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Katsushika HOKUSAI
Les « Trente-six vues du mont Fuji »

(Fugaku sanjû-rokkei)
Série de 46 planches, 36 estampes à cerne bleu et 10 planches supplémentaires à contour noir, vers 1829-1833

Signatures (variables d'une planche à l'autre) : « Hokusai aratame litsu hitsu » / « zen Hokusai litsu hitsu » / « Hokusai litsu hitsu » / « zen saki no Hokusai litsu hitsu »
Inscriptions : titre de la série, suivi du titre de l'estampe dans un cartouche rectangulaire, dans la partie supérieure, tantôt à droite, tantôt à gauche
Éditeur : Eijudô (Nishimuraya Yohachi). Cachet de censure : kiwame (approuvé). Certaines épreuves ne portent ni le sceau de l'éditeur, ni celui du censeur.
Nishiki-e ; format ôban yoko-e (horizontal), soit environ 250 x 380 mm avec les marges
BnF (Bibliothèque nationale de France), Estampes, Rés.

© Bibliothèque nationale de France

1re vue : Sous la vague au large de Kanagawa (Kanagawa-oki nami-ura)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-1

Cette estampe, emblématique de l'art japonais, ouvre la série des Trente-six vues du mont Fuji.
La composition met en valeur le contraste entre la force de la nature et la fragilité de la vie humaine. Cette idée est exprimée par la vulnérabilité des embarcations et le déferlement de la vague
immense. La sombre ligne de partage entre la mer et le ciel souligne l'opposition entre les forces obscures et terrestres d'un côté, célestes et lumineuses de l'autre, symbole du ying et du yang.
Les orientations du bouddhisme - axées sur le caractère éphémère des choses - et celles du shintoïsme - dirigées vers la toute puissance de la nature - sont visibles dans cette estampe et lui confèrent
une forte dimension spirituelle.
L'art occidental a manifestement influencé Hokusai. En plaçant la vague au premier plan - et non le mont Fuji - et en se situant lui-même au cœur de l'action, il fait, là, preuve d'innovation.
Le thème de la « grande vague » a parallèlement inspiré les peintres impressionnistes ou un compositeur comme Claude Debussy, qui la fera reproduire sur la couverture de sa célèbre symphonie, La
Mer.

2e vue : Le Fuji rouge dans une embellie (Gaifû Kaisei)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîte 4, JB 781

Plusieurs titres désignent cette estampe célèbre de Hokusai : Fuji à l'aube, Fuji rouge ou rafraîchissante embellie, vent calme et beau temps, journée limpide avec vent du sud. Le vocabulaire désigne à
la fois la couleur du volcan et la clémence du temps.
Le trait est sobre, voire minimaliste. La différence d'échelles entre la masse du volcan qui domine la composition et la taille des arbres représentés, ainsi que la gamme chromatique choisie - le rouge
brun dominant -, soulignent la puissance et la majesté de la Montagne sacrée.

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3e vue : L'orage sous le sommet de la montagne (Sanka haku-u)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, JB 784

Cinq plans distincts occupent cette vue du mont Fuji, dessiné ici par temps d'orage : la cime des arbres, précédée par une brume bleutée, une chaîne de montagnes de faible altitude, les cumulus
ensuite ; un ciel bas enfin. Le sixième plan est, lui, constitué par la présence centrale du volcan assombri, témoin hiératique et impassible d'éléments déchaînés, figurés en bas à droite de la
composition par la lumière orange de l'éclair.
Le dépouillement de trait et la gamme de couleurs limitée au brun et au bleu renforcent l'aspect austère et grandiose du mont Fuji.
Les lignes brisées qui figurent en bas à droite de la composition peuvent évoquer aussi bien l'orage que les fissures du violent séisme d'où naquit la Montagne sacrée.

