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tome 3

Sou h Si+ectbn Se
ALAIN REY

DICTIONNAIRE HISTORIQUE
DE LA
LANGUE FRANÇAISE
coizteru2tzl

DICTIONNAIRES LE ROBERT - PARIS


Tihv 2roh 2e reprd~tbn, 2e trductbn et i&zûqkatbn rtGervh pmfr tmti pyd.
0 1998, Dictionnaires LE ROBERT, pour la présente édition en petit format.
0 1992, Dictionnaires LE ROBERT, pour la première édition.
27, rue de la Glacière, 75013 PMS.

ISBN 2-85036-532-7
ISBN 2-85036-565-3 (kom 3)
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2911 PREMIER

PREMÉDITER v. tr. est emprunté (13%) au la- pour désigner le plus ancien d’une série de souve-
tin praemedituri <méditer d’avance, se préparer rains portant le même nom ( 1585, François pre-
par la réflexionn, composé de prae <<d’avancen mier). uLe mot quatie aussi le premier à venir
(+ pré-) et de medituri I+ méditer). dans le futur, par exemple dans à lu première OCCU-
+ Le premier emploi de pronominal se prémkhter, sion (1616). + Quant à l’espace, premier exprime
(10803 ce qui se présente, que l’on peut voir d’abord,
<s’accorder à l’avance sur ce que l’on fera>), est sorti
par rapport à un point de repère, C’est là le sens
d’usage. La construction transitive au sens de udé-
réalisé dans le syntagme premier étage qui, par el-
eider d’avance ce que l’on fera)} (v. 14801, souvent
avec un complément désignant un acke coupable lipse du nom, aboutit à la substantivation de pre-
mier ( 17621, par exemple dans habiter au premier,
ou délictueux, s’est imposée comme le seul emploi
du verbe. et abrégé populairement en preu hxe s.1 ou preum.
0 Par extension de la valeur spatiale, on passe à
k PRÉMÉDITÉ, ÉE, participe passé de préméditer, l’idée d’aen avant, vers l’avant> dans l’expression la
est adjectivé au sens de <<décidé d’avance» ( 14911, tête la premitire (1564; 1508, h teste première).
en particulier en droit à propos d’un crime, d’un 0 Dès 1119, premier qualtie aussi ce qui se pré-
acte délictueux. sente avant les autres dans une série, un ordre
PRÉMÉDITATION n. f. est emprunté ( 1370-1372, conventionnellement déti (premier chapitre, etc.).
premeditacion) au dérivé latin pruemeditatio, -anis 411 est substantivé au féminin, PREMIÈRE, pour
eaction de méditer d’avance%. Il a si@& Kaction de désigner la classe qui précède les classes terrni-
réfléchir par avance, de penser à l’avance à qqch.a> nales des études secondaires 116173 - la première
puis, l’accent portant moins sur le procès que sur la désignant en français contemporain la classe ter-
visée, préméditation désigne le dessein réfléchi, minale du second cycle -, au masculin pour le pre-
l’intention délibérée d’accomplir un acte, à la fois mier énoncé d’une charade (1842, mon premier1 et,
comme terme de droit ( 16901,notamment en par- au xxe s., au féminin, pour la première vitesse d’un
lant d’un délit, d’un crime, et dans le langage cou- véhicule à moteur (19321, par exemple dans passer
rant Imeutire avec préméditation; sans prémédita- en premikre, passer la première. 0 Une première dé-
tion), en relation avec prémédité. signe aussi la première représentatjon publique
d’un spectacle. +Avec une notion de hiérarchie,
PRÉMICES n. f. pl. est la réfection (1174-l 178,
premier a développé dès l’ancien français le sens
premice) de primices iv. 1120) sous l’influence du la-
de “qui vient en tête pour la qualité, la valeur, l’im-
tin praemissa I+ prémisse). Primices était em-
portance> Iv. 11701, d’où les locutions comme de
prunté au latin ecclésiastique primitiae n. f. pl.
première distihîon ( 17901, de premier choix Ipre-
Npremiers produits de la terre, du bétail- et, avec
nier choix, 1855) et, elliptiquement, de première
une valeur de singulier généralisé, <commence-
11893, alors donnée comme régionale). L’idée hîé-
ment, débutb. Ce mot existait déjà en latin clas-
rarchique est aussi présente dans première classe,
sique avec des sens analogues; il est dérivé de pri-
elliptiquement la première 118381, en parlant d’une
mus file plus en avant, le premier» (+ prime).
classe dans un moyen de transport toujours en
4 D’abord attesté dans une traduction de psaumes, usage en France, à la différence de la tiotiiéme (en
prémices est employé comme terme religieux pour aviation, première ne s’oppose pas à seconde ou
désigner, à propos de l’antiquité, les premiers deuxième mais à classe affaires, touriste, etc.).
fkuits de la terre et les premiers nés d’un troupeau 0 Avec cette valeur hiérarchique, premier qualfie
destinés aux ofiandes religieuses. 0 Par analogie, aussi un nom de personne (v. 11751 et sert à former
il désigne les premières réalisations d’un artisanat, des noms de titres, de dignités (1606, premier pré-
d’un travail Iv. 1120) et a pris la valeur figurée de sident; 1694, premier ministre*). Premier, substan-
«première manifestation, premier résultat d’un tivé à propos du premier ministre anglais, l’est par
processus, débutn lapr. 12501. Par métaphore, il emprunt f1909) à l’anglais premier, lui-même em-
s’est employé dans la langue littéraire en parlant prunté au tiançais. ~L’adjectif sert également à
de la virginité d’une femme. former des noms de fonctions, au théâtre où l’on
parle de jeune premier (1817, moins couramment
@$) PREMIER, IÈRE adj., n. et adv., d’abord pri- au féminin), emploi repris par le cinéma, et en cou-
mers Iv. 9801, puis premier (10801, est issu par évolu- ture où le féminin première désigne la directrice de
tion phonétique du latin primarius “qui vient avant rayon dans une maison de couture C1874). + Premier
les autres en rang, et qui a donné primaire* par un Sign%e aussi “qui est dans l’état de son origineti, gé-
emprunt savant postérieur. Primariw est dérivé de néralement après le nom (15591, en concurrence
primus “qui vient avant les autre+, ~~principal~, avec primitif + D’autres emplois postposés assu-
passé en français dans 0 prime*. ment des acceptions didactiques en mathéma-
+ Le mot est d’abord employé adjectivement au tiques où nombre premier E13903 désigne un
sens temporel de cqui est le plus ancien, apparu ou nombre entier qui n’est divisible que par un et par
à apparaître avant)), par exemple dans premier âge lui-même. En philosophie, cause première ( 1585) se
(15611, premiéres amours (15611, le premier venu réfère à la cause qui contient en soi la raison d’être
(1561), celui-ci entrant dans la locution proverbiale des autres réalités. ~Plus courarnrnent, premier
n’être pas le premier venu Gtre remarquable> qualifie ce qui s’impose à l’esprit, par exemple dans
118633. 0 En histoire, premiers temps ( 1657- 16623 a vérité première (1835). Il est employé en psycho-
remplacé primers anz hnsl Idéb. XII~ s.l. 0 Depuis le logie et en linguistique (1972, sens premier) à propos
XVI~s., l’adjectif est employé après un nom propre de ce qui est le point de départ.
PRÉMISSE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

L’emploi adverbial de premier au sens de ad’abordn troduit en médecine pour qutier ce qui apparaît
Iv. 1120) s’est éteint sous la concurrence de premti- avant la phase aiguë d’une maladie et en permet le
cernent et la locution conjonctive premier que Il3771 diagnostic précoce. Sous l’influence du sens mo-
Kavant quen est elle aussi sortie d’usage. Il reste une derne de prémonition, il qualifie ce qui constitue
trace de l’ancien emploi adverbial dans la locution une prémonition (19231.
en premier Idéb. XII~s., ert primersl ad’abordn et,
avec une notion hiérarchique, aen tête pour l’im- PRÉMUNIR v. tr. est emprunté (1367) au latin
portance- (18201. praemunire afortfier d’avance un lieu)}, au figuré
ccprotégep, amettre en avant en guise de défense%,
~Premier n’a produit qu’un dérivé : PREMIÈRE-
de prae aen avant, d’avance> b pré-) et de munire
MENT adv. (v. 1135) aen premier lieu, d’aborda. +Il
I+ munirl.
entre comme premier élément de quelques mots
composés (noms et adjectifs), tels PREMIER-N& + Le verbe est emprunté au sens de =munir par pré-
PREMIÈRE-NÉE (XII~~ sd, synonyme d’aké, autre-
caution, garantirti. Il est plus courant à la forme
fois PREMIER-PARIS n. m. (1836) <article de tête pronominale se prémunir ase garantir par des pré-
dans un grand journal parisien», et, dans la hiérar- cautions» 116711.
Chie, PREMIER-MAÎTRE n. m. (d sd, PREMIER- b PRÉMUNITION n. f. est un emprunt de la Re-
LIEUTENANT n. m. naissance 1152 1, premunicion) au dérivé latin prae-
l3n relation avec l’emploi spécialisé du féminin pre- muniti uprécaution oratoire> et, à basse époque,
mière (ci-dessus) pour désigner la première repré- «protection>>. 4 Le mot a d’abord été un terme de
sentation d’un spectacle, le féminin fournit le se- rhétorique désignant une figure (la prolepsel qui
cond élément de AVANT-PREMIÈRE n. f. (18921, prépare l’auditeur à qqch. qui pourrait le blesser
<<représentation qui précède la première= (et suit la ou lui déplaire. Il a eu également les sens de ~PI%-
répétition générale). paration, prémonitions ( 15421 et uaction de prému-
nir- 11576). 0 L’usage moderne ne l’emploie plus
PRÉMISSE n. f. est emprunté (1310) au latin qu’en médecine immunologique pour désigner
scolastique praemissa, terme de logique désignant l’état de résistance à la surinfection d’un orga-
chacune des deux premières propositions d’un syl- nisme déjà infecté (l%W.
logisme ~III” S.I. C’est un neutre pluriel considéré
comme un féminin singulier. fl est substantivé par
* PRENDRE v. est issu dès le roman (8421 du
latin prehendere, forme plus usuelle de praehen-
ellipse du nom dans le syntagme pruemksa senten-
dere, syncopée en prendere. Le verbe Iatin exprime,
tia, du participe passé de praemittere *envoyer de-
comme capere I+ capter, chasser), le fait de saisir
vant ou préalablement>>, de prae I-, pré-) et de mit-
physiquement et par l’esprit, de surprendre sur le
tere aenvoyeP> (3 mettre).
fait, de se saisir de qqn, de l’arrêter, et, avec un
+Le mot, emprunté comme terme de logique, a nom de lieu pour complément, de prendre posses-
presque toujours été employé au pluriel. Il est sion, d’occuper, ou seulement d’atteindre. Praehen-
passé rapidement dans l’usage courant pour dé- dere est composé de prae <<devant, (3 pré-) et d’un
signer, dans un style soutenu, un fait d’où découle verbe simpJe “hendere qui n’est pas attesté isolé-
une conséquence, la condition première d’un phé- ment, mais dont la racine signîfïmt asaisi~ figure
nomène (v. 13501. (avec prael dans praeda (+ proie) et seule dans he-
0 Voir PRlhJICES.
dera I-, lierre). Si pruehendere s’explique bien, le e
de prehendere est isolé et obscur. Le “hed-, qui est
PRÉMONITION n. f., d’abord premonicion dans praeda, rappelle le vieil islandais geta Kat-
(av. 14641, puis prémonition (av. 15141, est emprunté teindren, le radical du gotique &-gitan &-ouvep, du
au bas latin pruemonitio, -anis aavertissement vieil anglais forgietan aoubliep) (d’où l’anglais to for-
préalable», mot formé de prae & I’avanceH (+ pré-) get>. Le “hend- de pre-hendere concorde de son côté
et de moniti aavertissement, conseil>, lui-même avec la racine grecque de hheisomai Mje contien-
dérivé de monitum, supin de monere afaire songer drain Ide “hhend-semai), et avec l’albanais gendem
à-, <avertir, exhortep qui si@& parfois <<prédire, cje suis trouvén : on est donc amené à postuler une
présager)> I+ moniteur). double racine de forme ‘glxed- et Oghend-. En latin,
+ Le mot, employé pour CavertissementB puis aavis prendere, qui est beaucoup plus énergique que ca-
donné à l’avance%, est resté rare jusqu’au XIX~ s. où pere, a absorbé la plupart des sens de celui-ci, qui
il est qutié de Nvieuxn et ahors d’usage» par les ne survit que dans des emplois restreints et dans
dictionnaires (Académie, 1842 ; Bescherelle, 1845). les langues romanes (espagnol, ancien provençd
oLe sens moderne, *avertissement inexplicable caber mtenir une placen, etcJ. Prendere se prolonge
relatif à un événement à venir,, n’est attesté que dans l’italien prendere Il’itahen dit aussi pigliare,
depuis 1923. Le sens neutre ancien d’tiavertisse- + piller) et l’espagnol prender <emprisonner*.
ment>> se retrouve dans l’emploi en zoologie à pro- + Prendre est employé trmsitivement dans Les Ser-
pos de l’avertissement donné par certains insectes ments de Strasbourg dans prendre plait aconclure
aux prédateurs par l’intermédiaire de colorations un accord (avec qqn)p. Il est attesté dès le xes. avec
spéciales. le sens concret courant de +&sir avec la mainb
F PRÉMONITOIRE adj. est emprunté 11853) au la- Iv. 9801, entrant dans la locution prendre en mains
tin praemonitorius “qui rappelle qqch. à l’avance, (1160-11741, d’où prendre une affaire en mains
qui avertit», de praemonitor acelui qui avertit, pré- (1658) avec une valeur figurke. Ce sens WUel du
vient», lui-même de praemoniti. + Le mot a été in- mot est réalisé dans des locutions figurées comme
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRENDRE
prendre la balle au bond Ksaisir I’occasionm 116901, faim (16781. ~Plus abstraitement, la tournure im-
prendre le taureau par Ies cornes «s’attaquer de personnelle exprime le fait de venir à l’esprit de
front aux difScultés» (18981. 0 L’accent étant mis qqn, lui advenir Idéb. x# s.), spécialement dans des
sur l’énergie de l’action, prendre Sign%e <<saisir vî- locutions comme mal vous en prendra Iv. 14801 ou,
vement (qqch.) en se servant d’une autre partie du dans la langue familière moderne, ça I’a pris
corps que les main+ 11080), telle que la bouche, les corne une envie de pisser (attesté 1962 dans les
dents, la gueule d’un animal, le bec, les pattes dictionnaires).
111881,et aussi en se servant d’un instrument, d’un Depuis l’ancien français, prendre exprime égale-
outil (1690), d’où la locution figurée n’être pas à ment le fait de prélever de l’argent (de son trésor)
prendre avec des pincettes Il8923 &re sale>> et [10501, de recevoir de l’argent (10801, spécialement
&re de mauvaise humeur», 0 Tout aussi couram- de recevoir comme rémunération (15851 et, sans
ment, prendre exprime le fait d’amener à soi, de que l’objet designe nécessairement un bien maté-
mettre avec soi C1050) dans un grand nombre d’em- riel, de s’approprier qqch., par exeinple dans c’est
plois, avec un nom d’objet ou avec un nom de per- à prendre ou à laisser (av. 1544). Q L’accent est mis
sonne (16671, de partie du corps pour complément sur la plus ou moins grande violence de l’action
(prendre sa tête dans ses mains, etc.). Un des em- dans l’acception de arecevoir lun coup))) (10801, au-
plois du mot avec un nom de personne pour jourd’hui familière, dans l’emploi pour =S’emparer
complément correspond à l’idée de «recevoir, ac- de (un lieu)>> ( 10801, militairement et, par tiaiblisse-
cueillir-H (av. 17841, dans une relation comme celle ment, au jeu (16903, et aussi pour <<posséder de force
du médecin au malade, de l’enseignant à (une femme)» Cv.1480). 0 La relation d’appropria-
l’élève, etc. tion est plus abstraite et distendue dans un grand
Comme le verbe latin, prendre a aussi (déb. XI? s.) le nombre d’emplois attestés depuis l’ancien français
sens abstrait de «comprendre, interpréter d’une et, là encore, prendre sert à former quantité d’ex-
certaine façonn, souvent supplanté par le composé pressions verbales pouvant suppléer l’absence de
comprendre” et par d’autres mots de la même fa- verbe simple, régissant un substantif complément
mille (+ appréhender), mais resté usuel dans cer- souvent construit sans déterminant: prendre
tains emplois et locutions où le complément direct conses Iv. 11651, prendre le nom de (1568, en par-
est suivi d’un adverbe ou d’un complément prépo- lant d’une ville), prendre date 1174O), prendre
sitionnel : prendre a la valeur d’Gnterpréter>> dans exemple sur Cv.1180, prendre essample de qqn), et
prendre qqch. à la lettre Cv.12781, de «supporter avec la nuance plus intellectuelle de xconsidérep
bien ou mal* dans prendre qqch. de travers (11551, (1428, or prenons que). 0 Le sens se rapproche
prendre mal ( 1535-15741ou du mauvais côté ( 16941, d’Gnscrire, reproduire)) dans des emplois posté-
prendre les choses au tragique (17451,etc. Dans la rieurs à 1600, tels que prendre le double d’une écri-
locution à tout prendre ( 16081, il correspond à ture (16061, prendre les dimension (16901, et dans
aconsidérep et, suivi d’un nom de personne ou de l’emploi spécial au cinéma (1907, MélièsI et en pho-
chose, exprime l’idée d’kprouver un sentiment tographie (prendre en photol. ~Avec un
pow, spécialement dans la locution prendre (les complément désignant une personne, prendre ex-
hommes, etc.) comme J% sont (16661, prendre en prime le fait de s’adjoindre qqn 110501, spéciale-
aversion, en &ppe, etc. OPrendre sur soi a ment d’épouser (1050, prendre moyler Idu latin mu-
d’abord si@% Il 1761 <<rapporter à soi>> avant de lier <~femme~l puis prendre pour femme, enregistré
correspondre à ase dominer)) Cv.1220). L’idée est la par Furetière et en concurrence avec prendre
même, mais avec une valeur concrète, dans femme =se marieA et d’engager (prendre comme
prendre qqch., qqn à sa charge 11606) et prendre mercenaire, 1460- 1463 ; prendre pour serviteur, 15361.
sw soi de faire qqch. avec l’indication supplémen- 0 Prendre qqn OU qqch. pour... exprime aussi une
taire de -se donner beaucoup de mal, de peine)}. relation abstrtite de Croya;nce, souvent avec une
~Une importante série d’emplois procède de idée de méprise Iv. 1370) comme dans les locutions
l’idée d’agir de facon à avoir, à mettre une chose ou pour qui me prenez-vous ? (1460- 1463, sous une
une personne en sa possession. Prendre gqn Sign%e forme plus développée), vous me prenez pour un
(v. 9801 Ncapturera, valeur très atténuée dans les lo- lune1 autre, ou de confusion Iv. 1480) comme dans
cutions où le complément est en rapport avec un prendre qqch. pour argent comptant (16901.0 L’ap-
second complément (prendre qqn en..., 6...I : propriation que marque le verbe peut se faire sur
prendre en traître (16361, au Pi&ge (16901, on ne l’y le mode de l’absorption (13501avec un nom de bois-
prendraitplus (1668)dans les Fables de La Fontaine son, d’aliment, de médicament (1450-1465) et dans
où l’on trouve aussi tel est pris gui croyait prendre. les locutions prendre les eaux «boire des eaux ther-
L’accent est mis plus paY-ticulièrement sur la brus- males) (apr. 16611, par extension prendre le fra&
querie et la notion de surprise dans prendre (qqn1 (16681, prendre un bain (1673) qui apparaissent à
sur le fait 11450-14551, prendre lqqnl au dépoutw l’époque classique. OPar extension, lorsque l’ap-
(1674; dès 1480, au passa, je vous y prends I17601, propriation cesse d’être volontaire, le verbe corres-
prendre Qqti en faute (1798) et, plus tard, prendre pond à cccontractern, par exemple dans prendre
Cqqnl la main dans le sac ( 1808). 0 Le complément (une mcrrladiel Iv. 11551, et à <<subir Iun dommage)*
de prendre peut être un animal Cv.11401, spéciale- en parlant d’un bateau qui prend l’eau I 16 131, d’une
ment dans le contexte de la chasse, de même que, maison qui prend feu (1669). Avec un complément
par métaphore, le sujet peut être une chose ex- désignant un événement, prendre correspond à <<se
térieure (v. 12801 qui s’abat brusquement, tels la mettre en situation de faire IqqchJn (v. 1050,
nuit, un sentiment 110501, le sommeil Cv.11551, la prendre cong&; avec un complément désignant
PRENDRE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

une portion de temps, il exprime le fait d’user à son cheveux). Les autres sens de se prendre sont appa-
gré de celle-ci (v. 1480, prendre du bon temps). TUS aux XVI~ et XVII~siècles : s’y prendre (15801, se
0 Dans un nombre considérable d’expressions, prendre à gqch. (1611, archtique) expriment le fait
l’accent est mis sur la valeur inchoative du procès, de s’y mettre avec adresse ( 16111, spécialement
c’est-à-dire sur le fait de commencer à faire, d’en- dans s’y prendre Ibienl pour (1656-16571. 0 IInfm, se
treprendre. C’est le cas pour prendre la fuite prendre pour, suivi d’un nom, Sign%e +,e croire,
(déb. XII~s., prendre fuite), prendre son vol Iv. 12251, s’estimerm (av. 16151,avec la même idée de méprise
son essor, prendre gzwde A ( 1174-11801, prendre que le verbe transitif, d’où par exemple se prendre
courage Cl1881, prendre phisir, où l’accent porte pour un autre.
davantage sur le procès lui-même (13701, prendre b Le verbe a produit quelques dérivés et, par pré-
pkce (1450-14651, prendre les armes Cv.14801, ces fixation, des verbes qui, pour la plupart, ont suivi un
expressions pouvant équivaloir à un verbe Ise pla- développement sémantique important à partir
cer, s’armer, *a.1. 0 Au xwe s., on rencontre Iséman- d’une valeur particuhère de prendre; sauf re-
tiquement en désordre) prendre naksance (1540, prendre, ces verbes sont semantiquement détachés
d’un homme), prendre la plume acommencer à du verbe simple (+ entreprendre, Néprendre,
écrirez ( 15361, prendre les devants (15851, prendre (se) méprendre, (se) reprendre, surprendre).
soin de 115351,prendre parti (pour ou contre) (15851, Tous les dérivés du verbe sont attestés au me siècle.
prendre Qpartie aattaquer (qqn) en paroïesm (15993. +PRISE n. f. Iv. 1119) ne correspond au verbe que
Beaucoup d’autres locutions analogues, concrètes dans quelques valeurs spéciales et emplois figés.
et abstraites, ont vu le jour au XVII~ et au ~~III~s., Dès les premiers textes, il est employé pour dé-
comme prendre connaissance 116041,prendre fait signer une proie attrapée à la chasse (1119, sens
et cause pour... (av. 1615, avec des articles qui dis- auquel correspond la valeur active, aaction de cap-
paraissent au cours du siècle suivantl, prendre le turer un animdn (v. 1165) qui est restke vivante
deuil (16111, prendre le vent (16061, prendre part dans d’autres contextes (la prise d’une place
(1656-16571, prendre forme 117981,prendre la porte forte, etc.). 0 Prise désigne également l’action de
~or’ti~ (17981, prendre le kwge as’en allep (18691, faire passer en son pouvoir et celle de faire prison-
prendre sa retraite (18701,prendre le voile (1869) et, nier EV.1160-l 1741,d’oti par métonymie l’ensemble
au ti s., prendre la tangente, familier pour «s’es- des prisonniers Iv. 11551.En moyen français et sans
quiverB ( 19071 et prendre ses distances (19551. que son emploi corresponde à la norninalisation
Prendre est également employé intrarktivement d’un emploi figé de prendre, il commence à dési-
dès l’ancien fYan@ Iv. 11401, le sujet désignant gner concrètement un dispositif dont la fonction est
une substance qui durcit, qui épaissit, une per- de prendre : prise de la rivière (13%) désignait ainsi
sonne accaparée par un sentiment (1176-11811, le l’écluse au moyen de laquelle on retenait une par-
feu qui commence à flamber, à consumer Il 176- tie de l’eau de la rivière pour la détourner; l’ex-
1181). Ultérieurement, prendre correspond aussi à pression moderne prise d’eau (16001 est analogue
aavoir de l’effet, être efficace* (15381, ~s’enraciner~ et annonce d’autres termes techniques, comme
(1559) d’où =Obtenir le succès désir& Iv. 19501,spé- prise d’air 118981, prise directe ou, absolument,
cialement Gtre cru» Cçu rze prelzd pasl. prise (1899) pour une position du changement de vi-
Avec un sujet désignant ce qui suit une direction, tesse dans une automobile, sans rapport de multi-
prendre correspond à <comrnencen (v. 1500) et, plication ni de démultiplication, et prise de courant
avec un sujet désignant la personne qui se déplace, (19021, prise de tewe Cl9243 en électricité. oAu
à auivre (un cheminb (1616 ; dès 1606, dans prendre xwe s., prise se spécialise en lutte où il désigne l’ac-
à droite, à gauche). tion et la facon de saisir le corps de l’adversaire
EnSn, le verbe s’emploie au pronominal se prendre (1548) et, par métonymie, l’endroit où une personne
dès 1135 pour as’attacher à Iqqch.)», sens qui a vieilli peut être saisie ( 1567). La même idée est générali-
mais survit dans la langue littéraire avec la valeur sée dans les locutions donner prise E1614) et avoir
figurée de <s’intéresser vivement àn. II assume dès prise (16321, de sens concret et abstrait, ainsi que
l’ancien tiançais la valeur de ((se mettre b (v. 1150, dans l’emploi du mot en alpinisme pour désigner
se prendre à, suivi en générai d’un infmitti. 0 Dès l’endroit de la roche o&ant un point d’appui 118893.
le milieu du XII~s., il exprime également le fait de 0 La locution être aux prises avec (1580) procède
s’attaquer à qqn, autrefois sous la forme se prendre de se prendre +e disputer, attaquern : d’abord
8 qqn, qqch., de nos jours s’en prendre à qqn, qqch. construite avec un nom abstrait (maladie), elle se
( 1739, ne s’en prendre qu% soi-même>. Cf. aussi «se construit également avec un nom de personne
prendre la tête3 (farn.1. ~Avec un nom de subs- ( 16721 et se rencontre sous les variaAes venir aux
tance pour sujet, se prendre est en concurrence prises ( 16111, en venir aux prises ( 16681, lesquelles
avec la construction intransitive pour exprimer le correspondent à la locution moderne en venir aux
fait de devenir dur, de se coaguler (13761, spéciale- maints et, avec changement de point de vue, mettre
ment de geler (1623). 0 Depuis le XI? s., se prendre, (des persomesl aux prises (16871, toujours en
avec un sujet nom de personne, est employé avec usage. 0 Le singuLier entre à la même époque dans
la valeur réciproque de +se tenir l’un l’autre», la locution restée usuelle Mcherprise (1653) de sens
&.rni~ 115541, spécialement &mir en mariageti concret et abstrait, qui semble correspondre à l’an-
( 17%) et, de nos jours, &.kr sexuellement>. cienne locution avoir prise ese quereller» (1632) où
0 Avec un complément introduit par par ou à dé- ptie exprime la dispute, comme dans prise de bec
signant une partie du corps, il exprime le fait de se ( 1842). 0 Un certain nombre d’emplois figés de
saisir, se tenir l’un l’autre ( 1666, se prepzdre par les prise,depuis le XVI~s., nominalise un emploi figé de
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRÉOCCUPER

prendre; c’est le cas de @se de possession (15601, sion correspondante avec prise, un composé avec
prise ;i partie (15991, prise des armes puis prise preneur : preneur de vue ( 19081, preneur de son
d’armes, qui signif5e d’abord (1690) &surrectionn, (1934. 0 Le nom est adjectivé dans l’expression
aujourd’hui arevue militaire» 1183 11. * Du sens mi- benne preneuse ( 1962) *qui sert à prendre>.
litaire, <action de prendre (une place forte)>, pro- De tous les verbes pr&xés formés sur prendre, DÉ-
cède la ptie de la Bastille (expression employée PRENDRE v. tr. a eu la vitalité la plus réduite :
dès 17891. 0 D’autres locutions nominalisent un après l’emploi de son participe passé dépti Ides-
syntagme verbal avec prendre : chronologique- pris, v. 11701 au sens moral de misérable, dénué de
ment, p&e d’habit (16801, prise de voile 11862) acé- toutm, le verbe est surtout attesté à la forme prono-
rémonies ou un religieux, une religieuse prennent minale se déprendre C1403, soi desprendre) au sens
leurs vêtements et entrent donc dans les ordres>, de cs’écarter, se séparer deB. Seul le sens figuré de
prise de tabac (17403, absolument pkse, d’oti le ase dégager de* ( 1580) s’est répandu, en opposition
verbe dérivé @ priser, prise de vue (1897) spéciali- à s’éprendre*, notamment dans le domaine des sen-
sée au cinéma, prise de son 11930), prise de timents amoureux. *Cependant, DÉPRISE n. f. ne
conscience (19181, prise en charge (19571, prise de fournit qu’exceptionnellement un antonyme à em-
position ( 19521, prise de sang. Certaines donnent prise.
lieu à un emploi spécialisé de prise, utilisé seul, 0 voir APP RÉHFaNDFJk APPRENDRE, APPRENTI, COMPRÉ-
outre «prise de tabac>>,on peut citer «prise de vuen HENSION, COMPRENDRE, DÉPRÉDATEUR, EMPRISE, IMPRFr
ion a fait cinq prises), etc. 0 Enk, prise, d’après SARIO, PRÉDATEUR, PRÉHENSION. PRÉSURE, PRISON,
l’emploi intransitif du verbe, sert à exprimer, dans PROIE, RÉPRÉHENSIBLE, REPRÉSAILLES, SURPRIZND~ et
un certain nombre de vocabulaires techniques, la SURPRISE).
transformation d’une chose liquide en une subs-
tance solide 116141, spécialement en bâtiment, en PRÉNOM n. m. est un emprunt de la Renais-
chimie, en géographie physique. *À son tour, le sance (1556) au latin praenomen, formé de prae
nom prise a produit un verbe : 0 PRISER v. tr. b pré-3 et nomen I-, nom).
( 1807) aaspirer par les narines de la poudre de ta- 4 Le mot apparaît dans une traduction du latin mo-
bac> (d’où tabac ù priser), et, par analogie, Nune derne, de Jérôme Cardan; il s’applique également
poudre* 118751, ane droguem. 0 Ce verbe a lui- au présent et (attesté XVII~ s.) à l’antiqtité romaine.
même donné @ PRXSEUR, EUSE n. (1807) dési- La valeur moderne, par laquelle les prénoms dis-
gnant une personne qui prise du tabac et, par ana- tinguent les individus d’une famille, est déme en
logie, une drogue. Les mots de cette série ont vieilli 1732.
avec la pratique. k PRÉNOMMER v. tr. (1845) et pron. (1896 dans
PRENABLE adj. (v. I 155) qualifie ce qui peut être Verlaine) correspond à edonner un prénoms et à
pris, spécialement une personne qui peut être sé- aavoir pour prénom». Le participe passé PRÉ-
duite, manœuvrée ( 1375-13791. Au XIX~s., il est enre- NOMMÉ, ÉE est adjectivé (1879). 0 Un homonyme,
gistré par Littré au sens de “qui peut être absorbé» sign&nt =nornmé avant, susnommés est attesté ra-
(18691. - Son antonyme préfké IMPRENABLE adj . rement comme adjectif Iv. 15701 et nom (au XIX~ S.I.
(v. 13651 qud%e ce qui ne peut être pris militaire-
ment ; par métaphore ou selon un développement PRÉOCCUPER v. tr. est emprunté (XUI~s.) au
figuré, il qutie une personne que l’on ne peut sé- latin praeoccupare aoccuper le premier, s’emparer
duire (16901. Il entre au xxe s. dans l’expression vue auparavmt den, Nprévenir, prendre l’initiative>) et
imprenable (1948) uqui ne peut être masquéen. ase hâter de faire qqch. avant qqns. Praeoccupare
0 On en a tiré tardivement le nom didactique IM- est composé de prae «avant* C+ pré-3 et de occupare
PRENABILITfi n. f. (193 1). *Le participe présent C+ occuper).
PRENANT, ANTE est adje&& Iv, 11601 avec le + Le verbe a eu en ancien français le sens physique
sens moral de avénal, corruptiblem qui n’a pas dé- de +aisir prématurémentn. Au xrve s., il a pris le
passé le moyen franqais. Un autre sens archtique, sens resté courant d’coccuper fortement l’esprit de
celui de ~cornmençant~ Cv.11801, ne vit plus que (qqn))> Iv. 1352). Une autre acception, ((prévenir
dans l’expression carême *prenant. 0 Dans l’usage (qqn), occuper entièrement et à l’avance son esprit»
moderne, prenant qualifie une personne qui reçoit (15601, qui rhctivait la signikation du préverbe la-
de l’argent Iv. 13601, comme dans l’expression par- tin, a disparu. Au xrxes., le mot prend la nuance de
tie prenante, et, au figuré, ce qui accapare, absorbe Ndonner du souci (à qqn), inquiéter fortements
qqn, ce qui captive en émouvant, en intéressant ( 1864) et est attesté à la forme pronominale se pré-
( 1788). On le rencontre rarement avec le sens omuper avec les deux valeurs d’4tre absorbé par
concret de aqui prend, préhensile}) ( 1753). + Le par- le souci dex (18181 et as’occuper de Iqqch.1 en y ap-
ticipe passé PRIS, PRISE est lui aussi adjective au portant beaucoup d’in&& (18443. Cette dernière
XII~ siècle. +Le dernier dérive de prendre est PRE- était condamnée par Littré qui reprochait au verbe
NEUR, EUSE adj. et n., réfection de prenbor de remplacer indûment s’occuper.
Iv. 12001,d’après le radical du participe présent, en FPRÉOCCUPÉ, ÉE, le participe passé de pré-
preneour Iv. 12781, puis preneur. 0 Le mot désigne occuper, est adjectivé pour quaMer une personne
la personne qui prend. Il est employé spécialement qui est sous l’empire d’un souci (v. 1355) et, par mé-
en droit commercial pour la personne qui prend à tonymie, l’air que manifeste un esprit soucieux, ab-
bail 11345) et couramment pour la personne dispo- sorbé (1797). +PRÉOCCUPANT, ANTE. le parti-
sée à acheter qqch. (1859). * Certains syntagmes cipe présent, est adjective au sens de “qui
verbaux avec prendre produisent, outre l’expres- préoccupe, inquiète* (18603.
PRÉPARER 2916 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

PRÉOCCUPATION n. f. est emprunté 11486) au dé- composer un médicament (15851, de la nourriture


rivé latin prueoccuputio, -onis <action d’occuper un 115901,des peaux, des laines (1845). 0 Par métony-
lieu en premiern. Le mot a suivi l’évolution séman- mie, il désigne aussi le produit de l’opération, la
tique du verbe : il a été synonyme de <<souci,inquié- chose préparée, spécialement en anatomie (175 II,
tude=, sens repris au XIX~ s. (1875). Dans l’intervalle, en pharmacie et dans la plupart de ses autres spé-
il a désigné l’action de saisir l’esprit de l’auditeur cialisations. 0 Préparation s’applique également à
avant qu’un autre ne s’en saisisse (1552- 1636) et, de- un arrangement ayant pour effet de préparer
puis le xvre s. (1580) et jusqu’au XIX~ s., l’état d’une Cv.1460) et à la manière d’amener naturellement,
personne dont l’esprit est occupé d’une opinion progressivement 11660). Se référant au sujet de l’ac-
préconçue. 0De nos jours et depuis le xwte s. tion, il désigne l’ensemble des actions nécessaires
117331,il s’applique surtout à l’état d’un esprit ab- pour obtenir qqch. (15591 et le fait de se préparer à
sorbé par un objet, par une idée fixe et à ce qui l’ab- qqch. ( 1588, préparation à la mort), en particulier à
sorbe lune, des préoccupations). un examen (1821). OPar métonymie, ph~aration
d’artillerie désigne les tirs qui préparent une opé-
PRÉPARER v. tr. est emprunté (1314) au latin ration militaire. * IMPRÉPARATION n. f. (1794,
pruepurure <<apprêter d’avancen, construit avec un Pougens) désigne le manque de préparation. 0 IM-
complément inanimé ou animé, concret ou abs- PRÉPARÉ, ÉE adj . ( 1918) est plus rare que le subs-
trait, et formé de prue aavant, d’avancen C-, pré-) et tantif correspondant. *pTépurutin a produit l’an-
de parure disposer, apprêter» (+ 0 parer). tonyme CONTRE-PRÉPARATION n. f. (1929) qui
4 Préparer a gardé le sens latin mais il est d’abord désigne un bombardement destiné à neutraliser
attesté en médecine avec le sens de ccpanserm, une préparation d’artillerie.
propre au moyen français. Avec un complément PRÉPARATOIRE adj., emprunt ( 13221 au dérivé
inanimé, il exprime le fait de mettre une chose en bas latin praeparatorius, signifie “qui prépare»; il a
état de remplir sa destination ( 1370-13801, spéciale- développé des spécialisations en droit, dans juge-
ment dans différents domaines professionnels, en ment, sentence préparatoire ( 16903, et dans l’édu-
cuisine (15101, en chimie (1563), dans le travail des cation, avec cours préparatoire ( 18361 et dusse
laines et des peaux ( 16901, en pharmacie, en agri- prépurutoire kxe s.), substantivé par ellipse en pré-
culture, en dessin. oll exprime aussi l’action de paratoire n. f. et abrégé familièrement en PRÉPA.
faire le nécessaire en vue d’une opération, d’une PRÉPARATEUR, TRICE n., emprunt (15341 au dé-
œuvre, d’un événement (14061, en particulier d’un rivé latin tardif praepamtor (celui qui prépare
examen 118213. Il Sign%e aussi, plus généralement, qqcb Sign%e d’abord «personne qui prépare
xrendre possible par son action*, que ce soit avec qqch.>>.Vieilli au sens général, il a développé quel-
un sujet animé ou inanimé (14901. 0 Lorsqu’il s’agît ques acceptions spécialisées, désignant l’assistant
de création artistique, il correspond à wnénager, d’un chercheur, d’un professeur de sciences 13.8371,
amener (qqch.la, le sujet désignant soit un agent l’employé d’un pharmacien ( 1875) et, dans les
humain, soit la chose qui prépare E1705, en mu- courses automobiles, le mécanicien spécialisé qui
sique, préparer UKMZdissonance). + L’emploi avec prépare les engins (déb. xxe S.I.
un nom de personne pour complément @@axer
qqn1 apparalt aussi en moyen francais pour &spo- PRÉPONDÉRANT, ANTE adj. est un em-
ser, apprêter lune personnel dans un certain butm prunt savant et tardif (1723) au latin praeponderum,
(14851, en particulier <<former (un élève) en vue d’un participe présent de prueponderare ((être plus pe-
examen (16941, La forme pronominale se préparer sant>>, d’où au figuré <avoir l’avantage)>, de prue
(1485) signifie <<semettre en état, en mesure de faire cavant>>(b pré-) et de ponderare apesern (+ pondé-
qqch.>>.Au xv# s., elle a pris par tiaiblissement le rer).
sens de ase disposer à» (16041, <<être en voie de se
4 Le mot, emprunté au sens figuré de “qui a plus de
produîren (1639) et a commencé à s’employer dans
poids, l’emporte en autorité>, est employé en parti-
La tournure impersonnelle il se prépare... (1687).
culier dans VO~ prépondérante 117431et raison pré-
ä Le mot n’a produit que deux dérivés. + PRÉPA- pondérante. 0 Le sens concret, «supérieur en
RATIF n. m. (1370- 13721, d’abord employé comme poids, en densité>) (17651, qui réactive l’étymologie,
adjectif, n’est plus que nom C1404 ; ce dernier a dé- a vieilli.
signé, au singulier, ce qui prépare qqch.; de nos
b En est dérivé PRÉPONDÉRANCE n. f. (1752, Tur-
jours, il est presque toujours employé au pluriel
got) au sens figuré de HsupérioritéD; le sens concret
pour l’ensemble des dispositions prises en vue d’un
de «poids supérieur» (1783, Btionl a décliné
événement, d’une opération. +Le second dérivé
comme le sens correspondant du verbe.
est récent : PRÉPARAGE ri. 111. (v. 1950) est un
terme technique employé en horlogerie et en joail-
lerie, remédiant à la polysémie de préparation, PRÉPOSER v. tr. est emprunté 114071, avec
PRÉPARATION n. f., nom correspondant à prépa- francisation d’après poser*, au latin prueponere
<*placer, mettre devant)) et ~~préférer~~,composé de
rer, est emprunté directement EV.12821au dérivé la-
tin praepumtio, -anis. 0 Le mot a d’abord désigné prae (<devanta (+ pré-) et de ponere <poser»
l’élevage d’un animal ainsi qu’un pansement Il3 141, (+ pondre).
en relation avec le premier emploi du verbe. Au- + Le verbe a eu dès les premiers textes le sens de
jourd’hui, il exprime de manière générale l’action *placer (qqn) à la direction de qqch., à la tête d’une
d’apprêtér qqch., avec des spécialisations tech- fonction>>, toujours vivant, surtout au passif. oEn
niques correspondant à celles de préparer : fait de revanche, il n’a conservé ni le sens figuré de cpréfé-
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2917 PRÈS

rer= Cv. 14601, seulement attesté en moyen hnçais, PRÉROGATIVE n. f. est emprunté (1234) au
ni le sens spatial de amettre devant* (14911, spé- latin pruerogutiva, substantivation du féminin de
cialement en grammaire (16901,qui a été suppknté l’adjecttif pruerogrltivus “qui vote le premier*, de
par antéposer. prue *devant, avant% C+ pré-) et d’un adjectif fort-né
b Le participe passé PRÉPOSÉ, ÉE est adjective sur rogatum, supin de rogwe «interroger, consul-
(16193et substantivé (16191pour qualifier et dési- ter* (+ rogaton; interroger). Praerogativa désigne la
gner une personne chargee d’un service spécial. centurie qui vote la première, elliptiquement pour
0 Par extension, il a pris dans le langage adminis- praerogativa centuriu, plus généralement un choix
tratif le sens d’cagent d’exécution subalternem, s’ap- préalable, d’où un gage, un indice, un pronostic, un
pliquant spécialement à la personne qui distribue privilège.
le courrier ( 19571, remplaçant facteur dans l’usage + Le mot a été repris au latin avec son sens actuel
administratif en France. de ~privilège attaché à certaines fonctions, à cer-
0 voir PRÉPOSITLON. taines dignités», par exemple dans prérogative
royale (1765, da;ns un contexte anglais), puis préro-
PRÉPOSITION n.f. est emprunté ~II%I au gutive parlementaire 11842). 0 Par extension, il dé-
latin pruepositio, -on& proprement aaction de signe couramment un avantage, un don, une fa-
mettre en avant*, spécialisé en grammaire pour culté dont jouissent exclusivement les êtres d’une
désigner un mot grammatical servant à introduire certaine espèce Iv. 13401.0 Réemprunté directe-
un complément (Cicéron), et employé au sens qua- ment au latin, le syntagme centurie prérogative, et
litatif d’aétat préférablen. Le mot est dérivé de prae- elliptiquement prérogative 118421, est employé en
positum, supin de prueponere uplacer devantti et au histoire romaine.
figuré ((mettre en tête, préférep (+ préposer).
b Ni le masculin PRÉROGATIF n. m. (1379)ni PRÉ-
+ Le -français n’a gardé que la spécialisation gram- ROGATION n. f. il4061, repris au latin pruwoguti
maticaIe du mot latin, Le mot s’est aussi employé et sentis comme des doublets sémantiques de pré-
pour tifait de placer en avantn (1480) et uaction de rogative, ne se sont maintenus.
faire preuve (de courage)> (15311, valeurs propres
au moyen français et qui ont disparu au XVII~siècle, PRÈS adv. continue (v. 1050) l’adverbe latin
b Le dérivé PRÉPOSITIONNEL,ELLE adj. (18191, presse, ablatif de l’adjectif pressus =comprimé,
<<quise place devant un mot, une lettre>>, a été sup- serré, pressé* au propre et au figuré (à propos du
planté par prépositif et qutie ce qui est relatif à style), lui-même du participe passé de premere
une préposition, de la nature de la préposition, ou ecomprimeru I+ presser). L’adverbe presse signk&e
introduit par une préposition komplément prépo- ud’une manière serrée*, spécialement adans un
sitionnel). +PRÉPOSITIF, IVE adj., emprunté style concis* en langue classique. A l’époque impé-
Ixrv” s.3au latin praqositivus dans sa spécialisation riale et en bas latin, il indique la proximité dans
grammaticale, a d’abord qutié ce qui se place de- l’espace et dans le temps. Il est conservé dans le
vant, se met en tête, avant d’être défini par la ter- sarde de presse, ad presse tien hâte»; le type fhn-
minologie moderne (locution prépositive, 18351. çais remonte soit à presse, soit, comme l’italien
~Son emprunt avec le sens général de -mis en presso, à une fort-ne altérée Opresso.
avants (15311 a disparu au XVII~siècle. + Dès les premiers textes, près exprime la notion
fondamentale de proximité dans l’espace, à la fois
PRÉPUCE n. m. est emprunté 6n XII~s.) au la- dans la locution prépositionnelle prés de (v. 1050) et
tin impérial prueputium, terme d’anatomie em- employé seul, comme adverbe (1080). Par exten-
ployé en latin chrétien, par métonymie, pour *fait sion ou réempmt au latin, il exprime la proximité
de ne pas être circoncisn. L’étymologie de pruepu- temporelle, dans la locution prés de -environ à
tium n’est pas claire. On a pensé à un composé hy- l’époque dem ( 1176-l181). 0 Il sert à former la lo-
bride formé du latin prae ‘<en avants (+ pré-1 et du cution adverbiale de près Iv. 1160-11751indiquant la
grec posthion, diminutif de posthê cmembre Viril~. proximité, quelquefois avec une idée de suweil-
Le second élément aurait été alors déformé en -pu- lance (dès les premiers emplois). 0 Près, suivi di-
tium par étymologie populaire, par rapproche- rectement d’un nom ~XII~s.1 comme préposition
ment avec puttus Iputusl apetit garçon, enfant>>, sy- (pr& un lieul, est devenu archaïque, mais se ren-
nonyme farnilier de puer et de la même famille, contre encore quelquefois, spécialement dans le
représenté en fiançais par l’emprunt à l’italien vocabulaire du droit. La locution au plus près, dont
putto”. une variante ancienne est attestée v. 1245, est em-
4 Le sens métonymique religieux, {(fait de ne pas ployée spécialement en marine où l’on dit tier au
être circoncism, est sorti d’usage, tout comme di- plus près du vent, au phs près (1718). 0 L’idée de
verses extensions propres au langage biblique, tel proximité réapparaît dans les locutions être près de
ales gentils+ (par opposition aux Juifs) Il 5601.C’est ses pièces ( 16941 =n’avoir guère d’argentn, reprise au
le sens anatomique de l’étymon, arepli de peau en- xxe s. par être près de ses sous 4tre avarem ( 1935) et
tourant le gland de la verge* En XIII~s.1, qui est être près de ses aiCires “y veiller avec un soin ja-
resté en usage. 0 Par analogie de forme, prépuce a loux% (18221.La même idée de soin attentif est réali-
désigné au XVI~I~s. un coquillage du genre tonne sée dans les locutions ne pas y regarder de si près
(1776) et une espèce de pinnattie (17761. (16711, regarder de près mu-veille~ 11690)et nr’ de
b On en a dérivé PRÉPUTIAL, ALE. Aux adj. près ni de loin -en aucune manières (18691, qui
(18051 aqui appartient au prépuceb, terme d’anato- réactive une locution d’ancien français ne ZO~FIZ TW
mie. pres IlO8Ol. +Pris adverbialement, près entre dans
PRÉSAGE 2918 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

des locutions du type a + adverbe + près : ù bien ne distingue que les objets éloignés, par opposition
près (1176-l 1811,sortie d’usage, a été remplacée par à myope. Il est quelquefois employé métaphorique-
à peu près ( 1487, a pou pres) qui indique une me- ment à propos d’une personne qui a une vision trop
sure, une quantité approximative. Un à peu près générale des êtres et des choses, mais la méta-
n. m. ~VII~ s.1se dit d’un résultat approché puis, pé; phore est beaucoup plus rare que pour myope.
jorativement, de ce qui est imprécis, sommaire. A
b On en a dérivé PRESBYTIE n. f. 11820) qui s’est
beaucoup près, qui prolonge ù bien près, est moins
imposé aux dépens de presbyopie n. f. ( 18081, lui-
courante. On trouve aussi à peu de chose près. + À
même formé savamment des éléments pvesby-
l’époque classique, près peut suivre un détermi-
(grec presbusl et -opie (grec -ôpiu «vue))) comme
nant numérique indiquant le degré de précision dans myope.
d’une évaluation (16Il, ù un denier près). Avec 6) Voir PRAIRE. PRESBYTÈRE, PRETRE.
l’idée que la différence de plus ou de moins n’a pas
une grande importance, le mot entre dans la lo-
cution nepas être à ~gqchlprès 11718) et h celaprès PRESBYTÈRE n. m., réfection (1549) de pres-
( 1651). 0 Les emplois de prés pour indiquer une bituire (1460) qui avait remplacé presbiterie Iv. 11701,
comparaison ( 1669) et un rapport de ressemblance est emprunté au latin ecclésiastique presbyterium.
( 1767) sont sortis d’usage. Celui-ci désigne l’ordre des prêtres, le sacerdoce,
@ voir APRÈS, AUPRÈS, COMPRIMER, DePRIMER, EXPRÈS, par métonymie l’assemblée des prêtres, puis le lieu
EXPRIMER, IMPRIMER, PRESQUE, PRESSER (et prétiés Ver- où ils se tiennent, le chœur de l’église. Le mot latin
baux en -presser), RÉPRIMER. SUPPRIMER. est emprunté au grec ecclésiastique presbuterion
aconseil d’anciens>, de presbuteros, comparatif de
PRÉ SAGE n. m., d’abord presaige (v. 1390), puis presbus wieux, ancienm C-, presbyte).
presage (15091, est emprunté au latin impérial prue-
sugium Kconnaissance anticipée, prévision, pres- + Le mot n’a repris que l’acception métonymique
sentiment>), avec une valeur augurale Mprédicttion, de alieu où se tiennent les prêtresm : il a d’abord dé-
oracle» et, par métonymie, (signe permettant de signé la partie du sanctuaire réservée au clergé
prévoir l’avenir*. Praesu&um est dérivé de pruesu- dans les anciennes basiliques (cf. presbytehum ci-
gke adeviner, prévoirn, spécialement aaugurerx, dessous), puis l’habitation du curé dans une pa-
formé de prae tien avancen (+ pré-) et de sugire roisse ( 1456- 14571, sens qui s’est imposé.
Navoir du flair, sentir fmementn (-, Sag=e). ,pRESBYTÉRAL,ALE,AUX adj. est emprunté
+Le mot a été emprunté avec le sens augurai de (v. 1355) au latin chrétien presbyteralis ade prêtre»,
asigne où l’on voit l’annonce d’un événement futur» dérivé de presbyter (+ prêtre). +Le mot est l’ad
et, par métonymie, aconjoncture, annonce bonne jectif correspondant à prêtre, spécialement dans les
ou mauvaise que l’on tire du signe= (av. 1525). Par syntagmes conseil presbytérul et maison presbyté-
extension, pksuge est employé couramment pour raie, ce dernier étant synonyme de presbytère.
la conjoncture que l’on tire d’un événement, d’un + PRESBYTÉRAT n. m. a été emprunté (1740, pres-
fait. bytériat) au latin presbyterutus cdignité de prêtre,
b Le dérivé PRESAGER v. tr. (15591, d’abord présu- prêtrise». II semble que ce mot ait d’abord été rela-
gkr (15391, exprime, en parlant d’une chose, le fait tif à l’organisation de l’église presbytérienne, puis il
de fournir un signe qui permet de prévoir et, en s’est appliqué à la charge des prêtres dans 1’Eglise
parlant d’une personne, de conjecturer ce qui doit primitive (18771 et à un ordre sacerdotal de second
arriver Il 539). rang conférant la prêtrise dans l’Église catholique
(1939). +PRESBYTERIUM n. m., emprunt savant
PRESBYTE n. et adj. (16941, d’abord écrit pres- tardif (18521du latin chrétien presbyterium, désigne
bite (16901, est l’emprunt savant du grec presbutês le fond de l’ancienne basilique latine qui était ré-
adj. cancien, vîeuxn (3 presbytère), spécialisé au servée au clergé. Il a directement repris au latin un
sens médical de “qui ne distingue que les objets autre sens, *ensemble des prêtres attachés à une
éloignés~~ parce que ce défaut de la vue ac- église particulières, recevant dans la religion pro-
compagne souvent la vieillesse. Presbutês est dé- testante le sens de ~corps mixte constituant le gou-
rivé de presbus wieillardjj et surtout ({personnage vernement d’une congrégation ou d’une commu-
vénérable, Important~~ (député, ambassadeur), ex- nauté dans les églises presbytériennes=.
primant donc l’idée d’ancienneté, avec les privi- PRESBYTÉRIEN,IENNE adj. etn, estlatiancisa-
lèges qui s’y attachent. Le mot est générallement tion 116491de l’anglais presbyterian adj . et n. ( 16411,
considéré comme un composé très archaïque pres- dérivé de presbyter *membre de l’assemblée des
bus dont le second terme commence probable- anciens dans l’organisation de l’Église calvinistem,
ment par g ou b : on peut alors en rapprocher la ra- lui-même emprunté au latin presbyter kf ci-des-
cine “g”a- dlep, comme dans le védique vunur- sus, et prêtre), +Ce terme de doctrine désigne un
gU- “qui va dans la for&, en évoquant le sanskrit partisan de l’Église réformée anglaise. Il est em-
puro-guk- Nchefm.Pour le premier terme, on pose ployé comme adjectif (av. 1783) pour ce qui a rap-
pres pour pros aauprès de, devant,, probablement port ou appartient aux presbytériens et à leur
apparenté à pro «devant, avant>>I-+ proto-1 et au la- église.+PRESBYTÉRIANISME n.m.&hti%xi-
tin pro (-+ pour, pro-). Le sens propre du mot serait sation (1704) de l’anglais presbyterianism n. ( 16441,
alors -celui qui va devant)), <(lechef=. dérivé de presbyterian qui désigne l’organisation
+ Le mot a été repris au grec au XVII~s. avec sa spé- de la religion selon la doctrine de Calvin, préconi-
cialisation médicale, à propos d’une personne qui sant un système ecclésiastique dans lequel un
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2919 PRÉSENT

corps mixte (le presbyterium) assure le gouveme- cal de prescription pour correspondre comme nom
ment de l’église. d’agent à prescrire, désigne la personne qui pre-
@ voir PRAIRE, PRESBYTE, PRl?I’RE. scrit une ordonnance, un mode d’emploi, etc. Le
mot, attesté récemment dans les dictionnaires
PRESCIENCE n. f. est emprunté Iv. 1278) au ( 19681,est spécialisé en économie et en publicité en
latin chrétien pruescientia ~connaîssance anticipée parlant de la personne qui a une influence sur le
(que possède DieuIn. Le mot est dérivé de prae- choix de produits, de services
SC~FW,-fi, participe présent adjectivé de praescire Le nom correspondant, PRESCRIPTION n. f., est
asavoir d’avancen, de prae CcavantBt-, pré-) et de emprunté directement au latin praescdpti, -onis,
scire 6avoir» (+ science). dérivé du supin de praesctibere. Le mot latin dé-
4 Le mot a été repris comme terme de théologie signe un titre, un intitulé, un préambule; il est em-
dans l’expression la divine prescience. Par analo- ployé en droit pour une clause préliminaire, une
gie, il désigne une connaissance innée, antérieure objection préalable soulevée par le défendeur, fon-
à l’étude (av. 1650, de l’inspiration poétique). 0 Par dée notamment SUTl’écoulement d’un certain laps
extension, il désigne la faculté de deviner, de pré- de temps. Plus genéralement, il désigne une règle,
voir les événements futurs (17651, par tiaiblisse- un précepte, un commandement. *Prescription,
ment jusqu’à se confondre avec pressentiment. repris comme tertre de droit, désigne le moyen de
PRESCIENT,ENTE adj., emprunté 11265) au latin se libérer d’une charge, d’une obligation par un
praesciens (ci-dessus), quaMe celui qui a pre- certain laps de temps, et ( 1376) le moyen d’acquérir
science des choses futures, en parlant de Dieu puis un droit, une propriété. Prescription criminelle
d’un individu quelconque. Son emploi est plus di- ( 1875) vient de l’emploi du mot en droit pénal
dactique que celui de prescience. ( 1690) ; prescriptin libératoire ( 18751 et prescription
PRESCRIRE v. tr. est emprunté (XLI~s.) au latin etinct-ive (19041 sont des termes de procédure.
pruesctiere, composé de prue adevantn (+ pré-) et bUne seconde valeur, plus courante, correspond
de scribere I-, éctiel et Sign%ant &rire en tête, au sens de Ncequi est ordonné>) ( 15881,d’abord dans
mettre en titre, mentionner d’avance, mettre en un contexte religieux comme synonyme de r&gle
avantn; il est spécialement employé en droit pour (v. 1590). Le sens spécialisé en pharmacie, <formule
Kfaire opposition» et en médecine pour Gndiquer, d’un médicamentm (15861, ne s’est pas implanté; en
ker un traitement». revanche, Nordre ou recommandation émanant
+ Le verbe est d’abord attesté en tiançais aux sens d’un médecinB, acception apparue la dernière
de Mcondamnen, puis dYnsctie, enrôlerti (1823,) est restée courante.
(av. 12501, tous deux sortis d’usage. ~AU x19 s., il
passe dans le langage juridique où il exprime le fait PRÉSEANCE + SEOIR
de libérer qqn d’une obligation au-delà d’un certain
0 PRÉSENT, ENTE adj. et n. est emprunté
laps de temps (1340) et, en parlant d’une dette, de la
(1080) au latin pruesens, -enti, participe présent de
laisser s’éteindre au-delà d’un certain délai ( 13551,
praeesse, de prue aavant, devant» (+ pré-) et de esse
d’où la forme pronominale se presctire au sens pas-
sif (1549); cette valeur est plus vivante dans pre- (-+ être), littéralement aêtre en avant, être à la tête
scription k-f. ci-dessous). 0 Toujours au xwe s., le dem d’où, au figuré, @commander, dîrigerm. huesens
mot a pris en droit le sens symétrique dkcquérir qualifie la personne ou la chose qui est là, d’où,
Iun bien) par un certain laps de tempsB t 1411; avec une notion temporelle, ce qui est actuel, im-
dès 1372, au participe passé). Il est employé absolu- médiat, et spéciialement une personne qui agit im-
ment (1680) avec les deux sens juridiques. +Au médiatement, se montre efficace, surtout un esprit
XVI~s., il est passé dans l’usage courant pour aor- maître de lui, ferme, intrépide; il a quelquefois
donner expressément», &xer de facon précise= kurtout en parlant des dieux1 le sens de «favorable,
11544). II a pris ensuite par tiaiblissement Ia valeur propicen.
de (réclamer, exiger, comporter comme conditionm + Dès les premiers textes, le mot réalise en français
(17301, spécialement en médecine ( 17381, où il est le sens de “qui est là*, par opposition à absent. Il est
usuel, s’appliquant aussi à une chose au sens de d’abord attesté dans l’ancienne locution en présent
wendre indispensablem ( 1804). aen présence den, issue de la locution latine in Ire1
ä PRESCRIPTIBLE adj.11374, dérivé savantdula- pruesenti sdans le cas présent, immédiatement, sur
tin praesctiptum, supin de pruescribere, est un le lieu même>>. oPrésent est aussi employé seul
terme de droit qutiant ce qui peut être prescrit; il (v. 11301, en tant qu’adjectif et que substantif
est beaucoup plus rare au sens de “qui peut être or- Iv. 12253, à propos d’une personne. Cependant, la
dom& (1875). -L’antonyme préfrxé IMPRESCRIP- forme exclamative présent!, en réponse à un appel,
TIBLE adj. (14811, terme de droit, est passé dans n’apparaît qu’au XIX~s. (1836). * h moyen fkançais,
l’usage au sens de “qui a une existence, une valeur présent commence à s’appliquer à une chose ti
immuableB en parlant d’un droit (1782, Rousseau). xve s.1 et reçoit de nouvelles valeurs : adont on est
0 Son dérivé IMPRESCRIPTIBILITÉ n. f. (1721)est conscient, dont on se souvientx ( 1552) et cefficace,
relativement plus usité que le simple PRESCRIP- qui agit immédiatement, promptti 115431.Cette der-
TIBILITÉ n. f, d’ailleurs plus tardif (1876). *PRE- nière acception a disparu au profit de adisponible,
SCRIT, ITE, participe passé de prescrire, est adjec- attent& d’abord dans mémoire présente ( 16371,qui
tivé en parlant de ce qui est juridiquement acquis conserve l’idée d’efficacité, puis en parlant de l’es-
par la prescription ( 1372) et ce qui est frxé, imposé prit 116513 et d’une personne (1671). Par une der-
(15491. +PRESCRIPTEUR, TRICE n., tiré du radi- nière extension de ce sens, le mot passe dans le
PRÉSENT DICTIONNAIRE HISTORIQUE

