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Technologie et fabrication

du combustible à base d’uranium

par Georges MONEYRON


Ingénieur des Arts et Manufactures
Master of Science
Directeur Général de la Société Franco-Belge de Fabrication de Combustible (FBFC)

1. Définition et rôles du combustible ..................................................... B 3 620 - 2


1.1 Définition du combustible........................................................................... — 2
1.2 Rôles du combustible.................................................................................. — 2
2. Combustibles des différentes filières ................................................ — 2
2.1 Points communs aux combustibles éprouvés .......................................... — 2
2.2 Combustible pour réacteurs graphite-gaz ................................................. — 3
2.3 Combustible pour réacteurs à eau lourde ................................................. — 3
2.4 Combustible pour réacteurs à neutrons rapides refroidis par un métal
liquide (RNR) ................................................................................................ — 4
2.5 Combustible pour réacteurs à haute température (HTR) ......................... — 4
2.6 Combustible pour réacteurs à eau ordinaire............................................. — 5
3. Choix des matériaux et conception pour le combustible REP.... — 5
3.1 Généralités ................................................................................................... — 5
3.2 Historique des choix.................................................................................... — 5
4. Description du combustible REP......................................................... — 7
4.1 Pastilles d’UO2 fritté .................................................................................... — 7
4.2 Gaine............................................................................................................. — 8
4.3 Crayon combustible .................................................................................... — 9
4.4 Grilles............................................................................................................ — 9
4.5 Pièces d’extrémité (ou embouts)................................................................ — 9
4.6 Structures et faisceau de crayons .............................................................. — 9
5. Fabrication des combustibles REP...................................................... — 9
5.1 Pastilles d’UO2 ............................................................................................. — 9
5.2 Crayon combustible .................................................................................... — 11
5.3 Structures ..................................................................................................... — 12
5.4 Assemblage.................................................................................................. — 13
6. Caractéristiques particulières de cette fabrication ....................... — 14
7. Rôle de l’assurance qualité ................................................................... — 14
8. Expérience d’exploitation et surveillance......................................... — 14
9. Conclusion ................................................................................................. — 15
8 - 1990

ans cet article, nous traiterons la technologie et la fabrication du combustible


D à base d’uranium.
B 3 620

Le lecteur se reportera également aux articles de ce traité :


— Thermohydraulique des réacteurs à eau sous pression [BN 3 050] ;
— Caractéristiques neutroniques des réacteurs industriels [B 3 040] ;
— Corrosion des matériaux métalliques [B 3 750].

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire B 3 620 − 1
TECHNOLOGIE ET FABRICATION DU COMBUSTIBLE À BASE D’URANIUM __________________________________________________________________________

1. Définition et rôles (MW · j/t), unité d’énergie spécifique. La limite technologique est
affectée par l’histoire du combustible, en particulier par les régimes
du combustible transitoires thermiques qu’il a subis.
■ Supporter l’exploitation
1.1 Définition du combustible Le combustible doit se faire oublier dans l’exploitation du réacteur.
En fait, il n’est pas possible actuellement de faire subir au combus-
Nous appellerons élément combustible ou, plus simplement, tible n’importe quel régime transitoire, ni n’importe quelle pertur-
combustible le produit qui, contenant des matières fissiles, fournit bation. Il existe des phénomènes thermomécaniques qui conduisent
l’énergie dans le cœur d’un réacteur en y entretenant la réaction en à la destruction de la gaine dans l’état de nos connaissances. C’est
chaîne. pourquoi actuellement des variations plus ou moins lentes de puis-
sance sont, dans certaines conditions (articles Thermomécanique du
Le combustible nucléaire est la matière contenant des nucléides combustible des réacteurs à eau sous pression [B 3 060] et Thermo-
dont la consommation par fission dans un réacteur libère de mécanique du combustible des réacteurs à neutrons rapides
l’énergie, d’après l’arrêté du 30 novembre 1989 relatif à l’enrichisse- [B 3 061]), demandées à l’exploitant. Ces contraintes dépendent du
ment de la terminologie de l’ingénierie nucléaire (Journal officiel type de combustible et des matières qui le constituent.
du 29 décembre 1989).
L’élément combustible est ainsi constitué par : ■ Assurer une fiabilité quasi totale
— la matière enfermée dans une gaine, matrice incluant la matière Dans les réacteurs à chargement-déchargement en marche
fissile ; (réacteurs à uranium naturel-graphite-gaz et à eau lourde), cette obli-
— la (ou les) gaine(s) ; gation est moins nécessaire, car aucune perte de production n’en
— les structures. découle (à condition que les combustibles fautifs soient en petit
nombre). La fiabilité est cependant importante, car, en cas de défaut,
on perd une partie de l’énergie escomptée, dans la mesure où l’on
décharge avant le terme fixé.
1.2 Rôles du combustible Dans les réacteurs à chargement à l’arrêt (réacteurs à eau ordinaire
et à neutrons rapides), un défaut important du combustible nécessite
Le combustible a pour rôle de permettre la fission des nucléides l’arrêt du réacteur. Dans un réacteur REP, le taux de contamination
sous l’action des neutrons et de favoriser l’évacuation de l’énergie admis par EDF dans le circuit primaire est de 0,5 Ci/t (en équivalent
thermique dégagée. Il autorise le fractionnement de la matière fissile iode 131). Des taux moins importants en valeur moyenne laissent
nécessaire à l’obtention d’une réactivité suffisante, d’une part, et à prévoir des arrêts futurs (par exemple, 0,06 Ci/t : arrêt dans les deux
une bonne évacuation de la chaleur, d’autre part. Ces rôles montrent mois).
la dépendance étroite entre les caractéristiques du réacteur et celles
du combustible. La technologie d’un combustible ne peut se Indépendamment des pertes citées plus haut, la perte associée à
concevoir indépendamment du type de réacteur auquel il est destiné. l’arrêt de production d’un réacteur de 1 000 MW de puissance élec-
trique impose aux combustibles de rester fiables. Le coût d’arrêt d’un
Les rôles rappelés imposent des obligations ; le combus- réacteur en période de pointe est sans commune mesure avec le
tible doit satisfaire à différentes conditions. coût d’un élément combustible.
■ Confiner les produits de fission
Le combustible est conçu et réalisé pour empêcher les produits
de fission ou de capture engendrés par les réactions nucléaires de
s’échapper dans le circuit de refroidissement. La matière active sera 2. Combustibles
donc maintenue dans une boîte étanche, appelée gaine. Cette gaine
constitue ce que les spécialistes de sûreté nomment la première
des différentes filières
barrière. Son étanchéité doit être parfaite, durant toute la vie du
combustible. 2.1 Points communs
Certains types de réacteurs (réacteurs à haute température, par aux combustibles éprouvés
exemple) tolèrent des combustibles non totalement étanches. C’est
un cas très particulier. Nous entendons par combustibles éprouvés ceux qui sont
■ Assurer l’évacuation de la chaleur destinés aux réacteurs commerciaux ou en voie de l’être, à l’exclu-
sion des réacteurs de recherche.
Les combustibles sont baignés par le fluide caloporteur, et la gaine
doit être bonne conductrice de la chaleur dégagée. En outre, plus Tous les combustibles sont composés d’éléments à géométrie
la puissance dégagée par unité de volume de matière combustible cylindrique (figure 1).
est grande, plus la surface d’échange doit être grande : le fraction-
nement de la matière devient une nécessité (comme dans le cas d’un
radiateur) pour éviter son échauffement excessif et surtout, évidem-
ment, pour échauffer le fluide caloporteur qui sera utilisé, directe-
ment ou indirectement, pour produire l’énergie électrique.
■ Conserver la réactivité
Le combustible « brûle » dans le réacteur, la quantité de matière
fissile décroît et la quantité de poisons neutroniques augmente. Il
y a donc une limite neutronique à l’énergie fournie par le combustible
(ou, si l’on préfère, au temps de séjour à puissance nominale). Il est
indispensable que la limite technologique, c’est-à-dire la durée
pendant laquelle le combustible est susceptible de remplir sa mis-
sion (déformations acceptables, pas de fuite de produits de fissions,
à l’extérieur de la gaine, etc.), soit voisine de sa limite neutronique.
Ces limites sont en général exprimées en mégawatt-jour par tonne Figure 1 – Combustibles pour les réacteurs à eau et à neutrons rapides

