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Afdi Bénin/Togo – Note Droit des Coopératives / OHADA - Jan2013

NOTE SUR L'ACTE UNIFORME OHADA


RELATIF AU DROIT DES SOCIETES
COOPERATIVES

D. Caron, chargée de mission Afdi Bénin/Togo


Janvier 2013

Introduction

L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) a été créée en
1993 avec un champ de compétence exclusivement juridique. Il s’agit d’une organisation
d’intégration et de normalisation juridique, à statut de droit international public, ouverte à
l’adhésion libre de tous les pays membres de l’Union Africaine, quel que soit leur langue
officielle. Son siège est à Yaoundé et elle compte aujourd'hui 17 pays membres dont le
Bénin et le Togo1.Depuis sa création, l'OHADA a produit 8 actes uniformes qui priment sur
les législations nationales et annulent toutes dispositions antérieures. C'est dans ce contexte
qu'un nouvel acte uniforme relatif au droit des sociétés coopératives est entré en vigueur en
mai 2011 (paru en février 2011). Or, les coopératives déjà existantes dans l'espace OHADA
"sont tenues de mettre leurs statuts en harmonie avec les dispositions de l'Acte Uniforme
dans un délai de deux ans à compter de son entrée en vigueur" soit au plus tard en mai
2013.

C'est dans ce cadre et suite aux sollicitations de ses organisations de producteurs (OP)
partenaires, qu'Afdi a rédigé cette note avec un regard profane, non spécialiste des
questions juridiques, mais s'appuyant sur les informations transmises par l'Université
Africaine de Développement Coopératif en décembre 2011 lors d'une journée de formation
au Bénin, sur des analyses produites par des universitaires (Cf. bibliographie à la fin de la
note) et sur la lecture approfondie des textes nationaux et de l'Acte Uniforme.
Après avoir rappelé les spécificités des statuts juridiques associatif, coopératif et de société
commerciale, cette note présente brièvement l'Acte Uniforme (AU) et ses conditions
d'applications. Ensuite, les différences notables entre les législations nationales en vigueur et
l'Acte Uniforme sont précisées.
Ceci dit, les informations de cette note sont d'ordre général, et il est souhaitable que les OP
prennent conseil auprès d'un expert pour confirmer et préciser ces informations, notamment
lors de la rédaction de leurs statuts.

Association, coopérative ou société commerciale?

Une association est un groupement d'individus réunis pour développer une activité à but
non lucratif. Elle est régie par la loi 1901, directement inspirée de la loi française, intitulée
ainsi au Togo comme au Bénin. Elle est pertinente si l'OP ne souhaite pas conduire
d'opérations commerciales visant le profit pour ses membres. Par exemple, un orphelinat

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avec le Burkina Faso, le Cameroun, les Comores, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la
Guinée Equatoriale, le Mali, le Niger, la République centrafricaine, le Sénégal, le Tchad et la République Démocratique du
Congo (adhésion en cours)

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associatif peut vendre des légumes de son jardin tant que le bénéfice est utilisé pour
l'orphelinat ou réinvesti dans le jardin et non pour le bénéfice des membres de l'association.
En revanche, une coopérative vise la satisfaction des besoins de ses membres et est à but
lucratif. Elle cherche un profit qui n'est pas individualisé, sinon c'est une société
commerciale2.

Le rappel des principes internationaux des coopératives:


Article 4
La société coopérative est un groupement autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations
et besoins économiques, sociaux et culturels communs, au moyen d'une entreprise dont la propriété et la gestion sont
collectives et où le pouvoir est exercé démocratiquement et selon les principes coopératifs.
La société coopérative peut, en plus de ses coopérateurs qui en sont les principaux usagers, traiter avec des usagers non
coopérateurs dans les limites que fixent les statuts.
Article 5
Les sociétés coopératives exercent leur action dans toutes les branches de l'activité humaine.
Article 6
La société coopérative est constituée et gérée selon les principes coopératifs universellement reconnus, à savoir :
- l’adhésion volontaire et ouverte à tous ;
- le pouvoir démocratique exercé par les coopérateurs ;
- la participation économique des coopérateurs ;
- l’autonomie et l’indépendance ;
- l’éducation, la formation et l’information ;
- la coopération entre organisations à caractère coopératif ;
- l’engagement volontaire envers la communauté.
Toute discrimination fondée sur le sexe ou sur l’appartenance ethnique, religieuse ou politique est interdite.
Extrait de l'Acte Uniforme relatif au droit des sociétés coopératives - OHADA

