
matières organiques dure de 1 à 3 semaines et produit le biogaz (95,5 °GL), avec un indice d’octane recherche de 130 et un PCI de
contenant de 55 % à 80 % de méthane, soit environ 500 m3 de 5 926 kcal/kg (24 803 kJ/kg), avec des véhicules spécialement con-
méthane par tonne de matière organique dégradée. Il contient éga- çus, dont le taux de compression du moteur est de 12,7, afin de com-
lement 20 à 45 % de dioxyde de carbone, quelques dizaines à quel- penser en grande partie la différence de pouvoir calorifique entre
ques milliers de ppm (parties pour million) d’hydrogène sulfuré et il l’éthanol et l’essence. En dix ans, de 1980 à 1991, le Brésil a produit
est saturé en eau. Il peut également contenir des traces d’autres élé- près de 5 millions de véhicules fonctionnant à l’alcool et en 1995, le
ments selon la nature du substrat d’origine. Il est donc nécessaire de parc était encore composé de 4,3 millions de véhicules fonctionnant
l’épurer pour l’utiliser comme carburant. à l’éthanol.
Les réactions mises en œuvre permettent de distinguer trois éta- En France, quatre bus équipés de moteurs Diesel dont l’injection
pes de dégradation de la biomasse : et l’alimentation du carburant ont été modifiées [6] ont parcouru
— l’hydrolyse du substrat en composés simples solubles ; environ 1 million de kilomètres en utilisant de l’éthanol hydraté pur
— l’acidogénèse et l’acétogénèse : formation d’acides volatils, à 95 °GL, un additif détonant améliorant l’indice de cétane (3,7 %) et
d’ammoniac, de dioxyde de carbone, d’hydrogène et d’acide l’adjonction de deux alcools dénaturants (4 %). La Suède a ensuite
acétique ; appliqué cette solution à une flotte de bus urbains.
— la méthanogénèse soit par dégradation de l’acide acétique
(CH3COOH ® CH4 + CO2 ), soit par oxydation de l’hydrogène :
CO2 + 4H2 ® CH4 + 2H2O 3.3 Faible concentration de composés
ou CH3COOH + 4H2 ® 2CH4 + 2H2O
oxygénés

Aux États-Unis, depuis 1978, comme en France, il a été établi,


après plusieurs années d’expérience, que le bio-éthanol pouvait être
3. Utilisation incorporé dans les essences à hauteur de 5 à 10 % en volume sans
modification notable du niveau de performance des moteurs et sans
des biocarburants aucun aménagement de ceux-ci. En France, un arrêté modifié du 16
septembre 1987 autorise l’incorporation de composés oxygénés
jusqu’à des taux limites de 3 à 15 % en volume, selon la nature du
produit (dont 5 % pour l’éthanol absolu et 15 % pour les éthers, dont
3.1 Utilisation des alcools l’ETBE). Aux États-Unis, l’incorporation d’éthanol est réglementée
et de leurs éthers par la quantité maximale d’oxygène dans le mélange, soit 3,7 % en
masse, ce qui correspond à environ 10 % en volume. Le mélange est
appelé dans ce cas gasohol. Des réglementations fédérales, mais
Les alcools, tels l’éthanol ou le méthanol, ont été ou sont encore aussi relevant de certains États, définissent l’usage de l’oxygène
utilisés dans le monde, purs ou en forte proportion dans l’essence, associé à des essences reformulées pour certaines zones à fort ris-
avec des moteurs adaptés, mais seul l’éthanol est obtenu couram- que de pollution (Californie par exemple).
ment à partir de la biomasse [4]. L’utilisation la plus importante et en
Cette option à 5 % d’éthanol a été testée en France par l’IFP dans
forte proportion concerne l’éthanol au Brésil avec des moteurs à
les années 1980, et proposée au public. La distribution d’essence
essence modifiés ou des flottes captives, comme par exemple cer-
éthanolée a cependant été abandonnée au début des années 1990.
tains bus de Stokholm (moteurs Diesel légèrement modifiés).
L’éthanol et ses dérivés oxygénés peuvent avoir une utilisation Le Brésil a également largement pratiqué le mélange d’éthanol
généralisée en faible proportion, comme co-carburant ou comme anhydre (99,3 °GL, de PCI 6 405 kcal/kg ou 26 808 kJ/kg) dans
additif dans l’essence. Les usages, les avantages et les contraintes l’essence avec un taux de 22 %. Les moteurs utilisés ont un taux de
n’étant pas les mêmes à forte et à faible concentration de composés compression de 8,7, identique à ceux qui utilisent du supercarbu-
oxygénés, l’utilisation d’éthanol et de son éther, l’ETBE, dans diffé- rant. Le parc comptait, en 1995, 9,5 millions de véhicules fonction-
rentes conditions est présentée ci-après. nant avec ce mélange.

