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I.

LEXICOLOGIE
« discipline au carrefour des autres secteurs de la linguistique »
Lexicologie, n.f. = du grec, littéralement « étude raisonnée des mots », étudie les unités
lexicales d᾽une langue et les relations entre les mots
1 Qu΄est-ce que la lexicologie ?
 C’est la discipline de la linguistique consacrée à l'étude des mots. Elle s'intéresse à
leur nature, à leur étymologie mais aussi aux relations systémiques (notamment
sémantiques) qui les caractérisent.
 Spécifiquement, c'est l'étude de la signification des unités qui constituent le lexique
d'une langue
 Un étude scientifique du lexique - elle étudie les unités lexicales, les mots et les
syntagmes figés d᾽une langue.
Elle s᾽intéresse a la fois au signe linguistique (rapport entre la forme et le sens des mots) et
aux relations qui existent entre le lexique et la syntaxe.
La lexicologie a pour objet l’étude du lexique, donc l’étude des mots d’une langue. Elle éfinit
et décrit les unités lexicales, leur organisation interne et leur sens. Elle dégage l‘ensemble des
mots qui constitue le matériel de la langue

le lexique – un ensemble des mots et des locutions figées d᾽une langue


 contient tous les lexèmes (une unité minimale de signification appartenant au lexique)
d’une langue
 Le lexique englobe tous les vocabulaires individuels (idiolectes) ou collectifs
(sociolectes, technolectes…) ayant cours au sein d‘une même langue.
 un ensemble des mots qu’une langue met à la disposition de ses locuteurs

le vocabulaire – le répertoire lexical d᾽un corpus écrit ou d᾽un discours oral.


 Une portion du lexique. C’est l’ensemble des mots disponibles pour chaque personne
dans un énoncé oral ou écrit.
 Chaque individu a son vocabulaire à lui, qui fait partie de son idiolecte, sa façon
individuelle de s'exprimer
 ensemble des mots utilisés par un locuteur donné dans une réalisation orale ou écrite
(sous-ensembles du lexique)
 Le vocabulaire :
 passif - correspond aux termes dont le locuteur connaît la définition mais qu'il
n'utilise pratiquement pas, comme par exemple le mot « anesthésie » pour
quelqu‘un qui ne travaille pas dans le domaine médical.
 actif - correspond aux unités connues et effectivement employées de façon
régulière par le locuteur
 fondamental (courant, fonctionnel) - un vocabulaire général qui constitue ainsi
ce que l‘on pourrait appeler un répertoire commun sans lequel la
communication serait difficile.
- Termes généraux : connus et utilisés par la plupart des usagers
 spécialisé - est propre à certains domaines spécialisés, scientifiques et/ou
techniques : le vocabulaire juridique, médicale, informatique
- Termes spécifiques : employés par des groupes restreints («langue
technique ou jargon de profession»)
Notons que certains termes spécialisés peuvent entrer dans le vocabulaire courant (injections,
idiotie (arriération mentale), budget…) et certains termes courants peuvent devenir des termes
spécialisés lorsqu‘ils sont utilisés dans des domaines techniques (souris en informatique ou
bouquet en télécommunication)
La lexicologie se situe au carrefour des autres disciplines linguistiques :
 la phonétique et la phonologie, qui s'occupent des sons,
 la syntaxe pour tout ce qui touche a la combinatoire des unités lexicales (étudie la
façon dont les mots se combinent pour former des phrases ou des énoncés dans une
langue)
 la morphologie qui étudie la forme des mots, par opposition à la syntaxe, qui
s’occupe de la fonction des mots
 le morpheme - le plus petit élément significatif, isolé par segmentation d'un
mot, ils se divisent en grammaticaux et lexicaux : ces derniers font alors
l᾽intéret de la lexicologie
 la sémantique qui est un étude d'une langue ou des langues considérées du point de
vue de la signification (étudie les signifiés). Elle fournit les outils de description du
sens des mots.
Les deux disciplines dernièrement citées, a savoir la morphologie et la sémantique, sont liées
a la lexicologie plus qu᾽étroitement et c᾽est pourquoi elles sont au coeur des polémiques.
On peut distinguer la lexicologie
 au sens restreint : la lexicologie au sens restreint se confond avec la sémantique
structurale, c᾽est-a-dire qu᾽elle est considérée comme une branche de la sémantique
qui a pour objet l᾽étude du sens des unités lexicales.
 au sens plus large: elle s᾽intéresse également a la forme des unités lexicales et aux
relations qui existent entre le lexique et la syntaxe

