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David A. Brading, Los origenes del nacionalismo mexicano,


Mexico, collection « Sepsetentas », n ° 82, 1973, 223 p.

Article  in  Annales Histoire Sciences Sociales · February 1977


DOI: 10.1017/S039526490015125X

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Claude Morin
Université de Montréal
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i
\

LES AMERIQUES (xv|~-xx’ siécle)


t 4

populisme et rejoint les pays qu une elite


a
doit cependant pas nous abuser. Au-dela
dirigeante forte cherche a faire entrer dans d’une evidente preoccupation génétique —
le systeme capitaliste de maniere periphe- rattacher le nationalisme de la Revolution
r
rique, dependante, mais active. Le livre a celui de l’Independance par-dela l’inter-
s’acheve sur'la conclusion de l’impossibi-
<< mede liberal — le discours se decompose
_lite de depasser cette forme de relation en deux temps: la montee du patriotisme
* structurelle de nos pays avec le centre creole et la faillite du nationalisme
dominant, sans un depassement du sys- mexicain.
teme capitaliste ». Le Chili aurait pu étre le I1 n’est pas facile de reconstituer, en
premier pays, apres Cuba, autrement que quelques lignes, les étapes de la formation
Cuba, a construire le socialisme, dans une du patriotisme creole jusqu’a son afrma-
societé dépendante ibero-americaine. I1 est tion dans le mouvement d’Indépendance.
celui qui impose a son peuple la repression En depit d’un cheminement chronolo-
et l’exploitation la plus forte. gique, fargumentation de l’auteur, parce
qu’elle est portee avant tout par la succes-
Jean A. MEYER
sion des hommes, ne permet pas de saisir
P_S_ Un regret: excellent Ouvrage SOuf_
Get les variations dans le contenu d’une ideolo-
fre de la qualité de la traduction (les hispanis- gie, Somme mute uiue- Cuustamment Téé'
mes sont frequents : p. 345 <<1’intervention des laboree, puis xee dans l’oeuvre de Mier.
universites nationales » est incomprehensible a Quatre themes en ¢OnStitueraient yarma-
un non-hispanisant ; cela signie la suspension ture yexaltation du passé aztéque 1e déni_
.

de l’autonomie, l’intervention des forces de ' A ’ -

l’ordre). D’autre part les titres des revues et des grement de la Conquete’ 1? ressentlment
P
articles sont traduits (ce qui est un tort surtout Xénophobe 3 rendroit des peninsulairesi la
I

quand il y a eu publication en francais sous un uévouon P0uT la Guadalupe-


Les sentiments anti-gachupines se mani-
r

titre different. Cf. p. 351, Stavenhagen).


1_ p_ 311-et Jean A_ MEYER’ “Les immi- festerent des la n du xvi‘ siecle. Gomez
grants francais au Mexique avant l9l0 », de Cervantes ecrivait ; Los que ayer esta-
<<

i
t
Cahiers des Amériques latines, novembre ban en tjendas y tabernas y en Otros ejerci-
l974~ cios viles, estan hoy puestos y oonstituidos
f
2-- V0if M1851 dans APWIQS,
or 0¢l<>br6 1972 = en los mejores y mas calicados ocios de
la tierra, y los Caballeros y descendientes
1

y contrarrevolucion
V

'; <<Cienc1a » de J. SAXE-


de aquellas gentes que la conquistaron y
»

FERNANDEZ‘ ~

ganaron, pobres, abatidos, desfavorecidos


é y arrinconados » (p. 15); Dorantes de
ii Carranza, usant de metaphores, se plai-
David A BRADING Los 0”- enes del gnait:
l

l?
<< oh Indias! madre de extraos,
3

' ' g abrigo de forajidos y delicuentes, patria


i
F C
nacionalismo mexicano, Mexico, . .
comun a los innaturaleS, dulce beso Y de
E
. 0
Cougcuog KSepsetentas »' n 82' paz a los recien venidos..., madrastra de
197 ' 22 p‘ vuestros hijos y destierro de vuestros natu-
s

l
F rales, azote de los propios... » (p. 15). Le
F * C’est sous la forme d’un triptyque que chroniqueur Antonio de la Calancha a ex-
l
T
D. A. Brading nous presente son etude sur prime dans une formule concise le depit
les origines du nationalisme mexicain. Les los nacidos en [el Peru] son
I.

