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Annales Médico-Psychologiques 176 (2018) 404–409

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Communication

La législation actuelle face à l’évaluation des comportements criminels


violents : l’urgence d’une réforme
Present-day legislation and the assessment of violent criminal behaviour: An urgent
need for reform

Michel Bénézech
266, rue Judaı¨que, 33000 Bordeaux, France

I N F O A R T I C L E R É S U M É

Historique de l’article : L’examen clinique des malades mentaux, placés sans consentement dans les hôpitaux spécialisés, ainsi
Disponible sur Internet le 12 mars 2018 que la pratique de l’expertise psychiatrique pénale ne permettent pas, dans leurs conditions actuelles,
une évaluation sérieuse de la dangerosité et du risque de récidive violente. L’utilisation de méthodes
Mots clés : scientifiques diagnostiques et prédictives est devenue maintenant indispensable. Au pénal, l’expert doit,
Crime de plus, prendre en compte les données réelles de l’infraction : degré de préméditation, organisation de la
Criminel scène de crime, dynamique et typologie des violences, contexte relationnel et environnemental,
Dangerosité
victimologie, informations du dossier judiciaire. L’expertise psychiatrique traditionnelle doit laisser la
Évaluation
Expertise psychiatrique
place à une analyse criminologique pluridisciplinaire, complète, intégrant l’ensemble des facteurs
Homicide individuels et collectifs, subjectifs et objectifs.
C 2018 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Risque criminel
Scène de crime
Violence
A B S T R A C T

Keywords: The clinical examination of mental patients committed to specialized hospitals as well as the practice of
Assessment criminal psychiatric expertise do not at present allow the serious assessment of the dangerousness and
Crime risk of violent recidivism. The use of diagnostic and predictive scientific methods has become
Crime scene
indispensable. In criminal cases, the expert must also take into account the actual facts of the offense:
Criminal
degree of premeditation, organization of the crime scene, dynamics and typology of violence, relational
Criminal risk
Dangerousness and environmental context, victimology, judicial information. Traditional psychiatric expertise must
Homicide now give way to a comprehensive, multidisciplinary criminological form of analysis combining all
Psychiatric report individual and collective factors of a subjective and objective nature.
Violence C 2018 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

« L’homme n’a pas, n’a jamais le droit de parler de criminels,


personne ni rien, ainsi s’exprime Roithamer, 1. Introduction
il s’agit, comme chez les autres, de malades,
de gens atteints d’un mal causé par la société Les praticiens et experts en santé mentale sont amenés à
et la société entière n’est rien d’autre intervenir de plus en plus souvent à différents niveaux du cursus
que des centaines et des centaines de millions de malades psychiatrique du malade mental dangereux placé sans son
qui souffrent d’un mal causé par leur propre main. . . » consentement et/ou du cursus pénal du justiciable :
Thomas Bernhard (Corrections)
 à l’hôpital, dans le cadre des personnes admises en soins
psychiatriques à la demande d’un tiers ou en cas de péril
imminent ou d’urgence (articles L. 3212-1 et L.3212-3 du Code
Adresse e-mail : michel.benezech@gmail.com de la santé publique) ou sur décision du représentant de l’État

https://doi.org/10.1016/j.amp.2018.02.004
0003-4487/ C 2018 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

