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M1 Analyse numérique des EDP, éléments finis

TD 4 : problèmes elliptiques
Roland Becker
12 mai 2020

Exercice 1
Soit Ω ⊂ Rd un domaine polyhédral et H une famille régulière de maillages sim-
pliciaux. Soit h ∈ H et {xi }16i6nh les coordonnées des sommets Nh (donc nh = #Nh ).
On note par φi , 1 6 i 6 n, les fonctions de base de P1h (Ω). De plus, on note par ωi la
réunion des simplexes qui partage le sommet i.
Soit K ∈ Kh et indK la numérotation locale, de sorte que Nh (K) = {aii | 0 6 ii 6 d}
et aii = xind K (ii) . De façon similaire, on a avec la base locale φK ii , 0 6 ii 6 d le lien
K
suivant
: φ i K
= φ ii si i = indK (ii) (s’il n’existe pas de ii avec i = indK (ii), nous avons
φi K = 0).

Notre premier objectif est de démontrer l’existence de C1 , C2 , telles que pour h ∈
H, v ∈ P1h :
2
X
nh
|ωi |
C1 kvkL2 (Ω) 6 |v(xi )|2 6 C2 kvk2L2 (Ω) . (1)
i=1
d+1

1. Démontrer que pour le simplexe de référence K ai | 0 6 i 6 d} et v ∈


b = conv {b
1 b
P (K)
Z Z

K X
b d
2 2
C3 v (ξ) dξ 6 ai ) 6 C4 v2 (ξ) dξ.
v (b
Kb d + 1 i=0 Kb

2. Démontrer que pour v ∈ P1h (Ω)


Z Z
|K| X 2
d
2
C5 v (x) dx 6 v (aii ) 6 C6 v2 (x) dx.
K d + 1 ii=0 K

3. Démontrer (??).
4. Le produit scalaire de L2 (Ω), h·, ·iL2 (Ω) , et
X
nh
|ωi |
(v, w) → hv, wih := v(xi )w(xi )
i=1
d+1

1
sont deux produits scalaires équivalents sur P1h (Ω) (c’est à dire que les normes
induites sont équivalentes).
5. Soit Ih : C(Ω)
R → P1h (Ω) l’opérateur d’interpolation canonique. Nous avons
hv, wih = Ω Ih (vw) pour tout v, w ∈ P1h (Ω).
6. Avec la question précédente, montrer que la matrice de masse ’lumping’ M fij =
hφi , φj ih est diagonale. Calculer ses éléments diagonaux.

K K
7. Calculer les matrices locales MK ii,jj = φii , φjj L2 (K) .

8. On définit pour 1 6 i, j 6 nh l’ensemble Kh (i, j) := K xi , xj ∈ K, K ∈ Kh .
Calculer la matrice Mij = hφi , φj iL2 (Ω) .
P
9. Calculer djj=0 MK ii,jj et en déduire que

X
nh
Mij = M
fii ∀1 6 i 6 nh . (2)
j=1

Solution de l’exercice 1
1. P1 (K)
b est un espace de dimension finie. La norme L2 (K)
b est une norme sur cet
sous-espace de L2 (K).
b Mais la somme de carrés des valeurs aussi, car (P1 K,
b Σlag )
est un élément fini,

X
d
v2 (b
ai ) = 0 ⇒ v(ai ) = 0 ∀0 6 i 6 d ⇒ v = 0.
i=0

Comme deux normes sur un espace vectoriel de dimension finie sont équiva-
lente, on a le résultat.
2. Nous avons avec TK : K b → K la transformation affine et JK = det DTK et (??)
Z Z Z Z
2
v (x) dx = b 2
v (ξ) JK dξ = JK bv (ξ) dξ = d! |K| b
2
v2 (ξ) dξ.
K K
b K
b K
b

Donc avec la question précédente et le fait que b v2 (b


ai ) = v(aii ) (TK envoie les
sommets de K en sommets de K)
b

Z Z

K X
b d
2 2
C3 b v (ξ) dξ 6 ai ) 6 C4 b
v (b
b v2 (ξ) dξ
Kb d + 1 i=0 K
b

Z Z

K X
b d
⇒ C3 d! |K| b v (ξ) dξ 6 d! |K|
2
v (aii ) 6 C4 d! |K| b
2
v2 (ξ) dξ
Kb d + 1 i=0 Kb

