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Alcools

CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 1
Le Pont Mirabeau, un poème incantatoire

I. Pour guider votre analyse b) Les allitérations en [L] donnent à entendre l'eau
1) Un poème traditionnel qui coule et fuit pour s’éparpiller dans l’air. D’autre part,
a) Dès ce deuxième poème d’Alcools, la forme donne une les assonances confèrent à l’ensemble, tout comme les
impression de régularité propre aux poèmes dits classiques : répétitions de mots, un côté répétitif dans la plainte proche
8 strophes composées de 4 quatrains et 4 distiques. de la forme incantatoire. Le poète devient un magicien
Les assonances en [OU], [O] et [EU], l’alternance des strophes du désespoir où l’Espérance semble figée à jamais.
avec le refrain, la légèreté des rimes féminines mais aussi la c) Le temps passe, la Seine coule et les amours fuient.
circularité du poème qui commence par un vers et se termine Le poète, dans une opposition oxymorique, demeure
par le même (antépiphore), tout ici confère à l'ensemble néanmoins. La mort est omniprésente et dans cette
une harmonie certaine que l'on pourrait rapprocher de opposition entre immobilité du poète et écoulement du
l’esthétique classique. temps, la tonalité élégiaque ressort tout particulièrement
b) Deux thèmes majeurs sont ici abordés : celui de la fuite pour conférer à l’ensemble une « rythmique » de la plainte
du temps (dans le refrain) mais aussi de la fin de l’amour (vous pouvez faire écouter sur Daily Motion ou You Tube
(parallélisme entre l’eau qui coule, les jours qui passent et les interprétations réalisées par Léo Ferré, Marc Lavoine
l’amour qui s’éloigne). La Seine rappelle au poète que les et Apollinaire lui-même du Pont Mirabeau).
choses jamais ne demeurent, sinon lui-même (« je demeure »).
c) Le thème de la fuite du temps appartient à la tradition II. Pour faire le point
poétique et l'on pense aussitôt à Ronsard et aux poètes Ce poème-chanson, incantation à sa façon sur le thème
de la Pléiade, mais aussi, plus proche de nous, aux poètes convenu de la fin d'un amour et du passage du temps,
romantiques (xixe siècle), tels Lamartine (Souvenir et Le Lac) se présente finalement comme une œuvre véritablement
ou encore Victor Hugo (Tristesse d'Olympio). originale où l'élégie et le lyrisme se manifestent à travers une
2) La tradition réinventée forme surprenante. Malgré l'expression douloureuse des jours
a) Les huit strophes, malgré une certaine régularité, de bonheur soulignée par la permanence du moi et la lenteur
déconstruisent effectivement la tradition poétique par de la vie, l'espérance est là qui cherche à se manifester.
l’absence de rimes strictes, et par un jeu de décompte Le Pont Mirabeau, purifié de tout détail secondaire, de toute
syllabique irrégulier (quatrains avec décasyllabes, éloquence apparaît alors comme un chef-d'œuvre où la
tétrasyllabes, hexasyllabes et heptasyllabes pour le refrain). valeur humaine et la pureté rénovent la tradition lyrique
b) La circularité du poème (avec la reprise au début et des poètes de la Pléiade à Verlaine.
à la fin : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine ») rapproche
ce poème du calligramme cher à Apollinaire et donne III. De l'écrit à l'oral
l'impression d'un tourbillon de l'eau qui passe et engloutit a) Sur l’héritage romantique d’Apollinaire, nous nous
tout, jusqu'à l'Espérance du vers 16. reporterons aux pages 174 et 175 de l’édition Folioplus
c) L'absence de ponctuation donne au poème une réelle classiques d’Alcools.
modernité en jouant sur les sens avec les enjambements b) Le « J’émerveille » d’Apollinaire sera étudié dans
et seule l’orthographe permet en définitive de comprendre la même édition aux pages 178 et 179.
le sens (cf. vers 2 et 9). c) La tristesse est abordée mais comme le disait également
d) L’effet de paronomase entre les vers 15 et 16 avec Apollinaire « J’ai des joies aussi que je chante »...
la prononciation en diérèse de « vi/o/lente » met en parallèle Reportez-vous aux pages 178 et suivantes de l’édition
vie et violence en insistant sur l’immobilisme affreux du Folioplus classiques pour étudier la dimension du souvenir
poète, qui malgré tout ne supporte plus la lenteur de cette et autobiographique dans Alcools.
vie qui s’écoule en douleur. d) Le poète démiurge donnant naissance à la création
3) Une chanson nouvelle d’un nouveau monde est abordé aux pages 182 et suivantes.
a) La musicalité du poème en vers libres donne à entendre
une véritable chanson, sous le signe de Verlaine avec les vers
impairs des distiques « et pour cela préfère l’impair plus
vague et plus soluble dans l’air ».
n1
Alcools
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de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 2
Les Colchiques
ou le mythe de la femme revisité

