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Genre (sciences

sociales)
concept utilisé pour désigner les
différences non biologiques entre les
femmes et les hommes

Pour les articles homonymes, voir


genre.

Une femme à l'usine pendant la Seconde Guerre


mondiale, occupant ainsi un rôle traditionnellement
vu comme masculin.

Le genre est un concept utilisé en


sciences sociales pour désigner les
différences non biologiques entre les
femmes et les hommes[1].

Alors que le type sexuel fait référence


aux différences biologiques entre
femmes et hommes, le genre réfère aux
différences sociales entre femmes et
hommes. Ces différences produisent des
conséquences psychologiques,
mentales, économiques,
démographiques, ou encore, politiques.
Le genre est l'objet d'un champ d'études
en sciences sociales, les études de
genre. Ce concept est apparu dans les
années 1950 dans les milieux
psychiatriques et médicaux, aux États-
Unis. À partir des années 1970, le genre
est fréquemment utilisé par les
féministes pour démontrer que les
inégalités entre femmes et hommes sont
issues de facteurs sociaux, culturels et
économiques plutôt que biologiques[2].

La recherche en études de genre rejette


l'expression « théorie du genre » ; celle-ci
est essentiellement utilisée en France
par les courants qui contestent la
scientificité et les méthodes des études
de genre, afin de critiquer et de
disqualifier le concept de genre.

Pour un certain nombre de critiques non


scientifiques, les études de genre
promouvraient une idéologie dont
l'objectif serait de « déconstruire » les
fondements de la société traditionnelle
au nom du principe d'égalité[3].

Histoire et définition

Étymologie …

Le mot « genre » vient du latin : genus,


devenu en ancien français « gendre ». Le
mot a d'abord le sens de « catégorie,
type, espèce » puis le sens de « sexe[4] ».
Le mot a longtemps été majoritairement
associé au genre grammatical. Le terme
de « genre » (gender) a été employé pour
la première fois avec un sens non-
grammatical dans une publication
scientifique[5] de 1955 par le
psychologue et sexologue[6] John Money,
dans un article où il introduit le concept
de « rôle de genre » (gender role) : « le
terme de rôle de genre est utilisé pour
désigner tout ce que dit ou fait un
individu pour se dévoiler […] comme
ayant, respectivement, le statut de
garçon ou d'homme ou bien de fille ou de
femme. Il inclut, sans y être limité, la
sexualité au sens de l'érotisme »[7].
Histoire en sciences sociales …

Article détaillé :
Études_de_genre#Histoire.

En 1897, le sociologue Émile Durkheim


est probablement le premier [réf. nécessaire]
à souligner que la division entre hommes
et femmes n'est pas réductible à une
différence biologique[8]. Il va jusqu'à
remettre en cause le dualisme même en
lui trouvant des causes historiques[9] : ce
sont pour lui « des raisons depuis
longtemps oubliées », à savoir les vertus
surnaturelles attribuées au sang,
menstruel en particulier, qui ont
« déterminé les sexes à se séparer et à
former en quelque sorte deux sociétés
dans la société », avec toutes les
différences que cela implique en matière
d'habillement, de fonctions sociales et
professionnelles, de comportements, etc.
Il ajoute que « rien, ni dans la constitution
de l'un ni dans celle de l'autre [sexe], ne
rendait nécessaire une semblable
séparation »[8]. Les recherches de
l'anthropologue Margaret Mead explorent
l'idée et jouent un rôle majeur dans sa
diffusion. Mead promeut dès 1935[10] le
concept de « rôle sexué », ancêtre direct
de l'idée de genre[11], qui distingue le rôle
social et le sexe.

Cependant, le terme « genre » est à


l'époque utilisé en un sens radicalement
opposé à celui qui est connu aujourd'hui.
Il sert avant tout à la construction
d'études normatives sur des sujets
relatifs à la sexualité comme le montre le
cas de John Money contre lequel se sont
construites les études moderne sur la
question du genre.

En 1964, les psychanalystes Robert


Stoller et Ralph Greenson créent[5] le
concept d' « identité de genre » (gender
identity) pour désigner « le sentiment
qu'on a d'appartenir à un sexe particulier ;
il s'exprime cliniquement par la
conscience d'être un homme ou un mâle
par distinction d'être une femme ou une
femelle »[12]. En 1968, Robert Stoller
propose d'articuler les deux notions de
rôle de genre et d'identité de genre :
« l'identité de genre commence avec le
savoir et la réalisation, consciente ou
inconsciente, que l'on appartient à un
sexe et non à un autre [...] le rôle de
genre est la conduite déclarée que l'on
montre en société, le rôle qu'on joue,
notamment vis-à-vis des autres »[13]. En
1972, John Money considère, de manière
convergente, que « le rôle de genre est
l'expression publique de l'identité de
genre et l'identité de genre, l'expression
privée du rôle de genre »[14].

En 1972, la sociologue Ann Oakley


reprend le terme « genre » tout en
s'écartant des définitions de Money et
Stoller : elle s'appuie sur l'articulation
entre nature et culture développée par
Claude Lévi-Strauss pour renvoyer le
sexe au biologique et le genre au culturel.
À la même époque en France, plusieurs
universitaires préfèrent les expressions
« rapports de sexe » ou « rapports
sociaux de sexe »[11],[15], pendant que
d'autres, héritiers de la sociologie de
Durkheim, admettent comme un acquis
de longue date que la mention du sexe
par un sociologue ne peut renvoyer à rien
de biologique[Note 1]. À partir des années
1980, sous l'influence de la pensée de
Michel Foucault, le genre est étudié dans
son rapport au pouvoir et aux normes
sociales. Dans le même temps, les
études de genre gagnent de l'ampleur
dans les universités au-delà de la
sociologie, en histoire notamment[11],[15].
La notion de genre est également utilisée
par le mouvement féministe à partir des
années 1970 puis 1980, qui souhaite
démontrer l'oppression créée par la
hiérarchie des sexes[11]. Enfin, le genre et
son « injonction normative » sont la base
des réflexions de Gayle Rubin et Judith
Butler à partir des années 1990 dans
leurs études sur les minorités
sexuelles[11].