langage religieux pour qualifier une réalité mys- calque l’expression latine pruesentia animi. En re-
tique et spirituelle agissante ( 16451. + comme le lation avec certains emplois de l’adjectif présent, il
mot latin, présent a la valeur temporelle d’ccactuel> désigne le fait d’être présent par l’esprit, la disponi-
(v. 1130) et s’oppose à passé et futur, d’abord dans bilité, l’attention (1690, Furetière, qui précise pré-
l’ancienne locution présent que qui signikit Maussi- sence de cœur, par opposition à présence corpo-
tôt que”. L’adjectif qutie un événement qui a lieu, relle). * Au XVIII” s., présence s’emploie en sciences
se produit au moment où l’on parle @n XII~s.) et, à propos de l’existence d’un corps, d’une substance
spécialement, le temps qui correspond à cet évene- dans un ensemble (17581, par exemple en minéra-
ment Km XIIes-1; par extension, il qualifie ce que l’on logie (1783, Btionl. 0 Au me s. appar& le sens
a actuellement sous les yeux (1230), substantivé abstrait et sensible de <<faitde sentir comme pré-
dans le langage de la chancellerie (ces présentes, sente une personne en fait absente>> (1865, Hugo).
v. 1350, pour ces @sentes lettres) et de l’adminis- * Ce n’est qu’au xx” s. que présence désigne, au fi-
tration (la présente, 1611, pour la lettre pr&ente, guré, le caractère actuel, proche, vivant d’une per-
12841. oEn grammaire, en s’opposant à passé, il sonnalité ou d’un courant de pensée 119361 et qu’il
quame un des deux types de participes (1550). prend, au théâtre lavoir de la présencel, la valeur
0 Cette valeur temporelle est réalisée dès l’ancien d’hhznsité du jeu d’un acteurs (1945, Sartre), dont
fknçais dans des locutions comme à présent procède le sens de Mrayonnement- ( 19481, et en poli-
(v. 1150),àprésentque11580)etd'àp~ésent(1866);Ct tique celle de cfait, pour un pays ou une collectivité,
présent équivaut à maintenant. * L’emploi substan- de jouer un rôle important dans une partie du
tivé du masculin PRÉSENT n. m. (v. 12451 apparaît monden 11948). +Son seul dérivé est le composé
d’abord en grammaire pour désigner le temps de OMNIPRÉSENCE n. f. (17001, fait sur le modèle
certains modes (le présent de I’indicatit: du S~@O~C- d’autres substantifs en omni- I+ omnipotent); c’est
tKl, qui correspond à l’expression du temps de la un mot d’usage théologique, puis d’usage littéraire,
communication, et ( 1269-1278) pour désigner la qui désigne la présence d’un être (spécialement
partie qui coïncide avec le moment dont on parle. Dieu) ou d’une chose en tous lieux. OMNI-
Postérieurement, le mot est entré dans quelques PRÉSENT, ENTE adj. (18381, d’abord au sens de
syntagmes grammaticaux comme présent histo- flprésent en tous lieuxm, s’emploie par extension
rique (19001 ou présent narratif (19041. pour une chose qui semble accompagner partout
b Présent, adjectif, a produit PRÉSENTEMENT adv. l’observateur.
«maintenant>> Iv. f 1551 qui a reculé sous la double + Voir PRÉSENTER, @ REPRÉSENTER.
concurrence d’actuellement et de maintenant pour
ne plus être employé que régionalement ; il est nor- 0 PRÉSENT -+ PRÉSENTER
mal et courant au Québec. * Dans la seconde moi-
tié du XX~ s., présent a produit PRÉSENTIFICA- PRÉSENTER v. tr. est emprunté précocement
TION n. f. (v. 19601, terme de philosophie auquel (v. 881) au latin impérial pruesentare arendre
correspond quelquefois le verbe PRÉSENTIFIER présent)>, au figuré «ofFira, dérivé de pruesens
et qui désigne le processus par lequel un objet est (+ 0 présent).
rendu présent sous forme d’image. 4 Dès les premiers textes, le verbe exprime le fait
PRÉSENCE n. f. est emprunté (déb. XII~ s.) au latin de mettre une personne en présence de qqn. II se
praesentia, dérivé de praesens, désignant le fait construit avec un nom d’objet pour complément,
d’être présent, d’être là et, avec une valeur caracté- exprimant le fait de mettre une chose à la portée
risante, d’être efficace, puissant, spécialement ou sous les yeux de qqn Iv. 1050). 0 Par extension, il
dans pruesentia animi «présence d’esprit, sang sime «soumettre (une chose) à qqn pour juge-
froid, ; il est également employ6 dans la locution in ment, examenm (v. 11701,xexprimer Iqqch.) sous une
praesentiu <pour le moment, dans le moment certaine forme» (11881, afaire l’exposé de Iqqch.)s
présenta, opposé à in ubsentiu. Chez les auteurs (v. 1220) et «rendre présent à l’esprit de (qqn),
chrétiens, il désigne spécialement le fait que la di- (v. 1200). Q Parallèlement, se présenter a le sens
vinité soit réellement présente sous diverses ap- d’ccapparaître, arriver= (1080) et, un peu plus tard,
parences. *Le mot a été repris avec sa spécialisa- de as’otir, se proposern Iv. 11701, spécialement en
tion religieuse pour exprimer le fait d’être présent, droit (comparaître en justice* EV.12831. +De nom-
en parlant de Dieu ; plus tard, il est employé en breuses extensions de l’usage transitif sont appa-
théologie dans l’expression présence réelle Il643 ; rues au XVI~siècle : présenter gqn correspond à
d’abord reule presence, 1575) à propos de l’Eucha- *proposer qqn pour un bénéfice, un emploi ou une
ristie. +À partir du XII~s., il désigne dans l’usage fonction}} (1599) et présenter qqch. ~~décrire (qqch.1
général le fait d’être présent, pour une personne d’une certaine manière= (1588). + Concrètement, le
Iv. 11651, puis par métonymie s’applique à une per- verbe exprime l’action d’orienter, de tourner, de
sonne avec un déterminant ( 1530, su présence). Il diriger une chose dans une certaine direction
renvoie aussi au fait d’être présent dans un lieu, (1538). Il sigr&e également <<disposer, mettre en va-
pour une chose (v. 1230). Ces valeurs ont entraîné leur (un objet destiné à la vente)* (1567; rare avant
les locutions en prksence de gqn Iv. 11651, en pré- le xx” S.I. Moins concrètement, il sime afaire
sence Cv.1250), hors de présence de Iv. 1445-1460). connaître (une wwre3 au public, ( 156 1; répandu au
Le sens métonymique d’capparence, aspect (d’une XIX~s.l. Avec un nom de chose pour sujet, présenter
personne ou d’une chose))) (1530) est sorti d’usage à équivaut à avoir (une apparence, une particularité)
la fm du XVII~siècle. 0 C’est au XVII~s. que présence [15801. La forme pronominale, avec un nom de
entre dans l’expression présence d’esprit t 1656) qui chose pour sujet, correspond à “apparaître, venir>>
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRÉSERVER
(1538) et surtout à aappartitre sous un certain as- praesentator ~II~ s.1. +Il a été recréé au mle s.
pect> ( 15671. +L’essentiel des sens et des emplois 11773) et répandu au XIX~ s. par dérivation de pré-
du mot est frxé avant le XVII’ s. ; ensuite, présenter senter, présentation, désignant la personne qui pré-
est passé dans l’usage technique avec le sens de sente qqn dans une société (18581 et, plus couram-
<mettre (une pièce) en place afin de voir si elle est ment, qui présente un objet, un appareil au public
ajustée* (16901. En marine présenter au vent se dit (18761, puis, en droit, qui présente un effet de com-
de l’orientation d’un navire ( 16941, en art militaire merce, un billet à échéance (18981.0 Depuis le mi-
présenter les actes (1753) et le commandement pré- lieu du me s. (attesté 19621,il s’emploie surtout pour
sentez amzes! (18471 correspondent à une position désigner la personne chargée de présenter une
du soldat. Se présenter se dit du fœtus qui sort du émission, un spectacle à la radio, à la télévision.
corps maternel C1755, à propos d’un agneau). De- +Le nom concret PRÉSENTOIR n. m. a d’abord
puis le me s., le verbe s’emploie pour <<proposer servi (1887) à désigner une sorte de drageoir et un
(qqn) comme candidat à une électionB (18571, se pré- couteau à large lame pour présenter les tranches
senter signi&nt réciproquement *se porter candi- de poisson ou la pâtisserie aux convives (18871, puis
datw en politique (1818) ou à un examen (1867). un plat sur lequel on présente une soupière, un lé-
L’emploi de la forme pronominale dans les rela- gumier 11938).L’usage moderne 11955) l’a spécialisé
tions sociales, au sens courant de adécliner son pour un dispositif servant à présenter une mar-
identitén, est tardif118741, de même que le seul em- chandise, à vendre, des livres, etc. +PRÉSENTA-
ploi intransitif du verbe avec un adverbe Ise présen- TIF n. m., le dérivé le plus récent (v. 19501, est un
ter bien, mal1 pour *faire (bonne, mauvaise) impres- terme de linguistique (un mot, une expression) ser-
sion% ( 19221. vant à présenter le nom désignant une personne
b Le plus ancien dérivé est le déverba[l 0 PRÉSENT ou une chose.
n. m. EV. 1140) <action de donner une chose}) et sur- @REPRÉSENTER v. tr., itératif de présenter, est
tout, par métonymie, achose donnéen, survivances attesté au xrnes. pour <<présenter à nouveau,
de l’ancien sens du verbe, «donner, faire cadeau Cv.1275). Gêné par l’existence de 0 représenter, il
de>> (1080). Dans l’expression juridique présents semble rare avant 1800; il est plus courant à la
d’usage t18041, il désigne les présents faits lors de forme pronominale dans des expressions qui
certains événements irnportants. Dans l’usage cou- lèvent l’équivoque Ise représenter à un examen).
rant, le mot a subi, surtout depuis le XIXe s., la
concurrence de cadeau et il a vieilli. PRÉSERVER v. tr. est emprunté au ti s. (at-
L’autre nom d’action est PRÉSENTATION n. f. testé v. 1390, mais antérieur, voir ci-dessous) au bas
(v. 1175) qui désigne l’action de présenter qqn, spé- latin prueservare aobserver auparavant>+ formé de
cialement au pluriel les présentatiorts ( 1790). Il a dé- prae *avant» C+ pré-1 et de servare afaire attention
veloppé la plupart des sens correspondant à ceux àa d’où -garder>>, aconserver», =Sauver)), ttréservers.
du verbe, exception faite de <rendre présentm, mais Servare n’est pas passé en k-ançais, mais s’y trouve
tous ne se sont pas maintenus. Dans l’usage mo- représenté par ses composés I-, conserver, obser-
derne, il désigne spécialement le fait d’amener qqn ver, réserver).
dans un lieu de culte pour marquer son entrée + Préserver signZe Mmettre à l’abri ou sauver d’une
dans la communauté des fidèles 114331, notamment chose néfaste, d’un malm; il est employé dans une
dans le nom de la fête de la présentation de la formule de souhait au subjonctif Cv.1485) et concrè-
vierge 11671; 1611, sous une forme différente). tement à propos d’une chose que l’on veut garantir
-Avec un nom d’objet pour complément, il dé- de la destruction, de l’oubli (v. 1485). La forme pro-
signe le fait de présenter un document, un titre, nominale se préserver (de qqch.) a pris place à côté
une pièce officielle 113371 et plus généralement une de se garder, se garantir dont elle est synonyme
chose à qqn EV.14851.I?n obstétrique, le mot corres- EV.15901.
pond au sens spécial de se présenter, en parlant du b Les dérivés préservation et préservatif: par leur at-
foetus 118333. +Dans le spectacle (1888) et dans le ci- testation dès 1314, font penser que le verbe existe
néma 119171,la mode (19373 ou en parlant de la ma- dès le début du ~~~%~~~~~.~PRÉsERvATIoN n. f.
nière de présenter un travail de l’esprit (18951, pré- désigne en général l’action de préserver, parfois de
sentation désigne concrètement la fwon, l’acte par protéger (préservation des sitesl. +PRÉSERVA-
lesquels on présente qqch. à un public. Par métony- TIF, IVE adj. et n. m. est presque sorti d’usage
mie, il dbigne la manière dont une chose se pré- dans son emploi adjectif au sens de “qui sert à évi-
sente concrètement, en typographie ( 19111 et dans ter la maladieti. De même, son emploi substantivé
le commerce (1923). (un préservatifl en parlant de ce qui préserve d’une
Le dérivé PRÉSENTABLE adj., d’abord présen- maladie (15391 et, par figure, d’un mal moral (15673,
taule (v. 11901, a perdu l’ancien sens de aprésent, est archtique. La cause en est le sens spécialisé de
actuel», par opposition à futur, attesté isolément. Ndispositif permetta& d’éviter une maladie véné-
L’adjectif, repris au xwe s. (15301, a alors le sens mo- riennen, c’est-à-dire acapote anglaise ou condom=
derne de “que l’on peut présenterH, puis «digne (1857, Flaubert), et son extension à tout moyen anti-
d’être présent&, d’où aconvenable> en parlant conceptionnel mécanique. Le mot est devenu
d’une chose et (1727) d’une personne. fréquent avec la lutte contre la propagation des
PRÉSENTATEUR,TRICE n. (1484) est d’abord at- maladies sexuellement transmissibles, notamment
testé au sens historique de «personne qui avait la le sida. ~PRÉSERVATEUR, TRICE adj. et n.m.,
charge d’en présenter une autre à un bénéfice ec- d’abord attesté au sens de acelui qui préserve>
clésiastique», lequel correspond au latin médieval 11514, a vieilli dans ses emplois généraux comme
PRÉSIDENT DICTIONNAIRE HISTORIQUE

nom et comme adjectif (1575). L’usage moderne sident ( 16171, sens en recul sauf dans le cas d’une
l’emploie pour désigner un agent chimique ajouté présidente de tribunal, d’un juge, d’un magistrat
à un produit pour en empêcher l’altération. président. La fonction exercée par une femme voit
la concurrence entre le féminin et le masculin ma-
PRÉSIDENT n. m. est emprunté (v. 1296) au la- joritaire dans l’usage français [madame le pré-
tin impérial praesidens <celui qui a la préséancem, sident), alors qu’au Quebec le féminin est de règle.
titre des gouverneurs de province, employé en la-
VICE-PRÉSIDENT, ENTE n., d’abord écrit vi-pré-
tin chrétien pour désigner celui qui préside un of-
sident ( 1479 ; comme vicomte), sous la forme mo-
fice, une réunion de chrétiens, le chef d’une com-
derne au XV[I”s. (16871, est composé de vice-“. 0 ll a
munauté religieuse. Le mot est le participe présent
pour dérivés VICE-PRÉSIDENCE n. f. (1771) et,
substantivé de praesidwe (cf. ci-dessous présider),
plus récents (v. 19761, VICE-PRÉSIDENTIABLE
composé de prae «devant>> t+ pré-1 et de -sidere adj. et VICE-PRESIDER, v. tr., sémantiquement
pou sedere &re assisn, <<siéger)) (k+ seoir). Ce mal formés,
verbe, à partir d’&tre assis devant, en avant)>, a dé- Pendant la Révolution, prhdent a produit PRÉSI-
veloppé des valeurs figurées <<avoir la préséance, DENTIEL, ELLE adj. (f 7911, d’abord dans fauteuil
avoir la direction de>>et, transitivement, wzomman- présidentiel. Le mot s’est substitué au moyen k-an-
der, dirigerB d’où (<veiller sur, protéger>>. çais présidental (1546) qui était encore employé au
4 Président a été repris au latin pour désigner celui XIX~ siècle. Au cours des xrxeet xxe s.,présidentie,! est
qui dirige les débats d’une assemblée, d’une ré- entré dans fonctions présidentielles ( 18691, élection
union ou d’une communauté, sens qui a suivi l’his- présidentielle (18751 et régime présidentiel (1945) dé-
toire des institutions de l’Ancien Régime, et, après signant un régime démocratique où les pouvoirs
la Révolution, celui qui dirige un tribunal, une cour du président l’,emportent sur ceux des parlements
118031, une chambre (18351, une Gance (19071, un (a propos des Etats-Unis, puis de la France avec les
jury. Par extension, il désigne une personne char- réformes dues au général de Gaulle). 0 Il est subs-
gée de représenter une collectivité (17421, spéciale- tantivé en présidentielle n. f., et les présidentielles
ment en droit commercial dans les expressions Il9641 au pluriel (d’après les élections), pour élection
président du conseil d’administration Il8871 et pré- présidentielle. +Le mot a produit les dérivés PRÉ-
sident-directeur gén&al (1949, avec des tirets), SIDENTIALISME n. m. (1945) et PRÉSIDENTIA-
cette dernière étant couramment abrégée en LISTE adj. (19661, termes de sciences politiques re-
P.-D.G. Iv. 19601, mot qui, outre la fonction précise, latifs au régime présidentiel. Présidentilkme
évoque dans l’usage général une activité écono- s’emploie par opposition à parlemenfarisme.
mique, la richesse capitaliste, un type social de ~PRÉSIDENTIABLE adj. CV.lw’o1; précédé par
grand bourgeois. Lexicalisé, il s’écrit aussi pédé&. présidentable ( 19131, &gible à la présidence% est
+Président s’est spécialisé dans la vie politique, plus employé que PRÉSIDENTXALISER v.tr.
d’abord à propos du gouverneur génkral de pro- (v. 1973) <<donner le caractère du régkne présiden-
vince placé sous l’autorité du souverain au XVI~s. tiel».
( 15531,puis, après d’autres spécialisations + l’épo- PRÉSIDER v. tr., directement repris (1365) au
que classique, pour désigner le chef d’un Etat dé- verbe latin praesidere, apparaît après président. * Il
mocratique. Ce sens a commencé à se répandre à est d’abord construit avec la préposition à pour
propos de la France, d’abord (17921, puis des États- agouverner, commander àmet <<avoirla présidence,
Unis I1801I. Sous la II~ et la IV~République, il a été diriger les débats (d’une assemblée)m (13881, emploi
employé dans le titre de président du Conseil qui a vieilli au profit de la construction absolue
(18432, pour président du Conseil des ministres 11422) et de la construction directe. Par extension, il
(1824). L’usage consistant à faire précéder le nom exprime le fait d’avoir le soin, la direction de qqch.
de famille de la mention <Jeprésident X>l,typique de 115451, spécialement avec un sujet nom de chose
la IlY République, époque où le titre était florissant ( 1552) ou encore désignant des forces occultes, des
à tous les niveaux, a décliné : le mot concerne sur- divinités ( 15521, toujours avec la préposition à qui
tout de nos jours des hommes politiques ou des s’est imposée aux dépens de sur kvre s.l. + L’emploi
responsables économiques importants, de la construction absolue au sens d’*avoir une pré-
sidence)) (1671) s’est étendu au fait d’occuper la
b La dérivation s’est faite en trois vagues en moyen
place d’honneur habituellement dévolue au pré-
fkançais, pendant la Révolution et enfin dans la se-
sident (1834, Balzac).
conde moitié du XX~siècle. w PRÉSIDENCE n. f., le
Le dérivé latin praesidialis a fourni l’emprunt PRÉ-
dérivé le plus ancien E13721,désigne la fonction, le SIDIAL, d’abord adjectif (14351, puis nom masculin
titre de président. Le titre prés&knce de la Répu- du tribunal d’appel des bailliages, érigés en 1552
blique apparaît en parlant des Etats-Unis (18011 et (sens attesté en 16 111, le mot s’appliquant aussi au
ne s’applique que plus tard à la France. Par méto- juge I168OI et redevenant adjectif dans ce sens
nymie, le mot désigne la résidence d’un président, iv. 1570). Enfin, l’espagnol presidio, pris au latin
sens qui s’est répandu à partir de 1875 (après une praesidium, a fourni PRÉSIDE n. m. (15561, qmte
première attestation isolée, déb. XVI~s.l. Présidence fortif% espagnol», souvent appliqué aux places
désigne également la durée des fonctions de pré- fortes servant de bagne, en Afrique, aux Indes.
sident (1752). Le mot, par réemprunt à I’angIais, a
servi à désigner une division administrative en PRÉSOMPTIF, IVE adj. est emprunté Cd&.
lnde, sous la domination anglaise (1842). + PRESI- XIV~s.) au bas latin praesumptivus, littéralement
DENTE n. f., féminin IV. 1485) de président, désigne <<quiprend d’avance)), employé pour qualifier ce qui
une femme qui préside, puis la femme d’un pré- repose sur une conjecture ou qui exprime une
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRESSENTIR

conjecture, ainsi qu’une personne hardie (cf. ci- une valeur quasiment adjective dans le syntagme
dessous présomptueuxl. Lui-même est dérivé du presque 2e (1544) d’où presqu’île n. f. (+ île), d’après
supin ~praesumptuml de pruesumere (3 présumer1. le latin paeninsula (+ péninsule). * À partir de la fin
+ Le mot, repris au sens psychologique de Khardi, du XVII~ s., presque fonctionne comme un élément
orgueilleux)>, sorti d’usage sous la concurrence de de composition très comparable à quasi- : le subs-
prbsomptueux, s’est spécialisé dans le langage juri- tantif est souvent un nom à valeur quantitative
dique où héritierprésomptiqualfie une personne (17881, comme dans la presque unanimité (1791),
qui, du vivant de qqn, a vocation de lui succéder. mais peut également être un nom abstrait ( 1779, un
Dans le contexte d’une monarchie parlementaire, presque démenti). 0 L’emploi elliptique de presque
l’expression désigne le prince destiné à régner par pour corriger une afkmation, mais sans l’armer,
l’ordre de sa naissance ( 1723). remonte à la seconde moitié du XIX~ s. ( 1886, mais
dh est dérivé PRÉSOMPTIVEMENT adv. (v. 14601 presque!; 1907, ou presque!).
“par présomption)). PRESS-BOOK n. m. est emprunté (v. 19601 à
PRÉSOMPTION n. f. est emprunté (v. 1170) au latin l’anglais press-book (19301, littéralement <<livre de
pruesumptio, -onk, proprement ((prise anticipée» et presse’}. Bool2 4ivre)) repose sur un germanique
abstraitement «conception anticipéen. En philoso- “b&s, considéré comme le dérivé de “boka Nhêtre))
phie praesumpti traduit le grec prolêpsis (b pro-
(d’où l’anglais beech), le bois de cet arbre ayant
lepse), désignant une idée antérieure à toute expé- fourni les tablettes des runes, Au-delà du groupe
rience et, en rhétorique, une anticipation; à basse germanique, le nom de l’arbre est apparenté au la-
époque, il a pris le sens psychologique de xhar- tin fagus ahêtre>> et au grec phêgos, lequel a désigné
diesse, assurance, (cf. ci-dessous présomptueux); il une espèce de chêne. Un a dégagé un nom indoeu-
est dérivé du supin de praesumere. *Le mot a ropéen du hêtre, “bügh0, que certains philologues
d’abord repris le sens intellectuel et le sens psycho- ont pris comme indice de l’habitat primitif des In-
logique du latin : il désigne, par un jugement dé-
doeuropéens. Bess est emprunté au francais
préciatif, une opinion trop avantageuse que l’on a
presse (+ presse). hess-book, terme d’imprimerie,
de soi-même @n X~I~s.1 et, par métonymie, une ac-
désigne en anglais un ouvrage publié par un “pri-
tion présomptueuse. Il désigne plus couramment
vute editor,, imprimerie dirigée par un artiste du
une opinion qui n’est fondée que sur des signes de
livre.
vraisemblance, une conjecture ( 1180) et, en droit,
l’induction par laquelle on remonte d’un fait connu + Le sens du mot en fran@s est <gros cahier à vo-
à un fait contesté (12831, d’où, en droit pénal, un in- lets transparents servant à présenter des docu-
dice matériel supposé vrai jusqu’à preuve du ments et photos)>. Le mot s’emploie dans le do-
contraire, avec des syntagmes comme présomption maine de la publicité, de l’art, de la mode, se
&ale 117481, présomption de fuit 11804, code civil). rattachant à l’interprétation littérale du mot
PRÉSOMPTUEUX,EUSE adj.et n. est emprunte comme divre de presseB : en effet, ces documents
(v. 12231 au bas latin praesumptuosus, praesumptio- sont généralement présentés à la presse pour être
sus “qui a une grande confwxe en soi>>,dérivé du vendus, ou comme curriculum vitae pour d’autres
supin de pruesumere dans son sens tardif d’xêtre travaux. Il n’est pas attesté par les dictionnaires an-
fier, avoir trop cotiance en soin (Vulgate). +L’ad- glais ou américains.
@ Voir BOOK-MAKER, BOUQUIN.
jectif a gardé le sens du latin : il est employé pour
qutier une personne qui a une trop bonne opi-
PRESSENTIR v. tr. est emprunté (1414) au la-
nion d’elle-même et, par métonymie, un de ses at-
tin pruesentire cprévoir, se douter de qqch.n, <<sentir
tributs physiques (v. 1223) ou un comportement ti
longtemps à l’avance>), spécialement employé en
XIV~s.l. Il est substantivé (16041, souvent associé de-
philosophie pour <avoir une idée innée de», de ma-
puis le XVII~s. à l’adjectif jeune. +Le dérivé PRÉ-
nière à fournir le verbe correspondant au nom grec
SOMPTUEUSEMENT adv. est la réfection (15381,
prolêpsis (-+ prolepse). Le verbe est formé de prae
d’abord écrit presumptueusement ~IV” sd, de pre-
aavantm (+ pré-) et de sentire (+ sentir).
sumpcieusement (XIII~s-1. Cet adverbe est d’usage
littéraire. +Pressentir exprime le fait d’avoir confusément
conscience d’une chose présente qui n’appartit
PRESQUE adv. est la soudure (v. 1278) de la lo- pas clairement, de l’entrevoir. L’accent étant mis
cution adverbiale pres que & peu prèsa (v. 11651, sur la valeur propre du préverbe prd-, il signtie
composée de près*, au sens ancien de aquasimentu <<prévoir (une chose) par un effet de la prudence ou
Iv. 1118; également dans a bien près cpresque>>, de l’expérience)) (1456). Avec un nom de personne
v. 1130-l 1401, et de que. Ce dernier est d’abord le pour complément, il correspond depuis le xwe s.
pronom relatif; dans ce cas, la locution signifie & (attesté 16901 à «sonder (qqn), s’informer indirecte-
peu près ce qui, ce que’> en fonction du sujet ; puis il ment auprès de (qqn) sur ses intentions». En ce
s’agit de la conjonction que à valeur consécutive. sens, la construction pressentir si, vivante à l’épo-
+ Le mot, qui s’écrit presques en poésie jusqu’au que classique, a vieilli.
XVII~s., a atteint son autonomie d’adverbe au XIII~s., ~L’unique dérivé du mot est PRESSENTIMENT
indiquant une approximation devant un adjectif, n. m. (15591, qui désigne à la fois le sentiment non
un adverbe, après un verbe. Au XVI~s., il commence raisonné qui fait prévoir un événement futur et la
à se rencontrer avec un complément introduit par connaissance confuse d’une chose présente mais
une préposition (presqu’à la même époque, qui n’apparaît pas clairement. Comme le verbe, il
presqu’en. même temps, etc.1 ( 15591. ll reçoit aussi est resté très vivant.
PRESSER 2924 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

* PRESSER V. (attesté v. 1160, mais certaine- ter une pression @II XI~ s.) ; à l’époque de l’invention
ment antérieur; cf. ci-dessous presse) est issu du la- de l’imprimerie, il est devenu le nom de la machine
tin pWSSUW &ité par la langue classique mais em- destinée à l’impression* typographique (ti XV~ s.),
ployé par Plaute et les poètes du siècle d’Auguste. entrant dans la locution sous presse, SOUSla presse
Ce verbe est l’intensif de premere (formé SUT son ( 1550). 0 De là, par metonymie, il désigne le
supin pressum) dont le sens de base, <exercer une nombre de feuilles que les imprimeurs peuvent ti-
pression, une force sur», s’est nuancé suivant le rer en un jour (16901, sens disparu au XVIII~s. Cen-
mot auquel le verbe est joint. II Sign$e aserrer de tore attesté 17711, et ce que la presse typogra-
manière à extraire un liquide>, =Serrer de près (une phique publie (17381, par exemple dans
personne)>>, wenfoncer, planter, imprimerm, qabais- l’expression liberté de la presse ( 17381. 0 De nos
se% d’où au figuré 4mplifkrn et «abattre, rabais- jours, cette acception large n’a plus cours en de-
sers. La comparaison de premere, du parfait pressi, hors du langage juridique, le mot s’entendant cou-
et du supin pressum montre que l’élément radical ramment avec la valeur collective d’«ensemble des
est pr-. On voit dans -em- une caractéristique du journaux et publications périodiquesm. Par métony-
présent qui élargit le radical en indiquant un pro- mie, il est employé en parlant de l’activité journa-
cès qui dure (comme dans o!omzire; + dormir). La listique, et de l’ensemble des journalistes (1838) et
racine serait celle du sanskrît sphur&i 4 heurte du de leurs articles. De là vient la locution avoir borne
pied)), mais le sens concorde mal et les formes la- ou mauvaise presse (1884 et 1889, avec articles).
tines n’ont aucun correspondant précis. Le mot in- *Les autres sens du mot sont moins usuels du fait
doeuropéen le plus proche pour le sens est le vieux de l’importance prise par celui-ci : presse a vieilli
slave pkti «fouler au piedn mais, dans le groupe au sens temporel de <<hâte, précipitation» Iv. 1220)
slave et baltique, le sens de &appern domine. Ce- et a disparu avec la valeur psychologique de agêne,
pendant, le sens latin de <<serrer» peut s’expliquer inquiétude>> iv. 13201. De nos jours, il exprime, spé-
par l’emploi du sufke O-em- à valeur durative. cialement dans le commerce et l’industrie, les acti-
4 Dès ses premiers emplois, presser est employé vités plus urgentes de certaines périodes 118601,
transitivement avec le sens moral de «tourmenter, réanimant l’acception initiale de vfoule qui presse”
accabler)) Iv. 1160) qui réalise sur un plan abstrait et hnCieMe valeur temporelle. - PRESSIER n. m.
une valeur fondamentale, celle d’cexercer une (16251, dérivé de presse au sens typographique, dé-
forte contrainten. Oppresser l’a en partie remplacé. signe l’ouvrier imprimeur qui travaille à la presse à
* Puis vient le sens de <harceler, persécuters, 11302, bras, et PRESSELLE n+ f. (1875) une pince très fke,
presser del, celui de <pousser (qqn) à faire qqch.», valeur mal expliquée par rapport au verbe.
puis d’ctattaquer avec vigueur» 113061, ce dernier Les deux participes sont lexicalisés.
sorti d’usage, et, avec une notation temporelle se- + PRESSÉ, ÉE, le participe passé de presser, est
condaire, celui de ((bousculer IqqnIm Il 552) dont pro- adjectivé kwe s.1avec la plupart des sens du verbe :
cèdent pressé et se presser (cf. ci-dessous). * Paral- il qutie un fkit dont on a tiré le jus Ixrv” s.),
lèlement, l’usage transitif au sens physique de ormge pressée, citron pressé ayant la même valeur
((comprimer, serrer (une choseIn s’est d’abord ma- métonymique que «jus frais». Il se dit d’une per-
nifesté dans l’acception de Ncomprimer des fruits sonne qui a de la hâte ( 1564) et d’une chose qui doit
pour en extraire le jus» Iv. 12001,puis de cserrer de être faite sans délai (16061, substantivé avec une va-
manière à comprimer, à marquer une empreintes leur de neutre pour ce qui est urgent (1588, le plus
(1256; cf. imprimer) et <(appuyer, appliquer avec pressé), comme dans la locution parer au plus
force)> (15401, spécialement dans des emplois tech- pressé. Ni le sens de c&ourmenté par un besoin»
niques. La même valeur, avec un complément nom ( 1582, pressé de soyt ventie), ni celui d’«oppressém
de personne, conduit à Rapprocher (qqn, plusieurs (16733, pas plus que le sens spatial de «rapproché
personnes) de manière à serrer, à gêner)) ( 1538). dans l’espace}) (1629) ne se sont maintenus, même
0 Le sens figuré de arendre plus concis> (16601 ap- si coups pressés ! 1642) réalise l’idée temporelle de
partient à l’usage classique et a disparu au bénéfice <<trèsrapproché+ (couramment assimilés à «préci-
de serrer, resserer. + L’emploi intransitif de presser pitésB1. +PRESSÉE n. f., substantivation du fémi-
pour &tre urgent, ne laisser aucun délai> ne temps nin du participe passé (17931, est un mot technique
presse1 remonte au milieu du xrves. ; à propos des désignant l’action de presser et, par métonymie,
personnes, le verbe correspond en français mo- les choses pressées knasse de Cuits, ensemble des
derne à aaller vite* Ipressons!). +Le pronominal livres mis SOUS presse). 11 est rare. * PRES-
se presser Iv. 1200) exprime le fait d’arriver en foule, SANT, ANTE, participe présent, est lui aussi ad-
de se serrer contre et, plus couramment, de se hâ- jectivé d’abord avec le sens de “qui serre fortement
ter ( 16771, sens postérieur à celui de pressé (cf. ci- qqch.>>Iv. 13301, sorti d’usage. 0 Le mot reprend au
dessous) qui y correspond. + Récemment, en rela- XVI~s. les valeurs figurées du verbe, qualsant une
tion avec pressing*, le verbe a pris le sens spéciale de personne qui sollicite avec insistance (15381, une
«repasser (un vêtement) à la vapeurb I=’ s.1,peu ré- chose qui tourmente et contraint (1580) et, avec une
pandu. notion temporelle, qui exige une solution urgente
p Le déverbal PRESSE n. f. (1050) Nfoule où l’on se (1642).
presse», cf. foule, pour le sémantisme -, d’où la 10- PRESSE~R, EUSE n. et adj., après une première
cution il y it presse à... dam 116221, a vieilli dans cet attestation en 1384 au sens isolé d’«ouwier qui met
emploi actif en dehors du style Littéra;ire. *De des étoffes en pressen, a été repris au xIxeS. (in.Lit-
bonne heure, presse s’est spécialisé pour désigner tré, 1869); depuis 1858, il quaIfie ce qui exerce une
concrètement un mécanisme employé pour exer- pression.+PRESSEMENT n. m. (15381, fOl"I'd POU
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2925 PRESSER
désigner l’action de presser et, moralement, la des fluides (1751, d’Alembert), en météorologie
pression psychologique (ti XVII” s.), est sorti dans pression de htrnosphère ( 175 11,d’où absolu-
d’usage. + PRESSAGE n. m. (1803) est une création ment pression (1845) et hautes, basses pressions
technique du XIX~ s., exprimant l’opération par la- ( 1896). Parallèlement à ce développement, il est
quelle on comprime à l’aide d’une presse. Il fournit passe dans l’usage commun pour désigner l’action
une alternative à l’anglicisme pressing. de presser sur qqch., de comprimer ( 1746). De là, il
PRESSING n. m., attesté depuis 1934, est d’origine a pris le sens figuré de <<force s’exerçant sur une
discutée : J. Or-r suggère d’y voir un dérivé tiançais personne, influence>) (17891, en particulier dans
du verbe presser” (ou de pression) à l’aide de la fi- l’expression SOUSpresskm, par métaphore du sens
nale anglaise -ing pour suggérer le modernisme & physique, 4Par métonymie du sens concret, pres-
l’américaine~~ des nouvelles installations de repas- sion désigne un bouton en deux parties ( 19061, éga-
sage du linge à la vapeur. D’autres considèrent le lement appelé bouton-pression et, par ellipse de ce
mot comme un authentique emprunt à l’anglais syntagme, pression n. m. ou f., mot sur lequel on a
pressing «action d’appuyer, d’exercer une pres- formé PRESSIONNÉ, ÉE adj. (1975). +La locution
sion>>, moins usité que ironing au sens de <<repas- groupe de pression h. 1955) est calquée sur l’anglo-
sage> (av. 1911, mais pressing iron. cfer à repasser)) américain pressure group qui désigne un groupe-
est attesté depuis 134% et ne désigne jamais un éta- ment cherchant à exercer une pression concertée
blissement de nettoyage et de repassage. +Pres- sur l’État; malgré son incorrection, elle est devenue
sing désigne en fknçais un établissement OU l’on d’usage courant. +Le composé CONTRE-PRES-
repasse les v&ements à Ia vapeur après leur net- SION n. f. ( 186 1) désigne une pression opposée à
toyage et, par metonymie, le repassage à la vapeur une autre, spéciallement la pression secondaire ré-
lui-même ( 1939). L’équivalent pressuge ne s’est pas duisant l’effet de la pression motrice. + SURPRES-
imposé. + L’emploi de pressing en sports (19501, SION n. f. (18441, qui désigne une pression supé-
pour désigner la pression persistante exercée par rieure à la normale, est quelquefois employé avec
l’adverstire, vient de l’anglais to press <<exercer me le même sens figuré que pression. +Le radical de
pression sur, appuyer sur>>,d’où ((attaquer, assaillir, pression a servi à former PRESSOSTAT n. m.
ne pas laisser de répit à)), sens qui correspond à ce- (v. 19501 et PRESSIOMÈTRE n. m. h. 19501, noms
lui de presser en moyen français. d’appareils techniques.
Quelques noms composés ont été formés avec PRESSOIR n. m., d’abord écrit presoir (1190), est
l’élément verbal presse-; noms concrets d’instru- issu du bas latin pressorium <<appareil servant à
ments tek PRESSE-PAPIERS n.m. (18391, presser*, dérivé de pressum, supin de premere. Le
PRESSE-PURÉE n.m. (18551, PRESSE-ÉTOUPE mot a gardé son sens étymologique et désigne une
n. m. (18651, technique, PRESSE-CITRON W n. m. machine servant à extraire les liquides de certains
( 18771, qui s’applique en fait aux oranges et autres kuik, notamment du raisin. Par métonymie, il dé-
agrumes, PRESSE-FRUITS n.m. (1935),PRESSE- signe dès le XII” s. le lieu où se trouve le pressoir, en
RAQUETTE n. m. (1914), PRESSE-VIANDE n. m, particulier le pressoir à vin. + Son unique dérivé est
h.l959).PRESSE-AGRUMES n. m. (1969)remédie PRESSURER v. tr., réfection de l’ancien français
à la rareté de presse-oranges. +PRESSE-BOU- pressoirer ( 12831 en presseurer ~III” s.) puis pressurer
TON, calque rendant l’angle-américain push but- 11336) d’après le latin pressura IHatzfeld). L’ancien
ton, est d’abord adjectif 11950) dans gueme presse- français avait pressure, usuel au sens d’ccoppression,
bouton <<parappareils automatiquesm, emploi géné- tourment, violence= et emprunté au latin ecclésias-
ralisé en ((automatique». Le substantif désigne un tique pressura, mais sans rapport sémantique avec
dispositif de commande et, rarement, un partisan pressurer. Ce dernier a d’emblée le sens physique
de l’automatisme. de «passer au pressoir», alors que pressoirer a eu la
+Deux substantifk courants, pression et pressoir, valeur fiwée de ((faire violence à qqnn au xrvesiè-
viennent directement du latin mais sont sentis cle. 0 Le sens figure de pressurer «tirer d’une per-
comme étroitement liés au verbe presser. + PRES- sonne tout ce qu’elle est susceptible de donner»
SION n. f. est emprunté (v. 1256) au latin pressio, (v. 1470 puis 16751 est plutôt une métaphore du sens
lui-même dérivé du supin Cpressutnl de premere concret. ~Pressurer a,produit PRESSURE~R n. m.
(+ presser), seulement employé aux sens tech- pour désigner la personne assurant le fonctionne-
niques de {{pesanteur, poidsn, <<point d’appui d’un ment d’un pressoir ( 1291, presseureur; 1538, pressoi-
levier» et «treuil». - Le mot a été repris avec le sens reur avant pressureur, 1583). * PRESSURAGE n. m.
médica,l de acoliques douloureuses>> (cf. épreintes) est la réfection ( 15%) de pressoeruge Cpressoirugel,
et il est attesté une seconde fois avec un autre sens qui désignait par métonymie un droit féodal versé
technique, celui de «presse d’imprimerie» (15941, en échange de l’usage du pressoir (12961, puis ( 1342)
demeuré isolé. 0 Il ne s’est implanté en tiançais l’opération agricole par laquelle on passe les
qu’en devenant, à partir du XVII~s., le nom d’action fruits, etc. au pressoir. 0 Le sens d’ccaction de sou-
correspondant à presser*: il est attesté comme mettre à des impositions trop fortes)) (1875) est dé-
terme de physique chez Descartes (1638, Lettre 9 rivé du sens correspondant à pressurer.
Mersenne), puis chez Pascal pour désigner la force Par ailleurs, la forme latine pressura, à côté de l’an-
qui agit sur une surface donnée et, par métonymie, cien tiançais pressure, avait produit par emprunt
la mesure de cette force par unité de surface (1873). un mot anglais, pressure ({pression)), dont deux dérî-
Par extension, il s’est répandu dans les langages vés ont été empruntés par k français. - PRESSU-
scientsque et technique, produisant de nombreux RISER v. tr., emprunt à l’anglais to pressuke, si-
syntapes et expressions, par exemple pression gn%e ((mettre à la pression d’air normale>>
PRESSING DICTIONNAIRE HISTORIQUE

l’intérieur d’un avion, puis d’un véhicule spatial; il droit féodal pour <<action de prêter sermentp dans
est usuel au participe passé adjectivé PRESSU- les expressions prestation de foy ( 13101, prestation
RISÉ, ÉE et, corntne PRESSURISATION n. f. em- de sement (v. 14801, inspirées par les expressions
prunt au dérivk anglais pressutiation, il est attesté juridiques latines fickm pruesture <<montrer sa
dans les dictionnaires en 1949. Ces anglicismes, bonne foin, jusjurundum pruesture @prêter ser-
bien que critiqués, n’ont pas été remplacés. mentB. Sauf dans cet emploi, prestation est séparé
Enfin, un verbe courant, prékxé sur presser, s’en est de prêter. +Prestation a aussi repris au latin l’autre
relativement détaché par le sens. +EMPRESSER sens, <action de fournir qqch.» (1288, en anglo-nor-
v., d’abord dérivé par préfixation de presser au sens mand), avec son développement métonymique en
transitif de apresser, serrera Iv. 11601, s’est restreint ~~résultat, objet de cette action}}. C’est ainsi qu’en
dans l’usage moderne à un emploi pronominal droit féodal, le mot désignait la redevance due au
(XII~ s.) d’abord au sens de <(se rassembler)), lie à seigneur, aux ecclésiastiques, et que l’expression
presser et à presse, et sorti d’usage. 0 S’empresser prestation de service s’appliquait à l’action de s’ac-
exprime aujourd’hui une notion de NhâteB, le plus quitter d’un service obligatoire 11311). 4+estution,
souvent en construction prépositionnelle ( 1580) disparu avec les institutions féodales, semble avoir
avec de (autrefois également à et pour), quelquefois été repris au début du XIX~s. avec la même valeur;
absolument ou avec d’autres prépositions au sens celle-ci est active dans prestation eyLnature ( 1836)
de {{faire preuve de zèle, d’ardeur auprès de qqn qui désigne d’abord, en droit fiscal, une forme d’im-
(16091. * 11a produit EMPRESSEMENT n. m. (12251, pôt direct consistant en un travail de quatre jours
autrefois employé comme synonyme de pression, pour l’entretien des chemins vicinaux. Le mot dé-
puis au sens d’Mexcitationm ( 16081, avant de prendre signe hllocation due aux militaires C18341 et, au
ses sens modernes au xwe siècle. + EMPRES- XX~s. (v. 19301, celle que l’État verse en espèces à
SANT, ANTE, participe présent de empresser, est certaines catégories de personnes pour les aider;
attesté comme adjectif une première fois au milieu cette valeur est devenue usuelle avec les Assu-
du XVI~s., puis à la lk du XVII~s. au sens de “qui rances sociales puis la Sécurité sociale. 0 D’autres
exigen, avant d’être senti comme un doublet se- sens ont vu le jour au XX~siècle : les ethnologues
mantique de pressant et abandonné. +EM- parlent de prestations (1936) à propos de l’institu-
PRESSÉ, ÉE, participe passé de empresser, est lui tion qui règle un service dans le cadre de la pa-
aussi adjectivé Il61 13, d’abord avec le sens d’aaf- renté, de rapports sociaux ou de liens juridiques.
fairén qu’il a perdu, puis avec sa nuance moderne, Q D’abord en Belgique, prestation désigne couram-
<<attentif, zélé2 (16641, quelquefois employé avec à et ment ce qu’un sportif 119431 et, par analogie, un ar-
l’infinitif, dans le style littéraire. tiste (1962, en jazz) fournit au public en se produi-
0 voir COMPRESSE, OPPRESSER, PRESS-BOOK, PRINTING. sant devant lui; cet emploi a été critiqué. Par
extension, il se dit en économie de l’action de four-
PRESSING 4 PRESSER
nir un produit non matériel qui satisfait l’usage
PRESTANCE n. f. est emprunté (v. 1470) au la- d’une personne ou d’un groupe Cprestutiorts et ser-
tin pruestuntia <<supériorité, des personnes et des vices).
choses*, l’efficacités, dérivé de praestans, -ti.s“qui b PRESTATAIRE n. m., seul dérivé de prestation,
excelle, qui l’emporte, supérieur, remarquable, est un terme juridique (1845) désignant un contri-
éminent)>, participe présent adjectivé de praesture buable fournissant une prestation en nature.
ee tenir en avant, exceller, se distinguerB, d’où 0 Sous Gnfluence des sens pris au ~8 s. par prestu-
4’emporter, être supérieurm. Le verbe latin est tien, il désigne la personne qui bénéficie d’une
composé de prue tlavantn 1-+ pré-) et de stare ((être prestation de la part de l’État 11963; dès 1957,
debout, se tenir)} qui appartient à une importante comme adjectif) ou d’un groupe.
famille indoeuropéenne, se rattachant à la racine @ voir APPRÊTER. PRESTANCE, PRESTE, 0 PReT, PRÊTER.
“S~U- ((être debout> (-+ ester, statique).
+b PRESTE adj. est emprunté (v. 1456-1467) à
+Le mot a sign%é twpériorité, excellence>>, mais
l’italien presto «prompt, agileu (1300-1313, Dante)
ce sens s’est rapidement effacé derrière l’extension
qui représente le latin tardifpruestus (+ 0 prêt). Un
du sens physique, {(maintien imposant (d’une per-
adjectif prest, venu du latin, s’employait en ancien
sonne))> ( 15403.
français.
F Le terme de musique PRESTANT n. m. est un
+ En moyen fkançais, la forme preste correspond à
emprunt substantivé, spécialisé en musique, de
un féminin pour l’emprunt au latin prest. Ce der-
l’adjectif latin pruestans, -antis, lequel avait donné
nier étant sorti d’usage, preste a joué le rôle d’ad-
un adjectif moyen français prestant «remarquable,
jectif masculin (Pomey, 1671, l’enregistre aux deux
excellent>> (v. 1492). + Il sert à designer un jeu
genres). Il correspond à la double idée d’habileté et
d’orgue de quatre pieds sur lequel on accorde les
de rapidité, à propos des personnes, des actes, et il
autres jeux.
est aujourd’hui du registre écrit ou soutenu. * Un
PRESTATION n. f. est emprunté (1272) au la- emploi adverbial et interjectif au sens de witea> se
tin praestutio, -anis aaction de s’acquitter de qc@., rencontre dans la langue populaire du XIX~s. ; il
de fournir qqch. en vertu d’une obligationx, au fi- s’agit soit d’une francisation de presto (cf. ci-des-
guré agarantie>>, dérivé du supin Ipruestutuml de sous), soit d’un abrègement de prestement.
pruestare b prestance, prêter). b L’adverbe correspondant, PRESTEMENT, s’est
+ Le mot est d’abord attesté à propos de l’action de substitué (xv” s.1 à l’ancien adverbe prestement
reconnaître une obligation (12721, spkialisé en h. 1190) qui c,orrespond à l’ancien fkançtis nrest
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2927 PRÉSURE

xagîle, prompt» (-, prêt). 0 Il se prononçait prète- (v. 17501en parlant d’une personne ou d’une chose.
ment, et on ignore à quelle date le s a été réintro- Il est entré au ti s. dans la locution de prestige
duit dans la prononciation sous l’influence de (xx” s., politiique de prestige). C’est devenu un mélio-
preste; le dictionnaire espagnol-français de Oudin ratif à la mode en publicité.
(1660) est le premier à recommander de le pronon- F L’adjectif correspondant, PRESTIGIEUX, IEUSE
cer. ( 15501, est repris directement au dérivé bas latin
Le nom de qualité correspondant, PRESTESSE pruestigiosus “qui fait illusion, trompeur%. + Le mot
II. f., est emprunté (1583-1584) à l’italien prestezza a suivi la même évolution que prestige : il a quaIif+
«agilité, promptitude)) (XIV~~.), lui-même dérivé de une chose à laquelle s’attache l’idée du prodige, du
presto. La graphie, d’abord prestezze, a été franci- surnaturel, ce qui est sous l’influence d’un charme
sée en prestesse ( 1611). L’usage du mot, plus encore ( 1556) et, activement, ce qui opère des prestiges, au
que celui de l’adjectif, relève du style littéraire. sens fort (1578). De nos jours, extrêmement affaibli,
PRESTO adv. a été emprunté (av. 1651) à l’adverbe il qualifie une chose ou une personne qui a du pres-
italien presto ttrapidementn (XIV~s., Pétrarque), issu tige lune première fois en 1574, puis de nouveau
de l’adverbe latin pruesto C+ prêt). oEmprunté v. 1780). Aujourd’hui, la langue publicitaire l’em-
dans l’usage familier avec le sens général de cra- ploie abondamment pour qualser les produits
pidement, viteD Con dit aussi par pléonasme illico qu’elle veut valoriser. 0 PRESTIGIEUSEMENT
presto, subito presto), presto s’est spécialisé en mu- adv., partit assez récent (att. 19311.
sique 11750) où il est aussi substantivé (1765).
+ PRESTISSIMO a&., emprunt à l’italien prestis- PRESTOLET -+ PRÊTRE
simo, superlatif de l’adverbe presto, constitue une
autre indication de mouvement musical équivalant PRÉ SUMER v. tr. est emprunté (1190) au latin
à «très vite, avec une grande rapiditén, attesté de- pruesumere aprendre d’avance>>, d’où Nsereprésen-
puis 1722 chez Rameau. ter d’avance, conjecturern, et en bas latin &tre fier,
PRESTIDIGITATEUR, TRICE n. a été formé en se faire une trop haute idée de ses facultés». Ce
français (18231 de l’adjectif preste”, du radical du la- verbe est composé de prae <(avantBI-+ pré-) et de su-
tin digitus (-+ doigt) et du stixe -ateur, au sens mere (<se saisti, d’où ((se charger den, de “SUS-
propre <<homme aux doigts prestes>>. Le créateur du lelmere, lui-même formé de sus (+ sus-) et de
mot a dû songer au latin pruestigiae atours de emere (<prendre» (+ exemple).
passe-passe)). uLe mot désigne un artiste qui, par 4 Présumer signifie <<conjecturer, croire d’après cer-
l’habileté de ses mains, produit des illusions en fai- tains indicesm, en construction transitive directe et
sant dispartitre, apparaître et changer de place avec un nom de personne suivi d’un attribut (14801,
certains objets. Par analogie, il s’applique à celui par exemple dans présumer qqn coupable ou présu-
qui, par son habileté, arrive à produire des illusions mer de, que introduisant une proposition. De-
et obtient des résultats extraordinaires (1837).
puis 1480, le verbe se construit indirectement avec
+ Par changement de suffixe, prestidigitasteur a pro- la préposition de au sens d’aavoir une trop bonne
duit PRESTIDIGITATION n. f. ( 1823) qui désigne opinion de, compter trop sur (qqn, soi-même, ses
l’art de l’escamoteur, devenu une technique de facultés)». ~Avec la même idée, la construction
speckacle élaborée, et, au figuré, l’habileté à pro- présumer de et inEnitif (15531, #être sûr de, se faire
duire de faux-semblants. Ces mots ont pour quasi- fort de, prétendre àn, est sortie d’usage, de même
synonymes illusionniste et illusionnisme.
que se présumer *se croire, s’estimer)) Iv. 1460) et
c+‘enhardir)) (XVI~S.I.
PRESTIDIGITATION + PRESTE
b Le verbe a produit PRÉSUMABLE adj. (15991 et
PRESTIGE n. m. est emprunté 11372) au latin PRÉSUMÉ, ÉE (18351, adjectivation du participe
pruestigium <charlatanisme, imposturen et «illu- passé au sens de «censé, réputé-, qui s’emploie soit
sion», neutre singulier refait à partir du féminin après @escoupables présumés], soit avant le nom
pluriel praestigiae qui désigne des fantasmagories quali% Ile présumé coupublel.
et aussi des tours de passe-passe. Lui-même est 0 voir PRÉSOMPTIF.
issu par dissimilation d’un “praestrigiae, apparenté
à pruetigiare oculos &blotir les yeux-. Ce verbe PRÉSUPPOSER + SUPPOSER
signi-fie proprement -serrer en avant>>, de
prae l’avants I--+pr&I et de stringere cserrer>> PRESURE n. f., réfection Iv. 1200) de prisure @II
I+ étreindre). XII~s.), est issu d’un latin populaire non attesté “pre-
swa, altération par chute du n de “prensuru (<cequi
$ Le mot, surtout employé au pluriel comme en la-
est pris>>et, activement, <<cequi fait prendrem, dérivé
tin, a été repris pour designer l’illusion attribuée à
du latin prehensum, supin de prehendere
des sortilèges, à la magie. Par suite, il s’est appliqué
(+ prendre).
à une illusion produite par des moyens naturels
116681 et, par afFaiblissement, comme pour les + Le mot, d’abord relevé au figuré, désigne une
mots charme, enchantement et prodige, à l’effet substance organique extraite de la caillette des
agréable, à l’impression forte que produisent des jeunes ruminants et contenant une enzyme coagu-
manifestations intellectuelles ou artistiques lant le lait.
(v. 1650). * Ces sens étant sortis d’usage en dehors F Présure a produit PRÉSURER v. tr. (16001, repré-
du style littéraire, le mot a pris son sens moderne senté en provençal dès le xrve s., mot technique
{{ascendant; action de faire forte impression)) pour le fait de cailler avec de la présure. *PR&~-
PRÊT DICTIONNAIRE HISTORIQUE

RIER n. m. (18183, amarchand de présure=, a dis- littéraire ; on employait prétendre à, de (qqch.) pour
paru avec ce commerce. +Le composé EMPRÉSU- Ndemander avec forcem. * Par extension, prétendre
RER v. tr. a été formé postérieurement Il9221 dans a pris le sens moderne de aaspirer à, recherchers
le langage technique pour aadditionner de pré- (14091, notamment dans prétendre à introduisant
sureB, un adjectif EMPRJ~URÉ, ÉE étant déjà at- un nom de chose ou un infmitif C1470); les deux
testé depuis le XVI~s. (15681, avant d’être remplacé constructions prétetire de ( 15871, avec le même
par présurer, puis repris au xx” siècle. sens, et prétendre à suivie d’un nom de personne
116683 sont sorties d’usage. * L’emploi devenu le
0 PRÊT, PRÊTE adj., d’abord écrit prest plus courant, prétendre suivi d’un inhitif -avoir la
Iv. 105O),est issu du bas latin pruestus, attesté dans ferme intention, le volonté de» Iv. 14601, entraîne la
les inscriptions I+ preste). Celui-ci paraît avoir été nuance, tantôt d’une prétention justifiée, tantôt
reformé sur l’adverbe pruesto I+ presto) «SOUSla d’une prétention injustifGe ou démentie par les
main, à portéen, <présent, disponiblem, d’où aau ser- faits, tantôt em d’une prétention condamnable
vice des. Praesto, auquel il faut probablement ratta- (1670, Pascal). Là encore, le verbe ne se construit
cher pruesture t+ prêter), est d’origine inconnue : plus avec un nom de personne pour complément,
on a proposé de le faire venir de “prae-site, de la ra- ce qui était le cas au xwe s. (1638). La construction
cine de stare &re debout, se teti t+ station); on prétendre gue suivie du subjonctif est elle aussi ap-
l’a aussi rapproché du sanstit h&ta& <<main» par parue en langue classique (1669). + Enfk, dès le
un composé hypothétique “prue-hestod. Cette der- moyen français (1380), prétendre est devenu un
nière hypothèse se heurte au fait que le mot sans- verbe d’opinion exprimant l’idée d’a&mer, d’oser
krit n’a pas de correspondant connu. donner pour certain, quelquefois avec attribut Ipré-
+ L’usage moderne de prêt s’est fké dès le mes., tendre une chose vraie) Iti xve s.1, ou bien avec la
époque où l’&j ectif qutie une chose entièrement conjonction gue suivie du subjonctif (1661) ; pré-
préparée, cette valeur s’appliquant plus tard à un tendre que et l’indicatif est quelquefois employé
repas (15851. * Il qual%e aussi une personne ca- lorsque le locuteur veut éviter la confusion avec le
pable de faire qqch. grâce à une préparation maté- sens de <admettre, vouloir~~. L’emploi de la forme
rielle ou morale (1080) ; il est alors construit avec la pronominale se prétendre est apparu plus tard
préposition & (1260) qui a évincé la préposition ( 1759) au sens d’+Bmer que l’on est>, suivi d’un at-
concurrente de Iv. 11601, homonyme de près de. tribut.
mt à tout apparaît à l’époque classique (16731, F La dérivation du mot se borne à l’emploi adj ectivé
alors que l’emploi absolu de ti prêt est attesté tar- et substantivé de ses participes. +PRÉTENDU, UE
divement (1934, Daudet). +D’une manière géné- a été employé du XIV” au xwe s. sous la forme du fé-
rale, l’ancien usage de prêt pour exprimer l’idée minin substantivé prétendue pour *chose préten-
d’imminence temporelle Iv. 11801 s’est inégalement due, prétentionti (v. 1380) et du masculin substan-
maintenu : avec la préposition ù, il a vieilli mais est tivé Clej prétendu 115451ace à quoi l’on prétend*. Ce
encore usité dans un style littéraire; prêt de sens a disparu sous la concurrence de prétention*
(v. 11801, par exemple dans prêt d’arriver, a reculé et s’est à peine mieux maintenu pour l’adjectif, at-
au profit de près de et a été condamné par I’Acadé- testé en ce sens depuis le milieu du XVI~siècle. 0 Sa
mie tiançaise 119 novembre 19641 pour éviter la spécialisation en parlant du futur mari ou de la fu-
confusion entre la notion de 4isposé àv Cpr6tl et de ture épouse (av. 1614, pour l’adjectif; 1762, pour le
au- le point den Iprèsl. nom), sentie comme familière, n’a plus cours que
bh-êt est entré dans le nom composé PRÊT-À- dans certaines régions, éliminée par promidel et
PORTER n. m. (19511, fond de prêt, a et porter” et par fiancéCe1. -Le seIIs moderne de prétendu, “qui
calqué sur l’anglo-américain reudy-to-vveur n’est pas ce qu’il paraît être>>,apparaît dans la reli-
adj. et n. ou reudy-for-weur adj. (à propos de vête- gion prétendue réfomzée (15681, nom donné par les
ments, depuis 1934. + Sur le modèle de prêt-h-por- catholiques au protestantisme au xwe s., plus tard
ter, qui quak6e et désigne le prêt-h-porter les vête- abrégé en R. P. R. et usuel aux xwe et xwte siècles.
ments fabriqués industriellement -par opposition Un emploi plus général, pour «faux, malgré les ap-
à sur mesure - la langue contemporaine a créé parences>>, est attesté depuis 1611. 4 Prétendu a
plusieurs noms et adjectifs tels prêt-b-monter, prêt- donné PRÉTENDUMENT adv. (1769) considéré
ù-habiter et prêt-à-manger, ce dernier proposé comme un barbarisme CFéraud, 1788) mais devenu
sans grand succès comme équivalent de fus&food. assez usuel. *PRÉTENDANT, ANTE, participe
présent, est substantivé (1498-1500) en parlant de la
@ PRÊT -, PRÊTER personne qui prétend, aspire à qqch. 0 Il se dit en
particulier de celui ou celle qui prétend au pouvoir
PRÉTENDRE v. tr. est emprunté (1320) au la- souverain 11588) et, au masculin, de celui qui pré-
tin pruetendere, composé de prue cavant» (+ pré-) et tend & la main d’une femme 11498-1500) ; l’emploi
de tendere t-, tendre), qui Sign%e proprement symétrique du féminin pour celle qui aspire à la
*tendre en avant, être situé devant>. Ce verbe a dé- main d’un homme (16831 reste rare.
veloppé dès l’époque classique le sens figuré d’aal- PRÉTENTION n. f. est dérivé savamment (14891 du
léguer, invoquer, prétextew à basse époque, il a latin pruetentus, participe passé du verbe praeten-
pris celui de *réclamer (une dette)» et, au moyen &re (t prétendre) d’après les substantifs latins dé-
âge, <afErmer fermement> 113101. rivés de verbes en -ere du type contendere-conten-
+ Il est passé en lançais avec le sens de ademan- tio, dicere-dictio, mittere-missio, etc. Pretentio,
der, réclamer (un droitIn, aujourd’hui archtique et attesté en latin médiéval (9991 au sens de acontesta-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRÊTER

tien)>, a pu servir de modèle. + Le mot est introduit (qqch.) à la disposition de qqn Ile plus souvent pour
en français avec le sens juridique de «droit que l’on un temps déterminéIn, notamment avec un
a ou que l’on croit avoir d’aspirer à qqch.u ; il a déve- complément désignant une partie du corps. Cet
loppé (surtout au pluriel) les valeurs de avisées, in- emploi a donné lieu à des expressions attestées
tentions)) ( 1671) et aexigences dans un contrat, un plus tard, @ter la main Cv.1562 ; prêter l’épaule,
marché% (v. 1673, Retz). Par extension, prétention, 16111, prêter main-forte (16361, les deux expres-
surtout avec un complément introduit par à ou de, sions correspondant à ~~fournir une aide inxné-
désigne le fait de revendiquer pour soi une qualité, diate» (cf. coup de main). Un autre usage, OU le
un avantage intellectuel ou moral (av. 1747, Vauve- complément est une abstraction, correspond aux
nargues). Ce sens est réalisé dans quelques lo- locutions prêter aide, secours (15381, ultérieure-
cutions comme un homme i prétentions (17721, ment prêter son concours ( 1914, Jaurès). - Dès le
sitlls prétention 117543,puis avoir la prétention de XII~s., prêter gqch. Sign%e afournir (une chose1 à
118351,n’avoir aume prétention (1835). +L’accent condition qu’elle soit rendue>) (v. 1180). Ce sens, de-
étant mis sur la nuance péjorative ou ironique que venu très usuel depuis le xwe s., - en relation avec
comportent parfois certains emplois du mot, on prêt et prêteur - est également réalisé dans les lo-
passe au sens de «trait de carac&e portant à être cutions prêter SUTgage 11585) et, plus tard, prêter à
exagérément satisfait de soiB, d’abord attesté par la petite semaine ( 1845-1846) le plus souvent em-
métonymie en parlant d’un texte ( 1828) et lié à pré- ployées absolument. +Avec une autre valeur, le
tentieux, qui semble être à l’origine de ce sens. Une verbe exprime le fait d’accorder, de conférer, de
influence de présomption est possible. procurer (12251, notamment dans des locutions où
F Lemotapourdérivé PRÉTENTIEUXJEUSE adj. le complément désigne un organe des sens, prêter
et n. (1789) qui qualifie, avec une valeur péjorative, l’orefle h. 12781,prêter sa voix (av. 16153,prêter les
ce qui dénote une excessive estime de soi, voire de yeux (16011, ou un autre type de nom dans prêter
la fatuité (mot, expression). L’adjectif s’emploie serment (15381, prêter attention (1548) et prêter si-
aussi en parlant des personnes (attesté 17%) pour lence (15673, ce dernier sorti d’usage. 0 Deux nou-
avaniteux, content de soi>, substantivé en ce sens à veaux emplois apparaissent au xwe siècle : prêter
partir de 1813. +Il a produit PRÉTENTIEUSE- correspond à <<attribuer, proposer d’attribuer tel
MENT ad~.(18341 et PRÉTENTIARD,ARDE adj.et caractère)) (1588, Montaigne), spécialement dans la
n. ( 1929) qui lui fournit un synonyme familier et ex- locution proverbiale on ne prête qu’aux riches
pressif, -Le troisième dérivé de préteatirt est un I1845- 1846, métaphore de l’acception Cnancièrel,
terme spécialisé en k’@StiqUe, PRÉTENTION- Le verbe commence aussi à se rencontrer avec la
NISME n. m. (1940) qui désigne une manière pré- préposition à au sens de adonner matière à, fournir
tentieuse de s’exprimer. l’occasion dem (15801, d’oti quelques locutions telles
prêteràl’équivoque (1820), prêter à rire (18341,prê-
PRÉTENTAINE n. f., dans la locution coure
ter au ridicule (1859). + Un autre sens remontant à
la pretentaine ( 16041, est d’origine obscure. D’aprés
la fm du xvre s,, aprésentep, a disparu dans prêter le
Wartburg, le mot serait formé sur le verbe retentir*,
collet à gqn =s’oEir pour se battre)), mais survit
la notion de mouvement, d’agitation pouvant être
dans prêter le flanc W40) cdonner prise à une ac-
reliée à l’expression du bruit. Le prétie pré- substi-
cusationn. +L’usage de la forme pronominale
tué à re- (de retentir) pourrait 6tre tiré de verbes de
se prêter remonte à la fk du XII~ s. pour <<semettre
mouvement tels que précipiter*, et la fmale -aine de
au service de qqn>>,sens disparu. Se prêter à qqch.
retiains tels que dondaine*, futiondaine*. On a
<(consentir à qqch.» est attesté depuis 1580 (Mon-
aussi évoqué une dérivation du normand petin-
taigne); dans l’usage classique, cet emploi corres-
taille td’où préthtailZe*) Homement de robem, au
moyen du Su&e des refrains de chansons. pond& à «se laisser aller àn (1683) ; enCn, se prêter
sime (1759) &re propre à, pouvoir s’adapter àm
4 La locution courir la prétentaine (1605) exprime le (d’une chose). +À l’époque classique, l’emploi în-
fait de courir çà et là, de faire des escapades et,
transitif de prêter pour {(pouvoir s’étirer, se tendren
spécialement (16151, de chercher des aventures
(d’une peau, d’un tissu) Il6801 a fait entrer le mot
érotiques.
dans l’usage technique.
PRÊTER v. est issu Iv. 11401 du latin pruestare. F La dérivation est relativement peu abondante : le
Ce verbe Sign%e *mettre à la disposition deB et par participe passé PRI%T& tiE est adjeckivé et connaît
suite cfournir, procurer temporairement*; il est un emploi substantivé pratiquement limité à la lo-
souvent employé à basse époque comme syno- cution un prêté pour un rendu (18081, qui a rem-
nyme de dare =donnern (-+ date) et de praebere placé c’est un prêter à jumuis rendre 11639) fait avec
afournirm I+ prébende) auxquels il sert de substitut l’infmitif substantivé.
expressif. À la suite du rapport réel ou imaginaire Le déverbal 0 PRÊT n. m., d’abord orthographié
établi par les Latins entre praesture et le mot juri- prest Iv. 11651,désigne l’wtion de prêter au sens de
dique prues, qui désigne une caution donnant ga- «fournir provisoirement~ et spécialement le contrat
rantie à 1’Etat créancier dans un marché en faveur par lequel une chose est livrée à charge de restitu-
d’un débiteur, il est fréquent au sens de ugarantir)) tion (16711, produisant des syntagmes comme prêt à
(+ prestation). Il se rattache très probablement à intérêt (16713, prêt à usage, prêt de consommation
l’adverbe praesto ~SOUSla main, à portée>>, d’où <au C18321,prêt d’honneur (18751, récemment prêt-relais
servicen k 0 prêt). 11973). 4n moyen lançais, prêt a commencé de
+ Dès les premiers textes, le verbe est employé en désigner la somme allouée par l’État pour la subsis-
construction transitive directe au sens de <<mettre tance et l’entretien d’un soldat, d’un sous-officier
PRÉTÉRIT DICTIONNAIRE HISTORIQUE

(1360-13701, spécialement la partie de cette somme étrusque à rapprocher du grec pmtunnis 13 pryta-
remise au soldat. L’expression prêt franc née). Pruetor désigne celui qui marche en tête, le
(déb. xxe SJ s’emploie lorsque l’intégralité du prêt chef, le commandant; par spécialisation, il désigne
est versée au soldat qui doit pourvoir lui-m$me à sa un chef suprême (en concurrence avec cowul~,
subsistance. 0 Pret est le seul nom de la famille qui surtout à titre militaire. À Rome, à partir de 367, il
exprime également le sens figuré de prêter, soit le désigne un magistrat, chargé de la juridiction ci-
fait d’cqattribuer a qqn une pensée, un acte», mais vile; en 242, la juridiction est dédoublée en deux
celui-ci est rare et littéraire. préteurs (urbain et pér6grinI puis, sous Sylla, le
PRÊTEUR, EUSE n. et adj., d’abord presteour nombre en est porté à huit.
(v. 1278) et presteur 112831, désigne et qualifie la per- 4 Le mot a été repris comme terme d’antiquité, dé-
sonne qui prête une chose, surtout avec un signant le magistrat chargé de rendre la justice, et
complément désignant un bien matériel, spéciale- ce magistrat sorti de fonction et chargé de gouver-
ment de l’argent. II entre dans prêteur SUT gages ner une province.
(1830, Balzac). + PRÊTABLE adj., d’abord prestuble ä Il est en concurrence avec PROPRÉTEUR n. m.,
(déb. XVI~ s.), a eu le sens actif de “qui prête volon- emprunt (15421 au latin propruetor, de pro ~~OUF
tiers- avant de prendre la valeur passive actuelle (-+ pour) et de praetor, littéralement asuppléant du
(16063, “qui peut être prêté (chosela. préteur=.
Le composé PRÊTE-NOM n. m., forme avec l’élé- PRETURE n. f. est emprunté (v. 1500) au latin prae-
ment verbal prête- et nom*, est attesté depuis 1718. tura dignité, magistrature du prêteurm, atemps
0 Voir APPm?‘ER, PRESTATION, PRESTE, 0 PRET.
pendant lequel le prêteur exerçait cette magistra-
PRÉTÉRIT n. m. est un emprunt Iv. 12451 au la- ture», de pruetor. Les deux sens sont passés en fran-
tin pruetetitum, pour praeteritum ternpus <temps çais, le second étant attesté en 1636. +PROPRÉ-
TURE n. f., dérivé de propréteur 118453 d’après
pas& dans lequel prueteritum est le participe
prétwe, désigne la fonction de propréteur.
passé neutre adjectivé de prueterire. Ce verbe,
0 Voir PRÉTOIRE.
composé de prueter udevant,, de prue (+ pré-), et de
ire Naller}) (cf. i’irai, etc. à aller), signi-fie proprement 0 PRÉTEXTE II. f., terme d’antiquité romaine,
epasser devant, le long de)), «dépassep (également est emprunté (1355, Bersuire) au latin praetedu, el-
sur le plan temporel), et au figuré <<omettre, laisser lipse de pruete3cta togu, désignant un vêtement
de côtén. blanc bordé d’une bande de pourpre que portaient
4 Le mot désigne une forme temporelle du passé ; il les jeunes patriciens et ceux qui étaient revêtus de
n’est plus utilisé en grammaire du français (où les certaines dignités à Rome. Pruetetiu est le parti-
appellations prététit imparfuit, prétérit simple et cipe passé féminin de pruete3cere b 0 prétexte)
prétéritantérieuront été remplacées par imparfait, pris dans son sens propre de aborder (un vête-
passé simple et passé antérieur).fl s’emploie à pro- ment)%.
pos de langues qui ne distinguent pas entre impar- 4 Le mot, employé comme nom absolument et dans
fait, aoriste et parfait, tel l’anglais. robe prétexte (1762), garde le sens propre de L’&y-
0 voir PF&tiRITlON. mon latin. 0 On appelle par métonymie Pugédie
prétexte ou prétexte hxe s.) une tragédie latine qui
PRÉTÉRITION n. f. est emprunté à la Renais- empruntait son sujet à l’histoire nationale, parce
sance 115101 au bas latin pmeteritio, -O~S, nom d’ac- que les acteurs y étaient revêtus de la robe pré-
tion formé sur le supin praeteritum de praeterire texte des hauts magistrats.
(+ prétérit) et désignant l’action de passer devant,
spécialement, au figuré, le fait de passer sous si- 0 PRÉTEXTE n. m. est emprunté (1530) au la-
lence sur son testament et, en rhétorique, de décla- tin pruete3ctus -action de mettre devant, allégation
rer que l’on ne parle pas d’une chose. pour excuse,, spécialement employé en latin mé-
+Le mot a été repris avec son sens juridique (le diéval dans la locution juridique SU~ pmetextu
gascon a pretericion dès 1314 et a repris au xwe s. cous couleurm 114631, et employé au sens de -éclat,
(1577) son acception spéciale en rhétorique, =figure représentation)). Praetextus est la substantivation
par laquelle on parle d’une chose en déclarant au masculin du participe passé de prueteere, de
qu’on n’en parlera Pas~, remplaçant prétemzission. prue <devant>> I+ pré-) et de texere (+ tisser) aborder
Le mot s’emploie parfois dans le style didactique un vêtement) I+ 0 prétexte), et au figuré amettre
(pur prétérition. J. en tête,, ~~pourvoir de, munir de> et 4léguer
comme excuse».
.PRÉTÉRITER v.h+., empmt au latin pX!&ti-
tare, fkéquentatif de pruetefire, est usité en Suisse + Prétexte a été repris au latin avec son sens actuel
au sens de «léser, causer du tortm. de <motif spécieux mis en avant pour cacher le mo-
tif réel d’une actiorw, entrant dans les locutions
PRÉTEUR n. m. est la fkncisation (XIII~ s., pre- sous prétexte de 11539) calquée du latin, SOUS pré-
teurl de pretor 112131, emprunt au latin pruetor, texte gue IBossuetl, la variante classique sur le pré-
-oris. D’après les Anciens, le mot est issu par texte que 11678) ayant disparu. 0 L’accent étant nliS
contraction de “pra&or, nom d’agent dérivé de sur ce qui permet de faire qqch., le mot est passé
prueire, de prue «devantn C-+pré-) et de ire &lern dans le vocabulaire de i’art pour désigner le sujet,
(+ à errer), signikmt <aller devant, précédern, d’où le modèle en tant qu’il n’est pour l’artiste qu’une
au figuré <<guider*, dicter, prescrirep. Mais il est occasion de développer certaines recherches es-
possible aussi que pruetor soit issu d’un tenne thétiques.
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2931 PRÊTRE

