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EURORGAN s.p.r.l.

- Éditions OUSIA

L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE (I)


Author(s): Lambros Couloubaritsis
Source: Revue de Philosophie Ancienne, Vol. 1, No. 1 (1983), pp. 49-98
Published by: EURORGAN s.p.r.l. - Éditions OUSIA
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/43945459
Accessed: 28-11-2019 20:43 UTC

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE (I)*

1. Introduction

Depuis que les études sur le dernier Platon et le néoplato-


nisme ont mobilisé l'effort d'un nombre de plus en plus im-
portant de chercheurs, on s'est rendu compte, d'une façon
plus claire qu'auparavant, que le problème de l'Être, au sens
de l'étant en général et de l'étant suprême, n'était pas le thè-
me Exclusif de la métaphysique ancienne. Ce qu'on considé-
rait jadis comme le centre de gravité de la pensée occidentale,
à savoir la métaphysique générale et la métaphysique spéciale,
apparaît aujourd'hui comme une forme transfigurée de la
question métaphysique. Car, depuis le Parménide de Platon,
la question de l'Être s'est découverte une rivale exigente: la
question de l'Un. Et cette question n'a cessé de s'imposer,
au fil du temps, comme la question par excellence de la
pensée.
Lorsque Dodds indiquait, en 1928, dans une étude con-
sacrée au Parménide de Platon et à l'origine de l'Un néoplato-
nicien1, la portée historique de ce dialogue, on ne discernait
encore que très vaguement l'ampleur de la question. Mais
aujourd'hui, après un demi-siècle de recherches, il apparaît
que la problématique de l'Un joue un rôle central dans le
cours de la philosophie antique, au point d'englober la pro-
blématique même de l'Être. Que l'ontologie soit devenue au
fil du temps la servante de l'hénologie est un événement aussi
important que celui qui, parallèlement, a subordonné la phi-

* L'origine de cette étude est le texte d'une conférence donnée au


Centre de recherches sur la pensée antique de l'université de Paris IV -
Sorbonne, en mars 1982.
1. E. R. Dodds, "The Parmenides of Plato and the Origin of the Neo-
platonie One", Classical Quarterly , 22, 1928, pp. 129 - 42.
REVUE DE PHILOSOPHIE ANCIENNE , Noi , 1983

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losophie à la théologie. C'est du reste dan


les théologies polythéistes et monothéis
Damascius et Pseudo-Denys, à la fois le
et leur dissolution dans l' Ineffable - da
pour reprendre ici une expression de C
seuil du "sanctuaire inaccessible du tout
du néant qui est le néant du néant ineff
cette problématique, en quelque sorte u
vrons sans doute le point final, pour la
question de la pensée.
C'est la raison pour laquelle nous nous
roger, dans les lignes qui suivent, Aristote
non important dans l'itinéraire de la que
l'Un. Nous souhaitons notamment soule
concernant l'Être et l'Un, qui nous paraisse
éclairées jusqu'ici, en nous interrogeant
critique qu'il adresse à Platon concern
l'Être et de l'Un, sur le sens aussi de l'id
répétée de l'Être et de l'Un, et, enfin, su
problématique de l'Un.
Certes, répondre à tous ces problèm
posé plus long et plus exhaustif que cel
proposer ici. Aussi allons-nous à peine ab
ces problèmes, nous permettant de renv
à des études récentes3, pour porter davant
sur les deux autres problèmes qui atteigne
Car, contrairement à ce que suppose l'i
ditionnelle, il nous semble qu' Aristote acc
entre Être et Un avec beaucoup de nuan

r 2. J. Combés, "La théologie aporétique de Dam


(Mélanges offerts à Jean Trouillard), Paris, 19
3. En particulier à E. Berti, "Le problème de la substantialité de
l'être et de l'un dans la Métaphysique ", Études sur la Métaphysique d' Aris-
tote (Actes du VIe Symposium Aristotelicum), éd. P. Aubenque, Paris,
1979, pp. 89-119).

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rer à chacune de ces notions sa spécificité propre


enseigne que nous pensons que la clarification du
entre l'Être et l'Un pourrait conduire au seuil d'une
interprétation de la Métaphysique , en particulier d
tion nouvelle aux difficultés majeures qu'elle susc
part, la possibilité d'une science de l'Être en tant qu'êt
même que l'Être n'est pas un genre et, d'autre part
bilité pour la théologie de s'instituer en science u
alors même que son objet est un étant particulier.

2. Le problème de V essentialité de VUn

Dans le livre des Apories (1. B) de sa Métaph ., A


révèle que la chose la plus difficile à penser et
temps la plus nécessaire pour la connaissance du
celle de savoir si l'étant et l'un sont les essences
exactement, les étances des étants (oòaíai xô&v övxc
aussi, chacun d'eux n'est pas autre chose que l'autr
eux - c'est-à-dire l'un étant l'étant et l'étant étant
ou, au contraire, si les deux ne présupposent pas u
nature comme sujet5. En posant cette alternative, q
à l'aporie la plus fondamentale de la métaphysique

4. Nous traduisons ouaia par "étance", afin d'éviter les tra


habituelles - "substance" et "essence" - , qui ne rendent
samment le sens de la pensée d'Aristote. Nous justifions ce
notre livre L'avènement de la science physique. Essai sur la Physique
Bruxelles, 1980, p. 11 n. 8. D'autre part, nous éviterons a
possible de traduire õv par "être", pour garder cette traduc
elvai; nous traduirons donc öv par "étant". Enfin, nous util
côté du terme "ontologie", l'expression "hénologie" pour tou
concerne la problématique de l'un. L'usage de cette expre
Aristote n'est pas plus étrange que l'usage du terme d'ontolog
existe bien, chez lui, une pensée de l'un en tant qu'un (xô ë
même titre qu'une pensée de l'étant en tant qu'étant (xô öv
Meta., r, 2).
5. Meta., B, 4, 1001a4-8. Cf. B, 1, 996a4 - 9.

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Aristote s'accorde en fait à sa méthode apo


il rattache à chacune de ces deux perspec
de pensées de ses prédécesseurs (d'une par
ciens et Platon, d'autre part, la plupart d
nature) ; puis commence son analyse diale
de la diaporie, au cours duquel apparaisse
ménide et Zénon)6. Dans la suite, il pench
seconde perspective tout en la réaménagea
De sorte qu'il se voit obligé d'affronter d
perspective platonicienne, issue des Écoles
et éléates, et qui a du reste historiquem
double problématique de l'étant et de l'un
que la façon dont Aristote articule son ap
la connexion, d'une part, de l'étant à l'un
de l'un à l'étant, renvoie expressément à
(hypothèse) du Parmenide de Platon (142
plus nettement dans la suite8. Mais d'une
il se préoccupe surtout des conséquences
problématique, c'est-à-dire de la question
l'étant et de l'un, qu'il pousse même dans
tranchements.
L'expression ouatai tć5v övtcov recèle en fait une ambiguïté:
elle peut signifier aussi bien le caractère transcendant et sé-
paré de l'étant et de l'un que leur statut d'essences communes
à tous les étants9. Cette ambiguïté est confirmée par les ar-
guments utilisés par Aristote pour discuter l'aporie et qui
partent du point de vue platonicien pour en montrer la por-
tée. Deux approches sont utilisées: d'abord, dans la mesure

6. Ibid., 1001a8 - b25.


7. Dans la mesure où il fait de l'étant et de l'un les attributs les plus
universels d'un suiet. Mais en même temps, il précise, à travers la pro-
blématique de l'étance, le statut de l'étant et de l'un en chaque chose.
C'est dans cette double approche que s'inscrit l'originalité d'Aristote.
8. Cf. Meta., Z, 6, 1031b28ss.
9. E. Berti, art. cit., p. 91. Cf. Meta., B, 4, 1001bl9ss.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 53

où l'étant et l'un sont les termes les plus universel


leur non-essentialité entraînerait également celle d
universaux; ensuite, pensée par rapport au nombr
composé d'unités, cette non-essentialité rendrait im
le caractère transcendant et séparé du nombre pa
aux étants10. S'il existe donc, comme le prétenden
toniciens, un un-en-soi et un étant-en-soi, l'un et l
vraient, pour Aristote, constituer leur étance mêm
n'y a rien de plus universel qu'eux qui soit attribu
ce qui est ou qui est un"11. Autrement dit, en tant qu
communs de toutes les choses, l'étant et l'un, à l'i
tous les universaux, devraient être également des é
plus précisément, des étances qui ont comme essen
le fait d'être "être" et d'être "un"12. En s'impos
comme la condition de l'essentialité des choses, do
de leur intelligibilité, l'un-en-soi et l'étant-en-soi a
platonisme ses assises scientifiques. Du même coup

10. Id. ibid.


11. Meta., B, 4, 1001a27 - 29. Cf. E. Berti, art. cit., p. 92. Avec Berti,
nous suivons la leçon KaôóXoi) (1.28) des mss., nous rangeant ainsi dans
le sillage de Robin, Ross et Tricot, contre Bonitz, Colle, Jäger et Reale,
qui corrigent par kcx0' oõ.
12. Cf. E. Berti, art. cit., pp. 92 - 94. Bien sûr on pourrait s'étonner ici,
avec F. - P. Hager ( Der Geist und das Eine , Berne et Stuttgart, 1970, pp.
228 - 30), de cette substantification de l'un platonicien, lorsqu'on connaît
le sens et la portée de la première hypothèse du Parmênide. Mais nous
verrons que la façon dont Aristote conçoit l'un exclut par principe la
possibilité même de cette hypothèse - qui ne pourrait, dans sa pensée,
se poser qu'à titre d'aporie (qu'il ne semble pas envisager) ou par le
biais d'une nouvelle problématique, à savoir celle des fondements logi-
ques de la pensée. Cependant, en cet endroit, il se préoccupe moins de
cette question que de la pertinence ou non de l'essentialité de l'étant et
de l'un. C'est pourquoi il précise ce que nous venons de relever, à savoir
qu'en vertu du caractère universel de l'étant et de l'un, leur non-essentia-
lité entraînerait celle des autres universaux, par la constatation que sans
l'un-en-soi et l'étant-en-soi rien ne saurait exister à côté des choses indi-
viduelles, c'est-à-dire aucun monde intelligible (cf. B, 4,1001a22 - 24).

