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Volume

Volume3 2
AfDB
Chief Economist Complex
Africa Capacity Development
Issue
Issue6 1
December
December2012
2011

I Introduction
II Les facteurs de
fragilisation des
Vers une nouvelle approche
systèmes financiers
III Les réalités disparates
de la supervision bancaire
en Afrique
IV Les enseignements
en Afrique
de la crise financière
internationale en Hatem Salahi &Taoufi Rajhiii
matière de supervision
V Un autre cadre
analytique de
supervision bancaire
VI La supervision I Introduction
bancaire basée sur
les risques en Afrique
VII L’importance de la La récente crise financière 2009 a suscité de À ce jour, les meilleures pratiques en matière
supervision off site nombreux appels pour des réformes de la ré- de supervision et de réglementation ont été
et système d’alerte glementation et supervision. La réaction initiale incorporées dans les PFB. Ces principes ont
précoce
VIII Supervision, cycle de à la crise a été relative à des perplexités : com- été publiés en 1997 par le Comité de Bâle
crédit et réforme du ment une telle étendue de difficultés financières sur le contrôle bancaire, composé de repré-
système de garantie
IX Conclusion survient dans des pays où la surveillance des sentants d'organismes de contrôle bancaire
risques financiers a été pensée pour être la meil- des pays avancés. La plupart des pays ont
leure au monde ? En effet, les normes régle- par la suite déclaré leur intention d'adopter
mentaires et des protocoles des pays avancés et de se conformer aux PFB, qui en fait un
Le contenu de ce Brief ayant été au centre de la tempête financière ont standard mondial pour les régulateurs ban-
n’exprime pas nécessaire-
ment les idée de son été imité à travers le monde suite à l'adoption caires. Surtout, depuis 1999, le FMI et la
conseil d’Administration ou progressive des normes internationales de ca- Banque mondiale ont mené des évaluations
celles des pays qu’il repré-
sente pital de Bâle et les Principes Fondamentaux de de la conformité des pays avec ces principes.
Bâle (PFB) pour un contrôle bancaire efficace1. Les évaluations sont effectuées selon une
méthodologie standardisée mise au point par
La crise a révélé des faiblesses importantes le Comité de Bâle et donc constituent une
Mthuli Ncube du système de réglementation financière et du source unique d'information sur la qualité de
Econmiste en Chef et Vice
Président cadre de surveillance à travers le monde, et a la supervision et la réglementation autour du
ECON engendré un débat grandissant sur le rôle que monde. C'est pourquoi, la communauté in-
m.ncube@afdb.org
+216 7110 2062
ces faiblesses peuvent avoir joué dans le dé- ternationale a fait d'importants investisse-
clenchement et la propagation de la crise. En ments dans le développement de ces prin-
Victor Murinde conséquence, la réforme de la régulation et cipes, encourageant leur adoption à grande
Directeur
Institut Africain de Deve- de la supervision est une priorité pour les dé- échelle et évaluant les progrès de leur confor-
loppement cideurs, et de nombreux pays réfléchissent mité.
v.murinde@afdb.org
+216 7110 2075 déjà à la façon comment mettre à niveau de
leurs cadres. Mais faut-il préciser sur quoi les À la lumière de la récente crise et le scepti-
Steve Kayizzi-Mugerwa
réformes doivent être axées ? Qu'est-ce qui cisme quant à l'efficacité de la régulation et
Directeur
Recherche constitue une bonne régulation et supervision la supervision résultant des approches en vi-
EDRE ? Quels sont les éléments les plus importants gueur, il est naturel de s’interroger sur les
s.kayizzi-mugerwa@afdb.org
+216 7110 2064 pour garantir la solidité des banques? Quel différentes dimensions d’un nouveau cadre
devrait être le champ d'application de la ré- analytique de la supervision bancaire qui mé-
Charles Leyeka Lufumpa
Directeur
glementation ? rite d’être implémenté dans les pays africains.
Département de la statis-
tique (ESTA)
c.lufumpa@afdb.org
+216 7110 2175 i Professeur à l’Université de la Manouba, Ecole supérieure de commerce de Tunis.
ii Economiste de formation en chef, EADI.
George Kararach
Consultant
EADI