4e vue : Sous le pont Mannen à Fukagawa (Fukagawa Mannen-bashi no shita)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 4

Selon son habitude, Hokusai joue sur des lignes géométriques pour structurer sa composition : l'arc très marqué du pont Mannen chargé de passants, le triangle au loin pour le mont Fuji, les lignes
verticales pour les piles du pont. Les berges de la rivière Fuka sont figurées par des lignes obliques ; la rive opposée de la rivière Sumida ainsi que le ciel, par des horizontales.
Dans cette estampe, l'artiste met en pratique les principes de la perspective occidentale : minuscule mont Fuji au loin, décentré, et premier plan animé par une barque chargée de marchandises.

5e vue : Sundai à Edo (Tôto Sundai)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-5

Cette estampe évoque une scène de la vie quotidienne dans un quartier de Tôkyô, appelé autrefois site de Sundai. Villageois, voyageurs, pèlerins, marchands ambulants, coolies, ainsi qu'un samouraï à
gauche de la composition se croisent sur une route aménagée à flanc de colline. Au fond, le mont Fuji recouvert de neige.

6e vue : Le pin-coussin à Aoyama (Aoyama enza-no-matsu)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-6

L'artiste représente ici les jardins du temple zen Ryûganji à Edo. Un groupe de pèlerins piquent-niquent, tandis qu'un homme chemine en compagnie d'un enfant à qui il montre le volcan.
Dans cette estampe, Hokusai montre son attention aux détails et son goût pour les formes géométriques. Il joue sur le contraste entre les deux masses qui dominent la composition : au premier plan,
la végétation ronde comme un gros coussin ; le mont Fuji hiératique à l'arrière-plan.

7e vue : Senju dans la province de Musashi (Bushû Senju)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-7

Un paysan et son cheval bâté chargé d'herbe occupent le premier plan de la scène. L'homme admire le mont Fuji enneigé qui se profile derrière l'armature d'une maison en construction.
Les nombreuses lignes horizontales et verticales qui rythment la composition ainsi que la forme, ronde, des chapeaux de paille des pêcheurs à la ligne soulignent le goût qu'a Hokusai pour les formes
géométriques. Détail touchant : le paysan a sans doute capturé un animal -crabe ou tortue- qu'il tient, attaché aux rênes de son cheval avant de l'offrir à ses enfants.

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8e vue : La rivière Tama dans la province de Musashi (Bushû Tamagawa)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-7

Trois bandes parallèles, conformes à la perspective traditionnelle chinoise -la berge, la rivière et le ciel- renforcent l'impression de sérénité de cette composition. Le courant et les vagues sont
schématisés par de simples traits, conformément à l'esthétique japonaise.
Le mont Fuji qui se dresse au loin contribue à l'impression de tranquillité d'une scène témoignant de la vie de gens modestes -ici paysans et pêcheurs-, qu'Hokusai aime à représenter.

9e vue : Le col d'Inume dans la province de Kai (Kôshû Inume-tôge)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 9

Trois plans différents composent cette estampe. Des voyageurs, suivis de leurs chevaux, franchissent une colline. Quelques arbres occupent le milieu de la composition en partie baignée dans la
brume. Seule, la cime enneigée du mont Fuji apparaît au loin.
Le coucher de soleil réchauffe ce paysage d'un dégradé de couleurs chaudes. L'imprimeur a obtenu cet effet en essuyant l'encre de sa planche avant le tirage.

10e vue : Les champs de Fujimi dans la province d'Owari (Bishû Fujimigahara)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 10

Le cercle parfait du tonneau qu'assemble l'artisan dans cette scène cadre le paysage champêtre. Le contraste entre cet élément immense et le minuscule triangle du mont Fuji, au fond de la
composition, indique l'importance qu'Hokusai accorde au travail artisanal et à la condition humaine en général. La structure géométrique de cette estampe est particulièrement recherchée.