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l'autre volet de la question, c'est-à-dire


nombre.
En effet, on ne peut l'oublier, la science mathématique est
tenue par Platon pour une science-modèle. C'est pourquoi
Aristo te explique que si la non-essentialité de l'étant et celle de
l'un éliminent également la transcendance du nombre, c'est
parce que le nombre se compose d'unités, et que l'unité, quant
à elle, "est précisément une sorte de l'un (örcep ëv tí èaxiv)"13.
En d'autres termes, en tant que l'un platonicien est un genre,
l'unité semblerait bien constituer une des espèces de l'un,
plus exactement, l'espèce la plus éminente, celle à cause de
quoi (ÕTuep) il y a l'un. Le caractère éminent du nombre et
en particulier de la monade chez Platon, ne doit pas être
ici dissimulé. Et son importance nous apparaît, en l'occurren-
ce, avec d'autant plus d'effet qu'elle est placée entre paren-
thèses comme si elle allait de soi. Ce qui permet au demeu-
rant la conclusion que l'un-en-soi et l'étant-en-soi prennent
le statut d'étance des choses parce qu'ils sont ce par quoi
tout peut être attribué14. Derrière cette percée, en quelque
sorte imperceptible, du nombre, de la monade et de l'un le
plus éminent, se trahit sans doute chez Platon lui-même, quel-
que chose comme une primauté de l'hénologie par rapport
à l'ontologie, et ceci en dépit de l'essentialité de l'un, qui

13. Meta., B, 4, 1001a26 - 27. En traduisant ici örcep par précisément ,


nous entendons surtout, comme nous l'interprétons dans la suite, à cause
de quoi. Ross {In Metaph., I, 244) nous semble avoir bien discerné la
portée du passage, lorsqu'il remarque que par l'expression "A est õrcep
B", Aristote fait état de l'essence et de la définition, tandis que par celle
de "A est õrcep B u", il renvoie au genre. En l'occurrence, örcep introdui-
rait une relation entre espèce et genre, de sorte que l'unité y apparaît
comme une espèce de l'un qui s'impose par sa simplicité. Chez Platon,
pourrions-nous ajouter, cette simplicité est en même temps pensée comme
la cause au sens de ce qui assure l'unité aux choses, peut-être aussi leur
être . Chez Aristote, nous le verrons, il existe au contraire une distinction
nette entre l'un et la simplicité.
14. Ibid. , 1001a27 - 29.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 55

présuppose, d'une certaine façon, la problématique d


L'insistance avec laquelle Platon introduit, dans ses d
orales, la conception de l' Idée-Nombre ne saurait s
prendre sans la distinction nette entre probléma
l'étant et problématique de l'un. Si Platon ne se c
plus de cette sorte d'étance qui se tient au-delà de
c'est-à-dire du Bien de la République , c'est que la mu
des étances propres au monde intelligible fait émerger,
par nécessité, la question de l'un. Et l'acceptation
d'une proximité chronologique entre la République et le
nide 15, renforce davantage cette perspective. En d'autre
la thématisation, d'une part, de la théorie des Idées et d
comme principe de vérité et d'être16, ouvre la voie aux
de l'un et du multiple du Parmenide , et celle, d'autre p
la problématique de l'un conduit à celle du nombre. D
n'est-ce pas à cette sorte de généalogie du nombre que c
la seconde hypothèse du Parmenide (142bss.)? Peu i
de savoir en cet endroit en quoi consiste exactemen
Platon la différence entre l'étant et l'un. Constatons seu-
lement qu'Aristote discerne bien une différence, qui, nous
le verrons, se maintient, selon un tout autre sens, dans sa pen-
sée. Cette différence semble se jouer dans le statut même du
nombre , qui se lie chez Platon avec l'un le plus éminent, alors
que chez Aristote il devient un mode de l'un parmi d'autres,
même si la problématique de l'un trouve son origine en lui.
Mais quoi qu'il en soit, pour l'instant, il convient surtout de
souligner que l'on ne peut se contenter d'envisager, chez Pla-
ton, l'étant et l'un comme des genres suprêmes et univoques,
faisant seulement fonction de cause formelle et d'essence de

15. Voir en dernier lieu, H. Thesleff, Studies in Platonic chronology


(Commentationes Humanarum Litterarum, 70, 1982), Helsinki, 1982.
16. Rép.f 508d - 509b. Sur le sens de ce caractère principiei du Bien,
voir notre étude "Le statut mythique de l'analogie du Soleil et du Bien
dans République VI", à paraître dans Diotima .

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56 Lambros COULOUBARITSIS

tout17, sans quoi on dissimule les nuan


de ces principes et, par conséquent, les ap
non seulement aux doctrines orales, repr
mais également à la pensée même d' Ar
♦ *
*

Il est certain que la critique


lité de l'étant et de l'un, t
lui, constitue un élément i
min d'une solution aux aporie
cette critique déborde large
venons d'aborder ci-dessus;
œuvres de jeunesse et de sa
pendant, ce qui est dit dans l
ment. D'autant plus que Be
de ce texte, nous permetta
quelques points essentiels,
exposé18.
"S'il est vrai, dit Aristote, qu'il existe quelque étant-en-soi et
quelque un-en-soi, une aporie considérable consistera de savoir
comment pourra subsister quelque autre chose à côté d'eux, je
veux dire comment les étants seront plus d'un. Car, ce qui est
autre que l'étant n'est pas, de sorte que, selon le raisonnement
de Parménide, il en résulterait que toutes choses sont unes et
c'est précisément cela qui est l'étant" (B, 4, 1001a29-bl).

Commençons par constater qu'Aristote rencontre dans ce


texte un problème qu'il développe dans Phys. I,319. Or, en
montrant maintenant que Platon se heurte aux prémisses de
la pensée parménidienne, il dévoile d'une autre façon l'insuffi-

17. Comme le font la plupart des commentateurs, y compris Berti


lui-même {art. cit., p. 94).
18. Voir en particulier art. cit., pp. 96 - 104.
19. Sur cette question, voir S. Mansion, "Aristote critique des Éléates",
Rev. philos, de Louvain , 51, 1953, pp. 165-86; ainsi que notre étude déjà
citée à la n. 4 ci-dessus (en particulier, pp. 1 3 lss.) .

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 57

sance de sa pensée20. Mais en plus de cette critique


de Platon, ce passage vise à mettre en relief l'imp
d'une identification entre nombre et étance - identification
que supposeraient Parmenide et en partie Platon. Qu'il existe
un un-en-soi ou que l'un ne soit pas identifié à une étance,
de toute façon, dit Aristote,

"il est impossible que le nombre soit une étance", pour les raisons
qui ont été établies auparavant à propos de l'étant21; car,
précise-t-il, "d'où viendrait un autre un à côté de l'un-en-soi?
Il serait nécessairement non-un; or, tous les étants sont soit un,
soit multiples en tant qu'ils sont chacun un" (B, 4, 1001bl-6).

Par là il nous conduit au voisinage même de ce qui va consti-


tuer le centre de gravité de sa propre pensée: l'impossibilité
de concevoir l'étant-en-soi et l'un-en-soi n'implique pas la
négation de l'étant comme tel ni de l'un comme tel, mais
doit conduire à une nouvelle considération de leur statut,
qui puisse s'appuyer sur la constatation que l'étant est multi-
ple et que chaque terme de cette multiplicité est un. Dès
lors, tout porte à croire, pour reprendre le formule célèbre
de Métaph. T, 2, que

"l'étant et l'un sont identiques et d'une même nature, en ce qu'ils


sont corrélatifs, sans qu'ils soient pour autant manifestés dans une
même notion-définition (oòx óç évi Xóycp)" (r, 2, 1003b22 - 25).

Le Stagirite illustre cela par l'exemple de Y homme: il existe,


dit-il, une identité entre les expressions "un homme", "être
homme", et "homme", de sorte qu'on ne manifeste rien d'au-
tre dans le redoublement linguistique des expressions "un
homme esť et "être (un) homme un " (1003b26 - 29). En vé-
rité, dans cette identification il nie la seconde hypothèse du
Parmenide . On a pu parler traditionnellement à ce propos

20. Cf. E. Berti, art. cit., p. 97 n. 32.


21. C'est-à-dire en B, 1001a24-bl.

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d'une convertibilité entre ces deux notions. Nous reviendrons


dans la suite sur cette importante question. Mais l'on peut
constater, dès à présent, que cette doctrine, qui s'inscrit dans
l'horizon de la onzième aporie du 1. B, ne s'annonce jamais
à l'occasion de la réflexion sur le rapport du nombre et de
l'étance, c'est-à-dire de l'étance éventuelle du nombre, si
importante chez le dernier Platon. En d'autres termes, le 1.
B 4 en question n'assume jamais clairement cette converti-
bilité, alors même qu'il associe sans cesse l'étant et l'un. Par
contre, on l'a vu, il associe l'un et le nombre. D'autre part,
on ne peut perdre de vue que, dans le passage que nous ve-
nons de retenir du 1. T, 2, bien qu'il soit question d'une
identité entre l'étant et l'un, Aristote n'insiste pas moins sur
le fait que ces deux termes attestent des notions-définitions
différentes. Cette nuance, ainsi que le lien entre l'un et le
nombre, ont en vérité plus de poids, dans sa pensée, qu'ils ne
le laissent apercevoir dans ce contexte. Deux développements
complémentaires du livre des Apories permettent d'y voir un
peu plus clair: le premier concerne l'instauration, lors de la
septième aporie, de la plurivocité générique de l'étant et de
l'un; le second, la distinction incontournable entre quantité
continue (grandeurs) et quantité discrète (nombres), telle
qu'elle se formule à la fin de la onzième aporie. Ces deux dé-
veloppements révèlent l'émergence irrésistible de la problé-
matique de l'un chez Aristote.

1. Comme on le sait, l'impossibilité que l'étant et l'un


soient des genres exprimant le caractère commun de toutes
choses, est expressément établie dans Métaph. B, 3, et dans
[ certains passages des Topiques 22 . Parmi les nombreux argu-
! ments, le plus décisif parait être celui qui dit que si l'étant
ļ et l'un étaient des genres, ils seraient prédicats de leur pro-

22. Top., IV, 1, 121al0 - 19; 6, 127a28; VI, 6, 144a31b4. Cf. Anal .
post. , II, 7, 92bl3ss.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 59

pre différence spécifique, alors même que le genr


être prédicat des différences existant entre ses esp
comprend, par là même, que la conception platon
l'étant et de l'un, qui fait de ceux-ci des genres co
des choses, conduit paradoxalement au monisme p
dien; car, comme l'explique Berti, étant prédicabl
tes les choses, ils devraient annuler les différences et
toutes les choses à une seule24. Cela nous renvoie, en d
à la onzième aporie, où cependant la pensée de Par
s'accomplit par le biais de la transcendance de l'ét
l'un. Dès lors, quelle que soit la conception qu'on s
de l'étant et de l'un, c'est-à-dire comme genre com
comme genre transcendant , la difficulté majeure s'in
leur réduction finale au monisme parménidien.
s'aperçoit de l'importance de la critique qu'Aristot
à cette pensée dans Phys . I, 3, et qui aboutit à la
possibilité du mouvement et à la multiplicité d
d'être de l'étant. Cela signifie que si l'étant et l'un
pas des genres, ils sont néanmoins, d'entrée de jeu
une multiplicité de genres25. L'éclatement de l'éta
l'un en multiplicité de modes et de genres, qui co
cœur de l'aristotélisme, est également le lieu mêm
sont toujours heurtés les interprètes de la Métaph
question qui se pose alors est celle de savoir comm
être réalisée Yunité du savoir, et donc une science

23. Meta ., B, 3, 998b22ss. Voir à ce propos, L. Robin, La théor


cienne des Idées et des Nombres d'après Aris to te, Paris, 1908, p
Aubenque, Le problème de Vêtre chez Aristote , Paris, 1962, pp
Berti, art. cit., pp. 98ss. ; ainsi que les commentaires de W.D.Ross,
In Metaph ., I, p. 235; J. Tricot, trad, de la Métaph ., pp. 140-41, n. 2.
24. E. Berti, art. cit., p. 99.
25. Cf. H. Bonitz, Index arist.9 378a 13ss. Mais plus particulièrement
Meta., r, 2, 1004a4-5; H, 6, 1045b5-7; Anal, post., II, 7, 92bl3ss. Voir
les analyses de P. Aubenque, op.cit., pp. 239-40; W. Leszl, Logic and
Metaphysics in Aristotle , Padoue, 1970, pp. 60ss.; E. Berti, art. cit., p. 100.

