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REPUBLIQUE DU BENIN

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE


SCIENTIFIQUE

UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI

ECOLE DOCTORALE - FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION


(FASEG)

MASTER I RECHERCHE/ECONOMIE
NPTCI

EXpose du groupe 3
THEME

ASYMETRIE D’INFORMATION
ET CONTRAT DE DETTE

REALISE PAR

1. ACAKPO Rock
2. ADJATOLOU Vincent
3. AHOUANGAN Etienne
4. ANATO Calgène
5. DEGBESSOU Randis

SOUS LA DIRECTION DE

Prof. Dénis ACCLASSATO & Dr. Alain BABATOUNDE

Année-académique : 2017-2018
ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE

INTRODUCTION……………………………………………………………….......1
I- DEFINITION DES CONCEPTS……………………………………………………1
II- FONDEMENTS THEORIQUES………………………………………………........4
III- SYNTHESE………………………………………………………………………….6
CONCLUSION……………………………………………………………………...8
ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE

INTRODUCTION
Les récentes crises financières internationales ont relancé le débat sur l’impact des instabilités
financières sur la croissance économique. Ces déséquilibres sont la conséquence de l’existence des
imperfections de l’information sur les marchés financiers. Pour Akerlof (1970), dans une économie avec
information imparfaite, le fonctionnement décentralisé et concurrentiel des marchés ne conduit pas
toujours à des résultats efficaces. Les asymétries d’information qui existent en effet entre la banque et
l’emprunteur sont une source d’instabilité financière et peuvent avoir des effets négatifs sur la croissance
économique.
L’asymétrie d’information est un sujet souvent abordé dans la littérature financière. Nous
entendons par asymétrie d’information le fait qu’une des parties dans un contrat connait plus
d’informations que l’autre. Cette asymétrie d’information peut causer des problèmes de sélection adverse
puis que la partie ayant le plus d’information peut tenter de choisir un contrat ne représentant pas son
niveau de risque, mais plutôt un niveau de risque moins élevé. Tout ceci a un effet sur les contrats de
dettes qui s’établissent entre les institutions financières et les entreprises. C’est en effet la question de
l’impact de l’asymétrie de l’information sur les contrats de dette, c’est-à-dire, les problèmes que posent
l’imperfection de l’information entre la banque et ses emprunteurs, le centre d’intérêt de cette réflexion.
Ces problèmes informationnels ont fait l’objet d’analyses théoriques et de vérifications
empiriques.
I. DEFINITION DES CONCEPTS DE BASE
1. ASYMETRIE D’INFORMATION
Théorie populaire parmi les économistes de la nouvelle microéconomie, l’asymétrie d’information
désigne une situation dans laquelle deux agents, dans le cadre d’un échange disposent d’une inégalité
d’information. Elle permet d’analyser des comportements et des situations courantes de l’économie de
marché. Le plus clair du temps, on constate que sur un marché, un des deux acteurs dispose d’une meilleure
information, il en sait plus que l’autre sur les conditions de l’échange (qualité du produit, travail fourni…).
Cela contredit donc l’hypothèse de transparence de l’information du modèle standard de concurrence pure
et parfaite. Des individus rationnels qui maximisent leur utilité, sont donc prêts à avoir des comportements
opportunistes qui risquent de compromettre le fonctionnement efficace du marché.
On peut distinguer deux situations d’information asymétrique : d’une part l’anti-sélection, appelée
aussi sélection adverse, où le marché est perturbée par le fait qu’une partie connaît mieux les
caractéristiques du bien échangé au moment de la signature du contrat et d’autre part, l’aléa moral qui est
une situation dans laquelle une des parties (encore appelée principal) ne peut contrôler l’action de l’autre
partie (appelée agent) ou bien n’a pas les moyens d’en évaluer l’opportunité.

