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MAUPASSANT
Bel-Ami
Édition avec dossier
d’Adeline Wrona
no 1356 / 3,30 €

I . P OURQUOI É T U D I E R B E L - A M I

Bel-Ami
E N C L A S S E D E P R E M I È R E ?

L es élèves de première doivent désormais aborder l’objet


d’étude intitulé « Le roman et ses personnages : visions
de l’homme et du monde ». Les supports ne manquent pas
– la profusion en la matière peut même devenir facteur
d’embarras. Or Bel-Ami, récit d’un séducteur ambitieux qui,
grâce à son charme, réussit dans les milieux de la presse
sous la IIIe République, se révèle être un choix pédagogique
judicieux.
En effet, l’œuvre de Maupassant s’inscrit remarquable-
ment dans la perspective du nouveau programme : le roman
propose une histoire singulière sur un mode réaliste tandis
que la fiction offre une représentation du monde et des per-
sonnages à valeur emblématique. Ainsi, l’écrivain se penche
sur les mœurs journalistiques non seulement parce qu’il les
connaı̂t bien (Maupassant est un chroniqueur prolixe), mais
parce qu’elles présentent un intérêt romanesque évident.
Raconter le parcours d’un journaliste permet à la fois de
révéler un destin singulier et de proposer un regard sur la
société d’une façon d’autant moins artificielle que le héros a
charge professionnelle d’observer et de décrypter l’actualité.
Par l’évocation des enquêtes de Duroy ou de ses collègues,
le lecteur découvre ainsi certains arcanes peu reluisants de la
France de la fin du XIXe siècle. Mais le mimétisme entre
presse et société va plus loin. C’est moins dans les articles
publiés que dans l’organisation même de La Vie française,
considérée comme entreprise et comme microsociété, que se
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manifeste l’esprit du temps : la vérité y est manipulée au


profit des puissances d’argent. Les intérêts particuliers de la
finance, de la politique et de la presse convergent au mépris
de la plus élémentaire morale républicaine qui privilégie l’in-
térêt de tous. Dans cette perspective, les personnages se
parent d’une dimension exemplaire : par leur comportement,
ils rendent lisible leur époque. Le manque d’indépendance
des journalistes, leur insuffisance intellectuelle et morale pré-
sentent ainsi un symptôme saisissant de la maladie démocra-
tique qui gangrène le nouveau régime. Et Georges Duroy fait
figure de catalyseur : héros médiocre, individualiste, sans
scrupule, avide de gloire et d’argent, il est un excellent repré-
sentant de sa génération et de sa profession. De même, le
rôle des femmes revêt une importance particulière puisqu’il
révèle entre autres la place primordiale de la libido dans les
rapports humains, notamment quand réside un enjeu de
pouvoir.
Le dessin de la société qui transparaı̂t en filigrane à travers
l’histoire singulière et fictive de Bel-Ami n’a, à l’évidence,
rien d’objectif. Mais la force du roman tient aussi à la façon
implicite dont s’exprime le cynisme du romancier. L’effica-
cité de la charge critique naı̂t précisément de la rareté du
discours (présent tout de même à travers les propos pes-
simistes de l’homme de lettres Norbert de Varenne) : c’est
en exposant plus qu’en dénonçant que Maupassant distille
son jugement. La part de suggestion inhérente à l’écriture
romanesque laisse ainsi au lecteur le loisir de l’interprétation
et à l’élève le plaisir de l’explication.
Enfin, Bel-Ami demeure captivant de bout en bout : le
style simple et nerveux, le récit tendu épousent l’évolution
fulgurante de l’impatient héros et évitent les longues descrip-
tions qui font fuir les lecteurs les moins avertis. Il est vrai
que l’histoire fait référence à l’actualité des années 1880.
Cependant, les escroqueries de fin de siècle, les interviews
truquées, le trouble mélange entre argent, politique et journa-
lisme rencontrent, dans notre monde « moderne », un écho
que les élèves savent entendre. Arriviste cupide, tricheur sans
scrupule, menteur consommé, vulgaire et inculte parvenu,
Duroy peut ainsi faire penser à quelques-uns de nos média-
tiques chevaliers d’industrie. Maupassant donne donc de vio-
lents coups de pied dans la fourmilière : république
bananière, religion moribonde, morale en berne, justice déri-
soire, argent roi, égoı̈sme triomphant, goût de l’exhibition-
nisme, art pompier... Comment rester insensible à la satire ?
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En somme, le roman, bien loin de sentir la poussière, est


propice à réveiller les consciences et invite, sans le savoir,
à opérer d’éventuels rapprochements avec la vie publique
contemporaine.

L’édition avec dossier GF-Flammarion répond au souci de


rendre l’œuvre parfaitement accessible.
Une chronologie substantielle du XIXe siècle permet de
situer le roman par rapport à l’œuvre et à la vie de Maupas-
sant, aux courants littéraires et esthétiques de l’époque, ainsi
qu’à tous les faits historiques importants, notamment ceux
auxquels le roman fait allusion.
La présentation rappelle le contexte immédiat de l’œuvre.
Elle expose, en termes simples, la problématique roma-
nesque chez Maupassant et propose un parcours thématique

Bel-Ami
de Bel-Ami. Les élèves peuvent donc y trouver des clefs de
lecture qui leur permettront de dépasser le simple intérêt
narratif.
Le texte est numéroté en marge, ce qui permet de faire
des renvois rapides et des découpages qui évitent toute ambi-
guı̈té. Les notes ont été placées en bas de page, afin de ne
pas obliger le lecteur à naviguer sans cesse entre le texte et
la fin du volume. L’appareil critique, volontairement sobre,
évite de s’égarer dans un paratexte trop dense. Il donne la
définition des mots rares ou désuets, explique précisément
les faits d’époque auxquels le récit fait référence, situe les
lieux et rapproche certains passages d’autres écrits du
romancier.
Enfin, dans la partie dossier, l’édition propose un choix
varié de textes de Maupassant (lettres à Flaubert, articles,
préface) et de Zola (extrait de L’Argent), qui informent
notamment sur la genèse et la réception du roman.
4
Séance Supports Objectifs Activités
Séance 1 – Chronologie et présentation Contextualiser l’œuvre. Recherche documentaire ;
Introduction à la lecture de l’édition GF (p. 6-41). lecture de l’image.
de Bel-Ami de Maupassant – Iconographie : Henri Gervex,
Rolla, ou le premier monsieur
venu.
Séance 2 Ensemble du roman. Vérifier la lecture cursive et Étude structurelle et
I I . T ABLEAU

L’organisation dramatique déterminer les actants du récit. actancielle ; lecture analytique.


du roman
Séance 3 Incipit du roman (p. 45-46). Étudier le pacte de lecture qui Lecture analytique.
Lecture analytique se noue au début du roman.
Séance 4 Ensemble du roman. Interpréter la théâtralité dans la Leçon.
La comédie sociale représentation sociale.
dans Bel-Ami
Séance 5 Extrait du chapitre II de la Montrer comment le récit Lecture analytique.
Lecture analytique première partie (p. 61-62). révèle le portrait de Bel-Ami.
Séance 6 Ensemble du roman. Décrypter la visée morale du Leçon et lectures analytiques.
La morale du roman roman.
Séance 7 – Ensemble du roman. Caractériser le genre Leçon ; lecture analytique et
Bel-Ami est-il un – Extrait du chapitre X de la romanesque et voir la initiation à la dissertation.
« roman de formation » ? deuxième partie (p. 370-371). corrélation récit/personnage.
Séance 8 – Ensemble du roman. Étudier le rapport entre fiction Leçon.
La fiction au service – Extrait de la préface de et vision de l’homme et du
de la vérité Pierre et Jean. monde.
Séance 9 – Ensemble du roman. Préparer l’écrit du baccalauréat. Dissertation, commentaire et
Évaluation – Extrait du chapitre VIII de la écriture d’invention.
première partie (p. 202-203).
S Y N O P T I Q U E D E L A S É Q U E N C E
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SÉANCE 1
INTRODUCTION À LA LECTURE DE BEL-AMI DE MAUPASSANT

씮 Présentation (p. 23-40).


씮 Chronologie (p. 6-22).
씮 Iconographie : Henri Gervex, Rolla, ou le premier
monsieur venu (1878).
Objectifs : Contextualiser l’œuvre.