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60 Lambros COULOUBARITSIS

en tant qu'étant, compte tenu de cet é


y a ici une réelle difficulté, c'est que t
duire cette sorte de fragmentation en qu
de l'étant et de l'un risque d'aboutir, qu
à une platonisation d'Aristote, et donc
un pseudo-monisme. Ce point a été sou
part des interprètes d'Aristote. C'est p
l'un des moindres mérites des études d
et plus récemment de Leszl, d'avoir en
cette tendance réductionniste26. Ces cr
pertinentes parce qu' Aristo te ne cesse d
irréductible de cette multiplicité de m
que fonde sa doctrine de l'incommunic
Mais elles le sont pour une autre raiso
de la plurivocité de l'étant présente un
ment hétéroclite, puisque l'étant ne se
aux catégories, où l'on pourrait éventu
certain ordre28, mais concerne également
et en acte, l'étant au sens de vrai et le
faux, et même l'étant comme accident
requiert une indétermination29. Et nous
chose, mais dans un autre sens, peut ê
Or, si pour éviter l'écueil permanent q
la pensée de Parménide, Aristote se
tenir en quelque sorte à ses antipode
risque de compromettre en même tem
science de l'étant en tant qu'étant - qu

26. P. Aubenque, op. cit., pp. 190ss. ; E. Berti,


Aristotele , Padoue, 1965 et "Multiplicité et u
8", Untersuchungen zur eudemischen Ethik (Actes
telicum), Berlin, 1971, pp. 157 -84; W. Leszl,
27. Meta., A, 28; A, 4, 1070b3ss.; N, 2, 1089b7s
28. Voir à ce propos la tentative de J. Vuille
théologie. Cinq études sur Aristote , Paris, 1967.
29. Voir en particulier Meta ., E, 2-4.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 61

la visée explicite de la Métaph. ? C'est ce qu' Aub


cerné avec beaucoup de perspicacité, en constat
fois qu'on établit que "l'être n'est pas un genre"
tre part, "toute science porte sur un genre"30,
de conclure qu'"il n'y a pas de science de l'être"31. E
ainsi en question l'interprétation habituelle, qui,
cette scientificité de l'étant en tant qu'étant, r
les modalités de l'étant à l'étance - considérant
représenterait précisément un seul genre un - , Au
tit, comme on le sait, à la thèse qu'Aristote aur
dans sa tentative d'édifier une science de l'être
être, se contentant d'un discours dialectique.
que pour accepter les conclusions de pareille
faudrait d'abord montrer que toutes les tentatives
pour établir un autre type ďunité que l'unité génér
ent à édifier une science. Or, cette question ne
aussitôt surgir une question plus fondamentale
préalable à toute recherche concernant le statut
de l'étant en tant qu'étant, à savoir: qu'en est-il
de l'un en tant qu'un? Car, comment peut-on
quelconque unité sans d'abord s'enquérir du sen
te donne à ce terme et du statut philosophique q
à la notion même d'un? Paradoxalement, cette dernière
question a été systématiquement mise entre parenthèses par
les interprètes de la pensée d'Aristote, par Aubenque lui-
même ainsi que par Berti et Leszl. Et tous ceux qui s'y sont
attachés occasionnellement, c'est en vue soit d'étudier la
non-essentialité de l'étant et de l'un, pour ensuite confirmer
leur convertibilité réciproque, soit d'éclairer l'évolution de la
pensée d'Aristote, mais en présupposant toujours cette con-
vertibilité32. Or, tout porte à croire qu'aussi longtemps que

30. P. Aubenque, op. cit., p. 22.


31. Ibid. , p. 239.
32. La première perspective est celle de la plupart des commentateurs,

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62 Lambros COULOUBARITSIS

la question de l'un demeure dans l'ombre


par Aubenque reste incontournable. Car
l'étant n'est pas un genre mais une mult
irréductibles entre eux, une science de l'étan
est problématique, puisque la science, selon A
sur un seul genre. Cela signifie que toute
soudre le problème de la scientificité d
suppose une solution qui puisse fonder ce
dépit du caractère irréductible des différent
entre eux, et aussi à un seul mode. C'est c
l'interprétation traditionnelle s'est appliq
ment à réduire , d'une façon ou d'une autre,
des de l'étant à une seul mode, à savoir l
par là à la pensée d' Aristote des assises m
monistes que lui-même pourtant, comme
sens ambiguïté.
Or, cette question de V uniti recherchée
sée tout autrement; car il nous semble qu
une autre voie que celle qui force l'unité des
et qui ne vise plus à chercher l'unité imp
mais plutôt une unité éventuelle sur le p
voir. Autrement dit, la conception aris
science se réduit-elle exclusivement à la t
science que d'un seul genre, ou bien n'acc
quelques nuances susceptibles d'élargir l'un
d'autres genres également? Si cette derniè
n'a pas fait jusqu'ici l'objet d'une inves
possible, aussitôt renaîtrait un espoir de tro
nouvelle aux difficultés de la Mitaphysiq
venir à cette question de l'unité du savoi
de l'un qu'elle présuppose, il convient de
moments encore au livre des Apories, po

la seconde celle, en particulier, de L. Elders, Arist


One , Assen, 1961.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 63

cond point qui concerne le lien entre l'un et le nom


qu'il se manifeste dans la onzième aporie. Car il no
que cette question, qui s'enracine dans le lieu mêm
trouve son origine naturelle, cèle une brèche qui o
la problématique même de l'un.

2. En effet, une fois qu'Aristote a montré en quo


ception platonicienne de l'étant et de l'un conduit
diablement au monisme parménidien, il s'attaque
qui spéculant sur la grandeur, nie l'unité. Pour Zé
ne peut penser l'étant qu'en fonction de la gran
suppose à son tour la corporéité, tt donc la possibi
divisibilité. Seule la grandeur impliquerait additio
straction; au contraire, aucune addition ou soustractio
rait associée à l'unité et à ce qui s'y rapproche l
point. Aussi aurait-il conclut que si l'un-en-soi est ind
il n'est rien (B, 4, 1001b7-13). A quoi Aristote rép
type d'axiome est grossier, car il néglige le fait qu
sible peut bien exister dans le domaine du nombr
mesure où ajouté au nombre, il l'augmente sans qu
ait quoi que ce soit à voir avec la grandeur. Dès
problème n'est plus de savoir si l'un est ou n'est pas
semble bien exister, mais comment il peut se rapport
au nombre et tantôt à la grandeur, c'est-à-dire co
se comporte à l'égard des quantités discrètes et des
continues (1001bl3ss.). Par là même Aristote nous
d'une façon presque imperceptible, dans le domain
de l'un. Car, si une difficulté réelle apparaît ici, c'
façon platonicienne de penser l'un - comme genre
de quelque Dyade indéfinie impliquant l'Inégalité
et le Petit) ( 1 00 1 b2 1 -25) - a été rejetée auparavant
tement de l'un au même titre que celui de l'étant
aussitôt la délicate question de son statut et de sa f
Or, la critique adressée à Zénon laisse déjà percevo
central que devrait jouer, dans la problématiqu

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64 Lambros COULOUBARITSIS

la notion à' indivisibilité, et donc le proce


laisse également apparaître une chose
propre à l'un ne peut être réduit à cel
si l'un s'y enracine en quelque sorte pa
ce qui requiert une différence, déjà int
nisme, entre un (ev) et unité (jxováç).
nombre par rapport à l'un est import
que si l'un n'était que nombre, le réel
nisme arithmétique, retrouvant, d'une
parménidienne. Mais Aristote va plus l
que si, à l'inverse, l'un n'était pas, c'
du nombre qui resterait inexplicable
multiplicité des modes de l'un trouve u
tendue à travers le genre même de l'éta
il semblait se réduire, par l'éclatement
nombre et en grandeur. Poussant ains
dans ses derniers retranchements, et ce
me où il semblait s'enraciner, le Stagir
même et l'enjeu de ce dont il est quest
de la notion de genre . Car la question
de la critique adressée au monisme (ou
est celle de savoir ce qui assure, entre les
rences, ou dans un même genre, la dif
genres (comme le nombre ou la grandeu
ses espèces (comme le blanc, noir, rouge
Et cette question s'affirme avec d'auta
travers l'éclatement même du genre qu
qui est propre au nombre et celui qui est
se dessine la possibilité d'une mathém
l'arithmétique et la géométrie seraient les
Aristote se permet de comparer la philos
Ce double problème, celui du statut du
sagé dans son éclatement, et celui de

33. Cf. Meta., r, 2, 1004a2-9. Voir infra § 4Š

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 65

dépit de cet éclatement même, révèle aussitôt la p


sistible de la problématique de l'un.
♦ *
*

Une fois que l'essentialité de l'étant et de l'un est refusée


et que leur plurivocité générique est établie, la question de
leur rapport possible ne saurait plus être négligée. Car, parler
d'une pluralité de modes ou de genres requiert en même
temps une interrogation à propos de l'un et du multiple.
Autrement dit, l'affirmation par Aristote d'une multiplicité
immédiate de modes de l'étant lie aussitôt chacun de ces
modes à la problématique de l'un, en tant que s'impose
d'emblée la question de leur unité possible comme genres. Par
conséquent, l'horizon d'une convertibilité possible entre
l'étant et l'un s'esquisse, originairement, dans le fait même
de penser l'étant comme plurivoque et génériquement multi-
ple. C'est pourquoi on comprend que cette doctrine ait été
admise sans difficulté par l'ensemble des interprètes de la
pensée d' Aristote. Un passage de Métaph. T, 2, auquel nous
avons déjà fait allusion, sert bien cette thèse, puisqu'il y est
affirmé que

"l'étant et l'un sont identiques et d'une même nature, en ce qu'ils


sont corrélatifs l'un de l'autre (...)> sans qu'ils soient pour autant
manifestés dans une même notion-définition" (1004a2-9) u. A
quoi il ajoute, un peu plus loin : "l'un n'est pas une chose séparée
de l'étant" (1003b31 -32) et "autant il y a d'espèces de l'un,
autant il existe aussi d'espèces de l'étant" (1003b33 - 34).

Bien que dans ces textes la convertibilité de l'étant et de l'un


paraisse évidente, deux éléments nuancent une interprétation
stricte: d'abord, comme nous l'avons déjà signalé, s'il y a

34. Nous traduisons Xôyoç par notion-définition, pour éviter une inter-
prétation restrictive, comme le font les interprètes qui choisissent l'une
seulement de ces possibilités.
5

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66 Lambros COULOUBARITSIS

identité, il s'agit d'un type d'identité o


notions conserve sa spécifité propre, et
finition; ce qui veut dire aussi que mêm
sont pas séparés (^copiata), ils peuvent n
rents dans un certain sens. Ensuite, on
dernière formulation retenue ci-dessus,
c'est-à-dire que la plurivocité de l'éta
plurivocité de l'un, et non l'inverse. C
n'ont pas suscité jusqu'ici l'attention qu
vent en vérité une aporie réelle. Et cett
plus importante que les notions de "même
tre" (ëxepov) - c'est-à-dire d'identité et
lesquelles est pensée cette convertibilit
propre à la problématique de l'un. Cett
dans l'interprétation traditionnelle, qui
bilité entre l'étant et l'un sans autre fo
confirmée par d'autres passages où cette
C'est le cas notamment du passage corre
où Aristote nuance sa position en disan
"le fait que l'un et l'étant signifient en quelqu
chose, cela résulte clairement de ce que l'un
des catégories et n'est spécialement en au
n'ajoute aucune attribution supplémentaire.

Mais un passage du 1 . Z, 4 qui traite de la


loin encore: soulignant que toute énonc
cessairement une définition, dans la m
seulement un certain type d' énonciati
chose une (èvóç), Aristote affirme que c

"n'est pas une unité par continuité, comme l'es


ou tout ce qui est relié par un lien, mais en
l'un, et l'un se dit comme l'étant, et celui-ci si
tantôt la qualité, tantôt encore la quantité"

En d'autres termes, Aristote distingue n


deux perspectives de la problématique d

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 67

à deux types bien différents de l'un: d'une p


correspond à la continuité et, d'autre part, l'un q
latif aux différentes catégories. Cette distinction
suscité non plus jusqu'ici l'attention qu'elle méri
tant, nous le verrons, au cœur de la problémat
On retiendra, pour le moment, qu'Aristote lie l'
dans un sens qui est celui du discours categorial , ma
de la signification. Cela voudrait dire aussi que l'
duit pas nécessairement ou a priori à cette persp
porte vers d'autres horizons possibles de la p
question, qui nous situe de nouveau au centre de
de l'un, nous autorise à poser comme hypothès
que, s'il est vrai qu'Aristote accepte une certaine
lité entre l'étant et l'un dans l'ordre des catégori
même dans l'ensemble des modes d'être de l'étant ou dans
une partie d'entre eux, rien ne permet a priori d'étendre cette
correspondance à toutes les formes de l'un. Pour approcher
cette énigme de sa pensée, une mise au point supplémentaire
s'impose néanmoins.
Les trois passages successifs que nous venons de parcourir
appartiennent chacun à un autre contexte de la Métaphr.
le premier apparaît au fil d'une interrogation de l'étant en
vue de rendre possible une science de l'étant en tant qu'étant;
le second arrive comme conclusion d'une recherche concer-
nant l'un comme tel; le troisième se donne à propos d'une
question portant sur le statut de l'étance et sa définition. Il
s'agit là de trois problématiques bien différentes qu'on pourrait
résumer par trois expressions: ontologie, hénologie et ousio-
logie. Que la problématique de l'un émerge en chacune de
ces problématiques comme une problématique fondamentale,
voilà ce qui suffit pour percevoir la nécessité de sa clarifica-
tion. Mais du même coup, on comprend que sa présence
accompagne tout l'itinéraire de la Métaph . Nous découvrons
peut-être là des points de répères nouveaux pour la saisie
d'une certaine unité de ce texte tant controversé. Aussi espé-

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68 Lambros COULOUBARITSIS

rons-nous revenir bientôt de plus près


Dans les lignes qui suivent, nous nous co
ces textes dans leur contexte en vue surtout de mettre en
évidence la différence entre l'étant et l'un, pour relever en-
suite, d'une façon plus décisive, la spécificité de la problé-
matique de l'un. Cette recherche nous permettra en même
temps de jeter quelque lumière également sur la question de
Yunité du savoir dans la Métaph .