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE

1.1. L’ANTI-SELECTION
L’antisélection est due à un problème d’asymétrie d’information qui se déclare au moment
de la signature du contrat (ex-ante). Les travaux de Akerlof (1970) sur le marché des voitures d’occasion
ont introduit la notion d’anti-sélection, appelé aussi sélection adverse, selon laquelle l’incertitude sur la
qualité de l’objet induit la possibilité de fraude qui, du fait qu’elles peuvent être anticipée, débouchent sur
des stratégies complexes pour s’en protéger. Concernant le marché de crédit, Le banquier, prêteur sur le
marché du crédit, ne connaît qu'imparfaitement les risques afférents aux prêts qu'il accorde. En revanche,
les emprunteurs connaissent parfaitement la probabilité de réussite de leur projet. Il y a donc une asymétrie
d'information qui va provoquer une anti-sélection. Le phénomène d’anti-sélection apparaît lorsque
l’emprunteur conserve, même après un examen attentif par le créancier des informations disponibles, un
avantage informationnel sur son partenaire. Il est généralement admis que l’emprunteur connaît les
caractéristiques spécifiques du projet et peut cacher ces informations au moment de la signature du contrat.
Cette notion de sélection adverse a été introduite par le modèle d’Akerlof (1970) et demeure parmi les
modèles fondateurs de l’économie de l’information. Le partage inéquitable du savoir concernant le risque
de défaillance attaché aux crédits rend problématique l’identification des bons emprunteurs (Stiglitz et
Weiss, 1981). Ainsi à défaut de pouvoir fixer un taux d’intérêt qui correspond au risque effectif du projet
à financer la banque applique un taux reflétant la qualité moyenne des emprunteurs. Une telle pratique
conduit alors à pénaliser les individus dont le projet est peu risqué en leur faisant payer une prime de risque
plus élevé que leur risque effectif, et à avantager inversement les agents détenant des projets risqués ; la
prime de risque facturée étant inférieure au risque réel de l’emprunteur.
Donc l’anti-sélection se manifeste lorsque le contrat n’est pas encore conclut contrairement à l’aléa
moral. Les banques fixent des taux d'intérêt assez élevés pour leur permettre de se couvrir de la probabilité
de tomber sur de «mauvais emprunteurs», mais ces taux risquent de faire fuir les « bons emprunteurs » qui
mériteraient des taux d'intérêt plus faibles. Comme les emprunteurs risqués ont une demande de crédit
moins élastique au taux d'intérêt, la banque sélectionne involontairement les emprunteurs risqués et se voit
dans l'obligation d'augmenter encore ses taux. Il existe un seuil au-dessus duquel l'augmentation du risque
est plus forte que l'augmentation du taux. Les intermédiaires renoncent à augmenter leur taux d'intérêt au-
delà. Mais la variation des risques ne conduit pas à une variation automatique du taux d’intérêt. Non
seulement les emprunteurs à faible risque n'ont pas pu trouver le moyen de financer leurs
projets, mais tous les emprunteurs à haut risque n'ont pas réussi à se faire financer car le crédit
a été rationné ; le marché s'est clos sans être soldé (égalité entre l'offre et la demande).
L’anti-sélection induite par l’asymétrie d’information montre que les perdants sont toujours les « bons »
produits et les « bons » clients.

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE

1.2. L’ALEA MORAL


Dans le cas des phénomènes d’anti-sélection il a été question des situations où l'asymétrie
d'information intervient ex-ante, au moment de la conclusion du contrat, elle concerne la nature et la qualité
des biens offerts sur le marché mais il est difficile d'anticiper le comportement de l'acheteur après avoir
acheté (ex-post). On parlera alors de «comportement caché», «d'aléa moral» ou de «hasard moral». Cette
absence de connaissance parfaite du comportement après achat conduit à une situation où le marché ne
peut être traité de façon globale. Chaque cas devient un cas particulier.
Le risque moral apparaît dans les situations où certaines actions des agents, qui ont une conséquence
sur le risque de dommage, sont inobservables par les assureurs. Mais le développement de l'économie de
l’information a conduit à donner une définition plus générale du risque moral. L’aléa moral résulte
principalement d’un non-respect des termes du contrat et peut être divisé entre deux types de problèmes :
l’aléa moral ex ante et l’aléa moral ex post. Le premier se manifeste avant l’échéance du contrat suite à
une non allocation efficace et efficiente des fonds. Par exemple, lorsqu’ils sont utilisés dans des projets
plus risqués que prévu ou des projets destinés à augmenter la richesse personnelle de l’emprunteur
(Mishkin, 1999). En revanche, l’aléa moral ex post fait son apparition au terme du contrat. Ainsi,
l’emprunteur décide d’une façon volontaire (par exemple, de ne pas informer la banque sincèrement sur
les revenus dégagés, d’entreprendre des comportements opportunistes non observables par la banque)- ou
involontaire (par exemple, en cas d’échec du projet) de ne pas honorer ses engagements envers la banque.
Face au problème de l’aléa moral affectant les emprunts conventionnels, plusieurs travaux de recherche
ont étudié la capacité des produits islamiques à faire face à ce problème.

