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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

ISLAM & BOUDDHISME


Dans le Monde Moderne
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

ISLAM & BOUDDHISME


Dans le Monde Moderne

IMRAN N. HOSEIN

IMRAN N. HOSEIN PUBLICATIONS


ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Copyright : Imran N. Hosein 2001

ISBN : 983-9541-15-3

Première publication en 1972 par


World Federation of Islamic, Karachi, Pakistan.
Deuxième édition, publiée en 1999 par
The Muslim Converts Association, Singapour.

Désormais publié en 2014 par


Imran N. Hosein Publications,
Trinidad et Tobago.

Email : inhosein@hotmail.com
Site web : www.imranhosein.org
Livres en ligne : www.imranhosein.com
Distributeur : INH Distributors
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

PREFACE
(De la première édition)

C’était en juillet 1971, juste après ma remise de diplôme de


l’Institut d’études islamiques Aleemiyah, que le président de cet
institut, Dr. Muhammad Fazl-ur-Rahman Ansari al-Qaderi, m’a
demandé d’écrire un livre sur le Bouddhisme, m’informant qu’il
avait été vivement empressé par mon examinateur concernant
l’ouvrage sur les religions comparées. Je devais ensuite rentrer
chez moi à Trinidad, dans les Antilles. Mais par rapport à l’amour
et au respect que j’ai pour mon précepteur spirituel et
académique, je me suis senti obligé d'entreprendre cette
recherche. Le temps qui était mis à ma disposition était limité. En
fait, je n’avais que trente et un jours pour me consacrer à
l’accomplissement de ce difficile travail. Mais, je ressentais la
Grâce par laquelle Allah m’avait béni en me donnant le privilège
de contribuer à la Cause de la Vérité.
Pour tous mes aboutissements académiques et spirituels, je
suis profondément redevable au schéma d’éducation unique et
révolutionnaire vu et réalisé par le Dr. Muhammad Fazl-ur-
Rahman Ansari al-Qaderi, à l’Institut d’études islamiques
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Aleemiyah. Cet institut islamique a été fondé à Karachi, au


Pakistan, dans le but de former des dirigeants musulmans qui
étudieraient de manière approfondie l’Islam, les religions
comparées et la pensée moderne.
J’ai aussi une profonde gratitude pour l’érudit Maulana,
dont la riche érudition multidimensionnelle m’a assisté dans la
compréhension des problèmes de religion et de philosophie, plus
que dans quoi que ce soit d’autre, et dont la personnalité
religieuse dynamique a énormément aidé à mon développement.
Je dois beaucoup à l’association de Trinidad et Tobago,
Anjuman Sunnat wal Jama’ah, qui m’a assisté pour mes études
au Pakistan.
Le dernier, et pas des moindres, je suis profondément
reconnaissant envers ma mère bien-aimée qui a porté toutes les
épreuves de son veuvage avec une force et une grâce
exceptionnelles, alors que je m'éloignais d'elle pendant six ans, à
l’Institut Aleemiyah, en quête de connaissances.

Imran N. Hosein
1er Octobre 1971
6, Main Road, Chaguanas.
Trinidad, Antilles.

֍֍֍
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PREFACE
(De la deuxième édition)

Vingt-sept longues années se sont écoulées depuis que j’ai


écrit ce livre, en 1971, à l’âge de 29 ans. Cette nouvelle édition,
publiée par The Muslim converts’ Association de Singapour, a
émergé dans le sillage de deux conférences publiques que j’ai
faites sur ce sujet à Singapour, dans l’île malaisienne de Penang,
en Août 1998.
Je me suis restreint, dans cette nouvelle édition, à une
révision mineure du texte. Mais j’ai laissé inchangé le langage de
ma jeunesse. Les nouveaux commentaires et ceux revus
représentent moins d’un pourcent du texte total. Le lecteur peut
vouloir obtenir la cassette audio de ma conférence sur ce sujet
(particulièrement la conférence faite à Penang) puisque j’y ai
introduit une nouvelle analyse du sujet, analyse qui ne se trouve
pas dans le livre. Les cassettes peuvent être obtenues auprès des
éditeurs de ce livre. En effet, l’Association des Musulmans
Convertis de Singapour a une grande collection des
enregistrements de mes conférences faites à Singapour, toutes ces
années.
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Le livre a été écrit avec un profond respect pour Gautama


Buddha. Dans les années qui sont passées depuis que j’ai écrit ce
livre, mon respect pour Gautama est resté inchangé. Les
bouddhistes de l’Asie du sud-est, où cette édition a été publiée,
devraient trouver dans ce livre de quoi penser. Tout aussi
important, ils n’y trouveront rien, d’un point de vue objectif, qui
puisse les offenser.
Je remercie chaleureusement l'aimable assistance des
membres de l’Association des Etudiants Musulmans de
l’Université Rutgers dans le New Jersey, ma chère femme ;
Aisha, et sa fille ; Nicole, qui ont tapé le manuscrit pour moi tout
à tour, pour en faire un document informatique, ce qui a ainsi
simplifié le travail d’édition et d’impression.
Je veux aussi remercier l’Association des Musulmans
Convertis de Singapour pour la publication de ce livre et Br.
Mohamed Nassir pour tous les efforts qu’il a entrepris pour que
cette publication se fasse.
Finalement, un mot à propos de l’éminent savant qu’est le
professeur Yusuf Saleem Chisti, qui m’a enseigné le Bouddhisme
à l’Institut d’Etudes Islamiques Aleemiyah. J’ai reconnu ma
gratitude pour lui dans la Préface que j’ai écrite dans la première
édition de ce livre. Malheureusement, j’étais déjà rentré chez moi,
à Trinidad, dans les Caraïbes, quand le livre a été publié au
Pakistan, en 1972, et que j’ai trouvé, à ma grande tristesse, que
ma reconnaissance envers le professeur Chisti pour sa
contribution à ce livre, n’apparaissait pas cette Préface. Il n’est
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aujourd’hui plus de ce monde. Cependant, je saisis l’opportunité,


dans la nouvelle édition de ce livre, pour faire part de ma profonde
gratitude envers lui, et prier Allah qu’Il lui fasse miséricorde.
Ameen !
Imran N. Hosein
Darul Arqam,
Singapour, le 12 Janvier 1999.

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CONTENU

AVANT-PROPOS .......................................................................... xiii


Chapitre 1 ............................................................................................ 1
LES SOURCES DU BOUDDHISME ............................................... 1
Observations préliminaires ............................................................... 1
Littérature Pali .................................................................................. 4
Littérature Sanskrit ........................................................................... 6
Chapitre 2 ............................................................................................ 8
LA VIE DE BOUDDHA .................................................................... 8
Chapitre 3 .......................................................................................... 13
ORIGINE DE LA MISSION DE GAUTAMA .............................. 13
Chapitre 4 .......................................................................................... 17
LES ENSEIGNEMENTS DE BASE DE GAUTAMA BOUDDHA
............................................................................................................ 17
La souffrance .................................................................................. 17
Le Désir .......................................................................................... 21
Le Noble sentier octuple ................................................................. 23
Le Nirvana ...................................................................................... 26
Chapitre 5 .......................................................................................... 30
LA PHILOSOPHIE BOUDDHISTE .............................................. 30
Le Pragmatisme .............................................................................. 31
Le pragmatisme dialectique ........................................................... 31
La psychologie................................................................................ 32
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Le positivisme ................................................................................. 33
Le phénoménisme ........................................................................... 33
L’empirisme .................................................................................... 33
Les implications philosophiques des enseignements éthiques de
Bouddha.......................................................................................... 33
I. L’origine dépendante .......................................................... 33
II. Le karma : ........................................................................... 36
III. La théorie du flux universel : .......................................... 43
IV. Le Non-Soi (Anatta) ....................................................... 49
La critique du Soi Empirique ......................................................... 51
Chapitre 6 .......................................................................................... 55
LES ECOLES PHILOSOPHIQUES DU BOUDDHISME ........... 55
L’école Madhyamika du Nihilisme ou Relativisme ....................... 56
L’école Yogacara de l’Idéalisme Subjectif .................................... 59
L’école du Réalisme, Sautrantika. .................................................. 63
L’école Vaibhashika du Réalisme Direct ....................................... 65
Chapitre 7 .......................................................................................... 66
LES ECOLES RELIGIEUSES DU BOUDDHISME .................... 66
Ce Monde ....................................................................................... 69
L’Autre Monde ............................................................................... 72
Une Réalité Constante .................................................................... 73
Dieu ................................................................................................ 74
Le Soi ............................................................................................. 78
Remarques finales .......................................................................... 79
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Chapitre 8 .......................................................................................... 83
L’INFLUENCE DU BOUDDHISME SUR LE CHRISTIANISME
............................................................................................................ 83
Observations préliminaires ............................................................. 83
L’influence ..................................................................................... 84
Chapitre 9 .......................................................................................... 93
LE BOUDDHISME ET LA RENCONTRE AVEC LES
RELIGIONS DU MONDE .............................................................. 93
L’hindouisme.................................................................................. 93
Le christianisme.............................................................................. 96
L’Islam ........................................................................................... 97
Chapitre 10 ...................................................................................... 112
LA COMPARAISON ENTRE L’ISLAM ET LE BOUDDHISME
.......................................................................................................... 112
Une Comparaison scripturale ....................................................... 112
La Comparaison Dimensionnelle ................................................. 117
La Comparaison archétypale ........................................................ 123
La Comparaison entre les Philosophies de Vie du Bouddhisme et de
l’Islam. .......................................................................................... 133
A. Le Philosophie de Vie Bouddhiste ................................... 133
B. La Philosophie de Vie Musulmane ................................... 148
C. La synthèse ....................................................................... 181
Conclusion .................................................................................... 181
Glossaire ........................................................................................... 183
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Dédicace
Au
Shaikh al-Islam
De Trinidad et Tobago

Son Eminence

Dr. Muhammad Fazl-ur-Rahman al-Ansari


Al-Qaderi
M.A., B.Th., Ph.D.

Ceci est le fruit de l’enseignement que j’ai reçu de vous,


ces six dernières années. Je vous le dédicace comme un
humble engagement de gratitude vis-à-vis de l’amour
profond et de l’attention affectueuse et paternelle dont
vous avez fait preuve en veillant sur moi et en aidant au
développement de ma pensée.
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AVANT-PROPOS

C’est avec grand plaisir que j’introduis la monographie de


recherche d’Imran Hosein sur Islam et Bouddhisme dans le
monde moderne, laquelle constitue sa première démarche dans le
domaine de l’écriture et qui peut, avec certitude, être annoncée
comme le premier livre sur ce thème jamais écrit par un érudit
musulman.
L’auteur, qui est mon cher élève, a hérité des illustres
traditions de l’érudition moderne en philosophie et en religion,
représentée par le Dr. Syed Zaraf-ul-Hassan M.A., LL.B., Dr.
Phil. (Erl.), D.Phil. (Oxon.) et Dr. Sir Muhammad Aqbal M.A.,
Ph.D., D.Litt.D., Bar-at-Law, et de l’initiative missionnaire
représentée par Son Eminence Muhammad Abdul Aleem
Siddiqui al-Qaderi (bénie soit sa mémoire), et je suis fier de lui.
Malgré ses jeunes années, il est déjà sur la route de la maturité de
la sagesse, et je suis sûr que son travail en tant que chercheur lui
donnera un éclat de plus en plus grand pour la cause la Vérité.
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Déjà, le présent livre est une réalisation prometteuse. Sa


façon de traiter le sujet met en évidence une lucidité, une
objectivité et une perspicacité de haut niveau. Et son attitude
envers Bouddha et le Bouddhisme, tout en gardant l’esprit de
l’Islam, est sympathique, - à l’opposé de l’approche malicieuse et
vindicative souvent faite par les érudits chrétiens et Arya Samaj
dans leurs écrits sur l’Islam.

Je prie pour que Dieu bénisse ce livre du plus grand succès qui
soit. Amine !
Dr. Muhammad Fazl-ur-Rahman al-Ansari al-Qaderi

Le 25 Décembre 1971

Centre islamique,
Nord de Nazimabad-B,
Karachi, Pakistan.

֍֍֍
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Chapitre 1

LES SOURCES DU BOUDDHISME

Observations préliminaires

Gautama Bouddha a atteint ‘l’illumination’ à l’âge de


trente-cinq ans. Dès lors jusqu’à sa mort, quarante-cinq ans plus
tard, il a consacré sa vie entière au prêche des doctrines de sa
religion. Néanmoins, il n’a jamais prêté attention à la tâche
importante d’enregistrement de son message sous une forme
écrite permanente (c’a-d., comme un livre/un écrit).
En réalité, le seul fondateur de la communauté religieuse
qui n’ait jamais prêté attention à cette tâche était le Prophète
Muhammad (paix et salut soient sur lui). Le Qur’an apprécie la
différenciation qui lui vaut d’être la seule écriture révélée dans le
monde aujourd’hui, laquelle vient directement du fondateur de la
communauté religieuse. C’est aussi la seule écriture originale
révélée qui a survécu à la critique historique pour ce qui est de
son intégrité, son authenticité, sa sincérité et sa pureté.

1
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Gautama Bouddha est le fondateur du Bouddhisme. Ses


enseignements sont péremptoires et imposés à tous les
bouddhistes. Le bouddhiste se sent obligé d’essayer et de
découvrir ce que sont les enseignements originaux de Bouddha.
S’il échoue dans cette tâche, et persiste à se faire appeler un
bouddhiste, il doit être assez honnête pour admettre que ce en
quoi il croit ne sont pas les enseignements originaux de Bouddha,
- non, ils peuvent même être très différents de ce que Bouddha
enseignait !
Désormais, la critique historique a prouvé en conclusion
que les enseignements originaux de Bouddha peuvent ne jamais
être connus. Ce qui prétend, maintenant, être ses enseignements,
peut l’être ou ne pas l’être. Personne ne peut le dire. Cependant,
certaines autorités semblent dire, d’une seule voix, que le
Bouddhisme présenté au monde est assez différent de celui prêché
par Bouddha. Par exemple, Dr. Edward Conze, dans son livre
éminemment lisible, ‘Bouddhisme, son essence et son
développement’, a dit cela : La vérité est que la plus ancienne
strate des écritures existantes peut seulement être atteinte par
déduction incertaine et conjecture. Ces tentatives pour
reconstruire le Bouddhisme original ont une seule chose en
commun. Elles sont toutes d’accord avec le fait que la doctrine
de Bouddha n’était certainement pas ce que les bouddhistes
avaient compris que c’était. Melle Rhys Davids, par exemple,
élimine le Bouddhisme de la doctrine du ‘soi’, et du monachisme.
Pour elle, le culte de ‘l’homme’ est la doctrine originale du
Bouddhisme. H.J.Jennings, supprime, froidement, toutes les

2
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références à la réincarnation dans les écritures, et affirme, donc,


avoir restauré le sens original. Dr. P.Dahlke, encore, ignore
toute la magie et la mythologie dont le Bouddhisme traditionnel
est rempli, et réduit la doctrine du Bouddha à une théorie
agnostique assez raisonnable.1
Pour sa part, Dr. Conze déclare ouvertement et
honnêtement : J’avoue que je ne sais pas ce qu’est la ‘doctrine
originale’ du Bouddhisme.2
Il semble que les enseignements de Gautama Bouddha,
comme la doctrine de Jésus, aient été préservés dans la mémoire
de leurs disciples. Peu de temps après la mort de Bouddha, un
concile s’est tenu à Rajagaha pour que la parole de Bouddha
puisse être récitée et approuvée. Cependant, dans ce concile, ils y
avaient des différences d’opinion ou, plutôt des souvenirs de
conflits. Le concile, semble-t-il, avait décidé de préférer l’opinion
de Kayshapa et d’Ananda, disciples renommés de Bouddha. Par
conséquent, le plus que la littérature bouddhiste puisse affirmer
être sa source, ce sont les enseignements de Gautama Bouddha
interprétés par Kayshapa et Ananda. Et, même si cela est admis
excessivement par des personnes comme Christmas Humphreys
qui a admis : L’historicité de ces deux conciles est contestée par
certains érudits.3 (Il y a eu un second concile à Vesali, une
centaine d’années plus tard.)

1
Conze Edward : Bouddhisme, Son Essence et son Développement, p.27.
2
Ibid.
3
Humphreys, Christmas : Bouddhisme, p.45

3
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Cela n’est qu’après que quatre cent années soient passées, après
la mort de Bouddha, que les bouddhistes ont pu résoudre leur
confiance, infondée, en la mémoire humaine et leur méfiance
envers la parole écrite.4 Et même quand ils ont commencé à
retranscrire leurs doctrines et à les compiler dans leur Canon,
comme il est venu à nous, ils ont peu tenu compte de ce dont
l’historien a besoin pour évaluer l’authenticité, l’intégrité, la
sincérité et la pureté originales d’un document. Dr. Conze note :
Le Bouddhisme est un ensemble de traditions dans lesquelles
certains noms ressortent, et dans lesquelles certaines dates sont
bien connues. Cela en est d’autant plus exaspérant quand nous
essayons d’appliquer nos idées actuelles de la critique historique.
Langlois et Seignobos, dans leur manuel de la méthode
historique, établissent qu’ « un document dont l’auteur, la date et
la provenance5 ne peuvent pas être déterminés, ne vaut rien. » Dr.
Conze fait cette regrettable remarque : Hélas, cela est le cas de la
plupart des documents à partir desquels nous avons construits
l’histoire du Bouddhisme.6

Littérature Pali
Le plus important des textes Pali, si important en fait, qu’il
peut être considéré comme la Bible du Bouddhisme, est le Tri-
pitaka. Il est, généralement, reconnu comme faisant partie de la

4
Conze, Op. cit., p.29
5
C’a-d., la source, d’où cela vient.
6
Conze, Ibid.

4
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plus ancienne littérature bouddhiste et daté du 1er siècle avant J.C.


Cela dépend donc d’une longue tradition orale préalable.
Le Tri-pitaka, ou trois paniers de lois, est composé de
trois livres :
Vinaya Pitaka- ‘Règles de conduite.’ C’est le livre de la
discipline. Le Bouddhisme original était, par excellence, le
Bouddhisme du Bhikshus (moines) qui vivait la vie monastique
pour être formé à prêcher et disséminer les enseignements
religieux de Gautama Bouddha. Cette vie monastique devait être
strictement commandée. Le Vinaya Pitaka gérait, pour
l’essentiel, les ‘règles de l’ordre’.
Sutta Pitaka- ‘Discours’. Le Sutta Pitaka est une
collection des sermons et des discours de Gautama Bouddha et
des évènements de sa vie. C’est, peut-être, le plus important des
Pitakas en tant que livre-source de la doctrine bouddhiste. Il se
partage en cinq branches connues dont Nikayas.
Gautama Bouddha était, essentiellement, un penseur
éthique. Les éthiques bouddhistes sont entérinées dans leur forme
la plus célèbre, dans le texte Pali, le Dhammapada7(le chemin de
la vertu). En fait, le Dhammapada peut être considéré comme
étant le plus célèbre de toute la littérature Pali. Il est entièrement
composé de maximes et de courtes déclarations de pitié

7
Sa traduction anglaise complète peut être trouvée dans Radhakrishan et
Moore : livre-source de la philosophie indienne, pp. 292-325

5
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transmettant des vérités, d'une grande importance, par rapport à


l'élévation spirituelle de l'homme.

(c)Abhidhamma- ‘Analyse de la doctrine’. Ce troisième panier


est le panier des doctrines métaphysiques. Il est généralement
connu sous le nom de métaphysiques bouddhistes. Cependantn il
a formé, en particulier, le fondement des écoles réalistes de la
philosophie bouddhiste (Sautrantika, ou le réalisme critique, et
Vaibhashika, ou Réalisme direct).8
En accord avec une autorité dirigeante du Bouddhisme,
Melle Rhys Davids, a dit que le Abhidhamma n’est rien de plus
qu’une élaboration analytique et logique de ce qui a déjà été
donné (c’a-d., dans le premier des deux pitakas). Il contient des
analyses et des exposés des doctrines bouddhistes.

Littérature Sanskrit

Alors que le Pali a été utilisé ou plutôt accaparé par la secte


du Bouddhisme, Hinayana, le Sanskrit était préféré par leurs
rivaux Mahayana. Nous pouvons aussi noter que leurs attitudes
envers leurs écritures montrent un net contraste. Les écritures
Hinayana (Tri-Pitaka, par exemple) présentent simplement une
description, à la fois historique et analytique, du Bouddha et des
enseignements et des préceptes bouddhistes. L’école Mahayana,

8
Chatterjee et Datta : Une introduction de la philosophie indienne, p.176

6
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d’un autre côté, montre une tendance distincte pour attribuer des
propensions sacrées aux textes.9
Les textes Sanskrit (de Mahayana) semblent ne pas avoir
été réduits à une collection ou à un Canon (comme en Pali).10
L’essentiel de la littéraire originale Sanskrit a, désormais, été
perdue. Heureusement, plusieurs d’entre eux ont été traduits en
d’autres langues (principalement en chinois). Ils sont préservés
en chinois et ont, désormais, été traduits dans leur Sanskrit
original.
Le travail le plus célèbre en Sanskrit, découvert par le
professeur Hodgson, a été restauré à partir de sa traduction
chinoise. Le Mahavastu (qui signifie littéralement ‘histoire
sublime’) consiste en une collection volumineuse d’histoires
légendaires.
Lalitavistara, un autre texte Sanskrit, découvert par le
professeur Hodgson, est considéré comme un des textes Sanskrit
les plus sacrés. Il appartient au 1er siècle après J.C., qui est, à peu
près 500 ans après Bouddha, et contient tous les miracles qui
avaient amenés la superstition populaire, laquelle est de concevoir
un Bouddha complaisant, pendant toute cette longue période de
temps.
֍֍֍

9
Cf. Ninian Smart : Article sur Bouddhisme dans l’encyclopédie de la
philosophie, Vol. 1, p.419
10
Humphreys, Christmas : Bouddhisme, p.237

7
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 2

LA VIE DE BOUDDHA

Il y a trois Gautama Bouddhas, nommés :

Le Bouddha historique.
Le Bouddha transcendantal.
Le Bouddha mythologique.
Dans ce chapitre, nous devons restreindre la discussion sur
‘le bouddha historique’. Il est né vers 560 av. J.C.11 Son nom de
famille était Gautama et son prénom Siddhârta (c’a-d., celui qui
a accompli son but). Il était, aussi, appelé Sakyamuni (c’a-d., le
sage de la tribu de Sakya) et se faisait appelé Tathagata (celui qui

11
Certains disent 800 av. J.C. Certains vont loin aussi dans l’autre direction,
comme 200 av. J.C. Quand nous donnons des noms, dates et autres données
historiques, il faut se rappeler que nous ne le faisons pas sous l'autorité d'un
texte qui peut survivre à la critique historique. Il n’y a pas de tel texte dans le
Bouddhisme. Par conséquent, toutes nos dates, etc., ne représentent rien de
plus qu’une ‘conjecture plausible’.

8
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

avait atteint la vérité). Il est né dans le village de Lumbini, près


de Kapilavastu,12 la capitale d’un royaume subordonné au sud de
l’Himalaya, dirigé par son père, Raja Suddhodana. Le nom de sa
mère était Mahamaya.

La légende raconte qu'un astrologue avait prédit à son père,


le roi, que le jeune Gautama abandonnerait le trône et la vie
royale, renoncerait au monde et mènerait une vie d’ascétique, le
jour où il verra quatre choses :

- un vieillard,
- un ermite,
- un malade
- un mort.

Le roi a construit un palais spécial dans lequel le jeune


Gautama était confiné. Il lui y était fourni tout ce qu’il pouvait
désirer. Il y avait des danses et des chants de femmes, des jeux,
de la bonne nourriture, etc. Cependant, il lui était interdit de
quitter le palais. Quand il a été en âge, il a été marié à la belle
Yasoddhra, qui avait attiré son attention parmi les belles hôtesses
que le roi avait présentées à la jeunesse réticente et pensive.
Comme il était habituel à l’époque, le prince devait s’engager
dans une compétition ouverte, dans des sports virils pour ‘prouver

12
Certains érudits musulmans ont essayé de reconnaître Kapil à partir de Dhul
Kifl du Qur’an, ‘f’ étant utilisé dans Kifl puisqu’il n’y a pas de ‘p’ en arabe.
Allah est Le Plus Savant.

9
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

son courage’ et ‘gagner ses éperons’ afin qu’il puisse gagner la


main de la belle jeune fille. La légende raconte qu’il a donné de
lui-même un récit plus qu’honorable!13
Quand Gautama a eu 29 ans, il a vu, le même jour, un
vieillard, un ermite, un malade et un mort. Le choc du ‘côté
sombre’ de la vie était si grand que cette nuit-là il renonça au
monde et quitta, secrètement, sa femme et son fils nouveau-né,
enfilant la toge de l’ascétique. Il est dit qu’il a passé près de six
ans dans sa quête de la vérité, - une quête qui est née dès qu’il
s’est retrouvé face à la souffrance.
Il a étudié la tradition sacrée des hindous et pratiqué les
disciplines et exercices hindous mais n’a pas trouvé de réponses
au problème brûlant de sa vie. De la même manière, il est passé
par le Jaïnisme. Il a pratiqué des jeûnes rigoureux et est passé par
une période extrême, d’auto-mortification (qu’il a trouvé
préjudiciable). Il n’avait toujours pas atteint l’illumination. Il a
finalement renoncé à ses exercices rigoureux (et dans le processus
a perdu les cinq disciplines auxquelles il s’était accroché) et est
retourné à son sens commun pour reprendre son sébile et vivre la
vie de mendiant vagabond. Après six ans de recherche, la
méditation philosophique et l’ascétisme corporel, les deux

13
Arnold, Sir Edwin : La Lumière d’Asie. Le plus beau récit de la vie de
Bouddha que j’ai lu !

10
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

chemins les plus connus en Inde pour le Salut, n’avaient donné


aucun résultat.14
En refusant de continuer son auto-mortification, Gautama
avait réalisé que, quelle que soit la vérité, un homme peut
atteindre, et atteint mieux, grâce à un cerveau nourri dans un corps
sain. Une telle conception était absolument étrangère aux idées de
la région et de l’époque.15
Gautama était désormais renvoyé à ses propres ressources
et il ne tarda pas à apercevoir son but alors qu’il était en
méditation sous un arbre Bodhi. Il est passé par différentes étapes
de méditation jusqu’à ce qu’il atteigne finalement ‘l’illumination’
et qu’il voit, avec l’œil spirituel, les réponses à tous les maux qui
consumaient son âme. C’est ainsi qu’il a été reconnu comme étant
Gautama, le Bouddha (ou celui qui est illuminé).
Après cela, il a passé les quarante-cinq années qui suivirent
à prêcher à l’humanité, la vérité qu’il avait découverte. Son
premier sermon a été fait à Sarnath (une ville fermée de Banaras,
en Inde, que l’auteur a visitée en 1971). Là, il a exposé les
célèbres quatre nobles vérités dont tous souffrent (dukht), cela a
une cause (tanha), cette cause peut être supprimée, et il y a une
méthode par laquelle elle peut être supprimée. Cette méthode
consiste à suivre le noble sentier octuple comprenant les

14
Brelvi, Mahmud : l’Islam et ses croyances contemporaines, p.68. Son
chapitre sur le Bouddhisme est court et sobre, mais souffre d’une totale
absence de documentation.
15
Wells, H.G. : Schéma de l’histoire, p.390

11
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

opinions justes, la bonne résolution, le discours droit, la bonne


conduite, les bons moyens de subsistance, les bons efforts, les
bonnes pensées et la bonne méditation.
Gautama Bouddha a passé le reste de sa vie à s’occuper des
besoins moraux de l’humanité, à voyager de ville en ville pieds
nus, propre, et avec rien de plus que sa toge safran, son bâton de
marche et sa sébile. Il est mort en 480 av. J.C., à l’âge de quatre-
vingt ans.

֍֍֍

12
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 3

ORIGINE DE LA MISSION DE
GAUTAMA

Le Bouddhisme est, essentiellement, une révolte contre le


mensonge, les maux et les tyrannies de l’Hindouisme du 5ème
siècle av. J.C. Les écrivains hindous semblent très soucieux de
négliger ce point. Il est très probable que l’Hindouisme, dans une
ou plusieurs de ses souches, ait émergé dans l’histoire en tant que
religion authentique fondée sur une vérité révélée. Il doit
certainement avoir été monothéiste. Puis, il a été corrompu avec
le polythéisme et l’idolâtrie. La corruption de la vérité a mené, en
retour, à la corruption des valeurs.
L’homme est un être essentiellement moral, et l’objectif
premier de la religion est de construire le caractère et la
personnalité morale de l’individu, et à travers l’individu,
l’humanité dans son ensemble. L’Hindouisme avait
complètement perdu de vue cet objectif et avait remplacé la
construction du caractère par le culte des idoles et les rituels

13
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

comme étant des fins en soi. Deuxièmement, l’Hindouisme avait


dépouillé l’individu de sa liberté et de son individualité (sauf s’il
était un Brahman) et l’avait enchainé dans les entraves du système
de castes, -l’institution qui forme, et doit former, la pierre
angulaire de ce système de dominance qui est l’ordre social
hindou.
Le Bouddha s’est manifesté pour rétablir la bonne voie.
C’est à cause de ce contexte qu’il a restreint ses enseignements
éthiques et a refusé de discuter des métaphysiques (dont l’Inde
était déjà plus que saturée). Seulement ainsi pouvons-nous
comprendre et expliquer son silence au sujet du problème de
l’existence ou de la non-existence de Dieu. Cela peut aussi être
dû au fait que l’Inde était (et est toujours) pénétrée par l’idolâtrie
et le culte de centaines de dieux et déesses, le retour d’un tel rang
de polythéisme, d’anthropomorphisme dénudé et d’idolâtrie
animiste16 au monothéisme aurait été un soubresaut soudain.
Peut-être qu’il était nécessaire que l’ardoise soit d’abord nettoyée.
D’où le fait que Bouddha soit resté silencieux sur la question de
Dieu. (Il n’a pas réfuté l’existence de Dieu !). De la même
manière, il est resté silencieux à propos de la dimension
transcendantale de l’existence (c’a-d., le monde invisible), à la
question sur ce qu’est la vie du Bouddha qui a atteint le Nirvana

16
Il est intéressant de noter que malgré le passage de 2500 ans et le fort impact
de l’Islam, le polythéisme et le culte des idoles persistent, toujours, en Inde, à
ce jour. En effet, la virulence avec laquelle l’ancienne idolâtrie persiste en Inde
indique qu’elle est destinée à jouer un rôle déshonorant dans cette dernière
étape de l’histoire.

14
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

(le Salut), il a répondu par l’analogie d’une flamme. Il a


demandé : Que devient une flamme après qu’elle se soit éteinte ?
La révolte contre l’Hindouisme est inscrite dans le
mouvement de la conscience religieuse, d’une ‘dépendance’
inerte et servile avec l’Hindouisme à une ‘auto-dépendance’ libre
et dynamique avec le Bouddhisme. En fait, les mots de départ de
Bouddha à ses disciples avant qu’il meurt étaient :
Tous les éléments composants sont amenés à se
décomposer. Travaillez à votre propre salut avec diligence !
Cette révolte s’est aussi exprimée dans la dénonciation
pénétrante du ritualisme et du sacrifice. Dans le même sens, il a
déclaré que les enseignements Vedas et Védiques étaient sans
intérêt !
Le second point à noter est que Bouddha, comme
Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬et Jésus (‫ )عليه السﻼم‬établissent la
liberté individuelle. Tout le monde peut atteindre le salut. Le salut
n’est pas restreint à la caste sacerdotale de Brahmans qui a
monopolisé la lecture des écritures sacrées et qui a versé du plomb
fondu dans les oreilles de tous les Sudra qui se sont aventurés à
écouter leur lecture ! Bouddha a donné une gifle au visage des
Brahmans, laquelle a trouvé écho dans la condamnation dure et
amère des rabbins et transcripteurs juifs, et des Pharisiens par
Jésus (‫ )عليه السﻼم‬et Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬. Bouddha a, en
fait, transformé le système inhumain de castes et a ouvert les
portes de la religion au plus stade le plus bas.

15
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’hindouisme a exercé deux influences sur Bouddha, une


négative et l’autre positive. Nous avons discuté de l’ancienne.
Discutons maintenant brièvement de la dernière. L’influence
positive de l’Hindouisme sur Bouddha était telle que, dans ses
caractéristiques basiques, il était et est virtuellement une branche
de l’Hindouisme.17
Seules les doctrines hindoues de Karma et Awa Gawan
(réincarnation et transmigration de l’âme), qui forment le
fondement de la philosophie de la religion Hindoue, sont
acceptées par Bouddha et absorbées dans le Bouddhisme (pensée
en une forme modifiée). Nous devrions discuter de ces doctrines
dans le chapitre cinq qui traite de la philosophie bouddhiste.

֍֍֍

17
Ecrit ainsi par le Dr. F. R. Ansari dans son livret puissant et laconique :
Quelle Religion ?, p.9.

16
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 4

LES ENSEIGNEMENTS DE BASE DE


GAUTAMA BOUDDHA

Fondamentalement, et initialement, Gautama Bouddha


était de manière catégorique un penseur éthique. Ses
enseignements étaient, pour l’essentiel, éthiques. C’est ce dont
nous allons discuter dans ce chapitre.

La souffrance

Tout comme la théologie chrétienne tourne autour de


‘l’invention du péché’18, la théologie bouddhiste, quant à elle,

18
En lien avec l’Islam, le péché est une acquisition et pas un héritage. Le
Prophète de l’Islam a déclaré que tout enfant est né dénué de tout péché, qui
est, en lien avec une constitution propre et pure. C’est seulement une
personnalité pervertie, malhonnête intellectuellement et moralement sous-
développée qui peut concevoir qu’un bébé ait une constitution pécheresse
héritée du ‘péché originel’ d’Adam !!

17
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

tourne autour de ‘la réalité de la souffrance’. Après avoir passé


six ans dans sa quête de la vérité, Bouddha en est arrivé à la
conclusion que ‘tout est souffrance !’ (sarvan dukham). Dès lors,
cela a été la pierre angulaire sur laquelle la structure entière du
Bouddhisme est fondée, nous allons rester quelques temps sur
cette affirmation.
Nous proposons donc d’examiner cette déclaration en
mettant en avant deux perspectives, la première : une analyse
critique, la seconde : une compréhension favorable.
Maintenant, ‘souffrance’ est, et doit toujours être, associée
à la ‘sensation’ et au ‘sentiment’. Nous ne devrions presque
jamais nommer comme ‘souffrance’ ce qui n’est pas accompagné
par une ‘sensation’ de douleur ou un ‘sentiment’ de tristesse.
Dans ce sens, il est clairement réducteur de dire que ‘tout est
souffrance’. Nous éprouvons tous la ‘sensation’ de plaisir et le
‘sentiment’ de joie et de bonheur. En effet, personne ne peut nier
avoir connu la joie et le bonheur. Ils peuvent ne pas avoir été dans
la bonne mesure, ou aussi longtemps que l’on aurait aimé.
Cependant, puisqu’ils sont là, ils sont réels, et quand ils partent,
ils restent inscrits dans notre mémoire, pas comme quelque chose
qui était irréel, mais plutôt comme quelque chose qui était aussi
réel que la souffrance qui peut avoir agie ou les avoir suivie. Nous
devrions réécrire tous nos manuels de psychologie si nous
voulions nier la ‘sensation’ de plaisir et le ‘sentiment’ de bonheur.
Cependant, il se peut que Bouddha n’ait pas utilisé le mot
dukht dans ce sens, le sens psychologique. Peut-être qu’il voulait

18
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

le dire en tant qu’évaluation intellectuelle de ‘la vie du monde’


dans son ensemble. Maintenant, sans la métaphysique pour le
soutenir, Bouddha a fait face à des difficultés pour projeter cela,
son enseignement fondamental, comme étant plus que son point
de vue personnel. Pour que ‘tout est souffrance’ soit un jugement
universel et, en tant que tel, suppose un point de vue, un critère et
une vision du monde. Il repose sur un constat du sens, du but et
du destin, non seulement de la vie humaine, mais aussi de toutes
vies. Le monde est-il un ordre moral (ou immoral, ou amoral) ?
Consciemment ou inconsciemment, ‘tout est souffrance’ doit
reposer sur la métaphysique. C’est le manquement de Bouddha
de ne pas avoir travaillé sur la métaphysique. Sans cette
métaphysique, son jugement ne pouvait être que relatif. Nous
avons tous des perspectives de vie différentes et des buts dans la
vie différents. Joie et souffrance, plaisir et tristesse seraient
relatifs à nos lectures individuelles du monde et à nos buts
individuels dans la vie.
Ainsi, même dans cette interprétation de dukht, ‘tout est
souffrance’ est indéfendable.
Procédons à une compréhension favorable de la déclaration
de Bouddha. Nous n’avons pas été capables de trouver la moindre
littérature sur ce sujet, c’a-d., ‘le contexte psychologique de la
déclaration fondamentale de Bouddha’, et notre propre savoir en
psychologie est limité.