• Le contexte historique

Bel-Ami
L’ancrage réaliste du roman impose que l’on s’intéresse à
l’arrière-fond historique du roman. Il serait donc intéressant
de demander aux élèves de faire une recherche documentaire
portant essentiellement sur les points suivants :
– Le régime républicain de la IIIe République ;
– Les principaux gouvernements et gouvernants (notam-
ment l’importance de Jules Ferry) ;
– L’essor de la presse (les grandes lois de libération de la
presse, notamment celle du 29 juillet 1881) ;
– L’expansion coloniale (répression des Kroumis, protec-
torat tunisien, intervention au Tonkin) ;
– Le krach de l’Union générale en 1882 et la récession
économique à partir de 1885 (voir la situation misérable de
Georges Duroy au début du roman) ;
– Les principaux scandales qui jalonnent la vie publique ;
– La montée de l’antiparlementarisme de l’antisémitisme
(Auguste Chirac publie Les Rois de la République en 1883,
ouvrage dans lequel les banquiers juifs sont accusés d’être
les assassins de la France ; Édouard Drumont publie La
France juive en 1886).

• L’auteur et son œuvre


Le travail préalable consistera à faire lire la chronologie
aux élèves pour qu’ils relèvent les points essentiels, notam-
ment le rapport qu’entretient Maupassant avec la presse.
À noter qu’en 1881, Maupassant fut envoyé spécial pour
Le Gaulois en Algérie où il rendait compte de la révolte
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arabe. Il s’inspire de son expérience pour donner corps au


« Souvenirs d’un chasseur d’Afrique », le premier article de
Duroy.

• Le courant littéraire
Il s’agit là de réinvestir les acquis de la classe de seconde.
Les élèves doivent rappeler les grands noms du réalisme et
quelques points de doctrine. On insistera sur le genre roma-
nesque comme forme privilégiée de l’expression de la vérité.

• Lecture de l’image
Henri Gervex (1852-1929), élève de Cabanel et de Fro-
mentin, peint en 1878 Rolla, ou le premier monsieur venu
(voir page ci-contre). Le tableau est censé illustrer un poème
d’Alfred de Musset, évocation du libertin Jacques Rolla. La
crudité du motif fit scandale mais l’œuvre du peintre trouva
un défenseur de renom, Huysmans, qui, dans L’Artiste du
4 mai 1878, note :
Rolla, ou le premier monsieur venu, – le titre de
M. Gervex n’est qu’un prétexte, et je l’en félicite car il
est impossible de faire avec l’emphase et le lyrisme de
pacotille de ce poème, une œuvre vivante et vraie − a
ouvert la croisée toute grande. Paris s’aperçoit, un Paris
réveillé dont les tièdes alcôves vont s’ouvrir sur le pil-
lage des oreillers et la débâcle parfumée des draps !
Brun, maigre, les orbites creuses, les joues hâves et
tirées, la chemise tassée dans la culotte qu’elle bossèle
aux fesses, le jeune homme regarde, regrettant et
dégoûté, la fille inerte, avachie dans son long somme.
Cette figure ravagée et sombre, détachée dans un flux
de lumière blonde est vraiment belle. Dans ce dépoi-
traillé de costume, dans cette chemise au plastron et aux
manches froissées, cet homme a grande allure et je vois
dans cette fille éboulée, après des intimités haletantes,
sur un lit, un coin de parisianisme et de modernité qui
évoque en moi des souvenirs du grand et divin poète,
Charles Baudelaire.
Si le tableau de Henri Gervex rappelle l’œuvre de
Baudelaire, il semble également annoncer Maupassant. Non
seulement les deux personnages masculins, Rolla et Duroy,
présentent une ressemblance physique évidente, mais le décor
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Rolla, ou le premier monsieur venu


Huile sur toile de Henri Gervex
(1878)

Musée des Beaux-Arts, Bordeaux


© RMN/A. Danvers
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bourgeois de la chambre, la vue sur Paris et la pose provocante


de la jeune femme nous font penser aussi à certaines scènes
du roman, notamment celles où Clotilde rejoint Duroy dans sa
garçonnière de la rue de Constantinople. Bel-Ami offre à son
tour à la contemplation du lecteur un « coin de parisianisme
et de modernité ».

SÉANCE 2
L’ORGANISATION DRAMATIQUE DU ROMAN

씮 Ensemble du roman.
Objectifs : Vérifier la lecture cursive ; déterminer les prin-
cipaux actants du récit.

• Étude de la structure narrative


Il s’agit de s’assurer que les élèves ont bien retenu les
moments forts du parcours de Duroy.
On proposera un découpage du récit en résumant les
grandes étapes du roman. Une schématisation pertinente est
proposée par Anne-Marie Cléret et Brigitte Réauté dans leur
étude de Bel-Ami 1. Les auteurs proposent en effet de séquen-
cer le roman en fonction des personnages féminins : une
partie « Clotilde » (I, I à I, V) ; une partie « Madeleine »
(I, VI à II, II) ; une partie « Virginie » (II, III à II, VI) ; une
partie « Suzanne » (II, VII à II, X). Si ces intitulés peuvent
poser problème (l’influence de Madeleine est sensible dès le
deuxième chapitre et la liaison avec Clotilde, intermittente,
ne connaı̂t pas de fin), ils ont le mérite de mettre en lumière
le rôle des femmes dans l’ascension et la transformation de
Bel-Ami.

• Le schéma actanciel dans Bel-Ami


L’étude du schéma actanciel ouvre des pistes intéressantes
pour montrer que le roman est le récit d’une quête.

1. Anne-Marie Cléret, Brigitte Réauté, Bel-Ami, de Maupassant,


Hachette, « Repères », 1999, p. 58-61.
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Le sujet
Bel-Ami, personnage éponyme et acteur principal du récit,
est présent à chaque chapitre, c’est donc clairement lui le
sujet de ce roman. Cependant, il arrive parfois que le nar-
rateur abandonne Georges Duroy et s’attarde sur quelques
personnages secondaires 1.

L’objet
Georges Duroy cherche avant tout à s’enrichir. Dès la pre-
mière rencontre avec Forestier, le personnage déclare sans
ambages : « j’ai voulu venir ici pour... pour faire fortune »
(p. 50, l. 202). La soif d’argent va de pair avec la recherche
d’une position sociale toujours plus élevée.
Au début du récit, Duroy, employé aux bureaux du chemin
de fer du Nord, meurt littéralement de faim. La charge de

Bel-Ami
reporter à La Vie française proposée par Forestier et rémuné-
rée « dix centimes la ligne, plus deux cents francs de fixe »
(p. 106, l. 520) semble alors convenir à son aspiration. Mais
son train de vie augmente plus rapidement que ses revenus.
Très vite, il peine comme au premier jour et envie certains
de ses confrères qui ont constamment « la poche pleine
d’or » (p. 106, l. 525). Il fait alors tout pour obtenir des
promotions : d’abord chef des Échos (p. 150), puis rédacteur
politique (p. 171 et p. 189), il devient, enfin, rédacteur en
chef de La Vie française (p. 364). Au faı̂te de sa carrière
journalistique, Duroy, insatiable, songe à la politique, nou-
velle terre de conquête : « Cristi, si j’avais seulement cent
mille francs nets pour me présenter à la députation dans mon
beau pays de Rouen, [...] quel homme d’État je ferais »
(p. 288, l. 152).
L’argent de Suzanne Walter, que Georges épouse à la fin
du roman, semble alors amplement suffisant pour financer
une campagne (p. 371).
En outre, le désir d’argent et l’ambition sociale s’assimilent,
chez Duroy, au désir de conquêtes féminines. Ainsi, le statut
social n’est-il pas le moindre charme qui séduit Bel-Ami chez
Mme de Marelle. Celui-ci s’exclame en effet : « Enfin, une
femme mariée ! une femme du monde ! du vrai monde ! du
monde parisien ! » (p. 119, l. 481).

