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EST CE q u e d é f in ir u n e

$
il formation é c o n o m iq u e
ET SOCIALE " ?
L'EXEMPLE DES INCAS
par Maurice G O DELIER

A notion de « Formation Econom ique et Sociale » est, sem ble-t-il,


avant tout une notion destinée à l ’ analyse de réalités historiques
oncretes, singulières, saisies dans le temps réel, irréversible d’ une pé-
^^ ^ iïod^détera^ié^d^l’histoire. On cherchera par exem ple à définir la
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*

XVI' a»ion économique et sociale » caractéristique de l ’E m p ire inca au


Xa veille de la conquête espagnole. D éfinir une form ation éco-
1
pacte'd ? sociale, c’est produire une d é fin itio n sy n th étiq u e de la nature
li
6 • ^ vers^® et de l ’unité spécifiques des rapports économiques et
caractérisent une société à une époque déterm inée. Produire
effeçj^6 n^i°n synthétique veut dire, dans la perspective du m arxism e,
n certain nombre de démarches scientifiques pour :
li «
tr0nv Cr ^ nom^re et l a nature des divers modes de production qui se
nt combinés d’une manière singulière au sein d’une société déter-
g jje et q
2. identifi ^ Cn Const^tuent base économique à une époque déterm inée ;
les divers éléments de la superstructure sociale et idéologique
^ correspondent par leur origine et leur fonctionnement à ces divers
î. (j>o production ;
amr la forme et le contenu exacts de l ’articulation, de la combinaison
e Ces divers modes de production qui se trouvent les uns par rapport aux
*Utï** dans un rapport de hiérarchie dans la mesure où l ’un des modes de
pi°duction domine les autres et les soumet en quelque sorte aux nécessités
* a la logique de son propre mode de fonctionnement, les intègre plus ou
au mécanisme de sa propre reproduction ;
«,»£% 1
4. définir les {onctions propres de tous les éléments 4 . 1 . .
de l’idéologie qui, malgré leurs origines diverses, corre”p » Ï Ï u a" 1
modes de production différents, se trouvent combinés d’une rnanièr *
cifique, suivant la manière dont s’articulent les divers modes de product^
quelle que soit leur origine, ces éléments de la superstructure se trouai
ainsi, en quelque sorte, redéfinis, chargés d’un nouveau contenu.

Sans entrer dans les détails, prenons l’exemple inca :


On sait que, au sein de nombreuses tribus qui furent soumises au milieu du
XVe siècle par les Incas et intégrées dans leur empire et leur économie, la j||
duction reposait sur le fonctionnem ent des ayllu, communautés villageoises lo.
cales où résidaient des groupes de parenté de type lignager. La propriété dusol
était communautaire et le sol était redistribué périodiquement entre les familles
restreintes, sans que celles-ci puissent transformer ce droit d usage en droit
d’aliénation, donc en une forme quelconque de propriété privée, séparée j
de la propriété commune. Le travail avait également une forme commu-
nautaire, reposant sur l’ aidè réciproque des villageois dans 1 accomplisse- i
ment des différentes tâches productives. Le chef de village, le kuraka, était
le premier bénéficiaire de cette entraide villageoise, et des terres conununcs ,
étaient cultivées spécialement pour l ’entretien des tombes et divinités oc es
et pour celui des chefs locaux. Nous avons donc là un mode de pr uchon
reposant sur la coopération de producteurs directs, liés entre eux par ce que
le chroniqueur espagnol Blas Valera appelait « la loi de fraternité », tjj
les obligations réciproques entre parents et voisins. L inégalité socia e ende
entre chefs et gens du commun, mais n ’est pas très accusée. Lorsqu e es
tombaient sous la domination de l ’Etat inca, ces communautés, ou du m
les groupes ethniques et tribaux qui étaient organisés en communautés
de ce type, subissaient une transformation profonde. Une partie de eurs
terres leur était expropriée et devenait domaine de l ’État ou domaine de
l’Eglise. Sur les terres qu’elles conservaient, les communautés avaient éga
lement perdu une partie de leurs droits communautaires anciens puisque
l’Etat inca revendiquait désormais un droit éminent sur toutes les terres
du royaume, donc un droit de contrôle de l ’usage de ces terres, ce q®
abolissait l’autonomie ancienne des communautés ; sur les terres qu’elles
gardaient entre leurs mains, les formes d’usage du sol restaient les mêmes
qu’avant la conquête inca, et la production revêtait toujours une forme
communautaire. Cependant, un nouveau mode de production s’était mis
en place.
Les terres appropriées par l’Etat étaient désormais travaillées pour fe
compte de l’Etat par les paysans maintenant soumis à un régime de corvée, 1«
corvée n’était pas individuelle. Tout le village y participait par famille et l’Etat
inca fournissait la nourriture et la boisson, de la même manière que le
faisait, au sein de l’ ayllu traditionnel, le bénéficiaire de l ’entraide commu­
nautaire envers ceux qui l’aidaient. L’Etat fournissait les outils et 1« se­
mence et insistait pour que les gens viennent travailler en k l- j
avec musique et chants. Ainsi, les formes anciennes de * ablts de fete’
réciprocité écono-
[ 0 0 i £ DBS INCAS