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(articles L. 3213-1 et L.3213-7 du Code de la santé publique) ou antécédents de l’intéressé depuis la petite enfance est
de l’autorité judiciaire (article 706-135 du Code de procédure essentielle pour établir son profil criminel :
pénale) ;
 à l’échelon présentenciel (articles 81 et 156 du Code de  antécédents familiaux et sociaux : parents malades mentaux,
procédure pénale), pour déterminer l’état mental, la responsa- délinquants, violents, séparés ou absents ; absence de super-
bilité pénale, la curabilité et la dangerosité pour lui-même et vision par les proches ; négligences et abus ; événements de vie à
pour les autres du mis en examen, l’analyse criminologique ne caractère traumatisant ; placement en famille d’accueil ; échec
faisant pas partie des questions classiques posées à l’expert ; scolaire et professionnel ; absence d’emploi régulier ; margina-
 à l’échelon postsentenciel (articles 712-16, 712-21, 723-31 du lité habituelle ;
Code de procédure pénale), pour évaluer l’évolution de l’état  antécédents médicaux et psychiatriques précoces : handicap
psychologique, la conscience de la gravité des faits, la physique (visuel, auditif, moteur, malformation) ; énurésie
dangerosité, le risque de récidive, le suivi ou traitement et les tardive ; maladie somatique grave et/ou hospitalisation ;
possibilités de réinsertion psycho-médico-sociale avant remise psychose infantile ; retard mental ; traumatisme crânien ;
en liberté (expertise de pré-libération) ou dans le cadre des troubles sévères du comportement ; déficit de l’attention avec
peines alternatives et complémentaires (expertise d’injonction hyperactivité ; auto-violence (mutilations, tentative de suicide) ;
de soins). crise de colère et impulsivité psychomotrice ; consommation de
drogue et/ou d’alcool ;
Signalons ici l’étonnant « examen » d’évaluation de la  antécédents psychiatriques au moment de l’évaluation : nature
dangerosité et du risque de commission d’une nouvelle infraction, et ancienneté des troubles ; hospitalisation en milieu
prévu au moins un an avant la libération d’une personne psychiatrique ; non-lieu pour irresponsabilité mentale ; nature
condamnée au placement sous surveillance électronique mobile et efficacité de la prise en charge ;
(suivi socio-judiciaire) (article 763-10 du Code de procédure  antécédents criminels : délinquance juvénile ; précocité des
pénale). Cet « examen », réalisé par « un psychiatre et un comportement antisociaux ; nombre, type et gravité des
psychologue » qualifiés (article R61-11 du Code de procédure infractions ; nombre et durée des incarcérations ; condamna-
pénale), n’est-il pas en réalité une véritable et complexe tions pour violence physique, agression sexuelle, incendie
« expertise » qui ne dit pas son nom ? Incohérence, confusion volontaire ; échec antérieur de réinsertion, révocation de sursis,
sémantique du législateur ? D’autres types de missions existent de libération conditionnelle.
bien entendu : expertise pénale des mineurs, examen médical et
expertise sur réquisition judiciaire et garde à vue, expertise de Après avoir soigneusement passé en revue les antécédents de
crédibilité, expertise avant mesures de sûreté après déclaration l’intéressé depuis son enfance, il faut examiner son état présent,
d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental c’est-à-dire au moment de l’évaluation hospitalière ou criminelle
(article 706-136 du Code de procédure pénale), etc. [10]. En l’état en milieu libre ou carcéral. En sus de l’étude de l’environnement du
actuel du droit, l’expert psychiatre est absolument indispensable à sujet (familial, professionnel, social), de son style de vie (diurne,
l’administration de la justice. nocturne) et de ses fréquentations, on procédera à une analyse
Si la grande majorité des « malades mentaux » tout venants ne psychologique et psychiatrique complète de son état mental. On
présente aucune dangerosité particulière liée aux symptômes pourra ainsi mettre en évidence l’existence d’un trouble anxieux,
psychiatriques, il n’en est pas de même pour les patients d’une perturbation de l’humeur (hyper-émotivité, sub-excitation
souffrant de façon passagère ou durable de troubles mentaux ou excitation, colère pathologique, état de crise ou de stress,
plus ou moins sévères faisant partiellement ou totalement dépression, bipolarité), d’une croyance extrémiste, d’une person-
disparaı̂tre leur libre arbitre, leur capacité de comprendre et de nalité pathologique (en particulier antisociale/psychopathique
vouloir. D’après les études épidémiologiques internationales, on mais aussi borderline, paranoı̈aque, narcissique. . .), d’une ou
estime que 5 à 15 % des homicides volontaires sont perpétrés par plusieurs tendances paraphiliques en notant la nature et l’impor-
des malades mentaux souffrant de troubles majeurs et que, dans tance des idées inappropriées et des fantasmes érotiques déviants.
presque la moitié de ces crimes violents, il existe un état On fera le point sur la prise et l’abus de tabac, médicaments, alcool
dépressif chez leurs auteurs. Environ 10 % des meurtriers tout et substances illicites, ainsi que sur la réponse à leur éventuel
venant sont donc des « aliénés », au sens historique du concept, la traitement.
majorité des 90 % restants présentant des anomalies mentales D’autres indices psychiatriques de dangerosité sont liés aux
diverses ne leur enlevant pas la capacité pénale à répondre de troubles psychotiques, le plus souvent délirants. C’est la schizo-
leurs actes. phrénie, dans ses diverses formes cliniques, qui est le plus
fréquemment en cause, la psychose paranoı̈aque (dite trouble
délirant) étant beaucoup plus rare. Les meilleurs prédicteurs de
2. Les facteurs de dangerosité violente risque sont le thème du délire (persécution, jalousie, mysticisme),
les menaces de mort et la désignation nominale d’un persécuteur,
Si l’on tentait d’être exhaustif ou presque, il faudrait citer ici l’existence d’une idéation suicidaire et/ou homicide, les halluci-
plus de cent variables psychosociales et psychopathologiques nations impératives (« tue-le »), l’intensité des symptômes
qui, souvent associées entre elles, augmentent le risque (angoisse, impulsivité, désorganisation mentale, phénomènes
d’agression physique [7,2]. Nous énumérerons simplement les hallucinatoires ou passionnels) avec adhésion forte aux idées
plus importants de ces indicateurs pronostiques défavorables, délirantes (faible degré d’insight) qui empêche le patient de
dits négatifs. prendre conscience du caractère pathologique de ses troubles, le
Tout d’abord l’âge et le sexe, puisque le seul fait d’être un refus ou l’arrêt des soins, l’apparition récente de la maladie.
homme entre 15 et 35 ans est lié positivement au risque violent. On Les statistiques des « unités pour malades difficiles » révèlent
peut y ajouter le célibat, le mode de vie marginal, la fréquentation que 70 % de leurs patients sont des schizophrènes qui cumulent
des délinquants et des prostituées, les comportements à risque divers facteurs de risque d’agression violente. Cette comorbidité
(port d’arme, sport violent, conduite automobile dangereuse), la psychiatrique, qui associe chez une même personne plusieurs
prise de substances toxiques et les addictions (consommation diagnostics de troubles mentaux ou de symptômes graves, est
d’alcool, de drogue, trafic de produits illicites). L’évaluation des d’une importance capitale dans l’évaluation de cette catégorie de