.Le dérivé PRÉTEXTER v.tr. serait attesté il est substantivé en parlant d’un milikre qui sert
dès 1456 selon Bloch et Wartburg, depuis 1566 (et une autorité despotique (1768, D’Alembert1 et qua-
non 1556) selon les autres sources. Critique au liI?e péjorativement les éléments militaires consti-
xwe s. par Vaugelas, il ne s’en est pas moins ti- tuant la garde personnelle d’un chef d’État auto-
planté, exprimant le fait de prendre pour prétexte, ritaire ou qui interviennent par la force dans la vie
en construction directe et indirecke (avec de1. La de la nation (garde prétorienne). Ces emplois sont
construction prétexter gqch. de a Sign%é ~couvrir littéraires. -On en a tiré PRÉTORIANISME n.m.,
qqch. d’un prétexte>> (16361, puis ase servir de qqch. terme didactique ( 1876) caractérisant un régime
comme d’un prétexte», politique dans lequel les prétoriens ont une in-
fluence prédominante.
PRÉTINTAILLE n, f., d’abord attesté comme
nom propre sous la forme Pretintailles (17021, puis PRÊTRE n. m., d’abord prestre (déb. xnc s.), est
comme nom commun sous les formes pertintaille issu par évolution phonétique du latin ecclésias-
(1705)et pretintaille (17971,est d’origine incertaine. tique presbyter (+ presbytère), lui-même emprunté
Étant donné le sens du mot dans de nombreux dia- au grec presbuteros qui a d’abord désigné dans le
lectes du domaine d’ail, ncollier de cheval garni de NouveauTestament un des *anciens du peuple».
grelotsn, une dérivation du verbe tinter” semble C’est le comparatif de presbus wîeuxm et arespec-
probable. L’initiale p&- est peut-être tirée de pré- table, vénérableD (-+ presbyte). Le mot a été
tendre”, prétentieux, et la Cnale est le suExe péjora- conservé dans toutes les langues romanes, soit
tif -aille. sous la forme presbyter, soit sous une forme tardive
+ Le nom commun est attesté Il7051 pour désigner prubyter, due à l’influence du latin pruebitor <celui
chaune des quatorze combinaisons à l’ancien jeu qui pourvoit du nécessaire les fonctionnaires voya-
de l’ombre. 0 Le sens d’«ornement» ( 1707) s’ap- geant dans les province+, d’où Nceluî qui pourvoit
plique d’abord à un motif découpé sur une tenture au salut des fidèles>>. Praebitor vient de pruebere
mortuaire puis sur une robe de femme 11708). Le l+ prébende). Le développement de sens est ana-
mot a développé les sens figuré et péjoratif de logue à celui du grec parokhos (+ paroisse). L’ita-
«point, détail secondaire)) et de &oriture, fanfre- lien a prete, l’espagnol preste, l’ancien provençal
luchem (av. 17321,mais il a vieilli dans tous ses em- pestre, prestre et preire. L’ancien provençal a pos-
plois. sédé un mot prevoire ou preveire qui représente
0 voir peut-être PRÉTENTAINE‘ 1’accusatifpresbyteaLm et qui survit en langue d’oil
dans le nom de la rue des Prouvaires à Paris.
PRÉTOIRE n. m. est emprunté Km XII~s.1au la- + Prêtre désigne celui qui, dans l’Église catholique, a
tin praetotium Ntente du général, endroit du camp reçu le sacrement de l’ordre et, par extension, tout
où elle se trouve », Mconseîl du général)), apalais du ministre d’un culte religieux 112131, grand prêtre
préteur dans une province>>, d’où willa de plai- (v. 1485) s’appliquant au chef de la religion hé-
sance=, et aussi <(garde prétorienne». Praetotium braïque. Pratiquement, on n’emploie prêtre en de-
est dérivé de praetor (-+ préteur). hors de la religion catholique qu’en parlant de l’an-
+ Le mot, repris comme terme d’antiquité romaine, tiquité et de certaines religions exotiques ; en ce qui
désigne le tribunal du préteur, puis la tente du gé- concerne le protestantisme et le judaïsme mo-
néral (1355, Bersuirel. L’expression préfet du pré- derne, on dit ministre, pasteur ou rabbin. De même,
toire ( 1734désigne le chef de la garde personnelle à propos de l’Islam, on évite le mot prêtre, cette reli-
de l’empereur. b Par analogie avec le sens de 4ri- gion ne comportant que des fonctionnaires reli-
bunal où le préteur rendait la justice», le mot a pris gieux limams, ek). -Par analogie, le mot désigne
son sens moderne de Ksalle d’audience d’un tribu- celui qui a voué à qqn, à qqch. un culte auquel il
nal% (v. 13701, dans un usage littéraire ou journalis- consacre l’essentiel de son activité et qu’il veut ré-
Oque un peu prétentieux. pandre ou glotier (1549, Du Bellay), en particulier
b PRETORIEN, IENNE adj. et n. m. est emprunté dans grand prêtre. ==L’expression parti prêtre
! 1213) au latin pruetotianus <<de la garde person- ( 18381a été employée sous la Restauration pour dé-
nelle de l’empereur romain», aussi substantivé. Ce signer le parti des partisans zélés de 1’Eglise catho-
mot est dérivé de pruetorium amilice ou garde de lique. 0 L’expression prêtre-ouvrier (19481 désigne
l’empereur» I+ prétoire). 11 est homonyme d’un après la Seconde Guerre mondiale un prêtre exer-
autre adjectif praetorianw adu prétew dîrecte- çant un métier manuel et partageant la vie des tra-
ment dérivé de pruetor (+ préteurl. 0 En fiançais, vailleurs.
prétorien cumule les sens des deux adjectifs latins, drêtre a produit le féminin PRETRESSE n. f.
Sous l’influence de prétoire, il quaMe ce qui appw- (prestresse, v. 1160) en parlant d’une jeune fille,
tient au préteur romain ( 12131,en particulier dans d’une femme attachées au culte d’une divinité dans
province prétorienne ( 16361, famille prétorienne les religions ptiennes. ~Par métaphore, le mot
(16401. Reprenant la spécialisation militaire de entre dans l’expression prêtresse de Vénus (1671)
pruetor, il se dit de la garde personnelle de l’empe- flcourtisane~, littéraire et devenue archaïque.
reur, dans cohorte prétoriexme (1640) et il est subs- *PRÊTRISE n. f., d’abord prestrise 113101, désigne
tantivé pour désigner un soldat de cette garde la fonction, la dignité de prêtre, le plus souvent au
11664). Sous l’influence de prétoire, il quame égale- sein de 1’Eglise catholique romaine, plus rarement
ment ce qui est relatif au général, au commandant dans d’autres religions (v. 1485). + Avant la fin du
en chef. * Par analogie et, par allusion au r8Ie joué moyen âge, prêtre avait produit PRÊTRAILLE n. f.,
par la garde prétorienne des empereurs romains, dors écrit prebstrdles au pluriel (14983, puis pres-
PREUVE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

truille 115491, son premier dérivé péjoratif dési- morales, il qualse ce que la société médiévale re-
gnant le clergé, les prêtres. Ce mot est à peu près connaît comme le meilleur, et qui a évolué avec les
sorti d’usage. -PRÊTROPHOBE n. et adj. 11833, mentalités. Jusqu’au XII~ s., encore au XIII~ s., chez
Gautier) désigne les anticléricaux, d’où PRÊTRO- Joinville, preu correspond essentiellement à la va-
PHOBIE n. f. (1865). +PRÊTREUX,EUSE adj. leur guerrière et au courage, en relation dans le
Cl8601 “qui est partisan des prêtres, a disparu. discours avec hardi, combattant, bon chevakr, bon
L’hostilité au clergé n’utilise plus les dérivés du guerrier, boiz VUSSU~.Ensuite, les romans antiques
mot prêtre, mais son synonyme familier curé, les (comme le Roman de ‘IZPtébeslmarquent un tour-
préfixés de clérical et diverses métaphores Icalo- nant et preux est employé avec une autre série
i-in, etc.). d’adjectifs ko~tioti, sage, gentil, bel, franc...), indi-
ARCHIPRÊTRE n. m., d’abord arcepreste (12551, est quant une qualité plus générale de comportement
un emprunt demi-savant au latin ecclésiastique ar- en société, des vertus morales de sagesse, de bonté,
chipresbyter, calqué du grec arizhipresbuteros, de de distinction, qui font du preux (J’honnête homme3
arkhi- marquant le premier rang (+ archi- et pres- de ce nouvel âge féodal. Cette signification géné-
buteros. +Le mot a été repris pour désigner le rale, waleureuxm, rend compte de celle de ubonne
prêtre que l’évêque dkléguait à la tête d’une tir- santém qu’a pu exprimer l’adjectif en moyen fran-
conscription de son diocèse; de nos jours, c’est un çais. Usuel jusqu’au XVII~s. comme adjectif, l’emploi
titre conféré à certains curés. bARCHIPRESBY- substantivé (attesté depuis 1080) ayant vieilli plus
TÉRAL, ALE,AWX adj., d’abord écrit avec -i- t&, preux n’est dès lors qu’un terme archaïque ou
(16941, est l’emprunt savant du bas latin ecclésias- un terme de civilisation.
tique archipresbyterulk, adjectif correspondant à b En revanche, les dérivés de preux se sont mainte-
archipresbyter. Il qual%e, dans le langage didac- nus dans l’usage moderne. +PROUESSE nf.,
tique, ce qui est relatif à l’archiprêtre, placé sous d’abord proecce ClOSO),a commencé par dénom-
son autoritk. mer abstraitement nu prouesse) la vaillance, la va-
PRESTOLET n. m. est emprunté (16571 au proven- leur d’un preux au sens guerrier du mot, et concrè-
çal prestoulet, diminutif de prestre «prêtes. On ren- tement [une, des prouesses) tout acte de vaillance
contre également prestolunt ( 1542, Rabelais) et (1080). Parallèlement à l’évolution de l’adjectif, le
prestoltn 116431, mais les rapports de ces mots à nom a pris une valeur générale de comportement.
prestolet ne sont pas éclaircis : la variante presto- Par extension, il désigne toute sorte d’exploits,
lant ( 15701, employé aussi pour celui qui surveille l’idée d’caction d’éclat> se chargeant au XVII~s.
les fermiers, est rangé par Wartburg sous le latin d’une valeur ironique ! 1647,Vaugelas qui l’applique
pruestoluri aattendre>. * Ce terme péjoratif et dé- à un homme vantard et vaniteux), passant même
daigneux pour <<petit prêtre sans importance>> s’est dans le style burlesque pour un exploit ridicule
employé jusqu’au XIX~ siècle. Il a été remplacé par (1651, Scarronl et dans la langue familière pour un
les dérivés péjoratifs de curé. exploit sexuel (av. 1660). 0 Employé en ce dernier
‘+ voir PRAIRE, PRESBYTE, PRESBYTÈRE. sens chez les libertins en parlant des excès de dé-
bauche (17181,il a développé le sens antiphrastique
PREUVE +PROUVER d’ttaction blâmable, fauten ( 1733, une belle prouesse).
~AU D? s., le mot est encore vivant, mais souvent
+k PREUX adj. et n. m., réfection Iv. 1382) des ironique.
formes d’ancien fknçais, proz ! 10801, pro, pruz, PRUD'HOMME n. m. est la kation graphique au
preuz, est issu d’un adjectif bas latin “prodis, tiré du XVII” s. (16711 d’une série de formes présentes dès la
bas latin “prode wtiles, qui a lui-même fourni un Chanson de Roland : prozdome (10801, puis preu-
substantif neutre “prode passé en ancien francais dome (1176-l 1811,preud’ome (1260). Il est composé
sous la forme preu, pru et qui survit en français mo- de preux, de et homme* avec conservation de la
derne dans un emploi adverbial (-+ prou); “prode voyelle initiale étymologique (0, ou; cf. prou). Le dé-
est attesté depuis le we s. dans la tournure imper- veloppement sémantique a suivi l’évolution du sens
sonnelle prode est, qui résulte d’un découpage in- de preux. Preudome désigne un homme vaillant, le
correct de prodest, prod est Nil est utile». Ce décou- type parfait du chevalier, comme nom et comme
page s’est fait sur le modèle de pote est, forme adjectif; il est employé depuis le XVII~s. dans un
existante de potest 4 est possibleu, d’après les lo- contexte historique, encore au me siècle. Puis, il
cutions impersonnelles utile est 4 est utilex, difi- s’applique à un homme de mérite qui fait preuve
ctie est Gl est *cile*. Prodest est la troisième per- de sentiments nobles et à un homme sage, avisé,
sonne du singulier du verbe impersonnel prodesse, d’expérience, reconnu compétent dans un do-
composé de pro Iprod- devant voyelle) I+ pour1 et maine et pouvant être considéré comme expert à
de esse (+ être), littéralement «être en faveur de ce titre, sens attesté dès le XIII~s. (1260, dans le do-
(qqn)m, d’où -être utile>. L’ancien provençal a de maine de la justice). Cette spécialisation profes-
même pros, pro xbon, excellentm et l’italien a pro&. sionnelle et ce statut juridique sont les seules va-
+ La signîkation originelle d’utilité est à la base de leurs du mot qui ont survécu, se retrouvant dans la
tous les emplois ultérieurs : l’adjectifproz, preux est fonction actuelle des conseils de prud’hommes
toujours valorisant, comme vaillant qui en est le sy- chargés de régler les contentieux professionnels
nonyme. Appliqué à un élément non humain, il en 11806, Loi portant établissement d’un conseil de
souligne l’utilité, la qualité; appliqué à un être hu- prud’hommes à Lyon). 0 Le passage de la vaillance
main (lOSO), il consigne la haute qualité du compor- à la sagesse ainsi que le recul de la connotation lau-
tement : au sommet de la hiérarchie des valeurs dative du mot (de moins en moins relié à preux)
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2933 PRÉVENIR

rendent compte de l’apparition au me s. du sens fa- le sens de *nombre de cas de maladie ou de per-
milier et péjoratif de «bourgeois médiocre et satis- sonnes malades dans une population déterminéen
fait, aimant les déclarations emphatiques et (attesté 19671, par emprunt à l’anglais prem~ence,
creuses), illustré par les scènes populaires et la lui-même pris au fknçais (XVI~s.3 et attesté depuis
comédie de H. Monnier, Grandeur et décadence de le XVIII~s. au sens de ((extension, fréquence d’un
M. Joseph Prudhomme (1852). * PRUD’HOMIE n. f., phénomène> C17131, en médecine depuis 1839.
anciennement prodhommie <<sagesse, probité du 4 PRÉVALENT, ENTE adj. est dérivé (1710) de pré-
prud’homme>> Km xrve s.), a été repris (1876) dans la valoir d’après le participe présent latin pruevulens;
terminologie du droit du travail pour un conseil de il n’est pas exclu qu’il soit emprunté à l’anglais pre-
prud’hommes. 4 Pmd’homme, avec sa valeur péjo- valent (1576). Attesté une première fois au ~~III~s., fi
rative, par dérivation du nom du personnage de a été repris à la k de ce siècle (av. 17881 au sens de
Monnier, a produit dans la seconde moitié du XIX~ s. “qui prévaut, qui dominen. Idée prévalente se dît en
les termes dénigrants PRUDHOMMESQUE adj. psychologie d’une préoccupation à laquelle le sujet
(18531, d’où PRUDHOMMESQUEMENT adv. (18851, attache une importance exagérée.
& PRUDHOMMISER v. tr. (18721, PRUDHOMME-
RIE f. (1862) et PRUDHOMMISME
n. (18901, au- PRÉVARIQUER v. tr. est emprunté (1432;
j ourd’hui archtiques. 9 Au début du XX~s., apparaît 1398, au participe présent substantivé prévuricunt)
le terme de droit PRWD’HOMAL, ALE, AUX adj. au latin praevaricari (<marcher de travers, dévier»,
( 1907) crelatif à la juridiction des prud’hommes>>. spécialement <<labourer en déviant de la ligne
PRUDE adj. et n. f. est issu (16401, avec altération droite*, spécialisé au figuré en droit pour <<être de
sous l’influence de prudent”, de l’ancien français connivence avec la partie adverse}} et, dans la
preudhomme (prudhommel, au féminin prode- langue de la Vulgate, pour atrahir, transgresserm.
femme En me s.) «femme sérieuse et de mériten. Pruevaricari est formé de prae Mdevantn I+ pré-) et
Cette origine explique l’ancienne valeur laudative de varicare <<écarter les jambes», <enjamber=, d’où
de prude employée pour désigner et qualifier une «écarter du droit cheminn, de varicus adjectif de-
femme sage, sérieuse ( 1651). + Par l’intermédiaire rivé de vurus <<cagneux, recourbém et, au figuré,
de fausse prude Il 651, Scarron), le mot a rapide- flcontrairea, &fErent~, d’étymologie obscure. pré-
ment pris le sens péjoratif de Npersonne qui fait la vumuer a éliminé le type demi-savant prkmrier
modeste= (16561, puis <<femme d’une réserve exces- {s’écarter de la loi divine>> Iv. 1120) ; l’ancien proven-
sive ou affectée quant aux moeurs ou à la bien- çal a prevuricar de «dévier dea (XIII’ s.1, puis &xns-
séancex (1656). Il fait partie des qualikatifs péjora- gresserx
tifs de I’antiféminisme, en relation avec UWvariquer a été repris au sens religieux de
l’antipréciosité (on peut comparer les fausses &ansgresser> dans préYm%quer contie la loy divine.
prudes de Scarron, les fa~.~ dbvots et les précieuses Il a aussi repris le sens juridique latin, Gtre de
ridicules de Molière) et les moqueries à l’endroit connivence avec la partie adverse, manquer aux
des femmes savantes. +PU& a produit PRUDE- obligations d’une charge3 11549). Il est peu usité.
RIE n. f. Il6663 qui a dès ses premières attestations F Le nom correspondant, PRÉVARICATION n. f.,
son sens péjoratif actuel, aaffectation de réserve est emprunté avant le verbe (v. 1120) au latin prue-
outrée jusqu’au ridicule, de la part d’une femme>>.Il vuticatio, -mis, dérivé du verbe praevaticuti «intel-
est qua%& de Nterme assez nouveau)) par Bou- ligence avec la partie adverse>>, «collusion)>, spécia-
hours en 1671 et de Mmot barbare>> par Sorel. lement dans la langue chrétienne @ansgression,
0 L’emploi concret lune, &s pruderiesI, à propos violation de la loi, faute, péchén (III~ s.l. 0 Le mot a
d’un acte qui a un caractère de pruderie (16711, est pénétré en fkançaîs avec son acception religieuse
sorti d’usage. et il a repris au latin classique sa spécialisation juri-
+ Voir POUR, PRO-, PROU. dique (v. 1350) ; il est didactique, mais plus courant
que le verbe. +PRÉVARICATEUR, TRICE adj. et
PRÉVALOIR v. est emprunté Cv.1420) au latin
n. est emprunté Iv. 13701 au dérivé latin pruevurica-
praevalere, et prue cavant, devant)) (+ pré-) et de va-
ter pour qu&er et (1380) désigner celui qui se
lere (4 valoir) waloir plus, l’emporter sur=.
rend coupable de prevarication.
+Le verbe a été repris au latin comme intransitif
pour aavoir l’avantage, dominer, l’emporter>>, de PRÉVENIR v. tr. est emprunté (1467) au latin
nos jours vieilli avec un nom de personne pour su- praevenire, de prae fidevant, avant>) (+ pré-) et de
jet, mais vivant avec un nom de chose. Les venire (3 venir-I, littéralement «venir avantm, d’où
constructions prévaloir contre (16691 et prévaloir sur <prendre les devants» lintransitivementl et, au fi-
(16801 ont éliminé la construction plus ancienne guré, «devancer, surpasser’} (transitivement).
prévaloir à ( 153 1). Se prévaloir de qqch. Il 5701 a + Le verbe apparaît avec le sens juridique de =Citer
d’abord signi% <<tirer parti de qqch.» et a développé en justice>>, aujourd’hui sorti d’usage. Il a repris au
la nuance péjorative de <<tirer de la gloire» (16901, latin le sens de adevancer, agir le premier=, d’abord
par l’intermédiaire du sens de <<tirer avantagen dans un emploi intransitif cv.1480) qui a disparu,
(1647, Corneille). l’emploi transitif ( 1512) se rencontrant encore par
b PRÉVALENCE n. f. (15041, «qualité de ce qui pré- archaïsme littéraire. La valeur étymologique de
vaut, supériorité, excellence)), est probablement <(venir avant» (15511, surtout avec une nuance figu-
fort-né d’après le bas latin praevalentia «valeur su- rée d’anticipation, est elle aussi archaïque. +Les
périeureti, dérivé du participe présent Ipruevulensl sens modernes du mot se sont développés autour
de praevalere. Au xx” s., le mot a pris en médecine de 1600, précédés par prévenir ù {{aller au devant
PRÉVOIR 2934 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

pour faire obstacle àn, attesté à la fin du xve siècle. d’un accident). Avec une valeur proche de sécurité,
On parle d’abord Il6041 de pr&enir wze maladie le mot s’applique à un système destiné à prévenir
4’empêcher de se produire>, les compléments pou- les accidents Iprévention routièrel. + Il a aussi déve-
vant ensuite désigner toute chose fâcheuse. De là, loppé en droit le sens de *fait de considérer comme
absolument, le proverbe miew vaut prévenir que prévenu, de mettre en accusationm 11599, Mon-
guérir. +Prévenir a aussi pris le sens d’&former taigne), sorti d’usage, mais annonçant le sens mo-
(qqn) par avance» 115851, resté usuel, et de amettre derne de Mdétentiow (1792, prévention d’un délitl et,
par avance dans une disposition d’esprit favorable autrefois, de <<détention préventivem E18481 avant
ou défavorable envers qqn ou qqch.a (1675) dans que cette détention ne soit remplacée par la déten-
pr&en& qqn en faveur de, contre, qui correspond à tion provisoire. +Sous l’influence de l’un des sens
prévention. (cf. ci-dessous). Selon un développe- de prévenir, il désigne couramment (1637) l’état
ment analogue à avertir, il Sign%e *donner un aver- d’esprit d’une personne prévenue, en particulier
tissement à (qqn) en manière de menacen ( 17823. une opinion antérieure à tout examen ou raisonne-
+L’autre sens moderne du mot, Maller au-devant ment, une opinion préconçue défavorable, un pré-
de Iqqch.) pour en hâter l’accomplissement=, est at- jugé. fl s’est spécialisé en rhétorique (1706) pour
testé depuis 1691. une figure par laquelle on répond d’avance à une
p Le mot n’a pour dérivé que ses participes adjecti- obj ection prévue. +La dérivation de prévention
V~S. +Le participe passé substantivé PRÉVENU consiste en quelques termes juridiques ou médi-
n. m. désigne ( 1585) la personne traduite devant un Caux: en droit, prévention a produit PRÉVEN-
tribunal, prolongeant le premier sens du verbe en TIONNAIRE n. iprobablement 19 14- 19181, qui dé-
moyen français. Il est adjective avec le sens corres- signait la personne faisant de la détention
pondant <considéré comme pouvant être cou- préventive. +PRÉVENTEUR,TRICE n. h. 19601,
pable>> Il61 1) et s’emploie également pour “qui a fait sur le modèle d’inventeur*, désigne la personne
des préventions en faveur de, contre qqch.» (1662). qui s’occupe de la prévention des accidents, les
- PRÉVENANT, ANTE adj. (XVI” s.3 a le sens propre ternes médicaux PRÉVENTOLOGIE n. f. (v. 1970)
de “qui précède>> dans l’expression théologique et PRÉVENTOLOGUE n. Iv. 1970) vemnt du radi-
grûce prhenante ( 15141. 0 Le sens courant, «obli- cal latin de préventif et prkvention.
geantm (en parlant d’une personne3 et “qui prévient PRÉVENTORIUM n. m,, (1908, Larousse mensuel,
en faveur de9 (d’une chose, d’un comportement), janvier) dérivé savamment du latin praeventum,
n’est attesté que depuis 1788, mais il est aWérieur. supin de prawenire sur le modèle de sanatotium*,
Son emploi actuel correspond à “qui. prévient les désigne un établissement aménagé pour réunir les
désirs, de besoins de qqnm. -PRÉVENANCE n. f., conditions hygiéniques propres à prévenir les ma-
dérivé de pr&enant, est attesté en 1732 au sens ladies, spécialement la tuberculose pulmonaire.
d’<cobligeances et concrètement (une, des préve-
nances3 <acte, parole témoignant d’obligeance,. PRÉVOIR v. tr. est la réfection (12651, d’après
PRÉVENTIF, IVE adj. est un dérivé tardif (1819) du voir*, de previr ( 12191, emprunt semi-savant au latin
radical latin de prawentum, supin de pruevenire pruwidere, de prae eavantn (+ pré-) et videre
(-, prévenir), pour servir d’adjectif à prévenir et pré- (-+ voir), proprement «voir auparavant, apercevoir
vea tion. *Le mot qutie ce qui tend à empêcher d’avancew.
une chose fâcheuse de se produire, en particulier 4 Le verbe, repris au Latin au sens de <<concevoir
une maladie 11865, truitement préventi?? Comme d’avance (ce qui va se passe&, a eu du mal à s’im-
terme juridique, il se dit ( 18351 d’une arrestation, poser en ancien et en moyen français, la profé-
d’une détention appliquée à un prévenu (18351, au- rente étant accordée à pou~rgir*, de pour*, du latin
trefois dans prison, détention préventive ( 18351, el- pro-, «en avant, deva&. Après le partage des sens
liptiquement la pkventive n. f. (19231, remplacés entre les deux verbes, c’est prévoir qui a gardé ce
par détention provisoire. +Le dérivé PRÉVENTI- sens, devenu courant. Par spécialisation, il a pris
VEMENT adv. ( 1832) s’emploie en droit et aussi en celui d’«entisager les événements en prenant les
médecine Il 834). mesures, les précautions nécessairesn ! 1537). + Par
PRÉVENTION n. f. (1580), d’abord écrit prwenciorz extension, l’accent étant mis sur la préparation du
11374, est emprunté au bas latin praeventio, -anis futur, le verbe exprime le fait de décider pour l’ave-
<<action de devancer, action de prévenir en avertis- nir, d’orgtiser d’avance (1669). Cette valeur, sur-
sant», dérivé du latin classique praeveatum, supin tout vivante au passif, est spéciiallement réalisée par
de praevenire. L’ancien *anFais avait emprunté le son participe passé prévu dans le tour elliptique
mot en astronomie pour <qoppositionn Bd” moitié du comme préyu (attesté 19601, d’usage familier et
XIIIeS.I. 4 Eh moyen tiançais, le mot désigne le fait condamné par certains grammairiens.
de venir le premier et, en ancien droit, le fait, pour b PRÉVOYANCE n. f. Ci4IO) n’est pas dérivé de pré-
une juridiction, de connaître par préférence à une voyant, mais formé d’après poutiyance, dérivé de
autre une affaire; spécialement en droit canon le pourvoir, avec changement de préfixe d’après prk-
fait que la Cour de Rome peut conférer un bénéfice voir. Le mot a perdu le sens de afaculté ou action de
vacant en devançant le collateur ordinaire 11594). prévoirn, se spécialismt pour désigner l’attitude
+ Au xwe s., prévention a pris la valeur de cmesure d’une personne qui prend les dispositions, les pré-
de précautionn (1580, Montaigne), surtout répan- cautions nécessaires pour faire face (15801, spécia-
due depuis le x@ s. en relation avec préventif ki- lement dans les noms d’orgtismes tels que caisse
dessus) en parlant d’un ensemble de mesures des- de prévoyance ! 18321, société de prévoyance.
tinées à prévenir certains risques (1883, prkventin 0 L’emploi du pluriel prévoyances ~soins concer-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRIAPÉE

riant l’aveti Iv. 1600) est propre à la langue clas- diéval, praepositus a d’autres spécialisations telles
sique. +L’antonyme préhé IMPRÉVOYANCE n. f. qu’cofficier publicn (80 13, amagistrat communal*
(16 113, autrefois knprévision~, correspond à impré- (11141 et *doyen d’une @de marchande> (v. 1050).
voyant (cf. ci-dessous). Le mot est seulement gallo-roman ; l’italien pre-
PRÉVU, UE, participe passé de prévoir, a été ad- vosto et l’espagnol preboste viennent de ce latin des
jectivé et a produit l’antonyme IMPRÉVU, UE, adj, Gaules. Une variante latine de basse époque propo-
11533, également employé comme nom de- situs a donné l’ancien tian@s provost et l’ancien
puis 1796, avec une valeur générale de neutre Ll’im- provençal probost, à l’origine de l’allemand Propst
prévu), et concrètement (un, des imprkvud en par- et de l’anglais prwost.
lant d’un événement inattendu. 4 Au moyen kge et sous l’Ancien Régime, le nom,
Le participe présent PRÉVOYANT, ANTE a héritier du latin, désignait des magistrats, des offi-
d’abord été substantivé 11550) dans le Prévoyant ciers chargés d’une juridiction ou des dignitaires
<Dieu, la Providencem. Cette acception, de même ecclésiastiques : il a servi à former des titres tels
que l’emploi correspondant de l’adjectif C1609),est que prdvôt de Paris Cv.12601, prévôt des marchands
sortie d’usage. 0 Seul reste vivant l’emploi adjec- (13503 désignant celui qui était à la tête de l’ad-
tivé pour qutier une personne qui prend des dis- ministration municipale de Paris ; à partir de 1575,
positions en vue de ce qui peut ou doit arriver on appelle à Lyon prkvôt des maréchaux 11461) l’of-
(1578) et un acte, un comportement qui dénote ce ficier à la tête de la maréchaussée. Par ailleurs,
type de prudence ( 1686). +Prévoyant a lui aussi, par prévôt de la salle désignait 11288) le supérieur d’une
symétrie, produit l’antonyme IMPRÉVOYANT,
école dépendant d’une église, et on appelait prévôt
ANTE adj. et n. (15961 pour qutier et désigner le chef de chapitre d’une église collégiale (1300).
une personne qui manque de prévoyance et, par +Le mot s’emploie encore en escrime pour dési-
métonymie, un acte ou comportement manquant gner le sous-maître dans une salle d’armes, appelé
de prévoyance.
prbvôt de salle (1616-16201 ou prévôt d’armes.
Ce n’est qu’au xrxes. que prévoir a produit l’adjecttif
-+Dans l’armée, il désigne l’officier chargé de
PRÉVISIBLE (18441, sur le modèle de titile*, pour
connaître des cas criminels (1666) et, d’abord en ar-
“que l’on peut prévoiw ~IMPRÉVISIBLE adj., at-
got des prisons, le détenu chargé de remplir des
testé peu avant prévisible, qutie ce qui arrive oy
fonctions de surveillant auxiliaire ou de chef de
peut arriver sans qu’on puisse le prévoir 118321.4 A
chambrée (1828).
PRÉVISIBILITÉ n. f. (xx” s.), d’usage didactique, ré-
pond un antonyme IMPRÉVISIBILITÉ n. f. (1907, k Le mot a produit deux dérivés. 4 PRkVÔTti n. f.,
Bergson). d’abord prevosté (12601, a remplacé la forme pro-
PRÉVISION n. f. est directement emprunté vosté (1130-1140). Le mot a subi l’influence du latin
(v. 1278) au latin de basse époque pruwisio, -anis médiéval praepositatus Ncharge de prévôt d’une
aaction de prévoir=, «connaissance anticipée>>, dé- église collégiales (~1~ s.), aensemble des revenus
rivé du latin classique pruevisum, supin de prwvi- qui se rattachent a la charge de prévôt d’une
tire. oLe mot fournit le nom d’action correspon- église>> 19091 et Ncirconscription domanialem (12 SOI.
dant à prévoir, désignant l’action de prévoir et, par Ses emplois se sont restreints à la mesure de la
métonymie hne prtision3, ce que l’on prévoit fonction administrative, ecclésiastique et juridique
( 13141.Il entre dans la locution courante en @vi- du prévôt : après avoir désigné cette fonction, la ju-
sion de (1844) et se spécialise en météorologie : la ridiction correspondante, la circonscription où elle
prévision du temps ( 1880) puis prtiions météorolo- s’exerçait, prkvôté ne concerne plus de nos jours
mues 11907). Il a pris d’autres valeurs techniques qu’un service de gendarmerie dans l’armée.
dans le langage administratif (1923, prévisions des - PRÉVdTAL, ALE, AUX adj. (1514, prevostd
règlements), en économie (19431 et en finances, qutie comme terme d’histoire ce qui est relatif au
4nplusdesonantonyme préfixé IMPRÉVISION prévôt, ce qui est de sa compétence. Il a éliminé les
n. f. (18451, qui fournit un doublet littéraire à impré- adjectifs prkvotuire (1606-1611) et prevostuble
voyance et s’emploie spécidement en droit admi- Ixw” s.-l7711 de même sens. 0 Le dérivé PRÉVÔ-
nistratif (19361, prévision a produit l’adjeckif PRÉVI- TALEMENT adv. (av. 16721 n’est plus employé
SIONNEL, ELLE attesté une première fois en 1845 qu’en histoire pour <<selonla justice d’un prévôt,. Il
et de nouveau à partir de 1876, d’usage administra- a eu le sens figuré de =sans appelm.
tif et didactique, ainsi que PRÉVISIONNISTE n.
(1943) désignant un spécialiste de la prévision, no- PRÉVOYANCE -+ PRÉVOIR
tamment en économie, en météorologie.
PRIAPÉE n. f. est emprunté 11509) au latin pria-
PRÉVÔT n. m., d’abord prevost Iv. 1M3, est issu peiu, désignant un ensemble de poèmes de di%-
par évolution phonétique du latin praepositus, par- rents auteurs sur le dieu Priape (à l’époque d’Au-
ticipe passé passif substantivé de prueponere guste). Ce mot, fait à l’exemple du grec Priupeia
I+ préposer, préposition). Praepositus désigne un (ler s. av. J.-C.), est le pluriel neutre de l’adjectifpriu-
chef, un officier choisi pour être mis à la tête de peius ade Priapen, notamment dans priupeius ver-
qqch. ; en bas latin, le mot s’est spécialisé pour dé- sus En II’ s.) et priupeium metrum. Priupeiw est em-
signer un chef dans 1’Eglise Idéb. III~s.), celui qui di- prunté au grec priapeios, dans priapeion metron
rige une communauté de clercs ou de moines, le III~ s.1,employé au pluriel pour un poème composé
supérieur, l’abbé (déb. v” s.), le chef d’un monastère sous la forme réservée aux chants en l’honneur du
sous l’autorité d’un abbe Iv” s.) et un officier exer- dieu Priape. Priupeios est issu de priupos, nom du
çant des fonctions judiciaires (501-523). En latin mé- dieu phallique, symbole de fécondité, qui proté-
PRIER 2936 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

getit les jardins chez les Grecs, assurant la prospé- + Le mot est passé en tiançais au sens religieux, ain-
rité, et dont le membre en érection lithyphalle) voquer Dieum (881, preier) et =S’adresser à la divinité
avait la vertu de détourner le mauvais œil et de ou à un intercesseur par une prière instante-
rendre vains les maléfices des envieux. Le mot n’a cv. 1I 12). L’itSnitif prier Iv. I 170) a été refait d’après
pas d’étymologie connue: on a supposé sans les formes de la conjugaison accentuées sur le radî-
preuve que le dieu était originaire du nord de cal (telles que la première personne du présent) ; le
l’Asie Mineure en évoquant le nom &@OS, ville de radical pri- s’est étendu à toutes les formes accen-
la Propontide. tuées sur la terminaison ainsi qu’à prière* (ancien-
+ Priapée a été repris à la Renaissance comme nement preiere). Prier a concurrencé l’ancien fran-
çais orer (du latin orare; -+ oraison) et l’a supplanté
terme de poétique antique pour désigner, au plu-
au xv” siècle. Le verbe exprime spécialement l’idée
riel, les pièces en l’honneur de Priape et, par ex-
de <<demander la grâce de Dieu», intransitivement
tension, un poème, une peinture, une scène ou un
dans prier pour (la personne ou la chose pour la-
spectacle obscène (15481, le dieu Priupe en étant
quelle on invoque Dieu), spécialement dans priez
venu à l’époque romaine à personnZer la virilité
pour nous 116901,réponse des fidèles dans une Ma-
dans l’amour physique. 0 Le mot désigne aussi, au
nie. +Le sens non religieux du verbe est également
pluriel, les fêtes en l’honneur de Priape et, par ex-
attesté dès le xe s. (v. 980) avec la valeur forte de
tension, des scènes d’orgie.
-demander de façon pressanten, réalisée dans la
FPRIAP~EN, ENNE adj. a été emprunté comme formule je vous prie de faire qqch. ( 1176- 118 1). Avec
terme de poétique Cl8421 au bas latin priupeius avec un changement de point de vue, se faire prier
le stixe -éen, -éenne. +PRIAPISME n. m. est un (v. 1170) exprime le fait de ne céder qu’après de
emprunt 114951au bas latin médical priupismus, dé- longues hésitations et en sollicitant l’insistance de
signant une érection pathologique prolongée de la celui qui demande, la tournure négative sans se
verge (V”S.), lui-même emprunté au grec tardif faire prier apparaissant à l’époque classique (167 1).
priupismos, dérivé de Priapos <<Priapen. ~Par ex- Avec un sens affaibli, le mot exprime le fait de de-
tension, le mot désigne une excitation érotique mander qqch. poliment et d’inviter ( 1400-14051, spé-
anormale chez l’homme, correspondant à nympho- cialement dans la construction prier qqn à, vieillie
manie pour la femme. +Le nom de PRIAPE n. m. a lorsqu’elle est suivie d’un infmitif (1671) mais en-
été repris comme nom commun (15151, d’abord core usitée avec un nom de repas.
sous la forme preupe 113041, au latin Priapus avec sa wPrier n’a guère donné de dérivés, le nom corres-
valeur de wirilité dans l’amour physique». Il dé- pondant prière*, étant emprunté du latin. +Toute-
signe didactiquement une effigie de la verge en fois, son participe présent PRIANT, ANTE est subs-
érection. - Il a pour dérivé PRIAPIQUE adj. (18321, tantivé en parlant de la représentation d’une
mot de la langue didactique qutiant ce qui appar- personne qui prie (14721, spécialement d’une statue
tient à Priape ou à son culte, puis à l’excitation éro- (15511, en concurrence avec orunt qui s’est main-
tique virile (l’anglais priupic est attesté depuis 1786 tenu après la disparition du verbe orer.
et le hnçais connaissait lui-même antérieurement 43 PRIEUR, EUSE n. a d’abord servi, depuis le
le substantif Priapiques, 1703). +Enfin, au XX~s., a XIII” s., (va 1250) à désigner la personne qui prie, sens
été formé le terme de classfication zoologique caduc depuis le xv’s., et, en moyen français, celui
PRIAPULIENS n. m. pl. par l’intermédiaire du la- qui invitait aux funérailles (14261. 0 De nos jours,
tin scientsque priapulus, lui-même dérivé de seul le féminin prieuse reste vivant ( 185 11 en parlant
ptiape par allusion à la forme de l’animal. Le mot de la femme qui ouvre le cortège d’un enterrement
recouvre un embranchement de vers de petite (en Suisse, dans l’ouest de la France) et, rarement,
taille vivant dans les mers arctiques et tempérées. d’une béguine ainsi que d’une femme qui a pour
fonction de prier, réactivmt le sens de l’ancien
PRIER v., d’abord preier (8811, est issu du latin français preieresse EV.1230). -Le nom concret
médiéval precare (VI~s.), réfection du latin classique PRIE-DIEU n. m. inv., d’abord pti-Dieu (1603)
precari (<supplier (un dieu, un homme)~~, verbe dé- aoratoire>> jusqu’en 1771, est devenu le nom d’un
ponent employé dans diverses constructions au siège bas oti l’on peut s’agenouiller pour prier
sens de ademander (que, que ne pas)>>et employé à (1634).
la première personne precor pour ((je te prie, je PRIÈRE n. f. (v. 1138) d’abord preiere Iv. 11203 est
vous en prie»; precari a aussi le sens affaibli de issu du bas latin mérovingien precatia <charte de
«souhaiter). Ce verbe est dérivé de prex, precis «de- supplication)), csuppliquen 16583, substantivation de
mande, prière», avant la période classique, plus char& precaria, où precariu est le féminin de l’ad-
courant au pluriel preces. Ce dernier est un nom jectif classique precarius. Celui-ci, qui a donné pré-
d’action radical, de genre animé, féminin (comme cuire*, est dérivé de preces, -um, pluriel usuel du
lux kmière~, nex <mort>, ~0% ~oixm, etc.), ancien singulier plus rare prex, precis «prière, supplica-
terme du vocabulaire juridique et religieux. Il ap- tion= Icf. ci-dessus prier) dont il a pris la place. Le
partient à une racine indoeuropéenne “prelz- Rde- mot est seulement gallo-roman et catalan (prega-
mander». Comme celle-ci ne fournissait pas de riul. Il a éliminé du langage courant oraison (du la-
présent radical indoeuropéen, on a recouru à di- tin ecclésiastique). +Le mot signSe aaction de
verses formations et notamment aux présents en prier-n, par métonymie <<paroles par lesquelles on
“ske-/o- attestés par le sanskrit, l’arménien, l’an- prie». Dès cette époque, il est aussi attesté au sens
cien haut allemand et le latin poscere <<demander, laïc de Ndemande instante)) (v. 11401, également hé-
réclamer>> I+ postuler). rité du latin, spécialement dans la locution ii la
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRIMAIRE

pti&e de & la demade de>> ( 1316). La locution PRIMA DONNA n. f. est un emprunt de l’épo-
prière de suivie d’un infinitif et servant de formule que romantique (1833) & l’italien prima donna dé-
elliptique de demande est moderne (18131, spécia- signant le premier soprano aabsolu> (déb. XVIII~s.),
lement dans prière d’insérer (19351 annoncé par parallèlement à primo uomo désignant le premier
prikre de Ees insérer ( 1831 chez Lamartine) et subs- ténor. Le terme signZe proprement <première
tantivé sous la forme d’un composé invariable : des dame)), de prima, féminin de primo correspondant
prière d’insérer ( 19371. au français 0 prime*, et donna correspondant au
@ voir DÉPRkCATION, IMPRÉCATION. PRl?CAIRE, POSTU- tiançais dame *.
LER. +Le mot est d’abord attesté comme mot italien
dans un texte de Stendhal, puis chez Gautier
0 PRIEUR +D PRIER comme emprunt intégré (1833). Le pluriel ittien
prime dorme a été en concurrence avec prima
0 PRIEUR, EURE n., d’abord priur Edéb. donna (pl. inv.), qui l’a emporté.
me ~3.1et ptior Iv. 1155) au masculin, priore ( 1210-
1225) au féminin, est emprunté au latin prier, ptius,
0 PRIMAGE n. m. est un mglicisme technique
(1886) : il est soit dérivé d’un verbe 0 primer, uni-
comparatif d’un radical pri- aen avant, d’avants, at-
testé seulement par ses dérivés (+ premier, privé) quement attesté au ti s. (1840-1890) et emprunté

et par ptir. pri- fait partie d’un ensemble de mots à au verbe anglais d’origine obscure toprime *em-
structure consonantique p-r servant de préposi- plir, charger, amorcep, d’ou techniquement <lais-
tions, de préverbes et d’adverbes et dont le sens ser passer de l’eau de la chaudière entrakée par la
primitif devait être aen avantn (+ para-, péri-, pour, vapeur dans le cylindrem, soit adapté de l’anglais
pré-, pro-). Prier Sign%e «en avant (dans le temps ou priming ( 18321, substantif verbal de to prime dési-
dans l’espacelB, Mprécédent, premier (en parlant de gnant ce phénomène.
deuxIn et, avec l’idée de supériorité, nsupérieur)} + Le mot désigne l’entraînement d’eau par la va-
joint alors à pot&. Pnor a pris en latin médiéval ec- peur dans les cylindres d’une machine. Par méto-
clésiastique le sens de <abbé, supériew (déb. VI~s.1, nymie, il est appliqué à la quantité d’eau entraînée
puis «administrateur civil d’une petite citém ivre s.1 par la vapeur 118863, emploi dans lequel il calque
et, au pluriel, «notabilités d’un lieu> (VI” s.1.II se ren- exactement l’anglais primuge, attesté depuis 1881
contre ensuite dans l’expression priores artis dans ce sens.
<<prieur des a~%, comme titre de certains digni-
taires ou magistrats 11285). 0 PRIMAGE + @ PRIME

4 Le mot a été repris dans son sens ecclésiastique PRIMAIRE adj. et n. est le doublet savant, in-
de «supérieur d’un couvent> au masculin d’abord, troduit tardivement ( 17891 en français, de premier*;
puis aussi au féminin pnbre 11210-12251, puis il est emprunté au latin primarius, dérivé de primus
prieure. Xl entre dans le titre sous-prieur (1666; (-, 0 prime).
d’abord écrit souprieur, 1270) et dans celui de 4 Le mot est apparu sous la Révolution dans des
grund-prieur, réservé à celui qui avait la première emplois administratifs et politiques, qualifiant ce
dignité après l’abbé titulaire dans certaines ab- qui forme le premier degré en commençant, spé-
bayes, spécialement à un chevalier revêtu d’un bé- cialement le premier degré d’un système d’élec-
néfice de l’ordre de Malte. 0 Rieur a aussi servi de tion ( 1789, assemblées primaires), et de l’enseigne-
titre à certains dignitaires civils : le prieur de Sor- ment ( 179 1, écoles @wGres). Il qutie aussi ce qui
bonne présida& pendant un an aux assemblées de vient en premier ( 1789, ordonnances primaires).
Sorbonne. Prieur des arts (1429- 14301 est calqué sur 0 Ce sémantisme s’applique notamment en géolo-
une expression latine médiévale. Prieur désignait gie (1845 ; peut-être d’après l’anglais, primary at-
aussi un magistrat suprême de la république de testé en ce sens depuis 1795) où il qual%e les ter-
Florence (1690). Hors ces usages historiques, le mot rains les plus anciens, à la suite de primitif: avant
n’est plus usité qu’en religion. de servir à dénommer, en tant que substantif
b PRIEURÉ n. m., d’abord prïoré h. 11751, est em- Idéb. xxe s.), l’ère géologique succédant au précam-
prunté au latin médiéval prioratus =Charge de brien (déb. XX~S.I.Il est également employé en phy-
prieur» Cv.980) et «maison régie par un priewm sique dans couleurs primaires 11876) et en électri-
(v. 10501,dérivé de prior. 0 Le mot a évincé l’ancien cité pour le circuit d’entrée dans une bobine
et moyen françtis prieur-té =Couvent» (12481, vivant d’induction, un transformateur 11901). ~AU xx” s.,
jusqu’au milieu du ~VS., et encore qualifié de le mot passe dans d’autres vocabulaires spéciali-
wieux langage* par le dictionnaire de l’Académie sés, en médecine, en économie où il se dit des acti-
en 1842. Prieuré désigne surtout le couvent désigné vités productrices de matières non transformées
par un prieur et, moins souvent, la dignité de ( 19491, en caractérologie (19451, à propos des ten-
prieur (1671). +Le sens de -charge de prieurn est dances à vivre et réagir en fonction du présent, de
assumé par PRIORAT n. m. 11688). 4 L’adjectif cor- l’expérience immédiate, et en philosophie. Dans
respondant à prkur et à prieuré est PRIEU- tous ces emplois, primaire s’oppose à secondaire et,
RAL, ALE. AUX (1694) qui a évincé le moyen tian- dans certains d’entre eux, à tertiaire, voire (géolo-
ça& prioral. Il est spécialement employé dans gie) à quaternaire. +En politique, par calque de
l’expression chambre prieurule (1869) à propos de l’angle-américain ptimary, on parle d’électins pti-
certaines commanderies de l’ordre de Malte. maires, d’oti des primaires, n. f. pl., expression par-
0 voir A PRIORI. PFLIORITÉ. fois appliquée à des projets français Cv.1985).
PRIMAT 2938 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

+Dans le langage didactique, primaire, par réem- tension, il dksigne dms l’usage général, mais
prurit à l’angltis, quase une revue scientxque qui didactiquement, le caractère de ce qui prend le
ne présente que des résultats inédits de recherche pas, qui domine.
(v. 1975). + À la h du xrxe s., avec le développement
de l’école, le mot, dans le domaine de l’enseigne- PRIMATE n. m. est la correction 11823 au plu-
ment, est substantivé pour désigner un membre de riel) de la forme antkieure primats au pluriel
l’éducation primaire 11904 et l’éducation primaire 11793, dans une traduction par Lin&), francisation
elle-même ( 1910) : le pr-imaire. +Par extension, le du latin savant primates (Linné), pluriel de primas
nom, reflétant les luttes politiques autour de l’école (4 0 primat), pour désigner un ordre de mammi-
sous la III” République, désigne une personne qui fères supérieurs comprenant l’homme, les simiens,
manifeste la simplicité d’esprit attribuée par cer- les lémuriens et les chauves-souris.
tains à l’enseignement primaire (1898) ; il est de- + Le mot, comme tous les termes classikatoires
venu courant dms l’emploi adjectif correspondant zoologiques, est le plus souvent employé au pluriel.
avec une valeur de esimplisten et <<peu cultivén 0 Relativement usuel comme synonyme savant de
(1903). Cette évolution péjorative est parallèle à singe, il est passé dans la langue familière pour dé-
celle du mot primitifk, mais plus tardive; elle isole signer un individu d’un bas niveau intellectuel
le mot, n’ayant plus de relation avec secondaire, (avec influence probable de primaire, primitif), par
etc. oubli complet de l’origine du mot, qui sign5e “su-
wfimaire a produit PRIMAIREMENT adv. (attesté périeur*, et peut-être, depuis le début du XX~s.,
18091, peu usité, et deux noms, PRIMARISME n. m. avec influence de primaire au sens péjoratif.
(19381, mot péjoratif désignant le caractère d’une +Le mot a produit PRIMATOLOGIE n.f. (v.1960)
personne, d'un esprit <<primairen, et PRIMARITÉ «étude des primates, et le nom de spécialiste PRI-
n. f., spécialisé en caractérologie (1945) pour le ca- MATOLOGUE n. h.1960).
ractère, la manifestation de la fonction «primaire,
chez l’individu. PRIMAUTÉ n.f. a été dérivé savamment
(XIII” s.1 du latin primus <<premier» (-+ 0 prime) avec
0 PRIMAT n. m. est emprunte Iv. 1155) au latin le suf6xe -auté sur le modèle de dérivés comme
p%7LUS, -ati, dérivé de primus aprerniern royauté*.
(-+ 0 prime), “qui est au premier rang, substantivé
+ Le mot, d’abord employé comme terme religieux,
pour désigner celui qui est au premier rang, un no-
est rare avant le XVI~s. où il prend son sens actuel
table et spécialement, en latin ecclésiastique, le
de (<prééminence, supériorité>> en parlant d’une
doyen des évêques d’un pays.
chose, d’une personne (1545, Calvinl. Il a quelque-
+Le mot a 6té repris au latin ecclésiasGque pour fois la nuance de <<supériorité de fa& et entre en
servir de titre à certains prélats jouissant d’un pri- concurrence avec un mot de la même famille,
vilège ou d’une primauté* de juridiction pouvant 0 primat”.
s’exercer sur d’autres évêques. De nos jours, c’est
un titre honorifique attaché par tradition à un siège +k CDPRIME adj. et n. f., dont l’usage est au-
épiscopal Iprimat des Gaules). Il est quelquefois j ourd’hui restreint à quelques locutions et sens spé-
employé en apposition à un titre de prélat. ciaux, est la forme féminine II 119) de l’ancien ad-
drimut a donné deux dérivés. -PRIMATIE n. f. jectif prim, avec nasalisation prin, surtout employé
(15491, réfection graphique de prima& (XIII~s.1, a dans des locutions (-+ primesaut), outre quelques
subi l’influence du latin médiéval primutiu, et dé- composés E+ primerose, primevère, printemps).
signe la dignité de primat puis, par métonymie, le Prin, prime, adjectif survit dans les patois de la ré-
territoire sur lequel s’exerce sa juridiction (1694). Il gion franco-provençale au sens de amince, délicat».
est employé rarement dans la langue littéraire Cet adjectif est issu de l’adjectif latin primus “qui
comme un synonyme de primauté. +PRIMA- est tout à fait en avantn (comme dans prima puppis
TIAL, ALE, AUX adj. et n. f. ( 1445) qutie ce qui se 4’extrémité de la poupe4 et surtout Npremiern, for-
rapporte à un primat; il est substantivé au féminin mant un couple antithétique avec postremus,
PRIMATIALE (16071 pour église primUti&. con-me prier (-+ 0 prieur) avec posterior I+ posté-
0 voir PRIMATE. rieur). Primw sert aussi d’ordinal à unus (+ un),
comme en grec prôtos à heti. Primus doit venir
0 PRIMAT n. m. est emprunté savamment d’une forme reconstituée de “prisme-, “pris- conte-
( 1893) à l’allemand Primat asuprématie, caractère nant le sufke -zk- des comparatifs; le mot est dé-
de ce qui prime du point de vue spirituel, intellec- rivé du radical pri- ((en avantn 1-+0 prieur). Le détail
tuel)>, employé en philosophie chez Kant dans l’ex- de sa formation n’est pas clair, car les formes signi-
pression Primat der pruktichen VemunR <<préémi- fiant apremier, par rapport à plus d’un terme de
nence de la raison pratique>. Le mot allemand est comparaisonn diffèrent d’une lague indoeuro-
emprunté au latin ptimutus <<prééminence (d’une péenne à l’autre. Il a été concurrencé en fkançais
personnel, et asupériorité (d’une chose)=, dérivé de par le représentmt de son dérivé prima?-& I+ pre-
primw «premierm (+ 0 prime). Le moyen français mier, primaire).
avait emprunté au latin primutus le substantif pti- + Le mot a dès le X~I~s. le sens de «premier>>, surtout
mut (xv” s.1au sens de asupérioritéw. au xwe s. et encore quelquefois au xvIIes. ; il est
+ Le mot a été introduit en philosophie comme sy- d’abord employé au féminin, la forme prime au
nonyme de primauté, par référence à Kant. Par ex- masculin n’étant attestée que depuis 1532. La lo-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRIME

cution de prime face ( 13751 & première vue>, en- prix>) (16011, esomme payée à échéance tiguhère
core chez LaFontaine et, depuis, chez les auteurs par un assuré à son assurew) ( 1661; après premio,
a;rcha;isants, l’a cédé à de prime abord (av. 1622) ven 1622). Le mot anglais est k-même emprunté au la-
premier liew, formée sur son modèle et restée tin praemium, de prue (<devant, avant, (+ pré-) et de
usuelle. &rk~~e n’est plus usité que dans quelques emere *prendre, recevoti (3 exemple), propre-
expressions et locutions, souvent littéraires ou iro- ment ace que l’on prend ou que l’on reçoit avant les
niques comme prime jeunesse (16621. + tIkérieure- autres)}, avec les sens particuliers de «privilègem,
ment kx” s-1, il a été repris en mathématiques au arécompensem et «prélèvement, butin».
latin primus pour qutier un symbole accompa- 4 Le mot a été repris en fknçais pour désigner la
gné d’un seul signe. +Le mot a en outre des em- somme payée à une compagnie d’assurances par
plois substantivés au féminin : dès le xne s. (1121- l’assuré. C’est au XVIII~ s. qu’apparaissent les princi-
11341, PRIME n. f. désigne la première des heures paux autres sens : en fmances, le mot se rapporte à
canoniales ; on disait autrefois a haute prime (XIII~s.1 la somme à verser en cas de dédit dans une vente à
pour cl’heure est bien avancées et, en vénerie, de terme de valeurs 11730) et à la somme d’argent at-
haute prime pour wksez longtemps après six tribuée par l’État ou par un organisme public dans
heures-. ~Par ellipse d’un autre nom, prime a le cadre d’une mesure sociale ou pour aider un
servi à désigner un ancien jeu de cartes (1387- 1389) secteur 117511.La valeur terminologique précise a
dans lequel le gagnant était celui qui obtenait le varié en fonction des institutions, du XVIII~ au ti siè-
premier quatre cartes de couleurs différentes; la cle. ~Prime désigne aussi la somme versée en ré-
locution avoir prime signifkit aavoir ces quatre munération d’un service (17521, réactivant le sens
cartes,; par métaphore, jouer & Ea prime s’est dit premier du mot anglais, et la somme que l’on
pour Nprendre les devants> CXVI”s.l. 0 En terme de gagne à une loterie 117591. Il s’est spécialisé en
commerce, elliptiquement pour laine prime 113581,
bourse pour l’excédent de prix d’une valeur sur le
prime désigne (1723) une laine très fine de pre-
ch8re de son émission 11765), entrant dans la lo-
mière qualité. 0 11figure en outre ( 1653) au nombre
cution faire prime Maugmenter de valeurs 117981,
des termes d’escrime pour désigner la première
d’où au figuré «être très recherchén (1862, Hugo).
parade de l’escrimeur.
Au me s., le mot commence à s’appliquer, par ex-
ä Avant la &I du XX~s., prime a servi à former, avec tension, à la somme d’argent attribuée pour une
le stixe -eur, PRIMEUR n. f., d’abord primur dans action particulière (18011 et, dans le contexte de
l’expression al primur Cv.1180) uau commence- l’Ouest américain, pour rémunérer un senice poli-
ments. Le sens de qcarackère de ce qui est nouveau, cier, d’où chasseur de pties. 0 Il a servi à dé-
commencement% a vieilli et l’on ne dit plus guère, signer la somme d’argent qu’un directeur de
en parlant de fruits et de légumes ou de vins, qu’ils théâtre versait à un auteur à succès, en plus des
sont dans leur ptimeur (1694). La qutication de droits d’auteur (1839). fl désigne aussi (1852) un
primeur ( 1749, avec un nom pluriel) est moins ar-
avantage destiné à des acheteurs ou à des sous-
chaïque, et on emploie encore la locution avoir la
cripteurs, pour les attirer.
primeur de qqch (av. 17991 en parlant d’une nou-
velle, d’une information. 0 Par métonymie, à partir b 0 PRTMAGE n. m. (17301 *prime d’assurance ma-
de la locution de primeur, le mot, au pluriel, a pris ritime>>, est un emprunt à l’anglais primage 11540;
le sens concret de &uits ou légumes précocesm dès 1297, en latin médiéval d’Angleterre prima-
(17801 toujours usuel. Par une seconde métonymie gium). Le mot a pris ensuite le sens de &onifkation
d’après marchand de ptimeurs, il sert à désigner la en tant pour cent que l’on accorde au capitaine sur
boutique vendant principalement des primeurs. le ket d’un navire qu’il commanden (1783). Il a pris
*Les valeurs figurées de ajeunesses et de achose au XIX~ s. le sens actif d’aaction d’accorder une
nouvelle» (18421 ne sont plus usitées, de même que prime ou un bonus> (1875). -Le verbe 0 PRIMER
l’emploi (1823) pour ajeune me viergen. + Primeur a v. tr. n’est attesté avec certitude que depuis 1869
produit PRIMEURISTE n. (18721 acultivateur ou (Littré), une référence en 1853 étant douteuse, mais
vendeur de primeun+. il reprend pour le sens l’ancien français premier
Le second dérivé de prime est 0 PRIMER v., attesté <récompenser)). Le verbe signZe agratfier d’une
une première fois au ~II~s. au sens isolé de «goûter prime, d’une récompense”, surtout au passif * Son
le premier à Iqqch.ln puis repris, comme intransitif, participe passé PRIMÉ, &E est adjective en parti-
pour <prendre les devants> 116263. +L’usage mo- culier en parlant d’un animal d’élevage ayant rem-
derne du verbe s’est établi au xvrle s. avec la valeur porté un concours et reçu une récompense; l’in-
transitive <<l’emporter sur» 11633) et l’emploi absolu fluence de prix est alors sensible. +Prime a aussi
pour «avoir l’avantage, se distinguer, exceller- donné le composé SURPRIME n. f. (18741, mot juri-
(av. 16791.Les premiers emplois de la construction dique ou Enancier.
primer sur datent du XVIII~s., avec un nom de per- @ voir PRÉEhWIlON.
sonne (1704) puis de chose II 735-1736) pour
complément. 0 PRIME n. f. (1673) est la forme syncopée de
0 voir PFUMA DONNA, PRnJAmE, 0 et @ PRmmT, PRIMATE, prisme (16341, lequel, comme presme (1360) et
PRIMAUTÉ, PFLIMEROSE, PRIMESAUT, PRIMEVÈRE. PRIMI- proesme 114001,est l’altération de l’ancien fiançais
‘I?F. PRIMO. PRJMOGkNTTURE, PRIMORDIAL, PRINCE, PRJN- prusme (av. 1150; encore au xve s-1, probablement
TEMPS. par croisement avec l’ancien tian@s proisme,
presme, prisme aprochain, I~II” s-1, issu du latin
0 PRIME n. f. est la francisation (1620) de l’an- proxlmus I+proximitél et employé dans prasme
glais premium prononcé primiom &compense, d’émeraude, de topaze, de rubis, etc., parce que ce
PRIMER 2940 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

cristal de roche prend son nom de la pierre pré- sique primo vere aau début du printempsn. L’ex-
cieuse dont il est le plus proche par la couleur. La pression, qui signXe upremier printempsB, est for-
forme prasme était issue, par substantivation, mée de primus b-+0 prime) et de ver, verts
comme prusius cwariété de quartz agate>>, de l’ad- *printempsn (--+vernal). Le développement du sens
jectif prasinus -vert, couleur de poireau». Celui-ci botanique en ancien fiançais doit être une métony-
(repris dans l’adjectifprasin, ine cvert clair>>,v. I 190, mie du sens de <<printemps>, appliquée à une fleur
hellénisme didactique et rare, attesté au XE? s.) est du début du printemps. Une ellipse de fleur de pri-
emprunté au grec prasinos, dérivé, comme prasios mevotre <<fleur du printempsn est moins probable,
(auquel est emprunté prasius3, de prmon «poireau>> parce que primevoire au sens de Nprintempsm
et, par analogie, *varech> (ressemblant au poireau), semble plus tardif en fra,nçais ; au xv” s., primwaire
mot que l’on rapproche du latin porrum t+ poi- ( 1442-1445) est une adaptation de l’italien prima-
reau). vera NprintempsB attesté depuis Boccace. La réfec-
+ Le mot, spécialisé en minéralogie et en joaillerie, tion en primevère est probablement due à l’in-
ne s’emploie que dans prime d’émeraude (seule fluence de primwere ~~printemps~ attesté de 1534
expression où la valeur étymologique est respec- (Rabelais) jusqu’à la fin du XVII’ s. et lui aussi em-
tée), & topaze, de rubis. prunté à l’italien primaveru, alors que prime vere
<jeune âge», attesté isolément dans la seconde moi-
tié du ~111~ s., représente un emprunt au latin.
0 PRIMER + 0 PRIME
+ Le mot désigne une plante herbacée, dont les
@ PRIMER + Ql PRIME fleurs de couleurs variées s’épanouissent au début
du printemps, ainsi que cette fleur.
voir
@ PRIMER + 0 PRIMAGE b5tym.l
0 PRIMEROSE.