I. Pour guider votre analyse qu’un seul vers. Cela aurait pu faire de ce poème un sonnet,
1) Une atmosphère particulière mais par son originalité, il y a bien une revisitation de cette
a) Dès les premiers mots, nous sommes plongés in medias forme classique et une modification significative donnant lieu
res dans un cadre à la fois joli mais rendu menaçant par à ce qui ressemblerait à un chiasme sonore et sémantique
la présence des colchiques, fleurs vénéneuses, appelées aussi dans lequel Apollinaire insiste sur l’empoisonnement lent et
« tue-chien ». Les vaches, les fleurs, les enfants et leurs définitif des vaches. D’autre part, le décompte irrégulier des
harmonicas, le « vent dément », le gardien du troupeau... syllabes (v. 9 et 11), sortes d’altérations métriques, éloigne
tout donne à entendre une musique douce mais qui se teinte le poème de la régularité des alexandrins et donne à entendre
progressivement de danger et de mort : l’empoisonnement. la forme d’un vers libéré de toute contrainte.
Pour finir, le « pré joli » prend des allures dissonantes c) Si l’on se réfère au genre du « blason », le poète y
puisqu’il est qualifié de « mal fleuri » à la fin du poème. célèbre une partie du corps de la femme aimée. ici, nous
b) Par le décompte des strophes [7/5/3], nous pouvons avons affaire à ce qui serait de l’ordre du « contre-blason »,
être sensibles à un effet de rétrécissement et de repliement sur où il s’agit d’une célébration funeste et malheureuse.
soi ; une boucle qui commençait par l’automne au v. 1 et se
termine par l’automne au v. 15. Quant au cadrage, il y a bien II. Pour faire le point
effet de zoom au ralenti (rendu sensible par les adverbes) sur Fondé sur la comparaison de la femme et de la fleur,
les colchiques à la strophe 1 en particulier et sur le pré tout Les Colchiques apparaît bien comme une relecture du thème :
entier tout au long du poème. Cela rappelle l’enfermement les yeux de la femme aimée, tels les colchiques vénéneux
et la solitude du poète, mal-aimé et malheureux. qui lentement empoisonnent les vaches « y paissant »,
c) La saison des colchiques est l’automne, saison associée empoisonnent aussi la vie du poète. Loin du blason, il s’agit
à la fin, lente et monotone, qui conduit vers la mort finale ici d’une contre-célébration de la femme. La vie est mise
et irréversible (« Pour toujours », v. 15). Dans le recueil, c’est en danger et c’est la mort qui attend le poète au détour
surtout Automne malade et Signe où la faiblesse se rappelle de ce joli pré automnal. Bien loin de la « Mignonne »
doucement à la nature et au poète... « Les feuilles/ Qu’on que Ronsard comparait à la rose du matin, nous abordons ici
foule » aboutissent à l’issue fatale. les rivages de la Colchide, où Médée la magicienne sévissait.
2) Le mythe de la femme aimée
a) Le titre du poème indique bien que ce sont à des fleurs III. À vous d’écrire : écriture d’invention
« couleur de cerne et de lilas » que la femme aimée est Ce travail nécessite d’avoir bien compris ce qu’était le genre
comparée et en particulier aux yeux, miroir de l’âme du blason (genre somme toute assez simple si l’on comprend
(anaphore aux v. 5 et 7), mais aussi aux paupières (v. 11). qu’il s’agit d’une célébration de la Dame quant à un élément
b) Les colchiques sont des plantes des prés dont la de son anatomie : ici, la chevelure). Les élèves auront lu
particularité est d’être dangereuses dès qu’on les ingère. d’autres exemples de blasons, notamment celui du Beau tétin
Cette fleur, venue de Colchide où Médée la magicienne et de Clément Marot, dont voici un extrait ci-après. Marot,
célèbre empoisonneuse de la mythologie habitait, a bien une outre le sonnet, qu'il a contribué à imposer, est donc
connotation négative. aussi l'inventeur du jeu littéraire du blason. À l’origine,
c) Dans ce poème de fin d’amour où la démence s’associe « blasonner » consistait à détailler et expliquer les armoiries
à la mort, Éros représente un danger de mort (Thanatos) d'un écu. ici, les poètes rivalisent en chantant à leur tour
pour la vie du poète : « Et ma vie pour tes yeux / Lentement telle ou telle partie du corps féminin...
s’empoisonne » (v. 7) « Tétin refait, plus blanc qu'un œuf,
3) Une relecture du mythe Tétin de satin blanc tout neuf,
a) Le poème de Ronsard chantait la jeunesse, la beauté et Toi qui fait honte à la rose
la fraîcheur de la femme aimée. ici, Apollinaire opère une Tétin plus beau que nulle chose,
relecture et une réécriture du poème : « la femme aimée » Tétin dur, non pas tétin voire
est présentée comme dangereuse et fatale. Mais petite boule d'ivoire. »
b) Un sonnet compte 14 vers et se compose d’alexandrins.
ici, les v. 2 et 3 (6 et 6 syllabes) ne formaient à l’origine
n2
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de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 3
Nuit rhénane, un fantastique surprenant
entre ivresse et éclat de rire