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sujets pathologiques susceptibles d’être physiquement dangereux  le deuil, la perte, une rupture affective, la trahison, l’assassinat
pour eux-mêmes et autrui. d’un complice, des menaces de mort, la réaction violente d’une
D’autres facteurs négatifs en faveur d’un risque violent sont liés victime, l’amour, la famille, la religion ;
à la prise en charge médico-sociale de l’intéressé. Un projet de  l’impact de la première incarcération, une lourde peine alliée à
réhabilitation sociale irréaliste ou peu réaliste, passe-partout, une réflexion existentielle (temps perdu, vie ratée, coût du crime
vague, imprécis, variable est un critère défavorable, comme le supérieur à ses bénéfices) ;
manque d’adhésion du sujet aux mesures sanitaires, profession-  le suivi psychiatrique, carcéral et médico-social ;
nelles et pénales qui lui sont proposées ou ordonnées. Son attitude  l’éducation civique, le remords, la médiatisation de l’affaire, etc.
négative vis-à-vis des intervenants et son absence de référent
social et médical vont elles aussi dans le sens d’un pronostic Ces éléments favorables au désistement peuvent être regroupés
réservé. En résumé, les carences affectives et éducatives dans sous trois catégories :
l’enfance, la précocité et la gravité des troubles et de la
délinquance, l’échec scolaire et professionnel, les mauvaises  la famille, l’emploi et le contrôle social ;
fréquentations, la marginalité, la dépression et les troubles  la maturation avec l’âge ;
mentaux sévères, la toxicomanie, l’opposition aux mesures de  un choix et une évolution à la suite d’un événement
soins, d’intégration ou de réinsertion sont vraisemblablement les traumatisant et/ou de rencontres heureuses.
indicateurs préventifs majeurs [7,2]. La proximité géographique et
affective de la future victime (conjoints, parents, enfants, proches, Ces facteurs positifs de réinsertion ne doivent pas être oubliés
voisins, collègues, connaissances) est encore un élément important dans l’évaluation criminologique des malades mentaux difficiles et
à prendre en considération. des agresseurs jeunes et adultes. Une scolarité sans problème, une
Selon une recherche canadienne récente, les auteurs déjà relation affective stable, des enfants, une famille aidante et non
condamnés pour un homicide, et qui ont récidivé pendant leur rejetante, un métier gratifiant, un bon encadrement médico-social,
libération conditionnelle, présentaient tous le même profil avec la perte de l’illusion de demeurer impuni sont des critères
quinze caractéristiques communes : d’adaptation à la communauté qui peuvent éviter une escalade
dans l’agir criminel, limiter sa durée ou sa gravité, permettre son
 des antécédents de violence marqués ; arrêt prématuré [5].
 une précocité dans l’agir criminel violent (chronologie crimi-
nelle juvénile) ;
 un mode opératoire pré-, per- et post- très violent ; 4. L’expertise mentale pénale
 un laps de temps relativement court entre la remise en liberté et
la récidive homicidaire ; On le voit, évaluer correctement une personne au plan
 une absence de remords ; criminologique n’est pas l’affaire de quelques dizaines de minutes,
 un manque total d’empathie pour les victimes ; temps habituel des examens et expertises psychiatriques ordinai-
 des situations d’opportunités criminelles liées à un style de vie res. D’abord, lesdits « experts », sauf exception, ne sont pas
délinquantiel persistant ; meilleurs que leurs collègues professionnels, leur faible effectif
 une appartenance à un groupe ou une organisation criminel ; actuel rendant illusoire une véritable sélection, c’est-à-dire le choix
 une toxicomanie polymorphe remontant à plus de quinze ans ; des plus expérimentés, des plus habiles et des plus instruits.
 des problèmes de santé mentale diagnostiqués ; Ensuite, les experts ne disposent pas de la totalité des informations
 une violence familiale contextuelle ; nécessaires (dossiers des affaires antérieures, instruction en cours,
 un milieu familial dysfonctionnel ; documents médicaux et sociaux complets, avis circonstanciés des
 plusieurs évasions ou tentatives d’évasion ; proches et des médecins traitants, dossier initial et informations
 de multiples échecs en période de surveillance ; pénitentiaires en post-sentenciel). Enfin l’expertise pénale n’est
 une implication mitigée ou un échec dans les programmes pas contradictoire et l’expert n’est pas obligé de noter et de
correctionnels. discuter dans son rapport certaines données qui iraient contre son
appréciation personnelle. Il faut y ajouter que le type de formation
À ces caractéristiques, s’ajoutent pour chaque criminel plu- professionnelle et les orientations éthiques de l’expert jouent un
sieurs plaintes pour délits de violence suivies de verdict de non- rôle important dans ses décisions. À l’expertise psychiatrique
culpabilité ou de retrait de la plainte [4]. historiquement centrée sur la responsabilité pénale, s’ajoute
maintenant une expertise de dangerosité sociale.
Avant jugement, les questions classiques posées à l’expert ont
3. Les facteurs positifs de protection et de désistement été longtemps celles de l’article C.345 des instructions générales
(circulaire) pour l’application du Code de procédure pénale (JO du
À l’opposé de cet ensemble de facteurs de dangerosité, il existe 3 mars 1959, p. 2637). Nous les schématisons ainsi :
des éléments positifs qui protègent l’individu de la criminalité, la
limitent, favorisent l’interruption passagère du comportement  anomalies mentales ou psychiques ?
criminel ou même sa cessation définitive. La remise en question du  relation infraction-anomalies ?
mode de vie antisocial est appelée « désistance » ou « désistement »  état dangereux ?
lorsque la personne ne commet plus aucune infraction, du moins  accessibilité à une sanction pénale ?
connue des autorités ! L’abandon d’une carrière criminelle dépend  curabilité ou réadaptabilité ?
de nombreuses variables :
Ces cinq interrogations de base sont suivies du commentaire ci-
 l’âge, la fatigue et l’usure du temps (la vieillesse naturelle mais après : « La mission des experts peut porter évidemment sur
aussi la « vieillesse carcérale ») ; d’autres points résultant plus particulièrement de l’instruction, eu
 la perte de la libido chez les agresseurs sexuels ; égard aux faits de la cause, aux indications fournies par l’inculpé
 la maladie invalidante ; lui-même, par sa famille ou par son défenseur, par l’examen
 la formation professionnelle, un bon emploi, le sport, l’armée ; médical et médico-psychologique ou l’enquête de personnalité. Les