19
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le fait que différentes personnes voient le monde


différemment est indéniable. Un même environnement peut être
le paradis pour certains et l’enfer pour d’autres.
Maintenant, les faits sont les suivants : la conscience
morale de Bouddha très développée, et même plus que très
développée, a parfait la personnalité morale, le pire est la douleur
et la souffrance qui doivent être endurées, et la plus grande
sensibilité doit être vis-à-vis de la douleur et de la souffrance des
autres. C’était, peut-être, la sensibilité de Bouddha par rapport à
la dégradation morale de l’humanité, les maux présents sur terre,
la nature éphémère des joies banales auxquelles les hommes
s’accrochent, et l’inéluctabilité de la décomposition et de la mort
qui l’ont amenés à la déclaration radicale: ‘tout est souffrance’.
Deuxièmement, tous les bouddhistes sont d’accord avec le
fait que le développement de Bouddha de la petite-enfance à
l’enfance et l’adolescence jusqu’à l’âge adulte (à l’âge de 29 ans
pour être précis) était anormal. En effet, il est la seule personne,
peut-être dans l’histoire de toute l’humanité, qui a été
délibérément tenue à l’écart de la souffrance jusqu’à ce qu’il ait
29 ans. Comme nous avons noté précédemment, il a été tenu à
l’écart de la vision de la vieillesse, de la maladie, de l’affection et
de la mort. Et, pour empirer les choses, cette anormalité était
complétée par une autre anormalité. Il a été nourri jusqu’à sa
gorge, pour ainsi dire, avec les joies de ce monde, les danses et
chants de femmes, la bonne nourriture et la bonne boisson, les
vêtements luxurieux, les sports joyeux, et avec une résidence et

20
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

un environnement aussi plaisants et beaux que peuvent offrir les


portemonnaies royaux. Il a été, en fait, confiné dans une cage de
bonheur !
A l’âge de 29 ans, il est venu au contact du monde réel,
avec la souffrance qu’il n’avait jamais connue avant, et, ce qui est
plus important, avec la nature éphémère des joies et bonheurs
qu’il estimait, jusqu’alors, être réels et permanents. Il était naturel
que cela ait une incidence anormale sur la réalité de la souffrance
et l’irréalisme du bonheur, sur l’esprit d’un jeune homme
désillusionné. Nous pensons que cela est l’explication
psychologique fondamentale de l’utilisation excessive de la
souffrance sur laquelle Bouddha a fondé sa religion !
‘Tout est souffrance’ constitue la première des célèbres
‘quatre nobles vérités’, qui forment, avec ‘le noble sentier
octuple’, l’essence même du Bouddhisme.

Le Désir

En analysant la ‘souffrance’, Bouddha a trouvé qu’elle était


une cause, et un ‘désir’ (tanha). Dans ce sens technique, Bouddha
a utilisé tanha pour représenter ‘le désir et la soif de vivre’. C’est
la seconde des ‘quatre nobles vérités’.
Maintenant, si tanha est pris dans ce sens général pour
signifier le désir en tant que tel, il est évident que tous les désirs
ne mènent pas à la souffrance. C’est seulement des faux désirs ou
des désirs mal mesurés, qui mènent à la souffrance. Le Qur’an,

21
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

par exemple, demande à l’humanité de restreindre les désirs basés


sur le moi19 - pas tous les désirs. C’est le désir basé sur le moi qui
conduit, en réalité, à la souffrance.
Comme nous l’avons noté auparavant, tanha a un sens
technique, ‘le désir et la soif de vivre’. Nous devrions examiner
cela de manière critique quand nous discutons de la théorie de
‘l’origine dépendante’ dans le chapitre sur la ‘philosophie
bouddhiste’.
La troisième des nobles vérités indique que, non seulement
la souffrance a une cause, tanha, mais cette cause peut être
supprimée, et doit être supprimée. Si la cause est présente, l’effet
se produira ! Abandonnons la cause, l’effet disparaîtra !
Cependant, la totale négation du désir est juste impossible, parce
que, d’après les mots du Dr. Ansari, cela transformerait les
hommes en pierres. Seules les pierres peuvent être conçues sans
désir. En ce qui concerne les êtres humains, le désir est la
première et la principale condition de leur activité et le
fondement le plus vital de leur progrès. Dr. Ansari conclut par la
déclaration suivante : Dans le domaine de la philosophie morale,
la doctrine de la totale négation de tous les désirs est une doctrine
sans espoir.20
Finalement, Bouddha expose la méthode à partir de
laquelle tanha peut être éliminé. Cette méthode est l’observance

19
Réf : ‫ ْٱل َه َو ٰى ﺗَﺘﱠﺒِ ِﻊ َو َﻻ‬et ne suis pas (c’a-d., retient ton ego de) la passion.
(Qur’an : 38 :26).
20
Ansari, Op. cit., p. 12

22
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

du ‘noble sentier octuple’ (ariya atthangika magga). Ce sentier


est le quatrième des ‘quatre nobles vérités’ du Bouddhisme.

Le Noble sentier octuple

La première chose à faire est de comprendre et d’accepter


les ‘quatre nobles vérités’. Cela est appelé Visions justes.
Après que nous ayons accepté les ‘quatre nobles vérités’,
nous devrions nous résoudre à transformer notre vie par la
lumière de leurs enseignements. Le renoncement du monde
prévaut. Cela constitue la bonne résolution ou aspiration.
Après vient la pratique et la manifestation concrète de cet
effort fait pour nous transformer nous-mêmes. La première étape
est que nous devrions apprendre à surveiller notre langue de la
diffamation, de la médisance, des commérages, du mensonge, etc.
C’est l’étape appelé le discours droit.
Quand cette étape est appliquée en profondeur, cela
implique de surveiller tout notre comportement, pas seulement la
parole. Nous avons maintenant atteint l’étape de la conduite
globale. Bouddha insiste sur le fait que cela doit être vérifié,
façonné et maintenu en tant que bonne conduite.
Cependant, tous ces efforts auront beaucoup de pertes si
nous recherchons de mauvais moyens de subsistance. Nos
moyens de subsistance ne doivent pas être illégaux ou immoraux.

23
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Ils doivent être bons, purs et autorisés. Cela constitue les bons
moyens de subsistance.
Après viennent les bons efforts. Quelle que soit la hauteur
de notre progrès moral en tant que représentants moraux, le fait
est que nous sommes toujours sujets aux attaques (sur notre
constitution morale) tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les
mauvaises habitudes et les effets des actes diaboliques de notre
vie passée sont immergés dans le ‘subconscient’ ou
‘l’inconscient’ et, si l’on en croit Freud, ils peuvent et jouent un
rôle important en motivant notre comportement conscient. Nous
devons constamment être sur nos gardes pour les refouler s’ils
combattent notre personnalité morale.
Deuxièmement, les maux et tentations du monde extérieur
toquent sans cesse à notre porte, et de temps en temps, si nous
ouvrons innocemment la porte, la tentation rentre et ferme la porte
derrière elle.
Les bons efforts sont un mécanisme de défense en vue de
combattre les enjeux de notre intégrité morale, à la fois de
l’intérieur et de l’extérieur, afin que les fruits atteints jusque-là
dans notre lutte morale ne soient pas vains ni perdus.
Les bonnes pensées sont de bons rappels. Nous ne devons
jamais nous autoriser à oublier les vérités que nous avons déjà
apprises. Au contraire, nous devons constamment les garder à
l’esprit pour que nous puissions obtenir un bénéfice durable de
ces vérités.

24
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Une telle vérité, en accord avec le Bouddhisme, est la


souillure du corps humain, qui n’est rien de plus qu’un morceau
de peau étendu sur des impuretés telles que :
Les poils de la tête, les poils du corps, les ongles, les dents, la
peau, les muscles, les nerfs, les os, la moelle, les reins, le cœur,
le foie, les membranes séreuses, la rate, les poumons, les
intestins, le mésentère, l’estomac, les excréments, le cerveau, la
bile, les sucs digestifs, le pus, le sang, la graisse, le gras, les
larmes, la sueur, la salive, la morve, le liquide des articulations,
l’urine.
La structure d’un esprit développé à partir de telles pensées
peut agir en tant que mécanisme de défense puissant pour
répondre à toutes les ruses que Jezebel21 et ses compagnes
peuvent mettre en place pour le célibataire innocent.
Finalement, nous arrivons à la dernière étape qui est la
bonne méditation ou bonne concentration.
La bonne concentration, à travers quatre stades, est la dernière
étape dans le sentier qui conduit à l’objectif – Nirvana.

⁕ Le premier stade de concentration est basé sur le


raisonnement et la recherche concernant les vérités. Cela
augmente la joie et la pensée pure.

21
Symbolisant une ‘femme provocatrice et diabolique’.

25
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

⁕ Le second stade de concentration est la médiation sereine,


la liberté dans le raisonnement, etc. Cette tranquillité
engendre, ensuite, de la joie.

⁕ Le troisième stade de concentration est le détachement de


la joie de la tranquillité. Cependant, à travers cela il peut
y avoir une indifférence à la joie de la concentration,
néanmoins une sensation de confort corporel persiste.

⁕ Le quatrième stade de concentration est, également, le


détachement de ce confort corporel. L’état qui est atteint
ensuite est en parfaite impartialité et indifférence. Cela, en
accord avec Chatterjee et Datta, est l’état de Nirvana, ou
de sagesse parfaite.22

Le Nirvana

Maintenant, la question la plus importante survient :


Qu’est-ce que le nirvana ? Il est très important que nous ayons
une compréhension claire du nirvana, car il constitue le but de la
vie dans le Bouddhisme, et à moins que l’on sache exactement
quel est le but de sa vie on ne peut guère espérer poursuivre un
effort durable et global, en vue d’atteindre ce but.
Au tout début, il peut être dit que personne ne peut dire avec
certitude ce qu’est le nirvana ! Il y a bon nombre d’interprétations

22
Vide : Chatterjee et Datta : Une introduction à la Philosophie Indienne.

26
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

conflictuelles. En accord avec Poussin, c’est un état joyeux, de


pur anéantissement, une existence inconcevable, ou un état
immuable.23 Dasgupta dit que c’est une tâche sans espoir que
d’expliquer Nibbana (nirvana) en termes d’expérience populaire,
et qu’il n’y a pas de meilleure voie que celle qui dit que c’est une
cessation de toute douleur.24
La pensée bouddhiste a fait face à un problème épineux.
Une distinction a été faite entre deux phases du nirvana, c’a-d.,
le nirvana avec support et le nirvana sans support. Le saint qui a
atteint le nirvana demeure avec un support, qui est, l’état
physique et mental, lequel le constitue en tant qu’individu. C’est
quand le saint meurt que le problème réel survient. Survit-il ou
non à la mort ? Bouddha a refusé de répondre à cette question. Il
est important, pour que cela implique qu’aucune immortalité
personnelle ou impersonnelle ne prenne place dans la théologie
bouddhiste, et sur la question de l’immortalité, que le
Bouddhisme doive laisser un ‘vide’. Bien sûr, nous sommes libres
d’imaginer la réponse à la question sans réponse. Cependant, cette
spéculation ne peut pas être élevée au rang de doctrine.
Notre propre lecture est la suivante : la croyance en le fait
que Bouddha lui-même ait atteint ce que l’on appelle le nirvana
ne peut pas être disputée, ayant déjà atteint le nirvana, on lui a
demandé : ‘Qu’est-ce que le nirvana ?’ Sa réponse concernant
l’extinction de la flamme peut être interprétée de sorte que le saint

23
Dasgupta : Histoire de la Philosophie Indienne, Vol.1, p.108.
24
Ibid., p.109

27
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

cesse d’exister dans le sens psychologique du terme. L’individuel


‘je’, ou l’empirique ‘je’, est psychologiquement annihilé ou,
plutôt, submergé. Ce qui reste est transcendantal et, l’est
tellement, qu’il est en dehors du champ des enseignements
bouddhistes. Le Nirvana, ensuite, serait cet état qui, quand il est
achevé, donne la conclusion psychologique de ‘la mort du soi’ et
de ‘la vie dans un inconnu qui est hors du soi’. Si cette
interprétation est correcte, elle met en avant une similitude
remarquable avec l’idéal qur’anique dans lequel se trouve le soi
individuel, qui, au lieu d’être détruit, fait état d’un passage passif,
qui est dit comme étant ‘construit’25 par Allah. Là, comme dans
le Bouddhisme, ce serait une cession psychologique (et un état
psychologique) et non une extinction.
Ensuite, pour ce qui est de nos observations, le fait que le
bouddhiste a seulement deux voies qui s’ouvrent à lui laisse à
désirer. Soit il conçoit un état de nirvana (après la mort) comme
étant l’extinction du soi, - le passage de non-existence, soit il
admet franchement et honnêtement qu’il ne sait pas ce qu’est le

ۚ
25
۞ ‫ﲔ ِﻣ َﻦ ٱ ْﺷ ََﱰ ٰى ٱ ﱠَ إِ ﱠن‬ ِِ ْ ◌ ‫ٱ ﱠِ َﺳﺒِ ِﻴﻞ ِﰱ ﻳـُ َٰﻘﺘِﻠُﻮ َن‬
ُ ‫ٱﳉَﻨﱠﺔَ َﳍُُﻢ َِ ﱠن َوأ َْﻣ َٰﻮَﳍُﻢ أ‬
َ ‫َﻧﻔ َﺴ ُﻬ ْﻢ ٱﻟْ ُﻤ ْﺆﻣﻨ‬
‫ٱﻹ ِﳒ ِﻴﻞ ٱﻟﺘـ ْﱠﻮَرﯨٰ ِﺔ ِﰱ َح ۭﻘا َﻋﻠَْﻴ ِﻪ َو ْﻋ ًﺪا ۖ◌ َوﻳـُ ْﻘﺘَـﻠُﻮ َن ﻓَـﻴَـ ْﻘﺘُـﻠُﻮ َن‬
ِْ ‫ِﻣﻦ ﺑِ َﻌ ْﻬ ِﺪ ِﻩۦ أ َْو َٰﰱ وَﻣ ْﻦ ۚ◌ وٱﻟْ ُﻘﺮء ِان و‬
َ َْ َ َ َ
ِ‫ ٱﻟْﻌ ِﻈﻴﻢ ٱﻟْ َﻔﻮز ﻫﻮ و َٰذﻟِﻚ ۚ◌ ﺑِ ِﻪۦ ﻳـﻌﺘﻢ ٱﻟﱠ ِﺬى ﺑِﺒـﻴﻌِ ُﻜﻢ ﻓَﭑﺳﺘـﺒ ِﺸﺮو۟ا ۚ◌ ٱ ﱠ‬Certes, Allah a
ُ َْ ْ ُ َْ ُْ َ َ َ َ َ ُ ُْ ُ َ
acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils
combattent dans le sentier d'Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C'est une
promesse authentique qu'Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l'Évangile et
le Coran. Et qui est plus fidèle qu'Allah à son engagement ? Réjouissez-vous
donc de l'échange que vous avez fait: Et c'est là le très grand succès. (Qur’an :
9 :111)

28
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

nirvana. Ces dénombrements de nirvana ne peuvent pas


fonctionner comme le but suprême de la vie. Si c’est le passage à
l’extinction, alors le but de la vie serait de mettre fin à la vie. Ce
qui constituerait une proposition totalement effrayante pour ceux
qui soutiennent le bonheur humain. Cependant, il pourrait être
utilisé comme un outil admirablement effectif dans les mains de
dictateurs despotiques, d’exploitants industriels et propriétaires,
et d’impérialistes qui cherchent à perpétrer leur contrôle sur les
bouddhistes gentils et impassibles. Et, d’un autre côté, si le
nirvana est inconnaissable, alors il ne peut pas fonctionner
comme le but de la vie.
Nous devrions voir la façon dont les bouddhistes fuient
cette impasse en prenant le Bouddhisme à l’envers.26 Cela fait
l’objet d’une discussion sur les Quatre Nobles Vérités, le Noble
Sentier Octuple et le nirvana, qui constituent, en fait, l’essence
même du Bouddhisme.
֍֍֍

26
Voir les doctrines Mahayana, dans le chapitre sept : ‘Les Ecoles Religieuses
du Bouddhisme’.

29
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 5

LA PHILOSOPHIE BOUDDHISTE

La pensée bouddhiste ayant évolué, elle trouve son


expression dans un large éventail de positions philosophiques
malgré la tentative sincère de Bouddha pour contourner la
philosophie. Cette évolution philosophique de la pensée
bouddhiste est venue à cause de ces deux facteurs. Premièrement,
Bouddha, lui-même, a déterminé involontairement le fondement
du système philosophique. Deuxièmement, les bouddhistes
devaient justifier les enseignements de Bouddha, les défendre de
la critique sévère à laquelle ils faisaient face en Inde et autour, et
convertir d’autres penseurs à leur foi.27
Aussi loin que nous puissions classer les enseignements
philosophiques de Bouddha, nous trouvons qu’ils contiennent les
germes des écoles philosophiques suivantes :

27
Chatterjee et Datta : Op. cit., p.161

30
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le Pragmatisme
Parce que la doctrine bouddhiste est réellement une doctrine de
salut, les bouddhistes ont été essentiellement pratiques
concernant tous les problèmes qui appartiennent au salut. La
valeur d’une pensée, d’une idée ou d’une doctrine doit être jugée,
selon eux, par rapport au salut. Si cela relève du salut, cela devient
une vérité. Si cela ne relève pas du salut, cela est rejeté par la
veuve comme étant inutile ! Cela, à coup sûr, est attentif aux
paroles de Bouddha :
Travaillez à votre propre salut avec vigilance !
C’est cela le pragmatisme, au sein de la vérité d’une
doctrine qui ment dans son utilité pratique.

Le pragmatisme dialectique
Tout comme Hegel, la philosophie bouddhiste dit de toute
recherche de la vérité ou de la réalité qu’elle doit pousser le
requérant dans ses contradictions. Kant fait aussi référence aux
antonymes de la raison pure, mais dans sa philosophie ils sont
limités à quatre. Pour la philosophie bouddhiste, la raison pure,
quand elle est appliquée, nous pousse toujours aux antonymes ou
aux contradictions. Cela est, par conséquent, la nature dialectique
de la philosophie bouddhiste.

31
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Tous les points de vue à propos de la réalité ultime


comportent des contradictions. La seule chose qui peut être
nommée comme réalité est ce qui est néant.28

La psychologie
L’effort du bouddhiste est dirigé, en premier lieu, vers
l’acquisition du contrôle de l’esprit, - du processus mental, en
méditant sur eux. Par conséquent, la pensée bouddhiste
s’imprègne de ce que nous appelons la psychologie. En fait,
comme le dit le Prof. Brelvi, le salut dans le Bouddhisme est
‘focalisé sur la rédemption par la culture du soi psychologique.’29
La psychologie du nirvana serait, d’après nous, un domaine
d’étude extrêmement intéressant si le nirvana psychologique,
auquel nous faisons référence plus tôt, était accepté comme étant
une interprétation plausible.30
La psychologie bouddhiste est mise en valeur dans une
autre sphère de cette analyse du soi empirique. Elle est
remarquable, originale et provocatrice mais, en l’absence de
métaphysique, elle est incomplète.
Nous devrions entrer dans une discussion élaborée sur ce
sujet, dans peu de temps.

28
Voir les points de vue sur le Nagarjuna
29
Brelvi, Mahmud : Islam et fois contemporaines, p.70
30
Le seul livre sur le sujet qui semble être de Johannsen : La Psychologie du
Nirvana.

32
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le positivisme
Bouddha a levé les armes contre la philosophie hindoue
plus que spéculative. Nos pensées devraient être confinées à ce
monde ! Ce qui ne peut pas être démontré de manière positive,
(les trois quarts de l’Hindouisme) ne peut pas être accepté comme
étant une connaissance. Cette position est, désormais, connue
comme étant du positivisme.

Le phénoménisme
Tout comme Kant, Bouddha a enseigné le fait que nous ne
pouvons avoir de connaissances qu’à travers les phénomènes dont
nous faisons l’expérience. De ce qui est au-delà des phénomènes,
à savoir les ‘noumènes’, la ‘chose en elle-même’, nous ne
pourrons jamais le savoir. Cela est appelé le phénoménisme.

L’empirisme
Comme Bouddha l’a démontré dans sa propre vie,
l’expérience est la source de la connaissance.

Les implications philosophiques des enseignements éthiques


de Bouddha

I. L’origine dépendante

La pierre angulaire sur laquelle est construite la philosophie


bouddhiste est la théorie de l’origine dépendante. Ce que cette

33
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

théorie déclare est que nul objet ou évènement est dépendant pour
ce qui est de son existence ordinaire, ou de son apparence. Tous
les objets sont dépendants, pour leur existence, ou leur apparence,
d’autres objets, -tous les évènements d’autres évènements. Il y a
une connexion causative traversant chaque chose, telle que a est
la cause de b, et b est la cause de c, et c est la cause de d, etc. Cette
théorie indique que tout est contingent et que rien n’est
nécessaire. Il ne laisse donc aucune marge pour une existence par
elle-même, une réalité subsistant par elle-même ou le Dieu de
l’Islam. Cela élimine donc, d’un autre côté, le nihilisme, ou la
théorie qui amène l’idée selon laquelle quelque chose existant
peut être annihilé ou peut cesser d’être. Bouddha affirme ainsi
détenir la vue du milieu selon laquelle Toute chose que nous
percevons possède une existence qui dépend d'une autre chose, et
cette chose, à son tour, ne périt pas sans laisser de cause.31
Bouddha a appliqué cette théorie philosophique à cette
théologie et a tracé la cause de la souffrance à travers douze étapes
intermédiaires, ou liens, jusqu’à ce qu’il arrive à la dernière cause,
la volonté de vivre ou de s’accrocher à la vie. C’est la
signification technique du terme tanha, mentionné plus tôt (p.21).
La cause étant ‘s’accrocher à la vie’, l’effet, il conclut de la même
manière, est ‘la vie en elle-même’, c’a-d., la naissance avec sa
préposée souffrance. Chatterjee et Datta considèrent cela comme
étant une contribution très importante du Bouddhisme, à savoir,

31
Chatterjee et Datta : Op. cit. p.153

34
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

La conception selon laquelle le phénomène externe de vie ou


organisme vivant est dû à une impulsion interne du désir,
conscient ou inconscient.32 Cela, affirment-ils, anticipe l’élan
vital Bergsonien.
La théorie philosophique et, ce que nous appelons son
application théorique, sont toutes deux défaillantes. Le
philosophe écossais, David Hume, a montré de manière définitive
qu’il n’y a pas nécessairement de relation entre la ‘cause’ et
‘l’effet’ telle que, par rapport à la première, la deuxième doit
apparaitre.
L’Islam fait un usage différent de la loi de causalité par
rapport au Bouddhisme. Pour le bouddhisme, la loi causale est
absolue et universelle. Il y a, donc, une relation nécessaire entre
la cause et l’effet. L’Islam rend la causalité relative à la dimension
spatio-temporelle de l’existence. Cela est possible car l’Islam est
fondé sur la croyance en l’existence d’un monde invisible qui
transcende la causalité. Ainsi, au sein même de la dimension
spatio-temporelle de l’existence, l’Islam concilie une
participation divine dans la nature et les affaires humaines.
Toutefois, cela n’affecte pas l’utilité pratique de loi de causalité
entre les mains des scientifiques musulmans !
Deuxièmement, et c’est très important, la loi universelle de
causalité, bien qu’affirmée au détriment de l’écossais gênant, peut
être affirmée, seulement, dans le cadre du phénomène observable.

32
Ibid. p.140

35
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Prenez-le après ou avant et nous entrons dans la zone des


conjectures. Ce qui précède la vie est au-delà de notre
observation. Par conséquent, l’application théologique de cette
théorie est défaillante. Le passage de ‘s’accrocher à la vie’,
comme cause, à la ‘naissance’ comme effet, ne peut pas être
prouvé. On ne peut l’admettre que comme étant une simple
hypothèse, et une hypothèse très exagérée d’ailleurs ! Et même
en tant qu’hypothèse, elle ne réussit pas à répondre à la plus vitale
des questions sur ‘l’origine de la vie’. Ce qui peut finir, doit aussi
avoir commencé à un moment donné.
En fait, ce que l’élan vital de Bergson, ou le ‘s’accrocher à
la vie’ de Bouddha, peut expliquer est le phénomène de survie
sociale et individuelle face aux chances apparemment
insurmontables menaçant la mort et l’extinction. ‘S’accrocher à
la vie’ est un phénomène exclusivement humain. Cela ne peut pas
être appliqué à la nature. La nature fonctionne en accord avec des
lois immuables. C’est dans l’homme seul, au travers du système
de détermination humaine autodirigée, que la possibilité de
s’accrocher à la vie dans la matrice de la souffrance peut surgir.
II. Le karma :
La théorie du karma (que Bouddha a emprunté à
l’Hindouisme) est l’application morale de la théorie de l’origine
dépendante. C’est une loi inexorable et immuable de justice et de
rétribution morale qui indique, en d’autres termes, que tout acte
unique a sa conséquence nécessaire et incontournable, pour le
meilleur ou pour le pire. Comme Dhammapada le dit :

36
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

« Ni dans le ciel, ni dans la mer, ni en entrant dans le creux


des montagnes, il n’y a de place sur terre où, en se postant lui-
même, un homme peut échapper à (aux conséquences de) à sa
mauvaise action. »33
Il ne peut pas y avoir de relaxation par cette loi, car la
déviation, même la plus légère, briserait la structure de la
nécessité causale qui fonctionne à travers la théorie de l’origine
dépendante.
Avec la théorie du karma, il y a aussi la théorie de la
transmigration des âmes (une autre théorie hindoue prêtée au
Bouddhisme).34 Non seulement le karma gouverne cette vie mais
nos vies antérieures aussi. En fait, en accord avec la manière par
laquelle nous vivons nos vies antérieures, le karma détermine
dans quelle place et situation nous devrions renaître dans cette
vie. Une bonne vie passée peut nous faire mériter de renaître en
tant qu’être humain. Invariablement, la vie d’un animal était la
punition pour ceux qui échouaient à avoir les qualifications
humaines. Il devient difficile dans une telle société de traiter de
la situation cruelle des animaux. Bien sûr, la pensée selon laquelle
un âne peut être votre cher oncle peut vous dissuader de le battre.
Or, de la même façon, vous ne pouvez pas protester contre un

33
Radharishnan et Moore : Op. cit. p.302
34
Étrangement, cette doctrine a aussi trouvé son chemin dans la pensée
grecque. Pythagore a soutenu cela si fermement que les grecs se sont moqués
de lui. Autrefois, disent-ils (Pythagore) était passé près d’un chien mal traité.
« Stop », a-t-il dit, « Ne le tapez pas ! Il est l’âme d’un ami ! Je l’ai reconnu
quand j’ai entendu sa voix ». (Xénophane)

37
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

homme qui tape un chien et le défendre sur le simple fait que ce


chien peut être cette personne qui a dûe vivre une mauvaise vie et
qui est rené en tant que chien – et si elle mérite cette punition !(35)
La défaillance de la théorie du karma est dans le fait qu’elle
peut facilement augmenter le problème de désespoir qui croît et
applique fidèlement les hauts et les bas de la lutte morale. Le
désespoir, en retour, détruit ou impute la conduite psychologique,
laquelle doit être présente pour une participation saine dans la
lutte morale.
L’Islam résout le problème avec le concept d’Allah, Qui est
plein de Compassion et de Miséricorde35 et Qui proclame lui-
même aux pêcheurs :
۟ ۟ ِ ‫﴿ ۞ ﻗُﻞ ﻳٰﻌِﺒ ِاد ﱠ‬
‫َﺳَﺮﻓُﻮا َﻋﻠَ ٰٓﻰ أَﻧ ُﻔ ِﺴ ِﻬ ْﻢ َﻻ ﺗَـ ْﻘﻨَﻄُﻮا‬
ْ ‫ﻳﻦ أ‬
َ ‫ى ٱﻟﺬ‬َ ََ ْ
‫ﻮر‬ ‫ﻔ‬
ُ ‫ﻐ‬
َ ‫ﻟ‬
ْ ‫ٱ‬ ‫ﻮ‬ ‫ﻫ‬ ‫ۥ‬ ‫ﻪ‬‫ﱠ‬
‫ﻧ‬ َِ ‫ِﻣﻦ ﱠر ْﲪ ِﺔ ٱ ﱠِ إِ ﱠن ٱ ﱠ ﻳـ ْﻐ ِﻔﺮ ٱﻟ ﱡﺬﻧُﻮب‬
ِ‫ﲨ ًﻴﻌا إ‬
ُ َ ُ ُ َ ُ ََ َ
﴾ ‫ٱﻟﱠﺮِح ُﻴﻢ‬
Dis: « Ô Mes serviteurs qui avez commis des
excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la
miséricorde d'Allah. Car Allah pardonne tous les
péchés. Oui, c'est Lui le Pardonneur, le Très
Miséricordieux. »36

35
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. (Qur’an :
1 :2)
36
Traduction et commentaire du Qur’an, (39 :53)

38
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Deuxièmement, l’Islam offre le dynamisme psychologique


pour la bonne santé, la participation vigoureuse dans la lutte
morale avec son système de récompenses et de punitions (paradis
et enfer) qui ne restent pas confinés dans les limites de
l’exactitude mathématiquement informatisée (comme dans le
karma) mais qui penche en faveur des récompenses pour le bien :

‫﴿ َﻣﻦ َﺟآءَ ﺑِﭑ ْﳊَ َﺴﻨَ ِﺔ ﻓَـﻠَﻪُۥ َﻋ ْﺸُﺮ أ َْﻣﺜَ ِاﳍَا َوَﻣﻦ َﺟآءَ ﺑِﭑﻟ ﱠﺴﻴِّﺌَ ِﺔ‬
﴾ َ‫ى إِﱠﻻ ِﻣﺜْـﻠَ َﻬا َوُﻫ ْﻢ َﻻ ﻳُﻈْﻠَ ُﻤﻮن‬ ٰٓ ‫ﻓَ َﻼ ُْﳚَﺰ‬
Quiconque viendra avec le bien aura dix fois
autant; et quiconque viendra avec le mal ne sera
rétribué que par son équivalent. Et on ne leur fera
aucune injustice.37
La défaillance basique des éthiques bouddhistes est dans le
fait qu’elle manque de métaphysiques. Elle ignore la nature
émotionnelle de l’homme, sa conscience religieuse. L’homme,
dans sa lutte morale, désire une source d’espoir et de confort
indéfectibles. Cela peut seulement être doté des concepts de
compassion, d’amour, de pardon de Dieu qui est plein de grâce,
et d’un système de récompenses et de punitions équilibré en
faveur du bien. L’Islam, et seul l’Islam, est doté des deux. Le
Bouddhisme n'a ni fourni ni payé la peine d'être renversé par des
bouddhistes humbles qui adorent aujourd'hui des idoles et des
statues de Bouddha, et les dieux de l’Hindouisme !

37
Ibid., (6 :160).

39
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

La théorie de la transmigration des âmes, comme dans le


Bouddhisme, est assez déroutante. La transmigration des âmes
suppose normalement le transfert de la substance de l’âme d’un
corps (qui vient de mourir) à un autre (qui vient juste de naître).
Cependant, il n’y pas de tel transfert dans la théorie bouddhiste.
Le bouddhiste se conçoit, lui-même, comme étant une entité
morale préexistante, qui est morte dans une existence antérieure,
et est transférée de son statut moral à ce conglomérat de skandas38
par lequel il s’appelle lui-même. La perfection morale aurait été
atteinte s’il n’y avait eu aucun transfert. Le fait de son existence,
par conséquent, lance une insulte sur la pureté aborigène et le
statut de sa personnalité morale.
Le but de sa vie, et de toutes ses vies à venir, est d’atteindre
le nirvana ou la délivrance du cycle récurant de la naissance à la
souffrance que la naissance fait ressusciter. Cependant, la théorie
de la transmigration des âmes, avec sa théorie qui accompagne le
karma, tombent par terre quand nous méditons sur le fait que nous
n’avons pas de voie pour nous rappeler les obstacles de nos vies
antérieures à cause desquelles nous avons atterri dans cette vie.
A quoi sert une autre vie si nous pouvons, sans le savoir, répéter
toutes les erreurs de la vie précédente ? Dr. Ansari a fait une
attaque accablante de cette théorie. Nous le citons longuement :
« Cette théorie, toutefois, ne résiste pas à l’épreuve de la
raison. En premier lieu, pour qu’une personne souffre ou profite
d’une occasion particulière dans cette vie par rapport à l’action

38
Scanda : un élément transitoire incongru.

40
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

accomplie dans une vie antérieure sur cette terre, il est nécessaire
que tout être humain ait une image complète de sa supposée vie
antérieure, à tous moments et en toutes occasions. Sinon, le but
de sa renaissance serait défait. Mais une telle image n’existe pas
dans l’esprit d’un être humain. Deuxièmement, si nous ramassons
une semence immature d’un arbre et espérons obtenir un arbre
grâce à cette semence, malgré son immaturité, nous ne collerons
ou ne clouerons pas cette semence derrière l’arbre. Au contraire,
nous essayerons d’obtenir le meilleur de la semence en procédant
de la meilleure manière et dans les meilleures conditions. Tel est
le cas aussi avec la personnalité humaine. Quand un être humain
quitte ce monde sans avoir atteint cette pureté et cette maturité
qui sont nécessaires pour le salut, la nature ne devrait pas et ne
le collerait pas ni le clouerait sur l’arbre de la vie terrestre mais
devrait lui assurer les conditions grâce auxquelles son impureté
et son immaturité pourraient être corrigées et qu’il puisse être
capable d’atteindre le chemin de l’évolution. Troisièmement,
l’évolution est une loi établie pour la personnalité humaine
autant que pour l’univers. Or, l’évolution est toujours linéaire et
jamais cyclique. C’est pourquoi, sur cette question aussi, la
théorie du salut à travers la transmigration des âmes est
inacceptable. »39
Le lecteur sera surpris d’apprendre que le Prophète
Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬a prophétisé l’émergence d’une
dernière étape de l’histoire, au moment où Allah libèrera Dajjal,

39
Ansari, Op. cit., pp.8-9

41
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

le faux Messie, dans le monde. Dajjal a une double mission.


Premièrement, il dupera les juifs dans le plus grand acte de
duperie dont l’histoire n’a jamais été témoin. En conséquence de
cette duperie par Dajjal, les juifs établiront le Mouvement
Sioniste et embarqueront dans une tentative pour restaurer l’état
d’Israël en Terre Sainte de Palestine. Dans le but de faire cela, ils
commettront une telle trahison de la vérité et de tels actes vils
qu’ils en obtiendront le plus impressionnants des châtiments
divins jamais vécus par aucun peuple de l’histoire.
Cependant, Dajjal poursuivra une seconde mission, qui
sera de chercher à duper le reste de l’humanité et de la mener sur
la route de l’impiété, de la décadence, de la destitution, de
l’anarchie, de la corruption universelle, de la perversité sexuelle,
etc. Un de ses tours sera de persuader l’humanité de l’adorer à
place d’Allah. Dans le but d’obtenir l’adoration et la dévotion de
l’humanité, il créera une civilisation qui accomplira de telles
prouesses qu’elle balayera l’humanité de ses pieds. Le Prophète
(‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬a prophétisé que Dajjal prétendra être en mesure
de ramener les morts à la vie, c’a-d. que le mort renaitra. Il a dit :
Et avec lui (c’a-d., Dajjal), il y aura des shayateen
(c’a-d. des jinn incrédules) qui auront l’apparence du
mort, et parleront au vivant (avec la voix du mort et avec
la mémoire du mort) : ne me reconnaissez-vous pas ? Je
suis votre père ! (ou) Je suis votre frère ! (ou) un parent
proche.