les formes anciennes d ’idéologie et de rituel qui leu r correspon­


d e eivaient désormais au fonctionnement de rapports directs d ’exploitation
^ s e r v it u d e économiques caractéristiques d’une forme nouvelle de m ode de
Ruction relevant du type « mode de production asiatique ».

Si on pousse un peu plus l ’analyse, on découvre que l ’Etat inca avait


taoin, pour organiser sa propre base économique de manière q u ’elle se
reproduise de façon stable, de recenser à la fois les terres, les populations,
|es animaux, les productions, de créer une m achinerie adm inistrative qui
encadrait la population et la contrôlait directem ent ou in d irectem en t, de
généraliser le culte de l ’Inca, fils du soleil, d’entreten ir une arm ée qui
réprime les soulèvements, etc... Cet ensem ble d’institutions correspond au
nouveau mode de production et l ’on sait que ce mode de production se
trouvait, en 1532 en pleine évolution car l ’E tat avait été obligé de trans­
férer des populations entières pour créer des colonies m ilitaires qui contrô­
laient les populations locales trop turbulentes. Les liens traditionnels des
tribus et de leur sol se trouvaient en partie brisés et le développement d’une
sorte d esclavage, appelé yanacona, avait créé une nouvelle couche sociale,
es yana, individus coupés complètement de leur communauté d’origine et
atta. es à la personne d’un m aître. Ainsi des rapports de production d’un
troisième type étaient apparus, reposant non plus sur la dépendance générale
communautés locales par rapport à une communauté supérieure qui se
M, °. avec 1 Etat, mais sur des liens personnels entre des familles
aristocratiques et des familles de paysans ou d’éleveurs asservis. Une voie
onve e évolution était ouverte, liée au développement de ces formes
es e propriété et d’exploitation, détachées de plus en plus des
,nciens raPport8 communautaires.