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règles qui viennent d’être définies paraissent de nature à éviter Il y a certes, dans cette évolution positive de la mission
certaines difficultés qui se sont rencontrées dans ce domaine. » d’expertise psychiatrique pénale pré-sentencielle, un souci évident
Après la promulgation du nouveau Code pénal le 22 juillet de mieux connaı̂tre le justiciable en prenant en compte certaines
1992 et son entrée en vigueur le 1er mars 1994 (le vieil connaissances criminologiques modernes sur les facteurs de risque
article 64 de 1810 y est remplacé par l’article 122-1), il est de dangerosité et de récidive, mais l’on reste dans une évaluation
proposé au juge d’utiliser un formulaire pré-imprimé qui ne psychocriminologique unilatérale, statique, non intégrative, qui
modifie que la deuxième question posée à l’expert psychiatre ; fait l’impasse sur la dynamique du processus criminel dans le réel
« 28) Dire si l’infraction commise a eu une relation avec ces [6]. De surcroı̂t, la plupart des experts actuels n’utilisent aucun
éventuels troubles, en particulier si la personne était atteinte au outil scientifique d’évaluation du risque criminel, se contentant
moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique des données subjectives de leur examen clinique, sans avoir le
ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes, ou d’un temps et les moyens de diagnostiquer une réticence pathologique
trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discerne- (qui dissimule les troubles mentaux) ou, à l’inverse, une
ment ou entravé le contrôle de ses actes, en application de l’article manipulation volontaire de la personne examinée : simulation
122-1 du nouveau Code pénal. » Le reste de cette mission-type est ou sursimulation psychiatrique, auto-dénonciation mensongère,
sans changement. fausse reconnaissance de la problématique antisociale. En matière
Les recommandations de la Fédération Française de Psychiatrie de dangerosité, les rapports d’expertises mentales ne consacrent
en 2007 [8] préconisent d’ajouter diverses questions incluses qu’exceptionnellement un paragraphe à la recherche et à l’analyse
maintenant dans la mission-type de l’expert au niveau de des facteurs pronostiques négatifs et positifs liés au risque
l’instruction et dont voici un des libellés actuels : criminel. Il en résulte nombre de faux positifs et de faux négatifs
sur le risque futur de récidive.
 dire si le sujet est en mesure de comprendre les propos et de Ces insuffisances graves de l’évaluation clinique subjective
répondre aux questions ; avant condamnation obligent souvent à multiplier les missions
 l’examen du sujet révèle-t-il chez lui des anomalies mentales ou (contre et sur-expertises) et donnent parfois lieu à des « batailles »
psychiques ? Le cas échéant, les décrire et préciser à quelles d’experts devant les cours d’assises, les uns déclarant l’accusé
affections elles se rattachent ; totalement irresponsable, selon le paragraphe premier de l’article
 l’infraction qui est reprochée au sujet est-elle ou non en relation 122-1 du Code pénal, les autres le déclarant partiellement
avec de telles anomalies ? responsable et donc punissable selon le paragraphe second du
 le sujet était-il atteint, au moment des faits, d’un trouble même article. Il résultait de ces conflits une sur-pénalisation
psychique ou neuropsychique ayant soit aboli son discernement fréquente des malades mentaux déclarés in fine punissables :
ou le contrôle de ses actes, soit altéré son discernement ou le « Demi fou, double peine » disait-on. La loi du 15 août 2014, dans
contrôle de ses actes au sens de l’article 122-1 du code pénal ? son article 17, a essayé de contrer cette pratique injuste en
Définir si ce trouble peut être en relation déterminante ou complétant le second alinéa de l’article 122-1 : c’est maintenant
partielle avec les faits reprochés à l’intéressé ; une diminution de peine quand la personne était atteinte au
 le sujet était-il sous l’empire d’une force ou d’une contrainte à moment des faits d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant
laquelle il n’a pu résister au sens de l’article 122-2 du code altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes.
pénal ? En cas d’abolition du discernement, bien vouloir se Après jugement de condamnation, les insuffisances de l’exper-
prononcer sur la faculté du mis en examen à comparaı̂tre tise mentale sont les mêmes, pour des raisons identiques, tout
personnellement devant la chambre de l’instruction particulièrement le manque de temps, d’informations précises et
(article 706-122 du code de procédure pénale) ; de données scientifiques sur l’évolution médico-psychologique et
 dire si l’état mental de l’intéressé risque de compromettre l’ordre morale du condamné. C’est à ce niveau que se pose surtout le
public ou la sûreté des personnes et nécessiterait, dès lors, une problème de la dangerosité sociale pendant l’exécution de la peine
hospitalisation en milieu spécialisé en application de l’article en milieu libre ou fermé.
706-135 du code de procédure pénale ;
 dire si l’intéressé présente un état dangereux au sens psychia- 5. Les instruments d’évaluation criminologique
trique ou criminologique en énumérant les éléments de
pronostic défavorables ou favorables ; Les carences des examens cliniques de la population psychia-
 dire quelles sont les propositions thérapeutiques possibles et se trique médicolégale et des expertises mentales des prévenus et
prononcer sur l’opportunité, sur un plan psychiatrique, en cas de condamnés (brièveté, subjectivité, manque d’informations et de
condamnation ultérieure, d’une injonction de soins dans le cadre moyens, absence de contradictoire) rendent maintenant indispen-
d’un suivi socio-judiciaire ; sable l’utilisation de méthodes scientifiques adaptées afin de
 faire toutes observations utiles à la manifestation de la vérité. donner une base objective à l’évaluation diagnostique et pronos-
tique de la dangerosité. Si l’on sait que la prédictivité de la violence
Notons au passage deux inexactitudes dans ce libellé : criminelle est forcément aléatoire, il n’en demeure pas moins vrai
que des outils modernes permettent de donner une indication
 la première porte sur la cinquième question, l’article 122-2 du d’ensemble sur le degré de risque de récidive, complétant utilement
Code pénal ne visant que la force ou la contrainte externe, l’approche clinique et l’analyse des principaux prédicteurs de
extérieure. La force ou la contrainte psychologique interne des dangerosité. Il existe maintenant plusieurs dizaines d’outils
impulsions automatiques, irrésistibles, des phobies d’impulsion, d’évaluation actuarielle (basée principalement sur les antécédents
des raptus anxieux, confus, toxiques, délirants, des auto- de la personne) et de jugement clinique structuré (intégrant en plus
matismes mentaux, des ordres hallucinatoires, etc. relève de des données cliniques contemporaines et relatives à la gestion du
l’article 122-1 ; risque futur) du risque criminel sexuel et non sexuel. Ces
 la seconde porte sur la septième question qui différencie instruments, dont le nombre d’items (questions à documenter)
dangerosité psychiatrique et criminologique, clivage absurde varie généralement entre 10 et 30, ne peuvent évidemment pas
et artificiel que nous dénonçons depuis longtemps. À titre prendre en compte l’ensemble des données empiriques et
anecdotique, où ranger par exemple la « personnalité scientifiques liées à l’activité antisociale violente. Ils ont des limites
antisociale » ? bien connues et ne s’appliquent pas obligatoirement à un cas