PRIMEROSE n. f. est composé (XIII~s.) de


PRIMIPARE adj. et n. f. est un emprunt savant
et tardif (18 12) au latin primiparu <femelle qui a mis
0 prime* et de rose*, peut-être par croisement de
bas pour le première fois>>,de primus «premiern
primevère* et de passerose, ce dernier (XIII~s.) fait
t-+ 0 prime1 et de parere ~~enfanter~~C+ parent, par-
avec passer ~~surpasser» et rose”, comme nom ré- turition).
gionaI de la rose trémière.
$ L’adjectif quaIse et le substantif désigne ( 1814) la
+ Le mot a d’abord désigné la primevère, sens qu’il
femme ou la femelle de mammifère accouchant
a conservé en anglais. Au XIX’ s., l’élément prime- a
pour la première fois.
été substitué à pusse- dans passerose, de sorte que
primerose est devenu le nom de la rose trémière b On en a tiré PRIMIPARITk n. f. (18271, d’usage
(11846). +Primerose désigne aussi un produit colo- encore plus didactique.
rant ( 18661, probablement par référence à la domi-
nante rouge de la plupart des roses trémières. PRIMITIF, IVE adj. et n. est emprunté (1310)
au latin impérial primitivus «premier en date, pre-
mier-n&, spécialisé à l’époque chrétienne, en par-
PRIME-SAUT, PRIMESAUT n. m. est la
lant des «premiers-nés dans la foi», dans l’expres-
réfection ( 1669) avec 0 prime*, sur le modèle de lo-
sion ecclesia primitivorum 4assemblée des
cutions comme de prime face, de l’expression an-
premiers-nés, des nouveaux convertis» I~I” s.1,éga-
cienne de prin saut (v. 11701, formée avec l’ancien
lement spécialisé à l’époque médiévale en gram-
français prin, ptim E+ CDprime) et de saut*.
maire dans primitiva verba <<les mots souches>>
+D’après de prin saut adu premier bond», #tout I~I” s.1 opposés aux dérivés. Primitivus est aussi
d’un coupa>, le nom signifie Gmpulsion, action de substantivé au pluriel neutre primitiva <prémices».
parler, d’agir dans le premier mouvementn, d’où Il vient de l’adverbe primitus <au commencement,
Ncaractère spontané». Son usage, et plus encore ce- originairemenb, dérivé de primus =premierm
lui de la locution de prime-saut ( 16691, en prime- (4 0 prime).
saut, est marqué comme littéraire.
+ Le mot a été introduit en français avec la valeur
,PRIMESAUTIER,~RE adj. est, SOUS sa forme temporelle de “qui est à l:origine, à ses débutsa en
ancienne prinsaitier Cv.11601, dérivé de prirxaut. 11 matière religieuse, dans Eglise primitive, foi primi-
a été refait en primsautier (1588) puis prime-sautier tive (aussi primitive Église, avec un ordre des mots
(17563 d’après la forme moderne primesaut. + Le exceptionnel). L’essentiel des sens et des emplois
mot, plus vivant que primesaut, qual%e une per- s’est développé à partir du xwe siècle. C’est en effet
sonne qui se détermine, parle, agit spontanément; à la Renaissance que primitif exprime, sans idée
par métonymie, il est appliqué à un esprit (1588), d’antériorité dans le temps, le caractère de ce qui
une réponse, un acte ou un comportement révéla- est la source, l’origine d’une autre chose (av. 15161.
teur d’une personne spontanée, impulsive. +Par emprunt savant au latin, l’adjectif quame en
linguistique un mot souche, par opposition à un dé-
PRIMEUR - 0 PRIME rivé (mots primitifs, 1550, d’où les primitifs, id.). Au
XVIII~s., primitif quame aussi un sens ( 1730, du Mar-
PRIMEVÈRE n. f., réfection savante 11573) de sais) avec la valeur de apremier, propre> (opposé
primevoire forme populaire diphtonguée, est issu aux sens figurés). Il entre aussi dans l’expression
d’une forme latine tardive prima vera, à côté de langue primitive, celle qui serait à l’origine de
prima ver, primum ver, faite d’après le latin clas- toutes les autres (1765, Encyclopédkl, et qualfie en
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRIMORDIAL

grammaire un temps verbal (1812). Primitif s’em- .De l’adjectif est dérivé PRIMITIVEMENT adv.
ploie aussi en mathématiques, d’abord dans l’an- Cv. 1460) Mà l’origine, initialementn. +Deux autres
cien terme nombre primitif (16941, rempkwé par dérivés sont clidhiques : PRXMITIVITÉ n. f.,
nombre premier, puis en algèbre dans les expres- d’abord (1845- 18461 *fait, pour un mot, d’être primi-
sions fonction. primitive (av. 17971, ult&ieurement t%, puis en art ecaractère primitifa (18671, est sur-
substantivé dans primitive des fonctio?~~ (19301, et tout employé de nos jours en sociologie (1869).
dans racine primitive (1854). 0 Le mot est égtie- + PRIMITIVISME n. m. ( 19041, terme d’art, désigne
ment employé en optique dans l’expression COU- l’imitation des primitifs et est employé en sociolo-
leurs primitives 11734, Voltaire) à propos des sept gie à propos du caractère, de l’état des soci&és pri-
couleurs dont les autres sont formées, puis en lo- mitives (19391. 0 Par extension, il se dit de ce qui
gique dans proposition primitive (182 13. + S’agissant est grossier, rudimentaire, dans l’activité humaine.
de l’être humain, l’idée d’antériorité temporelle est
réactivée par le sens de <proche de l’état de na- PRIMO adv. est l’emprunt sans modification
ture» qui#se manifeste dans la pensée rousseauiste (1322) de l’adverbe latin primo aau commencement,
(1762, L’Emile). Par extension, primitif caractérise d’abordb, ou du même mot, pris elliptiquement
dans l’activité humaine ce qui a la simplicité, la naï- pour primo loto aen premier liew, de primas
veté, la grossièreté supposées des premiers âges (-+ 0 prime) et locus I+ lieu) à l’ablatif.
(17913. Au XE~ s., il acquiert la valeur péjorative de + Le mot s’emploie dans une énumération, en rela-
%Sommaire, rudimentaire> (1843, Gautier); à la &I tion avec secundo, tertio, quatre. .. ultime ; par plai-
du siècle, l’adjectîfptimaire, dans un contexte pré- santerie, il est employé dans la formule redondante
cis, suivra une évolution sémantique comparable. primo et d’une pour souligner le caractère primor-
*Par une autre extension, avec l’élaboration dial de qqch.
d’une pensée sociologique et ethnologique, l’adjec-
tif entre dans l’expression peuple primitif 11794, PRIMOGÉNITURE n. f. est emprunté par la
Condorcet), dans une opposition alors conceptuali- langue juridique médiévale (v. 1485) au latin médié-
sée (après Rousseau et d’autres) entre nature ori- val primogenituru =&esse» (11691, dérivé du latin
ginelle et société civilisée. Malgré les critiques, cet primogenifus Kpremier-né, Els aîné5 Ce nom latin a
emploi, venu remplacer en partie celui de sauvuge, lui-même donné le moyen lançais primogenit
s’est maintenu en recevant des détitions de plus apremier-né>> Ixwe s.) et ses dérivés primogéniteur
en plus scrupuleuses, de Durkheirn à Lévi-Strauss. aancêtre, chef d’une racem, ptimoghité droit d’aî-
oPrimitif: substantivé au masculin Isurtout au plu- nesse>>. Il est composé de primo-, élément issu de
riel), désigne une personne d’un groupe social dit primus apremîerm (+ 0 prime), et de genitus <né,
primitif (1869, Flaubert). L’adjectif‘ qualse aussi ce engendrép, participe passé du verbe gimere I+ gé-
qui se rapporte à un tel groupe 11922, mentalité pri- niteur). On rencontre également en latin chrétien
mitive, Lévy-Bruhll. Dans ce cas et dans le pré- le pluriel neutre primogenita pour désigner le droit
cédent, l’anthropologie actuelle tend à éviter ce d’aînesse (Genèse, 25,331.
terme. +La valeur temporelle s’est aussi spéciali-
+Le mot désigne juridiquement l’antériotité, la
sée en géologie (18071, domaine où primitif (dans
priorité de naissance en tant qu’elle entraîne cer-
terrain3 primitifs, roches primitives) a été éliminé
tains droits, en particulier des droits de succession
par des termes techniques précis. +En art, primitif
au trône (1807, succession par ordre de primogéni-
s’est d’abord employé comme adjectif, puis comme
ture) et d’héritage.
nom (18501, à propos des peintres ayant peint des
tableaux de chevalet (généralement des panneaux
PRIMORDIAL, ALE, AUX adj. est em-
de bois) avant les grandes œuvres de la Renais-
prunté (fin XIV” s.1 au bas latin chrétien primordWs
sance, alors seules apprkiées. Une nuance péjora-
<primitif, originel», dérivé du latin classique primor-
tive et critique s’attache à l’origine du terme, mais
dium, surtout employé au pluriel primordia
la qualité des peintres européens appelés primitifs
recommencement, origine)), «avènementm et spécia-
a Irès vite été louée (1850, Delacroix), avant que
lement ~molé~les, principes, élémentsn. primer-
l’école anglaise n’y substitue pour un temps la no-
dium est composé de primus apremier»
tion de préruphuélite. Cet emploi de primitif a sur-
(4 0 prime) et du radical du verbe ordiri acommen-
vécu au bouleversement du goût, acquérant une
cerp E+ ourdir).
valeur positive, mais la critique d’art le considère
comme inadéquat. Par extension, primitif a désigné + Le mot a en français la valeur étymologique, 4e
un peintre autodidacte dont l’art ntiïf rappelle celui plus ancien, servant d’origineB, concurrencée dans
des primitifs ( 18891, mais le mot a été supplanté par l’usage courant par originel et primitif: et employée
na$ et se dit de tout artiste d’une période anté- dans des usages didactiques, en droit, en botanique
rieure à celle de la maturité de l’art qu’il cultive feuilles primordiales ( 18 131, autrefois en géologie
(~%XII. +Les autres spécialisations du mot sont ap- (cf. primitif). +La valeur temporelle s’ef@ant au
parues au me siècle. En psychanalyse, l’expression profit de la vaJeur hiérarchique, le mot a pris son
scène primitive 11954, traduction de Freud, sens courant de ((de première importance, essen-
L’homme aux loups) concerne la révélation de la tiel)) ( 18 141 qui, jugé abusif par certains philosophes,
sexualité parentale à l’enfmt. +En informatique, s’est répandu dans l’usage commun.
primitive n. f. désigne une commande de base élé- ä I$-imordial a produit PRIMORDIALEMENT adv.
mentaire se rapportant souvent à une &&-uction (1567) & l’origine>> et plus souvent ((essentielle-
machine= au niveau le plus bas (attesté 1979). mentm.
PRINCE 2942 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

PRINCE m. est emprunté


n. Cv. 1120) au latin âge, le mot est aussi employé par les historiens de
princeps, -ipis C-P princeps), fort-né de primus l’antiquité romaine, par réemprunt au latin, dans
(+ 0 prime) et de capere «prendre)) (b chasser). Le princes des Romains ( 1313- 13281, puis pr-ince de
mot, comme adjectif, qualifie celui qui prend, oc- Rome ( 15591, spécialement prince du sénat ( 17651,
cupe la première place, dirige; il est substantivé calque du latin princeps senatus, et prince de la jeu-
comme titre : princeps senatw ((prince du sénat». nesse ( 17651, calque de princeps juventutis qui, à
Depuis Auguste, qui occupait cette fonction et avait l’époque républicaine, désignait l’élite de la jeu-
concentré tout le pouvoir entre ses mains, le mot nesse. 0 Dans la religion chrétienne, prince sert à
désigne l’empereur lui-même. Dans le domaine désigner, dans princes de I’E~se ( 1585 ; déb. xrves.,
militaire, le pluriel principes servait à désigner les sous une forme légèrement différente), les cardi-
soldats de première ligne au temps de la phalange naux, archevêques et évêques. Des emplois exten-
puis, dans la disposition en manipules, la seconde sifs, pour ahomme riche et puissantes et *person-
ligne; par métonymie, le singulier princeps dési- nage très élevé dans une hiérarchie)) (prince de la
gnait un centurion. science, etc.), se confondent avec l’usage figuré du
+ Le mot est repris avec le sens de «celui qui pos- premier sens du mot.
sède une souveraineté>> dans le cadre de la féoda- .LefémhhPRINCEsSE n. f etadj.inv.(v. 1175) a
lité. Puis, dans une autre conception du pouvoir, il d’abord été employé pour désigner une dignité en
désigne celui qui règne ( 14131, quasi synonyme de mythologie, à propos du peuple des Amazones,
souverain et parfois de roi, ce dernier sens étant avant d’avoir le sens plus général de *fille ou
réalisé dans les locutions paroles de prince ( 14073, femme de prince)) (1320) et, plus rarement, «sauve-
jeu de prince qwnusement dont les autres pâ- raine d’un État)) (1404-1405). Il entre dans les ex-
tissent» (1566) et, tardivement, le fait du prince pressions familières k-e Ia ou sa princesse ( 17981
11869) qui désigne l’arbitraire du pouvoir. + Le mot aavoir une attitude prétentieuse» et BUX frais de la
désigne aussi celui qui, sans régner lui-même, ap- princesse (taux frais de l’État» 11828-1829, Vidocq),
partient à la famille souveraine Iv. lEO), dans di- restée très vivante dans la langue familière. 0 Par
vers titres comme celui de prince du sang ( 15781, et condescendance, il se dit de femmes de condition
spécialement l’héritier de la souveraineté, non seu- inférieure (1706) et s’est employé en argot dans
lement dans la monarchie, mais aussi sous I’Em- princesse de l’asphalte, du trottoir 118671, à propos
pire dans le titre prince impérial E1802). 0 Depuis le d’une prostituée. 0 A la différence de prince, le fé-
XII~ siècle, il désigne également celui qui possède minin a développé quelques emplois en apposition,
un titre conféré par un souverain et attaché ou non employé à l’époque classique avec faculté pour dé-
à la possession d’une terre Cv.11881, les princes signer l’intelligence ( 1670, Molière). 0 Par allusion
étant des seigneurs descendant des possesseurs de au luxe suprême, le mot qutie en gastronomie
certains alleux, de terres anciennement territoires des mets, une garniture de pointes d’asperges et
d’Empire ou ayant appartenu à un souverain héré- de truffes ( 1835 ; dès 1735, une princesse), une es-
ditaire [prince du sang1 ou, pour les princes étran- pèce d’amande El8351 et de haricot (1842). L’expres-
gers, à des personnes d’origine souveraine. oDe sion robe princesse 11874) s’applique à un style de
nombreux titres comportant prince font office de robe ajustée sous la poitrine. +Des deux dérivés de
nom propre, depuis Monsieur” le Prince, en France, ptince apparus au XVI' s., PRINCERIE n. f. adignité
à prince de Galles Iv. 13601,&ls aîné du roi d’Angle- de prince)) (déb. xwe s.1 a disparu, mais PRTN-
terre>>, et bien d’autres. Dans la hiérarchie nobi- CIER, IÈRE adj. (fin xwe s.) est resté usuel, tant au
sens propre de <<deprince, de princesse>> qu’au sens
liaire française, prince désigne le titulaire du plus
figuré de «digne d’un prince» (18321, produisant à
haut titre de noblesse. Dans d’autres hiérarchies,
son tour PRINCIÈREMENT adv. (18751, surtout em-
par exemple dans la noblesse slave, il correspond à
ployé au sens figuré. - Le titre de prince de Galles a
un titre plus modeste et le prince russe, en exil
produit l’adjectif et nom PRINCE DE GALLES, à
après la Révolution de 1917, est un personnage
propos d’un tissu de laine à motifs gris de lignes
typé fsurtout entre 1920 et 1940). +L’accent étant
perpendiculaires (attesté 1951, mais antérieur),
mis sur le rang et le faste attachés au personnage,
ceci par allusion au prince de Galles, futur roi
le mot entre dans des locutions comme être habille
Edouard VII, qui mit ce tissu à la mode au début du
comme un prince &VII~ s.) et exprime une valeur
xx’ siècle. Par métonymie, le substantif désigne un
plus abstraite et morale de “grand seignewj, spé-
costume fait dans ce tissu. +PRINCIPICULE n. m.
cialement dans être bon prince «être généreux,
(183 1)a été formé à partir du latin princeps, avec le
magnanime>> (1690). +Dès le XII~ s. et par retour au suf5xe -de à valeur diminutive, pour désigner iro-
sens étymologique, prince désigne le principal per- niquement le prince d’une principauté sans impor-
sonnage d’un groupe Cv.1120) : ainsi le titre de tance. +PRINCIPAT n. m. (13001, emprunté direc-
prince des pr&es Cv.1250) ou prince de la syna- tement au latin principatus dérivé de princeps, a
gogue 11530) correspond au grand prêtre chez les désigné la dignité de prince. Il a perdu cette valeur
Hébreux, par allusion à la Bible. De même, le dé- au profit de principauté”, continuant de s’employer
mon est nommé prince de mort (1121-11341, prince en histoire romaine pour désigner la dignité impé-
de ce monde ( 1553, en style biblique) et prince de riale de princeps.
l’enfer (16161, prince des ténébres (16901, désigna- @ voir PRINCEPS, PRINCIPAL. PRINCIPAUTÉ.
tions réservées au style poétique. Par ailleurs, à
côté de abbé, etc., prince s’est appliqué au chef PRINCEPS n. m. et adj. inv. est l’emprunt sa-
d’une confrérie, sens encore connu par le titre de vant (1802) du latin princeps «qui occupe la pre-
prince des sots (usuel aux XV~-XVI~s.l. Dès le moyen mière place)) (+ prince).
DE LA LANGUE FRANÇAISE PRINTEMPS

+ Le mot a été repris comme adjectif pour qualZer ment, la Principauté se dit pour celle de Monaco.
la première édition d’un texte dont l’auteur a vécu + Le pluriel principautés est employé spécialement
avant l’invention de l’imprimerie. Par extension, en théologie ( 1541) pour désigner (souvent avec
éditiun princeps se dît de l’édition originale d’un majuscule} le troisième chœur des anges selon la
ouvrage quelconque et s’emploie avec le sens plus classification de saint Thomas, d’où, par extension,
général de «premier, qui traite d’un sujet pour la une puissance spirituelle soumise à Dieu.
première fois ». 0 L’emploi du nom en antiquité ro-
maine (18961, comme titre des empereurs romains PRINCIPE n. m., d’abord noté principle @II
à partir d’Auguste et pour le magistrat dont le nom XII~s-1, est emprunté au latin principium, dérivé de
était inscrit en premier sur l’album sénatorial, est princeps aqui occupe la première place- (+ prince,
réemprunté au latin princeps pour éliminer l’ambi- princeps). Le mot latin désigne le commencement,
guïté du mot français prince. l’origine dans le temps, en particulier le début d’un
ouvrage, l’entrée en matière d’un discours; par
PRINCIPAL, ALE, AUX adj. et n. est un abstraction, il désigne l’origine fondatrice, d’où, au
emprunt ancien (1080) au latin prhcipalls <~origi- pluriel principia, les éléments dont qqch. est formé,
naire, primitif», «fondamental, capitalm et aussi “qui les fondements. Principium est spécialisé dans le
a trait au prince, à l’empereur, impérialn, substan- langage militaire pour le front d’une armée, sa pre-
tivé pour désigner le premier magistrat, le premier mière ligne.
personnage d’une ville. Le mot est dérivé de prin- + Le mot a été repris dans son sens temporel de
ceps 4e premier, le plus irnportant~, qui a désigné *point de départ, commencementb, sorti d’usage
spécialement l’empereur romain (+ prince, prin- sauf dans la locution dèsleprincipe (1803, Chateau-
ceps). briand) <(dèsle débuta. + L’accent a été mis dès l’an-
4 Le sens de l’adjectif, dans la Chanson de Roland, cien fkançais sur la notion de fondement : principe,
semble bien être Mdu princen : il s’agit en effet du tout en conservant une idée de commencement,
Sarrazin Canabeus Naimes, fils du roi de Bavière, désigne l’origine, la cause première, la source
«en I’helme [heaume] principal». En tout cas, il s’agi- (v. 12651, le motif (XIII~s.) d’une chose. Appliqué à
rait d’un sens isolé car, dès le début du XII~ s. (11193, une cause naturelle, il s’applique spécialement à
principal exprime ce qui est le plus important, ce un élément concret qui entre dans la constitution
qui vient en première ligne, en parlant d’une chose, ou dans l’élaboration d’une chose en raison de ses
puis d’une personne (v. 11751. +L’adjectif est subs- propriétés, notamment en physique (16361 et en
tantivé avant la ti du XII~s. pour désigner une per- chimie (1680). Dès la première moitié du XIII’ s., il
sonne importante par son influence Iv. 11751, puis désigne la notion fondamentale qui est à la base
un chef militaire Iv. 12101, emploi disparu. De nos d’une science (v. 12451, spkialement celle SUI: la-
jours, on parle encore de principal du collège (15491 quelle s’appuie un raisonnement logique et mathé-
mais le sens de l’expression a changé au xxe siècle. matique ( 1370, Oresme, principes mathématiques).
0 En droit, le principal désigne (1283) ce qui fait Par extension, principe se rapporte à une loi de
l’objet essentiel d’une action, spécialement la portée générale relative à une science ou à une dis-
somme constituant une dette, une rente (1323). cipline, par exemple en philosophie, physique et,
* Seule la spécialisation grammaticale du mot est au me s., en psychanalyse principe de plaisir (19231,
plus tardive, proposition principale ( 17651, d’où lu principe de réalité Cd.). +Le pluriel principes re-
principale ( 17751, s’opposant à subordonnée. couvre les connaissances élémentaires de la
F Principal a produit PRINCIPALEMENT adv., science, de la discipline (1611, d’un art). - En de-
d’abord principalment EV.1190) qui correspond à hors du champ épistémologique, le mot a déve-
l’emploi de l’adjectif pour ale plus Unportant~, et loppé le sens de arègle d’action, formulée ou non,
PRINCIPALAT n. m. 115871, terme d’administra- constituant une loi ou un but>>11351). Le pluriel prin-
tion scolaire ancien désignant la fonction de princi- cipes désigne en particulier les règles morales aux-
pal de collège, plus souvent celle de professeur quelles une personne ou un groupe est attaché
principal. (1688) ou, absolument, celles qui dominent dans
6 voir PRINCIPAL. une société donnée ( 1742, des femmes suris prin-
cipes). 0 Avec ce sens normatif, le mot entre dans
PRINCIPAUTÉ n. f. est l’altération lapr. 1250) quelques locutions : par principe ( 1755, Montes-
de l’ancien hnçais principalité «domination, puis- quieu), de principe 11789, Sieyès) et en principe
sance» Iv. 11751, lui-même emprunté au bas latin (1792, Robespierre) dont les premières attestations
principalitas, -utis *primauté», de principalis montrent l’importance prise par les normes mo-
(+ principal). L’évolution du sufke -alité vers -ulté rales chez les philosophes des Lumières et leurs
(principaltee, 13621 et -auté est probablement due à disciples révolutionnaires.
l’tiuence de royauté*.
4 Le mot est d’abord attesté au sens isolé de afête PRINTEMPS n. m., d’abord printuns cv. 12001,
principalen. 0 Sous l’influence de prince*, il dési- résulte de la soudure de prins tans (XII~s.), composé
gnait en moyen fkançais la terre donnant la qualité de prins C+ 0 prime) et de temps* et qui pourrait
de prince ( 13621, la souveraineté de prince (1370- remonter au composé latin primus tempus ((la
13723,la dignité de prince (1544; dès 1472, au figuré, bonne saison», composé de primus (+ 0 prime) et
à propos de celle du prince des sots). +L’usage mo- de tempus au sens de asaison)) (3 temps). Printemps
derne du mot est surtout réservé à un petit État in- a éliminé l’ancien primewr Hprintempsn I-+ prime-
dépendant gouverné par un prince (XIX’ s.1: absolu- vère) disparu au XVI~siècle.
PRINTING DICTIONNAIRE HISTORIQUE

+ Le mot désigne la première des quatre saisons. Il actions de priorité ( 18751. +La valeur première de
a pris par métaphore le sens figuré de atemps du priorité, appliquée à une personne, est réactivée
jeune âge>>, d’usage poetique (1539, Marot). Par ex- par ses emplois les plus récents, à propos du droit
tension du sens propre, il désigne la végétation et de passer avant les autres 11924) et, dans le cadre
la température de cette saison (1666). 11 est em- de la circulation routière, du droit de passage d’un
ployé dans la langue littéraire au sens d’«annéen, véhicule par rapport à un autre selon les règles du
suivant un numéral C1770) en parlant d’une per- code de la route ( 1930).
sonne jeune, quelquefois par ironie en parlant ,Le seul dérivé du mot est PRIORITAIRE adj.
d’une personne âgée Quatre-vingts printemps). (1948) et n. #(personne) ayant la priori%, qui cor-
* II a pris enfin le sens figuré de <<période pendant respond à tous les sens du nom comportant une
laquelle des espoirs de libération, de progrès notion de {{plus grande importance>> et, récem-
semblent sur le point de se réaliser- dans le do- ment, à celle de «priorité dans le code de la route».
maine politique et social (19681, par exemple dans bllaproduît PRIORITAIREMENT adv.Ixx”s.).
le Printemps de Prague. @ Voir A PRIORI.
b La dérivation est peu importante : l’adjectif PRIN-
TANIER, IÈRE (15521 qualifie ce qui appartient au 0 PRISER + PRENDRE
printemps, a#u sens propre et, chez les poétes de la
Pléiade, au figuré (1587, Ronsard, tétins printa- 0 PRISER v. tr., d’abord preiser (lOBO), est issu
niers). Il se dit spécialement d’un potage (17671, du bas latin pretiare, «estimer, accorder de la va-
d’une préparation culinaire composée de légumes leur à)), dérivé du latin classique pretium *valeur
de printemps (cf. primeur), finement découp&, et d’une chose)} (-+ prix).
aussi d’une robe, d’une ktoffe légére, claire et fleu- + Le verbe, dés la Chanson de RoEan,d, possède à la
rie ; il a été substantivé au féminin printanihre en ce fois le sens propre d’kvaluer une chose concrète,
sens (1823). + Le Composé AVANT-PRINTEMPS faire l’estimation» et le sens figuré de <<faire grand
n. m. (1933) ne se rencontre que dans l’usage litté- cas de (qqn, qqchJ> (1080). Seul ce dernier s’est
raire. OPRINTANISATION n. f. (1937) est un maintenu, avec une restriction de son emploi au
terme d’agriculture désignant le traitement d’une langage soutenu. L’usage du pronominal se priser,
plante ou d’une graine par le froid et permettant uavoir bonne opinion de soin, <<se féliciter» et, avec
d’en hâter le développement; il a alors pour syno- une valeur passive, «être apprécié)) Exvr” s.1, a dis-
nyme vernalisation. paru en dehors de quelques survivances littéraires.
b Le déclin du verbe a entraîné la disparition de
PRINTING n. m. est emprunté (1932) à l’anglais
plusieurs dérivés comme prisant, anle adj. (v. 11551,
printing, substantif verbal de toprint Gmprimer>>
prisage n. m, Ixme s., presiuge) et prisable adj.
C1340- 13701, employé spécialement avec diverses
(v. 1278). +@ PRISEUR n. m. lui-même, d’abord
acceptions en typographie à partir du xve siècle. Ce
priseor, priseaur ( 1252) #personne qui fait une esti-
verbe, dont les formes anciennes sont topriente,
mationti et «personne qui vante» (1607-16751, survit
to preinte, est emprunté à l’ancien f&nGais @ente,
dans l’appellation COMMISSAIRE-PRISEUR
preinte, participe passé féminin substantivé du
(1802, après huissier-ptieur, 17 181 pour l’officier pu-
verbe disparu preindre (antérieurement pfiembrel,
blic chargé d’estimer les objets mobiliers et de les
représentant du latin premere évincé par presser*
vendre aux enchères. aLe participe passé substan-
(3 empreinte, près).
tivé au féminin, PRISÉE n. f., d’abord prisie dans
4 P&ting a été emprunté pour désigner un appa- les coutumiers du nord de la France (12831, s’est
reil de télégraphie permettant de fkapper directe- maintenu avec le sens correspondant d’xestimation
ment les dépêches dans tous les récepteurs reliés à d’un objet meuble dans une vente publique», élimi-
l’émetteur. Le I;arousse du xxe siècle (1932) l’enre- nant prise n. f. Iv. 1360) de toutes façons compromis
gistre comme le nom d’un appareil employé par par l’homonymie avec prise*, correspondant à
l’agence Havas. Les recommandations officielles prendre. Il n’a pas gardé le sens figuré de ulouange))
préconisent téléscripteur 0 (+ télé-), qui l’a en effet (v. 13601. +Le pré-fixé DÉPRISER v. tr., d’abord des-
remplacé. prisier Iv. 1175) puis depreiser (XII’ s.1 {{avoir du mé-
PRIORITÉ n. f. est emprunté (1377) au latin mé- pris, du dédain pour», adiminuer le mérite d’une
diéval prioritas, -ati ~~préséance» (XIII~ s.), dérivé du chose, d’une personnem (13701, a été éliminé d’une
latin prior «le plus en avant)), «le premier de deux)} part par dépr&ier”, de même origine, et d’autre
(3 0 prieur). part par un autre préfixé aujourd’hui démotivé,
mépriser”.
4 Le mot a été repris avec le sens latin de <(primauté 0 voir APPRÉCIER, DÉPRÉCIER, h&PRISER, PRÉCIEUX.
de rang», sorti d’usage au profit de préséance. Il ex-
prime aussi une notion temporelle d’«antériorité~ 0 PRISEUR + PRENDRE
mais celle-ci est le plus souvent liée k celle d’ccirn-
portancen, spécialement dans le cas de la préfé- 0 PRISEUR + @ PRISER
rence qu’obtient un discours d’être entendu ou dis-
cuté avant les autres ( 179 11, et de la primauté PRISME n. m. est emprunté en géométrie ( 1609)
accordée à une chose. L’une et l’autre notion s’ex- au bas latin prisma, lui-même emprunté au grec
priment en droit, où le mot désigne un caractère prisma, -atos <<sciure, morceau, débris de bois scié>>
d’antériorité OU d’importance conférant un privi- et, déjà chez Euclide, «polyèdre à pans coupés ré-
lège, un avantage, spécialement en finances dans guliersm. Ce nom est dérivé du verbe priein Nsciem
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2945 PRIVÉ

en particulier <<trépaner», d’où par analogie ((faire des sens... L’expression triste comme la porte d’une
grincer>>, cxrnordren et enfin à la voix moyenne du prison (1842) est postérieure à la variante ironique
verbe (médiapassif), avec l’idée de grincer des attrayant (gui, etc.) comme la porte d’une prison
dents, ~~s’irriter », «se tourmenter)). Priein repose ap- ( 1640) ; on dit plutôt aujourd’hui aimable comme
paremment sur un radical “pris-; c’est un terme une porte de prison.
technique sans étymologie claire. F Le mot a produit ses dérivés avant la fin du
+Prisme a été repris avec son sens latin de “po- me siècle. ~PRISONNIER, II%E n. et adj. Il 176-
lyèdre qui a deux de ses faces égales et parallèles)). 118 1, d’abord écrit avec un seul n) Sign%e cper-
En optique (1637, Descartes), il désigne cette figure sonne privée de sa liberté)) et spécialement xmise
à section triangulaire ou quadrangulaire, en ma- dans une prison>>. Le mot s’emploie spécialement
tiére transparente qui a la propriété de dévier et de dès l’ancien fiançais en parlant de celui qui a été
décomposer les radiations. 0 De là, il a développé fait captif à la guerre. Le mot a supplanté prison, qui
une valeur métaphorique, &Sment transformant désignait aussi en ancien français la personne dé-
l’image du réel, générallement en la déformant)>, tenue dans une prison. 0 L’usage précise parfois le
par exemple dans voir les choses A travers un type de captif par un complément de détermina-
prisme (1775). oLe mot s’applique à un cristal tion, prisonnier de @erre ( 1606 ; autrefois prison-
ayant plusieurs faces parallèles à une même droite nier de bonne guerre 4ritable prisonnier de
et, en histologie, à l’élément constitutif de l’émail guerre)), 1475) et au xxe s. prisonnier de droit com-
de la dent, Présenta;nt des striations transversales. IIIUZI (elliptiquement un droit commun), prisonnier
b De ptisme, d’après le radical grec du gknitif, est politique (d’où un politique), etc. +L’emploi adjec-
dérivé PRISMATIQUE adj. (1659, Pascal) qui quali- tivé de prisonnier est attesté au XIII~ s. ( 1240-12801, le
fie ce qui a la forme d’un prisme et, en optique, ce nom comme l’adjectif développant par la suite une
qui est muni d’un prisme (jumelles prismatiques, valeur figurée (prisonnier de...). + C’est aussi un
19161, se disant spécialement des couleurs percep- terme du vocabulaire technique qui désigne un élé-
tibles à travers ie prisme optique 11754). + fisma- ment fixé dans une pièce métallique et assurant la
tique a servi à former PRISMATISER v. tr. (1802) liaison de celle-ci avec une autre (1845).
<donner la forme d’un prisme à qqch.n dont est dé- EMPRISONNER v. tr. (v. 11351, fait sur prison avec
rivé PRISMATISATION n. f. (1802). + Le radical de le préfixe em- (en-1 et la désinence verbale, signZe
prisme a servi à former PRISMOÏDE n. m. (18291, (<mettre (une personne) en prison» d’où, par analo-
concurrencé par PRISMATOÏDE n. m. (18691, fait gie, «retenir (qqn) comme dans une prison)>
sur le radical du génitif grec ptimatos. (v. 1135). Par extension, L’accent étant mis sur la no-
tion d’espace restreint, le verbe s’emploie avec un
PRISON n. f., réfection graphique (v. I 155) de nom de chose pour complément, au sens de
prisun 11080), est issu du latin prehensionem, ac- «contenir, renfermer)> 11806). Par une autre méta-
cusatif de prehensio «action de prendre)), spéciale- phore, il s’emploie avec un nom abstrait pour ex-
ment ((action d’appréhender qqn au corps)‘, mot qui primer l’idée d’enfermer (av. 1842). *Le verbe a
a donné par emprunt préhension*. L’évolution me- produit le nom d’action EMPRISONNEMENT
nant au mot français passe par une forme contrac- n. m. (12751, qui exprime l’idée d’Gncarcérationn
tée “prensionem, “presionehd devenue “preison ainsi que les valeurs métonymiques de ((durée
(trois syllabes), puis prison sous l’influence de pris, d’enfermement », <<faitd’être en prison- et, par ex-
participe passé de prendre*. tension, (<fait d’être privé de liber&, valeurs que
+ Le mot a eu un sens actif, désignant l’action de possède prison en ancien fknça,is.
prendre, la capture. Par métonymie, il a désigné @ Voir APPRÉHENDER. PRÉHENSION.
l’état d’un individu privé de liberté, en captivité
Iv. I 1401, sens lui aussi disparu mais dont procède PRIVÉ, ÉE adj. et n. m. est issu Km XI~ s.1du la-
l’emploi moderne de apeine privative de liberté su- tin privatus «particulier, propre, indivîduelm, subs-
bie dans un lieu de détention>>. + Par un autre déve- tantivé pour désigner le simple citoyen. Le mot est
loppement métonymique, prison sert surtout à dérivé de privus dont le sens premier devait être
nommer Cl0801 le lieu, le bâtiment de détention, “qui est isolé en avant», d’où mis à part>> et qui, en
sens qui donne une valeur nouvelle à des locutions latin classique, Sign%e aparticulier, propre à cha-
où le mot avait le sens de Ncaptivité>j : jeter en pri- cun, spécial>> et <<chaque, chacun». Pri~s est lui-
son (v. 1140 ; après meiner en sa prisun, 1080, Gem- même dérivé d’un radical pri-, attesté par son
mener captif»), tenir en prison Iv. II551 qui a disparu comparatif et ses dérivés (--+0 prieur, 0 prime,
comme garder en prison (11761, mettre en prison priorité) et appartenant à une famille de termes in-
11160-l 174). Les sens initiaux actifs de prison ont doeuropéens à structure consonantique p-r expri-
disparu du fait du sens concret qui l’a emporté. mant à l’origine la notion de Atuation en avant>>
0 L’autre sens métonymique, eprîsonnier, capti5 (+ par, pour, pré-, pro- et, du grec, para-, péri-, pro-,
Iv. 10801, s’est totalement perdu. 0 Quant au sens proto- ; protagoniste, protéine, protide, protocole,
figuré de <service amoureux auprès d’une dame» proton, prototype).
Cv. 11651, en usage dans le vocabulaire courtois, il a +Privé signiGe d’abord ((qui vit dans l’intimité de
lui aussi disparu, mais on peut y rattacher de Loin qqn, familier-m, d’où «intime> Iv. 1140) ; en ancien
certains emplois métaphoriques du mot dans la français, ce sens était souvent mêlé d’une nuance
rhétorique amoureuse traditionnelle, aujourd’hui dépréciative d’intimité excessive, le mot s’em-
compris comme métaphores du sens moderne, ployant à propos d’un maître trop proche de ses
ainsi que des emplois du type la prison du corps, gens, d’un voleur adroit, d’un homme ayant des
PRIVER 2946 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

manières trop libres et familières (cf. privauté). Ap- Avec son deuxième sens fondamental, privé a pro-
pliqué à des entretiens, il entre dans l’expression duit récemment les termes d’économie et d’admi-
conseil privé conseil formé des plus intimes du roi>> nistration PRIVATISER v. tr. IV. 1970) et PRIVATI-
Cv. 1360). L’une des expressions les plus courantes SATION n. f. (v. 19651, sur le modèle de étatiser,
est propriété* privée. Associé à un nom de chose, de étatisation et sous l’influence des mots anglo-amé-
lieu, privé si@e aauquel le public n’a pas accès>>, ricains to privutize C19691 et privutizatin ( 19591,
spécialement dans chasse privée (d’abord en SO- eux-mêmes de l’anglais private, emprunte au latin
logne) et autrefois prison privée (1549). ll quame privutw Ces mots concernent l’opération de pas-
aussi ce qui est individuel, particulier, d’ordre per- sage au secteur privé, inverse de la nationalisation
sonnel, spécialement dans les expressions conseil OU étatisation. *DkPRIVATISER v. tr. et DEPRI-
(idée) privé «pensée secrètem Iv. 1174 et surtout vie VATISATIUN n. f. (1987) correspondent au retour
privée aaspects de la vie d’une personne qui ne d’une entité économique au secteur public.
sont pas rendus publics>>. + En relation avec ces dif- 0 Voir APPRTVOISER, PRJX-ER. PRMLÈGE, PROPRE.

férents emplois adjectifs, privé est substantivé, dé-


PRIVER v. tr. est emprunté cv.1300) au latin pti-
signant autrefois ce qui est dans la possession de vure amettre à part, écarter de, Gter des, Kdépouil-
qqn (v. 1MI), un privé désignant en ancien français
ler= et aempêcher», dérivé de privus (b privé).
un ami intime (v. 11401 et, au féminin privée, une
+ Comme le verbe latin, priver Sign%e aenlever à
femme par rapport à son ami intime. oPrivée n. f.
qqn, à qqch. la jouissance d’un bien, d’un avantage>,
(XIII~sd, puis privé n. m. ( 1538) comme nom ont éga-
spécialement Nenlever en guise de châtiment, des-
lement servis à désigner les latrines, par allusion à
tituern ( 1461). Par extension, avec un nom de per-
la situation retirke de cet endroit. 0 Avec une va-
sonne pour complément, et le sujet désignant la
leur de neutre, ne privé), il servait à désigner l’inti- mort, la maladie, il signifie <<enlever lune personne)
mité Iv. 11601,spécialement dans la locution ert son à ses proches)} (15531. 0 Le pronominal se priver de
privé Cv.11801, de nos jours en ptivé. +Eh ancien (1538) a le sens de arenoncer à (un bien, l’usage
français l’adjectif s’est appliqué à un animal appri- d’une chose agréableIn. Se priver, absolument
voisé (v. 11601, sens également sorti d’usage tout (18451, correspond à as’imposer des sacrikesm.
comme le verbe priver ccapprivoiserm qu’il avait pro- F De tous les dérivés de priver, seul le plus ancien,
duit (xv” S.I. PRIVATION n. f. (1290), s’est maintenu. Le mot
Le second sens de base, Kquî n’a pas de part aux af- n’est pas emprunté au latin privatio, qui avait un
faires publique+, remonte au moyen fiança& autre sens. Privation désigne la perte, l’absence
iv. 13671,en parlant d’une personne et d’une chose. d’une faculté, d’un avantage qu’on devait ou pou-
Par extension, privé est appliqué a une chose qui vait avoir, spécialement la cotiscation juridique
n’a pas de caractère officiel et, selon le contexte, (d’un bien), la destitution (d’une charge) [ 13Oï’l. Une,
s’oppose aux notions de public, politique et social. Il des pr-ivutinW concerne le fait d’être privé des
est spécialement employé en droit à propos d’un choses nécessaires à la vie 11788).
acte sous seing fait sans l’intervention d’un officier PRIVATIF, IVE adj. est emprunté ll514) au latin
public (1690). 0 Par opposition à public, d’fitut, na- des grammairiens privativus, dérivé du radical du
tionalisé, l’adjectif est employé en parlant d’un sec- supin Cprivutuml de privare I+ priver). +Le mot a
teur d’activité, aussi substantivé en ce sens (le privé été repris par la langue du droit pour qualîher un
pour le secteurptivé); c’est dans ce sens que les dé- type de peine par laquelle on enlève qqch. (la li-
rivés récents privatiser et dépdvatiser sont apparus. berté, par exemple) au puni (par opposition à peim
+ Il est substantivé spécialement pour désigner un positive); ce sens est sorti d’usage, mais privatif
détective (elliptiquement pour détective privé), SUT- quaMe encore en droit ce qui est exclusif ( 1544, pri-
tout dans un contexte américti ; le mot est alors vatif& & l’exclusion denI. 0 L’adjectif est spécialisé
calqué de l’anglais private detective (18681, syno- en grammaire pour qualifier une particule mar-
nyme de private dick, private eye. En français, il quant la privation ( 15371,préfIxe privatif étant sub-
évoque l’univers du roman et du ti «noirm anglo- stantivé ultérieurement au masculin (1690). de
saxon, sens plus courant de “qui prive den ( 1555) est néan-
moins du style didactique et peut reprendre l’em-
b PRIVÉMENT adv. (15381, antérieurement privee- ploi pénal ancien (mesure privative de Zibertél
ment (11381, a perdu son ancien sens de adans une o Quant à l’emploi pour qualser une chose dont
grande familiarité>> et s’emploie dans la langue lît- on a la jouissance exclusive mais non la propriété,
téraire avec le sens d’een secret, en ptiiculiern. perçu comme un emploi synonyme de privé, il est
PRIVANCE n. f. Cv.112OI, -douceur, affabilité)> et valorisé par l’usage de la publicité immobilière (jur-
<ami@ (v. 11801, <lfamiliaritén (v. 1200), s’ordonnait din privutiB. +Privatif a produit PRIVATIVEMENT
à l’idée d’intimité dans sa valorisation. Il a disparu adv. (1542) aexclusivement» et, avec la préposi-
après le ~VII” siècle. tion à, & l’exclusion den, devenu archaïque.
PRIVAUTÉ n. f. Iv. 12 101 est la réfection, avec le suf-
fme de royauté”, de l’ancien tian@s priveté PRIVILÈGE n. m. est emprunté cv.1170) au la-
IV. I 1701, ptivité Cv.11701, dérivés de privé. À la dîf- tin juridique privilegium «loi exceptionnelle (prise
férence de l’adjectif, il a conservé la nuance dépré- en faveur d’un particulier)» et {{avantage, faveum
ciative d’(cexcès d’intimité- qu’il réalise en parti- Le mot est composé de privus (-, privé) et de lex
culier dm un contexte galant. Son autre sens de C-Ploi).
csecretn et, par métonymie, de «chose sec&@ +Le mot, repris comme terme juridique, désigne
Iv. 12201, a disparu. un avantage accordé à une personne ou à un
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2947 PRO-
groupe, qui en jouit à l’exclusion des autres. Par 0 Les locutions usuelles formées avec prk sont
métonymie, il désigne concrètement un acte au- nombreuses dès l’ancien tiançais ; certaines,
thentiknt la concession d’un tel privilège krf s.l. 11 comme mettre en prix Iv. 12001 remplacée par
a eu plusieurs sens particuliers dans des expres- mettre àpti(13771, ont changé de sens, passant de
sions telles que privilège de croix =prîvilège l’idée de «vendre à un prix avantageux)> à &er la
qu’avaient les croisés de ne pas payer d’impôtn valeur d’un objet dans une vente>> (15381, au-
(12521, privilège du roi ((autorisation d’imprimer jourd’hui <dans une vente aux enchère+. Après de
donnée par le gouvernement royal» ( 1508). Ainsi prix Cv.11353 <<devaleurm, on note à bon prix & bon
l’Académie française avait sous Louis XIV le privi- marché)) 115791, ne pas avoir de prix ((être inesti-
lège (excluslD de publier un dictionnaire de la mableN W%‘11, à prix d’or &ès cher>> (18291, un prix
langue fkançaise. Par spécialisation, le mot a dé- fou aexagérén (1865). Avec le sens abstrait de Kva-
signe sous l’Ancien Régime les droits et les avan- leur que l’on attribue à une chose, à une personne)>
tages utiles ou honotiques que possédaient cer- Iv. 11401, prix entre aussi dans des locutions : au
taines personnes selon leur naissance ou leurs prix de «en comparaison de)) (v. 15001 est devenue
fonctions ( 1690). *La valeur figurée correspond à archaïque, passée usuelle pour aen échange de,
«faveur particulières (12771, udroit, avantagea (xv” s.) (1588, au prix de sa vie) ; la locutio,n adverbiale au
et «don naturel du corps ou de l’espritu, spéciale- pti tien comparaison* a disparu. A tout prix ( 1863)
ment à propos d’un vice, d’un inconvénient person- & quelque prix que ce soit» ne s’emploie plus qu’au
nel (av. 1648). 0 Le mot, assez littéraire, a été remis figuré pour flmalgré tout, à n’importe quelle condi-
à la mode par la publicité, et certains emplois tra- tion)> ( 1807). Mettre Je prix (1860) Sign%e «payer le
hissent l’tiuence de l’anglo-américain pdvllege, prix nécessaire)). C’est le même prix (18861, au fi-
de même origine mais de connotations différentes, guré, s’emploie pour “que vous le vouliez ou nonn.
cavantage personnel, agrément dont on bénéficieB. *Dès l’ancien lançais, prix a développé le sens fi-
Privilège est, avec prestige, un des mots-clés de l’in- guré de Nrécompense donnée à la personne qui
citation commerciale. réussit le mieux dans une compétition)> (1176- 118 11,
F Le d&ivé PRIVILÉGIER v. tr. (v. 1223) a d’abord sens qui s’est maintenu, avec une spécialisation
eu le sens particulier d’cattribuer des indulgences dans le domaine scolaire ( 16901, d’où au XD? s. dis-
à (une égliseIn puis, plus généralement, «accorder fzi!~utiofl des prix et les sens métonymiques de
un privilège à (qqn)» ( 1260). + Le participe passé acompétition à la suite de laquelle on décerne une
PRIVILÉGIÉ, ÉE est adjectivé (12831 et substantivé récompense)) (18671, notamment en turf, et <(per-
(1596) pour 4personne) qui jouit d’un priviIègeB. sonne à laquelle on décerne une récompensen
0 Au pluriel, le nom insiste sur les avantages de la (1875, Prix de Rome). Dans ces contextes, la nature
classe riche, dominante, dans une société. Il peut du prix est parfois précisée (prix de vertu au XIX~ s. ;
alors, dans l’usage contemporain familier, être ren- premier, second prtx en relation avec accessit, etc.).
force par le préfixe super-. L’adjectif a développé, Grand prix est fréquent lorsqu’il s’agît d’une
en relation avec le nom, le sens figuré de “qui s’at- compétition, d’une course (de chevaux ou automo-
tribue ou à qui l’on accorde certaines libertés dans bile). ~Les sens plus généraux de «salaire, ré-
la société)) ( 16941, <<qui a reçu de la nature un don compensem (1467) et, par antiphrase, <<châtimenta
particulier>> [ 1695). ( 1643) ne vivent plus que dans la langue littéraire.
~Prix a servi à former le terme d’économie mo-
PRIX n. m., d’abord pris Cv.1050) avant prix (XV”- derne SURPRIX n. m. (v. 1968) qui désigne un prix
XVI” s.), est issu du latin pretium. Celui-ci désigne la excessif ou un supplément de prix.
valeur d’une chose et, par métonymie, la somme 0 voir APPRW~R, DÉPRÉCIER, &PRISER, PRÉCIEUX,
versée contre une chose ou un service, la ré- @PRISER
compense, le salaire et, en général, l’argent ; au fi-
guré, pretium désigne la valeur morale, intellec- PRO- préf. est tiré de la préposition latine pro
tuelle, esthétique, sentimentale. L’étymologie de ((avant, devant, sur le devant de%, d’où avec l’idée
pretium n’est pas éclaircie : plutôt que du groupe de défense, de protection apour» (--+pour), <<dans
balte et slave (par exemple, vieux slave protivu, l’intérêt de», & cause den et & la place den, Nen
russe protiv «contre4 et le grec proti, on le rap- guise de, commen et een proportion de». Le mot
proche du latin interpres, 4,s Nintermédiairen correspond exactement au grec pro et partage
(-, interprète) avec l’idée commune de acommerce, avec lui un emploi de préverbe. Le tiancais lui-
échange>. même a emprunté l’élément sous la double forme
+Le mot, avec sa valeur matérielle, désigne pour- *, pro-.
d’abord la somme à payer pour une chose (le pre- +IVo- marque l’antériorité spatiale, plus souvent
mier exemple connu concerne le passage sur un encore l’antériorité temporelle ou bien l’idée
bateau) et la valeur commerciale d’une chose qu’une chose (une personne) est favorable à une
(1160-l 1741, que ce soit d’un point de vue objectif ou autre, alors opposable à anti-. Combiné à un ad-
de celui du vendeur, de l’acheteur (15381. À partir jectifou à un substantif, plus rarement à un nom de
du XVI” s., il est employé dans des contextes écono- lieu, il a pris une certaine extension au ti s. dans
miques, dans des locutions comme à juste prix la langue des sciences et des techniques Iméde-
115791,prix constat, prix fixe 116901,cette dernière cine, biologie), mais surtout dans la langue cou-
étant plus tard employée par métonymie pour un rante avec le sens de Nfavorable à* (y compris de-
magasin à prix Exe (17891, puis pti c!e retient vant un sigle : pro-OLP), Sa popularité explique
118383, baisse des prix et blocage des prix 11958). certains emplois de pro quasiment substantivé au
PROBABLE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

sens de ~parkisan~~ (1976, les pro et les @titi), emploi propos du caractère d’une doctrine fondée sur les
compromis par l’homonyme tiré de professionnel. opinions probables ( 1657, Pascal, qui en fut l’adver-
0 Voir PRONATEUR. saire). +D’après le développement de probable, il
s’est répandu dans l’usage courant à propos d’un
PROBABLE adj ., d’abord proububk (1285l, est événement 117863, spkialement dans une compa-
emprunté au latin probabilis qui qualiCe une chose raison C1797), et s’emploie en mathématiques
vraisemblable, plausible et, avec une valeur lauda- Idéb. XVIII”s.) pour désigner une branche de cette
tive, une chose digne d’approbation, une personne discipline, le calcul des probabilités. Ce dernier
estimable. C’est un adjectif dérivé de probure afaire sens a donné lieu à des applications en statistique,
l’essai deu (+ prouver), lui-même de probus dans l’étude des phénomènes économiques, de la
I+ probe), pris au sens de arendre croyable>> et =ap- biologie biométrique, de l’astronomie, de la méde-
préciep, ce dernier étant repris en fkançais par le cine Il” moitié XX~s.l. *À ces termes s’ajoute le
représentant de son composé upprobure (-+ ap- terme de doctrine PROBABILISME n. m. (16971,
prouver). formé savamment sur le radical du latin probubilis
+ L’adjectif a d’abord le sens étymologique de “que en théologie et repris en philosophie (1821). + Par
l’on peut prouver, vétiern aujourd’hui réservé a changement de sufke, ce mot a produit PROBA-
prouvable*. Il a eu en moyen français la valeur la- BILISTE n. et adj. 117041, employé en théologie puis
tine de clouable, digne d’approbationm, disparue en en mathématiques, qualifiant ce qui utilise la no-
français classique. +Son usage moderne s’est dé- tion de probabilité 119471 et désignant un mathéma-
veloppé à partir de la fin du Xnre s., d’abord dans la ticien spécialiste du calcul des probabilités (19621.
langue didactique à propos d’une opinion ayant PROBANT, ANTE adj . est emprunté ( 1566) au latin
une apparence de vérité (13801, sens dans lequel il probans, probuntis “qui prouve>>, participe présent
est substantivé avec une valeur de neutre (1656, de probure (-+ prouver). - L’adjectif, introduit en
Pascal dans Eesm-winciales). Le même texte de lançais comme terme de droit dans ~lt forme pro-
Pascal atteste la spécialisation de l’adjectif en théo- bante <<en forme authentiquen, emploi où il se subs-
logie, dans l’expression opinion probable (1656). titue à probatoire (+ probation), se dit également
4 La langue courante emploie surtout le mot pour (1756) d’une pièce qui constitue une preuve aux
quaMer un événement, un phénomène qu’il est yeux de la justice. 0 Son passage dans la langue
raisonnable de supposer, de prévoir (17861, notam- courante pour qualifier une chose convaincante est
ment dans une comparaison ( 179ï’I, en locution im- attesté à la veille de la R&olution C1787).
personnelle (il est, c’est probable) et, elliptique- @ Voir APPROUVER, ÉPREUVE, PREUVE, PROBATION,
ment, employé seul, dans une réponse familière (à PROBE, PROUVER, RÉPROUVER, SUPERBE.
la place de c’est probublel. 0 Un autre emploi di-
dactique s’est développé en mathématiques PROBATION n. f. est emprunté Iv. 1330) au la-
(déb. XX~s.1,sous l’influence de probabilité. 0 L’em- tin probutio, -0vti.s &Preuve, examen» et apreuve,
ploi du mot pour qutier une personne <<présu- argumentation», dérivé de probatum, supin de pro-
méeu (attesté 1862) est critiqué comme abusif. bare (-+ prouver), de probus I-, probe).
w Le premier dérivé du mot est PROBABLEMENT 4 Le mot, employé en moyen iknçais au sens de
a&. ( 1370-13721 «vraisemblablement~, qui entre <<preuves a été éliminé au xve s. par ce mot
dans la locution conjonctive probablement gue I+ preuve). * Il s’est spécialisé dans le langage reli-
(1787). 4 L’antonyme préhé IMPROBABLE adj. gieux, où il désigne le temps d’épreuve qui précède
(xv” s.) a d’abord eu le sens de tiréprouvable>, s’op- le noviciat Iv. 1350, un de probation) et le temps du
posant à probable au sens ancien de “que l’on peut noviciat précédant l’entrée détitive dans un
approuvep kwe S.I. 0 Symétriquement à probable, ordre Il 549). Par extension, il se dit quelquefois
il a exprimé la notion de «qui ne peut pas être d’un temps d’épreuve (1870, dans un contexte pé-
prouvép (1606) avant de reculer au profit d’itnprou- nal) et désigne, en droit pénal (attesté 19531, une
vuble*. Son usage moderne s’arme, à partir du méthode permettant le traitement des délinquants
XVII~s., par le sens didactique de aqui n’a pas de en vue de leur reclassement au moyen du sursis,
probabilité» (1611) et, couramment, de “qui a peu de cette méthode reposant sur une mise à l’épreuve.
chance de se produire)) ( 1815). + Improbable a pro- F PROBATOIRE adj., attesté depuis 1594, est soit
duit, d’après probubilité, IMPROBABILITÉ n. f. dérivé du radical de probation”, soit emprunté au
( 16101, d’usage didactique y compris dans son sens dérivé latin probutorius. +Terme de droit dans
particulier d’aévénement improbableu ( 17721, et IM- l’expression fomze probatoire aauthentiques, il a
PROBABLEMENT adv. (19311, peu USi% +Un cédé cet emploi au mot de même famille probant*.
verbePROBABILISERv.tr. aétéformé (1847) pour 0 De nos jours, il quatie ce qui est propre à prou-
exprimer le fait de rendre plus probable, donnant ver la capacité, le niveau d’un candidat, d’abord
un dérivé didactique PROBABILISABLE adj. Cat- dans acte probatoire Wï’O73qui désignait autrefois
testé 19741. un examen universitaire, aujourd’hui dans examen
PROBABILITÉ n. f., le nom correspondant à pro- (18671, épreuve, stage probatoire.
bable, est directement emprunté (1370-13721 au dé-
rivé latin probubilitus, -dis au sens de achance PROBE adj., d’abord prob (1464) puis probe
qu’une chose a d’être vraie, raison qui fait présu- (XVI~ s.), est emprunté au latin probus, terme de la
mer qu’elle 1’estB. 0 L’emprunt a supplanté son langue rustique qui quatie une récolte, un végétal.
doublet probableté ( 15491, dérivé lançais de pro- qui pousse bien droit, passé dans l’usage courant
bable. Il est passé dans le langage théologique à au sens de «de bonne qualîtén et, en parlant d’un
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2949 PROCÉDER
homme adroit, honnête, bon». ITroks est issu de seconde moitié du xx” s., il s’étend aux difkultés af-
“probhos, avec un second élément peut-être appa- fectives, personnelles, psychologiques et profes-
renté à la racine indoeuropéenne signifiant sionnelles de qqn 11954, dans la locution avoir des
<(croître> k futur; physique). On en rapproche pour proMèmes1 et entre (av. 195% dans l’expression il
le sens le vieil anglais from ade bonne qualité, qui a n’y a pas de problème, familièrement y a pas de
de la Va[leur>), I’ancien haut allemand fruma =uti- probkrze, qui semble issue du milieu des écoles
lit&, le vieil islandais framr “qui est au premier d’ingénieurs, d’où elliptiquement pas de problème
ranp. dans le langage familier. Cette dernière est cal-
+ Le mot, repris en français au sens moral de adroit, quée de l’anglo-américain no problem où problem a
intégre* et appliqué aux personnes, est resté rare le sens afkibli de 4iBculté~ (1934); son emploi en
avant la k~ du XVIII~ s. (1788). Par métonymie, il s’ap- réponse ou en assertion peut correspondre à aoui,
plique à ce qui est le fait d’une personne honnête, d’wcorda, et est devenu un tic de langage, de
droite (1826). n a vieilli. même que sans proSme lot. adv. afaciiementn,
b Le français a emprunté au latin plusieurs mots de qui, par tiaiblissement, fit par correspondre à
la même famille. * PROBITÉ n. f., emprunt (1429- une réponse positive («oui»).
1430) au dérivé latin probitas, -dis <<bonne qualité b PROBLÉMATIQUE adj. et n. f., d’abord écrit pro-
morale, intégrité», s’est mieux implanté que probe bleumaticque (14901, est emprunté au bas latin pro-
dans l’usage, mais il est aujourd’hui réservé à un blematicus econstituant un problème auquel on ne
registre soutenu, sinon littéraire. + L’antonyme peut apporter de solutiona, emprunté au dérivé
préké IMPROBE adj., d’abord improbe En xve s.), grec problêmatkos. 0 Le mot a repris le sens latin
est emprunté au latin improbus, formé de im- pri- de 4fIicile à résoudre, douteux*, passant dans
vatif (-+ in-3 et de probus, qui signifie «de mauvais l’usage général à propos d’une chose qui n’est pas
aloi, mauvah, moralement -méchant, pervers, certaine, dont l’existence, la vérite est douteuse
malhonnêteu et, avec l’idée de ce qui n’a pas les (av. 16791. Par extension, il s’applique à ce qui est
qua&& requises, <(démesuré, extravagantm, VO- suspect, équivoque, mystérieux (17983, à ce qui a un
race, insatiableB, aimpudent, hardi, audacieuxn. En caractère hypothétique, énigmatique ( 1852). - Plus
fkançais, improbe n’a hérité que du sens moral avec tard, sous l’influence de l’allemand Problematik et
lequel il s’oppose à probe. Il est encore plus rare dans un usage didactique, la probkmatique n. f.
que lui. +Le nom correspondant, IMPROBITÉ n. f., E19513 désigne la technique qui consiste à bien po-
est emprunté (v. 1350) au dérivé latin improbitas, ser un problème ou un ensemble cohérent de pro-
-atis amauvaise qualité d’une chosen et xméchan- blèmes et, par métonymie, l’ensemble des pro-
ceté, perversitém, également aaudace, e&onterie». blèmes se posant sur un sujet déterminé. *De
Resté rare jusqu’à la En du XVIII~s., comme probe, il problémamueontétédérivés PROBLEMATIQUE-
sert d’antonyme à probité mais son emploi est plus MENT adv. 11548) Nde manière problématique, dou-
marqué. teuse* et, dans la seconde moitié du xxe s., PRO-
+ Voir ACERBE, APPROBATION, APPROUVER, UIPROBA- BLÉMATISATION n. f. qui implique un
TION, PROBABLE. PROBANT. PROBATION, PROUVER, RÉ- intermédiaire PROBLÉMATISER, attesté un peu
PROBATION, RÉPROUVER, SUPERBE. plus tard dans la langue didactique contemporaine
pour Norganiser, présenter sous forme d’un en-
PROBLÈME n. m. est emprunté (v. 1380) au la- semble de problèmes%.
tin problema Kquestion à résoudre», lui-même em-
prunt au grec problêma qui désigne ce que l’on a PROCÉDER v. est emprunté (XIII~s.1 au latin
devant soi, et spécialement un obstacle, une tâche, procedme, formé de pro- *deva& (-+ pro-3 et de ce-
un sujet de controverse, une question à résoudre. dere 4lerB (4 céder), proprement 4ler en avant,
Le mot est dérivé de proballeiut, composé de pro avancers, et, au figuré, «progresser-u, cavoir telle is-
<(devant> (-* pro-j et de ballein ccjetep (-+ bal), pro- sue)). Le mot a pris une valeur spéciale en droit et, à
prement <<jeter devant> et, par abstraction, amettre l’époque chrétienne, dans la langue ecclésiastique,
en avant comme argument, proposer lune ques- où procedwe a, de exprime le fait de sortir de,
tion, une tâche, et&. d’émaner de.
4 Le mot a été repris avec le sens du latin, dans le +~OC&T a repris le sens d’aavancen, d’abord au
domaine spéculatif, philosophique et théologique. figuré dans proceder en son office cs’acquitter de
C’est Ia seule acception connue jusqu’au XVII~s., ses fonction9 (xtues.1 et plus généralement flavan-
époque où le mot s’emploie en mathématiques ter, continuer dans l’accomplissement d’une af-
(16121 et en physique ( 1632, Descartes) pour dési- fairem 113551. Dans ce sens, aujourd’hui sorti
gner une question à résoudre par des méthodes ra- d’usage, on employait bien procéder au sens de
tionnelles déductives ou par l’observation. Le sens <<bien construire un ouvrage littéraires E16901,qui a
métonymique de aquestion à résoudre par des élé- disparu au xd s. Iles dictionnaires le considèrent
ments donnés dans l’énoncé>) semble tardif 11900) ; comme vieilli depuis 1812). Le sens propre étymolo-
il s’est spécialisé dans l’usage scolaire, à propos gique de «gagner du terrain, avancer» 115011 n’a pas
d’une épreuve, d’un devoir de physique ou de ma- vécu ; il est resté vivant en anglais. - Les sens ac-
thématiques krithmétique, algèbre, géométrie) qui tuels du verbe se sont établis au début du XI+ siè-
suppose un raisonnement. + Au XVIII~s., problkme cle : par emprunt au latin ecclésiastique, pro&der
commence à se dire couramment d’une chose ou de exprime le fait d’être produit, d’émaner de, sur-
d’une personne que l’on explique mal EE’x?) et tout en parlant du Saint-Esprit, puis passe dans
d’une difkulté d’ordre pratique (17751. 0 Dans la l’usage laïc au sens de Nprovenir de, tirer son ori-
PROCÈS 2950 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

gine de> (v. 1370). Le sens courant, avec un sujet sens juridique d’&lkire poursuivie en justice, ins-
nom de personne, correspond à <<agir de telle ma- tance devant un juge)) (1324). Il est ainsi entré dans
nière> (13001, spécialement procéder ct équivalent des locutions comme être en près (13411, procès
didactique ou administratif de faire, et, avec un pendant 113791,faire un proc&s à qqn (1475, faire le
nom de personne pour complément, procéder avec, procès) ou encore S~IISautre forme de procès (15723
envers (15531. 0 Par emprunt au latin juridique, le qui s’est d’abord dit d’une condamnation sans juge-
mot exprime le fait d’agk judiciairement dans un ment, sans observation des formes légales, avant
procès (13021, presque toujours accompagné de la de se répandre au sens figuré de asans façon, sans
préposition à (15491. délai ni formalit& (1668). D’autres locutions sont
b Le dérivé juridique PROCÉDURE n. f. 11344 dé- également passées dans l’usage courant en pre-
signe les formes suivant lesquelles on doit procé- nant un sens figuré, comme faire le procès à qqn
der en justice et, par métonymie, l’ensemble des (16381, à gqch. (16721, remplacée par f&e le prmès
règles, des formalités qui doivent être observées. de IqqchlI16631, de qqn. + Par un autre emprunt
Dans ce sens, il constitue une branche des activités au latin, procès a pris le sens étymologique de
et de l’étude du droit, avec des spécialisations (pro- amarche, développement, progrèsn (12501, vieilli
cédure civile, ctiminellel. Par analogie, le mot a dé- sauf dans quelques usages didactiques Iv. 15601,
signé kve-xwe s.1 la manière de se comporter, spécialement en sciences, où il est concurrencé par
d’agir, de procéder pour aboutir à tel résultat processus* (voir ci-dessous). +Il a aussi développé
(16391, sens qui a vieilli à la différence de procédé en anatomie le sens concret de ((prolongement
(ci-dessous). *Procédure a pris le sens technique d’une partie anatomique principale, (v. 1560, Paré,
d’tiensemble d’étapes successives dans la conduite procès mamillaires), repris et généralisé à la fm du
d’une opération complexe)> (19591 sous l’inkence XVII? s. Il7931 et qui a remplacé processus. Il est em-
de l’anglais procedure, lui-même emprunté au mot ployé dans ce sens en philosophie et en linguistique
français au début du XVII” s. dans son ancien sens (19271, sous l’influence de l’anglais process, emploi
général de aprocédé, méthode)) et dont la valeur est qui s’est généralisé dans un discours un peu pré-
distincte de celle de processus et de pro& au sens tentieux.
étymologique, qui évoquent une suite d’événe- wProcès a produit quelques dérivés juridiques. - Il
ments naturels. Cette acception est courante dans entre dans PROCÈS-VERBAL n. m. 113671 aacte
le langage de l’aviation, de l’informatique (1968) et dressé par une autorité compétente et qui constate
de la linguistique. 4 De procédure, on a tiré deux un fait entknant des conséquences juridiquesn, et
termes de droit, PROCÉDURIER,IÈRE adj. et n. spécialement 11842) aacte par lequel un gendarme
(18191, qui a souvent la valeur péjorative d’wna- constate une contravention, un délitm. Par exten-
teur de procès, chicaniern (18421, et PROCÉDU- sion, le mot sert à désigner un écrit relatant ce qui
RAIL, ALE, AUX adj. (18771, strictement descriptif a été dit ou fait dans une réunion ou une assem-
et toujours didztique. blée, une circonstance officielle (1718). 0 Le déno-
Le nom tiré du participe passé, PROCÉDÉ n. m. minatifdecelui-ci, PROCÈS-VERBALISER~.~~~~.
(15401, exprime la façon de faire, de s’y prendre, dresser un procès-verbalm (18421, est sorti d’usage,
très généralement, ainsi que la fqon d’agir à remplacé par verbaker. +@)PROCESSIF,IVE
l’égard d’autrui (1659). Dans un langage plus tech- adj. 11511) qua%e ce qui a rapport aux procès et se
nique, procédé correspond à la manière métho- dit d’une personne aimant à intenter, à prolonger
dique employée pour parvenir à un résultat f 16271, des procès (15491, autrefois en droit. Cet emploi a
spécialement en dessin et en rhétorique, et parfois été repris en psychiatrie 11902) à propos d’une per-
avec une valeur péjorative dkrtikem. 0 Il a pris le sonnalité ayant tendance à se lancer dans des que-
sens concret très spécialisé de <<petite rondelle de relles, des réclamations.
cuir appliquée au bout d’une queue de billard et 0 voir PROCESSEUR, Q PROCESSIF. PROCESSION, PRO-
que l’on frotte de craie* (1842). CESSUS.
+ Voir PROCÈS, PROCESSEUR, @ PROCESSIF, PROCESSION.
PROCESSUS.
PROCESSEUR n. m. est la francisation (1957)
PROCÈS n. m. est emprunté avec adaptation de l’anglais processor qui désigne une personne
Iv. 1178) au latin processus, dérivé de procedere chargée de l’exécution d’une opération, d’un traite-
(+ procéder-j qui a également donné processus*. Le ment, d’une production 119091, puis un dispositif
mot latin désigne l’action de s’avancer d’où, par exécutant une opération Isurtout en composition).
abstraction, la progression et, avec une valeur qua- Le mot anglais est dérivé de to process Ixm” s.) &+a&
litative, le progrès ; il désigne en particulier un pro- tep, dénominatif de process gaction qui se déroule,
grès heureux, un succès. A l’époque médiévale, il opération*, du moyen anglais process emprunté au
s’est spécialisé en droit, pour désigner une dé- knçais procès?
marche auprès d’une juridiction Ixme s.), sens at- 4 Le mot est employé en électronique et en infor-
testé aussi en ancien gascon (12781. matique pour désigner la partie d’un ordinateur
4 Le mot Rançais est d’abord le résultat d’un em- comprenant les organes de commande, les re-
prunt juridique, désignant un titre, un contrat gistres de calcul et effectuant le contrôle de l’exé-
Iv. I 1781,un acte dressant un constat (XIII~s.1,un do- cution du programme et les opérations. Il désigne
cument (1549; dès 1340 en ancien provençal). aussi le logiciel, pour la partie d’un programme ef-
L’accent se déplaçant de l’acte matériel à la dé- fectuant le traitement. L’arrêté du 29 novembre
marche, ces valeurs ont disparu et le mot a pris le 1973 en a officialisé l’utilisation.
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2951 PROCHAIN