Usage courant …
En anglais, le mot « gender » est utilisé de
manière courante, généralement pour
exprimer les différences entre femmes et
hommes en insistant sur les différences
culturelles plutôt que biologiques[16].
C'est donc via les traductions de l'anglais
que ce terme a pénétré les sciences
sociales en France. Cependant, l'utilité de
cette traduction-calque en français
demeure débattue car les bornes
sémantiques des termes « sexe » et
« genre » ne seraient pas les mêmes en
français et en anglais, le concept
anglophone de « gender » étant en
grande partie inclus dans le « sexe »
français. C'est notamment l'avis de la
Commission générale de terminologie et
de néologie qui recommandait en 2005
de ne pas employer « genre » malgré son
utilisation croissante dans certains
champs des sciences sociales, arguant
qu'« il semble délicat de vouloir englober
en un seul terme des notions aussi
vastes[17] », qu'« en français, le mot sexe
et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent
parfaitement adaptés dans la plupart des
cas pour exprimer la différence entre
hommes et femmes, y compris dans sa
dimension culturelle » et concluant que
« la substitution de « genre » à sexe ne
répond donc pas à un besoin
linguistique »[17], et ce même si l'emploi
de « genre masculin/féminin » pour
désigner hommes et femmes a des
attestations remontant au e
 siècle[18].

Définition …

Le genre peut se définir de la manière


suivante[19] :

« [U]n système de
bicatégorisation hiérarchisée
entre les sexes
(hommes/femmes) et entre les
valeurs et représentations qui
leur sont associées
(masculin/féminin). »
Définir le genre comme un système
indique qu'il produit la division en deux
catégories hiérarchisées ; « les sexes »
désignent ces catégories produites par
ce système[19].

« Bicatégorisation » indique une division


en deux classes dissymétriques et
mutuellement exclusives, « hiérarchisée »
signifie que ces classes sont organisées
selon un ordre de priorité. Ainsi, le genre
produit la division en deux classes
exclusives (homme/femme) dont l'une
est prioritaire sur l'autre. Le genre
désigne donc un rapport social (notion
de rapport de pouvoir, de hiérarchie, de
domination) et un diviseur (notion de
catégorisation, en l'occurrence
binaire)[19].

Le genre se distingue des genres, ces


derniers renvoyant à un sens
grammatical (féminin, masculin)[19].

Il faut noter que le genre est polysémique


et a donc de multiples usages. Ainsi, le
concept moderne s'est construit via une
succession d’analyses qui s’amendent
les unes les autres (non sans
contradiction) ; d'autres concepts se sont
accumulés graduellement au cours du
temps, dépassant la distinction initiale
entre genre et « sexe »[19]. Donc, bien que
le genre se distingue du sexe[20]
[source insuffisante] (c'est-à-dire qu'il
s’intéresse spécifiquement aux
différences sociales entre hommes et
femmes, indépendamment des attributs
anatomiques et biologiques[Note 2]), cette
définition exprime la dimension sociale
du sexe[19] (rompant ainsi avec la vision
dichotomique entre nature (invariant) et
culture (variable)[19].

Bien qu'il y ait une articulation entre


sexualité, genre et sexe[21],[22], le genre
est distinct des notions d'orientation
sexuelle (hétérosexualité, bisexualité,
homosexualité, pansexualité, asexualité)
et de préférence sexuelle. Le genre se
distingue aussi de la transidentité[23].
Construction sociale

Mary Frith (Moll Cutpurse) a scandalisé la société


anglaise du e siècle en portant des habits

masculins et fumant en public, à l'opposé du rôle de


genre.

Article connexe : Constructivisme social.

Première vague : le sexe social …

Le sociologue Émile Durkheim, a traité du


genre et du rapport homme/femme dans
une perspective constructiviste dès
1897[8]. Simone de Beauvoir écrit dès
1949, en clin d'œil à « On ne naît pas
homme : on le devient » d'Érasme : « on
ne naît pas femme : on le devient »[24].
Dans Le Deuxième Sexe, elle explique
comment la civilisation et l'éducation
agissent sur les enfants pour les orienter
dans un rôle masculin ou féminin qui sert
l'ordre social alors même que filles et
garçons ne sont pas initialement
distinguables[25].

La sociologue britannique Ann Oakley[26]


en 1972 explique que masculinité et
féminité ne sont pas des substances
« naturelles » inhérentes à l’individu, mais
des attributs psychologiques et culturels,
fruits d’un processus social au cours
duquel l’individu acquiert les
caractéristiques du masculin ou du
féminin. Elle propose ainsi d’introduire la
notion de genre comme outil d’analyse
pour permettre la distinction entre la
dimension biologique (le sexe) et la
dimension culturelle (le genre).

Le genre est ainsi l'identité construite par


l'environnement social des individus : la
masculinité ou la féminité ne sont pas
des données naturelles mais le résultat
de mécanismes de construction et de
reproduction sociale. Consciemment ou
inconsciemment, la société s’organise
selon le paradigme des « choses des
hommes » et des « choses des
femmes », au point que l’on se convainc
qu’il existe des domaines ou des niveaux
de domaines socialement réservés à tel
ou tel des deux sexes[27][réf. à confirmer].

Deuxième vague : critique et


révision du sexe social

Judith Butler en 1990 ajoute que le genre


est « performatif » : les actes et les
discours des individus non seulement
décrivent ce qu'est le genre mais ont en
outre la capacité de produire ce qu'ils
décrivent. Ainsi, le genre « désigne
l’appareil de production et d’institution
des sexes eux-mêmes »[28]. Elle décrit le
genre comme « une série d’actes répétés
[…] qui se figent avec le temps de telle
sorte qu’ils finissent par produire
l’apparence de la substance, un genre
naturel de l’être »[29].

Pour la sociologue Christine Delphy en


1991, penser le sexe en termes de
donnée biologique est une impasse. Pour
elle, le sexe est avant tout la
représentation du « biologique » par la
société : « le genre précède le sexe ; dans
cette hypothèse le sexe est simplement
un marqueur de la division sociale »[30].
Cette division sociale binaire entre
masculin et féminin n'est pas universelle
puisque certaines sociétés peuvent
inclure un troisième sexe avec des rôles
qui sont considérés comme distincts des
rôles féminins ou masculins[31] ; ce
troisième sexe peut inclure les intersexes
ou les eunuques[32]. Des exemples en
sont les Hijras du sous-continent indien
ou les Muxe de l'Oaxaca (Mexique)[33].

Cette division des êtres humains en deux


groupes (bicatégorisation entre femmes
et hommes), groupes présentés comme
universels et anhistoriques, refléterait
une réalité biologique. Or, des travaux
dès 1990 (voir en particulier Thomas
Laqueur)[34] montrent que cette
bicatégorisation ne va pas de soi, n'est
pas figée dans le temps et dans l'espace.
Dans cette approche, les sciences
naturelles ont construit
« scientifiquement » le sexe ; elles
seraient à l'origine de la bicatégorisation
des sexes et même de l'infériorité
supposée d'un sexe (en l’occurrence le
sexe féminin) en regard de l'autre.