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particulier. Leurs résultats statistiques ne doivent pas être pris à la éventuelle remise en liberté. Enfin, la comparaison des bilans
lettre mais doivent être discutés dans le cadre général des autres successifs lors de nouvelles expertises criminologiques permettrait
données sur l’affaire, les circonstances et la personne en cause [9]. de suivre l’évolution d’un certain nombre de variables négatives ou
Nous ne voulons ni étudier ni même citer ici l’ensemble des positives impliquées dans les passages à l’acte et dans la
méthodes diagnostiques et prédictives susceptibles d’aider le réadaptation sociale [1]. Remarquons au passage que cette
psychiatre hospitalier ou l’expert dans leurs missions, chacun catégorie de centre d’évaluation est prévue dans les dispositions
choisissant le ou les instruments nécessaires en fonction de la de la loi du 25 février 2008 relative à la rétention et surveillance de
situation (version française validée). En pratique, dans notre pays, sûreté : « À cette fin, la commission demande le placement de la
deux de ces outils commencent à être employés dans les unités personne, pour une durée d’au moins six semaines, dans un service
pour malades difficiles : la PCL-R (échelle de psychopathie spécialisé chargé de l’observation des personnes détenues aux fins
de Hare) qui comprend vingt items évaluant le degré de d’une évaluation pluridisciplinaire de dangerosité assortie d’une
psychopathie mentale ; la HCR-20, échelle d’évaluation semi- expertise médicale réalisée par deux experts » (article 706-53-
structurée de récidive des comportements violents, avec ses vingt 14 du Code de procédure pénale).
items répartis en dix variables d’anamnèse (facteurs historiques ou
statiques), cinq variables cliniques (facteurs du présent) et cinq
7. Conclusion
variables de gestion future du risque. Cet instrument (dernière
version : HCR-20 V3) peut être aussi utilisé comme une simple
Selon nous, l’une des carences les plus évidentes du système
check-list, un aide-mémoire permettant de ne pas oublier les
soignant et répressif français est l’absence de méthode standard et
facteurs essentiels de l’évaluation [3].
adaptable d’évaluation codifiée, précise et complète, des auteurs
Outre l’utilisation d’outils scientifiques, il est devenu mainte-
d’actes dangereux ou physiquement violents. Bien que la loi du
nant indispensable que l’expert psychiatre au pénal se réfère à des
25 février 2008 introduise, sous certaines conditions limitatives
typologies pour situer l’agresseur et le passage à l’acte, qu’il étudie
(nature de l’infraction, durée de la peine), le placement pour
les motivations de l’auteur, son comportement pendant les faits et
évaluation du condamné dans un service spécialisé, il faudrait
ses relations avec la victime, qu’il analyse la dynamique de
étendre ces dispositions à l’ensemble des comportements agressifs
l’infraction, son degré d’organisation, les différents temps du mode
majeurs pour les personnes hospitalisées sous contrainte, placées
opératoire (avant, pendant, après l’agression), le(s) lieu(x), le
en unité pour malades difficiles ou incarcérées [1]. Continuer à
contexte général et géographique, les données techniques du
privilégier les classiques examens et expertises psychologiques et
dossier et les témoignages, etc. Il faut donc passer de l’expertise
psychiatriques, aux dépens des méthodes et instruments d’évalua-
psychiatrique traditionnelle à une véritable expertise criminolo-
tion contemporains, est une conduite archaı̈que reflétant la
gique complète intégrant tous les facteurs individuels et collectifs,
méconnaissance et la réticence des pouvoirs publics en matière
subjectifs et objectifs.
de progrès des sciences médicolégales. Dans le domaine pénal, le
problème n’est pas ou n’est plus d’améliorer l’expertise mentale