F $hr processeur, on a construit les composés BI-, cessions ( 1563) ne paraît pas être un emprunt au la-
TRI-, MULTIPROCESSEUR et stiOUt MICRO- tin (seulement attesté en ce sens v. 16001, mais une
PROCESSEUR n. m. h. 19761, emprunt à l’amkyi- crkation en français qui a évincé processionnaire.
tain microprocessor, dérivé de microprocess, dési- +PROCESSIONNEL,ELLE,ELS adj. 11542; pro-
gnant un processeur miniaturisé dont tous les bablement fin xv” s. ; cf. processionnellement est
éléments sont rassemblés en un seul circuit intégré issu par changement de sufExe de procession& et
(le premier du genre a été introduit sur le marché exprime la qualité de ce qui se rapporte à une pro-
en 1971). cession, tient de la procession (1825). Il empiète sur
processionnul en désignant le livre contenant les
0 PROCESSIF + PROCÈS prières de la procession ( 17 18). 0 En est dérivé
PROCESSIONNELLEMENT adv. En XVeS.I.
0 PROCESSIF, IVE adj. est emprunté (1966) -Quant au dénominatif PROCESSIONNER
à l’anglais processive <qui présente l’aptitude à v. intr., plus tardif 117791, il est d’abord employé
avancer, capable de progrès* (18191, avec -ive cor- dans la description entomologique des chenilles
respondant au français -if: du radical du latin pro- processionnaires avant de simer «défiler en pro-
cessurn, supin de procedere (-, procéder). Un autre cessionn et, par extension, aen files.
mot anglais, processive, est emprunté au kançais 0 voir PROCÈS, PROCESSUS, PROCESSEUR. @ PROCESSIF.
0 processif 1-+procès).
4 Le mot a été repris comme terme d’économie po- PROCESSUS n. m. est emprunté à la Renais-
litique pour afacteur de progrès social et d’amého- sance 11541) au latin processus aprogrès, progres-
ration économique>, en opposition à récessif (-+ ré- siow, qui a donné procès*.
cession). $ Il a été introduit par le langage de l’anatomie au
sens de «prolongement d’un organe, d’une struc-
PROCESSION n. f. est emprunté Idéb. XII~s-1 ture, d’un tissun, d’abord relevé dans une traduc-
au latin processio, -on& désignant proprement l’ac- tion de L. Vassée puis concurrencé par procès.
tion de s’avancer, puis à basse époque la marche, la 0 Les extensions de sens sont tardives : processus a
sortie solennelle W s.) et, dans la langue chré- repris au latin le sens abstrait de «progrès, déve-
tienne, un cortège (&n rves.1,En théologie, processio loppement)) dans le langage didactique ( 18651, spé-
s’applique au fait de venir de qqch., à une émana- cialement en philosophie, en sciences humaines,
tion Iv. 350). Il est issu du supin (processuml de pro- en psychologie et psychiatrie (processus psychique,
ceake (+ procéder). 1904) et dans les sciences exactes. Concurrenqant
+ Dès les premières attestations, le mot désigne le procès*, il est passé dans l’usage courant en parlant
cortège qui va au-devant d’un grand personnage d’un ensemble de phénomènes se déroulant dans
et, dans le contexte religieux, une marche solen- le même ordre. La spécialisation plus technique de
nelle de caractère rituel ( 1160-l 174). Par extension, Nsuite ordonnée d’opérations aboutissant à un ré-
il s’applique aussi à une suite d’hommes, d’ti- sultat, (1926, processus de fubricution) empiète sur
maux, de choses avançant à la fie (v. 11551 et, au fi- l’aire d’emploi de procédure.
guré, à une suite de personnes se succédant à brefs bPROCESSWEL,ELLE,ELS adj., attesté en 1967,
intervalles. A la Rena;issance, il a pris le sens histo- se rapporte & processus et sime Grelatif à un pro-
rique de <<cortège religieux dans une fête ou un cessus>>;il est emprunté à l’anglais processual “qui
mystère antique)} Il 538). -En relation avec le sens appartient à une voie légale>>, dérivé de process
du verbe (procéder de.J, il correspondait en moyen <<développement>>, lequel correspond à procès*. Il
tian@s au sens de «condition, origine d’une per- est didactique et rare.
sonne» Iv. 12781, s’appliquant en théologie à la pro-
duction éternelle d’une personne divine par une PROCHAIN, AINE adj. et n., réfection
autre ( 1690, procession du Saint-Esprit), par réfé- h. 1155) de prucein Iv. 11201, proceain Cv.1120-I 1501,
rence aux doctrines des Pères de l’Église (saint Hi- est issu d’un adjectif latin populaire non attesté
laire, saint Augustin). Cette acception est très di- “propeanus, dérivé de l’adverbe prope Nprès, au-
dactique. près, (de sens local et temporel), <presque, à peu
ä PROCESSIONNAIRE adj. et n. correspond en prèw. Lui-même correspond à un adjehf propin-
moyen fknçais à «recueil de prières chantées aux quus, conservé dans quelques formes romanes.
processions- (1328) et, comme adjectif, <<relatif aux Comme le montre le superlatif protime (-+ proxi-
procession9 Il 4 13, livres processionnaires) ; il est mité), prope repose sur un type “prok”.
alors emprunté au latin médiéval processtonnarius 4 Dès les premiers textes, le mot exprime la proxi-
(x” s.1«qui va en procession», *de procession» (XI” S.I. mité dans le temps, à propos d’un événement dont
0 Les emplois modernes en entomologie ( 1734, la venue est proche ( 1175, mort prochaine). Il quali-
chenilles processionnaires) et pour désigner la per- fie une date qui est la première à se présenter à
sonne qui suit une procession (1893) procèdent di- partir du moment où l’on parle (v. 11601, et un lieu
rectement de procession. + PROCESSIONNAL qui suit immédiatement, dm un mouvement.
n. m. a d’abord été emprunté comme adjectif + Dès la première moitié du XII~s., prochain a servi
( 15221, sous la forme pourcessionnal, au latin mé- à exprimer la proximité dans la parenté, la frater-
diévall processionnalis =de procession, Ixre s-1, spé- nité, l’amitié Iv. 11201; cet emploi a été concurrencé
cialisé dans la langue liturgique, dérivé de proces- et absorbé par proche*, mais il en est resté l’emploi
sio. 0 L’emploi moderne du mot comme nom pour substantive de WI pro&& non plus pour un
désigner le recueil des prières chantées aux pro- proche parent mais pour désigner, dans la langue
PROCIDENCE 2952 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

religieuse, tout être humain considére comme un PROCLAMER v. tr. est emprunté (1380) au la-
semblable Cv. 1120, dans les psautiers), particulière- tin proclamare, de pro (b pro-) et clamure (+ cla-
ment ceux qui ont besoin d’aide ou de miséricorde. mer) «crier fortement, pousser de grands cris* et
Ce sens est spécialement réalisé dans le comman- <protester, réclamem. En latin médiéval, l’accent
dement aime ton prochain comme toi-mhe 113431 étant mis sur le message, il signifie afaire connaître
et, de nos jours, surtout par le singulier collectif le publiquement, divulguers, (X~I’ 4, en droit féodal
prochain, l’emploi du pluriel les prochains Iv. 15401 <lancer une somrnationm (v. 11501 et, dans la langue
ayant décliné. + Le sens spatial du mot (11551 *non ecclésiastique, «accuser publiquement, dans une
loin du lieu considéré> et 4e plus proche du lieu réunion de chapitren (XIII~s.l.
considéré- 11549) est presque sorti d’usage au béné- + Le verbe a été repris au sens d’aannoncer publi-
fice de proche Ici-dessous) et de voisin. 0 a, pro- quement, publiep avec un nom de chose pour
chain a développé un sens abstrait en logique et en complément; avec un nom de personne pour
théologie (v. 13601, avec une notion d’irnmédiateté complément suivi d’un attribut, il se dit pour are-
logique dans les expressions cause prochaine, e&t connaître officiellement l’autorité conférée a qqnp
prochain, genre prochain et en théologie dans occa- (1488 proclamer comme roi, avant prochxme~ roi).
sion prochaine, pouvoir prochain. 0 Par extension, il signifie Krévéler, divulguers, en
F Le mot a produit PROCHAINEMENT adv. (1130- dehors de tout caractère légal et officiel 114961, d-
1140) qui ne s’emploie qu’au sens temporel. +Par tier hautement quem et, avec un nom de chose
dérivation régressive, procf-bn a fourni PROCHE pour sujet, <(manifester ou exprimer de la façon la
adv., prép., adj. et n. indirectement attesté au plus frappante7
XIII~s. par l’adverbe prochet atout près, et l’ancien F Le dérivé PR~CLAMATEUR n. m. (1541) a dési-
français prochement adv. 11X%), absorbé par pro- gné anciennement celui qui proclame l’Évangile
chainement. oProche a supplanté l’ancien pruef: avant de prendre, plus généralement, le sens de
prot adverbe représentant du latin prope, et a apersonne qui proclame%, son féminin proclama-
évincé prochain dans certains emplois. Rare avant tice n’étant attesté que depuis 1875. Le latin avait
le XVI~s., il est d’abord attesté en tant qu’adjectif lui-même proclamutor, attesté une seule fois à
avec une notion de proximité dans la parenté l’époque classique pour acelui qui crie», comme va-
(13301, spécialement dans proche parent Il5491 et, riante de clamator en parlant d’un avocat, et repris
par ellipse du nom, en emploi substantivé, plus au moyen âge par la la;ngue juridique pour l’avoué
souvent au pluriel Ies Isesl proches ( 15801 qu’au sin- qui dépose une plainte (9181, le demandeur 111223.
guIier (1588). Par extension, il est également em- Le nom d’action correspondant, PROCLAMATION
ployé depuis le XVI~s. ( 1588, Montaigne) pour expri- n. f., est emprunté ( 1370) au dérivé latin proclama-
mer la proximité dans le sentiment, l’amitié. tio, -anis acris violentsm, spécialisé dans la langue
*Proche exprime aussi une notion spatiale, juridique à basse époque pour les cris de réclama-
d’abord dans les anciennes locutions préposition- tion et, en latin médiéval, pour une plainte en jus-
nelles proche à, proche en Iv. 14601, proche de tice (718-8101, une promulgation. +En français, le
(15521, et en emploi absolu (1652) : cet emploi, dans mot s’est aligné sur les principaux sens du verbe,
lequel la préposition était parfois confondue avec désignant l’action de proclamer publiquement, so-
l’adjectif et accordée, a disparu. En revanche, la no- lennellement et, par métonymie, l’écrit, l’acte par
tion spatiale est bien réalisée par l’adjectif (15871, lequel on proclame une chose Il 694). Par extension,
également avec une valeur métaphorique (1588). il désigne l’action d’ajkmer, d’annoncer haute-
OEnfm, à partir de 1636, proche exprime le sells ment une chose.
temporel de <(qui va bientôt arriver, qui est arrivé il Lepdxé AUTOPROCLAMÉ. ÉE adj.(1971àpro-
y a peu de tempsw. Le mot exprime enfïn une notion pos d’un pouvoir politique arbitraire, non démocra-
plus abstraite de aproximité par la ressemblance> tique : le président au~oprockxPné..J, d’où SAUTO-
dans une comparaison. + L’emploi adverbial date PROCLAMER v. tr., est devenu usuel.
aussi de l’époque classique (16621, spécialement
dans la locution de proche en proche (1679) à pro- PROCLITIQUE + ENCLITIQWE
pos d’une nouvelle qui se répand.
@ Voir APPROCHER, APPROXIMATION, PROXWIITÉ, REPRO- PROCONSUL n. m. est emprunté 11495-14961
CHER. au latin proconsul, désignant un magistrat qui gou-
verne une province après son consulat et, sous
PROCIDENCE n. f. est emprunté (1560) au la- l’Empire, le gouverneur d’une province proconsu-
tin prockienti <chute ou déplacement d’un or- ladre. Le mot est formé de pro aavant* (+ pour, pro-)
ganen, dérivé de proctire atomber en avant, et de consul (3 consul). Le nominatif proconsul
s’écrouler», spécialement employé en médecine à avait donné le moyen français procome Idéb.
propos du déplacement des organes, hoctire est ti 4; l’ancien provençal procomuZ avait été em-
composé de pro cen avantm (-+ pour, pro-) et de ca- prunté vers 1140.
dere 4ombep (+ cadence). + ProconsuZ, terme d’antiquité romaine, est quel-
4 Le mot désigne l’issue, à l’extérieur, d’un organe quefois employé par analogie en parlant d’un per-
ou d’une partie anatomique mobile. L’expression sonnage qui exerce un pouvoir absolu et sans
procidence du cordon Il904 désigne la chute du contr8le dans une province ou une colonie, puis,
cordon ombilical en avant de la présentation fœ- sous la Révolution, à propos de certains commis-
tale, lors de l’accouchement. saires de la Convention (1797).
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROCURER
WPROCONSULAIRE adj., emprunté à la Renais- nise et de Gênes Il6801, alors par emprunt à l’ita-
sance 11512) au dérivé latin procon&ati, est l’ad- lien, et comme terme d’histoire romaine (1765, En-
jectif de consul. Il a été repris en médecine où, par cyclopédie) pour le gouverneur des domaines
allusion au cou épais du proconsul Vitellius dans sa impériaux dans les provinces sous l’Empire. oEn
représentation en buste, il qualif?e un cou dans le- France même, il a désigné, sous le titre grand pro-
quel la délimitation du cou et de la mâchoire est ef- curateur de lu nation ( 17911, l’un des deux députés
facée par une tuméfaction ; par extension, il se rap- soutenant les accusations devant la Haute Cour,
porte à un cou empâté. *PRoCONSULAT n.m., sous la première République.
emprunt (1548) au latin proconsulatus Kfonction de b Il n’a donné que PROCURATRICE n. f. (15291, qui,
procons&, garde ce sens. Les extensions sont des en raison de la perte de vitalité du masculin dans
emplois métonymiques comme ((durée de cette son sens juridique, fournit une forme féminine à
fonctionn (1812). Par analogie, il se dit de l’exercice procureur*. *PROCURATIE n. f., est emprUIt6
d’un pouvoir arbitraire et absolu (19 14). ( 16881 à l’italien procurutia désignant, depuis le
XVI~s., le palais des procurateurs à Venise. Le mot
PROCRASTINATION n.f. est emprunté à italien est emprunté au dérivé latin médiéval pro-
la Renaissance Il5201 au latin procrustinatio, -OMS curutiu (av. 13501. 0 Le mot a été repris avec le sens
aajournement, délai)), de procrustinare «remettre de l’italien mais s’est peu répandu; il désigne la
une affaire au lendemainm (emplois transitif et ab- charge, la jurididion des procurateurs ( 1802) en
solu). Ce verbe est composé de pro =deva& terme d’histoire.
(-, pour, pro-), de l’adverbe crastinus <<dedemain, à 6 voir PROCURATION.
demain)), lui-même dérivé de crus «demainB dont
c’est la seule trace en fkançais (cf. ckmain), et d’un PROCURATION n. f. est emprunté (1.2191au
stixe d’infmitif. latin procurutio, -0nis aaction d’administrerti et,
+ Le mot, repris avec le sens du latin, semble inusité dans le domaine religieux, «cérémonie expiatoire> ;
entre 1639 et Ia fin du XVIII~siècle. Depuis le XIX~ s., à l’époque médiévale, le mot désigne l’intendance,
son emploi est marqué comme plaisant ou litté- la charge de régisseur 17371 et, en droit, le pouvoir
raire. d’un mandataire (887). Comme procurateur, le mot
~Ses dérivés PROCRASTINER V. tr. et PROCRAS- est dérivé du supin Iprocuratuml de procurare
TINATEWR n. m. se rencontrent exceptionnelle- C+ procurer).
ment chez certains auteurs (Amiel, Colette). 4 Le mot a désigné en ancien français les frais d’en-
tretien fournis par un village ou une ville lors de la
PROCRÉER v. tr. est emprunté (1324) au latin visite du seigneur ( 1219) et ceux que fournissaient
procreure, de pro b pour, pro-) et creare b créer), par les curés lors de la visite de l’archidiacre (1332).
-engendrer, produire>> et, au figuré, =Causer, faire Il a aussi, dès les premières occurrences, le sens de
naître, produire>). <pouvoir donné légalement à une personne d’agir
+ Le mot a été repris avec les deux sens du latin : en son nomD, emploi qui s’est implanté durable-
aengendren en parlant de la race humaine et, au ment, réalisé dans la locution par procw&jon
figuré, (<produire>) Cdéb. XIV~s.l. Il7891 qui sime au figuré apar l’intermédiaire de
b Le nom correspondant PROCRÉATION n. f. a été qqn d’autre» (1837, Balzac). Par métonymie, il dé-
emprunté antérieurement (12 131 au dérivé latin signe concrètement l’écrit constatant un mandat et
procreatio, -on& Il a les deux sens correspondants. en déterminant l’étendue (v. 13603. *D’autres sens
+PROCRÉATEUR,TRICE adj. a été emprunté vivants en ancien f?ançais, <<action de se procurer,
1154i’), pour servir d’adjectif à procréer et à procréa- acquisition)) iv. 13551, «intervention, sollicitation»
(14861, sont sortis d’usage.
tion, au latin procreator acréateur>> et, spécialement
au pluriel, <<lesparents>>, du supin de procreare. b PROCURATOIRE adj. a été emprunté Ix1Ps.1 au
oLe mot est attesté comme adjectif, au masculin dérivé bas latin procurutotius pour lui servir d’ad-
(15471 et au féminin (1586). Son emploi substantivé jectif.
pour désigner, au phriel, les parents (15813 est 0 voir PRocuFL4TEuR.
vieilli ou plaisant.
+%PROCURER v. tr# est emprunté Ifm XII~s.)
PROCURATEUR n. m., réfection avec le suf- au latin procurare «donner des soins à,, &Occuper
Cxe -eur ( 1317) de procuratour, forme attestée en de)), de pro 1-+ pour, pro-) et curare <<avoir soin de>>,
anglo-normand Iv. 11801, et de procurutir ~III~ s.1,est dérivé de cura «soin, souci>> (-, cure).
emprunté au latin procurutor, dérivé du supin (pro- + Le mot s’est progressivement détaché du sens la-
curutuml de procurare (+ procurer). Procurutor, tin : le sens propre de <<prendre soin de (qqn,
<celui qui a soin pour un autre, qui administre>>, dé- qqch.)», éliminé par so@er, s’occuper de, etc., s’est
signe le gouverneur ou l’administrateur d’une pro- éteint au XVII~s., prolongé au XVII~s. par celui d’cob-
vince, le fonctionnaire chargé des revenus de l’Em- tenir, amener un résultat par ses soins, ses efforts))
pire romain et I’avocat. ( 1606) qui subsiste encore dans l’expression didac-
+ Le mot a été repris pour désigner celui qui agit tique procurer une kditioa (1720). 0 En moyen fran-
par procuration, sens vivant jusqu’à la fin du me s., çais, procurer qqn correspondait à aservir, recevoir
puis repris en 1800 mais peu usité. 0 Il s’emploie chez soi, loger» Cv.1278) et, avec une nuance se rap-
surtout comme terme d’histoire moderne pour l’un prochant du sens moderne, <<munir, approvision-
des principaux magistrats des républiques de Ve- ner d’une chose» (XIII’ s.l. En relation avec procuru-
PRODIGE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

tin et procurateur, il signifiait aussi <<aider, est appliqué spécialement à un enfant précoce
intercéder, plaider au nom de qqnn (XII~~s.), sens qui (17551, en apposition dans e&wt prodige (1848).
avait déjà vieilli a la fin du XIII~ siècle. w Le sens mo-
bPRODIGIEUX,EUSE adj.estemprunté (1380) au
derne, apparu en ancien français, met l’accent sur
dériv6 latin prodi@osus “qui tient du prodige, sur-
le fait de causer un désavantage (v. 1278) ou un
naturel>. 0 Le mot, au sens propre de “qui tient du
avantage et, concrètement, de faire obtenir une
miracle)), est littéraire ; il s’est répandu dans l’usage
chose à qqn (xv” s.l. Q La forme pronominale se pro-
au sens a%ibli de <<monstrueux, plus grand qu’on
curer ( 11801 s’est fixée avec les sens correspon-
ne s’y attendaits (15671, emploi d’abord familier. La
dants. Elle exprime parfois avec une valeur passive
langue classique l’a employé au sens fort, avec la
le fait d’être procuré 11829).
valeur active de <<quifait des prodigesn (1625). + Pro-
~Les quelques dériv6s du mot remontent au digieux a produit PRODIGIEUSEMENT adv.
moyen -français. +PROCUREUR n. m., d’abord (15431, assez courant comme adverbe intensif, et,
procurrerre, procureor ( 12131, a peut-être subi l’in- beaucoup plus tard, PRODIGIOSITÉ n. f. 11835,
fluence du latin proc~rutor I+ procurateur) gcelui Gautier3 <<objet, action prodigieuse» et acaractère
qui a soin pour un autre, qui administreB d’où, en de ce qui est prodigieuxn (18751, d’emploi littéraire
latin médiéval, wlministrateur des bien extérieurs et rare.
d’une communauté> (XII~ s.), terme d’histoire ro- 0 VOirPRODIGUE.
maine et de droit désignant celui qui représente
une partie lors d’un procès. Le moyen francais
connaissait aussi les formes procureur «celui qui PRODIGUE adj. est emprunté Iv. 1265) au latin
procureb (xv” s.1 et procwier, terme d’histoire ro- prodigus «gaspilleur, dissipateur}, dit aussi des
maine (xIue-xrve~3.1,également appliqué à celui qui choses, “qui fait gaspiller, ruineux>> et, sans COMO-
agit à la place d’un autre dans un procès (1353). Pro- tation péjorative, “qui produit en abondmce, abon-
cureur a été employé comme terme d’histoire ro- dantm en parlant d’un élément de la terre et, au fi-
maine avant de le céder à procurateur. +Il s’est guré, «généreux en,. Le mot est dérivé de prodigere
spécialisé au sens juridique de apersonne ayant le <(pousser devant soi)>et aussi <dépenser avec profu-
droit d’agir au nom d’une autre)> Iv. 1253) et pour sion, dissiper}, formé de pro- Cprod- devant voyelle)
désigner, dans un ordre religieux, le religieux «devar& (+ pour, pro-) et de ugere «mettre en mou-
chargé des intérêts temporels de la communauté vement, faire avancerp (-+ agir).
(1247). Depuis 1256, il désigne divers magistrats 4 Le français a repris le mot avec toutes les valeurs
dont le titre et les attributions ont changé entre du latin mais les emplois qutiant les personnes
l’Ancien Régime, où l’on emploie procureur du roi l’ont emporté. Prodigue y est substantivé (1530) et
(12851, procureur ghkral (14751, l’Empire et l’épo- employé en droit (1701). Il entre dans l’expression
que moderne (1875, procureur de la République). enfant prodigue (15601, allusion à une parabole
-Le féminin PROCUREUSE n. f. (1494) <<femme évangélique (Luc XV, 1l-321, d’abord pour désigner
d’un procureurB n’est plus guère employé; il avait celui qui, ayant reçu et dissipé son héritage, re-
supplanté le type procuresse he ~3.1 {{celle qui agit tourne repentant chez son père qui l’accueille par
au nom d’une procurationn, sorti d’usage au xwe s., une grande fête et, au figuré 117181, celui qui, après
et subit la concurrence du féminin de procurateur”, des absences et de l’inconduite, retourne dans la
procurbice. +PROCURE n, f,, le déverbal de pro- maison paternelle. L’expression a servi à former le
curer IXUI”s., J. de Meungl, a désigné en moyen proverbe ;i père avare, Ek prodigue Cli’53). 0 Pro-
français le pouvoir donné pour agir au nom de qqn, digue de, au figuré, sign%e comme en latin <cgéné-
avant d’être évincé par procuration. 0 Il a été re- reux en» (1643, Corneille).
pris comme terme religieux 11743) pour l’office de
procureur, avec une valeur proche de économat et, b PRODTGUER v. tr. semble directement repris
par métonymie, le bureau, le logement de celui-ci 11552) au latin prodigere. 0 Le verbe Sign%e <<dé-
(1798), ou encore le magasin. penser excessivement)) et, sans idée péjorative,
0 voir PROCURATEUR, PROcuRAmON.
aaworder, Sacr%er généreusementfi Iv. 16001, aussi
au pronominal se prodiguer Cv.16001. 0 Le sens de
PRODIGE n. m. est emprunté iv. 1355) au latin amontrer avec un empressement excessifm (1669,
prodigium <signe prophétiquem, *chose merveil- Racine), auquel correspond le pronominal pour Mse
leuse, miracle*, au figuré &tre monstrueuxm et montrer avec excès dans le monde* ( 17701, est
&auB. L’étymologie du mot latin est contestée : la propre à la langue des XVII~et XVLII~siècles. *PRO-
formation de portentum, mot de sens voisin Ide DIGALITÉ n. f. est emprunté en Kane tempS que
Opor- et tendere), engage à l’analyser en “prod-igium l’adjectif cv.1265) au dérivé bas latin prodig&as,
de pro-, prod- (+ pour, pro-) et d’un second élément -ati (we s.) «caractère d’une personne prodigue,
apparenté à agere C+ agir), d’une terre prodiguen, 0 Le mot désigne la propen-
4 Le mot a été repris pour désigner un miracle, un sion à dépenser démesurément et s’emploie par
signe, un événement surprenant qui arrive contre métonymie, surtout au pluriel, pour des dépenses
le cours ordinaire des choses. 0 Employé par SLna- sans mesure (v. 1350). Comme l’adjectif et le verbe,
logie à propos d’une personne monstrueuse, qui at- il est également employé sans valeur péjorative
teint dans le mal un degré incroyable (1553, en style (xv” s.1; au figuré, il s’applique au domaine de l’ex-
biblique), il a développé par tiaiblissement ses pression verbale (Balzac). - PRODIGALEMENT
sens courants et positifs de @personne extraordi- a&. (14921, dérivé de prodigalité par substitution de
nairea ( 1639) et Mchose surprenanteu ( 1652). De là, il stixe, est pratiquement sorti d’usage au XVIIIesi&
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2955 PRODUIRE

cle. L’adjectif PR~DIGAL semble n’avoir pas pu cal, en emploi transitif) et la valeur plus générale
servir d’intermédiaire car il n’est attesté qu’en 1517 de «présenter, faire connaître>> Iv. 14651, quasiment
et reste exceptionnel. sortie d’usage sauf avec la nuance de aprésenter
avec ostentation, patronner (un artiste)}). Il reste vi-
PRO DOM0 lot. adv. est l’emprunt (16461 de la vant à Za forme pronominale se produire, sortie
locution latine pro dom0 sua, littéralement <<pour sa d’usage au sens de use présenter, se faire
maison-, composée de pro <<pow) (+ pour, pro-3 et connaître, ( 15801, mais toujours employée en par-
de domus «maison» (+ dôme). La locution recouvre lant de la personne qui se met en avant avec osten-
une allusion au discours de Cicéron, De (ou Pro) tation et de l’artiste qui paraît en public pour une
domo sua prononcé en 57 av. J.-C. devant les pon- représentation (1748). *En moyen français, pro-
tifes, pour obtenir la restitution de sa propriété duire a repris au latin son sens étymologique de
confisquée par le tribun Clodius, lors de sa «mener, guiderN (v. 13803 qui ne s’est pas maintenu.
condamnation à l’exil. Cicéron était particulière- + II apparaît aussi chez Oresme W1771 avec le sens
ment fier de cette plaidoirie et de son succès. de ucauser, amener, procurern, spécialement
+La locution est d’abord attestée isolément chez acréer, faire composer (un ouvrage de l’esprit)»
Voiture k-r soi-même pro dom0 sua]. Elle est re- 11377). Au cours des siècles suivants, produire a dé-
prise au XIX~ s. sous les formes plaider, comme Cicé- veloppé à partir de cette idée plusieurs sens spé-
ron, pro domo sua (18131, combattre, comme pro cialisés : il s’emploie en parlant de la terre, d’un vé-
domo sua, l’opinion de qqn (18631, plaidoyer pro gétal, au sens de aporter, ofkir, procurer la
domo sua (1890) qui, toutes, maintiennent explicite- croissance dem ( 14863, d’un être humain ou d’un ani-
ment le lien à l’allusion littéraire latine. 0 Celle-ci mal, pour <engendrer= (15491, ce dernier sens étant
se perd et la locution acquiert son autonomie au sorti d’usage, de celui qui assure la réalisation de
xxe s. sous la forme pro domo 11941, plaidoyer pro qqch. (1555); avec un nom de chose pour sujet, il si-
domo; 1945, pr&her pro dom01 apour sa propre gn%e adonner un revenu, rapportera et «donner
cause”. naissance à (des bien+. Ces valeurs économiques
se développent au XVIII~ s., ainsi que celles de pro-
PRODROME n. m. est emprunté à la Renais- duction, productif et producteur Ici-dessous). *La
sance (1548) au latin prodrome, lui-même em- forme pronominale se produire correspond à aarri-
prunté au grec prodromos “qui court devant, pré- ver, survenir)) 115521 et s’emploie en tournure im-
cède en courantn, substantivé à propos d’un personnelle il se produit, avec le même sens ( 1784).
coureur envoyé en avant, d’une division d’avant- 4Jltérieurement, produire est passé dans le lan-
garde et employé spécialement pour qualifier un gage du cinéma Il9061 au sens d’aassurer la réali-
vent qui précède de huit jours la canicule*, et au fi- sation matérielle d’un m en le tiançant et en
guré pour =précoce, précurseurn. Ce mot est l’orgtisants, en relation avec producteur et pro-
composé de pro *devant,, correspondant au latin duction.
pro I-+ pour, pro-), et de -dro~nos (-+ &Orne, drom-1, b La famille du mot est importante et consiste, pour
de dramein qui sert d’infmitif aoriste à trehheirt l’essentiel, en dérivés savants sur le radical latin
~COurin. product-. -Le plus ancien est PRODUCTION n. f.
4 Le mot a été repris comme nom pour désigner un 112831, d’abord attesté avec le sens juridique de
avant-coureur, un signe précurseur dans l’usage aprésentation des pièces pour un procès» par em-
littéraire. Son acception spéciale d’&troduction à prunt au latin juridique producti, -anis ~III~ s.l.
un traité d’histoire naturelle, préfacen (1665) a dis- Puis, production a pris, d’après le verbe, le sens
paru. Une autre spécialisation, en médecine, «état plus général de Nprésentation au public, publi-
de malaise qui est avant-coureur d’une maladie* cation» ( 15801, sorti d’usage. Le sens d’aaction d’en-
gendrer, de donner naissa;nce àm (v. 1330) a déve-
(1765, &xyclopédiel, est, en revanche, restée en
loppé plusieurs acceptions spécialisées correspon-
usage.
dant à celles qui sont issues du verbe : par
p C’est dans ce domaine que prodrome a produit métonymie, production désigne ce qui est produit,
PRODROMXQUE adj. (18551, quasi-synonyme de une manifestation, une œuvre intellectuelle ou ar-
symptomatique. tistique (15801. +Par un emprunt direct au latin
classique productio aallongement, prolongement>>,
J# PRODUIRE v. tr. est un emprunt (13401, le mot est passé en anatomie en parlant d’une for-
avec réfection sur le modèle de verbes comme mation naturelle procédant d’une extension, d’un
conduire*, au latin producere. Celui-ci, formé de pro allongement (15621; cf. pro&; puis d’une excrois-
-en avant> (+ pour, pro-1 et de ducere ccrnenep’ qui a sance, d’une formation de nouveau tissu 11762).
donné duire* en ancien français, Sign%e propre- +Au XVII~ s., il s’emploie, en relation avec le verbe,
ment aconduire en avant, mener»; il a développé pour le fait de produire plus ou moins, le sujet dé-
de nombreux sens figurés : aexposer, présentep, signant une terre, une entreprise 116951, avec le
Mentraher, provoquer-, *étendre, allongep et afaire sens métonymique de udenrée, bien créé par l’acti-
pousser, développer (un arbre, un enfant)=. vité agricole ou industrielle>> (1695). Puis, il s’est
+ Le verbe appartit en droit pour *faire apparaître, spécialisé en économie (1755, Mirabeau) pour le fait
présenter lune pièce, un document, puis des té- de créer des biens matériels par l’activité indus-
moin&. Par extension, il a pris le sens, aujourd’hui trielle ou agricole, en opposition à consommation,
disparu, d’&woquer pour sa défense, à l’appui de circulation, distribution et répartition. Divers syn-
sa thèsen (1549, en emploi absolu ; XVI? s., chez Pas- tagmes, tel production en série, spécihent le pro-
PRODUIRE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

cessus de production. +Le sens postérieur, ~OU- sique et en géométrie (18451.Le sens général de Nce
vrage mé, (19061, métonymie de &alisation d’un qui résulte de (qqchJ> appartit avec ces spécialisa-
films attesté quelques années plus tard (19151, est tions (1761). -Produit a donné quelques composés
probablement emprunté à l’anglais production em- dans lesquels il entre comme second élément dans
ployé dans le domaine du spectacle (1896). + Sur le vocabulaire économique : SOUS-PRODUIT
production sont formés les termes économiques n. m. (18731, passé dans l’usage courant avec un
SURPRODUCTION n. f. (1846, Proudhon en emploi sens figuré assez péjOratif(18971, DEMI-PRODUIT
absolu), lequel a lui-même donné SURPRODUIRE n. m. (v. 19501, plus technique.
v.k. 11897) et SOUS-PRODUCTION n. f. (1926). D’autres dérivés savants de produire ont vu le jour
+ PRODUCTIF, IVE adj., dérivé savant Iv. 14601, dans la seconde moitié du XVIII~s. : PRODUCTIBLE
avec le suffixe -if, du supin productum du latin pro- adj. et PRODUCTIBILITÉ n. f. (1771).
ducere, quatie ce qui est à l’origine, ce qui en- Au xvf s., produire a fourni son premier dérivé ver-
gendre, détermine ou provoque. ~Rare avant la bal préfixé, REPRODUIRE v.tr. 11539) au sens ité-
seconde moitié du XVIII’ s., il prend alors le sens de ratif de ((produire de nouveau>+ d’abord en parlant
“qui produit des œuvres, des objets concrets> (1763) des productions naturelles par génération. 0 Par
et s’oriente vers l’économie pour qutier ce qui extension, ce verbe a pris le sens de arépéter,
permet d’obtenir de hauts rendements, une meil- rendre l’équivalent de* ( 17781,spécialement dans le
leure production (17681, s’appliquant spécialement domaine de la création artistique (18001, et, par af-
à ceux qui travaillent à la production de biens faiblissement, «imiter l’apparence, le comporte-
(177Oh Sondérivé PRODUCTIVITÉ n. f. 117661est ment, les gestes de (qqn)» (18231.0 La forme prono-
devenu essentiel en économie aux XIX~-XX~ s. et minale se reproduire (1712) correspond à Nproduîre
s’emploie aussi avec les valeurs abstraites de pro- des êtres vivants semblables à soi-même». oLe
duire, par exemple à propos d’un créateur, d’un sens économique, <<faire, exister à de nombreux
auteur. +Ilaaussidonné SOUS-PRODUCTIF,IVE exemplaires (une chose déjà produite)* (apr. 18501,
adj. Iv. 19601, d’après sous-production, et le terme est contemporain de l’invention et de la diffusion
didactique PRODUCTIVISME n-m. kxes.) dési- des procédés techniques de la production en série.
gnant, en relation avec son dérivé PRODUCTI- *Une série de dérivés a été formée à partir de re-
VISTE adj. (19321, le système d’organisation écono- produire : REPRODUCTION n. f., fait sur le modèle
mique dans lequel la production est donnée de production, désigne d’abord 11690) l’action par
comme l’objectif premier. +Productif a pour laquelle une chose renaît, est produite de nouveau,
contraire IMPRODUCTIF, IVE adj. (17851, ce der- spécialement pour un être vivant, la fonction par
nier donnantensuite IMPRODUCTIVEMENT~~V. laquelle il dorme naissance à d’autres êtres sem-
(1840) et IMPRODUCTIVITÉ n. f (18401, tous deux blables à lui-même selon son espèce (16901. Il dé-
relevés chez Proudhon. +PRODUCTEUR,TRICE signe spécialement, en agriculture, (1762) un
n. et adj. (14823, autre derivé savant du supin latin, moyen naturel ou artificiel de multiplier les végé-
désigne le créateur, celui qui engendre, provoque taux. Son emploi métonymique en zoologie, pour
qqch., parallèlement au moyen français productor, désigner la nouvelle partie d’un organisme succé-
emprunté au latin médiéval et employé dans les dant à celle qui a été arrachée (17691, est sortie
gloses Iv. 14701 au sens étymologique de Nceluî qui d’usage. * Le sens actif général, F(action de recréer,
guide>>. oProducteur, comme production et pro- de produire une seconde fois par imitation, par ré-
ductif: a développé ses spécialisations écono- pétition)) (1758, Voltaire), donne lieu à des exten-
miques dans la seconde moitié du XVIII~s., comme sions; le mot a servi, en économie politique, à dé-
adjectif ( 1758) et comme nom ( 17701. 0 La valeur signer la production nouvelle de ce qui a été
qu’il a prise en cinéma (19081 est un emprunt sé- consommé (17581 avant de prendre son acception
mantique à l’anglais producer, d’ailleurs relevé en moderne de ureconstitution du capital» (apr. 1850).
hnçaîs en 1921 avec ce même sens. oProducteur Dans le domaine de l’édition, il désigne la nouvelle
a produit le terme d’économie SURPRODUC- publication d’un texte (1839) et, dans le domaine
TEUR, TRICE adj . ( 1963) d’après surproducfbn. plus large de l’impression, le fait de reproduire, de
Le participe passé de produire, PRODUIT n. m., a multiplier les exemplaires d’une image, d’un texte,
été substantivé (1554, d’abord avec le sens spécial d’un matériel et, par métonymie (une reproduc-
de arésultat d’une multiplication». ~Plus large- tion], l’image ainsi obtenue 11839). + C’est le radical
ment, le mot désigne ce que rapporte une charge, de reproduction qui a servi pour la formation de
une propriété foncière, le gain d’une activité com- REPRODUCTEUR,TRICE adj.etn. (17621, appli-
merciale ou industrielle ( 16903, avec une valeur qué spécialement aux animaux d’élevage, REPRO-
précise et plus technique en économie (1758, pro- DUCTIF, IVE adj. (17601, terme d’économie et
duit net) et en comptabilité. + Le nom désigne spé- (1769) de biologie conservé dans sa valeur la plus
cialement les biens produits par l’agriculture ou générale, REPRODUCTIBLE adj .11798)etREPRO-
l’industrie en tant qu’ayant une valeur (17341, spé- DUCTIBILITÉ n. f. (1798).
cialement en parlant de la production d’un pays Au XIX~~. apparaît COPRODUCTEUR,TRICE n,
(17%). Comme la plupart des mots de la famille de (1826) à propos de la personne qui participe à la
produire, produit a élargi ses emplois dans la se- production de qqch. ; le mot ne s’est repandu qu’au
conde moitié du xvue s, où il a commencé à s’appli- me s. en passant dans le domaine du cinéma où il
quer à ce qui résulte d’une combinaison quel- est reformé grâce à producteur (ci-dessus1 pour
conque (17541, puis en chimie (1762) pour une désigner la personne qui produit un film (OU un
combinaison ou un mélange, en biochimie, en phy- spectacle3 avec d’autres personnes (1955). + Les
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2957 PROFÈS

composés COPRODUIRE v.tr. (1950) et COPRO- riques. 0 Depuis 1788,le profane est employé avec
DUCTION Xl. f. hbit CO-~~OdLKtio?l, 1950), Ce une valeur de neutre pour désigner ce qui est
dernier abrégé familièrement en COPROD, se rap- étranger à la religion, par opposition à sacré, cette
portent tous à cette activité cinématograptique. opposition étant d’une autre nature, symbolique,
oIl en va de même pour SUPERPRODUCTION que l’antonymie institutionnelle entre religieux et
n. f. 119211, emprunt à l’anglo-américain, appliqué à laïc.
un film, un spectacle produit avec un très gros b L’adverbe dérivé de profane, PROFANEMENT
budget. d’abord écrit prophanement 115641,est littéraire et
rare.
PROÉMINENT, ENTE adj. est emprunté PROFANER v. tr., d’abord écrit prophunw (13281,
(1542) au latin proeminew, participe présent de puis profaner ( 1538) par rétablissement du f étymo-
proeminme <former un relief, une avancée, une logique, est emprunté au latin profanure, de même
saillies, altération à basse époque du latin classique étymologie que profanus. Le verbe latin sime
prominere. Ce dernier, de même sens, également
Nrendre lune chose, une personne autrefois consa-
au figuré <s’étendre, se prolonger dans la posté- crée) à l’usage non sac& et <souiller (ce qui est sa-
l%éP, est composé de pro C+ pro-) et de minere cré)», par extension wioler (un secretIn. *Le mot
cfaire saillie, avanceru, terme très rare, le mot usuel
exprime le fait d’abuser des choses de la religion,
étant eminere. Minere se rattache à minue asaitie,
de les traiter avec irrévérence, de les employer à
avancée», achoses suspenduesm d’où, au figuré,
des usages non religieux. Par extension, il a déve-
«menaces)) (seul sens usuel à l’époque classique),
loppé les sens figurés de wioler le respect dû à une
contenant la racine indoeuropéenne ‘men- afaire
chose, une personne» ( 1538) et de <<faireun mauvais
saillie» (+ menacer).
usage de (ce qui est rare, précieux, respectableIn
4 Proéminent quaJifïe ce qui dépasse en relief de ce lapr. 15501, ce dernier emploi s’étant moins bien
qui l’entoure , spécialement en anatomie, par maintenu. Le sens premier du latin, arendre (un ob-
exemple dans vertèbre proéminente ( 1814). n est as- jet sacré) à un usage profanes (1611), a cessé d’être
sez usuel, par exemple dans un nez proéminent. attesté après 1878. + PROFANATION n. f., dont la
F Par substitution de suExe, proéminent a produit graphie actuelle (15491 corrige prophundon 114331,
PROÉMINENCE n. f. (17551, d’abord attesté au sens est emprunté au latin chrétien profunuti, -on&,
de <partie proéminentes, puis <état de ce qui est dérivé du supin (profunutum) de profunare. oLe
proéminent, (1798). +Proéminent a aussi produit mot désigne l’action de profaner les choses saintes,
PROÉMINER v. intr., plus tardif 118191 et d’usage de leur manquer de respect. Par extension, il est
très littéraire (chez Gautier, Huysmansl. employé dans un contexte laïc pour le fait de man-
On rencontre encore quelquefois PRO- quer de respect aux choses qui devraient le susci-
MINENT, ENTE adj. (15483, emprunté au latin pro- ter (16941. + PROFANATEUR, TRICE n., emprunté
minens, participe présent de proeminere. Sur son au latin chrétien profunator, dérivé du supin de
modèle, prominent et prominence fournissent un profunure, a supplanté profuneur, dérivé 115971 du
synonyme recherché à proéminent et proéminence. verbe français. 0 Le mot est d’abord employé
+ voir COMMINATOIRE, -, IMMINENT, MENER, PRO- comme nom, au masculin puis 11829) au féminin.
MONTOIRE. Son emploi adjectif est plus tardif (v. 1730, au mas-
culin; 1829, au féminin). + PROFANITÉ n. f. a été
PROFANE adj. et n., d’abord prophune emprunté SOUSla graphie prophunité (14921 au latin
(v. 12281, en profane à la Renaissance, est
rectifk
chrétien profunitas, -atk désignant la gentilité, de
emprunté au latin profanus, formé de pro <<devant* profanus. 0 Le mot a eu cours en moyen français
(+ pour, pro-1 et de funum <lieu consacré, templea au sens particulier de <chose profanen ~UW profu-
E+ farratique). Profanus Sign%e proprement “qui est nitél; il a été repris au ~VIII~s. avec le sens général
devant*, c’est-à-dire <hors du temple*, d’ou *non de Ncaractère de ce qui est profane, (d’abord chez
consacré, qui n’est plus sacr& par opposition à sa- Voltaire) sans réussir à s’implanter.
ter (+ sacré) et, par extension, knpie>>, et hors de
toute référence religieuse {(non initié, ignorantv. PROFÉRER v. tr. est emprunté Iv. 12651 au la-
4 En tianqais, le mot a suivi le même développe- tin proferre, de pro aen avant% (-+ pour, pro-) et ferre
ment : repris dans sa référence religieuse, il signi- (<portep I+ -fère), littéralement aporter en avantn,
fie “qui n’est pas sacré» (terre profane) d’où, pour d’où -présenter, faire voir, révéler, exposer une
une personne, “qui se comporte en impies (1486). chose publiquement, porter à la connaissances.
+Il est substantivé à la Renaissance, d’abord dans + Le verbe Sign%e <dire tout haut, prononcem, puis
le style biblique pour désigner la personne qui «récitern ! 15011,«avancer, exposep et, de nos jours,
manque de respect aux choses de la religion (1553). adire, articuler (des paroles violentes, menaces, in-
0 Au ~VII~s., il passe dans l’usage général en par- jures, ou encore menteuse&
lant d’une personne qui n’est pas initiée à une F Les anciens dérivés du mot sont tous sortis
science, aux lettres, aux arts (1690) et que l’on ne d’usage; le seul a être usité, PROFÉRATION n. f.,
veut pas admettre dans une société (1694, sens qua- semble récent (19511 et rare.
lifié de ~plaisa&). Dans le domaine religieux, il dé-
signe, en style didactique, celui qui n’est pas PROFÈS, ESSE adj. etn. est emprunté
membre d’un ordre religieux (16911, spécialement, (v. 1160) au latin ecclésiastique professus «celui qui
en termes d’antiquité, celui qui n’est pas initié aux fait profession monastique, a prononcé ses vœuxa,
mystères (17521,sens étendu aux religions ésoté- au féminin professa areligieuse» (398). C’est la sub-
PROFESSER 2958 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

stantivation, avec spécialisation de sens, de profes- toute déclaration de principe. Dans le domaine re-
SUS“qui a déclarés, participe passé de profit& «dé- ligieux, profession a pris dès le XII~s. le sens d’aacte
clarer ouvertementn et xpromettrem (+ professeur). par lequel un religieux prononce ses voeux deve-
+ Le mot a repris la spécialisation religieuse du la- nant alors proféss (v. 1160). * L’acception de amé-
tin, qua&ant et désignant (v. 1278, au féminin pro- tierm remonte au moyen français, d’abord sous la
fesse) celui ou celle qui a prononcé ses vœux. Il n’a forme prophecie (13621, puis prophecion Il 4541, où le
conservé ni le sens de “qui a embrassé un métier, ph peut manifester l’influence de prophétie, et pro-
une profession>) (XVI~s-1ni celui de c<déclar& I1580, fession Cxwe S.I. Dans l’usage courant, la valeur du
Montaigne, ennemi prof&). 0 Par analogie, il a dé- mot se restreint à #métier ayant un certain prestige
signé, dans l’usage familier, celui ou celle qui est par son caractère intellectuel ou artistique, ou la
initié, qui est passé maître en qqch. Seul le sens re- position sociale de ceux qui l’exercentn, ce qui le
ligieux initial est encore en usage. distingue de métier, non marqué. Par métonymie, il
0 Voir PROFESSEUR, PROFESSION.
recouvre l’ensemble des personnes exerçant la
même profession ( 17 161, spécialement considérée
PROFESSER + PROFESSION en tant que groupe représentant une certaine force
sociale ( 1794).0 Au figuré, dans la locution de pro-
PROFESSEUR n. m. est emprunté 11337, écrit fession (1656, calomniateurs de profession), il réac-
proffesseurl au latin professor «celui qui se déclare tive le sens d’&tatn que le mot a eu également en
expert dans un art ou une science=, d’où ((maître>>, latin.
employé absolument et avec un complément dé- b Le dérivé PROFESSER v. tr. (1584) a suivi l’évolu-
signant la discipline enseignée. Ce nom est dérivé tion de profession tout en profitant des sens du latin
du verbe profiteri adéclarer ouvertement>, d’où «se profiteri : il Sign%e cavouer publiquementm, Nre-
donner comme, faire profession deD et <<ofTFir,pro- connaître, avoir une croyance, une opinion, un sen-
poser, s’engagern, composé de pro Ndevantn (+ pro-1 timentn ( 1681); le sens d’cexercer un métierm 11636)
et de faten’ <<avouer, reconnaître, accorder que)) et est sorti d’usage bien qu’il corresponde à profes-
adéclarer, publier» (+ fatal, fatum). sion. D’après professeur*, le verbe s’emploie pour
+Le mot a été repris pour acelui qui enseigne (un {{enseigner en public> (1731-1738; dès 1648, selon
art, une scienceIn; les rares extensions consistent Bloch et Wartburg). Vieilli en emploi transitif @pro-
en une spécialisation à l’intérieur de l’université, fesser les mathématiques, on dit enseigner), le verbe
pour le titulaire d’une chaire d’enseignement su- s’emploie intransitivement, mais il est plus rare
périeur, et en quelques emplois métaphoriques qu’enseigPter.
(parfois ironiques ou péjoratikl. 0 Malgré la tenta- PROFESSIONNEL, ELLE adj. et n. est dérivé tar-
tive de quelques formes féminines Iprofesseuse, divement (1842) de profession, probablement SOU
professoresse, une professeur), le masculin est seul l’infiuence de l’anglais professiona,! «relatif à,
en usage en tiançais d’Europe, en parlant d’une concernant une profession> (v. 17501, ade profes-
femme (18461. Mais en Amérique du Nord, notam- sion, dont c’est le métiern (17981,spécialement dans
ment au Québec, le féminin purement graphique le domaine du sport (1838; profession& est substan-
professeure est usuel dans la langue administrative tivé dans ce domaine depuis 1848).+ En fkançais, le
et les journaux. ~Enfm, l’abréviation très k-é- mot qutie ce qui se rapporte à, qui est fait selon le
quente PROF E18901, familière, s’emploie tant au fé- métier ou la profession ; spkialisé dans le domaine
minin &X prof de math1 qu’au masculin. 0 L’appel- sportif, il y est substantivé en parlant d’un spécia-
latif Monsieur le professeur, Professeur est rare en liste, d’une personne de métier (1872) par opposi-
français. 0 Récemment, à côté de professeur du se- tion à amateur. Ce sens apparaît d’abord dans un
codaire, professeur de lycée, de collège, l’Adminis- contexte anglais comme le montre la forme les pro-
tration française a remplacé instituteur par profes- fessionals (18761, puis dans un contexte fhnçais ou
seur d’école 11991). général (1876). Le féminin, apparu dans le syn-
tagme beautés professionnelles ( 18851, calque de
F Ses deux dérivés, faits savamment sur le radical l’anglais, est pris familièrement pour désigner une
du mot latin, PROFESSORAL, ALE, AUX adj. et prostituée (déb. XX~ s.l. En emploi général, l’adjectif
PROFESSORAT n. m., sont attestés en 1686 et 1685 s’applique aussi aux qualités et activités d’une per-
chez Bayle. Professeur a déterminé un des sens de sonne qui maîtrise sa profession. drofessionnel
professer* (voir profession). est abrégé familièrement en PRO n. et adj. (18811,
d’abord appliqué au domaine des sports, étendu
+# PROFESSION n. f., d’abord professiun depuis 1960 à d’autres domaines. +Le mot a pro-
(v. 11551, est emprunté au latin professio, -anis {{dé- duit quelques dérivés et composés aux XIX~et xxe s. :
claration, déclaration publique, action de se don- après PROFESSIONNELLEMENT adv. (18451,il a
ner comme>>, d’où Gtat, condition, métier», dérivé donné PROFESSIONNALISME n. m. (1893; 1881,
de professum, supin de profiten <déclarer ouverte- avec un seul nl, probablement d’après l’anglais pro-
ment», d’où ase donner comme, C-, fatal, fatum, pro- fessionaltim (18561, mot devenu usuel pour dési-
fès, professeur). gner les qualités de sérieux et de compétence pro-
+ Le mot a été introduit avec le sens de <<déclaration fessionnelles ; PROFE SSIONNALISER V. tr. ( 1898,
ouverte d’une croyance, d’une opinion, d’un en sports), lui aussi d’après l’anglais to professiona-
comportement>>, d’où faire profession de kvre s.) et lize et dont est tiré PROFESSIONNALISATION
profession de foi Il 6903,expression employée dans n. f. (1946), qui adapte l’anglais professiondization
une acception religieuse et, par extension, pour ( 190 1) et professionalizing ( 1907). + ~ofessbmel
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2959 PROFIT

entre sous la fonne d’un second élément dans employé en travaux publics, en concurrence avec
quelques composés exprimant un rapport à la pro- le composé PROFILOGRAPI-W n. m. (1890).
fession, tek PARAPROFESSIONNEL,ELLE adj.,
adj., PSEUDO- PROFIT n. m. Iv. 11551, d’abord prufit Iv. 1120),
PRÉPROFESSIONNELJZLLE
est issu par évolution phonétique du latin profectus
PROFESSIONNEL,ELLE adj., ULTRA-PROFES-
SIONNEL, ELLE adj. tous apparus au xxe siècle. Kavancement, progrès5 d’où spécialement 6uccès=
@ voir PROFESSEUR.
et, en médecine, +nnélioration~. ProfecU est issu
de proficere (au supin profectum), composé de pro
PROFIL n. m. est emprunté au xwe s. (16211 à Nen avant» (+ pour, pro-) et de -ficere pour fucere
l’italien profilo Haspect d’un visage vu de c&& (*faire) exprimant le fait d’avancer et, spéciale-
(xv” s-1, déverbal de profilare ureprésenter de côté}} ment dans la langue rustique, celui de croître
(xrve s.l. Ce verbe, qui si@e proprement <<ourler, Ivignel et, au figuré, de faire des progrès, de faire
bordern (déb. xrve 5.1, est formé de pro- (du latin pro; du gain (dans le commerce), d’être utile.
-+ pour, pro-) et de filare de même origine que le 4 Le mot est passé en français avec le sens général
français filer*. L’ancien français avait porfil Mbor- d’cavantage, utilité». 11 désigne spécialement un
dure, (XII~ s.1, composé de par, ancienne forme de avantage d’ordre intellectuel ou moral (XIII~ s.1 en-
pour*, et de fil* abordure>>, spécialement employé trant dans plusieurs locutions encore usuelles : au
pour un dessin ne donnant que les contours du vi- profitde(13161, ;ipr&Cav. 14923,fairesonprofitde
sage Ime-xwe s.l. Celui-ci a été évincé par profil, et avec un sens matériel (1509-15101 et des valeurs
son dérivé parfiler <ourler, brodern par profiler. abstraites ( 1678) ; tourner à son profit ( 16061,metie
+ Profil est introduit avec le sens de l’italien, Naspect à profit (1640)et faire du profit, d’une chose (16901.
d’un visage vu de côté= et avisage ainsi vu,, spé- *La spécialisation matérielle du mot en parlant
cialement dans pr&lperdu (1822) avu de côté et un d’un revenu, d’un avantage pécuniaire (v. 1155)
peu en arrière-, terme de perspective et d’art. s’est répandue dans l’usage courant du xrve au
0 Par analogie, il est employé ( 1676) pour la re- XVI~s. ; le pluriel profits a désigné particulièrement
présentation d’un bâtiment selon une coupe verti- les petites gratifkations accordées aux domes-
cale en montrant l’intérieur. Par extension, il dé- tiques (16161, sens qui a vieilli au ~2 siècle. Le mot
signe la coupe d’un ornement d’architecture (17551, est entré dans quelques expressions he comptabi-
une coupe géologique 118691, celle d’un objet tech- lité, dont profits et pertes (18691, passée dans
nique (18751, d’une route, d’une voie de chemin de l’usage sous la forme passer par profits et pertes
fer (1875) et, en hydrologie, un graphe représentant ( 1869) <considérer comme défkitivement perdw.
l’évolution de l’altitude du lit d’un cours d’eau 0 Le singulier profit a reçu une acception spéciale
(1886). 0 Au XX~ s., profil est passé en psychologie en économie (18871, désignant ce que rapporte une
pour l’ensemble des traits caractéristiques que activité économique en plus du salaire du travtil et
présente une personne ou une catégorie de per- des investissements.
sonnes (1925, Claparède), spécialement avec une b Le dérivé PROFITER v. appartit en même temps
valeur normative, notamment l’ensemble des ca- que profit Iv. 11201,d’abord avec l’emploi intransitif
ractéristiques que doit prksenter qqn pour occuper pour cprospérer, réussir dans ses entreprises%, au-
un poste (19761. Par analogie, il désigne l’ensemble jourd’hui sorti d’usage. Avec un nom de chose pour
des cara&kistiques d’une catégorie de choses sujet, il si@e aprocurer un avantage matériel ou
(19551, entrant dans quelques expressions abs- moral» Cv.11701, spécialement «procurer un profit))
traites dont profz! bas, pr&l haut pour chypothèse 11213). Avec un nom d’être animé pour sujet, il si-
minimale, maximale d’un programme d’actionm grGe {(faire des progrès, s’améliorer intellectuelle-
s’appliquant par extension à une attitude cotiante ment ou rnorallernent) ( 12981. 0 Dans l’ancienne
ou réservée, voire honteuse dans l’action. Ces ex- langue, et depuis 1260, on le rencontre en construc-
pressions connaissent une certaine vogue dans le tion transitive directe Iprofiter qqch.1 aux sens
style j oumalistique. d’aaugmenter, accroître », arecueillir k titre de pro-
b Le dérivé PROFILER v. si@e (1621) «représen- fitm et, en parlant d’une chose, cfournir à titre de
ter de prof%. En architecture, il correspond à «re- profit,; ces emplois, encore norrnaux au xwe s., ont
présenter (un bâtiment) en coupen ( 17551et, en des- disparu en dehors d’un usage considéré comme
sin, à *faire apparaître les contours de (qqch.)m fautif, dans la langue commerciale ~occasion 2t pro-
11827). La forme pronominale se profiler (1784) ex- fiter). +Profiter a pris au xwe s., en emploi absolu, le
prime le fait d’appara&e sous une forme dont seul sens de use développer, croîtrep (1532, un enfant qui
le contour se détache nettement sur un fond. Par profite) et, pour une chose, &tre d’un usage avanta-
extension, il a pris le sens figuré de +‘esquissern geux, économique* (XVII~s.); tous deux sont encore
(1916). 0 En menuiserie (1869), profiler v. intr. signi- vivants dm l’usage familier ou régional. En re-
fie ase joindre parfaitement par leurs profilsfi, en vanche, le sens d’aêtre utile à qqnu (15631, en par-
parlant de deux pièces. -PROFILÉ, ÉE adj. quali- lant d’une chose, a disparu. Le verbe s’emploie
fie une pièce métallique réalisée selon un dessin de aussi (16681 à propos d’un aliment assimilable par
contour précis, d’où un. PROFILÉ n.m. -Le nom l’organisme. +L’emploi le plus courant est profiter
d’action PROFILAGE n. m. (18721, d’usage tech- de (13071 au sens de <faire son profit d’une chose,,
nique, Spécia[lement en métakxgie (18781, est em- surtout psychologiquement. II semble que le seul
ployé par métonymie pour une forme de carrosse- emploi nouveau soit ensuite celui de profiter de qqpz.
rie ofiant le minimum de résistance à l’air (1951). Ii9091 <tirer le maximum de qqn%, parfois dans un
+ PROFILEUR n. m. 11875) désigne un instrument sens sexuel. vieilli. +Profiter a produit les dérivés
PROFOND DICTIONNAIRE HISTORIQUE

PROFITABLE adj. 111551, dont est tiré PROFITA- en emploi concret (traduisant par exemple l’an-
BLEMENT (12661, PROFITANT, ANTE adj. (12261, glais hollow) , rend fkéquents des syntagmes
familier, et le terme péjoratif PROFITEUR, EUSE comme peu profond. +L’emploi adverbial du mot
n. 116361, spécialisé, en relation avec profit, pour remonte à la ti du XIII~s., par exemple dans creu-
<exploiteur ». +PROFITARD, ARDE n. et adj. 119721 ser profond. 4 L’emploi substantivé, le profond, s’est
s’applique péjorativement à un profiteur (il est d’abord rapporté à la partie la plus profonde WX291,
rare). sens qui n’est plus en usage que dans les parlers ré-
Le second dérivé de profit est le diminutif PRO- gionaux, tout comme le sens particulier de apartie
FITEROLE n. f., d’abord écrit profîterolle ! 1542) profonde d’un cours d’eau)) (1628). Le nom est plus
dans l’ancienne expression 2a prolîterolle des indul- vivant au sens abstrait de =ce qui est profondn
gences, employée par Rabelais avec le sens propre 11535). +Une substantivation au féminin, PRO-
de cpetit profit, petite gratifkation que reqoivent les FONDE, renvoie en argot à la poche d’un vêtement
domestiquesn. + Ce mot s’est spécialisé dans le vo- (cf. fouillel.
cabulaire culinaire, désignant d’abord une pâte bLe dérivé PROFONDkMENT adv. Iv. 1225, sans
cuite sous la cendre ( 15491,puis un petit pain sans accent) réalise d’abord le sens analogique de =en
mie, garni et dont on faisait des potages I16901.0 Le s’inclinant très bas»; il exprime le sens concret de
sens moderne de «petit chou à la crème- est très & une grande profondeur}} ( 1358-1359) et le sens fi-
postérieur (1881) ; c’est de lui que procède l’emploi guré de <<enallant au fond des choses» Cv.13803.
du pluriel profiteroles pour un dessert à base de APPROFONDIR v. tr. (1287) exprime concrète-
choux fourrés de glace à la vanille et nappés de ment le fait de rendre plus profond et, au figuré, de
sauce au chocolat ( 1935). pénétrer plus avant dans la connaissance d’une
Le préké SUPERPROFIT n. m. ( 19241 désigne un chose 11607). 0 II s’est imposé comme le seul verbe
profit supplémentaire ou anormalement élevé. du groupe de profond après la disparition de pro-
fonder, attesté de 1412 à la fin du xwe siècle.
PROFOND, ONDE adj. est la réfection sa- +APPROFONDI, IE adj. est surtout employé au fi-
vante En XIV~s.), sous l’influence du latin profundus, guré, pour des connaissances, en concurrence avec
de l’ancien français parfunt (10801, qui était issu profond. 0 Le verbe a donné les dérivés APPRO-
avec changement de préfixe du même adjectif latin FONDISSEMENT n. m. (15781 de sens concret et
profondus<<dont le fond est loin de la surface», abstrait (16691, APPROFONDISSANT, ANTE adj.
adense, épais, élevé,, <sans bornes, sans fond,, de et APPROFONDISSEUR, EUSE n.
pro (+ pour, pro-1 et fundus (+ fond). Le fait que le PROFONDEUR n. f. (av. 1350) réfection de l’ancien
pur- de purfunt soit ressenti comme le pr%xe aug- parfondor En XII” sd, dérivé de l’ancienne forme de
mentatlf «très» et -funt comme un adjectif simple a l’adjectif, désigne la qualité, le caractère de ce qui
favorisé son élimination au profit de profond. On est profond ( 13771, spécialement en géométrie
rencontre en ancien provençal les formes preon et (15381, et, par métonymie, la partie profonde d’une
pregon directement issues de prof-wdus avec dissi- chose ( 1553). + Il exprime au figuré la qualité de ce
milation de la première syllabe en e. qui est extrême (av. 13501,la qualité des choses dif-
+ L’adjectif qutie concrètement une étendue li- ficiles à comprendre t1553) ainsi que la grande pé-
quide dont le fond est éloigné de la surface et ce nétration d’esprit ( 1580) et la partie secrète d’une
dont le fond est très bas par rapport aux bords personne ( 1769). 0 Par analogie ( 17541,il sert à ex-
( 14761, par exemple un fossé ; il quaIfie aussi ce qui primer la suggestion d’un espace à trois dirnen-
est très marqué, notamment en parlant d’une em- sions.
preinte, d’une plaie (14921, ce qui est loin au-des- 6) voir DE PROFUNDIS.
sous de la surface du sol 11580) et ce qui présente
une grande longueur perpendiculairement à son PRO FORMA + FORME
k-ont, à sa faFade (1559, d’une troupe rangée). 4 Les
PROFUS, USE adj. est emprunté (1478) au la-
sens figu& et analogiques se sont développés dès
tin p~ohsus, participe passé de profmdere «ré-
le moyen tiançais : profond se dit d’un esprit et, par
pandre, verser, prodîguep et au figuré <déployer,
métonymie, de ses activités lorsqu’elles vont au
s’étendre}), cgaspillern. Le mot est formé de pro
«fondn des choses (v. 14803, d’où sciences profondes
b pour, pro-l et de funakre b fondre).
( 1534) <grandes connaissances)>, en concurrence
avec le composé approfondi; il qualifie une per- +Prohs qualfie ce qui se répand en abondance,
sonne qui pénètre fort avant dans la connaissance spécialement dans la description pathologique en
des choses ( 1636). Il se dit aussi d’un sentiment in- parlant de sécrétions et d’excrétions (1865). Au fi-
tense et durable (1524- 1527) ou extrême en son guré, il correspond à «excessif, prodigue, (fin
genre (16681, en parlant de l’ennui. 0 Il exprime xwe S.I.Ii appartient à un niveau de langue littéraire
également la qualité de ce qui est difkile à at- ou didactique.
teindre, à pénétrer (17271. +Par analogie, il s’ap- b Le dérivé PROFUSÉMENT adv, (1523) est didac-
plique à ce qui évoque la profondeur (15351, en par- tique ou littérake.
ticulier en parlant de la nuit, d’une couleur foncée PROFUSION n. f., le nom correspondant, est em-
et intense; il sert couramment à qual%er le som- prunté ( 1495) au dérivé latin profusio, -on& Népan-
meil (1559) et aussi une voix ou un son qui semble chement)), <<prodigalité)>. 4D’usage plus courant
venir du fond des poumons (1548, d’un soupir). Si que l’adjectif, il exprime une idée d’abondance ex-
profond a au figuré des antonymes (dont super% trême, voire excessive, entrant dans la locution a
ciel), l’absence d’adjectif exprimant son contraire profusion. 0 Son emploi spécial, pour -fait OU habi-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROGRAMME

tude de répandre sans retenue les libéralités, de mâchoire inférieure. + Il sert aussi à qutier et,
dépenser avec excès>> ( 15801, est devenu archaïque ; substantivé, à dénommer un insecte dont les pièces
une profuslon Nune largesse= IXVIT~s.) a disparu. buccales sont placées en avant de la tête.
F Le dérive PROGNATHISME n. m. (18491, mot di-
PROGÉNITURE n. f. est une formation sa- dactique, est employé en anthropologie et en pa-
vante (14811, soit d’après le latin genituru (--+géni- thologie. 0 On rencontre parfois PROGNATHIE
turc) avec influence de progenies Nrace, lignée*, soit n. f.
SUT PROGtiNITEUR n. m. (1370-1372 ; dès 1347, pro-
genitourl, sur le modèle géniteur-géniture. hogéni- % PROGRAMME n. m. est un emprunt de la
teur est lui-même un emprunt au latin progenitor langue classique (16771 au grec progrumma, de pro
aïeul, ancêtreti, dérivé de progigwre (au supin pro- (<ava& I-, pour, pro-) et gramma <<cequi est écritn
genituml <engendrer, créer, mettre au monden, de (3 gramme, -gramrneI, littéralement «ce qui est
pro (b pour, pro-1 et gigwre {(engendrep I+ géni- écrit à I’avanceu, d’où =Ordre du jour, inscriptionm.
teurI.
+ Dans ses premières attestations, le mot désigne
4 À la différence de progénlteur, aujourd’hui ar-
un écrit annonçant les matières d’un cours, le sujet
chaïque, progéniture continue d’être employé dans d’un prix, etc., sens resté rare avant le XIX~ s., épo-
un registre soutenu. Il n’a pas conservé le sens
que où le mot commence & désigner l’ensemble
d’aorigine, extractionm, mais désigne concrètement
des connaissances, des matières enseignées ou for-
la descendance d’une personne 06101 et, par ana-
mant le sujet d’un examen. Dès la fin du XVII~s., il
logie, d’un animal (1753-1767). désigne un écrit annonçant et décrivant les di-
verses parties d’une cérémonie, d’un spectacle,
PROGESTÉRONE n. f. est emprunté 119411à
d’une fête, d’abord à propos des aactions publiques
l’allemand Progesterone (19351, composé à partir de des collègesn (Richelet, 1680). +De ce dernier sens
l’anglais progestin, nom donné d’abord à cette hor-
procède au XX~s., peut-être sous l’influence de l’an-
mone ( 1930, W. M. Allen) et composé de pro- ~pour~~
glais programme (attesté avec ce sens depuis 19231,
I-+ pro-), du radical de gestation. (4 gestation) et du
le sens de «ce qui est annoncé par le programme
sutaxe -in. La nouvelle dénomination résulte d’un
d’érnissions d’une station de radio>> i 19331, alors en
croisement entre progestin et son synonyme alle-
concurrence avec émk3sion, programme ayant une
mand Luteosteron (K. H. Slotta, etc. 1934, lui-même
valeur collective (grille de programmes, etc. ; cf. pro-
formé de luteo-, élément représentant le latin
grammation). Le mot est usuel à la télévision et au
scientifique corpus luteum acorps jaune>, et de -ste-
cinéma avec divers syntagmes (changement de pro-
rone, élément intervenant dans le nom de certains
gramme, etc.) pouvant donner lieu à des emplois fi-
stéro’ides I+ stéroïde) et issu de cholestero2 (3 cho-
gurés. - Avec la Révolution (17891, programme
lestérol).
prend le sens d’tiexposé général des intentions et
4 En français, progestérone a évincé la dénomina- projets politiques (d’une personne, d’un groupe))}.
tion de l’hormone sexuelle femelle sécrétée par le Cette valeur se répand dans l’usage au XB? s. en
corps jaune, Zutéine, elle-même formée savamment parlant de la suite d’actions que l’on envisage en
à partir du latin luteus ajaune d’or» avec le sufke vue d’un résultat, d’où par exemple l’expression
-ine. PROGESTINE n. f., calque de l’anglais proges- Vaste programme! (allusion à une réplique plai-
tin, tend aussi à être abandonné. sante du général de Gaulle à une exclamation de
b Corps @une est quelquefois concurrencé par l’un de ses proches : 4kIort aux CO~S!~. Le mot a dé-
corps progestatif 119581, PROGESTATIF, IVE adj. veloppé des emplois didactiques en art, économie,
étant dérivé savamment du latin progestare aporter architecture et musique avec le sens de base, Men-
en ava&, de pro- (+ pro-) et gestare I+ gestation). semble de conditions à remplir, de contraintes à
respectew fl est en concurrence partielle avec
PROGNATHE adj. est emprunté II8431 à l’an- plan. 0 Son acception en électronique (19541, où il
@ais p~og?%a&ous, introduit en 1836 par l’anthropo- désigne l’ensemble des dispositions déterminant
logue J. C. Prichard. Le mot est formé du grec pro l’ordre de fonctionnement d’une machine, est un
«en avant» I-, pour, pro-) et de gnathos =mâchoire=, emprunt à l’anglais programme (en ce sens de-
~rnorsure~ et ajoue-, «bouchen. Ce dernier est tiré puis 19461, altération d’après le français de la forme
avec le sufke 410s de genw, qui désigne lui- ancienne progrum, progrummu (XVII~S.I. Par analo-
même la mâchoire et possède les mêmes exten- @e, programme est repris en génétique, avec l’idée
sions de sens. Genus est un très ancien mot indoeu- de codage.
ropéen du vocabulaire des parties du corps: le b Tous les dérivés du mot datent du & s., excep-
thème en u se retrouve clairement en celtique, ger- tion faite de PROGRAMMATIQUE adj. formé sa-
manique et tokharien, et en latin même dans le dé- vammment ( 1780) sur le grec programma. Encore
rivé genuini «dents de la jouen. Le sens originel est faut-il noter que ce mot, attesté dans pamphlet pro-
amâchoire>. grammutique «brochure contenant des observa-
Wrognathe, d ‘abor d att esté dans la traduction en tions pour un prix d’éloquences, est très rare avant
fkançais d’un ouvrage de J. C. Prichard, est em- les années 1970. On note également au XIX~s.
ployé en anthropologie pour qualifier les êtres hu- CONTRE-PROGRAMME (1876). +Le dérivé PRO-
mains dont les maxillaires sont saillants. Il se dit GRAMMER v. tr. (1917) a sans doute été formé sous
plus couramment d’une personne (de son visage) l’tiuence de l’angle-américain to progrum (1896)
ayant des mâchoires saillantes, en particulier la aétablir un programmea. Le verbe lançais, souvent
PROGRÈS DICTIONNAIRE HISTORIQUE

