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Cascarot

Cascarot (Kaskarot en basque) est le nom donné à une communauté d'habitants du Pays basque français et
plus particulièrement à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure.

Sommaire
Étymologie
Origine de la communauté
Descriptions de la communauté
Au XXIe siècle
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Liens externes
Notes et références

Étymologie
1
Ce mot apparaît en 1702 dans les actes de la paroisse de Ciboure . Cette appellation est sujette à des
supputations étymologiques. Plusieurs explications sont possibles. L'une est Nom injurieux attribué à un
2
homme de basse extraction . Une forme moderne moins méprisante qualifie les pratiquants de la danse
basque qui portent des grelots cousus à leurs vêtements. Le mot « grelot » en espagnol, catalan ou basque est
proche de cascarot (Kaskarot(ak) ou Kaskabilo(ak)). Faute de preuves formelles il n'est pas possible de
3, 4
trancher sur le plan étymologique .

Origine de la communauté
Les mêmes familles qualifiées de Cascarot en 1700 étaient précédemment dans les actes de la paroisse
5
qualifiées de « bohèmiens » ou d’« égyptiens » . Selon Philippe Veyrin, les Cascarots sont « issus d'un
4
mélange des cagots avec les Bohémiens […] ».

La présence de cagots, à Ciboure, qui a la communauté reconnue de Cascarots la plus importante, est infime.
Aucun acte de la paroisse ne porte ce qualificatif, alors que le pape Léon X avait imposé aux prêtres de
donner les sacrements aux cagots. L’évêque de Bayonne avait confirmé ce point en 1710 en demandant
6
d'assimiler les cagots aux autres catholiques . Dans relevé communal de cette ville, de 1642 à 1779, on
6
trouve dix sept lépreux ou cagots. Sept sont, de plus, qualifiés de bohémiens et un seul de cascarot .

Ces émigrés expulsés d'Espagne sont souvent qualifiés de Bohémiens (Roms). En fait les gitans , malgré
certaines incivilités, étaient protégés par les papes et les inquisiteurs. Ils ne seront chassés d'Espagne ou
appréhendés qu'en 1749, sous Ferdinand VI, alors que les cascarots sont déjà en France.
Les termes de Cagot et de Bohèmien pour cette communauté sont interdits en 1690 par le diocèse de
Bayonne. Ces populations sont venues d'Espagne et sont recensées à leur arrivée comme étant des
5, 7
Morisques . Ces musulmans convertis par obligation au christianisme ont malgré tout été expulsés
d'Espagne de 1520 à 1614. 40 000 d'entre eux sont entrés au Pays basque français et au Béarn entre 1609 et
8 8, 9
1613 . Ils se sont établis dans cette région et en 1614 ils étaient 4 000 à Saint-Jean-de-Luz .
10
Devant l'incapacité de la régence de Marie de Médicis de les expulser vers des pays musulmans , qui n'en
11
voulaient plus ils se sont installés avec l'aval tacite des gouverneurs locaux (Bayonne, Bordeaux) et
surtout des responsables locaux qui y voyaient une main d'œuvre bon marché ou qualifiée et qui leur font
12
payer des impôts de 1610 à 1700, sous les appellations de Morisques et d'Andalous .

Descriptions de la communauté
13
Dès leur arrivée ils deviennent sédentaires et pratiquent des métiers artisanaux (charpentiers, pêcheurs ,
chaudronniers...) ; certains plus fortunés achètent des bateaux. À leur arrivée, déjà porteurs de patronymes
14
hispaniques, ils prennent des patronymes locaux (basques ou gascons) . Certains venant de la Navarre
espagnole (Tudela) parlent la langue basque. Ces habitants sont décrits: par M.de Malesherbes en 1767
15
comme ne parlant que le basque, n'étant pas des Bohèmiens et de peau noire ; puis par l'adjudant François
16
Lomet en 1802 comme étant des restes des maures expulsés d'Espagne ; et enfin comme ayant le type
17
sémite, andalous, sarrasins et maures par Abel Hugo . Il indique que ces sarrasins sont appelés en basque :
18 12
Cascarotac (en fait forme plurielle Kaskarotak) . Cela sera repris par Michel Francisque en 1847 , puis
régulièrement dans les divers ouvrages sur le Pays basque mystérieux. Serge Lamy dans son Histoire secrète
du Pays basque indique que les Cascarots forment un pourcentage appréciable des habitants d’origine
espagnole et maure.