De plus, voici quelques différences notables entre ces 3 statuts juridiques:

La propriété: une association est une propriété collective qui n'appartient pas forcément aux
usagers (ex un orphelinat bénéficie aux enfants, ici "les usagers", mais appartient à
l'association). Une coopérative est la propriété collective des usagers de la coopérative, les
propriétaires sont aussi les usagers/membres. Enfin, la société commerciale appartient à ses
actionnaires en proportion du capital déposé.

Le pouvoir : dans une coopérative comme dans une association, le pouvoir est exercé
démocratiquement. On considère qu'un membre égal une voix, quelle que soit l'importance
de la participation au capital social dans le cas d'une coopérative. Dans une société
commerciale, les actionnaires détiennent le pouvoir au prorata de leur participation au
capital.

Le bénéfice: Dans une association, les excédents si existants3, ne peuvent être redistribués,
ils doivent être réinvestis dans la poursuite de l'objectif social. Dans une coopérative, les
excédents, si disponibles, peuvent être redistribués en fonction de la participation des
coopérants (par exemple des ristournes sur la vente groupée). Une société commerciale
partage les bénéfices entre les actionnaires une fois toutes les charges payées.
Par exemple, les éventuels excédents de vente groupée d'une association ne peuvent pas
être redistribués aux membres et doivent être uniquement réinvestis dans l'objet social de
l'organisation.

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De plus, une société commerciale exige un capital social fixe alors qu'une coopérative peut avoir un capital social variable.
3
Une association peut mener une activité commerciale mais les ventes doivent se faire au prix coutant seulement.

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Fiscalité : les associations et coopératives sont exonérées fiscalement afin de promouvoir


leur développement. Ce n'est pas le cas des sociétés commerciales.

Finalement, pour les OP de l'espace OHADA, il existe deux types de statut juridique
appropriés4, (en dehors des GIE relativement marginaux et pour lequel nous n'avons pas
recherché de précisions):
- Le statut de société coopérative dont l'AU a défini deux formes possibles: la
coopérative à conseil d'administration et la coopérative simplifiée.
- Le statut d'association telle que connue aujourd'hui;
Pour les OP au statut coopératif selon leur législation nationale, il est nécessaire de se
mettre en conformité avec l'AU avant mai 2013.
Au Bénin, il s'agit des OP qui sont régies par l’Ordonnance Nº 59/PR/MDRC du 28 décembre
1966 et son Décret d’application Nº 516/PR/MDRC du 28 décembre 1966 qui possède le
statut de Coopérative.
Au Togo, les OP sous statut coopératif sont régies par l'Ordonnance N°13 du 12 avril 1967
relative au statut de la coopération au Togo et son décret N°71-167 du 3 septembre 1971
portant application de ce qui a trait à la coopération agricole.

Dans les deux pays, les OP au statut associatif ne sont pas concernées par la mise en
conformité et peuvent donc conserver leur statut associatif tant qu'elles n'envisagent
pas d'activité à but lucratif.

L'Acte Uniforme et son application

L'AU sur les sociétés coopératives comprend 397 articles et est subdivisé en quatre parties :
- Dispositions générales sur la société coopérative: constitution, fonctionnement,
transformation, fusion, scission, dissolution, liquidation et nullité de la coopérative;
- Dispositions particulières aux différentes catégories de sociétés coopératives, à savoir la
société coopérative simplifiée et la société coopérative avec conseil d’administration;
- Dispositions pénales ;
- Dispositions diverses, transitoires et finales.