D'ailleurs parmi les contributions aux


études sur le genre, on retrouve la
biologiste Anne Fausto-Sterling qui à,
travers notamment la question de
l'intersexuation, montre que nos
structures reproductives sont, selon elle,
presque dimorphes mais pas
complètement[35],[36],[37]. Il existe un
ensemble de critères d’ordre biologique
que la sociologie ne nie pas, mais
explique que le travail par lequel ces
critères sont liées ensemble et unifiées
est en revanche un fait social : l’existence
de variable continue (« continuum
sexuel »[38]) pour chacun des critères
montre une volonté sociale d'une
classification dichotomique[39],[40].

Assignation …

La philosophe Elsa Dorlin en 2008[41]


explique (notamment dans le cadre des
personnes intersexes) que la
détermination d'un sexe ne consiste pas
uniquement d'assigner un sexe mais le
« bon sexe »[42]. Ainsi une identité
sexuelle (de genre et de sexualité) est
imposée et assignée lors d'une
« détermination » du « sexe
biologique »[43].

Critères biologique d'assignation à un


sexe à la naissance

Les gonades mâle (testicules) et


femelle (ovaires) peuvent produire des
gamètes mâles (spermatozoïdes) et
femelles (ovules).
Les morphologies génitales, comme la
phallométrie, c'est-à-dire la mesure de
la taille du pénis, (en France c'est
l'échelle de Prader), ou l’enquête
cryptorchidie.
Les chromosomes et caryotype
(système XY avec le gène SRY qui
détermine le sexe gonadique,
cependant peu utilisé pour
l’assignation sexuelle).
Les hormones (testostérone/
œstrogène) et système endocrinien
(sert entre beaucoup d’autre chose à la
régulation des gonades).

Chacun de ses critères biologique (sexe


humoral, sexe gonadique, sexe hormonal,
sexe chromosomique) pris de manière
isolé ne suffit pas lui seul à déterminer
un sexe de façon sûr[19]. Les opérations
chirurgicales de réattribution sexuelle
lors d'ambiguïté génitale (on parlera alors
de personne intersexe) montre une
« nécessité sociale » de la distinction
homme/femme de façon dichotomique
et strictement opposé[37].

Processus relationnel
Ainsi, le genre est une construction
sociale dans la mesure où les usages
sociaux attribuent « des rôles, des
tâches, des caractéristiques et des
attributs » différenciés à chaque sexe[44].
Ces caractéristiques sont proposées,
voire imposées, dans la relation de
l'individu avec les autres et avec la
société, dès sa naissance. En effet, « le
sexe est l’une des premières
caractéristiques, si ce n’est la première,
que les parents et l’entourage social
connaissent de l’enfant qui vient de
naître »[44]. Les travaux sociologiques et
psychologiques montrent que le sexe est
une donnée biologique qui influe les
rapports sociaux des parents à l'enfant,
ceux de la société avec l'enfant : il existe
une « socialisation sexuée » qui
contribue à la construction de l'identité
de l'enfant[44].

Ainsi selon Lawrence Kohlberg, les


enfants apprennent à connaître les
usages sociaux de genre à partir de leur
environnement, comme autant de
stéréotypes. Lorsqu'ils acquièrent la
« consistance de genre » (la
connaissance que leur sexe est fixe),
vers six ans [réf. nécessaire], le fait de se
conformer à ce qu'on attend de leur type
sexuel (par exemple, jouer aux poupées
pour les petites filles et au camion de
pompier pour les garçons) serait alors
gratifiant socialement. Et à l'inverse,
certaines sociétés ou groupes humains
peuvent considérer comme inacceptable
de ne pas se comporter en accord avec
son type sexuel et avec son genre[45].
L'approche psychosociologique ajoute
que les différences de comportements
entre femmes et hommes sont le produit
de la division sexuelle des tâches et que
cette division se maintient par les
pratiques traditionnelles et culturelles :
les stéréotypes de genre façonnent la
perception des comportements et
conduiraient à leur propre réalisation[45].
Toutefois, les pratiques peuvent évoluer
avec le temps et d'un pays à l'autre : les
stéréotypes de genre évoluent dans
l'espace et le temps[45].

De même, en sociologie, l'approche


interactionniste parle du genre comme
quelque chose qui est « accompli » : les
attributs féminins et masculins n'existent
que par le sens qui est donné aux actes
des femmes et des hommes. Erving
Goffman développe ainsi une approche
dramaturgique : les personnes agissent
comme des acteurs sur une scène dont
les comportements sont interprétés[46].

Rapport de pouvoir

Louis XIV enfant avec son frère « Monsieur »


Philippe d'Orléans, habillé en robe. Tableau attribué
à Henri et Charles Beaubrun.

La division des rôles sociaux est parfois


perçue comme induisant une hiérarchie,
pour les sociétés qui éprouvent ce
besoin de positionner respectivement le
masculin et le féminin. Émile Durkheim,
dans un article de 1902 écrit avec Marcel
Mauss, considère que « toute
classification implique un ordre
hiérarchique »[47]. L'historienne Joan W.
Scott présente, en 1988, cette dimension
en ces termes : « le genre est un élément
constitutif de rapports sociaux fondés
sur des différences perçues entre les
sexes, et le genre est une façon première
de signifier des rapports de pouvoir »[48].

L'anthropologue Françoise Héritier


constate que la distinction entre féminin
et masculin est universelle et que
« partout, de tout temps et en tout lieu, le
masculin est considéré comme supérieur
au féminin »[49] ; elle appelle cela « la
valence différentielle des sexes ».
Partant des travaux de Claude Lévi-
Strauss, elle observe qu'un présupposé
fondamental manque à sa théorie de
l'alliance : pourquoi les hommes se
sentaient-ils le droit d'utiliser les femmes
comme monnaies d'échange ? « Sous
toutes les latitudes, dans des groupes
très différents les uns des autres, nous
voyons des hommes qui échangent des
femmes, et non l’inverse »[50].