CONTRAT DE DETTE
En matière d’économie, une dette définit couramment une somme d’argent qu’une personne,
physique ou morale, doit à une autre après la lui avoir empruntée. Dans le monde de l’entreprise, la dette
est souvent un moyen utilisé pour permettre le financement d’opération ou d’investissement.
La distinction s’établit alors entre les dettes d’exploitation, souvent à court terme et les dettes
financières, ces dernières portant généralement sur des emprunts bancaires et donnant lieu au versement
d’intérêts. La souscription d’une dette vise dans la majorité des cas à améliorer la production d’une
entreprise, et son remboursement est alors échelonné dans le temps. Chez les particuliers, la dette peut aller
d’un simple emprunt d’une petite somme d’argent afin de financer un bien d’équipement, jusqu’à la
multiplication de crédit qui peut déboucher sur une situation de surendettement.
Un contrat est une construction théorique destinée à décrire des ententes, écrites ou tacites, entre
les acheteurs et les vendeurs. Ces ententes concernent les biens et services, particulièrement lorsque

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE
différents types d'investissements spécifiques empêchent la mobilité ou quand les opportunités de se
départir des risques sont limitées par des marchés imparfaits de titres contingents.
Encore appelé contrat de prêt, l’offre de crédit émise par un établissement de crédit devient un
contrat de dette dès lors que le dossier est définitivement accepté par le prêteur et en l’absence de rétraction
de la part de l’emprunteur. Y figure notamment toutes les spécificités de crédit : montant, durée, taux,
conditions de remboursement, montant restant dû par l’emprunteur, garanties selon le modèle type
réglementé.
Bon nombre de contrats implicites et explicites gouvernent les relations entre la firme et ses
principaux partenaires. Les contrats de rémunération des dirigeants et les contrats de prêts sont des
exemples classiques des mécanismes de gouvernance des entreprises. Les premiers ont pour but d’aligner
les intérêts (financiers) des dirigeants avec ceux des actionnaires. En effet, Berle et Means (1932) et surtout
Jensen et Meckling (1976) ont mis en évidence l’existence de coûts d’agence résultant des divergences
d’intérêt entre les actionnaires et les dirigeants.
Les développements de la théorie financière ont montré la position privilégiée des dirigeants au
sein de l’entreprise. En tant que décideurs, ces derniers peuvent être incités de tirer profit de l’avantage
informationnel dont ils disposent, afin de s’accaparer une partie des richesses produites par l’entreprise au
détriment des investisseurs actionnaires.

II. FONDEMENT THEORIQUE DE L’ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE


DETTE
Sur le plan théorique, le débat oppose la nouvelle économie classique (NEC) et la nouvelle
économie keynésienne (NEK). Pour la NEC, les agents économiques sont rationnels et exploitent au
mieux toute l’information dont ils disposent pour établir leurs prévisions. Par conséquent, les agents ne
font pas d'erreurs systématiques de prévisions et les équilibres sur les marchés se font par l’ajustement
des prix. Par contre, pour la NEK, il existe une imperfection dans l’information mise à la disposition des
agents économiques, ce qui conduit à des défaillances sur les marchés et remet en cause l’hypothèse
d’ajustements instantanés de prix adoptée par la NEC. Pour la NEK, les phénomènes de sélection adverse
et d’aléa moral entraînent des coûts sur les transactions et viennent perturber la détermination des
équilibres sur les marchés.
De nombreux auteurs ont déjà montré que l'asymétrie d'information est à la source de phénomènes
d’anti-sélection et d'incitations contraires (ou risque moral). Elle peut, par exemple, aboutir à ce qu'une
banque offre du crédit sur la base d'un même taux d'intérêt (incorporant une prime de risque moyenne) à
des entreprises présentant des niveaux de risques différents. Elle est en particulier à la source de
phénomènes d'anti-sélection et d'incitations contraires qui peuvent conduire les banques à un mauvais
discernement (et à l'extrême, à une trop forte sélectivité, ou, à l'inverse, à un soutien abusif en matière
d'octroi de crédits aux entreprises). Dans le cadre du contexte français actuel, les entreprises, quand elles