employé au participe passé, est d’abord un terme spécialement, au pluriel les progrès, une suite de
de cinéma correspondant à Gnscrire à un pro- succès militaires 116161. Ce sens neutre, sans idée
grammem; il a été très critiqué, avant de se ré- d’amélioration, recule aux XVII~-XVIII~s. et disparaît
pandre dans d’autres domaines du spectacle, de la au XIX~ s. avec l’emploi généralisé du mot évolution,
radio et de la télévision. Il a pris le sens de «pour- vers 1840. 4 Le sens spatial étymologique de «mou-
voir (une salle de cinéma) d’un programme». 0 Il vement en avant dans l’espace» ( 1611) n’a survécu
est passé dans le domaine de l’électronique 119591, que dans l’emploi militaire du mot. La spécialisa-
par un nouvel emprunt sémantique à l’anglo-amé- tion galante, {{avancement dans l’tiection de qqn3
rîcain 119461, pour l’action de préparer un ordina- (1651, Corneille), par métaphore guerrière, est
teur en vue de l’exécution d’un programme. Par propre à l’usage classique. +L’emploi le plus cou-
analogie, il est employé pour l’action de munir un rant concerne le développement d’un être ou
appareillage automatique, un appareil ménager d’une chose en bien ( 15641, spécialement dans faire
d’un progrannnateur. 0 Par extension, il exprime des progrès, de grands progrès E15641, et la trans-
le fait de planiCer en détail, spécialement dans le formation graduelle vers le mieux (1588, Mon-
domaine de l’enseignement (1964, au participe taigne), spécialement dans le domaine des études,
passé enseignement programmé). + Programmer a puis dans une perspective philosophique ( 1644,
produit un certain nombre de dérivés, certains Descartes). L’emploi absolu de progrès, parfois avec
SOUS l’influence de l’anglo-américain : PROGRAM- une majuscule, à propos de l’évolution de l’huma-
MATION n. f., après avoir fait l’objet d’une proposi- nité, de la civilisation vers un terme idéal, appar-
tion isolée en 1845, a été formé (1921) pour désigner tient au Siècle des lumières (Mirabeau, 17571,tantôt
l’établissement d’un programme de spectales, à propos de l’évolution scientsque et technique,
l’inscription à un programme, d’abord au cinéma tantôt de l’évolution politique. La notion de pro-
puis aussi dans divers spectacles. 0 Sous l’in- grès, par exemple dans progrès social, devient es-
fluence de l’anglais programming (18891, employé sentielle au XIX~s., lorsque l’idée neutre de change-
en informatique ( 19451,il s’emploie en ikançais dans ment progressif est exprimée par évolution”. Les
cette discipline (19591 et, par analogie, s’est ré- philosophes du progrès, typiques du x& et surtout
pandu en économie, en politique et en génétique. du xrxe s. ont marqué un net recul au XX~s. où le
+Par changement de stixe, en est dérivé PRO- progrès scientsque est souvent jugé de manière
GRAMMATEUR, TRICE n. (1936) qui traduit pro- plus nuancée.
bablement l’anglais programmer (1890); le mot est ~Les dérivés formés en lançais correspondent
lui aussi passé en informatique ( 19631, en concur- d’ailleurs à la dfision du concept au début du
rence avec progrummeur et s’applique également à xrxe siècle. *PROGRESSER v. intr. (1833) exprime
un système commandant le déroulement d’une sé- le fait de se développer, d’évoluer, le plus souvent
rie d’opérations simples dans un appareil électro- en mieux (18341, en particulier le fait d’acquérir de
ménager Il 966). +En outre, plusieurs composés nouvelles connaissances 118361. 0 Le sens spatial
Pr&& ont été formés, tels MICROPROGRAM- cavancer, s’animer par un mouvement de progres-
MATION n. f. (19681, MONOPROGRAMMATION sion)) 11902) et <<semouvoir en marcha& (1906),
(v. 19701, MULTIPROGRAMMATION (v. 1965) en spécialement dans le domaine militaire (19141, est
informatique. *Les autres dérivés de programmer plus vivant que pour le substantif. + L’autre dérivé,
sont PROGRAMMEUR, EUSE n. (19601, emprunt à PROGRESSISTE adj. (1830) et n. (18411, désigne la
l’anglais programmer ( 1870) dans sa spécialisation personne qui est partisane du progrès social,
technique en informatique 119481, souvent dans le économique et politique, et a éliminé progressif
composé ANALYSTE-PROGRAMMEUR, PRO- dans ce sens (voir ci-dessous). Le contenu du mot,
GRAMMABLE adj. (v. 19601, son antonyme IM- en relation avec l’état social, tend à se confondre
PROGRAMMABLE, et les verbes préfixés DÉPRO- aujourd’hui en politique avec <<de gauche>> et à
GRAMMER v. tr. (v. 1950) et REPROGRAMMER s’employer spécialement dans le catholicisme pour
v. tr. 11975). + D’autre part, programme a produit celui qui est partisan d’une évolution. + Son radical
les termes didactiques PROGRAMMERIE n, f. a servi à former PROGRESSISME n. m. (18421,
CV. 19701, PROGRAMMATHÈQUE n. f. +En poli- avec les sens correspondants.
tique économique, il a donné des composés, tels PROGRESSION n. f. est directement emprunté
LOI-PROGRAMME n. f. (1964), CHARTE-PRO- (XII~~s.) au latin progressio, -anis, nom d’action cor-
GRAMME n. f. +SOUS-PROGRAMME n. m. respondant à progredi, au propre et au figuré. Le
Cv.1950) a été introduit en informatique, reflétant la mot a été emprunté comme terme de mathéma-
complexité accrue des programmes et des logiciels tiques pour désigner une suite de nombres dérî-
qui les portent. vant les uns des autres selon une même loi; d’où
progression arithmétique ( 16901,progression géomé-
# PROGRÈS n. m. est emprunté (1546) au la- trique 11718). Plus généralement, il désigne une
tin progressus qui désigne proprement la marche suite interrompue, graduelle 114251, par exemple
en avant, d’où, au figuré, le développement, J.‘ac- dans progression des revenus ( 172 1). Par analogie
croissement des choses. Le mot est dérivé de pro- des emplois mathématiques, il s’emploie en mu-
gredi, au supin progressum, <<aller en avantn d’où sique pour une succession de sons suivant une loi
<<aller plus loin, ava;ncerü, de pro aavant» (-+ pour, déterminée (1733). + Au XVII~ s., progression a repris
pro-) et grudi <<marcher, s’avancer>> (+ à grade). la valeur étymologique spatiaIe d’eaction de mar-
+ Progrès a repris le sens figuré du latin, ccdévelop- cher>>, «mouvement en avantm 11690) avec une spé-
pement, avancement dans une action», désignant cialisation en astronomie (1752, mois de progres-
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2963 PROIE

sion, de la Lune). + Ce n’est qu’au xwte s. qu’il a à empêcher, interdire la fabrication, la vente de
développé le sens figuré courant de «développe- certains produits ( 17601, notamment la pratique de
ment» (1746, parlant des idées). 0 En linguistique, tarifs douaniers très élevés. 4 Par extension de ce
on nomme aspect de progression. ( 1922) l’emploi du dernier emploi, cet adjectif est employé dans le
verbe aller suivi d’un gérondif ou d’un participe langage courant à propos d’un prix si élevé qu’il dé-
présent. cf. propessit: + On rencontre exception- courage les consommateurs (1923).
nellement PROGRESSIONNEIALLE adj. (1846, PROHIBITION n. f. est emprunté 11237) au latin
Proudhon) pour ce qui a un aspect de progression. prohibiti, -anis ainterdiction, défense», dérivé du
PROGRESSIF, IVE adj. est dérivé Iv. 13701 du radi- supin de prohibere. +Le mot a le sens juridique
cal du latin progressum, supin de progredi, avec le d’4nterdîction légale absolue» et la valeur écono-
sufExe -if +Le mot s’est longtemps limité au sens mique de adéfense d’acheter, de vendre ou de faire
de “qui porte à avancer, à mouvoirn, entrant dans entrer dans un pays une marchandise étrangère»
l’expression mouvement progressif ( 167 11, dési- 11237). Ce sens, qui semble rare,‘sera repris au
gnant le fait, pour un organisme animal, de se dé- XVIII~ s. 11723). 4 L’emploi particulier désignant l’in
placer, emploi sorti d’usage. * Après 1750, proges- terdiction de vendre certaines boissons alcoolisées
sif: d’après les emplois scientifiques de progression, dans un état américain (1890) vient de l’usage du
qualZe ce qui s’effectue d’une manière régulière et mot anglais de même Or@ne prohibition ( 18511 aux
continue (17631, en particulier ce qui suit un déve- Etats-Unis, s’appliquant à l’interdiction de toutes
loppement par degrés, par étapes 117931,se spécia- boissons alcoolisées dans ce pays entre 1919 et
lisant dans les vocabulaires de la médecine 11858) 1933, d’après le dix-huitième amendement de la
et de la linguistique ( 1931). Ces emplois corres- Constitution du 16 janvier 19 19 dont l’application
pondent en partie au fait que évolution. et son dé- relevait du National Prohibition Act ou Voktead
rivé évolutif ne sont disponibles que dans la Act. +Prohibition a servi à former PROHIBITION-
deuxième moitié du xrxesiècle. +La valeur poli- NISTE n. et adj. (1833) en parlant d’un partism de
tique liée à progrès, “qui amène des progrès de na- la prohibition en économie. 0 Par emprunt à I’an-
ture politique, sociale, etc.>>(17~13,est sortie d’usage glo-américain prohibitionnkt ( 18461, il désigne
sous la concurrence de progressiste, entraînant ( 1927) un partisan de l’interdiction des boissons al-
l’abandon du mot pour désigner la personne qui coolisées aux États-Unis. +Par changement de suf-
est partisane du progrès (1815, adj. ; 1830, n.). fixe, on a formé PROHIBITIONNISME n. m. (1878)
+Alors même que l’ancien sens concret du mot, avec les sens correspondants. +PROHIBI-

“qui fait mouvob), sortait d’usage, pronessif a pris TEUR, TRICE adj. est emprunté (1782, au mas-
la valeur de *qui avancen ( 18001, dont procèdent des culin; 1792, au féminînl au bas latin prohibitor =Celui
qui éloigne, qui défendp, dérivé du supin de prohi-
emplois spécialisés en logique (1842, sortie progres-
sive) et en linguistique (séquence progressiveIl. + Les bere. 0 Le mot, rare ou didactique, est sorti d’usage
dérivés PROGRESSIVEMENT adv. (1753, dont le pour ((personne qui interditn comme nom et
sens physique a disparu au profit du sens figuré comme adjectif; il ne s’emploie plus que pour qua-
l%er ce qui constitue une interdiction juridique, en
(17551, et PROGRESSIVITÉ n. f. (1833) sont rela-
relation avec des emplois récents de prohibition.
tivement courants, le second étant limité aux em-
6 Voir EXHIBER. PRÉBENDE, PROVENDE, RÉDHIBITOIRE.
plois didactiques de progressif:
@ voir AGRESSER, CONGRÈS, DIGRESSION, RÉGRESSER, PROIE n. f., d’abord prek (11191, est issu du latin
TRANSGRESSER. prueda {(ensemble des choses prises à l’ennemi, bu-
tin, dépouilles}, <<prise,à la chasse ou à la pêche> et,
PROHIBER v. tr. est emprunté (1377) au latin
en général, again, profit}). Le mot latin est issu d’une
prohibere «tenir éloigné, détourner, écarter}, Cern-
forme reconstituée “prui-heda dans laquelle le pre-
pêcher, interdiren, de pro «devant» (-+ pour, pro-1 et
mier élément est l’ancienne forme du préke pme-
habere I-, avoir).
C+ pré-) et le second élément représente la racine
+ Le verbe est un terme de droit exprimant l’action indoeuropéenne signi-fant «prendre)>, qui apparaît
d’interdire absolument par une mesure légale. A la en latin dans praehendere (+ prendre) et probable-
di%rence de l’usage moderne, où le complément ment dw hederu (+ lierre).
désigne l’usage interdit ou un objet, la langue du 4 Proie désigne l’être vivant dont un animal s’em-
xvIc s. et la langue classique employaient aussi pro- pare pour le dévorer, spécialement dans oiseau de
hiber qqn de (1531) et prohiber à qqn de... (15801,là proie 112751, bête de proie (cf. prédateur). 0 11 a
où l’usage moderne utilise défendre et interdire. aussi repris au latin le sells miLitaire de ~~butin, dé-
0 La spécialisation économique (1615) est surtout pouilles>) Cv.11501, encore employé en langue clas-
vivante au participe passé et dans les mots de la fa- sique, puis sorti d’usage. ~Par analogie, proie se
mille (ci-dessous). dit d’une personne dont on s’empare Efm XIII~s.3 et,
k PROHIBÉ, ÉE, le participe passé adjectivé, signi- en général, de tout ce dont on s’empare cv. 13801.
fie (<défendu» 114881, spécialement en économie Mais les emplois métaphoriques modernes uti-
(1622) et en droit, en particulier dans l’expression lisent les images de la bête prédatrice. Q Au figuré,
degr& prohibé (16801, qui défmît la parenté rendant proie correspond à <ce qui est d&uitm, par exemple
le mariage illégal. + Le seul dérivé encore vivant du dans être la proie des flammes. +La locution en
verbe est PROHIBITIF, IVE adj. 115061, formé sa- proie (15871, anciennement construite avec la pré-
varnment à partir du radical du supin latin prohibi- position de, puis avec Ct,est employée au propre et
tum. Le mot qutie ce qui est juridiquement înter- au figuré dans un registre soutenu pour «saisi par>.
dit, spécialement en économie, ce qui est de nature 0 voir DÉPRJbATION, P&DATEUR.
PROJECTION DICTIONNAIRE HISTORIQUE

PROJECTION n. f. est emprunté (1314) au la- en perspective, en particulier dans propriétés pro-
tin projectio, -or& <<action d’avancer, d’étendre}}, jectives (18221 et géométrie projective (19051.0 Sous
<<fait de jeter ‘), «saillie, avance». Le mot est formé sur l’influence d’un autre sens de projection, il quaMe
le supin Iproiectum) de projicere <<jeter en avant>>, ce qui projette au loin (1826, Balzac). 0 Il a été re-
composé de pro <<devant)) I+ pour, pro-) et de -jicere pris en psychologie (19461, d’après le sens corres-
pour jacere, ((jeter, lancers (+ jeter, projeter-l. pondant de projection et avec influence de l’anglo-
+ Le mot a été repris pour désigner l’action phy- américain projective ( 19391, pour qualifier ce qui
sique de jeter, de lancer en avant et, par métony- projette des états intérieurs ou suscite ce proces-
mie, ce qui est jeté (par exemple, projection de sus. Il est passé en psychanalyse en relation avec
roches, 15301. Plusieurs spécialisations de ce sens l’acception spécialisée de projection, ainsi qu’en lin-
apparaissent à partir du xwe s. : en alchimie où l’on guistique E19721.0 Il a produit PRO JECTIVEMENT
nomme poudre de projection (15873 une poudre adv. et PROJECTIVITÉ n. f. (enregistrés dans les
censée changer les métaux inférieurs en or ou en dictionnaires dans les années 1970). +PROJEC-
argent, en chimie pour l’action de jeter dans le TEUR n. m. est dérivé comme projectile (1882) du
creuset une matière que l’on entend calciner radical du supin projectum, de projicere avec le suf-
( 1611) ; plus tard, le mot s’emploie avec une valeur ke -eur exprimant l’agent. -3 Le mot est employé,
analogue en géologie (18861 et en volcanologie. d’abord en optique, puis couramment pour dési-
-Dès le moyen fknçais, par transposition au fi- gner l’appareil (inventé av. 18601 dans lequel les
guré, il désigne l’action de lancer hors de soi une rayons d’une source lumineuse sont réfléchis et
force agissante (v. 13601, avec deux spécialisations <<projetésm. Il désigne, d’après le sens correspon-
tardives, liées aux emplois de projeter, en psycho- dant de projection et de projeter, un appareil des-
logie (1875) puis en psychanalyse ( 1914, Hesnard), tiné à projeter des images sur un écran ( 1923, au ci-
en complément à identification. 4 Au xwe s., projec- néma). - L’abréviation familière en PROJO (1955)
tion commence à être employé en géométrie pour s’applique à un projecteur lumineux et aussi à une
désigner, sur un plan graphique, la représentation séance de projection 11974). +m‘ojecteur entre
des objets sur un plan (16741, donnant quelques syn- comme second élément dans les noms d’appareils
tagmes, dont projection plane, projection orthogo- PHOTOPROJECTEUR n. m. et RÉTROPROJEC-
nale (18751. Le mot s’emploie en cartographie (pro- TEUR n. m. (19681, ce dernier plus courant.
jection de Mercator, etc.) et en géodésie (1704); en PROJECTURE n. f. est un emprunt ( 1545) au latin
optique 11801), il désigne l’action de (cprojeter”m impérial projectura eawncée, saillie=, terme d’ar-
Esens apparu au XVIII~ s.1 des radiations, des rayons chitecture formé sur le supin de projicere. - Repris
lumineux et, par métonymie 118011, l’effet de cette en architecture, le mot a été recréé en botanique
action. OPar une autre spécialisation, projection (18171, désignant une petite côte faisant suite au pé-
désigne l’action de projeter à l’aide d’un appareil tiole et se prolongeant sur la tige de haut en bas.
des rayons ou des images éclairées qui appa- @ voir PROJETER.
raissent sur un écran (1894) et cette image. Ce sens
s’est répandu avec la lanterne magique, puis l’in- PROJETER v. tr. est la réfection en pro- (xve s-1
vention du cinématographe, l’emploi des diaposi- de pourjecter (1386~13941, issu de l’ancien francais
tives, etc. - Au XX~ s., le mot a développé d’autres porjeter ou porjecter Iv. 1120, puqkterl, dont le pre-
acceptions abstraites, en linguistique ( 18’2) et en mier élément est l’ancien adverbe puer <<enavant,
statistique ( 19631, désignant l’extrapolation tempo- au loinm, issu du latin porro, spatial et temporel,
relle d’une tendance observée sur un intervalle de également employé pour marquer la progression
temps (en démographie, en économie). dans le raisonnement et comme interjeotion d’en-
+Projection n’a produit directement que PRUJEC- couragement. C’est un adverbe du groupe de pro
TIONNISTE n. (19071 pour désigner la personne 13 pour, pro-), formé comme le grec poflô. Le se-
qui fait des projections lumineuses, notamment au cond élément de poQeter est le verbe jeter* pris au
cinéma. sens abstrait de ~concevoir un projetn, dans l’ex-
Les autres mots de la même famille ont été formés pression jeter sentense [sentence] et <<fairele brouil-
savamment sur le radical latin. +PROJECTILE lon, la minute d’une lettre, d’un trait& (13341. À
n. m. est dérivé (1749) du latin projectum, supin de partir du XV~s., le préfke por-, pour-, est latinisé en
projicere, avec le suf5xe -ile (cf. ductile*, facile?. pro-, ramenant un parallélisme formel entre le
0 Le mot désigne tout corps pesant lancé par l’im- verbe et le substantif projection*, utilisé sémanti-
pulsion d’une force pour atteindre qqn ou qqch., en quement au XVIII~siècle.
particulier tout corps destiné à nuire lancé par une 4 Conformément au sens premier de jeter, le verbe
arme de jet ou une arme à feu, en balistique (17711. a d’abord exprimé l’action de dresser un premier
Il est adjectivé dans ce domaine en parlant de ce état, de rédiger un premier relevé, des comptes.
qui projette vers l’avant (17621, emploi dispac. Le Au XVI~s., il exprime le fait d’écrire, d’arreter à
substantif, aujourd’hui, s’applique à ce qui est lancé l’avance 11569, projecter les points et articles). En
à la main et surtout par une arme à feu (balle, moyen fmn@s, pourgeter hic1 une ville Sign%e 4a
obus, etc.); il est séparé de projection et de projeter. reconnaître par une expédition)) (v. 1400) ; pourjeter
- PROJECTIF, IVE adj ., mot didactique, est dérivé une embusque (Froissart) correspond à adresser
(1822) du latin projectus, participe passé de projicere une embuscade ». +Au xve s., par extension, projeter
ou du radical du français projection, avec le suf6xe prend le sens de wzoncevoir, mettre en avant (une
-if: ofiojectif est d’abord un terme de géométrie idée à exécuter)>) d’abord en parlant d’une
servant à qualifier ce qui est relatif à la projection construction E14521, sens qui correspond à projet*
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROLÉTAIRE

(ci-dessous), le verbe prenant le sens de &aliser PROLEPSE n.f. est emprunté à la Renais-
un projet pour». Cette acception est restée vivante, sance (15641 au grec prolêpsis «opinion que l’on se
de même que la suivante. 0 Au XVII~~ s., projeter dé- fait d’avance, préjugén, spécialement en rhétorique
veloppe une autre valeur, cette fois sous l’influence uréponse anticipée à une question)). Ce substantif
de pro@ction” (ci-dessous) : il est employé en géo- est dérivé du verbe p~olambanein Cuhr prolêpses-
métrie pour <représenter (une figure) par sa pro- thai) <<prendre, porter en avant)) et, avec une valeur
jection sur un plan» ( 1762) et, avec la valeur phy- temporelle, ((prendre par avance’> d’où, au figuré,
sique de jeter, pour Nlancer en avant et avec force)) <<prendre d’avance par l’esprit, présumer, préju-
C1774, spécialement en sciences naturelles, en phy- ger>>. Ce verbe est formé de pro C-+pour, pro-) et de
sique, en optique (17881. 0 C’est de ce dernier em- lambanetn «prendre)) (+ catalepsie, dilemme, épi-
ploi que procèdent les sens figurés, 4ocaliser hors lepsie, lemme, syllabe, syllepse).
de soi, faire sortir de soi (ce que l’on ressent))) (1829) $Lemot dé signe en rhétorique une figure par la-
en psychologie et en psychanalyse (voir aussi pro- quelIe on va au-devant des objections de l’adver-
jection). 0 Une spécialisation du sens en optique saire. Au XIX~ s., il a été repris en philosophie pour
correspond à <<faire paraître loin de sa source, par désigner l’ensemble des notions généralisées a
exemple sur un écran)) ( 18951, en relation avec pro- priori dans le système d’Epicure (1842) et, en théo-
jection*. logie, à propos d’un anachronisme par anticipa-
w Les dérivés proprement dits de projeter ne sont tion. En stylistique, il désigne ( 1933) le fait de placer
pas nombreux, en raison des mots de la même fa- un mot dans la proposition qui précède celle où il
milIe empruntés au latin ou formés sur un radical devrait normalement figurer. Le poéticien G. Ge-
latin. + Le déverbal PRO JET n. m., d’abord project nette (1972, Figures1111 étend ce sens, rejoignant
(1529) puis projet ( 16371, réfection de pourget l’emploi initial du terme.
Cv. 14701, pourjet parallèle à celle du verbe, a dès les F PROLEPTIQUE adj., emprunté (1750) au dérivé
premiers textes le sens de <<idée que l’on met en grec prolêptikos ((qui anticipe)}, qualse en méde-
avant, plan proposé pour réaliser cette idéen, va- cine une fièvre dont chaque accès survient de ma-
leur que le mot a conservée. Avoir des projets sur nière anticipée. En chronologie, il signZe <<relatif à
gqn s’est spécialisé en <compter épouser qqw un fait antérieur à une époque, à l’établissement
(1750). 0 Au XVI~ s., le mot avait pris par métonymie d’une ère chronologique» (1842) et s’emploie en
et spécialisation technique le sens de hravail, ré- rhétorique, en philosophie et en stylistique comme
daction élémentaire, premier état » ( 15291, d’abord l’adjectif didactique et rare correspondant à pro-
en architecture puis avec une acception plus géné- lepse.
rale (1637). Au XVIII~ s. projet se spécialise en droit et
en politique, les syntagmes projet de décret 11789) et * PROLÉTAIRE n. et adj., d’abord prolec-
projet de loi ( 1792) apparaissant avec la Révolution. taire Iv. 1375) refait en prolétaire ( 15781, est em-
prunté au latin proletutius désigna;nt le citoyen ap-
L’évolution de projet et celle de progmmme sont
partenant à la dernière classe de la société
alors parallèles. +Projet a servi & former le préfixé
romaine. Le mot signifie proprement Hcelui qui
antonymique CONTRE-PROJET n. m. à l’époque
n’est considéré utile que par les enfants qu’il en-
révolutionnaire E179 1). *Projeter a produit deux
gendre=, comme le commente saint Augustin : pro-
autres dérivés : son participe présent PROJE-
TANT, ANTE est adjectivé (Rousseau) et substam
letarii illi, qui eo quod proli gignendue vucubunt
<<étaient prolétaires ceux qui s’occupaient de
tivé, spkcialement au féminin en géométrie pour
mettre au monde des enfants~~. Il est issu de proles,
désigner une droite qui détermine la projection
nom collectif de l’ensemble des enfants, de la race,
d’un point. +~ROJETEWR,EUSE n. (1774) dési-
de la lignée. Lui-même appartient à une racine in-
gnait la personne qui forme des projets, emploi
doeuropéenne “ol- «nourrir)), représentée en latin
sorti d’usage. Il a été repris pour <<responsable d’un
projet d’urbanismem ( 1953, dans les dictionnaires).
dans les mots qui ont donné udoiescent, prolifère,
0 Voir PROJECTION.
prolifique, abolir, adulte et peut-être indélébile.
Cette racine est une variante de “aE- que l’on a dans
haut et dans aliment.
PROLÉGOMENES n. m. pl. est emprunté
4 Le mot, dont la signikation étymologique a
(1600) au grec prolegomena «choses dites avant», souvent été soulignée, a été introduit comme
~~préliminaires», participe pakf neutre pluriel terme d’antiquité romaine en moyen -français et de
substantivé de prolegein <<déclarer d’avance, an- nouveau depuis le milieu du XVIII~ s. ( 1748, Montes-
noncer)) . Ce dernier, également employé pour quieu). +Appliqué à la société moderne, il se dit
«choisir d’avancex, <désigner comme premier- et d’abord de celui dont les ressources proviennent
aprédire (dans la langue augurale))), est composé uniquement du travail manuel, une première fois
de pro <<avant>> (+ pour, pro-) et de legein qui re- en 1570, de nouveau en 1762 dans le Contruf social
couvre deux verbes appartenant à la même racine, de Rousseau. Cet emploi, où le mot, également ad-
l’un Sign%ant <cueillir, choisirn et l’autre <<dire, par- jectivé 117891, avait un sens très proche de pauvre,
lern (+ -1ogie). indigent, est devenu caduc lorsque la pensée poli-
+ Le mot a été repris pour désigner une ample pré- tico-économique du XIX~ s. a donné au mot sa déti-
face contenant les notions préliminaires néces- tion moderne en l’opposant à cupituliste et à bour-
saires à l’intelligence d’un livre. 0 Il désigne aussi geois : l’adjectif est attesté avec ce sens depuis 1825
les notions préliminaires nécessaires à l’étude (Saint-Simon) et comme nom depuis 1848 (Marx et
d’une science ou d’une question particulière. Engels : Grolétuires de tous les puys, unissez-
PROLIFÈRE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

vous!>>). Les connotations antiques disparaissent *Le mot a longtemps eu le sens propre de -qui
alors, le mot s’appliquant de plus en plus aux ou- donne la faculté d’engendrer, la fécondités> : on ap-
vriers salariés de l’industrie. Il est abrégé familière- pelait le sperme gemme prolifique (1546) puis liqueur
ment en PROLO n. m. &n XIX~ s.l. Par rapport à ou- prolifique (17491. Il a qualifié des substances phar-
vrier, à travailleur manuel, le mot conserve des maceutiques favorisant la procréation, comme pi-
connotations de doctrine sociale, souvent mar- lule prolifique (17071, remède prolifique (1763- 1764).
xistes. oLe sens moderne de “qui se multiplie rapide-
b C’est avec son sens moderne que prolétaire a pro- ment)} apparaît en zoologie ( 1770, Btion3, à l’épo-
duit ses quelques dérivés. ~PROLÉTARIAT n. m. que où est formé prolifère (ci-dessus). 0 Au figuré,
(1832) désigne d’abord la condition de prolétaire et le mot se dit de ce qui se multiplie vite 11833, Bal-
la classe des proletaires, spécialement dans sa défi- zac) avec la spécialisation de ~particulièrement fé-
nition marxienne et dans l’expression dictature du cond, pour un artiste» (1863, Baudelaire, à propos
prolétatiat E1850). L’adverbe PROLÉTAIREMENT de Rubens). +Le dérivé PROLIFICITÉ n. f. (19033
(1834) reste peu usité. +PROLÉTARISME n. m. désigne la fécondité plus ou moins grande d’un
(18321, mot didactique pour la situation du prolé- être, d’un peuple, spécialement et par métonymie
taire, est sorti d’usage, senti comme un doublet de le nombre de jeunes nés vivants par femelle met-
prolétatiat. +PROLÉTARIEN,IENNE adj., attesté tant bas (attesté 19771.
un peu plus tard (18711, a donné lieu à de nombreux PROLIFICATION n. f., étant donné son antériorité
syntagmes, dont révolution prolétarienne ( 1901). vis-à-vis de prolifique Wm xwe s.1, est emprunté au
~PROLÉTARISER v. tr. 61 XIX~ s., selon Bloch et latin médiéval prolifîcati, -on& dérivé du latin mé-
Wartburg ; 1904) &ansformer en prolétaire>> s’est diéval prolificare <<procréern Cv,13701, formé de
surtout employé à propos de l’industrialisation qui proli- (3 à prolifére) et de -ficure (+ faire). + Le mot
transforme en ouvriers des populations rurales ou a d’abord désigné la qualité proliCque d’un animal
petites bourgeoises appauvries, d’où PROLÉTARI- et l’engendrement, la production d’enfants (15241,
SATION Il. f. sens sorti d’usage. 11 a été repris en botanique
Une série préfixée en sous- sert a désigner la partie (18 121, alors dérivé de prolifique, à propos du fait de
la plus exploitée du prolétariat ; SOUS-PROLÉ- proliférer et du caractère d’un organe prolifère,
TAIRE n. et adj. IV. 19501, SOUS-PROLETARIAT puis en biologie animale, emplois devenus ar-
n. m. (19451, SOUS-PROLÉTARISER v.tr. (1969), chtiques.
d’abord au participe passé s OUS -PROLÉTA-
PROLIXE adj., réfection d’après le latin 11314
RISÉ, ÉE adj. 0 Le germanisme LUMPEN PROLE-
de prolipse (v. 11251et prolis 112801, est emprunté au
TARIAT n. m. est attesté dès 1912.
latin prolixes qui signifie littéralement “qui
+ Voir PROLIFÈRE.
s’épanche en avant=, d’où along, allong& et, au fi-
guré, &ffus, verbeux>), également cde sens géné-
PROLIFÈRE adj. est formé savamment (1766)
raln, <<favorable (en parlant des circonstances)u et
des éléments pro&, tiré du latin proles 4ignée, en-
*bienveillant (d’une personne)>>. Prolixus est issu de
fants, famillem (+ prolétaire) et -fére* “qui porte, qui
proliquere <tcoulerm, de pro Ndevant» (-+ pour, pro-),
produitm. Il est en partie inspiré par un composé
et de liquere (-, liquide).
plus ancien, prolifique, lui-même postérieur k proli-
fîcatin (ci-dessous). Le latin médiéval prolikure $ Le mot n’a pris et conservé du latin que la qualifi-
kf prolificutionl a pu setir de modèle. cation d’un discours, d’un écrit trop long (v. 11251 et
d’une personne qui a tendance à écrire ou à parler
4 Le mot a été formé en botanique à propos de ce trop longuement 11280). Le sens de 4ong», en par-
qui donne naissance à un organe surnuméraire. lant d’une chose ( 13141, est sorti d’usage à la fois
Plus généralement, il qualifie en biologie ce qui se dans sa valeur temporelle et dans sa valeur
multiplie rapidement ( 18831, synonyme en ce sens concrète Idéb, xwe s., barbe prolixe). Cependant,
de prolifique; ces emplois ont vieilli. par extension, prolixe quame (av. 1778) ce qui est
b En revanche, le dérivé PROLIFÉRER v. intr. abondant, copieux, re j oignant l’ancien emploi
( 1859, probablement antérieur ; ci-dessous prolifé- concret.
ration) ase multiplier en se reproduisant*, d’abord b Il a produit PROLIXEMENT adv. h. 11251,
didactique en biologie, en médecine ( 18781, est d’usage littéraire. + PROLIXITÉ n. f. est emprunté
passé dans l’usage courant au sens figuré de afoi- Cv. 12783 au dérivé bas latin prolititas, -As <ion-
sonner, augmenter en nombre> (1922, Proust). gueur, étendue dans l’espace et dans le temps)),
+ Son dérivé PROLIFÉRATION n. f. en botanique spécialement alongueur excessive d’un écrit, d’un
(18421, puis en biologie (1869) a développé les em- discours». 0 Le mot a suivi la même restriction que
plois analogique El9261 et figuré correspondant à l’adjectif, désignant le défaut d’un orateur ou d’un
ceux du verbe. +Le radical a servi à former PRO- écrivain verbeux et, par métonymie, le caractère
LIFÉRATIF, IVE adj. (18971, mot didactique quali- d’un texte ou d’un discours trop long. Il a déve-
fiant ce qui est capable de proliférer len biologie et loppé dans l’usage littéraire le même sens figuré,
en médecine). ~Les participes de proliférer sont «abondance, exubérancen.
employés comme adjectifs, surtout PROLIFÉ-
RANT, ANTE (1929), relatiVement uSUd au fig&. PROLOGUE n. m., réfection (déb. xn~~s.1 de
PROLIFIQUE adj. est directement composé en prologe (av. 11501, est emprunté au latin prolo@3
lançais (1520, Chauliacl des éléments pro& (-, pro- qui désigne la partie d’une pièce de théâtre desti-
lifère) et -fique, du latin T~us, de fucere (*faire). née à en exposer le sujet, un discours introductif,
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROMÉTHÉEN

un préambule. Le mot est emprunté au grec prolo- faire (17791, et, au pluriel, les conséquences, les
gos, composé de pro xavant» (3 pour, pro-) et de Zo- suites (18601. 0 Son emploi spatial correspond à
gos discours (3 -logiel, sign&nt proprement l’action de rendre plus long 115491 ou, par métony-
adiscours avantn. Au théâtre, prologos désigne à mie, à ce par quoi on prolonge 117311, d’où la lo-
l’origine la première partie de la trag&Ge, avant la cution dans le prolongement de (1784). Ce dernier
première apparition du chœur (Aristote, Poétique) ; sens conduit à des spécialisations scientfiques et
Euripide la transforme ensuite en un monologue techniques : en anatomie prolongement rachidien
exposant l’origine de l’action. Par suite, le mot grec (18141, en botanique II8311 avec prolongements mé-
est passé en mathématiques pour designer le rap- dullaires, et en arboriculture (1876). Au XX~s., pro-
port d’un nombre plus grand à un plus petit. longement est repris en mathématiques (19481.
4 Le mot est d’abord employé pour désigner un +Un autre nom, le déverbal PROLONGE n. f.
texte introductif; il passe rapidement dans l’usage (13491, signiiiait <courroie, lanière)) (cf. longe). 0 Il a
général avec le sens figuré d’dtentrée en matièren, été repris (1538) comme terme d’artillerie pour dé-
dans la locution sans prok?@e (XIII~ s.1 (<sans préve- signer le cordage servant à manœuvrer les pièces
nirfi, supplantée par suyts préambule. - À l’époque d’artillerie, puis un chariot à munitions ( 18321, le
classique, le mot commence à s’employer en ré- plus souvent dans prolonge d’artillerie (1892). Par
férence au théâtre antique (16361, puis au théâtre analogie, dans le langage des chemins de fer ( 1874,
moderne 116601, désignant alors un geste social Journal oficiel), il a désigné une longue corde utili-
destiné à assurer les faveurs du prince ou à donner sée pour la manœuvre des wagons. +PRO-
un apercu de la fonction de l’art ou du travail théâ- LONGÉ, ÉE, le participe passé de prolonger> est
tral. Parallèlement, il désigne dans l’usage courant adjective au XVII~s. ( 1690) ; avec une valeur tempo-
des paroles préliminaires dans une conversation relle, il quatie spécialement l’enfance ( 1810) ; avec
( 1666) et s’étend à d’autres formes artistiques, une connotation ironique, une jeune fille prolongée
comme la musique IlSSO>, puis à toute œuvre litté- (1939, Montherlant), il correspond à <<quasi vieille
raire ( 18093. Par métaphore, il désigne Il8261 un fillea. + Enfm, on a tiré de prolonger l’adjectif PRO-
événement qui annonce ou prépare qqch, LONGEABLE (1788).
0 Voir APOLOGUE, CATALOGUE, DIALOGUE, ÉPILOGUE, PROLONGATION n f. est emprunté (v. 1265) au
MONOLOGUE. dérivé latin chrétien prolongati, -anis aaction de
prolonger dans le temps>>, &loignementn hve s.l.

PROLONGER v. tr., d’abord prolonjer (12131, *Le mot a été introduit en f&nGais au sens tempo-
prolongier 11219), enfin prolonger (v. 12651, est em- rel, avec une valeur plus active que le nom d’action
prunté au latin chrétien de la Vulgate prolongare, formé en français, prolongement (ci-dessus). 0 Par
issu de longus (-, long) avec le préfixe pro- Men métonymie, il désigne ( 15%) la portion de temps
avant» I+ pour, pro-) et une terminaison verbale. Le prolongée. Il s’est spécialisé en musique (1842) et
verbe signifie afaire durer, allonger kme durée)», en sports ( 190 1, football) où il entre dans la locution
par exemple dans ut prolongentur dies tui &UI que jouer les prolongations 119411. 0 Le sens spatial,
tes jours soient prolongés)) EDeutéronome, 6.2.1, et <<action d’allonger une chose>> 113141, est toujours
«différer, retardern IEzéchiel, 12.281. resté rare par rapport à prolongement. +Le laul-
gage technique moderne a formé PROLONGA-
4 Le verbe a été repris avec les sens temporels du TEUR n. m. (19631, sur le radical de prolongation,
latin : «augmenter la durée de>>,qui est resté vivant, pour désigner l’ensemble @l et prises) reliant élec-
et &Yérer>>, sorti d’usage (quoiqu’attesté au début triquement deux câbles souples l’un à l’autre.
du XIX~s., chez Las Cases), 0 Prolonger s’emploie
spécialement pour «faire durer plus longtemps (la PROMENER + MENER
vie d’un être)m (v. 12651, notamment dans prolonger
h vie et prolonger les jours (15641. Ultérieurement, PROMÉTHÉEN, ENNE adj. est dérivé,
cette idée est exprimée familièrement par prolon- avec le sufbe -éen 118371, de Prométhée, emprunté
ger qqn (18841, par métonymie de l’objet. 0 Au au latin Prometheus, lui-même emprunté au grec
XVI~s., par transposition du plan temporel au plan Promêtheus. Le nom de ce personnage mytholo-
spatial, le verbe a pris le sens d’aaugmenter la lon- gique Sign%e littéralement (<celui qui pense par
gueur de (qqch.)n (15381, retrouva;nt au XVI~ s. la gra- avance, qui réfléchit d’abord>>, derivé de promêthh
phie prolonguer (1541) par latinisme. + Par exten- «prévoyant, précautionneux>>, composé de pro-
sion et avec un nom d’inanimé pour sujet, il signik <<d’avance=, correspondant exact du latin pro
<constituer le prolongement de (qqch.1)) ( 176 1). Un (+ pour, pro-), et de mantknein Napprendre», d’où
emploi spécialisé en marine correspond à tlnavi- <comprendre )) I+ mathématique). Prométhée, op-
guer parallèlement à (un navire)>> (16781, empiétant posé à son frère Épiméthée IEpimêtheus ((celui qui
ainsi sur le sens du verbe simple longer*. +La pense ensuite>>), est un Géant, fis du Titan Capet et
forme pronominale se prolonger s’emploie aux de Climéné, dont les exploits sont relatés par IIé-
sens spatial ( 1768) et temporel ( 1899). siode qui en fait le centre de sa réflexion sur la
+PROLONGEMENT n. m. (v. 11651 sert de nom place de l’homme par rapport à la nature et à l’uni-
d’action au verbe, exprimant en ancien français le vers divin. Inventeur et prophète, Prométhée défie
fait de retarder, de différer qqch. 0 De nos jours, le à plusieurs reprises Zeus, en le dupant et en déro-
mot désigne le fait d’augmenter la durée d’une bant le feu divin pour le cotier aux hommes qu’il
chose (v. 1275) et, par métonymie, ce par quoi un arrache ainsi à la vie sauvage (il apparait parfois
événement, une situation se prolonge ou semble le comme le créateur de l’humanité, façonnant le
PROMETTRE 2968 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

premier homme à partir d’un bloc d’argile mêlé de s’engager sur qqch.,, pluriel Substa;ntivé du par-
d’eau). Zeus, pour le punir, le fait enchaîner sur le ticipe passé neutre promissum de promitiere,
Caucase et torturer par un aigle qui vient lui ron- considéré comme un féminin singulier. * Passé en
ger le foie. fkançais pour servir de nom d’action à promettre,
+ L’apparition de l’adjectif, attesté tardivement promesse (également écrit prumesse, premesse en
Il’angIais a promethean dès 15383, correspond à ancien fiançais) a développé par métonymie le
l’époque qui voit le déploiement du mythe de Pro- sens d’aengagement ainsi contractén et, au pluriel
méthée dans la littérature fkançaise, chez Bal- promesses, de <paroles prononcées pour promettre
lanche, Michelet, Quinet, Hugo, avant Gide et Ca- une chosem.II a éliminé promission*. 0 Il reçoit spé-
mus. Le mot quaMe à la fois ce qui est relatif à ce cialement la valeur juridique correspondant à *en-
héros mythologique et ce ou celui qui se laisse ca- gagement de contracter une obligation ou d’ac-
ractériser par le désir de l’exploit, le goût du dé- complir un acte* (v. 12831 et une acception
passement et la foi dans la grandeur humaine. religieuse, spécialement dans les enfants & la pro-
Hugo l’a employé dans un sens voisin de tita- messe =les éluss (15%) et dans un emploi de pro-
nesque, avec la valeur concrète dknrnense, messes pour ce que Dieu a promis 11713). Par une
énormem (1869). extension analogue à celle du verbe, il désigne l’as-
surance ou l’espérance que semblent donner une
b Le courant intellectuel qui se réclame de l’arnbi-
personne, une chose, un événement (1607). L’em-
tion prométhéenne a reçu la dénomination de
ploi parallèle à celui du verbe, pour l’annonce d’un
PROMÉTHÉISME n. m. (1939, A. Béguin, L’Ame ro-
fait à venir, a été éliminé par prédiction, prbvision.
mantique et le Mve3.
6’ voir PROMISSION.

PROMETTRE v. tr. est l’emprunt Iv. 9801, hn- PROMISCUTI? n.f. est dérivé savamment
cisé d’après mettre*, du latin promittere, dont le (17311, avec le suffixe -ité, de l’adjectif latin promis-
sens propre est afaire aller en avant)), kisser aller cuus amêlé, indistinct, confondun. Ce dernier est
en avants, mais qui est surtout employé au figuré dérivé, avec le préfixe pro- (+ pour, pro-), de mis-
pour agarantir, assurep, plus rarement aprédiren. cere MméIangern 13 miscible). Le moyen français
Promitiere est formé de pro aavantp (+ pour, pro-) et avait emprunté l’adjectif promiscue “qui est en
de mitiere <envoyer= I-+ mettre). commun, confondu> (1580-16111, disparu au
4 Le verbe n’a repris que les sens figurés du latin, XVII~siècle.
as’engager à Cqqch.)net, avec un nom de chose pour + Conformément à son étymologie, le mot a
sujet, msembler annoncer Iqqch.)s Iv. 1160). Il a éga- d’abord désigné un assemblage de gens, de sexes
lement signifié amoncer (qqch.1 comme sûz”n ou de milieux différents dont la réunion à caractère
(v. 12201 avant de céder cette valeur à prédire. L’em- disparate est contraire aux bienséances et, plus gé-
ploi absolu de promettre 115591 a le sens de adonner néralement, un mélange confus 11832). *L’usage
de grandes espérancesm, quelquefois ironiquement moderne de promiscuité a déplacé l’accent vers la
dans la locution ça promet (1784). + Le pronominal notion de ~~proximîté~, peut-être par attraction de
se promettre est d’abord (v. 1135) construit avec la proximité, donnant au mot un sens légèrement dif-
préposition à au sens de afaire le vœu den avant de férent : «entassement de personnes résultant d’une
se construire avec de. La préposition à reste em- situation particulière (généralement une exiguïté
ployée lorsqu’elle introduit un complément d’attri- de lieu) ressentie comme désagréable ou néfaste,.
bution, dans se promettre à qqn ~III~ s.) *se desti-
nep. Plus souvent, se promettre exprime le fait de PROMISSION n. f., d’abord écrit promissiun
compter sur qqch. (1538). Depuis le xwe s., il pos- Cv.1170) et promissi;on (v. 11751, est emprunté au la-
sède aussi la valeur réciproque de ase faire une tin promissio, -anis apromesse», dérivé du supin
promesse mutuelle)). Ipromissuml de promittere (+ promettre).
k Son participe passé PROMIS, ISE est employé + Le mot est d’abord relevé dans l’expression reli-
adjectivement ( 10801 pour quamer ce qui a été pro- gieuse tem de promission <terre promisem (aux
mis, d’où le proverbe chose promise, chose due Hébreux) d’où, par analogie, “pays abondant et fer-
(1694; 1690, sous une forme légèrement différente). tile». En dehors de cet emploi qui double celui de
Il est employé en religion dans terre promise terre promise, il ne s’est pas maintenu avec le sens
(xv” s. ; repris au xwe s., av. 1662, Pascal), expression plus général de «chose promisen (v. 11751, sup-
appliquée d’après la Bible à la Palestine et couram- planté par promesse”.
ment au sens figuré de aterre fertile>> 11707). + fio-
mis qutie également une personne vouée, desti- PROMONTOIRE n. m. est emprunté 11213)
née à qqch. Iv. 12001; son emploi substantivé pour au latin médiéval prornontorium, lequel corres-
désigner le fiancé (1538) et, au féminin PROMISE, pond au latin classique promuntutium qui désigne
la fiancée 117521, est aujourd’hui régional, rural ou la partie avancée d’une chaîne de montagnes et un
ironique. 4romettre a aussi produit l’adjectif relief qui s’avance dans la mer. L’étymologie du
PROMETTEUR, EUSE, autrefois employé comme mot n’est pas claire : il est généralement considéré
nom EV.1MO), de nos jours comme adjectif en par- comme un composé de pro Men avantn (+pour,
lant d’une chose, d’une personne pleine de pro- pro-) et d’un dérivé de mons C-+mont) ; on l’a aussi
messes 11836, Balzac). fait venir, mais sans aucune certitude, de promi-
PROMESSE n. f. est directement emprunt6 nere (<faire saillien (+ proéminent). Dans l’un et
(v. 1150) au latin de basse époque promissa F(a&on l’autre cas, promuntutium se rattache, comme pro-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROMPT

minere et mens, à la racine îndoeuropéenne %wn- gner collectivement l’élévation de plusieurs per-
<faire sailliefi, sonnes à un même grade, à une même dignité
(av. 1680). De là est issue, par métonymie et spécia-
4 Le mot a été repris avec les sens du mot latin, dé-
lisation, l’acception «ensemble des candidats admis
signant une pointe de terre s’avançant dans la mer
et un relief élevé en dominant un autre. * Par ana- la même aYmée à un concours dans une grande
logie, il désigne en anatomie la petite saillie os- école» 118471. 0 Dans ce sens, le mot est abrégé
seuse de la paroi interne du tympan ( 1805) et couramment en PROMO n. f. + L'eXpreSSiOn pro-
l’angle saillant formé par la jonction du sacrum motion sociaJe, d’abord en droit du travail 119411,
avec la cinquième vertèbre lombaire ( 1878). 0 Le correspond à une renaissance de l’ancienne accep-
sens populaire et familier de <nezB (Gautier) a tion sous l’influence du sens nouveau, en com-
vieilli, malgré la célèbre tirade du Cyrano d’Ed- merce. Cette spécialisation du mot en marketing
mond Rostand. 11930) vient d’un emprunt à l’angle-américain pro-
motion <<opération d’incitation à la vente d’un pro-
duitn (19251, lui-même spécialisation de l’anglais
# PROMOUVOIR v. tr., réfection (v. 1460) de
promovoir aussi pownovoir 112791,est em-
Cv. 12001,
promotion, emprunt au mot français et attesté
prunté au latin promovere. Ce verbe, formé de pro dès 1483 au sens d’tiincitation, aide, encourage-
aen avant» (--+pour, pro-) et de movere I+ mouvoir), ment, soutien=. Le lançais parle d’abord de promo-
signifie proprement *pousser en avant, faire avan- tlon des ventes pour désigner la technique com-
Cern, d’où aétendre, agrandiru et, au figuré, «faire merciale permettant d’accroître le montant des
ventes d’une entreprise, par calque de l’anglo-
monter en graden, «développern et «faire des pro-
américain sales promotion. L’emploi elliptique de
grèS~.
promotion s’est difksé en dépit de la critique.
+ Le mot a été repris pour «élever (qqn) à un grade, 4 PROMOTIONNEL, ELLE adj. adapte Il9621 l’an-
à une dignitép. Son autre sens, uprocurer l’avance- glo-américain promotion& (1922) spécialisé dans le
ment, l’avantage de (qqch.1, (v. 14601, semble dispa- domaine de la publicité, par exemple dans ventes
rtitre à la fin du ~VU~S., tout comme la valeur de promotionnelles, euphémisme pour soldes. Le
asoutenir sa cause” iv. 1460). +Le verbe a été repris terme a été très critiqué, mais s’est répandu.
au milieu du XX~s., spécialement dans le domaine 0 Avec un autre sens de promotion, l’adjectif a pris
de la recherche scienttique et du marketing le sens de arelatif à la promotion sociale et profes-
Iv. 1970) sous l’influence de promotion*. Q Au xxe s., sionnefles (1970). 0 PROMOTIONNER v. tr. (19671,
Paul Valéry a réactivé le sens étymologique de a cause de l’existence de promouvotr, fait figure de
«tendre en avant» dans son recueil de poèmes barbarisme.
Charrnes (19223, mais cet emploi reste exception-
nel. PROMPT, PROMPTE adj., d’abord propts
b PROMU, UE p. p. est adjectivé cv.1360) et dispa- (11741, puis prompt par conformation à I’étymolo-
raît avec le verbe. II est repris avec hi au me s. qua- gie, est emprunté au latin promptus. Le souvenir de
lifmnt la personne qui vient d’accéder à un grade l’ancienne graphie se perpétue dans la prononcia-
plus élevé, qui bénéficie d’une promotion sociale. Il tion académique de prompt et de ses dérivés. Ce-
est aussi substantivé. - On rencontre un adjectif lui-ci Sign%e <visible, manifesteB, puis “qui est sous
PROMOUVABLE ( 1968) dans le style administratif la main, disponible» en parlant d’un objet ; de là, il
moderne. s’est appliqué à une personne prête, disposée à
PROMOTEUR, TRICE adj, est emprunté (v. 1350) agir, spécialisé en latin chrétien pour aenclin à mal
au latin médiéval promotor <celui qui accroît,, dé- agir, à pécher)). C’est le participe passé passif ad-
rivé du supin Cpromotuml de promovere I+ pro- jectivé de promere <(tirer de)), d’où *faire sortip et,
mouvoir). +Le mot a été repris pour désigner celui de là, <<exposer au grand jour, exprimer%. Promere
qui provoque la réalisation d’une chose, qui en est est issu de “pro-emere, de pro <devant* (+ pour,
la cause, l’initiateur. Spécialisé en droit canonique pro-) et emere NprendreB (+ exempt).
En XIV’ 4, il désigne l’eccksiastique tenant près 4 Le mot appartit dans un contexte religieux, dans
des juridictions religieuses le role de ministère pu- prons en péchié Kenclin au péché)), où il réalise
blic. Ces valeurs sont archtiques, comme l’emploi l’idée de «prêt à, disposén, encore vivante au
adjectif pour “qui suscite un effets (1580). Au milieu XVII~siècle. L’accent étant mis sur la notion de Bra-
du XX~s., il a pris le sens de cpersonne assurant et pidU>, on passe en moyen français au sens mo-
tianGant La construction d’immeublesm, en emploi derne de “qui met peu de temps à ce qu’il fait, vifm
qualifk @omoteur immobilier1 et absolument (v. 14851, dont procèdent des extensions parti-
(19641, devenu courant. +II avait été repris en culières : prompt qualifie une personne d’humeur
chimie à propos d’une substance qui, ajoutée en ou de caractère vif 116161,employé par métonymie
faible quantité à un catalyseur, en augmente beau- dans avoir la main prompte I 1690) ; sur le plan intel-
coup l’activité ( 193 1). lectuel, il qual%e un esprit pénétrant ( 1580, Mon-
PROMOTION n. f. est emprunté (v. 13503au bas la- taigne). ~AU cours du xvre s., il commence aussi à
tin promotio, -OMS, dérivé du supin promotum eac- s’appliquer à une chose qui survient rapidement
cession, nomination d’une personne à un grade ( 15401, en particulier à ce qui a un caractère de ra-
plus élevéB. Le mot exprime d’abord, comme en la- pidité excessive ; il est employé dans la langue litté-
tin, la nomination de qqn à un grade supérieur et raire avec une nuance de “qui passe vite> ( 1662;
sert de substantif à promouvoir. C’est le seul sens Pascal), Dans tous ses emplois, il est plutôt d’usage
jusqu’au XVII~s., où promotion commence à dési- littéraire.
PROMPTEUR DICTIONNAIRE HISTORIQUE

b Le dérivé PROMPTEMENT adv. IV. 1300) a immé- lois, est probablement dérivé du verbe français,
diatement son sens moderne, <rapidement= ; il a eu peut-être sous l’influence du dérivé bas latin pro-
d’autres sens en moyen français, tels wécemmentm mulgator (II~s.l. +PROMULGATION n.f., le pre-
et ad’improvisation>, promptement que ayant donné mier mot du groupe à être attesté (v. 13001, est un
une locution conjonctive signihant *dès que». En- emprunt au latin promzdgatio, -onts, dérivé du su-
core très usuel en français classique, le mot est au- pin Ipromulgatuml de promulgure. *Rare avant le
jourd’hui d’usage très soutenu, voire archaïque. xvr~~~s., il a suivi le même développement séman-
PROMPTITUDE n. f., le nom correspondant, est tique que promulguer, ajoutant au sens de cpublica-
emprunté ( 1486) au dérivé bas latin promptitzdo tion des lois>>celui d’aacte par lequel le chef du pou-
<zèle, empressement précipitém Iv” s.l. +Le mot voir exécutif atteste l’existence d’une nouvelle loi
fkançais, désignant d’abord la disposition à faire et en ordonne 1’exécutionN (18451.
qqch., s’est aligné sur le sens de l’adjectif et a suivi
son évolution : il a pris le sens moderne de aviva- PRONAOS - NAOS
citém Iv. 1490, SUTle plan intellectuel dans prompti-
tude d’entendement). Ainsi, il s’applique à la qualité PRONATEUR adj. et n. rn. est dérivé 115501 du
d’une personne qui agit sans délai Iv. 1525); en re- radical du supin pronutum, du bas latin pronure
vanche, il ne se dit plus d’une vivacité d’humeur ex- ktcliner en avant, faire pencher», dérivé de pronus
cessive portant à des éclats 11636). 0 Il s’applique à Npenché en avant}), lequel est dérivé de pro *en
une chose qui arrive vite ( 16621, qui est vive et ra- avant> (4 pour, pro-).
pide (1690). Promptitude, comme prompt et promp- 4 Le mot a été introduit en anatomie pour qualifier
tement, pose aujourd’hui un problème phonétique ; et, comme nom L!epronuteurl, pour désigner (15501
malgré les puristes, le second p étymologique s’y un des deux muscles permettant à l’avant-bras
fait de plus en plus sentir.
d’effectuer un mouvement de rotation de la main,
+ voir IMPROMPTU, PROMPI-EUR.
de dehors en dedans.
PROMPTEUR n. m. est l’adaptation abrégée wPRONATION n. f. a été dérivé savamment du
Il 9ï’51 de l’anglo-américain Teleprompter, marque même radical ( 1639) pour désigner ce mouvement
déposée (19511 et terme génkique appliqué à un (en opposition à supinution). Par métonymie, il dé-
appareil faisant défier au-dessus de la caméra de signe la position de la main, paume vers le sol, qui
télévision le texte que la personne visible sur en résulte, avec des emplois spéciaux en escrime
l’écran doit dire. Teleprompter, qui s’emploie en an- et en gymnastique.
glais à côté de autocue, est formé de teEe- 13 télé-1
et de prompter, mot anglais qui signifie d’abord * PRÔNE n. m., aboutissement (1176-11811 de
Gnstigateur, incitateurn (xv” s.1, spécialisé dans la prodne (fi12xf sd, avec une variante prome Iv. 11901,
langue du théâtre (16041 au sens de asotiew. Ce est issu d’un latin populaire “protinum, forme dissi-
mot est dérivé avec le smxe -er (équivalant au mêlée du bas latin protirum Conrencontre aussi pro-
tiançaîs -eurl de to prompt ainciter à l’action, aider tulum au IX~s.l. Le mot est un neutre singulier refait
à, assisteru, dérivé de l’adjectif prompt, lui-même d’après le neutre pluriel prothyra, attesté antérieu-
repris au français prompt” ou formé sur le latin rement Uitruve) pour désigner l’espace devant la
promptus. porte, le vestibule, chez les Grecs. C’est un em-
4 Cet emprunt, de même que celui de télépromp- prunt au grec prothuron qui désigne le couloir al-
teur ( 19741,est obscur en français en raison du sens lant de la porte d’entrée à la porte intérieure, le
de prompt <<rapide)), et l’on pourrait lui substituer le porche, et qui est composé de pro adevant* (+ pour,
calque souffleur. L’arrêté du 24 janvier 1983 recom- pro-) et de -thuron, dérivé de thura <porte, entréeti,
mande d’ailleurs télésouftleur. littéralement adevant la portem. Thuru est appa-
0 voir IMPROMPTU. renté, comme le latin fores (+ forum), à une racine
indoeuropéenne “dhur- Kportem.
PROMULGUER v. tr. est emprunté Cv.1355)
au latin promulgwe, terme de droit Sign%ant GXB- + Le mot a désigné une grille, un treillage séparant
cher, publier (une loi, un projet de loib. Le mot est le chœur de la nef d’une église Il 176- 11811, devant
sans doute apparenté à muZgere Ntrairem, <<presserfi lequel se tenait le possédé pendant la cérémonie
(3 émulsion) : il en serait l’intensif en pro- (4 pour, de l’exorcisme, et où se tient le prêtre pour pronon-
pro-), signifiant «faire sortir en exprimant, mettre cer l’homélie Idéb. XIII~ s.l. +C’est par métonymie
au jour», d’oti, en droit public, «faire connaître par de ce dernier sens qu’apparaît la locution figurée
tous. faire le prône -faire le hâbleur)) (v. 1190), disparue en
+ Repris en droit, le verbe signifie <publier officiel- français moderne, et que le mot a pris son sens ac-
lement (une loi, un décret) et rendre exécutoirem. II tuel, «homélie de la messe paroissialem (14201. La lo-
est aussi employé dans le domaine religieux en cution être recommundk au prône s’est employée
parlant d’un dogme. La valeur en droit constitu- par antiphrase pour &tre censuré comme on le
tionnel s’élabore au XVIII~s., puis au XIX” s. ki-des- mériten (1675). Prône a désigné un bavardage (16401
sous promulgation). Par extension, il est passé dans et a pris, par analogie, le sens de =remontrances
l’usage littéraire au sens de <<professer, annoncer ennuyeuses et intempestivesn (1675, M”” de Sévi-
publiquementm dans le contexte politique de la pé- gné). Seul le sens religieux est resté en usage.
riode prérévolutionnaire ( 1784, Mirabeau). + Le dérivé PRdNER v. tr. ( 15781, d’abord employé
bPROMULGATEUR,TRICE n. lune fois en 1567; dans un contexte religieux au sens de &re au cours
repris 17711, <celui qui atteste officiellement une du prône)} et, absolument, eprêchep (1680, prôner
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2971 PRONOSTIC

tous les dimanches), est passé dans l’usage courant du complément d’objet ( 1546- 1549). Par extension,
au figuré, pour 4iscou1-3 longuement de manière on passe à l’idée de aréciter, débiter à haute voix
ennuyeuse3 11638). +Ce sens a disparu au profit (un discours, etch (1538) et, simplement, de adire».
d’un autre sens figuré, où l’accent porte sur le fait 0 À l’époque classique, le mot reçoit la valeur abs-
de louer, de vanter (1664) et, par extension, de pré- traite de ({bien marquer, rendre sensible (un élé-
coniser (1671). Ce verbe est aujourd’hui complète- ment d’une figurel>~ ( 1667) qui procède de l’idée
ment détaché de prône par le sens. - Le seul dérivé d’articuler; elle n’est restée vivante qu’au participe
du verbe, PRÔNEUR, EUSE (161 f 1, s’est dit du passé prononcé (ci-dessous) et au figuré dans
prêtre qui fait un prône et s’emploie encore au fi- se prononcer 118301,*être bien marqué>>.
guré, par archtisme, pour désigner la personne qui b PRONONCÉ p. p. est adjectivé au sens de «dé-
fait un éloge (av. 1660). La langue classique utilisait claré, dit>> (13121, spécialement en droit où il est
aussi prôwur en parlant de celui qui proclame, qui substantivé Il 7181, Eeprononcé s’appliquant au texte
publie (1671) et, au figuré, de celui qui fait des re- de l’accusation, de la sentence lu par le juge. Il si-
montrances ennuyeuses (1690). gnifie également +wticulén et dit, récit&. + A
l’époque classique, prononcé qutie en art, en ar-
PRONOM n. m. est emprunté (XIV~s,) au latin chitecture et en sculpture (1667) un trait net et très
pronomen, composé de pro «devant>>,& la place deB
visible, en concurrence avec marqué ; par exten-
I+ pour, pro-) et de nomen. (+ nom) pour traduire le
sion, il s’applique couramment aux traits du visage,
grec antônumos, lui-même formé de anti I-t anti-1
aux partictiarités physiques accusées ( 1798) et,
et de onoma (+ onomatopée).
abstraitement, aux mœurs, aux caractères 117421,
+ Ce terme de grammaire désigne le mot qui a la au goût. Cet emploi est aujourd’hui isolé, les autres
propriété de remplir les mêmes fonctions qu’un mots de la famille ne le connaissant pas ou plus.
nom (ou qu’un syntagme nominal). Il entre dans les d’autre dérivé du verbe, PRONONÇABLE adj.
dénominations pronom possessif: démonstratif: re- ( 16 Il), qui a éliminé le type plus ancien pronuncible
latif(tous trois en 15503, pronom person& (16881, ré- Cv.15011, qualifie ce que l’on peut prononcer, par
fléchi (17651, inteflogutif(l811). opposition à IMPRONONÇABLE adj. (1542) qu’il a
~PRONOMINAL, ALE, AUX adj. et n. est em- servi à former et qui semble inusité avant le ~IX~ s.,
prunté beaucoup plus tard (17141 en grammaire au où il devient courant.
dérivé bas latin pronominalis ({relatif au pronom, de PRONONCIATION n. f. est emprunté (1281) au dé-
la nature du pronom,. 0 L’adjectif, d’abord attesté rivé latin pronuntiatio, -anis «publication, déclara-
dans particules pronominales, entre dans verbe pro- tion, annonce,, ((arrêt, sentence judiciaire», spécia-
nominal cv. 1720) et adjectif pronominal Cv.1750). fl lement en bas latin aaction, façon d’articuler les
est quelquefois substantivé par ellipse de verbe. sons de la languen. Lui-même est dérivé du supin
-PRONOMINALEMENT adv. (1829) est un dérivé Ipronuntiatuml de pronuntiare. +Le mot a été re-
fkan~ais. *Les termes de linguistique moderne, pris avec son acception juridique de *jugement, ar
PRONOMINALISATION n. f. et PRONOMINALI- rêt, sentence3, métonymie d’un sens actif, aaction
SER v. tr. ( 1968 dans les dictionnaires) sont des cal- de lire un jugement, un arrêt, une sentencen, at-
ques des termes anglais de même origine, em- testé postérieurement (1400-1417). En moyen tian-
ployés en grammaire transformationnelle, puis en çais, il a pris d’autres acceptions : <<manière dont un
général en grammaire. mot est pronon& (v. 13801,en particulier amanière
d’articuler propre à chacun> (1X0, emplois restés
PRONONCER v. tr. est emprunté (1121-l 134)) usuels; il a aussi développé une spécialisation en
au latin pronuntiare «annoncer à haute voix, ra- rhétorique ancienne, désignant l’art de bien utilî-
contern, ((proclamer, publier}, en particulier “pro- ser les ressources de l’intonation et du geste dans
noncer une phrase, un mot; déclamer». Ce verbe le discours ( 1530).
est composé de pro (<en avant> (--+pour, pro-) et de 0 voir PRomc~NrO.
nuntiare afaire savoir, faire connaître5 <annoncer))
et adénoncer, (-, nonce), verbe éliminé en français PRONOSTIC n. m., d’abord écrit pronostique
par ses préfixés (+ annoncer, dénoncer, énoncer, (v. 12501,puis pronostic 115851, est emprunté à l’ad-
renoncer). jectif bas latin prognosticus, tiré du nom pluriel
+ Le verbe a servi à exprimer comme en latin le fait neutre classique prognostica, surtout employé
de déclarer, de proclamer et spécialement, avec un comme titre d’ouvrage. Le mot latin est un em-
nom de personne pour complément, de nommer prunt au grec prognôstiku, employé par Hippo-
lapr. 13501, toutes valeurs sorties d’usage au crate comme titre d’un ouvrage et substantivation
XVII~siècle. Toutefois, le sens de adéclarer> s’est du neutre pluriel de l’adjectif prognôstikos “qui
maintenu dans l’acception juridique de (<déclarer concerne la connaissance de ce qui doit arriver-n.
avec autorité (une décision, une sentence, arrêt ou Cet adjectif grec est dérivé du verbe progignôskein
jugement)» (1283). oEn moyen français et au Nsavoir, connaître, comprendre d’avance- et «déci-
XVII~s., prononcer sur, contre, pour (16041 Sign%e der auparavant>>, d’où apourvoir à», de pro- navanta,
Ndécider, trancher> avant que l’on ne dise se pro- correspondant au latin pro (--+pour, pro-), et gignôs-
noncer sur, etc. (1798). +L’accent étant mis sur la kein Rconnaîtrea (-+ gnose).
manière dont se fait l’émission de la parole, pro- + Le mot a désigné un signe permettant de conjec-
noncer a pris dès l’ancien tiançais le sens de {(profé- turer l’avenir, un signe avant-coureur d’un événe-
rer, énoncer en articulantm (v. 12251, avec un ment. ~Depuis le moyen français, et encore dans
complément, un adverbe Iapr. 1350) ou un attribut l’usage moderne, il désigne une conjecture sur ce
PRONUNCIAMENTO 2972 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