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II Les facteurs gents, l’intérêt de réviser en profondeur et plus


de fragilisation des rigoureusement la supervision bancaire dans “La crise financière
systèmes financiers ces pays aussi bien au niveau de sa mise en 2009-2010 a eu le
œuvre que dans sa conduite. Il faut admettre mérite aussi de
montrer qu’il ne suffit
La crise financière 2009-2010 a eu le mérite néanmoins que les réformes de régulation fi- pas d’avoir des
aussi de montrer qu’il ne suffit pas d’avoir des nancière en cours de discussion au niveau in- banques solides pour
banques solides pour garantir la stabilité finan- ternational ne sont pas de la même importance garantir la stabilité
financière, et que cette
cière, et que cette dernière ne constitue qu’une dans tous les pays africains, que ce soit en dernière ne constitue
condition nécessaire mais non suffisante. Les termes de capacité de surveillance, de struc- qu’une
interconnexions profondes et complexes entre ture des marchés financiers ou des risques condition nécessaire
mais non suffisante.”
toutes les institutions sont aussi à prendre en inhérents à la stabilité financière. Mais cela ne
compte, car elles pourraient être à l’origine d’un dispense pas les pays en Afrique d’entrepren-
risque de nature systémique. Cette crise inter- dre de nouvelles réformes et exige de la part
nationale a révélé, pour la première fois, l’exis- des autorités financières de chaque pays une
tence d’un phénomène Too Big to Fail selon évaluation de la pertinence ainsi que des inci-
lequel l’importance systémique de certaines dences des réformes, en discussion au niveau
institutions financière empêchait les autorités du Conseil de la stabilité financière et le Comité
de supervision de prendre à leurs égards des de Bâle, sur la supervision bancaire.
mesures correctives au risque de les mettre en
faillite2. De même, cette crise financière a bien Tout projet de réforme à même de relever les
montré les effets néfastes de l’industrialisation défis de l'avenir doit intégrer impérativement
à outrance des activités bancaires et financière certaines dimensions fondamentales de la sur-
et identifié de nouvelles sources de fragilité du veillance, à savoir le cadre analytique de la su-
secteur financier qui sont inhérentes au recours pervision et le développement des compé-
à une ingénierie financière de plus en plus com- tences du personnel chargé de l’inspection et
plexe. La discipline de marché, à laquelle les du contrôle bancaire. Il va falloir aussi aux pays
banques devraient être soumises et malgré le africains de progresser dans la conformité aux
rôle joué par les agences de notation afin de la PFB et garantir un contrôle bancaire efficace à
renforcer, s’est avérée défaillante1. Par ailleurs, travers la région. L’adoption en Afrique du ca-
le Business model, longtemps adopté par les dre de Bâle, aussi bien dans sa version II que
banques, montre désormais leur dépendance III, constitue l’un des défis auxquels les autori- “L’adoption en Afrique
du cadre
excessive de la liquidité des marchés2 soit à tés de régulation seront amenées à relever,
de Bâle, aussi bien
travers les opérations de refinancement sur les dans un avenir proche, et à progresser dans dans sa version II que
marchés interbancaires, soit à travers les opé- l’application de ce cadre dans ses trois piliers. III, constitue l’un des
défis auxquels les
rations de titrisation. Enfin, les risques ne vien- Cette mutation imminente que constitue le pas-
autorités
nent pas uniquement des banques mais aussi sage à l’application des principes de Bâle II ne de régulation seront
du secteur des Shadow Banking3. Enfin, la crise se réduit pas simplement à une refonte de la amenées à relever,
dans un avenir proche,
financière internationale 2009-2010 a exhibé norme de solvabilité mais vise plutôt la mise
et à progresser dans
indéniablement la déficience de la supervision en place d’un dispositif robuste d’évaluation l’application de ce
bancaire et son incapacité à anticiper la crise. et de gestion de risque. Toutefois, il est à noter cadre dans ses trois
piliers.”
que la supervision bancaire en Afrique évolue
III Les réalités disparates à plusieurs vitesses où des pays ont déjà réussi
à mettre en place l’approche standard d’éva-
en Afrique
luation du risque de crédit dans l’esprit de Bâle
Il ressort de ce dernier constat qu’il convient II (par exemple, l’Afrique du Sud, le Maroc ou
de souligner, dans le contexte des pays émer- l’Ouganda) et projettent d’opter pour les mé-

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Encadré N°1 Les trois piliers de Bâle 2

Les trois piliers de Bâle 2 résument le dispositif de la réglementation prudentielle en précisant les risques
à couvrir, la méthode de les évaluer, les exigences qualitatives et le niveau de communication à mettre
en œuvre.