11e vue : Le temple du Honganji d'Asakusa à Edo (Tôto Asakusa Honganji)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-11

Deux éléments triangulaires composent cette estampe : le fronton du temple au premier plan ; le mont Fuji enneigé au loin. Des ouvriers réparent la toiture de l'édifice.
Un échafaudage, composé de structures de bois hautes et minces, émerge des nappes de brouillard blanc. Il s'agit d'une tour d'alerte des incendies. Un cerf-volant se déploie au milieu de la scène,
symbole du Nouvel An. Les tonalités bleues suggèrent le froid de l'hiver.

12e vue : L'île de Tsukuda dans la province de Musashi (Buyô Tsukuda-jima)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 12

L'île de Tsukuda représentée sur cette estampe était alors prospère. En témoigne l'activité que dépeint ici Hokusai : toitures de maisons accolées, embarcations nombreuses, bateaux, bacs et chalands.
Au loin, le mont Fuji enneigé.

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13e vue : La plage de Shichiri dans la province de Suruga (Sôshû Shichiri-ga-hama)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 13

Hokusai figure ici un paysage dépouillé dans l'atmosphère glaciale d'un matin d'hiver. On devine dans l'anfractuosité de la côte un petit village de masures aux toits de paille. Imprimée dans des
couleurs froides -bleu de Prusse, blanc et vert- cette estampe montre un mont Fuji au loin, recouvert de neige.

14e vue : Les champs du hameau d'Umezawa dans la province de Sagami (Sôshû Umezawa-zai en Sagami)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-14

Oiseaux sacrés au Japon et symboles de longévité, seules des grues animent ce paysage sauvage. Deux oiseaux s'élèvent vers le mont Fuji, dont la cime se confond avec le ciel. Une impression de
sérénité se dégage de cette harmonie.

15e vue : Kajikazawa dans la province de Kai (Kôshû Kajikazawa)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-14

Cette estampe est un des chefs-d'œuvre de la série. Elle témoigne de la nécessaire communion de l'homme avec la nature. Cette notion, caractéristique de l'âme japonaise, est empreinte de spiritualité
shintoïste.
Hokusai emprunte ici aux maîtres chinois la figure du plein et du vide. Le tumulte des flots et la richesse graphique du premier plan s'opposent au vide à peine coloré du second plan de l'estampe. La
composition repose sur deux triangles. Celui du mont Fuji au loin, précédé par celui que constituent le promontoire rocheux et les lignes du pêcheur.

16e vue : La passe de Mishima dans la province de Kai (Kôshû Mishima-goe)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, JB 801

Le tronc majestueux d'un cèdre immense divise verticalement la composition qui évoque des scènes de la vie quotidienne : un paysan se repose en fumant sa pipe ; sur la droite, quelques passants
empruntent un étroit sentier. Au centre, trois voyageurs semblent mesurer la circonférence de l'arbre en l'encerclant de leurs bras. S'agit-il là d'un rituel destiné à vénérer cet arbre gigantesque ?
La tradition shintoïste attribue en tout cas un esprit divin aux forces de la nature dont l'attitude des voyageurs rend, peut-être, compte. Cette estampe montre l'importance qu'Hokusai attachait à la
composition géométrique de ses estampes.

17e vue : Le lac Suwa dans la province de Shinano (Shinshû Suwa-no-ko)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-17

Minuscule sommet enneigé à l'arrière-plan de l'estampe, le mont Fuji s'intègre dans une composition dédiée à un lac de montagne. Deux pins équilibrent avec élégance cette estampe et se déploient
au-dessus d'un petit sanctuaire dont la forme triangulaire rappelle celle du volcan.

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18e vue : Le coup de vent dans les rizières d'Ejiri dans la province de Suruga (Shunshû Ejiri en Suruga)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 18

Sept voyageurs, sur une route sinuant entre les rizières, luttent contre des rafales de vent. Cette scène s'oppose à l'évocation du mont Fuji, statique à l'arrière-plan, et simplement évoqué par un trait
sobre.