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Presque tous les combustibles sont constitués par des de 0,13 g / cm 3 pour de l’uranium naturel alors que sous une
assemblages ou grappes de crayons. Le crayon est le combustible forme UO2 cette masse volumique n’est que de 0,07 g/cm3.
élémentaire (matière fissile + gaine). Seuls les combustibles des Quant au matériau de gainage, il doit être compatible avec
UNGG et HTR font exception : le premier parce qu’à base d’uranium l’uranium et le CO2 de refroidissement, transparent aux neutrons et
métallique donc à faible puissance volumique, le second parce que à la chaleur, et facile à mettre en œuvre.
très particulier (§ 2.5).
La conception de ces combustibles a évolué en même temps que
Un tel choix conduit à une fabrication relativement simple, et le la connaissance de leur comportement s’améliorait. Les marges se
produit présente un rapport surface/volume élevé qui facilite le sont donc réduites, tout en respectant les critères de sûreté et en
refroidissement. La mise en forme des combustibles de type recherchant une plus grande souplesse d’exploitation (transitoires,
céramique (UO2) est plus facile à réaliser sous forme de pastilles. chargement-déchargement).
Le regroupement de crayons sous forme d’assemblages est donc
général : il faut en chercher la cause dans le fractionnement de la
matière fissile, nécessaire à la fois pour des raisons neutroniques 2.2.2 Combustible pour réacteurs graphite-gaz
et pour des raisons de refroidissement à haute puissance volumique à base d’oxyde d’uranium
(≈ 500 kW/ litre de cœur pour les RNR). De plus, il s’agit de réduire très légèrement enrichi
les durées de manipulation lorsque le principe du réacteur exige
l’arrêt pour le chargement : on groupe donc un certain nombre de Il s’agit d’un combustible développé en Grande-Bretagne comme
crayons pour réaliser le combustible. Ce groupage se fait en réseau une évolution de la filière précédente sous le nom de Advanced
(carré pour les réacteurs à eau ordinaire, hexagonal pour les RNR), Gas-cooled Reactor (AGR).
et conduit à des combustibles ayant une masse unitaire de l’ordre La fabrication est très similaire à celle du combustible pour réac-
de 500 kg et constitués d’une centaine de crayons (62 à 264 pour teur à eau, à la différence près que le gainage est en acier inoxydable.
les réacteurs à eau ordinaire, 271 pour le RNR Superphénix).

2.3 Combustible pour réacteurs


2.2 Combustible pour réacteurs graphite-gaz à eau lourde
Il y a actuellement, en pratique, deux types principaux de combus- Le Canada a choisi cette filière CANDU (CANadian Deuterium
tible pour la filière graphite-gaz : Uranium ) comme filière nationale (article Réacteurs à eau lourde
— ceux dont la matière fissile est de l’uranium naturel métallique ; [BN 3 210]) ; c’est pourquoi nous décrirons surtout le combustible
— ceux dont la matière fissile est de l’oxyde d’uranium très légère- canadien.
ment enrichi sous forme de pastilles.
Les choix canadiens sont liés à l’utilisation d’oxyde d’uranium
naturel et à une structure de réacteurs à tubes de pression hori-
2.2.1 Combustible pour réacteurs graphite-gaz zontaux avec rechargement en marche. Le matériau combustible est
de l’oxyde d’uranium UO 2 , car l’uranium métal est, en effet,
à base d’uranium naturel (UNGG) incompatible avec l’eau. De plus, la technologie de l’UO2 est bien
C’est le combustible le plus ancien, développé essentiellement par connue et l’UO2 fritté se comporte de façon satisfaisante sous irra-
la France, au Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), et la diation (peu de gonflement). Quant aux matériaux utilisés pour la
Grande-Bretagne, à l’United Kingdom Atomic Energy Authority gaine, les alliages de zirconium (débarrassé du hafnium) absorbent
(UKAEA). Aucun réacteur de ce type n’est plus construit actuelle- peu les neutrons (section efficace de capture de 0,18 b) et résistent
ment, mais ceux qui existent (une vingtaine environ) doivent être bien à la corrosion par l’eau.
alimentés en combustible pour quelques années encore (jusque La faible conductivité thermique de l’UO2 et les nécessités du
vers 1992-1995). refroidissement par l’eau lourde pressurisée ont conduit à l’adoption
d’un combustible en faisceau de crayons : de 7 crayons pour le
La matière fissile utilisée est de l’uranium métal légèrement allié
premier réacteur NPD (Nuclear Power Demonstration Reactor ) à 37
et le matériau de gainage est un alliage magnésium-zirconium.
pour les réacteurs Bruce. Chaque crayon possède une gaine en
L’uranium métal (pur ou allié) a été retenu, car c’est le produit dont alliage de zirconium liée au matériau combustible. Le tableau 1
la masse volumique en matériau fissile est la plus grande ; elle est résume leurs caractéristiques et leur évolution.
(0)

Tableau 1 – Combustible des réacteurs à eau lourde canadiens


Réacteurs NPD Pickering 1 à 8 (1) Bruce 1 à 8 (1)
Année de mise en service................................................................... 1958 1971 à 1986 1977 à 1987
Puissance électrique ................................................................. (MW) 22 515 850
Matériau de la gaine ........................................................................... Zircaloy 2 Zircaloy 4 Zircaloy 4
Diamètre extérieur du crayon .................................................. (mm) 25,4 12,16 13,08
Épaisseur de la gaine ................................................................ (mm) 0,64 0,38 0,38
Nombre de crayons par faisceau ....................................................... 7 28 37
Longueur du faisceau ............................................................... (mm) 495,3 495,3 495,3
Nombre de faisceaux par canal ......................................................... 9 12 13
Diamètre maximal ..................................................................... (mm) 82,03 102,49 102,49
Puissance linéique maximale ................................................ (W/cm) 434 528 541
Taux de combustion moyen.............................................. (MW · j/t) 6 500 7 000 à 7 700 7 500
(1) Pour ces réacteurs 1 à 8, les valeurs indiquées sont des moyennes.

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On note le passage du Zircaloy 2 au Zircaloy 4. Les réacteurs Les combustibles actuels satisfont aux conditions suivantes :
refroidis par de l’eau imposent une gaine en matériau peu absorbant, — concentration élevée en noyaux lourds (fort taux de conversion,
mais aussi résistant à la corrosion. Le Zircaloy 2 résiste bien à basse faibles sections efficaces de fission en neutrons rapides) ;
température (< 300 oC), mais le Zircaloy 4 devient nécessaire à plus — puissance volumique élevée : 1 500 à 2 000 W/cm3 (par cm3 de
haute température. On notera, en particulier, la présence d’éléments combustible) ;
durcissants tels que l’étain et l’oxygène dans ces alliages. La — flux neutronique élevé : 1016 n/(cm 2 · s) ;
meilleure connaissance des propriétés et le choix d’une gaine liée — taux de combustion élevé : > 70 000 MW · j/t.
au matériau combustible ont permis d’utiliser des gaines très minces
(0,38 mm pour Bruce), et ainsi la masse d’UO2 est très grande par Cet ensemble conduit à des températures de gaine de 650 oC et
rapport à la masse totale (92 % pour Pickering). Quant au taux d’irra- à des puissances linéiques de 450 W/cm.
diation moyen, il est de 7 000 MW · j/ t, et de 10 000 MW · j/ t environ Les problèmes actuels avec ce type de combustible sont les
pour les aiguilles les plus chargées. suivants :
— un gonflement des gaines en acier inoxydable ; des études sont
en cours pour sélectionner des matériaux gonflant peu ou pas du
2.4 Combustible pour réacteurs à neutrons tout ;
— un coût élevé, du fait du caractère encore relativement expéri-
rapides refroidis par un métal liquide mental du réacteur, bien que sa taille soit à un niveau industriel ;
(RNR) — la présence de plutonium, avec ses conséquences lors de la
fabrication.
La filière rapide est développée essentiellement en France, en
République fédérale d’Allemagne, en Grande-Bretagne, en URSS et
aux États-Unis. La France est sans conteste en tête pour les réacteurs 2.5 Combustible pour réacteurs
industriels (Superphénix : 1 200 MW de puissance électrique). Ce
sont les combustibles français que nous décrirons. à haute température (HTR)
Nota : le lecteur pourra se reporter à l’article Réacteurs à neutrons rapides refroidis au
sodium [B 3 170] dans ce traité. Nota : le lecteur pourra se reporter à l’article Réacteurs à haute température [B 3 190]
dans ce traité.
Le caloporteur est du sodium liquide, permettant une température
de sortie élevée (560 oC). Le combustible sera donc encore un fais- L’originalité du combustible correspond à une extrême division
ceau de crayons (de petit diamètre pour les raisons déjà évoquées), du matériau fissile dans le modérateur. Chaque crayon est remplacé
enfermé dans un tube choisi hexagonal. Ce tube est nécessaire pour par une bille d’UO2 (diamètre ≈ 500 µm) revêtue de carbone pyro-
éviter le mélange du sodium chaud et du sodium inter-assemblages. lytique (par décomposition de corps carbonés à chaud en lit fluidisé)
Le matériau combustible est de l’UO2 /PuO2 . De plus, les impératifs et de carbure de silicium, pour bloquer les produits de fission. Ces
neutroniques ne sont pas les mêmes en neutrons rapides qu’en neu- grains sont enfermés dans une matrice de graphite et constitués en
trons thermiques, et si le zirconium a été utilisé au début, il n’a pas éléments combustibles. Ces éléments sont soit prismatiques (tech-
donné satisfaction (corrosion), mais par contre l’acier inoxydable nique américaine), soit sphériques (technique allemande). Le refroi-
dissement s’effectue par de l’hélium sous pression. L’extrême
convient bien. Comme il est nécessaire de récupérer les fuites neu-
troniques pour transformer 238 U en 239Pu, l’assemblage combustible division du matériau fissile nécessite des enrichissements élevés,
porte en haut et en bas des zones de couvertures en UO2 appauvri, mais les taux de combustion atteignent 700 000 MW · j/t. La sûreté
intégrées au crayon combustible ou non. Enfin, des éléments de de tels éléments est excellente, une rupture de gaine n’affectant que
protection neutronique supérieure sont intégrés à l’assemblage quelques grains à la fois. La température de fonctionnement peut
(graphite et acier). atteindre 1 000 oC à la sortie de l’hélium, mais 1 300 à 1 400 oC
seulement au cœur des grains.
Le tableau 2 donne l’évolution de la filière française.
Un tel combustible étant très original, les réacteurs qui l’utilisent
Nous signalons l’existence des assemblages de couverture ne sont pas au stade industriel, mais à celui de prototype.
radiale, plus simples mais semblables, qui sont à base d’UO 2
appauvri. Ils sont cependant traités avec la même qualité, car ils Nous citerons l’AVR (46 MW de puissance thermique) à Jülich
contribuent pour environ 4 % à la puissance totale (en fin de vie). (République fédérale d’Allemagne) et Fort-St-Vrain aux États-Unis
(300 MW de puissance thermique). (0)