Selon Françoise Héritier, l'observation du


monde incluant les différences
anatomiques et physiologiques conduit à
une classification binaire : « La plus
importante des constantes, celle qui
parcourt tout le monde animal, dont
l’homme fait partie, c’est la différence
des sexes. (…) Je crois que la pensée
humaine s’est organisée à partir de cette
constatation : il existe de l’identique et du
différent. Toutes les choses vont ensuite
être analysées et classées entre ces
deux rubriques. (…) Dans toutes les
langues il y a des catégories
binaires »[51]. Elle constate que dans
toutes les langues, ces catégories
binaires sont rattachées au masculin ou
au féminin. Par exemple, le chaud et le
sec sont rattachés au masculin dans la
pensée grecque, le froid et l'humide au
féminin. Or ces catégories sont toujours
culturellement hiérarchisées :
« L’observation ethnologique nous
montre que le positif est toujours du côté
du masculin, et le négatif du côté du
féminin. Cela ne dépend pas de la
catégorie elle-même : les mêmes
qualités ne sont pas valorisées de la
même manière sous toutes les latitudes.
Non, cela dépend de son affectation au
sexe masculin ou au sexe féminin. (…)
Par exemple, chez nous, en Occident,
“actif” (…) est valorisé, et donc associé
au masculin, alors que “passif”, moins
apprécié, est associé au féminin. En Inde,
c’est le contraire : la passivité est le signe
de la sérénité (…). La passivité ici est
masculine et elle est valorisée, l’activité –
vue comme toujours un peu
désordonnée – est féminine et elle est
dévalorisée »[52].

Pour Friedrich Engels, qui a développé la


théorie marxienne de la lutte des classes
en analysant la famille, la relation
exploitant-exploité qui existe entre la
bourgeoisie et le prolétariat s'étend au
foyer, dans lequel le mari est un
autocrate : avec l'émergence de
l'économie capitalistique, le travail
domestique de la femme, qui ne produit
pas de surplus, n'a aucune
importance[53].
Cette hiérarchie du masculin-féminin est
analysée par le sociologue français
Pierre Bourdieu comme une véritable
domination masculine socialement
construite : « c'est à travers toute une
éducation, composée de rituels
d'intégration de la norme masculine, que
se façonne l'identité masculine, et que
l'homme assure dans la société une
fonction de reproduction de la
domination »[54].

Pour Isabelle Jacquet[55] ce sont les


hommes qui dominent, légifèrent,
commandent, condamnent, tandis que
les femmes leur sont inférieures dans
cette organisation. L'anthropologue
Nicole-Claude Mathieu parle
d'androcentrisme comme un biais
concernant la non-prise en considération
des rapports sociaux dans lesquels les
femmes sont impliquées[56].

Dans de nombreuses sociétés humaines,


les progrès en matière d'égalité des
sexes peuvent venir corriger ces
appréciations. Les sociétés disposent de
différents moyens, juridiques,
d'éducation, de sensibilisation,
contribuant à l'effacement de toute
hiérarchie entre masculin et
féminin[57],[58].

Genre et autres rapports de


pouvoir
Article connexe : Intersectionnalité.

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Le genre, en tant que rapport de pouvoir,


ne peut être envisagé de manière
séparée d'autres rapports de pouvoir
basés sur la « race », la classe sociale, la
sexualité, l'âge, etc.[23].

Une telle approche, liant race, classe et


genre, a notamment été développée par
le féminisme afro-américain à partir des
années 1960 pour lequel l'explication des
oppressions raciale et de classe
nécessite de prendre en compte le genre.
L'attention portée à la diversité socio-
culturelle s'est répercutée notamment en
sociologie[59].

Ainsi, pour l'historienne Joan W. Scott,


« on ne peut comprendre l’identification
raciale indépendamment de
l’identification de genre : les deux sont
construites ensemble, et chacune
renvoie à l’autre »[60]. Elle observe
notamment dans le discours
contemporain à la colonisation de
l'Algérie des métaphores liant
dévoilement et pénétration [réf. nécessaire],
domination coloniale et domination
sexuelle, qu'elle met en parallèle avec les
débats entourant le voile islamique en
France qui concerne l'immigration mais
se focalise sur les femmes et leur
corps[60].

Un groupe de recherche de l'Institut


d'histoire du temps présent (IHTP) du
CNRS s'est penché sur l'impact du genre
dans l'histoire des intellectuels[61].

Politique publique et genre


Le concept de genre et les recherches
universitaires liées servent parfois de
base aux politiques publiques visant à
réduire les inégalités entre les femmes et
les hommes. Verena Keller met ainsi en
exergue la nécessité d’analyser et de
prendre en compte les inégalités de
genre pour améliorer l’efficacité du travail
social[62]. En France, l'Inspection générale
des affaires sociales note en effet que
« Toutes les politiques de promotion de
l'égalité butent sur un obstacle majeur, la
question des systèmes de
représentation, qui assignent hommes et
femmes à des comportements sexués,
dits masculins et féminins, en quelque
sorte prédéterminés »[63] ainsi selon
certains il faudrait « substituer à des
catégories comme le sexe […] le concept
de genre qui […] montre que les
différences entre les hommes et les
femmes ne sont pas fondées sur la
nature, mais sont historiquement
construites et socialement
reproduites »[64][source insuffisante].

De manière notable, le terme de « genre »


est ainsi intégré dans le rapport final de
la conférence mondiale sur les femmes
de Pékin, organisée par l'ONU en 1995. Il
s'agit alors d'appréhender les inégalités
de manière holiste, dans une réflexion qui
englobe les hommes et les dynamiques
sociales[65].

La notion de genre est également utilisée


par l'Organisation mondiale de la santé,
pour qui « le mot “genre” sert à évoquer
les rôles qui sont déterminés
socialement, les comportements, les
activités et les attributs qu'une société
considère comme appropriés pour les
hommes et les femmes »[66]. L'UNESCO
place l'égalité de genre parmi ses
priorités globales, la considérant comme
« une condition essentielle permettant
aux femmes et aux hommes de
bénéficier pleinement de leurs droits
humains »[67].

Inégalités entre hommes et


femmes
Les études sur les inégalités entre les
sexes perdurent ; ainsi, les études de
genre fondées sur l'analyse des
inégalités entre êtres masculins et êtres
féminins coexistent avec les études sur
les inégalités entre les sexes. Par
exemple, le Comité France de l'ONU fait
réaliser par un cabinet de consultants et
diffuse l'étude « Bienvenue sur la planète
Femmes »[68],[69].

L'organisme national français de


statistiques, l'INSEE, mesure des
inégalités entre les sexes « mais qui se
réduisent »[70].

La journée annuelle des droits des


femmes présente l'occasion de rappeler
les inégalités entre les sexes[71].

Les inégalités entre les sexes se


traduisent par les violences faites aux
femmes, mais également par les
violences faites aux hommes[72],[73],
lesquelles représentent un quart des
violences domestiques[74].

