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LES INSTRUMENTS DU FINANCEMENT DU HAUT DE BILAN

Réponses au test de compréhension

1. Pourquoi appelle-t-on les financements évoqués dans ce cours des financements de


haut de bilan ?

Tout simplement parce qu’ils sont comptabilisé dans la partie haute du bilan (au passif
puisqu’il s’agit de ressources). Plus précisément, ce sont des ressources stables servant à
financer des emplois stables, c’est-à-dire les immobilisations de l’actif (réviser, si nécessaire,
la notion de fonds de roulement dans vos cours d’analyse financière). Si ces ressources sont
en excès et si le besoin apparaît, elles contribueront à financer le cycle d’exploitation de
l’entreprise. Par opposition, on parle de financements de bas de bilan pour des ressources à
court terme.

2. Par quoi se traduit le fait que les détenteurs d’actions ordinaires sont les propriétaires
de l’entreprise et quelles en sont les conséquences pour les dirigeants de l’entreprise ?

En tant que propriétaires de l’entreprise, les actionnaires ont un droit de regard sur la gestion
de l’entreprise (droit de vote et droit à l’information, c’est-à-dire un pouvoir de contrôle), et
un droit sur les revenus et le patrimoine de l’entreprise (dividendes, plus value potentielle ou
boni de liquidation). Leur droit préférentiel de souscription à toute augmentation de capital
leur permet de contrôler l’entrée de nouveaux actionnaires et le partage des réserves. Les
dirigeants doivent donc prendre des décisions en respect de ces droits pour ne pas léser les
actionnaires (Comment ? que dites-vous ? l’affaire Vivendi, l’affaire France Télécom ? tout
ceci n’est parfois que de la théorie ?). Leurs décisions contribuent donc (normalement) à
satisfaire les exigences des actionnaires. En particuliers, celles relatives à la rémunération
offerte aux actionnaires en compensation des ressources confiées à l’entreprise et des risques
que cela suppose (une entreprise n’est pas une fondation recevant des dons ! Cette exigence
de rémunération est le coût des fonds propres), sinon, ils iront confier leurs ressources à
d’autres entreprises. Oui, d’accord, ce ne doit pas être le seul élément à prendre en
considération mais si elle n’est pas satisfaite l’entreprise ne peut obtenir les ressources qui
sont nécessaires à sa survie et à sa croissance (et puis les actionnaires n’ont qu’à être
exigeants sur les autres points ; ce sont eux les propriétaires après tout ! Mais comprenez que
cela ne peut conduire qu’à l’expression d’exigences supplémentaires sans remettre en cause
celle sur la rémunération des actionnaires).

3. Lors d’une augmentation de capital en numéraire, comment un actionnaire ordinaire


pourrait-il souscrire à un nombre d’actions nouvelles plus important que ce que
suppose initialement sa participation dans le capital de l’entreprise ?

Une action égale un DPS et le nombre de DPS à apporter pour souscrire à une action nouvelle
dépend de la parité. Lorsqu’un actionnaire souhaite souscrire à plus d’actions nouvelles qu’il
ne le peut a priori, deux solutions sont possibles : premièrement, il achète sur le marché les
DPS manquants. Les vendeurs sont des actionnaires ne souhaitant pas souscrire à
l’augmentation de capital ou seulement pour un nombre d’actions nouvelles plus faible que

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celui auquel ils auraient droit. Deuxièmement, Lorsque les souscriptions à titre réductibles
sont admises, l’actionnaire peut demander un nombre d’actions plus important que ne le
suppose les DPS qu’il détient. Sa demande sera satisfaite en fonction du nombre d’actions
nouvelles non souscrites à titre irréductible.

4. Quelles sont les caractéristiques qui distinguent une augmentation de capital en


numéraire d’une augmentation de capital par incorporation de réserves ?

