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1209-2009,

cathares :
une histoire à pacifier ?
actes du colloque international tenu à Mazamet
les 15, 16 et 17 mai 2009
sous la présidence de Jean-Claude Hélas

Anne Brenon
Thomas Butler
Annie Cazenave
Lidia Denkova
Natalyia Dulnyeva
Jean Duvernoy
Carles Gascón Chopo
Ylva Hagman
Gwendoline Hancke
Pilar Jiménez-Sanchez
Guy Lobrichon
Franco Morenzoni
Daniela Müller
Claudine Pailhès
Roland Poupin
Marjolaine Raguin
Julien Roche
Travis Stevens
Galia Valtchinova
Ruben van Luijk
Francesco Zambon
David Zbíral

HISTOIRE LOUBATIÈRES
Avant propos

CATHARES : UNE HISTOIRE A PACIFIER ?

L’étude d’une dissidence depuis des siècles disparue dans les remous de
l’histoire n’est pas chose facile, tant, par nature, les documents qui en
conservent trace sont artificieux, « monuments du pouvoir » selon les mots
de Georges Duby, reflétant la perpétuelle raison du plus fort, ses construc-
tions infiniment piégées, ses certitudes en trompe-l’œil. À plus forte raison
lorsqu’il s’agit d’une hérésie, phénomène qui en son temps a concentré sur
lui les regards malveillants du politique et du religieux. Que nous le voulions
ou non, à des degrés divers, nous sommes tous les héritiers de vieux présup-
posés, que seul le travail historien peut débusquer et déminer, en l’analysant.
Depuis les décennies que le chantier de l’histoire laboure le champ de l’héré-
sie médiévale – quels que soient les noms qu’on lui donne – c’est peut-être
la pratique d’un commun langage qui a le plus manqué aux chercheurs.

Le travail en chantier a pourtant énormément progressé, donnant matière,


en cette année (2009) de commémoration des événements de la Croisade
contre les Albigeois, à un colloque de large envergure, susceptible de rassem-
bler et confronter les mille pistes de ses avancées. Nous remercions les spécia-
listes, de par le monde, de la dissidence religieuse conventionnellement dési-
gnée comme cathare, qui ont accepté cette invitation à mettre en commune
réflexion le fruit de leur recherche. Leurs apports sont divers, comme divers
sont les types de sources sur lesquelles ils ont travaillé, ainsi que les question-
nements qu’ils leur ont posés. En commun, ils partagent leur méthode de
travail, respectueuse et critique par rapport aux textes. L’unanimité n’existe
pas en histoire, on pourrait même dire qu’elle tue l’histoire – en la gravant
sur marbre. En ce sens, dieu merci, l’histoire du catharisme n’est pas morte.
Les points de vue sont multiples, parfois divergents. Ne craignons pas les
contradictions – qui sont les pistes de l’histoire de demain. Mais cherchons
ensemble le langage d’une histoire qui dialogue en paix.

Le comité d’organisation :
Jacques Beaulieu, Régine Benoît, Sonia Benoît, Anne Brenon, Annie Caze-
nave, Jean Duvernoy, Jean-Claude Hélas, Monique Paillon, Julien Roche.
SOMMAIRE
Remerciements, Avant propos ..................................................................6

La construction de l’hérésie

Retour sur la construction historiographique


des origines orientales du catharisme (Pilar Jiménez-Sanchez)...............11
Origine et originalité de l’hérésie (Lidia Denkova).................................25
La charte de Niquinta et le rassemblement
de Saint-Félix, état de la question (David Zbíral) ..................................31
Édition critique de la charte de Niquinta
selon les trois versions connues (David Zbíral).......................................45
Innocent III et la rhétorique contre l’hérésie (Travis Stevens)..............53
Hérésie et hérétiques dans la Chanson
de Guilhem de Tudela (Marjolaine Raguin) ..............................................65
Sur la présence cathare en Val d’Aran (Carles Gascón Chopo)................81
Hérésies et hérétiques dans la prédication parisienne
de la première moitié du XIIIe siècle (Franco Morenzoni) .......................91
Les « chrétiens » bosniens (Thomas Butler) ............................................109
Table-ronde animée par Guy Lobrichon .............................................117

Théologie et ecclésiologie de la dissidence

Les historiens et la question de la vérité historique.


L’Église cathare a-t-elle existé ? (Daniela Müller) ..................................139

7
L’interprétation cathare des paraboles évangéliques : les deux arbres,
la brebis et la drachme perdues (Francesco Zambon) .............................155
Les fondements de la lecture cathare du prologue
de l’Évangile de Jean (Natalyia Dulnyeva & Andrèi Pechenkine – Tula)....171
La Brevis summula contra herrores notatos heretichorum
et le point de vue des Églises cathares
concernant les diverses sortes d’esprits (Ylva Hagman).......................179
À propos des tuniques d’oubli (Roland Poupin)....................................193
Débat autour des interventions ...............................................................205
Table ronde animée par Daniela Müller ..............................................211

Causes et conditions de la disparition du catharisme

Les comtes de Foix et l’hérésie (Claudine Pailhès).................................223


Le faydit, l’épouse et la concubine :
le destin ordinaire de la famille de Mazerolles
entre hérésie, croisade et Inquisition (Gwendoline Hancke).................241
Jordan de Saissac (Jean Duvernoy) ............................................................261
Les années 1230-1245 : premiers jalons d’une déprise
du catharisme en pays d’oc ? Exemple de deux seigneuries
de la Montagne Noire (Anne Brenon) .....................................................267
Genus hereticorum (Annie Cazenave).........................................................287
Débat autour des interventions ...............................................................305
Table ronde animée par Julien Roche...................................................311

Synthèse et conclusions par Jean-Claude Hélas ...................................319

Les auteurs, présentation........................................................................329


LA CHARTE DE NIQUINTA
ET LE RASSEMBLEMENT DE SAINT-FÉLIX :
ÉTAT DE LA QUESTION
David Zbíral

La Charte de Niquinta, texte qui rapporte un grand rassemblement hérétique


à Saint-Félix de Lauragais en 1167 et qui se réclame de la provenance dissidente,
est un enjeu essentiel de la recherche actuelle sur le catharisme et le bogomilisme.
La Charte est le seul document dissident à témoigner d’une organisation assez solide
de la dissidence cathare dans le Midi dès le XIIe siècle et à postuler les liens des héré-
tiques méridionaux avec la dissidence orientale. L’hypothèse d’un faux moderne se
montre plutôt improbable. Mais il reste plusieurs autres hypothèses de sa rédaction
au Moyen Âge, donc de son interprétation : il peut s’agir d’une stylisation anti-héré-
tique, d’un document relatant largement des faits historiques, d’un faux dissident,
d’une légende dissidente du XIIIe siècle. Cet article résume l’état actuel de la discus-
sion et apporte des arguments pour et contre les différentes hypothèses.