1. Les Walter par exemple, lorsqu’ils viennent de découvrir la dispari-


tion de leur fille Suzanne (p. 353 sq.).
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Il se résigne d’ailleurs assez vite à se faire entretenir par


sa maı̂tresse 1. Cependant, il faut attendre le veuvage de
Madeleine pour que, chez Duroy, désirs d’argent, de recon-
naissance sociale et de conquêtes féminines viennent totale-
ment se confondre. En effet, s’il épouse la jeune femme
(deuxième partie, chapitre I), c’est autant par désir que parce
qu’elle lui apporte « quarante mille francs », ses talents de
rédactrice et des informations précieuses sur les milieux poli-
tiques qu’elle côtoie. Grâce à elle, il devient rapidement un
journaliste politique influent et redouté (p. 239). Il réussit
même à s’approprier la moitié de l’héritage Vaudrec, originel-
lement destiné à son épouse. Plus tard, il séduit Mme Walter,
puis la repousse... mais ne refuse pas l’argent qu’elle lui offre
de gagner dans l’affaire du Maroc. À la fin du roman, il
obtient finalement la main de la riche et gracieuse héritière
Suzanne.
Dès le début de son récit, le narrateur fait part des ambi-
tions de Duroy :
Il s’était remis [...] à rêvasser, comme il faisait chaque
soir. Il imaginait une aventure d’amour magnifique qui
l’amenait, d’un seul coup, à la réalisation de son espé-
rance. Il épousait la fille d’un banquier ou d’un grand
seigneur rencontrée dans la rue et conquise à première
vue (p. 79, l. 151).
L’« espérance » du héros se réalise donc pleinement. Il
peut être utile, un peu plus tard peut-être, d’interroger les
élèves sur le sens que l’on peut attribuer à l’amalgame de
ces différents types de désir (la reconnaissance sociale, l’ar-
gent, le sexe).
Cette quête de Duroy structure tout le roman et s’effectue
par degré (voir la symbolique des escaliers analysée dans la
présentation de l’édition GF, p. 37 sq.). On pourra alors
montrer en quoi l’insatiabilité du personnage relance la dyna-
mique narrative : à chaque nouvelle conquête, Duroy se fixe
un nouvel objectif.

1. Avant qu’il n’épouse Suzanne, Clotilde lance à Duroy : « Tu trompes


tout le monde, tu exploites tout le monde, tu prends du plaisir et de
l’argent partout » (p. 362, l. 36). Cette phrase résume bien le personnage.
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Les adjuvants
Nombre d’adjuvants contribuent à l’ascension de Duroy.
Forestier lui offre ainsi l’occasion d’entrer à La Vie française
(première partie, chapitre I). Au journal, le reporter Saint-
Potin lui apprend les « ficelles » du métier (p. 97). Quant au
directeur Walter, il perçoit rapidement les qualités de Duroy
et lui donne toutes ses chances.
Mais ce sont surtout les femmes qui participent à sa réus-
site. L’atout majeur de Duroy réside dans sa « force de
séduction [...], force vague et irrésistible que subiss[ent]
toutes les femmes » (p. 211, l. 17). On peut ainsi demander
aux élèves de repérer les indices de cette séduction. Le cha-
pitre II de la première partie en présente de nombreux, par
exemple :
Certes, il réussirait avec cette figure-là (p. 62, l. 55).

Bel-Ami
Toutes les femmes avaient les yeux sur lui (p. 68,
l. 304).
Il avait la parole facile et banale, du charme dans la
voix, beaucoup de grâce dans le regard et une séduction
irrésistible dans la moustache (p. 72, l. 444).
— Vous êtes irrésistible, monsieur Duroy (p. 73,
l. 494).
— Tiens, voilà Laurine apprivoisée [par vous], quel
miracle (p. 74, l. 499) !
Il est donc le Bel-Ami – même Walter l’appelle ainsi
(p. 278, l. 344), comme si la séduction de Duroy s’exerçait
également sur les hommes 1 – dont le charme ne subit aucune
défaite. Ainsi, Rachel, la prostituée des Folies Bergère,
accepte-t-elle de lui vendre ses services à prix réduit, puis
gratuitement, même si elle subodore qu’il ment sur l’état de
ses finances. Clotilde de Marelle lui loue un appartement
et lui prête de l’argent quand il n’est que simple reporter.
Mme Forestier, « avec ce sourire ami qui ne quittait point sa
lèvre » (p. 71, l. 416), rédige ses articles et, une fois mariée
avec lui, dirige entièrement ses démarches auprès des
milieux politiques 2 (il est « [s]on petit élève » p. 223, l. 493).

1. Il séduit M. de Marelle, Vaudrec...


2. Il veut épouser Madeleine parce qu’il la perçoit comme une alliée
dans sa quête : « Comme il serait fort avec elle, et redoutable ! Comme
il pourrait aller vite et loin, et sûrement » (p. 204, l. 600).
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C’est elle aussi qui lui souffle de rendre visite à Mme Walter.
De fait, cette mère de famille, secrètement séduite, intercède
en sa faveur pour le poste de chef des Échos (p. 150, l. 329).
Enfin, il y a Suzanne, qui lui apporte sa fortune et, par ce
biais, la possibilité de se lancer dans la politique.
Le parcours de Duroy illustre donc pleinement ce que
Forestier dit à propos des femmes au chapitre I : « C’est
encore par elles qu’on arrive le plus vite » (p. 59, l. 546).

Les opposants
L’ascension de Duroy est fulgurante puisqu’elle dure à
peine plus de deux ans (du 28 juin 1882 au 20 octobre
1884 1). De fait, rien ou presque ne s’oppose au désir de
conquête du personnage. Chef des Échos, il doit certes subir
les attaques d’« un petit journal frondeur ». Mais il efface
bien vite cette « tache dans [...] son horizon » (p. 171, l. 9)
en se battant en duel avec le rédacteur ennemi. Il sort même
de l’épreuve plus fort qu’auparavant (« Il lui semblait [...]
qu’il se serait battu contre l’univers entier » p. 185, l. 569).
Quant aux autres opposants, il faut remarquer qu’ils oc-
cupent, au départ, le rôle d’adjuvants dans la quête de
Duroy ; mais leur soutien, par trop protecteur ou intéressé,
finit par entraver la marche du héros. Ainsi, Charles, qui met
le pied de son ami à l’étrier du journalisme, tend-il, malgré
lui, à barrer le chemin à Duroy qui convoite à la fois son
poste de rédacteur politique et son épouse Madeleine. À la
mort de Forestier, Georges ne peut donc qu’éprouver « un
sentiment de délivrance » (p. 190, l. 55).
De même l’aide des femmes peut-elle parfois brider ses
désirs. Rachel provoque ainsi la première rupture de Georges
avec Mme de Marelle. Mme Walter, à cause de ses cheveux
retrouvés sur le gilet de Bel-Ami, est à l’origine de la troi-
sième. Quant à Madeleine, dans un premier temps, l’alliance
qu’elle conclut avec Duroy revient à une pure et simple ins-
trumentalisation du journaliste au profit de sa propre ambi-
tion. Elle dépossède Duroy de son rôle actif dans la quête et
le réduit au rang de simple adjuvant. Georges permet ainsi à
Madeleine de continuer le travail entrepris avec Charles :
étendre l’influence de la jeune femme dans les milieux poli-
tiques. À la rédaction, les railleries dont Duroy est l’objet lui

1. Anne-Marie Cléret et Brigitte Réauté, Bel-Ami, de Maupassant,


op. cit.
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font prendre conscience que Madeleine fait désormais obs-


tacle à son ascension. Il n’est plus, croit-il, que ce « cocu
de Duroy », entièrement soumis à la « domination » de son
intrigante épouse (p. 235, l. 9). Dès lors, elle devient « un
boulet à son pied » (p. 324, l. 350) dont il doit se débarrasser
pour retrouver sa pleine autonomie. Les chapitres III à VIII de
la deuxième partie retracent donc l’émancipation de Duroy.
Au chapitre VIII, après le flagrant délit d’adultère, il s’écrie :
Je suis maı̂tre de la situation [...]. Me voici libre [...].
Elle m’avait pris comme un niais, elle m’avait enjôlé et
capturé [...]. J’ai les mains déliées. Maintenant, j’irai
loin. (p. 345, l. 469)
Il sera utile d’interroger ultérieurement les élèves sur le
sens de cette incroyable facilité à gravir les différents degrés

Bel-Ami
de l’échelle sociale pour Duroy.