I. Pour guider votre analyse verts apparaissent et où, telle la Lorelei, les étoiles tombent
1) L’inspiration dionysiaque après s’y être mirées.
a) Au-delà de l’impression visuelle où l’on voit l’éclat b) Ces deux groupes de mots sont des COD, lesquels,
intermittent du vin brillant à travers les facettes du verre, le posés ainsi en fin de vers ou de phrase, étirent davantage
premier vers suggère, par la comparaison avec « la flamme » le suspens. L’ordre des mots, presque proche de la phrase
et le qualificatif « trembleur », à la fois l’ardeur dévorante allemande par certains endroits, participe donc à ce que l’on
du poète et son inquiétude. C’est par le vin que la chanson pourrait qualifier d’esthétique de la surprise. Le fantastique
du batelier va pouvoir se faire entendre et l’envoûtement s’en trouve accru.
s’opérer. c) Le poète pour la deuxième fois en appelle à l’assistance,
b) Chaque mot, chaque évocation acquiert comme par l’auditeur, le lecteur bienveillant qui le détournera du
magie une vibration particulière dont le « tremblement » sortilège (« Debout », « Chantez »).
du ciel étoilé se reflétant dans le Rhin est une image (v. 10). Le martèlement nerveux des vers par opposition au
Or, le succès de cette incantation s’explique par un certain mouvement souple et continu des vers 2 et 4 est ici frappant.
état de ferveur, voire de transe poétique que l’on peut Le souhait de ne plus entendre (subjonctif présent au vers 6)
qualifier de dionysiaque. et de remplacer le chant lent du batelier par une ronde qui va
c) « Le Rhin le Rhin est ivre », écrit Apollinaire au vers 9. réveiller la torpeur montre à quel point il y a mise en danger
Au-delà de l’impression visuelle d’un fleuve reflétant le ciel pour lui. Néanmoins, même la réalité des « filles blondes »
étoilé, ces mots évoquent les reflets trompeurs du fleuve et semble menacée par leur regard immobile, comme figé.
renvoient au vertige fasciné du poète qui, avec effroi, se rend
compte que tout a perdu sa rassurante réalité ordinaire. II. Pour faire le point
2) Une nuit fantastique : l’envoûtement Dans ce premier poème des Rhénanes, Apollinaire évoque
a) C’est dans un paysage lunaire, légendaire et magique avec effroi l’envoûtement dont il est victime par une nuit
où des fées et des « filles blondes / Au regard immobile » où l’ivresse fait sombrer la réalité autour de lui. Ces « sept
que « la chanson lente d’un batelier » se fait entendre. femmes » aux « cheveux verts » que chante le batelier sont-
Le Rhin, devenu ivre, voit les étoiles chuter dans le fleuve : elles ces fées maléfiques qui vont briser le verre dans un
« Tout l’or des nuits ». « éclat de rire » ? Le rythme, depuis le premier quatrain
b) Après le vers 1, qui sonne comme une ouverture vers jusqu’au « monostiche » (vers unique) final semble s’être
l’envoûtement, les trois vers qui suivent (strophe 1) font immobilisé tout comme le regard des « filles blondes »
résonner la chanson du batelier. ici, le poète s’adresse au si ce n’est dans la deuxième strophe, où dans un sursaut,
lecteur (« Écoutez »). À la strophe 2, « Debout » indique le poète cherche à échapper à l’envoûtement fatal de
le sursaut du poète cherchant à échapper au sortilège... la chanson par une ronde.
en vain (strophe 3) puisque son rapport à la réalité est
métamorphosé par le vin qui fait basculer et trembler le III. De l’écrit à l’oral
paysage alentour. Pour finir (vers 13), on peut entendre 1) Pour répondre à cette question, référez-vous à l’édition
ce dernier vers de deux façons : la fin de l’envoûtement Folioplus classiques p. 190 et suivantes.
avec le verre qui se brise, ou bien la victoire de la puissance 2) idem, cf. p.197 et suivantes.
maléfique dans un « éclat de rire ». 3) La ponctuation est presque totalement absente du
c) La chanson du batelier que le poète cherchait à étouffer recueil, mais il y a tout de même des exceptions : un point
devient mystérieuse et tragique par le néologisme de d’exclamation dans La Blanche Neige (« Ah ! ») par exemple.
« râle-mourir ». L’irruption du tragique préfigure le triomphe il ne faut sans doute pas s’y attarder, les oublis typographiques
cruel de la puissance maléfique du vers 13. étant une possibilité, car Apollinaire n’a supprimé la
3) Un paysage légendaire et magique ponctuation que tardivement. Cela reste tout de même un
a) Le fleuve acquiert une dimension fantastique chère geste décisif dans le sens où il oblige le lecteur à un travail
aux Romantiques en ce sens où il devient le théâtre d’écoute intérieure, voire de déclamation à voix haute. Ainsi,
d’un envoûtement au cours duquel sept femmes aux cheveux Apollinaire démécanise la scansion et met son lecteur

n3
Alcools
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de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 3 disparaître les marques de l’énonciation. À qui alors attribuer


Suite tel ou tel énoncé ? C’est le cas dans La Lorelei, dans La Dame…
Le poème y acquiert souvent une dose de mystère
supplémentaire où rien n’est donné ni acquis.
à contribution. La suppression de la ponctuation a parfois 4) Pour répondre à cette question reportez-vous à l’édition
un rôle déroutant notamment dans les cas où elle fait Folioplus classiques p. 223 et suivantes.

FICHE 4
« Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris »
ou l’art poétique de la dissonance