s
des creoles : <<

volets intitulés Patriotisme creole» et


<< peregrinos en su patria; los advenedizos
<< Nationalisme creole et libéralisme mexi- son los herederos de sus honras (p. 17). >>

cain » s’ouvrent ou se ferment sur un large Si les premiers chroniqueurs missionnaires


tableau consacre a Fray Servando Teresa celébrerent la civilisation amerindienne, ils
de Mier, ce dominicain excentrique en qui virent dans la religion autochtone l’effet
l’auteur voit l’ideologue de Finsurrection d’une intervention diabolique et la
mexicaine. L’economie de l’ouvrage ne Conquéte leur apparut comme une
I

155

I
I
COMPTES RENDUS

'
redemption. Selon .1 interpretation provi- tionniste sanctionnee par lEglise, il t
i 9 9

dentialiste des franciscains, la veritable remonter 1e culte de la Guadalupe a l’evan-


fondation de la Nouvelle-Espagne datait de gelisation de saint Thomas-Quetzalcoalt.
1‘arrivee des missionnaires en l524. Mier dotait le Mexique ancien d’une his-
L’oeuvre de Torquemada devait fournir a toire chretienne. Cette perspective affaiblis-
des generations de creoles un arsenal d’in- sait le droit de la monarchie a dominer les
formations sur la civilisation et l’histoire Indes fonde sur un objectif d’evangelisa-
indigenes et associer l’Eglise a la creation tion et imputait a la Conquete la destruc-
d’une nouvelle societe. Au milieu du xvii‘ tion d’un christianisme primitif. En raison
siecle, avec la publication d’un opuscule des. graves implications politiques de sa
consacre a l’apparition du Tepeyac, le these, il fut condamne a l’exil. Sous
triomphalisme missionnaire t place au l’influence de l’abbé Gregoire, de Blanco
mythe de la Guadalupe ; la chretiente amé- White, il defendit le principe de l’indepen-
ricaine n’avait pas surgi des efforts des dance mexicaine au nom d’une vieille
missionnaires espagnols, quelque admira- constitution, d’un pacte entre les enc0men-
bles qu’ils fussent, mais grace a l’interven- deros et la Couronne : contre la suppres-
tion de la Mere de Dieu. Un siecle plus sion de l’enc0mienda, la Couronne aurait
tard, Boturini publiait son Idea de una promis aux Creoles la preference pour les
nueva América septentrional, promis a un postes dans \l’E'ltat et dans l’Eglise. Il
grand succes; partisan enthousiaste de la renforca son patriotisme par deux argu-
Guadalupe, il identia Quetzalcoalt, le ments naturalistes; 1) le droit que confere
dieu-heros mexicain, a l’ap6tre saint Tho- la naissance en un lieu (<< Americanos...
mas. Comme le note avec justesse Brading, tenemos sobre America el derecho mismo
<<1a force de ces [deux] mythes tenait a ce que tenian los indios originarios de la
qu’ils liberaient le creole de ses origines es- Asia ») ; 2) le metissage (<< Todos los criol-
pagnoles » a un moment ou les Lumieres los somos mestizos »). I1 exalta le passe
lui rappelaient sa condition dependante indigene an de rejeter la conquéte -espa-
(p. 37). Depuis son exil italien, le jesuite gnole et son heritage colonial, tout en se
Clavijero entreprit la refutation des asser- proclamant heritier des conquerants, des
tions des Buffon, Raynal, Robertson et missionnaires et du pacte primitif.
consorts a propos de la barbarie des Ame- On chercherait en vain une doctrine
rindiens et de l’inferiorite naturelle de coherente derriere ce qui fut une ideologie
l’Amerique et de ses habitants. Son Hist0- mobilisatrice anti-espagnolisme, guadalu-
:

ria antigua de México introduisit une dis- pisme, neo-aztequisme. Cette ideologie
tinction entre l’Indien prehispanique, << nationaliste perit avec l’avenement de
>>

comparable en tous points aux Romains, l’Independance, vaincue par le courant


et 1’Indien de son temps, victime d’une liberal. Or les Liberaux mexicains mepri-
degradation semblable a celle des Grecs saient le passe indigene et colonial: les
sous la domination ottomane. Du coup, il Azteques etaient des sauvages ; la Nou-
expropriait l’histoire indigene a des ns velle-Espagne incarnait tous les maux de
patriotiques; son oeuvre annoncait la ten- l’Ancien Regime. Et les vieux themes
tative des insurges de nier le passe imme- patriotiques n’arriverent pas a se fusionner
diat par un recours a lfantiquite indigene en un corps doctrinal capable de s’opposer
idealisee. Ainsi le Creole trouva-t-il dans le au liberalisme. Le conservatisme ne fut
passe indigene et dans la religion chre- jamais un adversaire de taille. Meme s’il
tienne les instruments symboliques qui lui opposa au laisser-faire de ses rivaux une
permettraient de rejeter son statut colonial. politique etatique de promotion indus-
I1 appartenait au dominicain Mier de trielle, sa defense des valeurs et des institu-
faire la synthese de cette double tradition tions coloniales lui attira les accusations de
(indigeniste/religieuse) du patriotisme trahison. Au lieu de s’afrmer par le ton
creole. A l’encontre de la tradition appari- romantique et nationaliste, le conserva-

