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La critique nietzschéene du <<désintéressement>>, placée sous les auspices de Stendhal et de

Pygmalion

1. Kant: pour quoi le beau plait sans interet

On va commencer en faisant une petite revision des principales idées kantiens concernantes au
jugement esthétique. Dans l'Analytique du beau Kant donne les principales caracteristiques du
jugement du gout, savoir:

-Il s'agit d'un jugement reflechissant et non pas téléologique, c'est-à-dire, il est subjectif et ne
designe rien qui apartienne a l'objet, mais le sentiment de plaisir ou de déplaisir (sentiment vital)
que le sujet éprouve lorsqu'il se répresente l'objet.

-Il est desinteressé, dans le sens de que l'existence de l'objet est indifferente, la seule chose relevante
c'est la représentation que le sujet a de l'objet.

-Le beau se difference de l'agréable (satisfaction pathologiquement conditionnée) et du bon


(satisfaction pratique), precisement parce que ces derniers sont toujours interessés, c'est-á-dire,
relatifs a l'existence de l'objet. Par contre, le jugement du gout est contemplatif et il est libre de
toute sorte de besoins.

-Lorsque le beau n'est pas objet du jugement téléologique, il ne peut pas etre representé par
concepts.

-Tandis que l'agréable est un sentiment entiérement privé, le sentiment du beau a une pretention
d'universalité. Le bien a aussi cette prétention, mais il peut la satisfaire grace á que, au contraire que
le beau, il est representé par concepts.

-Cette validité universelle n'est pas objective mais subjective (n'est pas objet de conaissance, parce
que le sentiment esthétique eprouvé est toujours singulier).

-C'est le libre jeu de l'imagination et de l'entendement, qui se rammene a un état particulier de l'ame
-la harmonie-, ce qui permet la comunicabilité universelle du jugement du gout. Le mode de
representation a valeur par tous. Il est une condition anterieur au sentiment de satisfaction.

-C'est la forme du jugement du gout -sa finalité sans fin-, et non pas les émotions eprouvées, qui fait
que le sentiment du beau soit valide universelement. Ça c'est la cause pour laquelle le beau plait
sans interet.

2. Schopenhauer: un intermediaire entre Kant et Nietzsche

Schopenhauer interprète le noumène kantien comme volonté, et le phénomène comme


représentation. Chez ce philosophe, ce que les choses sont en soi, son essence, n'est pas
incognoscible, comme chez Kant: la realité la plus profonde du monde c'est d'etre volonté. Qu'est-ce
que “volonté” veut dire? Avec cet mot, Schopenhauer designe une puissance, un désir aveugle qui
n'a pas du sens ni finalité. La volonté est une sorte de force cosmique qui se manifeste dans la
nature comme le désir que chaque individu animal a de survivre et d'avoir descendence. C'est un
antecedent de l'inconscient freudien, et, il faut le dire, de la volonté de puissance chez Nietzsche
-mais, dans ce dernier cas, elle perde son status ontologique pour devenir seulement apparence-.
Selon Schopenhauer, la vie individuelle n'est qu'un phénomène, une illusion que la volonté fait
apparaitre dans chaque etre vivant. Lorsque les individus ne sont qu'objetivations de la volonté, son
essence est un désir continu de satisfaire certaines besoins. Cette chaine de besoins fait que la vie ne
soit qu'une recherche sans fin, qui se manifeste dans la plupart des etres vivants comme souffrance,
et dans les plus intelligents comme une mélange de souffrance et ennui. Selon Schopenhauer, la vie
n'a pas aucun sens, le monde est une vallée de larmes et il vaut mieux de ne pas etre nés.
Quel role joue la contemplation esthétique chez Schopenhauer? Il prends de Kant le concept de
désintéressement, mais il fait une interpretation assez personelle. Comme on a déjá vu, une des
conditions necessaires pour que le jugement du gout esthétique soit valide, c'est qu'il soit libre de
toute besoin. Schopenhauer pense que l'absence de besoins dans laquelle on se trouve lorsqu'on est
en train de contempler la nature ou une ouvre d'art sert á atténuer la volonté; la contemplation
esthétique nous permet oublier tous les soucis que notre existence individuelle prend avec elle, et
ainsi echapper pendant quelques instants de la tyrannie du désir, qui est toujours á coté d'une besoin.
Si chez Kant la beauté, avec l'harmonie des dimensions rationnelle et animale de l'homme, rendait
possible une sorte de redention esthétique, chez Schopenhauer cette redention s'opère grace á
l'attenuation de la volonté.