n 1167, un rassemblement dissident important aurait eu lieu à Saint-

E Félix en Lauragais. Le personnage central aurait été un certain Papa


Niquinta. Ce Niquinta aurait conféré le consolament aux participants
et ordonné six évêques dissidents, dont quatre du Midi, un de Lombardie et
un du Royaume de France. Dans un bref discours, il aurait prêché pour l’au-
tonomie de chaque église et pour leur coexistence paisible. Ensuite, une commis-
sion aurait défini la frontière entre l’église toulousaine et l’église du Carcas-
sès. Une charte, en un exemplaire pour chacune des deux églises, aurait enfin
officialisé ce bornage 1.
Le seul témoin du rassemblement à Saint-Félix est le document connu
sous le nom de Charte de Niquinta. Son enjeu est considérable. Parmi les
sources dissidentes, c’est la seule à attester plusieurs éléments clefs de l’image
traditionnelle du catharisme.
L’unité du mouvement dissident, d’abord. Dans la seconde moitié du
XXe siècle, le catharisme a été redéfini et l’idée de la continuité dualiste millé-
naire et du lien généalogique avec le manichéisme a été abandonnée par la
plupart des chercheurs, grâce notamment à Henri-Charles Puech 2 et Jean
Duvernoy 3. Pourtant, on a gardé l’idée d’un mouvement européen à l’iden-
tité nette, assurée notamment par le « dualisme » (quoi que ce soit) et un rite
prétendument uniforme du consolament. Aujourd’hui ce modèle du catha-
31
la construction de l’hérésie

risme se voit de plus en plus contesté. Les recherches et relectures des sources
par Gabriele Zanella 4, Jean-Louis Biget 5, Uwe Brunn 6, Julien Théry 7 ou
Pilar Jiménez Sanchez 8, entre autres, ont montré que l’idée d’un mouvement
dissident unifié à travers l’Europe et à travers plusieurs siècles est à revisiter.
Un deuxième enjeu de la Charte de Niquinta est le rapport de la dissidence
méridionale et italienne à la dissidence orientale, bogomile. Dans la Charte,
la succession épiscopale se voit assurée par un Papa Niquinta, donc person-
nage de nom oriental et qu’on rencontre comme évêque dissident de la région
constantinopolitaine venu en Italie, dans deux traités anti-hérétiques italiens
du XIIIe siècle, le De heresi catharorum et le Tractatus de hereticis 9.
Tertio, la Charte atteste une structure ecclésiale avec des évêques à la tête
des différentes églises, donc une organisation et – ce qui n’est pas le moin-
dre – une conscience de soi bien assurée, dès les années 1160, c’est-à-dire à
une époque assez précoce.
La tradition textuelle de la Charte est problématique et elle n’a pas tardé
à susciter des réserves. Aucun manuscrit médiéval de la Charte ne nous est
parvenu. Le texte est connu uniquement par l’édition de Guillaume Besse
dans son Histoire des Ducs, Marquis et Comtes de Narbonne 10 et par deux
versions manuscrites de Besse, récemment découvertes par Monique Zerner
dans le fonds Baluze de la Bibliothèque nationale de France 11. S’agit-il d’un
faux du XVIIe siècle, comme le pense M. Zerner 12 ? D’un faux ou excitatorium
anti-hérétique des années 1220, hypothèse développée par J.-L. Biget 13 ?
D’un document relatant des événements historiques, comme le veut l’hypo-
thèse traditionnelle 14 ? Y a-t-il d’autres contextes encore dans lesquels on
pourrait situer la Charte ? Cet article se propose de résumer l’état de la discus-
sion actuelle sur la Charte de Niquinta.

La question mal posée de « l’authenticité »


Il y a une longue tradition de doutes sur l’authenticité de la Charte de Niquinta
ou au moins sur certains détails qu’elle rapporte 15. Or, le débat actuel sur la
Charte n’a été lancé qu’en 1999 par Monique Zerner qui a organisé le colloque
Revisiter l’hérésie méridionale : le supposé concile cathare de Saint-Félix (1167).
M. Zerner a bien identifié l’importance du document pour l’image tradition-
nelle du catharisme et, en mettant en doute la Charte, elle s’est proposée d’ou-
vrir une discussion sur la notion même du catharisme. Le colloque de Nice a
motivé des recherches successives qui ont été rassemblées et publiées en 2001
dans le livre L’histoire du catharisme en discussion 16. Parmi ces recherches, il faut
signaler surtout l’analyse formelle du document par des spécialistes de l’Institut
de recherche et d’histoire des textes (IRHT) sous la direction de Jacques Dala-
run et Denis Muzerelle qui ont conclu que la Charte ne peut pas être un faux
moderne et qu’il s’agit bien d’un document médiéval 17. Les chercheurs favora-
bles à la Charte n’ont pas tardé à saluer ces conclusions 18. Monique Zerner a
répondu par un article paru dans le Journal des savants qui propose quelques
mises au point intéressantes 19. Malheureusement, il est dépourvu de notes biblio-
graphiques et il souffre d’imprécisions dans les détails, dues sans doute au fait
que, à ce qu’il semble, M. Zerner ne veuille plus développer la thématique.

32
la charte de niquinta…

On a voulu trouver la certitude et conclure soit pour, soit contre l’authen-


ticité de la Charte. Or, on peut se demander légitimement si la question même
de l’authenticité ou l’inauthenticité n’est pas mal posée et ne réduit pas, sans
justification, le champ des contextes possibles où on pourrait situer la Charte.
En fait, il y a plusieurs contextes qui ont pu donner naissance à ce document.
Vouloir trop authentifier ou discréditer la Charte conduirait à quitter les
objectifs de la science. Les sciences ne devraient pas prétendre posséder des
vérités ; plutôt devraient-elles chercher des probabilités. Ce que je veux faire
dans la suite n’est donc pas de décréter si la Charte est authentique ou fausse,
mais d’examiner attentivement les différentes possibilités et, à la base de leurs
pour et contre, estimer leur probabilité.

Faux moderne ?
On a vu que les enjeux du document ne sont pas anodins : la Charte
confirme beaucoup d’éléments de l’image traditionnelle, autrement connus
uniquement par des sources polémiques (plus faciles à mettre en cause),
comme le caractère « international » de la dissidence, les liens avec l’Orient,
la structure épiscopale avec une succession d’ordination précise, une conscience
de soi à une époque très précoce. Or, la Charte présente un problème évident :
aucun manuscrit médiéval ne nous est parvenu et les trois témoins se ratta-
chent tous à une seule et même personne, celle de l’historien carcassonnais
Guillaume Besse. Ceci a amené M. Zerner à revisiter le document. Elle a
conclu qu’il s’agit un faux, probablement de Besse lui-même 20.
Le débat après la présentation de cette hypothèse et l’analyse formelle du
texte qu’ont proposée les spécialistes de l’Institut de recherche et d’histoire des
textes ont montré la faiblesse de certains arguments de M. Zerner 21, qui a été
amenée à modifier sa thèse du faux de Guillaume Besse, tout en gardant l’hy-
pothèse du faux moderne et en offrant des réponses partielles à des problèmes
soulevés notamment par l’analyse des spécialistes de l’IRHT 22.
Sans dissimuler que la tradition textuelle du document pose des problèmes,
il faut cependant indiquer que plusieurs arguments déstabilisent l’hypothèse
du faux moderne, dont cinq se montrent essentiels.
Primo, on ne fait pas un faux sans raison. Besse ne fait qu’un usage très
maladroit et superficiel du document. Il doit même le déformer pour l’adap-
ter à ses propos, fait incompréhensible dans l’hypothèse où Besse serait l’au-
teur de la Charte 23. L’usage de la Charte par un autre érudit, l’éventuel faus-
saire, n’est pas attesté. Il s’agirait donc d’un faux assez complexe, notamment
pour le XVIIe siècle, dont pourtant personne n’a vraiment profité.
Un deuxième argument réside dans les ligatures trompeuses de et, mal
lues comme q. ou quod par Besse dans la plupart des cas. Sans connaître les
deux versions manuscrites de Besse (que M. Zerner ne leur a malheureuse-
ment pas communiquées), les spécialistes de l’IRHT ont estimé qu’il s’agit
de mélectures d’un type spécial et pas très connu des ligatures de et, qui étaient
en voie d’extinction très rapide dans les années 1230-1240 24. La version dans
le fonds Baluze 7 a confirmé largement leurs conclusions : il y a neuf de ces
ligatures trompeuses de et dessinés par Besse. L’autre version manuscrite (fonds