Le destinataire
Pour qui Duroy accomplit-il tout ce chemin ? Une réponse
s’impose : pour lui-même. En effet, le héros apparaı̂t comme
un monstre d’égoı̈sme dont les moindres pensées, faits et
gestes n’ont d’autre fin que sa réussite personnelle. On
pourra le montrer en faisant ressortir la récurrence des verbes
réfléchis ayant Duroy pour sujet grammatical (« Alors il
s’étudia [...]. Il se sourit, se tendit la main » p. 62, l. 41) ou
bien l’inflation du nombre d’indices de la personne ren-
voyant au personnage :
— Tout le monde croirait la chose, tout le monde en
jaserait et rirait de moi. Les confrères sont déjà trop
disposés à me jalouser et à m’attaquer. Je dois avoir
plus que personne le souci de mon honneur et le soin
de ma réputation. Il m’est impossible d’admettre que
ma femme accepte un legs de cette nature [...]. Forestier
aurait pu tolérer cela, lui, mais moi, non (p. 310, l. 200).
— Il n’a pas vu dans quelle position fausse, ridicule, il
allait me mettre... Tout est affaire de nuances dans la
vie... Il fallait qu’il m’en laissât la moitié [...] (p. 310,
l. 215).
Dans l’esprit de Duroy donc, « tout le monde » doit s’inté-
resser à lui, l’envier, le jalouser. Il ne peut en être autrement.
À la fin du récit, cet égocentrisme se trouve pleinement
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récompensé, lorsque, sur le perron de la Madeleine, il est


entouré par cette « foule noire, venue là pour lui, pour lui
Georges Duroy. Le peuple de Paris le contemplait et l’en-
viait » (p. 371, l. 408). Il ne peut en effet tolérer qu’un autre
l’éclipse ou ne prête pas attention à lui. Il supporte ainsi
difficilement que Vaudrec n’ait pas songé à le coucher sur
son testament.
Mais, en poussant l’analyse, on peut également dire que
l’ambition de Duroy relaie celle de ses parents. Les petits
cabaretiers de Canteleu « avaient voulu faire de leur fils un
monsieur » (p. 78, l. 120). Quand il est nommé chef des
Échos et que son salaire devient conséquent (p. 152), il pense
tout de suite à la fierté qu’en tirera son père (p. 154-155). Il
ne renie donc absolument pas ses origines modestes (« Moi,
je ne rougis pas d’eux » p. 213, l. 102). Ce sont d’ailleurs les
seules personnes pour lesquelles il fait preuve d’une sincère
affection. À l’inverse de l’attitude des filles du Père Goriot,
par exemple, Georges ne se sert pas de ses parents pour s’en-
richir. Au contraire, il les fait profiter d’une part de l’argent
acquis : cinq mille francs de l’héritage Vaudrec, cinquante
mille du mariage avec Suzanne grâce auxquels « ils achète-
raient un petit bien. Ils seraient contents, heureux » (p. 369,
l. 339). Georges vise donc à se satisfaire tout en contentant
ses parents.

Le destinateur
Qu’est-ce qui motive Duroy dans sa quête ? « Le désir
d’arriver y règn[e] en maı̂tre », écrit le narrateur (p. 79,
l. 150). Mais que cache cette ambition dévorante ?
D’abord, un tempérament envieux. Il est jaloux de Fores-
tier – lequel, même mort, l’empêche d’être vraiment lui-
même 1 –, de Laroche-Mathieu qu’il estime pouvoir surpas-
ser, du prétendant de Suzanne 2, de la réussite de son patron...
Ce que les autres gagnent ou possèdent, et qu’il n’a pas,
entraı̂ne chez Duroy une frustration personnelle qu’il lui faut
impérativement compenser.

1. Georges, à la mort de Charles, le remplace dans tous ses rôles, jus-


qu’à chausser sa chancelière. L’identité de Georges est donc complète-
ment phagocitée par celle du disparu : « On ne l’appelait plus que
Forestier » (p. 241, l. 223). D’où la « rage » qu’il éprouve contre le
mort, sa volonté de toujours humilier sa mémoire pour s’en affranchir.
2. « Georges l’entendit nommer : le marquis de Cazolles, et il fut brus-
quement jaloux de cet homme » (p. 325, l. 367).
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Cette ambition dévorante est aussi motivée par un narcis-


sisme démesuré. Cette tendance du héros est clairement
reconnaissable dans sa complaisance à s’admirer dans les
miroirs. Elle explique en grande partie son désir constant de
séduire toutes les femmes, surtout les plus inaccessibles
comme Mme Walter : « Il se frottait les mains, tout en mar-
chant avec une joie intime, la joie du succès sous toutes ses
formes, la joie égoı̈ste de l’homme adroit qui réussit, la joie
subtile, faite de vanité flattée et de sensualité contente, que
donne la tendresse des femmes » (p. 255, l. 204). Un refus
équivaudrait, pour lui qui a fait de son physique l’atout
majeur de sa réussite, à une véritable blessure narcissique,
au sentiment qu’on peut lui résister et donc qu’il n’est pas
invincible.
L’ambition de Duroy est doublée d’un fort désir de

Bel-Ami
revanche sociale : « Il devenait un des maı̂tres de la terre,
lui, lui, le fils des deux pauvres paysans de Canteleu »
(p. 369, l. 331). Il souhaite donc ardemment échapper à la
misère noire de son enfance (voir l’opposition entre l’obscu-
rité symbolique du logis parental et « l’éclatant soleil » qui
illumine le perron de la Madeleine, p. 371, l. 418). D’autres
personnages lui servent d’ailleurs de modèles : Forestier qui,
à l’armée, cinq ans avant leurs retrouvailles, en était au
même point que lui et qui a réussi à devenir « quelqu’un
de tout autre » (p. 50, l. 186), ce « médiocre parvenu » de
Laroche-Mathieu et surtout Walter, figure de réprouvé du
fait de ses origines : « [Il] était devenu [...] un des maı̂tres
du monde [...]. Il n’était plus le juif Walter [...]. Il était Mon-
sieur Walter, le riche israélite » (p. 315, l. 16). « Fais-en
autant », suggère Madeleine à son mari, quand ils vont voir
l’exposition de tableaux, symbole du triomphe de Walter,
dans le nouvel hôtel particulier des Champs-Élysées (p. 319,
l. 166).
Le destin de Bel-Ami répond donc à un topos naturaliste,
puisqu’il est en grande partie conditionné par le tempérament
et les origines sociales du personnage. Mais la conjonction
de ces deux faits n’explique pas tout. Le personnage trans-
cende les circonstances pour atteindre à l’universel. L’ambi-
tion de Duroy, en effet, semble marquée par cette démesure
(hybris) des héros tragiques, cette folle envie d’en finir avec
la finitude humaine, cette « insouciance naturelle qui lui fai-
sait négliger les choses désagréables de la vie » (p. 215,
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l. 188). Duroy veut constamment repousser les limites (tou-


jours plus de femmes, d’argent, de reconnaissance, de pou-
voir) et devenir « un des maı̂tres de la terre » (le mot
« maı̂tre » revient régulièrement dans le roman). Mais cette
volonté de puissance se heurte à la mort, que Duroy croise
souvent sur son chemin : mort de Forestier, mort de Vaudrec,
méditation sur la mort de Norbert de Varenne, duel avec
Louis Langremont. À chaque fois, Duroy adopte une attitude
d’incompréhension, de peur panique, de déni ou de fuite.
Ainsi, un simple parfum de femme rallume ses espoirs et
annule subitement, dans son esprit, la leçon de Varenne :
le poète juge vains « l’amour », « l’argent », « la gloire » et
proclame que « la mort seule est certaine » (p. 163, l. 866).
De même, l’impatience du héros est sans doute liée à une
angoisse face à la fuite du temps : pour Duroy, tout temps
mort est un temps de la mort qui le renvoie peu ou prou à
sa propre impuissance. D’où un héros qui jamais ne tient en
place (le plus souvent, il est décrit en train de marcher 1)
et le rythme du roman, elliptique, échevelé, rapide comme
l’ascension de Bel-Ami 2. Mais le refus de la mort transparaı̂t
surtout dans l’épisode de la disparition de Charles. La veillée
du cadavre, dont la narration revêt des aspects fantastiques
(la barbe de Charles continue de pousser 3), effraie considéra-
blement Duroy. Cependant, lorsque, avec Madeleine, ils
« m[ettent] Charles au cercueil, [...] ils se sent[ent] aussitôt
allégés, rassérénés » (p. 208, l. 756). Et Maupassant de
conclure l’épisode par une formule étonnante : « Ils en
avaient fini avec la mort » (p. 208, l. 760).
La mort et non le mort. Comme si les deux personnages se
persuadaient que seul Charles pouvait mourir mais qu’eux-
mêmes ne disparaı̂traient jamais 4. Remarquons que cette pré-
tention de Duroy à nier sa condition d’homme mortel n’est

1. M. de Marelle remarque d’ailleurs que Bel-Ami marche toujours à


vive allure.
2. Voir également dans la présentation de l’édition GF (p. 23-24) l’in-
fluence qu’a eue la pratique de formes brèves (contes et chroniques) par
Maupassant sur le rythme du roman.
3. Cette scène en rappelle d’autres dans l’œuvre de Maupassant, notam-
ment celle de la mort de Schopenhauer qui perd son dentier, dans
« Auprès d’un mort », in Le Horla et autres contes d’angoisse, GF-
Flammarion, 1984, rééd. 2006, p. 187.
4. La lecture analytique du passage semble fructueuse. On pourra faire
commencer l’explication à « Ils le regardaient moins souvent [...] »
(p. 207, l. 730) et la terminer à « [...] devant la porte » (p. 208, l. 763).
L’étude portera notamment sur les procédés propres au fantastique chez
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sanctionnée par aucun retour à l’ordre. La catastrophe, à


laquelle on pourrait s’attendre à la fin, n’a pas lieu, bien au
contraire. Le roman s’achève sur le triomphe, en grandes
pompes et avec bénédiction de l’Église, du baron Du Roy de
Cantel. Au temple néogrec de la Madeleine, les dieux ne
veillent plus contre la démesure des hommes qu’ils semblent
avoir oubliés. Cette fin cynique poussera donc à s’interroger
sur la vision particulièrement pessimiste que Maupassant
porte sur la société.