En 1800 la population de Ciboure était de 1 459 personnes et la communauté de Cascarots de


19 20
50 familles (300 à 500 personnes) . Plus tard, après leur assimilation, de nombreux écrits indiquent qu'il
n'est plus possible de déterminer dans la population un particularisme physique montrant une origine
différente du peuple basque. Aux XVIe et XVIIe siècles ils ont d'abord accepté en Espagne et en France d'être
11
considérés comme des Bohémiens (Gitans) . Ceux-ci sont considérés comme de vrais catholiques et ne
21
subissent pas les tracasseries des Inquisitions ce qui n'est pas le cas des morisques . Selon l'auteur espagnol
22
Manuel Martinez Martinez (gitanos y moriscos) les morisques s'habillaient comme des gitans pour se
protéger. Des lettres saisies par l'Inquisition montrent que cette communauté implantée à Saint-Jean-de-Luz
23
correspond avec ses amis ou parents restés en Espagne . Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, ces Morisques
14
se sont intégrés dans la population basque et gasconne locale .

Selon Wentworth Webster, prêtre anglican, collecteur des contes traditionnels du Pays basque, ce sont les
Cascarots de Ciboure qui ont introduit le fandango en Labourd en l'empruntant aux Basques espagnols vers
24
1870 . De même la danse appelée moresque aurait été apportée, bien avant au XVIe siècle, par les
25
Cascarots . Les danseurs qui portent des grelots ont perpétré cette danse jusqu'à nos jours, au cours des
pastorales.

Au XXIe siècle
Avec l'évolution, le mot Cascarot n'est usité que pour des danseurs basques avec ou sans grelots, en
revanche Cascarotte reste le qualificatif d'une femme de pêcheur de Ciboure, avec un sous-entendu
désobligeant.

Voir aussi
Bibliographie

: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Yvette Cardaillac-Hermosilla, Les minorités religieuses du Pays basque d'après les


documents de Pierre Haristoy, Saint Sébastien (Espagne), Eusko Ikasuntza,
coll. « Lankidetzan », 2005 (ISBN 84-8419-892-8, lire en ligne (http://www.euskomedia.org/PDFAnlt/lankidet
zan/32/32119135.pdf))
Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'ancien régime : histoire de la formation de la
population française, t. I, Paris, E. Champion, 1919-1921, 439 p. (notice BnF
no FRBNF34018462 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34018462q.public), lire en ligne (https://gallica.bnf.fr/ar
k:/12148/bpt6k81651d))
Jacques Ospital, Kaskarotak : les kaskarots, une population singulière du Pays basque,
Ciboure, Arteaz, 2013, 79 p. (ISBN 979-10-90257-06-1, notice BnF
no FRBNF43604736 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43604736t.public))
J.H Probst-Biraben, professeur à l' Université de Constantine, Cagots des Pyrénées et
Mudejares d'Espagne : Revue du folklore français tome 3, 1932 (lire en ligne (https://gallica.bnf.fr/ar
k:/12148/bpt6k58326666/f60.image.r=%22cagots%20des%20Pyr%C3%A9n%C3%A9es%20et%20Mudejares%20
d'espagne%20%22))
Jacques Sales, Étude sur les Cascarots de Ciboure : l'origine, l'exode de leurs ancêtres,
l'implantation, l'intégration, du XVIe au XVIIIe siècle., Orthez, ICN, 2016, 62 p.
(ISBN 978-2-35519-404-7, notice BnF
no FRBNF44501399 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb44501399v.public))
Philippe Veyrin, Les Basques : de Labourd, de Soule et de Basse-Navarre, leur histoire et
leurs traditions, Grenoble, Arthaud, 1975 (1re éd. 1947), 366 p. (ISBN 2-7003-0038-6, notice BnF
no FRBNF34554156 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34554156p.public))

Articles connexes
Cagot

Liens externes
« Notice Rameau du mot 'Cagot' pointant sur 'Cascarots', 'Cascarrot(e)s' et 'Kaskarots' » (htt
p://catalogue.bnf.fr/liste-de-notices.do?typeNoticesPdf=1&formatNoticesPdf=1&pageRechNo
tice=rat) [PDF], sur un site de la BNF (consulté le 8 février 2016) : « Nom donné, dans l'ancienne
France, à des populations réprouvées dont l'origine reste controversée ».