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE
ne peuvent pas s'autofinancer, sont fortement dépendantes des banques et n'ont que peu d'opportunités
alternatives de financement. Un grand nombre d’entreprise n'ont pas accès au marché financier (trop petit
chiffre d'affaire) et ont plus de difficultés que les grandes entreprises à se faire reconnaître à leur juste
valeur. Lorsqu'une banque doit prendre la décision de prêter à une entreprise qu’elle ne connaît pas, elle
peut consulter les derniers documents comptables de l’entreprise ainsi que certaines banques de données
informatiques (comme celles de la Banque de France) afin de se faire une première idée "a priori" de
l’entreprise. Cela permet à la banque de repérer rapidement les très bonnes et les très mauvaises entreprises.
Mais, que penser des autres entreprises ? Celles qui ne sont ni très bonnes, ni très mauvaises ?
Pour bon nombre de celles-ci, faute d'informations suffisantes, la banque peut être incapable de dire si les
résultats de l'entreprise sont dus à son type (sa qualité) ou à un concours favorable de circonstances, ou
bien plus simplement à des efforts ponctuels de l’entreprise (et sur lesquelles la banque espère pouvoir
alors jouer). Lorsque les institutions financières hésitent ainsi sur le risque que présente une entreprise, la
plupart préfèrent ne pas s'engager à long-terme auprès d'elle. L'asymétrie d'information apparaît donc
comme étant préjudiciable, tant pour les entreprises (susceptibles d'être rationnées) que pour les banques
(qui n'arrivent pas toujours à vendre leur crédit à un juste prix tenant compte du risque des débiteurs).
Partant de ce constat, la théorie des contrats s'est interrogée sur la manière d'enrichir les contrats offerts de
façon à séparer les "bons" risques des "mauvais", à l'instar de ce qui se pratique sur le marché de l'assurance.
Comme l'explique F. Lobez (1997), cette offre appropriée permet de séparer les diverses entreprises
sur la base du choix qu'elles font d'un contrat particulier dans un ensemble structuré à cette fin.
Ainsi, nombreuses analyses mettent-elles en exergue la capacité de certaines variables à séparer les risques
ou encore à inciter à rembourser : le taux d'intérêt, les garanties, les collatéraux. On peut, par exemple,
citer les travaux de Stiglitz et Weiss (1981-1992), ceux de Stiglitz et Rotschild (1976) ou encore de Bester
(1985), cette liste n'étant pas exhaustive. Bester (1985) indique que face à une distribution hétérogène
d’emprunteurs potentiels, une banque peut tenter de discriminer entre eux en offrant un menu de contrats
(différencier les produits), qui incite les emprunteurs à l’auto-sélection ; des contrats qui spécifient le taux
d’intérêt plus le niveau de collatéral. Dans ce cas deux types d’équilibres sont possibles : l’équilibre
séparateur c’est-à-dire l’auto-sélection amène des emprunteurs à choisir des contrats adaptés à leur
situation, et l’équilibre mélangeant ou les emprunts différents choisissent le même contrat. Il montre que
l’équilibre séparateur existe ; il est sans rationnement.
Dans un même souci de sélection et d'incitation, Stiglitz et Weiss (1983), puis Lobez et Gilles
(1992) mettent en évidence les vertus du rationnement du crédit à l'instar de ce qui se pratique en matière
d'assurance (où la franchise peut être vue comme un rationnement potentiel).
Pour Yaari et Rubinstein (1983), ce n'est pas la crainte d'un rationnement qui incite les clients mais
c'est cette fois l'attrait d'une possible réduction : pour éviter l'inefficience induite par l'aléa moral, ils