Z Z
|K| X 2
d
⇒ C3 v2 (x) dx 6 v (aii ) 6 C4 v2 (x) dx.
K d + 1 i=0 K

2
3. En prenant la somme sur K dans le résultat de la dernière question, on obtient
Z Z
|K| X 2
d
2
C5 v (x) dx 6 v (aii ) 6 C6 v2 (x) dx
K d + 1 ii=0 K
Z X |K| X d Z
2 2
⇒ C5 v (x) dx 6 v (aii ) 6 C6 v2 (x) dx.
Ω K∈K
d + 1 ii=0 Ω
h

Ensuite nous avons


X X
d X
nh
|K| 2
v (aii ) = |ωi | v2 (xi )
K∈Kh ii=0 i=1

et par conséquent
Z X Z
|K| X 2
d
C5 v2 (x) dx 6 v (aii ) 6 C6 v2 (x) dx
Ω K∈Kh
d + 1 ii=0 Ω
Z Xnh Z
2 |ωi | 2
⇒ C5 v (x) dx 6 v (xi ) 6 C6 v2 (x) dx.
Ω i=1
d+1 Ω

4. (??) exprime l’équivalence des deux produits scalaires.


5. Comme Ih (vw) ∈ P1h (Ω) nous avons avec la formule d’integration sur un sim-
plexe
Z
|K| X
d
Ih (vw) = v(aii )w(aii )
K d + 1 ii=0
et le résultat suit comme avant.
6. Nous avons pour i 6= j
Z
fij = hφi , φj i =
M Ih (φi φj ) = 0,
h

car Ih (φi φj ) = 0.
Pour la diagonale, nous avons
X
nh
|ωk | 2 |ωi |
M
fii = φi (xk ) = .
k=1
d + 1 d + 1

7. Avec la formule d’integration sur un simplexe et le fait que la base locale sont
les coordonnées barycentriques, nous avons pour i 6= j et K ∈ Kh avec xi , xj ∈ K
Z Z
1 d! |K|
Mii,jj = φii φjj = λ1ii λ1jj = d! |K|
K K K
= |K| = ,
K K (2 + d)! (2 + d)! (d + 2)(d + 1)
Pour la diagonale
Z Z
2 d! 2 |K|
Mii,ii = φii φii = λ2ii = d! |K|
K K K
= 2 |K| = .
K K (2 + d)! (2 + d)! (d + 2)(d + 1)

3
8. Pour 1 6 i, j 6 nh on a
X
Mij = MK
ii,jj
K∈Kh (i,j)
i=indK (ii), j=indK (jj)

9. Nous avons
X
d
2 |K| |K| |K|
MK
ii,jj = +d = .
jj=0
(d + 2)(d + 1) (d + 2)(d + 1) d+1

et
X
nh X
nh X X X
d X |K| |ωi |
Mi,j = MK
ii,jj = MK
ii,jj = = .
j=1 j=1 K∈Kh (i,j) K∈Kh (i,i) jj=0 K∈Kh (i,i)
d+1 d+1
i=indK (ii), j=indK (jj) i=indK (ii) i=indK (ii)

Exercice 2
Soit k > 1, d > 1, K ⊂ R un simplexe non dégénéré, (K, Pk (K), Σlag ) l’élément fini
d

de Lagrange et IK l’opérateur d’interpolation canonique. Soit S ∈ S(K) une face de K.


La transformation b → K envoie une face S
affine TK : K b ∈ S(K)b dans S ; plus précisément,

soit TS := TK Sb , alors S = TS (S).
b Nous avons alors la formule de changement de variable
Z Z
|S|
f(s) ds = f(TS (b
s)) db
s. (3)
S Sb Sb

On admet l’inégalité suivante :


|S| 6 C1 hd−1
K . (4)
1. Démontrer qu’il existe une constante C indépendante de K telle que
3
kv − IK vk∂K 6 C hK2 |v|H2 (K) ∀v ∈ H2 (K).

2. L’estimation suivante est-elle valable pour v ∈ H1 (K) ∩ C(Ω̄)


1
kv − IK vk∂K 6 C hK2 k∇vkK ?

3. Donner les meilleures puissances si dans les estimations suivantes pour l’inter-
polation de Lagrange de P2 (K) :
i) k∇2 (v − IK v)kK 6 C hsK1 k∇3 vkK ,
ii) k∂n (v − IK v)k∂K 6 C hsK2 k∇3 vkK ,
iii) kv − IK vkK 6 C hsK3 k∇2 vkK ,

4
iv) k(v − IK v)(a)kK 6 C hsK4 k∇3 vkK .
Solution de l’exercice 2
1. Les éléments finis de Lagrange sont définis par transformation. Soit TK : K b→K
−1
la transformation affine, b
v := v◦TK etc. On applique le corollaire 3.5 de Bramble-
Hilbert avec

|b
v| := bv − bIKb b
v .