mais de la supprimer dans les affaires graves, répétitives ou
6. Pour des centres régionaux d’évaluation criminologique
complexes pour la remplacer par une véritable évaluation
scientifique.
Les commentaires précédents mettent en exergue le hiatus,
Il nous paraı̂t impossible maintenant de prendre des décisions
pour ne pas dire le gouffre, qui existe entre les connaissances
importantes sur des critères largement subjectifs en ce qui
criminologiques modernes sur l’évaluation de la violence
concerne les personnes dangereuses ou supposées telles. L’exa-
criminelle, depuis la scène de crime, en passant par l’enquête
men clinique des médicolégaux hospitalisés ou incarcérés doit
judiciaire, jusqu’à l’examen du coupable, et la pratique archaı̈que
s’appuyer sur des données objectives permettant des comparai-
de l’expertise mentale dans laquelle le supposé « sachant » est
sons ultérieures portant sur le niveau de pathologie mentale, de
censé dire, après un entretien ne dépassant pas en général une ou
responsabilité, de dangerosité, du risque de récidive, dans
deux heures, la vérité sur le passé, le présent et le futur de
l’intérêt de tous, et en premier lieu des victimes potentielles,
l’individu impliqué. Les rares études françaises à notre disposition
c’est-à-dire de la Société. Il va de soi que « prédiction » ne veut pas
montrent d’ailleurs le désaccord fréquent sur le diagnostic et le
dire certitude, que le comportement humain est changeant,
pronostic entre les psychiatres traitants et les psychiatres experts
polymorphe et ambigu et que l’on ne saurait le réduire à un bilan
des mêmes personnes. Il est donc indispensable d’adapter notre
clinique, instrumental et biologique, même répété. Aucun
système pénal en créant, par exemple dans chaque région
pronostic exact n’est évidemment possible car nous sommes
pénitentiaire, un ou plusieurs centres spécialisés d’évaluation
dans le domaine des seules probabilités statistiques. Les échelles
et d’expertise criminologiques pour les individus ayant perpétré
de risque ne constituent qu’une indication et non pas un critère
des infractions graves, complexes ou répétitives. La durée de
décisionnel. En dépit de cela, la recherche systématique et
séjour dans ces structures irait de quinze jours à deux mois ou
l’appréciation des prédicteurs de violence criminelle sont à même
plus, si besoin est [1].
d’orienter valablement vers des mesures préventives et curatives
La mission d’expertise serait confiée à une équipe pluridisci-
des comportements antisociaux, que leurs auteurs soient en
plinaire qualifiée disposant d’une abondante documentation et
établissement hospitalier fermé ou en prison, déclarés irrespon-
qui, en sus des examens cliniques et neuropsychologiques
sables ou responsables. L’hypothèse d’une loi unique de défense
nécessaires, utiliserait les méthodes et outils qualitatifs et
sociale, de soins et de réinsertion, loi qui simplifierait singuliè-
quantitatifs d’évaluation de l’infraction et de son déroulement,
rement nos procédures psychiatriques et judiciaires, est-elle
de la personnalité de son auteur, de son profil déviant et du risque
totalement utopique ?
futur qu’il représente théoriquement. Le rapport criminologique se
substituerait à l’expertise mentale classique. Dans certaines
affaires, l’observation médico-psychologique prolongée et per- 8. Discussion avec l’auditoire
manente du mis en cause ou du condamné par l’équipe du centre
permettrait d’éviter des erreurs diagnostiques et d’améliorer le Dr Canetti – Ne craignez-vous pas que les nouveaux outils
jugement de valeur quant à la responsabilité pénale avant diagnostiques, tels que les échelles actuarielles, ne se substituent à
jugement et quant à l’état dangereux post-délictuel avant une la clinique plutôt que de les compléter ? Vous préconisez l’examen