Un peu d΄histoire
Le pionnier de la lexicologie en tant que discipline autonome était Georges Matoré qui
publie, en 1953, La méthode en lexicologie, oeuvre qui montre l᾽interdépendance de l᾽histoire
et de la société et son reflet dans le lexique du pays qui l᾽emploie.
Lexique vs grammaire
Il s᾽agit pourtant de deux domaines complémentaires car « la grammaire fournit les règles
qui permettent de combiner les mots et les groupes de mots pour former des phrases et le
lexique représente des unités qui constituent son matériau de base »
Pour une catégorisation des sous-disciplines de la lexicologie
L᾽objet de la lexicologie peut être schématisé sous différents angles : le schéma suivant
apporte une des visions possibles, montrant les domaines de la lexicologie et ses
interdépendances :
1 + 6. La morpholexicologie étudie la formation du signifiant des lexies, flexions comprises.
2 + 4. La lexicosémantique (ou sémantique lexicale) étudie le sens des lexies.
3 + 5. La lexicologie (et lexicographie) diachronique étudie l᾽histoire du lexique (a travers les
attestations dans les dictionnaires anciens ou manuscrits de l᾽époque donnée).

2 grandes sortes d’études lexicologiques :


 morpho-lexicologie : qui étudie les types de mots du point de vue de leur
composition formelle, étudie la structure de sa partie invariable, les
caractéristiques et les rapports mutuels des éléments de cette structure
(radicaux et affixes, radicaux de composition) => dérivation et de composition
 la sémantique : étudie les mots du point de vue de leurs valeurs, et établit, par
une confrontation des contextes qui entourent le mot dans la parole, le sens
général, ou les principaux sens généraux de celui-ci dans la langue. Elle
s’efforce de plus de dessiner les réseaux dans lesquels les mots s’inscrivent en
fonction de leurs valeurs.
Qu’est-ce qu’un mot ?
Le mot est un signe à deux composantes:
1 – un signifiant : c’est sa réalité sonore et sa réalité graphique à l’écrit, sa « forme »
2 – un signifié : c’est le sens, sa signification, c’est l’aspect sémantique.
Exemple : le mot CHAT
→ il a un signifiant : signe phonétique (prononcé à l’oral) ex :[cha] et signe graphique
(orthographe à l’écrit) chat, chas
→ il a un signifié (sa signification) : c’est un animal ou le trou d’une aiguille Elle enfila
le fil dans le chas de l’aiguille pour raccommoder la jupe déchirée par son chat
Signe linguistique : signe particulier dans l’univers des signes car le langage humain est
incomparablement plus riche, plus souple, plus efficace - organisé sur deux plans :
- formes (signifiants)
- contenus (signifiés)
=> dichotomie de Saussure en linguistique structurale
Au langage humain, il existe de nombreux autres systèmes de communication non
linguistiques, les systèmes de symboles ou de signes arbitraires en font partie. => carte
routière = système de symbole (avions = aérodromes, croix = cimetière) => code de la route
La double articulation du langage (Martinet)
- unités signifiantes = première articulation du langage (véhicule le sens),
unités de première articulation sont généralement appelés des morphèmes ≠
mots qui peuvent être constitués d’un ou plusieurs morphèmes (jardin vs
jardinier)
- unités distinctives = deuxième articulation : phonèmes
LA LEXICOGRAPHIE
Lexique en étude théorique et lexique en technique pratique
La lexicologie est en étroite relation avec la technique pratique qu’est la lexicographie
Comme expliqué précédemment, la lexicologie est considérée comme la science alors que la
lexicographie est la méthode de construction des dictionnaires. Les deux sont très liés, il faut
la lexicologie pour pouvoir faire de la lexicographie et c’est la lexicographie qui pousse aux
interrogations de la lexicologie.
Aujourd’hui la lexicographie désigne une technique : la confection des dictionnaires, tandis
que la lexicologie est une science, celle qui a pour objet le lexique
Lexicographie = met en œuvre les techniques pour la confection des dictionnaires et discipline
qui propose des réflexions sur les méthodes de confection
Une discipline apparentée à la lexicologie est la lexicographie : elle étudie les mots, mais en
relation avec les dictionnaires et plus précisément, l'inclusion des mots dans les dictionnaires.
Parfois, la lexicographie est considérée comme une partie ou une branche de la lexicologie.
La différence entre lexicologie et lexicographie peut être considérée comme une différence
entre la théorie et la pratique
Dictionnaire = objet linguistique car métalangue - on parle de la langue avec la langue,
ouvrage de référence, pédagogique et didactique mais aussi objet culturel de référence
- La sous-discipline qui évalue les dictionnaires d᾽un point de vue lexicologique
s᾽appelle la métalexicographie. Elle apporte une approche critique et évaluative a la
production des dictionnaires anciens
- dictionnaire = instrument de communication, média culturel établi pour des publics
spécifiques (encyclopédies, dictionnaires de langue...) => technico-commercial
- pour être efficace et remplir son objectif de satisfaire l’information, il y a un souci
d’exhaustivité
- doit donner le sens des mots + les conditions d’utilisation
- le dictionnaire est interrogé, consulté, non lu comme les autres ouvrages, il facilite la
communication entre les groupes socio-culturels mais ne peut constituer la
communication à lui tout seul

L’activité essentielle du lexicographe est de définir.