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE
montrent l'intérêt qu'ont les assurances à offrir des réductions aux clients qui possèdent de bons records
chez elles.
Pour Kast & Molkhou (1998) les engtreprises rencontrent des difficultés à se faire reconnaître à
leur juste valeur du fait d'une asymétrie d'information. Celle-ci est à la source
de phénomènes d'anti-sélection et d'incitations contraires qui peuvent conduire les banques à une mauvaise
appréciation du risque-PME. Ils ont montré que la banque peut proposer aux PME des prêts-tests à court
terme, les asymétries d'information et d'effectuer une sélection adéquate malgré la présence simultanée de
risque moral et d'information privée. Elle procède à un enchaînement de prêts-tests spécifiques sur deux
périodes. Nous construisons des contrats qui séparent les problèmes de sélection d'un type de risque-PME
de ceux concernant l'incitation à faire un effort ponctuel. Dans un premier temps, la banque propose un
prêt-test en vue d’observer des signaux sur le type de risque-PME ; ensuite, elle propose un second prêt
pour observer des signaux sur son niveau d'effort. Grâce à ces deux prêts-tests, le principe Bayésien lui
permet d’améliorer sa structure d’information sur la firme. En conséquence, elle peut s’engager et offrir
des contrats aux meilleures conditions.
En empruntant l’analyse d’Akerlof dans le cadre d’un contrat de financement entre la banque et
l’emprunteur, les mauvais emprunteurs ou les plus risqués cherchent toujours à être aperçus comme des
bons ou moins risqués. Le prêteur se trouve ainsi dans la difficulté de distinguer de manière parfaite entre
les deux. Il peut difficilement sélectionner, parmi les différentes demandes de financement, les projets les
plus rentables. Cette asymétrie informationnelle ex ante entraîne une allocation inefficiente du crédit.
Jalaluddin & Metwally (1999) ont mené une étude selon laquelle 60% des PME australiennes se disent
prêtes à recourir au financement de type (PPP). Ensuite, les auteurs analysent des données relatives à ces
entreprises afin de comprendre leur comportement pour le choix de ce type de financement. Ils concluent
qu’il y a une relation positive entre la probabilité de financement par une formule (PPP) et le risque du projet.
Autrement dit, les entrepreneurs ayant un projet plus risqué sont prêts à contracter un mode de financement
de type (PPP). Les auteurs constatent également que si le taux d’intérêt est élevé, la probabilité de
financement par un mode (PPP) est élevée.
La littérature économique relative aux contrats a donc déjà proposé quelques solutions en vue
d'améliorer les capacités de sélection des emprunteurs par les banques, soit en présence d'information
privée, soit en présence de risque moral.
Cependant, lorsqu'on se trouve en présence des deux phénomènes à la fois, les choses se compliquent
considérablement : Comment une banque va-t-elle pouvoir trier entre les diverses entreprises sans savoir
déceler si de mauvais rendements sont dus à la qualité trop risquée de l’entreprise ou simplement à un
manque ponctuel d'efforts ?
Laffont et Tirole (1988) ont étudié cette éventualité appliquée à un autre cas que celui des banques
et ont montré la difficulté à sélectionner en situation de hasard moral et d'information privée simultanée.