Tableau 2 – Combustible des réacteurs à neutrons rapides français


Réacteurs Rapsodie Phénix Superphénix
Année de divergence .......................................................................... 1967 1974 1983
Puissance thermique................................................................. (MW) 40 600 3 000
Nombre d’assemblages combustibles .............................................. 66 106 364
Largeur, sur plats, du tube hexagonal......................................(mm) 50 124 173
Hauteur d’un assemblage............................................................. (m) 1,7 4,3 5,4
Masse d’un assemblage .............................................................. (kg) 15,5 200 590
Diamètre extérieur du crayon ...................................................(mm) 5,1 6,66 8,5
Hauteur d’une colonne de combustible .................................... (cm) 32 85 100
Nombre de crayons par assemblage................................................. 61 217 271

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2.6 Combustible pour réacteurs Par ailleurs, le resserrement des normes de sûreté oblige aussi
à faire des révisions de conception, par la modification des marges
à eau ordinaire qu’elles imposent, directement ou non : la prise en compte d’un
accident hypothétique peut modifier drastiquement la structure du
Ce type de combustible est actuellement de loin le plus développé combustible, en changeant par exemple le nombre des crayons et
avec diverses variantes. Plusieurs centaines de réacteurs existent leur diamètre.
dans le monde ou sont en cours de construction. Les divers types
Quel que soit le type de réacteur (REP ou REB), les combustibles
de réacteurs ont été développés essentiellement aux États-Unis par :
sont constitués par des faisceaux de crayons de grande hauteur
— Westinghouse (Pressurized Water Reactor : PWR) ; (≈ 4 m).
— General Electric (Boiling Water Reactor : BWR) ;
— Babcock and Wilcox (PWR) , Leur conception mécanique s’inspire cependant de philosophies
— Combustion Engineering (PWR). différentes, car les modérateurs (eau sous pression ou eau
bouillante) entraînent une neutronique spécifique et un diamètre des
Il faut ajouter KWU, en République fédérale d’Allemagne, dont le crayons REP inférieur à celui des REB. La gaine des crayons est auto-
combustible est dérivé de celui de Westinghouse. portante, et la colonne de pastilles est libre dans la gaine (à un ressort
De même, Framatome, en France, a pris son autonomie vis-à-vis de maintien près, son rôle étant limité aux manutentions et
de Westinghouse qui détenait la licence à l’origine et a développé transports).
un combustible original : Assemblage Français Avancé (AFA). Le principe du contrôle de réactivité (article Caractéristiques
Le combustible, qu’il s’agisse de réacteurs à eau pressurisée (REP) neutroniques des réacteurs industriels [B 3 040] dans ce traité) est
ou à eau bouillante (REB), doit remplir un certain nombre de fonc- aussi différent. Dans les REP récents, le contrôle est fait au niveau
tions et supporter, en même temps, des contraintes opératoires de l’assemblage, en introduisant des crayons de contrôle dans les
extrêmement sévères pendant des durées qui peuvent être de l’ordre tubes-guides (§ 3.2.1). Dans les REB, une barre cruciforme se déplace
de quatre années successives. au centre d’un groupe de 4 assemblages. Si l’on veut comparer
À titre d’illustration, on peut, en prenant pour exemple le REP, les REP et les REB, il faut donc comparer quatre assemblages REB
remarquer que, dans une centrale nucléaire classique d’une puis- à un assemblage REP. Le fractionnement du combustible dans
sance électrique de 900 MW, la chaleur est évacuée par un circuit les REB dépend donc de la présence des barres cruciformes.
d’eau primaire sous une pression de 155 bar, avec un débit
de 48 000 t /h et une vitesse moyenne dans le cœur de 4,5 m/s. La
température de sortie est de 325 oC, tandis que celle régnant à l’inté- 3.2 Historique des choix
rieur même du combustible peut excéder largement 1 000 oC.
Il s’ensuit des phénomènes de vibration, de corrosion ou de défor- 3.2.1 Réacteurs à eau ordinaire sous pression
mation que le combustible doit soutenir sans défaillance. Ce même
combustible est, de plus, soumis à un flux intense de radiations qui Étant donné la nature du fluide caloporteur, de l’eau ordinaire sous
altèrent, à la longue, la structure physico-chimique de la matière fis- pression, les raisons des choix développés dans le paragraphe sur
sile. Ces altérations ne doivent pas cependant nuire aux perfor- les réacteurs à eau lourde (§ 2.3) s’appliquent ici aussi. Il faut noter
mances attendues. qu’à l’origine la gaine des crayons était en acier inoxydable ; mais,
Pour répondre à ces divers impératifs de fonctionnement, parfois outre la pénalisation neutronique associée, la corrosion était inac-
contradictoires, le combustible REP est nécessairement conçu de ceptable. On se trouve donc en présence d’un faisceau de crayons,
façon très élaborée et fait appel à des matériaux très spéciaux. contenant des pastilles frittées d’UO2 (densité 10,5) dans une gaine
Nota : pour plus de détails, le lecteur se reportera à la rubrique Réacteurs nucléaires en Zircaloy 4. Le nombre de crayons par faisceau ou assemblage
dans ce traité. et le diamètre des crayons sont déterminés par les facilités de manu-
tention (chargement à l’arrêt), les nécessités de refroidissement et
les impératifs neutroniques. Ces impératifs imposent, dans certains
crayons, la présence de poisons consommables pour contribuer à
3. Choix des matériaux la constance de la réactivité durant l’irradiation. Le tableau 3 retrace
l’histoire des combustibles de type Westinghouse.
et conception À l’origine, la structure de l’assemblage ressemblait à celle du
pour le combustible REP REB, elle a peu à peu évolué vers la structure décrite ci-après.
Les crayons sont arrangés suivant un réseau carré, de 17 × 17 posi-
tions dans la version Fessenheim. Les positions non occupées par
3.1 Généralités les crayons combustibles sont destinées aux tubes-guides, qui
forment le squelette de l’assemblage. On note les grilles fixées sur
Le combustible est un objet évolutif. C’est de tous les composants les tubes-guides. Les crayons sont glissés dans les grilles et unique-
du réacteur celui qui est soumis aux agressions les plus violentes ment maintenus par les ressorts de ces grilles. Ils sont libres en tête
et, parmi elles, l’irradiation. Depuis de nombreuses années, nos et en pied. Chaque assemblage contient environ 520 kg d’oxyde
connaissances sur le comportement des matériaux dans de telles d’uranium enrichi, l’enrichissement étant le même pour tous les
conditions se sont affinées, mais l’interprétation des phénomènes crayons combustibles d’un même assemblage. Le cœur est divisé
et leur prise en compte demandent encore beaucoup d’efforts. Les en 3 zones d’enrichissements différents : par exemple 2,1 %, 2,6 %
renseignements d’ordre statistique, sur des cœurs complets à fort et 3,1 % d’235 U pour une première charge (article Réacteurs à eau
taux d’irradiation, commencent seulement à être utilisables. Et ces ordinaire sous pression. Physique du cœur : neutronique et thermo-
renseignements pourront entraîner des ajustements de conception. hydraulique [B 3 090] dans ce traité).
Les taux prévus en 1978 étaient de 33 000 MW · j/t ; on atteint actuel-
lement 45 000 MW · j/t et les perspectives sont de 60 000 MW · j/t
environ.