De ces trois types de rapports de production qui renvoient à des époques


ifférentes de l’évolution des sociétés indiennes des Andes, le second jouait,
au XVI* siècle, un rôle dom inant dans la formation économique et sociale
que constituait l’Empire inca. Cette formation économique et sociale avait
®’81 ses propres contradictions qui l ’orientaient dans une certaine direction
(développement des yana, des mitma, etc.) par un mouvement qui fut
brutalement interrompu par la conquête espagnole. Cette dernière, à son
*°ur, brisa les institutions économiques, politiques et idéologiques spéci­
fiques du mode de « production asiatique » qui était le mode de production
dominant de la formation économique et sociale de l ’Empire incaïque.
D'immenses terres, parmi les meilleures, furent accaparées par les colons
espagnols et les communautés indiennes furent soumises à un régime d’ex-
ploitation d’un type nouveau, l ’Encomienda qui reposait avant tout soit
sut deg biens de dépendance personnelle des Indiens et de leurs communautés
à des maîtres espagnols chargés de les christianiser, soit sur des liens de
dépendance par rapport à la couronne d’Espagne.
C f rmes de dépendance d’allure féodale se développaient dans le
contXtl tiistoricrue de la naissance du capitalisme dans l’Europe féodale et
i S e » d*nce 9erviren* av“°* *°U* ce a “PPel* r.ccum u-
MAURICE C00£üf(
lation primitive du capital (développ I , p roducfioI1 d V ^ I

Privées de leurs h ié ra rch ie s so ciales trad itionn elles, expropriées an


vries, asservies à des m aîtres de lan g u e et de cu ltu re étrangères, les'conT
I
I
nautés indiennes soit d isp aru ren t, so it se rep lièren t sur elles-mêmes. ¿ 1
réponse à cette ex p lo itatio n im p osée p a r des étrangers, exploitation telle 1
que le problèm e p rim ord ial des In d ie n s é ta it avant tout de survivre et non
pas seulement d’atténuer plus ou m oins un asservissement, les communautés
ne pouvaient se reproduire et assurer la survie commune de leurs membres
qu’en m aintenant dans des limites déterm inées les inégalités économiques
et la com pétition sociale q u i, de façon spontanée et inévitable, se develop,
paient dans leur sein et auraient pu en tra în e r leu r destruction au bénéfice
d’une m inorité d’in diens. 11 fa lla it égalem en t, com pte tenu du contenu et I
des formes de la dom ination exercée p ar les classes exploiteuses de la nou­
velle société coloniale, que ces m écanism es de com pétition et de redistri­
bution revêtent une forme correspondant à l ’idéologie catholique des classes H
dominantes, s’inscrivent dans des form es tolérées par ces classes dominantes. I
Ainsi se mit en place ce qu’on a appelé « l ’économ ie de prestige », h utte H
pour les offices, les charges m u nicipales et religieuses 0 ° s cargos) e a ■
communauté.
Certains ont seulement voulu voir dans ces institutions une survivance ■
de formes et archaïques » pré-coloniales de récip ro cité et de competition, ■
une coutume proche du potlatch des In d ien s k w akiu tl, alors que ce sont a ■
formes qui répondaient à des rapports sociaux nouveaux, ceux d une soc ■
coloniale créée à l ’époque du capitalism e naissant.
Cette présentation « squelettique » de l ’h isto ire des sociétés andines I
depuis la fin du XVe siècle ju squ ’au début du X V I I e siècle était estinee j
seulement à repérer les modes de production des élém ents de superstructures ,
qui s’étaient succédé au cours de cette période. (O pérations théoriques e
2). Cette présentation fait apparaître l ’existence et la succession de eux
formations économiques et sociales, l ’une p ré-colon iale, dominée par n
mode de production relevant du M .P .A ., l ’autre dom inée par un mode e
production mis en place après la conquête espagnole et dépendant dans sa
structure interne et ses fonctions du mode de production de l ’Espagne féodale
à l’époque de la naissance du capitalism e, époque dite par les économistes
classiques de « l ’accumulation primitive du cap ital ».
On constate donc que la succession de ces deux form ations économique»
et sociales n’est pas le produit d’une évolution in te r n e des sociétés indiennes
des Andes. Déjà la conquête Inca avait bouleversé l ’évolution interne des
tribus et communautés andines. Plus tard, la conquête espagnole devait
modifier une seconde fois l ’évolution nouvelle im posée par la conquête Inca.
Certes, depuis plus d’un m illénaire, pluseiurs états et em pires étaient nés
sur les bauts plateaux et dans les vallées côtières du P érou et anrès «n certain
temps s’étaient effondrés. L ’état Inca n’était donc que le A • . , .s
états et ces développements et chutes d’empires tém oiKnai„ „ , rJ ier*ne de c
cette zone écologique et culturelle, des transform ations A- ° DC ^ue d*
onom ique8 décisive»
103