3. Le rcpôç ëv et V unité du savoir

Comme on le sait, après avoir annoncé, au 1. T, 1, de la


Métaph ., qu'il existe une science qui étudie l'étant en tant
qu'étant et les attributs qui lui appartiennent essentiellement,
Aristote entame, au ch. 2, la clarification de l'étant à tra-
vers sa plurivocité. Cela l'oblige à introduire, à côté des
rapports homonymiques et synonymiques entre les choses,
un troisième rapport possible, le rcpòç ëv, qui se tient entre le
caractère plus ou moins verbal du rapport homonymique et
le caractère plus ou moins univoque du rapport synonymique.
Autrement dit ce nouveau rapport atteste une structure lo-
gique qui cherche à éviter une double difficulté: d'une part,
un rapport purement formel ou verbal qui risque de rendre
impossible toute unité entre des choses dites par un même
mot et, d'autre part, un rapport strict qui risque de tout ré-
duire au monisme. Cela ne veut pas dire cependant que l'ho-
monymie ne permette aucune unité ni, à l'inverse, que la
synonymie ne puisse accepter quelque forme d'irréductibi-
lité. La pensée d'Aristote nous semble extrêmement nuancée
en ce domaine, au point que même la notion de rcpòç ëv, si
importante pour notre propos, ne peut être envisagée d'une
façon univoque et sans précautions. Les analyses de Leszl,
à ce sujet, nous semblent fort suggestives, décisives même,

35. Dans un livre consacré à l'ensemble de la Métaphysique .

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 69

bien qu'elles doivent encore être approfondies et prol


Comme dans leur grandes lignes elles suffisent p
propos, nous ne nous occuperons de cette questio
pour compléter son point de vue, ou encore pour
fier. Ce qui nous semble encore en attente dan
de Leszl, c'est la portée de ce qu'il dit pour l'étude
cienne des principes, et donc aussi pour la possib
science de l'étant en tant qu'étant. Pour rendre
notre propos, nous prendrons comme point de dé
clarification du nouveau rapport logique qu'institu
ev, l'exemple même dont se sert Aristote pour l'
au début du 1. T, 2.
Pour élucider l'étant en tant qu'étant, le Stagirite s'appuie
sur le rapport entre tout ce qui est sain et la santé, ainsi que
sur le rapport entre tout ce qui appartient au médical et à
la médecine. Il constate que tout ce qui est sain se rapporte
à la santé en tant qu'une chose une, et tout ce qui appartient
au médical se rapporte à la médecine comme une science une.
Le choix de ces exemples, qui appartiennent à des contextes
assez rapprochés, n'est pas une coïncidence, puisque le pre-
mier concerne les choses et le second le savoir. Cependant,
dans les deux cas, le rapport en question évite bien deux si-
tuations diamétralement opposées: d'une part, que ce rapport
concerne seulement un effet purement verbal et, d'autre part,
que la santé ou la médecine constituent des genres dont le
sain ou le médical seraient les espèces. Que le rapport en
question ne soit pas purement verbal ou même un rapport
dû au pur hasard37, c'est évident, puisque ce qui est sain se
rapporte à la santé parce que "telle chose la conserve, telle
autre la produit, telle autre encore en est le signe et telle
autre enfin est capable de la recevoir" (1003a34-bl). Autre-

36. W. Leszl, Logic and Metaphysics in Aristotle , Padoue, 1970.


37. Voir par exemple Eth. Nic., I, 6, 1096b26. Cf. W. Leszl, op. cit.t
pp. 99ss.

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70 Lambros COULOUBARITSIS

ment dit, le rapport entre ce qui est sain


un ensemble de manifestations réelles. Et
cisément, le statut du rapport de ces m
une aporie fondamentale que cherche à
tère logique nouveau retenu par la form
rapport ne concerne pas seulement le r
en l'occurrence, la santé, mais peut êtr
au savoir: le médical se dit "de ce qu
médecine, de ce qui aussi y est naturell
core de ce qui est l'œuvre de la médeci
comme l'explicite plus clairement enco
du 1. Z, 4:

"les diverses acceptions du terme 'médical'


une et même chose mais ne sont pas une et
n'étant pas cependant non plus identiques
homonymiques ; car, le terme 'médical' qu
activité et un appareil non pas de façon
conformité à une chose, mais relativement
OÕT6 ôjiœvùjiœç oöte KCX0' ëv àXXà rcpòç ev

Dans ce passage, Aristote ne fait ce


l'art médical, comme dans le passage
explicitant un ensemble de fonctions "
surtout l'œuvre de la médecine. Cela
le savoir, en l'occurrence, n'est pas i
objet ou de ce qu'il met en œuvre (dans le cas parti-
culier d'une technè , comme ici). Nous verrons que cette
précision est importante, puisqu'elle révèle, à ses yeux, qu'un
savoir ne peut être mesure de quelque chose, mais est plutôt
mesuré par cette chose même. Et ce qui assume cette mesure
n'est autre que la notion ďun. Mais pour le moment, retenons
surtout l'existence de ce rapport nouveau que constitue le
rcpôç ëv et qui n'est, dit Aristote, ni un rapport conforme

38. C'est pourquoi on parle à ce propos d'homonymie "intentionnelle"


(ô^iœvujiia ànò ôiavoíaç). Cf. W. Leszl, op. cit., p. 100.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 71

à une chose (icaO' ëv), ni un rapport homonymiq


jxcôç). Selon ce rapport, tant les choses saines qu
médicales se rapportent respectivement à la s
médecine tout en ri étant rien en eux-mêmes, ni de
de la médecine. Bien que le rapport institué par
semble relever de plusieurs possibilités, comme
Leszl39, nous pensons qu'en l'occurrence il vis
nuancer l'opposition stricte entre synonymie et h
telle qu'elle apparaît dans le traité des Catégories 40
recueillir un ensemble de rapports qui ne rentr
l'une ni dans l'autre. Aristote fait également us
types de rapports logiques, comme par exemple
tion (ècpeÇfjç) et Y analogie - qui cependant ne p
rapprocher les choses selon une structure propo
sans jamais les rapporter à une chose unique4
est-il que le but du rapport institué par le rcpòç ëv
l'univocité propre au rapport synonymique tou
pant à l'unité selon l'homonymie. Son intérêt ré
fait qu'il peut également expliquer les rapports e
rents genres de l'étant42.

39. W. Leszl, op. cit. , pp. 120 - 26.


40. Sur cette question de la synonymie et de l'homonym
1, voir en plus de Leszl (< op.cit ., pp. 85ss.), J. P. Anton,
of ó À-óyoç xfjç oòaíaç in Categories 1 A", Monist , 52, 1968,
"The aristotelian Doctrine of Homonyma in the Categorie
tonic Antecedents", Journ. of the Hist, of Philos ., 4, 1968, p
41. Comme on le sait, la thèse de "l'unité analogique de
certains milieux scolastiques ont attribué à Aristote, sur
lecture de quelques passages de S. Thomas d'Aquin (par exemple, In
Metaph. XI (K), n° 2197) a été mise en question par P. Aubenque: Le
problème de l'être chez Aristote , pp. 242 - 43 ; "Les origines de la doctrine
de l'analogie de l'être", Les Études philosophiques , n° 1, 1978, pp. 3 - 12.
Voir aussi E. Berti, L'unità del sapere in Aristotele , Padoue, 1965, p. 127;
W. Leszl, op.cit ., pp. 126ss.
42. Pour mieux discerner en quoi le rcpòç ēv ne saurait impliquer
l'univocité propre au rapport synonymique, qu'il nous suffise de rappeler

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72 Lambros COULOUBARITSIS

"L'étant, dit Aristote, se dit de plusieurs fa


de manière homonymique, mais relativemen
certaine nature (rcpòç ëv Kal jiíav nvà cpíxr

C'est du reste en cet endroit qu'il illust


exemples du sain et du médical: tout
modes du sain se rapporte à la santé et

que ce dernier rapport lui-même est plus comp


première vue. Car, une fois qu'on tient compte
Aristote, d'une réduction au monisme éléatique
platonicien, le rapport synonymique entre genr
pensé au travers de l 'unité propre à chaque chos
considérer en chaque chose une multiplicité d'un
(cf. Meta., B, 6, 1003a6ss. ; Z, 13-15; M, 10). Ce
que tout comme l'induction produit l'universel
liers (par exemple Top., I, 12, 105a 13 - 14; Anal
étude "Y-a-t-il une intuition des principes chez
de Philos., 133 - 134, 1980, pp. 440 - 71 ; 443ss.),
doit être envisagée en partant du particulier v
et non inversement. Les genres, dit en effet Aris
yopeïiai) aux espèces d'une façon synonymique
120b36ss.; 3,123a28; 6,127b5). A ce titre, l'appa
catégorie ne requiert pas nécessairement une c
qui explique au demeurant que des choses sans
vertu et la couleur peuvent appartenir à la mêm
tout comme appartiennent à la quantité le nomb
l'étance, Dieu, l'homme et les quatre éléments.
appartient au domaine de la métaphysique, est
sont inanimés mais mobiles, l'homme animé et
mais immobile. Cela montre qu'en dépit de leur
catégorie de l'étance, aucune communauté absolu
sens de l'unité selon l'ècpeÇfte - T, 2, 1005a 10 - 1
dérivation ou émanation), n'est strictement possib
étances - comme l'a montré Leszl contre Colle,
cit pp. 140ss.). C'est qu'Aristote n'envisage pas
sens où Platon considère l'un et l'étant, mais seu
Mouvant Immobile et Séparé (cf. P. Aubenque, Le p
Aristote , pp. 305ss.), et comme étance numériq
simple, et selon l'acte (A, 7, 1072a31). En écarta
nicienne du genre - c'est-à-dire du genre à la f

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 73

du médical à la médecine, ainsi également chacun de


l'étant se rapporte à un principe (ãnav Tupôç ļiiav apxr

"telles choses sont dites des étants parce qu'elles sont des
telles autres parce qu'elles constituent un chemin vers l'
ou même des corruptions, des privations, des qualités, de
productrices ou génératrices des étances ou des choses dites
relativement à l'étance (tg&v rcpòç xfjv oòaíav Xsyo^iévíov) . . ."
(1003b6-10; cf. a34-bl0).