3.3.1 Critères d’utilisation de l’éthanol et de l’ETBE


3.2 Forte concentration de composés
oxygénés Le principal avantage technique et économique de l’éthanol et de
l’ETBE est d’améliorer l’indice d’octane des essences (tableau 1) si
l’on considère que l’usage du plomb tétraéthyle est aujourd’hui en
Les composés oxygénés peuvent être utilisés seuls ou en forte voie d’abandon. Une quantité de 5 % en volume d’éthanol accroît
concentration comme carburant. Les pays concernés actuellement l’indice d’octane recherche (IOR) d’une essence eurosuper de
ou récemment par cette utilisation sont principalement le Brésil, les 1,2 point. Il faut le double d’ETBE, soit une quantité de 10 % pour
États-Unis, la Suède et la France. obtenir environ le même résultat (+ 1,4 point) sur l’IOR [7]. L’expé-

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rience brésilienne a montré les gains en indice d’octane moteur 3.3.2 Bilan énergétique
(IOM) apportés par l’éthanol (tableau 5).

Le bilan énergétique des différentes filières concernées a été éta-


bli par la CCPCS (Commission Consultative pour les Carburants de
Substitution) [9] en 1990-1991 et au cours d’un écobilan comparant
Tableau 5 – Indice d’octane moteur (IOM) de l’essence les filières de production et d’utilisation du MTBE et de l’ETBE en
avec différentes proportions d’éthanol [8] 1995-1996. Le rendement énergétique principal utilisé a été pré-
senté comme une capacité à économiser et à substituer l’énergie
Proportion Variation de l’IOM fossile :
IOM
d’éthanol due à l’éthanol
0% 72,5 Énergie restituée sous forme de carburant oxygéné
R 1 ( CCPCS ) = --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
5% 74,8 2,3 Énergie primaire totale fossile consommée
10 % 76,6 1,8
Les premiers travaux indiquent que pour une dépense d’énergie
15 % 78,5 1,9 fossile de 1 unité, la production de bioéthanol à partir de blé est de
20 % 80,3 1,8 1,15 unité énergétique et de 1,65 à partir de betteraves dans les
régions à meilleur rendement, sans tenir compte des coproduits. Si
25 % 81,4 1,1 l’on tient compte de tous les produits obtenus par la filière (paille,
drèches, pulpes...), le rendement utilisé sera défini de la façon
suivante :

Ces composés apportent de l’oxygène ce qui permet une combus-


tion plus complète du carburant. Les quantités d’oxygène apportées Sommes des pouvoirs calorifiques
des produits obtenus
sont indiquées dans le tableau 6 qui montre aussi une comparaison R 2( Sénergies
( CCPCS )
)
= ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
avec le MTBE. Énergie totale dépensée dans la filière