Notes et références
1. Archives du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 10 décembre 1707 et du
12 mai 1709.
2. Dictionnaire Duhamel, 1808.
3. Jacques Sales. ICN Orthez, Étude sur les Cascarots de Ciboure du XVIe au XVIIIe siècle (2016),
Ciboure, Jacques Sales, 2016, 62 p. (ISBN 978-2-35519-404-7, notice BnF
no FRBNF44501399 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb44501399v.public)).
4. Veyrin 1975, p. 72.
5. Actes de la paroisse Saint-Vincent de Ciboure aux archives de Pau, 1700 à 1750.
6. H.-Marcel Fay, Histoire de la lèpre en France : Lépreux et cagots du Sud-Ouest, notes
historiques, médicales, philologiques, suivies de documents, Paris, H. Champion, 1910, 784 p.
(notice BnF no FRBNF30423452 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30423452j.public), lire
en ligne (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57243705.r=histoire%20de%20la%20l%C3%A8p
re%20en%20france)), p. 202.
7. Juan de Huarte, Histoire de Roncevalles, 1625.
8. Henry Lapeyre, Géographie de l'Espagne morisque, Paris, SEVPEN, coll. « Démographie et
sociétés », 1959, 304 p. (notice BnF
no FRBNF37363540 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37363540f.public)).
9. (es) Bonifacio de Echegaray, « Se establecieron los moriscos en el Pais Vasco de Francia »,
Bulletin hispanique, 1945.
10. Jean de Caumont La Force, Mémoires authentiques de Jacques-Nompar de Caumont, duc de
La Force,... et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de
documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III, Henri IV,
Catherine de Bourbon,... et autres personnages marquants, depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à
la Fronde, pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France, Paris,
Charpentier, 1843 (1re éd. 1615) (notice BnF
no FRBNF30716642 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30716642t.public), lire en ligne (http
s://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k853017n.r=M%C3%A9moires%20authentiques%20de%20Jac
ques-Nompar%20de%20Caumont%2C%20duc%20de%20La%20Force)).
11. Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'ancien régime : histoire de la formation de la
population française, t. I, Paris, E. Champion, 1919-1921, 439 p. (notice BnF
no FRBNF34018462 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34018462q.public)).
12. Archives des impôts de la ville de Biarritz. Information reprise par Michel Francisque, Histoire
des races maudites de la France et de l'Espagne, t. 3, Paris, A. Franck, 1847 (notice BnF
no FRBNF30941985 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30941985p.public), lire en ligne (htt
p://morisquesenfrance17e.monsite-orange.fr/chap5/index.html#deb3)).
13. Veyrin 1975, p. 44.
14. Yvette Cardaillac-Hermosilla, « Les minorités religieuses au Pays basque » (http://www.eusko
media.org/PDFAnlt/lankidetzan/32/32119135.pdf) [PDF], sur Euskomedia.org, 2005 (consulté le
4 février 2016).
15. Pierre Turco-Chala, Voyages de M.de Malesherbes dans le Sud-Ouest, Pau, Cairn, 2013,
214 p. (ISBN 978-2-35068-291-4), p. 88_90
16. Adjudant Ingénieur François Lomet, Notice sur les Cagots dits Bohèmiens des Basses-
Pyrénées. 1802, Bayonne, Bulletin du Musée Basque, 1934, 26-37 p., p. 26
17. Le frère de Victor Hugo était en garnison au Pays basque en 1813. Puis en 1823 lors de
l'expédition d'Espagne. France Pittoresque, tome 3, 1835 (google books).
18. Michel Francisque, « Histoire des races maudites » (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10921
91/f72.image.r=cascarotac), sur gallica (consulté le 7 février 2016).
19. Joseph Nogaret, Saint-Jean-de-Luz des origines à nos jours, Bayonne, Imprimerie du Courrier,
1925, 200 p. (notice BnF
no FRBNF31022516 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb310225165.public)).
20. Recensement de 1800 de la démographie de Ciboure.
21. Mme Garcia-Arenal, Mélanges de la Casa de Velazquez, t. XIV, Madrid, Casa Velaquez, 1978
(lire en ligne (https://www.casadevelazquez.org/publications/librairie-en-ligne/livre/melanges-de
-la-casa-de-velazquez-14/#gbooksprev)).
22. Nathalie Manrique, Des patronymes devenus gitans, pdf (lire en ligne (http://nathaliemanrique.
hautetfort.com/media/02/00/3724780840.pdf) [PDF]), note 11, page 4.
23. Los moriscos de Castilla la vieja Serafio de Tapia (2005) d'après les archives de Simencas
AHN 3205 (site bibliothèque virtuelle Cervantes).
24. Veyrin 1975, p. 281.
25. « La moresque » (https://archive.org/stream/bulletinsoci191719sociuoft/bulletinsoci191719soci
uoft_djvu.txt), sur un site de la Société des sciences et lettres de Bayonne (consulté le
8 février 2016). Ce texte cite, page 42 un extrait de l'Album pyrénéen de 1841 de Jean-Pierre
Duvoisin.

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