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Université des Lettres et Sciences Humaines

de Bamako

COURS DE
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE

Mahamadou Talata MAÏGA


Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation
Chargé de cours au département de psychologie
COURS DE PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE – DEUG 1 — SA
Objectifs généraux

Initier les étudiants à la démarche psychologique

Objectifs spécifiques
 Définir la psychologie.
 Déterminer les différentes écoles de psychologie.
 Déterminer les différentes branches de la psychologie.
 Déterminer les contributions de la psychologie sur l’éducation.
 Déterminer les grandes fonctions psychologiques

Chapitre I — Introduction à la psychologie

I- L’objet de la psychologie
II- Histoire de la psychologie
III- Les écoles de la psychologie

1. Le structuralisme :
2. Le fonctionnalisme
3. Le behaviorisme
4. La psychologie de la forme (gestalt)
5. La psychanalyse

IV- Les méthodes en psychologie


1. La méthode scientifique
2. Les méthodes propres à la psychologie
 L’introspection
 La méthode expérimentale
 La méthode clinique
 La méthode d’observation naturelle

CHAPITRE II : Les fonctions psychologiques

I. La perception et les sensations


II. L'attention
III. La mémoire
IV. Les émotions
V. L’intelligence
VI. L’imagination

CHAPITRE III : Le processus d’acquisition (apprentissage)


 Types d’apprentissage
 Réflexes conditionnés
 Loi de l’apprentissage
 Étapes

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Chapitre I — Introduction à la psychologie
I- Objet de la psychologie

On s’intéresse tous aux comportements des autres. Non seulement on veut savoir ce
qu’ils font, mais pourquoi le font-ils.
- Pourquoi certains poursuivent-ils leurs objectifs en dépit d’immenses
difficultés alors que d’autres y renoncent ?
- Pourquoi certains souffrent-ils de troubles de l’alimentation, parfois au
point, littéralement, de se laisser mourir de faim ?
- Pourquoi certaines personnes ont-elles de la difficulté à s’affirmer devant
leur patron ?
On a souvent des réponses à ces questions, mais elles paraissent le plus souvent
imprécises et désorganisées. La psychologie tente de répondre de façon rigoureuse
à ces questions.

Étymologiquement, le mot psychologie dérive du latin, psychologia terme lui-même


formé à partir du grec ancien psukhē (le souffle, l'esprit, l'âme) et logia (la science,
l'étude, la recherche). Ce qui veut dire « science » de « l’âme », en grec.

« Âme1 » est un mot qui n’a pas cours en psychologie. Nous pouvons alors dire
connaissance du « psychisme », ou science de « l’esprit », ou de la « pensée », ou
du « mental », ou du « comportement », etc. Cela donne autant de pistes
différentes. L'objet d'étude de la psychologie est un débat non clos depuis des
siècles. En effet, selon les auteurs, la psychologie s'est trouvée centrée sur des
objets très différents, sans qu'il soit encore possible aujourd'hui de décider quelle est
la théorie unitaire qui serait largement acceptée.

Dans un sens plus général, le terme psychologie désigne aussi la connaissance


empirique ou intuitive des sentiments, des idées, des comportements chez autrui
ainsi que l'ensemble des manières de penser, de sentir, d'agir qui caractérisent un
individu ou un groupe. Il faut différencier la psychologie scientifique (utiliser des
méthodes, des théories) de la psychologie intuitive (pratiquée par tout un chacun
dans la vie de tous les jours).

Il y a toujours une controverse sur la signification de mots comme « psychologie »


et encore plus lorsque nous faisons face aux problèmes de l’esprit humain,
notamment au processus qui prend place à l’intérieur de l’esprit. Nous constatons
que les êtres humains s’engagent volontairement dans bon nombre d’activités, du
matin au soir, et l’interaction avec l’environnement est inévitable. Cette interaction,
combinée avec les influences environnementales, nous fait parfois penser à la
psychologie comme étant une discipline qui étudie la conscience ou le vécu
immédiat. Encore une fois, cela peut être limité et sujet au rejet puisque cela ne
représente qu’une infime partie de l’être humain.

« La psychologie a pour objectif l'investigation du psychisme en termes de


structure et de fonctionnement. Elle cherche à clarifier, expliquer, décrire,
1
Ce concept nous renvoie au mythe de Psyché et d’Éros

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interpréter et évaluer les faits concernant le comportement humain et les
processus mentaux dans leur ensemble, afin de déterminer ce qui maîtrise
leurs apparitions. »

Exemples de comportements et processus mentaux.


- Ce matin vous avez serré dans vos bras des amis que vous n’aviez pas revus
depuis longtemps.
- Vous essayez de vous rappeler du nom de la personne qui est assise à côté
de vous et qui était à la même école fondamentale que vous.
- La nuit dernière, vous avez rêvé que vous arriviez en retard à votre cours et
que vous n’arriviez pas à trouver votre salle de classe.
- Vous vous dites que le cours vous apparaît très intéressant.
- Vous vous en voulez de vous être emporté contre votre copain (copine)

Elle vise2 à :
- Évaluation et description du comportement ;
- Compréhension et explication du comportement ;
- Amélioration du comportement et de la conduite de la société.

Divisée en de nombreuses branches d’étude aussi bien théorique que pratique, la


psychologie possède des applications thérapeutiques, sociales, et parfois politiques
ou théologiques.

De nos jours, la psychologie est considérée comme un champ d’études scientifiques


puisqu’elle utilise des méthodes, du matériel, des approches et des principes, tout
comme d’autres sciences pour conduire des expériences et en arriver à des faits
et/ou des solutions scientifiquement valides, fiables et vérifiables relativement aux
problèmes humains.

II- Histoire de la psychologie

L'histoire de la psychologie remonte à l'Antiquité dans la mesure où des premières


traces d'une réflexion sur les phénomènes mentaux et le comportement ont été
retrouvées dans des écrits datant de l'Égypte ancienne. De cette époque, en passant
par la Grèce antique et les mondes chinois, indien et arabo-musulman jusque dans
les années 1870, la psychologie était essentiellement considérée comme une
branche de la philosophie et son histoire s'inscrit donc dans l'histoire de cette
dernière.

2.1. Les précurseurs

Bien avant les travaux précurseurs de Platon (-427, -348) et d’Aristote (-384, -322)
en psychologie, les hommes se sont intéressés à la perception, aux sensations, aux
émotions, aux sentiments et à la pensée. Les traces s’en trouvent dans l’Iliade et
l’Odyssée, dans les mythologies de tous les peuples ou dans les livres sacrés. Pour
Pythagore (500 avant J.-C.), le cerveau est le siège de l’intelligence et de la folie.

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Platon décrit une hiérarchisation du psychisme : l’âme supérieure (courage,
ambition) localisée dans le cœur, l’âme inférieure nutritive dans le foie. Dans le
Phédon, il sépare l’âme immatérielle, donc la pensée, du corps matériel et considère
que l’âme pilote le corps. Ce dualisme idéaliste laissera des traces profondes jusque
dans les divers courants de la psychologie du XXe siècle.

Pour Aristote, l’âme n’est pas le pilote du corps contrairement à Platon. Il pose la
question : « Comment les Idées, qui sont la substance des choses, seraient-
elles séparées des choses ? »

Aristote introduit dans son Traité de l’âme une tripartition de l’âme, avec une
perspective gradualiste3 : végétative, sensitive et cognitive, qui reproduit la
partition des êtres vivants en végétaux, animaux et homme. (Les médecins
parlent traditionnellement d’un « état végétatif ».) Il s’intéresse aux facultés de
l’âme (la mémoire, le jugement, etc.) et s’interroge sur ce qui dans l’âme connaît et
pense : c’est que nous appelons aujourd’hui « représentation mentale ».

Ainsi en s’interrogeant sur les rapports entre corps et perception, corps et pensée,
pensée et sujet, Aristote ouvre un débat, repris au fil des siècles, pour savoir si
« l’intellect agent » et « l’intellect matériel » sont uniques et éternels (divins) ou si
l’âme et l’intellect sont séparés. Sa réponse est que l'âme est au corps comme la
forme est à la matière (distincte et inséparable).

L'autre versant de la science antique est celui des observations et des expériences
des médecins. La pensée médicale naît avec Empédocle (484-424 avant J.-C.) en
Sicile avec sa théorie des qualités et des quatre éléments (terre, eau, air, feu)
dans ses rapports avec les quatre humeurs nécessaires au bien-être : sang,
flegme, bile jaune (foie) et bile noire (pancréas).

Hippocrate (460-370 avant J. C.) est un médecin grec du siècle de Périclès, mais
aussi philosophe effectue une classification des troubles mentaux comprenant la
manie, la mélancolie, la paranoïa ou détérioration, l’épilepsie, en relation avec
les tempéraments flegmatique mélancolique sanguin ou colérique. Il réunit ainsi
les maladies de l'âme et du corps, les maladies sont physiques, et ainsi il participe à
démystifier la maladie mentale, qui était jusque-là, plutôt liée à des manifestations
démoniaques.

2.2. Naissance de la psychologie scientifique

La psychologie scientifique a fait ses balbutiements aux 17e et 18e siècles avec
Francis Bacon (1561-1626) en Angleterre, Galilée (1564-1642) en Italie, René
Descartes (1596-1650) en France pour ne citer que ceux-là. Comme d’autres
sciences précédentes, elle a dû se dégager de la philosophie pour se constituer en
discipline autonome. Ceci entraîne que des problèmes philosophiques restent sous-

3
Les fonctions végétatives que le philosophe limite essentiellement à la nutrition et à la reproduction, mais qui
vont aujourd'hui bien au-delà :
- les fonctions sensitives qui seraient désigné actuellement comme la perception ;
- les fonctions motrices (incluant la motivation) ;
- les fonctions intellectives (ou fonctions cognitives).
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jacents aux questions qu’elle se pose. La révolution industrielle fait passer du
spiritualisme au matérialisme consacrant l’avènement de deux écoles :

L’école empiriste (britannique) Déclencheur de l’apprentissage. John Locke :


« l’enfant naît comme une tabula Rasa », son esprit est vierge, au fur et à mesure
des idées s’imprime par l’intermédiaire des organes des sens. L’empirisme se
construit contre le dualisme (rationalisme) de Descartes. Pour eux, toutes nos
connaissances nous viennent de l’expérience sensible. À la naissance, nous ne
possédons pas d’idée, et notre esprit est comme une « table rase » : « il n’y a rien
dans l’esprit qui n’ait d’abord été dans les sens ». Les empiristes, qui disent que
tout vient de l’expérience, sont amenés à adopter le nominalisme (les idées ou les
concepts n'existent pas réellement et ne sont que des noms) : c’est nous qui
forgeons les concepts et non Dieu qui a établi des essences.

Selon John Locke (1632-1704) pour bien penser, il faut savoir comment nous
viennent nos connaissances et d’où nous viennent nos idées fausses et la
folie. Les connaissances doivent être justifiées et appuyées par l’expérience, ce qui
garantit la tolérance et la paix sociale. Pour lui la pensée est une suite d’images
mentales. Locke fait une analyse historique des idées, objets de la pensée. Il y deux
sortes d’idées : celles des sensations (sens, internes) et les idées de réflexion
(qui viennent de notre esprit). Les idées peuvent être aussi simples ou complexes4.
L’idée simple est l’élément minimal, l’atome de la pensée (il ne peut pas être
décomposé, comme l’idée de « rouge » par exemple). Ces idées se combinent entre
elles pour former des idées complexes (par exemple, l’idée complexe d’une
« cerise » associe les idées simples d’un goût, une couleur, etc.).
-

L’école rationaliste (allemand) : Le cerveau humain possède dés le départ la


capacité de développer des idées. Pas besoin d’apport extérieur pour développer.

René Descartes (1596-1650) — présenta l’idée du dualisme, lequel fait valoir que le
corps et l’esprit sont deux entités qui interagissent pour former ce que nous appelons
« l’expérience humaine ». C’est à ce moment que la psychologie fut séparée de la
philosophie. Il fait la séparation entre corps et esprit.

L'explication scientifique des phénomènes consiste à décrire les mécanismes de leur


apparition et de leur déroulement. Descartes restreindra cette conception mécaniste
au fonctionnement du corps humain et à celui des animaux (notion de réflexe).
L'âme, source de la pensée et de la raison, échappe pour lui à la pensée mécaniste.
Les animaux n'ayant pas d'âme ne sont que des machines.

Les idées ne sont pas révélées, mais le fruit de la raison. Elles sont innées puisque
d’origine divine (l’homme qui déraisonne ne peut qu’être un possédé). « Le moi,
c'est-à-dire l'âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du
corps (dualisme). » La raison est la seule chose qui nous distingue des bêtes. »5

4
5
Discours de la Méthode (1637)

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6
Au cours du 18e siècle, se développe le mouvement des lumières qui proclame
l’universalité de la raison. Mais ce n’est plus la possession d’idées innées,
mais le pouvoir de découvrir la vérité. Ce 18e siècle est un siècle assez optimiste
qui pense qu’on peut libérer l’individu des préjugés, des superstitions, de l’irrationnel,
en lui apprenant à gérer son esprit. Ce mouvement va avoir des effets dans le champ
médical. On voit un grand intérêt se développer pour le traitement de maladies
mentales et des déficiences physiques et mentales (Pinel). On met au point une
éducation spéciale pour les aveugles avec Jean Itard et pour les sourds-muets avec
Valentin Haüy.

Emmanuel Kant (1724-1804) déniait à la psychologie la possibilité de devenir


scientifique : elle ne peut donner lieu à des formulations mathématiques ni à des
expérimentations. Pour lui la psychologie est réflexive6.

L’histoire de la psychologie scientifique a proprement parlé commence au 19e siècle,


en particulier autour de 1870 avec l’apparition d’institutions consacrées à la
psychologie. À la fin du XIXe siècle, la psychologie devient scientifique en utilisant la
méthode expérimentale et en se séparant ainsi de la philosophie. Elle commence à
essaimer dans le monde. L’objet de la psychologie a évolué.

Gustav Theodor Fechner (1801-1887) démontre que les phénomènes mentaux


peuvent être systématiquement manipulés par l’expérimentation. Toute science a
besoin de mettre au point des méthodes spécifiques. Expérimenter c’est se donner
les moyens d’observations rigoureuses, repérables et communicables. C’est aussi se
donner les moyens de mesurer les phénomènes afin de pouvoir établir des lois.

Wilhelm Wundt (1832-1920), assistant d‘Helmholtz, créé le premier laboratoire


de Psychologie expérimentale (1879) à Leipzig. Les phénomènes mentaux sont
objet de science (naturelle). La méthode expérimentale s‘inspire de celle des
sciences naturelles et cherche à isoler et à mesurer les composants des
phénomènes complexes, les processus. À côté de l‘introspection utilise le temps de
réaction. Ce laboratoire sera un lieu de formation de nombreux psychologues :
Cattell, Titchener, Spearman, Külpe, G. Stanley Hall.

En Angleterre voit le jour la psychologie comparée homme – animal. Charles


Darwin (1809-1882) introduit l’idée d’évolution (les espèces ne sont plus fixes) et de
continuité phylogénétique entre espèces y compris l’homme. George John Romanes
(1848-1894) Animal Intelligence (1892) voit dans l’intelligence animale toutes les
composantes de l’intelligence humaine.

Francis Galton (1822 — 1911), cousin de Darwin, qui s'intéressant à l'hérédité du


génie instaura l'usage des statistiques en psychologie. Il cherchait, en s'appuyant sur
les idées darwiniennes d'évolution, à corréler divers indices anthropométriques (par
ex volume du cerveau) avec l'intelligence. Défend un point de vue innéiste et prônera
l’eugénisme7.

6
Critique de la raison pure (1782).
7
Ensemble des méthodes de sélection destinées à améliorer la qualité de l'espèce humaine.
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7
En France, le Collège de France (fondé en 1530 par François 1 er) créa en 1889,
pour Théodule Ribot (1839-1916) une chaire de Psychologie expérimentale et
comparée. La notion de comparée fait référence à la psychopathologie.

Aux États-Unis, William James (1842-1910)8 qui avait passé un an et demi en


Allemagne n'a jamais expérimenté lui-même. Mais ses étudiants à l'Université
d'Harvard figurent parmi les grands noms de la psychologie expérimentale
américaine : Stanley Hall9 (1844-1924) qui étudia auprès de Wundt à Leipzig,
Edward Lee Thorndike (1874 — 1949) spécialiste de psychologie animale, James
Dewey (1859-1952) et Robert S. Woodworth (1869-1962). En 1892, on compte déjà
17 laboratoires de psychologie aux USA.

Conclusion

La psychologie a obtenu le statut de domaine d’études indépendant très récemment.


Au cours des années, elle a pris de nombreuses dimensions. Par exemple, elle est
devenue une discipline autant appliquée qu’académique qui étudie l’esprit et les
comportements humains. Donc, les gens qui se spécialisent dans le sujet font de la
recherche en mettant l’emphase sur la compréhension et l’explication des pensées,
des émotions et des comportements. La psychologie touche également d’autres
domaines d’application de la vie humaine, notamment le traitement de la maladie
mentale, l’amélioration de la performance et l’auto assistance.

III- Écoles de pensée en psychologie

3.1 — Structuralisme

L’école structuraliste émane des idées de l’école empiriste et de Wundt. Son but est
d’étudier les phénomènes mentaux grâce à des descriptions analytiques des
phénomènes conscients par la méthode d’introspection. Elle est à la base de toutes
les études sur la perception et continue actuellement à les influencer.

On dit que Wundt est fondateur de la « Psychologie Structuraliste », mais c’est plutôt
à Edward B. Titchener (1867-1927) que l’on doit l’appellation « structuraliste » ainsi
que sa définition précise de l’approche du laboratoire expérimental de Wundt dont il
fut l’élève.

Il définissait le structuralisme comme étant une forme d’analyse de l’esprit (psyché)


humain qu’il décrivait comme la somme totale des expériences cérébrales. Il
s’agissait alors de définir en ses plus simples composantes cette somme des
expériences et voir les façons avec lesquelles toutes ses composantes s’incorporent
ou s’assemblent en formes complexes.

L’argument de Titchener était qu’il était possible d’étudier la psychologie et la


conscience en les décomposant en infimes parties qui seraient alors

8
Principles of Psychology (1890)
9
Il créa le premier laboratoire de psychologie expérimentale américain en 1883 à l'Université John Hopkins de
Baltimore.

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8
systématiquement étudiées. Cela nécessitait sans aucun doute qu’on coupe le
cerveau en morceaux pour ensuite s’embarquer dans l’étude de la conscience. Selon
Titchener, la conscience est la somme totale des expériences d’une personne à tout
moment de sa vie.

Toute étude se concentre donc sur les éléments mentaux. Plus tard, il divisa la
psychologie en plusieurs parties dont il désigna les différents domaines, notamment
psychologie enfantine, animale, déséquilibrée et humaine. Malgré les différents
domaines, il croyait fortement et préconisait que l’objectif principal de la psychologie
soit d’étudier et de comprendre l’esprit humain et sa structure en isolant les
processus élémentaires de la complexité de la conscience.

3.2. Fonctionnalisme

Le développement du fonctionnalisme en tant qu’approche à la compréhension des


processus mentaux internes a commencé aux États-Unis et a été conduit par William
James (1842-1910), à l’Université Harvard. Ce mouvement était en réaction aux
restrictions des études de méthodes développées par Edward B. Titchener et
Wilhelm Wundt. Cette école traite les façons dont l’expérience nous permet de
fonctionner de manière adaptée à l’environnement. Elle utilise l’introspection et
l’observation10.

Dans son étude, William James a dit, en réaction directe avec les idées d’Edward
Titchener, que les états mentaux se caractérisent par leurs relations précaires entre
elles, leurs entrées sensorielles et leurs sorties comportementales.

Darwin (évolutionniste) a beaucoup influencé cette école. « Les organismes qui ont
des caractéristiques d’adaptation survivent et se reproduisent, alors que ceux qui en
sont dépourvus sont voués à l’extinction. » De génération en génération les
organismes (individus) les plus adaptés survivent et transmettent leurs capacités à
leurs descendances.

Les modèles comportements les plus adaptatifs vont êtres appris et maintenus alors
que les modèles de comportements moins adaptatifs disparaissent ou sont
interrompus.

Le fonctionnalisme prétendait que l’engagement avec les activités était très important
pour expliquer ce qui se passe à l’intérieur des processus mentaux. Ceci est
comparable à ce qui a lieu dans un contexte scolaire lorsque les apprenants
travaillent activement. Le fonctionnalisme est donc une approche qui voit la réflexion
comme étant quelque chose qui a lieu lorsqu’une situation problématique survient.
La réflexion survient seulement lorsqu’un organisme est contré par une force
extérieure ou un obstacle.

10
L’observation est une méthode de prédilection en psychologie notamment pour les enfants très jeunes n’ayant
pas encore de langage, pour les animaux, pour les individus ayant du mal à s’exprimer. On utilise actuellement la
vidéo, en analysant par exemple les mouvements au ralenti.

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9
Du fonctionnalisme émanent les premiers psychologues qui ont mesuré le
comportement de l’individu face à des taches déterminées, les premiers tests dits
mentaux11.

Contrairement au structuralisme qui avance que la systématisation et l’explication


des éléments qui se produisent dans les structures nerveuses sont une approche
mentaliste aux expériences et aux problèmes de comportement humain, le
fonctionnalisme avance que le cerveau, avec les substrats mentaux, est l’unité
physique qui performe les activités calculatoires sur les résultats qui produisent les
comportements. Ce mouvement est sans aucun doute loin de l’hypothèse posée par
d’autres psychologues tels Wundt et Titchener. À l’aide de son organisation
maintenant connue sous le nom de « software programs », William James se
préoccupe des fonctions actives du cerveau.

3.3. Béhaviorisme (Comportementalisme)

Ce mot vient de l’anglais behavior : comportement, comportementalisme. « Une


personne n’est rien de plus qu’un répertoire de comportements. »

Le courant béhavioriste a considéré le psychisme humain comme une boîte noire.