En d'autres termes, prolongeant son analyse du sain et du


médical du côté de l'étant, il commence par relever qu'un

cendant - . il s'est vu contraint non seulement de multiplier l'étant en


une multiplicité de genres, mais aussi de penser un rapport d'attribution
de ces genres de façon telle que leur détermination soit entièrement tri-
butaire - c'est-à-dire de façon synonymique - de la nature de la chose
(ëKacrcov) à laquelle ils s'attribuent. En ce sens, la problématique de
l'étant se laisse sans cesse préciser par l'exigence de V unicité propre à la
chose attribuée. D'où il s'ensuit que même sur le plan de l'unité propre
à la synonymie, la problématique de l'un apparaît comme la condition
même de toute réflexion sur la synonymie. Dans ce contexte, l'unité re-
quise se tient en fait aux antipodes de l'unité propre à l'homonymie,
qui s'appuie le plus souvent sur une communauté linguistique (koivóv) et
sur un universel confondu (auyKSxoLiévov) , que précise le processus non
plus d'induction mais de division. Ce processus cependant, qui constitue,
nous le verrons, le mode par excellence où se déploie la problématique
de l'un, ne se limite pas à la seule unité par homonymie, mais concerne
tout ce qui a rapport à l'un, dont l'essence se lie à l'in-divisibilité. Cette
mise en question du caractère absolu de la synonymie à l'intérieur des
différents genres de l'étant rend aussitôt plus aisée la saisie de l'absence
de tout rapport synonymique entre les différents genres de l'étant.
Pour une première esquisse du caractère méthodologique de la notion
de division , nous nous permettons de renvoyer à notre livre sur la Phys .
déjà cité (n. 4), et notamment à notre lecture de la partie initiale du
traité et à son application au devenir, au mouvement et au changement
(pp. 76-91; 162 -65; 213-18; 296 - 301; 308- 15). Voir également
ce que nous disons sur la méthode propre à V Éthique dans "Le problème
de la proairésis chez Aristote", Annales de VInst. de Philos, de VUniv. de
Bruxelles , 1972, pp. 7 - 50 et "Le statut de la techne dans les Éthiques aris-
totéliciennes", Actes du 19e Congrès des S.Ph.L.F. (à paraître).

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74 Lambros COULOUBARITSIS

ensemble de choses se disent des étants


parce qu'elles sont des étances, soit parce q
à l'étance tout en n'étant pas en elles-mê
l'ensemble de ces manifestations de l'ét
chose de réel et donc ne se réduirait pa
d'homonymie, tout en n'impliquant pas
verse, un pur rapport de synonymie. Et
texte l'indique, cette forme d'unité int
susciter un savoir correspondant, plu
science qui ne se limite pas au sens habit
à-dire à celle qui s'épuise dans un rappor
synonymiqueē Par là même Aristote re
l'étant les deux éléments retenus dans
et le savoir. En ce sens, il paraît bien c
même, puisque la visée de son analyse é
l'émergence de la possibilité d'une scienc
qu'étant.

De même, dit-il, qu'il existe "une science pour toutes les choses
saines, de même aussi il en est pour les autres cas; car non seule-
ment l'étude des choses qui se disent selon une chose (tõ>v ica0'
ëv Àsyojiévcûv)43 relève d'une science, mais également l'étude
des choses qui se disent relativement à une nature (kou tô&v rcpòç
jiíav Xsyojisvoov (póaiv). En effet, ďune certaine façon (ipÓTTOV xivà)
ces choses aussi se disent selon une chose (A^yexai Kaô'ëv) . Il est donc
manifeste que l'étude également des étants en tant qu'étants re-
lève d'une science. Or, dans tous les cas et d'une façon principale,
la science traite de ce qui est premier, de ce dont les autres choses
dépendent et aussi de ce par quoi elles sont dites. Si donc cela
c'est l'étance, c'est des étances que le philosophe devrait appré-
hender les principes et les causes" (1003b 10- 19).

Dans ce passage capital, où est affirmée la possibilité même


d'une science de l'étant en tant qu'étant, en dépit de la con-
ception habituelle de la science d'après Aristote, s'inscrit en

43. C'est-à-dire en conformité avec la chose, ou encore d'une façon


synonymique.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 75

même temps la nécessité d'une étude de l'étance co


c'est-à-dire l'ousiologie. Or, cette possibilité s'acco
une concession majeure de la part du Stagirite: n
ment il se permet d'introduire un nouveau typ
entre l'unité selon l'homonymie et l'unité selon la sy
mais fait correspondre à cette nouvelle forme d'
science qui, pour ainsi dire, transgresse l'irréduct
différents modes de l'étant. En comblant en quel
la distance entre l'homonymie et la synonymie, l'
pre au Ttpòç sv agit comme si elle était une unit
synonymie. Cependant, il faut le souligner, ce typ
d'unité ri est pas une unité du type synonymique,
cèle en même temps en elle quelque chose de l'ho
si ce n'est déjà dans l'usage des termes. Bien sûr, l
qui se pose est de savoir si cette transgression de l'us
tuel de la conception aristotélicienne de la scienc
time, puisque ce qui est transgressé ici, c'est la con
la science telle qu'elle est établie dans les Anal . post.
et qui concerne, comme on le sait, la démonstrati
dant, si l'on fait bien attention, on constate que
lon le rcpòç sv concerne principalement des notions à
re principiei et ultime, c'est-à-dire qui appartienne
telles non pas au contexte de la démonstration, m
d'une "science" des principes44. C'est pourquoi ce

44. Pour cette question voir notre étude "Dialectique et P


chez Aristote", í>i^oco<pía, 8-9, 1978 - 79, pp. 229 - 56. Il es
utile d'ajouter ici, à ce que nous disions dans cet article, qu
qui paraît accomplir le pont entre les Anal. post. (I, 7 - 11) e
(r, 1-8), c'est celle de dialectique. Car, comme on le sait, au
I, 11, des Anal, post., Aristote souligne au sujet des principes
que la dialectique communique avec toutes les sciences, car
pas limitée à un seul genre, sans quoi elle ne procéderait pas
gation (77a29 - 32). Comme l'indique E. Berti (L' unità del sap
totele , p. 38; cf. aussi p. 46 n. 98 et 99), cela indique que l
réalise par rapport aux principes un rapport différent de c
tiennent les sciences démonstratives et particulières. Mais Bert

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76 Lambros COULOUBARITSIS

trouve ici, dans Mêtaph . T , 2, n'est pa


la pensée d'Aristote, puisque tout le traité
par cette sorte de transgression: non s
méthode mise en œuvre s'appuie sur un
mie45, mais plus fondamentalement par
dalités du devenir, du mouvement et d

les conséquences de cette constatation, car, lor


parallèle de la Mêtaph. (r, 2, 1004b 18 - 26) -
ment analysé dans l'article précité - , il rejoin
considérer que l'allusion d'Aristote à une science
cipes communs se rapporte aux autres penseu
chaque fois que les interprètes ont cru aperce
allusion à la philosophie , comme par exemple Tr
c'est pour donner une interprétation néoplato
{op. cit., pp. 46 - 49). En vérité, on peut interprét
ber nécessairement à la tentation d'une interp
suffit de se rendre compte que dans les Anal. pos
de principes au sens d'axiomes et d'une dialect
d'interrogation - ce qui constitue l'essence
d'Aristote. Au contraire, dans la Mêtaph ., la que
plus d'ampleur: la dialectique n'est utilisée que
façon réfutative, ces axiomes, tandis que pour
principes, Aris to te introduit la philosophie -
du terme (r, 2, 1004b25 - 26). Gela veut dire q
pes, la philosophie complète la dialectique ou, s
tue à elle, sans pour autant perdre ses prérogativ
communiquer avec toutes les sciences et donc
seul genre. C'est cette nouvelle conception de la
des principes, que parvient de réaliser Aristote
ëv. Cela nous permet de dire, pour terminer, qu
une interprétation néoplatonisante, d'interpr
d'Aristote comme s'il ne s'adressait qu'à des pr
que l'argumentation du Stagirite est bien positi
tique de ses prédécesseurs, sa propre pensée, d
duit l'étance contre les uns (Sophistes) et la pr
vement à toutes les autres notions contre les au
45. Voir n. 42 ci-dessus et notre livre déjà cit
l'avons déjà signalé à cette occasion, c'est to
principes qui attend encore d'être clarifiée che

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 77

s'accordent à des modes d'être de l'étant différents, s


diés par la même science, dont l'objet principal es
Vétance en devenir et en mouvement46. Cela n'em
pour autant à la Physique de prendre le statut de
Mais il faut bien le souligner, il s'agit là d'une sc
se déploie principalement sur le plan des principe
nous autorise à dire que, pour Aristote, rien ne s
l'institution d'une science des principes où plusie
lités de l'étant s'enchevêtrent, à condition de rapport
ces modalités à une entité première, selon un rapp
sur une unité du type rcpòç sv. Autrement dit, s'il e
soute science doit porter sur un genre, il n'est pas m
que dans le cas des principes, qui constituent une
science de science49, Aristote nuance ce point de v
nouvelle forme d'unité, le rcpòç sv. De sorte qu'en
que les choses qui se disent relativement à une nature
d 'une certaine façon selon une chose (xpórcov uva Äiys

46. Meta. , E, 1, 1025b26 -28.


47. Comme nous l'avons montré dans notre étude qui lui es
48. Gomme cela apparaît dans ce qui est dit au début des
I, 1. Mais cela est vrai pour la plupart des traités que nous
d'Aristote (cf. notre article "Dialectique et Philosophie che
op. cit.y pp. 243ss.).
49. Non pas au sens d'une démonstration de la démonstra
post. y II, 19, 100b 12 - 14), mais au sens de ce qui est dit
quand Aristote dit que "toute science n'est pas démonstrat
mesure où la science des principes est indépendante de la dé
et se comporte comme si elle était "principe de science" (I, 3
sans pour autant être la science de toutes les choses (9,
Cette science de science concerne plutôt des principes et de
par exemple Meta., B, 2, 996al9; 997al5 - 25; r, 3, 1005b5 -
1025b6; M, 2, 1076b36). Cela veut dire aussi que lorsqu'il af
terme de Meta. E, 1, l'universalité de la théologie, celle-ci
être comprise que sur le plan des principes en tant que tels
en dehors de toute considération démonstrative. D'où, une f
l'importance d'une méthodologie des principes qui soit tou
la méthode de la démonstration des Anal. post.

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78 Lambros COULOUBARITSIS

(r, 2, 1003bl4-15), il tient à mettre en reliefi


du type rcpòç ëv peut jouer, dans le domaine
principes - comme elle se déploie dans la Phys
ou encore comme elle est parfois annoncé
mathématique générale - , un rôle analog
l'unité du type Ka0'ev dans le domaine de
sans pour autant se réduire complètement
de rapport, sans quoi on ne verrait pas pourq
pris tant de mal pour introduire le rcpôç ëv.
réalité ici, c'est quelque chose de proche de
pour la méthode qu'il utilise dans l'ensemb
caractère scientifique et qui ne correspond
l'a signalé depuis longtemps, à la science (dé
que l'instaurent les Anal . post . Gomme n
semble-t-il, montré ailleurs50, cette métho
mentale, car elle correspond à l'institution
mes de la science démonstrative: à une sci
aussi limitée que la démonstration et qui
dans un champ composé d'une multiplicité
cependant se rapportent selon l'unité rcpòç ë
cipal. Par cette forme d'unité nouvelle, co
maine des principes, Aristote transforme l'u
en une unité qui est d'une certaine façon s
cependant se réduire à la synonymie prop
en élargissant de cette façon sa conception
ouvre en fait la voie vers l'édification d'un
mière, après avoir rendu possible l'institut
physique51. D'ailleurs, le rapprochement e

50. Voir notre article "Dialectique et Philosophie c


cité.
51. Ici se pose la question du rapport chronologi
Métaph. Aussi utilisons-nous avec prudence la form
Encore que beaucoup d'indices (les quatre causes
est dit de la "physique" dans les 1. T, 3 et E, 1, l'e
des 1. Z,H,@, et peut-être même quelques points du