19e vue : Les scieurs dans les montagnes de Tôtômi (Tôtômi sanchû)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, JB 795bis

Cette estampe dépeint un paysage de montagne et une scène de la vie quotidienne. Des bûcherons travaillent. L'un d'eux aiguise la lame de sa scie sous le regard d'une femme portant son bébé sur le
dos.
Les éléments géométriques de cette œuvre sont très recherchés. Ils combinent triangles, lignes parallèles, diagonales, angles droits, symétries. A cette symétrie s'oppose la forme plus complexe du
nuage où l'on peut reconnaître la courbe qui sépare le yin du yang.

20e vue : Ushibori dans la province de Hitachi (Jôshû Ushibori)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-20

Hokusai figure ici avec précision une grande jonque qui traverse en diagonale l'estampe. Les détails de l'embarcation sont reproduits avec fidélité, depuis ses habitants jusqu'au gréement et à la
cargaison.
Tout est calme et immobile. Le mont Fuji recouvert de neige, la brume et les couleurs froides utilisées nous indiquent que la scène relate un jour d'hiver.

21e vue : Vue du magasin Mitsui dans la rue Suruga à Edo (Edo Suruga-chô Mitsui-mise ryakuzu)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-21

Hokusai représente l'étage supérieur et la toiture du grand magasin de textile Mitsui à Edo. Les enseignes au premier plan précisent les conditions de règlement (paiement "comptant", prix fixe pour
les marchandises) et la spécialité de chaque magasin. Des couvreurs réparent le toit, pointu, à l'image du mont Fuji enneigé que l'on voit en arrière-plan. Sur l'un des cerfs-volants -symboles du Nouvel
An- on peut lire le caractère porte-bonheur « ju ».
Dans cette estampe, Hokusai adopte résolument une perspective occidentale.

22e vue : Contemplation du coucher de soleil sur le pont Ryôgoku depuis la digue d'Ommaya (Ommayagashi yori Ryôgoku-bashi no sekiyô wo miru)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-22

Le contraste entre l'animation de la scène du premier plan et l'immobilité de l'arrière-plan est caractéristique de l'art de Hokusai. Deux courbes symétriques se partagent cette estampe. D'une part,
celle du pont Ryôgoku ; de l'autre, celle de l'embarcation bondée. La première est convexe ; la seconde, concave.
Les passagers, de conditions sociales variées -bateliers, samouraïs, marchands, moine- tournent le dos à la scène. L'un d'eux est assoupi ; d'autres contemplent le mont Fuji qui se détache sous forme
d'un lointain triangle bleu. Les vagues sont restituées de façon très graphique, selon la tradition extrême-orientale.

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23e vue : Le pavillon Sazai du temple des Cinq Cents Rakan (Gohyaku rakanji Sazaidô)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 23

Des pèlerins contemplent le paysage depuis la terrasse d'un temple à Edo. Ils admirent le mont Fuji enneigé au loin, tandis que les personnages de droite déposent leurs bagages. Le sommet de la
montagne ressemble à la pointe d'une flèche au-dessus du personnage central. On distingue à droite du Fuji les hauts poteaux de bois d'un chantier de construction.
Le temple des Cinq cents Rakan, disciples de Bouddha, doit son nom aux statues grandeur nature contenues dans la salle principale. Ces statues représentent ces « saints » bouddhistes.

24e vue : Neige matinale à Koishikawa (Koishikawa no ashita)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-24

Un groupe de personnes admirent le mont Fuji couvert de neige depuis le surplomb d'une maison de thé ou d'une auberge. Un serviteur apporte une table basse chargée de nourritures. Une épaisse
couche de neige recouvre les maisons, les édifices et la végétation du village de Koishikawa, devenu aujourd'hui un quartier de Tokyo.

