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Définition fertilité du sol

Composante de la productivité biologique du sol s'intéressant à son état en matière de


disponibilité en éléments nutritifs, et à sa capacité à fournir les éléments nutritifs à
partir de ses propres réserves pour la production des cultures et, enfin, à ses réactions
concernant les apports externes d'éléments nutritifs. Son évaluation est utile pour
décider des doses d'application d'engrais, ce qui est la fonction principale des
laboratoires d'analyse du sol. Les engrais sont nécessaires si la fertilité du sol est faible
et inadaptée à maintenir un niveau désiré de production des plantes. L'application
d'engrais a pour objectif d'augmenter la fertilité biologique du sol. Voir aussi indice en
éléments nutritifs, analyse du sol.

Bien nourrir les terres

À l'heure de la crise alimentaire, restaurer et entretenir la fertilité des sols est crucial pour
pouvoir produire plus. Les engrais chimiques, de plus en plus coûteux, restent indispensables.
Mais ils doivent être associés à d'autres techniques de conservation et d'amélioration des
terres, adaptées aux conditions écologiques et économiques de chaque région.

Les sols sont fragiles. Ils ont besoin d'être nourris et soignés régulièrement et de se reposer
pour donner le meilleur d'eux-mêmes. Affamés et maltraités, ils s'épuisent vite. C'est le triste
constat fait dans de nombreuses régions ACP, surtout en Afrique subsaharienne où la fertilité
des sols, déjà faible naturellement, a rapidement décliné ces dernières décennies. Selon une
étude de la FAO, les sols en Afrique perdraient chaque année 48 kg d'éléments nutritifs en
moyenne par hectare, soit l'équivalent de 100 kg d'engrais par an. En compensation, ils ne
reçoivent en moyenne que 10 kg d'engrais minéraux contre 90 kg en moyenne dans le monde.
Aujourd'hui, c'est sur ce continent que les sols sont les plus dégradés. Dans les Caraïbes, la
productivité des terres est limitée par l'insuffisance de fertilité naturelle et de profondeur des
sols et par l'érosion due aux fortes pentes, à un mauvais drainage et à la salinité.

Intensément cultivés, souvent en proie à une forte érosion surtout dans les zones de montagne
ou de collines, les sols se dégradent et deviennent parfois impropres à l'agriculture. La baisse
de productivité pousse les agriculteurs à étendre leurs champs sur des terres peu aptes à la
culture… qui produisent encore moins. Récoltant peu, ils n'achètent pas d'engrais. Les déficits
de fertilité n'étant pas compensés, la production agricole baisse ou n'augmente pas assez pour
nourrir une population croissante.

Avec la crise alimentaire, l'accent est mis plus que jamais sur l'indispensable intensification
des cultures. Plusieurs grands programmes ont récemment été lancés pour tenter de restaurer
les sols, comme Terrafrica - un partenariat entre les principales agences des Nations unies, le
NEPAD, l'UE et de nombreuses organisations régionales et internationales - et l'Alliance pour
une révolution verte en Afrique (AGRA), qui veut régénérer 6,3 millions d'hectares de terres
agricoles.

Des engrais trop chers

La réduction voire la disparition des jachères dans les zones les plus peuplées, le déboisement
intensif, l'érosion, le surpâturage et la pollution sont les principaux facteurs de dégradation. Ils
se traduisent différemment selon les sols et les climats : détérioration des propriétés chimiques
et physiques du sol, baisse du taux de matière organique et de l'activité biologique,
dégradation de la structure et diminution des principaux éléments nutritifs (azote, phosphore,
potassium - NPK). Les remèdes sont donc aussi nombreux et variés que les causes. Ils doivent
être adaptés aux conditions écologiques, mais aussi agro-économiques, de chaque région.

Les partisans d'un recours massif aux engrais minéraux et ceux d'une agriculture organique ou
durable se sont longtemps opposés. Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à dire que, pour bien
gérer la fertilité des sols, une approche intégrée et adaptée au contexte est nécessaire.