W*0 IiïCAS

, generalisation et au perfection nem ent de la production de m ais


jjé<s * la côte et de pommes de te rre e t d autres tubercules sur les
(i * C°i0D -¡¡nt fait apparaître de profondes inégalités sociales, naître des
pjatea«* ' cjaggeg ^m inantes et des formes de pouvoir centralisé pour
r 6 d e c e t t e domination. Cependant, pour les tribus qui n ’avaient pas
■jjiercic® développement économ ique et social, et c ’était le cas sem-
l pour de nombreuses tribus de la région de Cuzco, leur intégration de
I ^ dans un empire conquérant et cen tralisé avait provoqué un boulever­
sent impose de l’extérieur. Ceci est encore plus vrai des effets de la
c o n q u ê t e espagnole. ;
Donc pour expliquer l’histoire singulière des sociétés andines, il faut
inalyser le jeu combiné des causes internes et externes de cette histoire. Ce
qui ge présente à un premier niveau comm e une suite d’accidents bousculant
[révolution des communautés indiennes relève de nécessités historiques qu’il
faut expliquer et pour cela il faut saisir le rapport entre événements et
structures sociales et surtout les rapports de causalité entre structures. On
eut amené alors à poser les problèmes de type 3 et de type 4 concernant
Iarticulation des modes de production et des éléments des superstructures
ausein des formations économiques et sociales.
Dans une communauté indienne avant la conquête in ca, la production
reposait sur a propriété commune du sol et revêtait une form e com m unau-
tore on ee sur la coopération de parents et (ou) de voisins. Cette coopé­
ra on exprimait à la fois une nécessité technique et l ’obligation à l ’entraide
iproque qu imposaient aux individus leurs rapports de parenté e,t de
wwnage. eme une inégalité sociale existait entre lignages et si certains
enre eux ominaient les autres et fournissaient des chefs de façon hérédi-
» .e mo^e Pr°duction ressortait pour l ’essentiel de ce que M arx
pPpeait « 1 association immédiate des producteurs... telle qu’elle nous
aPparait au seuil de l’histoire de tous les peuples civilisés »
o sem des familles domestiques auxquelles étaient périodiquement
j 18tàbuées des terres de la communauté la division du travail était celle
s sexes et des âges. Pour de nombreux travaux de la communauté tout en­
tire « agissait » comme une seule et même force de travail « social » a. E n
île chroniqueur Polo de Ondegardo1soulignait que les Indiens « quand ils
°ivent accomplir une tâche ne commenceront jam ais sans estimer et mesurer
Ce que devra être la part de chacun » ou plutôt de chaque fam ille.
On voit sans peine que pour mener à bien l ’analyse de ce type de rapports
*°ciaux de production qui correspondent à l ’ancien mode de production
Pré-étatique des sociétés andines, il faut se débarrasser des doctrines qui, de
fa?on abstraite et dogmatique, ne voient dans les rapports de parenté et (ou)
** voisinage de nombreuses sociétés primitives que des éléments de super-
«hucture de ces sociétés en relation de correspondance plus ou moins externe