33
la construction de l’hérésie

Baluze 275) montre déjà une évolution partielle vers la mélecture de certaines
d’entre elles comme q. ou quod. Les conséquences sont claires. Employer une
telle fausse faute de lecture (en plus en plusieurs phases : ms. Baluze 7 ne
développe pas ces ligatures, ms. Baluze 275 les développe en partie) serait un
véritable coup de maître du faussaire. Jusqu’à ce qu’on prouve une telle maîtrise
dans un faux du XVIIe siècle, il faut considérer ces ligatures et leur évolution
dans les trois versions du document comme un des arguments décisifs contre
l’hypothèse du faux moderne. M. Zerner a essayé de neutraliser cet argu-
ment : certes, les spécialistes de l’IRHT ont bien vu que Besse n’a pas compris
cette ligature, mais il est « trop médiocre érudit pour que son ignorance soit
représentative du milieu savant ». Il ne s’agirait donc pas d’une fausse faute
de lecture mais d’une véritable mélecture de Besse lisant un faux moderne
avec ces ligatures 25. Or, il est autre chose de connaître ce type de ligatures,
et de savoir qu’elle était en usage précisément dans les années 1200-1230,
donc à l’époque dont se réclame la notice finale de la Charte.
Le troisième argument est un surnom qui apparaît dans le texte de la Charte
dans deux formes, Raimundus de Beruniaco et Raymundus de Bauniaco. Cette
personne est connue des chroniques qu’un faussaire du XVIIe siècle a pu avoir
entre les mains. Mais la seule édition de la chronique de Roger de Hoveden
accessible à l’époque lisait Baimiaco et ce n’est que l’édition de 1869 qui a réta-
bli la leçon correcte Bauniaco (récemment vérifiée dans le manuscrit) 26. Par
conséquent, pour garder la possibilité du faux moderne, « il faudrait démon-
trer, soit qu’un extrait de Benoît de Peterborough ou de Roger de Hoveden,
livrant la bonne leçon de Bauniaco, était en circulation avant 1660, soit que
le supposé faussaire moderne aurait eu accès aux manuscrits d’une des deux
chroniques, lesquels, à l’évidence, n’ont jamais quitté l’Angleterre 27. » M. Zerner
répond à cet argument par la conjecture qu’il aurait circulé une version manus-
crite du passage d’une des chroniques avec la leçon Bauniaco 28. Certes, il n’est
pas possible d’exclure des conjectures de ce genre. Mais la variante correcte
Bauniaco, connue de la Charte mais pas de l’édition de la chronique de Roger
de Hoveden accessible à l’époque, reste un problème pour l’hypothèse du faux
moderne : celle-ci doit supposer la circulation nulle part attestée d’un extrait
manuscrit de la chronique, ce qui la rend un peu fragile.
Quarto, Julien Roche a réalisé une étude exhaustive des déplacements des
dissidents du Carcassès signalés dans les registres d’Inquisition (soit autour
de 500 déplacements) avec la conclusion que le bornage des églises dissi-
dentes présenté dans la Charte concorde avec la réalité historique de la dissi-
dence au XIIIe siècle. Or, aucun érudit du XVIIe siècle – encore moins Guil-
laume Besse – ne fait preuve de connaissances suffisantes pour établir la
frontière présentée dans la Charte à la base des registres d’Inquisition. Pour
faire cela, il faut une connaissance systématique et exhaustive des registres,
inexistante à l’époque 29. Cet argument est resté sans réponse jusqu’ici.
Il y a un cinquième argument contre l’hypothèse du faux moderne, qui
n’a pas été cité dans la discussion actuelle. C’est Antoine Dondaine qui a
identifié son importance. La notice finale de la Charte donne deux noms :
Pierre Isarn et Pierre Pollan. Certes, les deux hommes sont connus des regis-

34
la charte de niquinta…

tres d’Inquisition comme dignitaires de l’église du Carcassès 30. L’éventuel


faussaire a pu les trouver dans les registres manuscrits, inédits à l’époque. Or,
il y a un détail, loin d’être anodin, qui semble avoir échappé aux partisans de
l’hypothèse du faux moderne. Dans les registres d’Inquisition, ces noms ne
se trouvent nulle part ensemble 31. Et pourtant, en sachant toutes les occur-
rences de ces noms dans les registres, on décrypte la probabilité du lien entre
eux, indépendamment de la Charte. Si la Charte fait ce lien dans la notice
finale, c’est qu’elle remonte sous une forme ou une autre au XIIIe siècle.
Puisque, quoi qu’en dise M. Zerner, il est impossible que le faussaire ait fait
ce lien, en ayant trouvé ces deux noms « au cours d’une lecture “en diago-
nale” de registres de l’Inquisition 32 ». On a affaire à une tout autre chose que
deux noms trouvés au hasard. Il s’agit de deux noms qui sont liés historique-
ment, mais dont le lien est très difficile à décrypter dans les registres d’Inqui-
sition. Pour faire ce lien dans son faux, le faussaire aurait dû avoir une connais-
sance absolument exceptionnelle des registres d’Inquisition dont personne
ne fait preuve au XVIe et au XVIIe siècle (pour tout dire, personne entre 1300
et les recherches de Dondaine dans les années 1940). Cet argument est resté
sans réponse jusqu’ici 33. Pour continuer à soutenir la thèse du faux moderne,
il faudrait soit démontrer qu’un érudit du XVIIe siècle a eu de telles connais-
sances des registres d’Inquisition méridionaux, soit supposer l’existence d’un
document perdu où ces noms étaient liés.
Vu les arguments très forts contre elle, l’hypothèse du faux moderne se
montre très improbable dans l’état actuel du débat.

Faux anti-hérétique des années 1220 ?


Une autre hypothèse, développée par Jean-Louis Biget, est celle d’un faux
anti-hérétique des années 1220. Il s’agirait d’un récit imaginaire dont le but
serait de montrer la force et l’unité internationale de l’hérésie et, probablement,
motiver les destinataires à mener au bout la croisade contre les « Albigeois 34 ».
Cette hypothèse mérite plus d’attention qu’elle n’en a attiré. En tout cas,
elle ne se heurte pas à autant de difficultés que l’hypothèse du faux moderne.
Mais une difficulté principale demeure : l’image des églises cathares dans la
Charte est bien loin de l’idée polémique de la contre-Église diabolique tenta-
culaire 35. Le « papa » Niquinta n’est pas présenté comme un pape (c’est seule-
ment Besse qui en fait un) ; il prononce un sermon sur la concorde, mais n’in-
tervient pas du tout dans le bornage en tant que tel ; les termes et thèmes
habituels de la polémique sont absents (mot cathari, dualisme et toutes les
autres doctrines, refus des sacrements catholiques, refus de l’Église catholique
et inimitié contre elle 36, etc.) ; l’ecclésiologie plurielle qu’évoque le sermon
de Niquinta (sept églises d’Asie de l’Apocalypse, cinq églises orientales) est
très spécifique et ne s’accorde pas avec l’image polémique ; etc.
Un autre problème posé par cette hypothèse est la redondance de la Charte.
Dans l’hypothèse du faux anti-hérétique, on comprend difficilement le rôle
du bornage aussi minutieux 37 (mais ayant lieu entre deux églises seulement
– pourquoi ne pas montrer les hérétiques se partageant tout le territoire catho-
lique ?), pas plus que la longue liste des « diviseurs », en plus répétée. La notice