Les engrais chimiques restent la plupart du temps indispensables pour obtenir un


accroissement significatif de la production. Mais, en Afrique, leur utilisation par les petits
producteurs, majoritaires sur le continent, demeure confinée aux cultures de rente. Ils sont très
peu utilisés sur les cultures vivrières, peu rentables ou difficiles à écouler. Commercialisés
aujourd'hui par des privés, ils ne sont pas disponibles partout et leur qualité n'est pas toujours
assurée ni adaptée aux besoins. Leur coût a augmenté ces dernières années, à cause de la
hausse du prix du pétrole, de la forte demande mondiale et des taxes à l'exportation imposées
par certains pays exportateurs comme la Chine. Ils sont de moins en moins abordables pour les
petits producteurs, entraînés dans une spirale sans fin : moins d'engrais, moins de récoltes,
encore moins d'engrais…

Par exemple, au nord du Burundi, la forte densité de population ne permet plus les jachères.
Les agriculteurs ne peuvent plus se payer d'engrais et se contentent de son de riz pour enrichir
leurs champs. Les disettes sont récurrentes. Même problème dans l'ouest du Cameroun, où le
prix des engrais a triplé entre novembre 2007 et mai 2008. Or, depuis une dizaine d'années, les
sols surexploités et appauvris par la pratique de l'écobuage (les herbes sont brûlées dans les
billons) ne peuvent plus produire sans engrais. Le fumier est rare, d'autant que les pestes
porcine et aviaire ont ravagé récemment la région et que les agriculteurs sont encore peu
rompus au compostage et à la plantation d'arbustes fertilisants comme Calliandra et Pygeum
africana.

Quelques pays ont entrepris de revoir leur politique pour favoriser une plus large
consommation des engrais. En 2006, lors du Sommet "Nourrir le sol pour alimenter le
continent", à Abuja (Nigeria), les États africains se sont engagés à augmenter l'utilisation
d'engrais de 9 à 50 kg/ha d'ici à 2015. Le Malawi a été l'un des premiers à réagir en
subventionnant fortement les engrais et en distribuant des bons d'achat aux agriculteurs. Une
politique certes coûteuse au départ, mais qui a réussi à doubler la production agricole en deux
ans. En 2008, le Malawi est exportateur de maïs, alors que, en 2004, 35 % de sa population
étaient sous-alimentés. Ce succès obtenu contre l'avis des bailleurs internationaux fait école :
le Ghana a, cette année, subventionné à 50 % les engrais pour les petits agriculteurs.
Pour limiter les coûts, il est aussi possible, dans certaines régions comme au Togo, d'utiliser
les phosphates locaux ou de conditionner sur place les engrais importés. Le micro-dosage (voir
encadré), qui consiste à n'appliquer que de faibles doses d'engrais au poquet au moment du
semis, est une solution efficace pour accroître les rendements à faible coût.

Couvrez ce sol

Crise alimentaire et hausse du prix des engrais incitent à mettre plus largement en application
des techniques de conservation et d'amélioration du sol, connues depuis longtemps mais
encore peu vulgarisées. "Les engrais seuls ne suffisent pas à rendre les sols fertiles, rappelle le
Dr S. Apiiga, chercheur au ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture du Ghana. Il faut
éduquer les agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles telle l'association de légumineuses
(haricots, arachides, pois d'Angole) avec des céréales (maïs, mil, sorgho) et les encourager à
utiliser fumier, résidus de récolte et compost pour enrichir leurs champs."

Les principes de base de l'agriculture de conservation (CSV) sont bien connus. Le premier,
c'est assurer une couverture permanente du sol. Résidus de récolte laissés sur place, paille,
compost, déchets de bois ou autres, tout est bon pour protéger les terres nourricières du vent,
des grosses chaleurs et des pluies brutales qui lessivent les éléments nutritifs et compactent le
sol. Deuxièmement, il faut éviter de perturber la couche superficielle du sol par des labours
profonds, quelques coups de griffe suffisent. Troisième principe : la rotation des cultures, par
exemple, en alternant celle des légumineuses qui enrichissent le sol en azote et celle de plantes
plus gourmandes comme les céréales.