Critiques du concept de
genre et « théorie du genre »

L'expression « théorie du genre » :


querelle sémantique

L'expression « théorie du genre » est


parfois présentée comme une traduction
de l'expression anglaise « gender
theory »[75],[76],[77]. Selon d'autres auteurs,
en revanche, il s'agit d'une « francisation
maladroite des gender studies », les
études de genre[78],[79],[80],[Note 3]. Ainsi, la
pertinence de l'expression « théorie du
genre » est contestée par de nombreux
chercheurs estimant que le genre n'est
pas une théorie mais plutôt une notion
qu'ils utilisent ponctuellement[86],[87],[88].

L'expression « théorie du genre », calquée


sur l'anglais « gender theory », ne serait
par ailleurs pas anodine[89] : alors que
l'anglais « theory » peut avoir le sens
d'une « hypothèse testée et
confirmée »[90], le sens français de
« théorie » est celui d'une « construction
intellectuelle méthodique et organisée de
caractère hypothétique »[91]. Pour
François Cusset, cité par Éric
Aeschimann dans un article du Nouvel
Observateur, « aux États-Unis, le mot
“theory” désigne un discours critique à
contenu philosophique mais qui a
dépassé le cercle des philosophes ». Et
pour Aeschimann, « a contrario, en
français, la “théorie” peut renvoyer à un
système de pensée très cohérent, et
alors, en effet, le genre n’est [pas] une
théorie »[92].

Au contraire, le sociologue Éric Fassin


insiste sur le fait que « le genre est un
concept. Ce n'est ni une théorie ni une
idéologie, mais une notion qui aide à
penser »[2]. L'expression « théorie du
genre » serait, selon Laure Bereni, une
tentative de faire croire qu'il existe une
stratégie politique unifiée derrière les
études de genre[86].

Selon Odile Fillod, chercheuse


indépendante[93],[94],[95], l'expression
« théorie du genre » aurait été créée au
début des années 2000 par Tony
Anatrella à des fins rhétoriques, dans le
cadre de l'offensive menée par le Vatican
contre les politiques qui remettent en
cause les rôles des sexes dans la société
et qui favorisent les droits des femmes
et étendent les droits des personnes
LGBT[96]. L'historienne Joan W. Scott voit
également dans cette expression une
« invention » des catholiques « qui a
remplacé le communisme dans la
rhétorique du Vatican ». Pour elle, cette
expression est utilisée par « les
adversaires du “genre” » qui entendent
faire valoir que les différences entre
femmes et hommes établissent « une
complémentarité qui justifierait selon eux
une inégalité »[60]. Le politologue Bruno
Perreau estime lui aussi que « la “théorie
du genre” n'existe que dans la tête des
opposants à l'égalité des droits. Cette
croyance repose sur le fantasme selon
lequel le sexe et la sexualité pourraient
être déterminés par un simple
discours »[97].

Le journaliste Éric Aeschimann considère


néanmoins que le terme de théorie est
approprié « même s’il n’existe pas une
doctrine unifiée » autour du genre, car ce
mot a également le sens
d'« hypothèse » : or les études de genre
font « l’hypothèse que les identités
sexuelles ne sont pas biologiquement
déterminées, mais socialement
construites »[92].

Cependant, pour d'autres chercheurs,


l'emploi de « théorie du genre » au
singulier masquerait la pluralité de
thèses aussi différentes que celles de
Judith Butler ou Christine Delphy[89].
Ainsi, dans un contexte universitaire,
lorsque l'expression « théories du genre »
est employée, c'est presque toujours au
pluriel : Anne-Emmanuelle Berger affirme
ainsi que « la théorie du genre n'existe
pas. Il en existe une multitude »[98] et
Judith Butler que « les théories du genre
existent au pluriel »[99].

L'expression « théorie du genre »


employée par Vincent Peillon, ministre de
l'Éducation nationale en mai
2013[100],[101] suscite de nombreuses
réactions dans le monde des sciences
sociales[102] et notamment la publication
d'une tribune, signée par une centaine
d'universitaires, qui indique qu'« il n’y a
pas “une” théorie du genre, fantasme
entretenu par ceux et celles que la
perspective d’une égalité effective
dérange ou effraie, mais “des” études de
genre »[88],[103]. Après avoir employé
l'expression en 2011[104], Najat Vallaud-
Belkacem la juge, en 2013, impropre[105].

En dépit des protestations des


chercheurs, la philosophe Bérénice Levet
réitère que « pour qu'il y ait des études de
genre, encore faut-il que ce petit vocable
de genre ait été conceptualisé, théorisé.
Or, lorsque nous parlons de théorie du
genre, nous n'affirmons rien d'autre.
Judith Butler se définit elle-même
comme théoricienne du genre. Il a été
forgé afin d'affranchir l'identité sexuelle
du sexe biologique. Au commencement
est la neutralité, en quelque sorte, et
seule la machine sociale vous
« assigne » à une identité »[106].

Idéologie de déconstruction …

Des critiques du concept de genre —


alors généralement désigné par les
expressions « théorie du genre »,
« théorie du gender » ou « gender » —
émergent dès les années 1980[107] puis
se développent dans les années 1990
sous la plume notamment d'auteurs
catholiques, en particulier après que la
notion de genre fut intégrée au rapport
final de la quatrième conférence
mondiale sur les femmes malgré les
objections du Saint-Siège[108]. Ces
auteurs dénoncent ce qui est, selon eux,
« un discours idéologique unifié qui
aurait pour but de déstabiliser les
rapports traditionnels entre les
sexes[89]. »

Pour les critiques, avant d'être un outil


d'analyse, le genre est une « théorie et
même une métaphysique » dont l'objectif
est de « déconstruire » les fondements
de notre société au nom du principe
d'égalité entre hommes et femmes
poussé jusqu'à l'
« interchangeabilité »[109]. Pour certains
de ces auteurs, le genre est une notion
« arbitraire »[110] dérivée à la fois du
socialisme et du libéralisme, alliant
« égalitarisme » et « utilitarisme »,
susceptible de « s’imposer violemment
aux différentes cultures à travers la
mondialisation »[111],[112] et témoignant
d'une « soif d'auto-suffisance »[110]. Le
genre agirait comme l'instrument d'une
« nouvelle culture[113] » fondée sur la
remise en cause de la sexualité humaine
comme « inclination vers l'autre
sexe »[110] et la contestation des « rôles
fondés sur les différences
naturelles »[113]. Selon la philosophe
Chantal Delsol, avec la « théorie du
gender », nous sommes « à l'acmé de la
volonté de refaire le monde selon notre
désir » et la consécration du « désir de
l'individu de choisir, sinon son sexe
biologique, au moins son appartenance
de « genre » »[114]. Elle considère
qu'« apprendre le gender à l'école [...]
dans le cours de SVT (sciences de la vie
et de la terre) » est « de la propagande »,
car « il ne s'agit aucunement d'une partie
de la science, mais bien d'une opinion, et
plutôt en l'occurrence d'une
idéologie »[114].