35
la construction de l’hérésie

finale sur la transcription du document n’aurait pas de sens dans un faux


anti-hérétique non plus, en tout cas J.-L. Biget n’en a offert aucune explica-
tion et il sera difficile d’en trouver une qui serait convaincante.
Enfin, les excitatoria et les documents comparables sont destinés à être
diffusés, tandis que la Charte est inconnue au Moyen Âge. On peut essayer
d’expliquer ce silence par diverses conjectures invérifiables 38, mais il reste
qu’il s’agit d’une difficulté de plus pour cette hypothèse.
Outre ces problèmes, il est difficile de soutenir cette hypothèse sans produire
un document plus ou moins comparable. On peut envisager une telle styli-
sation issue du milieu polémique, mais il n’a pas été prouvé que des stylisa-
tions parfaites de ce genre existaient. La lettre de Conrad de Porto de 1223,
citée par Biget en appui de son hypothèse, va plutôt dans le sens contraire :
il montre à quel point l’image des églises dissidentes dans la Charte est diffé-
rente de l’image anti-hérétique 39, comme c’est le cas aussi des disputations
fictives entre un hérétique et un catholique, où un polémiste invente les argu-
ments doctrinaux hérétiques pour les réfuter par la suite.
Pour ces raisons, cette hypothèse, tout en restant possible, ne se montre
pas très probable. Ce qui ne revient pas à dire qu’un prochain développe-
ment ne peut pas la rendre plus plausible ; la piste inquisitoriale surtout 40
pourrait livrer des résultats intéressants.

Document dissident du XIIe siècle relatant largement des faits historiques?


L’hypothèse qui prévalait dans la seconde moitié du XXe siècle voyait dans
la Charte un document dissident authentique relatant un événement histo-
rique. Si cette hypothèse garde beaucoup de sa probabilité, dans le contexte
de la recherche actuelle elle montre pourtant certaines fissures.
Primo, la date démontrable du document est celle du « translatum » de
Pierre Pollan, soit 1223. Aller au-delà pour authentifier ce texte de 1223
comme relatant fidèlement un événement historique de 1167 est déjà un
choix qu’il faut d’abord justifier.
Secundo, la Charte avec ses églises dissidentes bien développées et
conscientes d’elles-mêmes se heurte aux sources sur la dissidence méridio-
nale des années 1160-1180 (le rapport de la disputation de Lombers 41 et
les lettres de Raimond V, Pierre de Saint-Chrysogone et Henri de Marcy 42)
d’où la structure épiscopale et d’autres traits définitoires classiques du catha-
risme connus de la Charte (consolament, liens avec la dissidence orientale)
sont absents. Ces sources sont-elles mal renseignées sur la dissidence ? Ou
ont-elles une autre perspective narrative ? Ou bien doit-on penser que les
églises dissidentes ne sont pas encore formées et que l’image dans la Charte
n’est pas celle des années 1160 mais celle des années 1220 ?
Tertio, l’organisation d’une telle rencontre internationale où viennent des
évêques dissidents de Constantinople, de France et de Lombardie exige de
solides contacts, dans une mesure inconnue même du De heresi et du Trac-
tatus de hereticis. Les preuves d’une telle communication, et cela dès 1160,
sont inexistantes et aucun événement analogique à l’époque (ni même un
synode ecclésiastique catholique aussi multilatéral, par exemple) n’a été signalé

36
la charte de niquinta…

par les partisans de cette hypothèse jusqu’ici. Avant de trouver des analogies
et de formuler des conjectures sur les possibilités de communication des diffé-
rents groupes dont les représentants auraient été présents à Saint-Félix, un
tel rassemblement international doit être considéré comme improbable.
Quarto, la Charte parle des églises dissidentes orientales « délimitées et
déterminées » dont « aucune n’agit contre une autre en rien ». Or, il est tout
à fait impensable qu’une délimitation existe sur un territoire aussi vaste, vu
de plus qu’aucune source (sauf la Somme de Rainier Sacconi, contestable, et
la Charte elle-même) ne nous autorise à penser que les groupes dissidents
orientaux étaient en contact ou même avaient connaissance l’un de l’autre.
Dans ce cas au moins, on a manifestement affaire à un élément légendaire.
En attendant une réponse cohérente à ces arguments, on peut considérer
cette hypothèse comme ni très improbable, ni très probable.

Faux dissident ?
Les problèmes de l’hypothèse d’un document authentique des années 1160
sont largement des problèmes de chronologie. La Charte de Niquinta donne
une image de la dissidence qui concorde très bien avec les sources du XIIIe siècle
– les registres d’Inquisition, les Rituels, les traités anti-hérétiques italiens. Qui
plus est, deux de ces traités, le De heresi catharorum et le Tractatus de hereticis,
rencontrent de très près la Charte : ils introduisent un Papas Nicheta comme
un dignitaire hérétique venu d’Orient et jouant un rôle important pour les
débuts du catharisme en Italie ; un autre personnage de la Charte, Marc, y est
représenté comme le premier évêque des cathares lombards qui aurait reçu
l’ordination épiscopale de Nicheta ; en plus, dans ces deux traités, le problème
principal des églises cathares est celui de la succession épiscopale. On voit que
le parallélisme entre ces deux traités et la Charte est très prononcé.
Une question s’impose que la dichotomie authentique-faux a obscurci : la
Charte de Niquinta peut-elle être un document dissident mais inauthentique ?
Les faits relatés peuvent-ils ne pas être purement historiques même dans l’éven-
tualité de la provenance dissidente ? Le récit a-t-il pu s’inspirer des légendes
fondatrices des dissidents italiens ou des inquisiteurs 43 ? Il n’y a aucune raison
de refuser cette éventualité d’avance. On peut la subdiviser en deux hypothèses,
celle d’un faux dissident et celle d’une légende fondatrice, avec des incertitudes,
dans les deux cas, quant à la part de l’histoire et la part du mythe.
Dans les deux éventualités, le point de départ est la notice finale relatant
une transcription (?) de la Charte d’une « antiqua carta in potestate supradic-
torum facta » par Pierre Pollan sur la demande de Pierre Isarn en 1223. Ces
deux hommes sont connus des registres d’Inquisition comme des évêques
successifs 44 de l’église du Carcassès.
À part la notice finale et ce qu’on sait sur Pierre Isarn et Pierre Pollan, il y
a un autre élément qui pourrait enrichir l’analyse : l’événement connu comme
le « concile de Pieusse ». Dans la déposition de Raimond Dejean devant l’In-
quisition de Carcassonne en 1238, on lit que « jusqu’à cent hérétiques » ont
tenu à Pieusse, treize ans plus tôt, soit vers 1225, un « concile général » où les
hérétiques du Razès ont demandé un évêque pour eux-mêmes, pour éviter des