25e vue : Le bas de Meguro (Shimo-Meguro)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-25

Hokusai décrit ici une scène champêtre et la vie quotidienne de la population rurale, composée de paysans ou de fauconniers. Un pin qui s'élève, grêle, vers le ciel, des cultures en terrasses et des
collines structurent cette estampe. Au centre, la cime du mont Fuji. Le village de Meguro était réputé pour la chasse au faucon qu'on y pratiquait.

26e vue : La roue à eau à Onden (Onden no suisha)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-26

Hokusai représente ici la scène de nettoyage du riz. Les hommes portent les sacs de riz non décortiqué tandis que les deux femmes au premier plan lavent le riz égrené dans l'eau du canal. Un enfant
tient une tortue en laisse, tandis que les paysans déploient une activité laborieuse. On trouve dans cette estampe tout l'intérêt de Hokusai pour le détail de la vie quotidienne et des métiers.
La roue circulaire du moulin, placée au premier plan de la composition, crée un effet de perspective occidentale et montre le goût qu'avait l'artiste pour les formes géométriques. Le mont Fuji trône
majestueusement au loin, sur la droite de la composition.

27e vue : Enoshima dans la province de Sagami (Sôshû Enoshima)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-27

Les pèlerins que l'on distingue au premier plan se dirigent vers le sanctuaire de Benzaiten. Ce site célèbre la divinité des arts, de l'amour, de la musique et de la chance. Les maisons, les auberges et les
autres édifices sont intégrés avec harmonie à une nature profuse.
Sur la droite, à l'arrière-plan, le cône enneigé du Fuji équilibre la composition de cette vue pittoresque.

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28e vue : Le littoral à Tago près d'Ejiri sur la route du Tôkaidô, croquis (Tôkaidô Ejiri Tago-no-ura ryakuzu)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-28

Trois plans rythment la composition : la mer, le rivage et le relief. Au premier plan, des rameurs luttent contre une mer agitée tandis qu'un pêcheur à la proue de la barque remonte un filet. Sur le
rivage, d'innombrables petites silhouettes s'adonnent à leurs activités autour de la collecte du sel. A l'arrière-plan, la brume dissimule en partie les collines.
L'insignifiance des hommes est ici soulignée par l'expression d'une nature toute puissante face à l'immuabilité du mont Fuji, que l'on voit au loin.

29e vue : Voyageurs admirant le mont Fuji d'une maison de thé à Yoshida sur la route de Tôkaidô (Tôkaidô Yoshida)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-29

Un balcon, vu de l'intérieur, s'ouvre sur le Fuji par une grande baie. C'est d'ailleurs ce qu'indique exactement l'inscription en partie haute.
Des voyageurs contemplent le volcan. A droite, deux porteurs assis se reposent ; un troisième, à gauche, s'éponge le front. Au premier plan, un vieillard émacié, à demi nu, frappe une sandale afin de
l'assouplir. Une servante désigne à deux clientes le mont Fuji qui se détache sur un ciel bleu.

30e vue : En mer au large de la province de Kazusa (Kazusa no kairo)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-30

Trois bandes horizontales d'un bleu de Prusse intense rythment la composition. La plus fine, au centre, délimite l'horizon où se profile, minuscule, le mont Fuji. Au premier plan, deux bateaux voguent
en pleine mer, poussés par le vent. La troisième ligne, bleue, figure le ciel. L'ensemble suggère une grande sérénité.

31e vue : Le pont de Nihon-bashi à Edo (Edo Nihon-bashi)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-31

Le pont de Nihon-bashi est la mesure étalon des distances au Japon. On l'appelle d'ailleurs également « pont du Japon » et il est le point de départ de la série d'Hiroshige décrivant la route du Tôkaidô.
La vision qu'en donne Hokusai dans cette estampe est très dynamique. L'artiste se place en effet en surplomb et dépeint ce pont tronqué, envahi par une foule de marchands et de portefaix d'où
émergent chapeaux, visages à peine esquissés et marchandises. Au loin, la résidence du shôgun surgit des nappes de brume et de la végétation. Sur la gauche, la cime enneigée du mont Fuji.