SÉANCE 3
LECTURE ANALYTIQUE DE L’INCIPIT

씮 Du début du roman (p. 45) à « Notre-Dame-de-Loret-

Bel-Ami
te » (p. 46, l. 27).
Objectifs : Étudier le pacte de lecture romanesque.

• Travail préparatoire
Vérifier la compréhension du mot « épervier » (l. 8) ; indi-
quer que la rue Notre-Dame-de-Lorette est le haut lieu de la
prostitution à Paris au XIXe siècle (donner le sens du mot
« lorette »).

• Problématique
Les premières lignes du roman sont particulièrement
remarquables puisque non seulement elles plongent im-
médiatement le lecteur dans l’univers singulier du héros mais
elles rassemblent bien des thèmes de l’œuvre. C’est cette
superposition du circonstanciel et du programmatique qu’il
faut interroger.

• Pistes de l’explication
I. L’incipit d’un roman réaliste
Le but est de montrer que le romancier dessine d’emblée
un monde fictionnel qui donne l’illusion du réel.

Maupassant, sur l’opposition entre Éros et Thanatos, et sur l’hybris des


personnages, prompts à se laisser enivrer par une brise odorante de prin-
temps, symbole de vie, qui contribue à leur faire oublier le/la mort.
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1. La focalisation omnisciente. Le romancier adopte le


point de vue de Dieu : l’univers qu’il explore est parfaite-
ment connu de lui.
2. Un début in medias res. Technique qui donne le senti-
ment qu’une réalité préexiste au récit. C’est la « tranche de
vie » naturaliste : le romancier opère une coupe dans la ligne
d’un destin.
3. Un univers plausible. Les indices matériels, les effets
de réel confèrent au roman sa dimension de document.

II. Le portrait du personnage


Le but est de mettre en évidence les procédés de caractéri-
sation du personnage.
1. Caractéristiques physiques. Le relevé doit faire ap-
paraı̂tre la virilité et la beauté vulgaire du personnage. Duroy
provoque la séduction. On sera attentif à la réaction des
autres personnages mentionnés.
2. Caractéristiques psychologiques. On interprétera l’ar-
rogance, mais aussi les appétits du personnage : c’est un être
de désir (« un désir le travaillait ») – désir de nourriture, d’ar-
gent et de sexe. Duroy est doté d’un tempérament sanguin.
3. Caractéristiques sociales. On travaillera sur la question de
l’argent dans le passage. Duroy apparaı̂t comme un déclassé.

III. Le regard du romancier


1. Les marques du jugement. L’énonciation n’est pas neutre.
Le registre est satirique. Maupassant se moque de son person-
nage, minable et crâneur. Le regard du romancier n’est donc
pas équivalent au regard social, représenté dans le passage.
2. Une écriture symbolique. On relèvera les effets de réel.
Par exemple, le choix du lieu, la composition du public, l’im-
portance de l’argent : ces éléments sont métonymiques de la
société bourgeoise de l’époque.
3. Un début programmatique. Il faut montrer que, sous
forme indicielle, la plupart des grands thèmes du roman sont
à l’œuvre : argent, séduction, vulgarité, prétention, appétits
personnels.

D’emblée, Maupassant singularise et généralise à la fois.


Il s’attache à nous familiariser avec une figure particulière
mais Duroy est un héros de son temps : son histoire est révé-
latrice des mœurs de son époque.
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SÉANCE 4
LA COMÉDIE SOCIALE DANS BEL-AMI

씮 L’ensemble du roman.
Objectif : Interpréter la théâtralité sociale.

• La comédie humaine
Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien
sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache
d’un geste militaire et familier [...]. (p. 45, l. 3)
Duroy surgit dans le récit avec l’attitude d’un acteur
entrant en scène et démontre, durant tout son parcours, qu’il

Bel-Ami
est excellent comédien. Un simple habit noir le transforme
au point que lui-même ne se reconnaı̂t pas dans l’image ren-
voyée par la glace (p. 62, l. 35) 1. Il accroche le regard des
femmes comme celui des hommes ; il sait parfaitement men-
tir (auprès des dames, dans ses articles...). Il possède donc
toutes les qualités pour réussir dans un monde où seules
comptent les apparences : en effet, « à Paris, [...] il vaudrait
mieux n’avoir pas de lit que d’habit », prévient Forestier
(p. 54, l. 38). Ce dernier fait d’ailleurs découvrir à Duroy
toutes les couches sociales présentes à Paris en un lieu sym-
bolique : le théâtre des Folies Bergère (p. 57). Dans ce
monde, l’excellence ne revient pas à celui qui est honnête,
moral ou compétent (Duroy, jusqu’au bout, reste un piètre
rédacteur), mais à celui qui a l’art de le faire accroire. Tout
n’est qu’une question de paraı̂tre : il faut se montrer en voi-
ture au bois de Boulogne, dans les salons mondains, aux
fêtes apparemment charitables comme celle organisée par
Rival 2. La société est un immense trompe-l’œil, tout en
miroirs et décors d’opérette. On pourra analyser à cet égard
la description des deux logements successifs des Walter.
Pour le premier par exemple, on relèvera la « mise en scène
de l’entrée » avec les deux valets, la décoration tape-à-l’œil,

1. Avant d’entrer dans l’appartement des Forestier, Duroy s’étudie dans


la glace « comme font les acteurs pour apprendre leurs rôles » (p. 62,
l. 41). La transformation de Duroy par l’habit noir est évoquée à nou-
veau un peu plus loin (p. 155).
2. En fait, « c’était une réclame monstre que le journaliste adroit avait
imaginée à son profit » (p. 256, l. 257).
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la « comédie mondaine » du salon de Mme Walter, et toujours


les miroirs qui égarent le visiteur : « Il [Duroy] se trompa
d’abord de direction, le miroir ayant égaré son œil » (p. 147,
l. 212).

• La Vie française, haut lieu de la comédie


Un des passages les plus révélateurs de cette théâtralité se
trouve au chapitre III de la première partie, quand Duroy
arrive pour la première fois dans les locaux de La Vie fran-
çaise. L’escalier monumental, la salle d’attente, l’air sérieux
des garçons de bureau, « la mise en scène [est] parfaite pour
en imposer aux visiteurs » (p. 88, l. 511). Passant dans la
salle de rédaction, Duroy découvre l’envers du décor : les
journalistes jouent au bilboquet et la conférence qui accapare
Walter consiste en « une partie d’écarté ». Fausses inter-
views, échos tronqués, informations erronées... peu importe
la vérité pourvu que tout cela soit vraisemblable. Dès lors,
le plus grand danger vient de celui qui révélera la duperie.
Après l’attaque de La Plume, Walter déclare : « Pas plus que
la femme de César, un journaliste ne doit être soupçonné »
(p. 173, l. 71).
Le journal, reflet de la société (comme le souligne le titre
métonymique de La Vie française), fonctionne donc comme
la société elle-même : il s’y joue, littéralement, une « comé-
die humaine 1 ». Pour reprendre l’expression de Duroy, le
monde n’est qu’un « tas d’hypocrites » (p. 166, l. 974). Or,
l’immoral Duroy devient le premier d’entre ces hypocrites,
comme en témoigne le choix de sa « spécialité » au journal :
« Il prit la spécialité des déclamations sur la décadence des
mœurs, sur l’abaissement des caractères, l’affaissement du
patriotisme et l’anémie de l’honneur français » (p. 189, l. 3).