Pour une dépense d’énergie totale de 1 unité, l’énergie totale


obtenue, avec l’ensemble des produits, est de 3,4 unités pour le blé
Tableau 6 – Correspondance entre la quantité d’oxygène et de 2,4 unités pour les betteraves, dans les mêmes régions et de
1,4 pour l’ETBE. En comparaison, le bilan énergétique de l’essence
apporté en masse et le volume des composés oxygénés
est de 0,74 à 0,84, soit un résultat inférieur.
les plus utilisés
L’écobilan réalisé par la suite a permis d’affiner ces résultats pour
Oxygène Éthanol ETBE MTBE
la filière betterave et l’ETBE. La consommation d’énergie primaire a
(% en masse) (% en volume) (% en volume) (% en volume)
aussi été établie phase par phase pour la production d’éthanol et
2 5,7 12,7 11 ensuite pour l’étherification, imputant massiquement la dépense
énergétique au seul alcool ou à l’éther :
2,7 7,7 17,2 15
3,5 10 23,6 19,2
Énergie restituée sous forme
de carburant oxygéné
R 1 ( Écobilan ) = -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Énergie primaire totale fossile
Afin de prévenir des phénomènes de démixtion entre l’éthanol et consommée imputée à l¢alcool ou l¢éther
l’essence, l’éthanol utilisé doit être anhydre, soit présenter une
teneur maximale en eau de 3000 ppm (§ 2.1.1.3.3). L’utilisation Les résultats des rendements R1 et R2, décrits ci-dessus, sont indi-
directe d’éthanol dans les circuits pétroliers présente un risque de qués dans le tableau 7.
migration de cet éthanol vers l’eau contenue dans les bacs, cuves,
conduits et réservoirs, ce qui entraînerait une perte énergétique et
d’indice d’octane apporté par l’éthanol. Aux États-Unis, le mélange
est réalisé le plus possible en aval du circuit, parfois même juste au
moment de l’utilisation (splash blending), ce qui supprime ces ris- Tableau 7 – Rendements énergétiques de l’éthanol,
ques. L’ETBE ne présente pas ces caractéristiques d’hydrophilie et des éthers et de l’essence
sera donc préféré à l’éthanol.
Produits R 1 (CCPCS) R 1 (Écobilan) R 2 (CCPCS)
Le tableau 1 montre les caractéristiques de tension ou de pression
Éthanol de blé ............... 1,15 .................... 3,4
de vapeur (encore appelée PVR pour pression de vapeur Reid dans
les milieux pétroliers), indiquant la volatilité des trois produits. Éthanol de betteraves ... 1,65 .................... 2,4
L’éthanol présente une forte volatilité par rapport à l’essence et
Éthanol de betteraves
l’ETBE une volatilité très faible, or cette caractéristique est limitée (100 % jus vert) ............. .................... 1,4
réglementairement. L’utilisation d’éthanol oblige donc le pétrolier à
avoir une essence moins volatile, avec par exemple moins de Éthanol de betteraves
butane, alors que l’ETBE permettra l’inverse. Ce critère est surtout (50 % jus vert, 50 % .................... 1,18
EP2)
important en été ou dans des régions chaudes, car la valeur maxi-
male autorisée de la tension de vapeur des carburants est plus éle- ETBE .............................. .................... 0,93 1,4
vée en hiver, ce qui devient alors moins contraignant. Aux États- MTBE ............................. .................... 0,73
Unis, une dérogation est accordée pour une augmentation de la ten-
sion de vapeur de 68 mbar des essences éthanolées. Essence ......................... .................... .................... 0,74-0,84

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Tableau 8 – Effets des composés oxygénés et de la reformulation des essences


Programme EPEFE (Communauté
Programme Auto/Oil (États-Unis)
européenne)

Essence de référence Essence Ordre


(moyenne E10 (1) MTBE15 ETBE17 de grandeur
européenne) de type IV1 (mg/km)
Composition :
- oxygène .................. (% masse) 0,6 2 3,5 2,7 2,7
- HC aromatiques .. (% volume) 40 25 20 20 20
- benzène ............... (% volume) 2,3 0,7
Émissions :
- CO ............................................ - 17,2 % - 13,4 % - 9,3 % - 14,6 % 1562
- COV ......................................... - 18,6 %
- NOx ......................................... + 6,36 % + 5,1 % + 3,6 % - 5,5 % 380
- benzène .................................. - 11,5% - 11,1 % - 8,1 % 5,24
- 1-3 butadiène ........................ - 5,8 % - 1,7 % - 3,8 % 0,55
- HC totaux ............................... - 4,9 % - 6,5 % - 5,2 % 127
- HC non méthaniques .............. - 5,9 % - 7,0% - 6,3 % 105
- formaldéhyde ........................ + 19,3 % + 15,8 % - 15,7 % 0,98
- acétaldéhyde ......................... + 159 % - 0,9 % + 254,2 % 0,88
(1) Essence reformulée et oxygénée.

Le bilan énergétique de la production d’éthanol est supérieur à 1.


Cela signifie que les consommations d’énergie sont inférieures à Variation
l’énergie contenue dans le produit obtenu. Le bilan énergétique de (en %) CO HC NOx Benzène
l’ETBE est inférieur à 1 (cf. la source Écobilan), en raison de la part 5
d’isobutylène, d’origine fossile, consommée pour en faire la syn- 0
thèse. Il est cependant plus favorable de l’ordre de 27 % que celui du 4,1
– 1,1
MTBE, car l’éthanol contient une part d’énergie renouvelable à –5 – 3,8
l’inverse du méthanol, et la production de MTBE nécessite plus – 10
d’isobutylène (et consomme donc pour ces deux raisons plus
d’énergie fossile). – 15
– 20 – 17,9 – 17,6