32e vue : Le village de Sekiya au bord de la rivière Sumida (Sumida-gawa Sekiya no sato)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-32

Trois messagers à cheval galopent, à l'aube, sur une digue qui serpente au milieu des rizières. Ces courriers rapides transportent des messages officiels et urgents au gouvernement. L'impression de
vitesse est restituée par la posture des cavaliers, courbés sur leur monture, chapeau de côté. Leurs vêtements, ainsi que la queue des chevaux, semblent fouetter l'air.
L'immobilité impassible du mont Fuji à l'arrière-plan de l'estampe contraste vivement avec cette première scène.

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33e vue : La côte de Noboto [province de Shimôsa] (Noboto-ura)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-33

Cette estampe s'articule harmonieusement autour des trois éléments mer, terre, ciel. La courbe douce des collines répond aux formes géométriques rigoureuses : toitures de chaume et portiques de
bois enfoncés dans la mer. Ces constructions sommaires désignent sans doute l'entrée d'un sanctuaire dédié à une divinité marine.
Hokusai dépeint ici l'activité de pêcheurs, dans la simplicité de leur accord avec la nature. Dans le cadre du grand portique apparaît, au loin, la cime enneigée du mont Fuji.

34e vue : Le lac de Hakone dans la province de Sagami (Sôshû Kakone no kosui)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-34

Les rives du lac Ashinoko, riches de nombreuses activités commerciales, étaient dès cette époque très fréquentées. Hokusai choisit de représenter dans cette estampe un paysage vierge de toute
représentation humaine ou animale. Seules, les toitures bleues d'un sanctuaire shintô peuvent évoquer une présence humaine.
L'artiste privilégie ici la sérénité silencieuse de collines tout en courbes et de nappes de brume aux formes arrondies, d'où émerge en arrière-plan le triangle du mont Fuji.

35e vue : Le mont Fuji reflété dans le lac, à Misaka, dans la province de Kai (Kôshû Misaka no umizura suimen)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 35

Hokusai présente ici une vue plongeante sur le lac Kawaguchi et sur le petit village aux toits couverts de chaume, au pied du volcan. Les lignes courbes et verdoyantes du paysage contrastent
fortement avec le triangle brun, crevassé du Mont sacré.
Mais cette estampe est également remarquable en raison de sa singularité. En effet, la cime du Fuji apparaît ici entièrement dénuée de ses neiges éternelles, tandis que son reflet dans l'eau du lac
renvoie une autre image. Hokusai symbolise sans doute ici l'insignifiance des saisons et la permanence inexorable du temps.

36e vue : Le mont Fuji vu à travers les pins de Hodogaya sur la route du Tôkaidô (Tôkaidô Hodogaya)

BnF, Estampes, Rés. De 10 boîte, JB 794

Dans cette estampe, Hokusai représente le mont Fuji derrière une rangée de pins qui semblent séparer le monde des humains de celui des dieux. En effet, le premier plan de la scène décrit l'univers de
voyageurs sur une route de campagne. Certains se reposent un instant, d'autres viennent de déposer une chaise à porteurs où somnole une femme. A droite de la composition, un palefrenier tourné
vers la montagne sacrée guide un cheval de somme. Un moine mendiant, reconnaissable à ses vêtements, à son chapeau de paille, ainsi qu'à la flûte en bambou qui l'accompagne s'éloigne vers la
droite.
A l'arrière-plan de l'estampe, le mont Fuji, dressé au loin, semble inviter à une certaine spiritualité.