I. Pour guider votre analyse souvent évoquée dans le recueil, et plus généralement
1) Le rêve comme structure temporelle et narrative l’innocence persécutée. Quant au mot « pasteur », il désigne
a) Trois temps sont représentés dans ce poème : le passé à la fois le gardien du troupeau et le guide spirituel.
composé, le présent et l’imparfait (11 imparfaits). Les valeurs Au vers 5, les « faux centurions » peuvent évoquer les soldats
temporelles des imparfaits se répartissent en deux catégories ; romains qui ont crucifié Jésus, quant au « vinaigre », il est
la première étant l’imparfait d’arrière-plan (« buvais », une version dégradée du vin (vin-aigre) qui symbolise le sang
« dormais »), tandis que les autres imparfaits ont une valeur du Christ, et qui évoque aussi la transsubstantiation lors des
descriptive (« emportaient », « dansaient »...) et s’imposent noces de Cana (Évangile de Jean, 2, 1-11).
tout à fait pour donner à voir les visions du poète. c) L’association d’un terme vulgaire, pisser (v. 8), avec
b) Le premier vers est un aveu prononcé par les amis le clair de lune constitue une dégradation de l’imagerie
et le deuxième pourrait s’apparenter à une conséquence : romantique. Tout comme le contraste du vers 9 des « croque-
l’enivrement du poète. Les vers suivants ouvrent alors la morts » avec les « bocks ». Aux vers 10 et 11, les cols sont
voie au rêve, où les visions du poète évoquent un monde faux, les jupes mal brossées, et le tout est décrit comme
« infernal » : un ange exterminateur, de « faux centurions », une chute. L’ensemble du tableau pourrait évoquer un
des « gueux », des « croque-morts », des « accouchées travestissement carnavalesque où tout est discrédité.
masquées », des femmes qui demandent « l’amour et Le vers 14 peut s’interpréter comme une antithèse et les deux
la dulie », « des ombres […] jamais jolies ». Tout ce monde-là derniers vers closent le poème sur l’évocation d’un fleuve
danse, festoie, passe... cependant que « les becs de gaz sombre qu’on peut difficilement ne pas rapprocher du Styx,
[pissent] leur flamme au clair de lune » (v. 8). fleuve des Enfers.
c) En n’établissant aucun rapport logique entre les 3) La dissonance, un manifeste pour une poésie nouvelle
événements, le poète procède par juxtaposition (parataxe) ou une forme-sens
et confère ainsi aux images évoquées une impression a) Par le schéma des rimes, on se rend compte que sur
dissonante et propre à l’aspect illogique du rêve : « Des faux seize finales de vers, quatre sont isolées (v. 2, 5, 9 et 11),
cols sur des flots de jupes mal brossées » (v. 11). ce qui amène le poème vers une irrégularité, une dissonance
2) Le constat du poète : un monde renversé certaine, un chaos évident au niveau du rythme.
a) Après l’annonce du mépris du vers 1 et l’ivresse qui suit b) Le schéma métrique : on trouve dans ce poème neuf
(v. 2), le poète est plongé dans le sommeil et rêve (v. 3-16). alexandrins, soit à peine plus de la moitié des vers. Apollinaire
il décrit alors à l’imparfait une vision d’un monde renversé joue donc avec la tradition en utilisant des mètres très
et dégradé qu’a contaminé l’aveu originel : tout est faux réguliers au milieu d’autres mètres complètement différents
(faux centurions, faux cols, les accouchées sont masquées ou irréguliers.
et les femmes demandent aussi bien l’amour que la dulie), c) Deux dynamiques antithétiques sont à l’œuvre dans
tout est duplicité. C’est le chaos, l’ordre est dénaturé ce poème : celle du chaos, qui donne naissance au monde
et l’on pense à des peintures telles celles de Jérôme Bosch. renversé du rêve, et celle d’un ordre poétique supérieur.
b) Aux vers 3 et 4, il faut bien évidemment voir la symbolique La fausseté dont il est question dans le rêve contamine ainsi
chrétienne : l’anneau représente la personne du Christ jusqu’à la forme même du poème.

n4
Alcools
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de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 4 se renverse dans un cauchemar digne du peintre Jérôme Bosch.


Suite L’imagerie chrétienne contrebalancée par des images païennes
brouille le lyrisme pour l’amener vers un prosaïsme désabusé.
La fausseté évoquée contamine jusqu’à la forme du poème,
II. Pour faire le point oscillant entre l’alexandrin et les aventures d’un vers libre.
Ce poème est déroutant tant par sa structure narrative que
par la juxtaposition des événements. Après l’aveu initial, III. De l’écrit à l’oral
le poète se plonge dans l’ivresse puis le sommeil et rêve 1) Se reporter au dossier pp. 184-185.
d’un monde de fausseté et d’injustice. On ne connaîtra pas la 2) Dossier p. 200 et suivantes.
raison du mépris du vers 1 car aucune clé ne nous est livrée. 3) Dossier pp. 186-187.
L’absence de ponctuation renforce le mystère et le monde 4) Dossier p. 194 et suivantes.

FICHE 5
Pour aborder le commentaire littéraire

I. À la recherche d’indices pour une poésie libérée du passé. Par opposition, tout ce qui
1) Sous le signe de la surprise ne va pas dans le sens de la modernité, est antique et marque
a) L’ouverture de Zone peut apparaître de prime abord étrange la lassitude et l’ennui.
en ce sens où l’on trouve ce groupe de mots « À la fin », b) Ce deuxième vers établit une métaphore audacieuse
signifiant « finalement », et que l’on penserait à juste titre où urbanisme (avec la tour Eiffel) et ruralité (les moutons)
voir placer en clôture du poème. « À la fin », provoque un effet se mêlent. On passe de l’impression visuelle, vraisemblable
de surprise, de rupture, comme si l’on prenait une conversation (un pont ressemble à un mouton qui paît), à l’impression
en cours de route. auditive, illogique (un pont qui bêle), même s’il s’agit en fait
b) Avec le « tu » du monostiche initial, nous pouvons de la sirène des remorqueurs.
nous poser la question de savoir à qui s’adresse ici le poète : c) « Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui
à lui-même ou bien au lecteur ? Le christianisme est même chantent tout haut / Voilà la poésie ce matin… » (v. 11 et
convoqué (v. 7) jusqu’au Pape Pie x (v. 8) qui est vouvoyé. 12). La poésie serait donc dans le quotidien puisque
Ce jeu des personnes indique une mouvance et brouille catalogues, affiches et prospectus y participeraient.
le jeu de l’énonciation. Le « je » fera son apparition un peu Nul besoin de mots abscons, nulle volonté de placer haut
plus loin comme si, en définitive, l’universel venait rejoindre la poésie, elle se trouve là où tout un chacun vit.
le personnel et réciproquement. 3) Une déambulation
c) En mêlant alexandrins (à six reprises) à des vers a) C’est à Paris que se situe la scène de Zone puisqu’on y
beaucoup plus longs (16 syllabes souvent), Apollinaire trouve la « tour Eiffel » et la description de cette rue située
démontre que sa poésie sera sous le signe non du dans le xViie arrondissement, justement dans la zone
conventionnel ni du classique mais bien de la nouveauté. nord-ouest de Paris.
Cette impression est renforcée par les assonances en fin de b) Les termes non poétiques tels « sténo-dactylographes »,
vers qui, sur un rythme suivi, égrènent comme un chapelet « aboie », « criaillent »… s’opposent ici aux vers lyriques
des mots simples et compréhensibles de tous. de cet extrait : nous pensons alors aux images du vers 2 avec
2) Le quotidien comme matériau la métaphore de la tour Eiffel en bergère des ponts parisiens.
a) « tour Eiffel » (v. 2), « automobiles » (v. 4), « hangars de Nous pensons aussi au choix de termes tels « las » (v. 1),
Port-Aviation » (v. 6), mais aussi les « prospectus, les catalogues « grâce » (v. 23).
et les affiches » du v. 11, « les journaux » (v. 12), « directeurs, c) La forme de cet extrait ne traduirait-elle pas chez
ouvriers, sténo-dactylographes » (v. 17), « la sirène » (v. 19), Apollinaire la volonté de créer de la nouveauté et de s’éloigner
« la rue industrielle » (v. 23)…. Pour Apollinaire, la modernité de la tradition ? Ainsi, 3 monostiches puis un tercet et enfin
serait symbole de nouveauté (« neuve » à deux reprises), une strophe de 18 vers, comme si vers la fin de notre extrait,
de propreté (« propre » v. 16) et de « grâce » (v. 23). L’alliance il s’éloignait des formes connues de l’Antiquité pour aborder
des termes parfois étonnante apparaît ici tel un manifeste la prose poétique.