– 25
3.3.3 Bilan environnemental
– 30 – 26,9
– 27,3
Le principal intérêt des composés oxygénés est de réduire les Pourcentage par rapport à une essence de référence
émissions à l’échappement de CO et d’hydrocarbures (HC), avec une
influence déjà importante sur les hydrocarbures non méthaniques, véhicule catalysé véhicule non catalysé
comme le benzène et le 1,3-butadiène. Leur emploi est encore
mieux valorisé si une reformulation des essences est effectuée en Figure 2 – Essais UTAC 1997 (cycle Europe modifié). ETBE15 :
même temps, une optimisation de la formulation de l’essence pou- variation en % par rapport à une essence de référence
vant permettre de réduire la pollution des véhicules anciens, mais
aussi des véhicules catalysés. Cette optimisation comprend l’incor-
poration de 10 à 15 % de composés oxygénés en volume, comme
l’ETBE, où leur fort indice d’octane rend possible la réduction de la l’introduction de 15 % en volume d’ETBE dans une essence de réfé-
concentration en aromatiques et en benzène. rence contenant à l’origine 45,6 % de composés aromatiques. Les
L’effet de ces reformulations est bien connu, au terme du pro- écarts de variation des principales émissions sont présentés par les
gramme européen EPEFE (European Programme on Emissions, figures 2 et 3.
Fuels and Engine Technologies) [10], du programme américain
Auto/Oil (Air Quality Improvement Program : AQIRP ) [11] qui a testé L’utilisation d’ETBE dans une essence, toute chose égale par
de nombreux paramètres, mais aussi, après plusieurs années de ailleurs (les teneurs en soufre sont maintenues ajustées à 80 ppm)
mise en œuvre, du Clean Air Act aux États-Unis. Les résultats obte- induit sur les deux cycles, une diminution de CO, des hydrocarbures
nus avec les deux programmes peuvent être présentés dans le imbrûlés et du benzène, avec une réduction cependant moins
tableau 8. importante pour les véhicules catalysés. Les émissions de NOx sont
Un essai a été réalisé en France en 1997, par l’UTAC [12] sur trois en légère augmentation (4 à 10 %) avec le véhicule non catalysé et
véhicules catalysés et sur un véhicule non catalysé, avec sont stables avec les véhicules catalysés.

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Variation (en %)
3.4.2 Esters d’huile végétale
CO HC NOx Benzène
20 Pour les raisons indiquées (§ 2.2.1), les esters sont mieux adaptés
que les huiles végétales pour un usage banalisé. En effet leurs carac-
10,7 téristiques sont très voisines de celles du gazole et conviennent
10
aussi aux moteurs à injection directe. La viscosité a une influence
1,1 directe sur la qualité de l’injection du carburant et donc sur la taille
0 et la répartition des goutelettes dans la chambre de combustion.
Pour cette raison, l’huile est utilisable avec des moteurs équipés de
–2,8 –2,7
chambre de turbulence, l’ester n’a pas cette contrainte.
– 10
La consommation d’ester méthylique d’huile végétale a été en
France de 215 000 t environ en 1996 et de 300 000 t environ en 1997,
–16 essentiellement sous forme de carburant.
– 20
–21,2

– 30 3.4.2.1 Spécifications des esters d’huile végétale


–29,9
–31,2
Les principales caractéristiques des esters d’huile végétale et du
– 40 gazole sont équivalentes et leur usage comme carburant ou com-
Pourcentage par rapport à une essence de référence bustible est autorisé au taux maximal de 5 % en volume dans le
véhicule catalysé véhicule non catalysé gazole, le gazole grand froid et le fioul domestique, par des spécifi-
cations définies par deux arrêtés du 28 août 1997, publiés au Jour-
Figure 3 – Essais UTAC 1997 (cycle urbain du cycle Europe modifié). nal Officiel (tableau 10).
ETBE15 : variation en % par rapport à une essence de référence