(Kanz al-Ummal, version anglaise : Vol 7, No 2078)

42
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le Prophète (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬a donc prophétisé l’émergence


d’une époque dans laquelle il y aura une preuve incrédule qui
apparaitra pour valider les théories hindoue et bouddhiste de
renaissance et de transmigration des âmes. Mon opinion est que
le phénomène de clonage, qui a récemment émergé dans le monde
de la science (1997), serait finalement le résultat de l’émergence
des clones humains. A partir de là, il ne restera qu’un pas vers la
revendication à ramener les morts à la vie. Je m’attends à ce que
cette prophétie se réalise, peut-être, en l’an 2020. Quand elle se
réalisera, les musulmans qui sont fidèles au Prophète ( ‫صلى ﷲ عليه‬
‫ )وسلم‬ne seront pas dupés. Ils verront l’effroyable duperie de
Dajjal. 2020 balayera toute l’humanité de ses pieds, dans une
duperie redoutable.
III. La théorie du flux universel :
C’est un fait et une composition indispensables
de l’Etre que tous ses composants soient transitoires,
momentanés et passagers.
(Bouddha)

Cette théorie de flux universel (anicca) est aussi liée à la


théorie de l’origine dépendante. Rien n’est réel, donc rien n’est
permanent. Rien n’est nécessaire. Tout est contingent, et donc
tout est transitoire.
Toute chose composante est sujette à la
décomposition. Travaillez pour votre salut avec
diligence.
(Bouddha)

43
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Les choses ne cessent de se former et de disparaître. Elles


n'existent que pendant un instant, et même moins qu’un instant.
Cette théorie a son équivalent dans la pensée de
nombreuses nations. Les grecs, par exemple, l’avaient dans le
célèbre Héraclius qui enseignait le concept de flux universel en
tant qu’extension comme il dit : Nous marchons et nous ne
marchons pas dans la même rivière, les eaux fraîches et toutes les
eaux douces qui s’y versent constamment.40
Iqbal, le grand philosophe poète musulman, a exprimé la
même idée dans son beau couplet :
La sérénité permanente (désignant l’invariabilité) est
impossible dans le monde des phénomènes naturels. (En
effet) L’immuabilité se trouve seulement dans le fait de
la transformation de soi.41
Le fait de changer, trouve aussi son expression dans le
Qur’an, mais dans une perspective différente de sa contrepartie
bouddhiste. Le Bouddhisme et l’Islam confirment l’action de
transformation dans le but de phénomène naturel. L'Islam va
encore plus loin pour caractériser Allah comme dynamique dans
la mesure où Il se révèle constamment dans une Gloire et une
Splendeur nouvelles.42

40
Gomperz : Penseurs grecs, Vol.1, p.66
41
Sukoon mahal hai kudrat kay karkhanay main, Thabat sirf tagayyur ko hai
zamanay main.
42
Tous les jours, Il (se révèle Lui-même dans une nouvelle manifestation) Sa
gloire et Sa splendeur. (Qur’an : 55 :29)

44
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

La différence importante est l’usage que le Bouddhisme et


l’Islam font de l’acte de transformation. L’application bouddhiste
est négative et potentiellement destructrice, l’application
islamique est positive et constructive. Laissez-nous expliquer.
Le Bouddhisme utilise le flux universel pour détourner
l’individuel de la vie de ce monde et pour renforcer son
engagement dans la vie de l’autre monde. L’application est, par
conséquent, psychologique par nature et négative par dessein.
L’application islamique est, aussi, psychologique quand
elle est appliquée aux biens et aux plaisirs auxquels les hommes
s’accrochent dans cette vie, et quand elle confirme la nature plus
constante de la vie, ci-après :

‫اﺧَﺮَة ِﻫ َﻰ َد ُار‬
ِ ‫ٱﳊﻴـ ٰﻮةُ ٱﻟ ﱡﺪﻧْـﻴا ﻣ ٰﺘَﻊ وإِ ﱠن ْٱلء‬
ْ ِ‫﴿ ٰﻳ َﻘﻮِم إِﱠﳕَا ٰﻫ ِﺬﻩ‬
َ َ ٌۭ َ َ ََ َ َْ
﴾ ‫ٱﻟْ َﻘَﺮا ِر‬
Ô mon peuple, cette vie n'est que jouissance
temporaire, alors que l'au-delà est vraiment la demeure
de la stabilité.

(Qur’an : 40 :39)

L’application islamique est psychologique par nature mais


positive par dessein, car elle détourne l'homme de la vie de ce
monde lorsqu'elle est vécue comme une fin en soi et convertit la
vie de ce monde en un moyen pour une fin. A la différence du
Bouddhisme, l’Islam ne demande pas au croyant de se détourner

45
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

de ce monde tant rempli de transformations. L’Islam demande au


croyant de réfléchir et de méditer sur l’acte de transformation
dans ce monde. Iqbal a saisi cette idée quand il dit : C’est notre
contact réflectif avec le flux temporel des choses qui nous amène
à une vision intellectuelle du non-temporel.43
Cependant, l’application islamique est plus que
psychologique. Elle est imaginativement suggestive au sein du
cadre de la science physique :
۟ ِ ِ ِ‫﴿ ﻳـﻘﻠِّﺐ ٱ ﱠ ٱﻟﱠﻴﻞ وٱﻟﻨـﱠﻬار إِ ﱠن ِﰱ ٰذﻟ‬
َٰ ْ‫ﻚ ﻟَﻌ ْ َﱪ ۭةً ّﻷُوِﱃ ْٱﻷَﺑ‬
﴾ ‫ﺼ ِﺮ‬ َ َ َ َ َ َ ْ ُ ُ َُ
Allah fait alterner la nuit et le jour. Il y a là un sujet
de réflexion pour ceux qui ont des yeux.

(Qur’an : 24 :44)

Le Qur’an nous pousse à observer la constitution des cieux


et de la terre et sa caractéristique basique de transformation. Cela
est représenté de belle façon par l’alternation du jour et de la nuit,
de la lumière et de l’obscurité. Une telle observation ne peut mais
mène à l’esprit inquiet de la quête scientifique d’effilochage des
secrets de l’ordre naturel, que sont la physique, ou la chimie, ou
la biologie, ou la médecine etc. Le Qur’an argumente le fait que
la transformation en ordre naturel ne se fait pas au hasard. Elle est
significative, voulue dans un schéma distinct ou dessin. Cette
quête est telle que quand elle est entreprise et que les secrets des

43
Dr. M. Iqbal : Construire la pensée religieuse de l’Islam, p.14

46
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

cieux et de la Terre commencent à se révéler, le cœur du croyant


éclate en sanglots:

ِ ‫﴿ رﺑـﱠﻨَا ﻣا ﺧﻠَ ْﻘﺖ ٰﻫ َﺬا ﺑ‬


﴾ ‫ٰﻄ ًۭﻼ‬َ َ َ َ َ َ
Notre Seigneur ! Tu n'as pas créé cela en vain.

(Qur’an : 3 :188)

Cela, en retour, conduit à une attitude spécifique envers


l’univers que nous occupons. C’est la réalité à prendre en compte
et, en fait, c’est en prenant en compte la réalité (comme en Islam),
et non dans le détachement (comme dans le Bouddhisme), que
l’homme atteint sa vraie grandeur. Iqbal a transmis cette idée
d’une observation de la réflexion :
C’est le sort de l’homme de partager les aspirations
de l’univers autour de lui et de concevoir sa propre
destiné tout comme celle de l’univers, en s’ajustant lui-
même aux forces de l’univers, et en mettant toute
l’énergie nécessaire pour façonner les forces de
l’univers à ses propres fins et buts. . . . . . . S’il ne prend
pas l’initiative, s’il ne fait pas évoluer la richesse
intérieure de son être, s’il cesse de sentir l’impulsion
intérieure pour avancer dans la vie, ensuite l’esprit, à
l’intérieur de lui, s’endurcit comme de la pierre et il est
réduit au niveau de la mort de la matière. Cependant, sa
vie et la mise en marche de son esprit dépendent de

47
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

l’établissement des connections avec la réalité à laquelle


il est confronté.44
C’est l’usage constructif de l’Islam, du fait de la
transformation, - le flux. L’usage bouddhiste était assez différent.
Il est difficile, d’après nous, de trouver la moindre contribution
bouddhiste dans le domaine des sciences physiques qui ont
émergées à cause de l’impact du Bouddhisme sur la pensée et le
recherche scientifique. Si nous nous trompons, nous aimerions
être corrigés. D’un autre côté, il y a un héritage glorieux de
contribution musulmane à la pensée scientifique, dû à l’impact du
Qur’an, qui a émergé il y a plus de 1400 ans.
L’Islam, avec son approche dynamique de la réalité, a
réussi en construisant une culture virile et dynamique. En effet,
l’histoire ne finira pas avant que l’Islam authentique ne défie ses
rivaux dans le monde et émerge triomphalement en tant que force
dominante dans le monde. Le Bouddhisme, avec son approche
qui pousse à fuir la réalité, a sans cesse produit des cultures
passives. Le dynamisme de l’Islam deviendra de plus en plus
évident car les musulmans se préparent à défier l’impérialisme
politique, l’exploitation économique et l’oppression, et la
décadence morale et l’impiété de la civilisation occidentale
moderne et dominante.

44
Dr. M. Iqbal : Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, pp.11,12

48
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

IV. Le Non-Soi (Anatta)


D’après moi, la contribution la plus caractéristique de la
pensée bouddhiste sur la connaissance a été dans le domaine de
la psychologie philosophique. Dans leur analyse du soi, les
bouddhistes ont trouvé que l’homme n’avait pas de substance
immobile immortellement inaltérable en lui, appelée ‘âme’ ou
‘égo’. L’homme, disent-ils, est juste une composition de cinq
skandas45 avec un nom en lien avec cette composition. Ces cinq
skandas sont :
Le corps,
Les sentiments,
Les perceptions,
Les impulsions ou émotions, et
Les actes conscients.

En outre, l’analyse n’a rien donné qui puisse être construit


selon le titre de l’un ou l’autre des cinq skandas. Les bouddhistes
ont conclu, illogiquement, que selon la doctrine bouddhiste il n’y
a pas d’ ‘âme’ durablement immortelle, - illogique car tout ce
qu’ils peuvent légitimement conclure est l’irréalité du soi
empirique !
La théorie du ‘non-soi’ a deux applications dans la
philosophie bouddhiste : premièrement, dans le domaine de la
morale, deuxièmement : dans le domaine de la psychologie.

45
Skanda : un élément transitoire incongru.

49
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

En projetant l’idée du ‘soi’ ou de l’’égo’ comme étant une


entité irréelle, un fragment de l’imagination et une appellation
pratique, Bouddha était apparemment en train de faire une
tentative louable pour couper les racines des maux moraux qui
proviennent de l’amour excessif de soi. Cela constitue une
compréhension favorable de l’attaque de Bouddha sur l’égo. Les
péchés de l’égo sont les plus répandus, les plus sérieux et les plus
vicieux. En fait, le premier péché de la création commis, en
accord avec le Qur’an, était un péché de l’égo. Iblis (Satan) a
désobéi au commandement d’Allah qui était de s’incliner devant
Adam (‫ )عليه السﻼم‬car, comme il a déclaré :

ٍۢ ‫﴿ أَ َ ۠ َﺧ ْ ۭﲑ ِّﻣْﻨﻪُ َﺧﻠَ ْﻘﺘَِﲎ ِﻣﻦ ﱠ ٍۢر و َﺧﻠَ ْﻘﺘَﻪُۥ ِﻣﻦ ِﻃ‬


﴾‫ﲔ‬ َ ٌ
« Je suis meilleur que lui: Tu m'as créé de feu, alors
que Tu l'as créé d'argile. »

(Qur’an, 7 :12)

Par conséquent, nous ne pouvons pas survaloriser


l’ampleur des péchés de l’égo. Bouddha, sans aucune
métaphysique, devait arrêter la destruction du soi empirique.
L’Islam, avec la métaphysique, résout le même problème par une
voie effective et acceptable. L’Islam ne demande pas que le soi
empirique soit détruit ou annihilé (comme la mauvaise lecture de
la doctrine Sufi de fana semble l’indiquer). Au contraire, l’Islam
demande que l’égo de l’individu soit sublimé en servant l’Ego

50
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

divin (jihad fi sabil Allah).46 A l’intérieur de la sphère de moralité,


cela est réalisé par une participation active dans la lutte morale
résultant de la ‘purification’ (plus que de la ‘destruction’) du soi
(tazkiyah al-nafs). Ce processus de purification commence avec
l’apprivoisement du ‘soi charnel’ ou du ‘soi enclin au mal’, (al-
nafs al-ammarah). C’est l’étape pratique du processus de
purification.
Après l’étape du conditionnement psychologique
impliquant l’accélération de vie de ‘l’esprit de reproche de soi’,
ou ‘le soi, conscient du mal qu’il a commis, et le regret de l’avoir
fait’ (al-nafs al-lawwamah).
Finalement, nous arrivons à l’étape du ‘soi béatifié’ ou du
‘soi, libre du mal, et dans un état de paix et de contentement’ (al-
nafs al-mutmainnah). Là, la sublimation du Soi Fini et sa
soumission au Soi Infini est complète et parfaite. C’est le Nirvana
de l’Islam !

La critique du Soi Empirique


Comme mentionné auparavant, c’est la contribution unique
du Bouddhisme à la pensée philosophique, c’a-d. sa recherche
analytique du concept de ‘Je’. Nagasena, le moine, fait taire
Melinda, le roi, quand le roi défie la doctrine du non-soi.47

46
‘Légers ou lourds, lancez-vous au combat, et luttez avec vos biens et vos
personnes dans le sentier d'Allah. Cela est meilleur pour vous, si vous saviez.’
(Qur’an : 9 :39)
47
Pour un dialogue intéressant sur le sujet, voir Radhakrishnan et Moore, Op.
cit., pp. 280-284

51
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Exactement de la même manière, votre Majesté, par


respect pour moi, Nagasena n’est qu’un moyen de
comptage, d’échéance, d’appellation, de désignation
pratique, de dénomination pour les cheveux de ma tête,
les poils de mon corps . . . le cerveau, la forme, la
sensation, la perception, les prédispositions et la
conscience. Cependant, dans le sens absolu du terme, il
n’y a pas d’égo qui puisse être trouvé.
Le roi avait lancé un défi très persuasif au moine :
Bhante Nagasena, s’il n’y a pas d’égo qui puisse être
trouvé, qui est-ce, ensuite, qui meuble vos prêtres avec
les nécessaires sacerdotales, - toges, nourriture, literie,
médecine, la confiance du malade ? Qui est-ce qui fait
usage de ceux-ci ? Qui est-ce qui garde les préceptes ?
Qui est-ce qui applique la méditation ? Qui est-ce qui
réalise les chemins, les fruits et le nirvana ? Qui est-ce
qui détruit la vie ? Qui est-ce qui prend ce qui ne lui est
pas donné ? Qui est-ce qui engage l’immortalité ? Qui
est-ce qui dit des mensonges ? Qui est-ce qui boit des
alcools enivrants ? Qui est-ce qui commet les cinq
crimes qui représentent le proche karma ?48 Dans ce
cas, il n’y a pas de mérite ; il n’y a pas de démérite ; il
n’y a personne qui fasse, ou suscite de faire, des actes
méritoires ou non-méritoires ; aucun acte bon ni acte
mauvais qui puisse avoir de résultat. Bhante Nagasena,
n'est ni un meurtrier qui tue un prêtre, ni des prêtres,

48
C’a-d., le Karma qui produit les fruits de cette vie.

52
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bhante Nagasena, est un professeur, un précepteur ou


une ordination.
Maintenant, tout ce que Nagasena (et le Bouddhisme) a fait,
était de montrer que le soi empirique ne pouvait pas être avancé
comme étant la réponse à la question. Mais, il ne peut pas jeter la
question ! Le soi, égo, ou ‘Je’ est là comme étant une expérience
intuitive immédiate pour chaque et tout homme. Pour Descartes,
en fait, la seule chose qui était exempt de doute était ‘la certitude
du soi en la pensée de l’égo’ (ego sum, ego existo).49
Deuxièmement, la lutte morale devient insignifiante, même
impossible, si l’agent moral est dénué d’une individualité
permanente sur la base de laquelle il peut être tenu responsable
de ses maux et récompensé pour ses bonnes actions.
Qu’il y ait un soi réel et permanent est une exigence de la
moralité. Il est, en effet, surprenant de trouver ce grave dérapage
dans le Bouddhisme, prenant en considération le fait que
Bouddha était essentiellement un penseur éthique. Aucune
quantité d'analyses ou d'élagages ne peut supprimer l'expérience
du ‘Je’ en tant qu’entité permanente ayant une existence réelle,
en fait, une existence bien plus réelle que toute autre.
L’Islam est ce qui encourage l’expérience universelle
insistante qui encourage, elle-même, l’égo, et confirme la réalité
du soi ou de l’égo. L’Islam est d’accord avec le Bouddhisme sur
le fait que le soi empirique n’est pas réel. Mais l’Islam va là où le

49
Méditations II, Ecrits philosophiques de Descartes, sélectionnés et traduits
par N.K.Smith (English version)

53
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bouddhisme s’arrête, et en fait où il devait s’arrêter, pour faire du


‘soi transcendantal’, le soi réel. En faisant cela, l’Islam élève
l’homme au-dessus et au-delà de toute chose dans la dimension
spatio-temporelle. L’Islam le reconnaît comme étant le ‘sommet
de la création’, ‘le petit divin’ ou, dans le langage du Qur’an, le
‘khalifatullah ala al-ard’. Il est la représentation d’Allah sur terre
qui doit poursuivre la mission qui lui est confiée par Allah, la
mission de lutte pour réaliser la suprématie de la Vérité, al-haq,
sur tous ses rivaux.
Plus tard, le Bouddhisme (Mahayana) était, comme nous le
verrons après, forcé de prendre le pas vers la reconnaissance de
la réalité d’une dimension transcendantale de l’existence. Mais,
la Mahayana a pris le pas, seulement à mi-chemin. Le petit égo
individuel était reconnu comme étant faux ou irréel, mais de sa
place Mahayana a avancé l’idée de l’existence d’un soi universel
transcendantal (qui est le soi de tout être), dépossédant ainsi la
Mahayana de son identité personnelle. L’Islam confirme le soi
transcendantal et le rend pleinement personnel, quand il établit la
doctrine de l’immortalité personnelle.
֍֍֍

54
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 6

LES ECOLES PHILOSOPHIQUES DU


BOUDDHISME

La pensée philosophique bouddhiste est centrée autour de


deux problématiques majeures :
Y’a-t-il une Réalité ?
Peut-elle être connue ?
La première problématique est métaphysique, ou, pour être
plus précis, ontologique. Et, la seconde est épistémologique. En
réalité, elles sont les problématiques les plus basiques de toute la
pensée philosophique à travers les âges.
En réponse à ces questions, par rapport aux trente
différentes écoles philosophiques émergeant dans le
Bouddhisme. Nous devrions, brièvement, discuter ici seulement
des écoles majeures, les plus connues.
A la question métaphysique « Y’a-t-il une réalité, mentale
ou non-mentale ? », trois réponses différentes ont été données :

55
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

i) La madhyamika soutient qu’il n’y a pas de réalité –


mentale ou non-mentale ; tout est néant (sunya)
ii) La yogacara soutient que seul le mental est réel ; le
monde matériel est dépourvu de toute réalité.
iii) Les réalistes soutiennent que le mental et le non-
mental sont réels.
Sur la question épistémologique « La réalité peut-elle être
connue ? », les réalistes sont divisés en deux groupes :
iii-a sautrantika, ou réalistes indirects, qui soutiennent que les
objets externes ne sont pas perçus directement, mais sont connus
par conclusion.
iii-b vaibhashika, ou les réalistes directs, qui soutiennent que le
monde externe est perçu directement.

L’école Madhyamika du Nihilisme ou Relativisme


Il y a une phrase très importante dans le Qur’an que les
musulmans répètent souvent. Elle se lit :

﴾ ‫ﺼ َﻤ ُﺪ‬
‫﴿ ٱ ﱠُ ٱﻟ ﱠ‬
Allah est Celui dont tout dépend, mais qui est
Indépendant ; ou : Allah est Le Seul à être nécessaire,
tout le reste est contingent ; ou : Allah Seul existe, tout
subsiste.

(Qur’an : 112 :2)

56
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

D’après ce verset, les penseurs musulmans ont conclu que le


monde n’est pas Réel car Seul Allah est Réel, mais qu’il n’est pas
non plus Irréel, car il subsiste. Par conséquent, le monde est
relativement Réel. Il participe à la réalité. Il subsiste en tant que
Réel par la Grâce du Réel.
De la même manière, l’école Madhyamika a philosophé sur
le fait que le monde du phénomène n’est ni Réel ni Irréel. Et que
ni l’esprit ni la matière ne sont réels. Ils ont basé leurs arguments
sur deux principaux enseignements de Bouddha, c’a-d., la théorie
de l’origine dépendante et la théorie du flux universel.
Ce qui est réel doit être permanent, inchangé. Ce qui est
sujet au changement, à la décomposition, _ qui est amené à être
et à mourir, ne peut pas être réel. Mais tout le monde est dans un
flux constant. Le flux universel caractérise le mental et le non-
mental. Par conséquent, le monde ne peut pas être réel.
Encore, en accord avec la théorie de l’origine dépendante,
il y a une loi universelle de cause opérant dans ce monde de telle
façon que tout effet est dépendant de chaque cause qui le précède.
Maintenant, ce qui est dépendant par son existence sur quelque
chose d’autre que lui-même, - qui n’est pas existant par lui-même
et indépendant, ne peut pas être réel. De ce fait, le phénomène
externe n’est pas réel.

57
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

En même temps, le monde externe ne peut être appelé irréel


car une chose irréelle comme un célibataire-mari ne pourra jamais
exister. 50
Le chef qui a exposé cette philosophie Madhyamika,
Nagarjuna, a résumé la case très soigneusement dans
l’expression effrontée, tout est néant (sunya). Par conséquent,
l’école est nommée le nihilisme. Cette école peut aussi être
appelée le relativisme, à cause de la nature relative de l’existence
de toute chose.
Or, Nagarjuna n’est pas resté confiné dans les limites du
Bouddhisme original. Il est allé donner une doctrine de la vérité
à deux niveaux, qui ressemble beaucoup aux ‘phénomènes-
Noumènes’ de Kant, et à ‘l’apparence-réalité’ de Bradley. Au-
delà de l’irréalité du monde phénoménal, il y a une dimension
transcendantale de l’existence qui ne peut pas être décrite (en
vertu de fait qu’elle transcende l’expérience). C’est cette réalité
transcendantale qui est réelle et durable.
Cela a formé une partie des fondements philosophiques de
la secte Mahayana quand ils se sont aventurés à interpréter le
nirvana, pas comme étant un état, ou un idéal éthique, mais
comme étant une entité métaphysique dans une dimension
transcendantale de l’existence. La Mahayana est allée formuler la
doctrine qui a identifié Bouddha lui-même par rapport à cette

50
C’est la nature dialectique de la pensée bouddhiste à travers laquelle tous
les jugements par rapport à la réalité se révèlent être contradictoires.

58
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

réalité transcendantale, en ouvrant, ainsi, la voie au culte de


Bouddha en tant que Dieu. C’est quelque chose d’inimaginable
pour un Bouddhisme précoce, et mes lecteurs bouddhistes
peuvent vouloir s'arrêter pour réfléchir à cela pendant un bon
moment.51

L’école Yogacara de l’Idéalisme Subjectif


L’école Yogacara, en accord avec Nagarjuna sur le fait que
toute matière était irréelle, diffère d’avec lui concernant la réalité
de l’esprit. En accord avec eux, si l’esprit était aussi irréel il y
aurait ensuite aucun sens à confirmer la vérité des enseignements
Madhyamika ! Pour eux, l’esprit est le seul réel.
Ensuite, Yogacara est allée utiliser des arguments
philosophiques aigus pour réfuter l’existence réelle des objets
externes. Les objets doivent être atomiques (sans partie) ou
composites (composés en parties). Mais s’ils sont atomiques, ils
seront trop petits pour être vus, et s’ils sont composites, ils ne
peuvent pas être vus dans leur ensemble, - de quelque manière
que ce soit, ils sont, en fait, vus. (Cf. Ecole de psychologie de
Gestalt).
Une autre difficulté qui surgit, si la réalité des objets
externes doit être confirmée, est le fait que la conscience de
l’objet ne peut pas émerger avant que l’objet soit arrivé dans
l’existence. Elle ne peut pas, non plus, émerger après, car l’objet,

51
Il sera d’un intérêt considérable pour mes lecteurs bouddhistes de noter que
pendant près de 500 ans après sa mort, il n’y avait pas statues de Bouddha.

59
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

étant momentané, disparait du moment où il émerge. Elle ne peut


pas non plus émerger simultanément avec la conscience, étant la
cause de la conscience, après elle aura cessé d’exister. Dans ce
cas, pour l’objet, étant dans le passé, il ne peut pas y avoir de
connaissance immédiate de cela. Alors, si les objets sont vus
comme ayant une existence indépendante de l’esprit, la
connaissance des objets présents (que nous devons toujours
admettre avoir) demeure inexpliquée.
L’esprit, pourtant, est tout ce qui existe. Tout autre dépend
de l’esprit pour son existence. Cela est appelé l’idéalisme
subjectif et trouve son expression dans la philosophie occidentale
d’après les points de vue de Bishop Berkeley (esse est percipi).
Il y a un bon nombre d’objections sérieuses à la philosophie
Yogacara. Si un objet dépend pour son existence, uniquement de
l’esprit, comment se fait-il que l’esprit ne puisse pas créer un
objet à volonté et à n’importe quel moment ? Comment
expliquons-nous le fait que les objets ne changent pas,
apparaissent, ou disparaissent selon la volonté de celui qui
perçoit ? Pour répondre à ces objections, l’école Yogacara a
donné une théorie irréaliste de l’esprit. L’esprit, disent-ils, n’est
pas une entité unique, immuable. Il est une réserve d’impressions
(vraisemblablement d’expériences passées). Hors de cette
réserve, les impressions émergent, ici et maintenant, là-bas et
maintenant, pour former un véritable courant de conscience. La
question qui intrigue est, comment ce stockage se met-il en place
au commencement ; et deuxièmement, comment toute réserve

60
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

peut être unique et différente de toutes les autres réserves. Si une


mangue était montrée à une classe d’enfants, la verront-ils tous
comme étant une mangue ? Et si c’est une mangue pakistanaise
(la meilleure du monde), en voudront-ils tous une bouchée ? (Mes
lecteurs, en Asie du sud peuvent remplacer la mangue par un
sultan durian).
La Yogacara est plus concernée par le développement du
côté moral de cette théorie de l’esprit. Si l’esprit est une chose en
devenir, une chose flexible et changeante, ensuite l’esprit peut
être entrainé et développé sur la bonne voie, lui permettant de se
parer contre l’émergence d’états mentaux indésirables et de
développer l’état idéal du nirvana.
Cependant, c’est cela l’ouverture des portes au contrôle du
courant mental. S’il est possible de contrôler le courant et de le
diriger. S’il est possible de le diriger vers des canaux productifs
propices à la réalisation du nirvana, l’objection originale doit être
remplie. Comment se fait-il que l’esprit ne peut pas créer un objet
à volonté et à n’importe quel moment (plus que tout, un sultan
durian au mois de Juillet) ?
Selon le point de vue du Qur’an, la philosophie Yogacara
est fausse et dangereuse. L’esprit et la matière possèdent, tous
deux, des degrés de réalité. En vérité, l’esprit, est plus réel que la
matière, plus réel et fondamental que le corps. L’esprit est une
partie de la ‘personnalité’, qui a été conférée à l’homme en tant

61
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

qu’amanah connue (confiance).52 Et, c’est l’homme, l’être


pleinement personnel, à qui les cieux et la terre se sont soumis.53
Par conséquent, l’esprit possède une existence plus réelle que la
matière. Mais la matière possède aussi un degré d’existence réel,
car Allah a créé les cieux et la terre avec la Vérité (al-haq).
Yogacara détruit cette balance, donne à l’esprit le statut selon
lequel il est la seule réalité, et fait du monde externe le fruit de
notre imagination, un rêve, ‘maya’, ne possédant aucune réalité.
En tant que théorie philosophique, elle peut flotter autour
de la classe philosophique, sans danger. Mais, quand cette théorie
philosophique trouve son expression dans la vie, dans la religion,
elle doit, sans faillir, mener à l’établissement de l’institution du
monachisme, la rupture des liens matériels et l’adoption de cette
philosophie étrange du sexe qui conduit au célibat. Cela, comme
nous essayerons de le montrer plus tard, entraine dans son sillage
des perversions, des souffrances, des complications, et la misère.
Et, nous considérons qu’il est du devoir des sociologues, des
psychologues, des philosophes, des théologiens et autres, à
l’exception de la communauté musulmane, de se lancer, avec
autant de force que possible, contre la philosophie antimonde et
les institutions du monachisme et du célibat qui en découlent.

52
Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité
(de porter les charges de faire le bien et d'éviter le mal). Ils ont refusé de la
porter et en ont eu peur, alors que l'homme s'en est chargé; car il est très injuste
[envers lui-même] et très ignorant. (Qur’an : 33 :72)
53
Ne voyez-vous pas qu'Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur
la terre ? (Qur’an : 31 :20)

62
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’Eglise Catholique Romaine a vraisemblablement dû faire face


à des poursuites déposées contre elle à cause des mauvaises
conduites sexuelles de certains prêtres célibataires, ce qui
préparerait à voir la lumière de la Vérité.

L’école du Réalisme, Sautrantika.


La Sautrantika croit en la réalité, pas seulement de l’esprit,
mais aussi des objets externes. Ils mettent l’accent sur le fait que
sans l’hypothèse d’objets externes, il est même impossible
d’expliquer l’apparence illusoire des objets externes.
Leur argument pour reconnaitre la réalité des objets
externes est dirigé, en premier lieu, vers la réfutation des
arguments des idéalistes.
Si l’on ne perçoit nulle part, le moindre objet externe, il ne
peut pas dire, comme les idéalistes le font, qu’au travers de la
conscience de l’illusion il apparait comme un objet externe. La
phrase ‘comme un objet externe’ est vide de sens tout comme
‘comme le fils d’une femme stérile’, car un objet externe est
reconnu par les idéalistes comme étant totalement irréel et jamais
perçu.
De plus, les idéalistes argumentent sur la simultanéité entre
la ‘conscience’ et l’‘objet’, et leur identité. Mais cet argument est
défectueux. L’objet et l’esprit sont clairement indépendants l’un
de l’autre, car s’ils étaient identiques, quand je verrai un cheval
(ou un rambutan), je devrais dire ‘Je suis le cheval’ (ou
rambutan).

63
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Finalement, s’il n’y avait pas d’objets externes, la


distinction entre la conscience d’un ‘pot’ et la conscience d’une
‘montre’ ne pourrait pas être expliquée, car la ‘conscience’, la
‘montre’ et le ‘pot’ seraient tous identiques. Par conséquent, nous
devons admettre l’existence d’objets externes.
Sautrantika comme le Réalisme Indirect ou
Représentation :
Par rapport à la question : la Réalité peut-elle être connue ?
Les réalistes sont divisés en deux écoles. Sautrantika a fait une
analyse de la perception et a conclu qu’elle n’est pas juste une
simple matière de l’esprit et un objet. Il y a, en fait, quatre facteurs
impliqués dans l’acte de perception. Chatterjee et Datta les ont
listés ainsi :
Il doit y avoir l’objet qui communique à sa forme la
conscience, il doit y avoir l’esprit conscient (ou l’état de
l’esprit au dernier moment) pour entrainer la conscience
de la forme, il doit y avoir le sens pour déterminer le type
de conscience, qui est si la conscience de cet objet est
visuel, tangible ou d’un autre type. Enfin, il doit y avoir
des conditions supplémentaires favorables, telle que la
lumière, la position confortable, la bonne intensité, etc.
Toutes ces conditions sont combinées ensemble dans le
but de construire la perception de l’objet.54
Sur la base de cette analyse de l’acte de perception,
Sautrantika a conclu qu’il était impossible de percevoir l’objet

54
Chatterjee et Datta : Op.cit., p.174

64
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

directement. L’objet atteint l’esprit directement, en générant en


premier dans l’esprit, la forme (de l’objet). C’est cette copie ou
représentation de l’objet dans sa propre conscience que l’esprit
reconnait immédiatement. Mais à partir de cela, il peut déduire
l’objet sans que la copie n’émerge.
En bref, Sautrantika argumente le fait que les perceptions
sont des reflets ou copies des objets externes qui peuvent
seulement être reconnus pour exister par inférence. C’est le
réalisme indirect.

L’école Vaibhashika du Réalisme Direct


La Vaibhashika, comme la Sautrantika, a affirmé la réalité
de l’esprit et de la matière. Cependant, cet agrément
métaphysique ne se prolonge pas à l’épistémologie. En prenant
une objection solide au réalisme indirect de Sautrantika,
Vaibhashika a affirmé la possibilité de perception d’un objet
directement. C’est le réalisme direct. En accord avec eux,
l’inférence des impressions peut seulement être possible à travers
une perception préalable de l’objet. Seul celui qui a vu le feu et la
fumée conjoints peut déduire le feu de la fumée. Mais, en accord
avec Sautrantika, nous n’avons jamais perçu aucun objet
directement. Si c’est ça, l’inférence n’est pas possible. Celui qui
n’a jamais vu une mangue, ne pourra jamais inférer une mangue
d’une impression de l’esprit, d’une mangue !
֍֍֍

65
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 7

LES ECOLES RELIGIEUSES DU


BOUDDHISME

Il est clair, d’après une étude des enseignements originaux


de Gautama Bouddha (que nous avons tentés d’analyser dans ce
livre), qu’il encourageait la vie d’un autre monde, ou la vie du
détachement des affaires de ce monde. En libérant l’individu du
système de caste hindoue et de la religion du monopole de
Brahmans, il est allé à l'extrême pour faire de chaque homme ‘une
île en lui-même’. Par exemple, dans ses derniers mots, dans
lesquels il parle à son chef disciple, Ananda, il dit :
Soyez des lumières en vous-mêmes, soyez un refuge
pour vous-mêmes, ne vous réfugiez pas dans un refuge
externe. Tenez-vous à la vérité (la dhamma ou la loi). Ne
cherchez pas refuge auprès de quelqu’un d’autre que
vous-même.

66
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Se décomposer est inhérent à toutes choses


composantes. Travaillez à votre propre salut avec
diligence.55
L’interprétation la plus naturelle de la dispense bouddhiste
était une religion d’‘aide par soi’.
Chaque homme est le maître de sa propre destinée – pour
le meilleur ou pour le pire. Il n’y a pas d’intermédiaires entre
‘homme’ et ‘délivrance’ (comme la classe sacerdotale de
l’Hindouisme Brahman, les Rabbins du Judaïsme, et les Prêtres
de la Chrétienté). Il est assez vrai que cela a donné lieu à une
réponse religieuse qui est libre, dynamique, spontanée, créative et
originale. Mais, d’un autre côté, cela représentait aussi ‘chacun
pour soi’, et comme il est bien connu, dans un exercice où c’est
‘chacun pour soi’, c’est facilement Dieu pour tous !
C’est l’original qui a accepté l’interprétation des
enseignements bouddhistes. Le bouddhiste a accepté les ‘quatre
nobles vérités’ et a marché le long du ‘noble sentier octuple’
jusqu’à ce que le nirvana soit atteint. Le Nirvana était un état de
quiétude contemplative hors duquel le saint ne pourrait jamais
émerger pour prêter la moindre forme d’assistance à ses
congénères luttant pour atteindre le salut. Car pour les
bouddhistes qui étaient en train de lutter pour atteindre le nirvana,
les portes de ce monde étaient fermées.