n5
Alcools
CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 5 – Des mots sans recherche du langage courant sont employés:


Suite « tu en as assez », « enseignes », « inscriptions »...
– L’utilisation de mots sans bivalence et renvoyant à une
réalité concrète, tels « sirène », « cloche », « aventures
II. À vous d’écrire : le commentaire policières », « à 25 centimes »...
La partie du commentaire peut être rédigée comme le plan – Même le rythme est somme toute sans recherche excessive,
qui suit. accessible à tous. C’est une prose poétique.
Tout d’abord, en faisant du quotidien une source de Enfin, grâce à ces éléments du quotidien, l’humain acquiert
l’inspiration, Apollinaire crée une poésie de la proximité : un rôle primordial. L’homme devient démiurge, acteur de son
– Les références à l’antiquité grecque et romaine sont mises monde :
au rebut car le poète se dit « las », « tu en as assez ». – Le système énonciatif inclut le lecteur, l’interpelle : « Tu »...
– La déambulation dans les rues de Paris où est décrite – Chanter le quotidien, c’est aussi donner de l’importance
« une rue industrielle », « une jolie rue », donne à voir à l’infime, à ce et ceux qu’on ne voit pas, aux petites gens :
ce quotidien que tout un chacun côtoie. ces « ouvriers », ces « sténo-dactylographes »...
– Les héros n’ont pas droit de cité, ce sont des personnages – L’homme n’est plus perdu, il n’est pas un pur esprit
de tous les jours comme les « ouvriers », les « belles sténo- et devient ancré dans la réalité où il lit « les prospectus
dactylographes ». les catalogues les affiches... », où il fréquente la même rue
Les éléments du quotidien acquièrent ainsi une place entière « quatre fois par jour »...
dans la poésie et la rendent accessible et simple :

FICHE 6
Autour de l'œuvre

I. L’auteur le lecteur à la fin du recueil de la sorte : « Écoutez mes chants


Les réponses figurent dans la section du dossier intitulée d’universelle ivrognerie ». Dès le départ, une femme sort
« Chronologie, Apollinaire et son temps », p. 221 à 230. saoule d’une taverne dans La Chanson du Mal-Aimé.
Pourtant, c’est essentiellement à l’ivresse poétique que
II. Le contexte littéraire le poète nous convie. Associée aux étoiles et aux fleuves :
Les réponses figurent dans la section intitulée « Mouvement « Je buvais à pleins verres les étoiles » (2ème poème des
littéraire, le souffle de “L’Esprit Nouveau“ », p. 173 à 185. Fiançailles), l’ivresse ouvre sur le rêve d’un monde inversé.
Dans le dernier poème Vendémiaire, l’ébriété lyrique est
III. Les caractéristiques du genre convoquée car le poète est « ivre d’avoir bu tout l’univers ».
Les réponses figurent dans la section intitulée « Genre et L’ivresse démultiplie le moi qui devient de ce fait
registre, une mosaïque lyrique », p. 186 à 196. cosmogonique. Dans Nuit rhénane le paysage tout entier
est contaminé par l’ivresse : le Rhin, les vignes, les étoiles...
IV. L’œuvre et ses thèmes le monde est devenu ivre. Le vin est symbole de la poésie
1) En tant que citadin, Apollinaire fait le choix de situer sa et l’on pense alors au poème de Baudelaire : Énivrez-vous.
poésie dans l’univers urbain : la « rue industrielle » de Paris Le thème de l’ivresse est également associé
dans Zone, la « Haute-Rue » de Cologne dans Marizibill... à l’image de la femme aimée que le poète cherche à oublier :
La nature, réelle ou fantasmée, n’est guère présente dans « C’était et je voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin
le recueil et en cela le poète se distingue à la fois des de la beauté » (Zone).
romantiques et des symbolistes. Paris est le plus souvent Loin d’être libératrice, l’ivresse apporte son lot d’amertume,
évoquée : la Seine, la tour Eiffel, le modernisme de la Belle exacerbant les sentiments et les rapprochant parfois de la
Époque, les quartiers populaires... On trouve aussi Londres vulgarité (ainsi, la « putain » dans La Chanson du Mal-Aimé).
et ses briques rouges, Prague et l’horloge du quartier juif. 3) Fuite du temps et amour sont ici étroitement liés.
2) Par son titre, le recueil nous invite à nous intéresser La mort est aussi associée à l’amour, comme nous l’avons
à la thématique de l’ivresse. D’ailleurs, le poète exhorte déjà remarqué. En effet Alcools évoque essentiellement

n6
Alcools
CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 6 ni célébrée si ce n’est lors d’un contre-blason. Le poète se


Suite pare de l’habit du mal-aimé pour qui l‘amour même partagé
n’est qu’une source de nostalgie douloureuse. Le recueil,
centré sur deux figures principales de femmes aimées
les amours mortes (Le Pont Mirabeau par exemple), (Annie et Marie), propose également une vision plus générale
impossibles, voire dangereuses (Les Colchiques). Jamais de la femme, ambivalente, dont le « regard immobile » peut
de bonheur amoureux, la femme aimée n’est ni chantée prêter à confusion.