3.4.2.2 Utilisation de l’ester à faible taux


3.4 Utilisation des huiles végétales Il s’agit en majorité d’une incorporation dans le gazole par les
et de leurs dérivés dans les moteurs pétroliers (Elf, Total), autorisée jusqu’à un maximum de 5 % en
Diesel volume. En réalité ce taux maximal n’est pas systématiquement pra-
tiqué et dans ce cas, l’ester améliore la capacité lubrifiante du
gazole. Il a alors une fonction d’additif et ce mélange à faible taux a
la dénomination gazole (arrêté du 28 août 1997). Un programme
On pourra se reporter à la référence [13]. national d’essai a été réalisé en laboratoire et à grande échelle avec
un taux de 5 % sur une flotte de 88 véhicules (bus, bennes à déchets,
véhicules légers, poids lourds) et la conclusion a été que son utilisa-
3.4.1 Les huiles végétales tion est complètement transparente.
Son utilisation est aussi autorisée à 5 % maximum en volume
À l’origine, l’inventeur du diesel (Rudolph Diesel) a mis au point dans le fioul domestique, de façon banalisée, et ce mélange à faible
son moteur avec de l’huile d’arachide et de nombreux exemples [14] taux a également la dénomination fioul domestique (arrêté du
d’utilisation étendue à plus ou moins grande échelle, au niveau 28 août 1997).
mondial, ont déjà été réalisées avec de l’huile de colza, tournesol,
L’identification de l’ester méthylique dans les distillats moyens
palme, coton, etc. En France seules les huiles de colza et de tourne-
par chromatographies liquide et gazeuse et son dosage par spec-
sol ont été testées récemment en conditions réelles, essentiellement
troscopie d’absorption dans l’infrarouge moyen, pour des teneurs
avec des tracteurs agricoles, pures ou en mélange avec du fioul. Les
maximales de 5 % en volume, font l’objet de deux normes françai-
huiles pures filtrées et dégommées sont admissibles dans les
ses : NF M 07-083 et NF M 07-084.
moteurs à préchambre, capables d’accepter indifféremment de
l’huile pure, un ester, du gazole ou leur mélange.
3.4.2.3 Utilisation de l’ester à taux relevé
Un essai d’endurance de 1 000 h a été effectué sur un moteur
Deutz de type 912 W, avec de l’huile de tournesol, sans constat
d’anomalies ou d’usure anormale. Les résultats des émissions, Il est aussi utilisé comme cocarburant destiné aux flottes captives,
essai CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche essentiellement urbaines, avec un mélange ester-gazole de teneur
agronomique pour le développement) N°126/97, sont notés dans le variable en ester, de l’ordre de 30 %. Cet ordre de grandeur a été
tableau 9 [15]. déterminé après des tests à différents taux effectués par l’UTAC
(Union Technique de l’Automobile et du Cycle) [16], indiquant des
réductions d’émissions déjà importantes à 30 %. Plus de 33 villes ou
réseaux de transport utilisent actuellement un tel mélange. L’objectif
recherché dans ce cas est une amélioration de la qualité de l’air.
Tableau 9 – Résultats des émissions (essai CIRAD)

Fioul Huile de Règlement R49 3.4.2.4 Amélioration de la capacité lubrifiante du gazole


Polluants
domestique tournesol (octobre 1998)
(g/kWh) (g/kWh) (g/kWh) L’IFP (Institut Français de Pétrole) [17] et différents organismes
en Europe ont démontré par des tests appropriés, l’usure provoquée
CO .................... 2,3 1,9 6,5 par différents gazoles avec ou sans soufre et l’influence de différents
HC .................... 0,6 0,5 1,3 esters méthyliques de colza utilisés comme additifs sur la capacité
lubrifiante du carburant. Les résultats sont différents selon la qualité
NOx ................. 6,6 6,4 9,2 de l’ester (tableau 11).

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Tableau 10 – Spécifications des esters méthyliques d’huiles végétales non additivés (1) destinés
à être incorporés au taux maximal de 5 % volume dans le gazole et le gazole grand froid
Paramètres Limites Méthodes d’analyses
Aspect ............................................................................................ clair et limpide à 15 °C
Couleur ........................................................................................... < 12 ASTM D 1544
Masse volumique à 15 °C ............................................... (kg/m3) 870 à 900 NF EN ISO12185
Viscosité à 40 °C ............................................................. (mm2/s) 3,5 à 5 NF EN ISO 3104
Point d’éclair (Pensky Martens) ........................................... (°C) > 100 NF EN 22719
Distillation (sous pression réduite) .................... (% en volume) > 95 % à 360 °C ASTM D1160
Teneur en eau ................................................................. (mg/kg) < 200 NF T 60-700
Indice de cétane mesuré .............................................................. > 49 NF EN 150 5165
Résidu de carbone sur le 10 % 0,30 NF EN ISO 10370
de distillation sous vide ........................................ (% en masse)
Indice d’acide ............................................................ (mg KOH/g) < 0,5 NF T 60-702
Point d’écoulement ............................................................... (°C) < - 10 NF T 60-105
Teneur en ester ..................................................... (% en masse) > 96,5 NF T 60-703
Teneur en méthanol .............................................. (% en masse) < 0,1 NF T 60-701
Teneur en phosphore ..................................................... (mg/kg) < 10 NF T 60-705
Teneur en métaux alcalins (Na ou K) ............................ (mg/kg) < 5 NF T 60-706-1
< 5 NF T 60-706-2
Indice d’iode ................................................................................... < 115 NF ISO 3961
Teneur en glycérol libre ......................................... (% en masse) < 0,05 jusqu’au 31.12.97 NF T 60-704
< 0,02 à compter du 01.01.98
Teneur en monoglycérides ................................... (% en masse) < 0,8 NF T 60-704
Teneur en diglycérides .......................................... (% en masse) < 0,2 NF T 60-704
Teneur en triglycérides ......................................... (% en masse) < 0,2 NF T 60-704
Glycérol total .......................................................... (% en masse) < 0,25 NF T 60-704
Des travaux sont en cours pour déterminer les critères de stabilité.
Toute interprétation des résultats de mesures concernant ces spécifications relèvent de la norme NF EN ISO 4259 (détermination et applications des valeurs de
fidélité relatives aux méthodes d’essais).
(1) Hormis les additifs antioxydants ajoutés au cours de la fabrication.