qui doit arriver, l’issue d’une affaire C-finXIV” s.1, le lu hopugundel. C’est pendant la Révolution fran-
plus souvent au pluriel. C’est cet emploi, repris au çaise que le mot a pénétré le langage politique
XX~s. à propos de politique et d’élection, de sports pour désigner une association ayant pour but de
et de paris populaires, qui est aujourd’hui le plus propager certaines opinions politiques (1790) et,
courant. +La spécialisation du mot en médecine par métonymie, l’action organisée en vue de ré-
vient du titre de l’ouvrage d’Hîppocrate, traduit par pandre une opinion ou une doctrine politique
Les Pronos~ues (13141, et s’applique au jugement (1792). Cette valeur s’est enrichie d’emplois nou-
que porte un médecin sur la durée et le déroule- veaux avec le développement des manipulations
ment probables d’une maladie, en relation avec d’opinion par les régimes totalitaires et avec les
diugnostic. techniques de communication de masse, d’autant
F PRONOSTIQUER v. tr., réfection de prongnosti- que les mots anglais, allemand, etc, correspon-
quier (1314) et pronostiker Iv. 13501, est spécialisé dants sont analogues. ~Par extension, le mot
dès ses premiers emplois au sens médical d’&a- s’emploie pour désigner l’action de vanter une
blir son pronostic sur (une maladieln et plus large- théorie, une idée, un homme et recueillir une
ment «émettre une opinion sur (ce qui doit arriver), adhésion, notamment dans faire de Eu propagande
annonceyh (v. 13501. Depuis 1611, le verbe se pour...
construit aussi avec un nom de chose comme sujet F Pendant la Révolution, ont été formés les dérivés
pour «constituer le signe annonciateur de (un évé- PROPAGANDISTE n. et adj. Cl7921 et PRO-
nementlu. *Sur le verbe, on a formé PRONOSTI- PAGANDISME n. m. (1794, ce dernier étant
CATION n. f. (13551,mot typique du XVI~s., titre d’un archaïque. *Péguy a employé le verbe PROPA-
chapitre des Essais de Montaigne et illustré par GANDER v. (1901) ainsi que les dérivés PROPA-
Rabelais Ila Puntagruéline Pronosticquationl. +Un GANDABLE adj., PROPAGANDEUR n. m. etune
autre dérivé du verbe est PRONOSTI- série formée avec le stixe -iser Ipropugundker,
QUEUR, EUSE n. (déb. xwe s.), préc6dé par prenos- propugundtiable, propugundisation, propugundisu-
tikeur (av. 1399). Le mot s’est appliqué (1898) aux teurl, mais aucune de ces formes n’a eu de succès.
courses de chevaux; il est lié aux valeurs modernes *CONTRE-PROPAGANDE n.f. (1917) reflète le
de promstic. développement des emplois au XX~siècle.
PRONOSTIQUE adj., d’abord chez Rabelais avec $’ voir PROPAGER.
la graphie pro@osticz (15521, est emprunté au bas
latin prognosticw Nde prognosticp. *Le mot s’em- PROPAGER v. tr., d’abord propugier, au parti-
ploie en médecine pour qutier tout ce qui a rap- cipe passé propugié ( 14801, est emprunté au latin
port au pronostic, spécialement dans signes pro- propugure. Celui-ci, formé de pro (+ pour, pro-) et
nostiques (1552) à propos des signes de pugere, pungere <<enfoncer, ficher)} I-, pacte,
caractéristiques permettant d’émettre un pronos- paix), est employé dans la langue rurale pour “pro-
tic sur une maladie. Cet emploi est archaïque ou vigner)), au sens spatial d’ccagrandir, étendre>) et au
très technique. sens temporel de afaire durer, perpétuer,.
PRONUNCIAMENTO ou PRONUN- +En moyen fknçais, propagé de s’est dit d’un
CIAMIENTO n. m. est l’emprunt, sous les fleuve qui se détache d’un autre; ce premier em-
formes pronunciumento (1836) et pronunciumknto ploi a disparu. 4 L’usage moderne du mot, suscité
( 18641, d’un mot espagnol d’Amérique latine sigk par les emplois de propugutin (ci-dessous), s’est
fiant proprement «déclarationu, spécialisé pour dé- tié dans la seconde moitié du xwue s. en physique
signer une insurrection militaire tentant de renver- avec le sens de arépandre, étendre, multipliern (la
ser un État légal. Le mot est dérivé de p~onuncia~, lumière, le feu) 117521. Le verbe s’emploie aussi
de même origine que le fhnçais prononcer*. pour &-ansmettre par reproductiona en parlant
4 Le mot désigne une insurrection militaire dans d’une race, d’une espèce ( 1762, Diderot) et de «ré-
pandre, diffuser» (des idées, la foi) I17701, alors en
les pays hispaniques (d’abord à propos du
relation avec propugunde, puis arépandre Ides ma-
Mexique); par exteqsion, il est employé comme sy-
nonyme de coup d’Etut et de putsch. La forme tra- ladies)>> (1771). oLe pronominal se propager 11752)
a repris les sens correspondants; celui de ase mul-
duite prononcement ne s’est pas implantée.
tiplier par reproductiow, en parlant d’êtres vivants
PROPAGANDE n. f. est l’adaptation (1689) du (17711, est sorti d’usage.
latin moderne propugunda dans l’expression F Le nom correspondant, PROPAGATION n. f., a
Congregati de propugandu fi& *congrégation été emprunté plus tôt (XIII~ s.) au dérivé latin propu-
pour propager la foiu, elliptiquement Propugandu, ga&Iu, -oni% ~(provignemenb, <extension, agrandis-
association fondée en 1622. Propugunda, littérale- sement- et @prolongation,. +Le mot n’a pas gardé
ment “qui doit être propagéem, est l’adjectif verbal, le sens de arejeton, enfant>>, attesté isolément dans
au féminin, du latin propugure b propager). le style biblique, ni la valeur active, *action de mul-
+Le mot a été introduit comme terme religieux tiplier la race par reproductions (attesté v. 13801.
dans Congrégution de la Propagande ou par ellipse +Propagation a développé ses autres sens avant le
Propagande. Celle-ci fut instituée le 22 juin 1622 verbe. À la fm du XVII’ s., il s’applique au fait de dif-
par le pape Grégoire XV, sur un projet de Gré- fuser une croyance, une doctrine religieuse (16882,
goire XIII, pour répandre la religion catholique et notamment dans propugutin de la foi II-, propa-
diriger toutes les missions. UrbainVIII en aug- gande), puis à la diffusion d’une idée quelconque
menta les revenus et créa un séminaire kollkge de (1690). Sur le plan concret, le mot s’est d’abord em-
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROPHÈTE

ployé pour *action de transmettre à distancera en depuis la réforme de l’enseignement supérieur


physique (16901; son emploi en médecine est plus en 1966, mais le mot, employé aussi comme adjec-
tardif (18121. tif, a conservé son usage didactique général, <pré-
PROPAGATEUR, TRICE n. est emprunté (1495) au paratoire ».
dérivé latin propu@tor qui a désigné en droit celui ,Par dérivation régressive, on a formé PROPÉ-
qui fait proroger une magistrature et, à basse épo- DEUTE n. m. Gtudiant de l’année de propédeu-
que, un conquérant, un dominateur. +Le mot a été tiqueB (19581, sorti d’usage avec la disparition de
repris à propos de la personne qui diffuse une reli- cette classe.
gion et, par extension, une doctrine quelconque
(17871. PROPENSION n. f. est emprunté (15281 au la-
En marge de ce groupe, PROPAGULE n. f. repré- tin propensio, -anis (<penchar&, dérivé du supin
sente une formation scientsque du xrxes. (18151,is- propensum de propendere &re penché en avant»,
sue par changement de suExe de propagine n. f. au figuré «pencher vers, avoir une tendance àm,de
uspore des mousses* (18031, lui-même emprunté au Pro Ken avant>> (-, pour, pro-1 et de pendere
latin propago, -inis ((provin, bouturem, dérivé de pro- (+ pendre).
pagaye. +Propagule désigne un corpuscule pluri- +Le mot a été repris avec le sens du latin : <<ten-
cellulaire assurant la multiplication végétative des
dance naturelle»; de nos jours, il est surtout em-
mousses. ployé avec la préposition à introduisant un
@ voir PROPAGANDE, PROVIN.
complément (nom ou inlkitif), plus rarement pour
PROPANE n. m. est emprunté (av. 1875, Würtz) ou vers. Il est courant en parlant d’une personne,
à l’anghis propane (1866, Ho&nann), mot tiré de plus rare en parlant d’une chose. 0 À l’époque
lacidl propionic, lui-même emprunté au français classique, il a eu le sens physique d%nclination
propionique (1847) où il est formé de pro-, du radical d’un corps vers un pointx (av. 1671 Mézerayl, déjà
grec pi& agrasm et du sufke -ique. Le mot grec est rare au XVIII~ s., puis hors d’usage.
l’adjectif correspondant à piar agraissen et se rat-
tache à une racine verbale indoeuropéenne signi- PROPERGOL n. m. a été formé (1946) par l’in-
fiant nabonder, regorger» (-+ opîmel. génieur Roger Lévy, à partir de l’élément prop-, tiré
Cet adjectif qualse un acide saturé, homologue de du latin propulsum (+ propulsion), et de ergol, tiré
l’acide acétique. Le sens originel est <<premier du grec ergon C+ ergo-). Le composé, fait d’après
(acide) grasn, les acides formique et acétique des mots allemands analogues, s’est substitué à
n’étant pas compris dans la série par les créateurs énergol (sur énergie), qui faisait l’objet d’un dépôt
du mot. de marque.
+ Le terme désigne le troisième corps de la série + Ce mot de chimie désigne une substance dont la
des hydrocarbures saturés (appelés parufines, puis décomposition ou la réaction chimique fournit
alcanes), gaz inflammable constituant du gaz natu- l’énergie nécessaire à la propulsion des fusées
rel. Le mot est moins usuel que butane. fonckionnant sans air (propergol solide, liquidel.
b Les dérivés sont soit des termes de chimie, par- F D’autres composés en -ergol sont en usage (lither-
fois empruntés, comme PROPANOL 11. m. qui est gel, etc.). *Le simple ERGOL n. m. (attesté 1973)
pris Il 9041 à l’anglais propanol ( 1892) et synonyme désigne LUIdes constituants élémentaires d’un pro-
d’ukoo2 PROPYLIQUE (18681, soit des termes tech- pergol.
niques, comme PROPANIER n. m. ( 19681 «navire
spécialisé dans le transport du propane}}. PROPHÈTE n. m. est un emprunt très ancien
PROPkNE n. m. est emprunté (xx” s.> à l’anglais (v. 980) au latin chrétien prophetu <devin qui prédit
propene (1866, Hoffiann), formé parallèlement à l’aveti> et, dans la Bible, <<homme inspiré par Dieu
propane. 11 désigne un hydrocarbure éthylénique, parlant en son nom pour révéler ses volontésn. Le
utilisé dans de nombreuses synthèses industrielles. mot latin est emprunté au grec prophêtês dési-
gnant l’interprète d’un dieu, celui qui transmet la
PROPÉDEUTIQUE n. f. est un emprunt sa- volonté des dieux, annonce l’avenir et, à l’époque
vant et tardif ( 18431 à l’allemand Propüdeutik em- chrétienne, celui qui annonce la volonté du Dieu
ployé pour désigner une science dont l’étude est unique CyuhvéI. Le mot est dérivé de prophanai, lit-
une préparation nécessaire à celle d’une autre téralement (<dire, annoncer d’avance», de pro
science. Ce mot est formé d’après le grec propai- ccavantmI+ pour, pro-) et phunui <<rendre visible par
deuein *enseigner auparavant=, de pro C(avant>> (cor- la parole, dire>> (+ aphasie, blâmer, blasphémer, épi-
respondant au latin pro; + pro-1 et puideuein hle- phanie, euphémisme).
ver un enfant, instruire~~, de pals, paidos ~~enfknt~~ +Le mot a été repris avec son sens biblique,
I+ pédagogue, pédant). souvent au féminin en ancien français, désignant
$ Le mot, repris avec le sens allemand, est d’abord celui qui, inspiré par Dieu, parle en son nom pour
relevé chez Proudhon. De la philosophie, il est manifester ses volontés, spécialement dans l’ex-
passé dans le domaine didactique, désignant un pression faux prophète EV.I 1701<celui qui induit le
enseignement préparatoire en vue d’études plus peuple en errew, puis <celui qui se trompe dans
approfondies (1877) et, par métonymie, un cours ses prédictions}} E16941.Prophète de malheur (1668)
préparatoire obligatoire préparant les bacheliers à fait suite à prophète de malaventure (v. 127% et
l’enseignement supérieur dans certaines facultés s’emploie aussi au figuré, de même que nui n ‘e&
11953). Cette spécialisation est devenue caduque prophète dans son pays, allusion évangélique
PROPHYLACTIQUE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

(mil. XVII~ s.) à Luc, 4, 24. + Par extension, prophète F Le dérivé PROPHYLACTIQUEMENT adv. est
désigne un personnage important qui annonce peu usité. +PROPHYLAXIE n. f. est une adapta-
l’avenir par conjecture ( 10803 et, par généralisation, tion ( 17711 du latin moderne scientsque prophy-
toute personne annonçant des événements à venir laxGs, composée des éléments grecs pro- et phu-
(1429). Depuis 1672 (chez Racine), il est employé luxis xprotectionn, d’après prophulaktikos. 0 Le
pour d’autres religions, d’abord l’Islam pour dési- mot est employé en médecine et en hygiène. De-
gner Mahomet 115%‘) au sujet duquel on emploie le puis la fin du xY s., il est employé au sens élargi de
mot absolument ne &oph&el et, depuis, en anthro- Kmesures pour éviter un danger=.
pologie, pour les annonceurs de l’avenir dans quel-
que religion et culture que ce soit. PROPICE adj. est emprunté (v. 1170) au latin
w PROPHÉTIE n. f. est lui aussi emprunté (1119) au propitius «favorable>, terme de la langue religieuse
latin chrétien prophetia, repris au dérivé grec pro- qui s’applique aux dieux et qui, dans la langue com-
phêteia *action d’interpréter la volonté des dieux, mune, s’est étendu aux hommes et aux choses,
avant d’être employé en latin chrétien en parlant
de Dieu* et, par métonymie, ace qui est ainsi an-
noncé)), dérivé d’un verbe prophêteuein (+ prophé- de Dieu au sens de amiséricordieux, qui pardonnen.
tiser). - Le mot, qui désigne une prédiction faite par Le mot doit appartenir au groupe de petere are-
inspiration divine, a suivi le même développement chercher» (4 pétition).
que prophète : il désigne une prédiction faite par un 4 Propice qualifie une personne bienveillante, favo-
personnage important Il 155) et, par extension, la rable et, spécialement, Dieu, dans le style biblique
prédiction d’un événement futur faite par pressen- Rois, II, XXIII). -Le sens s’étend à une chose favo-
timent ou conjecture (1228). rable (1376, à propos de la chaleur du soleil), avec la
PROPHÉTISER v. tr. est emprunté 11155) au latin préposition à ou absolument (le vent est propice,
chrétien prophetizare, lui-même emprunté au grec 15521,ainsi qu’à une chose abstraite (1640, occasion
prophêtizein, autre forme pour prophêteuein, dé- propice), valeur encore vivante dans un style sou-
rivé de propltêtês. 0 Le mot a été repris avec son tenu un peu archaïsant.
sens biblique, en emploi absolu et transitif (v. 12231. b Le dérivé PROPICEMENT adv. (v. 1360) est rare
Par extension, il exprime le fait de prédire par divi- avant le xtxe s., et du reste peu usité,
nation, conjecture ou pressentiment Iv. 11601, avec 6) Voir PROPITLATION.
un complément ou en emploi absolu (v. 1425). + Un
dérivé PROPHÉTISE~R n. m. ne s’est pas répandu PROPITIATION n. f. est emprunté (v. 1120)
du fait de la synonymie avec prophète. 4 PROPHE- au bas latin propitiatio, -on&, désignant un sacrilke
TESSE n. f. a été emprunté (apr, 1350) au latin expiatoire et, dans la langue chrétienne, l’action de
chrétien prophetissa, dérivé de phopheta, et a rem- rendre propice, l’expiation (chez les Juifs dks pro-
placé l’emploi de prophète au féminin, ainsi que pitiationis), le prix d’un rachat, la ranqon et, à pro-
l’ancien lançais profetieresse Cv.1160). pos du Christ, la victime. Propitiatio est dérivé du
PROPHÉTIQUE adj. est emprunté (1372-1374) au supin ~propitiatuml de propitiare arendre favo-
latin chrétien propheticus “propre à un prophète, rable}}, afléchir par un sacticen, lui-même de propi-
qui se rapporte à un prophète>, emprunté au dé- tius I+ propice).
rivé grec prophêtikos. 0 Le mot quatie ce qui a le +Le mot, d’abord attesté dans le langage biblique
caractère de la prophétie et (15801 ce qui est avec le sens de wachat, expiation%, entre dans l’ex-
propre, se rapporte à un prophète. 0 On en a dé- pression jour de propitiatim (XIVes.) pour désigner,
rîvéPROPHÉTIQUEMENT dv.(xv"s.). chez les Hébreux de l’Ancien Testament, un rituel
PROPHÉTISME n.m. C1823)aété forgéenfrançais d’expiation célébré le dixième jour du septième
sur le radical de prophète, comme en latin médié- mois religieux. Il est employé, par calque du latin,
val on avait déjà formé proph&i.~mus hxe s.1,au sens dans le Nouveau Testament en parlant du Christ
de <prophétie>. - Le mot sert à désigner l’état, le Ifm XII~s.) appelé victime de propitiation (1667,
système d’idées d’un prophète, spécialement un de Sacy). ll est demeuré très rare, en dehors du vo-
système religieux fondé sur les prédictions des cabulaire biblique.
prophètes (1875) ; il est didactique.
F PROPITIATOIRE adj . et n. m., d’abord propicia-
toti (v. 11701, est emprunté au latin chrétien propi-
PROPHYLACTIQUE adj. est un emprunt tiatorum, proprement <lieu de propitiationB, de
de la Rena;issance E~ST’) au grec prophuluktikos propititotius, adjectif dérivé de propitius. C’est le
Nde précaution,, en médecine ade préservation=. nom donné dans l’Ancien Testament au couvercle
L’adjectif est dérivé de prophulassein aveiller à la d’or de l’arche d’Alliance sur lequel, le jour de l’Ex-
défense de, veiller SUT~, nprendre des précautions piation, le prêtre célébrait le rite d’expiation UV&
contre>>, spécialisé dans le langage médical au sens tique, XVII. Dans le NouveauTestament, ce rite
de ase prémunir contre)). Ce verbe est composé de trouve son accomplissement dans la personne du
pro Nen avant=, mot répondant exactement au latin Christ dont le rôle rédempteur est assimilé à la
pro I+ pour, pro), et de phulussein (attique phulat- fonction de grand-prêtre (IV~s-1. +Le mot a été in-
tein), «monter la garde)}, ~surveille~ d’où agarder, troduit par le vocabulaire biblique, en parlant du
conserver, I+ phylactère). couvercle d’or de l’arche d’Alliance, puis comme
+Le mot a été repris dans sa spécialisation médi- nom donné au Christ rédempteur (15353. + Son em-
cale ; ses emplois métaphoriques sont rares et litté- ploi adjectif est directement repris (1611) au latin
raires. propitiatotiw avec son sens religieux; il exprime
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROPOSER

quelquefois la valeur ironique de “propre à s’assu- PROPORTIONNER v.tr. est emprunté (1314) au
rer les bonnes grâces de qqn3 et s’emploie à propos dérivé bas latin proportionare <adapter, mettre en
de rîtes, dans toute culture (victime propitia- rapport». +Le verbe a été introduit par les méde-
taire, etc.). +PRoPITIATEUR,TRICE n. est em- cins pour cadapter, préparer, mettre dans un état
prunté (1519) au dérivé latin chrétien propitiator et convenable)> en chirurgie, *remettre dans la posi-
désigne la personne par l’intermédiaire de qui tion qui correspond à la proportion des membres,
Dieu se montre favorable. 11 est didactique et rare. (13771, et <<mélanger, répartir convenablement (des
médicaments)~ 11377). 0 Tous ces emplois sont sor-
PROPORTION n. f., cv. 1265) d’abord noté par tis d’usage, le mot s’employant de nos jours pour
erreur porprorcion h. 12301, est emprunté au latin *soumettre aux lois de la proportion» (1470 en par-
pmport-io, -on& “rapport, analogieti servant à lant de contributions). Ultérieurement, il a pris le
rendre le grec anulogia (cf. analogie1 et formé de sens de «donner des proportions à Iqqch.lm (1869).
0 Se proportionner (v. 1355) a vieilli, tant avec le
pro =en échange deB (+ pour, pro-), et de potiio
«part, rapport* (-*portion), dans l’expression pro sens d’&tre mis en proportion avecn qu’avec celui
de ase mettre à la portée de- C16871. + Le participe
potine apour sa part}}.
passé PROPORTIONNÉ, ÉE est adjectivé (1314)
+ Le mot désigne le rapport entre les parties d’une avec les sens de mis en état convenable pour,
chose (spécialement entre les parties du corps hu- adapté às et & même de faire qqch.B EV.13601, tous
main) et, au pluriel, la combinaison des différents également sortis d’usage. *Son sens moderne,
rapports, souvent avec une idée de rapport harmo- «dont les parties ont entre elles le rapport qu’elles
nieux, correct. Le développement mettant l’accent doivent avoti, est attesté dans la seconde moitié
sur le rapport de convenance, de Corresponda;nce du xrve s., et celui de “qui a telles proportionsti (SP&
(XIII~s.), s’est perdu, le mot ne s’employant couram- cialement en parlant du corps) date de la Renais-
ment que pour désigner un rapport quantitatif sance, donnant bien, mal proportionné. dropor-
entre des choses Cv.1265). Il est spécialement em- tionnk a lui-même donné PROPORTIONNÉMENT
ployé en mathématiques à propos de l’égallité de adv. d’abord proporchneement il4143 ad’une ma-
deux rapports par différenciation ou quotient nière proportionnées, qui subit la forte concur-
(l370-13721, entra;nt au xwe s. dans des expressions rence de proportionnellement. +PROPORTION-
comme proportion géométrique Pascal) et, dans les NABLE adj., attesté en ancien français, s’emploie
dictionnakes de la fin du siècle, dans proportion encore dans Zelangage didactique (18451 au sens de
arithmétique (16801, harmonique (16801, continue “qui peutn.
( 16911,règle de proportion (16901, et proportion mul- PROPORTIONNEL,ELLE adj.estemprunté (1370-
tiple ( 1690). Ultérieurement, il se spécialise en 1372) au bas latin proportiondis =proportionn& et
chimie pour désigner le rapport des masses des vo- Men rapport en qqch.m, de proportio. *Le mot quali-
lumes suivant lequel se combinent des corps fie ce qui a un rapport de proportion avec une
simples ou composés 118351, par exemple da,ns l’ex- autre chose du même genre. Il s’est spécialisé en
pression loi des proportions définies. 0 Au XVII~s., le mathématiques avec des expressions comme
mot entre dans les locutions courantes à propor- moyeme proportionnelle (16901,substantivé au fé-
tion de (16361, à proportion que (16491, ;i proportion minin en lu proportionnelle (1718). L’adjectifquaMe
11651) «selon le même rapport de grandeur>) (Pas- aussi ce qui est ou reste en rapport avec, ce qui va-
cal), puis, «selon le rapport requis par l’harmonie rie dans le même sens, spécialement dans les do-
de l’ensemblen ( 1679). &I propotion aproportion- maines administratif 11833, de l’imp9t) et politique
nellementm 11788) est aujourd’hui archaïque à la dif- E1839,représentation proportionnefle, scrutin pro-
férence des locutions prépositionnelles en propor- portionnel). Le féminin la proportionnelle est subs-
tion de ( 17621et en proportion avec (1829). La tantivé pour areprésentation proportionnelle dans
locution toutes proportions gardées est précédée les élections, (1923) et {{retraite proportionnelles
par proportion gurdée (1770-1783, Buffon); hors de (xx” S.I. +De propodbnnel sont dérivés, outre
toutes proportions (18301 et d’autres variantes né- PROPORTIONNELLEMENT adv. (1342, pourpor-
gatives ont suivi, au ti siècle. - Par métonymie, le tionndlement), les termes didactiques récents
pluriel proportions s’emploie spécialement pour PROPORTIONNALISME n.m. tdéb.xxWet PRO-
désigner les dimensions par référence implicite à PORTIONNALISTE n.m. (19061, employés en poli-
une échelle, à une mesure (16901, au propre et au fi- tique à propos des partisans de la représentation
guré. proportionnelle. +PROPORTIONNALITÉ n.f a
été emprunté ( 1370-13721, pour fournir un nom
b h tiançais même, proportion n’a donné que l’an-
d’état à proportionnel, au bas latin proportion&-
tonyme préhé DISPROPORTION n. f. (15491
tus, -atis, de proportiondis. 0 Il exprime le carac-
<manque de propotiionn qui a supplanté impropor-
tère de grandeurs qui sont ou restent proportion-
tion n. f. attesté en ancien provençal dès le xrve s. et
nelles entre elles et s’est spécialisé dans l’usage
repris en français par les dictionnaires du milieu administratif et politique pour le fait de répartir se-
du XIX’ siècle. *À son tour, disproportion a produit
lon une juste proportion.
DISPROPORTIONNÉ, ÉE adj. (15341 sur lequel on
afait un verbe DISPROPORTIONNERv. tr. (16401 PROPOSER v. est emprunté, avec tiancisation
resté rare, et DISPROPORTIONNÉMENT adv. d’après poser* Cv.11201, au latin proponere, de pro
(18381. -Par symétrie avec propodionnel, on a adevant, I+ pro-1 et ponere <qplacermE-, pondre). Ce
formé DISPROPORTIONNEL, ELEE adj. CXIX~S,), verbe signifie proprement =Placer devant les yeux,
peu employé. présenterm et, au figuré 4se) représenter mentale-
PROPOSER 2976 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

ment,, «faire un exposé, annoncer», «ofkir (une ré- PROPOSANT, ANTE, le participe présent de pro-
compense, un sujet de discussion)» et (<sedonner poser, est adjectivé 11390) et substantivé 11390) pour
pour but, dessein den. désigner en droit la personne qui présente qqch.
4 Le verbe a été repris au sens propre, aprésenter devant une instance judiciaire ; le mot a désigné un
au regard>>, le plus souvent avec la notion seconde étudiant en théologie protestante qui propose ses
de Ndonner comme modèle, comme exemple>>, en thèses (1561, Calvin) et le cardinal qui proposait les
parlant de Dieu. Il a bientôt repris du latin le sens autres cardinaux 117521, en apposition dans cardi-
de Mprojeter, avoir l’intention deu Cl130-l 1401 dans nal proposant (1823). 1) Er&n, PROPOSABLE adj.
la construction indirecte proposer a et infinitif Isor- ( 1734) sert quelquefois à qualifier ce que l’on peut
tie d’usage), et en emploi absolu comme dans l’an proposer et la personne que l’on peut proposer
cienne locution proverbiale Z’homme propose et pour l’avancement dans une hiérarchie 11954, ofi-
Dieu ordonne 11409) refaite en l’homme propose et ciers proposabled.
Dieu dispose (xv” s., Commynes). Depuis que ce PROPOSITION n. f. est emprunté (v. 1120) au dé-
sens est réservé & la forme pronominale se propo- rivé latin propositi, -O~S, nom d’action de propo-
ser Econstruite avec &, 1429, et directement se pro- nere sign%ant Naction de mettre sous les yeux, de
poser gqch), le sens du mot dans le proverbe tend à présentern, sens dont procède, à époque chré-
être compris comme <<soumettre un projet en de- tienne, l’expresssion panes propositionis (Exode,
mandant d’y prendre part=. 4 L’acception qui cor- Xxv, SO), qui désigne les douze pains placés devant
respond à «annoncer, proférern h. 1165) est sortie le tabernacle du Temple et renouvek chaque se-
d’usage mais celle de Nfaire connaître à qqn* maine. Par abstraction, propositio désigne en lo-
Cv.12501, spécialement +oumettre à l’approbation gique l’exposé d’un sujet, en grammaire le thème
d’une instances ~1390), s’est maintenue, avec la $ne phrase, d’un élément de phrase (Quintilien).
nuance de =Soumettre (un projet) en demandant A basse époque, il désigne aussi une intention, un
d’y prendre part)) (1588, Montaigne). - Dès le XIII~s., dessein, un but, un conseil, une suggestion faite à
proposer correspond aussi à «otir» suivi d’un nom qqn (553, Digestes de Justinien) et, en droit,
concret ou abstrait; ultérieurement, il se construit l’énoncé d’un cas de controverse (553, id.). - Le mot
avec un nom de personne pour complément, a été repris avec le sens d’aaction de faire conna&e
d’abord dans proposer sa fille en manage ( 16551, ses intentionsn d’où «résolution, desseiw propre à
puis pour adésigner comme candidat à une fonc- l’ancien français. Le langage biblique a repris du la-
tion, un emploi» 11694). tin chrétien l’expression pains de proposition
+Le déverbal PROPOS n. m., réfection (1214-12251 Iv. 1170, Rois, III, VII, 41, seule survivance du sens
de purpos Km XII~s.), a eu, conformément au verbe étyrnologique , aaction de présenter aux yeuxm.
et au latin propositum Nprojet, dessein, thèmen *Au XIII~s., proposition se dit de ce qu’on propose,
(participe passé neutre substantivé de proponwe), ce qu’on soumet au consentement Iv. 12651, pre-
le sens de adessein, rksolution formée>> : encore vi- nant aussitôt le sens métonymique de ((texte,
vant en langue classique, ce sens est sorti d’usage énoncé propos&, d’abord dans le contexte jwi-
sauf dans les locutions ferme propos 02 161ainten- dique d’une assemblée délibérante. +La spéciali-
tion de ne plus commettre le péchén et de propos sation en logique, à propos de l’énonciation d’un ju-
&!Gré (xv” s.1 avolontairementu. * En relation gement de vérité ou de valeur (v. 12651, et
avec l’emploi de proposer comme verbe de parole, spécialement la prémisse d’un syllogisme ti XIII~-
le propos a désigné autrefois ce dont on parle, ce déb. XIV” s-1,est un autre emprunt au latin. A la Re-
dont il est question dans un ouvrage Iv. 13801, sens naissance, le mot se spécialise en théologie, dési-
qui ne survit plus que dans quelques locutions : à gnant une thèse, un article résumant une doctrine
propos En xve s.1 ade manière opportune, au bon par un nouvel emprunt au latin ecclésiastique mo-
moment ou à bon escient», renforcé en à tous pro- derne propositio (15601, d’abord & propos du juge-
pos Iti xve s.) & chaque instant>>, bien à propos, mal ment de condamnation par la Sorbonne de qua-
à propos (15381, modulé en question dans à quel torze propositions du théologien M, Baius. Au
propos ? ( 1549). Le mot est employé avec ce sens, siècle suivant, le mot est employé à propos du jan-
depuis Montaigne (15801, dans la locution préposi- sénisme et d’une bulle de 1641, condamnant glo-
tionnelle à propos de -au sujet de)) et dans à ce pro- balement les thèses de l’llugustinus et celles des
pos, employée en tête de phrase pour introduire ce Jésuites, spécialement dans les cinq propositions
qui va suivre, d’où elliptiquement à propos întro- 11657, Pascal) qui résumaient l’essentiel de la doc-
duisant un sujet lié à ce qui vient d’être dit (1579). trine de Jansénius. De la rhétorique, le mot se spé-
Hors de propos est d’abord une locution adjective cialise en mathématiques pour l’énoncé d’une vé-
(1549) puis aussi (Montaigne) adverbiale. +Par mé- rité à démontrer, d’une question à résoudre (1658).
tonymie, un, des propos d&igne les paroles dites au +Proposition désigne à la même époque la seconde
sujet de qqch. ou qqn (v. 1510) ; il n’a pas conservé le partie de la disposition dans laquelle le sujet est ex-
sens spécialisé de <<commérages= ( 1553). + Le posé ( 1660) et, en grammaire, l’unité syntaxique et
composé AVANT-PROPOS n. m. (1556) prolonge psychologique constituant à elle seule une phrase
le sens ancien de propos (<cedont on traite dans un simple ou entrant comme élément dans une
ouvragea. +À-PROPOS n. m., emploi substantivé phrase complexe (1677). + Depuis le XVIII” s. (17471,
( 1700) de la locution adverbiale, s’applique au fait le mot, par dérivation de proposer «ofkirn, s’entend
d’intervenir de manière opportune (avec ct-propos) spécialement dans une acception sexuelle, d’abord
et désigne ce qui vient à propos, spécialement une au singulier, puis surtout au pluriel (faire des propo-
pièce de circonstance (17001. sitions à une femme, propositions malhontites,
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROPRE
déshon&tes, aussi par plaîsanteriel. *Après être Dès l’ancien français, propre, d’après l’idée de
entré comme second élément dans CONTRE- «digne d’une personne, digne de soin a développé
PROPOSITION n. f. (17711, proposition a produit le sens de <<bien arrangé, soigné, élégantn (v. 12803,
tardivement l’adjectif PROPOSITIONNEL, ELLE attesté épisodiquement jusqu’au XVII~s., puis de-
(19281, terme didactique employé en logique (par venu courant dans la langue classique et sorti
exemple dans ZO~@U propositionnelle) et, en psy- d’usage depuis. Puis, l’adjectif signk6e <d’aspect
chologie, en parlant d’une opération de la pensée convenable» et <fait convenablement n, par exemple
manipulant des propositions hors de toute réfé- dans copie propre (d’où le propre, mettre au propre),
rence immédiate (chez Piaget). valeur souvent confondue avec le sens de “qui n’a
aucune trace de souillure, de crasse>) ( 16401 opposé
+@PROPRE adj. et n. m. est emprunté (1130) au à sale. Cette acception est devenue très courante.
latin prop~& “qui n’appartient qu’à soi, que l’on ne C’est assez tard que propre qualifie une personne
partage pas avec d’autres+, cspécial, caractéris- qui se lave soigneusement ou souvent ( 18421,valeur
tiquen, spécialement =appropri&, en parlant d’un qui correspond aux débuts de l’hygiène moderne
mot, et, l’accent étant mis sur la durée de l’apparte- en France, et, par extension, une personne, qui en-
nance <(stable, permanent-. m-Oprius a probable- tretient avec soin les choses. ~Par transposition
ment été formé sur la locution pro priva & titre par-
au figuré, l’adje&if quaMe une personne irrépro-
ticulier=, de pro I+ pour, pro-) et de l’ablatif de
chable sur le plan moral et ce qui est conforme à la
privw (+ privé). Dans la fomne initiale “propriuos,
morale, à la bienséance. Il est substantivé dans la
1’0 aurait été absorbé par le u précédent qui se se-
1ocut;ion c’est du propre! (17911, avec un sens anh-
rait vocalisé, d’où proprius.
phrastique qui induit la saleté morale.
+ L’adjectif qualtie ce qui appartient en particulier
b L’adverbe PROPREMENT Iv. 1180) sime
à une personne, spécialement dans nom propre
d’abord eprécisément, exacteme& en parlant de
(15491, en ancien fkançais propre nurts (v. 1155). Il
l’expression langagiére, spécialement dans à pro-
qutie spécialement le sens d’un mot lorsqu’il est
considéré comme antérieur aux autres ou prement parler 11664) et dans la locution adjective
conforme à la propriété du mot, en concurrence proprement clat qui correspond à au sens propre, Il
avec sens littéral ~VII~ s.; Académie, 1694) et correspond aussi à ad’une manière qui convient
souvent opposé à figuré”. + Propre & suivi d’un nom tout à fait» (12181, valeur qui n’est plus vivante
(15621, si@e ~caractéristique, spéctiquea. Par af- qu’avec la nuance ironique de «bel et bien», et à ajo-
faiblissement, il s’emploie avec un possessif qu’il liment)) Iv. 12801, notion modi&e, suivant l’évolu-
renforce, étant généralement placé entre ce pos- tion de 1’adjecM propre, en <avec propreté» et, mo-
sessif et le nom [sa propre Se); par extension, il ralement, ((avec décence=. 4 PROPRET, ETTE adj.
exprime l’idée de ~pour soi, envers soin, spéciale- Iv. 15001,diminutif de propre, a été précédé par une
ment dans amour-propre* qui a remplacé propre- forme propet 11478) «éléganb, et concurrencé au
amour. 4Placé après le nom, propre exprime, XVI~s. par un type propelet. 0 D’usage familier, il
comme en latin, la qualité de ce qui convient parti- qualifie, souvent avec ironie, ce qui est coquet, d’as-
culièrement, par exemple à propos d’un mot juste pect avenant ou une personne propre et soignée
Iv. 12651, cette idée de convenance étant réalisée conservant en partie le sens archaïque de propre
dans la construction propre CG, propre pour (v. 1485). ~~soigrh. +PROPRETÉ n. f., d’abord (1538) avec le
Par dérivation, propre à quame la personne qui est sens de gmanière convenable de s’habiller, de pré-
apte par sa personnalité, ses compétences ou ses senter certaines chose+ puis, en relation avec
connaissances à faire qqch. I&re propre à qqch.1 l’évolution de l’adjectif, de <netteté d’exécution+
surtout dans la locution proverbiale propre à tout, (16711, sime surtout aujourd’hui, par opposition à
propre à tien (1798) annoncée par des emplois en saleté, Ncarackère d’une personne, d’une chose
discours, tel 4 est propre ù tout LI ce qui signifie propre 116711 et (milieu XIX~ s.) *qualité d’une per-
1.J qu’il n’est propre à rien>) (LaBruyère). +Ce sonne qui se lave ou est lavée souvent, soigneuse-
même sens est réalisé par le substantif composé ment ; bien nettoyé,.
PROPRE À RIEN n. m. (quelquefois avec des traits L’antonyme MALPROPRE adj., formé en fiançais
d’union) attesté depuis 1844. +Cette acception a Iv. 14601,a d’abord qualifié une personne inapte à
entraîné pour l’adjectif quelques spécialisations qqch. avant de céder ce sens à impropre. Il s’est ali-
11691) en astronomie, gné sur le sens physique de propre, qutiant une
rapport au mouvement personne qui ne prend pas soin de soi, manque
la rotation terrestrem. d’élégance lav. 15591,sens éliminé par la suite puis,
- L’emploi substantivé correspond à l’idée d’appar- avec le même glissement de sens que propre, qui
tenance et remonte à l’ancien français, avec le sens manque de netteté, spécialement qui est mal lavé
de afortune particulières (12 13) qui a disparu ; il en et, par extension, une chose mal exécutée (1873).
reste une trace dans la locution en propre (1690) et *Par transposition au figuré, il qualifie des pa-
dans le propre, qui désigne en droit civil les biens de roles, des écrits manquant à la décence (1862) et,
la femme ou du mari qui restent propriété de cha- couramment, une personne manquant de probité,
cun dans le régime de la communauté Cv.16103. d’honnêteté ( 18731 ou de décence. + Il a pour déri-
Q Couramment, le nom désigne la qualité distinc- vés MALPROPREMENT adv. (1539) et MALPRO-
tive de qqn ou de qqch. ( 16111, spécialement le sens PRETÉ n. f. ( 1663) avec les sens successifs de l’ad-
littéral d’un mot (1694, le propre et le figuré3 et, en li- jectif.
turgie, l’élément de célébration propre à un saint, à IMPROPRE adj . a été emprunté (1372) au bas latin
un temps, à un lieu (1718). des grammakiens improprius de im- et propdus,
PROPRÉTEUR 2978 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

pour qualifier spécialement un mot qui ne convient et, plus précisément, en opposition à locataire, qui
pas, puis, en linguistique, le type de dérivation qui possédant une maison, la loue (1690). * Dans ce
modifie la fonction et non la forme (de l’adjectif à sens, il donne lieu à l’abréviation familière et
l’adverbe, par exemple) (1893). 0 Il est passé dans usuelle PROPRIO n. (18781, toujours dans la relia-
l’usage courant pour servir d’antonyme à propye 9 tion entre l’occupant, le locataire et son proprié-
dans la construction impropre à qqch. (1676). L’ad- taire. e Il est d’abord adjectivé (13171 par emprunt
jectif ne correspond qu’au premier sens de propre, au latin proprietarius avec le sens de wconcernant la
le contraire de l’autre valeur étant exprimée par propriété>), sorti d’usage. Il ne s’emploie plus avec
malpropre et par sale. -ll a pour dérivé IMPRO- les sens de apossédant des biens en propre)> et, par
PREMENT adv. (13661. ohpropnété provient à la métonymie, *propre aux possesseurs- (av. 1704,
fois de impropre et de propriété*. une ûme propnétairel. +Il a pour dérivés PRO-
@ Voir APPROPRIER, EXPROPRIER, PROPRIÉTÉ. PRIÉTAIREMENT adv. (14861 peu usité, et les pré-
fixés COPROPRIÉTAIRE n. 116341, juridique et
PROPRÉTEUR -3 PRÉTEUR courant, hé à coproptité et MULTIPROPRIÉ-
TAIRE n. iv. 19651,tié à mdtipropriété.
PROPRIÉTE n. f. est emprunté (1174-1176) au
latin juridique proprietas, -ati <caractère propre, PROPULSION n. f. est le dérivé savant (16401,
spécfiquem, à l’bpoque impériale «droit de posses- sur le modèle d’impulsion, du latin propuhm, su-
sion)), métonymiquement achose possédéen et, au pin de propellere, littéralement apousser devant
figuré, chez les grammairiens, acaractére adapté soi}}, de pro <<en avant» t-, pour, pro-) et pelleye
d’un termeB; proprietas est dérivé de proprius <<pousser>>C+ pousser). E’anglais propulsion était at-
(+ propre). testé dès 1611 au sens d’flaction de repoussern et
(17991 de aforce qui met en mouvement>.
4 Le mot est repris en hnçais dans son sens jurî-
dique, adroit d’user, de jouir et de disposer d’un + Le mot a d’abord le sens d’«action de jeter, de lan-
biew, et avec le sens métonymique de *chose pos- cep, très rare jusqu’au XIX~ s.; Boiste (1834) le quali-
sédée, étendu par métaphore à une personne dont fie de apeu usité)} au sens de «mouvement vers)‘.
on dispose à son gré 117701.Son emploi à propos de Son expansion s’est produite au XIX~ s. probable-
biens incorporels (propriété artistique, 18421, dis- ment d’après l’anglais, en sciences, tant pour F(ac-
cuté par les juristes, est usuel. *En moyen lançais, tion de mettre en mouvement, qu’au sens de “pro-
le mot est spécialisé en parlant du bien-fonds pos- duction d’une force assurant le déplacement d’un
sédé ( 14721,sens dont procèdent à la fois l’emploi mobilem.
pour des terres et exploitations agricoles et, plus F Les quelques dérivés datent de l’époque où pro-
couramment, une riche maison d’habitation avec pulsion devient usuel. +PROPULSEUR adj. et
jardin ou parc. 0 Par métonymie, le mot englobe n. m. Cl8451 désigne un engin assurant le déplace-
collectivement les propriétaires considérés du ment d’un bateau, puis (xx” s.1 d’un avion, d’un en-
point de vue de leur importance économique gin spatial, et qualse ce qui transmet un mouve-
(av. 18251, et répartis en petite et grande propriété ment de propulsion. Les ethnologues et historiens
(1869). 0 Proptité ptivée s’emploie à la fois abstrai- de la préhistoire ont repris le mot pour désigner un
tement et pour signaler une interdiction d’accès à instrument augmentant la force et la précision du
un lieu. lancer d’une arme de jet. +On a formé à partir de
L’autre sens du mot latin, abstrait, celui de aqualité propulseur les krnes techniques TURBOPRO-
propre, spécfiquea est repris dès l’ancien français PULSEUR n. m. (1910), MICROPROPULSEUR
(v. 1265) et a pénétré les hgages spécialisés des n. m. Iv. 19751, et MOTOPROPULSEUR n. m.
mathématiques et de la chimie. 0 Un nouvel em- (me sd. +PROPULSIF, IVE adj. a été fait (1846) sur
prunt a introduit le sens de Nqualité du mot propre, propulsion par analogie avec impulsion-impulsif: et
adéquat» (1576) relevant d’un usage littéraire. sous l’influence probable de l’anglais propulsive
F Les rares dérivés de pyoprihté sont les termes juri- ( 1648) “qui repousse= et (17581 “qui propulse>.
diques et couraxkts COPROPRIÉTÉ n. f. (1767) et c= L’adjectif quaMe ce qui propulse, et il est subs-
MULTIPROPRIÉTÉ n. f. h. 19653, voir ci-dessous tantivé (milieu me s.3 pour désigner une matière
les prétiés de propriétaire. inerte recevant l’énergie produite par une pile ato-
IMPROPRIÉTÉ n. f., emprunté (1488) au latin mique et servant à propulser un astronef ou un
granwnatical improprietas, dérivé de improprius vaisseau spatial. +PROPULSER v. tr. 118633 a été
d’après propyietas, sert d’antonyme à propriété et recréé sur propulsion longtemps après le moyen
de substantif à l’adjectif impropre. Il exprime la no- hnçais propulser (1521) &arter~, qui avait été em-
tion d’incorrection langagière et, par métonymie, prunté au latin prophare <repousser)>. Avec une
désigne un emploi impropre (d’un mot, etc.) (1541). valeur concrète, ufaire avancer au moyen d’un pro-
0 Le sens d%naptitude~ 11731) ne s’est pas im- pulseur-n, le verbe est surtout usité au participe
planté. passé et à la forme pronominale se propulser. Par
PROPRIÉTAIRE n. est emprunté 11263) au dérivé extension, il a pris le sens figuré de cfaire avancer
bas latin proprietatius, terme de droit qualifiant ce rapidement dans une carrièreb, d’usage familier.
qui appartient à qqn et désignant la personne qui Familiérement aussi, se propulser s’emploie pour
possède un bien. Le mot désigne la personne qui «avancep. +Au XX~s., sont apparus quelques
possède une chose en propre, spécialement, sans composés techniques comme AUTOPROPUL-
complément, celle qui possède un immeuble ( 13151 SION n. f. (19321, AUTOPROPULSÉ, ÉE adj. (1950)
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2979 PROSE

et la série THERMOPROPULSION, THERMO- PROSCRIRE v. tr. est emprunté, avec franci-


PROPULSIF et THERMOPROPULSÉ, ÉE (1949). sation d’après écrke” (1174- 11761, au latin proscri-
@ voir PROPERGOL. bere *publier par une aBchen, en particulier ca%-
cher pour une ventem, spécialement w-monter par
PRORATA n. m. inv. est emprunté (1360) au la- afkhe la cotiscation et la vente des biens (de qqn)B
tin pro rata (sous-entendu parte), littéralement *se- et amettre (qqn) sur les listes de condamnation à
lon la part déterminéem, composé de pro (+ pour, mort» (la proscriptiol. Proscribere est composé de
pro-), rata, ablatif féminin de rutus «compté*, lui- pro- «avant* C+ pour, pro-) et scribere I+ écrire).
même participe passé adjectivé de reri <<compter,
+Proscrire a été emprunté au dernier sens du latin,
calculerm t-+raisonI et de purs, partis Nportionm
dans le contexte des mesures prises dans les temps
(+ part).
de troubles civils, spécialement pour acondamner
+ Comme en latin, prorata a d’abord été employé au bannissement, à l’exiln, sens assez rare avant le
adverbialement au sens de ~proportionnellement~~, XVII~ s. et maintenu dans l’usage littéraire. À la Re-
cet emploi sortant d’usage vers la fm du XVI” siècle. naissance, il a été repris en histoire romaine au
+Le mot n’est plus usité que dans la locution ad- sens de <<condamner à mort sans forme judiciaire
verbiale au prorata de (15411, après a prorata du en publiant par tiche le nom des condamnés%
(1526) qui ne s’emploie plus. 0 Il a été substantivé à 11549). Ce latinisme est sorti d’usage. - Le verbe a
l’époque classique 11684) pour désigner les intérkts reçu le sens figuré de -rejeter, abolir, supprirnern
courants, proportionnels à la partie de l’année Idéb. xwe s.3 en parlant d’un usage et, par exten-
écoulée au moment d’un remboursement, puis il a sion, celui de =Chasser, éloigner (qqn de sa compa-
été repris (1845-1846) au sens de aquote-pa&, avant gnieb (17181.
de devenir archtique. Seul au proruta de est
b PROSCRIT, ITE, participe passé de proscrire, est
d’usage contemporain.
substantivé ( 1552) en pahnt d’une personne frap-
PROROGATION n. f. est emprunté (13131 au pée de proscription, d’abord dans un contexte anti-
latin prorogati, -0nis <<prolongation, ajournement, que puis pour l’époque moderne 116941;il est égale-
remise, délaim, dérivé du supin Iproroghml de ment employé adjectivement pour quatier un mot
prorogme Nprolonger Ides pouvoirs, un délai, etc.))> banni de l’usage 11694). Il a qutié une mine pati-
et «payer d’avance3. Ce verbe est formé de pro ade- bulaire 11812 avoir une fzgure proscrite), sens dis-
va& (-+ pour, pro-) et de rogare Minterroger, de- paru. Les autres emplois ont vieilli. +PROSCRIP-
mander- (+ rogatoire). TION n. f. est emprunté ( 1418) au dérivé latin
4 Ce terme de droit désigne la kation d’un terme à proscriptio, -onti &Echage)), en particulier a&-
une date postérieure à celle qui était fke et, par chage pour une ventes et Hcondamnation à mort
métonymie, ce délai. Avec une valeur moins tem- sans forme judiciaire ». 0Le mot a été repris dans
porelle, il désigne en procédure le fait d’étendre le ce sens comme terme d’histoire romaine ; il est em-
pouvoir juridictionne d’un tribunal à une matière ployé aussi en parlant d’une mesure de bannisse-
dont il n’avait pas à connaître ou à un ressort excé- ment (15251, et, au figuré, de l’interdiction d’un mot,
dant ses limites territoriales ( 1752, prorogation de d’un usage (16721. 0 Le langage juridique a repris
compktence, de grâce, de jurtsdictionl. + Jl s’est spé- au latin le sens de “partage ou vente des biens d’un
cialisé en droit parlementaire (16831 pour désigner débiteur en fuite au profit de ses créanciers 11538,
la suspension des séances d’une assemblée et leur proscription de biensl, archaïque. - PROSCRIP-
report à une date ultérieure, d’abord dans un TEUR n. m. a été emprunté (1542) au dérivé latin
contexte anglais et par emprunt à l’anglais proro- prosctiptor, -0ris “qui aime à proscrire%. Ce terme
gutin, dérivé (1472-14731 de to prorogue pris au d’antiquité désignant celui qui proscrit, a eu cours
tiançais (voir ci-dessous proroger). L’emploi de pro- au xwe s. puis de nouveau après 1721, et se dit par
rogation. au sens général de <<prolongations, est lit- analogie de celui qui condamne formellement
téraire et rare. qqch. ; il est alors littéraire.
b PROROGER v. tr., d’abord proroguer (1325) avant PROSE n. f. est emprunté EV.1265) au latin impé-
proroger (13441, est emprunté au latin prorogure. rial prosa aforme du discours qui n’est pas régie par
*Il est employé en droit aux sens de aprolonger la
les lois de la vers%cationB, substantivation de l’ad-
duree dem et de arenvoyer à une date ultérieure-
jectifprosus Ehinin prosa) aqui va en ligne droite»,
Iv. 1330, proroguer). 0 Son emploi en politique au
dans prosa oratio ~Gscours droitm c’est-à-dire «sans
sens de asuspendre les séances d’une assemblée>
les inversions typiques du vers». Prosus est lui-
116871 est repris de l’anglais to proroge, to prorogue,
même l’altération de l’archaïque prorsus *tourné
lui-même emprunté au moyen français et qui, à
en ligne droite, et (‘en prose», issu par contraction
partir du sens de Mreporter à un terme plus ou
de pro <devant- (+ pour, pro-) et de versus, variante
moins éloigné, ajournep a pris celui de {{suspendre
de versus =tournén, participe passé de vertere (ar-
les séances d’une assemblée pendant un certain
chaïque vorterel atourner, se dirigep) c+O et 0
temps» surtout en parlant du Parlement Ii4%1.
vers, version, verso).
Certains l’emploient comme un synonyme recher-
ché de prolonger. - Son radical a servi à former tar- + Le mot a été repris par les auteurs des premières
divement PROROGATIF, IVE adj. “qui prorogeY rhétoriques en langue vulgaire pour désigner,
(le latin prorogatiws avait seulement le sens passif comme en latin, tout discours qui n’est pas soumis
de “qui peut être prorogé>& aux lois de la versscation ; la locution faire de la
prose sans le savoir (17881 fait allusion au Bourgeois
PROSCENIUM + SCÈNE Gentilhomme où Molière utilise le fait qu’un mot
PROSECTEUR 2980 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

alors savant désigne une chose banale et courante+ 0 De là un emploi plaisant pour ((celui qui découpe
Opposé a rime et à vers, prose désigne toute ex- les viandes dans un repas>, sorti d’usage.
pression écrite courante (XIV” s.), d’où la locution + II a produit PROSECTORAT n. m. (18551, lui aussi
coucher en prose Nmettre par écrit- (v. 14001. Par archaïque.
métonymie, il se dit d’un texte en prose (1476) et de
la manière propre à un auteur ou à un groupe, PROSÉLYTE n., réfection savante (1553) de
dans ce style de discours non versifié ( 15801. 4 En proselite (av. 12501, est emprunté au bas latin ecclé-
relation avec prosai;que et prosakme, il a développé siastique proselytus «païen converti au judaïsme »
une valeur figurée péjorative à propos de l’en- (III~s.) et aussi *étrangerm W s.1. Ce mot est em-
semble des éléments matériels de la vie quoti- prunté au grec prosêlutos @nouveau venun, d’où
dienne» (1832, Hugo). + Un emprunt direct au latin Gtranger établi dans un pays> et <<nouveau
ecclésiastique prosa (VI” s.1lui vaut en histoire de la converti>, lui-même de proserkhesthai (à l’aoriste
musique, le sens d’tchymne chantée par les fidèles prosêluthon) de pros «ver+ (+ prothèse) et erkhes-
et composée sur une base non prosodique)) (1300- thai wenir, aller-n, verbe dont l’étymologie n’est pas
1350). assurée.
b Aucun dérivé de prose ne s’est maintenu si ce 4 Le mot a été introduit en tian@s comme terme
n’est le savant et rare PRoSAiSTE n. 118271, em- d’antiquité hébraïque à propos d’un païen converti
ployé par Hugo dans la Préface de Cromwell pour au judaïsme ; par extension, il sert à désigner toute
désigner un partisan de la prose. personne nouvellement convertie à une religion et
PROSAIQUE adj. est emprunté (xv” s.) au dérivé notamment au christitisme (16111. 0 Au XVIII~s., il
latin tardif prosaiws aen prose)>. 0 Le mot, repris a repris au grec son sens propre, <étranger admis
au sens neutre de {relatif à la prose, en prose», s’est et reçu aux lois d’un payss ( 17521, sans réussir à
coloré de la valeur péjorative de «banal, plat, sans l’imposer. 0 Par extension, il se dit d’une personne
grâce)) (1588, Montaigne) présente dans tous ses récemment gagnée à une opinion, à une cause
emplois modernes. Par extension, il s’est répandu (17621.
hors du domaine littéraire pour qualifier une per-
b Il a produit PROSÉLYTISME n. m. (1721, Montes-
sonne, un sentiment caractérisés par la mesquine-
quieu, Lettres Persanes) «zèle à faire des adeptess
rie, le manque d’idéal, de noblesse 117971, une
en religion et, couramment, dans tout autre do-
œuvre d’art banale ( 1807). Il s’est parfois substan-
maine et, ultérieurement, PROSÉLYTIQUE adj.
tivé (un, une prosai;quel à propos d’une personne
1182 II, d’usage didactique pour quatier ce qui se
mesquine, sans distinction (av. 1842, Stendhal),
rapporte au prosélytisme.
mais cet emploi a disparu + Ses quelques dérivés
ont suivi le même développement péjoratif: PRO-
SAÏQUEMENT adv., d’abord Men prose>> ( 1500-
PROSODIE n. f. est emprunté (1572) au latin
prosodia uaccent tonique, quantité des syllabesn, re-
15031, Sign%e aujourd’hui «d’une manière com-
pris du grec prospdia <<chant pour accompagner la
mune, dépourvue d’élévation) (18321. 4 PROSAÏ-
lyre)), <(variation dans le niveau de la voixn et spé-
SER v., formé Cv.1740) sur le modèle de poéfiser” en
cialement ((prononciation d’une syllabe accentuées.
remplacement de l’ancien prosaiquer (15361, a
Le mot s’applique plus généralement a toutes les
perdu le sens d’&crire en prose, pour aenlever tout
différences de prononciation normalement non
éclat et toute noblesse à (qqch.)n (1831) emploi rare,
écrites, comme la quantité et la respiration, et, par
tout comme le sens intransitif, &crire platement>
métonymie, aux signes donnant une indication de
(18783. +PROSAISME n. m. (17851 a vieilli avec le
prononciation. ProsQdia est dérivé de pros@os
sens péjoratif de «défaut d’une poésie banale, res-
qutiant ce que l’on chante avec un instrument et,
semblant trop à de la prose>>, pour ne garder que
au figuré, ce qui s’accorde avec, de pros & côté de»
celui de ({caractère de ce qui est plat, sans no-
(--+prothèse) et -@os, de @in achanterx C-+ode).
blessen 118291;il est alors le substantif de prosaïque.
PROSATEUR, TRICE n. a été introduit, semble-t-il, $ Ancien terme de grammaire désignant la pro-
par Ménage (1666) à l’imitation de l’italien prosa- nonciation correcte et régulière des mots selon
tore (1543- 15651, de prosa (+ prose) pour désigner l’accent et la quantité des syllabes (l’anglais proso-
un écrivain qui écrit en prose. Le mot n’est vrai- dye a déjà cette acception v. 14501, prosodie s’ap-
ment admis dans la langue française que depuis plique, par métonymie, à un traité de ces régies
l’édition de 1762 de l’Académie (Richelet, en 1680, ( 1573). Depuis la même époque, et encore de nos
corrige excelent Isicl prosateur en homme qui écri- jours, il est spécialisé en métrique pour désigner
voit bien en prose). les caractères quantitatik et mélodiques des sons,
surtout en grec et en latin, en tant qu’ils inter-
PROSECTEUR n.m. est dérivé savamment viennent dans la poésie, ainsi que les règles
( 1796) du latin prosectum, supin de prosecure COU- concernant ces caractères (1573). 0 Il a été repris
pern, formé de pro <<devant, avant>>(+ pour, pro-) et en musique en parlant des règles concernant les
de secare ctcouperm (3 scier). Le bas latin prosector, rapports de quantité, d’intensité, entre les temps
-oris est attesté au sens de 4Wurgien~~ au début de la mesure et les syllabes des paroles (av. 1593).
du III~siècle. 0 Le mot a pris au XIX~ s. le sens archéologique de
+ Le mot, aujourd’hui archaïque, a été introduit en (<pièce vocale grecque accompagnée à la lyre-
médecine pour désigner l’assistant d’un professeur ( 1875) par réemprunt au grec. 0 En linguistique, il
de faculté qui prépare et dirige les travaux pra- désigne (xx” s.1l’étude de l’accent et de la durée des
tiques d’anatomie, notamment les dissections. phonèmes.
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2981 PROSPÈRE
.Le dérivé PROSODIQUE adj. (17361, terme de personne qui explore dans les domaines intellec-
métrique puis aussi de linguistique, a lui-même tuels, psychologiques (1890, prospecteur de I’ûme). Xl
donné PROSODIQUEMENT adV. 11869), ainsi que est adjectivé 11926) avec le sens de vde prospec-
PRosoDIER v. tr. ( 1805), rare et spécialisé en mu- tions, quelquefois employé comme synonyme de
sique (1842), et PROSODISTE n. (1843, bien après prospectif+. ~PROSPECTEUR-PLACIER n.m. dé-
l’anglais prosodist 1779- 17811,autre mot peu usité. signe 11971) celui qui recherche des emplois pour
les personnes sans travail.
PROSOPOPÉE n. f. est la resufhxation (16111 0 voir PROSPECTIF, PROSPECTUS.
de prosopopejk (15Oï’), emprunt au latin prosopo-
peia, lui-même emprunté au grec tardif prosôpo- PROSPECTIF, IVE adj. a d’abord existé en
poiia *action de faire parler un personnage dans un moyen lançais comme adjectif dans le terme
récit=. Celui-ci est dérivé de prosôpopoiein «person- science prospective <optique)) ! 14441 et comme nom
nifrep, <<animer par l’intervention de personnages>, de la perspective*, éliminé par ce dernier mot. II
composé de poiein afaire> (+ poésie1 et de prosôpon était emprunté au latin tardif prospectives aper-
eface, figureti, spécialement «masque de théâtren mettant de voir de loin, o&ant une perspective*,
d’où <<rôle, personnage de théâtrem. Ce dernier est dérivé de prospicere *regarder de loinn 13 prospec-
composé de pros- aen face de)> I+ prothèse) et du tus). ll a été repris ( 1834) sous l’tiuence de l’an-
radical de ôps =vuen (3 myope, optique). glais prospective “qui permet de voir de loin» (15901,
+ Le mot a été repris en rhétorique pour désigner downé vers le futur, concernant l’aveti (18001,
une figure par laquelle l’orateur, l’écrivain fait par- lui-même emprunté au moyen français ou issu du
ler et agir un être animé, un animal, un absent ou latin tardif prospectivus.
un mort. Par métonymie, il s’applique quelquefois, + Le mot a été repris ( 1834) au sens de <relatif à
dans un usage littéraire et archaïque, à un discours l’avetil et substantivé au féminin, la p~~s~~ctive,
pompeux, véhément et emphatique ( 1677). pour désigner l’ensemble des recherches ayant
PROSPECTER v. tr. est emprunté (1862) en trait aux directions possibles de l’évolution du
même temps que prospecteur (ci-dessous) à l’an- monde moderne. En ce sens, il a été répandu sous
glais toprospect, terme de mines dérivé du subs- l’influence des travaux anglo-saxons; c’est Gaston
tantifprospect (xv" sd, de même origine que le tian-
Berger, fondateur du Centie international de pros-

çais prospect I+prospectus) désignant la vue, pective en 1957, qui l’a introduit en lançais.
l’aspect, la manière de regarder. L’anglais prospect b Prospective a produit PROSPECTIVISTE adj. et
avait acquis aux Etats-Unis le sens de asondage mi- n. (1966), employé comme adjectif dans un sens très
niep, lors de la ruée vers l’or, ( 1832) et plus tard ce- voisin de prospectif: et substantivé ( 1971) pour aspé-
lui de 4ient potentiel* ( 1922). TO prospect est at- cialiste de la prospective».
testé en angle-américain depuis l’époque de la @ Voir PROSPECTER, PROSPECTUS.

ruée vers l’or (1841, intransitif; 1851, transitif).


+Le mot Sign%e «examiner (un terrain) pour re- PROSPECTUS n. m. est emprunté (1723) au
chercher des gisements minéraux>, d’abord dans latin prospectus <<action de regarder devant, au
un contexte américain puis en France en ailleurs, loinx d’ou «vue, perspectivem, de prospicere, littéra-
en emploi absolu ( 1864) puis aussi en construction lement aregarder en avantv, verbe formé de pro
transitive (18991. 0 Par métaphore, il signifie cou- adevant)} (+ pour, pro-) et de specere, mot archaïque
ramment aexplorer (un domaine abstrait), scruter signSant eregarderti (3 spectacle). Le français avait
lune chose)% (1928). Le Larousse du xx” s. ( 1932) en- déjà adapté prospectus en prospect n. m. IlSSOI, mot
registre son emploi spécial en publicité, pour are- qui a désigné une vue, une perspective.
chercher (une clientèle), ; il s’agit alors d’un nouvel 4 Le mot français est d’abord un terme de librairie
emprunt à l’anglo-américain. désignant le programme donnant le plan et la des-
drospecter a produit PROSPECTION n. f. (1874) cription d’un ouvrage avant sa parution Inotam-
qui adapte l’anglais prospecting El850), plus ment le célèbre Prospectus de l’Encyclopédie); le
fréquent que prospection dans cette langue pour sens équivaut alors à aprojet, programme,.
désigner la prospection minière. En français, le 0 Avant la fm du XVIII’ s., il désigne aussi le docu-
nom signifie arecherche de gisementw et, au fi- ment de présentation d’une opération ( 1789, d’un
guré, «recherche, exploration> dans tout domaine budget ; 1790, d’une invention) et, plus générale-
( 19311,spécialement en publicité arecherche d’une ment (18131, un document d’annonce publicitaire.
Clientèle>. *PROSPECTÉ, ÉE, Le participe passé, b PROSPECT n. m. a été repris (xx” s.) en urba-
est adjectivé ( 1951) et substantivé en parlant d’une nisme, où il s’applique aux rapports respectifs de
personne ou d’une entreprise ayant fait l’objet hauteur et d’orientation entre bâtiments relative-
d’une prospection publicitaire. ment à l’axe des voies au bord desquels ils sont si-
PROSPECTEUR,TRKE adj. et n. est emprunté tués.
(18621 à l’angle-américain prospecter, prospecter + Voir PROSPECTER, PROSPECTIF.

