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Frérot et sœurette

Jacob et Wilhelm Grimm

Exporté de Wikisource le 23/06/2020

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Frèrot prit sa © René


sœurette par la Bories[1].
main et lui Copyleft : cette
déclara : œuvre est libre, vous
« Depuis que pouvez la redistribuer
notre mère est et/ou la modifier
morte nous selon les termes de la
n’avons plus de Licence Art Libre.
bon temps ; notre Vous trouverez un
marâtre nous exemplaire de cette
frappe chaque
3
jour, et lorsque Licence sur le site
nous nous Copyleft Attitude.
approchons d’elle,
elle nous chasse
d’un coup de pied. Les dures miettes de pain qui nous sont
laissées sont notre pitance, même le chien sous la table se
porte mieux que nous : elle lui lance parfois quelques bons
morceaux. Que Dieu nous prenne en pitié, si notre mère
l’eût su ! Viens, partons à la découverte du vaste monde. »
Quand vint le jour, ils allèrent par champs, prairies,
carrières et lorsqu’il plut, sœurette déclara : « Dieu et nos
cœurs pleurent ensemble ! »
Le soir, ils arrivèrent dans une grande forêt et étaient si
fatigués de gémissements de faim et du long chemin, qu’ils
s’assirent et s’endormirent dans le creux d’un arbre. Le
lendemain, lorsqu’ils s’éveillèrent, le soleil était déjà haut
dans le ciel. Frèrot dit :
« Sœurette, j’ai soif, si je connaissais une source, j’irais
m’y désaltérer ; je veux dire, je pense que j’en entends une
gargouiller. » Frèrot se leva, prit la main de sa sœur et ils
partirent à la recherche de la source. Mais la cruelle marâtre
était une sorcière et avait bien vu que les deux enfants
étaient partis et elle s’était faufilée à leurs trousses ainsi que
les sorcières se faufilent et avait ensorcelé toutes les sources
de la forêt.
Lorsqu’ils eurent trouvé la petite source, qui scintillait en
frappant la roche, Frèrot voulut s’y désaltérer : mais
sœurette perçut un murmure qui lui disait ;
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« Qui boit de mon eau, sera transformé en tigre, qui boit
de mon eau sera transformé en tigre ! » Sœurette cria alors ;
« Je t’en prie Frèrot, ne boit pas sinon tu seras transformé
en animal féroce et tu me pourrais me déchiqueter ! » Frèrot
ne se désaltéra point, bien qu’il eut une grande soif et
déclara :
« J’attendrai jusqu’à la prochaine source ! »
En arrivant à la seconde source, sœurette entendit aussi
comment celle-ci parlait ;
« Qui boit de mon eau, sera transformé en loup, qui boit
de mon eau sera transformé en loup ! » Alors Sœurette
supplia ; « Frèrot, je t’en prie, ne bois pas, sinon tu seras
transformé en loup et tu me mangerais ! » Frèrot ne se
désaltéra point, et déclara :
« J’attendrai jusqu’à la prochaine source mais là je devrai
boire, tu pourras dire ce que tu voudras, ma soif est trop
grande ! »
Et lorsqu’ils arrivèrent à la troisième source, Sœurette
entendit murmurer :
« Qui boit de mon eau deviendra un chevreuil, qui boit de
mon eau deviendra un chevreuil. » Sœurette implora ;
« Ah, Frèrot, je t’en prie, ne bois pas, sinon tu seras
transformé en chevreuil et tu t’enfuiras ! » Mais, Frèrot
n’eut pas tôt fait de s’agenouiller, de se pencher et de boire
à la source qu’il fut à la première goutte, transformé en
chevreuil.

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Sœurette fondit en larmes après la transformation de
Frèrot tandis qu’en pleurant le chevreuil vint s’assoir
tristement près d’elle. La fillette confia enfin ;
« Calme, cher Chevreuil, jamais je ne te quitterai. » Puis
elle dénoua le ruban doré de ses soquettes et le lui mit
autour de l’encolure, arracha quelques joncs les tressa pour
en faire une cordelette qu’elle attacha à l’animal puis le
guida plus profondément dans la forêt. Lorsqu’ils eurent
marché longuement, très longuement, ils parvinrent à une
maisonnette, la fillette regarda à l’intérieur, et comme elle
était vide, elle pensa :
— « Ici, nous pourrons nous installer et habiter ! » Puis
elle alla ramasser de la mousse des feuille pour lui préparer
une litière.
Chaque matin elle sortait et rapportait des racines des
baies et des noisettes et pour le chevreuil, elle ramenait de
l’herbe fraîche et grasse qu’il lui mangeait dans la main,
c’était un plaisir et il jouait autour d’elle. Le soir, lorsque
sœurette était fatiguée et après avoir dit ses prières, elle
posait sa tête sur le dos du chevreuil, cela faisait comme un
coussin sur lequel elle pouvait paisiblement s’endormir. Si
seulement Frèrot avait eu une apparence humaine, ç’aurait
été une vie magnifique.
Ils restèrent isolés très longtemps.
Lorsqu’il advint que le roi de ce pays entreprit une
grande chasse dans la forêt. Les cors se mirent à retentir, les