156
LES ‘AM§RlQUES (XVl°—XX° siécle)

tisme tourna a 1’hispanisme et se coupa des historique des insurges (Mier et Busta-
masses. Et Brading d’expliquer la faillite mente) sans souligner le oontenu tres eli-
du nationalisme mexicain — son incapa- tiste de cet indigenisme. L’intelligentsia
cite a dépasser la rhetorique du patriotisme creole glorie les chefs azteques (Mocte-
creole —— par une analogie avec la Russie zuma, Cuauhtemoc), mais ignore le
du xix“ siecle et le debat entre les occiden- peuple, parce qu’elle afrme descendre de
talisants et les slavophiles. A la maniere de la noblesse azteque — en vertu de l’union
ces derniers, Mier et Bustamente entrete- des conquerants et des princesses autoch-
naient un messianisme patriotique (le tones (<< Todos los criollos somos mestizos,
Mexique jouissait, grace a la Guadalupe, ecrit Mier, corre en sus venas la sangre
d’une destinee religieuse specique, l’equi- pura de los seores del pais ») —- et reven-
valent de la Sainte Russie >>), détestaient
<< dique le Mexique et son gouvernement
les Lumieres (pretendument pour leur radi- comme un heritage contre les usurpateurs
calisme irreligieux) et recouraient a l’his- peninsulaires. Le discours fait une large
toire. Mais si, pour les Russes, le retour a place a 1’argument genealogique et succes-
la paysannerie et au mir formait la base du soral. On proclame l’existence d’une nation
courant slavophile et populiste, pour les mexicaine sous les Azteques, enn liberee,
Mexicains, l’histoire indigene s’arretait en 1821, de trois siecles de despotisme
espagnol. Il n’est question, il convient de le
I

avec la Conquete; meprisant a la fois


1’Indien de leur temps et la cornmunaute, remarquer, que des Azteques, comme si les
ces patriotes n’avaient recupere le passe Tlaxcalteques, les Tarasques, les Zapo-
indien que pour mieux se denir contre les teques n’avaient aucun passe glorieux.
Espagnols. A la difference des Mexicains, Pourtant les creoles reclament la totalite du
les Slaves purent, au contact du roman- territoire, et pas seulement l’Ané1huac.
P

tisme allemand et des theories historicistes Quant aux Indiens du temps, ils sont
i

du Volksgeist, developper une <<theorie meprises par les deux camps les peninsu-
1

i
positive de la nationalite » (p. 202). Pour- laires les denigrent (cf. la lettre du consulat
suivant l’analogie russe, Brading attribue a de Mexico aux Cortes) pour denier aux
Americains le droit au gouvernement et a
\

l’absence d’un de indigeniste conserva-


teur l’échec du liberalisme a se radicaliser la representation; les patriotes denoncent
et a exprimer, a travers un socialisme la stupidite et l’ignorance des Indiens,
agraire, les aspirations populaires, ce qui l’immaturite de la populace, pour s’oppo-
<< retarda la reforme sociale pendant plus ser aux principes jacobins d’egalite et de
d’un demi-siecle (p. 150).
>> volonte generale, defendus par les
Que penser de ces interpretations ? Con- Liberaux.
l venons que l’essai porte la marque d’un Brading ne s’interroge pas non plus sur
talent brillant. Brading a lu les principaux les interéts de classe que recouvre le patrio-
representants du courant patriotique tisme. Ces theorisations sont le fait d’intel-
qu’avaient identies les etudes de Villoro, lectuels. En ce sens, ils transmettent le
Phelan, O’Gorman, Maza. De plus, il point de vue du groupe fonctionnel qu’ils
n’hesite pas a rechercher dans l’histoire constituent et de la classe a laquelle ils ap-
‘ comparee (Russie, Etats-Unis, Grande-Bre- partiennent. Les auteurs sont C188 membres
tagne, Perou) des elements pour eclairer le du clerge regulier (Torquemada, Siguenza,
cas mexicain ou pour en signaler la speci- Clavijero, Mier) ou seculier (Sanchez), ou
5
cite. Conscient du rapport societe-ideolo- des avocats (Bustamente), les deux princi-
i
gie, il n’oublie pas, comme le font tant pales carrieres ouvertes au talent creole.
d’historiens des idees, la determination Dans la seconde moitie du xvm“ siecle, les
It
sociale de l’ideologie, mais, faute d’un reguliers sont victimes des reformes bour-
cadre theorique, ses explications restent boniennes qui leur retirent le ministere
trop ponctuelles. paroissial et les refoulent dans les monas-
Ainsi, Brading parle de Findigenisme teres; les seculiers voient leur ascension