Pilier 1 : Exigences minimales de fonds propres qui est consacré aux exigences minimales de fonds
propres garantissant une plus grande couverture des risques de crédit, de marché et opérationnel. Dans
le cadre de ce pilier, le ratio des fonds propres pondérés des risques, dénommé ratio de solvabilité ou
ratio McDonough succédant au ratio Cook, doit être supérieur à 8%. L’appréciation du risque tient
compte de la qualité intrinsèque de la contrepartie et de la structuration des transactions. Par rapport à
Bâle 1, le périmètre de garanties et de collatéraux a été étendu dans le ratio McDonough. En fonction de
la méthode cible envisagée (standard ou avancée), le comité de Bâle définit les exigences de mise en
œuvre de la méthode. Ces exigences constituent les critères d’agrément du système d’évaluation des
risques de la Banque par le régulateur.

Pilier 2: Processus de surveillance prudentielle qui est réservé au processus de surveillance


prudentielle qui permet de fixer des exigences au-delà du minimum imposées par le pilier 1. Il s’agit
d’inciter les banques à mieux contrôler tous les autres risques : risque de taux, risque de liquidité, risque
de concentration, risque de réputation, risque stratégique, risques résiduels, et à procéder à une
autoévaluation du capital nécessaire pour les couvrir (capital économique). Il est exigé de la part des
banques, de conduire des stress tests pour chaque type de risque de sorte à évaluer l’impact d’une crise
ou d’un événement imprévu sur les fonds propres de la banque. L’objectif de ce pilier est crée une base
de dialogue entre la banque et l’autorité de contrôle pour examiner le profil de risque de l’établissement
de crédit, et ce en vue de permettre au superviseur d’imposer des mesures correctrices soit par une
amélioration des contrôles internes, soit en augmentant l’exigence en capital réglementaire. Dans le
cadre de pilier, l’accent n’est pas seulement porté sur le calcul du capital économique mais aussi
l’examen des méthodologies utilisées dans la gestion des différents risques et l’obligation de validation
de ces méthodes par l’autorité de supervision. De même, cette dernière doit avoir un droit de regard sur
la gouvernance des risques dans la banque (information du management, audit).

Pilier 3: Discipline de marché qui est destiné à favoriser la discipline de marché accrue qui permet de
promouvoir la transparence et l’émulation en développant un ensemble d’exigences de communication
financière permettant aux acteurs du marché d’apprécier des éléments d’information essentiels sur les
fonds propres, les expositions au risque, les procédures d’évaluation des risques et, par conséquent,
l’adéquation des fonds propres de l’établissement. Cela exige d’instaurer un dispositif de communication
financière qui ne soit pas en contradiction avec les exigences découlant des normes comptables exigées
par ailleurs, en particulier une cohérence et une complémentarité avec les normes IFRS 7. Dans ce cadre,
les banques sont tenues de publier les informations qualitatives et quantitatives sur les risques sur une
base semestrielle, hormis certaine exceptions telles que les informations donnant un aperçu général des
objectifs et politiques de gestion des risques propres à une banque. Ces informations peuvent être
communiquées sur une base annuelle. Les parties qualitatives portent sur la politique et l’organisation
générale, la spécification des différentes méthodes choisies pour chaque type de risque; les procédures
mises en œuvre dans chaque filière risque; et le suivi des dispositifs de gestion des risques et le stress-
testing. Quant aux parties quantitatives, elles retracent de façon précise l’ensemble des expositions et
des exigences de fonds propres selon les différents axes d’analyse pour chaque type de risque

Source : Convergence internationale de la mesure et des normes de fonds propres, Comité de Bâle sur le
contrôle bancaire, juin 2004.