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 79

première" et "physique" est plus étroit encore, puisqu


girite considère la physique comme une sorte de "p
seconde" et affirme même que s'il n'y avait pas d'é
mobile , la physique serait la philosophie première, et
séquent, serait également une science universelle en
première, c'est-à-dire aurait pour fonction d'étudi
que doit étudier la "philosophie première" (Me
1005a34-b2).
Cette constatation nous paraît importante pour p
raisons. D'abord, parce que, contrairement à la tent
ditionnelle de fonder cette science principielle et son
lité en forçant, d'une façon ou d'une autre, la réducti
tes les modalités de l'étant à l'étance, et de celle-ci
suprême52, Aristote situe d'abord ces questions sur le
thodologique. Ce n'est pas en effet Y objet du savoi
détermine la scientificité et l'universalité de la philos
mière, - puisque même en l'absence de Dieu, un
phie première et universelle serait possible - , mais Y
l'objet en fonction de cadres logiques déterminés et

tine antériorité de la Phys. Mais la question pourrait se po


Mêtaph. elle-même, que nous utilisons ici comme si elle app
la même époque. En réalité, Aristote n'a pu composer une t
d'un seul trait, ce qui ne signifie pas que celle-ci n'ait pas ét
au profit d'une visée unique et unitaire. Nous laisserons cepe
question entre parenthèses, parce que nous pensons que la pr
sidération par la présente étude de la question de l'un, traditi
négligée, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour l'int
de l'ensemble du texte. De plus nous attendons avec impati
sultats des analyses informatiques de ce texte, entreprises par
avant de nous prononcer plus directement sur cette question.
comme on l'aura constaté, nous négligeons systématiquemen
K de la Mêtaph . pour les raisons que l'on peut trouver dan
les plus récentes à ce propos, publiées dans les Actes du 9e S
Aristotelicum : Zweifelhaftes im Corpus aristotelicum , ed. P. M
Wiesner, Berlin-New York, 1983.
52. Les interprétations les plus radicales dans ce sens sont
Merlan, Owens et Reale.

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80 Lambros COULOUBARITSIS

tions particulières. Or, la mise en forme d


lables révèle également que, contrairem
notamment Aubenque, rien ne s'oppose ré
tution d'une science de l'étant en tant
approfondissement de l'étance, à condi
soit envisagée comme principielle et que l
en fonction d'une unité relative à une c
nature (jiiav xivà q>i><Tiv) qui n'est autre
tout le problème consiste à fonder la scient
Il s'agit là de l'objet principal des livres
ploie l'ousiologie. Mais c'est là aussi une
la présente étude, bien que l'itinéraire de c
de façon de plus en plus décisive, la pr
poussant en quelque sorte, comme par
ex professo au 1. Iota53. Nous nous conten
ce qui précède, en abordant l'analyse du
la problématique du rcpòç ëv.

Lorsqu'il revient, au 1. Z 4, à la quest


unités possibles, pour préciser l'analyse
ne s'applique plus à éclairer le statut de
en tant qu'étant, mais s'emploie à déplo
concrète, son contenu. A cette occasio
seulement à montrer le lien entre l'étance
étend, d'une certaine façon, l'étance et la
catégories, leur assurant par là leur statu
un certain point, indépendant. Dans cet
vent en fait les assises philosophiques d
sciences particulières, et se concrétisent
du 1. E, 1 (1025b3-16). C'est pourquoi Y
finition se précise relativement aux diffé

53. Nous abordons très rapidement cette q


paragraphe, mais nous y revenons dans une étu
du devenir dans les livres Z et H de la Métaphy
Métanges offerts à Paul Moraux.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 81

ceci au détriment d'autres formes d'unité, - comme


exemple, qui implique la continuité - , qui, nous le v
marquent le débordement de la problématique de l'u
du champ exclusivement catégorial. Cette concentrat
problématique de l'un sur un seul type d'unité, qui
qui se rapporte à la définition, ne doit pas nous fair
de vue ce fait qu'Aristote relie les différents modes de
tels qu'ils sont réinterprétés au travers de l'étance
définition, par leur référence à l'étance proprement di
le rapport rcpòç ëv. Et ce lien s'accomplit bien entre de
qui sont génériquement différentes, puisqu'elles le s
lement par la quiddité et la définition. Ainsi appar
nouvelle manifestation de la problématique de de l
ne coïncide ni avec l'un propre à la définition, ni a
propre à la continuité. Nous verrons qu'alors que c
dernières perspectives de la question de l'un constit
modes de l'un, étudiés dans le 1. Iota, la perspective
ëv n'est pas reprise par Aristote parmi ces modes, s
ainsi une réelle aporie.
Mais il y a plus. Il convient en effet de souligner q
Z introduit un quatrième aspect encore de la problé
de l'un: l'unité même de l'étance comme composée de
et de forme. Cette unité, comme auparavant celle de
nition, exclut une unité par liaison ou continuité (comm
qui régit un amas de choses), au profit d'une unité plus
mentale, qui relie les éléments de la chose en produi
toute nouvelle chose, tout comme la syllabe formée des
produit une réalité nouvelle par rapport à celles-ci5
unité, qui assure à l'étance son statut propre, en par
son caractère principiei, manifeste également une
d'accès qui est tout autre que la recherche proprem
ou l'enseignement, et que nous pensons être la division

54. Meta., Z, 17, 1041bllss.


55. En effet, Aristote parle d'un mode de recherche qui n'est ni de
6

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82 Lambros COULOUBARITSIS

porte à croire, en effet, que le division


appropriée pour l'appréhension des choses
visibles56. Ce qui fait apparaître une fo
indubitable de la problématique de l'un
celle de l'étant. Mais, en vérité, le point le
problématique apparaît au 1. H qui suit
l'unité émerge peu à peu à travers la
puissance et de l'acte, ainsi que dans tous l
sition, pour aboutir, au terme de l'anal
même du statut de l'unité d'une chose (ch. 6). Cette
explicitation, qui met en œuvre les notions de puissance et
d'acte, appartenant aux modes de l'étant, ouvre à la nécessité
de leur élucidation plus décisive. Cela conduit Aristo te à l'im-
portante analyse du 1. 0, consacrée précisément à ces notions,
et qui précède la thématisation de l'un.
Intégré ainsi dans ce contexte général, le passage du 1.

Tordre d'une îecherche proprement dite (cf. Eth. Nic., VI, 9), ni de
l'ordre de l'enseignement (Meta., Z, 17, 1041b9- 11), que les interprètes
réduisent à l'intuition. Mais, en l'occurrence, il ne peut s'agir d'intuition,
non seulement parce que cette notion est inexistente en tant que telle
chez Aristote (cf. notre étude: "Y-a-t-il une intuition des principes chez
Aristote?", Rev. Intern, de Philos., 133 - 34, 1980, pp. 440 - 71), mais parce
que la chose "simple" ne saurait pas rentrer dans le domaine d'une quel-
conque forme d 1 epagoge, dans la mesure où celle-ci pioduit un universel.
En l'occurrence l'étance n'est pas un quelconque universel (Z, 13 - 14).
Or, si l'on fait attention à la problématique qui clôt le 1. Z, 17, on con-
state qu'il s'agit de penser l'étance par rapport à ses éléments (qui lui
sont spécifiquement différents). Or, cela n'est possible que par la division
de la chose "simple" en ses parties, c'est-à-dire en ses éléments. C'est
tout le problème des indivisibles qui se tient ici dans l'arrière-fond de
l'analyse d' Aristote (rappelé ici en passant: 1041al8- 19), et qui, nous
le verrons, constitue le cœur même de la problématique de l'un. Sur la
portée méthodologique de la ôiaipeaiç, voir Anal, post., IV, 5, 91bl2; 13,
97a23; Meta., Z, 12, 1037b28; De anima, I, 1, 402a20. Sans oublier
l'application de cette méthode que l'on trouve dans ses œuvres "biolo-
giques".
56. Nous y revenons plus loin.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 83

Z, 4, où les différents modes de l'étant sont pensés


rapport selon l'unité du type rcpòç sv, s'éclaire mieux
d'une part, d'étendre tout ce qui concerne l'étance
autres modes de l'étant et, d'autre part, d'approfondir
comme telle. L'unité du type rcpòç sv sert le prem
thèmes, tandis que l'unité propre à l'étance, défini
fondée au 1. H, est au centre du second. Dans ces co
l'usage qui est fait du rcpòç sv au 1. r, 2 et celui qui e
dans ce texte sont bien différents, puisque dans le
cas, il ne s'agit que d'esquisser les cadres dans lesq
science de l'étant en tant qu'étant est possible, tan
dans le second, c'est cette science qui se précise et
dans son contenu même. Ce qui permet en fait la m
entre ces deux textes, c'est l'analyse capitale du 1
laquelle Aristote associe ontologie et hénologie. C'est p
avant de pénétrer définitivement dans le contexte
raît le troisième texte retenu ci-dessus, et donc où
la problématique proprement dite de l'un, il nous sem
de nous arrêter quelques instants sur cette questio

4. L'émergence conjointe de l'ontologie et de Vhénologie

Après avoir indiqué, au 1. r, 2, le rôle central de


dans la constitution d'une science de l'étant en tant
ouvrant par là même la voie vers l'instauration d'u
logie, Aristote paraît curieusement revenir à sa not
tuelle de la science, en dépit de toutes les précautio
préalablement grâce au rcpòç sv.

"Comme, d'autre part, dit-il, pour chaque genre il n'y


sensation d'une chose et une science, comme par exemple la
Grammaire qui tout en étant une science unique étudie tous les
sons, il s'ensuit également que toutes les espèces de l'étant en tant
qu'étant seront étudiés par une science génériquement une, ainsi
d'ailleurs que les espèces des espèces" (r, 2, 1003b 19-22).

Mais il va sans dire qu'après l'instauration du rcpòç ëv, ce re-

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84 Lambros COULOUBARITSIS

tour ne peut plus avoir exactement le mê


On découvre seulement ici l'usage d'un m
même structure générale, adaptée aux
sujet57. Autrement dit, par ce retour, Ar
gnifier que la science de l'étant en tant
fondée sur la pure synonymie, mais se
rait perdre de vue que l'unité propre
mais tout autrement, au rapport entre ge
dire à un rapport qui n'implique pas u
tout en assurant quelque unité à des ent
entre elles et appartenant à un autre or
ment homonymique. Cela veut dire qu
de vue méthodologique, envisager ici l'
une sorte de genre général, une sorte d
que l'on peut diviser en des parties qui ne
ment des parties réelles, ni, à l'inverse
homonymie, mais plutôt des modes d'ê
mode d'être plus fondamental et en que
La suite du texte confirme ce point de vu
ciant profondément l'étant et l'un. M
verrons immédiatement, cette associati
façon que la fondation se réalise en parta
tant qu'un et non pas de l'étant. Ce gl
l'analyse d' Aristote, qui n'a pas suscit
qu'elle mérite, nous paraît d'une très gran
tant plus qu'il fait voir que l'un, qui au d

57. Sur cette question d'adaptation du langage


de la nature du sujet traité, voir H. Wagner, Ari
trad., comm., Berlin, 1972, p. 486; mais surtou
lution d' Aristote en psychologie , Louvain-Par
aussi notre livre déjà cité pp. 62ss.
58. Meta., T, 2, 1003b22 - 26. On peut rappr
dit dans Phys. I, 1, où cependant la question
profit d'une unité homonymique. Voir à ce pr
pp. 76ss.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 85

merger indirectement à travers les trois modes


sont le KaG'ev, le Tupòç ev et l'unité par homonym
au fil de l'étude dans toute sa nudité, comme le mo
de l'argumentation d'Aristote dans sa tentative
une science de l'étant en tant qu'étant. Mais vo
plus près.

Poursuivant son argumentation concernant l'o


statut de la science au sens élargi du terme, Aristo

"si donc l'étant et l'un sont une même chose et une na


suivent entre eux comme se suivent le principe et l
pour autant exprimer une notion-définition unique -
importe peu de savoir ici si nous considérons ces deu
comme semblables, bien que cela devrait plutôt facil
tâche" (1003b26-29).