Définition - fait de déterminer les caractéristiques d'un concept, d'un mot, d'un objet, etc.,
ensemble des propriétés essentielles de quelque chose
a. définition morphosémantique - informe sur relation du mot d’entrée et établit lien entre
signification de celui-ci et sa formation, il faut reconnaître la base dans le terme défini
fillette : petite fille
b. définition par inclusion - «définition substantielle» ou «définition par le genre prochain et
la différence spécifique» - définition de type logique qui n’est donc utilisée globalement que
pour les mots monomorphématiques. Elle désigne la classe générale à laquelle appartient le
mot et spécifie ce qui le distingue des autres sous-classes de la même classe générale :
fille : personne de sexe féminin, considérée par rapport à son père et à sa mère ou à l’un des
deux seulement
- classe générale : personne
- différences spécifiques : de sexe féminin, considérée par rapport à son père et à sa mère ou à
l’un des deux seulement
c. définition par opposition - utilisée pour les couples ou groupes de mots qui sont ds
relation d’antonymie partielle ou totale
- antonymie = rapport entre deux termes de sens contraires
- si l’antonymie est marquée morphologiquement (utile vs inutile, gracieux vs disgracieux),
l’élément dérivé peut être défini morphosémantiquement (qui n’est pas utile)
- si aucun rapport morphologique entre antonymes, définition par opposition témoigne du
risque de circularité : petit : qui n’est pas grand ; grand : qui n’est pas petit
Attention, antonyme / périphrase qui marque l’opposition :
utile ≠ inutile (antonymes)
utile = qui n’est pas utile (périphrase marquant l’opposition mais qui est aussi, en
l’occurrence, une définition morpho-sémantique)
Définition naturelle et définition conventionnelle
Définition conventionnelle : de la lexicographie - délimite conventionnellement le sens, par
nature vague, des mots du langage ordinaire quand ceux-ci sont voués à un usage technique
Définition naturelle formée par les locuteurs, descriptive et non stipulatoire, confirme le
caractère extralinguistique des critères constitutifs de la conventionnalité, dans la mesure où
sont pris en considération, comme éléments discrimants, le contexte énonciatif («usage
technique») et la visée énonciative («stipulatoire»)
- définition des mots du langage ordinaire, définition d’objets naturels
- dans un sens plus restreint : définition d’objets naturels + définition formulée par les
locuteurs eux-mêmes et non par le technicien qu’est le lexicographe
Dynamique lexicale
Dans l᾽optique du noyau et de la périphérie lexicale, la dynamique lexicale est abordée,
chez Tournier & Tournier (2009 : 117-118), dans la perspective des quatre ensembles sur
lesquels repose la lexicogenese : le lexique réel, le lexique potentiel, le non-lexique et
lexénolexique. Entre eux s᾽eff ectue des mouvements et échanges qui aboutissent au
renouvellement du lexique en synchronie dynamique.
a) le lexique réel est l᾽ensemble des lexies réalisées, a partir duquel on peut induire les regles
lexicogéniques en usage. Il comprend une zone sűre, constituée des lexies répertoriées, et une
zone floue, ou frange lexicale, constituée des lexies réalisées mais non répertoriées dans les
dictionnaires.
b) le lexique potentiel est l᾽ensemble des lexies non réalisées (peu fréquents dans l᾽usage,
compréhensible) mais possibles selon les regles lexicogéniques en usage (ce type de lexique
est souvent nommé lexique en puissance pour son caractere incalculable).
c) le non-lexique est l᾽ensemble des lexies impossibles (dans un état de langue donné, ce
lexique « attend » le changement des regles lexicogéniques pour tenter de pénétrer dans le
lexique réel).
d) le xénolexique est l᾽ensemble des lexiques réels des autres langues, qui peuvent etre
empruntées par le français et, une fois implantées, fournir le lexique potentiel créé a partir de
leur base (p. ex. un tweet > tweeter, retweeter, etc.).
La fleche A représente la voie suivie par les lexies possibles lorsqu᾽elles se réalisent.
Le plus souvent, elles séjournent un certain temps dans la frange lexicale, avant d᾽etre ensuite
admises dans la zone sure, c᾽est-a-dire quand elles entrent dans l᾽usage de la plupart des
locuteurs de la langue, a quoi devrait réagir la récolte des nouveaux mots par les dictionnaires
actualisés (ce qui n᾽est pas toujours immédiat).
L᾽apparition des néologismes ne doit pas etre comprise comme un fait isolé. Le moteur de la
nouveauté est le mécanisme qui est mis en jeu, et non pas un mot. Ce dernier n᾽est
que le produit de ce mécanisme qui est reconnaissable des que plusieurs mots entrent dans le
lexique réel.