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de tirants, au nombre de 8, vissés dans ces pièces. Un crayon central


On peut donc schématiser l’évolution du réacteur REP porteur de bossages maintient les grilles d’espacement. Les crayons
construit en série en France ainsi : (7 × 7 ou 8 × 8) reposent sur la pièce d’extrémité inférieure et
1963 ressorts de grille (permettent de réaliser des crayons coulissent dans la pièce supérieure. Un ressort les oblige à s’appuyer
indépendamment de l’assemblage) en partie inférieure, cela pour s’accommoder des dilatations
1965 grilles de mélange (améliorent l’échange thermique) différentielles.
1967 grappe de crayons de commande (réduit les pics de Le tableau 4 montre l’évolution du combustible type General
puissance dus aux lames d’eau) Electric.
1968 gaines en Zircaloy (réduit les absorbants neutroniques) On notera la nature de la gaine toujours en Zircaloy 2 ; on peut
1970 prépressurisation des crayons (évite le fluage de la ainsi utiliser un alliage moins chargé, car la température de la
gaine en début de vie) gaine est plus faible que pour le REP et donc la corrosion par l’eau
moins gênante.
1970 tubes-guides en Zircaloy (réduit les absorbants)
1975 réseau 17 × 17 [augmente les marges en ce qui En résumé, l’évolution du combustible REP et REB a été limitée.
concerne l’accident de perte de réfrigérant (LOCA, LOss Il s’agit, depuis quelques années, plus d’ajustements que de modifi-
of Coolant Accident ), et facilite l’application des règles cations profondes.
de sûreté]
1984 grilles en Zircaloy (réduit les absorbants neutroniques) 3.2.3 Limites
et embouts démontables (remplacement de crayons
défectueux en réacteur) : assemblage AFA
Elles sont définies par les règles en vigueur et le type de réacteur.
apparition des réacteurs de 1 300 MW et donc de
On peut citer :
combustible allongé (4,6 m au lieu de 4 m)
— la puissance linéique maximale ;
— la température de gaine maximale ;
— le taux de combustion maximal.
3.2.2 Réacteurs à eau ordinaire bouillante
Pour des raisons de sûreté, la puissance linéique maximale, liée
à la température centrale de l’UO2 , est limitée à des valeurs de
Alors que le REP a été développé à l’origine pour le programme l’ordre de 500 W/cm (les puissances linéiques moyennes sont de
militaire naval des États-Unis (sous-marins nucléaires), le REB a été l’ordre de 200 W/cm). En effet, la conception est faite pour limiter
étudié au départ par la société General Electric (article Réacteurs à la température de la gaine (au point chaud) en cas d’accident LOCA
eau ordinaire bouillante [BN 3 130] dans ce traité). Le combustible, (2 200 oF, soit 1 204 oC).
toujours en faisceau de crayons, présente une structure mécanique
différente, qui n’a pas varié dans le temps ; les pièces d’extrémité (0)
sont reliées entre elles par des crayons combustibles jouant le rôle

Tableau 3 – Combustible des réacteurs à eau ordinaire sous pression


Chooz
Tihange Fessenheim Paluel Chooz
Réacteurs (SENA)
(France) (Belgique) (France) (France) (France)
Année de mise en service................................... 1967 1974 1977 1984 prévue en 1991
Puissance électrique ................................. (MW) 266 403 900 1 300 1 450
Assemblage (géométrie) .................................... 15 × 15 15 × 15 17 × 17 17 × 17 17 × 17
Matériau de la gaine ........................................... Acier 304 Zircaloy 4 Zircaloy 4 Zircaloy 4 Zircaloy 4
Diamètre extérieur de la gaine..................(mm) 9,8 10,7 9,5 9,5 9,5
Épaisseur de la gaine .................................(mm) 0,39 0,62 0,53 0,53 0,53
Longueur de la gaine .................................... (m) 3,80 3,83 4,47 4,47
Nombre de grilles par assemblage.................... 14 7 8 10 10
Matériau des grilles............................................. – Inconel Inconel → Zircaloy 4 Inconel → Zircaloy 4 Inconel → Zircaloy 4
Nombre de crayons par assemblage................. 208 204 264 264 264
Nombre d’assemblages par cœur ..................... 157 157 193 205

(0)

Tableau 4 – Combustible des réacteurs à eau ordinaire bouillante américains


Réacteurs Dresden 1 Oyster Creek 1 Browns Ferry 1
Année de mise en service...................................................... 1960 1969 1980
Puissance électrique nette............................................(MW) 210 640 1 205
Matériau de la gaine .............................................................. Zircaloy 2 Zircaloy 2 Zircaloy 2
Réseau de l’assemblage ........................................................ 6×6 7×7 8×8
Diamètre externe du crayon.........................................(mm) 14,2 14,5 12,3
Épaisseur de la gaine ....................................................(mm) 0,84 0,91 0,813

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La température de la gaine est relativement peu élevée, puisque ■ Débris dans le circuit primaire
le caloporteur est de l’eau sous pression (ou un mélange eau-vapeur Il arrive que des débris de petite dimension (copeaux, fil de ressort,
pour le REB), c’est-à-dire au plus 300 à 350 oC. En dehors de la etc.) puissent se trouver présents dans le circuit primaire suite à une
corrosion par l’eau (une couche protectrice se forme en début de intervention ou une rupture de gaine. Ces débris, s’ils pénètrent dans
fonctionnement), les caractéristiques du zirconium allié sont bonnes les assemblages combustibles, peuvent y rester emprisonnés et
à ces températures, et sous flux. La ductilité diminue cependant sous causer des dommages sérieux aux gaines pouvant aller jusqu’à la
irradiation (de 15 % à 2 % environ). rupture de celles-ci.
En ce qui concerne le taux de combustion, les combustibles REP La tendance actuelle est de placer un dispositif anti-débris en aval
sont limités actuellement à 45 000 MW · j/ t en moyenne, les REB de l’embout inférieur du combustible par où pénètre l’eau de
à 27 500 MW · j/t. refroidissement.
Ces limites correspondent à l’optimisation du coût du
kilowattheure et à des taux de défaillance de l’ordre de 1 à 2 pour
100 000 crayons.
4. Description du combustible
3.2.4 Problèmes REP
■ Interaction pastilles-gaines Un élément combustible peut schématiquement être décomposé
Ce phénomène, apparu sur le REP Ginna aux États-Unis en 1970, en divers éléments constitutifs qui sont : (0)
s’est manifesté par des ruptures de gaines dues à l’allongement exa-
géré des crayons par un effet de rochet thermique. La gaine se dilate poudre UO2
peu (coefficient de dilatation du Zr : α = 6 × 10 – 6 K – 1 à 25 o C,

dépendant de la texture), par rapport à la colonne d’oxyde. Si le jeu  
entre gaine et colonne, par suite d’un certain fluage de la gaine (sous pastilles  → crayons  assemblage
la pression du caloporteur), s’annule, il peut apparaître un ancrage gaines   (élément