37
la construction de l’hérésie

incertitudes d’obédience soit à l’évêque du Toulousain, soit à celui du Carcas-


sès. On se mit d’accord sur le fait que l’évêque de la nouvelle église serait choisi
parmi les représentants de l’église du Carcassès et que ce serait l’évêque du
Toulousain, Guilhabert de Castres, qui lui conférerait le consolament et l’or-
dination, ce qui fut fait 45. L’évêque du Carcassès est absent de ce témoignage,
ce qui fait penser que le rassemblement de Pieusse a eu lieu en 1226, alors que
Pierre Isarn était incarcéré 46 (personne ne lui a donc encore succédé). Il reste
à examiner attentivement l’ensemble de la déposition de Raimond Dejean et
à établir la vraisemblance d’un tel événement 47. Le terme de « concile géné-
ral », par exemple, est manifestement inquisitorial. Le texte pourrait même
renforcer l’hypothèse qui verrait dans la Charte une stylisation inquisitoriale,
puisqu’il montre, pour le moins, l’intérêt de l’inquisiteur envers un concile
hérétique 48 et envers l’ordination épiscopale lors d’un tel concile. Il est inté-
ressant de noter que cette description (la seule) du rassemblement de Pieusse
– qui coïncide à peu près avec la date de la « translation » de la Charte par
Pollan, comme l’ont souligné Antoine Dondaine 49 et Anne Brenon 50 – comporte
plusieurs traits communs avec la Charte 51. Le point central du rassemblement
a été l’ordination d’un évêque. Le désir d’en avoir un et le consentement qu’y
a accordé l’évêque du Toulousain à Pieusse a son parallèle dans la Charte, où
il est dit que « les gens de l’église de Toulouse ont voulu avoir un évêque 52 »
et où l’évêque du Carcassès est élu avec le consentement de Sicard Cellerier,
l’évêque de l’Albigeois 53. Tout comme les évêques dans la Charte, Benoît de
Termes a reçu un nouveau consolament avant d’être ordonné évêque de l’église
du Razès, ce qui semble inhabituel ou au moins local, vu que les traités, y
compris la somme de Rainier Sacconi qui décrit en détail la procédure de l’or-
dination de l’évêque 54, n’en savent rien. La déposition de Raimond Dejean
fait même soupçonner un équilibre fragile entre l’église de Toulouse et celle
du Carcassès: l’évêque est choisi parmi les dissidents du Carcassès, mais ordonné
par l’évêque de Toulouse, et c’est Raimond Agulher, du Toulousain, qui est
nommé le filius maior, donc le successeur de Benoît. La Charte de Niquinta,
quant à elle, décrit uniquement la frontière entre ces deux églises, pas entre
les autres. Le rassemblement de Pieusse et la situation incertaine quant à la
zone d’influence précise de l’église de Toulouse et celle du Carcassès pourrait
effectivement être liée à la rédaction de la Charte 55.
Dans le contexte de l’incertitude d’obédience qui se manifeste dans la dépo-
sition de Raimond Dejean, l’hypothèse d’un faux rédigé par Pierre Pollan et/ou
Pierre Isarn gagne tout son intérêt. L’objectif d’un tel faux serait de justifier un
territoire privilégié de l’église du Carcassès 56, la frontière précise telle qu’elle est
décrite dans la Charte, ou bien le status quo avec quatre églises dissidentes dans
le Midi (la Charte est muette sur l’église du Razès). La Charte pourrait être mise
à profit par Pierre Pollan et/ou Pierre Isarn dans le but de protéger l’autorité
de l’évêque du Carcassès contre l’expansionnisme éventuel de l’église de
Toulouse 57, personnifiée, dans les années 1220, par son évêque Guilhabert de
Castres, très actif dans la réorganisation de la dissidence 58, ou bien, antidatée,
pour contester indirectement la création de la nouvelle église du Razès sur un
territoire appartenant à l’église du Carcassès selon le bornage de la Charte.

38
la charte de niquinta…

L’hypothèse du faux de Pollan et/ou Isarn, rédigé probablement en rela-


tion avec des problèmes d’obédience lors des efforts du renouveau dans les
années 1220, permet d’éviter beaucoup des problèmes de l’hypothèse d’un
rapport historique. Mais, séduisante qu’elle est, cette hypothèse affronte plus
d’une difficulté. Primo, le rôle des participants étrangers (Niquinta, Marc et
Robert d’Espernone) est obscur puisqu’ils ne participent pas au bornage, ils
ne le confirment même pas. Un faussaire aurait pu profiter beaucoup mieux
de ces personnages, notamment de Niquinta, pour justifier son bornage.
Secundo, pourquoi un rédacteur appartenant à l’église du Carcassès tiendrait
à souligner le rôle de l’église de Toulouse dans l’élection de l’évêque du Carcas-
sès 59, étant donné que le but du faux serait de s’opposer à l’expansionnisme
toulousain ? Enfin, pourquoi parler de la charte de bornage dressée pour
l’église de Toulouse et offrir ainsi à ses représentants la possibilité de contes-
ter facilement l’authenticité de la Charte ?
L’hypothèse du faux de Pierre Pollan et/ou Pierre Isarn, qui inventerait le
rassemblement à Saint-Félix ou l’amplifierait largement dans le but de défendre
leurs intérêts, n’affronte pas certaines incohérences qui contredisent l’hypothèse
d’un rapport historique, mais elle en apporte d’autres, pas faciles à résoudre.

Légende dissidente ?
Dans les groupes religieux où des structures d’autorité sont en train de
se mettre en place, il est tout à fait normal que leurs représentants créent
des récits légendaires sur les origines et sur la continuité de leur fonction.
L’origine historique de ces structures d’autorité, souvent multiple et précaire,
est remplacée par une origine mythique nette et une tradition d’autorité
directe et impeccable. On pourrait citer des dizaines d’exemples : les légendes
remplaçant la pluralité et la diversification des groupes des partisans de Jésus
par l’idée unilinéaire d’une Église apostolique 60 (contenues entre autres dans
les Actes des apôtres 61), les légendes par le biais desquelles les divers courants
franciscains se revendiquaient de saint François, les légendes des vaudois
médiévaux qui cherchaient parfois l’origine de leur Église au IVe siècle 62, les
légendes historiographiques de certains historiens protestants cherchant l’ori-
gine de leur foi chez les dissidents médiévaux 63, etc. Il est tout à fait normal
que des groupes et courants religieux ajustent et mythifient leur histoire –
bien sûr sans pour autant considérer cela comme une manipulation, voire
un mensonge.
J’ai proposé ailleurs plusieurs arguments pour considérer les récits du De
heresi catharorum et du Tractatus de hereticis sur les origines du catharisme en
Italie comme des récits polémiques, certes, mais gardant des éléments des
récits dissidents 64. Est-ce que la Charte de Niquinta pourrait être une telle
légende ? Cette éventualité, évoquée par Jacques Dalarun 65 et Jacques Chif-
foleau66, n’est pas improbable. Ainsi, les difficultés de l’hypothèse d’un rapport
historique disparaissent : que l’image de la dissidence dans la Charte soit celle
du XIIIe siècle, et non celle de 1167, ne surprend plus, et Papa Niquinta venu
de l’Orient jusqu’à Saint-Félix à une époque très précoce devient un person-
nage des récits italiens incorporé par Pierre Pollan et/ou Pierre Isarn, qui ont

39
la construction de l’hérésie

déjà pu connaître ces récits dans les années 1220, dans leur propre légende
sur l’origine de l’autorité épiscopale qu’il revendiquent.
De même, certains problèmes de l’hypothèse du faux soutenant des inté-
rêts concrets de Pierre Pollan et/ou Pierre Isarn disparaissent. C’est notamment
le cas du décalage entre la première partie de la Charte, relatant l’ordination
des évêques, et la seconde partie, relatant le bornage que ces derniers ne confir-
ment même pas. Dans cette optique, la première partie peut très bien poursui-
vre un autre but que de soutenir tout simplement un bornage forgé: elle donne
une identité et une histoire légendaire aux églises dissidentes du Midi. Aussi le
parallélisme entre le rassemblement de Saint-Félix et celui de Pieusse s’en trou-
verait-il expliqué: la description du rassemblement à Saint-Félix dans la Charte
serait une projection des idées et pratiques dissidentes des années 1220 67.
Dire que ce document pourrait être une légende ne revient pas à dire
qu’un rassemblement dissident local n’a pas pu avoir lieu à Saint-Félix, en
1167 ou une autre année. Au contraire, la longue liste des diviseurs, beau-
coup moins efficace, dans la logique du document, pour justifier le bornage,
qu’une éventuelle confirmation de celui-ci par Niquinta et les autres évêques,
fait penser à la possibilité d’un noyau historique. On peut aussi remarquer
l’autorité de Sicard Cellerier dans la Charte : il est le seul parmi les représen-
tants des groupes méridionaux à porter le titre d’évêque même avant l’ac-
tion de Niquinta et il se montre un personnage clé dans l’élection de Guiraud
Mercier, évêque de l’église du Carcassès. Ce détail peut-il cacher un souve-
nir historique d’une éventuelle ordination de Guiraud Mercier par Sicard ?
On n’en sait rien, mais on peut constater pour le moins qu’il y a, dans la
Charte, des éléments plus compréhensibles comme historiques que légen-
daires.
Il semble que l’hypothèse d’une légende fondatrice rencontre le moins de
difficultés. Elle tient compte de la notice finale et sait expliquer les données
« suspectes » de la Charte (un grand rassemblement international, la concorde
des églises orientales évoquée par Niquinta là où on ne peut même pas être
sûr qu’elles connaissaient l’existence l’une de l’autre, une image de la dissi-
dence qui ressemble plutôt à celle du XIIIe siècle qu’à celle de 1167, une struc-
ture épiscopale et une conscience de soi très concrète à une époque aussi
précoce), aussi bien que les liens étroits avec les récits sur les origines des
églises dissidentes italiennes.