IV Les enseignements
thodologies avancées permettant de calculer
les fonds propres réglementaires qui seraient de la crise financière
davantage en adéquation avec les qualités in- internationale en matière
trinsèques de la transaction. Cela suppose de supervision
qu’ils parviennent à construire une plateforme
électronique de recueil des données à une pé- Il faut reconnaître que pendant que les pro-
riodicité régulière. Cependant, dans la plupart cessus de la supervision bancaire dans le
des pays, la priorité n’est souvent pas accor- monde évoluaient sur les vingt dernières an-
dée à l’application des règles de fonds propres nées, d’autres questions de régulation ont été
relatives au pilier 1 (Encadré N°1), mais plutôt soulevées. L'activité bancaire a été envisagée
à la nécessité de renforcer la capacité de su- pour être profondément décloisonnée et déré-
pervision comme condition préalable à l'adop- glementée (par exemple moins de restrictions
tion des règles plus complexes du cadre de géographiques, suppression des restrictions
Bâle. sur les produits financiers et la règlementation

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des taux d'intérêt). Internationalement, les ré- iii) le recours abusif par les banques à la mo- “Un processus de
gulateurs bancaires étaient conscients depuis délisation financière et à l’économétrie sophis- supervision rigoureux
se résume
les années 1980 qu'il y avait des différences tiquée pour l’estimation de certains risques; iv)
en cinq
dans les approches de régulation et de super- le manque de consensus sur l'établissement caractéristiques
vision bancaires et qu’il n'y avait pas un seul d'un cadre de supervision et de régulation qui essentielles : i)
la surveillance par le
standard de comptabilité pour les rapports an- concilie l'objectif de stabilité financière avec la
conseil
nuels des banques. De plus, l’environnement nécessité de contenir l'aléa moral surtout dans d’administration
des banques évolue au rythme des innovations les pays où le secteur public est large et où et la direction générale
; ii) l’évaluation saine
financière et technologique, et les méthodes l’autorité de contrôle joue à la fois le rôle de
des fonds propres ; iii)
de supervision en vigueur pourraient rapide- juge et partie6 ; v) la non-reconnaissance par l’évaluation exhaustive
ment montrer leurs défaillances dans le cas où les banques qu’elles ont une incitation à vouloir des risques; iv) la
surveillance et
il se manifesterait un événement non-anticipé des exigences moins strictes sur leur effet de
notification ;
touchant une classe d’actifs qu’on supposait levier et la structure des maturités, en vue de v) l’analyse par le
a priori à l’abri de chocs (exemple crédits im- maintenir une rentabilité élevée. contrôle interne.”
mobiliers)4. D’où l’intérêt de la surveillance de
la qualité de gouvernance dans la gestion des Le renforcement des capacités des autorités
risques et l’examen de saines méthodologies de supervision semble donc une étape impor-
utilisées dans ce management. Là encore, des tante à franchir et à même d’appuyer une
capacités plus grandes de supervision finan- vague de réformes d’une nouvelle génération.
cière, tant au niveau micro-prudentielle que En effet, la supervision bancaire est essentielle
macro-prudentielle5, ne peuvent que renforcer pour une évaluation prudente et efficace des
la stabilité financière et garantir la pérennité risques encourus afin de préserver la solvabilité
des systèmes financiers sur le continent afri- des banques et garantir la stabilité financière7.
cain. Assurer l'intégrité et la solidité du système ban-
caire, cela suppose la mise en place d’une su-
pervision permanente des banques et établis-
V Un autre cadre sements financiers, et ce à travers des
analytique procédures d'évaluation de la conformité aux
de supervision normes minimales de suivi, de gestion et de
bancaire maîtrise des risques ainsi qu’aux exigences en
matière de communication financière. Les au-
A vrai dire, l’évolution de la surveillance ban- torités de contrôle doivent s’assurer en per-
caire doit tenir compte des enseignements de manence que ces exigences sont satisfaites.
la crise financière internationale de 2008/09.
Ces derniers ont montré la déficience de l’ap- Un processus de supervision rigoureux se ré-
proche de supervision et ont fait perdre certains sume en cinq caractéristiques essentielles : i)
aspects fondamentaux de la surveillance ban- la surveillance par le conseil d’administration
caire. A titre d’exemples, on pourrait citer : i) et la direction générale ; ii) l’évaluation saine
les difficultés que posent l’utilisation de la notion des fonds propres ; iii) l’évaluation exhaustive
d’actifs pondérés en fonction des risques des risques; iv) la surveillance et notification ;
comme une norme internationale de la capita- v) l’analyse par le contrôle interne. Cela revient
lisation ; ii) le cadre prudentiel qui n’a pas la à dire que les organes de direction doivent être
même signification dans les différents pays en en mesure d’appréhender la nature des risques
l’absence d’une norme internationale sur la encourus par leur établissement et l’adéquation
classification et le provisionnement de crédit; des fonds propres à l’ampleur de ces risques8.