de la gaine sur les pastilles. Lors de cyclages thermiques normaux, grilles  → combustible
un allongement cumulatif peut apparaître. Ce phénomène   figure 2)
tubes-guides  → squelette 
s’auto-accélère, car le rochet entraîne une fragmentation de la pièces d’extrémité  
colonne accentuée par une éventuelle densification des pastilles  
(pouvant conduire dans ces conditions à une rupture de gaine par
flambage), des pics de flux aux limites des pastilles, donc une
augmentation de température locale, un fluage accéléré, etc. La figure 3 détaille les principales fonctions des composants de
Les combustibles REP sont plus sensibles à ce phénomène, car l’assemblage.
la pression du fluide de refroidissement est plus élevée que dans Par ailleurs, à chaque élément combustible (157 par cœur de réac-
les REB (150 bar contre 72), et, malgré les différences de géométrie, teur d’une puissance électrique de 900 MW) est associée une grappe
la contrainte résultante est 2 fois plus grande dans la gaine ; le fluage annexe dans le réacteur. Un certain nombre de ces grappes
est donc facilité dans les REP (en début de vie, car ensuite la pression (environ 50) sont des grappes de réglage (absorbantes) servant à
des gaz de fission augmente). Le remède est alors simple : il suffit contrôler la marche du réacteur.
de prépressuriser les crayons. La fabrication intègre maintenant cette Les autres sont des grappes poison ou des grappes bouchon. Les
opération : chaque crayon REP est rempli d’hélium à la pression de grappes poison ne servent qu’au premier cycle (soit un an) lors du
30 bar à froid. Par ailleurs, la gaine doit être résistante au fluage démarrage d’un réacteur. Le but est d’équilibrer, par un poison
(contrainte imposée au fabricant). Par souci de sécurité, la forme des consommable (verre boré), le flux neutronique qui présente des dis-
pastilles peut être modifiée : un chanfrein sur les bords peut éviter torsions, le réacteur n’ayant pas encore son régime de croisière.
les risques d’ancrage dans la gaine.
Les grappes bouchon servent simplement à obturer les orifices
De plus, des consignes strictes pour les variations de puissance des tubes-guides dans tous les éléments qui ne comportent ni grappe
sont à respecter. absorbante ni grappe poison.
■ Hydruration des gaines Reprenons ces divers composants et examinons ce qui les
Les Zircaloy sont avides d’hydrogène (les spécifications des tubes caractérise, quelles sont les propriétés intrinsèques de chacun d’eux.
de gaine fixent une limite à la teneur en hydrures, pour conserver
les propriétés mécaniques, et même à leur orientation, pour éviter
une corrosion fragilisante par fissuration). Si l’UO2 contient des 4.1 Pastilles d’UO2 fritté
traces d’humidité, il peut y avoir hydruration de la gaine sur sa face
interne et rupture d’étanchéité. Le cas s’est produit aux États-Unis, La matière fissile est utilisée sous forme de petits cylindres de
sur les REB notamment ; le remède consiste à étuver les colonnes bioxyde d’uranium.
de pastilles et les tubes de gaine avant l’opération de fermeture du
crayon, le gaz de remplissage étant parfaitement sec, ou mieux à Les propriétés du bioxyde d’uranium sont les suivantes :
utiliser des pastilles à pores dites « fermées », de manière à éviter — il a une structure isotrope stable jusqu’au point de fusion,
toute absorption d’humidité lors des manipulations et temps de c’est-à-dire aux environs de 2 800 oC, sans présenter de points de
séjour entre opérations avant le chargement des pastilles dans les transition intermédiaires ;
crayons. De même, on cherche à avoir sur les gaines des joints de — il est chimiquement stable vis-à-vis de la plupart des fluides
grains le plus proches possible d’un plan parallèle à la surface de caloporteurs, ce qui est très intéressant en cas de rupture de gaine ;
la gaine, pour limiter le risque de corrosion par fissuration. — il retient la plus grande partie des produits de fission ;
— l’oxygène absorbe très peu les neutrons.
■ Arcure des crayons
Les crayons peuvent fléchir entre deux grilles, par l’action des dila-
tations différentielles ou de la croissance sous irradiation. Le remède
consiste à ajuster les forces des ressorts de grilles et à prévoir un
jeu important aux extrémités des crayons.

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Figure 3 – Structure générale de l’assemblage REP.


Principales fonctions des composants de l’assemblage

— aspect superficiel : éclat, fissure, etc. ;


— composition isotopique ;
— composition chimique ;
— caractéristiques mécaniques ;
— stabilité thermique (c’est-à-dire densification pendant une
certaine durée – 24 h par exemple – à haute température).
Figure 2 – Élément combustible type AFA (dernière génération
de combustible mis au point conjointement par Framatome et le CEA)
4.2 Gaine
Les caractéristiques généralement imposées aux pastilles sont
les suivantes : Son rôle est multiple :
 9,3 mm ( 15 × 15 )  pour le combustible — étanchéité dans les deux sens ;
— dimensions : ∅   — résistance mécanique sous l’effet des contraintes appliquées
 8,2 mm ( 17 × 17 )  type Framatome (pression des gaz de remplissage, de fission et pression du liquide
 ou Westinghouse
H ≈ 15 mm  réfrigérant).
— dishing : petite cuvette située sur les faces plates des pastilles, La gaine doit, par ailleurs, être caractérisée par un faible coefficient
servant à absorber la dilatation différentielle sous l’effet de l’impor- d’absorption des neutrons.
tant gradient de température entre l’axe et la surface lors du fonc- La gaine est contrôlée pour :
tionnement en réacteur ; — la géométrie : diamètre, ovalisation, épaisseur (0,53 mm) ;
— masse volumique : 95 % de la masse volumique théorique
— les défauts internes 
(soit environ 10,4 g / cm3 ) ;
— les défauts externes  par ultrasons ;
— stœchiométrie : rapport O/U ; 
— taille des grains : 5 à 15 µm ; — la taille des grains ;
— taille des porosités : elle a une influence majeure sur la tenue — la texture ;
sous irradiation ; il a été montré que, si un nombre maximal de — l’orientation des hydrures ;
pores ont une taille supérieure à 2 µm, ces pores servent de piège — la composition de l’alliage ;
aux gaz de fission et le gonflement des pastilles sous irradiation — le fluage et, plus généralement, les caractéristiques méca-
est réduit ; il y a intérêt à avoir des porosités dites fermées ; niques à chaud.
— teneur en gaz et en humidité : 5 à 10 ppm équivalent eau selon Les gaines sont, pour tous les combustibles de la dernière
les spécifications ; il est important d’avoir une teneur en eau faible, génération, en alliage Zircaloy 4.
car l’hydrogène contenu aura tendance à provoquer une hydruration
interne de la gaine, cause de fragilisation ;
— état de surface (rugosité) ;

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4.3 Crayon combustible 4.6 Structures et faisceau de crayons


Les caractéristiques de ce crayon, dont une coupe est donnée sur Les crayons sont assemblés en faisceau, selon un réseau carré
la figure 4, sont les suivantes : de 214 mm de côté dans la conception 17 × 17 des centrales d’une
puissance électrique de 900 MW. Les grilles, régulièrement
 ∅ ≈ 10 mm espacées, assurent à la fois la stabilité mécanique de ces ensembles
— dimensions 
 L : 3 à 4 m (peut aller jusqu ′ à 5 m) ; et l’homogénéisation, par brassage, de la température du réfrigérant.
— étanchéité ; La grappe combustible est caractérisée par :
— la colonne de pastilles est maintenue en place par un ressort — la tenue mécanique de l’ensemble ;
(à une extrémité) ; — les canaux de refroidissement entre crayons ;
— la gaine n’est pas liée aux pastilles ; — la géométrie hors tout.
— l’espace laissé libre pour les gaz de fission correspond à
environ 1 % en volume ;
— le jeu est minimal entre la gaine et la pastille (≈ 0,1 mm) ; Nous rappelons les chiffres caractéristiques de l’élément
— il y a une pression interne d’hélium dans le crayon (de l’ordre RCC/ LPD (17 × 17) type Fessenheim :
de 2 à 3 MPa) pour équilibrer en partie la pression externe (afin de • dimensions : longueur : 4 058 mm et masse : 661 kg ;
limiter l’effort appliqué aux gaines, en particulier en début de cycle, masse UO2 : 515 kg, soit 450 kg d’U ;
avant que les gaz de fission ne créent eux-mêmes une • tubes-guides et gainage en Zircaloy 4 ;
contre-pression). • 264 crayons de diamètre 9,5 mm ;
• 24 tubes-guides ;
• 1 tube d’instrumentation ;
• 8 grilles ;
4.4 Grilles • 157 assemblages par cœur.