55
Maha-Parinibbana Sutta, vi.1.11. Cité par Chatterjee et Datta : Op.cit.
p.177

67
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Cependant, si les portes de ces dimensions (spatio-


temporelles) sont fermées, peut-être qu’il y a une autre dimension
de l’existence qui transcende cela, et dont les portes sont ouvertes.
Ici, encore, le bouddhiste qui lutte est déçu. Il est confronté
aux portes fermées. Bouddha a refusé constamment de confirmer
ou de contester l’existence d’une dimension transcendantale de
l’existence avec des vérités transcendantales comme Dieu et âme,
et une réalité permanente.
La secte du Bouddhisme Hinayana, adhérant aux
enseignements originaux de Bouddha, a refusé d’ouvrir les portes
de l’un ou l’autre des deux mondes.
La secte du Bouddhisme Mahayana, volant devant la
façade des enseignements du Bouddhisme original, a ouvert les
portes. Dans la discussion qui suit, nous mettrons l’accent sur les
motifs doctrinaux et tracerons les raisons historiques et
psychologiques pour ce volte-face de la part de la Mahayana.
Pour qu’un mode de vie religieux soit vrai (c’a-d., le test
pragmatique de vérité), il doit être applicable universellement.
Théoriquement, il doit au moins être possible pour toute
l’humanité de l’adopter. Si toute l’humanité ne peut pas l’adopter,
comme c’est le cas du Bouddhisme Hinayana, il peut être faux,
ou partiellement faux, mais ne peut pas être vrai dans le sens
complet du terme.
Maintenant, la vie de Bouddha porte témoignage du fait
qu’il a conçu ses enseignements pour qu’ils soient applicables

68
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

universellement. Il a voyagé pendant quarante-cinq ans, sur près


d’une centaine (voire un millier) de miles, de ville en ville pour
s’efforcer d’atteindre le message du Bouddhisme, comme il
pouvait. Aussi, il a envoyé ses émissaires en tant que
missionnaires du Bouddhisme à différents peuples.
Le Bouddhisme affirme aujourd’hui être une religion
mondiale. Mais le Bouddhisme, comme Bouddha l’a enseigné,
n’aurait jamais pu réussir à devenir une religion mondiale.
L’école Mahayana du Bouddhisme a donc changé les doctrines
bouddhistes avec l’objectif ‘noble’ de les rendre applicables
universellement. Le Bouddhisme a prospéré, mais au détriment
de Bouddha !

Ce Monde
Premièrement, nous devrions considérer l’ouverture des
portes de ce monde, qui étaient fermées à clé : travaillez à votre
propre salut !
A l’époque de Bouddha, les bouddhistes ont été divisés en
deux groupes – les moines et les laïcs. Après, les premiers deux
ou trois cents ans de l’existence du Bouddhisme, un bon nombre
de personnages royaux devenaient bouddhistes. Parmi eux était le
célèbre Asoka, qui n’a épargné aucune souffrance en propageant
le message du Bouddhisme à l’humanité. Les rangs des laïcs ont
progressé considérablement. Mais ce n’était pas une proposition
plaisante, ni pour eux ni pour ceux comme Asoka, que le sangha
(ordre monastique) soit le seul chemin vers le salut. La pression

69
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

que le laïc-populaire exerçait était à deux volets. Le premier, bien


sûr, était la demande légitime de l’homme selon laquelle ils
devaient être capables de lutter pour le salut (en effet, qui ne veut
pas sauver son âme ?). Le second était plus énergique. Les moines
étaient dépendants pour leur nourriture principale de la charité du
laïc-populaire. Et la voie la plus facile pour le cœur de l’homme
est par son estomac (Dajjal a utilisé le Riba pour réduire toute
l’humanité non-blanche à la pauvreté. Il a aussi, en retour,
totalement corrompu la civilisation occidentale et ses clients tout
autour du monde en leur injectant de cette cupidité aveugle qui
les séduit jusqu’à devenir les vampires de l’humanité). Ainsi,
quand viendra la question du gagne-pain, les moines trouveront
naturellement opportun de prêter une oreille attentive aux
demandes légitimes des laïcs populaires et d’inclure dans le
Bouddhisme une ‘participation’ du moine à l’assistance des laïcs
populaires dans leur lutte morale et spirituelle. (Cette innovation
se ferait au détriment du dernier commandement de Bouddha :
Travaillez à votre propre salut !). Comme si cela n’était pas
assez, ils prévoiront la possibilité de salut même pour un homme
laïc.
La secte Mahayana, qui a ouvert les portes de ‘ce monde’
à travers des innovations, a été prompte à se défendre contre les
orthodoxes Hinanyanistes qui étaient outrés. Et quels arguments
que ceux qu’ils ont utilisés !
Une des conditions préalables pour l’accès au nirvana est
que le saint doit avoir conquis et anéanti son moi personnel ou

70
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

‘je’. C’est une tâche difficile ! Désormais, le moine qui se


consacre exclusivement à la tâche du travail à son propre salut,
devient terriblement égoïste car il ne se sent pas concerné par le
salut de l’humanité. Même quand il a atteint le nirvana, ne l’a-t-il
pas atteint pour lui seul ? Par conséquent, le soi n’a pas été
conquis. Il est toujours bien présent.
Et, il n’est pas seulement égoïste, il est aussi très cruel !
Imaginez une famille isolée au beau milieu d’une forêt avec des
animaux sauvages, menaçant de les attaquer à n’importe quel
moment. Que penser du frère qui se glisse furtivement et essaye
de s’échapper sans penser une seule seconde à la sécurité et à la
survie des autres membres de la famille ?
La secte Mahayana a argumenté le fait que l’humanité
devait contribuer à la lutte pour le salut. Ils ont souligné leur
soutien à la longue vie en tant que missionnaire, de Bouddha. Ils
ont déclaré cela comme étant un commentaire vivant de la vérité
de leur résistance. Celui qui cherche à atteindre le nirvana, ont-
ils dit, devrait d’abord aider ses frères à atteindre le nirvana, de
la même manière que l’homme dans la forêt devrait d’abord sa
famille à se mettre en sécurité avant de penser à s’échapper. Un
tel homme ou, ce-que-serait Bouddha, est appelé un bodhisattva,
contraire au arhat, le saint égoïste qui cherche à atteindre le
nirvana pour lui seul, - qui prend le raccourci vers le salut
(Hinayana) plutôt que le ‘chemin long et difficile’ (Mahayana).
Ce changement de politique a contribué, à moindre mesure,
à la survie et à la propagation du Bouddhisme. La religion,

71
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

comme prêchée par Bouddha, était un idéal qui pouvait seulement


être pratiqué par quelques-uns (les moines) et qui demandait un
renoncement au monde et à la vie mondaine. Mais cela aurait
amené à la fin de l’humanité, car cela appelait à l’acceptation
universelle de l’institution du monachisme et, avec elle,
l’institution du célibat. Les Mahayana, en se tournant vers le ‘vol
en solo du solitaire seul’, a ajusté la perspective du Bouddhisme
et en a fait une religion pour le commun des hommes (même s’il
est confortablement ou inconfortablement marié, vivant une vie,
chez lui, stable ou instable et en effectuant ses rôles et devoirs en
tant que père et mari).

L’Autre Monde
Comme nous l’avons mentionné plus tôt, la secte Hinayana
a figé les enseignements originaux de Bouddha et a refusé sans
cesse de confirmer la dimension transcendantale de l’existence
avec ses ‘vérités invisibles’. Cependant, son unique
expérimentation de la religion sans une dimension
transcendantale de l’existence a échoué. Aujourd’hui, l’écrasante
majorité de bouddhistes croit, d’une manière ou d’une autre, à une
dimension transcendantale de l’existence et en des ‘vérités
invisibles’. En fait, le Bouddhisme populaire est, aujourd’hui,
saturé de vérités invisibles remplies d’enchantements, de magie
et d’esprits désincarnés.56 La cause et l’histoire de cet échec
constituent un matériel extrêmement précieux pour l’audacieux
psychologue de la religion qui voudrait prouver l'existence d’une

56
Cf. Tantra, ou le Bouddhisme magique, dans Conze, Op.cit., p.174

72
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

dimension transcendantale de l’existence à travers une étude de


la conscience religieuse.
La secte Mahayana a ouvert les portes de ‘l’autre monde’,
la dimension transcendantale de l’existence’, et en faisant cela ils
ont restauré la croyance en une ‘réalité constante’, en ‘Dieu’ et en
‘l’âme’ dans leur mode de vie religieux. De plus, ils ont rendu
furieux les orthodoxes Hinayanis. Mais, ils ont, de nouveau,
trouvé des arguments plausibles pour leur défense.

Une Réalité Constante


Comme nous l’avons vu dans notre discussion sur les
théories de ‘l’origine dépendante’ et du ‘flux universel’, si le
monde ne possédait aucune réalité, il serait une réalité éphémère
et non une réalité constante. Il serait contingent – et non
nécessaire, dépendant – et non indépendant, passager – et non
permanant. La seconde des deux affirmations fondamentales du
Bouddhisme est sarvam kashnikam, c’a-d., ‘tout est passager’.57
L’école Madhyamika de la philosophie bouddhiste, qui
consiste à fournir les enseignements de Bouddha, nie la réalité du
monde mental et non-mental. Cependant, cela ne signifie pas un
déni de toute réalité. Au contraire, elle nie seulement la réalité du
monde phénoménal apparent que nous percevons. Derrière ce
monde phénoménal, il y a une réalité qui n’est pas descriptible
par le moindre caractère mental ou non-mental, que nous
percevons. Les Mahayanis ont accepté ces métaphysiques et ont

57
L’autre déclaration est sarvam dukham, c’a-d., ‘tout est souffrance’.

73
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

défendu leur innovation apparente sur la base selon laquelle le


silence de Bouddha, sur les dix questions métaphysiques
concernant les choses au-delà de notre expérience, n’impliquait
pas leur inexistence. Cela représentait, plutôt, leur caractère
indescriptible. Ils ont argumenté le fait que la vie et les
enseignements de Bouddha apportaient des indices sur la véracité
de cette interprétation.

Dieu
Dans les enseignements originaux de Bouddha, et dans le
Bouddhisme Hinayana, il n’y a pas de concept de Dieu, ni
d’aucune déesse. Cela ne suggère pas non plus l’athéisme (le déni
de l’existence de Dieu). C’est, plutôt, un refus de confirmer
l’existence d’une déesse. Apparemment, un disciple a demandé à
Bouddha si Dieu existait. Il a refusé de répondre à la question.
Quand il a été obligé de répondre, il a répondu par une question :
Si vous étiez en train de souffrir d’une douleur à l’estomac,
seriez-vous inquiets du soulagement de cette douleur ou en train
d’étudier la prescription du médecin ? Ce n’est pas mon affaire,
ou la vôtre, de trouver si oui ou non Dieu existe, - notre travail
est de supprimer la souffrance du monde.
Cependant, un homme est, par nature, un être religieux et
sa constitution religieuse est telle qu’il a envie d’une déesse
personnelle qui peut être l’objet le plus digne d’être adoré. Le
culte de l’Etre Suprême semble être programmé dans la nature de
l’homme. Cet argument se trouve dans la psychologie de la

74
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

religion. L’histoire de la religion à travers tous les âges en donne


la preuve incontestable.
Mon professeur de philosophie de l’histoire, Dr. Burhan
Ahman Faruqi, en est arrivé à la même conclusion, utilisant une
approche différente et avec d’autres arguments. Voilà ce qu’il
dit :
L’homme se trouve confronté, dans sa course, à des
obstacles insurmontables. D’un côté, se tient l’homme,
avec son aspiration naturelle à l’harmonie avec la
réalité, à la perfection morale et au bonheur, à la
connaissance et à la beauté. D’un autre côté, se trouve
l’univers, insensible à l’harmonie et ses aspirations
morales et spirituelles, et peu enclin à accéder à la
demande de son âme. Il se trouve impuissant, -
abandonné. Il doit y avoir un Etre qui a le pouvoir,
autant que la volonté, de l’aider, s’il doit être sauvé. Par
conséquent, c’est que la conscience religieuse confirme
l’existence d’un tel Etre.58
Le Bouddhisme a fait face à ce problème est apportant la
dhamma, ou ‘la loi impersonnelle’, à la place de Dieu. Mais cela
ne pouvait pas satisfaire les besoins de l’humanité. La religion de
‘l’aide par soi’ devait être convertie en une religion de promesses
et d’espoirs ! La Hinayana ne pouvait pas tenir la moindre
promesse d’aide extérieure à la multitude de malheureux. Devant

58
Dr. B.A. Faruqi, ‘La Conception Mujaddid du Tawhid’, p.32. Ce livre est
une thèse pour le PhD en philosophie, à l’Université musulmane d’Aligarh.
C’est un excellent travail.

75
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

la tristesse des créatures, la Mahayana a donné espoir en amenant


l’idée selon laquelle le regard vigilant et compatissant de
Bouddha était sur tous les êtres malheureux. En d’autres termes,
la Mahayana a fait de Bouddha, un dieu ! La Mahayana a
accompli cette impressionnante acrobatie ontologique en
définissant Bouddha avec la réalité qui avait été acceptée. Dans
cette forme philosophique ou spéculative (c’a-d., madhyamika)
cette réalité n’était pas loin, mais à l’intérieur, du phénomène. En
d’autres termes, c’était une réalité ‘immanente’. Or, quand elle
est appliquée à la religion, cette ‘immanence’ doit être convertie
en ‘transcendance’. Ensuite, Bouddha pouvait être identifié, par
cela, pour devenir une réalité qualitative, transcendante,
personnelle, descriptible ou connaissable ! C’est le triomphe de
la déesse personnelle dans la religion.
L’érudit qui a écrit cet article, ‘Mahayana’, dans
l’Encyclopédie de la Religion et de l’Ethique, fait une remarque
différente. Selon lui, ce n’était pas une évolution naturelle de
Dieu à l’intérieur de Bouddhisme mais, plutôt, l’effet de
l’Hindouisme sur le Bouddhisme :
Il est davantage certain . . . . . . . que cette
transformation du Bouddha peut être expliquée par
l’évolution naturelle du dogme bouddhiste sur le sol
hindou. La ressemblance entre le Bouddha régnant
paisiblement dans le paradis et envoyant des images de
lui-même en bas de ce monde, d’un côté, et Krsna
(Krishna) réjouissant les êtres dans son propre monde
(Goloka) et apparaissant sous forme humaine, d’un

76
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

autre côté, est saisissante et renferme une leçon


précieuse. »59
Dr. Conze tente d’expliquer le même point en dirigeant
l’attention sur la nature éclectique du Bouddhisme :
Les bouddhistes ne verront pas d’objections, de
quelques manières que ce soit, dans le culte de
nombreux dieux car l’idée d’un Dieu jaloux leur est
assez étrangère ; et, aussi, car ils sont imprégnés de la
conviction selon laquelle la perspicacité intellectuelle de
tout le monde est très limitée, de sorte qu’il est très
difficile pour nous de savoir quand nous sommes justes
mais pratiquement impossible d’être sûr que quelqu’un
d’autre est dans l’erreur. Comme les catholiques, les
bouddhistes croient qu’une Foi peut être gardée vivace
seulement si elle peut être adaptée aux habitudes
mentales de la personne ordinaire. En conséquence,
nous trouvons que dans les Ecritures précédentes, les
déesses du Brahmanisme ont été prises pour acceptées
et que, plus tard, les bouddhistes ont adopté les dieux
locaux, quelle que soit la région dont ils venaient. »60
Pour conclure cette discussion, la religion du ‘non Dieu’ a
été transformée en une religion de ‘plusieurs dieux’ – grande et
petite, forte et faible, mâle et femelle. L’ ‘homme-Dieu’ Bouddha
apparait sur terre en forme humaine (c’a-d., incarnés) de temps en
temps. Le christianisme présente un spectacle non moins

59
Vol. 8, p. 334
60
Conze, Op.cit., p. 42

77
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

étonnant. Là aussi, Dieu est descendu sur terre pour marcher et


parler comme d’autres hommes. Cependant, il est le fils-Dieu.61

Le Soi
La Mahayana a fait un travail complet d’ouverture des
portes de la dimension transcendantale de l’existence. Bouddha
et, rapidement, le bouddhisme avaient fait un travail minutieux
pour démontrer l’irréalité du soi empirique. Et, parce que les
portes de la dimension transcendantale étaient fermées, Bouddha,
est-il dit, a conclu qu’il n’y avait pas de soi. Cependant, cela était
un plat hautement indigeste pour la plupart des bouddhistes. Cela
a provoqué un sentiment d’effroi que l’on dise qu’il n’y avait pas
de ‘soi’. D’autant plus qu’il est absurde de peiner pour son salut
quand il n’y a rien à sauver.
La Mahayana, comme l’Islam, a mis en évidence le fait
qu’il existe un soi réel. Cependant, c’est le soi transcendantal, pas
un soi empirique ou le petit soi individuel.
Il y a, toutefois, deux différences entre la Mahayana et
l’Islam, en ce qui concerne leur concept du soi. Premièrement,
l’Islam ne conçoit pas le soi empirique comme étant entièrement

61
Certains peuvent argumenter que le christianisme devrait être
chaleureusement applaudi pour le soutien qu’il a prêté, malgré son accent sur
le monachisme, à l’institution de la ‘famille’. Même Dieu a une ‘famille’ ! Le
‘Dieu-famille’ du christianisme est Jésus, le ‘fils unique’ de Dieu, Marie est la
mère de Dieu et, pour compléter la famille, il y a Dieu, le père ! Mais,
sérieusement maintenant, c’est un acte blasphématoire impardonnable qu’on
attribue à Allah, le Seul Dieu, la croyance selon laquelle Il a une épouse, ou un
fils, ou des filles.

78
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

irréel. Il possède un degré de réalité, mais il n’est pas le soi réel.


Deuxièmement, alors que l’Islam confirme l’existence de sois
transcendantaux exclusivement individuels, le soi transcendantal
de la Mahayana est un grand soi unique (Mahatman) qui est le
soi de tous les êtres. La Mahayana est, donc, confrontée au
problème d’identité personnelle, un problème que l’Islam a résolu
de façon admirable. Apparemment, Chatterjee et Datta ont
négligé ce sérieux problème quand ils ont noté que le
Mahayaniste dévot trouve, donc, son soi rétabli dans une forme
plus élevée et plus amplifiée.62

Remarques finales
Certains écrivains ont tenté d’expliquer que cette lutte entre
la Hinayana et la Mahayana était une lutte entre deux motifs tout
aussi nobles, nommés, plus grande pureté et plus grande utilité.63
Par exemple, un éminent écrivain japonais note :
Cela (le Mahayanisme) est le Bouddhisme qui,
inspiré par un esprit progressiste, a élargi sa portée
initiale, d’autant que ça ne contredisait pas la
signification interne des enseignements du Bouddha.64
Cependant, comme nous l’avons dit clairement, la
Mahayana a créé ce qui représente une véritable révolution dans
le Bouddhisme. Elle a ouvert les portes qui ont été fermées par

62
Chatterjee et Datta, Op.cit., p.183
63
Ibid., p.183
64
D.T. Suzuki : Les Grandes Lignes du Bouddhisme Mahayana, p.10

79
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bouddha lui-même. Notre opinion est que ce phénomène peut


être mieux décrit comme étant la lutte pour survivre du
Bouddhisme. La religion enseignée par Bouddha (comme la
religion enseignée par Jésus) est en train de mourir ou est presque
morte. La plupart des érudits modernes, comme nous l’avons noté
plus tôt, sont d’accord avec le fait que le Bouddhisme doit avoir
été assez différent de ce qu’il est aujourd’hui après avoir été
interprété. En fait, Bouddha a prédit ce qui se passe actuellement
quand il a déclaré que ses enseignements déclineront, finalement,
et disparaîtront de la surface de la terre.65
Cette disparition est encore plus complète aujourd’hui,
pour de nombreux bouddhistes qui sont plongés dans les
superstitions les répugnantes et les rituels puérils. Le Bouddhisme
original a vécu un changement total.
H.G. Wells a décrit cela de façon très concise :
Les disciples de Gautama ont, malheureusement, plus
craint pour la préservation de son arbre (le pipal qui
existe toujours) que de sa pensée, qu’ils ont, dès le début,
mal comprise et déformée.66
En écrivant sur les corruptions du Bouddhisme, Mr. Wells fait ces
intéressantes observations :
Aujourd’hui, le Tibet est un pays bouddhiste, déjà
Gautama, s’il pouvait revenir sur terre, pourrait
traverser le Tibet de part en part cherchant ses

65
Vide : Anagata-vamsa,
66
H.G. Wells : Une Grande Ligne de l’Histoire, p. 392

80
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

enseignements en vain. Il trouverait le type le plus


ancien de dirigeant humain, un dieu-roi, sur son trône,
le Dalai-Lama,67le ‘Bouddha vivant’. A Lhasa, il
trouverait un immense temple rempli de prêtres, d’abbés
et de lamas – lui, dont les bâtiments étaient seulement
des cabanes et n’avait pas créé de prêtres – et au-dessus
d'un autel, il contemplerait une immense idole d'or, dont
il apprendrait qu’elle est appelée ‘Gautama Bouddha’ !
Il entendrait les services entonnés devant cette divinité,
et certains préceptes, qui lui serait vaguement familier,
murmurés comme des réponses. Cloches, encens,
prostrations, joueraient leur part dans ces procédés
amusants. A un moment donné dans le service, une
cloche serait sonnée et un miroir levé, tandis que
l’assemblée, dans un élan de révérence, s’inclinerait . .
......
A propos de cette campagne bouddhiste, il
découvrirait un bon nombre de petits mécanismes
curieux, des petites roues à vent et roues à eau
tournantes, sur lesquelles de brèves prières sont
inscrites. Tout le temps, ces choses tournent,
apprendrait-il, et cela compte comme une prière. ‘A
qui ?’, demanderait-il. D’ailleurs, il y aurait un bon
nombre de mâts dans la terre transportant de beaux
drapeaux en soie – des drapeaux en soie qui portent
l’inscription embarrassante, ‘On Mani Padme hum’, ‘le
joyau est dans le lotus’. Chaque fois que le drapeau

67
A l’époque où Wells a écrit son livre, le Dalai Lama n’avait pas encore fui
à New Delhi.

81
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

s’agite, apprendra-t-il, c’est aussi une prière, très


bénéfique aux hommes qui ont payé pour le drapeau et
pour la terre, en général. Les équipes d’ouvriers,
employées par les personnes pieuses, iraient au pays
taillant cette précieuse formule sur falaises et pierres. Et
cela, il le réalisera plus tard, est ce que le monde a fait
de sa religion.68
Mes lecteurs bouddhistes seront amusés d’apprendre que la
même affection, qui arrive au Bouddhisme, est maintenant en
train d’attaquer l’Islam. De par le monde, aujourd’hui, des hordes
de musulmans pseudo-érudits, éduqués par la laïcité, travaillent
ardemment pour tenter de réinterpréter l’Islam dans une voie qui
le rendrait compatible au monde moderne essentiellement impie,
de plus en plus décadent, et prodigieusement trompeur. Le
modernisme islamique contemporain est, peut-être, dans toute
l’histoire, l’ennemi le plus dangereux auquel l’Islam n’a encore
jamais été confronté.
Nulle part ailleurs dans le monde moderne étrange de
l’Islam, l’avancée du modernisme musulman n’a été plus
inquiétante qu’en Malaisie, - jusqu’à ce que, par providence
divine, une grande hache du mal tombe. Nous espérons que les
yeux des modernistes musulmans malavisés peuvent, maintenant,
être ouverts Insha Allah.
֍֍֍

68
Wells, Op.cit., pp.408-9

82
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 8

L’INFLUENCE DU BOUDDHISME SUR


LE CHRISTIANISME

Observations préliminaires
Il y a deux bouddhismes, la doctrine originale de Bouddha
(quel qu’il ait été) et ce qui passe, généralement, pour le
bouddhisme populaire à travers les âges.
De la même manière, il y a deux christianismes. Le premier
est le message religieux, qui a été enseigné par Jésus lui-même.
Le second est le christianisme qui a survécu jusqu’à ce jour, après
d’innombrables changements et déviances faits à partir de
l’original. Le Prophète Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬a prophétisé
que Jésus (‫ )عليه السﻼم‬reviendra, un jour, sur terre. Quand il
reviendra, il ‘cassera les croix’, entre autre chose. Cela mènera à
la fin du christianisme, qui est basé sur la Croix.69

69
Les lecteurs chrétiens pourraient vouloir entendre une conférence sur le
sujet : ‘une vue islamique du Retour de Jésus’, faite à Singapour, en Aout 1998.

83
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Quand nous abordons l’influence du Bouddhisme sur le


Christianisme, nous sommes, en fait, en train de discuter de
l’influence du Bouddhisme sur le Christianisme ‘populaire’. Les
enseignements originaux du Christianisme (qui sont préservés,
pour certains, parmi les unitariens), comme les enseignements de
l’Islam70, étaient promulgués par le même Etre Divin, sous le
couvert de sanctions divines, à travers des messagers désignés
divinement auxquels était accordée la guidance divine !

L’influence
Avant la naissance de Jésus, les enseignements bouddhistes
avaient, d’une manière ou d’une autre, atteint les côtes
méditerranéennes. En fait, de là, le Bouddhisme est allé
influencer la pensée grecque. Les étudiants de philosophie grecs
sont tous familiarisés avec la ‘transmigration des âmes ‘ de
Pythagore, et les concepts de ‘réminiscence’ et de ‘dialectique’,
de Platon – c’a-d., le monde réel des idées et le monde irréel des
détails. Si, par conséquent, la recherche érudite découvre de
nombreuses similitudes, ou encore des identités, entre les
enseignements bouddhistes et chrétiens, les institutions, les
rituels et les mythes, elle doit être forcée d’admettre que, dans
toute ressemblance, une religion doit avoir influencé l’autre. Il est
peu probable que cette influence soit une influence chrétienne sur

La cassette audio peut être obtenue pour l’éditeur de ce livre : L’Association


de Musulmans Convertis de Singapour.
70
L’Islam, dans sa propre connotation, représente une religion authentique.
Ainsi, la religion enseignée par Jésus était l’Islam.

84
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

le Bouddhisme car le Bouddhisme a émergé cinq siècles avant le


christianisme. Il peut y avoir eu une circulation à deux voies, mais
la conclusion doit être que si une religion influençait l’autre, il est
plus probable que ce soit une influence bouddhiste sur le
Christianisme.
Beaucoup d’érudits chrétiens ont, en fait, admis que les
doctrines chrétiennes ont été, dans une certaine mesure,
influencées par les doctrines bouddhistes.
Nous devrions essayer, brièvement, de tracer les
similitudes entre le Bouddhisme et le Christianisme. Pour une
étude plus complète sur le sujet, nous renvoyons le lecteur au
chapitre trois du livre Islam et Bouddhisme dans le monde
moderne, à l’endroit où l’auteur, Dr. Ansari, discute des
Fondements Païens du Christianisme par un argument du
Bouddhisme.
Ce qui semblait être le plus intéressant pour les premiers
chrétiens était le côté miraculeux du Bouddhisme. Dr Conze en
donne trois exemples :
i) Saint Paul a marché sur l’eau, en suivant les traces de
nombreux saints bouddhistes.
ii) Les bouddhistes sont très friands des double-
miracles : ‘le feu a coulé de la partie supérieure du
corps du Tathagata et de sa partie inférieure
produisant un torrent d’eau’. Dans John 7 :38, nous
trouvons l’affirmation curieuse : ‘Celui qui croit en

85
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

moi, selon ce que dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive


découleront de son ventre.’
iii) Le Tathagata pouvait, s’il l’avait voulu, rester des
siècles,71 juste comme le Christ ‘’demeure pour
l’éternité’.72
Certains érudits chrétiens vont bien au-delà du Dr Conze pour
faire une déclaration, comme celle qui suit :
Tous les contes, tous les miracles, toutes les
comparaisons et les proverbes de l’évangile chrétien ont
leur contrepartie dans la doctrine bouddhiste.73
D’autres, comme T.W. Doane, affirment que, exception
faite pour la mort de Jésus sur la croix et la doctrine de l’expiation
indirecte, les vies et doctrines de Bouddha et Jésus correspondent
et coïncident, entièrement, l’une avec l’autre.74 T.W. Doane a fait
des investigations qui ont donné plus de cinquante points d’une
identité ou d’une similarité fermée entre les croyances
chrétiennes et bouddhistes.75
Nous dépendrons, pour la plupart, des notes de classes de
mon distingué professeur en religions comparées, le Professeur

71
C’a-d., une période de temps immense.
72
Conze, Op.cit., p.104
73
S.M.Melamed : Spinoza et Bouddha – Des Visions de Dieu Mort.
74
T.W. Doane : Les Mythes de la Bible et leurs Parallèles dans d’autres
religions.
75
Ibid., pp.287-97. Celles-ci ont été reproduites dans le livre du Dr Ansari :
Islam et Christianisme dans le monde moderne, pp. 78-91.

86
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Yusuf Saleem Christi, pour apporter vingt-quatre ressemblances


frappantes :
A la fois, Jésus et Bouddha ont été conçus
miraculeusement ;

Les deux sont nés de façon merveilleuse ;

Les pères respectifs de Jésus et de Bouddha ont été


prévenus par des anges de la naissance de leurs fils ;

Les deux sont nés de mères vierges ;

Sur le jour de la naissance de Bouddha, un Brahman


avait prédit la grandeur de son avenir ; de même nous
lisons dans les doctrines que certains hommes sages
venant de l’Est ont rendu visite à Marie et lui ont prédit
l’avenir merveilleux de son fils. (Luc :- 2 :8-40) ;

Le Brahman est venu vers la mère de Bouddha à travers


les airs. Simon est venu par l’esprit dans le temple ;

Les deux progressaient constamment en savoir et en


renommée ;

Avant de devenir Bouddha, Siddharta a observé un jeûne


de 49 jours. Avant de devenir le Christ, Jésus a jeûné
pendant 40 jours ;

87
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bouddha a été tenté par Satan (Mara), Jésus l’a été


aussi.

Mara a dit à Bouddha : si tu crois en moi, je changerai


l’Himalaya en or. Bouddha a répondu : Celui qui a vu
la douleur, comment peut-il s’incliner devant la
convoitise ? En entendant cela, le mal disparut. Jésus,
aussi, a été tenté par la région sauvage et il est arrivé la
même chose avec lui :

Après avoir surmonté la tentation, Siddharta a reçu


‘l’illumination’ pour devenir Bouddha. De la même
façon, Jésus est devenu le Christ.

Après l’illumination, Bouddha a fait de nombreux


miracles. Jésus, aussi, a fait de nombreux miracles après
être devenu le Christ ;

Le Bouddha s’est transfiguré et son corps brillait comme


une étoile ;

Bouddha a envoyé 12 disciples pour transmettre le


message à toutes les classes de l’humanité. Jésus avait
aussi 12 disciples ;

Bouddha était connu comme étant un physicien


incomparable (guérissant l’aveugle, le malade, le
lépreux, etc., par un simple toucher). Jésus était, dans le
même sens, un grand physicien ;

88
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bouddha a lavé un moine malade avec ses propres


mains. Jésus, aussi, a lavé les pieds de ses disciples ;

Bouddha a transformé un voleur, nommé Angolimara.


Jésus a, lui aussi, transformé un voleur sur la croix.

Bouddha a transformé une prostituée, nommée Abapali


et a mangé avec elle. Jésus a transformé une prostituée
qui oignait ses pieds ;

Bouddha et Jésus ont été accusés par leurs ennemis


d’être des hypocrites – ‘vivant dans l’abondance’ ;

Les deux ont ordonné à leurs disciples de se procurer un


trésor que ni la teigne ni la rouille ne corrompent, que
ni les voleurs puissent traverser pour le voler ;

Les deux ont enseigné en paraboles et leurs paraboles


sont très similaires si ce n’est, dans certains cas,
identiques. Par exemple, l’Evangile attribué à Jésus, a
emprunté à Bouddha les paraboles du fils prodige et du
semeur ;

Les deux ont désapprouvé une religion cérémoniale ;

Les deux ont fait des entrées triomphales dans leur ville
natale ;

Et les deux ont conseillé à leurs disciples de ne pas


frapper en retour.

89
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Hormis ces influences du Bouddhisme sur les croyances du


Christianisme, le Bouddhisme laisse une empreinte indélébile
dans les institutions et les rituels de la religion chrétienne. Jamais
dans la vie de Jésus, ni dans les évangiles, il n’y a eu de
fondements pour une institution chrétienne du monachisme.
D’où est-elle venue ? Il y a de nombreuses autorités qui
soutiennent le point de vue selon lequel le monachisme dans le
Christianisme est, presque entièrement, dérivé du Bouddhisme.
H.C. Lea, par exemple, remarque : Dans cela (le monachisme),
comme dans d’autres formes d’ascétisme, nous pouvons voir le
Bouddhisme comme étant le modèle d’après lequel l’Eglise a
façonné ses institutions.76 Lea met aussi l’accent sur les influences
du Bouddhisme dans la légende de la vie du Christ.77 Ensuite, il
va, en outre, montrer l’origine bouddhiste de nombreux rituels
chrétiens :
Beaucoup de célébrations du christianisme latin
sembleraient explicables par dérivation du Bouddhisme,
tel que le monachisme, la tonsure, l’usage de chapelets,
la confession, la pénitence et l’absolution, le signe de
croix, le culte de reliques, et les miracles façonnés par
les reliques, l’achat du salut par des dons à l’Eglise, les
pèlerinages vers des endroits sacrés, etc. Même le
nimbus, qui dans l’art sacré entoure la tête des
personnages saints, se trouve dans les sculptures des
sommets bouddhistes, dans le Saint Graal, ou la Coupe

76
H.C. Lea : Histoire du Célibat Sacerdotal, p.71
77
Ibid., p.16

90
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Sainte du Dernier Souper, qui était l’objet de la quête de


toute une vie par le chevalier chrétien, est comme la
Patra ou le plat mendiant de Bouddha, qui était le sujet
de nombreuses légendes curieuses. Il n’est pas
surprenant que quand le bon jésuite missionnaire du
seizième siècle a trouvé parmi les païens de l’Asie
beaucoup de choses qui leur étaient déjà familières chez
eux, ils ne pouvaient pas savoir si c’était les vestiges du
catholicisme préexistant, ou si Satan, à condamner
irrévocablement les âmes des hommes, avait parodié et
travesti les mystères et cérémonies sacrés ; et les avait
introduits dans ces régions lointaines. Nous pouvons
donc, peut-être, attribuer aux croyances bouddhistes, au
moins une portion de l’influence qui a mené l’Eglise
dans les extravagances de l’ascétisme.78
Un missionnaire chrétien a, en fait, laissé, pour nous, ses
impressions vis-à-vis de la manière perplexe par laquelle il a
trouvé cette détention d’une tradition commune de culte :
La croix ….. la mitre et la dalmatique, la chape, que
les Grands Lamas portent lors de leurs déplacements, ou
quand ils effectuent certaines cérémonies hors du
temple : le service avec double chœurs, la psalmodie, les
exorcismes ; l’encensoir, suspendus par cinq enseignes,
que vous pouvez ouvrir ou fermer autant que vous le
désirez ; les bénédictions données par les Lamas en
étendant la main droite sur les têtes des fidèles ; le
chapelet, le célibat ecclésiastique, le retrait spirituel, le

78
Ibid., p. 17

91
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

culte des saints, les jeûnes, les processions, les litanies,


les eaux saintes, tous sont des analogies entre les
bouddhistes et nous-mêmes. »79

Nous avons fourni juste un échantillon d’une partie de la


preuve qui peut être présentée dans un travail de recherche propre
pour démontrer le caractère plausible de l’affirmation selon
laquelle Bouddha a exercé une profonde influence sur le
Christianisme. Les deux étant des religieux missionnaires en
concurrence pour les âmes des hommes, cela semble constituer
une très grande gêne pour le Christianisme. D’un autre côté, cela
peut, peut-être, aider à expliquer le confort avec lequel un nombre
significatif de bouddhistes dans le sud de l’Asie et l’extrême de
l’Est entrent dans le christianisme en quête d’une mobilité
ascendante. Peut-être qu’ils se sentent aussi chez eux dans le
Christianisme !
֍֍֍

79
E.R. Hu : Voyages. Noté par H.G. Wells dans Les grandes lignes de
l’histoire du monde, p.399

92
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 9

LE BOUDDHISME ET LA RENCONTRE
AVEC LES RELIGIONS DU MONDE

L’Hindouisme
Nous avons noté que le Bouddhisme survient comme une
révolte contre l’Hindouisme. Bouddha a proclamé que les Vedas
étaient inutiles. Il a frappé d’un coup fort contre le monopole
religieux du Brahman, du système de castes, en ouvrant les portes
du salut au plus bas. Il a contrebalancé les caractéristiques sur-
métaphysiques et sur-ritualistes de l’Hindouisme en faisant du
Bouddhisme un système purement éthique, et en remplaçant les
rituels et les sacrifices par une lutte pour la transformation morale
de la personnalité.
Cependant, l’Hindouisme, en retour, a remporté des
victoires sur la nouvelle religion rebelle en la poussant à adopter
les théories hindoues du karma, de la transmigration des âmes,
ahimsa (non-violence), etc. En fait, l’influence hindoue sur le
Bouddhisme a été si puissante que certains écrivains considèrent

93
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

le Bouddhisme comme étant virtuellement une sous-école de


l’Hindouisme.80
Dans sa rencontre avec l’Hindouisme, le Bouddhisme a
perdu et gagné. Elle a perdu sur deux terrains. Premièrement,
l’Hindouisme a réussi en donnant au Bouddhisme une coloration
fortement hindoue. Deuxièmement, l’Hindouisme a réussi,
finalement, en évinçant le Bouddhisme de l’Inde. Certains
orientalistes et écrivains hindous accusent l’Islam de persécuter
les bouddhistes et de contribuer à leur expulsion de l’Inde. Rien
ne pourrait être plus loin de la vérité car, à l’époque où l’Islam est
devenu le pouvoir dominant en Inde, l’expulsion du Bouddhisme
avait déjà eu lieu.81 En effet, ce n’est pas l’Islam mais
l’Hindouisme réapparaissant, militant et intolérant qui a commis
ce crime. H.G. Wells fait référence à cet évènement de la manière
suivante :
Pendant un certain temps, le Bouddhisme a prospéré
en Inde. Mais, le Brahminisme, avec ses nombreux dieux
et sa variété sans fin de cultes, a toujours prospéré de
son côté, et l’organisation des Brahministes est devenue
plus puissante, jusqu’à ce que plus tard ils soient
capables de retourner à ce culte qui nie les castes et
l’évincent totalement de l’Inde…il y avait des
persécutions et des réactions, mais au onzième siècle,

80
Dr F.R. Ansari : Quelle Religion ?, p.9
81
L’Islam est devenue dominante en Inde à peu près 1000 ans après J.C. Le
courant a changé contre le Bouddhisme en Inde au 7 ème siècle. Cf. Christmas
Humphreys : Op.cit. p.57

94
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

excepté pour Orissa, les enseignements bouddhistes


étaient éteints en Inde.82
Un autre historien célèbre, Arnold Toynbee, ne mentionne
pas du tout l’Islam quand il dit : Le Bouddhisme a été expulsé de
l’Inde par une partie bouddhique hindoue.83 C’est ainsi que le
Bouddhisme a perdu contre l’Hindouisme.
Les musulmans vivants maintenant en Inde font face
à une menace similaire des militants hindouistes. Notre
opinion est que la civilisation occidentale moderne
dominante d’aujourd’hui se détruira elle-même.
Toutefois, l’histoire ni finira pas, avant que la
civilisation musulmane ne soit forcée de répondre, et
avec succès, à l’oppression juive et hindoue.
La rencontre du Bouddhisme avec l’Hindouisme témoigne
d’un succès significatif pour le Bouddhisme. Dans l’influence
mutuelle de l’Hindouisme et du Bouddhisme, l’Hindouisme s’est
amélioré tandis que le Bouddhisme a été altéré. Humphreys, par
exemple, a dit cela :
Les formes populaires du Bouddhisme, comme le
mélange les religions indiennes basées sur les Vedas et
les Upanisads comme elles sont appelées, ont été
approuvées par la philosophie morale bouddhiste, alors
que le bouddhisme avait été, avec beaucoup de respect,

82
Wells, Op.cit., p.409
83
A. Toynbee : Une Approche Historienne de la Religion, p.90

95
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

altéré par sa tolérance indolente envers les formes


d’Hindouisme.84
Le Bouddhisme a accepté tous ses convertis de
l'Hindouisme sans que l'Hindouisme puisse les récupérer. Quand
l’Hindouisme a réussi en évinçant le Bouddhisme de l’Inde, ce
n’était pas la voie virile, c’a-d., sur le front de bataille des idées,
mais au travers de persécutions. Cela constitue, aussi, une victoire
pour le Bouddhisme, car cela implique que si les bouddhistes
peuvent regagner un ancrage en Inde, leurs missionnaires sont
certains d’avoir un succès significatif.