Principalement, l’augmentation de capital par incorporation de réserves n’apporte aucune


ressource nouvelle à l’entreprise puisque le capital social est augmenté par diminution du
montant des réserves. Si cette incorporation de réserve se traduit par une augmentation du
nominal des actions, le nombre d’actions est inchangé. Si elle se traduit par la création de
nouvelles actions, celles-ci sont attribuées gratuitement aux actionnaires en fonction d’une
parité et du mécanisme des droits d’attribution. L’actionnaire disposant d’un plus grand
nombre d’action du fait de cette attribution gratuite espère profiter plus largement du potentiel
de plus value. L’augmentation de capital en numéraire permet en revanche à l’entreprise de
recevoir de nouvelles ressources en faisant appel en priorité aux actionnaires existants
(mécanisme du droit préférentiel de souscription). Pour cela, les actions nouvelles sont donc
vendues et non offertes gratuitement.

5. Du point de vue de l’entreprise émettrice et de ses propriétaires, quel(s) avantage(s)


offre l’émission d’ADPSDV ou de CI ? Quelle(s) différence(s) faites vous entre ces
deux catégories de titre ?

Comment bénéficier de nouveaux fonds propres sans la perte de contrôle que supposerait le
partage de pouvoir (la faute en revient alors au droit de vote) ? En supprimant le droit de vote.
Ces titres sont utiles pour des sociétés à contrôle familial ou lorsque l’activité est stratégique.
Une première différence est que les ADP sont des titres « à part entière » alors que les CI « ne
sont qu’une composante » issue du démembrement d’actions ordinaires (cela conduit à
l’attribution de droits de vote supplémentaires à des actionnaires ordinaires). Une autre
différence est que la perte du droit de vote est compensée pour les ADP par le dividende
prioritaire (qui est un dû, avec une valeur spécifiée) et le droit à un remboursement prioritaire
en cas de dissolution. Il n’existe pas de compensation particulière dans le cas des CI (les
porteurs de CI ont les mêmes droits pécuniaires que les actionnaires ordinaires).

6. Pour quelles raisons les actionnaires accepteraient-il, en assemblée générale, de


renoncer à leur droit préférentiel de souscription ?

Pour y renoncer, faut-il que les dirigeants le leur aient demandé lors de l’assemblée générale
et que les justifications apportées à cette demande soient en mesure de satisfaire les exigences
des actionnaires. Cela peut être le cas lorsqu’il s’agit de faire entrer dans le capital de
l’entreprise un partenaire stratégique ou d’accroître sa participation (objectifs : augmenter les
parts de marché de l’entreprise, renforcer son positionnement, ou l’aider à développer de
nouveaux marchés), lorsque l’entreprise décide de s’introduire sur des places étrangères
(objectifs : bénéficier de ressources lorsque les capacités de financement nationales sont
saturées ou lorsque les conditions sont plus favorables sur une place étrangère, bénéficier de
l’aura qu’apporte une inscription sur une place étrangère prestigieuse et de ses conséquences
en terme de parts de marché, ou encore financer des investissements réalisés à l’étranger). En
règle générale, la renonciation au DPS conduit à définir un prix d’émission très proche du
cours boursier avant l’opération.

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7. Qu’est-ce que le quorum pour une assemblée générale d’actionnaires ?

Le nombre d’actions représentées pour que l’assemblée générale puisse délibérer. Sans cette
contrainte, le vote serait jugé non représentatif des actionnaires. Lorsque le quorum n’est pas
satisfait, l’assemblée générale est re-convoquée à une date ultérieure. En deuxième
convocation, le quorum exigé est plus faible pour ne pas bloquer les décisions nécessaires à
l’entreprise.

8. Que distingue une assemblée générale ordinaire d’une assemblée générale


extraordinaire ?