Pour se protéger de toutes suspicions de charlatanisme, les psychologues de
l'époque estimaient que le psychisme ne devait alors faire l'objet d'aucune
investigation propre : seuls devaient être considérés les stimuli provenant de
l'environnement extérieur et les réponses obtenues par un sujet...
Le schéma devenait alors le suivant :

Le courant béhavioriste trouve son origine


dans la philosophie positiviste et scientiste du
XIXe siècle et la philosophie américaine du
début du XXe siècle. Il accorde une
importance primordiale au comportement
observé et à l'environnement.

Henri Piéron annonça en 1908, dans son discours inaugural à l’école pratique des
hautes études, que « le comportement constitue l’objet de la psychologie ». Aux
États-Unis, l’idée selon laquelle la psychologie scientifique devrait être l’étude
expérimentale des comportements se répandit comme une traînée de poudre. En
effet, il fallait montrer que la psychologie était sérieuse, afin de pouvoir la vendre à
des institutions comme l’armée, l’école, et l’industrie. La seule manière rapide de le
faire était de se référer à un modèle de scientificité déjà établi : l’expérimentalisme. Il
fallait aussi trouver une façon d’étendre la psychologie expérimentale, cantonnée à
des faits minuscules (sensations, apprentissages), à d'autres, plus vastes. Cela
devenait possible grâce aux stimulus-réponse qui permettaient de situer des
séquences objectives dites « comportements ».

11
Le premier est un test construit par Alfred Binet en 1905, destiné à savoir quels enfants auraient du mal à
s’adapter à l’enseignement traditionnel. Binet est le père du Quotient Intellectuel qui évalue l’intelligence et
l’adaptation notamment face au milieu scolaire.

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10
Ce sujet est attribué à J.B. Watson (1878-1958) et est apparu pour populariser le
béhaviorisme, lequel a certainement révolutionné la psychologie en tant qu’étude
objective du comportement, de l’animal et des êtres humains. Comme définition,
Watson a proposé que toutes les choses que font les organismes, telles jouer,
penser et sentir doivent être considérées comme des comportements. En d’autres
termes, cela signifie que les comportements peuvent en effet être scientifiquement
décrits sans avoir recours aux événements physiologiques internes de concepts
hypothétiques, comme l’esprit.

La confiance en la méthode expérimentale a attiré nombre de partisans. Parmi eux,


des personnalités telles Skinner, connu comme étant le père du conditionnement
opérant. D’autres comme Hull, qui a développé la méthode hypothético-déductive
dans la théorie de l’apprentissage déductive et bien sûr, la remise en vigueur dans
une situation d’apprentissage. Guthrie était aussi une personne fascinée par les
idées de Watson. Il a proposé une théorie du comportement basée sur une seule
règle. Chaque fois qu’une réponse se présente, celle-ci est liée à chaque élément
stimulus présent au moment où la réponse est faite.

Watson a produit un béhaviorisme très puissant, pur est descriptif qui a attiré de
nombreux partisans. Certaines de ses idées peuvent être utiles à l’éducation
d’aujourd’hui.

3.4. Psychanalyse (Sigmund Freud 1856-1939)


Au-delà de la psychologie, la psychanalyse a révolutionné la pensée occidentale.
Sigmund Freud est connu comme étant le père de la psychanalyse. Aussi
controversée que sa théorie puisse l’être, son influence sur la profession de
thérapeute et de psychothérapeute a été énorme. Il a obtenu son diplôme de
médecin en titre et a plus tard été influencé par Charcot et Josef Breuer.

Sous l’enseignement de Charcot, Sigmund Freud a développé un grand intérêt pour


l’hypnose, l’hystérie12 et les fondements des déviations sexuelles. Son second
mentor a été Josef Breuer qui a développé des techniques pour le traitement des
femmes qui sont aux prises avec des syncopes et des maux dus à la toux. Grâce à
ses deux mentors, Sigmund Freud a développé ses champs d’intérêt pour une
méthode de traitement appelée psychanalyse.

La psychanalyse a plusieurs significations pour beaucoup de gens. Elle peut signifier


un système ou une école de psychologie. Elle peut aussi être une théorie de la
personnalité, une méthode de thérapie psychiatrique basée sur la théorie voulant
que la maladie mentale fonctionne au point de vue conscient et inconscient13 ou
encore, le traitement par la psychanalyse qui s’intéresse à l’interprétation des rêves
et à l’association libre des idées du patient. Dans notre contexte, la psychanalyse
est présentée comme un système de la psychologie. Elle sera liée à la théorie
de la personnalité, développée par Sigmund Freud lui-même.
12
13

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11
Freud, par la psychanalyse, propose d'étudier le psychisme sous trois aspects :
 le premier est économique : il renvoie à un ensemble énergétique
potentiellement mobilisable par chacun d'entre nous.
 le second est dynamique : il définit les champs de forces, en termes de
conflits, d'oppositions, de dualités.
 le troisième est topique : il présente une exigence quant à la spatialisation
des instances psychiques.

En 1900, il proposa une version de l'appareil psychique, lequel se subdivisait en


deux grands systèmes :
 le système inconscient : siège des pulsions innées, des désirs, des
souvenirs refoulés, il est régi par le principe de plaisir.
 le système préconscient-conscient, deux instances séparées par la
censure. Le préconscient est alors supposé être le siège de ce qui est
partiellement levé par la censure (rêves, lapsus…), et le conscient se révèle
être l'envers de l'inconscient. Ce système est dit régi par le principe de réalité.

Les idées principales de Freud reposent sur la prémisse que la plus grande partie de
notre personnalité est enfouie dans l’inconscient. Pour lui, le phénomène mental est
comparable à un iceberg qui flotte à la surface de l’océan : sa plus grande surface se
trouve sous l’eau. La signification derrière cette déclaration est que l’étude du
comportement humain ne peut être réalisée en observant seulement les
comportements manifestes puisque la plupart des désirs, pensées et sentiments
refoulés se trouvent dans l’inconscient, bien qu’ils influencent notre comportement. Il
a attribué trois qualités au processus mental : conscient, préconscient et inconscient.
« Conscient » signifie ici que nous sommes conscients d’un phénomène qui se
passe à un moment précis. « Préconscient » est le regroupement des expériences
auxquelles nous sommes capables d’assister. « Inconscient » est le phénomène
duquel nous ne sommes pas conscients et il n’est pas accessible, à moins
d’occasions spéciales.

En 1923, Freud proposera sa seconde topique du psychisme : celle de la trilogie


Moi, Ca, Surmoi, qui sera finalement choisie comme schéma de référence par tous
ceux qui se reconnaîtront psychanalystes freudiens… Il appela cette structure
« théorie de l’appareil psychique ».

 Le CA est le siège des pulsions, des désirs, pensées et sentiments


refoulés. Comme ces pulsions et désirs sont communs à tout être humain, le
CA se veut anonyme et impersonnel… Un réservoir de libido, c’est là que se
trouve la pulsion de vie et de mort. Il promeut la formation d’habitudes
primitives et est le siège de tous les instincts. Il désigne tout ce qui est inné.
Selon lui, le ça est la source de toute énergie mentale chez un individu.
 Le MOI : une instance psychique comportant en grande partie un aspect
conscient et un aspect inconscient… Il apparaît pour contrecarrer les
exigences du ça. Toujours à la recherche de satisfaction, il fait face à la réalité
des conditions environnementales et domine donc la personne, établit un
compromis entre les forces de la pression instinctive, de la réalité extérieure et
les interdictions du surmoi. Il est soumis à un tiraillement perpétuel entre les
pulsions provenant du CA et les règles intériorisées du SURMOI.
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 Le SURMOI : il est constitué de l'intériorisation des forces répressives, des
interdits qui venaient au départ du milieu extérieur, et que l'individu a fait
siens. Il englobe donc toutes les règles morales dictées par le groupe culturel
dans lequel une personne vit, et intériorisées par cette dernière. Il est la
représentation de l’influence d’autres personnes : les parents, l’autorité à
l’intérieur de la société. Dernière instance de l’appareil psychique. Selon
Sigmund Freud, il est l’instance parentale ou d’une autre figure d’autorité dont
l’enfant hérite. Le surmoi est aussi connu comme étant le véhicule du moi
idéal. Résultat des désirs cumulés des enfants, par exemple aimer et être
aimé, il est toujours en relation avec le ça. Critique morale, il maintient dans le
moi un sentiment de culpabilité inconscient et constitue un blocage des
impulsions qui ne respectent pas les normes sociales.

De nos jours, la psychanalyse telle qu’exposée par Sigmund Freud comprend


nombre de points pratiques pouvant être utiles à la pratique éducative.

3.5. Gestaltpsychologie (psychologie de la forme)

La psychologie de la forme ou gestaltisme (de l'allemand, Gestaltpsychologie) est


une théorie psychologique, philosophique et biologique, selon laquelle les processus
de la perception et de la représentation mentale traitent spontanément les
phénomènes comme des ensembles structurés (les formes) et non comme une
simple addition ou juxtaposition d'éléments.

Le mot allemand Gestalt est traduit par « forme » (ainsi, Gestalttheorie signifie
« théorie de la forme »). Le verbe gestalten peut être traduit par « mettre en forme,
donner une structure signifiante ». Le résultat, la « gestalt », est donc une forme
structurée, complète et prenant sens pour nous. Par exemple, une table prend une
signification différente pour nous selon qu’elle est recouverte de livres et de papiers,
ou d’une nappe et de plats (sa « gestalt » globale a changé) ; dans un cas, la table
est un bureau de travail, et dans l’autre, une table à manger.

Avec la Gestaltthéorie, c'est un premier mode de fonctionnement conscient


(intellectuel) qui est mis en évidence : les mécanismes perceptifs et les traitements
d'information effectués par le cerveau montrent que nous cherchons à donner une
cohérence aux phénomènes perçus.

Issue de la philosophie de la conscience du XVIIème siècle, de l'observation et de


l'expérimentation scientifique du XIXème siècle, la Gestaltthéorie repose sur le
concept de la forme : la forme percevante permet d'unifier les contenus perçus. Elle
est l'expérience première de la conscience, dans le sens où le tout est supérieur à la
somme des parties.

La théorie gestaltiste a été proposée au début du XXe siècle, notamment par


Christian Von Ehrenfels, et se base sur plusieurs postulats. Premièrement, les
activités psychiques ont lieu dans un système complexe et ouvert, dans lequel
chaque système partiel est déterminé par sa relation à ses méta-systèmes.
Deuxièmement, un système est conçu dans la théorie gestaltiste comme une unité
dynamique définie par les relations entre ses éléments psychologiques.
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Troisièmement, et cela à la suite de certains amendements théoriques sur le
dynamisme mental, on postule qu'un système montre la tendance vers une balance
entre toutes ses qualités pour permettre une perception concise et claire, la « bonne
forme » 1.

Les trois fondateurs Max Wertheimer, Wolfgang Köhler et Kurt Koffka sont les
pionniers du groupe de Berlin sur la psychologie de la forme dans les années 1920.

L’École de psychologie s’est formée en tant que mouvement contre la théorie du


béhaviorisme et du conditionnement. Dans sa forme contemporaine, l’École Gestalt
se manifeste par des psychologues qui se concentrent sur la façon dont les êtres
humains trouvent une signification dans les stimuli perceptuels qui abondent dans
l’environnement. Max Wertheimer est devenu très connu dans cette école et a
conduit plusieurs expériences sur la nature holistique de l’expérience humaine et sur
la primauté des relations figure-fond.

Le principe de base de la Gestaltpsychologie est l’holisme ou le manque de


séparation. En termes pratiques, l’essence est que les êtres humains ne peuvent
être séparés de leur environnement et ne peuvent être séparés en partie. Les
fonctionnements physique et psychologique sont donc reliés de façon inhérente : les
pensées, les sentiments et les sensations physiques font toutes parties d’un être
complet.

Nos perceptions obéissent à un certain nombre de lois. On constate ainsi que le tout
est différent de la somme de ses parties, un des principes phares de la théorie de
la gestalt.

La théorie souligne aussi qu’une partie dans un tout est autre chose que cette même
partie isolée ou incluse dans un autre tout — puisqu’elle tire des propriétés
particulières de sa place et de sa fonction dans chacun d’entre eux : ainsi, un cri au
cours d’un jeu est autre chose qu’un cri dans une rue déserte ; être nu sous la
douche n’a pas le même sens que de se promener nu dans la rue.

Pour comprendre un comportement ou une situation, il importe donc, non seulement


de les analyser, mais surtout, d’en avoir une vue synthétique, de les percevoir dans
l’ensemble plus vaste du contexte global, avoir un regard non pas plus « pointu »,
mais plus large : le « contexte » est souvent plus signifiant que le « texte ».
« Comprendre » c’est prendre ensemble.

De nos jours, la Gestaltpsychologie, préconisée par Wertheimer et ses collègues,


comprend des applications pratiques pouvant être utilisées dans les situations
actuelles éduqués-éducateurs.

La Gestalt psychologie a développé des théories pour expliquer la perception. Il


s’agit des théories de la pragnanz14, proximité, continuité, proximité, similitude…

14
L’attention sélective signifie que l’esprit a tendance à transformer les touts imparfaits en formes fermées et
parfaites. Une variation dynamique des théories de pragnanz est le principe de l’attention sélective, lequel
fonctionne dans nos perceptions, pensées, actions et souvenirs.

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14
Les Gestalts-psychologues ont développé la théorie de l’apprentissage par
introspection. L’intelligence pratique se concentre sur l’importance de percevoir les
touts considérables, la compréhension des relations et enfin, l’acquisition de
l’introspection.

La théorie de l’Isomorphisme psychologique, née de celle des quanta (en


physique) a été traduite pour la psychologie comme étant physique et mentale. Les
fonctions du cerveau ont tendance à prendre la forme d’événements molaires
déterminés qui se trouvent dans nos expériences.

IV- Domaines d’application et usages de la psychologie

La psychologie en tant que champ d’études se soucie principalement de ce qui suit :


 Activités qui favorisent l’apprentissage : voir, penser, percevoir…
 Problèmes émotionnels, par exemple le rire, les pleurs, le bien-être et les
sentiments ;
 Relations interpersonnelles parmi les individus ;
 Différences individuelles et personnalité ;
 Gestion des ressources humaines et utilisations, motivation et
sélection/placement du personnel ;
 Comportement normal/anormal (traitement psychologique, évaluation,
traitement et réadaptation) ;
 Services d’orientation et de conseil aux communautés (par exemple dans les
écoles, les carrières et l’éducation, l’orientation et l’adaptation…) ;
 Mesure et évaluation du comportement (évaluation et classement des
apprenants, promotion et validation des programmes).

4.1. Les domaines de la psychologie


L'American Psychological Association (APA) définit officiellement 54 divisions15 en
recherche et études de la psychologie.

1. La psychologie générale, appelée aussi psychologie cognitive, désigne l’étude


du domaine de la pensée, appelé techniquement « cognition ». Elle recoupe des
champs aussi variés que la perception, l’intelligence, le langage, la mémoire,
l'apprentissage, la motivation et la résolution de problèmes, etc. Le modèle
cognitif est dominant dans l’enseignement. Cette discipline s'inscrit dans un
ensemble plus vaste les sciences cognitives.
2. La psychologie différentielle : prend pour objet d’étude les différences entre les
individus : le concept de personnalité, les différences sexuelles, les différences
entre groupes sociaux, etc.
3. La psychologie de l’enfant, appelée aussi psychologie du développement étudie
la genèse des structures mentales. Elle a été dominée par les travaux de Jean
Piaget, auquel on adjoint un certain nombre d’auteurs ayant apporté leur
contribution à l’étude du développement psychique du nouveau-né à la personne

15
http://www.apa.org/about/division.html
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15
âgée. Elle cherche à comprendre l'évolution de l'individu dans toutes ses
composantes : affectives, cognitives, neurophysiques et génétique, sociales...
4. La psychologie sociale étudie l’interaction entre individus, depuis
l’intersubjectivité aux phénomènes de foules. Elle analyse l'individu dans le
groupe, et ses interactions. Par exemple les schémas classiques du
conformisme, soumission à l'autorité, de l'obéissance, du désir de
reconnaissance, des rapports conflictuels relations amoureuses, leadership,
attributions, etc.
5. La psychologie du travail et la psychologie ergonomique sont concernées par
les interactions entre l'individu et l'évolution des outils dans le cadre du travail.
Elles s’occupent de la tâche de recrutement, des tests en entreprise, la gestion
d’une équipe, le règlement des conflits, etc.
6. La psychopathologie appelée aussi psychologie clinique, désigne l’étude des
conduites humaines dans leur relation avec la santé mentale, du concept de
normale, des dysfonctionnements psychiques et des méthodes de traitement. On
peut y adjoindre la psychiatrie (qui est une discipline médicale) qui s'occupe des
individus qui ont des problèmes plus ou moins graves : névroses et autres
psychoses, et où vient s'inscrire la psychanalyse. Les méthodes thérapeutiques
s'inscrivent aussi dans cette problématique-là.
7. La psychophysiologie considère le psychisme de l’être humain en relation avec
le fonctionnement du cerveau. Appelée aussi neuroscience du comportement. Il y
a en France des facultés de psychologie orientée uniquement dans cette direction
et qui demande à l’étudiant un fort investissement en biologie et en
mathématiques (fonctionnement du système nerveux, psychopharmacologie,
neuropsychologie).
8. La psychologie animale est liée à la catégorie précédente. Il est peut-être
étrange de placer dans cette liste une étude qui ne porte pas sur l’homme, mais il
se trouve qu’historiquement, l’étude des comportements par les
neuropsychophysiologues a joué un rôle important dans le développement d’une
psychologie scientifique. Le comportement animal (réflexe, perception, réaction),
analysé dans le processus de stimulus/réponse est mesurable. Nous savons bien
que là où est la mesure, il y a science. Il n’est donc pas étonnant que les
développements de la psychologie animale aient été étendus à l’homme.
9. La psychologie de l'éducation, ou psychopédagogie étude des pratiques
éducatives, de la manière de les améliorer en milieu scolaire ou en centres
éducatifs. (Discipline détestée cordialement par les enseignants débutants !).
a. La psychologie de la santé : étude des comportements de santé, des conduites
à risque, des risques dans les décisions de santé, de l'accompagnement de
patients atteints de pathologies lourdes, soins palliatifs, etc.

Certaines apparaissent comme la psychologie criminelle, la psychologie des


émotions, la psychologie de l’environnement, psychologie de l’art, etc.

Les domaines de la psychologie sont fortement influencées par des disciplines


connexes, comme la médecine, la philosophie, l’anthropologie, l’ethnologie, la
linguistique, l’informatique…

V- Les méthodes en psychologie

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16
En tant que psychologues de bon sens, nous constatons que notre capacité à
récolter des données de façon systématique et impartiale est sous la dépendance de
deux facteurs très importants : les sources d’informations psychologiques et nos
stratégies d’inférence.

Les données puisées dans notre vie quotidienne sont générées par un échantillon
très restreint de comportements, et les conclusions que nous en tirons sont sujettes
à un certain nombre de biais, qui limitent leur exactitude et leur utilité. Il arrive
souvent que les sources de nos croyances naïves ne soient pas fiables, et les
explications et les prévisions que nous en tirons risquent d’être imparfaites.

5.1. La Méthode scientifique

On appelle méthode scientifique l'ensemble des canons guidant le processus de


production des connaissances scientifiques, que ce soit des observations, des
expériences, des raisonnements ou des calculs théoriques.

Il est difficile de ne pas évoquer le problème des rapports d’une méthode avec l’objet
(ou la classe d’objets, le domaine) auquel on l’applique en psychologie. Si la
psychologie est dite expérimentale, c’est « en raison de sa méthode », écrit P.
Fraisse.

De même, on peut considérer avec D. Lagache (1949) que la psychologie clinique


est spécifiée par la méthode clinique, qui s’applique à tous les secteurs de la
conduite humaine, adaptée ou inadaptée… « Ce qui spécifie la psychologie clinique,
c’est la méthode clinique, c’est-à-dire la nature des opérations avec lesquelles le
psychologue clinicien approche la conduite humaine »

5.2. Les méthodes propres à la psychologie

5.2.1. L’introspection
C’est la méthode des états de conscience. On demande au sujet de s’observer lui
même face à une situation expérimentale. Il doit saisir ses états de conscience et les
rapporter verbalement face à l’expérimentateur. Accent sur l’auto-analyse.

Faire une introspection, c'est regarder à l’intérieur de soi-même. Il s'agit d'une action naturelle
et automatique que nous faisons tous de manière plus ou moins consciente. Historiquement,
nous pouvons citer le célèbre « Connais-toi toi-même » de Socrate qui est clairement une
invitation à l'introspection, même si le terme n'existait pas encore.

Les critiques de l’introspection :


- L’introspection ne permet pas de donner des éléments d’explication sur la façon
dont le sujet a appréhendé la situation.
- Les données ne sont pas contrôlables par d’autres observateurs. Le seul
observateur valable est le sujet lui même.
- Dans les explications du sujet, il peut y avoir une rationalisation inconsciente s’il
veut donner un aspect social conforme vis-à-vis de l’expérimentateur.
- La réponse est verbale. Une catégorie de sujets ne peut donc pas être prise en
compte. (Jeunes enfants, animaux, personnes ayant des troubles du langage.)
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17
- On ne peut jamais vérifier l’exactitude de ce que disent les sujets.
L’inconscient n’est pas accessible par l’introspection (psychanalytique)

5.2.2. La méthode expérimentale


Le but de l'expérimentation est de donner une image claire, non équivoque du
phénomène à l’étude qui autorisera à tirer des conclusions légitimes à partir des
résultats recueillis. Établir le plan de recherche est donc nécessaire avant
d’entreprendre une étude dont il constitue l’ossature, la valeur des résultats pouvant
reposer sur celle du plan : un objectif du plan est de maximiser la validité interne des
résultats, et donc, la probabilité de détection des effets réels. Le plan de recherche
définit essentiellement de quelle manière les sujets seront mis en présence des
différents niveaux de la (des) variable (s) indépendante (s), afin que l’on puisse juger
sans équivoque de l’impact de cette (ces) variable (s) ! Le plan correspond donc à
une stratégie. Celle-ci porte, d’une part sur la manipulation de ce dont on cherche à
mesurer l’effet et, d’autre part, sur le contrôle des variations non voulues (variables
parasites).