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE
Stiglitz et Weiss (1992) ont montré qu'ils pouvaient exister dans ce cas des équilibres mélangeants :
où les risques hauts et bas empruntaient aux mêmes taux.
Ils sont d'autant plus importants qu'il s'agit du financement des PME. En effet, l'acception commune tend
à faire passer les PME pour plus risquées que les grandes entreprises, ce qui n'est, somme toute, pas évident.
Boot, Thakor et Udell (1991) montrent que, en présence des deux phénomènes à la fois, les banques
se voient incapables d'offrir des contrats qui ne soient pas mélangeants : alors qu'avec seulement de l'aléa
moral, elles réussissent à ne demander des garanties qu'aux emprunteurs à hauts risques, l'introduction
d'information privée les conduit à demander des garanties à tous les emprunteurs, sans distinction entre les
"risques hauts" et les "risques bas".
. Des études telle que celle de Dichev et Skinner (2002) ont, en effet, mis en évidence que des
emprunteurs tentent de s’affranchir des contraintes imposées dans les clauses restrictives inhérentes aux
contrats de dette. Ces travaux confirment ainsi la thèse de Watts et Zimmerman (1986 et 1990) sur les
incitations qu’ont les dirigeants à manipuler les informations comptables pour respecter les critères fixés
dans les contrats de dette.
Cette littérature s’est surtout focalisée sur les contrats de rémunération. Il s’agissait de mettre en
place des mécanismes susceptibles d’optimiser les incitations des dirigeants à agir dans le sens de la
maximisation de la valeur de la firme. Suite à la multiplication récente des scandales financiers, beaucoup
d’interrogations ressurgissent quant aux conditions d’efficacité des contrats de dette dans la réduction des
conflits d’intérêt entre actionnaires, créanciers et dirigeants et comme moyen de contrôle des actions de
ces derniers (Jensen, 1986). Cette évolution s’accompagne d’un regain d’intérêt sur le rôle de l’information
comptable dans les mécanismes de gouvernance de la firme. Des études ont montré que certaines créanciers
ont recours les clauses comptables dans les contrats de dettes pour protéger leur intérêt et que cela sert de
substitut a d’autre paramètre du prêt.

III. SYNTHESE
Après la signature du contrat de crédit, les problèmes liés aux risques de comportement
opportuniste de la part de l’emprunteur sont de deux types : l’aléa moral ex ante et l’aléa moral ex-post.
L’aléa moral ex ante se manifeste avant l’échéance du contrat. L’emprunteur peut dans ce cas allouer les
fonds prêtés à des fins plus risquées que prévu, soit pour son usage personnel soit pour investir dans des
projets non rentables susceptibles de renforcer sa richesse personnelle (Mishkin,1999). L’investissement
dans un projet risqué peut conduire à un défaut de paiement à terme. L’emprunteur se trouve ainsi dans
l’incapacité d’honorer son engagement envers la banque. En prenant plus de risque, l’emprunteur augmente
l’exposition de la banque au risque de crédit. Le comportement caché de l’emprunteur constitue un
désavantage informationnel pour l’institution financière et l’expose à un important risque de crédit.

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE
Quant à l’aléa moral ex post, elle se produit à l’échéance du contrat. L’emprunteur peut
volontairement ou involontairement ne pas honorer ses engagements envers la banque. Bien que le
banquier tente de circonscrire de nombreux évènements dans le contrat du crédit, il ne peut pas les spécifier
tous. En particulier, il reste soumis à l’opportunisme de l’emprunteur qui peut être incité à déclarer un
résultat inférieur à celui effectif de manière à minimiser le montant de ses remboursements et donc à
augmenter le risque de perte pour la banque.
Il ressort que les asymétries de l’information peuvent entrainer la hausse du risque pris par
l’emprunteur, ce qui peut affecter l’activité économique. En présence de ces deux types d’information ex-
ante et ex-post, la banque se trouve incapable d’offrir des contrats pertinents qui répondent en même temps
aux exigences de prêteur ainsi que la sienne, en effet la collecte d’information ainsi que l’emprunteur est
très coûteuse ce qui peut engendrer un excès de risque de crédit.
Sur les marchés néoclassiques, la livraison du bien par le vendeur et le paiement par l'acheteur sont
simultanés, alors que sur le marché du crédit, le prêteur et l'emprunteur échangent une promesse de
remboursement. Le risque de défaut s’explique par la différence entre cette promesse et les
remboursements effectués. Les prêteurs se préoccupent donc d’évaluer la qualité de la promesse de
l'emprunteur, c’est-à-dire sa probabilité de défaillance. Une des activités principales des institutions
financières est de collecter et de traiter des informations sur les emprunteurs potentiels. Les informations
ainsi accumulées par chaque banque sont non-transmissibles (elles reposent en partie sur des critères
subjectifs) et, de ce fait, l'engagement est irréversible : le contrat de prêt n'est pas négociable. De plus, la
banque spécifie elle-même les termes du contrat : elle définit le taux d'intérêt et n'est pas un agent "price-
taker" comme sur les marchés néoclassiques habituels. Le taux d'intérêt défini par l’institution financière
comprend une prime de risque censée compenser la perte encourue en cas de défaillance de l'emprunteur.
Cependant, la prime de risque ne peut pas être trop élevée car le taux d'intérêt influence la qualité du crédit,
c'est-à-dire la capacité de l'emprunteur à respecter ses engagements. Contrairement aux prix sur les marchés
néoclassiques, le taux d'intérêt ne peut servir de variable d'ajustement entre l'offre et la demande. L’une
des façons de limiter l’asymétrie d’information est d’insérer dans le contrat de prêt des clauses qui limitent
l’action de l’un des intervenants si l’autre a dissimulé des informations ou a eu un comportement inadéquat.
Certaines institutions financières ont au recours aux clauses comptables pour protéger leur intérêt
Comme les prêteurs n'ont pas la capacité de contrôler complètement les comportements des
emprunteurs, ils réagissent par un rationnement quantitatif des crédits distribués ou en mettant en place des
contrats de prêts incitatifs (discriminant par le coût du crédit, mais aussi par la taille du prêt et les garanties
en cas de défaut), ainsi que des procédures coûteuses de vérification de la politique interne de l'entreprise.
Bref, l’asymétrie d’information sur le marché de crédit rend très difficile les contrats de dette compte tenu
de ses risques si bien que seuls les projets à haut risque semblent être favorisés au détriment des meilleurs.