cette fonction. Des travaux sur les biolubrifiants sont entrepris


Tableau 11 – Amélioration de la capacité lubrifiante actuellement et permettront de développer ces usages.
du gazole par l’ester (ester produit en France)
3.4.2.5 Bilan énergétique
Ester méthylique Réduction de l’usure comparée au gazole pur
de colza Le bilan énergétique de la filière de production et d’utilisation de
(% en volume) Gazole suédois (1) Gazole EN590 (2) l’ester méthylique de colza a également été établi par la CCPCS et
complété par un écobilan comparant cette filière à celle du gazole
0,8 15 % 45 % (cf. définitions, § 3.3.2). Le rendement énergétique R1 (CCPCS) indique
1 45 % 45 % que pour une dépense d’énergie fossile de 1 unité, la production
d’ester de colza est de 1,9 unité énergétique avec un rendement de
2 70 % (3) 65 % (4) 3 t de graines par hectare et sans tenir compte des coproduits
(1) 1 ppm de soufre ; (paille, tourteaux, glycérine...). Si l’on tient compte de ces copro-
(2) 460 ppm de soufre ; duits, le rendement R2 (CCPCS) et exprimé par rapport à l’énergie
(3) seulement 25 % avec un autre ester ; totale obtenue est de 5,4. En comparaison, le bilan énergétique du
(4) seulement 30 % avec un autre ester. gazole est de 0,885, soit un résultat inférieur.
L’écobilan a permis de calculer le rendement R3 défini de la façon
suivante :
L’incorporation d’ester méthylique de colza dans le gazole permet
d’améliorer la capacité lubrifiante avec un taux minimal de 1 à 2 % Énergie restituée sous forme
d’additivation, qui selon les cas peut être suffisant pour palier la de carburant oxygéné
réduction de la quantité de soufre dans le gazole. Il est fort probable R 3 ( Écobilan ) ------------------------------------------------------------------------------------------
que des esters plus spécifiques issus d’acide gras oléique aient Énergie totale consommée
encore une meilleure capacité lubrifiante et soit mieux adaptés à imputée au seul ester

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Les résultats des différents rendements sont indiqués dans le


tableau 12. Variation (en %)
CO
20
16,32
15
Tableau 12 – Rendements énergétiques de l’ester
méthylique de colza et du gazole
10
Aldéhydes- Total HC
R 1(CCPCS) R 2(CCPCS) R 3(Écobilan) NOx
Produits HC Particules cétones aromatiques
5 2,64
0
5,4 3,7 0,66
(avec pailles) (avec pailles) 0
Ester méthylique – 0,73
de colza .................... 1,9 2,6 2,7 –5 – 4,35 –4
(sans pailles) (sans pailles)
–7,14
Gazole [18] ............... 0,885 –10