1. Le mot est employé pour désigner les journalistes, « débitants de


comédie humaine à la ligne » (p. 66, l. 205).
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SÉANCE 5
LECTURE ANALYTIQUE

씮 Première partie, chapitre II : de « Il montait lentement


les marches » (p. 61, l. 21) à « il sonna » (p. 62, l. 63).
Objectif : Montrer comment l’histoire construit le portrait
du héros.

• Problématique
Dans l’extrait à étudier, Duroy n’en est qu’au début de
son parcours. Il a rencontré un vieil ami, Forestier, rédacteur
à La Vie française. Celui-ci l’a invité à un dı̂ner chez lui
pour le présenter à son directeur et peut-être lui faire obtenir

Bel-Ami
une place au journal. Maupassant décrit Duroy gravissant
l’escalier qui mène à l’appartement de Forestier. Cet épisode,
banal en apparence, n’a rien d’anodin. Ne peut-on pas le
considérer comme révélateur de la nature même du person-
nage ? En effet, cette montée des marches correspond à une
prise de conscience progressive de Duroy par lui-même, le
« stade du miroir » en quelque sorte. Mais elle montre égale-
ment toute l’artificialité de sa personne, sa capacité à se
fondre dans un rôle social. Enfin, elle peut être vue comme
le symbole de l’ambition, annonciateur de l’ascension sociale
du futur Bel-Ami.

• Pistes de l’explication
I. La prise de conscience du personnage
Le but est de montrer que la montée des marches est le
corollaire d’une prise de conscience de soi de la part du
héros.
1. Le rôle des miroirs (leur place, leur symbolique).
2. Les étapes de la prise de conscience (étude des expres-
sions du temps).
3. L’expression des sentiments (focalisation, lexique, dis-
cours rapportés).

II. L’artificialité du personnage


On cherchera à montrer que Duroy se construit une image.
1. La dualité du personnage : l’apparition d’un autre
homme (les expressions du dédoublement).
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2. La théâtralité du personnage (le vocabulaire du théâtre).


3. Une scène de comédie (la scène que joue Duroy renvoie
au genre de la comédie et au registre burlesque).

III. L’ambition sociale de Georges Duroy


On interprétera l’ascension spatiale comme étant mimé-
tique du désir de gloire de Duroy.
1. L’expression d’un désir de revanche sociale (elle est
explicite).
2. Une montée des marches annonciatrice et symbolique
(on rapprochera l’extrait de tout le parcours de Bel-Ami dans
le roman).
3. Une ambition sociale amenée à être couronnée de
succès : le culte social des apparences favorisera Duroy dans
son entreprise de mystification. Il sera désormais l’autre du
miroir, le « monsieur » à la belle apparence.

Dans cet épisode, Duroy prend conscience de ses atouts,


mais le lecteur se rend compte que sa force n’est qu’illusion.

SÉANCE 6
UN ROMAN MORAL

씮 L’ensemble du roman.
Objectifs : Décrypter la visée morale du roman.

• Le vrai visage de l’homme


Que se cache-t-il derrière les masques de la respectabilité
sociale ? Duroy, pour sa part, observe, « sous les sévères
apparences, l’éternelle et profonde infamie de l’homme »
(p. 166, l. 971).
L’« infamie », c’est avant tout le goût du lucre, comme
dans La Curée ou L’Argent de Zola. Il sera aisé de montrer
que l’argent, dans le roman, domine les relations humaines
et organise toute la hiérarchie sociale ; on pourra notamment
s’appuyer sur la description des « riches du monde » que
Duroy rencontre dans une grande avenue parisienne. Le pas-
sage, commençant à « Duroy marchait lentement » (p. 166,
l. 948) et finissant à « des procédés audacieux du même
ordre » (p. 167, l. 1007), pourrait d’ailleurs faire l’objet
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d’une lecture analytique. Les « hommes et les femmes » se


caractérisent tous par leur degré de fortune et leur rapport
plus ou moins malsain à l’argent : tricheurs au jeu, hommes
entretenus par leur femme ou leur maı̂tresse, demi-
mondaines, financiers véreux... On pourra alors mettre en
évidence la théâtralité des personnages qui paradent en affi-
chant un air « hautain » (l’adjectif revient deux fois). Enfin,
on s’attardera sur le statut de Duroy qui dévoile le dessous
des cartes et juge sévèrement ses contemporains – les trai-
tant de « tas de crapules, [...] d’escarpes » (p. 167, l. 994) –
tout en s’identifiant totalement à eux : « Il sentait peut-être
vaguement qu’il y avait quelque chose de commun entre eux,
un lien de nature, qu’ils étaient de la même race, de même
âme, et que son succès aurait des procédés audacieux du
même ordre » (p. 167, l. 1007).

Bel-Ami
D’autre part, il faut évoquer l’enrichissement faramineux
des milieux financiers qui, grâce à des manipulations dou-
teuses, gagnent des dizaines de millions (p. 295 et p. 315).
Le luxe tapageur de l’hôtel particulier des Walter est le signe
le plus ostensible d’une telle acquisition de richesses.
Outre le lucre règne la luxure. Si Duroy aime les plaisirs
sensuels, tous ses contemporains sont portés à la débauche.
Notons, par exemple, le fait que le public apprécie les
combats féminins donnés chez Rival car « [ils] allum[ent]
des désirs chez les hommes et réveill[ent] chez les femmes
le goût naturel du public parisien pour les gentillesses un peu
polissonnes, pour les élégances du genre canaille » (p. 261,
l. 472).
Les théâtres sont peuplés de prostituées et les beaux quar-
tiers de « parvenues de l’amour » (p. 167, l. 1001) qui rap-
pellent l’héroı̈ne de Nana. D’ailleurs, toutes les femmes du
roman font preuve de concupiscence. Même la prude et
dévote Mme Walter tombe follement amoureuse de Bel-Ami.
Il va sans dire que les Parisiens pèchent également par
gourmandise. D’emblée, ils apparaissent attablés aux gar-
gotes, buvant et mangeant. Et lorsque chez Rival un bal est
improvisé, les invités « saccag[ent], ravag[ent], netto[ient]
tout » sur le buffet (p. 263, l. 533) 1. Paris rappelle – pour
ainsi dire – Sodome, ville-cloaque où triomphe le péché.

1. Ce rapport à la nourriture n’est pas sans rappeler les fréquentes


scènes de voracité chez Zola où l’homme, réduit à son pur appétit, se
montre dans toute son animalité.
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• La question de l’autorité
Dans ce monde où les appétits s’aiguisent, aucun organe
de contrôle ne vient réguler les excès. Ainsi le politique est-
il vidé de toute autorité. Le pouvoir réel est aux mains des
financiers qui corrompent députés et ministres. Ce sont eux
qui possèdent les capitaux des journaux qui, à chaque cam-
pagne, font et défont les gouvernements. Le portrait de
Laroche-Mathieu – « associé en beaucoup d’affaires de
finances » avec Walter, parlementaire puis ministre des
Affaires étrangères – témoigne largement de la collusion
entre les mondes de l’argent, de la presse et de la politique.
À ce propos, on pourra mener avec profit la lecture analy-
tique du passage situé au chapitre II de la deuxième partie,
débutant par « Alors commença, dans le journal » (p. 239,
l. 151) et finissant par « Rien n’était changé, en somme »
(p. 241, l. 219).
Trois axes de lecture se dégagent : d’abord l’influence de
la presse sur les milieux politiques (campagne violente,
connivence entre le couple Duroy et les hommes politiques) ;
ensuite, le portrait de Laroche-Mathieu en démagogue parve-
nu ; et enfin, le stade atteint par Duroy dans son ascension
sociale. On pourra ainsi étudier le rapport de Duroy avec sa
femme et montrer que Laroche-Mathieu est un double antici-
pateur du Duroy de la fin du roman. Globalement, l’explica-
tion peut viser à montrer en quoi le texte constitue une
critique assez radicale de la démocratie (presse et élections
libres) qui exacerbe les luttes d’influence et ouvre la voie
au populisme (« le fumier populaire du suffrage universel »
p. 240, l. 199).
Mais la politique n’est pas le seul pouvoir à être dévalué.
Le pouvoir judiciaire est lui aussi incapable de sanctionner
efficacement. Les malversations, auxquelles s’adonnent
Walter et ses amis, ne sont jamais punies. Quant au flagrant
délit d’adultère, la justice est incapable de faire la part des
choses : Madeleine a fauté, mais Georges n’est-il pas cou-
pable d’une faute analogue ? Pourtant, seule Madeleine paie
le prix de son infidélité.
Enfin, plus aucune loi morale ne semble avoir d’influence
sur les esprits. Aucun personnage, hormis Mme Walter,
n’éprouve la moindre mauvaise conscience ni le moindre
repentir. Les églises d’ailleurs sont désertées. La Trinité,
presque vide, est dépeinte avec ironie comme un havre de
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fraı̂cheur pour badauds incommodés par le soleil. Pire, elle


