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Centre Audiovisuel d’Études Juridiques des Universités de Paris

Licence 3 en Droit (CAVEJ) - Session de juin 2020

N° Etudiant : 10823376

Enseignement : Introduction au droit comparé – Semestre 5

I- Question de méthodologie et d’épistémologie


Parmi les mesures phares adoptées par la Corée pour faire face à la propagation du COVID-19 :
la mise en place d’une application mobile de traçage sans consentement permettant de suivre en
temps réel le déplacement géographique des personnes atteintes du virus. Une personne peut
grâce à l’application savoir qu’une autre personne qui se trouve à proximité de son domicile ou
de son lieu de travail est malade et arriver à l’identifier assez facilement grâce aux indications
apportées sur son âge, son sexe et la liste de ses déplacements. Cette mesure qui pose des
questions sérieuses sur l’atteinte aux droits des personnes, a désormais été envisagée dans des
pays européens comme la France, le Royaume-Uni ou encore l’Allemagne. Cette initiative qui
a pour but d’éviter une seconde vague d’épidémie, pose la question de savoir si le cadre
juridique européen est adapté à la mise en place d’une telle application. La transplantation du
cadre juridique coréen pourrait-il ou serait-il nécessaire à la mise en œuvre d’une telle
initiative ?
Le droit ne cesse de s’enrichir en vertu de son caractère novateur et interchangeable. Par
conséquent, les règles de droit peuvent être transplantées et certaines doivent même l’être afin
d’assurer son unicité et donc son efficacité.
Mais le contexte historique, sociopolitique et juridique du pays dont la transplantation du cadre
juridique interne est envisagée, doit être pris en compte tout comme doit l’être celle du pays
bénéficiaire.
Le cadre juridique coréen construit autour d’un régime autoritaire est très éloigné du contexte
juridique européen bâti sur une Europe démocratique protectrice des droits et des libertés
fondamentaux.
Ainsi les applications envisagées par les pays européens devront impérativement respecter
certaines conditions en vue de leur conformité avec le droit de l’UE. Le CEPD comme la CNIL
devront intervenir pour contrôler la conformité de l’application aux règles strictes imposées par
l’UE en matière de protection des données et de la vie privée des personnes et des utilisateurs.
Conformément à ces principes fondamentaux, la géolocalisation via l’application ne pourra se

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faire qu’après le consentement des personnes concernées. Par conséquent, une application où
les personnes pourraient être géolocalisées sans leur consentement, comme c’est le cas en
Corée du Sud, est absolument inenvisageable.
Comment pourrait-on envisager la transplantation d’un cadre juridique coréen incompatible
avec celui d’une institution européenne ayant les règles les plus protectrices au monde en
termes de protection des utilisateurs ?
Il serait intéressant de voir dans les jours qui viennent comment l’UE envisage la question
juridique de la circulation des données des citoyens européens sur le territoire de l’UE, à travers
notamment la transmission des informations entre les applications de traçage européennes.

II- Question d’approfondissement :


Comparaison du Conseil constitutionnel avec le Bundesverfassungsgericht et la Supreme
Court of the United States.
Le Conseil constitutionnel, le Bundesverfassungsgericht et la Supreme Court se distinguent de
part leur composition, leurs compétences mais aussi leurs modes de saisine. Nous examinerons
ces 3 aspects pour chacun de ces 3 organes institutionnels.
Composition :
Le Conseil constitutionnel qui fut créé par la Constitution de 1958, se compose de neuf juges
nommés pour un mandat de neuf ans. Il se renouvelle par tiers tous les trois ans. Les membres
du Conseil constitutionnel sont nommés par le Président de la République, le Président de
l’Assemblée nationale et le Président du Sénat.
Le Bundesverfassungsgericht que nous désignerons par CCF (Cour constitutionnelle fédérale),
date de 1951. Il se compose de deux sénats avec chacun 8 juges donc 16 membres au total. La
moitié est nommée par le Bundestag et l’autre moitié par le Bundesrat. Il s’agit d’un mandat de
12 ans non renouvelable.
La Supreme Court des Etats-Unis est l’institution suprême aux Etats-Unis. Créée en 1789, elle
se compose de 9 membres : un Président et 8 juges nommés à vie pour garantir leur
indépendance. Comme en France ils sont nommés par le Président des Etats unis avec contrôle
du sénat. La Cour suprême statue collégialement.
Rôle et compétence :
Le Conseil constitutionnel a une compétence à la fois juridictionnelle et consultative.
Il effectue un contrôle à priori et à postériori des lois conformément à la Constitution et statue
sur la régularité des élections électorales et référendaires.
Il peut également être consulté par le Gouvernement au sujet de questions relatives aux