La première est ordinaire et la seconde est extra-ordinaire. C’est ce que vous aviez répondu ?
Soyez alors plus loquace : la première est ordinaire parce qu’elle se tient ordinairement tous
les ans pour valider les comptes de l’entreprise ( Enron, Worldnet, …) et approuver (ou non)
la gestion des dirigeants, et approuver (ou non) la proposition d’affectation des bénéfices et de
distribution des dividendes. La seconde est convoquée pour des décisions non ordinaires
comme dans le cas d’une modification des statuts de l’entreprise (et de la rémunération des
dirigeants), ou pour approuver le recours à un financement par le marché. Comme vous l’avez
peut être retenu des exemples du cours, les décisions d’augmentation de capital ou d’émission
obligataire sont envisagée pour un montant maximum sur une période donnée. Il appartient
ensuite au conseil d’administration de lever les fonds pour le maximum autorisé ou seulement
un partie, en une seule fois ou en autant de fois que cela est nécessaire (et justifié compte tenu
du coût de ces opérations), ou d’y renoncer. Par anticipation d’un prochain cours sur la
politique de dividende, notez que les décisions dans les deux types d’assemblées sont liées par
le fait que toute distribution de dividende réduit l’autofinancement de l’entreprise et la
conduit, si nécessaire, à devoir faire appel plus souvent à un financement par le marché. Pour
finir, notez également que le terme « assemblée spéciale » concerne les assemblées de
porteurs de titres particuliers comme les ADP, etc… On trouve également le terme
d’assemblée mixte lorsque les décisions à prendre ont des conséquences à la fois sur les
actionnaires ordinaires et les porteurs d’autres titres représentatifs de fonds propres.

9. Pourquoi les TSDI sont-ils assimilés à des fonds propres ?

Ils ne sont normalement remboursés qu’à la liquidation de la société, c’est-à-dire en même


temps que des actions. Néanmoins, la différence par rapport aux actions est que leur valeur de
remboursement est moins incertaine et le remboursement peut être anticipé au gré de
l’émetteur (sans qu’il y ait donc liquidation de la société). Leurs autres caractéristiques les
rapprochent plutôt des titres de créance comme les obligations.

10. En quoi la tendance haussière ou baissière des marchés boursiers peut-elle gêner une
augmentation de capital (ainsi, d’ailleurs, que les introductions en bourse) ?

Le prix d’émission des actions (ou de cession lors d’une introduction en bourse sans
augmentation de capital) est en règle générale plafonné par le cours boursier. En période de
baisse des marchés, la faiblesse du cours boursier conduit à devoir créer plus d’actions pour
obtenir le financement nécessaire (l’effet de dilution est plus important). Un cours boursier
faible correspond aussi à une exigence de rentabilité plus forte de la part des actionnaires
(pour compenser un risque plus élevé ou une aversion au risque plus élevée lorsque la
conjoncture économique est mauvaise), c’est-à-dire un coût des fonds propres plus important.

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Deux autres éléments peuvent aussi être invoqués : la baisse des marchés ne permet pas
généralement aux investisseurs de revendre leurs titres avec plus value et donc d’obtenir des
liquidités pour souscrire aux actions nouvelles lorsque leur portefeuille est totalement investi
en titres. De plus, le contexte baissier rend très incertaine l’évolution du cours boursier de
l’entreprise émettrice et les investisseurs ne souhaitent pas investir dans des titres qu’ils
pourraient acheter moins cher le lendemain. Tout cela rend l’augmentation de capital plus
coûteuse et sa réussite plus aléatoire. Or, l’échec d’une augmentation de capital est assez
rédhibitoire sur un marché : elle ferme la porte de cette source de financement à l’entreprise
pour un bon moment. Les dirigeants préfèrent alors retarder leurs investissements et
l’opération de financement.

11. Peut-il y avoir un conflit d’intérêts entre les actionnaires et les créanciers d’une même
entreprise, ou encore entre actionnaires et dirigeants?

Oui1.

12. Lors de la souscription à un emprunt obligataire, le montant à payer pour acquérir une
obligation peut-il être différent de la valeur nominale de l’obligation ?