–15
–17,07
Le rendement énergétique de la production d’ester méthylique de –20
colza est largement supérieur à 1. Cela signifie que les consomma-
tions d’énergie sont inférieures à l’énergie contenue dans le produit –25
obtenu. –25
Pourcentage par rapport à un gazole de référence
cycle 13 modes cycle AQA (urbain)
3.4.2.6 Bilan environnemental
Contrairement au gazole, l’ester d’huile végétale n’est pas toxique Figure 4 – Résultats d’émissions obtenues avec du gazole
et est agréé comme produit de qualité alimentaire ; il est aussi bio- et de l’ester d’huile végétale à 30 % (Essai UTAC de 1992)
dégradable à plus de 98 % en 21 jours. L’ester ne contient pas de
soufre, en conséquence, son utilisation réduit les émissions de déri-
vés soufrés dans les gaz d’échappement. Selon plusieurs études
Au plan de la pollution locale, il faut distinguer le stade de la pol-
allemande [19], autrichienne et française, et selon le nombre de
mutations cellulaires observées sur salmonelle, le pouvoir muta- lution agricole et celui de l’utilisation des carburants. En ce qui con-
gène des gaz d’échappement de l’ester utilisé pur est inférieur de cerne le premier stade, l’apport des fertilisants et des produits
60 % à celui du gazole. phytosanitaires doit être raisonné et limité aux seuls besoins de la
plante afin de prévenir les risques de pollution des eaux, compte
L’impact de l’ester sur la pollution de l’air dépend de son taux
d’incorporation : tenu des reliquats disponibles dans le sol en éléments fertilisants et
des risques sanitaires réels. C’est dans cet esprit qu’une Charte
— en mélange à 5 % dans le gazole, on observe une réduction des
agroenvironnementale a été mise en place depuis 1992 pour la pro-
hydrocarbures (HC) et des hydrocarbures aromatiques polycycli-
ques (HAP) extraits ou non des particules, un léger accroissement duction de colza. D’autre part, la mise en place en période hivernale
des oxydes d’azote et aucune différence sur l’émission d’aldéhydes d’une couverture végétale permet de réduire les risques de lessi-
et de cétones (essais Institut Français du Pétrole sur bancs vage des éléments fertilisants contenus dans le sol et en particulier
moteurs) ; les nitrates.
— en mélange à 30 % dans le gazole, qui est la solution retenue
par de nombreuses collectivités pour leurs flottes de bus et de véhi-
cules utilitaires, les résultats sont variables car ils dépendent de la
situation existante liée à la qualité du gazole utilisé et de l’état 3.5 Utilisation du biogaz
des moteurs. Les particules et les fumées sont en forte régression
(- 20 %), les oxydes de carbone diminuent de 21 %, les hydrocarbu-
res totaux sont réduits de 26 % et les oxydes d’azote sont stables
(tests du Centre de Recherche en Machines Thermiques sur des bus Après épuration aux normes du gaz naturel, le biogaz est identi-
de la Ville de Grenoble avec un gazole à 2 000 ppm de soufre en que au GNV (gaz naturel pour véhicule) et il est utilisable comme
1994). carburant pour moteurs [22], [23].
À ce taux, et selon les résultats des émissions du test effectué à
l’UTAC en 1992 sur un cycle urbain AQA/RATP (figure 4), l’ester per- L’épuration du biogaz est indispensable pour assurer la compres-
met de réduire de 13 % le potentiel photochimique des gaz précur- sion et l’utilisation du gaz dans les moteurs. Elle consiste à retirer le
seurs de la formation de l’ozone. Avec 100 % d’ester, ce potentiel est CO2, l’eau pour atteindre le point de rosée de -10 °C à 200 bar, soit
réduit de 45 % [20]. 35 mg/m3 et les traces d’hydrogène sulfuré ramenées à moins de
Un écobilan de l’ester méthylique de colza comparé au gazole a 7 mg/m3. La technologie du lavage à l’eau, qui consiste à dissoudre
été réalisé en 1993 en France [21] et prend en compte l’ensemble de le CO2 et l’H2S dans l’eau est sans doute la plus utilisée. La solubilité
la filière, depuis la production du colza jusqu’à l’utilisation de l’ester dans l’eau de ces deux gaz est (à 15 °C, 1 030 mbar) :
dans les moteurs. Au plan des impacts, cette analyse met clairement
en évidence que le bilan environnemental de l’ester comparé au CO2 : 0,17 g/100 g d’eau
gazole est positif. En effet, les biocarburants sont particulièrement
intéressants par leur caractère renouvelable, puisqu’ils ne partici- H2S : 0,44 g/100 g d’eau
pent pas au renforcement de l’effet de serre, causé principalement
dans les applications énergétiques, par les émissions de CO2 (celui-
ci étant recyclé par la photosynthèse lors de la croissance des végé- Les néozélandais utilisent l’eau sous pression (20 bar) pour épurer
taux utilisés). L’impact sur l’effet de serre est réduit de 4 à 5 fois et le biogaz. Les performances de la station de Christchurch sont don-
l’impact sur l’épuisement des ressources naturelles est divisé par 4. nées dans le tableau 13.

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bone par C, CO, hydrocarbures qui n’interviennent pas directement


Tableau 13 – Performances de la station sur l’effet de serre.
de Christchurch
Cet avantage attaché aux énergies renouvelables est important
Composés Biogaz brut Gaz épuré vis-à-vis de l’effet de serre, et il sera d’autant plus accentué que le
CH4 ........................................ 65 % 99,5 % bilan énergétique de la filière sera meilleur, soit que les consomma-
tions intermédiaires de la filière seront faibles (cf les § 3.3.2,
CO2 ....................................... 34 % 0,2 à 0,5 % § 3.4.2.5 et § 3.4.2.6 traitant des bilans énergétiques et du bilan envi-
H2S ....................................... 0,05 % < 5 ppm ronnemental des esters d’huile végétale).