Le Christianisme
Dans le chapitre précédent, nous avons tenté de montrer la
grande influence que le Bouddhisme a exercée sur le
Christianisme. Dans la rencontre de ces deux religions mondiales,
le Bouddhisme a été, sans aucun doute, le vainqueur par
l’ampleur qu’il a pris. En effet, quand le pieu bouddhiste
Mahayana va dans un pays catholique, il ne risque pas d’avoir le
mal du pays.
Il y a une preuve minime qui montre que le Christianisme
a exercé une influence similaire sur les croyances bouddhistes, et,
jusqu’à l’émergence de l’euro-chrétienté essentiellement impie,
cette faible preuve est le fait que les missionnaires chrétiens ont
réussi dans les pays bouddhistes. Le Christianisme avait une
opportunité en or pour une épreuve de force avec le Bouddhisme

84
Humphreys, Op.cit. p.58

96
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

quand l’impérialisme occidental s’est enfoncé lui-même dans les


terres orientales. Les bouddhistes n’ont pas offert de résistance
sérieuse à cette épreuve, et les bouddhistes ont, en effet, été
convertis au Christianisme. Cependant, le Christianisme n’a pas
gagné sur un pays bouddhiste, et les conversions bouddhistes au
Christianisme ont été largement motivées par des considérations
de mobilité ascendante. En fait, il subsistera toujours la tâche la
plus difficile de l’innocent missionnaire chrétien pour vendre le
christianisme au monde bouddhiste. Ce serait comme ‘vendre du
charbon à Newcastle’ !85

L’Islam
Il y a un tout petit souvenir, laissé dans le monde
aujourd’hui, d’une rencontre historique qui a eu lieu entre l’Islam
et le Bouddhisme. Les lecteurs musulmans et bouddhistes
bénéficieront d’une tentative pour retourner dans l’histoire,
pendant un moment, et examiner cette rencontre qui a donné lieu
à une victoire éclatante de l’Islam.
Premièrement, l’Islam a influencé la doctrine bouddhiste
sans s’incorporer, à son tour, la moindre parcelle de Bouddhisme.
Je fais référence, ici, au concept bouddhiste d’Adi-Buddha :
Autour de 800 après J.C., selon le Dr Conze, une
doctrine a été soumise dans divers endroits et sous
diverses formes, lesquelles tentaient d’obtenir les cinq

85
Les conversions bouddhistes au Christianisme à Singapour et en Malaisie
etc., ne semble pas représenter le triomphe d’un système de croyances sur un
autre.

97
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Tathagatas comme des émanations du Bouddha,


original, premier ou primitif, qui est, de temps en temps,
appelé le Adi Buddha et qui est le principe de l’éternel
vivant, de l’univers tout entier.86
Ce concept d’Adi-Buddha, qui constitue le premier et la
seule tendance monothéiste dans le Bouddhisme, a émergé dans
le nord-ouest de l’Inde dans le sillage de la rencontre de l’Islam
et du Bouddhisme.87
Deuxièmement, l’Islam a réussi, là où aucune autre religion
n’a réussi, en gagnant dans son sillon des millions de bouddhistes
en Asie centrale, au sud-ouest et au sud-est de l’Asie et en chine.
Dans certains cas, une nation entière de bouddhistes a été gagnée
par l’Islam.
Maintenant, c’est un fait remarquable ! Les trois grandes
religions missionnaires du monde sont l’Islam, le Christianisme
et le Bouddhisme. Le Christianisme et le Bouddhisme ont précédé
l’Islam, respectivement, de cinq cent et de mille ans. Par
conséquent, ils ont eu un bon départ en la matière. Ils ont puisé
leurs convertis de religions et de cultes secondaires et tribaux,
certains d’eux ont maintenant disparu. L’Islam, d’un autre côté, a
puisé trois quarts de ses convertis des régions sous l’influence des
grandes religions du monde, et cela incluait le prosélytisme, le
Christianisme et le Bouddhisme.88

86
Conze, Op.cit. p.190
87
Ibid., p.43
88
Vide : Masdoosi, A. : Les Religions vivantes du Monde, p.105

98
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Une autre chose remarquable est que l’Islam est la seule


religion sémite, laquelle a été capable d’avoir un succès sans
mesure dans sa confrontation avec les anciennes religions de
l’Est, c’a-d., l’Hindouisme, le Confucianisme, le Taoïsme et le
Shintoïsme. En fait, la seule autre religion qui a réussi, en la
matière, était le Bouddhisme ; mais, ensuite, le Bouddhisme, en
retour, n’a eu aucun succès contre les fois sémites.89
Il est vraiment remarquable de voir que depuis que le
Prophète Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬a prêché l’Islam il y a mille
quatre cent ans, à ce jour, aucune religion dans le monde,
missionnaire ou non, religion mondiale, religion nationale,
religion tribale, n’a réussi à amener les musulmans vers son
sillage. Nous parlons là de ‘vraie conversion’, pas de ‘conversion
étrillée’. Nous n’apportons aucun crédit aux missions chrétiennes
dans les parties les plus pauvres de l’Indonésie, qui se vante
d’avoir attiré des convertis grâce à des cartes pour la nourriture
ou par des années de lavage de cerveaux dans des institutions
éducatives. Ni la Russie, la Chine ou l’Inde ne peuvent jubiler par
rapport aux musulmans qui ont été victimes de la force brutale et
du barbarisme, ou à cause de leurs sources d’inspiration
religieuse.
Dans sa confrontation avec l’Islam, le Bouddhisme a été
perdant. Pour prouver notre point de vue, nous retracerons un des
évènements significatif de l’Histoire et, en faisant cela, nous

89
Ibid., p.105

99
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

espérons taire les critiques qui persistent dans leur accusation


selon laquelle l’Islam a été diffusé par la force, ou par des causes
historiques naturelles (Toynbee), et non par la vérité inhérente, la
supériorité et le dynamisme de la foi, et l’impact de la
personnalité de son fondateur, le Prophète Muhammad ( ‫صلى ﷲ‬
‫)عليه وسلم‬.
Dans le début du treizième siècle, les centres de
civilisations, chrétienne, bouddhiste et musulmane, à l’est de
l’Egypte, ont été victimes de la destruction la plus surprenante et
la plus déchirante de l’histoire. Les mongols, qui avaient été
programmés en machines de guerre par Jenghez Khan, ont été
emportés de l’obscurité à la conquête de la Chine à l’Est, et
ensuite, en 1218, sont allés en direction de l’Ouest, pour piller,
détruire, et mener les villes de l’empire musulman Khwarizmien.
Kashgar et Khokand ont été rasées et leurs habitants sont passés
sous la lame de l’épée. Bokhara a été réduite en cendres.
Finalement, Samarkand elle-même, la capitale, a été détruite, et
de ses millions d’habitants, ne sont restés que 50 000, demeurés
là pour raconter le sort de cette ville en ruines.
Peu après, rien ne pouvait arrêter les mongols, leurs armées
ont dévasté les centres de civilisation. Un à un, Balkh, Urganj,
Nessa, Nishapur, Herat, Rai, Dinwar et Hamadan sont passés sous
la lame de l’impitoyable épée de Jenghez Khan. Des millions ont
été abattus avec une barbarie trop déchirante pour pouvoir la
raconter. Mais, en 1221 après J.C., après que les mongols aient
détruit la moitié du monde musulman, ils ont été maîtrisés par les

100
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

troupes iraquiennes du calife Mustansir. Ils sont, ensuite, allés


dans une autre direction et, vers 1241 après J.C., ils ont traversé
de l’Asie à la Russie, ravageant la Pologne et la Hongrie.
Cependant, la destruction de l’Islam n’était pas complète.
Il restait à Halaku Khan de reprendre en 1258 après J.C., là où
Jenghez Khan s’était arrêté en 1221 après J.C. Halaku a envahi la
capitale de l’Empire Musulman Abbaside, Baghdad, et en six
semaines de viols, de massacres, de feux et d’horreurs
inimaginables, ont réduit Baghdad en ruines. Selon Ibn Khaldun,
une population de près de deux millions a été réduite en six
semaines à moins de 400 000.90
De cette vague de destruction mongole, ce sont les
musulmans qui ont le plus souffert. Thomas Arnold fait une
description vivante de la situation désespérée des musulmans. Il
dit :
Il n’y a pas d’évènement dans l’histoire de l’Islam,
par rapport à la terreur ou la désolation, qui ne soit
comparable à la conquête mongole.
Quand l’armée mongole a marché vers Herat, un
misérable vestige de quarante personnes ont glissé de
leur cachette et avec regardé avec horreur les ruines de
leur belle ville, - Tout ce qui restait d'une population de
plus de 100 000 habitants. A Bokhara, si renommée pour
ses hommes pieux et érudits, les mongoles ont logé leurs

90
Un récit détaillé de cette histoire épouvantable se trouve dans Ameer Ali :
La Courte Histoire des Sarrasins, pp.391-401

101
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

chevaux dans l’enceinte sacrée des mosquées et ont


déchiré le Qur’an pour l’utiliser comme litière ; ceux
des habitants qui n’étaient pas massacrés, étaient
gardés captifs et leur ville réduite en cendres. Ainsi a été
aussi le sort de Samarkand, Balkh et beaucoup d’autres
villes de la civilisation musulmane et avec elle, les
habitations d’hommes saints et leurs fauteuils sur
lesquels ils se tenaient pour apprendre, - ainsi a aussi
été le sort de Baghdâd, qui avait été pendant des siècles
la capitale de la dynastie Abbaside.91
Ibn al-Athir, le célèbre historien arabe, a aussi écrit sur ce
sujet. Son introduction au sujet suffirait à donner au lecteur une
idée de la destruction forgée par les mongols. Voilà les
commentaires de son introduction :
Je décrirai des évènements si terribles, et des
calamités si incroyables, qu’aucun jour ni aucune nuit
n’a connu de pareil ; ils tombèrent sur toutes les nations,
mais sur les musulmans plus que tout ; et on peut dire
que depuis que Dieu a créé Adam, le monde n’en a
jamais vu de pareil, il n’est à dire que la vérité car
l’histoire ne peut raconter que tout ce qui la concerne.92
J’ai soumis le procédé historique à l’attention du lecteur car
il est important pour la compréhension et l’appréciation de la
signification de ce qui suit.

91
Sir Thomas Arnold : Le Prêche de l’Islam, p.218
92
Ibn al-Athir, Vol.xii, pp.233-4. Cité par Arnold, Ibid, p.219

102
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Les mongols étaient dépourvus d’une religion stable qui


aurait pu se tenir contre les grandes religions du monde et
conférer à leurs conquêtes une relation intime. La religion
primitive des mongols était le shamanisme. Les races civilisées
avec lesquelles les mongols ont été amenés à être en contact à la
suite de leurs conquêtes, étaient composées d’un grand nombre
de bouddhistes, chrétiens et musulmans, et les partisans de ces
trois grandes fois missionnaires sont entrés en concurrence les
uns avec les autres pour la conversion de leurs conquérants.93
Nous passons à Thomas Arnold pour une description initiale de
cette rencontre :
Les prêtres bouddhistes ont soulevé des controverses
avec les Shamans en présence de Jenghez Khan, et aux
tribunaux de Mangu Khan et Qubily, les prêtres
bouddhistes et chrétiens et les Imams musulmans ont
tous apprécié le patronage du prince mongol.94Le
spectacle, dit Arnold, du Bouddhisme, du Christianisme
et de l’Islam s’efforçant de gagner l'allégeance des
conquérants féroces qui avaient posé leurs pieds sur le
cou des adhérents de ces grandes religions
missionnaires n’a pas son pareil dans l'histoire du
monde.95
Maintenant, faisons le point sur la situation. La civilisation
musulmane avait été détruite. Les musulmans avaient été conquis,

93
Ibid., p.220
94
Arnold, Op.cit. p.200. Arnold cite d’après William de Rubrouck.
95
Ibid. p. 200

103
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

leurs centres d’apprentissage réduits en cendres, leurs ulama


(ceux qui détiennent la connaissance dans les disciplines
religieuses) presque anéantis. Dans de telles conditions, une
tentative missionnaire musulmane a été lancée pour convertir les
mongols. Il ne pouvait sûrement pas, ici, y avoir de place pour la
force ! Pour rendre les problèmes plus difficiles pour l’Islam, il y
avait deux compétiteurs puissants en la matière. La tâche semblait
presque impossible. Arnold s’accorde à dire :
Le fait que l’Islam rentre en compétition avec des
rivaux si puissants, comme le Bouddhisme et le
Christianisme l’étaient au début de l’époque du régime
mongol, aurait dû être une initiative sans espoir. Car
les musulmans ont plus souffert de la tempête mongole
que les autres. Ces villes qui ont été, jusqu’à présent, les
points de ralliement d’organisations spirituelles et
d’apprentissage de l’Islam en Asie, ont été, pour la plus
grande partie, réduites en cendres : les théologiens et
pieux docteurs de la foi n’ont été ni tués ni gardés en
captivité. Parmi les dirigeants mongols, - généralement
assez tolérants envers toutes les religions, - il y en avait
certains qui exposaient différents degrés de haine envers
la foi musulmane. Chingiz Khan a ordonné à ceux qui
tuaient des animaux dans les Muhammadan (c’a-d., les
musulmans) d’être amenés pour être mis à mort, et cet
ordre a été rétabli par Qubilay qui, en offrant des
récompenses aux informateurs, a mis en place une
persécution aiguë qui a duré sept ans.96

96
Ibid., p.225

104
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Les conditions étaient telles que la confrontation la plus


cruciale et historique entre le Bouddhisme, le Christianisme et
l’Islam a eu lieu. L’Islam a remporté une victoire décisive. Les
mongols se sont convertis à l’Islam. Arnold le décrit de la façon
suivante :
Malgré les difficultés, dit Arnold, les mongols et les tribus
sauvages qui ont suivis dans leur tempête ont été longuement
amenés à se soumettre à la foi de ces musulmans qu’ils avaient
écrasés sous leurs pieds.97 De la même manière, il commente :
Mais l’Islam devait encore se relever des cendres de sa grandeur
passée et, à travers ses prêcheurs, amener ces conquérants
sauvages à accepter la foi.98
Le Christianisme, qui avait fondé de grands espoirs sur une
victoire dans cette grande bataille missionnaire, a complètement
échoué. Pour un récit de cet échec, je renvoie le lecteur au chapitre
32, section 5 du livre de H.G. Wells Les Grandes Lignes de
l’Histoire, dans lequel il traite le sujet : Pourquoi les mongols ne
se sont pas christianisés. Pour un récit détaillé du succès de
l’Islam dans la conversion des mongols, le lecteur peut lire Le
Prêche de l’Islam d’Arnold (chapitre 8) dans lequel il traite de :
La Propagation de l’Islam parmi les mongols et les tartares.
Cette défaite du Bouddhisme et de Christianisme était
particulièrement ignominieuse. C’était la plus grande et la plus

97
Arnold, Op.cit., p.226-7
98
Ibid., p.219

105
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

historique des batailles missionnaires de l’histoire impliquant,


comme cela s’est fait, les trois grandes religions missionnaires du
monde. L’Islam a gagné la bataille de la manière la plus
convaincante possible. Parmi les rois mongols et les princes
dirigeants, beaucoup avaient été convertis ou mentionnés en tant
que chrétiens ou bouddhistes. Même ceux qui ont été convertis à
l’Islam ! Arnold raconte ce qui suit :
Dans la région d’Ogotay (1229-1241), nous lisons
qu’un certain gouverneur bouddhiste de Perse, nommé
Kurguz, a abjuré le bouddhisme, dans les dernières
années de sa vie, et est devenu musulman.99

Sous le règne de Timur Khan (1323-1328), Ananda,


un petit-fils de Qubilay et vice-roi de Kan-Su, était un
fervent musulman et avait converti un grand nombre de
personnes à Tangut et attiré une grande partie des
troupes sous son commandement à la même foi. Il a été
convoqué à la cour et des efforts ont été faits pour
l'inciter à se conformer au bouddhisme, et sur son refus
d’abandonner sa foi, il a été jeté en prison. Cependant,
il a été rapidement libéré par peur d’une insurrection de
la part des habitants de Tangut, lesquels étaient très
attachés à lui.100

Takudar (le fils de Halaku Khan) … était le premier


des Ilkhans (la dynastie fondée par Halaku) à embrasser
l’Islam. Il avait été élevé comme un chrétien, car il était
99
Arnold, Op.cit. p.227. Arnold cite d’après C .D. Ohsson, Vol.ii, p.121
100
Ibid., p.227. Arnold cite d’après Rashid al-Din, pp. 600-2

106
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

baptisé étant jeune et appelé par le nom de Nicholus »101


(la femme préférée d’Halaku Khan était une chrétienne
et elle avait placé l’avis de son mari favorablement face
à ses coreligionnaires. Son fils, Abaqa Khan, ne s’est
pas considéré en tant que chrétien, et s’est marié à la
fille de l’Empereur de Constantinople. Takudar a
succédé à Abaqa en tant que prince dirigeant).

Les successeurs de Takudar étaient tous des païens


jusqu’à ce qu’en 1295, Ghazan, le septième et le plus
important des Ilkhans, devienne musulman et fasse de
l’Islam la religion dirigeante de Perse…

Ghazan lui-même, avant sa conversion, avait été


élevé en tant que bouddhiste et avait érigé plusieurs
temples bouddhistes à Khurasan, et pris grand plaisir à
être en compagnie des prêtres de cette foi . . .

Ce changement religieux semble s’être fait


naturellement, car il a étudié les croyances des
différentes religions de son époque, et a eu des
discussions avec les érudits de chaque foi.102

Son frère (c’a-d., le frère de Ghazan), Uljaytu ; qui


lui a succédé en 1304, sous le nom de Muhammad
Khudabandah, avait été élevé en tant que chrétien dans
la foi de sa mère et avait été baptisé sous le nom de
Nicholas, mais après la mort de sa mère, alors qu’il était

101
Ibid.,p.229
102
Ibid. pp.232-3

107
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

encore un jeune homme, il est devenu un converti à


l’Islam au travers des croyances de sa femme (qui était
une musulmane). A partir de là, l’Islam est devenu la foi
majeure dans le royaume des Ilkhans.103
Nous espérons que la recherche de Thomas Arnold, que
nous avons abondamment citée, a donné satisfaction au lecteur,
sur le fait de la rencontre entre le Bouddhisme et l’Islam ait
conduit à une victoire franche de l’Islam. Il n’est pas possible, ni
nécessaire, de discuter de toute l’étendue de cette rencontre. Nous
limitons notre discussion à cette confrontation singulière, - la lutte
remportée sur les mongols, et nous avons montré que c’est l’Islam
qui a gagné la plus grande de toutes les batailles missionnaires.
D’après nous, la seule chose qui empêche l’Islam d’avoir
un impact plus positif sur le monde bouddhiste est les musulmans
eux-mêmes. Ils ont perdu leur esprit prosélytique et leur soif
d’acquisition du savoir. L’esprit de l’Islam, semble-t-il, a fui et
tout ce qui subsiste de l’Islam dans le monde est une simple
coquille formaliste et ritualiste. Quand nos lecteurs font face à des
gouvernements désignés par des institutions musulmanes, ‘des
groupes de réflexion’ etc., dirigés par des savants bien habillés en
chemise blanche, veste et cravate, ils feraient bien de se rappeler
cette prophétie inquiétante du Prophète (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬qui a
maintenant été accomplie. Ali a dit que le Prophète ( ‫صلى ﷲ عليه‬
‫ )وسلم‬a dit :

103
Ibid., p.234

108
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Viendra bientôt un temps dans lequel rien ne restera


de l’Islam à part le nom, et rien de restera du Qur’an à
part des mots : les mosquées seront de grandes
structures mais seront dépourvue de la vraie guidance,
et les savants religieux de l’Islam seront les pires
personnes sous le ciel ; d’eux viendra ce qui trompe et
ce qui corrompt, et ils seront au centre de cette
tromperie et de cette corruption.

(Sunan de Baihaqi)

C’est notre souhait le plus cher que ce livre puisse


contribuer à raviver la flamme de l’esprit missionnaire et de
l’amour du savoir dans le cœur de nos lecteurs musulmans.
Avant de finir ce chapitre, il y a un point très important
que nous voudrions que les lecteurs notent. Cette bataille des
géants, les trois religions missionnaires du monde, a été gagnée
pour l’Islam par les Sufis. L’influence du ‘pir’ et ses disciplines
spirituelles était d’une importance spéciale, a dit Arnold, parmi
les organisations de prosélytisme au travail . . . . . le ‘pir’, ou
guide spirituel, et ordres religieux, - tel que Naqshbandi, qui au
quatorzième siècle est entré dans une nouvelle phase de
développement, - a aspiré à une nouvelle vie au sein de la
communauté musulmane et l’a motivé avec une ferveur
rafraichissante.104

104
Arnold, Op.cit. p.239

109
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Nous vivons aujourd’hui dans une époque étrange, dans


laquelle le cœur spirituel du mode de vie religieux est sujet à des
attaques massives de forces religieuses modernisées et laïcisées.
Le mouvement protestant dans l’Euro-chrétienté, qui a attaqué le
cœur spirituel de cette religion, a sa contrepartie dans toute autre
religion du monde aujourd’hui. L’Islam n’est pas une exception.
Les Wahhabites, c’a-d., les protestants musulmans, ont été les
premiers à mener leur attaque vénéneuse sur les Sufis de l’Islam.
Il est maintenant devenu à la mode pour beaucoup d’autres de se
joindre à cette attaque sur les Sufis. Pendant que nous nous hâtons
d’admettre que le Soufisme, comme toute autre chose dans cette
époque si étrange, est en train d’être corrompu, cela n’invalide
pas l’authenticité du Sufisme. En effet, c’est le Soufisme qui, à
travers les âges, a gardé le cœur spirituel de l’Islam. N’attaquons-
nous pas, maintenant, l’Islam lui-même à cause des nombreuses
versions erronées de l’Islam qui paradent dans le monde
(particulièrement à Chicago) ? Un des plus grands érudits de
l’Islam de cette époque, Dr. Muhammad Iqbal, a été
profondément influencé par le maître Sufi, Maulana Jalaluddeen
Rumi. Maulana Dr. Ansari, à qui ce livre est dédicacé, était un
Shaikh Sufi. Et cet écrivain lui-même appartient à l’ordre spirituel
Qaderiyyah, du Soufisme.
La tableeghi jamaat est l’exemple majeur de mouvement
musulman qui a abandonné la lutte révolutionnaire défiant les
forces du mensonge (batil) et du mal (munkar) dans le monde
d’aujourd’hui, et le combat pour la réémergence de l’Islam en tant
que force dominante dans le monde. L’authentique Soufisme ne

110
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

l’a donc pas fait. Cet écrivain ne l’a donc pas fait. Et, pourtant,
l’érudition islamique insensée, ignorante et malavisée, dans cette
étrange époque, fait profession d’attaquer même l’authentique
Soufisme.
֍֍֍

111
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Chapitre 10

LA COMPARAISON ENTRE L’ISLAM ET


LE BOUDDHISME

Dans toute confrontation future entre l’Islam et le


Bouddhisme, l’Islam est tenu d’être victorieux. Cela doit être
ainsi à cause de la nette supériorité de l’Islam sur le Bouddhisme
en tant que religion capable de répondre aux incroyables défis de
l’époque moderne, - politique, économique, moral, spirituel, etc.
Nous proposons, dans ce chapitre, d’entreprendre une
évaluation comparative de l’Islam et du Bouddhisme avec une
vision pour présenter les faits à partir desquels le lecteur pourra
être capable d’entreprendre une évaluation critique.

Une Comparaison scripturale


Dans le chapitre un, nous avons déjà discuté des écritures
bouddhistes. Nous résumons maintenant cette discussion dans le
but de faire une comparaison avec l’écriture de l’Islam. Nous
avons déjà vu que les premières écritures bouddhistes sont en Pali
et ont été écrites 400 ans après la mort de Bouddha. Elles ne

112
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

peuvent, donc, pas nous donner la moindre information fiable sur


la vie et les enseignements de Bouddha. Christmas Humphreys,
un bouddhiste converti qui dit de lui-même qu’il a étudié le
Bouddhisme pendant trente ans et que « du Bouddhisme dans le
monde d’aujourd’hui, j’en connais plus que quiconque », à ceci à
dire à propos des écritures bouddhistes :
Le Bouddha lui-même n’a rien écrit, et aucun de ses
enseignements n’a été écrit pendant au moins quatre
cent ans après sa mort. Par conséquent, nous ne savons
de ce que le Bouddha enseignait, pas plus que nous n’en
savons sur ce que Jésus enseignait ; et aujourd’hui, au
moins quatre écoles, avec des subdivisions dans chacune
d’elles, affirment que leur point de vue est celui du
Bouddhisme.105
Les écritures du Bouddhisme sont nombreuses et en conflit
les unes avec les autres. Le Bouddhisme a employé, en général,
deux langues pour enregistrer ses écritures. Ceux de la secte
Mahayana sont rapportés en langue Pali. Ces deux ensembles
d’écritures s’opposent l’un à l’autre. Cela rend la réconciliation
Hinayana-Mahayana impossible. Ces deux langues, Pali et
Sanskrit, sont maintenant virtuellement mortes, ou survivent en
tant que curiosités littéraires. Le Sanskrit malgré sa réémergence,
est encore, dans son nouvel usage, archaïque. Le bouddhiste
ordinaire ne peut, donc, pas aller directement vers ses écritures.
Comme le chrétien, dépend de traductions.

105
Humphreys, Op.cit., p.11

113
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’écriture de l’Islam est confiné dans un seul texte, le


Qur’an. Il a été enregistré pendant la vie de fondateur de la
communauté religieuse, Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬, le Prophète
d’Allah. Et il a survécu jusqu’à ce jour, sur une période de 1400
ans, dans sa forme initiale sans le rajout ou l’omission d’une seule
lettre. Un critique hostile comme Sir William Muir est forcé
d’admettre : A part le Qur’an, il n’y a aucun autre livre sous le
soleil qui, pendant les douze derniers siècles, soit resté avec un
texte si pur.106 L’écriture de l’Islam est dans une seule langue,
l’arabe, qui est aujourd’hui une langue vivante, parlée par des
milliers de millions de personnes, partout dans le monde. Ainsi,
le musulman ordinaire et même inculte a un accès direct à
l’écriture de l’Islam. Ce qui est plus stupéfiant est que même
après 1400 ans, l’arabe du Qur’an conserve toujours sa position
comme étant le meilleur arabe classique et un modèle dans le
domaine du travail littérature moderne dans cette langue.107 La
Bible, d’un autre côté, qui a été retranscrite en anglais à partir de
sa traduction grecque (il n’y a pas de Bible originelle) a dû être
continuellement révisée, en quête de précision. La langue est,
aussi, continuellement modernisée.
Deuxièmement, le monde musulman tout entier accepte le
Qur’an comme sa seule écriture. Les musulmans peuvent
appartenir à telle ou telle secte, mais ils croient tous en la même

106
Sir W. Munir : La Vie de Muhammad.
107
George Sale, le critique hostile à l’Islam, dit : Le Coran est universellement
écrit avec la plus grande élégance et pureté de langue. Il est la référence de la
langue arabe. ‘Le Coran : Le Discours Préliminaire’, p.47.

114
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

écriture. Leurs différences sont des différences d’interprétation de


certains versets du Qur’an. Néanmoins, la possibilité pour que
leurs différences soient, un jour, résolues, existe toujours. En
effet, le plus grand fossé sectaire de l’Islam, le fossé Sunni-Shia,
est sûr d’être surmonté avec l’avènement de l’Imam al-Mahdi.
Concernant la vie de Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬,
contrairement à Bouddha, il se démarque par une lumière
éblouissante dans l’histoire. Il est, en fait, le seul fondateur d’une
communauté religieuse dont la vie a pu passer les tests des
critiques historiques. Arnold Toynbee, un autre critique hostile à
l’Islam, a dit :108
Les sources pour l’étude de l’histoire musulmane,
depuis la vie de Muhammad, sont copieuses, et
beaucoup d’entre elles sont d’une grande utilité selon le
point de vue d’historiens. Le parcours de Muhammad,
contrairement à Jésus, peut être suivi point par point et,
dans certains de ces chapitres, presque jour par jour –
en pleine lumière de l’histoire.109
John Davenport déclare :
Il peut, clairement, être affirmé que de tous les
législateurs et conquérants connus, aucun n’a eu le récit
de sa vie écrit avec autant d’authenticité et de détails
approfondis que la vie de Muhammad.110

108
A. Toynbee : une Etude de l’Histoire, Vol. 12, p.463
109
Ibid.
110
John Davenport : Une Apologie de Muhammad et du Coran, p.1

115
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

De la plume d’un distingué pasteur chrétien est venue la


très significative déclaration :
Nous en connaissons moins sur Zoroastre et
Confucius que nous en connaissons sur Solon et
Socrate : moins sur Jésus et Bouddha que sur Ambroise
et Augustine. Nous connaissons en effet beaucoup de
fragments d’un fragment de la vie du Christ ; mais qui
peut soulever le voile des trente années qui ont préparé
la voie pour les trois . . . . Que savons-nous de sa mère,
de sa vie de famille, de ses jeunes amis et de sa relation
avec eux, de l’avènement progressif, ou, il est possible,
de la révélation soudaine de sa mission divine. Comment
de nombreuses questions à propos de lui surviennent en
chacun de nous qui restent toujours des questions ?
Or, dans le Mohammédisme toute chose est
différente : ici au lieu de l’ombre et du mystère, nous
avons l’histoire. Nous en connaissons plus sur
Muhammad que sur Luther et Milton. Le mythique, le
légendaire, le surnaturel sont presque manquants dans
les autorités arabes originales, ou en tout cas peuvent
être distingués de ce qui est historique. Personne ici
n'est dupe de lui-même ou d'autrui; il y a toute la lumière
du jour sur tout ce que la lumière peut atteindre. »111
La question doit être abordée : est-ce que la vie et les
enseignements du fondateur de l’Islam et du Bouddhisme sont de
toute importance pour les religions elles-mêmes, - aux
musulmans et aux bouddhistes ? Les deux religions demandent

111
Rev. Bosworth Smith : Mohammad et le Mohammédisme, pp.16-18

116
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

dans l’affirmative qu’elles soient d’une importance primordiale.


Mais l’esprit scientifique d’aujourd’hui insiste sur une analyse
sans faille de tous les documents historiques qui affirment être
des écritures religieuses. Le bûcher funéraire que la critique
moderne biblique a fait des écritures chrétiennes a amené de
nombreux chrétiens à abandonner la vraie vie chrétienne, vécue
avec foi, pour un attachement formel et social simple avec le
Christianisme. ‘Après tout, il semble toutefois que nous ne
puissions jamais connaître la vraie vie, ni les enseignements du
Christ !’
Maintenant, dans la confrontation scripturale entre le
Bouddhisme et l’Islam, c’est l’écriture islamique seule qui peut
satisfaire toutes les demandes de l’esprit scientifique moderne. En
fait, c’est la seule écriture religieuse dans le monde d’aujourd’hui
qui peut échapper au bûcher funéraire ! Il est, et il sera toujours,
possible pour nous d’avoir une certaine connaissance de l’Islam
et de Muhammad. Il est, et il sera toujours, impossible pour nous
d’être presque certain de ce qu’est le bouddhisme et de qui était
bouddha.

La Comparaison Dimensionnelle
Ce livre a dépeint les enseignements essentiels de Gautama
Bouddha comme étant exclusivement éthique en caractère. Le
Bouddhisme original était confiné à un système éthique. Mais
même en tant que système éthique, le Bouddhisme est
problématique, comme notre critique des déclarations

117
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

fondamentales du Bouddhisme, les théories du Karma, la


transmigration des âmes, le non-soi, etc., l’ont montré.
Le Bouddhisme a prêché une philosophie du détachement
du monde pour que l’état mental de quiétude contemplative
puisse être atteint. Le détachement du monde et le dépaysement
appartiennent à la philosophie de vie bouddhiste. Cependant, le
détachement, en tant qu’idéal moral, est dangereux. Toynbee a
formulé une conclusion morale effroyable :
…. En tant que résultat moral il est accablant : mais
il a un corollaire moral déconcertant ; car le
détachement parfait chasse la pitié, et, par conséquent,
l’amour aussi, comme il élimine toutes les mauvaises
passions.112
Encore, le code moral du Bouddhisme est ouvertement
hostile aux femmes. Bouddha n’était jamais fatigué de décrire les
défauts et les vices des femmes et d’avertir les moines de se
protéger contre elles.113 Les orthodoxes dénonçaient les relations
sexuelles comme étant des habitudes ‘bovines’ ou ‘bestiales’, et
ils cultivaient un certain mépris pour les femmes. Le moine était
averti d’être perpétuellement sur ses gardes, et un court dialogue
résume admirablement l’attitude des jeunes bouddhistes :
Ananda : Comment devons-nous nous comporter avec
les femmes ?

112
Toynbee, Op.cit. Vol.6, p.144
113
L’Encyclopédie des Religions et Ethiques : art : Ethiques et Moralité,
vol.5, p.453

118
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Lord : Ne pas les regarder !

Ananda : Et si nous devons les voir ?

Lord : Ne leur parlez pas !

Ananda : Et si nous devons leur parler ?