Des grilles d’espacement carrées, de 214 mm de côté et de 40 Nota : RCC/ LPD : Rod Cluster Control /Low Parasiting Design
à 50 mm de hauteur, sont disposées entre les pièces d’extrémité,
en nombre variable selon la longueur de l’assemblage (8 pour un
cœur d’une puissance électrique de 900 MW, 10 pour un cœur
de 1 300 MW).
Elles sont caractérisées par leurs dimensions (très précises), leur
5. Fabrication
résistance mécanique, leur faible opposition à la circulation des des combustibles REP
fluides, les ailettes destinées à créer un écoulement turbulent, l’effort
appliqué par les ressorts sur les crayons, leur composition chimique,
etc. Le schéma de fabrication est donné dans le tableau 5.
Elles sont constituées par des lames (ou languettes), généralement
en Inconel (alliage Ni, Cr, Fe), et des manchons en acier inoxydable
dans lesquels seront introduits les tubes-guides pour constituer le 5.1 Pastilles d’UO2
squelette.
L’évolution actuelle conduit à remplacer l’Inconel par du Zircaloy 4 Cette fabrication comprend deux étapes successives : obtention
dans le but de limiter l’absorption neutronique (on peut ainsi de la poudre d’UO2 à partir de l’hexafluorure d’uranium UF6 (conver-
diminuer sensiblement l’enrichissement de l’uranium). Les ressorts, sion), puis élaboration de la pastille frittée à partir de cette poudre.
ajoutés aux lames de la grille, restent en Inconel, pour conserver
leurs propriétés élastiques (combustible AFA).
5.1.1 Conversion UF6 en poudre UO2 (défluoration)
Cette opération chimique est l’inverse de celle effectuée avant
4.5 Pièces d’extrémité (ou embouts) passage de l’uranium dans l’usine d’enrichissement.
Il y a, actuellement, divers procédés possibles en concurrence, qui
Ce sont des pièces en acier inoxydable, relativement massives peuvent se regrouper schématiquement en ce que l’on appelle la
mais percées du maximum d’orifices (pour laisser s’écouler l’eau de voie humide et la voie sèche, plus un procédé au carbonate d’uranyle
refroidissement) compatible avec leur résistance mécanique. utilisé en République fédérale d’Allemagne. Seule la voie sèche se
Les embouts supérieurs sont munis de puissants ressorts en développe maintenant, du fait du peu d’effluents qu’elle produit, et
Inconel pour maintenir l’élément combustible en place dans le mérite d’être décrite. Elle a été développée simultanément en France
réacteur. par le CEA et en Grande-Bretagne par BNFL. GE et ANF aux États-Unis
Dans la version AFA, les embouts sont démontables. disposent également d’un procédé voie sèche similaire dans son
principe mais de technologie différente.
Cette opération se fait à haute température. Elle est plus écono-
mique en exploitation et donne une quantité d’effluents plus réduite.
Les réactifs sont tous gazeux, les produits de réaction sont solides
ou gazeux.
Il s’agit d’une pyrohydrolyse (vers 850 à 900 oC), puis d’une
réduction vers 750 oC par l’hydrogène ou l’ammoniac (figure 5) :
UF6 + 2 H2O → UO2F2 + 4 HF
UO2F2 + H2 → UO2 + 2 HF
(0)
Figure 4 – Crayon combustible 17 × 17

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Tableau 5 – Schéma de fabrication : éléments combustibles pour réacteurs à eau ordinaire (type REP)
et structure de l’assemblage

Pour les détails de fabrication, le lecteur se reportera aux paragraphes indiqués dans ce schéma.

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Figure 5 – Conversion UF6 en poudre UO2 . Procédé par voie sèche

Ces deux opérations, de cinétiques très différentes, peuvent être On observe une zone médiane, moins dense que les extrémités, qui
réalisées dans un four rotatif unique si le débit est réglé de manière subit un retrait plus important au frittage, d’où la forme de diabolo
à trouver un compromis satisfaisant. Il est également possible de prise par les pastilles. La rectification a pour but de corriger cette
les effectuer l’une après l’autre dans deux équipements différents, anomalie.
le premier permettant la réaction exothermique rapide (par la Pour compenser la dilatation thermique plus forte que les pastilles
méthode lit fluidisé ) et le second permettant la réaction lente (four subissent, en service, dans leurs zones centrales, on les rend
rotatif). Les fours sont en alliage très réfractaire ( Monel , par concaves sur leurs faces frontales au moment de la compression
exemple). (dishing ).
En annexe à cet équipement de base, l’installation comprend des Les pastilles subissent des contrôles multiples (§ 4.1).
étuves pour vaporiser l’UF6 (cristallisé à la température ordinaire et
à l’état de vapeur vers 60 oC). En aval, il faut citer les opérations Le problème essentiel de la fabrication est l’interaction de tous
destinées à récupérer HF, à traiter les effluents. les paramètres les uns avec les autres.
Peuvent avoir une incidence sur la qualité et les caractéristiques
de la pastille :
5.1.2 Pastilles — la qualité de la poudre (voir ci-avant) ;
— le taux de recyclage d’U3O8 ;
La fabrication des pastilles est réalisée sur des presses auto- — le lubrifiant et les additifs ;
matiques à grande cadence, ce qui nécessite une préparation de la — la température et le temps de séjour dans le four ;
poudre d’UO2 pour améliorer sa coulabilité. — le cycle de pressage et la pression appliquée (tant à la granula-
Pour cela, après homogénéisation de la poudre UO2 et addition tion qu’au pressage proprement dit).
d’U3O8 pour améliorer la solidité des pastilles crues, on procède à
une agglomération à faible pression sous forme de comprimés qui
seront ensuite broyés et tamisés pour sélectionner une granulo- 5.2 Crayon combustible
métrie convenable. C’est avec ce granulé que l’on alimente les
matrices des presses automatiques pour fabriquer, à une pression
élevée, les pastilles à l’état cru. Au préalable, on procède à des addi-
5.2.1 Gaine
tions de produits organiques (stéarate de zinc, par exemple) destinés
à faciliter le collage des grains, à lubrifier les parois de la matrice Les exigences imposées aux gaines ont conduit les tubistes à
et, éventuellement, à une addition de produit porogène. revoir complètement leurs techniques de fabrication et de contrôle.

Les pastilles crues sont alors frittées à haute température En ce qui concerne les tubes en Zircaloy, les fabricants partent
(1 700 oC), sous atmosphère réductrice, dans des fours continus. d’une ébauche (TREX : ∅ ext . 44 mm × épaisseur 7 mm) qu’ils
Elles subissent éventuellement une rectification pour respecter les réduisent aux dimensions voulues (diamètre et épaisseur) par une
cotes spécifiées. En effet, la distribution des masses volumiques série de recuits et de passes de laminage (sur un laminoir particulier
n’est généralement pas homogène dans tout le volume de la pastille. dit « à pas de pèlerin »). La finition se fait par une passe de laminage
à froid suivie de polissages.