Comme on s'en souvient, nous l'avons dit ci-dessus


ce passage, il révèle nettement une différence e
et l'un, en dépit de l'affirmation de départ qui
Mais nous avions précédemment laissé délibér
l'ombre la dernière partie du texte, dans la me
n'apportait rien à notre argumentation général
mise maintenant dans son contexte, cette asserti
élément important: l'identification entre l'étan
peut que faciliter toute l'argumentation. En d'au
Aristote reconnaît expressément que la différence
et l'un, reconnue ici, surgit comme un certain o
l'instauration de la science nouvelle, la science d
tant qu'étant. Aussi met-il en valeur tout ce qu
ces deux notions. Autrement dit, si Aristote fai
identification entre l'étant et l'un, c'est, du moin
pour des raisons méthodologiques, sans que cela
juger du statut de cette identification, qui reste pr
aussi longtemps qu'il n'est pas expressément éta
blissement est l'œuvre de l'ousiologie. Si bien qu'
qu'au 1. r, 2, l'identification est simplement affi

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86 Lambros COULOUBARITSIS

d'ailleurs comme hypothèse de travail


quence d'une critique à l'égard de Pla
l'égard du Parmenide . Cela ressort clair
s'articule la suite du texte, où est introd
ple de Yhomme dont nous avons déjà f
en effet que, pour Aristote, contrair
pothèse du Parm., l'affirmation de Y êt
ne modifie en rien son identité, c'est-à-d
ne différence. Il le justifie d'ailleurs
que ces modes
"ne se séparent ni dans la génération, ni
semblablement dans leur unité; si bien que
tique à ce propos ne fait que "manifester l
et donc "l'un n'est rien d * autre en dehors
to §v rcapà TÒ öv)" (1003b29-32)69.

Bref, il ne faut pas se laisser prendre p


car ce que le langage sépare n'est pas
dans le réel en devenir. Tout se joue
de dire et d'appréhender ce réel en
l'importance centrale de la Physique dan
dont le caractère scientifique se manife
préalable de l'instauration même de la
C'est ce qui explique que dans la sui
fonder le statut de l'étance, il ne cesse
à la question du devenir. Mais là enco
semble résider dans l'établissement même de ce dont il est
ici question, à savoir de Y unité de la chose, afin de montrer que,
sur ce plan, l'étant et l'un manifestent le même . Autrement
dit, comment et à quel niveau l'étant et l'un ne sont pas autre
chose l'un par rapport à l'autre, alors même que tout porte
à croire qu'ils sont différents?
Ainsi formulée la question du rapport entre l'étant et l'un
dit exactement l'inverse de ce qu'on a retenu traditionnelle-

59. Voir n. 53 ci-dessus.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 87

ment: l'unité de l'étant et de l'un n'est pas présupp


blée, mais, au contraire, elle doit être établie en tena
de la distinction en quelque sorte "triviale" de ces
fondée philosophiquement par Platon, et reprise d
façon, comme nous le verrons, par Aristote lui-mêm
versement de la perspective traditionnelle s'accord
nous le verrons, davantage au texte d'Aristote, et per
surcroît, de mieux entrevoir l'unité de la Métaph. da
depuis Jäger, a toujours posé un problème: le rapp
ontologie (l.r), ousiologie (1. Z, H et 0) et théo
Elle permet même d'entrevoir la nécessité du 1.
l'aboutissement naturel de toute cette problématique,
expressément à l'étude de l'étance suprême et une
théologie. Il est donc important de discerner com
émerge ici dans toute son intensité, au point de pren
quelques moments, l'avantage sur l'étant lui-mêm

* *
*

En effet, l'orientation que n


gence de l'identification entr
bien précis - le domaine
s'inscrit dans le passage m
où cette identification est af
dépit des séparations manif

"De plus, dit en effet Aristot


lière est une, et cela non par a
est à cause de cela un certain ét
ces de l'un, autant il y a d'esp
êvòç eïôr|, toaaöxa Kai toö ovt

En d'autres termes, il appa


dit en cet endroit, que le S
de l'étant, mais l'inverse. O
étonner que parce que l'int

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88 Lambros COULOUBARITSIS

habitués à ne penser l'un que dans le sil


tant elle semble ici bien naturelle, puisque
plicité possible de modes de l'étant impl
tion de l'un et du multiple qui est au centr
tote retrouve à sa façon. C'est pourquoi,
exposé, il maintient cette importance d
donner parfois l'impression de ne plus p
de l'un en tant qu'un. C'est dans cette p
plus prégnante de la problématique de
découvre, peu à peu, son propre statut.
blématique de l'un, qui au départ n'appa
détournée dans la structure du rcpòç sv
le mode sous lequel l'étant qui se dit de plu
nise en lui-même60, se donne, en définitiv
me où émerge l'étant à la fois dans son u
sa multiplicité. D'une façon plus concrèt
par la notion de rcpòç ëv, la problématiq
raître la primauté de l'étance par rappor
de l'étant (dans l'ordre catégorial) et en mê
lité d'une science de l'étant en tant qu'é
la mise en relief d'une identité possible
elle permet d'indiquer que l'étance d'un
assure son caractère d'étant parce qu'elle
me - dans la mesure où autant il exist
autant il y a d'espèces de l'étant61. Par l
que la notion d'étance, qui constitue le cen
Métaph ., ne se donne à la connaissance q
de la problématique de l'un. Reste cepen
cette seconde partie de la problématique

60. Comme le manifeste la phrase initiale du 1. T, 2: tò ôè ov


^éyexai jièv noXXax&ç, àXXà rcpòç ëv Kai jiíav xivà (puaiv. Voir § pré-
cédent.
61. On pourrait situer la rupture entre ces deux problématiques suc-
cessives en 1003b22, où Aristote entame son analyse par si ôf| . . . et
l'achève par Ôfj^ov 5# öti. . . (1003b29).

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 89

de la science possible accompagne ce dont il e


comme, dans la première partie, elle s'associe a
du rcpòç ëv.
Effectivement, Aristote achève son argumenta
venant à la science génériquement une et à ses e
indiquer que l'étude de l'essence (tò tí san) de ces
espèces de l'un - et donc aussi de l'étant - , c
exemple, le même, Je semblable, les contraires,
notions de cette sorte, sont l'objet de cette science
ment une62. Il va même plus loin et dit que

"la philosophie a autant de parties qu'il y a d'étances


qu'il est nécessaire qu'il y ait parmi ces parties une p
ensuite une seconde. Car il y a d'emblée des genres q
l'étant63; c'est pourquoi les sciences aussi les suivron
en effet, du philosophe comme de celui qu'on appell
ticien: la Mathématique aussi comporte des parti
distingue une science première, une science seconde
sciences successives dans les mathématiques" (1004a2

En d'autres termes, comme pour la Mathématiq


peut énumérer une succession ordonnée de sciences
tiques (arithmétique, géométrie, etc.) dont chacu
un genre différent à l'intérieur même du genre
même aussi on peut relever pour la Philosophie une
ordonnée de sciences dont chacune s'occupe d'un
rent d'étance à l'intérieur même du genre de l'ét
que le premier cas, celui de la Mathématique, pr
nous avons retenu ci-dessus de la critique d'Arist
de Zénon, le second, celui de la Philosophie, ouv

62. Meta ., T, 2, 1003b34 - 1004b2. Aristote y renvoie


(perdu) sur le Choix des Contraires , qui, en vertu de son titr
tiendrait à la problématique de l'un.
63. Cela signifie non seulement que les genres correspon
tégories sont d'emblée multiples, mais également les genr
de chaque catégorie, d'une même catégorie (par exemple l
et l'étance immobile), comme le contexte l'indique.

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90 Lambros COULOUBARITSIS

vers une distinction entre étance mobil


et étance immobile (objet de la théolo
objectif plus précis à la Métaph.
Dès lors, tout comme la question du rc
science correspondante pour lui assur
objet propre (étude de l'étance et de ses
ici la question de l'un, en tant qu'il se li
culier à l'étance, précise le contenu d
parlant, en l'occurrence, d'une sorte d
Philosophie générales comme n'aya
parties qui les composent, Aristote insè
statut de ces sciences dans l'étude du to
aussi de la consécution (ècpeÇfjç), qui
nous le verrons, à la problématique d
tout se passe comme si, au point de v
problématique de l'un était préalable à
tout concourt à montrer que c'est grâce
que s'éclaire, d'une part, la question d
science de l'étant en tant qu'étant et, d'
de la primauté de la théologie par rappo
Pourtant, ce même texte fait émerger
ment, l'étant dans sa multiplicité et l
de l'étant qui présente quelque prima
but (r, 1 et 2,1003a33-bl0), il est pri
d'une recherche concernant l'étant en
sur la possibilité de cette science que
l'analyse (1003bllss). Bref, l'étude d' A
tement ontologie et hénologie et les f
ment. Mais elle le fait de telle façon
sa fondation, que lui assure d'une cert
Celle-ci apparaît comme ce qui trac
fondation. Mais une fois ce rôle accomp
une sorte de retournement spectacula
logie ou, plus exactement, au domain
de l'étance, tous les éléments qui appa

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 91

la problématique de l'un. Cependant cette insertion


blit qu'au fil d'une argumentation très serrée, au
laquelle l'hénologie se manifeste dans toute son in
Sans suivre ici le texte dans ses détails, retenons n
quelques unes de ses articulations, qui suffisent à f
raître l'importance de la problématique de l'un dans
ration d'une science de l'étant en tant qu'étant.

* *
*

Dans un long passage q


parties de la philosophie,
(1004al0ss.), Aristote én
devraient être étudiées pa
être la philosophie premi
mée comme telle avant
1005a33ss. En fait, tout
que de la Philosophie en
celui qui doit étudier te
dont il est question dans c
tenir à la problématique
étudiées dans le 1. Iota,
s'agit des opposés, des co
vation, du semblable, d
notions, dit Aristote, peuv
ple. De sorte que dans l
de plusieurs façons (noXX
termes aussi se dira de plu
à une seule science de le
Que cette multiplicité d
science, voilà ce qui pou
la science selon Aristote
car aussitôt surgit la dif
notion de Tupòç sv: comm
être objet d'un même sc

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92 Lambros COULOUBARITSIS

s'occupe que d'un seul genre? C'est pour


presse de justifier sa prise de position:

ce n'est pas, en effet, la multiplicité de term


sujet de différentes sciences, mais le fait que leu
ne se conforment pas à une chose (icaÔ'ëv) ou n
une chose (npòç ev)ģ A quoi il ajoute imméd
tout se réfère à une chose première, comme
qui est un se dit relativement au premier un
est ainsi pour le même, l'autre et les contrair

Cela l'autorise manifestement à formule


dologique capitale, qui complète en fait l
de la dialectique64:

"en conséquence, après avoir distingué les dif


cun de ces termes65, on doit les rattacher a
dans chaque catégorie pour discerner com
rapport à lui; car certains de ces termes sero
le possèdent, certains autres en tant qu'ils le p
selon d'autres modes. De sorte qu'il est clair,
de ce qui a été dit dans le livre des Apories
à une seule science de traiter de ces espèces
philosophe de pouvoir spéculer sur toutes ch

En d'autres termes, l'ensemble des not


la problématique de l'un, mais aussi d'au

64. Il s'agit du deuxième instrument qu'Aristot


I, 15, 106al - 108a6. Cet exposé est d'une très g
par la mise en valeur d'un ensemble de notions
matique de l'un (comme les contraires, la priva
règles permettant de discerner le statut d'un te
dans le passage en question de la Métaph ., c'es
montre qu'il faut en plus de la recherche des dif
s'appliquer à discerner le terme premier auquel se
65. Pour le rapport entre ceci et la division , v
et révélateur des Top., IV, 1, 120b36ss.
66. Cf. Meta ., B, 1, 995b 18 - 25 et 2, 997a25 - 36, où cette question
est déjà abordée au cours de la cinquième aporie.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 93

par exemple les axiomes, que le Stagirite introduit


suite de son exposé67, sont l'objet de la même scienc
peut maintenant discerner que cette science n'est au
celle de l'étant en tant qu'étant, puisque Aristote se
d'introduire une règle méthodologique où le processu
vision est pensé sur le plan même de la signification
de mettre en évidence le sens d'un terme pour ens
rattacher à un terme premier à l'intérieur même de
catégorie. Or, cela seul suffit à montrer que l'on doi
établir cette reprise de l'ontologie, s'accorder, en vertu
de cette règle méthodologique, à la problématique
si ce n'est déjà par le seul fait de parler de division
terme premier68. Cette émergence conjointe de l'ont
de l'hénologie, grâce à laquelle elles appartiennent à
science, est confirmée par la suite du texte.