Oui, si l’émission ne se fait pas au pair et/ou il existe un coupon couru (du fait, par exemple,
de l’assimilation de ce nouvel emprunt à un emprunt déjà existant : lorsque la date de
jouissance est antérieure à la date de règlement des obligations souscrites). Une émission en
dessous ou au dessus du pair peut aussi représenter une sorte de compensation offerte ou
demandée par l’émetteur compte tenu des inconvénients ou avantages liés aux autres
caractéristiques de l’emprunt (taux de l’emprunt élevé ou faible, remboursement au dessus du
pair, etc.).

13. Quelles sont les différences entre un emprunt par amortissement constant et un
emprunt par annuité constante ?

Avec l’amortissement constant, on détermine très simplement les remboursements


périodiques en divisant le montant à rembourser par le nombre de périodes de remboursement
(exemple : un emprunt de 100 000 euros sur 10 ans donnerait lieu à des remboursement
constants de 10 000 euros par an, ou environ de 833,33 euros par mois si les remboursements
sont mensuels). Les intérêts étant calculés sur le capital restant dû, la diminution de celui-ci au
fil des remboursements conduit à payer des intérêts de plus en plus faible. Ainsi, de période
en période, les remboursements sont identiques mais les intérêts diminuent : la somme des
deux, appelée annuité diminue dans le temps. En revanche, avec l’amortissement par annuité
constante seule la somme intérêts + remboursement, c’est-à-dire l’annuité, est identique à
chaque période : la part des remboursements dans cette annuité augmente avec le temps de

1
Vous trouvez vous aussi que la réponse est un peu courte ? Alors prenez bien conscience de l’importance de
votre argumentation lorsque vous répondez à des questions. La réponse est la suivante : les décisions mises en
oeuvre dans l’entreprise peuvent opposer actionnaires et créanciers lorsque, par exemple, l’emprunt est utilisé
pour financer des projets plus risqués que prévu, ou lorsque l’emprunt offre les ressources nécessaires à
l’entreprise pour verser un dividende aux actionnaires (et non à financer l’activité de l’entreprise), ou encore, à
l’inverse, lorsque tous les efforts vont dans le sens des créanciers, au détriment de la rentabilité offerte aux
actionnaires. Entre actionnaires et dirigeants, les conflits d’intérêts portent sur l’utilisation des ressources de
l’entreprise : salaire élevé des dirigeants et frais excessivement élevés, « Golden » parachutes, financement de
projets non rentables et non justifiés, etc… Nous en reparlerons.

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plus en plus fortement (donc la part des intérêts, qui est élevée au départ, diminue dans le
temps. D’où l’expression que vous avez peut-être déjà entendue : au départ d’un emprunt,
« on paie surtout les intérêts » et à la fin « on ne fait que rembourser le capital »). Pour
connaître les remboursements de chaque période, il faut d’abord calculer la valeur de
l’annuité constante par une formule peu évidente de prime abord (voir les exercices de mise
en œuvre pratique). En fonction du capital restant dû, on détermine les intérêts de la période
que l’on déduit de l’annuité constante pour obtenir le montant à rembourser. Et ainsi de suite.
L’avantage est qu’il existe une relation simple entre les montants des remboursements
successifs : le remboursement de la période t est égal au précédent multiplié par [1 + taux
d’intérêt de l’emprunt]2.

14. La valeur d’une obligation (et plus largement la valeur d’un emprunt) est –elle
sensible au temps qui passe et donc à sa durée de vie restante ?