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Les problèmes particuliers de cette fabrication sont les suivants : l’azote de l’air et obtenir une pénétration à 100 %. Le queusotage,
— l’importance du fluage : une bonne tenue s’obtient en jouant dans les conditions préconisées, est à la limite des possibilités
sur les paramètres de fabrication (importance des passes de technologiques.
laminage, recuits intermédiaires, etc.) ; La fabrication doit être suivie avec un soin constant pour éviter
— on cherche à prévenir les ruptures par hydruration dans le les dérives ou y remédier rapidement.
réacteur. Pour ce faire, les traitements thermiques et la façon dont
se fait l’écrouissage final (passes à froid) définissent l’orientation
des joints de grains sur lesquels se forment préférentiellement les
hydrures. On simule cela en laboratoire, à titre de contrôle de la 5.3 Structures
qualité des tubes.
Comme déjà mentionné aux paragraphes 4.4 et 4.5, les structures
Les deux contraintes précédentes sont relativement contradic- sont caractérisées par les éléments suivants :
toires, d’où la nécessité de trouver un compromis ;
— les gaines doivent s’oxyder de manière régulière et la couche — perte de charge minimale  structures très ajourées
d’oxyde qui se forme dans le réacteur doit être protectrice, d’où  mais résistantes ;
— tenue mécanique suffisante 
l’intérêt des traitements de surface (cela est vérifié par un essai de
corrosion en autoclave : l’uniformité de la couche d’oxyde noir — matériau : acier inoxydable (acier 304 bas cobalt), Inconel
obtenu est le critère de bonne qualité sur ce point particulier). et /ou Zircaloy 4.
La fabrication fait appel aux techniques de fraisage, de
soudage TIG, de soudage BE (Bombardement Électronique) ou de
5.2.2 Structures du crayon
soudage laser, d’emboutissage, ou de brasage.
Pour mémoire, il faut citer :
— les bouchons (usinés dans des barres de Zircaloy 4 ) ; 5.3.1 Pièces d’extrémité
— les ressorts (formés à partir de fil en acier ou, éventuellement,
en Inconel ). Les pièces d’extrémités supérieure et inférieure, en acier inoxy-
dable, sont percées de trous pour le passage du réfrigérant.
5.2.3 Crayon proprement dit — La pièce inférieure est munie de quatre pieds soudés aux
angles, qui viennent reposer sur la plaque support inférieure du
Le crayonnage consiste à remplir la gaine avec les pastilles et le cœur.
ressort, puis à souder les bouchons aux extrémités après avoir établi — La pièce supérieure comporte un bandeau soudé sur lequel
une pression interne de 2 à 3 MPa d’hélium. sont soudés deux pavés diagonalement opposés, destinés à recevoir
Le remplissage des gaines utilise différents procédés propres à les tétons de centrage. Aux deux autres angles sont vissés deux
chaque fabricant. La difficulté est de s’assurer que la colonne de pavés qui immobilisent les quatre ressorts de maintien et dont le
pastilles est continue et que, lors de l’introduction, celles-ci n’ont pas rôle est de maintenir l’assemblage en appui sur la plaque inférieure
été endommagées. On doit, en particulier, éviter d’introduire des du cœur. Dans la conception 17 × 17, les ressorts de maintien sont
poussières ou fragments de pastilles qui pourraient s’intercaler entre des lames en Inconel dont une extrémité libre peut se déplacer à
elles, ou encore se coincer dans le jeu pastille-gaine. Sous irradiation, l’intérieur d’une lumière prévue dans le bandeau. La pièce d’extré-
cela pourrait rapidement conduire à des points chauds ou à des inter- mité supérieure sert, en particulier, à la manutention des assem-
actions inadmissibles. blages par l’intermédiaire d’un grappin qui vient s’accrocher au
bandeau.
Le schéma de fabrication est le suivant.
Les pièces sont contrôlées du point de vue dimensionnel, de la
— Introduction des pastilles dans la gaine : cela est effectué soudure (par métallographie). Les plaques sont vérifiées par ultra-
manuellement ou avec un banc équipé d’un dispositif de vibrations ; sons avant usinage.
plusieurs crayons sont remplis simultanément.
— Préparation et soudure des bouchons : une grande propreté
des composants et du gaz protecteur est requise pour obtenir une 5.3.2 Grilles
soudure de bonne qualité, réalisée selon le procédé de soudage TIG.
La structure est complexe. Il y a plusieurs types de grilles par
— Queusotage : on introduit de l’hélium sous une pression de 20
assemblage (avec et sans ailettes de mélange). Chaque grille est
à 30 bar dans le tube, puis on ferme le queusot par procédé de
elle-même composée de nombreuses lames (ou languettes)
soudage TIG flash (ou par laser).
différentes (du fait de la présence des tubes-guides).
De nombreux contrôles sont effectués.
La gamme de fabrication comporte les opérations suivantes :
— Contrôle radiographique (ou par ultrasons) ; ce contrôle doit — découpage des languettes (en Inconel ) par emboutissage dans
détecter tous les défauts possibles dans la soudure : inclusions, une tôle de 0,3 à 0,6 mm d’épaisseur ; l’outillage mis en œuvre
bulles. nécessite une mise au point très poussée pour garantir les tolérances
— Examens métallographiques sur échantillons pour mettre en sévères imposées par la conception ; les presses utilisées permettent
évidence les sous-pénétrations éventuelles. de réaliser automatiquement les différentes opérations successives
— Contrôle d’étanchéité (effectué par test hélium). à partir d’une bobine de feuillard ;
— découpage des manchons (en acier) ;
— Contrôle d’enrichissement ; les crayons sont contrôlés par — nickelage des languettes et manchons, car Inconel et acier ne
défilement dans un équipement qui active par irradiation peuvent être brasés tels quels ;
l’uranium 235, puis détecte et mesure ensuite le pourcentage — assemblage ;
contenu (gamma-scanning). — dépôt de la brasure et brasage ;
— Contrôle de l’empilement des pastilles (par défilement devant — dénickelage (si nécessaire) ;
une source de rayonnement). — redressage (si nécessaire) ;
— Contrôle visuel, dimensionnel, de la rectitude, de la masse. — traitement thermique de vieillissement pour donner leur
résistance aux ressorts ;
— Contrôle de la contamination de surface. — contrôles divers et nombreux (géométriques et visuels)
Les problèmes délicats résident dans la soudure. Il faut éviter, (figure 6).
autant que possible, le grossissement du grain, la contamination par

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Figure 6 – Contrôle des grilles Figure 7 – Réalisation du squelette

La géométrie doit être parfaite. Les grilles doivent rayer le moins En variante, pour la fabrication du combustible AFA, la liaison
possible les crayons lors de l’opération d’assemblage qui suit. grille/tube-guide se fait par soudage par points (résistance) entre les
Les contrôles, nombreux, se font aux différents stades de la pattes des languettes et les tubes. La liaison squelette/embouts se
fabrication : fait par vis déformable (et donc démontable).
— sur les tôles en Inconel (composition chimique, caractéristiques
mécaniques, caractéristiques métallurgiques) ;
— sur les plaquettes (aspect visuel au projecteur de profil,
5.4.2 Assemblage proprement dit
métrologie, métallographie) ; On utilise un banc de montage composé de trois parties d’égale
— sur les grilles terminées (contrôle visuel, métrologie). longueur. Sur la première se trouvent les crayons, disposés dans un
En variante, pour la fabrication du combustible AFA (grille en magasin dont la configuration reproduit celle de l’élément terminé,
Zircaloy 4 ) : ce qui permet de présenter le faisceau de crayons dans sa position
— les manchons n’existent pas et des pattes sont incorporées aux finale. Sur la deuxième se trouve le squelette, bridé dans des cadres
languettes en Zircaloy ; situés au niveau des grilles. La troisième, enfin, est constituée par
— le brasage est remplacé par le soudage BE ou laser à chaque l’équipement de traction formé de pinces qui vont chercher les
intersection de languettes ; crayons par nappes dans le magasin en passant à travers les cellules
— les ressorts en Inconel sont rapportés et soudés par points des grilles.
(résistance), à cheval sur les languettes. Lorsque le chargement est terminé, on soude l’embout supérieur
aux manchons de la grille supérieure, dans la version grille Inconel.
Dans la version AFA, tube-guide et embout sont solidarisés par une
5.3.3 Tubes-guides vis de blocage déformable. Il ne reste plus alors qu’à placer l’élément
combustible en position verticale (la partie médiane du banc de char-
Ils sont fabriqués selon une technique similaire à celle des tubes gement peut basculer autour d’un axe horizontal) et à effectuer les
de gainage (§ 5.2.1), puisqu’il s’agit du même matériau, le Zircaloy 4. contrôles finals :
Le problème particulier qui se pose est la réalisation d’un rétreint — sur l’espace entre tubes (palpeur muni de jauges de
dans la partie inférieure du tube. Cela nécessite une opération contrainte) ;
supplémentaire réalisée selon les fabricants par laminage, étirage, — sur l’enveloppe et la rectitude (cela est contrôlé sur une tour
martelage, etc. Les contrôles sont sensiblement les mêmes que pour le long de laquelle glisse un gabarit enveloppe muni de palpeurs)
les tubes de gainage. (figure 8) ;
— sur la verticalité (contrôlée par théodolite).
Les problèmes de la réalisation sont liés à la longueur (4 m) et à
5.4 Assemblage l’encombrement, ainsi qu’au poids. Il faut mentionner les tolérances
très serrées (de l’ordre de 1,5 mm).
Cette opération consiste essentiellement en deux étapes. Le stockage et la manutention des éléments combustibles se font
en position verticale. L’expédition vers les centrales est effectuée
dans des conteneurs étanches, résistant au feu et aux chocs, permet-
5.4.1 Réalisation du squelette tant aux éléments combustibles, voyageant par groupe de deux en
position horizontale, de ne subir aucun préjudice. Un examen visuel
C’est l’assemblage des tubes-guides et du tube d’instrumentation
est effectué à l’arrivée.
avec des grilles et l’embout inférieur (figure 7).
Il y a un problème de liaison acier (manchons des grilles) et
Zircaloy (tubes), aucun moyen de soudage n’étant possible. Cette
opération se fait donc par sertissage mécanique (expansions
internes localisées). Le banc de sertissage est un équipement
fondamental pour la bonne réalisation de cette opération
(positionnement, alignement, etc.). La liaison tubes-guides /embout
inférieur se fait par vis et clavette.

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• pureté des matériaux,


• système d’assurance de qualité, que nous développons
ci-après.

7. Rôle de l’assurance qualité


L’assurance qualité est définie comme l’ensemble des actions
planifiées et systématiquement destinées à donner la garantie
voulue que le matériel fonctionnera correctement en service.
De manière plus précise, l’action de l’organisme chargé de l’assu-
rance qualité relève à la fois :
— de la prévention systématique ;
— de l’évaluation permanente ;
— de la correction minutieuse.
Cette action, nécessaire pour contribuer au bon fonctionnement
du produit, à la fois du point de vue de la sûreté et du point de vue
de la fiabilité, est une contrainte qu’il ne faut pas sous-estimer. Elle
est ressentie par le personnel d’exécution auquel on interdit de
prendre des initiatives personnelles.
L’assurance qualité trouve une justification toute particulière dans
le domaine de la fabrication du combustible nucléaire. Le nombre
impressionnant d’actions engagées à l’intérieur et à l’extérieur de
l’usine, et d’opérations liées à la fabrication et aux contrôles,
conduirait irrémédiablement, en l’absence de vérifications, à des
accidents de fonctionnement que l’exploitant et les organismes de
sûreté ne pourraient tolérer. De plus, l’expérience acquise constitue
un atout majeur pour améliorer les conceptions et les fabrications.
On ne peut valablement y faire référence que si l’on dispose
d’éléments de traçabilité aisément accessibles.