FICHE 7
D'un texte à l'autre, les résonances

I. Situer chaque extrait II. Mettre en relation les textes


1) Baudelaire, à travers ce poème, met son imagination 1) Le visible, ou ce qui se voit sans effort, par opposition
créatrice à l’œuvre : à l’invisible, qui au contraire, ne se perçoit qu’à travers
« Pour bâtir dans la nuit de féeriques palais ». Grâce à certains efforts. Pour Baudelaire, c’est le noir, la nuit qui
l’imagination, Baudelaire, véritable démiurge, métamorphose le fait surgir, c’est l’enfermement, loin du monde et de
la monotonie hivernale en « volupté » printanière. Tout vient ses rigueurs. Pour Whitman, la joie et la volonté donnent au
de la « volonté », du « cœur », des « pensées brûlantes » poète cette faculté de voir autrement le réel, ainsi l’invisible,
et dans cette « nuit » où il écrit, grâce au pouvoir créateur sous une lecture impressionniste, s’épanouit laissant entendre
du verbe, Baudelaire fait émerger un monde selon son désir. la musique de la pluie. Chez Cendrars, le mouvement du
L’alchimiste qu’il est va transformer le froid extérieur en train donne vie aux poteaux, qui s’humanisent et en viennent
une « tiède atmosphère ». Ce poème est composé de deux à gesticuler.Dans chacun de nos extraits, des correspondances
parties : la première chantant la nature telle qu’il la voit sont à l’œuvre afin de laisser surgir l’invisible et cela par
du haut de sa mansarde. Et la deuxième qui dès le vers 14, le truchement du verbe.
avec la venue de l’hiver, instaure un autre rythme où le poète 2) Le monde est rendu communicable par la puissance
ferme « partout portières et volets » afin de recréer une des mots, par les correspondances et les images utilisées.
réalité selon son cœur. Rien d’abscons, tout est donné simplement, rendu par
2) ici, les éléments naturels se développent et croissent le prisme de la volonté imaginative chez Baudelaire, de la joie
comme si Whitman évoquait un monde originel où les chez Whitman et de la vitesse pour Cendrars.
animaux, les poissons, la pluie, étaient perçus, sentis et Rythme des vers, des phrases, choix des mots, tout cela
entendus pour la première fois. Le regard naïf du poète, est recompose un accord harmonieux.
un regard premier, capable de ressentir la « joie » du « délice 3) Le regard porté sur le monde est dans ces trois poèmes
de flâner » dans la nature pour s’enivrer de tous les parfums joyeux, naïf, heureux. Ces démiurges montrent ici leur
de la terre. Les éléments naturels recréent ici un Éden où capacité, en transformant le monde, leur pouvoir également
l’Homme vit en harmonie sans perversion aucune, dans à le rendre meilleur et plus vivant.
l’innocence des premiers temps.
3) Chez Cendrars, le monde est comme « déplié », dans III. Pour aller plus loin
un inventaire infatigable et propulsé à la manière d’une Introduction
course où tout est perçu presque simultanément : « les gares Qu’est-ce que la poésie ? Du grec « poiein », « faire, créer »,
lézardées », « les fils télégraphiques », « les poteaux la poésie est bien ce genre permettant au poète de créer,
grimaçants »… tous travaillent à ce monde selon un de donner à voir le monde par le prisme d’une sensibilité.
mouvement continu (« gesticulent »). « Le monde s’étire […] Que ce soit Baudelaire, Whitman ou Cendrars, ces trois
comme un accordéon » et nous suivons le rythme de la poètes s’emploient à rendre compte d’une réalité, d’un
locomotive qui mène Cendrars et son amie vers on ne sait où. monde qu’ils évoquent mais aussi qu’ils créent : le printemps
La phrase est brusque, coupée, hachée selon les chocs et pour Baudelaire, la nature joyeuse chez Whitman et enfin
les rebondissements. C’est en vain que le lecteur retrouve le voyage et ses à-côtés chez Cendrars.
son souffle car l’avancée du train ne laisse nul répit. Ainsi, Dans quelle mesure est-il possible d’affirmer que la poésie est
la vie est un mouvement et le poète son verbe. un genre permettant de donner à voir le monde ?
n7
Alcools
CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 7 – La musicalité de la pluie, de la nature ; tout est


Suite correspondance chez Whitman, tout est audacieusement
rendu par le prisme d’images nouvelles.
– Chez Baudelaire, pléthore d’images audacieuses,
Première partie : la poésie, une évocation d’un monde féeriques.
original Troisième partie : tout n’est-il pas permis en poésie ?
– Depuis l’hiver, c’est le printemps que Baudelaire évoque. – La forme peut être inconnue, incongrue, originale ; on songe
Création, recréation saisissante et chaude ; à cet unique vers d’Apollinaire dans Alcools (« Chantre ») ;
– Whitman, quant à lui, se montre sous la forme du poète – le rythme est une des composantes de la poésie et est
impressionniste ; il devient le chantre de la nature joyeuse, souvent un moyen de faire sens ;
éveillée, rayonnante ; – le sujet ; on pense à la modernité de ce dont parle
– Une création originale chez Cendrars quand on pense Cendrars, un voyage en train où les poteaux défilent.
surtout qu’il n’aurait pas effectué ce voyage dans le Conclusion
Transsibérien. La poésie apparaît bien comme le moyen privilégié pour
Deuxième partie : au service de la poésie, des images évoquer le monde et ce, par le truchement de la sensibilité
audacieuses et nouvelles du poète. Ainsi, il invente, crée des formes et des images
– Le quotidien humanisé chez Cendrars : les « fils nouvelles afin d’être au plus proche de ses visions.
télégraphiques » gesticulent...