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37e vue : Chantier de bois près du canal Tatekawa à Honjo [Edo] (Honjô Tatekawa)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 37

Dans cette estampe, Hokusai dépeint l'action de trois ouvriers sur leur chantier de bois de charpente. Leurs mouvements sont saisis avec une grande précision. Le bois occupe la quasi-totalité de la
composition : bois de construction, palissades ou matériaux de construction pour l'embarcation sur le canal.
Les inscriptions portées sur les planches, dans la partie inférieure droite de l'estampe, indiquent le nom de l'éditeur, le nom et l'adresse de la scierie, ainsi que la mention "Nouvelle édition, Trente-six
Fuji achevés". Ces indications nous permettent de déduire qu'il s'agit là de la première vue de la série complémentaire de l'œuvre.
Hokusai nous montre le mont Fuji, vu de l'arrière.

38e vue : Le mont Fuji vu du quartier de plaisirs de Senju (Senju kagai yori chôbô no Fuji)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 38

Au premier plan de cette estampe, le cortège d'un seigneur féodal pénètre dans un relais de poste. Il s'apprête à faire halte avec son avant-garde dans une maison de thé. Les seigneurs astreints à
double résidence, dans la capitale et dans leur fief, se déplaçaient avec leur suite. Ce cortège pouvait former une escorte allant de cent à deux mille personnes. Les samouraïs, vêtus de leur uniforme
bleu, portent sur le côté leurs deux sabres -attributs de leur classe- et sur l'épaule, leur arme à feu dans un étui rouge.
On aperçoit à l'arrière-plan le quartier de plaisirs de Senju, avec ses maisons closes clôturées d'une palissade de bois. Au centre de la composition, deux paysannes assises regardent le défilé de
guerriers. Les champs moissonnés et le manteau de neige sur le cône du Fuji, à l'horizon, évoquent une scène en automne.

39e vue : Le mont Fuji vu du Goten-yama à Shinagawa sur la route du Tôkaidô (Tôkaidô Shinagawa Goten-yama no Fuji)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 39


Une foule bigarrée de citadins, voyageurs et samouraïs se promène sous les cerisiers en fleurs par une belle journée de printemps. Hokusai dépeint ici les maisons de thé et autres lieux de
divertissement. Les lignes droites et brisées des édifices contrastent avec les lignes arrondies des collines, de la végétation ou de la floraison des cerisiers rose pâle.
Cette estampe offre un splendide panorama sur le Fuji et la baie de Sagami.

40e vue : Nakahara dans la province de Sagami (Sôshû Nakahara)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 40

Dans cette estampe, Hokusai mêle ensemble voyageurs, marchands, pèlerins, paysans et pêcheurs. Cette scène rurale les met tous en scène alors qu'ils traversent un pont ou cheminent sur un sentier.
Cette composition repose sur trois triangles imbriqués les uns aux autres. Celui que forme, à l'arrière-plan, le mont Fuji, celui que délimitent les cordes tendues, en bas à droite et celui, enfin, que
constitue le toit de chaume au premier plan.

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41e vue : Aube sur Isawa dans la province de Kai (Kôshû Isawa no akatsuki)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 41

Le village d'Isawa s'éveille dans la brume, aux premières lueurs de l'aube. Marchands et voyageurs, dont on distingue surtout les larges chapeaux blancs, s'activent déjà dans la pénombre. L'animation
de la scène contraste vivement avec le dessin des nappes de brume, statiques, qui semblent plonger la nature dans une atmosphère immobile et ouatée. Le contraste avec la partie très dense du
premier plan de l'image est renforcé par le minimalisme de la partie supérieure.
Hokusai montre ici d'une façon très nette son attachement à l'esthétique chinoise, où alternent constamment espaces pleins et espaces vides.

42e vue : Le mont Fuji vu de derrière, depuis la rivière Minobu (Minobu-gawa ura Fuji)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-42

Cinq plans étagés horizontalement composent ce paysage de montagne : les voyageurs, la rivière, les nuages, les montagnes et le ciel.
La cime enneigée du mont Fuji, dont on aperçoit ici le versant nord, apparaît entre deux imposants rochers. L'un est exposé au soleil, l'autre, plongé dans l'ombre. Les formes irrégulières de ces
montagnes mettent en valeur l'élégance majestueuse du volcan sacré.