Il faut distinguer plusieurs situations. La réponse serait a priori non, tant que le taux d’intérêt
auquel l’entreprise peut emprunter n’a pas changé depuis l’émission des obligations ou n’est
pas susceptible de changer. Rappelez-vous que la valeur d’une obligation est égale à la valeur
actuelle des flux de liquidités restant à percevoir (coupons, remboursements) ; si le taux
d’actualisation de ces flux est le même que celui qui sert à calculer le montant du coupon, la
valeur de l’obligation est identique qu’il reste 10 années de flux à percevoir ou seulement 2
années. En revanche, la réponse est généralement oui lorsque le niveau des taux d’intérêt a
changé ou est susceptible de changer. A partir du moment où le taux d’actualisation à prendre
en compte n’est plus le même que celui servant au calcul des coupons, la valeur des
obligations varie à l’inverse des taux d’intérêt. Une baisse (hausse) des taux provoque une
hausse (baisse) de la valeur de l’obligation. Cette influence « mécanique » des taux sur la
valeur résulte du calcul d’actualisation (à taux d’actualisation plus élevé, valeur actuelle plus
faible, et réciproquement) des flux attachés aux obligations. Cette influence (mesurée par ce
que l’on appelle la sensibilité de l’obligation) dépend des montants des flux à actualiser et du
nombre de périodes d’actualisation (c’est-à-dire de la durée de vie restante de l’emprunt). La
valeur d’une obligation est d’autant plus sensible aux variations de taux d’intérêts que la
majeure partie des flux à percevoir sont concentrés en fin de vie de l’emprunt (on peut opérer
une hiérarchie par sensibilité décroissante entre les obligations zéro-coupon, les obligations à
remboursement in fine, puis les obligations à amortissement constant ou amortissement par
annuité constante. A caractéristiques de remboursement identiques, une obligation à faible
coupon est plus sensible qu’une obligation à coupon élevé) et que l’échéance de l’emprunt est
lointaine. C’est donc par cette sensibilité de la valeur aux variations de taux que la durée de
vie restante de l’obligation joue une influence. Bon, rassurez-vous, c’était juste pour tester
votre capacité à approfondir les raisonnements.

15. Comment et pourquoi le taux de rendement actuariel, ou TRA, d’une obligation


devrait évoluer si les taux d’intérêt sur le marché évoluent (raisonnez, par exemple,
dans le cas d’une hausse) ?

Le TRA (ou rendement à l’échéance, ie « Yield to maturity ») est un taux servant à


l’actualisation des flux restant à encaisser sur une obligation jusqu’à son échéance, tel que la
valeur actuelle de ces flux est égale au prix de l’obligation à ce jour. Il représente la rentabilité
annuelle que peut espérer celui qui achète l’obligation aujourd’hui pour la conserver jusqu’à
son échéance. Il permet de comparer des obligations dont les caractéristiques sont différentes.

2
Voir les exercices de mise en œuvre pratique.

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Lorsque les taux du marché évoluent, les investisseurs vont rechercher les obligations les plus
rentables et vendre les moins rentables : des échanges auront lieu tant que des différences
persistent entre les obligations. A l’issue, toutes offriront un TRA équivalent (ils ne peuvent
pas être exactement similaires du fait des différences de notation, de garanties, etc…). Une
hausse des taux sur le marché conduit par conséquent à des arbitrages sur le marché pour
ajuster à la hausse les TRA des obligations. Les flux attachés aux obligations étant prédéfinis,
le TRA ne peut augmenter que parce que le prix de l’obligation a diminué (les flux
apparaissent alors plus important au regard du prix à payer pour avoir le droit de les
percevoir : la rentabilité de l’obligation devient plus élevée).

16. Quelle(s) différence(s) faites vous entre la valeur de la dette dans un bilan et la valeur
de marché de cette dette ?