Lord : Contrôlez fermement vos pensées !114

Pendant plus de 1000 ans, les moines bouddhistes restaient


célibataires. Puis une partie des bouddhistes a levé l’interdiction
et permis le mariage. Cependant, la femme n’était toujours pas
dispensée de sa malédiction. Les femmes n’étaient pas des
individus libres. Il semble, d’après l’incident suivant, qu’elles
étaient considérées comme un bien mobilier par certaines des
hautes personnalités religieuses bouddhistes. Padma Sambhava,
le Lotus-né, a établi le Bouddhisme au Tibet 770 ans après J.C. Il
était considéré comme un second Bouddha. Il a accepté de la part
du roi tibétain une de ses cinq femmes comme cadeau.115
Apparemment, ‘le second Bouddha’ croyait en la femme en tant
que bien mobilier, qui pouvait être donnée en cadeau par un mari
à un autre homme ! Le cas de Marpa est similaire, le traducteur,
un des meilleurs professeurs du Tibet. Il s’est marié à 42 ans, et il

114
Conze, op.cit., p.58
115
Ibid., p.60

119
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

avait aussi huit autres femmes disciples, qui étaient ses


compagnes spirituelles.116
L’Islam a un système éthique très compréhensif. Il fait bien
plus que servir les besoins moraux de l'humanité. En fait, il fournit
la guidance pour tous les aspects de la vie humaine – qu’ils soient
individuels ou sociaux, spirituels ou banals, légaux, politiques, ou
économiques, etc. L’Islam seul, parmi tous les systèmes religieux
du monde, peut présenter un enseignement économique sur la
base de ses écritures, un enseignement fondamentalement
différent des philosophies économiques existantes dans le
monde,117 un enseignement qui indique être socialement
progressiste et politiquement démocratique, dans lequel le
laissez-faire et le socialisme arriveront à une synthèse joyeuse,
dans laquelle le capital sera contrôlé et les hommes seront
libres.118
De la même manière, l’Islam, au travers de son écriture, le
Qur’an, apporte une guidance significative en politique, en
législation, dans les différentes branches de la science comme la
physique, la chimie, la biologie, la géologie, l’astronomie,
l’astrophysique, etc. Le Qur’an exhorte à l’exploration de
l’espace et à la conquête des cieux. Dans le domaine de la
philosophie, le Qur’an ne donne pas seulement des éthiques mais
aussi, des métaphysiques (quelque chose dont le Bouddhisme

116
Ibid., p.60
117
Vide : Ahmad, Shaikh Mahmud : Economies de l’Islam.
118
Ibid., p.viii

120
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

manque malheureusement), une logique, l’esthétique,


l’épistémologie, la psychologie, etc. Le Qur’an a fait des
contributions réelles à la philosophie de la science, la philosophie
de l’histoire, la philosophie de la religion, la psychologie de
l’hygiène mentale et la formation du caractère et la philosophie
sociale.
Le Qur’an fournit une guidance détaillée selon la vie
sociale de l’homme. Par exemple, il traite en détails des
institutions du mariage et du divorce, de l’héritage, de la charité
volontaire et obligatoire. Il ne met pas seulement l’accent sur la
fraternité entre les hommes, mais prend aussi les mesures
nécessaires pour construire, à travers l’institution de la prière en
assemblée, la structure psychologique qui élève le sentiment
d’unité dans un groupe et qui croît jusqu’à (dans le Hajj, ou le
pèlerinage à la Mecque) ce qu’il englobe l’humanité dans son
ensemble.
Le Qur’an va également s’attribuer lui-même la tâche
d’éradiquer les maux sociaux et sa mise en pratique. L’écriture de
l’Islam est la seule écriture religieuse dans le monde qui établit
une structure systématique, effective et réalisable pour
l’éradication de cette dimension d’esclave dont est témoin
l’exploitation immorale des êtres humains et le déni injustifié de
liberté. Ce n’était pas la Bible mais le Parlement anglais qui a
aboli l’esclavage dans l’Empire anglais chrétien en 1833 – et cela
a été accompli face à l’opposition ecclésiastique. En fait, l’Eglise
Chrétienne a supporté la traite des esclaves à tel point, comme

121
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

nous informe le Dr Eric Williams, que les cloches des Eglises de


Bristol se sont détachées joyeusement à la nouvelle du rejet par
le Parlement du projet de loi de Willberforce en faveur de
l’abolition de la traite des esclaves.119
Jusqu’à ce jour, le Qur’an est la seule écriture, ou système
moral dans le monde (religieux et laïc), qui a intelligemment
appliqué lui-même la tâche d’éradication des maux liés à
l’immoralité sexuelle, et donné un code de moralité sexuelle qui
peut effectivement résoudre les problèmes de sexe, même de
l’époque moderne. Nous disons ‘intelligemment’ car l’Islam,
contrairement au Bouddhisme et au Christianisme, conçoit le
sexe comme étant naturel, normal, nécessaire, pur et même
sublime.
De plus, sur la question du sexe, le Qur’an est la seule
écriture religieuse qui ne fait pas de la femme seulement un
individu libre mais lui donne aussi le droit à sa propre propriété
et, plus encore, élève son statut à tel point que, sur l’autorité de
Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬lui –même : Le paradis se situe sous
les pieds de votre mère. Elle fait donc l’objet d’un grand respect
et de dévotion. Les écritures bouddhistes, comme la Bible, sont
pleines de commentaires négatifs concernant les femmes. La
femme hindoue, de même, devrait monter sur le bûcher de son

119
Dr Eric Williams ; Le Capitalisme et l’Esclavage, p.42. Ce livre contient un
récit vivant, précis et bien documenté sur la traite des esclaves, du 18ème et du
19ème siècle, anglaise chrétienne.

122
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

mari mort et lui prouver sa fidélité et son amour en se faisant


brûler vivante alors que lui, chanceux, est brûlé quand il est mort.
Quelques maux sociaux que le Qur’an éradique sont la
malédiction de l’alcool et du jeu, l’usage des narcotiques et autres
stimulants mortels ou nocifs, les folies de l’extravagance et le vice
de l’avarice. La main du voleur doit être coupée. La fainéant bon-
à-rien qui ne travaillera pas pour gagner son propre pain, mais
préfère vivre comme un parasite de la société, trouve qu’il n’y a
absolument pas de place pour une telle occupation.
La conclusion est que la dimension sage de l’Islam est de
loin plus compréhensive que le Bouddhisme, car pendant que le
Bouddhisme sert les besoins moraux de l’humanité, l’Islam
apporte une guidance dans toutes les sphères de la vie humaine.
Et même dans le domaine fermé des éthiques, l’éthique de
l’Islam, comme nous avons tenté de le montrer dans notre
discussion susmentionnée et dans les chapitres précédents, est
démonstrativement supérieure aux éthiques bouddhistes.120

La Comparaison archétypale
L’archétype du Bouddhisme, Gautama Bouddha, est
inférieur en fonction des richesses de sa vie, le succès de sa
mission et le statut de sa personnalité morale, à l’archétype de

120
Les lecteurs qui voudraient examiner le code éthique complet de l’Islam
peuvent voir le chef d’œuvre du Dr F.R .Ansari : Le Fondement Qur’anique de
la structure de la société musulmane. La Fédération Mondiale des Missions
Musulmanes. Karachi. 1973. Un très court travail sur le sujet est ‘Les Ethiques
Qur’aniques de B.A. Dar.

123
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

l’Islam, le saint Prophète Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬. Gautama


Bouddha, à l’époque où il a atteint l’illumination, à l’âge de
trente-cinq ans jusqu’à sa mort quarante-cinq ans plus tard, a voué
sa vie entière à une seule activité, à savoir, en servant les besoins
moraux de l’humanité. Dans ce contexte, il a voyagé très loin, de
ville en ville, couvrant des milliers de miles dans sa course
missionnaire.
Le saint Prophète Muhammad, à l’époque où il a déclaré sa
prophétie, à l’âge de quarante ans, jusqu’à ce qu’il meurt vingt-
trois ans plus tard,121a mené une vie d’une grande richesse, en
effet il a été chef de l’Etat, commandeur des armées, homme
dévoué à sa famille, législateur et juge, réformateur social, prince
politique et diplomatique, économiste, etc., en dehors de sa
fonction de base qui était de ‘conduire les meilleures morales vers
la perfection’.122 Pendant les 23 ans de son ministère, il a demeuré
dans les villes de la Mecque et de Médine, excepté pour un court
voyage proche de Taif et diverses expéditions militaires.
En rapport avec le succès de leurs missions respectives,
Bouddha a peiné pendant 45 ans mais n’a pas vécu assez
longtemps pour voir l’ascension et la propagation du
Bouddhisme, - l’impact du Bouddhisme sur la scène mondiale.
En fait, il a eu un si petit impact sur son époque qu’il n’y a aucune

121
Bouddha a passé un temps deux fois plus long que Muhammad dans sa
mission et n’en a pas achevé plus de la moitié.
122
« J'ai été élevé afin que le meilleur de la morale puisse être perfectionné ».
Ainsi a parlé le Prophète Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬

124
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

référence historique de lui qui peut être trouvée excepté dans les
écritures Pali de la secte Hinayana. Ce qui est aussi le cas pour le
Christianisme. En contraste avec cela, l’impact de Muhammad,
sur son époque, a été spectaculaire, révolutionnaire et historique.
Selon A.L. Kroeber ; l’Islam n’a pas eu d’enfance et ni de
croissance réelle, mais est apparue véritable, comme Minerva,
par la vie d’un homme.123 Et quant à l’impact de Muhammad sur
son époque, l’historien Christopher Dawson déclare que l’histoire
permet à la situation globale du monde d’être soudainement
transformée par l’action d’un seul individu comme Muhammad .
. .124
En fait, Arnold Toynbee met, lui aussi, son cachet
d’approbation de cet aspect de notre comparaison archétypale
quand il dit :
La révélation de l’Islam a été spectaculaire en
comparaison avec celle du Christianisme et du
Bouddhisme. La vie de Jésus et sa mort sont passées
inaperçues à ce jour excepté parmi la bande le petit
groupe obscure de ses disciples juif galiléen. Notre
information à propos de son ministère vient
exclusivement des écritures de l’Eglise Chrétienne . . . le
ministère de Siddharta Gautama, de même, est connu
seulement des écrits Pali de la Hinayana . . . Pourtant,
le Bouddhisme n’a pas eu d’impact politique sur le
monde pendant environ 200 ans, et le Christianisme pas

123
La Nature de la Culture, p.388
124
Les Dynamiques de l’Histoire du Monde, ed. par J.J. Mallory, p.27

125
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

avant 300 années, après le jour fondateur, quand leurs


destins politiques respectifs se sont faits par leurs
conversions d’Asoka et de Constantine. D’un autre côté,
l’Islam a eu un impact comparable durant la vie du
fondateur, et son destin politique s’est fait par le
fondateur lui-même.125
La religion que Muhammad a enseignée est toujours la
même aujourd’hui que ce qu’elle était durant sa vie. En fait,
certains musulmans ont pris en aversion l’innovation à tel point
que, comme le déplore Dr Ansari, l’orthodoxie évolutive, a été
remplacé par le conservatisme. Si Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬
devait revenir aujourd’hui, il trouverait des musulmans lisant le
même Qur’an, adorant le même Dieu (Allah), priant dans la
même direction, jeûnant de la même manière, donnant la même
charité obligatoire, effectuant le pèlerinage de la même façon
qu’il le faisait !
Afin que le lecteur puisse être capable de juger lui-même
le succès de Bouddha et de Muhammad dans leurs missions
respectives nous discutons juste un point ici. Gautama Bouddha
est resté parfaitement silencieux sur l’existence de Dieu. Il n’a
jamais affirmé l’existence de Dieu. Il n’a certainement jamais
déclaré être Dieu ni être un objet de culte. Aujourd’hui, quatre-
vingt-dix-neuf pour cent des bouddhistes croit et adore un dieu,
plusieurs dieux, et ce qui est encore pire, Gautama Bouddha lui-
même comme un dieu. Le culte des idoles contre lequel Bouddha

125
Une Etude de l’Histoire, Vol. 12, p.461

126
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

s’est révolté est revenu au Bouddhisme avec une telle vengeance


que, partout où il y a des bouddhistes aujourd’hui, il y a des idoles
(même Bouddha lui-même, d’une cinquantaine de pieds de
hauteur, en or pur, etc.) qui sont des objets de culte.
La déclaration fondamentale de l’Islam, ou la ‘déclaration
dynamite’ de Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬, sur la base de laquelle
il a construit la structure de la communauté religieuse en Islam,
est La ilaha illa Allah, Muhammadur Rasool Allah – ‘Il n’y a pas
d’autre dieu qu’Allah et Muhammad est son serviteur et
messager.’ Aujourd’hui, de long en large de la terre, parmi les
1000 millions de musulmans dans le monde, on ne trouve pas une
personne qui prétende être musulmane et qui ait vacillé devant
cette déclaration fondamentale. Si un musulman, en fait, devait
croire en un autre dieu qu’Allah, ou s’il devait élever Muhammad
à un statut plus haut que celui de prophète, il cesserait d’être
musulman. La seule exception de cette déclaration serait Louis
Farrakhan et son groupe qui ont préservé les croyances d’Elijah
Muhammad, à l’effet qu’Allah est apparu en la personne de
Farrad Muhammad, à Chicago, au début de ce siècle. Quiconque
détient une telle croyance est dans un shirk manifeste et n’est pas
un musulman. Or, Farrakhan et son groupe affirment être
musulmans. Et, étonnamment, cette déclaration est reconnue par
les musulmans ignorants, et, également, par les dirigeants
musulmans ignorants !
Les juifs ont élevé Ezra au rang de fils-de-dieu. Les
chrétiens en ont fait de même. Ils ont élevé Jésus, non seulement

127
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

au rang de fils-de-Dieu, mais ont fait de lui une partie de ce qu’ils


appellent la ‘tête de Dieu’. Les bouddhistes ont aussi fait de
Bouddha, un dieu. Seuls les musulmans sont restés fidèles aux
enseignements du fondateur, en refusant d’exalter Muhammad
(‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬au rang de divinité.

Au moment de la mort de Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬, les


gens réunis dans la mosquée hésitaient à croire en la nouvelle.
Omar, en effet, menaçait de tuer quiconque disait que Muhammad
(‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬était mort. Abu Bakr, le sage, est allé à la maison
du Prophète, a embrassé le corps mort sur le front, est allé,
ensuite, faire la déclaration historique à la foule qui était à
l’extérieur : Oh gens, si vous adorez Muhammad, alors sachez
que Muhammad est mort. Mais si vous adorez Allah, alors sachez
qu’Allah est toujours vivant et qu’il ne mourra jamais.126
Finalement, pour apporter cette comparaison archétypale à
sa fin, examinons les personnalités morales et de Bouddha et de
Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬.
Nos études du Bouddhisme et de la vie de Bouddha nous
ont amenées à avoir un profond respect et un grand amour pour
l’homme lui-même, et une bonne appréciation pour les conditions
sous lesquelles il était éduqué, et qui laissent une profonde
impression sur sa personnalité et sur le fait qu’il a mené une
bonne vie. Cependant, autant qu’il inspire admiration et dévotion,
l’étudiant critique ne peut pas échapper à la responsabilité qui lui

126
Cf. Dinet et Ibrahim : La Vie de Muhammad, le Prophète d’Allah, p.210

128
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

incombe d’examiner la personnalité morale de Bouddha en


particulier, et sa personnalité dans son ensemble, dans la mesure
où elle constitue un archétype pour la vie humaine et la conduite.
De plus, nous nous restreignons à une discussion sur un
seul point, car c’est suffisant pour prouver notre cas.
Un des principes de la philosophie morale est que les
‘moyens’ se conforment toujours à ‘la fin’. Gautama Bouddha,
par son propre témoignage, a atteint sa fin, à savoir,
‘l’illumination’, et le ‘nirvana’, mais les ‘moyens’ qu’il a adopté
n’étaient pas conformes à la ‘fin’.
Il est rapporté qu’à l’âge de 29 ans, il a abandonné sa jeune
et belle femme et son fils. Et, pour le reste de sa vie, même après
qu’il ait atteint le but pour lequel il a quitté son foyer, il n’est
jamais revenu vers ses devoirs en tant que mari et père. Il n’est
jamais revenu vers sa vie de famille. Par aucune extension de
l’imagination, cet acte ne peut être accepté comme étant
pardonnable, et encore moins exemplaire et archétypale. Si tous
les maris et pères désertaient leurs femmes et enfants et passaient
le reste de leur vie à chercher l’illumination et à s’occuper des
besoins moraux de l’humanité, la plus grande partie de l’humanité
serait réduite à des souffrances inimaginables. Par conséquent, en
tant qu’archétype, Gautama Bouddha souffre d’un sérieux échec.
L’archétype de l’Islam, le saint Prophète Muhammad ( ‫صلى‬
‫)ﷲ عليه وسلم‬, possède aussi une personnalité morale très
développée. Cependant, loin d’avoir déserté sa femme et ses

129
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

enfants, il a accompli ses devoirs en tant que mari et père jusqu’à


sa mort, avec le plus grand amour qui soit, la plus grande
compassion et une extrême dévotion. Muhammad s’est marié,
quand il avait 25 ans, avec une veuve deux fois mariée, et ayant
15 ans de plus que lui, qui avait trois enfants. Pendant les 25
prochaines années, les plus sexuellement actives pour les
hommes, comme Muhammad (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬, et les plus calmes
sexuellement pour les femmes, comme Khadija (‫)رضي ﷲ عنها‬, le
Prophète de l’Islam est resté loyal, fidèle, aimant, gentil,
respectueux et compatissant envers sa femme vieillissant qui,
quand elle est morte, avait 65 ans. Il a, ensuite, épousé Sauda, une
veuve âgée. Et, elle est restée pendant cinq ans sa seule femme.
Après cela, le Prophète s’est marié un certain nombre de fois et
l’histoire a enregistré que, exception faite avec Aisha, toutes ces
femmes étaient des veuves avec des enfants ou des femmes
divorcées. Sa vie maritale entière constitue ainsi un précédent127,
qui contrecarre la stigmatisation, et aussi l’interdiction faite au
remariage des veuves et des divorcées. Non seulement cela, mais
en vertu de Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬étant l’archétype de
l’Islam, l’Islam a assuré que tout ce qui imite son archétype sera
gentil, aimant, fidèle et compatissant de leurs femmes et de leurs
enfants. Si tous les hommes suivaient l’exemple de Muhammad
(‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬beaucoup de larmes de cette terre seraient
changées en sourires.

127
Ma propre mère était une veuve avec un enfant quand mon père s’est marié
avec elle. Il a expliqué son choix comme cela : Si Muhammad, le Prophète
d’Allah, peut se marier avec une veuve avec des enfants, je peux le faire aussi.

130
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Nous ne proposons pas de rentrer dans une description


détaillée de la personnalité complète de l’archétype de l’Islam. Il
est suffisant d’apporter l’avis au lecteur d’un des plus grands
esprits de l’époque moderne qui a considéré l’archétype de
l’Islam comme étant éminemment acceptable. George Bernard
Shaw dit :
Les ecclésiastiques médiévaux, soit par ignorance ou
sectarisme, ont dépeint le Muhammédisme avec des
couleurs sombres. Ils étaient, en fait, formées à détester
l’homme, Muhammad, et sa religion. Pour eux,
Muhammad était l’antéchrist. Je l’ai étudié, l’homme
merveilleux, et selon moi, loin d’être un antéchrist, il
aurait dû être appelé comme le sauveur de l’humanité.
Je crois que si un homme comme lui venait assumer la
dictature du monde moderne, il réussirait à résoudre ses
problèmes de manière à lui apporter la paix et le
bonheur, si nécessaires.128
Annie Besant écrit :
Il est impossible pour quiconque qui étudie la vie et
le caractère du grand Prophète d’Arabie, qui connait
comment il enseignait et comment il vivant, de sentir
autre chose que de la révérence pour ce puissant
Prophète, un des plus grands messages du Suprême. Et
bien que dans ce que je vous ai mis, je devrais dire
beaucoup de choses qui peuvent être familières à
beaucoup, pourtant je ressens, chaque fois que je les

128
Cité dans Charmes de l’Islam, Aisha Bawany Wakf, p.40

131
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

relis, une nouvelle vague d’admiration, un nouveau sens


du respect pour cet immense professeur arabe.129
La conclusion est, et doit être, que l’archétype de l’Islam
est supérieur à celui du Bouddhisme. L’archétype de l’Islam
trouve sa perfection dans tous les aspects de sa personnalité,
toutes les dimensions de sa vie, dans la mesure où Allah, lui-
même, déclare à propos de lui :

﴾ ‫ﻚ ﻟَ َﻌﻠَ ٰﻰ ُﺧﻠُ ٍﻖ َﻋ ِﻈﻴ ٍۢﻢ‬


َ ‫﴿ َوإِﻧﱠ‬
Et tu es certes, d'une moralité éminente.

(Qur’an : 68 :4)

C’est la personnalité de l’homme, Muhammad ( ‫صلى ﷲ عليه‬


‫)وسلم‬, tout autant que la religion qu’il enseignait, qui même
aujourd’hui, 1400 ans après sa mort, peut capturer le cœur des
hommes et des femmes de toutes les races ; de toutes les classes,
de toutes les couleurs, - des hommes et des femmes du plus haut
intellect et du plus grand savoir, - pour raviver et redynamiser,
encore et encore, la révolution qu’il a lancé, - réveiller, même
dans les heures les plus sombres, tout ce qui est formidable et
divin, noble et bon, dans la personnalité humaine, - pour changer
le cours de l’l’histoire de l’homme et lutter, jusqu’à ce que la mort

129
Annie Besant : La Vie et les Enseignements de Muhammad, p.4

132
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

les prenne, pour établir, ici sur terre, la ‘demeure céleste de la


paix’ (dar al-salaam).
Aucune religion ne peut survivre sans un archétype.
Aucune religion ne peut créer une personnalité humaine, excepté
sur le modèle d’un archétype. Un seul défaut dans l’archétype
mène à dix fois plus de défauts dans la personnalité de tous ceux
qui l’imitent fidèlement. Ainsi, rien de moins que la perfection
n‘est acceptable. L’archétype de l’Islam est le seul qui est parfait.
Il est certainement supérieur à l’archétype bouddhiste.

La Comparaison entre les Philosophies de Vie du


Bouddhisme et de l’Islam.
Une philosophie de vie religieuse se centre autour de trois
concepts majeurs, - l’Homme, le Monde et Dieu. Nous tenterons,
dans cette partie, de comparer les philosophies de vie bouddhiste
et musulmane à l’intérieur du cadre de ces trois concepts
basiques.
A. Le Philosophie de Vie Bouddhiste
a. L’Homme
Ici, nous sommes confrontés à des questions telles que :
Qu’est-ce que la vie ? Quelle est l’origine de la vie ? Quel est la
raison de la vie ? Quel est le but ou la destinée de la vie ? Quelle
est la place de l’homme dans le schéma des choses, etc. ?
Le Bouddhisme, comme nous l’avons vu dans notre
discussion sur la théorie de l’origine dépendante, place l’origine
de la vie dans ‘l’envie de vivre’, conçoit la raison de la vie comme

133
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

étant une lutte pour échapper aux souffrances du monde, et


atteindre le nirvana ou la non-existence en tant que fin de la vie.
La question ‘au-delà du nirvana, qu’y-a-t-il ?’ est considéré
comme étant inadmissible.
Concernant la place de l’homme dans le schéma des
choses, concernant la place de l’homme, nous devons regarder la
position du Bouddhisme sur la théorie du Karma et de la
transmigration des âmes. La vie est un cycle de renaissance, qui
continue jusqu’à ce qu’il ait atteint le salut. L’homme est un
rouage de la roue. Il pourrait tout aussi bien avoir été un animal,
mais être né en tant qu’homme grâce à ses bonnes actions d’une
vie antérieure. Heureusement, le Bouddhisme a éliminé le
système de castes hindou et échappe ainsi à l’autre critique de
division de l’humanité. Dans l’Hindouisme, on peut être né en
tant que Brahman, de caste élevée, et donc être au plus près du
salut, ou on peut être né comme un intouchable et vivre,
véritablement, hors de la caste de la société, bafoué et maltraité.
Il y a certains corollaires déconcertants à cette philosophie
de l’homme que l’on trouve dans le Bouddhisme. Puisque la
raison de la vie est d’échapper à la souffrance universelle, le
Bouddhisme est mené par une philosophie du monde qui est
négative et échappatoire. Evoquons cela.
b. Le Monde
Bouddha n’a jamais évoqué des questions d’une telle
importance que celles de l’origine du monde ou la destinée du
monde. Mais, en ce qui concerne la constitution du monde, il

134
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

semble qu'il percevait le monde comme un ‘ordre immoral’, s’il


nous est permis d’inventer cette phrase. Le monde n'est pas
constitué de manière à être compatible avec le succès dans la lutte
morale (c’a-d., il n’est pas un ordre moral). Le monde n’est pas
non plus indifférent à la vie morale de l’homme (le matérialisme).
Au contraire, le monde, et tout ce qui est en lien avec, constitue
le plus grand obstacle à la quête du salut de l’homme. Cela étant
dit, le Bouddhisme adopte une attitude négative vis-à-vis du
monde et encourage ce que la terminologie religieuse appelle,
‘l’autre vie terrestre’. Quand cette philosophie est appliquée à la
culture de la personnalité bouddhiste, cela fait accroitre l’idéal du
détachement. Cette philosophie de ‘l’autre mondanité’ avec sa
forme pratique de ‘détachement’ a donné lieu à des conséquences
importances dans le domaine de la moralité. Le but de la
philosophie de vie bouddhiste, d’autant qu’elle appartient à la
philosophie morale, n’est pas une tentative collective pour la
victoire de la lutte morale, mais, plutôt, la tentative individuelle
pour s’échapper de ce monde.
c. Dieu
Malgré le fait que Bouddha soit resté parfaitement
silencieux sur la question de Dieu, le Bouddhisme développe par
lui-même le concept de Dieu. C’est ce qu’il a fait d’une piètre
manière, afin d’incorporer en lui-même tous les maux contre
lesquels il a soulevé une révolte. Le culte des idoles est,
maintenant, commun à tout le monde du Bouddhisme. Et
l’incarnation hindoue des dieux trouve son expression dans le

135
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Bouddhisme avec Bouddha comme dieu, qui est incarné de temps


en temps pour prêter assistance aux multitudes de luttes
abandonnées pour le salut.
Ce concept de dieu est loin de répondre aux exigences de
l’authentique conscience religieuse, laquelle conçoit Dieu comme
étant ‘l’incarnation de toute perfection’ – infinie pour ce qui est
de Son Etre comme de Ses Attributs. Un dieu qui peut être né
d’un homme, vivre comme un homme, et mourir comme un
homme, être sujet à toutes les privations et fragilités humaines,
etc., ne peut pas être conçu comme une incarnation de la
perfection, qu’il soit Gautama ou Bouddha. Dire que dieu est mort
à l’âge de quatre-vingt ans, ou que dieu, avant d’être crucifié, se
plaigne d’avoir été abandonné, sonne étrangement !
La philosophie de vie du Bouddhisme comme révélé dans
ce concept de l’homme, le monde et dieu, amène à certaines
conséquences qui gâchent la face paisible du Bouddhisme. La vie
anti-mondaine du Bouddhisme a conduit, pendant la vie de son
fondateur, à l’établissement des institutions du monachisme et du
célibat.
d. Le Monachisme
De toutes les religions dans le monde, le Bouddhisme met
le plus grand accent sur le monachisme. Il est impossible pour
l’homme laïc de travailler à son propre salut dans ce monde,

136
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

entravé par ses ordonnances et sous le charme de ses


attractions.130
La critique des institutions du monachisme est qu’elle a
affaibli ou encore a déformé la perspective du moine concernant
la richesse de la vie humaine comme elle se révèle dans la théorie
– les branches et les dimensions variées de la pensée et du
sentiment, et dans la pratique – les nombreuses formes d’activités
qui trouvent leur expression dans la vie sociale de l’homme. Le
monachisme, en tant qu’idéal, trouve indispensable de cultiver,
dans l’esprit du moine, un certain mépris pour la vie non-
monastique. Cela aboutit à un être coupé et privé des ressorts de
l’inspiration qui traverse la société organisée en faisant appel à la
conscience perceptive de nouveaux mondes de pensées et
d’actions plus rafraichissants et plus créatifs. La vie monastique,
comme un idéal et une institution, dérobe à la vie sa chance de
vivre comme elle doit être vécue, - comme une bien belle chose.
Cependant, la vie monastique, en tant que forme de ‘retrait
temporaire du monde ouvert à tous les hommes, est, d’un autre
côté, une nécessité absolue si l’homme veut accéder à la
réalisation du soi. Le Qur’an recommande cette forme de retrait.
En fait, il établit une institution du retrait. Dans le chapitre 73,
‘Surah al-Muzzammil’, du Qur’an, ce sujet est examiné et traité
minutieusement et une méthode scientifique et bénéfique est

130
Encyclopédie des Religions et Ethiques, art : ‘Le Monachisme’
(bouddhiste) vol.8, p.796

137
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

actuellement donnée. Les citations suivantes sont toutes de la


Surah al-Muzzammil :

ِ ِ ِ
ْ ّ‫﴿ ََٰٓﻳﱡـ َﻬا ٱﻟْ ُﻤﱠﺰّﻣ ُﻞ ﻗُِﻢ ٱﻟﱠْﻴ َﻞ إِﱠﻻ ﻗَﻠ ًۭﻴﻼ ﻧ‬
ْ ‫ﺼ َﻔٓﻪُۥ أَ ِو ٱﻧ ُﻘ‬
‫ﺺ‬
﴾ ‫ِﻣْﻨﻪُ ﻗَﻠِ ًﻴﻼ أ َْو ِزْد َﻋﻠَْﻴ ِﻪ‬
« Ô toi, l'enveloppé [dans tes vêtements] ! Lève-toi
[pour prier], toute la nuit, excepté une petite partie; sa
moitié, ou un peu moins; ou un peu plus. »
En restant toute la nuit en prière est une forme de retrait de
la vie mondaine. Cela se manifeste clairement dans l’utilisation
du mot Muzzamil (celui qui est plié dans des vêtements), dans le
verset précédent. Or, le Qur’an amène, immédiatement, à oublier
l’idée de retrait permanent (mais pas toute la nuit !). Ce retrait
doit être intelligent et temporaire (‘la moitié de celle-ci ou une
plus petite ou plus grande partie’).

﴾ ‫ﻚ ﻗَـ ْ ۭﻮًﻻ ﺛَِﻘ ًﻴﻼ‬ ِ


َ ‫﴿ َوَرﺗِّ ِﻞ ٱﻟْ ُﻘْﺮءَا َن ﺗَـْﺮﺗِ ًﻴﻼ إِ ﱠ َﺳﻨُـْﻠﻘﻰ َﻋﻠَْﻴ‬
Et récite le Coran, lentement et clairement.
Nous allons te révéler des paroles lourdes (très
importantes).
Le retrait, qui doit être fait dans le but de réciter et réfléchir
sur la révélation d’Allah, prépare l’âme à servir d’instrument de
la Volonté Divine.

﴾ ‫َﺷ ﱡﺪ َوﻃًْۭٔـا َوأَﻗْـ َﻮُم ﻗِ ًﻴﻼ‬ ِ


َ ‫﴿ إِ ﱠن َ ِﺷﺌَﺔَ ٱﻟﱠْﻴ ِﻞ ﻫ َﻰ أ‬
138
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

La prière pendant la nuit est plus efficace et


plus propice pour la récitation.
Abdullah Yusuf Ali commente sur le verset précédent de la
manière suivante131 : . . .pour la contemplation de la prière et de
la louange, quel temps peut être plus adapté que celui de la nuit,
quand le calme et le silence prévalent, et les étoiles silencieuses
répandent leur éloquence à l'âme perspicace.
La Surah dirige l’attention sur le fait que le jour nous garde
préoccupé par diverses activités:

َ َ‫﴿ إِ ﱠن ﻟ‬
َ ‫ﻚ ِﰱ ٱﻟﻨـ‬
﴾ ‫ﱠﻬا ِر َﺳْﺒ ًۭﺤا ﻃَ ِﻮ ًۭﻳﻼ‬
Tu as, dans la journée, à vaquer à de longues
occupations.
Par conséquent, il doit y avoir un temps pour le travail, et
un temps pour le retrait. Aucun ne doit être incorporé ou imposé
à l’autre, donc on devrait se vouer, pendant un temps,
exclusivement aux affaires de ce monde, et dans un autre temps,
on devrait se retirer complètement de la vie de ce monde.

﴾ ‫ﱠﻞ إِﻟَْﻴ ِﻪ ﺗَـْﺒﺘِ ًۭﻴﻼ‬ َ ِّ‫ٱﺳ َﻢ َرﺑ‬


ْ ‫ﻚ َوﺗَـﺒَـﺘ‬ ْ ‫﴿ َوٱذْ ُﻛ ِﺮ‬
Et rappelle-toi le nom de ton Seigneur et consacre-toi
(c’a-d., le retrait) totalement à Lui,132

131
Abdullah Yusuf Ali : Traductions et Commentaires du Qur’an, notes
5759, p.1633
132
Ibid., (73 :1-8)

139
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le retrait vers Allah, qui doit être complet le temps qu’il


dure, est symbolisé par la nuit, qui suit le jour.
C’est cela le monachisme de l’Islam. Dans le sens où tout
musulman (ou musulmane) est supposé être un moine une partie
de toutes les nuits de sa vie ! Cependant, le monachisme émanant
d’une philosophie antimonde, qui s’établie en tant qu’institution
permanente et à plein temps, en dehors de la société, est interdit
par l’Islam. Un tel monachisme est celui du Christianisme et du
Bouddhisme.
La vraie valeur de l’idée de retrait est qu’un homme doit
vivre avec lui-même pendant un certain temps pour se découvrir
vraiment. Et, c’est seulement après qu’il se soit découvert que sa
vie aura un réel sens et une créativité – peu importe son domaine
ou cadre d’activités.
Tout homme est une voix en lui-même.
Et il adorera toujours
Le Grand Dieu
Dans le Grand Temple
Jusqu’à ce qu’il se tienne en silence
Devant la Flamme Eternelle,
Dans le sanctuaire intime
Qui se trouve dans son cœur.133
C’est cela l’Islam idéal, devoir se réaliser en premier pour
pouvoir réaliser les vérités divines.134 Quand nous examinons la

133
La Flamme de la Vie, un de mes poèmes inédits
134
« Celui qui se réalise, réalise son Seigneur », a dit Ali (ra)

140
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

vie du Prophète de l’Islam, nous le trouvons encore et encore se


retirant la nuit, en solitaire, dans des endroits calmes, loin de la
foule déchaînée, pour qu’il puisse encore et encore se redécouvrir
lui-même et la vérité qu’il devait prêcher.
Ainsi, l’Islam veut que chacun de nous soit un mystique ou
un moine pendant certains moments de sa vie. Cependant, le
retrait devrait se faire dans des moments épars, si planifiés qu’ils
n’entraineraient pas une rupture complète avec la vie de ce
monde.
Deuxièmement, l’Islam insiste sur le fait que le retrait n’est
pas une fin en soi. Au contraire, il est un moyen vers la fin. Le
retrait est censé recharger la dynamo spirituelle en vue d’un
retour à la vie meilleur, prêt à se battre dans le combat de la vie.
e. Le Célibat
Dans la même souche par laquelle Bouddha prônait la vie
monastique, il prônait aussi le célibat. Il est l’exemple de
l’abstention du sexe, du jour où il a quitté sa femme jusqu’au jour
de sa mort. L’élite des bouddhistes, en fait, les seuls vrais
bouddhistes sont les moines et le premier fondement
indispensable de la vie monastique est le célibat. Les écritures
bouddhistes et chrétiennes sont très claires sur cette question ;
l’abstinence de sexe est un paramètre important pour le retrait de
ce monde. Ainsi, le Christ a dit : Il y a des eunuques, qui se sont
faits eunuques pour le royaume des cieux !
Dans le Dhammapada, nous lisons :

141
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Les hommes qui n’ont pas pratiqué le célibat . . .


dépérissent comme de vieux crânes dans un lac sans
poissons ;
Les hommes qui n’ont pas pratiqué le célibat . . . .
mentent comme des archets usés, soupirant après le
passé.135
Le célibat, selon Dr Conze, était la pierre angulaire de la
vie monastique. Les orthodoxes ont cultivé un certain mépris pour
les femmes. Ce mépris est, bien sûr, facilement compris comme
étant un mécanisme de défense, puisque les femmes doivent être
une source de danger perpétuel à tout ascétique célibataire –
spécialement dans un climat chaud. Les raisons de ce rejet de
l’impulsion sexuelle ne doivent pas être cherchées très loin. Une
philosophie qui voit la source de tout mal dans la soif de plaisir
sensuel ne souhaitera pas multiplier les occasions en faveur de
l’indulgence envers le plaisir sensuel. Aussi longtemps que la
moindre pensée de désir d’un homme envers une femme
demeurera illimitée, aussi longtemps son esprit y sera lié, tout
comme le veau de lait est lié à sa mère.136
Seul l’Islam, parmi les religions du monde, est venu avec
une dénonciation du célibat. Le Prophète Muhammad ( ‫صلى ﷲ عليه‬
‫ )وسلم‬a déclaré :

Le mariage est une de mes voies ; celui qui va contre


mes voies n’est pas des miens.