Toutes les méthodes d’organisation de l’expérience reposent sur une idée générale
simple que la question posée par l’expérimentateur, et aussi les moyens dont il
dispose, lui impose une certaine stratégie globale rendant solidaires tous les
moments de sa démarche. Une fois le plan du projet établi, la recherche elle aussi
peut être mise sous forme de plan.

5.2.3. La méthode clinique


C’est une méthode qui approfondit des cas individuels. On l’appelle clinique, car c’est
une observation prolongée. En fait, c’est une observation de la personne dans son
milieu naturel.

5.2.3.1. Les techniques d’examens

- L’anamnèse et l’entretien
L’anamnèse consiste en une série de questions que le psychologue pose pour avoir
des informations sur le passé et le présent du patient.
- L’observation
On peut relever notamment la comportement d’une personne vis à vis d’une tâche,
mais aussi ses mimiques, sa gestuelle, ses silences et ses blocages.
- Les tests « Technique permettant une description quantitative et contrôlable du
comportement d’un individu placé dans une situation définie, par référence aux
comportements des individus d’un groupe défini, placé dans la même situation »
(Reuchlin, 1974).

Classification des tests

 Tests d'aptitudes (performances)


Les tests d'efficience prennent en charge les aspects cognitifs. Inspirés d'une
méthodologie de mesure différentielle, ces tests ont pour visée d'établir un profil de
performance des individus (performances générales, performance sur une grande

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fonction cognitive ou un type de processus cognitif), pour les comparer à une
population de référence. Ces tests se subdivisent en tests de vitesse (une tâche
nécessitant la sollicitation d'aptitudes cognitives doit être réalisée dans un temps
imparti, ou le plus vite possible) et tests de puissance (une tâche doit être réalisée
sans limite de temps. Néanmoins, cette tâche comporte des items-tests de plus en
plus durs). Les tests d'aptitudes sont aisés à construire, selon une méthode
classique de standardisation. Ils sont également faciles à construire, car chaque item
a au moins une bonne réponse et une mauvaise. On distingue parmi ceux-ci :

 Les tests de QI (d'intelligence générale), tels que la WISC (pour les


enfants), la WAIS (pour les adultes), également l'ancienne échelle de Binet-
Simon, la B53... Ces tests globaux, généralement composés de subtests, ont
pour visée d'établir une mesure globale de l'intelligence ou de certaines
composantes (globalisantes). Plusieurs de ces subtests sont utilisés seuls
lorsque l'on souhaite explorer un aspect spécifique de l'intelligence
(raisonnement, traitement spatial, vocabulaire, etc.). Néanmoins, on préfère
dans ce cas des tests spécifiquement conçus pour ce rôle.
 Les tests de performance spécifiques mesurent des aptitudes mentales
plus spécialisées (raisonnement, mémorisation, visuo-spatiale, logique...).

Tests de personnalité (attitudes)

Les tests de personnalité vont, eux, s'intéresser aux aspects conatifs, affectifs. Étant
donné la nature des variables mesurées (traits de personnalité, jugements de valeur,
attitudes...), il est plus difficile d'en avoir une évaluation objective. De plus, comme il
n'y a plus de bonne ou de mauvaise réponse, on préfère établir en plus de l'analyse
quantitative, une analyse qualitative. Une analyse quantitative amène davantage à
un classement qu'à une comparaison à une population de référence. On distingue au
sein des tests (parfois appelé questionnaires) de personnalité : les questionnaires,
les tests objectifs de personnalité, les tests projectifs, les tests « papier crayon » (de
plus en plus « ordi-souris »), les tests de manipulation (performances), les tests
individuels, les tests collectifs…

5.2.3. La méthode d’observation

En psychologie, l'observation porte sur le comportement, les conduites et


fréquemment l'observateur est amené à utiliser des instruments d'observation.
L'observation doit s'inscrire dans un cadre où les faits observés puissent être
également observés par quiconque qui le souhaiterait, en d'autres termes, il est
nécessaire que le cadre d'observation permette une observation répétable, donc
contrôlable.

La méthode d'observation est un travail de décomposition-recomposition de la


perception et des rapports ordinaires, tels qu'ils sont institués dans les modes
d'observation construits à des fins scientifiques. Observer c'est donc s'accaparer
certains éléments du réel et en ignorer d'autres. Cependant, bien que l'objectif
autour duquel s'organise l'observation oblige à la restriction, il permet également
d'optimiser et de mieux circonscrire l'objet d'étude. Ainsi, on comprend qu'observer
c'est abstraire, c'est dégager certaines propriétés et en ignorer d'autres, il faudra
donc faire une mise en ordre, une classification. Ainsi, l'on observe dans un but
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précis, que ce soit pour mieux connaître, pour contrôler, pour dégager des
hypothèses ou simplement « pour voir ». Le processus d'observation s'inscrit
également dans un cadre théorique de référence qui est largement déterminant en
ce qui concerne la conception même de l'acte d'observer.

 On peut parler d'observation en tant que méthode clinique lorsque l'on fait
appel à l'observation du comportement au cours de l'exécution de tests
(méthode utilisée par Piaget lors de ses études sur les comportements de
l'enfant).
 On peut parler d'observation en opposition à l'expérimentation.
L'observation sera alors une phase de la recherche visant à se familiariser
avec une situation ou un phénomène afin de faire surgir une hypothèse.
 On pourrait parler de technique d'observation lorsque le chercheur recueille
des informations à l'aide d'un ou plusieurs observateurs (ou à l'aide de
questionnaire). .

L'observation scientifique est un processus orienté par un objectif terminal ou


organisateur du processus d'observation lui-même. Elle fait appel à une mobilisation
de l'attention, à une sélection parmi les stimuli perçus, un recueil des informations
sélectionnées et leur codage. L'observation porte sur des faits quand l'attention est
portée sur des comportements, des caractéristiques de la situation, des interactions.
Elle porte sur des représentations lorsqu'elle vise à recueillir des opinions, d'accorder
des significations ou des causes à des façons de percevoir. L'observation est une
perception préméditée et éclairée : préméditée, car elle est faite dans un but bien
défini ; éclairée, car elle est guidée par un corps de connaissance. La psychologie
scientifique a comme règle que les observations soient repérables, c'est-à-dire
contrôlables (mais attention, certains faits ne sont pas repérables : explosion d'une
nova, événement politique, crise émotionnelle... donc ce qu'il faut c'est que les
résultats d'observation du même type. Une reproduction exacte est désirable, mais
pas toujours réalisable).

Types d'observation

L'observation psychologique devient plus systématique lorsqu'elle donne une


importance à la cohérence des procédures utilisées et aux résultats obtenus. Cela
implique d'établir des conditions bien définies afin que les observations puissent être
repérables permettant ainsi des constatations générales appuyées sur la totalité des
observations et des comparaisons interindividuelles.

 Observation directe : l'observateur est en situation avec les sujets et recueil des
données sur le contexte, les comportements, les processus. L'objet y est
perceptible.
 Observation indirecte : implique une inférence utilisant des données de
l'observation et des hypothèses.
 Observation participante passive : (MEAD) l'observateur est intégré au groupe,
mais de manière passive.
 Observation participante active : l'observateur a un rôle susceptible de modifier
radicalement certains aspects de la vie du groupe
VI- La diversité des sciences humaines

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En parallèle à la sociologie, plusieurs disciplines ayant l'homme pour objet d'étude se
sont développées en apportant notamment leur contribution à la psychologie et aux
sciences humaines en général :

 l’anthropologie (ou ethnologie) étudie le développement de l'homme (et des


sociétés) à travers l'histoire, en même temps qu'elle replace celui-ci dans le
contexte culturel qui lui est propre.
 les sciences politiques s'attachent aux institutions de sociétés, aux rapports
de pouvoir et d'influence, aux méthodes de communications et d'opposition, à
la gouvernance.
 L’histoire et la géographie tissent des liens avec la psychologie, chacune
ayant recours à celle-ci pour comprendre et expliquer le passé et les
mouvances historiques humaines (pour la première), les liens aux lieux de vie,
les migrations ou l’appartenance à des communautés fondées sur la base
territoriale (pour la deuxième)...
 La linguistique entretient avec la psychologie un lien particulier, du fait que le
langage représente l'une des grandes fonctions cognitives étudiées en
psychologie, source principale des interactions sociales et de la transmission
du savoir. Le langage est une acquisition typiquement humaine que l'on
retrouve dans de nombreux champs de la psychologie en tant qu'objet d'étude
particulier de l'homme, allant de la clinique à la cognition, de la psychologie
sociale au développement de l'enfant.
 Les sciences de la religion, les sciences économiques, les sciences de
l'éducation... prennent en charge des aspects spécifiques de l'homme
concernant ses croyances (symboliques, décisionnelles, éducatives...), son
comportement et ses attitudes.

La psychologie s'insère au sein des sciences humaines dans une position


particulière : à la fois nécessiteuse des connaissances d'autres disciplines, et grande
source d'inspiration pour celles-ci, la psychologie est à la croisée des chemins et l'un
des plus typiques représentants des sciences de l'homme.

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Chapitre II — Les fonctions psychologiques
En psychologie, on parle de processus pour désigner les mécanismes supposés
procéder au traitement de l'information dans le cerveau. Les processus mentaux ne
se limitent pas au domaine du raisonnement, mais sont proposés pour expliquer
l'ensemble de la cognition (pensée, raisonnement, langage, perception, mémoire,
émotions, motricité...). On distingue parfois les processus dits élémentaires censés
fournir les « briques » minimales de l'architecture cognitive et les processus de plus
« haut niveau » ou intégrés qui sont formés de combinaisons plus ou moins
complexes des premiers et qui réalisent une fonction cognitive donnée comme, par
exemple, la lecture.

L'idée de traiter du fonctionnement de la pensée en termes de processus peut être


tracée aux écrits médiévaux qui différenciaient, par exemple, la mémoire du
raisonnement.

I- Sensations et perceptions
1.1. La sensation
La sensation est la réaction de l’organisme provoquée par des stimuli reçus par un
ou plusieurs sens. Tout événement psychique élémentaire qui résulte du processus
par lequel l’organisme détecte des stimuli16. Elle joue un rôle d’enregistrement
sensoriel et de capture, c’est ce qu’on appelle en terme perceptif « Interface » entre
l’environnement et le système cognitif.

Pour H. Piéron (1957), la sensation se définit d’abord par sa source, c’est-à-dire par
l’excitation sensorielle, qu’elle soit tactile, sonore, thermique, olfactive, visuelle, voire
stato-dynamique. Dans le Vocabulaire de la philosophie d’A. Lalande (1927), la
sensation est définie comme une donnée psychique brute et immédiate conditionnée
par une excitation physiologique. La sensation serait ce qu’il resterait d’une
perception si on lui retirait les ajouts de la mémoire, de l’habitude, de l’entendement
ou de la raison.

La sensation a, à la fois :
 un caractère universel : tout être humain perçoit l’environnement avec un ou
plusieurs de ses sens.
 un caractère relatif : les individus ne ressentent pas tous, les stimuli de la
même façon.

Certains, par leur permanence, finissent par être « oubliés ». Exemple : le bruit
habituel de la rue finit parfois par ne plus être entendu.

16
Stimulus : est une forme d’énergie d’emblée spécifique provenant de l’environnement et pouvant produire une
réponse d’un organe sensoriel.

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Certains ne font pas réagir les personnes de la même façon. Exemples : certaines
personnes, quand le thermomètre affiche 22 °, trouveront qu’il fait chaud alors que
d’autres auront l’impression qu’il fait frais. Le haut volume sonore de votre chaîne Hi-
Fi vous est supportable alors qu’il peut gêner l’audition de vos proches…

1.2. Traitement de l’information sensorielle

Il y a un cheminement des traitements qui commencent par la capture/interception


d’un stimulus sensoriel, qui passent par la construction d’un percept et qui finissent
par la production d’une action.

L’objet physique est capté sous forme d’énergie par les capteurs sensoriels
(ensemble de neurones qui captent et transportent l’information). Le percept formé
est le résultat de l’aboutissement de deux types de traitements : les traitements
ascendants et les traitements descendants. Les premiers sont dirigés par les
données sensorielles, alors que les deuxièmes sont dirigés par les concepts (les
connaissances).

1.3. Diversité et spécificité des modalités sensorielles


L’information sensorielle n’est pas une information globale, mais spécifique,
nécessitant des capteurs spécifiques. La sensation ne se limite pas à nos cinq sens.
Ces derniers forment une modalité appelée « la modalité extéroceptive ». En plus de
cette modalité, il existe quatre autres modalités qui captent d’autres types
d’information. Les modalités qui forment notre dispositif sensoriel sont :
l’extéroception, la proprioception, l’intéroception, la modalité vestibulaire, et la
modalité kinesthésique.

Les stimuli peuvent être captés par l’un de nos récepteurs sensoriels, chacun attaché
à l’un de nos sens. Nous disposons de 5 sens qui passent chacun par un organe du
corps :
- la vue, par le biais des yeux, qui permet de percevoir les représentations de
l’espace environnant (lumière, couleurs, formes, mouvements, etc.) ;

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- le toucher (le toucher, la pression, la température et la douleur), par le
biais de la peau, qui, par sa mise en contact avec un objet ou un autre sujet,
déclenche une réaction ;
- le goût17, par le biais de la cavité buccale (langue18 et palais), qui permet de
capter la saveur des aliments ingérés ;
- l’odorat, par le biais du nez19 et de ses capteurs olfactifs, qui permet de
capter les odeurs (Floral, Mentholé, Musqué, Acre, camphre, Éthéré,
Putride) ;
- l’ouïe, par le biais des oreilles, qui permettent de capter des vibrations de l’air
ambiant qu’on appelle sons ;
- une réaction de notre organisme liée à des besoins physiologiques, comme la
faim, la satiété20, le sommeil…

Tous les appareils sensoriels comprennent trois parties :


 les récepteurs
 les voies de transmission
 les centres d'intégration

Aucune ne peut fonctionner sans les deux autres : ce n'est pas l'œil qui voit, mais les
aires corticales de la vision, ce n'est pas l'oreille qui entend, mais les centres
corticaux de l'audition, etc.

1.4. La perception

La perception est la représentation ou impression mentale, de traduction des


différentes sensations de l’individu. C’est un processus complexe qui nécessite une
construction mentale consciente de l'objet perçu, appelé « percept ». Chaque
individu a une perception individuelle de la sensation en fonction de ses
connaissances personnelles, de sa personnalité, de son milieu culturel et social…

Elle nous permet de prendre conscience de notre environnement externe et interne


(organisme), faire le tri (sélection), l’analyse, l’interprétation, l’organisation et
l’intégration (toutes ces étapes sont nécessaire pour la prise de conscience).

Le processus de perception comprend plusieurs étapes :


 attention (sélection des informations sensorielles) ;
 interprétation (informations sensorielles retenues transformées en impressions) ;
 compréhension (signification donnée à ces informations sensorielles retenues) ;
 mémorisation (archivage au sein du cerveau des informations sensorielles
retenues, interprétées et comprises).

La perception est un comportement cognitif, car il y a déjà un traitement cognitif de la


sensation. Par exemple, si on regarde le ciel, on va voir des signaux lumineux. Le fait
de savoir que ces signaux lumineux sont des étoiles, c’est de la perception.

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La perception est à la fois globalisante et sélective. Nous percevons une
situation, un objet, un événement, une personne… dans son ensemble, avant de
saisir des stimuli isolés. Nous ne voyons, ne sentons, n’entendons pas tout en même
temps. Notre attention va être attirée par certains stimuli, et n’allons pas percevoir les
autres.

La sélectivité est due à différents facteurs. Il s’agit des caractéristiques de la


personne qui perçoit, des caractéristiques de la situation globale et des
caractéristiques de l’objet perçu.

1.5. Aspects psychophysiques de la perception


Les mécanismes psychophysiques renvoient aux rapports qui existent entre »
intensité du stimulus et la qualité de la sensation.

- Seuils sensoriels absolus : Y-a-t-il des seuils au-dessus desquels ou au-


dessous desquels il y a ou il n’y a pas perception ? En d’autres termes, a-t-on
la capacité de percevoir tous les stimuli avec toutes les intensités possibles,
ou au contraire, notre système sensoriel est-il limité, ce qui limiterait en retour
la perception humaine ?

Le seuil est la petite valeur d’une grandeur physique pour laquelle un phénomène
donné ce manifeste. Les chercheurs vont s’intéresser surtout au seuil absolu qui
correspond au minimum absolu d’énergie nécessaire pour qu’une sensation ait lieu.
Les stimuli subliminaux sont ceux que nous détectons (en baisse, fréquence) sous le
seuil absolu. Son effet est court, nous le percevons de manière inconsciente. En
publicité ils ont été utilisés sans obtenir des résultats concluants.

Ce seuil est différent d’une modalité sensorielle à une autre. Le Tableau ci-dessous
présente les seuils absolus des cinq sens, selon Galantier (1962)

Modalité Seuil absolu


sensorielle
Sensation visuelle La flamme d’une bougie la nuit à 27 km
Sensation auditive Le tic tac d’une montre dans une pièce dans des conditions
calme à 6 m
Sensation gustative 1 g de sucre dissout dans 9 litres d’eau
Odorat Une goutte de parfum dans une maison à 3 pièces
Sensation tactile Une aile d’abeille tombant sur la joue d’une distance 1 cm

 Seuils Sensoriels Différentiels : Le seuil différentiel est aussi appelé


Différence juste perceptible « DJP ». Il s’agit de discriminer entre deux
intensités voisines supraliminaires, capables d’éveiller une sensation ;
stimulation d'intensité suffisante pour que, présentée seule, elle soit détectée
dans 100 % des cas.
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1.6. Lois et fondements

Les activités de reconnaissance d’objets auxquelles nous nous livrons


quotidiennement attestent de capacités d’organisation perceptive. À cet effet, il existe
différentes théories explicatives. Deux grandes approches se dégagent de ces
théories : une approche qui met en valeur une perception plutôt globale, et une
approche qui met en valeur une perception d’emblée décompositionnelle.

 Les lois de groupement de la Gestalt

Ces lois sont un ensemble de principes phénoménologiques qui décrivent la manière


dont nous organisons en un tout signifiant les éléments qui constituent le stimulus.
Le produit de cette organisation est une forme globale dont on ne peut pas dissocier
les éléments. On ne peut pas voir chaque élément tout seul (configuration).

Loi de prégnance, ségrégation figure-fond


Cette loi nous permet de reconnaître une forme par rapport à un fond. Les formes
tendent à se détacher comme ensembles limités, structurés, ayant une unité
subjective, et à constituer une figure qui se détache du fond non structuré.

Loi de continuité
C’est le fait de percevoir une forme non dissociée lorsqu’un élément de cette forme
traverse un objet.

Loi de similarité
On regroupe les éléments selon leur ressemblance dans une catégorie perceptive.

Loi de proximité
Une loi selon laquelle on a tendance à percevoir des groupes d’éléments en
s’appuyant sur leur proximité spatiale.

Loi de symétrie
Une loi selon laquelle on a tendance à trouver des axes de symétrie permettant
d’organiser les différents éléments d’une forme. Les formes symétriques
correspondent à de bonnes formes.

Loi de fermeture
Une loi selon laquelle on a tendance à négliger les éléments qui manquent dans une
figure, car la forme globale (fermée) correspond à une forme connue.

 Modèle de reconnaissance des formes

Les modèles d’analyse des caractéristiques se présentent comme alternative à la


gestalt-théorie dans l’explication des processus de reconnaissance des formes. Deux
types de modèles sont concurrents : les modèles dits par appariement de gabarits,
et les modèles dits décompositionnels.

o Modèle par appariement de gabarit

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Il relève de la correspondance entre environnement et connaissances, l'avantage en
est la rapidité. Ce modèle suppose que chaque forme de la scène visuelle est déjà
stockée en mémoire et que la vision des représentations visuelles active
directement les représentations mentales correspondantes. L'activation étant
directe, les processus cognitifs sont très rapides. Mais ce modèle présuppose
également une mémoire incroyable, peu cohérente avec les résultats
d'expérimentation.

o Modèle perceptif de Spillman et Werner, 1990

Modèle décompositionnel : perception puis extraction, combinaison et


reconnaissance (exemple : À=/ —\). Ce modèle présuppose que des parties
invariantes des représentations visuelles sont codées en mémoire.

Il s’applique à la reconnaissance des lettres. Il y a décomposition et analyse du


stimulus. Dans cette analyse, le sujet va décomposer et analyser les traits distinctifs
du stimulus. À partir de ces traits, une activation des symboles ayant les mêmes
caractéristiques se fait. Un appariement peut alors se faire entre les caractéristiques
(et non entre les formes globales).

Théorie de Marr (1982) : Se basant sur le modèle décompositionnel, Marr tente


d'expliquer les étapes ultérieures du traitement de l'information visuelle
(l'assemblage). Selon lui, le ré-assemblage se ferait comme suit :
1. Esquisse primitive (contour d'objet)
2. Esquisse 2D intermédiaire (ensemble de l'objet représenté mentalement en 2D)
3. Esquisse 3D : décomposition en cylindres (qui serait l'unité de base)

Le système cognitif réaliserait donc un assemblage par étape d'éléments de base,


expliquant notamment des résultats d'expérimentation montrant que des objets 2D
sont plus facilement récupérés en mémoire visuelle que des objets 3D.

o Théorie des geons de Biederman


Geon est l’abréviation de « Geometric ions ». Cette théorie stipule que nous
reconnaissons les formes tridimensionnelles en les décomposant en leurs formes
élémentaires, à partir d’expériences sur l’homme et sur des programmes
informatiques.