Au bilan, la dette est comptabilisée pour son montant restant à rembourser. Pour un emprunt
in fine, ce montant reste le même dans chaque bilan annuel jusqu’à l’échéance de l’emprunt.
Pour les autres types d’amortissement, le montant de la dette inscrit au bilan diminue au
rythme des remboursements effectués chaque année. Si les taux d’intérêt restaient stables, la
valeur de marché d’un emprunt serait égale au montant inscrit au bilan. Mais l’évolution des
taux d’intérêt génère des coûts d’opportunité lorsque les taux baissent : les intérêts payés sur
l’emprunt existant sont plus importants que ceux que l’on pourrait payer en fonction des
conditions courantes (pour le ou les prêteurs, l’emprunt existant offre une meilleure
rémunération, il est donc plus attractif : sur un marché, cela suppose que les investisseurs
préfèrent s’orienter vers l’emprunt existant plutôt que vers les nouveaux emprunts ; cet
accroissement de la demande provoque une hausse de la valeur de l’emprunt, c’est-à-dire une
hausse de la valeur de marché de l’emprunt. Si les taux du marché sont inférieurs au taux de
l’emprunt, la valeur de marché est supérieure au montant inscrit au bilan. En valeur de
marché, la dette « pèse » beaucoup plus). Lorsque les taux d’intérêts augmentent, des gains
d’opportunité apparaissent : l’emprunt existant apparaît moins coûteux que ceux que l’on
pourrait mettre en place maintenant (pour les investisseurs, l’emprunt existant offre une
rémunération plus faible, il est donc moins attractif que les nouveaux emprunts : ils préfèrent
se défaire de l’emprunt existant pour s’orienter vers les nouveaux emprunts ; cette pression à
la vente provoque un ajustement à la baisse de la valeur de marché de l’emprunt. L’emprunt,
d’une valeur de marché plus faible, « apparaît moins important ». Si les taux du marché sont
supérieurs à celui de l’emprunt, la valeur de marché est inférieure à la valeur comptabilisée au
bilan).

17. Le taux d’un emprunt (indivis ou obligataire) représente-t-il le coût de cet emprunt
(ou coût de la dette) pour une entreprise ?

Non. Le coût de la dette, composante du coût du capital, tient compte des sommes réellement
encaissées et décaissées par l’entreprise. Comme les charges d’intérêts diminuent le résultat
imposable et génèrent, de ce fait, une économie d’impôt pour l’entreprise, le coût de la dette
est généralement plus faible que le taux de l’emprunt. Lorsque les caractéristiques de
l’emprunt sont classiques, le coût de la dette est rapidement calculé en prenant le taux
d’intérêt « net d’impôt » (exemple : taux d’intérêt 9%, taux de l’impôt sur les société 33,33% ;
le coût de la dette est 9%*[1-0,3333] = 6%), quel que soit le mode d’amortissement de
l’emprunt. D’une manière générale, le coût de la dette est le taux qui permet d’égaliser le
montant des sommes réellement encaissées (montant de l’emprunt net de frais, …) avec la
valeur actuelle des sommes réellement décaissées (intérêts nets d’impôts et remboursements).

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18. Comparez les conséquences d’une augmentation de capital en numéraire réalisée
directement avec une augmentation de capital résultant de la conversion d’obligations
convertibles.

La première est réalisée à une date prévue et définie par l’entreprise pour le montant souhaité.
Il se peut, néanmoins, que l’opération ne soit pas un succès et que l’entreprise ne puisse pas
lever l’intégralité des capitaux. La seconde est différée dans le temps et peut être réalisée en
plusieurs fois selon la volonté des porteurs d’obligations convertibles (l’entreprise peut y
trouver un avantage lorsque, au moment de l’émission de l’emprunt convertible, le prix des
actions est faible puisqu’elle vend généralement les OC à un cours supérieur à celui des
actions). L’entreprise peut cependant contrôler l’étalement de cette augmentation de capital
par son choix de la période de conversion. Dans les deux cas, la création d’actions nouvelles
entraîne un effet de dilution (du résultat et du capital). La dilution apparaît plus limitée (elle se
fait en tout cas plus en douceur) avec les OC.

19. Quelle(s) différence(s) faites-vous entre un financement par crédit bail et un


financement par emprunt ?