"Si ce n'est pas le philosophe, qui pourrait méditer sur l


tion de savoir si 'Socrate' est identique à 'Socrate assis', s

67. Dès le début du ch. 3, pour révéler que les axiomes, don
ractère principal est de ne pas appartenir à un genre particu
l'objet de la science de l'étant en tant qu'étant. Or, il nous se
portant de souligner ici, afin de mieux voir aussi dans la suite
propre de la problématique de l'un, que contrairement à ce q
le plus souvent, Aristote n'affirme nulle part que ces axiomes
mérités, mais parle seulement de "considérations communes" (K
Çai) (B, 2, 996b26 - 997a 1 1 ; b28) et de "considération ultime
Ôó£a) (3, 1005b 1 1 - 34; 33). Que le Stagirite se permette de
considération (8ó£a) à propos de cela même qu'il dit constituer "le
le plus sûr" (ßeßaioxdTri àpxií) et le plus connu (yvcopi1iô)Tátr|
surcrcvt, est ce qui n'implique aucune hypothèse (<xvi)Jtó0ETOv)
14), ne suscite de difficulté que si l'on envisage les axiomes co
étaient des étants. Or, pour Aristote ces axiomes sont des prin
permettent précisément la connaissance des étants (1005b 15 -
sens, ils appartiennent à une problématique apparentée à cell
qui, nous le verrons également, implique, à cause de cela, qu'il
vent être pris comme objets immédiats d'un savoir, mais doiv
tégrer dans la science de l'étant en tant qu'étant.
68. Comme nous le verrons, Aristote illustre ce*a dans Meta

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94 Lambros COULOUBARITSIS

chose a un seul contraire, ce qu'est le cont


sens il est pris ? Et de même pour les autres
Par conséquent, comme ces notions sont des
(koi0' aòxá èaxi rcà0r|) de Tun en tant qu'un
qu'étant (xoö évòç fi ëv Kai toö ôvtoç fi öv
nombres, lignes ou feu, il est clair que c'e
appartiendra de connaître ce qu'elles sont e
tributs" (1004b 1-8).

Ainsi donc, tout ce qui ne se rapport


bien précise, nous dit Aristote, doit re
de la philosophie, dans la mesure mêm
requièrent un questionnement. Mais
dans la suite, il n'y a pas nécessaireme
dence entre la tâche du dialecticien - dont le domaine
d'action est principalement celui de l'interrogation69 - et
celle du philosophe, parce que ce dernier doit en plus de la
critique réaliser un savoir positif70. Toutefois la question qui
se pose, dès lors qu'on attribue au philosophe cette sorte de
connaissance universelle, est celle de savoir comment des
connaissances aussi hétéroclites peuvent non seulement se dé-
couvrir quelque unité, mais également un statut scientifique.
D'autant plus qu'il apparaît maintenant, en vertu de tout
ce qui est dit dans ce ch. 2 du 1. T, que la plupart des no-
tions à éclairer n'appartiennent pas directement à l'étant,
mais sont de la juridiction de l'un. En d'autres termes, le
péril qui se dessine à l'horizon d'une telle perspective n'est-il
pas un alignement in extremis à la pensée sophistique, et donc
à la négation de la possibilité d'une science de toutes ces
notions au profit d'une doxa ? Ce danger, qui au demeurant
poursuit d'un bout à l'autre l'étude de P. Aubenque, est
expressément écarté par Aristote dans la suite immédiate du
texte. Ceux qui font de toutes ces choses, dit-il, l'objet de

69. Réf. soph Ě9 11, 172al6 - 19; Anal, ant., I, 1, 24a25. Voir n. 44 ci-
dessus.
70. Meta., T, 2 1004b25 - 26. Voir n. 44 ci-dessus.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 95

leur étude ont le tort, non tellement de ne pas ph


à leur propos, mais de ne pas discerner l'antériorité d
sur toutes ces notions (1004b8-10). Mais pour c
aussi discerner qu'une science de l'étant en tan
doit se comporter, toute proportion égale, à la
sciences particulières. Ce qui signifie que de mê
nombre en tant que nombre présente comme prop
propres (impair, pair, commensurabilité, égalité,
faut. . .) qui appartiennent aux nombres comme le
buts essentiels et comme ce qui forme leurs rappo
core, de même que, d'une façon générale, le solide,
tel, le mû, le non-lourd et ce qui a du poids ont
des attributs qui sont différents, ainsi aussi l'étan
qu'étant a certains propres (ï5ia) et c'est à leur
le philosophe cherche le vrai (1004bl0-17)71.
Par cette dernière assertion, Aristote retrouve, t
rellement, son point de départ, c'est-à-dire la recher
science de l'étant en tant qu'étant, bien qu'aup
ait été principalement question de l'un. Que s'est
ment passé dans l'intervalle? Précisément, nous v
le voir, il ne peut y avoir d'unité réelle sur ce pla
térogénéité des notions pousse vers l'éclatement
que moyennant le privilège de l'étance. Celle-ci de
pas ce qui assure l'être à toutes ces notions, pu
dernières, pour la plupart, ne sont même pas de

7 1 . Autrement dit, une "vérité" dans l'ordre de l'étant en t


est possible, à condition de ne pas se limiter au caractère purem
rogate et réfutatif de la dialectique, mais d'introduire une m
losophique susceptible de produire un savoir positif (cf. notr
lectique et Philosophie chez Aristote", déjà citée); et à cond
que cette méthode s'applique à rapporter l'ensemble des noti
à une notion première qui manifestement est l'étance. Mais,
le souligner, rapporter toutes ces notions à l'étance ne signifie
dérivent de la connaissance de l'étance, mais trouvent un st
la scientificité de l'étance.

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96 Lambros COULOUBARITSIS

l'étant, certaines même ne dépassent m


la doxa12, mais seulement ce qui manife
mauté dans le domaine de l'étant, et
comme point de référence pour la fondati
tions73. Cette promotion de l'étance com
la science de l'étant en tant qu'étant, au
ce qui concerne l'un en tant qu'un révè
matique de l'un ne peut constituer l'ob
suprême, c'est parce qu'il n'y a de scienc
de ce qui est, de Vêtant . Que la science
que les différentes manifestations de l'éta
me temps que l'un en tant qu'un ne sau
constituer par lui-même l'objet d'un sav
rait le réduire à de l'étant. C'est en V associant donc à l'étant
qu' Aristote peut l'étudier, sans cependant le réduire à de
l'étant. Et cette association problématique, que le Stagirite
n'envisage en cet endroit que partiellement, n'est réellement
fondée qu'au 1. Iota. C'est pourquoi, dans la suite de son
exposé, tout se passe comme si la problématique de l'étant
n'avait de sens que relativement à la problématique de l'un.
C'est pourquoi aussi, dans l'exposé qui achève le ch. 2, il
n'hésite pas à rapporter l'ensemble des notions de cette nou-
velle science à l'un et au multiple, tout en insistant sur la
fait que dans la mesure où l'un se dit de plusieurs façons,

72. Comme nous venons de le souligner à propos des axiomes (n. 67


ci-dessus) .
73. Il faut de nouveau souligner, en effet, que cette référence, rendue
par Aristote grâce aux termes d'àvcwpépeaôai et àváyeaBai ne signifie pas
que ces notions, quelles qu'elles soient, se rapportent à l'étance comme
si celle-ci constituait le principe de leur provenance ou même comme
si leur connaissance dérivait de la connaissance de l'étance, puisque la
connaissance même de l'étance les présupposent d'une certaine façon,
mais en tant qu'elles trouvent, grâce à la fondation de l'étance et sa
scientificité, un statut. Nous reviendrons bientôt sur cette question, encore
que la suite de notre exposé éclaire jusqu'à un certain point toute cette
question.

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L'ÊTRE ET L'UN CHEZ ARISTOTE 97

cette référence doit se faire par rapport au premi


rcpœxov êv) (1004a25-28). Et bien qu'il ne dise pas c
ici quel est cet un premier, par lequel s'insère à l'
des cadres logiques de sa pensée un nouveau rapport
fondé sur la consécution (xô èipsÇfjç) (1005a 10-1 1)
çonne qu'il se lie nécessairement à l'étance. Mai
un problème qu'Aristote laisse entre parenthèse
aborde plus directement au 1. Iota. En cet endr
contente de conclure que

c'est à une même science théorétique que revient le pri


d'étudier "non seulement les étances, mais encore les attributs
dont nous venons de parler, ainsi que l'antérieur et le postérieur,
le genre et l'espèce, le tout et la partie, et les autres notions de
cette sorte" (1005a 13-18).

Bref, toutes les notions qui forment les cadres épistémologi-


ques de tout savoir possible, y compris donc de la science
de l'étant en tant qu'étant, sont l'objet d'une même science,
qui n'est autre que la science de l'étant en tant qu'étant.
Gomme nous le verrons, la plupart des notions que nous
venons de citer appartiennent bien à la problématique de
l'un en tant qu'un. Cette soumission de la problématique de
l'un en tant qu'un à la problématique de l'étant en tant
qu'étant nous permet de tirer une première série de consé-
quences.
S'il est clair que l'étude de l'étant en tant qu'étant trace
expressément l'horizon ultime de tout savoir, dans la me-
sure où elle inclut dans ses tâches également tout ce qui
appartient aux fondements de toute science, il n'en est pas
moins clair que dans son objet rentrent également, par le
biais de l'hénologie, les cadres épistémologiques qui le rendent
possible. C'est que ces cadres ne sauraient en vérité consti-
tuer à eux seuls l'objet d'un savoir possible, sans quoi ils
seraient envisagés comme de l'étant - ce qui susciterait
aussitôt une pétition de principe. Cela explique pourquoi
7

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98 Lambros COULOUBARITSIS

l'hénologie, en tant que discours sur les


voir, se soumet, en fin de compte, à la sc
tant qu'étant. Ce qui veut aussi dire qu'a
des sciences particulières présupposent t
épistémologiques dans lesquels elles se dé
de l'étant en tant qu'étant, en tant qu
ultime, étudie ces cadres qui sont en mê
pres cadres épistémologiques. C'est à ce t
festent conjointement la problématique d
l'un. Dans ce contexte donc, l'ambiguït
apparaît assez clairement: élément majeur
des conditions même de l'ontologie comm
tient néanmoins au savoir propre à celle
circularité, qui explique au demeurant le
chez Aristote, entre l'étant et l'un, cons
dans lequel se développe la métaphysique
cette circularité s'impose, au point de dev
jacente de cette pensée, c'est parce que cet
tient dans l'ordre même des principes ultim
Et, comme nous l'avons vu, si l'ontologie sou
l'hénologie dans son domaine propre, c'e
a de science que de l'étant, même s'il est vra
est, jusqu'à un certain point, tributaire de
explique en même temps pourquoi ni l'hén
a ressemblé sous le terme d'Organon , ne
savoir proprement dit, bien qu'ils soient
les conditions même de tout savoir. Mais
ce rôle central assure en même temps à l'hé
dans la pensée d' Aristote, que nous devons
de circonscrire, pour mieux discerner où se
tion et la rupture entre l'étant et l'un.
à suivre
Lambros Couloubaritsis

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