Biederman propose l'existence d'unités visuelles élémentaires (géons) et postule les


étapes de traitement selon le chemin suivant :

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1. Décomposition des objets en élément de base (selon la théorie de Marr).
2. Ces éléments de base seraient constitués de 36 Géons, sortes de bases qui
composeraient un alphabet perceptif de la reconnaissance des formes à
l’image de l’alphabet linguistique nous permettant de reconnaître toutes les
lettres d’une langue.
3. Des étapes de traitement permettent la reconnaissance des formes, en trois
parties : en premier, une segmentation du champ visuel, permettant la
reconnaissance des geons, puis enfin l'appariement de ceux-ci (on les remet
ensemble, puis on « regarde » si l'assemblage ressemble ou non à une forme
déjà stockée en mémoire).
4. La reconnaissance est possible, quelles que soient les conditions de
perception.

Si on ne peut plus reconnaître les géons, on ne peut plus reconnaître les formes (résultant qui
semble alors, selon Biederman, cohérent avec les caractéristiques de certaines agnosies
visuelles).

1.7. Traitement descendant et traitement ascendant


La reconnaissance dépend du traitement ascendant qui est dirigé par les données
sensorielles et qui joue un rôle important en l’absence de données contextuelles
décisives, discriminatives.

Tandis que le traitement descendant (données dirigées par les connaissances) joue
un rôle important en présence de données contextuelles décisives. C’est-à-dire, que
les connaissances permettent de reconnaître le stimulus dans son contexte.

Ces deux types de traitements sont complémentaires. Chacun joue un rôle dans tout
acte perceptif.

1.8. Mécanismes généraux

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 La constance perceptive : La constance perceptive est un phénomène
perceptif par lequel les objets sont perçus comme invariables malgré les
modifications touchant leur apparence ou leur environnement sur le plan
sensoriel. Ces objets semblent préserver leur identité, leur position spatiale et
leur apparence en dépit des variations importantes des informations
sensorielles. Ça touche toutes les modalités sensorielles.

 Types de constance : Les choses que nous percevons gardent une certaine
constance par rapport à la grandeur, à la forme ou à la couleur. Lorsqu’il y a
échec de la constance, généralement, il y a illusion.

Deux tendances théoriques au moins sont concurrentes pour expliquer la constance


perceptive en tant que mécanisme général de notre perception.

Il s’agit de la tendance fondée su la théorie du traitement de l’information Lindsay et


Norman (1980) et celle fondée sur la théorie écologique de la perception privilégiant
le rôle de l’environnement dans la construction de nos percepts.

La théorie de l’information met en valeur l’inférence implicite et les expériences


antérieures et les attentes à propos de la taille déterminent sa location. Selon la
seconde théorie élaborée par Gibson (1979), les relations entre les objets qui
composent une image fournissent des indices pour estimer la taille. Et l’expérience et
l’apprentissage permettent d’identifier ces relations entre les objets.

1.9. Échec de la constance perceptive : illusions

Il s’agit de perception pour lesquelles la longueur, la position, le mouvement, la


courbure et la direction sont constamment méjugés. Gillam (1980), c’est différent
des hallucinations, car les perceptions existent réellement. Les hallucinations n’ont
aucune réalité objective. Les illusions optico-géométrique sont des illusions qui
s’imposent au sujet en ce sens qu’il ne peut pas les corriger même s’il en est
conscient. Dans l’illusion les autres objets de l’environnement vont tromper notre
perception.

Illusions d'optiques par déformation

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La perception du mouvement : Il s’agit de percevoir un objet qui bouge, se
déplace. Ceci nécessite le calcul par le cerveau de la distance. Le cerveau calcule le
mouvement en fonction de l'hypothèse que les objets qui s'éloignent diminuent de
taille et que ceux qui s'approchent augmentent de taille. Nos connaissances nous
jouent parfois des tours, puisque nous pouvons avoir l’impression de percevoir un
mouvement, alors qu’il ne l’est pas. Ce mouvement est appelé « mouvement
apparent ».

Le cerveau interprète comme mouvement perpétuel une série d’images qui défilent
continuellement et en vitesse. Ce phénomène est appelé : mouvement strobosco-
pique. Il en est de même quand deux lumières statiques et adjacentes sont allumées
et successivement éteintes, nous percevons une seule lumière qui se déplace
d'un côté à l’autre ; c’est le phénomène phi.

En déplaçant vos yeux pour examiner


En fixant le point noir au centre des figures
les images les méduses paraissent
ci-dessus, puis en s’approchant et
grossir et les trois ruisseaux sont
s’éloignant de la feuille, les cercles se
semblables à de l'eau ruisselante.
mettent à produire un mouvement.
Il existe des phénomènes qui vont perturber le processus de perception. Ce sont des
biais de la perception. Ceux-ci peuvent engendrer de mauvaises interprétations et
réactions qui parfois sont irrationnelles.

Les biais perceptuels sont de trois natures : Situationnelle, Individuelle, Sociale.


Les stéréotypes et les préjugés21 sont les principaux biais de nature sociale. Le
résultat du processus de perception correspond aux attitudes, aux opinions, aux
sentiments et aux comportements des individus.

21
Un stéréotype est un ensemble de croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles des
comportements d’un groupe de personnes, opinion banale sans originalité. Exemple : « Les usagers de la route
aiment le désordre ».
Un préjugé est un ensemble d’opinions personnelles positives ou négatives, à l’égard d’un groupe social donné,
opinions adoptées sans examen préalable du fait d’une expérience personnelle ou par influence du milieu.
Exemple : « Les jeunes d’aujourd’hui sont des fainéants. »
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1.10. La Perception sociale

On évoque généralement la cognition sociale, vue que la perception sociale est


fondée sur des structures de connaissances dites schémas sociaux qui jouent un
rôle dans l’interprétation et la prise de conscience des gens qui nous entourent et
des situations sociales.

 La différence entre objet et personne : La perception, dans un cadre


général, porte sur les objets. La perception sociale porte sur les situations
sociales, les événements et essentiellement sur les personnes.

La perception des objets est-elle différente de la perception des personnes ?

Une première différence réside dans le fait que l’objet est statique (stable, plus
stable que la personne), alors que la personne (corps et comportements) est
dynamique. L’état émotionnel de l’observé (l’autre personne que nous percevons)
agit considérablement sur la perception que nous allons faire de lui. Par conséquent,
la perception sociale nécessite d’autres processus purement cognitifs, aidant le sujet
percevant à traiter les informations liées à la personnalité et aux aspects conatifs
(aspects non cognitifs de la personne).

 L’évolution de l’étude de la perception sociale : Les études menées que la


perception sociale ont évolué selon les approches adoptées. Chaque
approche met en valeur un aspect particulier de la perception sociale.

 Première approche : Cette approche met en valeur la perception des


émotions d’une cible à travers les expressions faciales. Dans cette
approche, on étudie la façon dont un sujet perçoit les émotions des autres.

 Deuxième approche : Dans cette approche, on étudie la façon dont un


sujet perçoit les individus avec précision. Est-ce que dans notre
perception, nous nous basons sur les caractères fondamentaux ? On
s’intéresse donc à ce qui donne plus de précision à la perception sociale.

 Troisième approche : Vers les années 40, Asch conduit des études sur
la formation des impressions. Il fonde une Théorie des traits centraux et
des traits périphériques. L’impression est une structure de
connaissances pour interpréter les caractéristiques d’une personne.

 Quatrième approche : Vers les années 60-70, on s’intéresse à l’analyse


des causes des comportements des cibles. À chaque fois, nous cherchons
à voir comment les individus interprètent les causes des comportements
des autres.

 Cinquième approche : Dans cette approche, on s’intéresse à la


motivation du percevant dans le contexte social, à l’étude du percevant
lui-même. On focalise donc l’attention sur le rôle des attentes du percevant
et sur la façon dont ces attentes sont importantes.

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31
Toutes ces approches ont permis de construire des concepts très importants nous
aidant à mieux comprendre les processus sous-jacents de la perception sociale en
particulier, et de la perception en général. Ces concepts sont liés aux structures de
connaissances qui nous guident dans nos actes perceptifs.

Les schémas sociaux dans la perception sociale


Un schéma social est une structure de connaissances qui permet d’intégrer un
certain nombre d’informations sur une personne ou une situation sociale sous une
forme structurée et organisée. Ces schémas vont former un appui et une source de
connaissances pour tout acte de perception (il permet d’interpréter, classifier les
personnes, classifier les groupes). Quatre types de schémas peuvent être identifiés.

 Schéma sur le soi : Toute personne a une perception sur elle-même. Elle
peut s’évaluer et se décrire à partir d’un certain nombre de caractéristiques.
Ce schéma va coordonner les interactions sociales avec autrui.

 Schéma sur la personne, sur l’autre : C’est une structure de connaissances


(parfois formée de manière hâtive !) qui permet d’intégrer un ensemble de
caractères. La typicalité (degré auquel �’exemple représente le plus une
classe) joue un rôle dans la formation de ces schémas.

 Schéma sur les rôles et les groupes sociaux : On parle de stéréotype qui
est un schéma structuré de connaissances qui sert à catégoriser des groupes
d’individus et à interpréter une personne à partir de son groupe
d’appartenance.

 Schéma sur les événements : On parle de script qui est un scénario sur les
informations, sur le déroulement chronologique des événements dans des
situations sociales familières. Ces schémas gardent la séquentialité des
comportements et événements.

Ces quatre types de schémas jouent un rôle important dans les interactions sociales.
Ils forment des outils perceptifs permettant d’intégrer les informations afin de les
stocker et de les utiliser dans le cadre de ces interactions, et dans le cadre d’actes
perceptifs divers.

Conclusions

La sensation et la perception sont deux concepts étroitement liés. Dans la sensation


on implique tous nos sens en codifiant et transformant l'énergie physique à travers
les flux nerveux. Ces messages doivent être organisés et interprétés. Et cette
opération est effectuée à travers la perception. Elle est basée tant les expériences
que sur les connaissances. Une série de lois établies par les psychologues de la
Gestalt permettent une meilleure compréhension du processus.

II- L’attention

2.1. Définition et approche du concept

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Sens courant : faire attention…
« à ne pas tomber » Alerte
« à ne pas laisser de fautes » Orientation de l’activité
« en traversant la rue » Prévention

Selon William James, c’est la « C'est le processus par lequel l'esprit prend
possession, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de
pensées parmi plusieurs qui semblent possibles […]. Implique le retrait de
certains objets afin de traiter plus efficacement les autres ».

Pour Fernandez BALLESTEROS (2000), c’est « Le processus par lequel nous


dirigeons nos ressources mentales sur les aspects environnementaux, les plus
pertinents, ou sur l'exécution de certaines actions que nous considérons
comme les plus appropriées parmi plusieurs possibilités. Elle se réfère à l'état
d'observation et nous permet de prendre conscience de ce qui se passe dans
notre environnement » (p. 170).

Pio TUDELA (1992) : C’est le « Mécanisme central de capacité limitée dont la


fonction primordiale est de contrôler et d'orienter l'activité consciente de
l'organisme conformément à un objectif déterminé. »

Pour Riböt, comme pour James et Wundt, l'attention est une focalisation ou une
concentration de la conscience. C'est une inhibition mentale qui a toujours pour
cause l'intérêt et pour condition un mécanisme mental. L’élévation du niveau de
conscience, considérée par Wundt comme un effet de l'attention, en est la
caractéristique pour d'autres psychologues comme Ebbinghaus et Titchener. Selon
les behavioristes, l'attention est une orientation des comportements qui implique un
niveau supérieur d’ajustement des réponses aux stimuli.

Ces diverses conceptions ne font que mettre au premier plan tel ou tel des éléments
dont l'ensemble constitue l'attention. Elle constitue un choix opéré par l’esprit, car les
informations qui nous arrivent sont trop nombreuses (limites du système). Par
conséquent, les caractéristiques des représentations perceptives dépendent des
choix effectués (situations de perception complexes et ambiguës). Telle sélection
plutôt qu'une autre dépend essentiellement de la pertinence (contexte), de la
nouveauté ou des préférences comme l’illustrent les figures ci-dessous...

L’attention constitue un mécanisme de contrôle, car tous les processus cognitifs


requièrent une supervision et de l’ordre pour les adapter à un objectif.

2.2. Fonctions de l'attention

Elle a deux fonctions exécutives essentielles : l’inhibition et la flexibilité


attentionnelle.

L’inhibition est l’élimination d’évènements (stimuli ou attributs) ou de réponses


non pertinents par le système. Le filtre attentionnel (Broadbent, 1958) sélectionne
les informations cibles et interdit aux autres distracteurs l’accès au système central
de traitement (SCT). Ce filtre s’intercale entre deux systèmes périphériques (entrées
sensorielles et sorties comportementales) à traitements séquentiels.
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La flexibilité attentionnelle permet :
 Changement de critère de sélection (modification de la nature des cibles et
distracteurs).
 Capacités de flexibilité attentionnelle s’améliorant au cours du développement.

Elle exerce contrôle sur la capacité cognitive, active l'organisme face à de situations
nouvelles et prévues, ou insuffisamment apprises. En prévision des charges
excessives d'information, elle structure l'activité humaine. L’attention facilite la
motivation consciente vers le développement d'habiletés. Elle assure un traitement
perceptif adéquat des stimuli sensoriels plus significatifs.

2.3. Formes et mécanismes de l’attention

Les formés du processus d'attention diffèrent selon la nature des activités


prédominantes, perceptives, motrices ou intellectuelles. Il y a des formes d'attente
préperceptives et prémotrices. Les oscillations dû niveau mental peuvent être
considérées comme des oscillations de la puissance d'attention.

Un stimulus attire plus ou moins l'attention selon son intensité, sa nature, sa situation
spatiale, son mouvement et plus généralement son changement, ses relations avec
des stimuli simultanés ou successifs et avec le sujet ; l'attention est spécialement
éveillée par le surprenant, l'inconnu. Bien que l'influence de ces facteurs généraux
soit constante, l'attention est principalement déterminée, dans le cours ordinaire de la
vie, par des facteurs individuels et transitoires ; les uns et les autres peuvent se
ramener à l'intérêt.

 Classification basée sur la proposition de Ballesteros (2000)

CRITÈRES TYPES D’ATTENTION


Origine et nature des stimuli Attention interne Attention Externe
Attitude du sujet Volontaire/Active Involontaire/Passive
Manifestations motrices, physiologiques Ouverte cachée
Intérêt du sujet Divisée Sélective
Modalité sensorielle Visuelle/Spaciale Auditive/Temporale

 Attention interne ou externe : Elle est appelée ainsi dans la mesure où la


capacité d'attention est dirigée vers les processus mentaux eux-mêmes ou à
tout type de stimulation intéroceptive (S'occuper des sensations physiques
internes apparaissant au cours d’une relaxation), ou bien vers les stimuli qui
proviennent de l'extérieur (S'intéresser des signalisations du code de la route
pendant la conduite.)

Attention volontaire et involontaire (spontanée) : Elle est déterminée par
l'attitude active ou passive, du sujet vers les stimuli. Dans l'attention
volontaire, c'est le sujet qui décide le cadre d'application de sa capacité
attentionnelle (Prêter attention à la leçon magistrale du professeur), tandis

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qu’avec l'attention involontaire ou passive c’est la puissance du stimulus qui
attire le sujet (Être attiré par un bruit provenant hors de la salle de classe.)

 L'attention volontaire diffère uniquement de l'attention spontanée en ce


qu'elle est éveillée, non par un intérêt primaire, à satisfaction immédiate, mais
par un intérêt secondaire, à satisfaction indirecte ou différée. L'intensité ou
plus exactement la variation d'intensité d'un stimulus suscite l'intérêt par ses
répercussions affectives. Dans la fatigue, l'attention spontanée s'affaiblit moins
vite que l'attention volontaire.

 Attention ouverte et attention cachée : L'attention ouverte est


accompagnée d'une série de réponses motrices et physiologiques qui
produisent des modifications comportementales chez le sujet (Ex. : Tourner la
tête vers une source d’information), dans la cachée il n'est pas possible de
détecter ses effets par l'observation (Essayer d'écouter discrètement la
conversation d’un groupe installé à côté.)

 Attention divisée (simultanée) et attention sélective22 ou focalisée : Cette


classification est déterminée par l'intérêt du sujet.
- Dans l'attention divisée (partagée, simultanée), ils sont nombreux, les
stimuli ou les situations qui entrent dans le champ attentionnel. Ce processus
fait intervenir la capacité de traiter simultanément deux ou plusieurs types
d’information et permet d’accomplir deux tâches de façon concomitante avec
succès. (Ex. Effectuer un travail sur l'ordinateur, tout en écoutant la radio y
attendant que le thé sur le feu bout.)

- Dans l'attention sélective (focalisée), l'effort se dirige vers un champ concret


sur lequel d'autres processus psychiques peuvent influer. C’est est la capacité
qu’une personne manifeste en sélectionnant dans son environnement une
source de stimulation parmi d’autres, qu’elle juge de façon consciente ou non,
comme importante. Ce type d'attention est beaucoup utilisé comme méthode
de recherche de l'efficacité du traitement simultané. L’attention focalisée est
utilisée lorsqu’il y a comparaison de caractéristiques par le sujet et orientation
consciente de sa perception. (Ex. S'intéresser à une personne qui parle dans
une atmosphère bruyante.)

Il y a dans ce processus, une forme de fermeture sensorielle où nous inhibons


les stimulations dites secondaires. Phénomène apparenté à un processus
figure-fond permettant de traiter de façon privilégiée certaines informations par
rapport à d’autres.

22
Exemple d’attention sélective à l’école…
- Écouter le maître sans se laisser distraire par le bruit autour.
- En mathématiques, traiter les seules informations nécessaires à la résolution de la question.
- Dans un récit, traiter la trame de l’histoire, sans se laisser distraire par les détails.

Exemple d’attention divisée ou partagée à l’école :


- Lire des informations au tableau en écoutant le maître
- Prendre des notes (retranscrire par écrit les informations entendues)
- Construire un récit (par écrit) sans faire de fautes
-
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Exemples d’attention sélective

 L’écoute dichotique
Lorsque deux messages différents sont envoyés, chacun à une oreille, un seul
d’entre eux est « entendu » par le cerveau. Il suffit cependant que l’autre message
comporte un mot familier pour que se produise automatiquement un changement de
canal. Des études assez récentes montrent qu’en focalisant sur un canal d’écoute
(oreille gauche par exemple), les sujets peuvent capter quelques informations sur
l’autre canal (oreille droite par exemple).

 Effet « Cocktail “party”


À la lumière de l’effet expérimental créé par l’écoute dichotique, l’effet “Cocktail
‘party’ est créé quand on fait des oscillations d’écoute entre différentes personnes
dans un ‘Cocktail’ party”, suivant l’intérêt qu’on porte à ce qu’on entend.

 Effet Stroop
Dans une expérience devenue célèbre au nom de son auteur, des mots sont
présentés à des sujets indiquant des couleurs. Ces mots sont écrits, soit dans les
couleurs qu’ils expriment, soit dans des couleurs non congruentes (Tableau 6 :
illustration simplifiée de l’expérience).

Les résultats ont montré que les sujets mettent plus de temps à lire les mots de la
deuxième colonne que les mots de la première colonne (des mots écrits dans la
couleur qu’ils désignent). Ceci s’explique par l’interférence que cette épreuve peut
créer. Cette interférence est reflétée par des temps de latence longs. Elle est causée
par une attention sélective orientée vers l’une de deux types d’informations :
sémantique (sens du mot) ou perceptive (couleur).

 Attention visuelle et attention auditive : L’une et l’autre sont en fonction de


la modalité sensorielle à laquelle on l’applique et de la nature du stimulus.
L'attention visuelle est plus en rapport avec les concepts spatiaux (Ex.
regarder un film), tandis l’auditive l'est avec des paramètres temporels (Ex.
Écouter la radio).
 Autres types d'attention

Attention globale : Disposition générale du corps à traiter l'information. Ce sont des


phénomènes tels que l'excitation intense, le niveau d'alerte générale. (Ex. niveau
d’éveil chez un sujet récemment sorti du coma)

 Éveil d'alerte : Il exprime le besoin de répondre à l'environnement. Il est


associé avec le système d'activation réticulaire. Si vous êtes blessé, il y a le
coma.

États d'alerte : Toniques, les changements dans la vigilance sont progressifs


et durables. Par exemple, les rythmes circadiens, le vieillissement. La
meilleure mesure est d'alerter le ton par le biais des tests de surveillance.
Phasique. Ce sont des changements intenses et de courte durée produite par
des stimuli spécifiques. Peut-être, augmente (par exemple, l'apparition d'un
danger) ou diminue (par exemple, se prescrivent par attentionnels ou des
lacunes).
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 Attention soutenue23 (vigilance) : c’est la capacité d'un observateur de
maintenir l'attention alerte aux stimuli pendant une période prolongée. Ce type
d’attention permet, une fois que le stimulus est sélectionné, de maintenir cette
sélection pendant une période de temps. C’est le processus qui permet de
persévérer dans une tâche indépendamment du degré de difficulté. Le travail
d'un aiguilleur du ciel est un bon exemple.

III- La Mémoire

Platon et Aristote comparaient la mémoire à une table de cire avec l’idée que l’on
peut y laisser des traces dont la persistance va être assimilée au souvenir et dont
l’effacement progressif à l’oubli.

La période scientifique commence avec le psychologue allemand Hermann


Ebbinghaus (1850-1909), qui publie en 1885 la première étude expérimentale de la
mémoire et qui établit la première courbe de l’oubli (au sujet d'une liste de syllabes
sans significations : la mémorisation est évaluée selon le nombre d'essais
nécessaires pour apprendre une seconde fois la liste et ceci après différents
intervalles.) Après lui, Alfred Binet étudie la mémoire des textes, Bartlett la
déformation des souvenirs, Pierre Janet l’évolution de la mémoire, Théodule Riböt
l’estimation temporelle des souvenirs...