135
Radhakrishan et Moore : Op.cit., p.304
136
Conze, Op.cit., p.58

142
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Le mariage est la moitié de la foi.


La sagesse de la dénonciation musulmane du célibat a été
confirmée par la psychologie moderne. Sigmund Freud en a
donné une interprétation scientifique. Il a déclaré (dans son livre,
Les Problèmes sexuels, Mars 1908) Je n’ai pas l’impression que
l’abstinence sexuelle soit utile à l’énergie et à l’indépendance des
hommes d’actions ou des penseurs authentiques, au courage des
libérateurs et des réformateurs. La conduite sexuelle d’un homme
est, souvent, une symbolique de sa façon générale de réagir dans
le monde. L’homme qui saisit énergiquement les objets de son
désir sexuel peut être amené à faire preuve d’une énergie
implacable similaire dans la poursuite d’autres objectifs137.
La suppression de l’impulsion sexuelle conduit à des
névroses de mille et une sortes. D’un autre côté, les relations
sexuelles normales et saines dans le mariage peuvent résoudre
mille et une sortes de névroses et d’affections.
Il y a, dit Hinton, d’innombrables maux terribles de
destruction, de folie, même la perte de la vie – pour lesquelles
l’étreinte de l’homme et de la femme serait un remède. Personne
ne pense à se poser la question. Des maux terribles, et un remède
dans le plaisir et la joie ! Et l’homme a tellement choisi

137
Cité par Dr. Abbasi dans son article ‘Problèmes de ses expliqué à la
Lumière de l’Islam et de la Science Moderne’, publié dans la ‘Voix de
l’Islam’, Karachi, Vol1, No. 3.

143
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

d’embrouiller sa vie qu’il doit dire : « Là, ce serait un remède,


mais je ne peux pas l'utiliser, je dois être vertueux. »138
Le Dr Abbasi139, citant largement des sources qui font
autorité, liste toutes les différentes névroses, les maladies, etc.,
qui peuvent et sont survenues de l’abstinence sexuelle et ont été
guéries par le retour à la vie sexuelle. Il conclut son article, bien
écrit, par la note suivante :
Maintenant, après avoir vu tous ces faits et vérités
scientifiques, qui peuvent nier la grandeur de
Muhammad (‫ )صلى ﷲ عليه وسلم‬qui déconseille véhément
le célibat, l’ascétisme et le monachisme. . . . Il prévoit
les dangers du célibat tout comme les avantages de la
vie maritale. Néanmoins, un ummi (illettré), a affirmé
que la conception de l’’abstinence sexuelle’ ascétique
était une conception complètement fausse et artificielle.
Elle n’est pas seulement mal adaptée aux données
hygiéniques de la situation mais elle échoue, même, à
évoquer un véritable motif moral, car elle est
exclusivement auto consciente et égocentrique. Elle
devient seulement réellement morale et vraiment
motivante quand nous la transformons en la vertu
altruiste de l’autosacrifice. Quand nous avons fait ainsi,
nous voyons que l’élément de l’abstinence cesse d’être
essentiel. L’autosacrifice admet être la base de la vertu ;
les instances les plus nobles d’ l’autosacrifice sont celles
dictées par la satisfaction sexuelle. La sympathie est le

138
Abbasi, Op. cit. p.96
139
Ibid, p.96-7

144
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

secret de l’altruisme ; nulle part il y a de sympathie plus


réelle et plus complète que dans l’amour. Le courage,
moral et physique, l’amour de la vérité et l’honneur,
l’esprit d’initiative, et l’admiration de la valeur morale,
sont tous inspirés par l’amour et nul autre dans la nature
humaine. Le célibat se refuse cette inspiration ou en
restreint l’influence, dans la mesure de son refus de
l’intimité sexuelle. Par conséquent, l’adoption délibérée
d’une vie constamment célibataire implique le
rétrécissement de l’émotion et de l’expérience morale à
un degré qui, d’un point de vue scientifique large, n’est
justifié par aucun des avantages pieusement supposés
s’accroitre de cela.140
La dénonciation islamique de l’institution du célibat
comme trouvée dans le Christianisme, le Bouddhisme,
l’Hindouisme, etc., a son complément fondamentalement
important dans le concept de sexe et de mariage dans l’Islam. De
plus, le point de vue de l’Islam est unique et diamétralement
opposé à la philosophie sexuelle, presque universellement
acceptée, de ses croyances contemporaines. L’Islam nie le fait
que le sexe soit le Satan en homme. Au contraire, le sexe, comme
la nourriture et l’eau, est un besoin biologique naturel, qui doit
être satisfait par l’homme pour vivre une vie saine et normale.
L’Islam est allé plus loin en faisant de l’acte sexuel un acte
sublime et sacré, et l’investir de la pureté psychologique et
spirituelle. Avec ce fondement établi, l’Islam pouvait et menait

140
Ibid., p.102

145
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

une guerre avec efficace contre la passion. Le Qur’an fait de la


passion une interdiction absolue :
۟ ۟ ِِ ۢ
‫ﺼﻠَ ٰﻮةَ َوٱﺗـﱠﺒَـﻌُﻮا‬
‫َﺿاﻋُﻮ ﱠ‬
‫ٱﻟ‬ ‫ا‬ ٌ ‫ﻒ ِﻣﻦ ﺑَـ ْﻌﺪﻫ ْﻢ َﺧ ْﻠ‬
َ‫ﻒأ‬ َ َ‫﴿ ۞ ﻓَ َﺨﻠ‬
﴾ ‫ف ﻳَـ ْﻠ َﻘ ْﻮ َن َغﻴا‬
َ ‫ت ﻓَ َﺴ ْﻮ‬ِ ‫ٱﻟﺸﱠﻬ ٰﻮ‬
ََ
Puis leur succédèrent –la postérité juste des grands
prophètes) des générations qui délaissèrent la prière et
suivirent leurs passions. Ils se trouveront en perdition,

(Qur’an : 19 :59)

En fait, le commandement d’Allah sur Adam et Eve, quand


Il les a placés dans le jardin, était :

‫ٱﳉَﻨﱠﺔَ َوُﻛ َﻼ ِﻣْﻨـ َﻬا َر َغ ًﺪا‬


ْ ‫ﻚ‬ َ ‫َﻧﺖ َوَزْو ُﺟ‬ ْ ‫﴿ َوﻗُـﻠْﻨَا ٰﻳٔـَٓ َاد ُم‬
َ ‫ٱﺳ ُﻜ ْﻦ أ‬
﴾‫ﲔ‬ ِ ِ‫ﺚ ِﺷْﺌـﺘُﻤا وَﻻ ﺗَـ ْﻘﺮ ٰﻫ ِﺬﻩِ ٱﻟﺸﱠجﺮَة ﻓَـﺘَ ُﻜﻮ َ ِﻣﻦ ٱﻟ ٰﻈﱠﻠ‬
‫ﻤ‬
َ َ ََ َ َ َ َ َ ُ ‫َحْﻴ‬
« Mais n'approchez pas de l'arbre que voici (c’a-d.,
la passion)»
Le Qur’an fait référence à l’émergence de la conscience
sexuelle en Adam et Eve quand il parle du sens de la honte
divulguée par leur inquiétude à vouloir recouvrir leur nudité après
qu’ils aient goûté du fruit interdit.141 (20 :121)

141
La plupart des commentaires du Qur’an donne une interprétation différente
du verset relatant l’acte de désobéissance commis par Adam et Eve.

146
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

D’après le Qur’an, le cadre psychologique propre à l’esprit


pour l’acte sexuel peut, seulement, survenir quand ses exigences
légales sont pleinement remplies. C’est pour cette raison que
l’Islam permet la satisfaction du désir sexuel au travers de
moyens légaux uniquement.
Cependant, comme le Dr Ansari observe, l’institution du
mariage dans l’Islam n’est pas destinée à la simple satisfaction du
désir sexuel :
Bien que l’union d’un homme et d’une femme dans le
mariage implique la satisfaction de l’appétit sexuel, il
n’est pas, du point de vue du Qur’an, le terme du
mariage, - le terme étant la compagnie spirituelle et
l’amour mutuel, auxquels l’union sexuelle elle-même
contribue, mais qui est, distinctement, se délimite du
simple plaisir sexuel. Le Saint Qur’an dit : ‘Et parmi Ses
signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que
vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous
de l'affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves
pour des gens qui réfléchissent.’(30 :21).142
La conclusion est que c’est l’Islam avec sa position et son
attitude saine envers la vie sociale, le sexe et le mariage, et non le
Bouddhisme avec ses institutions indispensables de monachisme
et de célibat, qui peut établir les conditions nécessaires pour
l’établissement d’un ordre social stable et joyeux, et pour

142
Dr F.R. Ansari : Les Fondements Qur’aniques et la Structure de la Société
Musulmane, Vol. 2. P.36

147
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

l’accomplissement de l’aspiration humaine pour une vie de paix,


de bonheur et de satisfaction.
B. La Philosophie de Vie Musulmane
Le principe d’unité : les applications ontologique, cosmologique
et épistémologique.
La philosophie de vie musulmane tourne autour du principe
d’unité (tawhid). Ce principe d’unité a des applications multiples.
Dans son application ontologique, elle nous donne l’absolu
monothéisme de l’Islam, - Un Dieu. L’application cosmologique
conduit au concept du monde ou de l’univers en tant qu’ensemble
organisé.143Même en épistémologie, nous trouvons le principe
d’unité de travail. La théorie de l’Islam concernant la
connaissance est absolument unique et révolutionnaire. Toutes les
connaissances forment un ensemble. Toutes les différentes
branches du savoir sont interconnectées et interdépendantes.
L’érudit parfaitement instruit est celui qui est instruit dans autant
de branches du savoir que possible, et qui met en lien toutes ces
connaissances sur la base des vérités fondamentales établies dans
le Qur’an.
L’application psychologique : Dans l’application
psychologique, le principe d’unité nous donne l’unité de la nature

143
La dislocation ou ambivalence de chacune de ses parties lancera la
machinerie complète de l’univers hors de l’engrenage. Les américains et les
russes seraient donc bien avisés de faire une étude approfondie de la
constitution de la lune avant de commencer leur exploration de leurs dispositifs
nucléaires, etc, là-haut.

148
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

humaine. L’homme est un être unitaire, - un ensemble intégré. Le


Christianisme conçoit l’homme comme un être double. Il est, à la
fois, un être physique et un être spirituel, et ils sont, toujours, en
guerre car ils sont diamétralement opposés l’un de l’autre. La
chair est mauvaise ; c’est l’esprit qui est bon. L’homme est un
conglomérat, une alliance impie de différents skandas qui, pour
des raisons de commodités, sont conçus comme un ensemble et
ont un nom.
L’application de l’humanité : l’Islam n’arrête pas l’homme
à l’être unitaire. Elle va jusqu’à donner le concept d’humanité en
tant qu’unité. Tous les êtres humains, de couleurs, de classe, de
caste144 et de croyance différents forment une seule famille, - la
fraternité universelle de l’homme. Dans l’histoire du monde, c’est
seulement l’Islam qui a, de loin, réussi à établir une véritable
fraternité humaine. H.A.R. Gibb, l’érudit orientaliste, fait une
déclaration significative qui devrait attirer l’attention de nos
lecteurs (particulièrement dans cette époque dans laquelle la
guerre est, sans cesse, menée contre l’Islam) :
Or, l’Islam a encore un autre service à rendre à
l’humanité . . . Aucune autre société a un tel record de
réussite en unissant dans une égalité de statut,
d’opportunité et d’effort, de si nombreuses et variées
races de l’humanité. Les grandes communautés
musulmanes d’Afrique, d’Inde et d’Indonésie, et peut-
être aussi la petite communauté musulmanes du Japon,
144
Le lecteur devrait noter que le système de castes existe toujours dans la
société indienne hindoue.

149
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

montrent que l’Islam a toujours le pouvoir de réconcilier


les éléments de races et de traditions apparemment
irréconciliables. Si même l’opposition des grandes
sociétés de l’Est et de l’Ouest devait être remplacée par
une coopération, la médiation de l’Islam serait une
condition indispensable.145
L’application biologique : Dans son application
biologique, le concept d’unité nous donne une vie en tant que
principe unitaire, simple et évolutif. Pour ce qui est de la vie,
l’homme est inséparablement lié et conjoint aux autres
organismes vivants et êtres. C’est du fait qu’il a une personnalité,
que l’homme devient distinct, différent et absolument unique !
Bergson ne fait pas cette distinction entre la vie (qui appartient à
l’ordre de la création, c’a-d., le monde déterminé – alam al-
khalaq) et la personnalité (qui appartient à l’ordre du
commandement, c’a-d., le monde la liberté – alam al-amr).146 Il
a mélangé les deux et la personnalité présentée en tant
qu’épanouissement de l’élan vital, c’a-d., l’impulsion vitale de la
vie. Cependant, cela est entièrement arbitraire car même les plus
petites étincelles de la personnalité ne se trouvent pas dans
l'univers non humain.
Dr Ansari a mis en évidence trois autres applications du
principe unitaire, qui sont les suivants :

145
H.A.R. Gibb : Au sein de l’Islam ?, p.379
146
Cf. -Dis: « L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur. » (Qur’an : 17 :85),
et : La création et le commandement n'appartiennent qu'à Lui. (Qur’an : 7 :54)

150
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’application des sexes : l’Islam donne, pour la première fois, le


principe d’unité des sexes. La femme, selon l’Islam, n’est pas
conçue pour être un bien mobilier, un être inférieur, ou un être
mauvais, ou comme un ‘monstre de la nature’ (Aristote).147 Au
contraire, la femme et l’homme sont de la même essence, ayant
tous deux été créés du même soi unique.148 Dans cette époque
moderne, dans laquelle une nouvelle philosophie du genre a créé
un mouvement de libération féministe insensé et désastreusement
destructif, la philosophie du genre en Islam, basée sur l’unité du
mâle et de la femelle, est cruellement nécessaire.
Allah utilise l’analogie de la ‘nuit’ et du ‘jour’ pour décrire
la relation basique homme-femme et le duel, les rôles compatibles
et interdépendants que l’homme et la femme doivent jouer dans
la société humaine. (Qur’an :92 :1-4). L’avertissement urgent,
implicite dans tous les couchers de soleil peints, offrant un
spectacle coloré de l’enthousiasme et de la joie avec lesquels ‘le
jour’ approche la ‘nuit’ et y plonge sans armes, est que quand ‘la
nuit’ décide bêtement qu’elle veut devenir ‘le jour’ (le
mouvement de libération féministe des femmes modernes), ce
n’est qu’une question de temps avant que ‘le jour ’commence à
s’accoupler avec ‘le jour’, et ‘la nuit’ commence à s’accoupler
avec ‘la nuit’. Les fils et les filles des féministes d’aujourd’hui,
adopteront demain la perversité de Sodome et Gomorrhe.

147
Selon Aristote, c’est quand la nature échoue à produire un homme qu’une
femme naît.
148
Qur’an, 4 :1.

151
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’application de l’économie : Dans le domaine de


l’économie, le principe d’unité de travail pour une union non-
exploitante du travail et du capital. Le marché libre et équitable
offre une opportunité égale pour tous. Il n’y pas de personnes
privilégiées dans ce marché. Tous doivent prendre le risque. Tous
doivent faire des efforts. Le marché libre et équitable restaure
l’unité essentielle de l’humanité. Ce marché libre et équitable
n’existe plus dans le monde d’aujourd’hui, et n’a pas existé
depuis que le marché de l’Empire Ottoman musulman a été
détruit.
L’application du problème entre la foi et la raison : Dr
Ansari met en évidence, aussi, le principe d’unité comme solution
au problème délicat du conflit entre la foi et la raison. L’Islam
seul, parmi toutes les religions du monde, rassemble foi et raison
dans une relation harmonieuse avec son concept d’Iman, c’a-d.,
‘la foi rationnelle’. L’Islam peut permettre cela car il est
construit, pas sur des dogmes mais sur des doctrines. C’est le
Christianisme, qui est construit sur des dogmes (la trinité, la
personnification, la rédemption, etc.), qui trouve un refuge
précaire dans une foi aveugle, allant à l’encontre des exigences
claires et élémentaires de la raison.
Le But de la Vie : Le second principe de base dans la
philosophie de la vie est le but de la vie. Une fois que le but de la
vie est déterminé, toute autre chose doit être examinée à la
lumière de ce but.

152
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Dans le cadre du but du nirvana, le bouddhiste se trouve


dans un fouillis. Dans cette vie, le nirvana peut être le salut à la
souffrance. Cependant, que dire de la vie au-delà de la mort ? Est-
ce la tombe ou le bûcher la fin de la vie ? Le Bouddhisme n’a
juste pas répondu ! Le bouddhiste, face à ce problème, a deux
options. Soit il interprète que le nirvana suppose une non-
existence absolue après la mort, ou il admet franchement qu’il ne
sait pas ce qu’est le nirvana. Cependant, aucune de ces
interprétations ne peut faire du nirvana le but ultime acceptable
de la vie.
Si mon destin est de passer dans une non-existence, si mon
but dans la vie est de mettre fin à la vie, je peux ardemment
m’attendre à rassembler l'enthousiasme pour participer
compétitivement, originalement et créativement à la lutte globale
de la vie, morale ou autre, que ce soit en pensée ou en action. Les
grands progrès viennent seulement à travers de grands sacrifices
et des hommes prêts à faire le sacrifice de leur vie, s’ils se sont
donnés un but dans la vie suffisamment intéressant. Il semblerait
que le Bouddhisme ait échoué à donner ce but.
Il y a une autre particularité du but de la vie chez le
bouddhiste. Dans le Bouddhisme, nous rencontrons le
phénomène particulier de bouddhistes travaillant leur voie vers
leurs buts, pas à partir de la psychologie positive de ‘l’attrait’ du
but, la ‘force d’attraction’ du but, mais plutôt, sur la psychologie
de ‘l’impulsion’ du passé et du rejet de la réalité objective
concrète dans l’ici et maintenant !

153
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’Islam donne deux buts dans la vie – un immédiat et


l’autre, ultime. Le premier étant atteint, le second est sûr d’être
atteint. Le but dans cette vie est donc, selon le Qur’an, de
construire la personnalité humaine complète pour qu’elle
devienne savante, excellente et béatifiée.
Le Qur’an commande :
۟
ِِّ‫﴿ ُﻛﻮﻧُﻮا َرٰﺑﱠ‬
﴾ ‫ﲏۦ َن‬
« Soyez de vrais dévots de Dieu»

(Qur’an : 3 :79)

Cependant, le but ultime de la vie, comme donné en Islam,


et reconnu aujourd’hui seulement par les Sufis, est cet
accomplissement du désir de l’adorateur pour l’Adoré. C’est
l’aboutissement de la lutte pour parvenir à une intimité avec Allah
(qurbah), c’est la rencontre avec le Seigneur, - avec Allah lui-
même :
۟
﴾ ‫ﺻٰﻠِ ًۭﺢا‬ ۭ ‫ﻤ‬‫ﻋ‬ ‫ﻞ‬‫ﻤ‬ ‫ﻌ‬ ‫ـ‬‫ﻴ‬ ‫ﻠ‬‫ـ‬ ‫ﻓ‬ ‫ۦ‬‫ﻪ‬ِ ِ
‫ﺑ‬‫ر‬ ‫ء‬ٓ‫ا‬‫ﻘ‬ِ
َ ً َ َ ْ َ ْ َْ َ َّ َ َ ‫﴿ ﻗ َﻔ َﻤﻦ َﻛا َن ﻳَـْﺮ ُﺟﻮ‬
‫ﻼ‬ ‫ﻟ‬ ‫ا‬
Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur,
qu'il fasse de bonnes actions

(Qur’an : 18 : 110)

Ces deux buts de la vie sont reliés, pour que


l’accomplissement du premier mène naturellement au dernier, en
fixant naturellement le regard sur le dernier, une incitation
154
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

psychologique puissante est construite ou une impulsion donnée


pour que la lutte réussie atteigne le premier.
L’Islam donne à l’homme le but de la vie le plus séduisant
qu’il peut vouloir atteindre. Allah, Lui-même, est le but de la vie
en Islam. Certes nous sommes à Allah, dit le Qur’an, et c’est à
Lui que nous retournerons (2 :156). Il est le facteur le plus
puissant dans la vie du musulman. En fait, toute sa vie doit être
remplie de la conscience de Dieu, le chemin de l’amour imprègne
la totalité de l’être de vrai amour.149 Et, c’est en gagnant la
satisfaction de Dieu et en Le rencontrant, que l’Islam résiste en
tant que but de la vie. Par conséquent, le musulman, avance vers
son but avec la psychologie positive de ‘l’attrait’ du but.
Deuxièmement, la valeur psychologique de cela, le but le
plus élevé de la vie, est qu’il serve en étant la force de motivation
la plus puissante qui puisse agir sur le comportement humain. Le
musulman peut être absolument sans peur des terreurs et des
tyrannies de ce monde, ou de la mort, car pour lui, au-delà de la
mort, il y a Allah. Dans les heures les plus sombres, Allah est avec
lui. Et, il y a une vie après qui est meilleure que cette vie150- une
vie dans laquelle Allah assure à ceux de Ses serviteurs vertueux
qu’ils ne se réjouiront pas seulement du bonheur suprême de la

149
Il peut être affirmé avec audace qu’aucune personne dans le monde ne
donne l’impression d’être aussi religieux que les musulmans. Toute sa vie est
remplie de la conscience de Dieu (C.R. Waston : Qu’est-ce que ce Monde
Musulman ?, pp.39-9, Londres, 1937. Nous pouvons bien demander : Que
savons-nous de cela, qui n’a jamais connu l’agonie de l’amour ?
150
Qur’an :87 :16 -17

155
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

vision béatifique, mais aussi qu’ils auront tout ce que leur cœur
désirera, tout ce qu’il avaient demandé, comme un cadeau du
Pardonneur, le Dieu Miséricordieux.
Maintenant, le but immédiat étant la piété, toute institution
humaine, si elle est à des fins biologique, psychologique, sociale,
politique, économique ou académique, doit être construite et
maintenue de manière à fonctionner comme une organisation au
service de la construction et du maintien de la personnalité pieuse.
En fait, toute la vie doit tourner autour de cet idéal, - le but de la
vie qu’est la piété. C’est, peut-être, la plus importante application
du principe d’unité.
Cependant, avant que la tâche de construction de la
personnalité pieuse puisse être entreprise, certaines questions
philosophiques vitales doivent être posées, des questions qui se
rapportent à la philosophie de vie de l’Islam et à son concept de
l’homme, du monde et de Dieu.
Premièrement, quelle est la nature humaine ? Quelle est
l’origine de la vie humaine et de la nature de la liberté humaine ?
L’homme est-il constitué de manière à pouvoir devenir pieux ?
Est-ce la structure de la piété déjà présente en tant que nature
intégrée à l’homme ? Ou est-ce l’homme qui est constitué de sorte
que sa nature soit étrangère et hostile à la piété, ou indifférente à
la piété ? Pour devenir pieux, l’homme devrait-il se nier ou
s’affirmer ?

156
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Deuxièmement, quelle est la nature du monde ? Et, quelle


est la relation qui existe entre l’homme et l’univers autour de lui ?
Est-ce le monde qui est constitué de manière à être en harmonie
avec lui, ou est-il un obstacle à la réalisation du but de la vie de
l’homme ? Pour devenir pieux, l’homme devrait-il nier ou
affirmer le monde ?
Finalement, quelle est la nature de Dieu ? Et, quelle est la
relation qui existe entre l’homme et Dieu ? Est-ce la relation entre
l’homme et Dieu qui est faite de telle manière que l’homme ne
peut pas Le connaitre, - et que l’homme n’a pas d’affinité avec
Lui ? Ou, est-ce que Dieu Lui-même ne peut pas se personnifier
comme Jésus ou Bouddha, ou Ram et marcher et parler parmi les
hommes, en établissant ainsi l’affinité la plus proche de l’homme
et lui offrant l’opportunité d’une observation immédiate de la
personnalité et de l’attitude de Dieu ? (Le lecteur perspicace,
homme ou femme, notera la difficulté du genre à laquelle
l’écrivain fait face quand il utilise la langue anglaise ou française.
Dans tous les usages du mot ‘homme’ dans les paragraphes
précédents, tout comme en dessous, notre intention est d’inclure
à la fois l’homme et la femme ! Dans le Qur’an, utilisant la langue
arabe, Allah emploie le mot insaan, qui comprend à la fois,
l’homme et la femme dans une étreinte non-discriminatoire)
Toutes ces questions doivent être posées avant que nous
puissions entamer la tâche qui consiste à amener l’homme à être
pieux. En fait, les réponses à ces questions détermineront s’il est

157
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

possible ou non de tenter d’atteindre le but de la vie qu’est la


piété.
a. L’homme

L’origine de la vie et la liberté humaine :

Concernant l’origine de la vie humaine, l’Islam conçoit


l’homme comme étant un être créé – créé ab novo, de rien, avec
une constitution qui, loin d'être entachée d'un héritage de péché
(le péché originel – dans le Christianisme ; le karma – dans le
Bouddhisme et l’Hindouisme), est plutôt décrit comme étant un
être parfait :

﴾ ‫َح َﺴ ِﻦ ﺗَـ ْﻘ ِﻮ ٍۢﱘ‬


ْ‫ﰱأ‬ِٓ ‫ﻧﺴ َﻦ‬ ِ
َٰ ‫﴿ ﻟ َﻘ ْﺪ َﺧﻠَ ْﻘﻨَا ْٱﻹ‬
Nous avons certes créé l'homme dans la forme la plus
parfaite (ou nature).

(Qur’an : 95 :4)

Par conséquent, l’homme commence son séjour dans son


état terrestre avec une ardoise propre, et en bonne santé.
Dans le Bouddhisme, la vie a sa cause dans ‘la soif de
vivre’. En d’autres termes, l’homme est responsable de sa propre
existence. Ce qui suit est seulement logique. Puisque l’homme est
le représentant de sa propre existence, de la même façon, il est
l’architecte de sa propre destinée. Il est ce qu’il fait lui-même –
ni plus, ni moins. Ici, le Bouddhisme semble être en complet

158
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

accord avec l’existentialisme athée moderne d’hommes comme


Jean Paul Sartre.
Une telle philosophie ne peut pas échapper au problème de
désespoir. En effet, elle nourrit chez l'homme la terreur et
l'agonie, et rend l'homme infiniment solitaire dans un monde
hostile. C’est parce qu’elle abandonne, actuellement, l’homme à
toutes les terreurs de la haute mer orageuse sans le pourvoir d’au
moins un radeau ou même un rondin pour qu’il puisse s’y
accrocher. Et, parce qu’aucun homme, avec du bon sens, est prêt
à accepter un tel état de faits, l’existentialisme athée doit,
finalement, modifier sa position, tout comme le Bouddhisme l’a
modifié.
En Islam, c’est Allah qui a créé l’homme, et Allah est
celui qui l’a, en outre, doté de la personnalité et de la liberté.151
Et, Allah n’est pas prêt à abandonner l’homme à lui-même :

﴾ ‫ﻧﺴ ُﻦ أَن ﻳُْ َﱰ َك ُﺳ ًﺪى‬ ِ ‫َﳛﺴ‬


َٰ ‫ﺐ ْٱﻹ‬
ُ َ َْ ‫﴿ أ‬
L'homme pense-t-il qu'on le laissera sans obligation
à observer ?

(Qur’an : 75 :36)

L’homme n’est pas l’architecte et maître de son destin, tout


comme Allah n’est pas le despote élaborant le destin de l’homme.
L’Islam trouve le juste milieu. En faisant cela, l’Islam évite les

151
Qur’an : 33 :72.

159
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

terreurs de la pleine liberté de l’existentialisme et du


Bouddhisme, d’un côté, et le déterminisme caduc et suffoquant
de Spinoza ou le kismat des perses, d’un autre côté. Taqdir en
Islam donne à l’homme la liberté de ‘participer’ à la réalisation
de sa propre destinée. Cependant, il est à noter que son cœur
trouve le réconfort, son âme tremblante se console avec la
connaissance en le fait qu’Allah Lui-même participe aussi, avec
lui, à la réalisation de sa destinée.
Cette pensée est plus que juste réconfortante ; elle est
révolutionnaire et évolutive, car elle fait d’un musulman, l’être
humain le plus intrépide qu’il peut y avoir. Dans la bataille, il est
prêt à être dix fois plus fort face à l’ennemi et à le vaincre. Ce
courage a amplement été démontré dans la civilisation
musulmane, à maintes reprises, non seulement sur le champ de
bataille mais aussi dans la bataille des idées. Et, il y a un
lendemain glorieusement beau, prophétisé par Muhammad ( ‫صلى‬
‫ )ﷲ عليه وسلم‬qui est en train d’arriver, lorsque l’authentique Islam
ré-émergera triomphalement, resplendissant dans l’histoire, et
que tous ses rivaux hostiles seront consignés dans les poubelles
de l’histoire !
b. Sur la souffrance humaine
Pour le bouddhiste, le monde est formé de la souffrance, -
sarvam dukkham, ‘tout est souffrance’. Puisque la souffrance est
enracinée dans la nature du monde, il serait ardemment
intéressant d’essayer d’affronter la souffrance du monde. Le but
de la vie dans le Bouddhisme est d’échapper à la souffrance, -

160
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

pour trouver le salut de la souffrance. La triste réalité est que cette


philosophie de la vie mène beaucoup à quitter le monde pour
souffrir et trouver refuge dans un esprit artificiel qui est
conditionné de façon à ne pas affecté par la souffrance.
Pour le musulman, il y a de la souffrance dans le monde.
Cette souffrance n’est pas dans la nature du monde. Elle peut être
retirée. C’est le rôle du musulman, d’un côté, de ne pas accroître
la misère et les souffrances du monde, et d’un autre côté, de lutter
inlassablement pour les retirer. Ici, l’attitude n’est pas d’y
échapper mais de l’atténuer et de l’améliorer. L’attribut
fondamental d’Allah, le Dieu Unique est la compassion152 ; Sa
compassion embrasse toutes choses.153 Le Prophète de l’Islam a
été envoyé par Allah en tant que ‘source de compassion’ pour les
mondes.154 Et, dans ce célèbre dicton du Prophète (‫)صلى ﷲ عليه وسلم‬,
l’humanité est sommée d’être compatissante :
Ceux qui font preuve de compassion et de miséricorde
auront la même accordée par Le Compatissant. Oh vous,
les êtres de la terre, soyez compatissants les uns envers
les autres : (Vous le faites) Celui qui est dans les cieux
fera preuve de compassion envers vous.
Cela constitue l’attitude positive musulmane et répond à la
souffrance du monde.

152
Au nom d’Allah, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. (Qur’an :
1 :1)
153
Oh Notre Seigneur, Ta Miséricorde embrasse toutes choses. (Qur’an : 40 :7)
154
Et Nous ne t'avons envoyé (Oh Muhammad) qu'en miséricorde pour
l'univers. (Qur’an : 21 :107)

161
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

La raison d’être de la souffrance : Le musulman fait une


nouvelle distinction entre les souffrances dont l’homme, lui-
même, est l’architecte, et les souffrances qui viennent d’Allah.
Aucune automobile ne peut être présentée à la vente avant qu’elle
n’ait été soigneusement testée. Aucun avion ne peut être donné à
l’acheteur avant qu’il n’ait été testé encore et encore. C’est à
travers ces tests en situation difficile que les défauts sont
découverts et revus pour que l’avion soit plus sûr et plus fiable.
Sur la même analogie, l’être humain doit aller au travers de
tests pour qu’il puisse se construire dans quelque chose de
durable, de fiable et d’irréprochable. Allah utilise la souffrance
pour l’éprouver, le développer :

ٍۢ ‫ﻮع َوﻧَـ ْﻘ‬


‫ﺺ ِّﻣ َﻦ‬ ِ ُ‫ف َوٱ ْﳉ‬ ِ ‫ٱﳋﻮ‬ ٍۢ
َْ ْ ‫﴿ َوﻟَﻨَـْﺒـﻠَُﻮﻧﱠ ُﻜﻢ ﺑِ َﺸ ْﻰء ِّﻣ َﻦ‬
﴾ ‫ﻳﻦ‬ ِ
ِ ِ‫ت وﺑَ ِّﺸ ِﺮ ٱﻟ ٰﱠ‬ ِ ‫ْٱﻷ َْﻣ َٰﻮِل َو ْٱﻷَﻧ ُﻔ‬
َ ‫ﺼﱪ‬ َ ‫ﺲ َوٱﻟﺜ َﱠﻤ َٰﺮ‬
Très certainement, Nous vous éprouverons par un
peu de peur, de faim et de diminution de biens, de
personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux
endurants,
(Qur’an : 2 : 155)

En fuyant la souffrance, l’homme devient un lâche. En


luttant pour s’immuniser contre la souffrance, l’homme devient
insensible. En résistant et en faisant directement face à la
souffrance, en la supportant avec patience, et en travaillant pour
son soulagement, l’homme devient un héros. C’est à travers

162
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

l’Islam, par excellence, que l’homme devient un héros. C’est


ainsi car c’est le Qur’an qui construit sa philosophie de vie sur le
concept de sabr. Sabr signifie patience, tolérance, calme,
impartialité, détermination, fermeté, contrôle de soi, maîtrise de
soi, autonomie, persévérance, endurance et rusticité. Et, le Qur’an
a une centaine d’autres références à sabr.
Le second point à noter est que c’est le musulman qui est
le mieux équipé pour faire preuve de sabr. C’est encore ainsi car
le Qur’an établit qu’Allah ne donne jamais à une âme une charge
plus lourde que ce qu’elle peut supporter.155
c. Sur la nature humaine et la relation de l’homme avec
Dieu
Pour ce qui est de la nature humaine, l’Islam affirme la
piété originaire du soi transcendantal humain. A l’aube de la
création, d’après le Qur’an, Allah a adressé une rencontre
spirituelle de toute l’humanité, et a pris d’eux un engagement de
piété, - engagement qui représente la disposition naturelle pieuse
de l’existence spirituelle de l’homme.