∂K
b

b ⊂ Pk (K)
Cela nous donne, car P1 (K) b


b b v 6 C(K)
v − IKb b

v|H2 (K)
b |b b . (5)
b ∂K

Avec (??) on a
Z X Z X |S| Z 2
2 2
|v − IK v| = |v − IK v| = v − bI b b
v
b
K
∂K S∈S(K) S b S S

b b
S∈S( K)
 
b

 |S| Z

2
6 max S ∈ S(K) v
v − IKb b

 S  ∂Kb
b b b b
b

Avec (??) nous avons


 
 |S| 

max {|S| | S ∈ S(K)}

b ∈ S(K)
6 C2 hd−1

max S 6
 S 
b
K
min S S ∈ S(K)
b b b b



avec C2 := C1 / min S S ∈ S(K) .
b b b
Alors avec (??)
2
kv − IK vk2L2 (∂K) 6C2 hd−1 v − bI b b
v v|2H2 (K)
b 2 hd−1 |b
6 C2 C(K) b .

K b K 2 K
L (∂K)
b

On poursuit comme dans la démonstration du théorème 3.7, on applique les


Lemmes 2.11, 2.10.

K h2 2
b
2 2
|b
v|H2 (K)
b 6 CJK |||AK ||| |v|H2 (K) 6 C
−1 4 K
|v| 2
|K| ρ4Kb H (K)

Cela donne avec une constante, toujours appelé C,

kv − IK vk2L2 (∂K) 6 Chd−1 2 2


K hK hK |v|H2 (K) = ChK |v|H2 (K)
−d 4 3

et on trouve le résultat en prenant la racine carré.


2. La majoration correspond à k = 0, mais cela n’est pas admis pour l’élément finis

de Lagrange. En effet, nous n’avons pas Σ ⊂ (H1 (K)) pour d > 1.

5
3. Avec les arguments désormais familiers, nous avons

3 3 d<6
s1 = 1, s2 = , s3 = 2, s4 =
2 +∞ d > 6

Pour le dernier cas, il faut que les fonctionnelles de Lagrange (Dirac) soient bien
définit. Or nous avons d’après (1.22) H3 (K) ⊂ C(K) si 2 > d3 .

Exercice 3
On rappelle qu’en coordonnées polaires (r, θ) ∈ R+ × [0, 2π]

∂2 −1 ∂ −2 ∂
2
∆= 2 +r +r
∂r ∂r ∂θ2
Pour ω ∈]0, 2π] on définit
π π
Sω := {(r, θ) | r > 0 et 0 < θ < ω} ∩ B1 (0), sω (r, θ) := r ω sin( θ).
ω

1. Dessiner Ω et montrer que ∆sω = 0.


2. De quel problème de Dirichlet dans Sω est sω la solution ?
3. Pour quelles valeurs de p ∈ R+ a-t-on sω ∈ Lp (Ω) ?
4. Démontrer que la fonction f(r, θ) := rα définie sur B1 (0) ⊂ Rd vérifie
d
f ∈ W k,p (B1 (0)) ⇔ α>k− . (6)
p
On admet que ce résultat reste vrai pour tout k ∈ R+ .
5. Pour quelles valeurs de p, k ∈ R+ a-t-on sω ∈ W k,p (Ω) ? En particuliers, pour
quelle valeur de k ∈ N a-t-on sω ∈ Hk (Ω) pour tout ω > 0 ?
Solution de l’exercice 3
1. Il s’agit d’un camembert entamé.
2. Nous avons
∂sω (r, θ) π π−ω π ∂2 sω (r, θ) π π − ω π−2ω π
= r ω sin( θ), = r ω sin( θ),
∂r ω ω ∂r2 ω ω ω
∂sω (r, θ) π ωπ π ∂2 sω (r, θ) π2 ωπ π
= r cos( θ), 2
= − 2
r sin( θ).
∂θ ω ω ∂θ ω ω
Donc
π π − ω π−2ω π π π−2ω π π2 π π
∆sω (r, θ) = r ω sin( θ) + r ω sin( θ) − 2 r ω −2 sin( θ)
ω ω ω ω  ω ω ω
π π−2ω π π − ω π
= r ω sin( θ) +1− = 0.
ω ω ω ω

6
Alors sω (r, θ) est solution du problème de Dirichlet non-homogène
π
∆u = 0 in Sω , u = 0 sur ∂Sω \ B1 (0), u = sin( θ) sur ∂Sω ∩ B1 (0).
ω