La rigueur scientifique en la matière est venue principalement de John Watson et de


ses successeurs, qui, guidés par les principes du béhaviorisme, ne prennent en
considération que les faits observables, c’est-à-dire les stimulations que reçoit
l’organisme et les réponses qu’il fournit.

La mémoire est l'ensemble des processus biologiques et psychologiques qui


permettent le codage, le stockage et la récupération des informations. Ses
composantes sont multiples, des plus globales, telle la mémoire sensorielle, aux plus
spécifiques, telle la mémoire des chiffres.

Toutes les composantes de la mémoire sont intriquées. Leur activation implique


généralement plusieurs modules répartis dans tout le cerveau, y compris le cervelet,
et divers réseaux de neurones. Les principales aires concernées sont le cortex —

23
Elle a pour fonctions :
- Offrir des programmes appropriés travail et repos.
- Fournit une variation au cours de la tâche.
- Augmenter la possibilité de détection du signal.
- Réduire l'incertitude de savoir quand et où le signal apparaît.
- Fournir un entrainement adéquat à l'observateur de clarifier la nature des signaux.
- Améliorer la motivation en soulignant l'importance de la tâche qui est réalisée

Exemple à l’école, et dans la vie professionnelle…


- Écouter passivement le professeur
- Faire un exercice long et monotone
- Travail dans un environnement où il ne se passe rien (veilleurs de nuit, gardiens de musée, etc.)
- Accent mis sur l’aspect temporel de l’attention
- Référence à la mobilisation du système de réponse de l’individu
- Attention soutenue à dissocier de l’éveil (SN central)
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37
frontal, temporal, pariétal ou occipital —, l'hippocampe, le thalamus et divers gyrus
(ou circonvolutions), tel le gyrus de Heschl. La définition et la classification des
mémoires sont un domaine où les recherches abondent, mais il n'existe pas, pour le
moment, d'‘arbre généalogique” des mémoires admis par l'ensemble de la
communauté des neuroscientifiques. Chaque composante de cette communauté
n'ayant pas les mêmes objets d'étude (thérapie, linguistique, enseignement, etc ;)
n'adopte pas les mêmes critères de classement.24

La mémoire est la capacité d’un système de traitement naturel ou artificiel à encoder


l’information extraite de son expérience avec l’environnement, la traiter, la stocke à la
stocker dans un format approprié puis à la récupérer et à l’utiliser dans d’actions ou
opérations qu’il effectue.

La mémoire est un système actif avec 3 étapes : Encodage ou codage de


l’information pour la convertir en un format utilisable. – Rétention permet
d’emmagasiner et de stocker l’information dans le système. – Récupération ou
activation, les souvenirs deviennent utiles au sujet.

Le stockage n’est pas un phénomène unitaire. Les informations peuvent être


stockées à différents endroits : la mémoire sensorielle, la mémoire à court terme
(MCT), la mémoire à long terme (MLT).

Pour récupérer l’information, il existe 2 méthodes : Le rappel qui peut être libre
(redire dans n’importe quel ordre), sériel (ordre que l’on nous donne), indicé (l’indice
va nous aider à retenir) – La reconnaissance qui consiste d’identifier les éléments
présentés.

Caractéristiques de la mémoire

Il existe quatre grandes lois de la mémoire :

- la mémoire enregistre des structures (ensembles organisés, des


constellations de souvenirs) Les mots et les faits se logent d'autant plus
facilement dans la mémoire qu'ils s'intègrent dans une architecture cohérente,
Il est difficile de retenir ces mots isolés ‘une, traitée, bien, l'intelligence, est,
condition, par, mémoire, là, d'être, à, elle, servante, de, bonne’, mais en
associant les idées que représentent ces mots pour en faire une phrase
logique et tout devient simple : ‘la mémoire est une bonne servante de
l'intelligence à condition d'être bien traitée par elle’. Selon Dugas, la
mémoire disparait par groupes d'images et ces groupes, faisant partie d'un
système d'images, disparaissent eux-mêmes dans un ordre dépendant de ce
système ; dans chaque groupe la dissolution va des détails à l'essentiel, de
l'accessoire au fondamental.

24
Alain Lieury, Cerveau & Psycho, Mai-Juillet 2011, page 22.

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38
- la mémoire est multiforme : en même ‘temps que la mémoire psychologique
enregistre la suite des idées, d'autres formes de mémoire enregistrent les
images, les sons, les mouvements, les symboles, les chiffres, les odeurs, les
saveurs ou les sensations produites par le contact : mémoire visuelle du
peintre, mémoire auditive du musicien, mémoire motrice du danseur,
mémoire symbolique du poète, mémoire numérique du comptable,
mémoire olfactive du parfumeur, mémoire gustative du cuisinier,
mémoire tactile du médecin qui ausculte, mémoire musculaire du sportif.
Si ces différentes mémoires parviennent à interagir, le souvenir se fixe mieux.

- la mémoire fonctionne de façon discontinue. Quand plusieurs fois de suite,


on donne à un chien un morceau d’os après avoir agité une cloche, on
constate bientôt que le chien se met à saliver dès qu'il entend la cloche. On
fait ensuite retenir la cloche sans fournir de viande ; assez rapidement le chien
cesse de saliver. Mais si l'on accorde à l'animal quelques jours de repos, il
recommence à saliver au seul bruit de la cloche : l'apprentissage qui semblait
effacé n'était en fait que bloqué. On peut représenter graphiquement cette
expérience qui vaut également pour l'homme.

- la mémoire dépend de nos états affectifs. On retient facilement ce que l'on


aime. Une mère se souvient toujours de la date d'anniversaire de ses enfants,
un turfiste retient aisément les noms et les performances de tous les chevaux
d'une course… etc. Pour qui aime, tout est facile. Inversement, on assimile
mal ce qui déplait.

a. Les différents registres de mémoire, ou les différentes mémoires

La mémoire est une fonction qui permet de capter, coder, conserver et restituer les
stimulations et/ou les informations perçues par nos différents organes de sens. Il se
dégage d'un bilan fait des grands courants de la psychologie sur la mémoire (Lieury,
1975, p.174) que l'associationnisme a conduit à voir la mémoire comme un ensemble
de copies dont le code est l'association ; tandis que les théories d'inspiration
cybernétique la considèrent comme un lieu d'enregistrement d'informations qui
nécessitent des programmes pour être enregistrées ou récupérées. Les
conséquences découlant de ces conceptions sont que, dans le premier cas, la
mémoire est considérée comme fonctionnant de façon autonome avec ses lois
propres, et dans le second cas, la mémoire est considérée comme fonction reliée à
une logique (les programmes), mais existant indépendamment de celle-ci.

Des théories plus récentes (Matlin, 1998) appréhendent le fonctionnement de la


mémoire en termes de modalités différentes : la mémoire sensorielle, la mémoire à
court terme connue aussi sous le nom de mémoire de travail et la mémoire à long
terme, elle-même subdivisée en une série de ‘registres’.

 Mémoire à court terme — Mémoire de travail

La mémoire de travail ou la mémoire à court terme (Matlin, 2001, p.166) est aussi
appelée ‘mémoire primaire’ (Fontaine, 1999, p.134) ou ‘mémoire immédiate’ (Colin,
1979, p.47). C'est à elle que nous faisons recours de façon permanente. Le nombre
d'items susceptible d'être mémorisé (empan mnésique) varie entre 5 et 7 éléments
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39
(Michaux, 1974, p.47). Tel est aussi l'avis de George Miller 25 (1956) à travers sa
formule de 7#177 ; 2 (Matlin, 2001, p.168). Bien que ces chiffres sur la capacité de la
mémoire à court terme soient avancés comme tels, il est à noter qu'elle ne possède
pas une capacité fixe et rigide, car dépendante aussi bien des caractéristiques de la
tâche que des différences individuelles (Matlin, 2001, p.172).

La mémoire à court terme joue un rôle de premier plan dans la cognition et le


processus d'apprentissage de nouvelles informations. Elle est caractérisée par son
caractère éphémère et sa capacité limitée et porte sur un nombre réduit
d'informations (l'empan) particulièrement sensibles à toute activité d'interférence
(Houdé et al., 1998, p.257).

Faisant le bilan des recherches réalisées sur le fonctionnement de la mémoire à


court terme (Postman, 1975 ; Crowder, 1982b ; Baddeley et Gathercole, 1993),
Matlin (2001, pp.172-182) retient que la mémoire à court terme opère par un
processus de codage acoustique (principalement), visuel et sémantique. Elle se
compose de trois structures à savoir le registre phonologique, la mémoire de travail
visuo-spatiale et le système exécutif central.

La première composante se charge de maintenir une information restreinte sous


forme acoustique pendant quelques secondes, la seconde de stocker l'information
visuelle et spatiale, mais aussi l'information verbale sous forme d'images visuelles, et
la troisième s'occuperait non seulement de l'intégration, la gestion et la régulation de
l'information en provenance du registre phonologique et de la mémoire de travail
visou spatial, mais aussi elle jouerait un rôle décisif dans l'attention, la planification et
la coordination du comportement.

Les données de l'environnement sont perçues par les organes sensoriels et traitées
en mémoire de travail (ou mémoire à court terme). La mémoire de travail peut
stocker des données en mémoire à long terme, mais aussi provoquer des réponses.
Les données stockées en mémoire à long terme deviennent conscientes en étant
récupérées par la mémoire de travail. Par contre, des automatismes passent
directement de la mémoire à long terme vers les générateurs d'actions.

 Mémoire à long terme

Capacité de stockage quasiment permanente où ne sont transférées que les


informations considérées comme importantes ou significatives par le sujet, différence
avec la mémoire à court terme, la capacité de stockage est presque sans limite. Sur
le schéma représentant l'organisation de la mémoire à long terme, on distingue :

25
Georges Miller a essayé de mesurer cette capacité de stockage. Un des tests mis en place par lui consiste à
présenter au sujet une série de chiffres (2) qu’il doit répéter dans le bon ordre. S’il réussit, on complexifie avec 3
chiffres. À partir de 5 mots, on a un empan mnésique (nombre d’éléments qui peut être saisi et retenu lors d’une
exposition brève). Selon Miller de façon générale, on retient 7 éléments plus ou moins 2, c’est pourquoi on parle
du nombre magique 7.

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40
La mémoire à long terme, connue aussi sous le nom de mémoire tertiaire (Fontaine,
1999, p.142), est apte à conserver des données reçues pendant un moment plus
long en comparaison à la mémoire à court terme ou à la mémoire sensorielle. Elle
est en fait la dépositaire de nos expériences, de nos souvenirs et de nos
apprentissages, bref de notre histoire. De là, la question qui se pose est celle de
savoir comment justement les informations en mémoire à long terme sont
organisées.

En effet, les informations en mémoire à long terme sont régies et structurées par des
systèmes qui travaillent de manière à la fois distincte et synergique. Certaines
sources (Matlin, 2001 ; Fontaine, 1999) font état de l'existence de deux systèmes
mnésiques autonomes à savoir la mémoire épisodique et sémantique.

Mais Fontaine (ibid.) constate que les relations structurales entre ces deux systèmes
font objet de débats théoriques, car la mémoire sémantique semble malgré tout
‘perméable’ à la conscience. D'où la théorie de Winograd (1975) reprise par Fontaine
(1999, p.144) s'inspirant de l'intelligence artificielle faisant la distinction entre la
mémoire déclarative se rapportant aux connaissances verbalisables et la mémoire
procédurale concernant un savoir-faire perceptivo-moteur et cognitif, d'habituation ou
de conditionnement.

En clair, la différence fondamentale entre la mémoire déclarative et la mémoire


procédurale repose en ceci que la première est la mémoire du ‘savoir’ alors que la
seconde est la mémoire du ‘savoir-faire’ (Da Silva Neves, 1999, p.37).

 Les mémoires sensorielles


Nous partageons avec les animaux les plus primitifs les mémoires sensorielles
visuelles, auditives, olfactives, gustatives, tactiles, kinesthésiques, chacune située
dans des aires cérébrales distinctes.

D'après une définition de Matlin (2001, p.103), la mémoire sensorielle se distingue


par sa brièveté. Elle correspond généralement au temps de la perception des stimuli
par les organes récepteurs. Il s'agit d'un système qui possède une grande capacité
de stockage des informations qui sont enregistrées par les récepteurs sensoriels de
manière suffisamment précise. Matlin (ibid.) en isole deux formes à savoir la
mémoire iconique se rapportant à la mémoire sensorielle visuelle, et la mémoire
échoïque, qui est synonyme de la mémoire sensorielle auditive. Sa persistance est
variable et est comprise généralement entre 300 et 500 millisecondes pour la
mémoire iconique, et elle est approximativement la même pour la mémoire échoïque.

 La mémoire non déclarative.


o La mémoire non déclarative procédurale. Définie comme ‘la
mémoire par l'action’. L'action, meilleure façon d'apprendre une
technique, fait directement appel à la mémoire procédurale, et
indirectement, mais très fortement à la mémoire affective par le biais de
la motivation.
Monter à motocyclette, conduire une voiture, aller de son domicile à son
lieu de travail ne semblent faite appel à aucun effort de mémoire, car
les procédures sont automatisées, ce qui correspond à une économie
de moyens et libère la pensée pour d'autres opérations. En revanche
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41
lorsque ces automatismes ont été perdus on connaît la difficulté de la
rééducation.

Le conditionnement pavlovien désigne toute situation où un


comportement est déclenché par un stimulus qui a été substitué au
stimulus naturel. PAVLOV a travaillé sur des chiens auxquels il a créé
une fistule gastrique à la peau permettant de recueillir le suc gastrique :

- il a observé que la seule vue de la nourriture provoquait une sécrétion


gastrique,
- dans un 1er temps il a associé à la présentation de nourriture un son de
cloche,
- puis il a constaté dans un 2ème temps que le seul tintement de la cloche
stimulait une sécrétion gastrique : le chien était ‘conditionné’. Dans
notre quotidien nous avons tous une grande part de conditionnement.

 La mémoire affective.
Un événement ayant une dimension affective est immédiatement et plus ou moins
durablement mémorisé, devenant parfois ‘inoubliable’. Les événements ayant une
telle dimension affective touchent à la vie personnelle, mais peuvent aussi être un
film, un voyage.

Des réactions émotionnelles végétatives (sueurs, tremblement, malaise) ou motrices


(fuite, agression, peur, joie) peuvent survenir dans des occasions où elles
apparaissent sans lien avec l'événement qui les déclenche (c'est le cas des
phobies) ; il s'agit de manifestations de mémoire affective, émotionnelle, alors que
l'événement causal initial n'est pas accessible en mémoire déclarative. On rejoint là
le conditionnement.

La mémoire déclarative
La mémorisation n'est pas spontanée : dans une voiture le seul fait de regarder
défiler le paysage ou d'entendre une conversation ne conduit pas à mémoriser l'un
ou l'autre si on n'y porte pas attention. Il y a donc toujours un effort, volontaire ou
subi, dans un acte de mémorisation. La mémoire déclarative est d'abord épisodique,
puis sémantique.

 Mémoire épisodique.
Toute chose est apprise en un moment et un lieu donnés et pendant quelques
heures ou jours nous sommes capables de dire où et quand nous l'avons
apprise. C'est à ce titre que tout ce qui est mémorisé passe un temps en
mémoire épisodique.

Mais des souvenirs restent fortement marqués du lieu et du moment où nous


les avons vécus directement (événement personnel) ou indirectement. La
mémoire épisodique désigne cette mémoire où les événements, les faits, sont
datés et contextualisés. On constate que la notion de mémoire épisodique est
peu dissociable de celle de mémoire affective.

 La mémoire sémantique

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Nous perdons le souvenir précis du moment et du lieu où nous avons appris
et mémorisé la plupart de ce que nous savons. Ces connaissances sont en
mémoire sémantique, c'est-à-dire dans un registre où elles gardent une valeur
générale et un sens.

Passer un examen est le plus souvent faire état de ce qui a été mémorisé en
mémoire sémantique. La mémoire sémantique stocke des milliers de
concepts. La description du concept peut se faire en prenant comme exemple
le concept vélo.

La description du concept peut se faire en prenant comme exemple le concept vélo


Un concept est une combinaison d'attributs. Le concept vélo est ici constitué des
attributs-cadre, roues, chaîne, pédales, guidon.

Ainsi, tout concept est défini par des caractères sémantiques (sémantique = qui a du
sens), c'est-à-dire par un ensemble d'autres concepts qui lui donne du sens. La
mémoire sémantique stocke les concepts en les catégorisant de façon hiérarchique.

À la naissance on dispose d'outils de pré-représentations (par exemple, on a les


capacités pour apprendre n'importe quelle langue, de reconnaître différentes
formes), mais progressivement, avec l'expérience acquise en découvrant notre
environnement, il se fait une sélection qui diminue considérablement le nombre de
pré-représentations : apprendre c'est éliminer

Les réseaux permettent des associations et facilitent l'acquisition de nouvelles


connaissances. Revenons sur quelques associations dont la prise de conscience est
utile dans l'apprentissage.

Association des données en mémoire sémantique. C'est l'existence de ces


associations qui est recherchée dans un examen dit de synthèse.

Association des données en mémoire sémantique et en mémoire procédurale


(mémoire des actions) : lorsqu'on a acquis des habitudes, ‘un tour de main’, selon
le type d'action, il peut être possible d'associer ‘une déclaration’ à ‘une action’. On
peut arriver à ‘déclarer’ comment on fait un nœud de cravate en l'exécutant ; en
revanche il est impossible de ‘déclarer’ comment on tient son équilibre en vélo (une
explication, aussi précise et scientifique soit-elle, ne permet pas donner à quelqu'un
son équilibre sur un vélo : il faut qu'il s'entraîne).

Association des données en mémoire sémantique et mémoire affective.


L'exemple le plus banal est celui de la découverte d'une région au cours d'un voyage
(du voyage d'enfance à la mission humanitaire) dans des conditions où l'affectivité a
un rôle dominant ; climat, géographie, particularités culturelles prennent un relief
particulier.

Le conditionnement : la notion peut être étendue ici aux réactions spontanées


d'intérêt ou de rejet pour une personne, une matière d'enseignement, un lieu, etc. Si
on n'arrive pas à trouver la raison de sa réaction, il est judicieux de tenter de
rechercher comment on a été conditionné.

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b. Les bases anatomiques de la mémoire

L'idée de la spécialisation des zones du cerveau voudrait que l'une ou l'autre région
du cerveau soit en partie ou exclusivement responsable du contrôle de telle ou telle
autre fonction sensorielle, motrice et/ou psychique. Cependant pour Lieury26, l'étude
des mécanismes cérébraux de la mémoire montre qu'il est vain de chercher un
centre ou une zone unique qui serait le siège de la mémoire. Il poursuit en disant que
la mémoire est étroitement liée aux autres fonctions de même que ses mécanismes
sont divers.

Concernant c'est l'activité des lobes frontaux qui est la base biologique des schèmes
opératoires de l'organisation temporelle et peut-être aussi de la mémoire temporaire
de travail. De plus, ajoute Lieury, la mémoire à court terme serait sous le contrôle du
cortex préfrontal, la mémoire sémantique sous celui du néocortex. Le corps strié et le
cervelet se chargeraient du contrôle de la mémoire procédurale alors que
l'hippocampe coordonnerait le fonctionnement de la mémoire déclarative.

C'est aussi le même hippocampe qui serait chargé de la coordination des


informations stockées dans les différentes zones cérébrales. Son intervention serait
capitale pour faire passer les souvenirs de la mémoire à court terme vers la mémoire
à long terme. Le système limbique — dont l'hippocampe et l'amygdale sont des
centres primordiaux — joue le rôle de cerveau fondamental parce qu'il intéresse
toutes les activités du comportement, le système hippocampe-amydale joue le rôle
d'intégrateur cognitif en permettant, par ses relations avec le néo-cortex, la détection
de la nouveauté et aussi le rôle d'intégrateur cognitif-affectif en donnant aux
informations une valeur affective, c'est-à-dire bonne ou mauvaise du point de vue de
l'organisme27

c. La problématique de la mémoire et de l'oubli

L'oubli semble, lorsqu'il n'est pas le résultat de lésions neurologiques ou celui de la


mémoire à court terme, être provoqué par des interférences. Selon Ebbinghaus, ‘les
images précédentes sont de plus en plus surchargées, pour ainsi dire, et
recouvertes par les suivantes’ De nombreuses expériences ont permis d’établir
que l'oubli dépend principalement de la quantité d’informations apprises avant une
liste test (interférence proactive) ou après (interférence rétroactive) : plus on
apprend et plus on oublie (Underwood, 1957).

Dans certaines expériences où l’on provoque des interférences, l’oubli peut être
compensé si l’on fournit des indices adéquats (par exemple, des noms de
catégories pour rappeler des mots appartenant à ces catégories) : dans la vie
courante, les notes prises sur un agenda ou les photographies d’un album ont ce rôle
de permettre de récupérer des informations oubliées.

26
Lieury, A., La mémoire : Résultats et théories. Bruxelles : Dessart, & Mardaga, 1975. pp.214

27
Cf. ibid. pp.226-230

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44
Une autre théorie est celle du déclin de la trace, les traces mnésiques selon
Ebbinghaus sont comme ‘des images conservées qui subissent des
modifications qui affectent de plus en plus leur nature’.

Une troisième théorie mise en avant toujours par Ebbinghaus est celle selon laquelle
l'oubli correspond à ‘un effritement et à la perte d'éléments particuliers et non à
un obscurcissement général.’

Enfin, l'oubli peut aussi être motivé par les besoins et désirs de l'individu, comme
dans le cas du refoulement. On parle d’un déclin progressif de la trace mnésique de
la MCT si aucun traitement n’aide le sujet à la renforcer.