Figure 8 – Contrôle de l’assemblage

8. Expérience d’exploitation
6. Caractéristiques et surveillance
particulières À l’origine de l’industrialisation de l’énergie nucléaire, les moyens
d’essai étaient limités, les réacteurs peu nombreux. S’il est vrai que
de cette fabrication l’on ne peut tester un combustible que dans le réacteur pour lequel
il est conçu (certains disent même que le réacteur est conçu autour
La fabrication du combustible pour réacteur à eau ordinaire du combustible), une telle méthode est impraticable. On a donc
présente un certain nombre de caractéristiques dont le regroupe- commencé par tester les combustibles hors pile, dans des boucles
ment conduit à une mise en œuvre complexe et très particulière. d’essai où les conditions thermiques et hydrauliques étaient
On peut citer notamment : représentatives.
— les aspects dus à la mise en œuvre de matériaux radioactifs Ces tests se poursuivent d’ailleurs. On est ainsi à même de
et toxiques : résoudre les problèmes à dominante mécanique (vibrations,
• mesures de radioprotection, allongements différentiels, etc.), mais il manque le flux neutronique.
• surveillance médicale du personnel, Des essais sont donc menés sur les matériaux échantillonnés, dans
• problème de criticité, des réacteurs d’essai (en France, Siloé, Osiris, par exemple), et l’on
• propreté nucléaire des installations : gants, surchaussures tente à partir de tous ces résultats de mettre au point des modèles
(tant que l’uranium n’est pas gainé), douches pour le personnel et codes pour prévoir le comportement de l’ensemble combustible.
qui a été en contact avec l’uranium, interdiction de fumer dans les Actuellement, des possibilités existent pour tester le combustible
locaux où l’uranium est à l’air libre ; réel, car les réacteurs se multiplient. Mais cette multiplication se
traduit surtout par une moisson inestimable de renseignements
— la gestion nucléaire : statistiques. Car que signifient réellement des tests unitaires quand
• comptabilité rigoureuse des matières fissiles (liée à la valeur la probabilité de défaillance est de 1 ‰ ou moins ? De tels tests sont
des matériaux utilisés), cependant justifiés en conditions accidentelles. Aujourd’hui, et quel
• règlements nationaux et internationaux (matières que soit le type de réacteur éprouvé (car les informations issues de
stratégiques) ; l’un peuvent féconder l’autre), cette moisson n’est bénéfique que
— la manipulation de produits longs (plus de 4 m) ; dans la mesure où ces renseignements sont exploités par les
— la manipulation de produits lourds (700 kg) ; concepteurs, travail long et difficile mais indispensable pour amé-
liorer la qualité et abaisser les coûts.
— la fragilité des produits ;
— la multiplicité des techniques (chimie, métallurgie, mécanique Toujours est-il que c’est par cette interaction forte entre concep-
conventionnelle et mécanique fine, contrôles sophistiqués, etc.) ; teurs et exploitants que l’efficacité des modèles et des codes qui en
sont issus est améliorée, et donc la fiabilité d’ensemble.
— l’importance particulière de la qualité :
• contrôles rigoureux à chaque stade de la fabrication,

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La fiabilité, ayant atteint un niveau élevé actuellement, demeure faites, des examens métallurgiques, des analyses, etc., également.
une préoccupation permanente du fabricant. Cette recherche oblige Les renseignements obtenus sont toujours d’un grand intérêt, car
le plus souvent à accroître l’automatisation des procédés et l’effi- il s’agit pratiquement d’une expertise qui, souvent, décèle l’origine
cacité des contrôles. Pour cela, il n’est pas toujours nécessaire de de la particularité constatée. Il va de soi que ces laboratoires
diminuer les coûts de fabrication, dans la mesure où un gain en examinent également les combustibles prototypes après essai en
fiabilité signifie déjà pour l’exploitant une économie considérable. pile (article Réacteurs de recherche et d’essais de matériaux [B 3 030]
Si l’on considère que le coût de fabrication du combustible dans ce traité).
représente seulement 1 % du coût de la centrale, il est clair que les
pénalités résultant de l’arrêt non programmé d’une centrale peuvent
largement dépasser les économies difficilement acquises en
fabrication. 9. Conclusion
En dehors des tests effectués pour évaluer la conception, les
combustibles doivent être surveillés pendant l’exploitation, car
La revue des différents aspects de la fabrication permet de se
certaines limites ne doivent pas être dépassées. Les informations rendre compte de la complexité des tâches et des compétences
recueillies sont pleines d’enseignements. mises en jeu pour produire et garantir la qualité d’un combustible
La surveillance des combustibles s’exerce essentiellement par des fiable et performant. S’agissant d’un produit de série, voire de grande
mesures de température et d’activité des produits de fission. Indé- série comme les crayons et les pastilles, on devine l’importance
pendamment des mesures de température du fluide caloporteur, d’une certaine automatisation dans la chaîne de fabrication. Mais
dans les réacteurs UNGG par exemple, certains éléments combus- celle-ci ne peut remplacer l’intervention humaine dans les multiples
tibles sont équipés de couples thermoélectriques. Mais, surtout, des opérations où son appréciation est nécessaire, ne serait-ce que pour
systèmes DRG (Détection de Rupture de Gaine) fonctionnent en per- renforcer la vigilance en matière de qualité, indispensable au bon
manence. Dans la filière UNGG, du CO2 issu d’un canal est prélevé fonctionnement des centrales. On sait, en effet, ce que représente
pour analyse d’activité, à une fréquence fixe. En cas de dépassement l’arrêt accidentel d’un tel outil de production, en particulier pour la
de seuil, le canal est déchargé (en marche). Dans les filières à eau sécurité des hommes qui ont à subir l’irradiation due à l’activité des
ordinaire, c’est l’activité de l’eau primaire qui est contrôlée. Tant circuits en cas de rupture d’éléments combustibles.
qu’elle reste inférieure au seuil fixé, l’irradiation se poursuit. Le réac-
On doit, à ce titre, reconnaître l’excellente qualité du combustible
teur n’est arrêté (déchargement à l’arrêt) qu’au-delà. Ce cas est fina- actuel si l’on en juge par le nombre infime de ruptures de gaines
lement rare, car les ruptures sont elles-mêmes rares et l’activité observé dans les centrales. Le passage du réseau 15 × 15 au
toujours très faible, bien au-dessous des valeurs fixées par les
réseau 17 × 17 n’est pas étranger à ce phénomène, car il a permis
règlements. On attend donc le plus souvent l’arrêt programmé de réduire la puissance linéaire de l’élément combustible de près
suivant. Pour les réacteurs à neutrons rapides, le problème est le
de 30 %, ce qui a eu pour conséquences favorables :
même, mais nous signalerons un moyen élégant de déterminer par
une mesure globale la position de l’assemblage défectueux : il suffit — de réduire la température centrale, donc d’augmenter les
de remplir les crayons avec un mélange variable d’isotopes du Kr, marges par rapport à la température de fusion de l’oxyde ;
chaque assemblage ou groupe d’assemblages étant caractérisé par — de réduire le dégagement des gaz de fission ;
une composition déterminée. L’analyse isotopique du Kr recueilli en — de réduire la température moyenne de la gaine ;
cas de fuite permet de localiser le crayon défectueux. — de retarder l’interaction oxyde-gaine ;
— et donc de permettre le fonctionnement en suivi de la charge
La surveillance (et certains essais associés) se poursuit après l’irra- et le téléréglage.
diation. Certains éléments déchargés sont dignes d’intérêt, soit qu’ils
soient défectueux, soit qu’ils présentent des particularités (flèches, Toute modification visant à améliorer les performances du
corrosion apparente, etc.). Ils sont acheminés après refroidissement combustible actuel ne devrait pas entamer les marges de sécurité
dans un laboratoire équipé pour examiner les combustibles irradiés. acquises. Cela implique une optimisation des matériaux que les
Là, après détermination du programme d’examen avec les inté- équipes de recherche et développement s’efforcent d’atteindre.
ressés, l’élément est découpé, des mesures de volume de gaz sont

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