Les sols ainsi conservés peuvent être améliorés par l'épandage de fumier et de compost -
vivement recommandé - et d'engrais minéraux. C'est ce qu'ont fait les agriculteurs de
l'association Nangabo, près de Kampala en Ouganda, tout en introduisant avec succès le
paillage et la rotation des cultures, afin d'augmenter la productivité des bananiers qui avait
fortement chuté.

Certains vont plus loin et pratiquent le semis direct (voir Spore 112). À Madagascar, près de
10 000 paysans du centre et du sud de l'île ont presque triplé leurs rendements de riz (1,5 t à 4
t/ha), en utilisant uniquement des plantes de couverture qui servent aussi d'engrais vert.

Aux îles Cook et Salomon, à Niue, à Samoa, à Tonga et au Vanuatu, l'utilisation de plantes de
couverture telles que Mucuna et Dolichos lablab, ainsi que d'espèces d'arbres à usages
multiples comme Gliricidia sepium, a permis d'améliorer les sols en un an et d'augmenter la
production de manioc tout en réduisant les achats d'engrais.

La culture en couloirs, entre des rangées d'arbres fertilisants, enrichit les sols et améliore leur
structure. Elle a fait ses preuves, notamment au Kenya, mais elle n'est possible que dans les
régions humides. En zones sèches, les arbres pousseront mal et pomperont une partie de l'eau
nécessaire aux cultures. Dans la zone soudano-sahélienne, c'est l'enfouissement de matières
organiques associé à l'épandage d'engrais qui est le plus souvent préconisé. Un programme de
conservation des sols et d'agroforesterie en Tanzanie a, lui, privilégié l'utilisation des billons
en courbes de niveau et la plantation d'arbres ou d'herbe à éléphant (Miscanthus giganteus)
pour limiter l'érosion, principale préoccupation des agriculteurs de ce pays.

L'adhésion des cultivateurs

Seul un diagnostic à la fois agricole, écologique et économique permet de déterminer les


meilleures techniques pour améliorer la fertilité des sols d'une région. Souvent vantées comme
des solutions miracles peu coûteuses, celles-ci ne sont pas toujours à la portée des petits
agriculteurs. Elles demandent généralement beaucoup de travail pour planter des arbustes,
transporter du fumier ou des résidus de récolte, faucher les plantes de couverture, et parfois un
effort financier s'il faut y adjoindre une fumure minérale. La biomasse n'est pas toujours
disponible, surtout dans les régions très peuplées. Les herbes ou les résidus de récolte servent à
d'autres fins telles que l'alimentation du bétail.

Seuls les agriculteurs sûrs de leurs droits à cultiver leurs champs à long terme (voir Spore 138,
sécurité foncière) et convaincus des avantages de ces techniques seront enclins à les appliquer.
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Commentaires  

 
+1 #2 06-07-2009 10:08
Je suis agronome, responsable d'une coopérative scolaire sise à grand-bassam et je suis très
heureux de lire les magasines spore du cta. Grâce aux informations capitales que je tire de ces
magasines j'arrive à enseigner très convenablement les jeunes et certains paysans que
j'encadre tout en les sensibilisant sur l'importance de l'agriculture.
 
 
-1 #1 01-04-2009 09:35
Je travaille et m'intéresse beaucoup à la fertilité des sols tropicaux. Ce dossier sur la fertilité
des sols est très important et utile pour les paysans, chercheurs et décideurs Africains.
J'apprécie le travail et la qualité des informations fournies. Je déplore une seule chose:
actuellement, AfNet TSBF-CIAT, SHP-AGRA et de nombreux travaux mentionnent le rôle
majeur des organismes du sols (bactéries fixatrices d'azote, mycorhizes, vers de terre et
décomposeurs) pour restaurer la fertilité des sols tropicaux. Voir aussi le site du réseau
"bioveg" www.bioveg.auf.org (ASR de Yaoundé 2007).
 