Pour certains auteurs, tels que le prêtre


Michel Schooyans, le psychanalyste
Jacques Arènes ou le prêtre et
psychologue Tony Anatrella, le genre est
une idéologie utilisée par une minorité
subversive et militante emmenée par le
« lobby homosexuel » et le mouvement
LGBT[111] qui « s’en prend délibérément à
tout ce qui pourrait rappeler et signifier la
différence sexuelle »[115] afin de remettre
en cause la prééminence de
l'hétérosexualité [116] et revendiquer le
mariage homosexuel[117].

Selon le pape Benoît XVI, « ce qui est


souvent exprimé et entendu par le terme
« gender », se résout en définitive dans
l’auto-émancipation de l’homme par
rapport à la création et au Créateur »[118]
et légitime le mariage homosexuel,
l'homoparentalité[119] et la procréation
médicalement assistée[120],[89],[121].

Polémique en France …
« Le gender c'est pas mon genre » : un slogan de La
Manif pour tous.

De même, en France, des opposants au


mariage des couples homosexuels,
notamment La Manif pour tous,
établissent un lien entre la « théorie du
genre » et l'ouverture du mariage aux
couples de même sexe[122] ou des
programmes de lutte contre les
stéréotypes filles-garçons à l'école[123].
Ces positions trouvent écho chez
certains politiques, en premier lieu au
sein de la droite catholique
conservatrice, puis auprès de nombreux
députés et sénateurs UMP[124], qui
demandent par exemple la création d'une
commission d'enquête à l'Assemblée
nationale, regrettant que les études de
genre aient intégré la « théorie du
gender »[125] qu'ils présentent comme un
système de pensée et d’organisation
globale de la société refusant en général
ce qui est donné par la nature et en
particulier le corps sexué lui donnant un
« sens subversif de l’indifférenciation des
sexes »[125]. Ces députés attribuent ainsi
à la « théorie du gender » la création de
laboratoires sur le genre dans différents
établissements d'enseignement
supérieur, l'introduction d'un chapitre
intitulé « Devenir homme ou femme »
dans les manuels scolaires de sciences
de la vie et de la terre de première, la
répression des discriminations fondées
sur l'orientation ou l'identité sexuelle, la
lutte contre les stéréotypes filles-garçons
dans certaines crèches, le remplacement
de certains termes du code civil comme
« femme et mari » par « époux » et « père
et mère » par « parent » dans le cadre du
projet de loi sur le mariage homosexuel
ou encore le programme de lutte du
gouvernement contre les discriminations
basées sur l'orientation sexuelle[125],[126].
À partir de 2013, divers groupes
politiques, liés pour certains à La Manif
pour Tous, ont lancé en France des
campagnes prêtant à l'Éducation
nationale l'intention d'enseigner la
« théorie du genre » à l'école[127],[128] ; les
groupes les plus radicaux ont affirmé que
cet enseignement s'accompagnerait de
cours d'éducation sexuelle dès l'école
maternelle et de propagande en faveur
de l'homosexualité [réf. nécessaire]. Bien que
rapidement démenties, ces rumeurs ont
occasionné des mouvements
d'inquiétude, notamment dans certains
milieux issus de l'immigration[129],[130].

Négation de la biologie …
 Cette section a besoin d'être
recyclée (janvier 2019).
Une réorganisation et une clarification du
contenu sont nécessaires. ou discutez
des points à améliorer.

Pour Claudine Junien, professeur émérite


de génétique médicale, et Peggy Sastre,
journaliste scientifique, le genre est
devenu « un cache-sexe » qui occulte
l’inné, le biologique, le « sexe ». Elles
considèrent que le genre masque les
différences qui existent entre les
hommes et les femmes sous prétexte
d’éviter toute discrimination, et pénalise
ainsi tout à la fois hommes et femmes. A
contrario, elles pensent que les progrès
de la recherche médicale passent par
une segmentation beaucoup plus
poussée entre les deux sexes[131].
[non pertinent]
Selon Belinda Brown, journaliste pour The
Conservative Woman, le genre propage
l'idée que les différences entre les sexes
sont entièrement construites sur le plan
culturel malgré la « correspondance à
100 % entre sexe biologique, identité et
expression du genre ». Elle s’interroge
également sur l'étonnante capacité du
lobby transgenre à imposer autant de
règles profondes et d'une grande portée
au reste de la société[132].

Pour Amy Contrada, du site


LifeSiteNews, la théorie du genre est une
théorie absurde qui nie les faits
biologiques et scientifiques et qui a été
adoptée par la presse grand public,
l'industrie du divertissement, le corps
médical, les écoles publiques, les
universités, la direction des entreprises
et les agences gouvernementales. « Les
gens qui craignent l'isolement social et
les accusations de sectarisme suivent
leur exemple »[133].

Les travaux d'Anne Fausto-Sterling et


notamment l'idée d'un continuum sexuel
sont contestés par d'autres
chercheurs[134] qui considèrent que la
sexualité humaine est binaire par nature
dans le but de reproduire notre espèce et
que le cas de rares troubles du
développement sexuel ne saurait
constituer un « continuum »[135]. Les
chercheurs en études de genre (par
exemple la sociologue Christine
Deplhy[136] ou Rebecca M. Jordan-Young
professeure en sociologie des sciences
médicales) explicitent pourtant qu'il ne
s'agit pas de nier l'existence de
l'anatomie ou de la biologie [19](p33,38).
Certains d'entre eux, comme Anne
Fausto-Sterling, sont d'ailleurs
biologistes ou comme Catherine Vidal
sont neurobiologiste, et intègrent ces
disciplines dans leurs travaux.

Le Paradoxe de l'égalité des …


genres (2010)

En 2010, le norvégien Harald Eia, diplômé


en sociologie de l'Université d'Oslo,
réalise Hjernevask  (en) (lavage de cerveau),
une série de sept documentaires
scientifiques pour la chaîne de télévision
publique norvégienne NRK1[137] sur le
débat inné/acquis[138]. Le premier
épisode intitulé Le Paradoxe de l'égalité
des genres et diffusé le 1er mars 2010
suscita une grande controverse[139].