Conclusion
La Charte de Niquinta est un véritable enjeu de la recherche actuelle sur
le catharisme. Mais trop souvent, les éventualités de l’origine du document
ont été réduites sans justification à la dichotomie authentique-faux. En fait,
la question du vrai ou faux est une question mal posée. Même le contenu
d’un document dissident authentique peut être plus ou moins mythique. Au
niveau théorique aussi, la véritable question scientifique n’est pas celle de la
vérité, mais celle des probabilités respectives des hypothèses proposées.
Séduisante à première vue, l’hypothèse du faux moderne affronte de graves
problèmes. Les réponses de Monique Zerner à l’analyse formelle du docu-

40
la charte de niquinta…

ment par les spécialistes de l’Institut de recherche et d’histoire des textes se


montrent insuffisantes et d’autres arguments clés restent même sans réponse.
L’hypothèse du faux ou excitatorium polémique médiéval est intéressante,
mais son problème majeur est que l’image de la dissidence présentée dans la
Charte n’est pas celle des polémistes. En plus, aucune stylisation médiévale
comparable – aussi parfaite, pour tout dire – n’a été citée. Il faut encore étudier
attentivement certaines pistes, comme l’intérêt des inquisiteurs pour les
rassemblements hérétiques ou la possibilité qu’un catholique tendant plus à
la description des églises cathares et de leurs origines et rituels qu’à la polé-
mique avec une église diabolique unifiée (comme l’auteur du De heresi et du
Tractatus de hereticis ou Rainier Sacconi) rédige ce texte au XIIIe siècle. Or,
dans son état actuel, cette hypothèse n’est pas très convaincante.
L’hypothèse traditionnelle de l’historicité des faits relatés dans la Charte
n’est certes pas impossible en soi, mais il faudrait d’abord expliquer certaines
difficultés, encore plus visibles dans le contexte de la recherche actuelle sur
le catharisme qu’elle ne l’était auparavant (comme la conscience, inconnue
par ailleurs, des groupes orientaux de l’existence les uns des autres sur un
territoire aussi vaste, ou les très solides contacts préalables que présuppose
un tel rassemblement des représentants des groupes du Midi, de l’Italie, du
Royaume de France et de la région constantinopolitaine).
La possibilité d’un faux émanant de l’église dissidente du Carcassès, rédigé au
XIIIe siècle et s’inspirant des récits sur les origines des églises dissidentes en Italie,
pourrait remédier à certaines difficultés de l’hypothèse du document dissident
du XIIe siècle relatant largement des faits historiques. Or, elle en affronte d’autres,
surtout la mention d’une charte de bornage dressée pour l’église du Toulousain,
détail incompréhensible si le but du faux était de faire face à l’expansionnisme de
cette église. Un autre problème est le rôle des évêques étrangers, obscur dans l’hy-
pothèse du faux: ils ne participent pas au bornage, ne le confirment même pas.
Si le but du faux était de confirmer le bornage, on ne comprend pas pourquoi le
rédacteur n’a pas utilisé beaucoup mieux ses personnages.
La dernière possibilité qui, dans l’état actuel de la discussion, semble
affronter le moins de difficultés, est celle d’une légende fondatrice dissidente
des années 1220. Elle s’accorde assez bien tant avec le contexte (traités italiens,
image de la dissidence dans les années 1160-1180 contre celle des années
1220, etc.) qu’avec le contenu du document.
Pourtant, le but de cet article n’était pas de décider entre les hypothèses.
On peut continuer à les développer parallèlement, y compris les images de
la dissidence qui en découlent. Mais en même temps, il faut être conséquent
et répondre minutieusement aux difficultés qui se posent dans les différentes
éventualités. Que plusieurs hypothèses soient pensables ne veut pas dire
qu’elles sont équivalentes en terme de plausibilité.
Non seulement la recherche sur la Charte de Niquinta, mais aussi les
modèles généraux de la dissidence méridionale sont très polarisés à l’heure
actuelle. Plus que jamais, la tâche des historiens est de rétablir une discus-
sion ouverte même à des révisions profondes des modèles historiographiques,
mais basée sur la connaissance systématique et ponctuelle des sources.