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De même, ils doivent s’assurer que les pro- contrôles, procédures et politiques afin non
cessus de gestion des risques correspondent seulement de minimiser, tant soit peu, le risque
au profil de risque et au plan d’activité de l’éta- mais surtout garantir une gestion saine des ex-
blissement. Il incombe alors aux autorités de positions aux risques. C’est la raison pour la-
supervision de s’assurer que le plan stratégique quelle elle accorde beaucoup d’importance à
de la banque fait ressortir ses besoins en fonds l’évaluation de la capacité des organes de di-
propres, les dépenses en capital prévues, le rection des institutions financières à gérer les
niveau de fonds propres souhaitable et les risques externes (concurrence, risques systé-
sources externes de capitaux. L’autre principe miques). A cet égard, cette approche paraît
décisif dans la fonction de supervision réside fort utile aux autorités de supervision bancaire
dans la capacité des autorités de contrôle à ayant la charge du monitoring des risques ac-
intervenir suffisamment à l’avance afin d’éviter cumulés dans le système financier.
que les fonds propres ne deviennent inférieurs
aux niveaux minimaux requis compte tenu des
caractéristiques de risque d’une banque don- VI La supervision bancaire
née. Cela suppose que les superviseurs ont basée sur les risques
les moyens de mettre en œuvre, à bref délai, en Afrique
des mesures correctives si le niveau de fonds
propres n’est pas maintenu ou rétabli. L’approche de la supervision présente l’avan-
tage de distinguer les différentes institutions fi-
Il existe trois approches en termes de surveil- nancières sur la base des profils de risques
lance: Bottom-up, Top-down et supervision encourus, chaque exposition est alors pondé-
basée sur les risques. L’approche du Bottom- rée différemment. Dans un tel cadre, le rôle
up s’appuie essentiellement sur des procé- des autorités de supervision consiste, d’une
dures d’audit standards pour toutes les insti- part, à veiller à la qualité de la gestion des
tutions et valide les états financiers et risques et du contrôle interne mis en œuvre
l’adéquation des contrôles internes tradition- par les établissements de supervision (objectif
nels. Cette approche traite essentiellement les prudentiel basé sur l’évaluation du risque), et
manifestations des risques suite, par exemple, d’autre part, s’assurer du caractère satisfaisant,
à la hausse des taux des prêts non performants sur une base permanente, du processus de
ou la baisse du ratio de solvabilité; plutôt que détermination et d’évaluation par les établis-
leurs origines (problèmes de gouvernance, de sements, de l’adéquation du niveau de leurs
gestion). Elle incite les établissements de crédit fonds propres. De ce point de vue, la supervi-
à diminuer leurs risques au lieu de mieux le sion basée sur les risques est l’outil prudentiel
gérer. Quant à l’approche du Top-down, elle qui permet de concentrer les ressources de
se fonde sur une analyse financière globale et supervision sur les zones à plus gros risque au
une analyse des politiques, systèmes et pra- sein des différentes institutions financières. Le
tiques de management. Les décisions prises but ultime est l’évaluation des risques et des
“Enfin, l’approche de
la supervision basée
aux niveaux supérieurs de la hiérarchie seront procédures de gestion, des réglementations
sur les risques répercutées et traduites en plans d’actions sui- et des procédures dans le contexte de contrôle
constitue une vis et maîtrisés par les managers au moyen des risques. Elle fournit un cadre flexible pour
mutation des
d’indicateurs adéquats. Enfin, l’approche de régler et diriger prudemment toutes sortes de
systèmes de
supervision dont le la supervision basée sur les risques constitue services financiers, et ce au lieu d’interdire des
but est d’améliorer une mutation des systèmes de supervision activités qui contraignent l'intermédiation finan-
l’exhaustivité et le
dont le but est d’améliorer l’exhaustivité et le cière efficace et innovatrice.
caractère préventif de
la supervision caractère préventif de la supervision bancaire.
bancaire.” Cette approche est une forme avancée de su- L’implémentation d’une telle démarche dans
pervision ‘Top-down’ et utilise un cadre d’ana- les pays émergents en Afrique exige au préa-
lyse pour évaluer les pratiques de gestion, lable le renforcement des compétences du per-