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La fixation des taux d’intérêt élevé pénalise les bons emprunteurs qui face à cette situation ont tendances
à renoncer au financement.

CONCLUSION

Il ressort globalement de la présente réflexion, que l’existence des asymétries d’information sur le
marché de crédit augmente le risque crédit, ce qui affecte le volume de financement de l’économie et donc
de la croissance économique. L’asymétrie d’information est de deux ordres à savoir : l’asymétrie ex ante
encore appelé antisélection et l’asymétrie ex post appelé aléa moral. L’asymétrie ex ante est un problème
de sélection adverse et se manifeste avant la conclusion du contrat. Cette asymétrie informationnelle ex
ante induit une allocation inefficace du crédit et à une probable hausse du risque de crédit. Quant à l’aléa
moral ex post, elle se produit à l’échéance du contrat. L’emprunteur peut volontairement ou
involontairement ne pas honorer les termes du contrat. A cet effet, les institutions financières ont
tendances à fixer des taux d’intérêt élevés pour protéger leur intérêt. Fort est de constater que le taux
d’intérêt élevé amène les bons emprunteurs à quitter le marché et les mauvais y restent. Par
conséquent, il est difficile pour la banque de discriminer de manière efficiente les emprunteurs de
bonne qualité et ceux de mauvaise qualité. Une politique de baisse du taux d’intérêt peut entrainer une
hausse de la rentabilité des projets d’investissement financés par le crédit bancaire. Cette politique va
entrainer une baisse des crédits en défaut, et donc l’opportunisme de l’emprunteur. Cela permettra aux
instituions financières de signer des contrats de dette moins risqués. Néanmoins cela n’est qu’une solution
partielle car le problème d’asymétrie d’information demeure et impacte les contrats de dettes, la marché
de crédit, la croissance économique.

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ASYMETRIE D’INFORMATION ET CONTRAT DE DETTE

Référence

Akerlof, G., (1970). “The market of lemons: Quality uncertainty and the market mechanism”,
Review of Economic Studies, vol. 31, pp. 488-500.

ELOuafa K.

Kast R. et Molkhou V. (1998) " Asymétie de l’information et contrat bancaire : l’interet des prets
tests", pp 1-20.

EL Ouafa la " finance islamique face à l’asymétrie informationnelle", pp 114-130

Loaba S. "Asymétrie d’information, risque de crédit et croissance économique dans l’union


Economique et Monétaire Ouest Africaine", pp 1-15.

Stiglitz J.E. et Weiss A. (1992), "Asymmetric information in credit markets and its
implications for macro-economics.", Oxford Economic Papers, Vol 44, pp 694-724.

www.wikipédia.com visité le 21 avril 2018 à 10h

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