(18461, dérivé de to prospect soit par formation sa-


vante, d’après le latin tardif prospecter <celui qui PROSPÈRE adj. est la réfection par emprunt
pourvoit, veille sw, soit à l’aide du sufke anglais savant au latin (v. 13551de l’ancien français prospre
-er, -or. - En hnçais, le mot désigne celui qui pros- Iv. 11201, surtout attesté en anglo-normand et issu
pecte un terrain, une région (d’abord dans une re- du latin Prosper, à côté de prosperus “qui répond
lation de voyage aux États-Unis1 et, au figuré, la aux espérances», “qui est propice, favorable-.
PROSTATE 2982 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

D’après les Anciens, le mot était formé de pro F Il a produit l’adjectif PROSTATIQUE (17651, sub-
(-+ pour, pro-) et de sperure (+ espérer), mais il peut stantivé pour un malade atteint d’hypertrophie de
s’agir d’une étymologie populaire. la prostate (19321, et les termes médicaux PROS-
4 Le mot qualse ce qui est fortuné, heureux, favo- TATITE n. f. (1823) &&%mmation de la prostaten et
risé par le succès, souvent avec l’idée secondaire PROSTATECTOMIE n-f. (18901, littéralement
d’une belle apparence, en parlant d’une plante, cablation de la prostate}}. -PROSTAGLANDINE
d’un animal, et ironiquement d’un être humain. Ce n. f. a été créé par le Suédois Von Euler lors de la
sens, considérk comme vieilli en 1718, a été réintro- découverte en 1934 d’une substance hormonale
duit par l’Académie en 1835; il doit correspondre à élaborée par les tubes séminifères et par divers or-
un usage de la Restauration. Le sens, repris à la ganes et tissus. La formation du mot, à partir de
langue poétique latine, de ((favorable au succès, prostate, glande” et du stixe -ine, vient de ce que
propice>> (v. 1460; 1214, sous la forme prospre) seul l’on croyait que ces substances étaient élaborées
usité au XVIII’ s., est quasiment sorti d’usage au bé- par la prostate.
néfice de proptce.
PROSTERNER v. tr. est emprunté (13291 au
F Le dérivé PROSPÈREMENT adv. Cv.12401, réfec-
latin prostemere <coucher en avant, jeter bas, ren-
tion de l’ancien prosprement Iv. 11201,est archaïque
verser, terrasser>>, au figuré <<abattre, ruinela, au
après le XVJI’siècle.
pronominal se prostemere 4incliner très bas en
PROSPÉRITÉ n. f., d’abord prospetit& (v. 11201,est
signe de respect, de soumission*. Le verbe est
emprunté au latin prosperitas, -astis, nom corres-
composé de pro <<enavant)) (3 pour, pro-1 et de ster-
pondant à Prosper. Le moyen fYançais avait aussi
nere Nétendre, abattre, terrasser)) et arecouvrir, jon-
properté, prospreté. +Le sens actuel, «état de ce qui
cher)) (+ strate).
prospère, heureuse situation>>, est fixé dès les pre-
miers textes à propos d’une personne, quelquefois $ Le verbe est passé en fk-ançais avec le sens transi-
avec la notion secondaire de bien-être, de santé tif de <<jeter bas, abattre, renverser», encore attesté
physique Iv. 1KG. Ni l’emploi de une, des prospéri- au XIX~ s., notamment avec la nuance adoucie de
tés au sens métonymique d’4vénements heureux>> ((courber, abaisser>> (Balzac, Chateaubriand et en-
Iv. 13801, ni l’expression visage de prospérité <<airde core Mallarmé). Le sens d’gcabaisser jusqu’à terre
santé et de contentement)> (16801, ne se sont main- en signe d’humble respect= 114961,le complément
tenus dans l’usage vivant. 0 La valeur économique, désignant une personne, une chose, une partie du
<<état d’abondance, augmentation des richesses>>, corps, est aujourd’hui un archaïsme littéraire.
beaucoup plus tardive 117511, est en revanche res- + L’usage moderne emploie principalement le pro-
tée courante. nominal se prosterner (1478) pour <<secoucher la
PROSPÉRER v. intr. est emprunté iv. 1350) au dé- face contre terre,, avec les extensions gs’humilier))
rivé latin prosperare <<rendre prospère, être favo- (1496) et, à l’époque classique, <<sejeter aux genoux
rable à» et, en latin tardif, plus souvent sous la de qqn>> (1690) et ((faire une profonde révérence=
forme du passif prosperari (<réussir». + L’usage mo- kw~~ s., M”” de Sévigné1. L’emploi intransitif du
derne n’a pas conservé la construction transitive, verbe avec le m&me sens (1756, Voltaire) a disparu.
prospérer qqn de rendre heureux>, prospérer qqch. b Les quelques dérivés datent du xv~~siècle, -Le
«faire réussit->> ( 15521, emploi abandonné après le participe passé PROSTERNE. ÉE est adjectivé
premier tiers du XVII~siècle. 0 La construction in- ( 1549) au sens de «couché à terre en signe d’adora-
transitive (v. 13551 s’est imposée au sens d’aavoir un tion, de respectn, évinçant prostrk*, mais cédant à
sort favorable» en parlant d’une personne, puis de ce dernier les anciens sens figurés de <(délabré)>
&ussirn en parlant d’une chose (1532) et ((se ré- (15801, Rabattu, accablé)} 11840). Il est substantivé
pandre en abondance>) en parlant d’idées ou de (1809) en termes d’histoire ecclésiastique à propos
choses spirituelles (15371, de plantes ou d’animaux d’un catéchumène du second ordre. +Le dérivé
(v. 1775) et, ironiquement, d’une chose mauvaise PROSTERNATION n. f. (1568) est plus courant que
(1673). La construction attributive prospérer Ct qqn son doublet PROSTERNEMENT n. m. (1580), à la
( 1689) est propre à la langue classique ; elle a été fois au propre et au figuré.
remplacée par réussir. 0 voir PROSTRÉ.

PROSTATE n.f. est emprunté (1555) au grec PROSTHÈSE +PROTHÈSE


prostatês, proprement “qui se tient devant%, dési-
gnant par suite le chef, le président, le défenseur, le PROSTITUER v. tr. est emprunté (v. 1380) au
protecteur, mot spécialisé en anatomie pour dé- latin prostituere, de pro <<devant» !-+ pro-) et de sta-
signer l’os hyolde et employé en médecine à partir tuere «placer, poser)> (+ statuer). Le mot sime
du III~s. au sens qui est passé en français. Il est proprement aplacer devant, exposer aux yeux», va-
formé de pro- <<devar& I+ pro-l et de -stat&, de his- leur étymologique peut-être comparable à celle de
tanai ((placer debout, dresser)) (+ statique3. l’ajectif obsckne (dont l’origine est discutée), spé-
+ postate a été introduit par les médecins pour dé- cialement, &vrer à des activités sexuelles par inté-
signer, comme en latin tardif, la glande située chez rêt, (également à la forme pronominale se prosti-
l’homme à la jonction du col de la vessie et de tuere) et, au figuré, <dégrader, souiller».
l’urètre. Par métonymie, le mot désigne une a&ec- + Le mot signif?e adéshonorer Iqqch.1 par l’usage in-
tien de la prostate (une prostatite), souvent opérée digne qu’on en fait», spécklement 116661 en parlant
chez l’homme âgé (déb. xxe s.) par ablation de la d’un écrivain. +Par un nouveau latinisme, il signî-
glande. fie depuis le xv~~s. elivrer (qqn) aux désirs sexuels
DE LA LANGWE FRANÇAISE 2983 PROTÉE

d’autrui pour des motifs d’intérêt ou dans le cadre ,On en a tiré un verbe PROSTRER v.tr. (1884,
de pratiques rituelles>> (1530). La forme pronomi- Huysmans), employé plutôt au pronominal.
nale se prostituer, d’abord <<s’exposer à qqch.u PROSTRATION n. f. est emprunté Iv. 1300) au dé-
EV. 15121, prend aussi au xwe s. la valeur de ase livrer rivé latin chrétien prostratio, -0nis employé avec
aux désirs sensuels d’une ou plusieurs personnes tous les sens correspondant à ceux du verbe : pour
par intérêt» 11560) et, par extension, =se livrer d’une désigner l’action de coucher, d’étendre, d’abattre,
manière dégradante= (1690). En français moderne, puis la ruine et l’anéantissement. +Le mot a perdu
seuls les emplois concernant le commerce sexuel son sens ecclésiastique ancien de ccprostemementn
sont vivants, mais le verbe est moins usuel que ses parallèlement à prostré. 0 Il a été repris en méde-
dérivés. cine pour désigner un état d’abattement extrême
F Le participe passé PROSTITUÉ, ÉE, employé (1743, passant dans un usage plus courant en par-
comme adjectif depuis le XVII~ s., est substantivé au lant d’un état d’accablement, d’inactivité 11826).
f&ninin, pour désigner une femme qui fait com-
merce de son corps (1596), puis employé par méta- PROTAGONISTE n. est emprunté (17871 au
phore, spécialement en référence à ~‘AJIOCU- grec prôtagônist& <celui qui combat au premier
Zypse XIV, 8 dans l’appellation la Prostituée de rangm d’où «l’acteur chargé du rôle principal» et au
Babylone ( 17341, appliquée par dénigrement par les figuré mla personne tenant le premier rang>. Ce
protestants à la Rome catholique. Substantivé au mot est formé de preto- «le premier» (+ proto-1 et
masculin, prostitué a désigné un homme vénal, dé- de ugônistês «athlète)), d’où «homme qui lutte par la
bauché et, de nos jours, un homme, généralement parole ou par l’action>) (avocat, acteur), tiré de agô-
homosexuel, faisant commerce de son corps nizesthai alutter, combattren (+ agoniser).
(v. 19303. Au féminin, le mot est non marqué par + Protugoniste, repris pour désigner celui qti joue
rapport à son synonyme putain. le rôle principal dans une tragédie grecque, est
PROSTITUTION n. f., le plus ancien des mots du étendu au personnage principal dans le théâtre
groupe, est emprunté (1250-1300) au latin chrétien moderne, puis dans une œuvre littéraire. II a pris le
prostitutio, -anis <(profanation)>, «débauche», dérivé sens figuré de apersonnage de premier plan>> ou
du supin Iprostitutuml de prostituere. *D’abord at- même <<personnage important», et aussi de “pro-
testé dans une version anglo-normande de I’Apo- motet 119021.
calypse, prostitution désigne le fait de se livrer à la
débauche, pour une femme, sens rare avant 1530 et PROTE n. m., d’abord prote (16491, hncisé en
de nos jours sorti d’usage au profit de l’acception prote (17101, est un emprunt à l’italien pr6to dési-
spéciale, <<fait de livrer son corps moyennant rému- gnant celui qui dirige les travaux dans une impri-
nération)> Il 690) ; celle-ci l’a emporté après avoir été merie 11585). c’est un emprunt au grec prôtos Npre-
en concurrence au kwue s. avec l’expression prosti- mier>> (+ proto-1.
tution publique (Montesquieu) et aussi publicisme +Prote a été repris au sens du mot italien, mais la
des femmes IRestif). Son emploi figuré pour l’usage définition des compétences a évolué : jusqu’au dé-
dégradant fait d’une chose se rencontre déjà chez but du xtxe s., les fonctions du prote incluaient la
Montaigne (1588). 4Le sens biblique, Nfait de lecture et la correction des épreuves réservées de
s’adonner au culte des idolesm, est plus tardif, enre- nos jours au chef du service de la composition.
gistré par l’Académie en 1718, et a disparu.
PROSTITUTEUR,TRICE n.estemprunté (1663)au PROTÉE n. m., d’abord Prothé (1555), puis Pro-
dérivé latin chrétien prostitutor acelui qui dé- thée ( 15631, est le nom d’un dieu marin de la mytho-
bauche, corrupteur». - Le mot, parfois en concur- logie grecque, chargé de faire paître les troupeaux
rence avec prostitueur, dérivé ( 1622) de prostituer, de phoques et autres animaux marins appartenant
est rare en parlant de celui qui avilît une chose res- à Poséidon, et doué du pouvoir de changer de
pectable par un usage dégradant. Appliqué à celui forme à volonté. Le latin Proteus (également attesté
qui, par intérêt, livre qqn, en générall une femme, au sens figuré pour ahomme versatileti) est em-
aux désirs charnels d’autrui 11811), il a disparu sous prunté au grec Mteus, d’étymologie incertaine,
la concurrence de proxénète et de ses synonymes soit emprunté à l’égyptien, soit apparenté à prôtos
(souteneur, maquereau, etc.). «premier>> (-, proto-, prot-3.
PROSTRÉ, ÉE adj. est emprunté au XIII~ s. + Le mot, chez Ronsard, désigne comme en latin
(après 12501 au latin chrétien prostratus <pros- une personne changeant sans cesse d’opinion,
ternén, participe passé de prostemere I-F proster- d’humeur, avec une valeur péjorative. Q Par ex-
ner). tension, il s’est appliqué à une chose qui se pré-
+ Le mot, ancien terme ecclésiastique, si@aît sente sous les aspects les plus divers (1685). + Vers
«prosterné>> avant que proste& s’impose, et servait la fm du XVIII~ s., protée est repris par les zoologues
aussi en moyen hnçais à qutier une personne pour désigner une amibe (18001, par emprunt au la-
couchée (XIV~ s.), en particulier couchée sur le dos tin scienti-fique proteus ( 17551, mais qui sera éliminé
et renversée (14761. +L’usage moderne le distingue par amibe; puis il désigne un batracien urodèle
de prosterné en lui faisant assumer l’autre valeur (18051, là aussi par emprunt au latin scientsque
du verbe latin : prostré a été repris en médecine Proteus (attesté en 17681, parce que cet animal vire
SOUS l’influence de prostration, pour aextrêmement au noir à la lumière.
abattun, devenant courant au sens d’~+&anti, acca- k Les dérivés de protée ont vieilli à l’exception de
blé» (1869). PROTÉIFORME adj. (17611, toujours vivant dans le
PROTÉGER 2984 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

Style littéraire ou soutenu. + Ce Sont PRO- se mettre, se placer (1690) et, avec changement de
TÉEN, ENNE adj. (1869) qui reprend le moyen fkn- point de vue, prendre qqn sous sa protection ( 16941.
çais protean ( 15711,du latin proteanus, et les dérivés + Par métonymie, protection désigne la chose ou la
PROTÉISME n. m. (1826) et PROTÉIQUE adj. personne qui constitue une défense, un abri (XIII~s.),
(1842). d’où au me s. le dispositiftechnique préservant une
chose, par exemple l’enduit placé sur le métal pour
d+ PROTÉGER v. tr. est emprunté 6n xrve s.) l’empêcher de s’oxyder 11932) et, en électricité, le
au latin protegere rouvrir en avant, devant, abri- dispositif permettant de détecter et d’éliminer les
ter)> d’où, au figuré, <garantir>>, de pro cdevantn anomalies survenues dans un réseau de transport
(-+ pour, pro-1 et de kgere ~couvrW, aabriter)) et une installation 11963). +D’autres valeurs re-
(+ toit). montent aux XVII~-XVIII~s. : protection désigne le fait
+ Le verbe Sign%e «défendre (qqn, qqch.1 contre un de favoriser les intérêts, la carrière de qqn (1633) ; il
danger, un risque» (1395, rare avant le XVIII~s.), éga- se dit aussi de l’action de favoriser qqch., d’abord
lement k la forme pronominale se protéger ( 1756). en économie (1664, Colbert), et en parlant de toute
Par extension, avec changement de sujet, il corres- activité 11745). Il sert aussi à désigner un comporte-
pond à <constituer par sa présence physique un ment protecteur (1746). Dans la plupart des em-
rempart, un abri contre...> (17631. w+L’idée de plois, il correspond au verbe protéger. + On en a dé-
risque passant au second plan par rapport à celle rivé les termes d’économie PROTECTIONNISME
d’appui, protéger prend à l’époque classique ( 1671) n. md1845) etPROTECTIONNISTE n.t 1845)etadj.
le sens de <(faciliter l’intérêt, la camière de (qqn)%, 118561,dont les correspondants anglais protectio-
dont procède la spécialisation : *entretenir (une nispn (1852) et protection& (1844, nom; 1846, ad-
femme)* 11838,Balzac). On est passé, par change- j ectti sont approximativement contemporains.
ment de complément, à ufavoriser, encourager une +Le mot technique AUTOPROTECTION n.f. est
activité>> Il 7541, spécialement en économie en par- une création récente ( 1973,Journal officie21dési-
lant du commerce, de l’industrie d’un État, que l’on gnant la protection contre les rayons dans la partie
privilégie par des tarifs établis sur l’importation de interne d’une matière absorbante. 0 SUPERPRO-
produits étrangers Il 754, Encyclopédie), TECTION n. f., qui s’emploie en psychologie
F La dérivation directe est peu abondante. +Le (mil. xx’ s. : attesté 1966) a entraîné SUPERPROTÉ-
participe passé PROTÉGE, &E est substantivé GER v., et, adjective, SURPROTÉGÉ,kE 119701,
11741) pour désigner une personne qui a un protec- ainsique SUPERPROTECTEUR,TRICE adj.etn.
teur; il est adjectivé en économie politique (1859, PROTECTEUR~TRICE adj.etn. est emprunté
pays protégé), et en droit internationnal dans État (1234) au bas latin protector, -oti ((celui qui pro-
protégé Il 875)en relation avec protectorat. Avec son tège>, spécialement <<garde du corps, défenseur>>,
sens de base, il est adjectivé dans le code de la dérivé du supin de protegere. + Le mot, qui apparait
route où l’on parle de passage protégé 119551, avec son sens de base, ((celui qui protège)}, est de-
- PROTÈGEMENT n. m. ( 1778) n’a pas réussi à venu un titre politique au xvle s. 115471,spéciale-
s’imposer en raison de la concurrence de l’em- ment, par adaptation de l’anglais, celui de Crom-
prunt protection. -Eti, l’élément verbal PRO- well (1657). +En relation avec protéger et
TÈGE- entre dans un certain nombre de noms dé- protectton, il est appliqué à une personne favori-
signant des objets destinés à protéger (ce que sant une chose, une activité (15051, la carrière de
désigne le second élément). Il est productif depuis qqn ( 16781, et spécialement à l’homme qui entre-
le XIX~~. (PROTÈGE-OREILLES, 18971, et notam- tient une femme 11832, Balzac), avec des connota-
ment dans la première moitié du xxes. (PROTÈGE- tions sociales bien différentes de celles de soute-
CAHIER, PROTÈGE-BAS, PROTÈGE-CHE- neur. 0 Des sens techniques sont apparus à partir
VILLES Il947 en sportsl, PROTÈGE-DENTS, de la seconde moitié du XIX~ s. (Littré). +Le mot est
PROTÈGE-JAMBE, PROTÈGE-PARAPLUIE, adjectivé assez tard (1717) dans son sens général,
PROTÈGE-NEZ h9001, PROTÈGE-POINTE, PRO- en particulier dans l’appellation Société protectrice
TÈGE-RADIATEUR, PROTÈGE-TIBIAS [en des animaux (1857). L’adjectif s’est spécialisé en
sports, av. 19341, tous n. m.1. économie politique (1789, lois protectrices), en poli-
PROTECTION n. f. est emprunté tv. 12001au bas la- tique ( 1859, État protecteur) et en chimie 11958).
tin et latin chrétien protectio, -anis cabri, défense», 4 C’est le seul mot de ce groupe à exprimer psy-
spécialement «assistance de Dieum, dérivé de pro- chologiquement la nuance péjorative de condes-
tectum, supin de protegere. +Le mot désigne l’ac- cendance, en parlant d’un air (1811) et d’un ton
tion de protéger, de défendre, sens actif conservé ( 1772). On a dit antérieurement ( 1726) un air de pro-
depuis l’ancien français et dont procèdent au me s. teeteur.
des spécialisations telles que protection sociale Le dérivé savant PROTECTORAT n.m. (~XI),
(19301, protection maternelle et infantile (19331,pro- terme historique désignant la dignité de protec-
tection civile (195 11,protection diplomatique (1963) teur, en parlant de Cromwell d’après l’anglais pro-
ou protection routière (19671.Protection rapprochée tectorute (1692), est passé au début du xrxe s. en
s’applique aux spécialistes qui protègent un droit international. C’est alors un dérivé savant du
homme public. 0 S’agissant des choses, on peut radical latin, désignant anciennement le régime ju-
noter protection des sites I 19061 et, en informatique, ridique établi par un traité international et selon le-
protection des fichiers (19691.0 C’est aussi de ce quel un État protecteur contrôle un État protégé
sens que procède la locution sous Ia protection de, (18091. 0 Par analogie, il s’emploie en parlant de la
souvent construite avec des verbes tels que domination de fait d’un pays sur un autre (1859) et,
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2985 PROTESTER

par métonymie, du pays soumis à cette dépen- indirect, souvent introduit par contre (1650). ce
dance 118901. sens a dû se développer à partir de protestation qui
l’a, dès l’ancien fran$ais. ODepuis 1611, protester
PROTÉINE n. f., terme de biochimie (18381, est est employé au sens juridique de tifaire un acte
emprunté au grec tardif prôteios “qui occupe le constatant le non-paiement à l’échéance d’un effet
premier rang, de première qualité», de prôtos «pre- ou le refus d’acceptation d’une traite)> (cf. ci-des-
mier)) (+ proto-1, avec le suffixe -ine. sous protêt).
+ Le mot a été introduit par Berzelius, chimiste sué- b Le plus ancien dérivé créé en francais est le dé-
dois, qui écrivait en fiançais dans une lettre à Mul- verbal PROTÊT n. m. (15661, anciennement protest
der (3ulletin des sciences physiques et naturelles en 114791,passé du sens général de ((déclaration, tir-
Néerlandel : ala matière organique, étant LUI prin- mation> au sens juridique d’cacte par lequel un bil-
cipe général de toutes les parties constituantes du let à ordre, un effet de commerce est protesté»
corps animal k.1, pourrait se nommer protéine». Le (16301.
concept moderne se dégage dans la seconde moi- PROTESTANT, ANTE, participe présent de protes-
tié du xcc” siècle. ter, a été adjectivé (1542) et substantivé (1542) dans
b Prot&e a produit un certain nombre de termes une acception religieuse, par emprunt à l’allemand
de chimie dont le plus ancien est PROTIDE n. m. Protestant, lui-même emprunté au latin pvotes-
( 18381 +ubstance obtenue par la décomposition de tans,-an&, participe présent de protestari. Tel
matière animale par les alcalis-, ensuite nom géné- était, en Allemagne, ie nom donné aux partisans de
rique des acides aminés et de tous les composés Luther, lesquels, en 1529, à l’issue de la diète de
azotés qui en contiennent (1923). + L’ancien adjectif Spire 119 avril), protestèrent (c’est-à-dire promirent
PROTÉIQUE (1841) a été refait en PROTÉINIQUE solennellement) d’appeler à un concile général du
k's.1. ~PROT~~IDE n. f. (1903) a probablement décret de 1’Empereur. Le mot ne concerne donc
été formé d’après l’anglais proteid ( 1871). 0 La pas un refus formel de la hiérarchie romaine,
même année 1903, la Revue générale des sciences comme on a pu le croire plus tard. En passant en
enregistre PROTÉASE n. f. <enzyme hydrolysant fkançais, cette désignation s’est d’abord appliquée
les protéines et les polypeptidesn et PROTÉOLYSE aux luthériens d’Allemagne et de Suisse, puis aux
n. f. ~~désîntégration des substances protodiques Français (15461, restant toutefois rare jusqu’au
complexes sous l’effet d’enzymes>> (le dérivé PRO- XVII~s. par rapport à huguenot ou réfor&. Ainsi,
TÉOLYTIQUE adj. figurant dès 1901 dans la même Guez de Balzac, en 1651, déplore le peu d’usage du
revue). 0 L’adjectif PROTÉINE, ÉE est attesté de- mot en France ; il est devenu aujourd’hui la qualif-
puis le milieu du XX~siècle. + Prot&e entre comme cation la plus usuelle. Depuis 16 18, l’adjectif quali6e
second élément dans quelques noms de molécules également ce qui est propre ou relatif aux protes-
dont HÉTÉROPROTÉINE n. f. (v. 18501, NUCLÉO- tants (d’abord religion protestante). +De protestant
PROTÉINE n.f. (1932), PHOSPHOPROTÉINE n. f. sont dérivés PROTESTANTISME n-m. (16231, dît
~19491,MUCOPROTÉINE n.f, SCLÉROPROTÉINE de la religion protestante et autrefois, par métony-
n. f, FERROPROTÉINE n. f. (tousvers 19501, LIPO- mie, de l’ensemble des Eglises protestantes et de
PROTÉINE n. f. (1959) et MÉTALLOPROTÉINE leurs membres ( 1790).
n. f. (19681, ces dates correspondant en général à PROTESTATAIRE adj. et n. a été dérivé savam-
l’entrée de ces termes dans les dictionnaires. ment de protester avec le suffixe -aire 11842) pour
désigner la personne qui proteste contre, spéciale-
+@PROTESTER v. est emprunté (13391 au latin ment les députés alsaciens qui, entre 1871 et 1891,
impérial protestafi «déclarer hautement, af5rmerm, protestèrent contre l’annexion de l’Alsace-Lor-
au figuré aattester, témoigner», de pro {{devant, en raine par l’Empire allemand (1890, adjectif; 1891,
avant>) (+ pour, pro-1 et de testur-l Mattester* G+ tes- nom). *PROTESTABLE adj. et n. est employé en
ter-l. droit commercial à propos d’un effet que l’on peut
+ L’histoire du mot reflète un a$ranchissement pro- protester.
gressif des sens hérités du latin : protester de, suivi PROTESTATION n. f., anciennement protestucion
d’un infmitif pour <<s’engager solennellement à», a (v. 12781, est directement repris au dérivé bas latin
disparu. Le sens de <(déclarer solennellement», protestutio, -anis {(assurance, déclaration>>. + Le mot
dans protester de et un substantif Il3771 a lui aussi a gardé le sens du latin : «déclaration par laquelle
vieilli, mais l’emploi pour «attester formellement on atteste ses sentiments, sa volonté>>; dès 1283,
avec une certaine solennité>> ( 1560) reste vivant bien avant le verbe, il désigne l’opposition à une de-
dans un contexte impliquant une dénégation [pro- mande, une exception puis la déclaration formelle
tester de son innocence1 ; le verbe est alors compris par laquelle on s’oppose à qqch. Il304 et, par méto-
dans l’acception juridique de <déclarer publîque- nymie, l’écrit contenant cette déclaration, d’abord
ment que l’on est victime de qqch. ou que l’on ré- en droit ( 1479). Ce sens, devenu rare du XVI~ au
cuse pour telle raison (1650, protester de nullité, XVIII” s., ne s’est répandu qu’à partir de 1790. 0 Pa-
après protester de gqch. arécuser d’avance>>, au rallèlement, le mot désigne l’action par laquelle on
xv” S.I. La valent- la plus vivante de protester de et dresse le protêt d’une lettre de change, d’une traite
substantif est «assurer avec énergie, insistance)) (14621, là aussi avant le sens correspondant du
Iprotester de sa bonne foi]. 4 D’abord dans la langue verbe. +Au XIX~ s., il désigne en histoire religieuse
juridique, le sens de Mdéclarer formellement son l’action par laquelle les partisans de Luther protes-
opposition, son refus>> s’est imposé 116501, surtout tèrent en 1529 contre le décret de la diète de Spire,
absolument 11668) et parfois avec un complément d’où, à l’époque, leur appellation de protestants Ici-
PROTHÈSE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

dessusl, (1842) et toute opposition de protestataires portante dans des mots désignant les noms des su-
(18901. périeurs dans une hiérarchie. oEn chimie, il ex-
prime le degré minimal d’oxydation et, en
PROTHÈSE n. f. est un emprunt de la langue médecine, la première couleur fondamentale, le
classique ( 1695) au grec prosthêsis, désignant l’ac- rouge.
tion de poser devant, sur ou contre, et spéciale-
b PROTOPLASME n. m. (1872 ; -plasma, 1846, trad.
ment, en grammaire, l’addition d’une lettre ou
de l’allemand) est un emprunt à l’allemand 11846,
d’une syllabe initiale à un mot. Le mot est dérivé de
H. Mohl; 1839, autre sens), formé sur le grec
prostithenai «placer auprès, contre, en plus>, formé
plusma (+ plasma). Le mot désigne la substance de
de pros (adverbe et préposition) aauprès, à côté, en
la cellule kytoplasme et noyau). 0 Le dérivé PRO-
outre>), probablement apparenté à pro (+ pour,
TOPLASMIQUE adj. 11868, Robin) s’est employé au
pro-). Le second élément est tithenai <(placer,
figuré pour Anforme, indéterminé». ~PROTO-
mettre- (4 thèse). ProsttisGs a souvent été
ZOAIRE n. m. (attesté 1834) semble lui aussi pris à
confondu avec prothesis <<préposition», de pro <<de-
l’allemand, où il est tiré du latin scientsque proto-
vantn et de thesk, ce, dès le bas latin qui a em-
zoa, de proto- et grec ZOO~. Ce mot, qui désigne les
prunté les deux substantifs: ainsi, les grammai- organismes animaux à une seule cellule, tend à
riens des IV” et ves. utilisent prosthesis et prothesis être remplacé par PROTISTE n. m. (1873, Robin)
pour wIdition d’une lettre ou d’une syllabe ini- pris à l’allemand Frotisten Ebeckel, 18661, du grec
tiallem. protestas, superlatif de protes .
4 Le fran@s a d’abord eu prosthèse (16583 en méde- 6 voir PROThNE. PROTOCOLE, PROTON. PROTOTYPE: HIS-
cine, mais cette forme a été éliminée par prothèse, TOIRE (PROTOHISTOIEIEI.
forme soutenue par l’influence de nombreux mots
en pro-. Prothèse a été introduit par les médecins PROTOCOLE n. m., d’abord protocolle (KW~,
d’après le latin scientfique prosthesis dans ce sens, et protI3ocole ( 13301, encore au XVII~s., est emprunté
pour désigner le remplacement &Scie1 d’un au latin médiéval protocollum minute de contrat,
membre, d’un organe qui a été enlevé, et spéciale- registre de minutesm (9451 d’où <registre de chan-
ment un appareil servant à restaurer une dent cellerie)) (xrve s.) et aussi ((acte original» Il 166). C’est
(1859, prothése dentaire); par métonymie, il sert un emprunt au grec tardif prôtokollon qui, dans la
parfois à désigner une opération de chirurgie plas- traduction du Code Justinien (VI~ s.), parallèlement
tique ( 1958). + L’emploi grammatical E17041, par au latin protocollum, désignait une feuille collée
réemprunt au grec, concerne le développement aux chartes pour les authentser. Le mot signifie
d’un élément non étymologique à l’initiale du mot. littéralement «ce qui est collé en premier,, de
+Depuis 1832, prothése est aussi repris en archi- prôto- 13 proto-1 apremiep, et de Jzolla «gomme»,
tecture pour la petite abside latérale du Sanctua;ire flcolle% (+ colle).
des églises grecques et l’autel portatif qui sert à 4 Le mot a désigné la minute d’un acte et, par méto-
préparer le nécessaire pour la célébration de la nymie, le registre sur lequel le notaire consignait
messe (pros#ke dès le XWI~ S.I. ses minutes ( 13981, prenant par suite le sens de are-
wLes deux dérivés du mot procèdent du sens médi- cueil de formules prescrites pour la rédaction des
cal:cesont~~o~~É~I~~~ adj.(18411,également actes officiel+ 11611). De là, les acceptions de are-
noté en linguistique, et PROTHÉSISTE n. (19551, cueil de formules en usage réglant la correspon-
devenu usuel en chirurgie dentaire. +Prothèse a dance entre personnes selon leur rangs (16061 et de
élimS prosthèse, mais le dérivé de ce dernier <<formule traditionnelle, poncifn kme s., Diderot),
PROSTHÉTIQUE adj. ( 1898) se maintient en lin- qui a disparu. 0 Par retour au latin, le mot a pris en
guistique (1898) et en biochimie ( 1907) en parlant histoire le sens de «feuille collée aux chartes au
d’un groupement de molécules rattaché à la frac- moyen âge pour les authentserm (1655). +Il a en-
tion protidique. suite connu deux types d’extensions : dans le lan-
gage technique et spécialisé, il désigne le docu-
PROTIDE + PROTÉINE ment diplomatique constituant le rapport d’une
délibération, le texte d’un engagement ( 170 11, le
PROTO-, PROT- est l’élément savant tiré du procès-verbal des délibérations d’une assemblée
grec prôtos cpremier, celui qui est en têtes, égale- (1823) et, plus tard, d’après l’anglais protocol, le
ment avec une notion de rang et d’importance, fi- compte rendu de la passation d’un test psycholo-
gurant sous la forme prôto- comme premier terme gique, une liste de conventions utilisée en guise de
de nombreux composés. Le sufExe d’ordinal -tas, correction et mode d’emploi en imprimefie (1923)
qui est le même que celui du superlatif, s’explique et en informatique, ainsi que le déroulement des
particulièrement dans le cas d’un terme signi-fiant gestes exécutés par un chirurgien dans le cadre
<premier- ; la forme prô-, en revanche, est plus difh- d’une opération précise Cv.1950, protocole opéru-
cilement explicable. toirel, valeur récemment étendue à toute théra-
+ Protlol- entre dans la construction de nombreux peutique complexe (tel le protocole compassionnd
noms et adjectifs, en particulier dans le vocabulaire évoqué par Hervé Guibert à propos du sida). 0 Un
scientifique. Productif depuis le XIX~ s., il exprime autre américanisme donne au mot la valeur d’«en-
l’antériorité temporelle ou spatiale (en anatomie, semble de règles conventionnelles permettant le
biochimie, botanique, géologie, minéralogie, lin- fonctionnement associé de plusieurs ordinateurs,
guistique, théologie, ethnologie, histoire de l’art, notamment dans un réseau». -D’autre part, à par
sciences humaines), ou bien le premier rang en im- tir du sens de <règle codifiant les relations officielles,
DE LA LANGUE FRANÇAISE PROUT

diplomatiques)} 11859, il s’est répandu en emploi nornie pour désigner d’immenses jets de gaz en fu-
absolu au sens figuré de Nrespect des formes, éti- sion observés à la surface du soleil ( 1868,
quette» 11839, Balzac, Secrets de la princesse de Ca- protubérance solaire), + fiotubérunce a lui-même
digmnl. donné l’adjectif d’usage didactique PROTUBÉ-
b Il a produit un seul dérivé, le tardif PROTOCO- RANTIEL, ELLE (18681, d’abord employé en astro-
LAIRE adj. 11904, Nouvectu Larousse illustré), qui nomie puis étendu à ce qui a le caractère d’une
qutie ce qui est relatif ou conforme au protocole, protubérance ( 1869).
à l’étiquette, parfois avec une valeur péjorative de
aformel» cv. 1950). +Le dérivé PROTOCOLAIRE-
PROU adv., réfection (XVI” s.1de prod, prud (10801,
pro et preu, est l’emploi adverbial de l’ancien subs-
MENT a&. (1902) est littéraire.
tantif proud h. 9801, pro (v. 10501, prod (10801, prou
PROTON n. m+ est emprunté (19231 au mot an- Iv. 12001.Celui-ci désignait le profit, l’avantage, une
glais proton proposé en 1920 par E. Rutherford chose utile - sens encore attesté en 1665 chez
comme forme simpl%ée de prouton. Ce mot pour- LaFontaine : bon prou vous fasse! - et, avec une
rait avoir été formé d’après le nom du chimiste et valeur quantitative, l’abondance 11050). Il est issu
physicien W.Prout 11785-1850) ptis croisé avec le du latin populaire prode qtprofitm,substantivation de
grec prôton, neutre substantivé de ~&OS <<premier» l’adjectif invariable prode <utile, profitable>>
c-t proto-1, déjà emprunté par les biologistes britan- (+ preux).
niques pour désigner la substance primitive, la 4 Prou, adverbe, procède de l’ancien emploi quanti-
masse indflérenciée d’un être ou d’une partie tatif du nom, Il est quasiment sorti d’usage en em-
d’être vivant. ploi absolu au sens de <<beaucoup, assezm et &èsB,
+Le mot désigne une particule de charge élec- sauf dans des parlers régionaux. Il est aussi ar-
trique positive et qui, avec le neutron, forme le chaïque dans son ancien emploi de pronom indé-
noyau atomique. fki au sens de cbeaucoupn avec un complément in-
troduit par de (v. 1165). La locution adverbiale ni
kLedérivéPROTONIQUEadj. (1928) estforrnésur
peu ni prou 115471 a elle aussi disparu, et seul peu
le modèle de klectronique.
ou prou E1600) ((plus ou moins)> reste employé, ma,-
PROTONOTAIRE + NOTAIRE gré l’obscuritk de prou, dans l’usage littéraire.

PROTOTYPE n. m. est emprunté (1552) au bas PROUE n. f., réfection (v. 1320) de proe (12461,
latin prototypas (<forme primitive)), substantivation forme encore relevée vers 1500, est d’origine incer-
(avec hellénisation de la hale) de l’adjectifprototy- taine. Il est probablement emprunté à l’ancien gé-
pus «primitif~~, emprunt au grec tardif prôtotupos nois proa k6xwe s.), lequel semble issu par dissi-
Nprimitif, le premier type>>,de prôto- ch proto-1 et de rnilation du latin prora. Le mot latin est lui-même
tupos (-, type). emprunté au grec prpra, mot apparenté à pro cor-
respondant au latin pro (+ pour, pro-1 et que l’on
4 Le mot désigne un modèle premier, originel ou
rapproche du sanskrit ptirva «le premier-m et <<le
principal; il a pris un sens figuré de «modèle par-
précédent)). L’italien a de même proda (1255, à Ve-
fait* (av. 16411, de nos jours moins usité que l’emploi
nise), le catalan prou (XII? s.1 et l’ancien provençal
correspondant de Q,ve. + Il s’est spécialisé en tech-
proa (1248). J. Fennîs pense que le mot est parvenu
nique, se disant particulièrement des choses qui se
en kançais à travers le provençal, mais cet inter-
moulent et se fondent ( 17401, désignant en impri-
médiaire ne semble pas nécessaire, étant donné
merie l’outil de fondeur réglant la force de corps
que les premiers textes cités sont pour la plupart
d’un caractère d’imprimerie (1803) et, en industrie,
italianisants. La forme prore, attestée chez
le premier modèle réel d’un objet ( 1877, en apposi- Ph. de Mézières et plusieurs fois au xwe s., est em-
tion). Cet emploi est devenu courant à propos pruntée à l’italien prora, lui-même pris au latin.
d’une voiture, d’un avion, d’un engin (attesté 1935).
0 En sémantique, la théorie des prototypes est ainsi 4 Le mot a été repris avec son sens de Npartie avant
dénommée par emprunt à l’anglais. (d’un navire)», qui s’oppose à poupe, mais est plus
fréquent. La locution figue de proue, désignant
Al a produit ses deux dérivés au XIX~~.: PROTO-
une sculpture ornant l’avant du navire, s’emploie
TYPER v.tr. (18301, peu employé, et PROTOTY-
aussi au figuré, à propos de ce qui symbolise un
PIQUE adj. 118421, d’usage didactique, employé
mouvement, une action, un parti.
après 1988 en sémantique.
PROUESSE +PREUX
PROTUBÉRANT, ANTE adj. est emprunté
Iv. 15601 au bas latin protuberuns, participe présent PROUT n. m., d’abord interjection de formation
de protuberure adevenir saillant)>, de pro <<enavant* onomatopéique, remonte à l’ancien français sous
I+ pour, pro-) et du latin impérial tuberare «se gon- des formes où la graphie, aberrante, présente une
fler-, lui-même issu de tuber, -cris «tumeur, excrois- suite de consonnes t-p-r- ou p-t-r-, évoquant le
sancen (-+ tubercule). doute, le mépris : @rot (1176-l 1771, Qroupt h. 11801,
+ Le mot qutie ce qui fait saillie, spkialement et tprout Cv.1223) et d’autres variantes.
dès l’origine dans les descriptions anatomiques. + Ces formes sont des interjections faisant fi d’une
~L~~~~GPROTUBÉRANCE n.f.désigned’abord opinion et exprimant dédain et désinvolture (dire
une saillie à la surface d’un os (16871, puis une sail- tprot, me s.l. De nos jours, prout évoque un bruit de
lie quelconque ( 1783). Le mot a été repris en astro- pet (symbole de mépris), et s’emploie aussi comme
PROUVER DICTIONNAIRE HISTORIQUE

interjection argotique 11866) évoquant la sodomie. cmarque d’un sentiment, indice d’une disposition
0 Le féminin proute 11837) qui s’est dit au figuré de l’esprit» 11580, Montaigne). Il a développé en-
d’une plainte (pet a cette même valeur figurée) et suite quelques emplois spéciaux en mathéma-
aussi d’un pet (18721, est sorti d’usage. tiques (16771, en rhétorique (1765). Le mot, qui a une
F Le dérivé PROUTER v. intr., d’abord attesté chez valeur rigoureuse en sciences, est employé de ma-
Vidocq au sens figuré de <se fâcher, (18361, signifie nière vague dans l’usage courant, pour ce qui cor-
dans la langue populaire moderne «lâcher bruyam- robore une assertion. 0 En distillerie, il a d’abord
ment un pet,. désigné, par métonymie, le flacon contenant le li-
quide ( 18323avant de désigner l’essai lui-même par
PROUVER v. tr., d’abord prover (fin mes.1avant lequel on vérXe la richesse d’un liquide en alcool
prouver Iv. 12781, est issu du latin probare, de probus i 1875) I-, éprouvette à éprouverl.
1-+ probe), atrouver bon, approuvep, et aussi afaire PROUVABLE adj., d’abord provable (v. 1265) <<dont
approuver», «mettre à l’épreuve, vétiersp, <rendre on peut faire la preuve», a été l’homonyme, en
croyable, démontrerm, mot qui s’est répandu dans moyen français, de prouvable (XIII~s.1 <digne de
le domaine roman (italien probare, espagnol pro- louange>>, lequel était une réfection d’après prouver
bar, etc.), sauf en roumain. du latin probabilis au sens de “digne d’être louén
I+ probable). +Le préfrxé IMPROUVABLE adj.
+Prouver a d’abord Sign%é amettre à l’épreuves, ( 1554) est didactique.
sens encore vivant au xv? s. Isurtout au participe Le verbe préfixé à valeur itérative REPROUVER
passé1 avant qu’ait lieu le partage des sens entre v. tr. ( 16901fiprouver de nouveaup est assez rare.
prouver, éprouver’ et approuver? Le sens actuel de 0 voir APPROUVER, ÉPRouvfzR (et ÉPREUVE), IMPROUVER,
amontrer, démontrer, apporter pour preuvep PROBABLE, PROBANT, PROBATOIRE, PROBE, RÉPROUVER et
(v. 11121s’est rapidement difksé dès le XI~I~s. : prou- aussi : ACERBE, DOUTER, SUPERBE.
ver, souvent avec une subordonnée introduite par
que (v. 11301, s’emploie au sens d’aétablir la PROVÉDITEUR + POURVOIR
preuven, spécialement dans le langage juridique
(v. 1130) ou dans un contexte scientifique Cv.1265). PROVENÇAL, AUX ALE, adj., d’abord
0 Avec un nom de chose pour sujet, le verbe signi- sous les formes provencial (XIII~s., cf. provincial, à
fie &tre le témoignage, le signe de (qqch1.B (11971, province3, prouvenciel (me s.), refait au me s. ( 1574)
se construisant aussi à la forme pronominale avec d’après Provence, est dérivé du nom géographique
un sens passif (1657, Pascal). + Par affaiblissement, Provence, lui-même emprunt au latin Provincti Iro-
se prouver exprime l’idée de ese montrer*, autrefois mund + province.
réalisée par bien se prouver, employé à propos + L’adjectif qutie ce qui est relatif à la Provence et
d’une personne Iv. 11701 et, de nos jours, par se entre dans divers syntagmes courants; les prépa-
prouver, dit d’une chose avec la valeur voisine de rations ù la provenqale sont kéquentes en cuisine
Hmanifester sa réalité- EV,11801. 0 La construction (1803; l’expression est attestée en emploi général
transitive de prouver avec la valeur de «manifester, dès 16341, d’où l’apposition provençale et l’emploi
montrer (une qualité, un sentimentlu (v. 12 15) est adjectif Itomutes prwençalesl. Le mot est aussi
toujours en usage. substantivé. MWvençal n. m. (attesté anormale-
b PROUVE~R, EUSE n. est la réfection de proveor ment tard : 1836 ; en anglais the ProvensaZl, 1650,
(v. 1120, cas sujet pruverre) acelui qui éprouve, qui Cotgrave), désigne la langue (dialecte occitan) par-
sonde>>, dérivé de prouver sous l’influence du latin lée en Provence et par extension, surtout depuis le
probutor, dérivé du supin de probare. -Le mot a félibrige, l’occitan tout entier. Voir oc kngue d’1,
été repris en moyen français au sens juridique de encadré.
Npersonne qui apporte des preuvesn, spécialement b PROVENÇALISME n. m. (1788, Féraud) désigne
cpersonne qui défend devant les juges)>, avant une particularité du français régional de Provence.
d’être supplanté par avocat. Il a été reformé (18343 +PROVENÇALISER v.k (attesté mes.) se dit
pour désigner une personne désirant prouver pour <(donner un caractère provençal àn.
qqch. et persuader les autres,
Le dérivé de prouver le plus usuel est son déverbal PROVENDE n, f., attesté vers 1135 mais indi-
PREUVE n. f., réfection de prueve Iv. 11551, issu des rectement supposé par le dérivé provenders [pro-
anciennes formes toniques du verbe avec accent vendiersl Iv. 10501, est issu du latin médiéval pro-
sur le radical. 0 Le mot désigne ce qui est suscep- vendu distribution occasionnelle d’aliments)> (7871,
tible d’établir la réalité, la vérité d’une chose, spé- spécialement et par métonymie 4vres distribués
cialement dans un contexte juridique, et dans les aux pauvres, aux serviteur9 (795). Ce mot est pro-
locutions faire preuve de (1265-12661, faire ki bablement une altération du bas latin pruebenda
preuve (12831 et, ultérieurement, faire ses preuves, I-+ prébende) d’après providere <pourvoir, prévoir*
dont le sens moderne est à rapprocher de faire ses (-+ pourvoir).
preuves de noblesse (16711 ajustzer de sa noblessen. 4 En ancien tian@s, les champs sémantiques de
En ancien français, il existe des interférences entre prébende et provende interfèrent, provenders étant
preuve et épreuve, les deux mots étant synonymes employé comme équivalent de pauvres prébendiers
dans le vocabulaire du droit féodal pour désigner et, en latin médiéval, praebendu désignant aussi le
une épreuve judiciaire (1253) et preuves’employant fourrage des animaux (v. 11251. ~Alors que pré-
aussi pour aexpérience> EV.1265). 0 A la Renais- bende s’est spécialisé à propos d’un revenu ecclé-
sance, preuve a pris le sens métonymique de siastique, provende a conservé le sens concret de
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2989 PROVIDENCE

*provision de vivres pour une personne)) (v. 1135). niére de dire convenue,. La distinction entre ZO-
Celui-ci a vieilli, sauf emploi littéraire, par exemple cution, proverbe, dicton, adage ne se fait clairement
chez Gide au figuré (19 111, au profit de prwtiion, qu’à partir du I& siècle. 0 Une extension pour
mais provende s’est maintenu pour désigner la apetite comédie dont l’action illustre un proverbe>>
nourriture des bestiaux (v. 11501, se spécialisant à ( 17681 appartient aujourd’hui à l’histoire bttéraire,
propos du mélange destiné à les engraisser (1869). notamment en référence aux Comédies et Pro-
0 voir PRÉBENDE verbes de Musset. Ce genre littéraire mondain fut à
la mode à l’époque romantique, à côté des cha-
PROVENIR v. intr. est emprunté iv. 12101 au rades.
latin prwenire, de pro «en avantm (4 pour, pro-) et
FPROVERBIAL,ALE,AUX adj. est emprunté
de venire (+ venir), proprement wenir en avant-,
(1487) au dérivé bas latin proverbiulis Mde proverbe>.
d’où klore, naître, croître>> et <<seproduire, avoir
0 Le mot qutie ce qui est de la nature d’un pro-
lieus.
verbe, qui en a valeur, spécialement dans l’expres-
+ Le verbe, au sens dkrrîver, naître% et, en parlant sion façon de parler proverbiale (15791, et, ce qui est
d’un événement, Mse produire, (v. 13603, a vieilli, reconnu comme typique, légendaire (18031, souvent
puis disparu; il est concurrencé par survenir et ar- par extension <très connu, notoiren. DD la langue
river. Il n’a pas gardé non plus le sens latin de classique, il qualZe toute manière traditionnelle de
ccroîtren en parlant d’un animal, d’une plante s’exprimer, locution, manière de dire, surtout mé-
Exw” S.I. d Le sens de avenir den, au propre et au fi- taphorique, mais sans le contenu de sagesse tradi-
guré (1284, au participe présent adjectivé prove- tionnelle qu’il implique aujourd’hui. +Le dérivé
nant), a déplacé l’accent sur l’origine du procès; il PROVERBIALEMENT adv. (15551 a eu le sens
s’emploie spécialement à propos de biens, de reve- d’«ordinairementD Wchelet , 16801, sorti d’usage, la
nus C1400-15001, et aussi, à l’époque classique, en valeur moderne liée à proverbe apparaissant au
parlant d’un processus abstrait ( 16651, notamment ~VI~S. (1580). +PROVERBIALISER v., obtenu par
d’une nouvelle, d’une évolution. élargissement du suffixe de PROVERBIALISÉ, ÉE
b Son participe présent PROVENANT, ANTE est adj. (15941, s’emploie transitivement 11834) et în-
encore employé adjectivement (1284) en droit pour transitivement t 1938).
quamer un bien provenant d’une certaine source.
0 En revanche, il n’est plus usité comme substantif PROVIDENCE n. f. est emprunté (v. 1165) au
au sens de {(produit, profit d’une &Taire>> 11579, non latin providentiu *prévision, prévoyancen, employé
plus que le participe passé PROVENU n. m., en spécialement pour désigner la possibilité de pré-
emploi synonyme ( 16271, évincé par revenu. + Sur voir en tactique militaire et aussi la prévoyance di-
p~0w?%ant, a été formé PROVENANCE n. f, vine, d’où la divinité, servant même de nom propre
d’abord attesté en ancien picard sous la forme à une déesse, chez les Romains. Le mot est dérivé
prouvenanche pour désigner l’endroit d’où pro- du participe présent de prtidere «voir en avant,
vient une chose (1294.0 Le mot a été repris, dérivé prévoir, et aussi flpouwoir àmI+ pourvoir). L’ancien
de prcwenir en français moderne (18011, pour <<ori- français a dit aussi porvëance (v. 1160) aux sens de
gine-, d’abord au pluriel comme terme d’adrninis- <providence» et de aprudence, sagesse, précautionn
tration dans un emploi métonymique et, concrète- Cv.11801, asurveillance u, <<soucide sa San%, encore
ment, pour l’endroit d’où vient une chose ( 18341, en ce sens dans le premier tiers du XVII~siècle.
dans la locution en provenance (1906). Le féminin
pluriel provenances 11823) recouvre les marchan- Umvidmce n’a pas gardé le sens de Nprévision,
vues pour l’avenirn Iv. 11651, évincé par pr&Mon, ni
dises étrangères considérées du point de vue de
leur origine. celui de cprévoyance, prudence» cv.13001,remplacé
au XVII~ s. par prévoyance. + II s’est spécialisé dans
PROVERBE n. m. est emprunté II 1% 1187) au le vocabulaire religieux pour désigner la suprême
latin proverbium udicton, adage)), spécialement sagesse par laquelle Dieu conduit tout (v. 12231, et,
dans la locution in proverbium ventre wpasser à par métonymie, Dieu gouvernant le monde (1665,
l’état de proverbe», employé à basse époque dans LaRochefoucauld), cet emploi seul requérant en
le langage biblique avec un sens proche de ceux de principe la majuscule. Ce concept de nature reli-
énigme, comparaison, parabole IEcclés. XXXM, 3. gieuse entre au ~~III” s. en cotiit avec les notions de
Évung. selon St Jeun XVI, 251. Le mot est formé de destin, sort et, sur un autre plan, de Nature. 0 Par
pro (4 pour, pro-) et de verbum (3 verbe). extension, le mot désigne une personne ou une
+ Repris avec le sens d’Madagea>,le mot entre dans chose contribuant au bonheur, à la fortune de qqn
la locution passer en proverbe (1671, passé en pro- (16891, par exemple dans être la providence de qqn
verbe) adevenir proverbial, et, au figuré, «être cité (1718).
en exemplen (La Bruyère), après tourner en pro- F L’emprunt direct au participe présent latin provi-
verbe (1549). Par extension, il désigne une sentence dens, PROVIDENT, ENTE adj. (12621, est sorti
morale, une maxime de sagesse (v. 11801, spéciale- d’usage. ~PROVIDENTIEL,ELLE adj., apparu
ment dans le langage biblique avec les proverbes de pendant la Révolution (av. 1792, main providen-
Salomon EV.12161, emploi où il rend le latin puru- tielle), a été dérivé de providence sous l’influence de
bolu cmaximen I+ parabole) de purubolue Sulomo- l’anglais providmtiul, attesté dès 1648. 0 L’adjectif
nis, également traduit en ancien fr-ançais respiz et quaMe une chose, une personne (18341 qui est un
sages diz Cv, 11701, Livre des semons (1210-1216). Au effet heureux de la providence et, par extension,
xwe s., le mot s’emploie aussi pour *locution, ma- qui arrive opportunément. + On en a dérivé PRO-
PROVIGNER 2990 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

VIDENTIELLEMENT adv. (18361, assez usuel, et synonyme de ducatus pugus, comitutus (Y’&‘),cf. du-
PROVIDENTIALITÉ n. f. (18611, rare. +L’usage di- ch& comté. Avec le sens de 4rconscription territo-
dactique a introduit PROVIDENTIALISME n. m. rialeM, il a désigné comme nom propre la première
et PROVIDENTIALISTE adj.et n. (av. 18651, for- province de Gaule, ébauchée en 123-122 par le
més sur providence pour désigner le tialisme de consul Caius Sextus Calvinus et qui, en 59, au mo-
ceux qui croient à la providence et ses partisans. ment où César en prit le gouvernement, compre-
@ VOil? IMPROVISER. PROVISEUR, PROVISION, PROVISOIRE. nait le bassin du Rh8ne depuis le confluent de la
PRUDENT. Saône jusqu’à la Méditerranée et allait des Cor-
bières et des Cévennes jusqu’aux Alpes. De la
PROVIGNER + PROVIN viennent, par voie populaire, l’ancien provençal
Proensa iv. 1140) et la forme savante française Pro-
PROVIN n. m. est la réfection 115381 de prwairt vence (+ provençal, et voir oc [langue d’l, encadré).
EV. 12251, issu du latin propuginem, accusatif de pro- 0 L’étymologie de provincia n’est pas éclaircie : ce
pugo, -inis <marcotte, bouture,, dérivé de propa- peut être un mot d’emprunt déformé par de faux
gare I-+ propager) dans son sens agricole de “pro- rapprochements avec le verbe vincere (-, vaincre).
pager par boutures.
+ Le mot est d’abord attesté au sens du latin chré-
+ D’abord employé au sens figuré de aconséquence tien &rconscription ecclésiastique,, désignant en-
(d’un péché)», le mot est bientôt attesté avec l’ac- suite une unité de juridiction regroupant plusieurs
ception concrète et technique de acep ou sarment maisons religieuses d’un ordre, d’une congrégation
de vigne qu’on couche et qu’on ke en terre pour le 11680). + Le sens très général de <pays, contréeb
multiplier» (v. 1250). oDe là, par métonymie ou Iv. 11651, repris au bas latin, était encore usuel au
sous l’influence de provigner (ci-dessous), il pren- XVII~ siècle. Avant la ~NI du XII~ s., province sert à dé-
dra le sens de <<fosse dans laquelle on couche le cep signer également une circonscription territoriale
ou le sarmentB 11904, Larousse). + Par métaphore, il considérée en tant qu’État (v. 11751 et, spéciale-
s’est employé au sens de aprogéniture, nombreuse ment, en France même, une certaine étendue de
descendancem (XIV~ s-1, comme propagdim avant pays douée d’une personnalité historique (1328,
lui ; cette valeur est sortie d’usage à l’époque clas- province de Poitou). Sous l’Ancien Régime, le terme
sique. s’applique à une division territoriale issue de la féo-
b PROVIGNER v. est la réfection (13931, sous l’in- dalité, ayant des privilèges locaux et au sein de la-
fluence de vigne*, de pmvainier En XI~ sd, dérivé de quelle le roi était représenté par des baillis, séné-
provain, provin. Le verbe s’emploie en agriculture chaux, gouverneurs et intendants (1384). + Avec la
pour -marcotter (une vigne) par des provins, et, in- centralisation royale, le mot prend au XVII~ s., une
transitivement, «se multiplier par marcottes>> valeur nouvelle : une province s’applique à une par-
(16941. 0 Le sens figuré de {(multiplier, accroître>> tie du pays ayant un caractère propre, à l’exclusion
(fin ~II~ s.), spécialement en parlant de mots nou- de la capitale (16531, également en parlant d’autres
veaux (15721, auquel correspondait le sens intransi- pays que la France, et la province à l’ensemble des
tif de ase répandre, à propos d’un sentimentn @n provinces habiter la province, en province1 et no-
XII~ s.1 est sorti d’usage. + À son tour, le verbe a pro- tamment, aussi par métonymie, à l’ensemble de
duit PROVIGNEMENT n. m. (15781, employé au ceux qui n’habitent pas Paris 11672, me de Sévi-
propre pour le marcottage par provins et, par mé- gné). Alors que régim est plutôt valorisé, province
taphore, à propos de l’action de multiplier par gé- connote une hiérarchie de pouvoir où les provinces
nération (av. 16 15). D’après l’emploi de provigner au sont soumises par rapport à la capitale. L’opposi-
XVI~ s., par exemple chez Ronsard, il a pris le sens tion entre Paris et la province prend au ti s., avec
de aprocédé de formation de mots nouveaux par l’institution révolutionnaire des départements -
dérivation sur un modèle morphologique normal)> qui supprime les anciennes provinces - des
(19231, emploi très didactique. * Les autres dérivés connotations nouvelles cf. ci-dessous provincial.
du verbe sont PROVIGNEUR n. m. Cdéb. XIVe s-1, +Depuis le XIX~ s., prtince s’emploie avec une ac-
PROVIGNABLE adj. 11600) et PROVIGNAGE ception spéciale dans le cadre du Canada (18671: il
n. m. ( 16111, synonyme de provignement au sens s’agit d’un anglicisme, le mot province désignant en
concret. anglais les Etats fédérés formant le Canada. En Bel-
gique (18991, province se rapporte à une division po-
PROVINCE n. f. est emprunté (1160-11741 au litique et administrative spéctique. + Depuis 1883,
latin provincia, terme technique du droit public dé- il se rencontre dans la langue familière en emploi
signant la charge cotiée à un magistrat, le do- adjectif au sens de aprovincials, par dénigrement
maine où s’exerce son activité légale et, spéciale- (faire province, un peu prwince1.
ment, la circonscription territoriale gouvernée par ,PRoVINCIAL,ALE,AUX adj.etn.estemprunté
un proconsul ou un propréteur. La signkkation du iv. 1240) au dérivé latin provincialEs Nde province,
mot s’étend à l’administration d’un territoire des provinces=, employé comme nom pour dési-
conquis puis, à basse époque, à une région, à un gner l’habitant d’une province. À basse époque, il
pays Idéb. III~ s.1; au début du ve s., pmvincia est em- est passé dans le vocabulaire de l’administration
ployé dans le vocabulaire de kdministration ecclé- ecclésiastique pour qutier celui qui administre
siastique pour désigner le district d’un évêque mé- une province ecclésiastique, puis s’est dit de la per-
tropolite ; à partir du ~III~ s., le mot entre dans le sonne qui est =du paysb par opposition à pereghnus
vocabulaire de l’administration tianque pour dé- (+ pèlerin), avant de passer dans le vocabultie ad-
signer une circonscrintion territoriale. devenant ministratif II 122, cornes provinciulis 4andgrave4.
DE LA LANGUE FRANÇAISE 2991 PROVISION

+Repris comme terme d’administration ecclésias- mixité entraîne l’usage de proviseur (en France, au
tique, en emploi adjectif (v. 1240) et substantif masculin) pour les fonctionnaires des deux sexes.
112881, prwiacial est aussi un terme d’administra- F Avec son sens moderne, le mot est familièrement
tion laïque Ifm xv” s.) dont l’évolution a suivi celle de abrégé et modi% dans les milieux scolaires en
province. L’adjectif qualifie ( 1656) ce qui est relatif à PROTO (19051 puis PROTAL n. m. ( 1920) d’après le
une province, puis (16331 ce qui est relatif au pays, à grec prôtos (<premier>>, *chef>>(+ proto-1. - Son radi-
l’exclusion de la capitale. Le substantif désigne une cd a servi à former PROVISORAT n. m. <<qualité,
personne originaire d’une province ou vivant Men fonction de Proviseur# ( 1835).
province> (par opposition à krisien1 [ 16401. Le mot
a dès l’époque classique une connotation pejora- PROVISION n. f. est emprunté Iv. 12651 au la-
tive, notée par Richelet, Vaugelas et Furetière. Au tin provisio, -on& nom d’action dérivé du supin pro-
XIX~ s., la province-et les départements -se subs- tisum de prwidere (-+ pourvoir) : le mot désigne
tituant aux provinces, l’opposition entre parisien et proprement l’action de prévoir et celle de pourvoir,
provincial devient faussement égalitaire, mais la d’où la prévoyance et, concrètement, une, des pré-
péjoration du second demeure sensible. Cette op- cautions ; il si@e à basse époque <<approvisionne-
position s’est atténué au XX~s., surtout après 1945, mentn et, en latin médiéval, «attribution d’un béné-
avec le développement de la notion de région*-ré- fice>.
gional. 4 Il est employé spécialement en relation + Prwision a d’abord désigné l’attribution d’un sa-
avec l’acception de province au Canada (18671, laire, spécialement, en droit canonique, la mise en
alors opposé à fédéral. - Le mot a produit quelques possession d’un bénéfice ou d’un office ecclésias-
dérivés : PROVINCIALITÉ n. f. (1636) est sorti tique EV.1350) ; en ce sens, on a longtemps parlé, en
d’usage avec le sens d’aapparence, caractère pro- droit, de lettres de provision ( 16111 et elliptique-
vincial d’une personne)), et désigne aujourd’hui ment de provisions ( 16361,pour désigner les lettres
dans l’usage didackique le caractère propre à une par lesquelles un bénkfice ou un office était conféré
province, àunerégionh.l870).~PROVINCIALAT à qqn. + Depuis le moyen français (13161,provision
n. m. (1694) est un terme d’administration ecclé- désigne aussi la réunion de choses utiles ou néces-
siastique désignant la fonction de provincial et, par saires à la subsistance, à l’entretien d’un individu
métonymie, sa durée. -PROVINCIALISME n. m. ou d’un groupe, entrant dans pmvisions de guerre
est d’abord ( 17791 un terme de linguistique quali- et de bouche ( 1636). Au XVI~ s., il a développé le sens
fiant le caractère d’un fait de langue propre à la métonymique concret, devenu très courant, d’aem-
province (on dit plutôt ré&onalisme) et, en parti- plette, achat de choses nécessaires à la vie», dé-
culier, un terme propre à une province (18231. Il signant aussi par métonymie ces choses (15%). 0 Il
prend une valeur péjorative pour désigner le ca- a recu la valeur métaphorique et figurée de <<ré-
ractère de ce qui est provincial (1864). 4 PROVIN- serves intellectuelles ou morales» 115491, au-
CIALEMENT adv. (1800) est rare. +PROVINCIA- jourd’hui archaïque ou senti comme métaphorique
LISER v. tr., crendre provincials, est attesté avant du sens concret. - Le sens étymologique et général
1841 à la forme pronominale en parlant d’un fait <<action de pourvoirm Iv. 1460) a disparu sauf dans la
linguistique, puis chez Goncourt au participe passé locution fake provisim de ese pourvoir dev avec
(18681 en parlant d’une personne. +DÉPROVIN- une valeur active. oDe même, le sens de =Pré-
CIALISER v. tr. «faire disparaître le caractère pro- voyance, précautionn (1320) et par extension Mme-
vincial de (qqn)>>chez Voltaire (av. 1778) correspond sure de prévoyawen est sorti d’usage au profit de
peut-être k un emploi de provinciuliser dès le prboyance. Cependant, il reste des traces de la va-
XVIII~siècle. Les deux verbes sont demeurés rares. leur temporelle dans des acceptions juridiques :
provision désigne ainsi une décision judiciaire pro-
PROVISEUR n. m. est emprunté (v. 12501 au visoire ( 14661; il entre dans la locution parprovision
latin provisor, d&ivé du supin Iprovisuml de provi- EV.1460) encore vivante (dans un registre littéraire)
dere (+ pourvoir) : Mcelui qui pourvoit à, pour- au sens général de <<provisoirement, d’une manière
voyeur”, spécialement en latin chrétien aprotec- qui ne représente pas une solution définitiveD, alors
teur, abbé>>, également #intendant, économe de qu’elle est sortie d’usage avec son sens juridique
monastère» et ((administrateur (ltiqueln, en latin (1549) qui correspond à aen attendant que le juge-
médiéval adirecteur des études chez les Cister- ment détitif soit rendu>>. + Par métonymie, le mot
ciensm et <chef d’un hospicen. désigne aussi une somme allouée par le juge au
+ En héritier des sens du mot latin, proviseur a dé- créancier en attendant le jugement détitif (15991,
signé autrefois le chef d’un hospice EV.12503, un notamment dans provision alimentaire (16901, et
pourvoyeur, un fournisseur (v. 13601, un adminis- provision ad Zitem», littéralement «en vue du pro-
trateur du fonds des pauvres (14051, ces dernières cès= I& s.l. 0 Après avoir eu le sens général
valeurs étant concurrencées par écoptome, Le mot d’«acompten (v. 14601, provision a désigné la
désignait aussi le chef de certaines corporations, <<somme versée à titre d’acompte à un homme de
de maisons de l’ancienne université (av. 1615). loi, à un courtier ou à un homme d’affaires ( 16793; il
* Avec l’organisation moderne de l’enseignement s’est spécialisé en droit commercial pour désigner
secondaire en France, le mot prend ( 1802) le sens la somme déposée chez un banquier par l’émet-
de <fonctionnaire chargé de la direction d’un lycée teur d’un titre et destinée à assurer le paiement de
de garçons ou d’un lycée mixte,. La femme qui celui-ci ( 1643) ; ce sens est passé dans l’usage cou-
remplissait cette fonction dans un lycée de mes rant avec l’utilisation des chèques, entrant dans
était appelée directrice, avant que l’extension de la l’expression chéqrre sans provisim
PROVISOIRE DICTIONNAIRE HISTORIQUE

F L’ancien dérivé de provision, PROVISIONNER PROVOQUER v. tr., réfection @n XI~”s.) de


v. tr. s’est éteint au cours du XVII~s., sup-
(15561, formes adaptées et traitées comme purvoquer, pur-
planté par le composé upprwtiionner. Il réappar& vacher (v. 11201, est emprunté au latin provocare,
d’après le sens financier de prowkion en fmances formé de pro adevant, avantB (+ pour, pro-) et de vo-
Ip~Wi%onwr un comptel. OLe participe passé cure aappelerm (+ vocation). Prwocure Sign%e flap-
PROVISIONNÉ, ÉE, autrefois employé comme ad- peler dehors *, tifaire ver@ d’où *exciter à, défiera,
jectif au sens de apourvu, approvisionnén (xw” s., cfaire naître qqch.» et, spécialement en droit, (<faire
Scarron), a disparu dans ce sens. Le mot, par une un appeln.
nouvelle dérivation de prwision, recommence à 4 Construit dès ses premiers emplois avec un nom
être employé pour quaUer un carnet de chèques, de personne pour complément et un complément
un compte dont la provision, le crédit est adéquat indirect, le verbe signifie <inciter, pousser (qqn) par
t 1955). * Le premier dérivé de provision est le verbe une sorte de défi ou d’appel*, par exemple dans
préfixé uppruvisier 114421, refait en APPROVI- provoquer qqn en d& (16691, et, sans complément
SIONNER v. tr. IV. 1500) umunir de provisionsB. Par second, Gnciter (qqn) à la violence, l’irritera
extension, il signZe à partir du xrxes. cfournir à (un (v. 11203.Dans un contexte juridique, il correspond
appareil) ce qui lui est nécessairem, spécialement, à *prendre l’initiative, intenter une actions (1476,
dans approvisionner un compte *déposer l’argent =en appelerm