l
157

I
COMPTES RENDUS

dans la hierarchie ecclesiastique compro- survivait a travers son elite indigene —— les
mise par la nomination de prebendiers curacas et les pretendus descendants de
peninsulaires ; les avocats sont ecartes de l’Inca — et s’afrmait dans le mot d’ordre
l’administration publique au prot d’immi- << Vive le Tahuantinsuyo » entendu encore
grants. C’est la crise de la petite bourgeoi- au debut du xx‘ siecle a l’occasion de
sie urbaine, de cette classe coupée de la révoltes en milieu andin.
production, et qui aspire a diriger l’appareil Comment l’ideologie ethnico-nationale
d’Etat (y compris l’Eglise). L’echec du guida-t-elle Faction des insurgés? Voila
nationalisme au XIX° siecle — mieux vau- une question que‘Brading évite. La fai-
drait parler de son eclipse — tient au blesse des liens concrets, economiques en
succes meme de la classe porteuse de particulier, entre les diverses ethnies dut
l’ideologie patriotique a se saisir de 1’appa- entrainer une faiblesse de l’ideologie
reil d’Etat, apres l’elimination et l‘expul- patriotique. Le groupe ethnique dominant
sion des peninsulaires. Dans un pays se vit oblige de créer une idéologie quelque
devenu independant, le patriotisme, en tant peu articielle, de lui trouver un support
qu’ideologie de resistance, a joué son rele. materiel et historique en assumant l’espace
Le libéralisme sera l’ideologie dominante et le passe du groupe dominé, le seul
du xix“ siecle a l’epoque de la construction capable de fonder une idéologie d’opposi-
nationale, tion aux peninsulaires. Le mythe genealo-
L’accession a Findependance a emprunte gique ne pouvait avoir de resonance hors
au Mexique la voie du coup d’Etat reac- du groupe blanc. A l’0ppose, la Guadalupe
tionnaire contre une Espagne libérale. En constituait un mythe utilitaire capable de
ce sens, le Mexique se distingue des autres mobiliser les masses par-dessus les diffe-
pays latino-americains ou l’independance a rences socio-ethniques et de les unir sous
ete acquise sur les champs de bataille par un denominateur commun, la religion, et
la victoire des forces nationalistes. Appa- sous un symbole, l’etendard de la Vierge
remment aussi, selon Brading, le nationa- de Guadalupe. Mais au-dela de l’efcacité
lisme mexicain fut le seul a afcher un mobilisatrice de la Guadalupe, n’est-ce pas
contenu indigeniste et religieux, alors que la perspective de la bola » (pillage, bandi-
<<

dans les autres republiques les patriotes tisme) dans une region affectee par une
brandirent des mots d’ordre jacobins. Mais crise agricole, la cherté et le chemage, qui
ces differences ne sont pas expliquees. attira les masses, d’autant plus qu’on prit
Dans le cas peruvien, la peur sociale sem- soin de designer l’ennemi : Mueran los
<<

ble avoir empeche les patriotes de recupe- gachupines »?


rer a leur prot le passe indigene, un passe Nous pourrions signaler d’autres
trop present comme en temoigne la revolte sources de desaccord. Brading postule une
de Tupac Amaru. Celle-ci eut le meme ef- continuité dans le nationalisme (meme s’il
fet que l’insurrecti0n d’Hidalgo: les ten- parle de patriotisme pour la periode colo-
sions sur le front exterieur » (le conit
<< niale), Findigenisme servant de maillon.
creoles-peninsulaires) sont mises en veil- Mais cet indigénisme ne parait pas posse-
leuse an de faire face a la crise sur le der le meme contenu, ni remplir la meme
<<front interieur » (l’affrontement masses- fonction sous la Revolution. Le développe-
elites). Car rappelons-le, l’Independance ment du nationalisme suit-il un processus
mexicaine fut proclamee par des ofciers cumulatif ? Ne suivrait-il pas plutet une
royalistes, en majorite creoles, qui avaient progression saccadee‘? A ce propos, men-
combattu ces insurgés que Liberaux et tionnons que l’auteur ne cherche pas a
Conservateurs calomnieront pour avoir dater les oeuvres citees, a distinguer les edi-
declenche une guerra de castas » contre
<< tions successives, a retracer une conjonc-
la propriete et les personnes. De plus, les ture litteraire. I1 ne s’interroge pas sur les
creoles peruviens ne pouvaient revendi- origines du mythe apparitionniste. L’exis-
quer l’heritage inca, parce que l’Empire tence d’une Vierge de Guadalupe en