L'oubli est en quelque sorte l'antithèse de la mémoire. Il peut nous éclairer tant sur
les modalités de fonctionnement de la mémoire que sur ses caractéristiques. La
performance d’un individu dépend de ses capacités perceptives comme de ses
capacités mnésiques.28 Il résulte de cette intrication réciproque qu'il est malaisé de
séparer parfaitement ce qui revient à l'une comme à l'autre entre ces deux groupes
de fonctions ; celles-ci ne sont que théoriquement indépendantes. C'est cette
complexité qui est à la base de la difficulté à cerner les facteurs qui sont à l'origine de
la solidité ou de la fragilité de certains souvenirs. S'agissant justement de ces
facteurs, Michaux en a isolé trois à savoir le caractère utilitaire du matériel à
mémoriser, son aspect sémantique ainsi que la motivation d'achèvement.29

 Caractère utilitaire du matériel à mémoriser comme facteur à l'origine de la


solidité des souvenirs. Michaux30 prévient, cependant, que l'influence
favorisante de l'intérêt sur l'acquisition des souvenirs n'est pas illimitée et
inconditionnelle. Elle serait même dommageable à la mémoire au-delà d'un
certain seuil, car une motivation trop intense mettrait l'individu sous une haute
tension et déclencherait des troubles émotifs qui inhiberaient l'activité
mnésique. Autrement dit, une attention trop accrue et trop passionnée
porterait préjudice à l'enregistrement des souvenirs.
 Aspect sémantique du matériel à mémoriser. La mémoire aurait toute la
peine du monde à retenir un matériel peu ou pas structuré (les mots ou les
chiffres isolés). Par ailleurs, la mémorisation serait tributaire du contexte
affectif, conscient ou inconscient, auquel se rapporte le matériel à mémoriser.
En effet, le matériel présentant une charge affective agréable serait plus
mémorisable que le matériel à connotation affective négative et ce dernier le
serait plus qu'un matériel neutre.
 Conservation des acquis mnésiques. L'expérience ayant permis de
dégager cette conclusion se serait basée sur une vingtaine de tâches dont la
moitié était restée en suspens et l'autre moitié achevée. Les résultats furent
surprenants. La fixation s'était portée curieusement sur les travaux non
achevés. L'explication fournie est que l'exécution d'une tâche déclenche une

28
Colin, D. Psychologie de l'enfant sourd. Paris : Masson (1979). p.45

29
Michaux, L., La mémoire. Paris : Librairie Hachette, 1974, pp.38-40.

30
Ibid., p.38)

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45
tension qui ne cesse que lorsqu'elle est achevée. Ce serait justement cette
tension qui favorise la fixation mnésique, tandis que la détente consécutive la
défavorise. Mais, il existe aussi des cas où l'inverse se produit (Michaux,
1974, p.39).

L'oubli est un phénomène qui s'explique par beaucoup de facteurs dont certains sont
soit liés aux caractéristiques propres aux objets à mémoriser, soit à l'individu
concerné par l'activité de mémorisation. Par ailleurs, l'expérience de la vie courante
nous apprend que, qu'on le veuille ou non, l'oubli est incontournable ; l'être humain
est quotidiennement soumis à un si grand nombre de stimulations (informations) qu'il
est pratiquement impossible de se remémorer de toutes. C'est la raison pour laquelle
l'oubli est, à l'exception de certains cas extrêmes, considéré comme un phénomène
normal. Toutefois, il reste incontestable que certaines situations d'excès ou de déficit
de la mémoire renvoient à des cas de pathologies de la mémoire.

IV- L’Intelligence
4.1. Définition
La notion d'intelligence est un concept flou, très général, dans la définition duquel
peuvent entrer de nombreux attributs. Selon les auteurs et les théories, les
définitions mettent plutôt l'accent sur tel ou tel de ces attributs, par exemple la
capacité d'adaptation à des situations nouvelles, la capacité d'apprentissage,
d'abstraction, de contrôle, de résolution de problèmes, etc.

Étymologiquement, le mot intelligence31, vient du latin intelligentare (faculté de


comprendre), dérivé du latin intellegere signifiant comprendre, et dont le préfixe inter
(entre), et le radical léger (choisir, cueillir) ou ligare (lier) suggèrent essentiellement
l'aptitude à relier des éléments jusqu'alors séparés.

L'intelligence est l'ensemble des facultés mentales permettant de comprendre les


choses et les faits, de découvrir les relations entre eux et d'aboutir à la connaissance
conceptuelle et rationnelle (par opposition à la sensation et à l'intuition). Elle se
perçoit dans l'aptitude à comprendre et à s'adapter facilement à des situations
nouvelles. L’intelligence peut ainsi être conçue comme la faculté d'adaptation.
L'intelligence peut être également perçue comme la capacité à traiter l'information
pour atteindre ses objectifs. Malgré certaines idées reçues, l'art ne relève pas
directement de l’intelligence.

De cette étymologie on peut donner à l’intelligence les définitions suivantes : ·


l’intelligence est l’ensemble des fonctions mentales mobilisées pour l’analyse, la
compréhension et l’organisation du réel en pensées (concepts) chez l’être humain.

L’intelligence est aussi la capacité à utiliser le raisonnement causal, l’imagination, la


prospection et la flexibilité. Elle serait ainsi liée à la faculté d’adaptation sans s’y
réduire.

Enfin, on peut dire que dans les circonstances nouvelles pour lesquelles l’instinct,
l’apprentissage ou l’habitude ne disposent d’aucune solution, l’intelligence est

31

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46
l’aptitude à appréhender et organiser les données de la situation, à mettre en relation
les procédés à employer avec le but à atteindre, à choisir les moyens ou à découvrir
les solutions originales qui permettent l’adaptation aux exigences de l’action.

4.2. Une intelligence ou des intelligences ?

Sur le premier de ces attributs centraux, la plasticité, le consensus est général. Le


second, par contre, fait débat depuis longtemps. Le degré de généralité de cette
capacité d'adaptation cognitive est discuté de deux points de vue assez différents.

Du premier point de vue, qu’on peut appeler ‘la dimensionnalité de l’intelligence’, la


question est de savoir si l'intelligence est unique (unidimensionnelle) ou multiple
(multidimensionnelle). Existe-t-il une intelligence unique, qui serait alors générale
au sens où elle s'appliquerait à différents domaines de la cognition, ou bien faut-il
plutôt envisager des formes multiples d'intelligence, dont chacune ne s'appliquerait
qu'à un domaine limité ?

Du second point de vue, qu’on peut appeler ‘l’extension de l’intelligence’, la


question porte sur l'extension du domaine de l'intelligence. Quelles sont les situations
qui relèvent de l'intelligence et quelles sont celles qui relèvent d'autres formes
d'adaptation ?

La capacité à se débrouiller dans les situations de la vie quotidienne, la capacité à


maîtriser ses émotions, l'apprentissage du saut en longueur, relèvent-elles de
l'intelligence ?

Les débats relatifs à l'extension du concept d'intelligence et à la distinction entre des


formes différentes d'intelligence sont anciens et loin d'être clos. Toutefois, une des
tendances dans l'évolution des idées sur l'intelligence va dans le sens de l'extension
du concept et de la multiplication des formes d'intelligence distinguées.

4.3. Une intelligence générale

L'intelligence a d'abord été considérée comme une caractéristique générale. Les


premières tentatives de mesure de cette caractéristique des individus ont été faites
par des approches assez différentes. Binet et Simon (1905) se sont appuyés sur
l'observation du développement pour élaborer une échelle permettant de caractériser
l'âge mental d'un enfant. Stern a proposé un peu plus tard de rapporter cet âge
mental à l'âge chronologique et a appelé ce rapport quotient intellectuel (QI).
Spearman (1904) s'est de son côté appuyé sur le calcul de corrélations entre les
scores des individus dans des épreuves intellectuelles variées pour démontrer
l'existence d'un facteur commun de réussite. Ayant montré que ce facteur intervenait
— avec un poids variable – dans toutes les épreuves, il l'a baptisé facteur général
d'intelligence ou plus brièvement g. Mais au-delà de leurs différences dans la
méthode d'approche du problème, Binet32 et Spearman considéraient l'intelligence

32
Binet cherchait à introduire une grande variété d'items dans son échelle pour mesurer avec plus de fiabilité
cette intelligence globale, mais tous ces items étaient considérés comme mesurant, plus ou moins bien, la même
chose. Spearman cherchait à diversifier les épreuves entre lesquelles il calculait les corrélations pour séparer, par
sa méthode d'analyse factorielle, la variance due au facteur général d'intelligence (commune à toutes les
épreuves) de la variance spécifique à chaque épreuve (qui ne l'intéressait pas).
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comme une caractéristique globale de la conduite, susceptible de se manifester
dans des situations très diverses.

4.4. Des facteurs multiples d'intelligence


Les premiers critiques contre la conception unitaire de l'intelligence sont venus des
travaux de Thurstone (1931). En utilisant une autre méthode d'analyse factorielle que
celle de Spearman et en l'appliquant à des ensembles de tests plus larges,
Thurstone a pu extraire plusieurs facteurs indépendants (cf. dans le Tableau ci-
dessous), mais pas de facteur général.

Selon Thurstone, ces facteurs correspondaient à autant ‘d'aptitudes primaires’ et


donc à autant de formes d'intelligence différentes. À partir de là s'est développée une
controverse entre Spearman et Thurstone, et entre leurs partisans, sur les facteurs
de l'intelligence : existe-t-il un facteur général ou de multiples facteurs spécifiques à
des domaines ?

4.5. Un facteur général et des facteurs multiples

La solution à cette controverse a été apportée par les méthodes d'analyse factorielle
hiérarchique, qui ont permis de montrer que ces deux points de vue n'étaient pas
incompatibles.33

Plusieurs modèles de la structure factorielle hiérarchique de l'intelligence ont été


proposés, mais le modèle en trois strates qui a été proposé par Carroll (1993) est
celui qui synthétise le mieux l'ensemble des données connues. Dans ce modèle, qui
a la forme d'un arbre, la première strate correspond à une trentaine de facteurs
primaires, relativement spécifiques à des domaines particuliers.

Ces facteurs primaires se regroupent, au niveau de la seconde strate de la


hiérarchie, sous huit facteurs de second ordre, plus larges et synthétiques. À partir
des corrélations entre ces huit facteurs de la seconde strate, un facteur général
émerge, englobant l'ensemble.

Les principales de ces huit grandes formes différentes d'efficience intellectuelle sont
présentées dans le tableau qui suit.

Formes Capacités associées


d’efficience
intellectuelle
Intelligence dite Mise en jeu dans les tests d'induction, de logique, de
‘fluide » raisonnement. Elle correspond aux processus de traitements.

Intelligence dite À l'œuvre dans les tâches verbales et qui s'appuie sur la richesse
« cristallisée » du réseau conceptuel et l'organisation des connaissances en

33
On a pu montrer que les facteurs primaires de Thurstone — dont le nombre avait entre-temps
considérablement augmenté — corrélaient entre eux et qu'en faisant une analyse factorielle de second degré sur
la matrice des corrélations entre ces facteurs, on pouvait trouver une part de variance commune correspondant au
facteur général d'intelligence cher à Spearman.

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mémoire à long terme
Efficience de la Efficience dans les tâches de visualisation, de structuration de
représentation l'espace, de représentation imagée
visuo-spatiale

Efficience de la Efficience dans la mémoire des sons, la discrimination auditive, le


représentation jugement musical
auditive

En d'autres termes, l'approche factorielle de l'intelligence a abouti à la distinction de


plusieurs formes d'efficience intellectuelle qui ne sont pas incompatibles avec
l'existence d'un facteur plus général.

L'évolution des échelles d'intelligence est allée dans le même sens puisque
Wechsler a introduit dans les échelles d'intelligence qu'il a construites une partie dite
« verbale », dont les sous-tests font appel au langage et une partie dite de
« performance », dont les sous-tests comportent des tâches non verbales de
raisonnement sur matériel visuo-spatial. Ces échelles introduisent donc aussi une
distinction entre au moins deux grandes formes d'intelligence et permettent de
calculer, en plus du QI global, un QI verbal (correspondant en gros à l'intelligence
cristallisée) et un QI de performance (correspondant à un mélange d'intelligence
fluide et d'intelligence visuo-spatiale).

Il n'y a pas de consensus sur la nature des mécanismes cognitifs qui sous-tendent
le facteur général d'intelligence. Certains cherchent à expliquer ce facteur par des
différences dans les mécanismes élémentaires de traitement de l'information, par
exemple par des différences dans la vitesse de transmission de l'influx nerveux.

4.6. Les théories qui postulent des formes d'intelligence indépendantes


Certaines théories, plus récentes, vont plus loin dans la distinction entre les formes
d'intelligence, dans la mesure où elles contestent l'existence d'un facteur général et
distinguent des formes d'intelligence qu'elles considèrent comme indépendantes. Les
deux théories les plus souvent citées à ce propos sont la théorie des intelligences
multiples de Gardner et la théorie « triarchique » de Sternberg.

 La théorie des intelligences multiples

Howard GARDNER (1983, 1996), professeur de psychologie cognitive à Haward a


émis l’hypothèse selon laquelle plusieurs types d’intelligence coexistaient chez
chaque être humain. En étudiant des individus souffrant de troubles cérébraux, il
distingue sept types d’intelligence. Il y ajoute ensuite un huitième : l’intelligence
naturaliste et en envisage un neuvième, l’intelligence existentielle.

Il propose des critères permettant selon lui de les identifier.


L'un de ces critères est l'existence de créateurs géniaux ayant fait des
contributions exceptionnelles dans un domaine bien défini.

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Un autre est l'existence de localisations cérébrales spécifiques à cette forme
d'intelligence (se traduisant notamment par le fait que la lésion de cette zone
n'affecte que cette sorte d'intelligence).
Un troisième critère est l'existence de cas « d’idiots savants » ou « d'autistes
géniaux », c'est-à-dire de sujets manifestant une capacité extraordinaire dans un
domaine, mais des capacités intellectuelles médiocres par ailleurs.

Ainsi, il existe dans le domaine logico-mathématique, à la fois des génies précoces,


des « idiots savants », c'est-à-dire des individus intellectuellement retardés, mais qui
parviennent à des prouesses en matière de calcul. De plus, certaines lésions
cérébrales n'affectent que les capacités de calcul d'une personne et laissent les
autres aspects de l'intelligence intacts.

Critère Description
Créateurs géniaux : Contributions exceptionnelles dans un domaine bien défini.
génies Prouesses intellectuelles ou artistiques.
Localisations La lésion cérébrale est anatomiquement localisée.
cérébrales
spécifiques
« d’idiots savants » Sujets manifestant une capacité extraordinaire dans
ou « d'autistes un domaine, mais des capacités intellectuelles
géniaux » médiocres par ailleurs

En appliquant ces critères, Gardner a pensé pouvoir identifier, dans un premier


temps, sept formes d'intelligence. On remarquera que quatre de ces formes
d'intelligence (logico-mathématique, langagière, spatiale, et musicale) rappellent les
quatre grands facteurs de l'intelligence, dégagés par l'analyse factorielle dans
l'approche psychométrique, respectivement le facteur d'intelligence fluide ou de
raisonnement, le facteur d'intelligence cristallisée ou verbale, le facteur de
représentation visuo-spatiale et le facteur de représentation auditive.

Forme Description
d’intelligence
Logico- Capacité à manier des opérations mathématiques et logiques
mathématique
Langagière Capacité à produire et comprendre le langage
Spatiale Capacité à coordonner les informations visuospatiales et bien
utiliser l’espace
Kinesthésique Capacité à utiliser son corps dans des activités sportives ou de
danse
Musicale Capacité à comprendre et produire la musique
Interpersonnelle Capacité à bien gérer les relations humaines et comprendre les
émotions des autres
Intrapersonnelle Capacité à analyser et à comprendre ses propres motivations,
émotions, forces et faiblesses
Naturaliste Capacité à comprendre des phénomènes en relation avec les
environnements naturels
Les huit formes d’intelligence selon Gardner.

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1. L’intelligence logico-mathématique Les personnes qui ont une intelligence
logico-mathématique développée possèdent la capacité de calculer, de mesurer, de
faire preuve de logique et de résoudre des problèmes mathématique et scientifique.
Ils ont aussi tendance à catégoriser et à ordonner les objets, ils aiment les chiffres,
l’analyse et le raisonnement. Plusieurs moyens existent pour tester et développer ce
type d’intelligence, généralement qualifiée de quotient intellectuel.

2. l’intelligence spatiale Elle permet à la personne d’utiliser les capacités


intellectuelles spécifiques pour avoir mentalement une représentation spatiale du
monde. Les américains voyagent en foret à l’aide de leur représentation mentale du
terrain. Ils visualisent des points de repères : cours d’eau, lacs, types de végétation,
montagnes et s’en serve pour progresser. (Géographes, pilotes d’avions, peintres,
architectes…).

3. l’intelligence interpersonnelle ou sociale permet à l’individu d’agir et de réagir


avec les autres de façon correcte et adaptée. Elle permet de détecter les intentions
de quelqu’un sans qu’elles soient avouées. Cette intelligence permet de résoudre
des problèmes liés à nos relations avec les autres ; elle nous permet de comprendre
et de générer des solutions valables les aider. Les personnalités charismatiques ont
une intelligence interpersonnelle très élevé. On la retrouve chez les politiciens,
commerçants, enseignants.

4. l’intelligence corporelle kinesthésique L’intelligence kinesthésique est la


capacité d’utiliser son corps pour exprimer une idée ou un sentiment ou réaliser une
activité physique. Elle est particulièrement utilisée par les professionnels de la danse,
de l’athlétisme, de la chirurgie et de l’artisanat. Il existe donc un potentiel intellectuel
qui permet par exemple, au joueur de Basket-ball, de calculer la hauteur, la force et
l’effet du lancer au panier. Le cerveau anticipe le point d’arrivée du ballon et met en
branle une série de mouvements pour résoudre le problème.

5. l’intelligence verbo-linguistique C’est l’aptitude à penser avec des mots et à


employer le langage pour exprimer ou saisir des idées complexes. On la retrouve
chez les écrivains et les poètes. L’intelligence verbo-linguistique consiste à utiliser le
langage pour exprimer ce que l’on pense et comprendre les autres. C’est aussi
l’intelligence des sons, car les mots sont des ensembles de sons. Les personnes
auditives ont ainsi beaucoup plus de facilité à entendre des mots que de voir et de
retenir des images.

6. l’intelligence intra-personnelle L’intelligence intra personnelle permet de se


former une représentation de soi précise et fidèle ; et de l’utiliser efficacement dans
la vie. Il s’agit de la capacité à décrypter ses propres émotions, à rester ouvert à ses
besoins et à ses désirs. C’est l’intelligence de l’introspection, de la psychologie
analytique.

7. l’intelligence musico-rythmique L’intelligence musicale constitue l’aptitude à


penser en rythme et en mélodies de reconnaitre des modèles musicaux, de les
interpréter et d’en créer. Utilisée beaucoup plus par les musiciens et les
compositeurs.

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8. l’intelligence naturaliste L’intelligence de la personne capable de classer, de
discriminer, de reconnaitre et d’utiliser des connaissances sur l’environnement
naturel, sur les animaux, les végétaux ou les minéraux. Elles sont adeptes de la
conservation de leur environnement. C’est l’intelligence du chasseur-cueilleur, du
biologiste, du botaniste…

9. l’intelligence existentielle L’intelligence existentielle ou intelligence spirituelle se


définie par l’aptitude à se questionner sur le sens et l’origine des choses. C’est la
capacité à penser nos origines et notre destinée. Elle est encore définie comme
l’aptitude à se situer par rapport aux limites cosmiques ou à dicter des règles ou des
comportements en rapport aux domaines de la vie. Selon certains auteurs,
l’existence, l’existence des polymathes, invalide cette théorie. En effet les formes
d’intelligences sont pour Gardner exclusives : un individu est soit porté vers les
sciences, soit vers les arts. Or, les polymathes réunissent couramment et
simultanément quatre ou cinq formes d’intelligence.

Gardner critique les tests classiques de mesure de l'intelligence et considère que le


facteur général obtenu par l'approche psychométrique classique est dû à la méthode
de mesure. Il récuse la standardisation des situations de test et préconise d'évaluer
les différentes formes d'intelligence en plaçant les enfants dans des environnements
riches, en milieu naturel, et en observant leurs activités. Cette approche permet des
observations qualitatives intéressantes, mais ne se prête pas à la vérification
empirique de l'indépendance entre les différentes formes d'intelligence qui reste,
pour l'instant, à démontrer.

La théorie triarchique de l'intelligence proposée par Sternberg (1985, 2003)


distingue trois grands aspects dans le fonctionnement de l'intelligence.

 Le premier est l'aspect interne ou componentiel. Il est relatif au


fonctionnement des différentes composantes du traitement de l'information
mises en œuvre pour résoudre un problème (par exemple les
composantes élémentaires de codage, de sélection, de comparaison, des
informations perçues, et des méta-composantes qui ont une fonction
exécutive de sélection des composantes élémentaires appropriées au
problème et de régulation de la mise en œuvre de ces composantes).

 Le second est l'aspect externe ou contextuel, qui concerne l'application


pratique des composantes décrites ci-dessus à un contexte
environnemental donné. Cette application dépend d'aspects de contexte,
de valeurs, d'implicites, qui peuvent être très différents dans des
environnements différents, dans des cultures différentes. Dans une même
situation, des personnes de cultures différentes peuvent suivre des
objectifs totalement différents et la définition de ce qu'est une conduite
intelligente dépend de ce qui est valorisé et jugé important dans une
culture donnée.