41
la construction de l’hérésie

1. Voir l’édition du document qui suit après cet article.


2. Henri-Charles Puech, « Cosmas le Prêtre et le bogomilisme », dans Henri-Charles Puech
et André Vaillant, Le traité contre les Bogomiles de Cosmas le Prêtre : Traduction et étude, Paris,
1945, p 292-343.
3. Jean Duvernoy, L’histoire des cathares, Toulouse, 1979.
4. Gabriele Zanella, Itinerari ereticali. Patari e Catari tra Rimini e Verona, Roma, 1986 ;
id., « Malessere ereticale in Valle Padana (1260-1308) », Rivista di storia e letteratura religiosa,
14, no 3, 1978, p. 341-390, repris dans id., Hereticalia. Temi e discussioni, Spoleto, 1995, p. 15-
66.
5. Jean-Louis Biget, « Les Cathares. Mise à mort d’une légende », L’Histoire, 94, 1986,
p. 10-21 ; id., « “Les Albigeois” : remarques sur une dénomination », dans M. Zerner dir.,
Inventer l’hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l’Inquisition, Nice, 1998, p. 219-255 ;
id., « Les bons hommes sont-ils les fils des bogomiles ? Examen critique d’une idée reçue »,
dans Edina Bozóky dir., « Bogomiles, Patarins et Cathares », Slavica Occitania, 16, 2003
(numéro thématique), p. 133-188.
6. Uwe Brunn, « Cathari, catharistae et cataphrygae, ancêtres des cathares du XIIe siècle ? »,
Heresis, 36-37, 2002, p. 183-200 ; id., Des contestataires aux « cathares ». Discours de réforme
et propagande anti-hérétique dans les pays du Rhin et de la Meuse avant l’Inquisition, Paris, 2006.
7. Julien Théry, « L’hérésie des bons hommes. Comment nommer la dissidence religieuse
non vaudoise ni béguine en Languedoc (XIIe-début du XIVe siècle) ? », Heresis, 36-37, 2002,
p. 75-117.
8. Pilar Jiménez Sanchez, « Catharisme ou catharismes ? Variations spatiales et tempo-
relles dans l’organisation et dans l’encadrement des communautés dites “cathares” », Heresis,
39, 2003, p. 35-61 ; id., « Variations dans les rites sacramentaires des cathares. L’exemple de
l’initiation chrétienne (XIIe-XIIIe siècles) », Bollettino della Società di studi valdesi, 121, 2004,
p. 37-58 ; id., Les catharismes. Modèles dissidents du christianisme médiéval (XIIe-XIIIe siècles),
Rennes, 2008.
9. Antoine Dondaine éd., « La hiérarchie cathare en Italie I. Le De heresi catharorum »,
Archivum Fratrum Praedicatorum, 19, 1949, p. 306 ; id. éd., « La hiérarchie cathare en Italie
II. Le Tractatus de hereticis d’Anselme d’Alexandrie », Archivum Fratrum Praedicatorum, 20,
1950, p. 309.
10. Guillaume Besse, Histoire des Ducs, Marquis et Comtes de Narbonne, autrement appel-
lez Princes des Goths, Ducs de Septimanie, et Marquis de Gothie, Paris, 1660, p. 483-486.
11. Paris, Bibl. nat., fonds Baluze 7, fol. 40r-42v ; Paris, Bibl. nat., fonds Baluze 275, fol.
38r-39r.
12. Monique Zerner, « La Charte de Niquinta, l’hérésie et l’érudition des années 1650-
1660 », dans Monique Zerner dir., L’histoire du catharisme en discussion : Le « concile » de Saint-
Félix (1167), Nice, 2001, p. 203-248.
13. Jean-Louis Biget, « Un faux du XIIIe siècle? Examen d’une hypothèse », dans M. Zerner
dir., L’histoire du catharisme en discussion…, op. cit., p. 105-133.
14. Antoine Dondaine, « Les actes du concile albigeois de Saint-Félix de Caraman : Essai
de critique d’authenticité d’un document médiéval », dans Miscellanea Giovanni Mercati, vol.
5. Storia ecclesiastica – Diritto, Città del Vaticano, 1946, p. 324-355 ; Franjo Šanjek, « Le
rassemblement hérétique de Saint-Félix-de-Caraman (1167) et les Églises cathares au XIIe siècle »,
Revue d’histoire ecclésiastique, 67, 1972, p. 767-799 ; Bernard Hamilton, « The Cathar Coun-
cil of Saint-Félix Reconsidered », Archivum Fratrum Praedicatorum 48, 1978, p. 23-53, repris
dans Bernard Hamilton, Monastic Reform, Catharism and the Crusades (900-1300), Aldershot,
1997, section IX, p. 23-53 ; J. Duvernoy, L’histoire des cathares, op. cit., p. 215-219 ; Pilar Jimé-
nez, « Relire la Charte de Niquinta I. Origine et problématique de la Charte », Heresis, 22,
1994, p. 1-26 et id., « Relire la Charte de Niquinta II. Étude et portée de la charte », Heresis,
23, 1994, p. 1-28 ; etc.
15. Louis De Lacger, « L’Albigeois pendant la crise de l’albigéisme [I]. L’épiscopat de
Guilhem Peire, 1185-1227 », Revue d’histoire ecclésiastique, 29, 1933, p. 314-315 ; Yves Dossat,
« Remarques sur un prétendu évêque cathare du Val d’Aran en 1167 », Bulletin philologique
et historique (jusqu’à 1715) du Comité des travaux historiques et scientifiques, années 1955-1956,
1957, p. 339-347 ; id., « À propos du concile cathare de Saint-Félix : les Milingues », dans
« Cathares en Languedoc », Cahiers de Fanjeaux, 3, Toulouse, 1968, p. 201-214 ; Robert-I.
Moore, « Nicétas, émissaire de Dragovitch, a-t-il traversé les Alpes ? », Annales du Midi, 85,
1973, p. 85-90.
16. Monique Zerner dir., L’histoire du catharisme en discussion. Le « concile » de Saint-Félix
(1167), Nice, 2001.
17. Jacques Dalarun, Denis Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”, analyse formelle »,
dans M. Zerner dir., L’histoire du catharisme en discussion…, op. cit., p. 135-201.

42
la charte de niquinta…

18. Francesco Zambon, « Où en est le problème des Actes du “concile” de Saint-Félix ? À
propos de “L’histoire du catharisme en discussion” », dans Martin Aurell éd., Les cathares devant
l’Histoire. Mélanges offerts à Jean Duvernoy, Cahors, 2005, p. 135-144.
19. Monique Zerner, « Mise au point sur Les cathares devant l’histoire et retour sur L’his-
toire du catharisme en discussion. Le débat sur la Charte de Niquinta n’est pas clos », Journal
des savants, année 2006, numéro 2, p. 253-273.
20. Monique Zerner, « Compte rendu des interventions de M. Zerner, J.-L. Biget et
J. Chiffoleau », dans M. Zerner dir., L’histoire du catharisme en discussion…, op. cit., p. 37-43 ;
id., « La Charte de Niquinta, l’hérésie et l’érudition… », op. cit., p. 203-248.
21. J. Dalarun, D. Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”, analyse formelle… », op.
cit., p. 135-201.
22. M. Zerner, « La Charte de Niquinta, l’hérésie et l’érudition… », op. cit., p. 203-248 ;
ead., « Mise au point… », op. cit., p. 253-273.
23. J. Dalarun, D. Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”, analyse formelle… », op.
cit., p. 157-159, 163-164.
24. J. Dalarun, D. Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”, analyse formelle… », op.
cit., p. 184-188.
25. M. Zerner, « Mise au point… », op. cit., p. 259.
26. Pour une analyse détaillée, voir J. Dalarun, D. Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”,
analyse formelle… », op. cit., p. 150-158, 2001.
27. J. Dalarun, D. Muzerelle dir., « La “Charte de Niquinta”, analyse formelle… », op.
cit., p. 157-158.
28. M. Zerner, « Conclusion », dans M. Zerner dir., L’histoire du catharisme en discus-
sion…, op. cit., p. 250-251 ; id., « Mise au point… », op. cit., p. 260-261.
29. Julien Roche, « Enjeux et embûches de la recherche actuelle sur le catharisme : l’exem-
ple de la charte de Nicetas », dans Emmanuel Le Roy-Ladurie dir., Autour de Montaillou, un
village occitan : Histoire et religiosité d’une communauté villageoise au Moyen Âge, Castelnaud la
Chapelle, 2001, p. 261-262.
30. Célestin Douais éd., Documents pour servir à l’histoire de l’Inquisition dans le Langue-
doc, vol. 2, Paris, Renouard, 1900, p. 280 ; A. Dondaine éd., « Les actes du concile albi-
geois… », op. cit., p. 350 ; Julien Roche, Une Église cathare. L’évêché du Carcassès (Carcassonne
– Béziers – Narbonne), Cahors, 2005, p. 267-272.
31. Voir les citations dans A. Dondaine, « Les actes du concile albigeois… », p. 347, 350.
Cf. J. Roche, Une Église cathare…, op. cit., p. 267-272.
32. M. Zerner, « Conclusion… », op. cit., p. 249.
33. J.-L. Biget, « Un faux du XIIIe siècle ? Examen d’une hypothèse… », op. cit., p. 113-
114, n. 29 cite un long passage du texte où Dondaine avance cet argument, mais il l’abrège
d’une manière qui est pour le moins étrange : il substitue par trois points la partie principale
de l’argument.
34. M. Zerner, « Compte rendu des interventions de M. Zerner, J.-L. Biget et J. Chiffo-
leau… », op. cit., p. 43-49 ; J.-L. Biget, « Un faux du XIIIe siècle ? Examen d’une hypothèse… »,
op. cit., p. 105-133.
35. Cf. J. Dalarun et G.-G. Merlo dans « Débat du 30 janvier 1999… », op. cit., p. 66,
72.
36. À la lecture de la Charte, l’Église catholique semble ne pas exister même, ce qui est
typique des documents dissidents authentiques du XIIIe siècle comme les Rituels, mais inédit
chez les polémistes pour qui l’essence de l’hérésie est toujours le refus de ce que fait et prêche
l’Église catholique.
37. J. Roche, Une Église cathare…, op. cit., p. 87.
38. J.-L. Biget, « Un faux du XIIIe siècle ? Examen d’une hypothèse… », op. cit., p. 129.
39. Cf. A. Brenon dans « Débat du 30 janvier 1999… », op. cit., p. 98.
40. Cf. J. Roche, Une Église cathare…, op. cit., p. 81 ; M. Zerner, « Mise au point… », op.
cit., p. 256, 269.
41. Michel-Jean-Joseph Brial éd., Recueil des historiens des Gaules et de la France, vol. 14,
Paris, 1877, p. 431-434 ; Joannes Dominicus Mansi éd., Sacrorum conciliorium nova, et amplis-
sima collectio…, vol. 22, Venetiis, 1778, col. 157-168.
42. William Stubbs éd., The Historical Works of Gervase of Canterbury, vol. 1, The Chro-
nicle of the Reigns of Stephen, Henry II., and Richard I., London, 1879, p. 270-271 ; id. éd.,
Gesta regis Henrici secundi Benedicti abbatis : The Chronicle of the Reigns of Henry II. and Richard
I. A.D. 1169-1192, vol. 1, London, 1867, p. 202-206, 214-220 ; id. éd., Chronica Magistri
Rogeri de Houedene, vol. 2, London, 1869, p. 155-166.
43. J’ai présenté ailleurs des arguments qui incitent à ne pas considérer les récits du De
heresi et du Tractatus de hereticis sur les commencements des églises cathares en Italie comme
purement historiques et, en même temps, pour penser que ces récits ont gardé des éléments