Harald Eia part du paradoxe suivant : La


Norvège est l'un des pays les plus
égalitaires au monde selon les rapports
internationaux traitant de l'égalité
hommes-femmes, pourtant c'est aussi
celui où les professions sont les plus
genrées (les ingénieurs sont à une
écrasante majorité des hommes, les
infirmières des femmes).

À partir de ce simple constat, il s'en va


interviewer de nombreux scientifiques et
chercheurs en Norvège et à l'étranger,
dont le psychologue britannique Simon
Baron-Cohen.

La série recevra la même année le Prix


Fritt Ord, une fondation norvégienne qui
milite pour la liberté d'expression[140].

Aspect non scientifique …


Dans La loi du genre (Belles Lettres,
2015) l'essayiste belge Drieu Godefridi
souligne l'incapacité, selon lui, des
études de genre à lister exactement et
exhaustivement les stéréotypes,
montrant ainsi les limites d’une référence
« scientifique » aux stéréotypes comme
facteurs explicatifs des injustices de
genre. Il soutient que le « genre » n’est
pas une science, mais une tentative
idéologique et révolutionnaire de recréer
l’homme et la femme par la contrainte de
l’État, en niant leur altérité[141],[142]. [non
pertinent]

Notes et références
Notes …

1. C'est par exemple sous le patronage


de Pierre Bourdieu qu'en 1968 et
1969 ont été édités en trois gros
volumes de nombreux textes de
Marcel Mauss. Or, huit de ces textes
ont été regroupés en 1971 dans un
petit livre de synthèse (Marcel
Mauss, Essais de sociologie, Le
Seuil, 1971 (lire en ligne )). L'un d'eux,
écrit 1903 avec Durkheim, affirme
que tout principe de classification est
un fait historique et non biologique et
implique une hiérarchie. Un autre,
écrit en 1931, fait explicitement
entrer le sexe parmi ces principes de
classification.
2. Cette distinction est également
possible dans l'étude des types
sexuels.
3. L'expression gender theory est
utilisée par plusieurs sociologues
américains pour désigner leur champ
d'études. Selon Myra Marx Ferree, la
gender theory « se concentre sur la
manière dont on attribue à des
comportements et des rôles
spécifiques une signification en
matière de genre, sur la manière dont
on divise le travail pour exprimer
symboliquement les disparités entre
les genres et sur la manière dont
diverses structures sociales [...]
incorporent des valeurs ou confèrent
des avantages liés aux genres »[81].
Selon Jean Potuchek, qui se réfère
notamment à l'article Doing
gender  (en) de Candace West et Don
Zimmerman, la gender theory
« définit le genre non pas en tant que
rôle individuel appris dès l'enfance et
relativement stable par la suite, mais
en tant que système d'inégalités qui
se crée et se recrée dans l'expérience
quotidienne [...] Les sociologues en
gender theory ne font pas
d'hypothèse à propos du « caractère
naturel » des catégories de genre
dichotomiques, mais ils examinent la
construction sociale de ces
catégories à travers un ensemble de
frontières qui définissent ce qui est
mâle ou femelle, masculin ou
féminin »[82]. Ce point de vue n'est
cependant pas le seul, différents
auteurs soulignant la variété des
approches sociologiques de la
gender theory[83],[84]. La « gender
theory », en tant que mise en œuvre
du concept de genre, est donc une
notion connexe des études de genre,
dans lesquelles le concept de genre
est appliqué[85].

Références …
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Controversy, Oxford University Press,
27 octobre 2016
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www.hli.org (consulté le
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findings », Bull Johns Hopkins Hosp.,
vol. 96, no 6, 1955, p. 253-264
(PMID 14378807) :

« The term gender role is


used to signify all those
things that a person says
or does to disclose himself
or herself as having the
status of boy or man, girl
or woman, respectively. It
includes, but is not
restricted to, sexuality in
the sense of eroticism. »

8. Émile Durkheim, « La prohibition de


l’inceste et ses origines » , Année
sociologique, vol. I, 1896-1897,
p. 1-70, en particulier l'avant-dernier
paragraphe.
9. François Dubet, « Durkheim 100 ans
après », Sciences Humaines,
vol. 296, no 9, septembre 2017 (lire
en ligne )
10. 1935 : (en) Margaret Mead, Sex and
temperament in three primitive
societies William Morrow and co.
Réédition: perennial, 2001,
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le)s » , sur scienceshumaines.com,
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1er février 2014)
12. (en) Ralph Greenson, « On
homosexuality and gender
identity », International Journal of
Psychoanalysis, no 45, 1964
(PMID 14167034) :

« One’s sense of being a


member of a particular
sex; it is expressed
clinically in the awareness
of being a man or male in
distinction to being a
woman or female. »

13. (en) Robert Stoller, Sex and gender:


The development of masculinity and
femininity, Hogarth, 1968, p. 9-10 :
« Gender identity starts
with the knowledge and
awareness, whether
conscious or unconscious,
that one belongs to one sex
and not the other [...]
gender role is the overt
behavior one displays in
society, the role which he
plays, especially with other
people. »

14. (en) John Money et Anke Ehrhardt, Man


and woman, boy and girl. The
differentiation and dimorphism of
gender identity from conception to
maturity, Johns Hopkins University
Press, 1972, p. 4 :

« Gender role is the public


expression of gender
identity, and gender
identity is the private
expression of gender
role. »

15. Caroline Jeanne, « La France : une


délicate appropriation du genre »,
Genre & Histoire, vol. 3 « Les
médiévistes et l'histoire du genre en
Europe », 2008 (lire en ligne ,
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terminologie et de néologie,
« Recommandation sur les
équivalents français du mot
“gender” » , sur Bulletin Officiel n°34
du 22 septembre 2005, 2005 : « La
substitution de genre à sexe ne
répond donc pas à un besoin
linguistique et l’extension de sens du
mot genre ne se justifie pas en
français. Dans cette acception
particulière, des expressions utilisant
les mots genre et a fortiori l’adjectif
genré, ou encore le terme
sexospécificité, sont à
déconseiller. ».
18. Karen Offen, « Le gender est-il une
invention américaine ? », Clio.
Histoire‚ femmes et sociétés, no 24,
2006, p. 291-304 (lire en ligne )
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de Boeck Supérieur, 2012
20.  Le genre comme ressource
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politique en Suisse : la perception de


l’élite politique, Université de Genève,
2009, Mémoire de master en étude
de genre
Sous la direction de Léa Sgier,
politologue au département de
science politique
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sexualités : introduction à la théorie
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France, 2008 (ISBN 9782130558897
et 2130558895, OCLC 278432147,
lire en ligne ), p. 55 :