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chiens à aboyer et les cris joyeux des chasseurs à se
répandre.
Le chevreuil les entendant ressentit l’envie d’en être
aussi.
« Hélas ! » dit-il à sœurette, « laisse moi y aller aussi, je
n’en puis point tenir » et la pria jusqu’à ce qu’elle s’y
résolût.
"Mais, lui dit-elle, revient à moi ce soir, car avec ces
chasseurs sauvages, je m’enfermerai ; et pour que je puisse
te reconnaître, frappe et dit :
— « Chère sœurette, laisse moi entrer ; et si tu ne me
répète pas cela ainsi, je n’ouvrirai pas la porte. »
Alors le chevreuil bondit et s’égaya joyeusement dans la
nature.
Le roi et ses chasseurs voyant le bel animal se mirent à sa
poursuite, mais ne purent l’encercler, et lorsqu’ils pensèrent
y être parvenus, il bondit et disparut dans les taillis et
disparut.
Lorsque la nuit fut venue, il s’en retourna à la
maisonnette, et frappa à la porte en déclarant :
« Chère Sœurette, laisse moi entrer ! » Alors la porte
s’ouvrit, et il s’engouffra à l’intérieur et se reposa toute la
nuit sur une couche douillette. Au petit matin la chasse
reprit et lorsque le chevreuil entendit le son du cor et les ho
ho ! des chasseurs il ne tint plus en place et demanda :

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— « Chère Sœurette, ouvre moi, je dois sortir. » La sœur
ouvrit la porte et lui redit :
— « Mais ce soir, tu devras de nouveau être là et
prononcer la phrase convenue. »
Quand le roi et ses chasseurs virent le chevreuil et sa
chaîne en or, ils se mirent à sa poursuite, mais il était trop
preste et agile. Cela dura tout le jour, enfin le soir, les
chasseurs le cernèrent et l’un d’eux le blessa légèrement à
la patte. Il s’échappa en boitant. Un des chasseurs réussit à
le suivre jusqu’à la maisonnette et entendit comment il
s’annonçait :
— « Chère Sœurette, laisse moi entrer ! » et vit comment
la porte s’ouvrait pour se refermer brusquement sur lui. Le
chasseur ayant bien tout compris se rendit chez le roi et lui
raconta ce qu’il avait vu et entendu. Le roi dit alors :
— « Demain nous chasserons à nouveau ! »
Mais Sœurette s’effraya lorsqu’elle vit que son frère était
blessé. Elle essuya le sang et le pansa avec des herbes et lui
dit :
— « Vas sur ta couche, cher chevreuil, afin que tu
guérisses vite. »
La blessure était si légère qu’au lendemain, le chevreuil
ne ressentait plus rien. Et quand il entendit dehors la chasse
reprendre, il déclara :
— « Je ne peux plus tenir, il faut que j’y sois, et personne
ne pourra m’avoir. »

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Sœurette fondit en larmes et dit :
—"Ils vont te tuer et je resterai, ici, seule dans la forêt,
abandonnée du monde, je ne te laisserai pas sortir.
— « Et je mourrai d’ennui » répondit le chevreuil,
« quand j’entends le son du cor, je dois sauter dans mes
bottes ! » Alors Sœurette ne put rien n’y faire et referma la
porte sur lui avec le cœur gros. Le chevreuil en pleine
forme, bondit joyeusement vers la forêt.
Lorsque le roi l’aperçut, il ordonna à ses chasseurs :
— « Poursuivez le tout le jour, jusqu’à la nuit, mais sans
le blesser. »
Quand le soleil eut disparu sous l’horizon, le roi demanda
à son chasseur,
—"Maintenant, montre moi la maisonnette dans le bois.
Quand il fut devant la petite porte, il frappa et annonça :
« Chère Sœurette, laisse moi entrer. »
La porte s’ouvrit alors et le roi entra, devant lui se tenait
debout une jeune fille d’une beauté telle qu’il n’en avait
jamais auparavant. La jeune fille était effrayée lorsqu’elle
vit que ce n’était pas le chevreuil mais un homme qui était
entré, et qui portait une couronne d’or sur la tête. Mais le
roi était amical, elle lui tendit la main et proposa :
— « Veux tu venir avec moi au château et devenir mon
épouse ? »
— « Oui, répondit la jeune fille, mais le chevreuil devra
venir aussi, je ne veux pas le laisser. »

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— « Il pourra rester près de toi, aussi longtemps que tu
vivras et rien ne lui manquera. »
Là dessus, le chevreuil bondit dans la maison, Sœurette
lui passa la laisse, et ensemble ils quittèrent la
maisonnette…
Le roi prit la belle jeune fille sur son destrier et la mena
en son château, où les noces furent fêtée en grandes
pompes, elle était maintenant la Reine, et ils vécurent de
longues années de plaisir ensemble ; le chevreuil était
entretenu et soigné, il bondissait ici et là dans le parc du
château…
1. ↑ La Maison des Bories — Frères GRIMM, Listes des contes

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2. ↑ http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr
3. ↑ http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html
4. ↑ http://fr.wikisource.org/wiki/Aide:Signaler_une_erreur

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