3. La question revient à savoir pour quelles valeurs de p ∈ R+ l’intégrale suivante


est finie.
Z Z1 Zω

p π pπ π
r sin ( θ)dx =
ω r ω sinp ( θ) dθ rdr
Sω ω 0 0 ω

Donc la condition est



+ 1 < −1
ω
donc pour tout p > 0.
∂f
4. Nous avons ∂x i
= αrα−1 xri , donc |∇f| = αrα−1 . Par conséquent pour le cas k = 1
Z Z1
p
|∇f| dx = α p
rp(α−1) rd−1 dr
B1 (0) 0

Cette intégrale est finie, si et seulement si


d
p(α − 1) + d − 1 > −1 ⇔ α>1−
p
Le cas général est similaire.
5. Avec la question précédente, la condition d’appartenance à W k,p (Sω ) et Hk (Sω )
dévient
2 π π
k< + , k<1+ .
p ω ω
3
Pour ω → 2π, on voit que k = 2
− ε avec ε > 0 arbitraire.

Exercice 4
1. Soient I =]0, 1[ et f ∈ L2 (I). Donner, pour chacune des équations différentielles
suivantes, une formulation variationnelle bien posée :

1) −u00 + u = f, x ∈ I, u(0) = 0, u(1) = 0,


2) −u00 + u = f, x ∈ I, u(0) = 0, u0 (1) = 0,
3) −u00 + u = f, x ∈ I, u(0) = 0, u(1) + u0 (1) = 0,
4) −u00 = f, x ∈ I, u 0 (0) = 0, u0 (1) = 0.

Ecrire l’énergie correspondante et démontrer l’existence d’une solution et son


unicité. Pour la partie 4) trouver d’abord une condition nécessaire sur f.

7
Solution de l’exercice 4
1. Les quatres problèmes donnent lieu à des formulations avec des formes bili-
néaires symétriques a : V × V → R et la forme linéaire et continue l : V → R
R1
l(v) = 0 f(x)v(x) dx. Donc

u ∈ V : a(u, v) = l(v) ∀v ∈ V.

Seulement, l’espace V et la forme linéaire changent à chaque fois.


Une forme bilinéaire symétrique est forcément la dérivée (au sens de Fréchet)
d’une énergie quadratique E : V → R, a(u, v) = E 0 (u)(v).
Pour s’amuser, exprimons le lemme de Lax-Milgram en fonction de E. La conti-
nuité de a fait partie de la définition de la dérivabilité (au sens de Fréchet) de E
(qu’il faudrait vérifier). Reste à voir la coercivité :

E 0 (u)(u) = a(u, u) > α kvk2V ∀v ∈ V.

Comme E est quadratique, le développement de Taylor en 0 à l’ordre deux


montre que

1
E(v) = E(0) + E 0 (0)(v) + E 00 (0)(v, v)
2
et la condition de coercivité devient
α
E(v) > E(0) + kvk2V ∀v ∈ V.
2

Z Z
1 1
1) V= H10 (I), E(u) = 2
u + (u 0 )2 ,
2 I 2 I
Z Z
1 1
2) V = {v ∈ H1 (I) | v(0) = 0} , E(u) = 2
u + (u 0 )2 ,
2 I 2 I
Z Z
1 1
3) V = {v ∈ H1 (I) | v(0) = 0} , E(u) = 2
u + (u 0 )2 + u(1)v(1),
2 I 2 I
Z
 R 1
4) V = v ∈ H1 (I) I v(x) dx = 0 , E(u) = (u 0 )2 .
2 I

Pour 1), nous avons la coercivité par le fait que E(u) = 12 kuk2V
Pour 2) et 3), le théorème des traces montre que V est bien défini. La coercivité
est comme pour 1). Pour 3), il faut rajouter que le théorème des traces montre la
continuité de E 0 (u)(v). R
Finalement, pour 4), V est bien défini, car c’est le noyau de v → I v(x) dx qui
est une forme linéaire continue. Par le théorème de Poincaré-Friedrich, la semi-
norme est une norme sur V. Si u est une solution, on a forcément
Z Z
− f = u 00 = u 0 (1) − u 0 (0) = 0.
I I

8
R
Remarque. Soit v := I v(x) dx. Si f 6= 0, on peut toujours résoudre le problème
variationnelle. Comme v = 0 pour v ∈ V
Z Z Z Z
fv = f(v − v) == (f − f)(v − v) = (f − f)v.
I I I I

La solution du problème variationnelle, supposée suffisamment régulière, véri-


fie −u 00 = f − f.