sert de lieu de rendez-vous amoureux à Mme Walter et
Bel-Ami. Quant au sermon du curé de la Madeleine sur la
fidélité conjugale, il est de bien peu d’effet sur Duroy qui, au
même moment, songe à reprendre son ancienne maı̂tresse...
Tout frein institutionnel, tout garde-fou moral semblent
donc avoir sauté. Seul compte alors le droit du plus fort,
comme l’affirme explicitement Duroy : « Le monde est aux
forts. Il faut être fort. Il faut être au-dessus de tout [...]. Cha-
cun pour soi. La victoire est aux audacieux. Tout n’est que
de l’égoı̈sme » (p. 248, l. 497).
Profitant de cette anomie, chacun pense donc avant tout à
lui-même et, partant, à écraser les autres. Dans la lutte, Wal-
ter paraı̂t le plus fort : « député muet », manipulateur de

Bel-Ami
l’ombre, il n’en est pas moins un « conquérant » comparé à
Bonaparte (p. 316, l. 34) – « Il était devenu, en quelques
jours, un des maı̂tres du monde, un de ces financiers omnipo-
tents, plus forts que des rois, qui font courber les têtes, balbu-
tier les bouches et sortir tout ce qu’il y a de bassesse, de
lâcheté et d’envie au fond du cœur humain » (p. 315, l. 16).
Enfin, si Walter ne rechigne pas trop à accorder la main
de Suzanne à Duroy, c’est qu’il a reconnu en lui un préda-
teur de son espèce : « Il est fort tout de même [...]. C’est un
homme d’avenir. Il sera député et ministre » (p. 356, l. 359).

• Bel-Ami, un personnage qui incarne son époque


Duroy concentre à lui seul tous les vices de la jeune Répu-
blique. D’où son triomphe et sa reconnaissance unanime.
Chacun le voit comme l’incarnation de l’homme nouveau, le
fils légitime de la crapulerie et de l’arrivisme. Maupassant
va jusqu’à rapprocher, de manière très sarcastique, Duroy et
Jésus-Christ. La figure du Jésus marchant sur les flots de
Marcowitch présente en effet, aux yeux de tous les specta-
teurs, un air de famille plus que troublant avec Bel-Ami. De
même, dans les prières de Mme Walter, le nom de Georges
se substitue à celui de Jésus (p. 358). Dans la scène finale,
à la Madeleine, Bel-Ami finit par se prendre pour une sorte
de messie royal, acclamé par tous (p. 370) ; un Jésus d’un
genre spécial, qui ne songerait pas à chasser les marchands
du temple. Duroy symbolise donc une nouvelle ère, celle de
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la troisième République – ce « colossal tas de fumier 1 ».


Bel-Ami, ou la revanche de l’Antéchrist ?

SÉANCE 7
BEL-AMI EST-IL UN ROMAN DE FORMATION ?

씮 L’ensemble du roman.
씮 Deuxième partie, chapitre X : de « Lorsque l’office fut
terminé » (p. 370, l. 369) à « au sortir du lit » (p. 371,
l. 421).
Objectifs : Caractériser le genre ; mieux comprendre le
statut du personnage principal et son rapport à l’histoire ;
préparer l’écrit du baccalauréat.
La question ici posée peut préparer à l’exercice de disser-
tation. La réponse doit en effet exposer un jugement nuancé
et argumenté. On peut partir de deux positions critiques dif-
férentes : Adeline Wrona, dans la présentation de l’édition
GF, soutient que Bel-Ami est un « roman de formation »
(p. 33). Mais Louis Forestier remarque que « Duroy ne se
forme pas vraiment. Dès le début, il possède la séduction,
l’esprit de décision, l’aptitude à profiter des occasions qui
pourrait le servir 2 ».
Évaluer les deux points de vue permet de s’intéresser au
statut du personnage principal et à son rapport avec
l’histoire.

• L’évolution sociale de Duroy


Duroy évolue tout au long du récit. Il s’initie à une nou-
velle profession, rencontre des femmes, s’intègre aux
milieux de la presse, de la politique et de la finance. Son
changement de statut est symbolisé par les transformations
de son patronyme : Duroy, Du Roy, Du Roy de Cantel.
Comme dans tout récit initiatique, il connaı̂t des mentors et
subit des épreuves (voir la séance no 2, « L’organisation dra-
matique du roman »). Mais la mutation du personnage est
purement sociale. Le roman raconte en effet moins l’histoire

1. Jean-Louis Bory, préface de Bel-Ami, Gallimard, « Folio », 1973.


2. Louis Forestier, Notice sur Bel-Ami, Gallimard, « Bibliothèque de la
Pléiade », 1987.
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d’une métamorphose que celle d’une opportunité. Grâce à


Forestier, Duroy pose enfin le pied sur un terrain favorable
à son épanouissement : le journalisme donne matière à son
ambition et les femmes répondent à sa séduction.
Duroy grimpe donc les échelons, mais cette ascension
modifie-t-elle en profondeur ce qu’il est vraiment ? La lec-
ture analytique de la fin du roman permet de voir si le héros
a fondamentalement changé.

• Lecture analytique de l’excipit


Problématique : On montrera que le texte est un écho de
l’incipit et qu’il propose une fin ouverte. Le but est de faire
apparaı̂tre que, par rapport au début, Duroy demeure le
même, prétentieux, immoral et séducteur. Seule l’échelle de
son ambition a changé. Le personnage est passé de Notre-

Bel-Ami
Dame-de-Lorette à la Madeleine, du costume râpé au cos-
tume de marié, de la misère à la richesse. Mais ses préoccu-
pations et son rapport aux autres restent identiques.

Nous indiquons trois grands axes possibles à l’explication


de texte :
I. L’expression d’une ambition démesurée ;
II. La séduction de Bel-Ami (Clotilde, la foule) ;
III. Une fin ouverte (voir, entre autres, le jeu sur la symé-
trie du décor).

On conclura que Bel-Ami est moins un roman de formation


que le roman d’une évolution. La société ne transforme pas
fondamentalement le héros, elle s’offre à son désir et lui donne
la possibilité de nourrir ses appétits d’arriviste. La fin du récit
laisse à penser que l’ascension du personnage n’est pas finie.
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SÉANCE 8
LA FICTION AU SERVICE DE LA VÉRITÉ

씮 L’ensemble du roman.
씮 Préface de Pierre et Jean.
Objectifs : Montrer le rapport entre invention romanesque
et expression d’une vérité sur le monde et sur l’homme.

• À propos de la préface de Pierre et Jean


On pourra coupler de manière utile la leçon sur le roman
avec la lecture de la préface de Pierre et Jean parue en 1888
et intitulée « Le Roman », notamment le passage allant de
« Mais en se plaçant au point de vue même de ces artistes
réalistes » à « J’en conclus que les Réalistes de talent
devraient s’appeler plutôt Illusionnistes 1 ». Une question
d’ensemble pourrait être posée sur cet extrait : pourquoi,
dans leurs romans, les romanciers sont-ils amenés à modifier
la réalité qu’ils ont observée ?