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sonnel affecté au contrôle prudentiel afin qu’il une date en vue de définir la contribution de “L’implémentation
d’une telle démarche
soit qualifié à apporter un jugement sur l’éva- chaque institution. En complétant la supervision
dans les pays
luation de toutes les catégories de risques en- micro-prudentielle par celle macro-prudentielle, émergents en Afrique
courus par les banques examinées. Une inté- il serait alors plus aisée d’identifier les risques exige au préalable le
renforcement des
gration opérationnelle des techniques de stress accumulés dans le secteur financier à cause
compétences du
tests, par exemple dans la gestion des risques des canaux d’interconnexion et de diffusion et personnel affecté au
telles qu’elles sont préconisées par Bâle II, de- être en mesure en définitive de changer les contrôle prudentiel
afin qu’il soit qualifié à
vrait faire partie des objectifs premiers des su- comportements individuels lorsqu’un risque
apporter un jugement
perviseurs en Afrique. Le choix pourrait se faire systémique est décelé. Toutefois, on devrait sur l’évaluation de
entre deux approches. La première consiste attendre encore quelques années pour que les toutes les catégories
de risques encourus
en une démarche «Top-down», c’est-à-dire études effectuées dans les centres de re-
par les banques
descendante où l’exercice est réalisé à un ni- cherche proposent des réponses satisfai- examinées.”
veau centralisé par les autorités de supervision santes.
pour mesurer l’effet de chocs sur l’ensemble
du système bancaire. La seconde consiste en
une approche «Bottom-up», autrement dit as- VII L’importance
cendante, où les institutions financières calcu- de la supervision off site
lent leurs propres pertes conditionnelles à un et système d’alerte
scénario donné ; mais c’est l’autorité de su- précoce
pervision qui effectue l’agrégation sur une base
individuelle. Ces tests de résilience sont des Un autre préalable non de moindre importance
exercices particulièrement utiles pour mesurer pour la construction d’un nouvel édifice de su-
la solidité/vulnérabilité du système bancaire aux pervision bancaire consiste à faire doter les
chocs macroéconomiques sur la base de pré- banques des systèmes d’information à même
vision portant par exemple sur ralentissement d’accroître leurs capacités de gestion de risque
de la croissance, aggravation du chômage, la à court, moyen et long termes. Cette exigence
baisse de l’indice de prix-logement ou la répond à un double objectif. D’abord, le su-
hausse des crédits non performants. La rési- perviseur aurait la capacité d’étendre le
lience est mesurée à plusieurs niveaux : solva- contrôle On site (ou sur place) à celui Off site
bilité, qualité des actifs, liquidité, rentabilité et (ou sur pièces) en mettant à sa disposition les
la probabilité de défaut des établissements de outils nécessaires ainsi que des données plus
crédit. En résumé, ces tests ne font que ren- transparentes et fiables. Les autorités de
forcer le processus de supervision et contribuer contrôle doivent examiner régulièrement le pro-
à l’amélioration de la gestion des risques tant cessus d’évaluation par les banques de leur
au niveau de leur concentration qu’au niveau exposition au risque. Cet examen peut reposer
de leur répartition. sur une inspection sur place, une analyse sur
pièces contenues dans les états financiers an-
La mise en place de tests de résilience dans le nuels ou un rapport de gestion, des entretiens
cadre d’un dispositif de surveillance macro- avec les dirigeants ou un examen des travaux
prudentielle devrait constituer une avancée re- effectués par des auditeurs externes. Ensuite,
marquable en termes de réformes du cadre le contrôle Off site devrait permettre une ana-
prudentiel envisagées par les autorités de sur- lyse plus fine de la solidité financière des
veillance bancaire en Afrique. Mais il faudrait banques à travers un certain nombre d’indica-
régler au préalable la question de calibrage des teurs, classer les banques sur la base d’un ra-
outils prudentiels selon la contribution de ting global de chaque établissement de crédit
chaque institution au risque systémique ; et la à partir de la notation de plusieurs compo-
quantification fiable et solide du risque globale santes et construire un système d’alerte pré-
et sa répartition au sein du système financier à coce pour identifier les banques qui s’exposent