3. Nietzsche: la critique aux ideaux ascetiques

Nietzsche était d'abord très influencé par Schopenhauer -il partageait avec lui la conception plutot
chaotique du monde, qui n'a pas aucun sens et aucune salut au-delá-, mais il devient de plus en plus
son critique. Ce que Nietzsche rejete de lui c'est son nihilisme, l'impossibilité d'accepter le monde
tel qu'il est, et l'ascetisme et compassion qui caracterissent sa morale. Si bien Schopenhauer est le
representant le plus achevé du nihilisme, ça a son origine dans la culture occidentale avec Platon et
le Christianisme, selon Nietzsche.
L'interpretation nietzschéenne de l'histoire de la philosophie considère que la metaphysique
occidentale a toujours essaié de fixer dans unes formes transcendentes -les idées, les categories, le
sujet transcendental...- le changement et devenir continu du monde réel, en creant aussi un autre
monde idéel qui donait a l'homme l'establité dans les champs epistemologique et moral. Dans La
génealogie de la morale, il montre qui sont les sacerdotes qui ont developé une morale de esclaves.
Cette morale, en essayant de privilegier un type de vie (celle des faibles), serait en contre de la
propre vie, c'est-á-dire, des valeurs les plus nobles et generaux qui permettent faire difference entre
les forts, les originaux, ceux qui aiment vraiment la vie et les faibles, ceux qui la refusent.
La critique que Nietzsche fait de l'esthétique kantienne ne peut pas se séparer, á mon avis, de son
critique au nihilisme et ascetisme de la philosophie de Schopenhauer, que Nietzsche étend a Kant.
Pour Schopenhauer, la contemplation esthétique, en atténuant la volonté, fait oublier á le spectateur
son individualité, lui permettant ainsi d'éprouver, au moins pendant quelques instants, une
satisfaction. Le désintéressement chez Schopenhauer se ramène toujours á une négation ascetique
du désir et de l'individualité.
Chez Kant, le désinteressement, si bien coincide avec celui de Schopenhauer dans l'idée d'une
absence de besoins, se ramène a une impersonalité et universalité, ce qui n'est pas exactement la
meme chose que la négation nihiliste de l'individualité, mais une prétension de comunicabilité.
Nietzsche fait attention à cette interpretation non kantienne de Kant, et il critique dans les deux cas
l'idée du desinteressement:

“Et en définitive, ne pourrait-on pas objecter à Schopenhauer lui-meme qu'il a tort de se croire
kantien en cette matière, qu'il n'a pas compris dans un sens kantien la définition kantienne de la
beauté, -qu'a lui aussi la beauté plait par <<intéret>> et meme par l'intéret le plus fort et le plus
personnel: celui du torturé qui se délivre de sa torture?...”. (p. 122).

Nietzsche pense que Kant et Schopenhauer ont pensé le phénomène esthétique seulement du coté du
spectateur, et pas du coté du createur. À son avis, l'activité esthétique ne peut jamais etre
désinteressée, par la simple raison qu'elle est toujours engagée dans la vie de l'artiste, oú il n'y a plus
lieu pour l'impersonalité. Il trouve un example de ça chez Wagner, auquel il critique précisement
pour s'adherir, dans les dernières années de sa vie, a l'ascétisme de Schopenhauer:

“De tout temps, ils [les artistes] ont été les valets d'une morale, d'une philosophie ou d'une religion;
sans parler du fait qu'ils ont été, hélas! Assez souvent les courtisans trop dociles de leurs
admirateurs et de leurs mécènes et les flatteurs opportunistes des puissances anciennes et aussi des
nouvelles venues. Pour le moins, ils ont toujours besoin d'un rempart, d'un appui, d'une autorité
déjà établie: les artistes ne vont jamais leur propre chemin, la route solitaire est contraire à leurs
instincts les plus profonds.” (p. 117).

Comme l'artiste est toujours lié à une morale, il est interessé à l'existence de son ouvre (cas de
Pygmalion). L'impersonalité que Kant essaie d'attribuer à la contemplation esthétique n'est pas
possible, selon Nietzsche, car il y a un perspectivisme radical du coté du createur, qui ne pourra
jamais etre depassé. C'est pourquoi il fait l'appelle des “veritables spectateurs”, comme Stendhal,
pour lesquels le beau n'est pas séparable de l'expérience personelle.
Un cas de veritable spectateur serait peut etre celui de Diderot, pour qui une des fonctionnes
principelles de l'art c'est nourrir notre imagination et notre creativité. Le spectateur est au meme
temps createur -on peu rapeller tout ce qu'il disait sur le tableau La jeune fille qui pleure son oiseau
mort, oú il inventait une petite histoire...-. En somme, le plaisir esthétique ne se trouve pas dans la
réprésentation comme chez Kant, mais dans l'art en soi meme, comme dédoublement de la realité,
comme simulacre, comme jeu createur des illusions.