FICHE 8
Du texte à l'image
I. Comprendre l’image et d’innocence, baigne tout entier le poème. La sollicitude
des saltimbanques entre eux, la simplicité renvoient bien
II. Mettre en relation le livre et le tableau au tableau de Picasso.
1) On pense à Crépuscule, poème dédié à Marie Laurencin,
mais aussi à Saltimbanques et à La Tzigane. Trois poèmes III. B2i
qui donnent à voir des images propres aux baladins, aux Picasso a peint quantité de tableaux traitant du thème des
arlequins et à leur monde. gens du cirque (environ 126). ici, nous allons nous intéresser
2) Chez Picasso comme chez Apollinaire, on retrouve la à Famille de baladins, d’Eugène Chambellan, peintre réaliste.
même simplicité dans les gestes, une fraternité visible entre Le tableau, qui date lui aussi de 1905, présente une famille
les artistes, des scènes intimistes, des décors où la nature composée de quatre personnages au premier plan dont une
est présente. Une sorte d’âge d’or en somme, d’enfance, femme dans une roulotte. C’est le matin, il est encore tôt
où l’innocence est maîtresse. Une humanité certaine semble-t-il et le froid a envahi l’atmosphère. Une femme
se dégage de ces personnages du voyage et de l’errance. derrière la roulotte se tient en amazone sur un cheval.
3) Dans les poèmes d’Apollinaire, il est question La nature est présente tout autour. Deux chiens faméliques
d’animaux, en particulier l’ours, le singe, « animaux sages ». courent au côté de cette famille. Les tonalités sont froides.
On peut parler à leur sujet d’une humanisation de ces bêtes Ce tableau pourrait se rapprocher tout à fait du poème
tant elles paraissent faire partie de la communauté Saltimbanques :
circassienne et sont dignes de sagesse. « Dans la plaine les baladins
4) Dans Saltimbanques, ces bêtes sont chargées de faire S’éloignent au long des jardins... »
la quête.
5) Le tableau de Picasso suscite, génère la poésie, donne
à voir l’image poétique et il semblerait presque que cette
famille de saltimbanques soit transposée dans Alcools et plus
particulièrement dans Crépuscule avec « l’arlequin blême »
du vers 9. L’atmosphère, empreinte de rêve, de douceur

n8
Alcools
CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 9
Questions d’ensemble sur le recueil

I. Analyse de l’extrait proposé 2) importance de la musique dans le recueil, même si


1) De l’étymologie, on retiendra le rapport à la « corne » celle-ci se réduit, par le truchement des cors, à un usage
qui se retrouve dans les formules du genre : cerf à dix cors. rudimentaire. La chanson se classerait au premier rang. Les
Voir, au début de la légende de Saint Julien l’Hospitalier variations musicales peuvent aller jusqu’aux cloches (p. 98)
(Flaubert, Trois contes), le carnage opéré à la chasse. « Cor de et aux noëls anciens des Sapins. Pour lier la gerbe, on pensera
chasse » : le plus simple des cors jouant en ré (Robert). Les cors au vers-poème Chantre : « Et l’unique cordeau des
sonnent l’hallali. Serait-ce la fin immédiate des souvenirs ? trompettes marines » (p. 36).
2) Les « souvenirs » sont d’ordre immatériel et les « cors » 3) Chaque souvenir, pris isolément, peut apporter, un
d’ordre matériel, comme l’a souligné M.-J Durry. Le passage temps, son tribut de bonheur, mais la désillusion ne tarde pas.
de l’un à l’autre crée un rapport de continuité, mais aussi
de fragilité. III. Le « cor » en poésie : quatre citations où le son
3) La subordonnée relative casse la réalité du passage avec du cor est évoqué
l’idée de mort imposée en tête et l’image de la dispersion 1) Vigny, qui avait une expérience directe de la chasse
marquée dans et par le vent. et de la guerre, inscrit sa référence au cor dans le genre
4) L’octosyllabe, avec sa césure au milieu et sa régularité troubadour du début du romantisme.
rythmique, accuse un « bruit » (et non un « son ») grêle. 2) Dans la fin d’Aurélia, « le cor enchanté », qualifié d’abord
de « merveilleux », est appliqué à Adonis, figure mythique
II. La traversée d’Alcools par ces vers d’une victime de l’amour. Va-t-il mourir dans les bois ?
1) « Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? » (Verlaine, 3) Le quatrain de Verlaine, en décasyllabes, récapitule
Nevermore). Ce pourrait être l’inspiration principale et tout ce que le son du cor peut avoir d’affligeant, de musical,
générale d’Alcools. On n’aura pas de peine à en retrouver de douloureux, d’orphelin, de dispersé. Tous les mots portent.
les traces d’un poème à l’autre, de Zone à Vendémiaire, 4) Apollinaire est en faction sur le front de guerre.
en passant par Le Voyageur, qui donne bien la tonalité de Dans son poéme le quintil en alexandrins rejoint, en moins
l’ensemble avec son vers talisman : « La vie est variable poétique peut-être, le distique des « Cors de chasse » où le
aussi bien que l’Euripe ». Que fonder sur cette variabilité ? souvenir et la mort sont étroitement liés.
Une poétique de la rupture et de la dérision, comme
dans Nuit rhénane : « Mon verre s’est brisé comme un éclat
de rire ».