« Le concept de genre est


lui-même déterminé par la
sexualité, comprise comme
système politique, en
l’occurrence
l’hétérosexualité
reproductive, qui définit le
féminin et le masculin par
la polarisation sexuelle
socialement organisée des
corps »

22. Isabelle Clair, « Pourquoi penser la


sexualité pour penser le genre en
sociologie ? », Cahiers du Genre,
vol. 54, no 1, 2013, p. 93 (ISSN 1298-
6046 et 1968-3928,
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l'identité, Paris, La découverte, 2006,
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39. Delphy Christine, L’ennemi principal
2. Penser le genre, Paris, Éditions
Syllepse, 2013, 366 p.
(ISBN 978-2-84950-395-9), p. 252
40. Cynthia Kraus, La bicatégorisation
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la détermination du sexe chez les
humains, Editions des archives
contemporaines/ Histoire des
sciences, des techniques et de la
médecine, 2000
(ISBN 90-5709-015-5), p. 187-213
41. Dorlin, Elsa., Sexe, genre et
sexualités : introduction à la théorie
féministe, Presses universitaires de
France, 2008 (ISBN 9782130558897
et 2130558895, OCLC 278432147,
lire en ligne )
42. Dorlin, Elsa., Sexe, genre et
sexualités : introduction à la théorie
féministe, Presses universitaires de
France, 2008 (ISBN 9782130558897
et 2130558895, OCLC 278432147,
lire en ligne ), p. 34 :

« Le problème n'est pas


que le corps n'a pas de
sexe ou n'est pas sexué - il
l'est ; le problème n'est pas
que le processus physio-
anatomique de sexuation
n'a pas fonctionné - il a
fonctionné ; le problème,
pour les médecins, [...] il
n'a pas donné lieu à une
identité sexuelle
identifiable comme "mâle"
ou "femelle". Aussi
l'intervention consiste à
intervenir sur les corps
intersexes pour leur
assigner, non pas un sexe
(ils en ont déjà un), mais le
bon sexe. [...] Ce "bon sexe"
consiste essentiellement [à
ce qui] doit être
"normalement"
hétérosexuel. »

43. Dorlin, Elsa., Sexe, genre et


sexualités : introduction à la théorie
féministe, Presses universitaires de
France, 2008 (ISBN 9782130558897
et 2130558895, OCLC 278432147,
lire en ligne ), p. 38 :

« La sexuation n'est donc


pas le tout du "sexe": dans
la définition commune du
"sexe biologique",
l'anatomie n'est jamais
seule. Autrement dit, il y a
toujours déjà, dans ce que
nous appréhendons
communément comme le
"sexe biologique" des
individus, du genre et les
traces d'une gestion
sociales de la
reproduction, c'est à dire,
une identité sexuelle (de
genre et de sexualité)
imposée, assignée. »

44. Nicolas Murcier, « La construction


sociale de l’identité sexuée chez
l’enfant » , sur cemea.asso.fr, 2005
(consulté le 2 février 2014)
45. Armand Chatard, « La construction
sociale du genre », VEI Diversité,
no 138, septembre 2004, p. 23-30
(lire en ligne )
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(gender theory) prétend
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l'hétérosexualité
culpabilise les pratiques
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« Gender theory focuses


upon how specific
behaviours and roles are
given gendered meanings;
how labor is divided to
express gender differences
symbolically, and how
diverse social structures
[...] incorporate gender
values and convey gender
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août 1992 (JSTOR 353241) :

« Gender theory does not


define gender as an
individualized role that is
learned in childhood and
relatively stable thereafter,
but as a system of
inequality that is created
and recreated in daily
experience [...] Gender
theorists do not assume
the "naturalness" of
dichotomous gender
categories, but examine
the social construction of
such categories through a
system of boundaries that
delineate male and female,
masculine and feminine. »

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the field as a whole. The term gender
theory is sometimes used in the
same way, although the latter term is
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related to any particular discipline. »
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d'enseigner aux enfants le respect
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« La théorie du genre, qui explique
« l’identité sexuelle » des individus
autant par le contexte socio-culturel
que par la biologie, a pour vertu
d’aborder la question des
inadmissibles inégalités persistantes
entre les hommes et les femmes ou
encore de l’homosexualité, et de faire
œuvre de pédagogie sur ces sujets »
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109. Alain Finkielkraut, « L'esprit de
l'escalier » , sur RCF Causeur : « Il y a
bien une théorie, et même une
métaphysique du genre [...] Les
études de genre reposent sur l’idée
que tout dans le monde humain [...]
relève de l’histoire. Il y a bien des
sexes biologiques mais la différence
entre le masculin et le féminin est
une construction sociale et
historique [...] Cette construction il
s’agit [...] de la mettre à bas pour
accéder à [...] l’égalité ultime que
représente l’interchangeabilité des
aspirations, des rôles, des manières
d’être et de faire [...] Il s’agit de faire
la guerre à toute trace de masculinité
et de féminité. »
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Article connexe : Bibliographie sur les


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Le monde rêvé des anges : essai,
Grasset, 2014.

Articles connexes …

Études de genre, Histoire du genre


Différence des sexes en psychanalyse,
Comparaison biologique entre la
femme et l'homme
Inégalités homme-femme, Sexisme
Identité de genre, Transidentité, Non-
binaire
Virilité, Masculinité, Féminité
Féminisme, Queer, Théorie queer
Test de Bechdel
Histoire des femmes (historiographie)

Liens externes …

Laboratoire GenERe (Genre:


Epistémologie & Recherches)
Ça fait genre , Anne-Charlotte Husson,
agrégée de Lettres modernes
Cultures G , genre et cultures
contemporaines
Dossier d'articles « genre et Europe » ,
encyclopédie EHNE
France-Culture, dans « La Fabrique de
l'Histoire », consulté le 6 mars 2017,
sur « le premier Dictionnaire des
féministes en France » (Christine Bard):
[3]
Fluide, intersexe, trans, neutre, le
champ lexical du genre s'élargit sur
TV5 monde, 17 octobre 2017.
Claude Meillassoux, La grande
entreprise historique du mâle , revue
Période, première publication sous le
titre de « Le mâle en gésine, ou De
l’historicité des mythes » dans Cahiers
d’études africaines, vol. 19, n° 73-76,
1979, pp. 353-380.
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Dernière modification il y a 2 mois par Jean-Paul Corlin

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