• La création romanesque suppose « d’immenses


emmagasinements d’observations 2 »
Le lecteur contemporain de Bel-Ami reconnaı̂t clairement,
derrière la fiction, une grande part de réalité. Maupassant,
employé de bureau, journaliste, Parisien... n’a pas eu besoin
de constituer des carnets de notes et des dossiers prépara-
toires, comme l’aurait fait Zola. Il connaissait parfaitement
l’univers de la presse, de la politique, de la finance, ou
encore l’agitation des boulevards, l’apathie des fonction-
naires, les salons bourgeois, les théâtres, les prostituées...
Beaucoup ont ainsi reconnu, derrière la fiction, tel fait réel,
tel personnage existant. Par exemple, Walter fait penser à
Meyer ou à Dumont, patrons de journaux ; Bel-Ami
emprunte des traits à Aurélien Scholl 3, à Catulle Mendès 4,

1. Guy de Maupassant, Pierre et Jean, GF-Flammarion, 2008, p. 47-48.


2. L’expression est de Edmond de Goncourt dans la préface des Frères
Zemganno (1879). Elle vise à qualifier le roman naturaliste.
3. Il existe, comme l’a révélé Marie-Claire Bancquart dans Flaubert et
Maupassant écrivains normands (Publications de l’Université de Rouen,
1995), un « dossier Aurélien Scholl » à la préfecture de police. Il y
apparaı̂t que le chroniqueur s’est livré à maintes activités louches,
proches de celles pratiquées par Duroy.
4. Maupassant le dépeint, dans une chronique du Gil Blas du 1er juin
1882, comme un « homme inquiétant et séduisant avec sa pâle figure de
crucifié ».
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au faux baron Ludovic de Vaux 1, au non moins faux baron


René Jean Toussaint 2, etc. De même, l’affaire du Maroc se
calque sur celle de la Tunisie qui date de 1881. Les remous
politiques et financiers qui lui sont liés rappellent la chute
du gouvernement Ferry et la guerre entre les banques juives 3
et l’Union générale, banque catholique. On le voit, démon-
trer que Bel-Ami est un roman d’actualité pourrait se pour-
suivre à l’infini. Sur ce point, la présentation et le tableau
chronologique de l’édition GF (p. 6-41) opèrent une synthèse
assez complète et offrent tous les repères historiques
nécessaires.

• Le narrateur n’est pas neutre : la fiction


romanesque est l’expression d’un « tempérament »

Bel-Ami
Maupassant ne cherche pas, pour autant, à écrire un docu-
mentaire. Pour l’auteur, la fiction est le meilleur moyen pour
exprimer la vérité. C’est avant tout l’esprit d’une époque
qu’il essaie de reconstituer.
Derrière l’anecdote inventée, au-delà des parcours indivi-
duels de ses personnages, Maupassant dépeint une tendance
sociale, un mouvement général qu’il croit vrai : il « dégag[e]
la philosophie de certains faits constants et courants 4 ». Ainsi
le personnage de Bel-Ami est-il emblématique de tous les
arrivistes de son temps. D’ailleurs, le romancier l’affirme
explicitement : « J’ai voulu simplement raconter la vie d’un
aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons chaque
jour dans Paris » (Gil Blas, 7 juin 1885, voir le dossier de
l’édition GF, p. 409-413).
Le monde du roman clarifie la confusion et la diversité du
monde réel : « Raconter tout serait impossible [...] Un choix
s’impose donc », écrit Maupassant dans la préface de Pierre
et Jean.

1. Directeur des Échos, il s’appelle en fait Charles Baron : Maupassant


a préfacé son livre, Tireurs au pistolet, paru en 1883. Le duel de Duroy
y fait-il allusion ?
2. Alias René Maizeroy, grand coureur de jupons, auteur d’un roman,
Celles qui osent, paru en 1883 et également préfacé par Maupassant.
3. Erlanger, Rothschild, Cahen d’Anvers.
4. Guy de Maupassant, Pierre et Jean, op. cit., p. 47.
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En outre, l’observateur n’est pas neutre :


À force d’avoir vu et médité [le romancier] regarde
l’univers, les choses, les faits et les hommes d’une cer-
taine façon qui lui est propre et qui résulte de l’en-
semble de ses observations réfléchies.
C’est cette vision personnelle du monde qu’il cherche à
nous communiquer... 1.
De fait, le récit résulte d’une observation critique qui
apparente le roman au genre de la satire – satire radicale
d’une humanité immorale et médiocre. Maupassant se rap-
proche ainsi des moralistes puisqu’il stigmatise l’inanité des
fausses valeurs désormais triomphantes : la gloire, l’argent,
le pouvoir... qui ne sont que des leurres en regard de la mort.
L’écrivain Norbert de Varenne, dans un discours qui tient de
la peinture de vanités, semble d’ailleurs être, sur ce point, le
porte-parole de Maupassant (p. 160-165).
Il émane du roman un pessimisme d’autant plus noir
qu’aucune force d’opposition ne vient menacer cet avène-
ment de la bassesse (voir l’étude des opposants dans le
schéma actanciel de la séance n° 2).

• La poétique de Maupassant
Seule peut-être la littérature peut amener à une prise de
conscience, à un sursaut. Le choix du roman permet d’éviter
la dénonciation directe et unilatérale ; c’est à nous, lecteurs,
de faire, comme dirait Voltaire, « la moitié » du chemin et de
participer aussi à la critique.
Ainsi, on remarque que la dépréciation, quand elle est
exprimée, est toujours prise en charge par un personnage :
Forestier, Bel-Ami, Langremont, Varenne, les spectateurs du
mariage de Duroy... Ils sont les premiers à fustiger la « sa-
lade de société » (p. 326, l. 422) dans laquelle ils évoluent.
Le narrateur, quant à lui, s’abstient le plus souvent de

1. Guy de Maupassant, ibid. On retrouve une revendication analogue


chez Zola dans Le Roman expérimental : « Les gens qui ont fait la naı̈ve
découverte que le naturalisme n’était autre chose que de la photographie
comprendront peut-être que, tout en nous piquant de réalité absolue,
nous entendons souffler la vie à nos productions. De là, le style person-
nel, qui est dans nos livres. » Maupassant refuse également dans « Le
Roman » d’assimiler le roman réaliste à la simple photographie du réel.
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commentaire explicite et préfère employer l’ironie. Son rica-


nement, constant, se laisse donc deviner. Les situations, les
personnages sont risibles par eux-mêmes : pauses fanfa-
ronnes de Duroy, expérience lamentable de rédaction d’ar-
ticles, scènes d’amour puériles, banquet de charité grotesque,
exposition de croûtes authentiques devant lesquelles tout le
monde s’extasie... Chaque page offre le spectacle d’un
monde ridicule et dérisoire.
De plus, Maupassant ne se contente pas d’un récit simple-
ment mimétique du réel. Comme chez Zola, le roman abonde
en métaphores, en symboles, en jeux de symétrie et d’op-
position. On citera, pour l’exemple, la symbolique des noms
propres, des miroirs, des escaliers, des lieux ; les oppositions
entre les brunes et les blondes, les mères et les filles, la ville
et la campagne, les quartiers riches et pauvres, les forts et

Bel-Ami
les faibles, l’ombre et la lumière, la vie et la mort ; ou, au
contraire, les effets de symétrie (lieux, personnages doubles,
chapitres qui se répondent comme le premier et le dernier...),
etc. Le roman offre donc une multitude d’images à décrypter.
Avec Bel-Ami, les élèves pourront étudier de plus près une
œuvre naturaliste 1. Moins soumis aux théories scientistes qui
prévalent dans les romans de Zola, le livre de Maupassant
résulte tout autant d’une observation sociale, politique et
morale minutieuse. Mais l’observateur, à l’instar de Zola, ne
s’interdit pas d’interpréter et de juger. Quant à l’usage de la
fiction, il permet non seulement la transposition signifiante
de la vie réelle dans le monde du roman, mais aussi l’inven-
tion inédite d’un univers propre au romancier à laquelle le
lecteur est nécessairement associé.

1. Rappelons, cependant, que Maupassant ne revendique pas cette


appartenance et exprime toujours une réticence certaine à l’égard des
écoles.
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SÉANCE 9
E´ VALUATION FINALE

Objectifs : Préparer l’écrit du baccalauréat.

Commentaire : Première partie, chapitre VIII, de « Mais


Georges, que l’ombre inquiétait » (p. 202, l. 537) jusqu’à
« pour ne plus regarder le cadavre » (p. 203, l. 571). Vous
étudierez la façon dont est exprimée l’angoisse du person-
nage devant la mort.

Sujet de dissertation : « Le but [du romancier] n’est point


de nous raconter une histoire, de nous amuser ou de nous
attendrir, mais de nous forcer à penser, à comprendre le sens
profond et caché des événements », explique Guy de Mau-
passant dans la préface de son roman Pierre et Jean. Cette
affirmation vous paraı̂t-elle s’appliquer à Bel-Ami ?

Sujet d’invention : Vous êtes rédacteur à La Plume,


organe de presse concurrent de La Vie française. Le directeur
de votre journal vous demande de rendre compte d’un événe-
ment mondain : le mariage de Georges Du Roy et de
Suzanne Walter à la Madeleine. Écrivez cet article sur un
ton polémique.

I V . B IBLIOGRAPHIE

Voir la bibliographie de l’édition GF, p. 427-432.

Stéphane GOUGELMANN

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