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élections ou aux référendums. Dans le cadre de la mise en œuvre de l’article 16 de la


Constitution, qui confie les pleins pouvoirs au Président de la République, il peut être amené à
statuer par avis obligatoire et motivé sur les conditions de mise en œuvre de ce régime
d’exception. Il exerce enfin un contrôle sur la conformité des traités à la Constitution.
La CCF a une compétence exclusivement juridictionnelle puisqu’elle juge la conformité des
lois à la Loi fondamentale de 1949, qui est l’équivalent de la Constitution en droit français.
Elle est comme le Conseil constitutionnel, à la fois gardienne et interprète de la Constitution.
C’est elle qui intervient en cas de doute sur la compatibilité du droit fédéral ou du droit d’un
Land, mais elle est surtout compétente pour juger des recours constitutionnels que peut former
tout individu qui estime avoir été lésé par la puissance publique dans l’un de ses droits
fondamentaux. Il s’agit du recours Verfassungsbeschwerde (VB) prévu à l’article 93 de la Loi
fondamentale. Enfin la Cour est comme le Conseil constitutionnel, juge des élections, comme
elle peut être amenée à contrôler des actes pris en application directe du droit de l’Union
européenne s’ils contredisent des droits fondamentaux. En revanche, contrairement au Conseil
constitutionnel, elle n’a pas de compétence consultative (compétence supprimée en 1956).
La Cour suprême est un juge de premier et dernier ressort pour les affaires dans lesquelles des
dignitaires étrangers sont concernés ou lorsque nait un conflit entre deux Etats ou entre un Etat
et le gouvernement fédéral. En ce sens, elle se distingue complètement des deux juridictions
européennes étudiées précédemment, qui ne se considèrent absolument pas comme des juges de
fait ni comme des juges de cassation. Le rôle principal de la Cour suprême consiste à
déterminer si la législation ou les actes du pouvoir sont conformes à la Constitution.

Modalités et conditions de saisine :


Depuis la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, le Conseil constitutionnel peut être saisi
par voie de QPC (Question prioritaire de constitutionnalité) par tout justiciable à l’occasion
d’un procès pour un contrôle de conformité à postériori. La saisine du Conseil constitutionnel
est possible après un contrôle de recevabilité réalisé par les juridictions administratives ou
judiciaires. La question doit être nouvelle ou présenter un caractère sérieux.
On retrouve ici une similarité avec la procédure à postériori instaurée par le recours
Verfassungsbeschwerde (VB). La possibilité est ouverte à tout individu de pouvoir saisir la
CCF d’un contrôle de constitutionnalité à postériori s’il estime avoir été lésé par la puissance
publique dans l’un de ses droits fondamentaux.
La question doit présenter une importance fondamentale en droit constitutionnel.
En tant que juge de dernier ressort, la Cour suprême peut être saisie en appel par des tribunaux

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inférieurs fédéraux, soit pour statuer sur l’interprétation d’une loi, soit pour venir préciser
l’intention du Congrès lors de son adoption. Elle se différencie du Conseil constitutionnel en ce
qu’elle n’a pas de compétence consultative et ne délivre pas ne serait-ce que de simples
opinions même en matière constitutionnelle. Elle ne peut être saisie que dans le cadre de la
résolution concrète d’une affaire pour laquelle la réponse à la question constitutionnelle posée a
des conséquences directes pour les parties.

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