 Le troisième aspect, dit « expérientiel » tient aux rapports entre le


traitement de la nouveauté et l'expérience. Plus vite le traitement de ce qui
est connu est automatisé, plus cela libère de ressources pour traiter
l'information nouvelle.
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Ces trois aspects de l'intelligence apparaissent de manières différentes et dans des
contextes différents selon les individus. Les individus qui sont performants dans un
de ces aspects ne le sont pas nécessairement dans les autres. Ceci donne lieu à
trois formes d'intelligence différentes. Les individus qui sont particulièrement
efficaces dans l'aspect componentiel, c'est à dire ceux qui utilisent de façon efficace
les différents processus de traitement de l'information, présentent une forme
d'intelligence que Sternberg appelle « analytique ». Ceux qui sont plus efficaces
dans l'adaptation de ces processus au contexte ont une forme d'intelligence dite
« pratique34 ». Enfin, ceux qui sont les plus efficaces dans le traitement de la
nouveauté développent une forme d'intelligence dite « créative ».

Des tests destinés à évaluer ces différentes formes d'intelligence ont été mis au
point, et des analyses factorielles de ces tests ont en général permis d'extraire trois
facteurs correspondant à ces trois aspects de l'intelligence.

Dimension de l’intelligence Capacité sous-jacente


Componentielle Analytique
Expérientielle Pratique
Contextuelle Créative
Dimensions de l’intelligence & capacité sous-jacente selon Sternberg.

D'autres études ont montré que les élèves avaient de meilleurs résultats lorsque les
méthodes d'enseignement correspondaient à leur forme d'intelligence privilégiée
(analytique, pratique ou créative) que lorsque ce n'était pas le cas (Sternberg, 2003).

Les trois formes d'intelligence distinguées par Sternberg sont évidemment très
différentes des huit formes distinguées par Gardner, mais ces deux conceptions sont
compatibles. La catégorisation de Sternberg est relative à des macro-processus
mentaux (ceux qui analysent l'information, ceux qui intègrent le contexte et ceux qui
traitent la nouveauté) tandis que la catégorisation de Gardner est relative aux
différents domaines auxquels s'appliquent ces traitements (logique, langage, espace,
etc.). Un croisement des deux systèmes consisterait à essayer de retrouver chacune
des trois formes d'intelligence répertoriées dans la théorie triarchique de Sternberg
dans chacun des huit domaines répertoriés par la théorie des intelligences multiples
de Gardner.

4.7. L'intelligence sociale et l'intelligence émotionnelle

Il faut enfin signaler des formes d'intelligence qui n'ont pas été distinguées dans le
cadre d'une théorie de l'intelligence, mais qui ont fait l'objet de recherches
spécifiques. De ce point de vue, celles qui ont bénéficié de la plus large attention
sont l'intelligence sociale et l'intelligence émotionnelle.

L'intelligence sociale est la forme d'intelligence qui permet de comprendre autrui (ses
pensées, ses sentiments) et d'agir efficacement sur lui (obtenir son adhésion,
modifier son comportement) en situation d'interaction sociale. Divers instruments
34
L'intelligence pratique permet d'acquérir et d'utiliser des connaissances tacites dans des environnements où les
stratégies à suivre pour réussir ne donnent pas lieu à un enseignement explicite et ne sont parfois pas même
verbalisées (par exemple comment se comporter avec ses collègues de travail).
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d'évaluation ont été mis au point pour cerner cette forme d'intelligence : mises en
situation, questionnaires, épreuves objectives (cf. Kihlstrom & Cantor, 2000).

L'intelligence émotionnelle est la capacité à connaître et à réguler ses propres


émotions ainsi que celles des autres, et à utiliser cette information pour guider la
réflexion et l'action. Des épreuves d'évaluation ont aussi été construites pour cerner
différentes dimensions de cette forme d'intelligence, comme le degré d'attention
accordé à ses propres émotions, la capacité d'identification des émotions chez soi-
même et autrui, la clarté des émotions ressenties, etc. (cf. Salovey & Pizarro, 2003).

Telles qu'elles viennent d'être définies, l'intelligence sociale et l'intelligence


émotionnelle sont très proches respectivement des intelligences inter et intra-
personnelle de Gardner. Toutefois, ayant été étudiées dans le cadre de la tradition
psychométrique, elles offrent l'avantage d'être opérationnalisées dans des tests ou
questionnaires qui permettent de les mesurer.

4.8. Les échelles d’Intelligence

On a construit des échelles pour évaluer l’intelligence d’individus enfants ou adultes.


Les auteurs de ces échelles considèrent que l’intelligence est constituée d’un
ensemble de fonctions ou de processus cognitifs qui agissent de manière
coordonnée, ce qui confèrent 2 propriétés aux échelles :
1. elles sont constituées d’épreuves variées pour couvrir l’ensemble des
processus définissant l’intelligence. À partir de chacune des épreuves, on peut
caractériser le sujet par un profil.
2. elles permettent de calculer un score unique pour un sujet, rendant compte de
son efficience

 L’échelle métrique d’intelligence de Binet et Simon.

C’est en 1905 que Binet et Simon présentent la 1 er version de leur échelle métrique,
destinée à repérer les élèves susceptibles de bénéficier d’un enseignement spécial à
cause de leur insuffisance intellectuelle légère. L’échelle sera remaniée en 1908 et
1911.

Selon Binet, la déficience mentale est un retard de développement. Ce qui le conduit


à choisir des tests représentatifs de l’âge (c'est-à-dire réussi par la majorité des
enfants de cet âge) et proposer la notion d’âge mental (permet de placer les
performances de l’enfant par rapport à la moyenne des performances d’enfants
d’âges différents). Un enfant de 10 ans réussissant des tâches d’enfants de 12 ans à
12 ans d’âge mental.

La notion de QI ne provient pas de Binet (mort en 1911), mais de Stern, ensuite


popularisée par Terman dans l’adaptation du test Binet-Simon. Le QI est le rapport
entre âge mental/âge chronologique. Le QI indique ainsi l’avance ou le retard mental.

 Les échelles d’intelligence de Wechsler.

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Wechsler présente son échelle d’intelligence pour adultes en 1939, la WAIS-R. Elle
fut révisée en 1955 et 1981. Sur les mêmes principes : la WISC (enfants de 5-15
ans) et la WPPSI (3-7 ans).

Son échelle se différencie de celle de Binet & Simon sur 2 points :


1. les épreuves ne représentent plus des âges, mais sont des sous-tests
constitués d’items dont la difficulté s’accentue. L’âge est déterminé par la
réussite de problèmes de même nature, mais plus difficiles.
2. Wechsler abandonne la notion d’âge mental et donne une nouvelle
définition au QI de Stern. Le QI de Wechsler (ou QI standard) n’a plus rien
avoir avec un quotient, il indique juste le rang du sujet. Ainsi, la moyenne est
fixée à 100, l’écart-type à 15, on dira d’un individu avec un QI de 120 qu’il se
situe à 1.35 écart-type de la moyenne (20/15).

La WAIS-R est composée de 11 sous-tests : 6 sous tests verbaux et 5 sous-tests


de performance (non verbale). On peut donc calculer un QI verbal, un QI de
performance, et un QI total.

Les matrices de corrélation de la WAIS ont montré l’existence d’un fort facteur
général justifiant ainsi le calcul d’un QI global (forte corrélation entre les sous-tests).
On distingue 3 grands facteurs de groupes : compréhension verbale, organisation
perceptive analytique, attention.

 La batterie de Kaufman.

Kaufman & Kaufman construisent le K.ABC afin de faire reposer une épreuve de
type WISC sur des bases neuropsychologiques. Destinés à des enfants de 2½-12
ans, le K.ABC comporte 16 sous-tests, regroupés en 3 classes qui évaluent
l’efficience dans le traitement séquentiel de l’information ; le traitement simultané de
l’info ; des connaissances (vocabulaire, reconnaissance d’objets culturels…).

Le K.ABC permet de calculer 5 scores (de M=100 et écart-type=15) :


1. processus séquentiels
2. processus simultané
3. processus séquentiels et simultanés (INT fluide)
4. connaissances (INT cristallisée)
5. performance (épreuves non verbales).

Conclusion
Les modèles et théories qui viennent d'être passés en revue montrent qu'il existe une
nette tendance, dans la période récente, à élargir l'extension du concept
d'intelligence et à distinguer des formes d'intelligence différentes. L'approche
psychométrique de l'intelligence était plutôt centrée sur les aspects de l'intelligence
qui sont les plus impliqués dans les apprentissages scolaires. Le concept s'élargit
maintenant en intégrant des aspects de l'adaptation cognitive, par exemple la
connaissance de soi et des autres, qui n'étaient pas pris en compte par les tests
classiques.

Parallèlement, le nombre de formes d'intelligences distinguées augmente et la


généralité du facteur général est contestée. Le facteur général d'intelligence, tel qu'il
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est mesuré par les tests de facteur g, n'a pas disparu pour autant et il reste �’un des
meilleurs prédicteurs de la réussite scolaire.

V- Imagination et créativité

L'imagination est à la fois la capacité innée et le processus d'inventer un champ


personnel, partiel ou complet, à travers l'esprit à partir d'éléments dérivés de
perceptions sensorielles de l'existence commune. Elle sert également à ceux qui ont
un besoin de se créer un monde à eux afin de s'y réfugier ou tout simplement, pour
ne plus être seul ou se désennuyer. Ce terme est techniquement utilisé en
psychologie dans le processus « réanimatif » de la perception de l'esprit, tirée de
l'expérience de la perception sensorielle.

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Chapitre — La motivation
I- Notions de base

Être motivé c’est trouver un sens à une action. En corollaire pour qu'une action
motive, elle doit avoir un sens (une signification, une valeur). La motivation des
étudiants est le moteur de leurs apprentissages : forte, elle leur permet tout,
défaillante, elle les conduit à l'échec. Connaître les facteurs qui motivent les
étudiants permet aux enseignants d'entretenir, voire de susciter le désir d'apprendre.

Il existe actuellement plusieurs théories ayant pour même but de déterminer les
facteurs qui poussent un individu à agir. On peut néanmoins admettre pour définition
que la motivation est l’ensemble des mécanismes biologiques et psychologiques qui
permettent le déclenchement de l’action, son orientation vers un but. La motivation
détermine l’intensité et la persistance de l’action : plus on est motivé, plus l’activité
est grande et persistante. (Lieury & Fenouillet, 1996)

Instinct
L’instinct est une conduite innée, présentant une structure invariable et commune à
tous les individus d’une espèce. L’instinct est généralement finalisé, orienté vers un
but de survie. Le concept est étroitement associé à l’approche éthologique du
comportement.

Pulsions
Les pulsions trouvent leur origine dans une excitation corporelle (état de tension) qui
pousse l’organisme à l’action pour réduire cet état de tension (faim, soif, besoin
sexuel…). Le concept est étroitement associé à la théorie psychanalytique (Freud…)

Définitions des motivations et leur intégration à la notion de besoins


Tout individu dispose d'une énergie physique et psychique (cette dernière étant la
libido au sens freudien) où il puise des forces pour trouver dans son environnement
les éléments nécessaires à ses besoins. Le processus mental qui mobilise cette
énergie est désigné comme la perception d'un besoin, d'un désir, comme la
motivation.

Le mot motivation aurait été créé dans les années 30 par deux psychologues
pionniers du marketing, Ernest DICHTER et Louis CHESKIN, qui s'en disputeraient
la paternité. Ils appelaient motivations l'ensemble des facteurs irrationnels et
inconscients des conduites humaines.

Theresa YURËN définit les motivations comme les « Structures normatives que le
sujet a acceptées intérieurement et qui guideront ses relations avec autrui et ses
choix de valeurs ».

Les définitions des dictionnaires Le Robert et Le Larousse se complètent : "Action


des forces conscientes et inconscientes qui déterminent le comportement » (sans
aucune considération morale) (Le Robert). Et « Processus physiologiques et
psychologiques responsables du déclenchement, de la poursuite et de la cessation
d’un comportement » (Le Larousse). Ces définitions s'accordent sur le fait que les
motivations entraînent des comportements.

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Mais un comportement dans quel but ?

Une réponse est donnée par Jean PIAGET à propos de l'enfant : « L'enfant pas plus
que l'adulte, n'exécute aucun acte, extérieur ou même intérieur, que mû par un
mobile, et ce mobile se traduit toujours sous la forme d'un besoin (un besoin
élémentaire ou un intérêt, une question) »

Une autre réponse plus hédoniste : la motivation est le désir pour combler un
manque, ou atteindre un plaisir, de façon plus générale obtenir satisfaction.
« L'homme partage avec l'animal le plaisir de la récompense. L’un et l'autre
apprennent à prévoir la récompense et à rechercher les conditions dans lesquelles ils
l'atteignent de manière sûre. » (P. CHANGEUX). Du comportement qui satisfait un
besoin à celui qui assouvit le désir par le plaisir, il n'y a que des nuances.

1.2. Degré de motivation

La motivation individuelle varie en intensité (et en qualité). La motivation traduit


l’absence (ou la faiblesse) de la motivation. La motivation est dite extrinsèque si
elle est extérieure au sujet. Son action est alors orientée en vue d’acquérir une
gratification ou pour éviter une situation désagréable. Si l’individu agit en suivant sa
propre volonté, sa motivation est dite intrinsèque. Il agit librement selon son désir
ou ses aspirations et sans subir d’influences extérieures. Suite à différentes
études, Harlow est arrivé à la conclusion que la récompense réduit la motivation
intrinsèque.

1.3. Caractéristiques

« Le concept de motivation représente le construit hypothétique utilisé afin de décrire


les forces internes et/ou externes produisant le déclenchement, la direction,
l'intensité et la persistance du comportement. » (Vallerand & Thill, 1993)

 La motivation est un concept théorique (= une abstraction)... et non une réalité


matérielle en tant que telle (on ne peut que l’inférer derrière certains
comportements).
 On admet aujourd’hui que l’origine de la motivation se situe à la fois dans
l’individu et dans son environnement.35
 Le déclenchement du comportement. La motivation déclenche ou dynamise
le comportement. Le passage d’un état passif à un état actif suppose une
motivation.
 La direction du comportement. La motivation canalise notre énergie vers
des buts ; elle dirige le comportement. Il y a ici 2 aspects complémentaires
(Le choix d’une option parmi un ensemble de possibles et la centration de
l’attention.
 L’intensité du comportement (l’« effort »), notamment la quantité de
ressources énergétiques consacrée à une action.

35
Le rôle de l’intervenant serait d’arriver à exploiter ces 2 ensembles de facteurs (personnalité X situation) pour
optimiser la motivation (et les apprentissages) de ses pratiquants.

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 la persistance du comportement. La tendance à continuer dans une
direction donnée, pendant une période de temps pus ou moins prolongée… la
quantité de ressources temporelles investie par l’individu, plus de tendance à
retourner vers une activité en dehors du contexte initial dans lequel on l’a
effectuée (refaire dans un contexte de libre choix... ce que l’on a fait
antérieurement dans un contexte obligatoire)

La motivation… un processus continu (Toute conduite est motivée.)


La motivation n’est pas un phénomène épisodique, qui ferait de temps en temps son
apparition pour disparaître ensuite. Elle met en œuvre 2 processus fondamentaux :
1. un processus de décision… la motivation se manifeste par le choix d’un
comportement parmi un ensemble d’alternatives.
2. un processus d'allocation de ressources… ressources énergétiques et
temporelles (voire financières). La motivation régule les aspects directionnels
et énergétiques du comportement.

Toute conduite est motivée dans la mesure où elle est l’“expression” d’un but que
cherche à atteindre l’individu. Il n’y a pas d’actions “gratuites” ou “inutiles” ; tout
comportement sert un objectif que l’individu s’est fixé. Une conduite rationnelle, c’est
une conduite qui semble la “meilleure”, pour un individu donné, dans une situation
donnée.

1.4. Classification des besoins

Abraham MASLOW, psychologue qui a d'abord été comportementaliste avant de


s'intéresser à d'autres aspects de la psychologie, a établi une théorie des besoins. Il
en distingue cinq types qu'il hiérarchise en niveaux, estimant qu'un niveau ne peut
être exprimé que si les inférieurs sont satisfaits.

1. besoins physiologiques (physiological needs)


2. besoins de sécurité (safety needs)
3. besoins sociaux (belonging needs)
4. besoins d'autonomie et d'indépendance (esteem needs)
5. besoin de réalisation de soi (self-actualization).

La théorie de MASLOW a été retenue comme un modèle dans de nombreux


domaines et sa représentation sous forme d'une pyramide.

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59
Besoins d’Abraham

Besoins d’Adam

MASLOW a lui-même établi une distinction entre les niveaux des besoins
physiologiques, de sécurité, d'appartenance, d'estime, et celui de
« selfactualization » (terme utilisé par Kurt GOLDSTEIN).

Les quatre premiers répondraient conceptuellement au modèle de l'homéostasie 36,


alors que le plus élevé, actuellement désigné en français comme l'accomplissement
de soi serait un état de sagesse dans lequel ne s'exprimeraient plus de besoins.
L'ayant décrit à partir de personnalités célèbres et d'une douzaine d'anonymes
MASLOW estimait que ce niveau n'était accessible qu'à 2 % des individus.

Si la hiérarchisation des besoins établie par MASLOW et le concept de


l'accomplissement de Soi ont été critiqués, il subsiste de sa théorie la réalité de
quatre grands types de besoins : physiologiques, de sécurité, d'appartenance et
d'estime de soi (par les autres et par soi-même).

D'autres approches ont repris les mêmes notions en les enrichissant.

"Le besoin est un état de tension insatisfait lié à une nécessité (biologique,
psychologique ou sociologique) existentielle, orientée vers une catégorie d'objets
satisfacteurs, qui pousse l'individu à rechercher un état d'équilibre plus satisfaisant
par l'atteinte d'objets appartenant à un certain ensemble." A. MUCHIELLI.

36
Stabilisation des différentes constantes physiologiques chez les organismes vivants.

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60
Cette définition insiste sur la notion d'un état d'équilibre, équivalent de l'homéostasie
décrite pour les processus de régulation en physiologie. Elle s'applique en fait à
certains besoins et probablement pas à toutes les motivations.

Selon Talcott PARSONS (1964), cité par MUCHIELLI, l'action se situe toujours
simultanément dans quatre contextes : biologique, psychique, social, culturel, faisant
partie de ce qu'il appelle le Système de l'Action.

1. le contexte biologique est celui des besoins vitaux,


2. le contexte psychique est exprimé par le cerveau.37
3. le contexte social est celui des interactions avec les individus,
4. le contexte culturel apporte les normes, les modèles, les valeurs sociales et
les idéologies.

 Les besoins physiologiques, vitaux, correspondent au niveau de base :


tous les auteurs s'accordent sur ce point. Pour un nouveau-né ces besoins
sont évidents. Il doit avoir de l'oxygène, être nourri, protégé du froid et de la
chaleur, de toute agression extérieure, être aimé.

Ces besoins sont instinctifs, c'est-à-dire innés, ancrés au niveau biologique,


incontrôlables, répondant à un stimulus interne. Le modèle de l'homéostat est
applicable à ces besoins physiologiques (respiration, faim, soif, sommeil, etc.)
où il y a bien une recherche d'équilibre.

Pierre CHANGEUX étend la notion à l'espèce, au-delà de l'individu « L'homme


et l'animal ont des comportements d'exploration spontanée de leur
environnement destiné à satisfaire des besoins végétatifs élémentaires
nécessaires à la survie : manger, boire, se chauffer, chercher des partenaires
sexuels pour la reproduction ».

 Les besoins de sécurité : Être en sécurité c’est vivre dans un environnement


exempt de danger. On perçoit l'importance des besoins de sécurité par les
situations où les individus doivent mobiliser toute leur énergie pour fuir ou se
protéger ; ce sont les cas de catastrophes naturelles, d'accidents, de guerres.

 Les besoins d'appartenance (MASLOW), le niveau socioculturel des


motivations (MUCHIELLI). Le développement de l'enfant ne peut être complet
que s'il est élevé au contact d'adultes (5) ; les expériences de HARLOW ont
montré que les singes élevés en dehors d'adultes restent tristes, craintifs et
non créatifs.

L'individu éprouve des besoins d'appartenance en prenant conscience qu'il lui a été
nécessaire d'être au contact d'adultes pour se développer, puis qu'il doit vivre parmi
les autres. Si on se réfère au développement de l'enfant les besoins affectifs se
développent en étroite liaison avec la satisfaction des besoins vitaux.

37
On peut reprendre ici une phrase de A. BERTHOZ (le Sens du mouvement – 1997) cité par P. CHANGEUX
"Le cerveau se comporte naturellement comme un système autonome qui projette en permanence de
l'information en direction du monde extérieur, au lieu de recevoir passivement son empreinte" :

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61
 Les besoins d'amour selon MASLOW ou affectifs selon MUCHIELLI : Les
théories de la genèse des facteurs affectifs acquis des motivations reposent
sur 6 postulats.

1. Tout individu rencontre des situations qui vont le marquer (postulat des situations
d'empreinte)
2. situations qui vont laisser des traces affectives indélébiles (postulat de l'empreinte
affective)
3. situations qui orientent sa perception du monde, ses attitudes et ses réactions
ultérieures (postulat de la projection affective)
4. situations qui déterminent les niveaux des motivations anthropologiques,
culturelles et individuelles (postulat des niveaux de motivation) 5
5. situations qui peuvent se formuler sous forme de règles de vie ou de croyances et
sous-tendent toutes les conduites (postulat de la formulation axiomatique des
motivations)
6. ces règles de vie sont les conclusions psychologiques tirées par l'individu des
situations vécues (postulat de la formation par induction généralisante affective
des motivations).

Les besoins d'amour conduisent plutôt aux termes de passions et de désir. Dans
Biologie des passions, JD VINCENT explique préférer le mot passion à ceux de
comportement élémentaire et d'émotion, le mot désir à celui de motivation… qu'il
laisse aux physiologistes (6).

Les besoins proprement d'appartenance : Toute société a :


 ses coutumes, façons explicites d'être et d'agir établies par l'usage,
 ses mentalités, systèmes de valeurs plus ou moins explicitées,
 ses normes comportementales.