Apollinaire Apollinaire Vigny Verlaine Nerval


Alcools Poèmes à Lou Poèmes antiques Sagesse Aurélia
et modernes

Thèmes Souvenirs / mort Souvenir / fin bien-être tristesse Mort, désespoir,


abordés /mort amour

Le son du cor Le son Du cor émane Adonis va périr et son


Le cor Le son du cor est lui aussi a quelque chose une affliction, cor retentir. ici le cor
est éphémère de courte durée de rassurant un désespoir devient métonymie
du corps du héros

Images Équivalence Métaphore entre Personnification


utilisées des souvenirs le souvenir aucune du cor qui a le métonymie
et des cors et le son du cor pouvoir de s’affliger

n9
Alcools
CORRIGÉS
de Guillaume Apollinaire
Séquence

FICHE 10
Évaluation - S’entraîner à l’épreuve écrite du BAC

Réponses aux questions sur le corpus : – Un monument à l’idéal poétique


Dans nos trois poèmes, Orphée, le poète musicien, supposé 1) Aborder les rivages de la poésie pure
fils d’Apollon, est convoqué de façon plus ou moins directe. 2) L’énonciation ou le « je » à l’égal d’Orphée
Pour rappeler qui était Orphée, voici quelques informations 3) Les métamorphoses à l’œuvre ou comment « le mont
nécessaires : on dit de lui qu’il tenait sous son charme les chauve » devient « un auguste trophée » (v. 3).
hommes, les animaux, les plantes et même les pierres. il aurait
aussi été l’inventeur de la lyre et des rites de divination. Marié à 2) Dissertation
Eurydice, il était très amoureux de sa femme. À la mort de Un plan d’après la problématique : quelles sont les fonctions
cette dernière, il descendit aux Enfers pour la réclamer à Hadès de la poésie et du poète ?
(le dieu des morts). Par son chant, il persuada le dieu. Mais, sur 1) Une fonction de création : la poésie (« poiesis », création)
le chemin du retour, Orphée se retourna malgré l’interdiction a le pouvoir de créer, donner vie à un monde
qui lui avait été faite, et Eurydice disparut à jamais. Les 2) Une fonction de re-création : la poésie ou cette faculté
pouvoirs magiques d’Orphée symbolisent ceux de la poésie : à redonner vie à ce qui est mort, passé, enfoui
le chant et l’amour peuvent vaincre la mort pour un temps. 3) Le poète, ce visionnaire capable de voir au-delà du visible
Chez Apollinaire, comme chez Nerval, le rappel du passé est (comme le dit Baudelaire : « aller au fond de l’inconnu
constant ; symbole d’un temps heureux où le poète vivait pour trouver du nouveau »).
l’amour. Mais chez nos deux poètes, l’amour n’est plus et voilà
la tristesse et le désespoir qui montent. Mort et Amour, Éros 3) Écriture d’invention
et Thanatos sont ainsi intimement liés au moins dans les deux Pour cette écriture d’invention, il est nécessaire tout d’abord
premiers extraits de notre corpus. Quant à Valéry, il exprime de bien établir la différence entre les deux points de vue :
le pouvoir du poète, dont la puissance de transformation et de → un point de vue où le poète est ce voyant dont parle
métamorphose est grande ; ainsi, même les rocs et les pierres Rimbaud qui, par un « dérèglement de tous les sens »,
se meuvent. Pour un temps il est donné aux poètes de notre réussit à voir du nouveau à travers l’ancien. Outre
corpus la capacité à émouvoir par leur chant et de transformer, Rimbaud, il faudra bien entendu citer Apollinaire et sa
pour un temps encore, le monde sensible. quête de création d’un monde nouveau. On pense aussi
à Nerval et ses visions vibrantes où tout les sens sont
L’épreuve écrite convoqués. Et enfin à Rilke qui dans ses Lettres à un jeune
1) Commentaire poète explique la nécessité de dépasser la surface des
Ce sonnet appartient au recueil de Vers anciens. Valéry y choses pour voir au-delà de ce qui est donné.
reprend à son compte le mythe d’Orphée qui par son chant → l’autre point de vue sera celui des partisans de l’Art
et sa parole réussit à émouvoir et les pierres et le roc afin pour l’Art, des Parnassiens (courant propre au xixe siècle)
d’édifier un monument à la Poésie. ici, ce sonnet d’alexandrins où l’harmonie des formes porte les mots. ils reprochent
renvoie donc au pouvoir, par le truchement du mythe aux Romantiques d'avoir fait prévaloir le contenu
orphique, du poète à créer un univers idéal. (le sentimentalisme, l'engagement social et politique) sur
Plan : la forme (la beauté et la perfection de la langue). À la fin
– Le mythe recréé du xixe siècle, plusieurs poètes se réclament de ce courant :
1) Les attributs d’Orphée : aucune pesanteur de ce héros, Leconte de Lisle, Banville, François Coppée, José-Maria
il est à l’égal du dieu de Hérédia, Sully Prudhomme, Catulle Mendès...
2) Un décor antique
3) La personnification des éléments : « le roc marche, Ensuite, il est également utile de revenir au sujet, puisqu’il
et trébuche… » s’agit d’un dialogue : c’est-à-dire d’une conversation dans
– Le pouvoir de la parole orphique laquelle deux personnes parlent.
1) La recréation d’un monde idéal : les majuscules dans Penser également à utiliser des moyens de persuasion,
le poème des arguments censés faire fléchir l’autre.
2) L’incantation à l’œuvre Pour finir, ne pas oublier la nature de nos deux locuteurs
3) L’exaltation à travers le rythme et les points d’exclamation qui sont deux critiques littéraires et cela a son importance.

n 10