43
la construction de l’hérésie

des légendes dissidentes sur les origines de leurs églises : D. Zbíral, « La Charte de Niquinta
et les récits sur les commencements des églises cathares en Italie et dans le Midi », Heresis, 44-
45, 2006, p. 135-162, notamment p. 143-148.
44. Pas directs ; entre Pierre Pollan et Pierre Isarn, Guiraud Abit semble avoir revendiqué
la dignité de l’évêque du Carcassès.
45. A. Dondaine éd., « Les actes du concile albigeois… », op. cit., p. 348.
46. J. Roche, « La Charte de Niquinta : un point sur la controverse », dans Edina Bozóky
dir., « Bogomiles, Patarins et Cathares », Slavica Occitania, 16, 2003 (numéro thématique),
p. 241 ; id., Une Église cathare…, op. cit., p. 247.
47. M. Zerner, « Mise au point… », op. cit., p. 269.
48. M. Zerner, « Mise au point… », op. cit., p. 256, 268-269.
49. A. Dondaine, « Les actes du concile albigeois… », op. cit., p. 349.
50. « Débat du 30 janvier 1999… », op. cit., p. 89.
51. Cf. J. Roche, Une Église cathare…, op. cit., p. 199.
52. Paris, Bibl. nat., fonds Baluze 7, 41r.
53. Paris, Bibl. nat., fonds Baluze 7, 41r.
54. Franjo Šanjek éd., « Raynerius Sacconi O. P. Summa de Catharis », Archivum Fratrum
Praedicatorum, 44, 1974, p. 48-49.
55. A. Dondaine, « Les actes du concile albigeois… », op. cit., p. 349.
56. On a souvent paraphrasé la Charte en termes de diocèses ou évêchés, mais la Charte
ne parle que d’églises (sauf bien sûr là où elle vise les évêchés catholiques). Il s’agit d’une raison
de plus pour douter de l’hypothèse de la rédaction polémique visant une contre-église héré-
tique qui soit une transposition des structures catholiques.
57. J. Roche, « Enjeux et embûches… », op. cit., p. 259.
58. Suzanne Nelli, « L’évêque cathare Guilhabert de Castres », Heresis, 4, 1985, p. 11-24,
en particulier 15-16, 19.
59. « Bernardus Catalanus et consilium ecclesie Carcasensis rogatus ac mandatus ab ecclesia
Tolosana… » (Paris, Bibl. nat., fonds Baluze 7, 41r).
60. Cf. Dalibor Papoušek, « Pella a Javne : Dvě legendy o kontinuitě », Religio. Revue pro
religionistiku, 6, 1998, p. 167-188.
61. Cf. Todd Penner, Caroline Vander Stichele dir., Contextualizing Acts. Lukan Narra-
tive and Greco-Roman Discourse, Atlanta, 2003 ; Ron Cameron, Merrill P. Miller dir., Redes-
cribing Christian Origins, Atlanta, 2004 ; Todd Penner, In Praise of Christian Origins. Stephen
and the Hellenists in Lukan Apologetic Historiography, New York et London, 2004 ; etc.
62. Cf. Peter Biller, « Medieval Waldensians’Construction of the Past », dans id., The
Waldenses, 1170-1530. Between a Religious Order and a Church, Aldershot, 2001, p. 191-206.
63. Cf. Guy Bedouelle, « Les Albigeois, témoins du véritable Évangile : L’historiographie
protestante du XVIe et du début du XVIIe siècle », dans « Historiographie du catharisme »,
Cahiers de Fanjeaux, 14, Toulouse, 1979, p. 47-70.
64. D. Zbíral, « La Charte de Niquinta et les récits sur les commencements… », op. cit.,
p. 143-148.
65. « Débat du 30 janvier 1999… », op. cit., p. 59-60, 89.
66. « Débat du 30 janvier 1999… », op. cit., p. 69, 77.
67. Peut-être du rassemblement de Pieusse même, mais dans cette éventualité, il faudrait
probablement considérer l’an 1223 de la notice finale de la Charte comme une antidate.
1209-2009,
cathares :
une histoire à pacifier ?
actes du colloque international tenu à Mazamet
les 15, 16 et 17 mai 2009
sous la présidence de Jean-Claude Hélas

textes rassemblés par Anne Brenon

A ucun chantier historique n’est jamais clos, puisque l’Histoire


s’inscrit elle-même dans l’Histoire, et que chaque génération
d’historiens pose au matériau documentaire un questionnement
renouvelé. Ainsi du phénomène hérétique médiéval, en particulier
de l’histoire des groupes dissidents aujourd’hui conventionnellement
désignés comme « cathares ».
Depuis Jean Duvernoy, nous savons désormais que les cathares
étaient des chrétiens médiévaux, représentatifs du débat intellectuel
et spirituel du tournant des XIIe et Xiiie siècles, et selon des
développements sociaux divers, bien au-delà des seuls pays d’oc.
En mai 2009, à Mazamet, un colloque international a permis à
une vingtaine de spécialistes de toutes disciplines – de l’histoire
médiévale à celle des religions ou à la philologie romane – d’exposer
et de confronter, en amical et respectueux débat, les avancées de leur
recherche sur les « cathares ». Les communications s’organisaient
selon trois grands thèmes : la construction de l’hérésie ; théologie et
ecclésiologie de la dissidence ; causes et conditions de la disparition
du catharisme ; chaque partie étant suivie d’une table ronde entre les
chercheurs et avec le public.
Tel est l’ensemble qui se trouve ici retranscrit.
Images et concepts de « l’hérésie », 800 ans après la croisade contre
les Albigeois, ressortent aujourd’hui précisés, clarifiés – tendent enfin
à s’exorciser. Et on se prend à respirer le grand bol d’oxygène d’une
recherche neuve, rajeunie.
www.loubatieres.fr

ISBN 978-2-86266-629-7

29 €