Ainsi, tout individu se développe dans un contexte socioculturel qui crée en lui des
conditionnements, réactions où les comportements sont appris par la répétition et le
renforcement ou imprimés par la force du traumatisme. « Les plus pessimistes
pensent que tout en nous est conditionné. Éducation, métier, vie sociale
conditionneraient nos besoins, goûts, attitudes, manières de penser et d'être, c'est-à-
dire notre personnalité. » (MUCHIELLI).

Le besoin d'appartenance pousse chaque individu à adhérer aux coutumes,


mentalités et normes comportementales de la société dans laquelle il vit. Ainsi, la
pression à la conformité des coutumes, mentalités et normes, est un élément de
motivation.

À titre individuel, les attitudes sont des facteurs de motivations. « Une attitude
est donc une orientation générale de la manière d'être face à certains éléments du
monde. C'est l'expression dynamique d'un principe affectif profond et inconscient (ou
valeur) acquis à travers la succession ou la répétition d'expériences de la vie. Une
attitude prédispose à percevoir et à agir d'une certaine manière. »

Les attitudes sont des motivations, car intervenant dans l'orientation des conduites,
influençant la perception, la mémoire et le raisonnement. Les attitudes s'expriment

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62
dans des habitudes, c'est-à-dire des comportements, procédures mentales se
référant à trois notions
1. une acquisition progressive d'habitude (souvent créé par l'entourage
social) qu'on finit par reproduire sans y penser,
2. le comportement est automatisé et stable, devenant une conduite
routinière, permanente et prévisible, facilitant la vie sociale et la cohésion de
groupe, mais difficile à remettre en cause,
3. cette accoutumance facilite l'action et donne une aptitude plus grande.

La force de l'habitude est le déterminant irrationnel du comportement. R. LINTON


(1968) : "on peut imaginer la personnalité comme un noyau d'habitudes, organisé,
relativement persistant, enveloppé d'un halo de réponses comportementales en train
de se réduire en habitudes". Pour Linton les habitudes se forment par imitation, et
par essais et erreurs.

Pour G. ALLPORT, les habitudes sont une des sources principales des motivations.
Les habitudes fonctionnent par elles-mêmes et leurs déroulements prouvent une
satisfaction. La privation d'une habitude entraîne une gêne.

Les complexes, tel le complexe d'infériorité, certaines phobies sociales, sont des
habitudes pathologiques.

 Les besoins d'estime : À partir du moment où l'enfant a conscience qu'il est


un individu parmi les autres il ressent le besoin d'être reconnu et estimé des
autres. De même, il a besoin de s'estimer lui-même. Estime de Soi et Estime
des Autres sont en fait indissociables.

o Estime de Soi : "L'estime de soi (ou attitude envers soi-même) est la


composante principale de la motivation". MUCHIELLI présente l'estime
de soi comme résultant de deux forces, la confiance en soi et de la
force du Moi.
— La confiance en soi (fondement du sentiment d'identité) est formée
par la qualité et la stabilité de la relation primitive avec la mère selon
ERIKSON,
— la force du Moi est le degré d'intégration et de capacité d'adaptation
dynamique à l'environnement.

BELLAK a énoncé des fonctions réparties en 3 sous-ensembles : conditions


neuro-physiologiques de santé, des mécanismes fonctionnels d'adaptation de
la relation au monde et à autrui, de capacités "qui pourraient former la volonté" :
capacités de relaxation, de mobilisation de son énergie, d'autonomie-décision,
d'intégration des sentiments et des idées.

La volonté est la force mobilisable qui sous-tend quantité de conduites rationnelles


ou irrationnelles, conscientes ou inconscientes. Voici schématisée cette présentation
de MUCHIELLI.

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63
o La reconnaissance par les autres : Au-delà du besoin
d'appartenance, le besoin de la reconnaissance par les autres est un
volet de l'estime de soi. C'est par l'acquisition de compétences (réelles
ou supposées) que l'individu acquiert sa place dans la société.

Éric BERNE a développé dans « Des jeux et des Hommes » la technique de


l'analyse transactionnelle qui démonte les mécanismes des échanges entre les
individus, et par suite identifie les motivations profondes dans les rapports humains.
La course au pouvoir, aux honneurs, est une expression banale de l'estime de soi et
du désir de reconnaissance par les autres. L'implication affective est un facteur de
motivation recherché par la participation, par la récompense officielle.

Le besoin d'autonomie fait partie de l'estime de soi et de l'estime des autres,


exprimant qu'on a confiance en soi et que les autres doivent vous faire confiance. Il
n'est pas en contradiction avec les besoins d'appartenance et d'estime des autres.

Ces besoins distingués par MASLOW sont difficilement dissociables des précédents.
Ils dépendent de la sensibilité personnelle, des positions prises par chacun dans son
contexte socio-culturel.

 L'accomplissement de soi : L'accession à ce besoin passe par la satisfaction de


besoins divers en matière de création, d'esthétisme, de spiritualité. Il est décrit
par MASLOW comme l'accession à un niveau de parfaite sérénité. Il ne serait
atteint que par 1 % des individus. Une bonne analyse de ce niveau figure dans
l'article de BOEREE.

Le désir renouvelé d'imaginer, de chercher, de créer des œuvres est une passion
qui anime autant les artistes que les chercheurs… On peut concevoir
l'accomplissement de soi autant comme le plaisir d'une quête permanente que
l'accession à la sérénité.

1.5. L'évolution des motivations


Chacun vit des moments où les besoins ressentis dans un domaine prennent le pas
sur tous les autres. Sur une représentation sectorielle des besoins de MASLOW, on

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peut imaginer des répartitions différentes des besoins en fonction des circonstances,
depuis ceux du sujet sous un éboulement à ceux du mystique en extase.

B. physiologiques 20 %
B. de Sécurité 20 %
B. d’être aimé 20 %
B. d’être estimé 10 %
B. d’apprendre 10 %
B. esthétique 10 %
B. d’être accompli 10 %

Total 100 %

Représentation sectorielle (imaginaire) des besoins de MASLOW dans une situation de vie banale. Ici
figurent les besoins d'esthétisme retrouvés dans certaines pyramides dites de MASLOW.

II- La démotivation

La démotivation est un mécanisme de défense contre la pesanteur conjugale,


familiale, institutionnelle, qu’elle consolide. C’est un refus d’aborder les crises
incontournables, de lâcher prise devant des situations qu’il ne sera plus jamais
possible de vivre : se réinvestir dans les réalités encore accessibles n’est plus
acceptable.

2.1. Les troubles de la motivation

Regroupés sous des vocables variables : perte d’initiative, d’énergie, de


démotivation, d’apathie, d’émoussement affectif, d’athymhormie, de symptômes
négatifs… La démotivation est la perte de la motivation, l’apathie — du grec Pathos :
passion —, est la perte des sensations, des émotions, de l’intérêt face à
l’environnement. « L’apathie est une démotivation associée à un émoussement
affectif »

Rôle de l’environnement humain dans la démotivation et l’apathie. Les


conséquences de la démotivation sont une perte d’intérêt et à terme exposant aux
risques de la régression. D’autres effets concernent : la baisse de la vigilance et des
processus attentionnels, la diminution de la persévérance, la fatigue et le
désengagement de l’individu pour s’occuper d’autrui ou de lui même, la charge
mentale tolérée dans les tâches cognitives.

Les indices de la démotivation


 Indices physiques : fatigue, apathie. Indices émotionnels : culpabilité, ennui,
frustration, découragement.
 Indices comportementaux : excuses pour ne pas étudier, absences aux
cours, échecs. Indices cognitifs : baisse de concentration, difficulté de
mémorisation.

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65
Les émotions38

La racine étymologique du mot « émotion » est « MOVERE », du verbe latin


« bouger », avec le suffixe « E » qui signifie « de », suggérant que dans chaque
émotion il y ait une action, donc l’émotion est un mouvement.

L’émotion est un état affectif associé à des sensations de plaisir, de déplaisir ou


encore à des sensations liées à la tonalité agréable, désagréable.
C’est un état affectif multidimensionnel qui s’accompagne de manifestations
physiologiques, cognitives, expressives et subjectives.

L'émotion est un ensemble de réponses extrêmement rapides caractérisé par trois


composantes physiologiques, cognitives-expérientielles et comportementales-
expressives. L'émotion possède une propriété d'apparition récurrente à plus long
terme sous forme de ruminations dans le cas intra-personnel et de partage social
dans le cas extra-personnel.

Composantes de l'émotion

La composante physiologique peut se traduire par un changement du rythme


cardiaque, une modification des réponses électrodermales, un changement de la
température du corps, une variation de la fréquence respiratoire, etc.

Chez l'homme, les réponses comportementales et expressives sont


principalement focalisées sur la modification de l'expression du visage, source
principale de communication, mais aussi la posture du sujet et ses gestes.

La composante cognitive-expérientielle comprend l'ensemble des processus


mentaux qui apparaissent et qui se développent suite au déclenchement d'une
émotion intervenant dans la perception de la situation, dans sa mémorisation et dans
son traitement cognitif en mémoire.

Dans l'approche cognitive de l'émotion, l'évaluation et la tendance à l'action sont


deux processus essentiels. L'individu évalue si la situation est nouvelle ou si elle
s'est déjà produite au par avant, Il évalue dans quelle mesure cette situation est
plaisante ou déplaisante et quel contrôle il peut avoir sur elle. La composante
cognitive-expérientielle évalue la nouveauté, la valence et le contrôle que peut avoir
le sujet sur la situation. L'évaluation cognitive est souvent considérée comme un
processus initial au déclenchement de l'émotion.

Distinction entre émotion, humeur et tempérament

De nombreux auteurs, comme Davidson, Ekman, Frijda, Lazarus, Watson et


Clark, malgré leurs approches différentes, sont d'accord pour différencier l'émotion
de l'humeur par la durée et la rapidité des réponses. Selon ces auteurs, l'émotion a
une très courte durée d'apparition (quelques secondes) alors que l'humeur dure plus
longtemps. Le tempérament renvoie à une prédisposition stable du sujet à émettre
un style de réponses.
38

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66
Pour Davidson, les émotions se caractérisent par un pattern d'expressions faciales
propre à chaque état émotionnel, toujours précédés par des événements
reconnaissables. L'émotion aurait également pour propriété de moduler nos actions
et de favoriser le déclenchement de réponses adaptatives. L'humeur (l'état
d'humeur) aurait pour propriété de moduler le contenu cognitif en favorisant ou en
défavorisant l'accès à certain contenu. Par exemple, une humeur dépressive
favorise l'accès aux souvenirs négatifs. L'humeur aurait également pour
propriétés de moduler les processus cognitifs, en influençant les réponses du sujet.
Par exemple, une humeur positive va favoriser l'émergence de réponses
créatives et l'établissement de liens entre des éléments éloignés. Le tempérament
concerne les différences individuelles apparaissant de manière précoce sous le
contrôle de facteurs génétiques.

Ekman, l'humeur interfère avec le processus habituel de régulation émotionnelle,


modifiant ainsi l'intensité des réponses, la capacité de contrôle et la rapidité de
résorption de l'état émotionnel

Frijda se centre sur la notion d'intentionnalité pour permettre de distinguer l'humeur


de l'intention. Pour lui, l'émotion se trouve obligatoirement dans une relation d'objet
alors que l'humeur en est dépourvu. Il place les notions d'humeur et d'émotion sur un
continuum sur lequel elles s'influencent mutuellement. Pour lui, le tempérament
renvoie à une tendance stable à faire l'évaluation des événements en accord avec
certains pattern d'émotions.

Lazarus défend l'idée qu'une émotion survient lors de l'interruption d'un but
nécessitant une réponse rapide. Il rejoint le concept d'évaluation cognitive et celui de
focalisation attentionnelle permettant de générer des réponses adaptatives. Il décrit
l'humeur comme un état diffus comportant des implications existentielles dont les
causes sont incertaines.

Il propose d'accepter qu'une réponse émotionnelle est le fruit de la conciliation d'un


trait de personnalité et des propriétés environnementales, mettant ainsi un terme au
débat entre l'approche situationnelle et celle des caractéristiques individuelles
(stables).

Pour Watson et Clark, l'humeur renvoie à la composante cognitive-expérientiel de


l'émotion et se caractérise par un champ plus étendu. Ils définissent le concept de
« stream of affect » comme un flot de sentiments, ou un ensemble d'états
correspondant à une version atténuée de l'émotion, éprouvée de manière plus
fréquente. Le stream of affect est composé de deux facteurs que sont l'affectivité
négative (négative affect) et l'affectivité positive (positive affect).

Le tempérament, selon eux, est un ensemble de dimensions héritables et


observables dés la naissance.

Propriété de récurrence de l'émotion

La rumination mentale est une forme de récurrence mnésique suite à l'exposition à


une situation fortement émotionnelle. C'est une réapparition involontaire et répétitive

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du souvenir de l'événement traumatisant. Le déclenchement de ruminations peut
avoir une origine interne provenant de la répétition automatique ou externe au sujet
lorsqu’un élément extérieur favorise le rappel. Lorsque l'apparition de rumination
mentale avec une forte intensité et de manière fréquentes, on parle de ruminations
intrusives.

Le partage social de l'émotion est la réévocation de l'épisode émotionnel dans un


langage socialement partagé. Ce processus inter-personnel implique un niveau
symbolique et un destinataire. Il prend souvent la forme d'une discussion, mais peut
aussi se faire sous forme écrite (poèmes, chanson) ou sous autres formes de
créations artistiques.

Le modèle freudien considère l'affect (on utilise peu le terme émotion en


psychanalyse) comme une représentation de la pulsion. Freud considérait surtout la
remémoration des représentations liées aux affects et, plus secondairement, la
reviviscence des affects comme les déclencheurs de la décharge émotionnelle.

Kirouac (1989) considère que le concept « émotion » recouvre aussi des termes
comme « sentiment » et « humeur » pour constituer ce qu'il appelle « les états
affectifs ».

Pour Pagez (1986), il convient de distinguer l'affect de l'expérience émotionnelle, en


réservant à l'affect le sens d'expérience psychique et à l'expérience émotionnelle, le
sens de comportement émotionnel (incluant les mimiques, les gestes, les cris, les
larmes).

D'après Plutchick (1980, 1970), les émotions sont des séquences dynamiques
d'états variables et devraient être considérées comme des processus. Les émotions
de base devraient être considérées comme des tendances à l'action ou comme des
modalités élémentaires des comportements.

De son côté, Frijda (1993) fait une distinction entre émotions et passions : les
émotions sont des comportements non instrumentaux, impliquant des changements
physiologiques et des expériences évaluatives ; quant aux passions, elles n'ont pas
besoin de déclencheur événementiel, mais s'expriment spontanément, selon lui, et
sont attachées durablement à des buts.

Ekman (1972) considère les émotions comme des entités psychophysiologiques et


comportementales discrètes (c.-à-d. individualisées), qui sont produites en quantité
limitée. Les émotions de base ont en commun un déclenchement rapide, une courte
durée, une survenue spontanée, une évaluation automatique et des attitudes
émotionnelles.

Notion de valence

Une distinction importante dans les travaux sur les émotions concerne la valence des
différentes émotions. Cette dernière peut être soit positive (vécu subjectif agréable,
plaisant), soit négative (vécu subjectif désagréable, déplaisant). Ainsi, on décrit
généralement la joie comme une émotion à valence positive et la tristesse, le dégoût,
la colère, la peur comme des émotions à valence négative.

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68
1.3 Notions d’émotions primaires, d’émotions secondaires et d’émotions
d’arrière-plan
1.3.1 Émotions primaires et émotions secondaires, théorie des deux facteurs

Depuis l’Antiquité, différentes listes des principales émotions ont été dressées. Ainsi,
dans la Rhétorique, Aristote (384-324 av. J.-C.) cite les exemples de la colère, de la
pitié et de la peur ainsi que leurs opposés et dans l’Éthique à Nicomaque, il nomme
le désir, la colère et la peur. Il les caractérise en disant qu’elles sont suivies de plaisir
ou de douleur. Descartes (1596-1650), dans Les passions de l’âme (1649), énumère
six « passions, 18 généralités primitives » (l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la
joie et la tristesse) et 34 autres passions, qui naissent des combinaisons des six
premières ou qui en découlent.

Les auteurs contemporains ont dressé plusieurs listes d’émotions primaires (tableau
ci-dessous). On peut voir qu’il existe une grande variabilité des items présents sur
ces listes, certains étant présents chez tous les auteurs (la colère et la peur) et
d’autres non (la joie, la satisfaction, etc.).

Les différentes émotions primaires, d’après quelques auteurs contemporains.

La théorie des deux facteurs propose la distinction entre les émotions primaires, qui
existeraient dans toutes les cultures humaines et aussi chez la plupart des Vertébrés
supérieurs, et les émotions secondaires, qui ne sont pas universelles et résulteraient
de la combinaison des précédentes avec d’autres facteurs. Les premières
comprennent la joie, la peur, la colère, la tristesse, la surprise, le dégoût, et les
secondes l’euphorie, l’anxiété, la jalousie, etc. Les premières auraient un support
biologique et les secondes seraient culturelles.

Quel est le lien entre une émotion primaire et une émotion secondaire ? Différents
auteurs se sont penchés sur cette question. On peut mentionner en particulier
l’approche psycho-évolutioniste de Plutchik et l’approche cognitiviste de Oatley et
Johnson-Laird.

1.3.2 Le modèle multidimensionnel de Plutchik39

39
Plutchik, R. (1980) Emotion : a Psycho-Evolutionary Synthesis. Harper, New York.

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69
Plutchik distingue trois aspects :

 l’aspect dimensionnel : les émotions reposent sur trois dimensions :


l’intensité (peur-panique), la similitude (la honte est plus proche de la
culpabilité que de la joie), la polarité (la tristesse est opposée à la joie) ;
 la notion de persistance : il y a une différence entre les aspects aigus
(souvent les seuls mesurés en situation de laboratoire) et les aspects
chroniques (souvent l’objet de la plainte en clinique) ;
 la notion de pureté : les émotions ne sont pas toujours pures et on a souvent
affaire à un mélange.

À partir de là, Plutchik propose son modèle multidimensionnel sous forme d’une
demi-sphère. Au second niveau de cette demi-sphère apparaissent les 8 émotions
primaires : peur, surprise, tristesse, dégoût, colère, anticipation, joie,
acceptation. Les émotions les plus proches correspondent à celles situées sur le
secteur adjacent (peur et surprise) et les plus éloignées sont situées sur les
secteurs opposés (joie et tristesse). Les sections inférieures et supérieures à ce
niveau correspondent à des intensités différentes d’une même émotion primaire : par
exemple, l’appréhension (intensité faible), la peur (intensité moyenne) et la terreur
(intensité forte) ou bien le souci (intensité faible), la tristesse (intensité moyenne) et le
chagrin (intensité forte). Les émotions secondaires résultent de la combinaison
d’émotions primaires.

Fonction des émotions

Plusieurs reconnaissent que ces fonctions sont définies diversement selon qu'on
considère l'émotion comme une réponse « déréglante » qui altère le fonctionnement
de la raison (optique platonicienne classique) ou comme un processus adaptatif
(optique darwinienne), l'émotion étant alors considérée comme le résidu d'activités
phylogéniques utiles à la survie. Il semble que ce soit cette dernière théorie qui
prédomine.

En effet, pour Darwin, l'expression des émotions représentait des vestiges de


mouvements ayant eu une fonction pratique chez les ancêtres animaux de l'homme
selon le « principe de l'association des habitudes utiles ». Des mouvements
originellement orientés vers un but (comme regarder autour de soi en présence d'un
danger) seraient devenus des habitudes automatiques (la peur s'exprime par les
yeux grands ouverts).

Piderit, à l'opposé de Darwin (son contemporain), considérait que les mouvements


d'expression émotionnelle avaient une utilité propre, indépendante de l'histoire de
l'individu.

Les positions théoriques de Darwin (1872) et de Piderit (1867) ont donné naissance
aux deux grandes approches contemporaines dans la manière de concevoir les
émotions et leurs expressions :
1. l'approche discrète (darwinienne) qui considère que ces expressions sont
universelles, impliquant de véritables programmes faciaux, inscrits dans le La
place des émotions en psychologie et leur rôle... système nerveux central ;

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70
2. l'approche dimensionnelle (Piderit), pour laquelle il existe une continuité
entre les émotions dont on ne peut discerner les expressions qu'en se référant
à un nombre limité de facteurs ou dimensions (De Lannoy et coll., 1987).

Composantes des émotions

Scherer (1989) a identifié cinq composantes de l'émotion :


1. une composante d'évaluation cognitive des stimulations ou des situations,
2. une composante physiologique d'activation,
3. une composante expressive,
4. une composante motrice, c'est-à-dire d'ébauche d'action et de préparation du
comportement.
5. une composante subjective, celle du sentiment.

Ekman et Friesen (1967) ont, pour leur part, identifié neuf critères des émotions
discrètes :
1) l'universalité des signaux ;
2) la présence d'expressions comparables chez d'autres animaux ;
3) le contexte physiologique spécifique à chaque émotion ;
4) l'universalité des événements déclencheurs ;
5) la cohérence des réactions émotionnelles ;
6) le déclenchement rapide ;
7) la durée limitée ;
8) le mécanisme de perception automatique
9) la survenue spontanée.

Dans la thèse de Darwin, l'émotion servait essentiellement à la communication. Pour


lui, certains modes d'expression autant verbaux que non verbaux semblaient s'être
spécialement constitués au cours de l'évolution en vue de la communication.

Les principales théories des émotions

— Les théories périphériques et centrales des émotions


— Les théories néo-darwiniennes
— Les théories cognitivo-physiologiques
— Les théories de l’évaluation et les théories schématiques
— La théorie d’Averill : un point de vue du constructivisme social.

Bibliographie

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8. Fraisse, P. (1981). La méthode expérimentale. In P. Fraisse & J. Piaget
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Chargé de cours Mahamadou Talata MAÏGA, m.talata@gmail.com -


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