La question mérite d’être posée puisque le crédit bail est généralement retraité pour être
intégré dans l’endettement de l’entreprise. Outre le fait que le crédit bail n’apparaît pas au
bilan, contrairement aux dettes (d’où le retraitement), une des différences est que le crédit bail
est un financement systématiquement dédié à l’acquisition d’une immobilisation corporelle
(alors qu’un emprunt peut servir à financer d’autres types d’immobilisation, le cycle
d’exploitation etc…). Une autre différence est que le crédit bail finance 100% du montant de
l’acquisition, alors que l’emprunt peut n’en financer qu’une partie, ou financer un montant
plus important (un projet plus complet nécessitant, entre autre, l’achat d’une machine par
exemple).

Et pour finir en beauté…

20. Quels sont les avantages et inconvénients d’un financement direct par titres (actions,
obligations, …) par rapport à un financement indirect accordé par un intermédiaire
financier (un emprunt indivis auprès d’un établissement de crédit par exemple) ?

Les financements par l’émission de titres permettent de faire appel à de nombreux apporteurs
de capitaux et donc, pour tout le monde, de partager les risques. Une conséquence de cette
multitude d’apporteurs de capitaux est aussi de diviser leur pouvoir d’influence sur
l’entreprise émettrice (une entreprise dont l’actionnariat est très diversifié est moins gênée
dans la mise en œuvre de ses projets. C’est pour cette raison que les associations
d’actionnaires minoritaires essaient de faire évoluer les textes de loi afin d’éviter les
problèmes rencontrés avec Eurotunnel, Vivendi, France Télécom, etc…). Le titre offre aussi
une plus grande liberté pour les investisseurs et facilite par conséquent l’apport de capitaux
aux entreprises : l’existence de marchés secondaires permettant la revente des titres détenus
sans obliger l’entreprise à détruire du capital, autorise la réversibilité des décisions et ainsi
réduit les risques. Cette logique repose sur la liquidité des marchés (facilité avec laquelle il
est possible d’échanger des titres sur le marché aux conditions courantes de prix).

Pour en savoir un peu plus…

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D’un point de vue théorique, la titrisation (l’émission de titres pour se financer) est le chemin
vers une situation optimale. Chacun, entreprise ou particulier, devrait pouvoir émettre des
titres représentatifs de ses revenus futurs. La vente de ces titres permettrait d’avoir à sa
disposition aujourd’hui la somme d’argent nécessaire pour acheter d’autres titres offrant des
flux de rémunération plus adaptés à nos besoins : on dit souvent qu’un jeune en début de
carrière a des besoins importants (pour s’installer dans la vie, …) mais ne possède pas le
patrimoine ou le revenu nécessaire, alors qu’à sa retraite il possède les financements
nécessaires mais ses besoins sont moindres. La titrisation permet de mieux adapter les moyens
aux besoins. Théorie dites-vous ? Certes, mais observez aujourd’hui la multitude de titres de
plus en plus sophistiqués qui existent et continuent d’être créés ! Ce développement du titre
autorise la création de profils de rémunération et de risques de plus en plus complémentaires
(le but de la titrisation de l’économie est de pouvoir disposer d’une solution face à tout type
de risque).

Un exemple ? Vous dansiez peut-être cet été sur les remixes de David Bowie ; les albums de
l’artiste lui rapportent au moins 5 millions de dollars par an. En 1997, pour faire face à un
besoin important de ressources (en fait, le rachat de l’intégralité de ses droits), David Bowie
(sur les conseils de financiers) a émis un emprunt obligataire (Bowie Bond) qui lui a permis
de lever 55 millions de dollars. En contrepartie, les royalties sur ses albums sont placées sur
un compte spécial permettant de générer les revenus des créanciers. Les obligations Bowie lui
ont apporté le financement nécessaire par anticipation de ses revenus futurs ! (les informations
chiffrées proviennent de l’ouvrage « Fundamentals of corporate finance » de Ross, Westerfield, et
Jordan. Mc Graw Hill, 6ème édition (2003)).

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