L’AU se substitue juridiquement aux ordonnances et décrets qui encadraient les OP au


Bénin et au Togo. Suite à sa publication dans le journal officiel de l'OHADA (publication
datant de février 2011), chaque Etat membre doit publier cet acte sur le journal officiel
national ou par tout autre moyen approprié (article 397 de l'AU). A l'heure de la rédaction de
cette note, la diffusion a effectivement été réalisée au Togo mais a priori pas encore au
Bénin.

L’article 396 de l'AU précise que sont abrogées, toutes dispositions légales contraires aux
dispositions du présent Acte uniforme, sous réserve de leur application transitoire pendant
une période de deux ans à compter de la date d’entrée en vigueur du présent AU, aux
sociétés coopératives, leurs unions, fédérations, confédérations et réseaux n’ayant pas
procédé à la mise en harmonie de leurs statuts avec les dispositions du présent Acte
uniforme.

4 en dehors des Groupements d'Intérêt Economique GIE relativement marginaux dans les 2 pays qui nous concernent et pour
lequel nous invitons le lecteur intéressé à faire des recherches complémentaires.

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Le Togo a déjà entrepris depuis novembre 2010 la révision de son ordonnance N°13 de
1967 avec un atelier national en mai 2011. Pour le Bénin, nous n'avons pas connaissance
d'un travail similaire à l'heure de finaliser cette note.

Les différences majeures avec les législations nationales

En comparant les législations nationales et le texte de l'AU, il ressort que ce dernier laisse
une grande liberté aux statuts. Désormais, c’est aux statuts qu’il revient de fixer la durée du
mandat des dirigeants sociaux et les modalités des élections, de déterminer le taux de
rendement des parts sociales, d’indiquer le montant de leur remboursement à l’occasion de
la sortie de coopérateurs, de préciser le nombre maximal de parts sociales que peut détenir
un seul associé coopérateur… En effet, il semble que si l’AU ne définit que des règles
générales, c’est pour laisser implicitement compétence aux autorités nationales de fixer les
règles spéciales. Avec cet AU, il semble donc que l'OHADA joue plus la carte de
l'Harmonisation que de l'Uniformisation du droit (la volonté d’établir un droit uniforme
applicable dans tous ses Etats membres) (Tadjudje, 2011).

Ceci dit, il est important de noter quelques différences majeures avec les textes en vigueur
dans les 2 pays:
 Définition de deux types de coopératives :
1. la Société Coopérative à Conseil d'Administration (COOP-CA) avec 15 membres et
plus, personnes morales5et/ou physiques, nécessitant un conseil d'administration
(CA) de 3 à 12 personnes;
2. la Société Coopérative Simplifiée (SCOOPS) avec un nombre minimal de 5
membres, personnes morales et/ou physiques. Elle est dirigée par un comité de
gestion composé de 3 membres au plus.

 Immatriculation simplifiée des coopératives au Registre des Sociétés Coopératives. Ce


registre des sociétés coopératives est tenu par "l’autorité administrative… organe
déconcentré ou décentralisé de l'autorité nationale chargée de l'administration territoriale
ou l'autorité compétente" (article 69 à 73 de l'Acte Uniforme). L’immatriculation de la
coopérative se fera donc à la préfecture ou à la mairie6 dans le laquelle se trouve le
siège de la société coopérative. Cette immatriculation décentralisée présente deux
intérêts majeurs :
1) l'obtention d'un agrément du comité national n'est plus obligatoire. Désormais, les
futurs coopérateurs pourront constituer leur coopérative sans avoir à solliciter un
agrément du ministère chargé de l’Agriculture;
2) l'immatriculation sera ainsi plus aisée que celle des sociétés commerciales et du
groupement d’intérêt économique car, en l’état de l’organisation judiciaire du Bénin
ou du Togo, l'autorité administrative est normalement géographiquement plus proche
des citoyens que le tribunal et son greffe.

5
Une personne morale est un groupement d'individus auquel la loi reconnaît une personnalité juridique distincte de celle de ses
membres, par exemple : une association, une coopérative, une société… pourvu qu'elles soient légalement enregistrées.
6
L'Etat Béninois doit définir à quel niveau doit se tenir le registre. Cette décision n'est pas encore connue à la date de rédaction
de cette note.