‫ِﻣ ۢﻦ ﺑَِٓﲎ ءَ َاد َم ِﻣﻦ ﻇُ ُﻬﻮِرِﻫ ْﻢ ذُِّرﻳﱠـﺘَـ ُﻬ ْﻢ‬ ‫ﻚ‬ َ ‫﴿ َوإِ ْذ أ‬


َ ‫َﺧ َﺬ َرﺑﱡ‬
۟ ِ
‫ﺖ ﺑَِﺮﺑِّ ُﻜ ْﻢ ﻗَاﻟُﻮا‬ ُ ‫أَﻧ ُﻔﺴ ِﻬ ْﻢ أَﻟَ ْﺴ‬ ‫َوأَ ْﺷ َﻬ َﺪ ُﻫ ْﻢ َﻋﻠَ ٰٓﻰ‬

155
Qur’an : 2 :286.

163
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

۟
‫ﺑَـﻠَ ٰﻰ َﺷ ِﻬ ْﺪ َٓ أَن ﺗَـ ُﻘﻮﻟُﻮا ﻳَـ ْﻮَم ٱﻟْ ِﻘﻴَ َٰﻤ ِﺔ إِ ﱠ ُﻛﻨﱠا َﻋ ْﻦ َٰﻫ َﺬا‬
ِِ
﴾‫ﲔ‬ َ ‫َٰغﻔﻠ‬
Et quand ton Seigneur tira une descendance des reins
des fils d'Adam et les fit témoigner sur eux-mêmes: « Ne
suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils répondirent: « Mais si,
nous en témoignons... » -afin que vous ne disiez point,
au Jour de la Résurrection: « Vraiment, nous n'y avons
pas fait attention »,

(Qur’an : 7 :172)

L'homme a une autre dimension de son être en dehors du


transcendantal qui fait de lui, aussi, un être spatio-temporel. Selon
cette dimension, l’Islam affirme aussi, comme nulle autre religion
ne l’affirme, que la nature humaine est constituée de manière à
être en harmonie avec la lutte pour la piété. L’homme, comme
nous l’avons noté ultérieurement, a été créé de la meilleure
constitution ou nature.156Cependant, ce qui est plus significatif
encore est le fait que la constitution humaine ou nature a été
modelée par la Nature Divine :

‫﴿ ﻓِﻄْﺮ َ ِ ﱠ‬
َ ‫ت ٱ ﱠ ٱﻟ ِﱴ ﻓَﻄََﺮ ٱﻟﻨ‬
﴾ ‫ﱠاس َﻋﻠَْﻴـ َﻬا‬ َ
telle est la nature qu'Allah a originellement donnée
aux hommes

156
Qur’an : 95 :4.

164
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

(Qur’an : 30 :30)157

Ainsi, dans le but de pratiquer le mode de vie religieux,


selon le Qur’an, l’homme ne doit pas se renier. Au contraire, il
doit s’affirmer. La vraie religion signifie vivre une vie en
conformité avec sa nature globale.158 En fait, le degré de
développement de la personnalité individuelle humaine
correspond exactement à son degré d’affinité avec la Réalité, car
l’homme est le microcosme dont la Réalité est le macrocosme ;

‫ﱠاس‬ ‫ﻨ‬ ‫ٱﻟ‬ ‫ﺮ‬ ‫ﻄ‬


َ َ‫ﻓ‬ ‫ﱴ‬ ِ ‫ت ٱ ﱠِ ٱﻟﱠ‬ َ ‫ﺮ‬ ‫ﻄ‬
ْ ِ‫﴿ ﻓَﺄَﻗِﻢ وﺟﻬﻚ ﻟِﻠ ِّﺪﻳ ِﻦ حﻨِﻴ ًۭﻔا ﻓ‬
َ َ َْ َ ْ
َ َ َ
‫ﻚ ٱﻟ ِّﺪﻳ ُﻦ ٱﻟْ َﻘﻴِّ ُﻢ َوٰﻟَﻜِ ﱠﻦ أَ ْﻛﺜَـَﺮ‬ ِ ِ ِ ‫ﻋﻠَﻴـﻬا َﻻ ﺗَـﺒ ِﺪ‬
َ ‫ﻳﻞ ﳋَْﻠ ِﻖ ٱ ﱠ ٰذَﻟ‬ َ ْ َْ َ
ِ ‫ٱﻟﻨ‬
﴾ ‫ﱠاس َﻻ ﻳَـ ْﻌﻠَ ُﻤﻮ َن‬
Dirige tout ton être vers la religion exclusivement
[pour Allah], telle est la nature qu'Allah a
originellement donnée aux hommes -pas de changement
à la création d'Allah -. Voilà la religion de droiture;
mais la plupart des gens ne savent pas.

(Qur’an : 30 :30)

157
Interprété par Maulana Abdul Majid Daryabadi (le Saint Qur’an en
traduction anglais)
158
Ceci est une définition absolument unique et créative de la religion donnée
par le Qur’an.

165
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Ainsi, selon le Qur’an, l’homme, dans sa nature, a une


structure enclin à la piété, intégrée en lui. Cela est affirmé de
manière plus catégorique dans le hadith qui fait état du fait
qu’Allah a créé Adam (c’a-d., l’homme) dans Sa propre surah
(ressemblance).159
Ainsi, comme nous l’avons vu plus tôt, la conception
islamique de la nature humaine rend possible, pour l’Islam, de
dire que pour atteindre la piété, l’homme doit s’affirmer, -
l’homme doit favoriser le développement de la dimension de son
être.160 Ceci est en opposition avec les points de vue d’autres
religions dans lesquelles nous trouvons, comme dans le
Christianisme, que pour que l’homme soit pieux, il doit se renier,
- c’a-d., son être physique, et le Bouddhisme dans lequel l’homme
doit renier, non seulement son être physique et son soi, mais aussi
son existence en tant qu’individu et son ‘je’.
d. Le monde
En lien avec la relation qui existe entre l’homme et
l’univers autour de lui, l’Islam donne la réponse unique selon
laquelle l’univers a été soumis à l’homme. Donc que, loin d’être
un obstacle, l’univers devient un moyen que l’homme peut
utiliser à des fins personnelles :

159
Et Il a créé Adam à Sa propre surat (image). Hadith.
160
Réussit vraiment celui qui favorise le développement de (toutes les
dimensions de ) son être. Et, échoue celui qui étouffe ce développement (en
partie ou en entier). (Qur’an (!: 9-10)

166
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

ِ ‫﴿ أََﱂ ﺗَـﺮو۟ا أَ ﱠن ٱ ﱠ ﺳ ﱠﺨﺮ ﻟَ ُﻜﻢ ﱠﻣا ِﰱ ٱﻟ ﱠﺴ ٰﻤ ٰﻮ‬


‫ت َوَﻣا ِﰱ‬ ََ َ َ َ َْ ْ
﴾‫ض‬ ِ ‫ْٱﻷ َْر‬
Ne voyez-vous pas qu'Allah vous a assujetti ce qui est
dans les cieux et sur la terre ?

(Qur’an : 31 : 20)

Pour devenir pieux, l’homme doit construire une relation


avec la nature. Il doit être un observateur vif des phénomènes
externes, et il devrait réfléchir sur ses observations et méditer sur
ses réflexions. En faisant cela, il ne découvre pas seulement la
réalité du monde, mais il établit aussi, pour lui-même, une
structure de vie qui mène, naturellement, à la piété :

‫ﱠﻬا ِر‬ ِ ِٰ ْ ‫ض و‬ ِ ِ ِ ِ
َ ‫ٱﺧﺘﻠَﻒ ٱﻟﱠْﻴ ِﻞ َوٱﻟﻨـ‬ َ ِ ‫﴿ إ ﱠن ﰱ َﺧﻠْﻖ ٱﻟ ﱠﺴ َٰﻤ َٰﻮت َو ْٱﻷ َْر‬
‫ﻮدا‬ ِ ِ ‫ٰﺐ ٱﻟﱠ‬ ٍۢ ‫َلءاﻳ‬
ِ َ‫ٰﺖ ِّﻷ ُ۟وِﱃ ْٱﻷَﻟْﺒ‬
ًۭ ُ‫ﻳﻦ ﻳَ ْﺬ ُﻛُﺮو َن ٱ ﱠَ ﻗﻴَ ًٰۭﻤا َوﻗُـﻌ‬
َ ‫ﺬ‬ ََ
‫ض َرﺑﱠـﻨَا‬ ِ ‫وﻋﻠَﻰ ﺟﻨُﻮِِﻢ وﻳـﺘـ َﻔ ﱠﻜﺮو َن ِﰱ ﺧْﻠ ِﻖ ٱﻟ ﱠﺴ ٰﻤ ٰﻮ‬
ِ ‫ت َو ْٱﻷ َْر‬ ََ َ ُ ََ َ ْ ُ ٰ َ َ
ِ ‫ٰﻄ ًۭﻼ ﺳﺒ ٰﺤﻨ‬
﴾ ‫اب ٱﻟﻨﱠا ِر‬
َ ‫ﻚ ﻓَﻘﻨَا َﻋ َﺬ‬ َ َ َ ْ ُ ِ َ‫ﺖ َٰﻫ َﺬا ﺑ‬ َ ‫َﻣا َﺧﻠَ ْﻘ‬
En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et
dans l'alternance de la nuit et du jour, il y a certes des
signes pour les doués d'intelligence, qui, debout, assis,
couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur
la création des cieux et de la terre (disant): « Notre

167
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Seigneur ! Tu n'as pas créé cela en vain. Gloire à Toi !


Garde-nous du châtiment du Feu.

(Qur’an : 3 : 190-191)

Le monde est réel. Il n’est pas, comme dans l’Hindouisme,


maya, une illusion, un rêve, - pas un fragment de mon
imagination. Pour le Christianisme, et encore plus pour le
Bouddhisme, le monde est un obstacle dans le chemin de
l’accomplissement de la perfection morale de l’homme. Par
conséquent, ces deux religions, dans leur forme originale
orthodoxe, renient ce monde, refusent ce monde, et projettent, en
conséquence, une philosophie de vie complète de l’autre monde.
L’Islam dit que le monde est réel. Il dit plus que cela. Il dit
que le monde est constitué de manière à être en harmonie avec les
efforts moraux de l’homme. En d’autres termes, ce monde est un
ordre moral. Il est possible pour l’Islam de faire cette affirmation
car l’Islam (avec le Christianisme et le Judaïsme) considère le
monde comme une création d’Allah à partir de rien. Cela signifie
que la nature totale du monde a été donnée par Allah. Cependant,
ici, l’Islam tient compagnie aux autres religions pour assurer
qu’Allah n’a pas seulement créé un univers ordonné161 mais l’a
aussi placé dans un but et à des fins précises. Le fait que la
création du monde, de la vie et de la mort, soit une fin morale, et

161
Qur’an : 69 :3

168
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

que le monde soit un ordre moral est indiqué dans les versets
suivants :

ٍۭ ‫ض ﺑِﭑ ْﳊَ ِّﻖ َوﻟِﺘُ ْجَﺰ ٰى ُﻛ ﱡﻞ ﻧَـ ْﻔ‬


‫ﺲ‬ ِ
َ ‫﴿ َو َﺧﻠَ َﻖ ٱ ﱠُ ٱﻟ ﱠﺴ َٰﻤ َٰﻮت َو ْٱﻷ َْر‬
﴾ ‫ﺖ َوُﻫ ْﻢ َﻻ ﻳُﻈْﻠَ ُﻤﻮ َن‬ ِ
ْ َ‫ﲟَا َﻛ َﺴﺒ‬
Et Allah a créé les cieux et la terre en toute vérité et
afin que chaque âme soit rétribuée selon ce qu'elle a
acquis. Ils ne seront cependant pas lésés.

(Qur’an : 45 :22)

‫ﻚ َوُﻫ َﻮ َﻋﻠَ ٰﻰ ُﻛ ِّﻞ َﺷ ْﻰ ٍۢء ﻗَ ِﺪ ٌﻳﺮ‬ ِِ ِ


ُ ‫﴿ ﺗَََٰﱪ َك ٱﻟﱠﺬى ﺑِﻴَﺪﻩ ٱﻟْ ُﻤ ْﻠ‬
ِ ْ ‫ٱﻟﱠ ِﺬى ﺧﻠَﻖ ٱﻟْﻤﻮت و‬
ْ ‫ٱﳊَﻴَـ ٰﻮَة ﻟﻴَـْﺒـﻠُ َﻮُﻛ ْﻢ أَﻳﱡ ُﻜ ْﻢ أ‬
‫َح َﺴ ُﻦ‬ َ َ َْ َ َ
ُ ‫َﻋ َﻤ ًۭﻼ َوُﻫ َﻮ ٱﻟْ َﻌ ِﺰ ُﻳﺰ ٱﻟْﻐَ ُﻔ‬
﴾ ‫ﻮر‬
Béni soit celui dans la main de qui est la royauté, et
Il est Omnipotent. Celui qui a créé la mort et la vie afin
de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le
meilleur en œuvre, et c'est Lui le Puissant, le
Pardonneur.
(Qur’an : 67 : 1-2)

La conclusion, à cet égard, est que, dans sa quête de piété,


l’Islam affirme, plutôt qu’il ne renie pas le monde.
La philosophie bouddhiste du monde est négative, la
philosophie musulmane est positive ! Comme nous avons

169
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

expliqué plus tôt dans la discussion sur les écoles religieuses du


Bouddhisme, Bouddha a fermé les portes de ce monde et a prêché
une philosophie de ‘l’autre monde’. Puisque ‘tout est souffrance’
et que le bouddhiste aspire à échapper à la souffrance, il peut,
seulement, le faire en coupant ses liens avec le monde. La plupart
des bouddhistes ont arrosé la terre d’un ‘esprit de détachement’,
essayant d’impliquer cette pensée selon laquelle la chair peut être
fraîche, toutefois l’esprit, au moins, peut être bouddhiste.
Le Qur’an, comme nous l’avons vu, enseigne que ce monde
est réel, c’a-d., qu’il est ‘une réalité à prendre en compte’. Le
monde, et tout ce qu’il contient, a été soumis à l’homme. Loin
d’échapper au monde, l’homme se trouve, dans l’Islam, comme
le souverain virtuel du monde, le vicaire d’Allah (khalifatullah)
dans le monde.
Cette philosophie positive a certaines implications
importantes.
Le Bouddhisme, avec sa philosophie négative du monde, a
un tout petit peu contribué, en plus de deux cent ans, à l’avancée
de la connaissance dans les différents domaines de la recherche
qui se rapportent à ce monde et à la vie de ce monde, e.g., les
sciences naturelles et sociales. Une contribution a été faite, dans
une certaine mesure, dans le domaine de la psychologie mais
seulement négativement et non positivement – puisque ce n’est
pas basé sur une approche objective.

170
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

L’Islam, d’un autre côté, avec son attitude positive envers


le monde (incluant le soi empirique de l’homme) a, en fait,
inauguré l’ère scientifique, développé la méthode scientifique, et
posé le fondement des vastes et incroyables avancées dans la
connaissance et les découvertes des différentes branches de la
science qui caractérise l’époque moderne. Le Qur’an, lui-même,
a servi comme source qui a guidé les musulmans dans leurs
poursuites académiques et scientifiques.
Hartwig Hirschfield écrit :
Nous ne devons pas être surpris de trouver dans le
Qur’an, la source des sciences. Tout sujet en lien avec
le ciel et la terre, l’humain, la vie, le commerce et divers
sujets, est occasionnellement abordé, et cela entraine la
production de nombreuses monographies formant des
commentaires sur des parties du Livre Saint. Dans ce
but, le Qur’an a été le responsable de grandes
discussions, et le merveilleux développement de toutes
les branches de la science, dans le monde musulman est
dû, indirectement, à cela . . .162
Iqbal fait la même remarque quand il commente :
Cependant, il est à noter que l’attitude générale
empirique du Qur’an, qui a engendré à ses disciples, un
sentiment de vénération qui fait d’eux les fondateurs
actuels et ultimes de la science moderne. C’est un point
important pour éveiller l’esprit empirique dans une

162
Hartwig Hirschfield: Nouvelles recherches dans la composition et l’exégèse
du Qur’an, p.9.

171
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

époque qui a renoncé au visible car pensant qu’il n’a


aucune valeur dans la recherche de Dieu par
l'homme.163
La philosophie positive du monde provoque, dans l’Islam,
une chose encore plus unique. Le Prophète Muhammad est le seul
dirigeant au monde, et l’Islam la seule religion, qui a créé la quête
de toutes les connaissances (incluant les sciences physiques)
obligatoire pour tous ses disciples, homme tout comme femme. La
toute première révélation, que le Prophète a reçue, commence
avec le mot iqra – recherche la connaissance ! Ensuite, la
révélation est allée donner la psychologie de la quête de la
connaissance, sachant qu’Allah doit être la source de l’inspiration
et de la guidance dans la poursuite de la connaissance.164 La
laïcisation de l’éducation a, aujourd’hui, effectivement détruit le
lien entre Allah et la recherche de la connaissance.
Deuxièmement, il a indiqué les fruits de la quête de la
connaissance. En acquérant la connaissance, l’homme est élevé
étape par étape, dans un monde qui reconnait les valeurs, à l’étape
exaltée de l’honneur et de la gloire.165 Aujourd’hui, le monde est
témoin d’une telle disparition des valeurs que la connaissance est
maintenant en train de faire des recherches dans le but de
fabriquer de la monnaie, d’être riche, de contrôler les autres, et de
vivre confortablement. Finalement, le Qur’an donne la méthode

163
Iqbal, Op.cit. p.13.
164
Rechercher la connaissance au nom d’Allah (Qur’an : 96 :1)
165
Rechercher la connaissance et ton Seigneur, Qui est le Plus Noble (t’élèvera
à un stade honorable). (Qur’an : 96 :3)

172
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

de la quête, à savoir que la connaissance doit être recherchée


systématiquement de manière organisée et scientifique à travers
l’utilisation de la ‘plume’ et tout ce qu’elle symbolise.166 La
‘plume’ symbolise l’inscription des faits, des observations, des
conclusions, des hypothèses, etc. : le développement scientifique
de la langue pour servir comme un instrument propre à la
poursuite et la propagation de la connaissance. Les mots ‘lis’167 ,
‘enseigne’168, et ‘plume’169 impliquent la lecture, l’écriture, les
livres, l’étude et la recherche. Le monde de la connaissance a,
aujourd’hui, perdu de vue cela, et est en train de produire de plus
en plus de personnes qui sont, techniquement, efficaces dans une
seule branche de la connaissance et sont des ânes dans tout le reste
du monde de la connaissance. L’intellect est nourri par des
hamburgers Mc Donald et KFC, et si Mickael Jackson se mettait
à danser sur sa tête, ils l’imiteraient tous, et toute leur éducation
coûteuse danserait avec eux !
Le musulman se sent obligé, par conséquent, d’entrer dans
différentes branches de la connaissance avec une vision qui lui
permettrait d’accumuler la compréhension, l’évaluation et
l’assimilation, avec une perspective critique, la contribution de
différentes nations et de différents érudits, et ; de ce fait, procéder
à la créative et audacieuse tâche qui vise à étendre les frontières
de la connaissance dans toutes les branches de la connaissance.

166
Qui a enseigné avec la plume (Qur’an : 96 :4)
167
iqra
168
‘allama
169
Bil qalam

173
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Les musulmans ont, maintenant, abandonné cette quête. Et, les


érudits de la civilisation occidentale moderne, essentiellement
impie et décadente ont amené les érudits du monde de l’Islam à
la honte.
e. Dieu
Au sujet de Dieu, le Bouddhisme a échoué à donner des
réponses satisfaisantes en lien avec l’origine, l’objectif, le but ou
la destinée de la vie, et la place de l’homme dans le schéma des
choses. Le Bouddhisme ne peut pas non plus donner une
philosophie satisfaisante du monde. En fait, sans Dieu, le
Bouddhisme n’était pas en mesure de le faire et donnait
néanmoins une philosophie de vie totalement inadéquate,
inadaptée et inacceptable de la nature humaine basique. A cause
de cette erreur, le Bouddhisme a été humilié, étant ‘mis sens
dessus dessous’ dans la mesure où il est, aujourd’hui, difficile de
trouver la doctrine initiale de Bouddha dans le Bouddhisme
populaire.
L’Islam, avec Dieu, a donné des réponses éminemment
satisfaisantes que le Bouddhisme ne pouvait pas donner. Grâce à
Dieu, l’homme est un être créé avec une constitution morale
originairement pure, un être spirituel qui survivra à la mort, un
être pleinement personnel doté (de ce qu’aucun autre n’a été doté
dans l’univers) d’un intellect créatif, d’une conscience de soi et
une ‘volonté autodirigée’ (c’a-d., libre arbitre). Grâce à Dieu,
l’objectif et la fin de la vie, tout comme le but de la vie,
deviennent positifs, évolutifs et sublimes. Grâce à Dieu, l’homme

174
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

occupe la place la plus haute dans le schéma des choses. De plus,


grâce à Dieu, ce monde est réel et est un ordre moral, c’est-à-dire,
il est constitué de manière à être compatible au succès de la lutte
morale.
Examinons le lien qui existe entre Dieu et l’homme. Pour
l’Hindouisme philosophique, Dieu ou l’absolu, est le grand
inconnu (OM). Pour le Bouddhisme Mahayana, la réalité
transcendantale, qui a été identifiée avec le nirvana, est
inconnaissable. C’est le néant (sunya). Même l’ancienne pensée
grecque qui, dans sa dernière recrudescence a pris un tournant
religieux avec Plotin, a conçu Dieu, ou, comme il est dit,
‘l’Unique’, comme étant inconnaissable. De ce fait, il devient
impossible de déterminer le lien qui existe entre l’homme et un
Dieu éternellement inconnaissable.
Le Christianisme, et plus tard le Bouddhisme,
l’Hindouisme populaire, et ensuite le Judaïsme sont allés dans
l’autre extrême. Selon le Christianisme et plus tard le
Bouddhisme, Dieu Lui-même est un Homme. (Christianisme :
Jésus ; Bouddhisme : Bouddha). Il se personnifie en tant
qu’homme, vient sur terre pour vivre en tant qu’homme, souffre
de toutes les fragilités, privations et restrictions de l’homme, et,
finalement, meurt comme un homme. Dans l’Hindouisme, les
dieux sont tous des hommes (l’Hindouisme admet aussi les
déesses) qui viennent sur terre et vivent comme des êtres
humains. Le lien, ici, n’est pas de promouvoir l’homme à la
divinité mais la rétrogradation de Dieu à l’humanité. Même le

175
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Dieu du Judaïsme ne peut pas échapper à cet échec. Il ne peut pas


être un homme, mais Il se comporte en tant que tel. Par exemple,
il y avait des juifs qui croyaient que dieu avait un fils appelé Ezra.
De nouveau, il avait créé le monde en six jours et était trop fatigué
qu’Il a dû se reposer le septième jour, etc, etc. !
C’est l’Islam, qui, au lieu de dégrader Dieu, reconnait
l’homme comme le vicaire d’Allah. Non, l’Islam ne proclame pas
que l’Homme a été constitué à l’image, ou d’après le modèle de
la Constitution et Nature Divine, cependant l’Islam peut donner à
l’humanité la recherche idéale pour imprégner les Attributs
Divins.170
Par conséquent, le lien qui existe entre l’homme et Dieu,
est un lien d’affinité. Il est, donc, possible pour l’homme de
devenir pieux, - d’imiter la Personnalité Divine. En fait, l’Islam a
rendu cette imitation de la Personnalité Divine, obligatoire,
comme nous venons de le voir.
Le deuxième aspect de cette relation est que, comme
observé plus tôt, Allah, Lui-même, a désigné l’homme comme
étant Son Vicaire (khalifah) sur terre :

﴾ ً‫ض َﺧﻠِﻴ َﻔ ۭﺔ‬ ِ ‫﴿ إِِﱏ ﺟ‬


ِ ‫اﻋ ٌۭﻞ ِﰱ ْٱﻷ َْر‬ َ ّ
« Je vais établir sur la terre un vicaire (khalifah) ».

170
Cf les hadiths : s’imprégner des attributs divins.

176
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

(Qur’an : 2 :30)

Cela établit une relation étroite entre Dieu et l’homme.


Cependant, pour devenir pieux, l’homme doit connaitre
une chose, de la personnalité divine.
L’Islam dit qu’il est possible de connaitre Dieu. La
connaissance de Dieu arrive à travers différentes étapes. La
première étape se fait à travers la révélation. La seconde étape se
fait à travers l’observation, la raison et l’expérience (morale et
mystique)171. Ces deux étapes, cependant, nous donneront la
connaissance de Dieu seulement dans la mesure où Il est associé
à nous – à Sa création. En fait, le Qur’an entérine sa relation dans
les célèbres quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah. Mais de Dieu,
en Lui-même, - dans Son être essentiel et Son essence, nous
n’avons aucune connaissance.

﴾ ‫﴿ َوَﻻ ُِﳛﻴﻄُﻮ َن ﺑِِﻪۦ ﻋِ ْﻠ ًۭﻤا‬


alors qu'eux-mêmes ne Le cernent pas de leur
science.

(Qur’an : 20 :110)

171
Par rapport au problème de l’existence de Dieu, l’Islam tient la position
selon laquelle Dieu n’est pas prouvé (les preuves étant rationnelles et Dieu
étant suprarationnel). Au contraire, Dieu doit être atteint. Dieu doit être
expérimenté. Mais des arguments rationnels peuvent être utilisés, et en fait ;
doivent l’être, pour suggérer fermement l’existence de Dieu.

177
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Même par analogie, il ne peut pas être saisi ; car, dans son
essence, rien n’est comme lui.172
Ainsi, le Dieu de l’Islam est inconnaissable et connaissable.
L’Islam admet la connaissance de Dieu en adéquation avec les
critères humains. Qu’est-ce que l’homme peut vouloir de plus ?
Il y a beaucoup de raisons pour que l’homme ne puisse pas, et ne
doive pas en savoir plus. Pour commencer, Dieu est un être infini.
L’homme est un être fini. Le fini ne peut pas saisir l’infini. Il est
à l'infini d'embrasser le fini et de lui conférer une connaissance
telle que sa finitude l'admet.
Deuxièmement, c’est une caractéristique psychologique de
la conscience rationnelle de l’homme que de saisir, comprendre
et connaitre une chose est, pour la rendre assujettie. Dans l’acte
de connaissance de la nature totale de Dieu, la conscience
rationnelle sera un affaiblissement et érodant de l’utilité » basique
de la croyance en Dieu.
f. Le concept de Dieu
Quelle est la nature du Dieu de l’Islam et comment le
compare son homologue bouddhiste ? Finalement, le
Bouddhisme n’a pas de Dieu à offrir en comparaison. Ce que les
bouddhistes adorent, maintenant, comme Dieu, -c’a-d., les idoles,
même Bouddha, lui-même, qui se réincarne, - ne se trouve pas
dans le Bouddhisme original. Et, ainsi, il n’est pas vraiment juste

172
Qur’an : 42 : 11

178
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

de faire de ces innovations, la représentation du Bouddhisme


original.
En ce qui concerne le concept général de Dieu, il y a deux
questions fondamentales que nous pouvons soulever.
Premièrement, doit-il y avoir un Dieu ? Et, deuxièmement, s’il y
a un Dieu, quelles doivent être Ses qualités ?
Par rapport à la première question, nous sommes tenus
d’attirer l’attention du lecteur sur cette monographie en tant que
tout, - le Bouddhisme expérimenté sans Dieu, et l’Islam insistant
sur Dieu, et laisser le lecteur en tirer sa propre conclusion.
Maintenant, concernant la seconde question, il doit être
admis que Dieu, dans le but d’être Dieu, doit être l’incarnation
de la sainteté et de la perfection. S’Il est en-dessous de la sainteté
et de la perfection, Il ne peut jamais fonctionner comme le but de
la vie le plus élevé ou l’explication de toutes les choses pour
l’homme. Cela découle clairement du fait que l’homme possède
une conscience esthétique, rationnelle, morale et spirituelle.
Cependant Dieu, l’être parfait, ne peut pas être un être fini, car,
comme l’indique Dr Ansari, la finitude est limitation, la limitation
est lacune, la lacune est défaut, et le défaut est imperfection.173
Par conséquent, Dieu, dans le but d’être parfait, doit être
infini. Même Dieu, l’être infini, doit être Un. Il ne peut pas y avoir

173
Dr F.R. Ansari : Les Fondements de la Foi, p.36

179
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

deux êtres infinis, car l’infinité, par définition, est ce qui est
illimité.
De toutes les religions du monde, c’est l’Islam et l’Islam
seul qui donne le concept de Dieu comme étant parfait, infini et
un.
Le Dieu du Christianisme souffre des imperfections et des
limites de l’homme, dans la mesure où quand il (Jésus) a été cloué
sur la croix, il a finalement crié pour être aidé :
Eli Eli lema sabachthani

Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

(Mathieu : 27 : 46)

Deuxièmement, le concept chrétien de Dieu n’est pas


monothéiste. Il y a tout un monde entre Dieu en tant qu’Un, et
Dieu en tant qu’ ‘un dans trois et trois en un’. La divinité
chrétienne est réellement une trinité.
Le Dieu du Judaïsme d’aujourd’hui, à travers un, n’est pas
parfait. Il a un sens de la justice défectueux puisqu’Il fait preuve
de favoritisme envers un peuple (les juifs) et exclue le reste de
l’humanité (les païens) de la possibilité d’entrer dans le Paradis.
Les dieux et déesses de l’Hindouisme, sont si nombreux
qu’il faut faire un effort pour se rappeler de tous leurs noms.
Dans l’Islam, Dieu l’incarnation de toutes les perfections.
Il est le Dieu existant par Lui-même, subsistant par Lui-même,

180
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

omnipotent, omniprésent, omniscient, en dehors de Lui, il n’y en


a pas d’autres. Il est le compatissant, le miséricordieux,
l’affectueux, le bienveillant, le généreux, le pardonneur, le juste.
Il est l’être pleinement personnel avec lequel l’homme peut, par
conséquent, communiquer.
La discussion précédente a démontré que le concept de
Dieu en Islam n’est pas seulement rationnellement acceptable et
sublime, mais aussi absolument unique et sans pareil.
C. La synthèse
La philosophie musulmane de la vie tourne autour du
principe d’unité (tawhid) qui trouve son expression dans l’unité
de l’homme, du monde et de Dieu, et le concept de foi orientée
rationnellement. Concernant le but de la vie, l’Islam donne l’idéal
de piété. Contrairement au but de la vie bouddhiste, le but
musulman de la vie est défini, positif et éminemment acceptable.
En outre, toutes les conditions nécessaires au succès de la lutte
pour atteindre le but, se trouvent dans les concepts islamiques de
l’homme, du monde et de Dieu.

Conclusion
En conclusion, c’est l’Islam et non le Bouddhisme qui
garantit les conditions de la conscience religieuse de l’homme et,
ainsi, possède la capacité pour survivre dans l’époque moderne, -
une époque qui est témoin du défi le plus puissant du mode de vie
religieux dont a été témoin l’histoire.

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Notre comparaison scripturale, dimensionnelle et


archétypale du Bouddhisme et de l’Islam, tout comme la
comparaison de leurs philosophies de vie respectives a démontré
l’évidente supériorité de l’Islam.
Cela confirme la vérité de la répétition, par trois fois, des
versets qur’aniques qui déclarent :

‫ى أ َْر َﺳ َﻞ َر ُﺳﻮﻟَﻪُۥ ﺑِﭑ ْﳍَُﺪ ٰى َوِدﻳ ِﻦ ٱ ْﳊَ ِّﻖ ﻟِﻴُﻈْ ِﻬَﺮﻩُۥ‬ ِ


ٓ ‫﴿ ُﻫ َﻮ ٱﻟﱠﺬ‬
﴾ ‫ﻴﺪا‬ًۭ ‫َﻋﻠَﻰ ٱﻟ ِّﺪﻳ ِﻦ ُﻛﻠِّ ِﻪۦ َوَﻛ َﻔ ٰﻰ ﺑِﭑ ﱠِ َﺷ ِﻬ‬
C'est Lui qui a envoyé Son messager (Muhammad)
avec la guidée et la religion de vérité [l'Islam] pour la
faire triompher sur toute autre religion (ou idéologies).
Allah suffit comme témoin (qu’Il sera).

(Qur’an : 9 :33 ; 48 :28 ; 61 :9)

FIN
֍֍֍

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Glossaire

Abhidhamma : un des trois livres qui comprend le Tripitaka. Il


traite principalement de la métaphysique bouddhiste.
Adi-Buddha : le grand Bouddha ou le Bouddha primitif.
Ahimsa : non-violence.
Alam al-Amr : le monde de la liberté.
Alam al-Khalaq : le monde déterminé.
Anatta : le non-soi
Anicca : le flux universel.
Arhat : le saint de la secte Hinayana.
Awa gawan : la transmigration des âmes.
Bhikshu : le moine bouddhiste qui vit la vie célibataire
monastique et qui se forme pour prêcher les doctrines religieuses
de Gautama Bouddha.
Bodhisattva : le saint de la secte Mahayana.
Bodhi tree : le célèbre arbre sous lequel Bouddha a atteint
l’illumination.
Dhamma : législation (législation impersonnelle)
Dhammapada : un texte Pali délivrant principalement les
éthiques bouddhistes.

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Dukh : la souffrance
Fana : L’annihilation psychologique de soi comme un prélude à
la sublimation du Soi Divin.
Hinayana : une des deux célèbres sectes du bouddhisme. Elle est
fortement orthodoxe.
Iblis : Satan.
Iman : foi (orientée rationnellement).
Jihad fi sabil Allah : lutte dans le chemin d’Allah, qui impose un
cycle de renaissance sur tout ce qui manque à la perfection
morale.
Khalifatullah : celui qui peut devenir pieux et ensuite fonctionner
comme représentant de Dieu.
Lalitavistara : un texte sanskrit des écritures bouddhistes. Rempli
des miracles de Bouddha.
Madhyamika : une des écoles philosophiques du Bouddhisme qui
soutient qu’il n’y a pas de réalité.
Mahamaya : la mère de Gautama.
Mahatma : le grand soi ou la grande âme.
Mahayana : une des célèbres sectes du Bouddhisme. Elle est
partie en grande partie des enseignements originaux de Bouddha.
Nafs al-ammarah : le soi enclin au mal

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Nafs al-lawwamah : le soi, conscient du mal qu’il a commis, et


regrettant de l’avoir fait.
Nafs al-mutamainnah : le soi libéré du mal et dans un état de
contentement et de paix intérieurs.
Nibbana : identique au nirvana.
Nirvana : salut, illumination, l’état de quiétude contemplative.
Qur’an : la seule écriture de l’Islam.
Sabr : patience.
Sakyamuni : un des noms de Gautama. Signifie littéralement (le
sage de la tribu de Sakya’.
Sarvam dukkam : tout est souffrance.
Sarvam kashnikam : tout est passager.
Sautrantika : une des écoles philosophique du Bouddhisme. Elle
correspond au ‘réalisme critique’.
Siddharta : le nom donné à Gautama.
Skanda : un élément incongru et éphémère.
Suddhodana : le père de Gautama.
Sufis : les sommités spirituelles de l’Islam.
Sunya : le néant

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Sutta Pitaka : un des trois livres qui compose le Tri-Pikata. C’est


une collection de sermons et de discours de Gautama Bouddha et
des incidents de sa vie.
Tanha : le désir, s’accrocher à la vie.
Tathagata : le nom par lequel Gautama s’est appelé. Il signifie
littéralement ‘celui qui a trouvé la vérité’.
Tawhid : l’unité.
Tazkiyah : la purification.
Tri-pitaka : un texte Pali des écritures bouddhistes.
Ummi : illétré.
Vaibhashika : une des écoles philosophiques du Bouddhisme.
Elle correspond au ‘réalisme direct’.
Vinaya pataka : un des trois livres qui compose le Tri-pitaka.
C’est le livre de la discipline.
Yasoddhra : le jeune Gautama et sa belle femme.
Yogacara : une des écoles philosophiques du bouddhisme qui
soutient que seul le mental est réel et que le monde matériel est
vide de réalité.

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ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

Livres du même auteur

⁕ Les Signes du Jour Dernier à l’ère moderne; 2007

⁕ La Sourate al-Kahf et les Temps Modernes; 2007

⁕ La Sourate al-Kahf : texte, traduction et commentaire


moderne; 1ère éd. 2007; 2me éd. 2011

⁕ Le Dinar d’or et le Dirham d’argent – l’Islam et l’avenir


de l’argent; 1ère éd. 2007; 2me éd. 2011

⁕ Jérusalem dans le Coran – un regard Islamique sur le


destin de Jérusalem; 1ére éd. 2001; 2me éd. 2002

⁕ L’Islam et le Bouddhisme dans le monde moderne; 1971

⁕ L’interdiction du Riba dans le Coran et la Sunnah; 1997

⁕ Le Califat, le Hidjaz et l’Etat-nation saoudo-wahhabite;


écrit à Genève en 1976; 1ère éd. 1997; 2me éd. 2013

⁕ Une Jama‘ah – un Ameer: l’organisation d’une


communauté Musulmane à l’ère des Fitan; 1997

⁕ La Religion d’Abraham et l’Etat d’Israël à la lumière du


Coran; 1996

⁕ Les rêves en Islam – une fenêtre ouverte sur la Vérité et


sur le cœur; 1996

187
ISLAM & BOUDDHISME DANS LE MONDE MODERNE

⁕ L’importance de l’interdiction du Riba en Islam; 1996

⁕ Jeûne et Pouvoir: l’importance stratégique du Jeûne de


Ramadan; 1986

⁕ La méthode Coranique pour guérir de l’alcoolisme et de


la toxicomanie; 1996

⁕ George Bernard Shaw et le savant Islamique; 2000

⁕ Une réponse Musulmane à l’attaque de l’Amérique; 2001

⁕ Une explication du mystérieux agenda impérial d’Israël;


écrit en 2006 et rassemblé en recueil et publié en 2011

⁕ Le journal de voyage Islamique; 2008

⁕ Iqbal et le moment de vérité pour le Pakistan; 2011

⁕ Une vision Islamique de Gog et Magog dans le monde


moderne; 1ère éd. 2009; 2me éd. 2012

⁕ Médine reprend sa place centrale Akhir al-Zaman. 2012

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