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Mon initiation aux langues anciennes, que j’avais attendu avec … depuis des années, a failli se

terminer en eau de boudin. Je n’oublierai jamais la phrase qu’un professeur, par ailleurs
extrêmement gentil et intéressant, m’a dit quand je lui : « si tu travailles bien, tu parviendras peut-
être à lire une page de grec par jour. » Autant arrêter tout de suite. A quoi bon passer trois, quatre,
dix ans à faire des études de lettres classiques, si, bardé de diplômes, je ne peux pas prendre Homère
ou Virgile et lire un, deux ou vingt-quatre chants d’affilée ? Beaucoup de frustration.

Il devait y avoir un autre moyen. J’ai commencé le grec ancien et le latin en prépa parce que je
voulais découvrir les textes antiques en langue originale, et par la passion pour la mythologie que je
cultivais depuis mon plus jeune âge. Dans mon expérience personnelle, l’apprentissage des langues
anciennes en prépa littéraire fait figure d’exception dans le paysage pédagogique français  : c’est l’un
des seuls endroits, mis à part, peut-être, quelques lycées d’élite, où l’on entreprend l’étude des deux
langues de façon systématique et efficace. Pourtant, ces mêmes professeurs qui parvenaient à
m’injecter la grammaire des langues anciennes à toute vitesse, semaient en même temps tout un…
de mauvaises habitudes : la dépendance dans l’usage excessif du dictionnaire, l’obsession de traduire
en français chaque mot de chaque phrase, la pratique excessive de la version et du petit latin/petit
grec, qui n’est qu’un travail de lecture intensive sur des textes difficiles, des monuments littéraires
riches et complexes, dont j’arrivais à peine à extraire un peu de moëlle avant de retomber, exténué
sur mon Gaffiot. Tout ce système, qui a fait de moi un bon candidat aux concours, capable de bien
maîtriser les codes d’un exercice qui dépend surtout du maniement habile du dictionnaire,
m’empêchait de lire les langues anciennes.

Mon but n’est pas de faire une liste exhaustive de tous les manuels et de toutes les ressources  : je ne
veux que personne se sente exclu, et il y a de plus en plus de membres. Christophe Rico parle d’une
sixième renaissance qui se ferait à la faveur de la révolution internet. On peut être sceptique sur la
portée véritable de cette Renaissance, le latin et le grec étant concurrence par d’autres langues et
d’autres traditions. Surtout l’association de ces disciplines à des entreprises coloniales ou
d’hégémonies racistes ou de suprématie culturelle l’affaiblit davantage. Parler grec et latin, et le faire
correctement, mais sans stigmata, peut être un moyen de contourner le problème en délocalisant les
langues anciennes. On peut d’ailleurs prendre exemple sur le monde indien, où le sanskrit est
souvent enseigné de façon orale et, bien évidemment sur le cas arabe, hébreu, persan ou tamoul, où
la diglossie rend plus aisée l’approche de la langue « classique », comme une langue vivante.

Contrairement au grec, où une véritable méthode manque cruellement, le latin, plus proche de nous,
compte depuis longtemps de nombreux manuels. Il faudrait souligner bien sûr le cas paradigmatique
du grec, où la ressemblance entre la langue d’aujourd’hui et son ancêtre est telle, qu’on pourrait
s’interroger sur l’utilité véritable, pour les grecs, de chercher à être à l’aise à l’oral. En tout cas, quelle
que puisse être la valeur ludique de la pratique orale, et cette valeur est certainement cruciale, rares
sont ceux qui pratiquent le latin vivant dans un objectif de communication. Notre objectif

Pour lire e latin, pour lire le grec, il faut déjà être capable de lire le grec.

In templo Pacis seruantur res sacrae Iudaeorum, in iis tubae et candelabrum magni preti. Iudaei eas
res magni aestimant etiam quam Rmomani.

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