L’eau et le CO2 peuvent aussi être retirés par tamisage molécu-


laire.
La faible aptitude à l’auto-inflammation implique un allumage
4. Pénétration
commandé, donc des modifications relativement importantes des des biocarburants
moteurs Diesel. Les véhicules à essence doivent également être
adaptés (réservoirs, détendeur, mélangeur...) pour fonctionner en en Europe
bicarburation. Actuellement, l’essentiel des véhicules utilisant le
méthane sont des véhicules à essence ou diesel convertis, mais plu-
sieurs constructeurs proposent des véhicules conçus pour la carbu-
ration au méthane. Actuellement, les biocarburants ont en général un développe-
Pour réduire l’encombrement des réservoirs, le gaz est comprimé ment relativement faible en Europe (tableau 14). Les quantités con-
à haute pression (200 bar maximum) et à quantité d’énergie égale, il sommées sont inférieures à 1 % des carburants utilisés pour les
occupe 5 fois plus de volume qu’un carburant liquide (1 Nm3 de bio- transports routiers. Au niveau mondial, les États-Unis ont aussi une
gaz épuré représente l’équivalent de 1,1 L d’essence, le pouvoir consommation de biocarburants plutôt faible (0,66 %) et seul le Bré-
calorifique inférieur du biogaz épuré est identique à celui du gaz sil affiche une part importante (22 %).
naturel, soit 9,94 kWh/Nm3 ). En France, quatre exemples d’utilisa-
tion existent où le biogaz ramené aux normes du réseau est utilisé
aussi bien sur véhicules légers, que sur bus urbains et camions de
transport. Son utilisation est alors identique à celle du gaz naturel
qui concerne aujourd’hui près d’un million de véhicules fonction- Tableau 14 – Production et consommation
nant dans le monde. de biocarburants des pays européens
Au plan des émissions, une référence suèdoise, sur bus catalysé les plus concernés [25]
fonctionnant au biogaz [24], indique une réduction d’environ 80 %
de CO, 40 % des NOx , 90 % des particules, mais une augmentation Biocarburants % des carburants pour
Pays Année
des hydrocarbures de 20 %, due à des émissions essentiellement (en tep)* les transports routiers
méthaniques, par rapport à un bus catalysé fonctionnant au gazole.
Autriche 1995 15 200 0,29
France 1997 341 500 0,87
Italie - 72 000 0,19
3.6 Un exemple d’impact global
sur l’environnement : l’effet de serre Suède 1996 13 000 0,20
(*) tep : tonne équivalent pétrole.

On appelle effet de serre, l’augmentation de la température


moyenne de l’atmosphère induite par l’augmentation de la con-
centration atmosphérique moyenne de diverses substances La France est le premier pays européen producteur et consomma-
d’origine anthropique. teur de biocarburants avec 341 500 tep (403 300 t) en 1997. L’évolu-
tion future tendra sans doute vers un développement des
biocarburants pour des raisons environnementales, accompagnée
d’une volonté politique de réduction des émissions, principalement
Le phénomène est le résultat de la réémission du rayonnement de fumées, des particules, des hydrocarbures (dont les aromatiques
solaire par la surface de la terre sous forme de rayonnement infra-
en général et le benzène en particulier) et d’oxydes de soufre... Cette
rouge, partiellement absorbé par l’atmosphère. Ce phénomène est
accru par une augmentation de la concentration de certains gaz, tels évolution sera soutenue par des dispositions européennes (une
CO2, CH4, N2O... dans l’atmosphère. L’unité utilisée pour comptabili- directive est attendue) visant à limiter et réduire les émissions de
ser cette concentration est l’équivalent CO2 en masse. façon encore plus contraignante et à reformuler les carburants
La combustion des énergies fossiles libère dans l’atmosphère du avec :
CO2 et/ou du CH4 issus du carbone ou du méthane stockés depuis de
— réduction du soufre, des hydrocarbures aromatiques (dont le
très nombreuses années dans les sous-sols.
benzène) et des oléfines ;
L’utilisation énergétique de la biomasse dont le carbone aura été
fixé par la photosynthèse, émet du CO2 qui sera de nouveau — introduction de composés oxygénés.
absorbé par les végétaux selon un cycle court du carbone. La photo-
synthèse équilibre rigoureusement la production de CO2 par la com- Les biocarburants pourront notamment répondre à cet usage.
bustion, laquelle production devient neutre pour l’effet de serre. Il Actuellement, l’Allemagne, la Finlande, la France, l’Italie et la Suède
existe aussi lors d’une combustion incomplète des pertes de car- ont déjà mis en place des actions dans ce sens.

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