(1) Karl Marx. L e C ap ital- ^14? ^ ^ «Représentons-nous une réunion d’hommes libres
,
(2) Cf. L e C a p it a l de production communs et dépensant, d'après un plan concerté,
travaillant avec dos n*oye^ jiv id u e lle s comme u n e s eu le e t m êm e fo r c e de travail social ».
bars nombreuses forces
104 “ m ù c e codeur

avec leur infrastructure économ ique. Le travail comme activité rimnU 1


et seulement, économique, comme l ’a parfaitement reconnu Marx
pas au sein des modes de production les plus anciens. Les rapports de parS*
tout en assumant des fonctions politiques d’autorité au sein des communal
des fonctions idéologiques aussi bien celle de l ’éducation et de la tra^
mission des traditions et des valeurs que celle, religieuse, de culte d
ancêtres, fonctionnent également comme éléments des rapports de production
donc comme éléments de l ’infrastructure. Les rapports de parenté sont donc
plurifonctionnels, pluridéterminés et c’est cette pluralité qui leur confère
le rôle dominant dans la vie sociale. En même temps il y a unité interne de
cette pluralité des fonctions, fusion intim e sans cependant confusion.
On mesure de suite l ’échec de toute théorie des rapports infrastructures-
superstructures qui ne prendrait pas au sérieux la tâche de reconnaître et
d’ analyser leur union intime et se contenterait de vagues suggestions méta­
phoriques sur les rapports d’un en-dessous à un au-dessus qui deviendraient
rapports de fondation aux constructions qui s’élèvent sur elles pour être
enfin celui de fondement à fondé.
L’examen rapide des deux modes de production dominants ultérieurs,
le M.P.A. et le mode de production colonial, fournit également l’occasion de
quelques remarques théoriques.
Ce qui frappe à propos du mode de production qui sert de base écono­
mique à l ’Etat Inca est qu’il repose sur un régime de corvées impose pat
l’Etat conquérant et que cette fois nous sommes en présence de rapports e
production qui ne relèvent plus d irectem en t d es rapports de parenté ou
voisinage com munautaires. Selon le chroniqueur Cobo « c est seulement a
partir du jour du mariage que les hommes devenaient imposables et prenaient
part aux travaux publics ».
Les anciens rapports de parenté s’étaient donc chargés d une fonction
nouvelle. Selon la belle formule de John Murra : le mariage, de rite e
passage au sein d’une communauté locale s’était transformé en moyen d accès
à un statut nouveau et en symbole de ce statut, celui de sujet corvéable c
l’Etat Inca, donc membre d’une communauté beaucoup plus vaste et d essence
différente de celle des ayllu ou des tribus locales.
Nous sommes là devant une des multiples transformations des anciens
rapports sociaux imposée par l’intégration de force des sociétés indiennes
dans le cadre d’un mode de production nouveau et destinés à le r e p r o d u i r e
de façon automatique. Essayons de définir la nature de ces transformations.
En obligeant les paysans à venir en habits de fête travailler sur les
terres de l’Etat et du Soleil, en leur fournissant la nourriture et la boisson,
les incas utilisaient la forme ancienne de production basée sur les obliga­
tions réciproques des membres des communautés locales, forme et obligations
« connues et comprises de tous » (John Murra, p. 32), poUr organiser des
rapports de production nouveaux fondes sur l ’oppression et la domination 5
car cette £ois les producteurs ont perdu le contrôle de l^nr * • ’
forme de corvée et du produit de çeUe-ci. ae «™va,l depeme . 0»,
Les Incas par ailleurs ont maintenu les cultes «1«.» .
aes divinités locales
105
0 tlt » is m c A s