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 Le non cumul des mandats de responsables : selon l'article 300 "une personne
physique, administrateur en son nom propre (ou représentant permanent d'une
personne morale administrateur), ne peut appartenir simultanément à plus d'un CA
de société coopérative avec CA ayant leur siège sur le territoire d'un même Etat".
C’est-à-dire qu'un administrateur d'une coopérative de base (sous forme COOP-CA) ne
peut pas intégrer le CA d'une union ou d'une fédération. Or parmi les OP de nombreux
responsables élus de groupements de base sont également élus au niveau des régions
ou des faitières nationales. Un président ne peut avoir cette fonction que pour une seule
coopérative quelle que soit sa forme, SCOOPS ou COOP-CA, sur le territoire national
(article 326).

Au Togo, la procédure d'immatriculation a été quelque peu adaptée7: les coopératives


devant, préalablement à leur immatriculation, obtenir une attestation de suivi technique de
l'ICAT ou d'une ONG agréée qui aura réalisé une étude préalable. Ensuite, le suivi du
registre des Sociétés coopératives sera assuré par le MAEP et ses organes déconcentrés.
Au Bénin, l'autorité administrative chargée de la tenue du dit registre n'a pas encore été
définie (ou l'information n'a pas encore été diffusée).

La question du capital social

Chaque coopérateur doit faire un apport à la société coopérative:


- En argent, on parle d'apport en numéraire;
- Ou, en droits portant sur des biens en nature, mobiliers ou immobiliers, corporels ou
incorporels, c'est l'apport en nature;
- Ou, en main d'œuvre ou savoir-faire, il s'agit alors de l'apport en industrie.

Ces apports sont présentés à la coopérative qui remet des titres sociaux aux coopérateurs
(équivalent de leur apport). Ces titres sociaux sont appelés "parts sociales". Ces parts
sociales sont en quelque sorte mis à la disposition de la coopérative par le membre, mais
elles lui seront remboursées si le membre souhaite se retirer de la coopérative (droit au
remboursement).
 Il faut noter que seul le coopérant ayant fait un apport en numéraire a le droit de vote.

Le total des parts sociales constitue le capital social de la coopérative. Le montant du capital
social à réunir pour l'une ou l'autre des formes de coopératives, simplifiée ou à conseil
d'administration, n'est pas défini par l'AU de l'OHADA qui laisse les coopérateurs définir le
montant de ce capital dans les statuts (article 53). Ceci dit au Togo, le MAEP a complété le
texte en mettant en place les dispositions suivantes: les SCOOPS doivent réunir un capital
social compris entre 1 millions et 4 999 999 FCFA et les COOP-CA un capital social de 5
millions FCFA et plus.

En plus des apports à la société coopérative, les statuts peuvent prévoir des frais d'adhésion
avec la durée du contrat d'adhésion. Les frais d'adhésion sont perçus pour couvrir des frais
de gestion/démarches administratives et ne sont pas remboursables.

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D'après le "Guide de vulgarisation des canevas de nouveaux textes et dispositions sur les Sociétés Coopératives Agricoles au
Togo"

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Sources

Toutes les sources citées ci-dessous sont disponibles auprès de D. Caron, chargée de
mission Afdi (afdibenintogo@afdi-opa.org):

 Hiez D. &Tadjudje W., "Documents d'aide à la rédaction des statuts" pour SCOOPS et
COOPCA, 2012

 Hiez D. &Tadjudje W., "Analyse des différences entre la SCOPS et la SCOPA", 2012

 Hiez D. &Tadjudje W., "présentation du nouveau droit coopératif OHADA", 2012

 MAEP Togo, "Guide de vulgarisation des canevas de nouveaux textes et dispositions sur
les Sociétés Coopératives Agricoles au Togo", 2011

 OHADA "Acte uniforme relatif au droit des sociétés coopératives" adopté le 15/12/2010 à
Lomé, publié le 15/02/2011 au journal officiel.

 http://www.recma.org/node/1289 article de Willy Tadjudje, doctorant, université du


Luxembourg, Mai 2011.

 http://www.reca-niger.org/spip.php?article409 , prise de position sur ce sujet par la


plateforme nationale des OP du Niger, décembre 2011