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M. Bénézech / Annales Médico-Psychologiques 176 (2018) 404–409 409

systématique des personnes hospitalisées en UMD, à quelles fins, à ultérieures. Tout ceci figurerait dans le dossier médical de
qui destineriez-vous les conclusions ? l’intéressé. Bien entendu, en matière de « psy », l’approche clinique
Dr Y. Cartuyvels – reste essentielle et ne saurait en aucun cas être remplacée, mais
simplement assistée, complétée, vérifiée.
 le système de défense sociale : ce n’est pas la panacée (cf. Ma réponse au Docteur Cartuyvels sera simple. Il n’a pas bien
intervention du matin) ; écouté mon intervention que je résume ainsi :
 recours à des méthodes standardisées d’évaluation du risque
comme « aide à. . . » : argument classique de la cohabitation  il faut faire les choses correctement. Envoyer quelqu’un aux
consensuelle de différents instruments. En pratique, les échelles assises après une expertise psychiatrique manquant d’informa-
de risques, dites « scientifiques » et « objectives », s’imposent. tions, incomplète, basée uniquement sur un examen clinique
C’est le cas aux États-Unis et au Canada. Il est très difficile pour subjectif de quelques dizaines de minutes, relève d’un délit
un juge, qui doit répondre d’une situation difficile, de s’écarter de contre l’humanité. L’équité exige que l’accusé soit bien jugé dans
la recommandation d’un outil actuariel. S’il le fait et que l’affaire son intérêt, celui de la victime et celui de la communauté ;
tourne mal, on peut lui reprocher de ne pas avoir suivi le  il faut vivre avec son temps. On ne se déplace plus en diligence,
diagnostic « objectif » de l’instrument. Dans le cas inverse, c’est on ne s’éclaire plus à la bougie, devant des troubles sérieux le
l’échelle de risque qui s’est trompée, ce qui est plus confortable médecin prescrit des examens complémentaires performants
et moins grave : cela signifie juste qu’il faut améliorer l’échelle ; (imagerie médicale moderne) avant de poser un diagnostic
 le débat sur les échelles de risque remonte aux années 1920–1930 : précis et proposer un traitement adapté. Dans mon exposé, j’ai
c’est exact. Mais à l’époque, ces échelles seront disqualifiées et très clairement explicité les limites des échelles de risque qui ne
leur construction apparaı̂t, avec le recul, de fait truffées de sont qu’une aide à l’évaluation. Les excès observés aux États-
variables « absurdes » qui n’ont rien de « scientifique ». Les Unis et au Canada ne changent rien au principe que l’expert
échelles sont construites et leurs variables, loin d’être neutres, « psy » ou « criminologue » doit s’entourer de tous les moyens
traduisent des valeurs sociales spécifiques ; actuels à sa disposition pouvant l’aider à se faire une opinion
 l’archaı̈sme de l’expertise clinique : archaı̈que par rapport à quoi ? juste, raisonnable, la plus près possible de la « vérité » du cas et
Tout dépend de l’objectif de l’expertise. Si c’est assurer une du moment. Le reste n’est que philosophie et poursuite du vent.
perspective de « sécurité maximale », c’est peut-être exact. Si le
but est d’arriver à une décision « juste », fondée sur l’histoire d’un Enfin, merci au Docteur Hazif-Thomas d’avoir essayé très
sujet singulier, ça l’est beaucoup moins. L’opposition entre les confraternellement de concilier nos opinions.
deux types d’expertise renvoie à un très vieux conflit entre
sciences étiologiques à visée compréhensive et sciences pro-
babilistes, imperméables à cette logique de compréhension et Déclaration de liens d’intérêts