43e vue : Rizières d'Ôno dans la province de Suruga (Sunshû Ôno shinden)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 43

Au premier plan de l'estampe, cinq bœufs transportent de volumineux fagots de joncs, menés par des paysans. Les femmes portent de très lourdes charges sur leur dos, sans doute le fruit des
récoltes. La dissipation des nappes de brume et l'envol léger des aigrettes contribuent à créer un contraste avec la première scène.
L'élégante silhouette du Fuji au loin, qui s'élève au-dessus de nappes de brume donne à la scène une grande sérénité.

44e vue : Le mont Fuji vu de la plantation de thé de Katakura dans la province de Suruga (Sunshû Katakura chaen no Fuji)

BnF, Estampes, Rés. De 10 Hokusai, boîtes 8 à 11, L 141-44

Cette scène illustre l'activité qui règne à la plantation de thé de Katakura, ainsi que son organisation très rationnelle. Des groupes de femmes cueillent les feuilles, tandis que d'autres se reposent sur
un banc, avant de reprendre le travail. De larges chapeaux ronds les protègent du soleil et des intempéries.
Au premier plan, des ouvriers transportent la récente récolte, tandis qu'un homme tente de contraindre un cheval récalcitrant.
Les contours du mont Fuji tout enneigé, au loin, se détachent des bancs de brouillard. Dans cette composition, Hokusai témoigne de sa bonne connaissance de la perspective occidentale.

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45e vue : Le mont Fuji vu depuis Kanaya sur la route du Tôkaidô (Tôkaidô Kanaya no Fuji)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 45

Les ponts étaient alors très rares sur les voies stratégiques comme celle que dépeint cette estampe. Ils pouvaient en effet compromettre la sécurité en facilitant les déplacements lors de révoltes. La
scène que dépeint Hokusai représente des passeurs transportant voyageurs, commerçants et marchandises. Le tarif des porteurs variait en fonction de la profondeur de l'eau et leur activité dépendait,
quant à elle, des intempéries. Les plus fortunés des voyageurs étaient transportés dans des palanquins, comme on le voit dans la partie droite de l'estampe. Sur les bagages et les imposantes caisses
de marchandises, figure la marque de l'éditeur Eijudô.
La composition repose sur un jeu de courbes qui se répondent. Hokusai restitue au moyen de traits ondulés, de stries et de pointillés la violence du courant, l'écume et la turbulence des flots. Le
procédé est délibérément choisi et forcé.

46e vue : Groupe de grimpeurs dans la montagne (Shojin tozan)

BnF, Estampes, Rés. De 18 boîte, planche 46

La Montagne sacrée, vénérée depuis la plus haute antiquité, est adorée comme divinité du feu et détentrice supposée du secret de l'immortalité. Elle abritait des temples bouddhiques et, surtout, des
sanctuaires shintoïstes qui lui étaient dédiés.
Cette estampe a la particularité de ne pas dépeindre le mont Fuji, mais son ascension par des pèlerins. Nombreux en effet étaient les fidèles à s'y rendre pour honorer les divinités qui, selon les
légendes populaires, habitaient le volcan. L'ascension du Fuji avait lieu pendant les mois d'été afin d'éviter les avalanches. Les femmes ne recevront la permission d'accomplir ce rite qu'en 1872.
Cette estampe décrit en détail l'ascension difficile du volcan. En haut, à droite de l'estampe, on peut distinguer un groupe de pèlerins qui, parvenus presque au sommet, se blottissent dans une grotte
où ils se réchauffent et peuvent se consacrer à leur dévotion. L'estampe dépeint l'aurore : des brumes s'élèvent du précipice. Le jour commence à poindre et les parois rocheuses, réchauffées par les
premiers rayons du soleil levant prennent une teinte rose orangé.

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