Charbon de bois et compost

De récentes découvertes archéologiques montrent qu'autrefois les Indiens d'Amazonie


utilisaient un mélange de charbon de bois et de compost pour améliorer la fertilité de leur sol.
La redécouverte de cette pratique ancienne présente un grand intérêt, en particulier pour les
zones où la terre est pauvre ou rare. Le charbon de bois améliore la capacité d'adsorption des
nutriments par le sol, ce qui est bon pour les cultures alimentaires.
Au Belize, un projet lancé par la Mission taïwanaise de l'exploitation agricole du district de
Cayo fait alterner des couches de charbon de bois et de compost pour faire pousser les
légumes, comme le faisaient les Indiens il y a des milliers d'années. Une autre méthode
consiste à ajouter du charbon de bois aux déchets de riziculture et de pisciculture ou à un
compost obtenu à partir de restes d'aliments bio.

Cette technique n'est toutefois applicable à grande échelle que si on dispose de ressources
forestières gérées de manière durable, en particulier pour la production de charbon de bois.
Micro-dosage : une pincée profitable

Le micro-dosage, technique développée par l'Institut international de recherche sur les


cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) et ses partenaires, permet aux
agriculteurs d'obtenir de bons rendements sans se ruiner en engrais. Pour appliquer la micro-
dose, il suffit d'introduire dans le sol, grâce à une bouteille vide, une pincée de l'engrais
approprié au moment du semis ou ensuite dans un délai de trois semaines. Ce système a fait
ses preuves au Zimbabwe où les rendements en céréales ont ainsi augmenté de 30 à 40 % et
en Afrique de l'Ouest où ils ont atteint entre 44 et 120 % pour le mil et le sorgho.

Afin de promouvoir l'utilisation de ce système, l'ICRISAT a convaincu les fabricants d'engrais


de le conditionner par petits paquets à distribuer dans les villages, accompagnés de conseils
sur la manière de les appliquer.

lien
Engrais à la demande

Les sols tropicaux sont en général très pauvres et obligent à utiliser différentes combinaisons
de nutriments primaires (azote, phosphore, potassium) et secondaires (calcium, magnésium,
soufre et autres) pour leur fertilisation. Toutefois, pour une production efficace qui respecte
l'environnement, la composition des engrais doit correspondre localement aux caractéristiques
chimiques des sols, aux cultures envisagées et au niveau de production souhaité. Les engrais
composés importés, formulés pour d'autres régions, sont déconseillés. Les agriculteurs ont
besoin de formules adaptées précisément aux carences de leur sol.

Le bulk blending (littéralement "mélange en vrac") est une technologie très intéressante pour
de nombreux pays ACP. Il permet de produire des engrais composés bon marché en utilisant,
comme matières premières, les engrais disponibles les moins chers sur le marché international
et les matières premières locales. Ainsi, les phosphorites, présents dans de nombreux pays,
sont une source excellente et économique de phosphore pour les cultures. Le bulk blending
consiste simplement, pour des unités de petite taille, à produire des mélanges d'engrais
efficaces, mais ceux-ci doivent être formulés par des techniciens en vue d'apporter une
réponse à des problèmes de fertilité locaux. À condition que les matières premières soient
disponibles, cela permet d'éviter de coûteuses importations et de lourds investissements,
parfois injustifiés, dans des usines classiques de production d'engrais.

En savoir plus

 - Soil fertility management in support of food security in sub-Saharan Africa


FAO, 2001. 66 pp.
ISBN 978-925104-5633
Downloadable free from:
lien

 - La fertilité des sols tropicaux Le technicien d'agriculture tropicale

Maisonneuve & Larose, 2000


ISBN 978-2706814297
In French only

 - The Global Fertiliser Crisis and Africa

lien