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à un risque élevé. Pour ce faire, les autorités un dilemme difficile à résoudre et qui consiste
de contrôle calculent des scores par compo- à concilier l’exigence de rendre le crédit encore
sante financière et déterminent un rating global plus accessible et la nécessite de contrôler
pour chaque banque examinée. Ces scores l’excès de dettes circulant dans l’économie qui
sont fort utiles aux superviseurs pour s’assurer serait à l’origine même de la récurrence des
de la conformité de chaque banque aux dis- crises financières. Certes, le crédit bancaire
positions réglementaires et d’identifier les éta- aux PME et aux ménages constitue souvent
blissements de crédit en péril à partir de ces un moteur indispensable à la reprise dans une
indicateurs prospectifs. conjoncture incertaine. Mais, il peut être aussi
source de création monétaire alimentant l’in-
L’attribution d’une note ou d’un score à flation et susceptible d’entretenir les bulles de
chaque établissement de crédit présente un prix d’actifs boursiers ou immobiliers. L’éco-
double mérite. D’abord, cela permet de tra- nomie pourrait alors faire face à une situation
duire les différents indicateurs de performance où les prix d’actifs augmentent sensiblement
et de solvabilité des banques en une estima- et deviennent de plus en plus déconnectés
tion de l’état de fragilité (ou de solidité), et des fondamentaux économiques.
donc du risque de défaillance de la banque.
Les établissements classés dans les zones En tout état de cause, il est important de noter
de risque, affichant par exemple une proba- que la solution consiste à améliorer la régle-
bilité de faillite au-dessus du seuil de tolé- mentation bancaire et le cadre analytique de la
rance, feront alors l’objet d’une supervision supervision tout en encadrant plus strictement
plus intense de la part des autorités. Le prin- le cycle de crédit et restructurant le système
“Ensuite, la
cipal avantage de la supervision off site est de garantie des crédits particulièrement desti-
supervision off site
peut être appliquée qu’elle constitue une analyse prospective de nés aux PME. Cela permet de prévenir, d’une
systématiquement à la solidité financière des banques et n’exige part, un rationnement de crédit pour les entités
l’ensemble des pas un contrôle On-site fréquent. Ensuite, elle les plus risquées notamment les PME généra-
institutions du
secteur et permet une peut être appliquée systématiquement à l’en- lement créatrices d’emploi, et d’autre part, le
surveillance « en semble des institutions du secteur et permet risque de déstabilisation du système financier
continue », et par une surveillance « en continue », et par consé- lorsque ce dernier assiste à un accroissement
conséquent de réagir
rapidement à chaque quent de réagir rapidement à chaque fois que rapide du crédit et des hausses de prix d’actifs
fois que la situation la situation d’un établissement financier se insoutenables. De ce point de vue, une opti-
d’un établissement détériore brusquement. Enfin, cela autorise à misation de la politique de fonds propres est
financier se détériore
brusquement.” procéder à une analyse comparative de la certainement nécessaire. Mais le régulateur
qualité de gouvernance des risques de doit veiller à fixer des exigences réglementaires
chaque établissement. de fonds propres suffisamment élevées afin
d’éviter les effets néfastes de retournement de
cycle sur le système bancaire ; sans toutefois
VIII Supervision, cycle tomber dans les écueils de la standardisation
de crédit et réforme internationale parfois éloignées des réalités de
du système de garantie beaucoup de pays africains émergents.

Il n’en demeure pas moins que le renforcement


de solidité du système bancaire, en appliquant
IX Conclusion
des règles plus strictes en matière de qualité
des fonds propres et de liquidité, pourrait avoir Les systèmes financiers en Afrique évoluent
des effets négatifs sur la distribution de crédit rapidement, mais le gap de supervision et de
et la croissance économique surtout dans les régulation demeure important au regard des
pays où les banques jouent un rôle de premier meilleurs pratiques à l’échelle internationale. Il
plan dans le financement du tissu productif. est alors impératif de progresser dans les ré-
formes en adoptant un nouveau cadre de su-
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Cependant, il faut reconnaître qu’on est devant

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pervision bancaire à même de gérer mieux les une analyse prospective des risques encourus
différents risques auxquels sont exposées les par les institutions financières permettant aux
institutions financières et les prémunir contre autorités de supervision d’intervenir à temps
le risque de faillite. Cela suppose l’implémen- et d’être en mesure de garantir aussi bien la
tation d’un cadre méthodologie où l’on adopte stabilité que la pérennité du système financier.

References 5. CBCB (Comité de Bâle sur le contrôle ban-


caire), 2006. « Principes fondamentaux pour
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