158
LES AMERIQUES (XVl°—XX° siécle)

+
Estremadure, d ou vinrent quantite
7
de souligner ce que signie le choix des
1
d’Espagno1s, revele l’effort de distanciation editeurs. L’Eglise et le proletariat seront les
spirituelle accomplie au niveau de limage protagonistes, l’adversaire et l’allie de1’Etat
1 v

(Vierge brune, indita) et le contenu tellu- revolutionnaire. Leur position dans le


rique de la pratique religieuse. On peut lui Mexique d aujourd hui, leur force, leurs
F 1 9

1 reprocher aussi un flottement dans la ter- limites se denissent au cours de la période


minologie et un manque de rigueur 1911-1938, dans le meme temps que se
oonceptuelle; jamais les mots patria »,
<< denissent le pouvoir et les faiblesses du
<< nacion », entre autres, ne sont denis nouvel Etat. L’Eglise est, en 1911, une
dans 1e contexte de l’epoque. force institutionnelle, socio-economique,
Pour conclure, l’ouvrage recense, pour heritee du passe, en mutation defensive (et
; l stimulante que soit sa lecture, invite, par dynamique), alors que le proletariat mexi-
1
les objections qu’il souleve et par les cain de la premiere generation fait le dur
1

lacunes dont il souffre, a rechercher les apprentissage de l’organisation, avant d’en-


liens entre ideologies, classes et conjonc- trer dans la politique. Il s’agit pour l’Eglise
ture. de se trouver une place nouvelle, sinon un
nouveau role ; il s’agit pour les ouvriers de
Claude MORIN gagner une place tout court. Et l’Etat revo-
lutionnaire se denira justement par sa
capacite a integrer les deux protagonistes,
F

tout en les controlant, dans ce qui en 1976


R0b9T'¢ J- KNQWLTQN, C/7!-/F6‘/7 reste un systeme politique aussi original
property and the Mexican reform qu’efcace.
1856-1910, Northern Illinois Uni-
1

1 versity Press, 1976, 265 p. R.J. Knowlton traite, en 220 pages, de


Rodney D_ ANDERSON, outcasts in lay solution que les liberaux donnee a
their own /and Mex,-can I-"dust"-M lieprneuse affaire de la propriete ecclesias-
1

_.

workers 1906-1911, Northern 1111- “q¥“‘?’ entre 1856 6" 1876 1187671910 es‘
1
nois University Press 1976' traite en_ 20 pages); son travail sert de
407 contrepoint a leircellent livre de Jan
1
Bazant, recense 1c1 meme: Alienation of
Church wealth in Mexico. Social and
L’Universite americaine de l’Il1inois du economic aspects of the liberal revolution
Nord (Dekalb, Illinois 60 115) inaugure I 856-I 8 75, Cambridge University Press
avec ces deux bons livres sa oollection 1971. L’un complete l’autre, tant i1 est vrai
<< Les origines du Mexique moderne », que les auteurs ont donne bien souvent
concue par trois vieux routiers de l’histoire meme reponse aux memes questions. L’un
mexicaine (R. E. Greenleaf, Michael renforce l’autre, Bazant mettant l’accent
C. Meyer, J. W. Wilkie) et un jeune sur le socio-economique, Knowlton, sans
Mexicain talentueux, Hector Aguilar jamais perdre de vue cette dimension,
Camin ‘. Le lecteur francais est immedia- mettant l’accent sur le politique et le juri-
tement sensible a la qualite de la presenta- dique.
tion, du papier, des caracteres, de la mise Les liberaux ne pensaient pas ouvrir la
en page, de la reliure, pour ne point parler boite de Pandore 1orsqu’en 1856 ils ont
des illustrations, photos, appendices, index mis en marche le processus de secularisa-
et bibliographies extrémement soignees. tion des biens du clerge, mais ils n’avaient
Chanceux auteurs publies a telle enseigne, pas le choix et la victoire leur a donne rai-
chanceux lecteurs! Ces deux premiers son, au terme de onze annees de guerre
ouvrages traitent de l’Eglise d’une part, des civile et etrangere; leur réve de fonder
ouvriers mexicains d’autre part. I1 ne s’agit ainsi une classe moyenne nombreuse, une
pas de les meler en une seule lecture mais petite paysannerie de proprietaires deles a

159

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