préoccupées par la seule prédiction. Et derrière ce conflit, une
autre opposition entre le rêve – ou le cauchemar – d’une L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
gouvernementalité par la science à des fins d’efficience
managériale et une gouvernementalité par le droit, fondé sur Références
l’argumentation et le « pari » qu’est toujours une décision de
justice (P. Ricœur). [1] Bénézech M. De la nécessaire création de centres d’évaluation et d’expertises
criminologiques à l’échelon national. In: Médecine pour la prison de l’an 2000.
Paris: Palais du Luxembourg; 1996. p. 82–5.
Dr C. Hazif-Thomas – Les propos de M. Bénézech et de [2] Bénézech M, Le Bihan P. Criminologie et psychiatrie. J Med Leg Droit Med
M. Cartuyvels ne me paraissent pas contradictoires mais bien 2016;59:17–53 [Série F].
plutôt complémentaires : Monsieur le Pr Bénézech a de son côté [3] Bénézech M, Pham TH, Le Bihan P. Les nouvelles dispositions concernant les
criminels malades mentaux dans la loi du 25 février 2008 relative à la
approfondi son propos autour de l’axe vérité et rationalité là où rétention de sûreté et à la déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause
notre collègue belge s’est surtout focalisé sur les liens liberté et de trouble mental : une nécessaire évaluation du risque criminel. Ann Med
démocratie. En ce sens, tous deux travaillent dans l’idée du danger Psychol 2009;167:39–50.
[4] Bensimon P. Profil du criminel condamné pour meurtre(s) et qui récidive en
qu’il y aurait à perdre de vue la notion chère à Orwel de « mentalité commettant un crime de même nature pendant qu’il était déjà sous surveil-
libérale ». lance dans la communauté. Rapport de synthèse, Direction de la recherche.
Réponse du Rapporteur – Je remercie tout d’abord le nombreux Service correctionnel du Canada; 2011 [N8 R-200].
[5] Bensimon P. Profession : criminologue. Analyse clinique et relation d’aide en
public pour ses chaleureux applaudissements et les intervenants à milieu carcéral. Montréal (Québec): Guérin; 2012.
ma communication. Je rassure tout de suite le Docteur Canetti sur [6] Combalbert N. Vers une psychocriminologie dynamique et intégrative : le
mes intentions. Évaluer correctement les personnes hospitalisées modèle de la cinétique du crime. In: Combalbert N, editor. L’expertise
psychocriminologique. Paris: Armand Colin; 2010. p. 46–65.
en UMD me paraı̂t essentiel puisque ces structures hospitalières
[7] de Beaurepaire C, Bénézech M, Kottler C. Les dangerosités. De la criminologie à
reçoivent des patients psychiatriques particulièrement la psychopathologie entre justice et psychiatrie. Paris: John Libbey Eurotext;
« difficiles », c’est-à-dire dangereux, comme le prouvent les 2004.
[8] Fédération française de psychiatrie. la Direction générale de la santé et la
statistiques avec un nombre élevé de psychotiques chroniques,
Haute Autorité de santé (HAS). Expertise psychiatrique pénale. In: Audition
auteurs de violences dramatiques souvent répétées. Ces évalua- publique des 25 et 26 janvier 2007. Rapport de la Commission d’audition de
tions approfondies, à l’admission, pendant le séjour et avant mai; 2007 [Ministère de la Santé et des Solidarités : 2007].
présentation à la commission de suivi médical, devraient être [9] Niveau G. Évaluation de la dangerosité et du risque de récidive. Paris:
L’Harmattan; 2011.
codifiées avec une méthode standard nationale, mais souple, [10] Przygodzki-Lionet N. Psychologie et justice. De l’enquête au jugement. Paris:
permettant une adaptation individuelle et des comparaisons Dunod; 2012.

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