‘ ■ «,é lui du Dieu Soleil et de son fils, le Grand Inca, en l’honneur

d e v ,,ic ,,t o ffr ir du tr a v a il com m e 1 V x ig e a ie n l d é jà le s


locales traditionnelles.
* d’une façon générale le nouveau mode de production p ren ait appui
¡»rapport8 de production, l’organisation sociale et l’idéologie existants
■i! les bouleverser. Il y a donc là un mécanisme d 9extension de ces rapports
^jelà de leur sphère d’origine, de fonctionnement originaire.
Mai»ce Çoi ^ caractéristique de ce mécanisme, c ’est que le mode de
nroduction maintient activement une partie des anciens rapports communau-
uites, prend appui sur eux et les utilise à son p r o p r e mode de reproduction
I qui par ailleurs entraine la destruction partielle de ces anciens rapports
communautaires.
Donc, dans la pratique économique et politique, le mode de production
asiatique prolonge et contredit les anciens rapports communautaires. Au
niveauidéologique cette déformation intérieure des anciens rapports commu­
nautaires dissimule l’oppression et la domination inhérentes au mode de
production asiatique, puisque les formes idéologiques anciennes utilisées à
de nouve es fins correspondaient à d’anciens rapports de production plus
égalitaires.
Dans la mesure où dominants et dominés partageaient cette même idéo-
ope e a réciprocité politico-économique et des représentations religieuses)
oppression^se ^trouvait dissim ulée aux yeux des uns et des autres donc
parlement justifiée aux yeux des premiers et subie passivement sinon plei­
nement acceptée aux yeux des seconds.
P°nrrait analyser également le mode de production mis en place
**» conquête espagnole et voir que les Indiens n’avaient d’autre choix
* e survivre en éliminant les inégalités sociales qui surgissaient entre
P°uvaie* menacer l ’unité et la solidarité de leurs communautés et
f ne Posaient les éliminer qu’en faisant servir à cette fin les institu­
ons municipales et religieuses que les Espagnols avaient introduites de force
le fonctionnement de leurs communautés. Ainsi se mit en place cette
-nomie de prestige et de compétition pour « los cargos » qui était tolérée
P*r les dominants espagnols parce qu’elle se trouvait d’avance justifiée par
ear propre idéologie politique et catholique et qu’elle justifiait en même
temP* cette dernière. L’exploitation des Indiens en effet n’avait officiellem ent
justification aux yeux des Espagnols que par leur devoir de les christianiser
dabord et de les civiliser ensuite 3.

(3) Même La» Casas, farouche adversaire de l ’encomienda et défenseur pathétique des
Indiens asservis réaffirmait sans cesse, contre ses adversaires, partisans de la mise en
**lavage et même du massacre des indiens, que l’évangél.saüon devmt précéder 1 assu-
Y . . i l . a, , I onique justification de la souveraineté du roi d Espagne sur les
issement et qu elle et j e passage qu’il convient d’emprunter pour pénétrer
“des : « Vola, Seigne » . reconnaissent d’abord notre Dieu pour leur Dieu en recevant
j^ 8 paya : <Ine p gouverain. Car la cause finale, le fondement total de l ’interven-
** foi, et puis le y0* pOIires pays, comme roi de Castille, et des titres qu’elle a pur eux ne
tion de Sa Majesté .»on de la foi ». Lettre & un personnage de la cour, 15 octobre
*°nt autres que 1* pr* .-
1535, BAE T . H<>* p +
106 M AURICE GODEü Eh

Les remarques théoriques qui précèdent n ’avaient pour but que d’ill^18-
trer ce que nous entendions par « définir une formation économique et
sociale » et de laisser entrevoir par quelques esquisses les démarches qui
permettraient de produire une définition syn thétiqu e de la nature exacte de
la diversité et de l ’unité spécifique des rapports économiques et sociaux qui
caractérisent une société concrète à une époque déterminée. Il va sans dite
que produire cette connaissance synthétique n ’est autre que développer
l ’histoire et l ’anthropologie comme domaines complémentaires du matéria­
lisme historique 4.

(4) Nos références aux Incas proviennent, pour l ’essentiel do l'œ uvre excoptionncU* ^
VV0 &VAv& VilVvO aU A &ÜVUD V V rn VVwVMwAVt u v M. W l t T f v V A V V | l**v U **w"

Professeur John Murra : « The Economie Organization of the Inca State » , thèse inédits
soutenue en 1956 devant l'Université de Chicago et dont l'auteur a bien voulu nous confia
un microfilm. Que Tou nous permette de lu i exprimer ici notre vive reconnaissance.