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Diocèse de Daloa

Renouveau Charismatique Catholique


Ministère de la Montagne de la Myrrhe et de l’Encens

UTILITE ET DISCERNEMENT DES


CHARISMES
INTRODUCTION
Avec l’avènement du Renouveau Charismatique Catholique, les charismes ont
connu un véritable regain d’intérêt. Si ceux-ci ont donné une nouvelle vigueur aux
activités apostoliques dans l’Eglise, ils sont malheureusement source de bien
d’incompréhensions, de déviations et même de conflits et de divisions. Ils sont
tantôt perçus comme un pouvoir, un moyen de pression, de chantage, de se faire
une place ou de l’argent tantôt comme un outil gratuit pour le service de Dieu et
des communautés.
Devant le foisonnemment de groupes à connotation charismatique, il convient de
resituer les charismes selon leur utilité et d’envisager des repères concrets et
simples pour discerner ce qui vient authentiquement du Seigneur et ce qui vient
est l’œuvre de l’esprit malin ou de l’humain.

Le chrétien reçoit des flux provenant de trois sources : Dieu, le diable et le monde et son
psychisme. Aussi, l’exercice des charismes exige-t-il de reconnaitre la voix du Seigneur,
notre Bien Aimé. Cela suppose que nous le connaissions c’est-à-dire avoir une intimité
avec Lui. Il faut aimer la Présence de Dieu, désirer vivre dans son intimité comme le
psalmiste :
Ps 27,4 : « J'ai demandé une chose au SEIGNEUR, et j'y tiens : habiter la maison du
SEIGNEUR tous les jours de ma vie, pour contempler la beauté du SEIGNEUR et prendre
soin de son temple. »
Ps 23,6 : « Oui, bonheur et fidélité me poursuivent tous les jours de ma vie, et je
reviendrai à la maison du SEIGNEUR, pour de longs jours. »
Le Seigneur lui-même dit en Jn 10, 14.27 : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis
et mes brebis me connaissent,…Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me
suivent. »
Il existe en chacun de nous un sens spirituel qui nous permet de percevoir les inspirations
du Saint Esprit. C’est notre sens du discernement, notre oreille spirituelle ou intérieure.
C’est un don de Dieu qui se développe et s’affermit avec l’expérience et la croissance
dans notre relation au Saint Esprit. Et, pour nous soutenir en cela le Seigneur nous
communique les sept dons du Saint Esprit au Baptême.
Aussi S. Grégoire dit-il dans une homélie de la Pentecôte : « Si le Saint-Esprit ne remplit
pas le cœur des auditeurs, c'est en vain que la voix des prédicateurs résonne à leurs
oreilles. »
CHAPITRE I : COMMENT DIEU NOUS PARLE-T-IL ?
1) PAR QUELS MOYENS DIEU NOUS PARLE-T-IL ?
2) COMMENT CULTIVER EN NOUS LE SENS SPIRITUEL ?
3) QUELQUES ATTITUDES DE CŒUR

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4) COMMENT DISCERNER LES INSPIRATIONS DU SAINT ESPRIT ?

Chapitre II : Les CHARISMES


1) UTILITE DES CHARISMES
2) ESSAI DE CLASSIFICATION DES CHARISMES ET LEURS EXPRESSIONS
3) COMMENT EXERCER LES CHARISMES ?
4) COMMENT DISCERNER LES CHARISMES ?

CONCLUSION

CHAPITRE I : COMMENT DIEU NOUS PARLE-T-IL ?


1. PAR QUELS MOYENS DIEU NOUS PARLE-T-IL ?
- Parole de Dieu = moyen par excellence
- Signes (événements, frères et sœurs, accompagnateur, prédicateur…)
- La voix de la conscience
- Saint Esprit.

Nous nous arrêterons aujourd’hui sur la façon dont le Saint Esprit nous parle en dehors de
la Parole de Dieu et des signes.
Jl 3, 1-3 : Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles
prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions.
On peut relever dans ce texte deux grandes expressions de la voix du Saint Esprit en nos
cœurs en rapport avec deux de nos sens : l’ouïe (Nos fils et vos filles prophétiseront ) et la
vue (vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions).
1) La voix du Saint Esprit peut résonner dans nos cœurs comme un flot de pensées
spontanées. Cela s’apparente à une distraction, un coup de tonnerre dans un ciel
serein ou encore au fruit de notre propre imagination. En fait, il se sert de la voix de la
conscience.

Les caractéristiques de ces pensées sont qu’elles persistent même quand je les ignore ou
que j’essaie de les chasser. Par ailleurs, elles surviennent dans un climat de paix, de
sérénité, d’assurance et de tranquillité intérieure.
2) D’autres fois, il s’agit de visions qui apparaissent tantôt comme une impression, une
image ou une photo, tantôt comme une scène semblable à un film dans un téléviseur
voire une extase prophétique. Dans le cas de l’extase prophétique, celui qui exerce le
don est partie prenante, il est pris dans l’action.

Ecoutons à ce propos Saint Isidore : S. Isidore divise la prophétie d'après les divers modes
de révélation. On peut les distinguer selon les puissances cognitives de l'homme : les sens,
l'imagination, l'intellect. C'est pourquoi S. Isidore admet, avec S. Augustin, trois espèces
de visions. La distinction peut encore se prendre de la différence dans l'influx prophétique.
Quant à l'illumination de l'intelligence, la prophétie se caractérise par la plénitude de
l'Esprit Saint (septième espèce de la classification de S. Isidore). Quant à l'impression des
formes dans l'imagination, S. Isidore signale trois sortes de prophétie : le songe (troisième
espèce) ; la vision qui se produit pendant la veille et concerne une vérité quelconque

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(deuxième espèce) ; enfin l'extase qui élève l'esprit jusqu'à la contemplation de certaines
vérités plus hautes (première espèce). Quant aux signes sensibles, il admet trois cas : le
signe sensible est, ou bien une réalité corporelle apparaissant extérieurement à la vue,
comme la Nuée (quatrième espèce), ou bien une Voix venant de l'extérieur à l'oreille de
l'homme (cinquième espèce), ou enfin des mots formés par l'homme pour indiquer une
comparaison, c'est la Parabole (sixième espèce).

NB : Mise en garde
- La vision s’adresse à nos sens intérieurs contrairement à l’apparition qui, elle,
touche nos sens extérieurs. Par ailleurs des personnes plus ou moins sensibles aux
choses spirituelles peuvent percevoir physiquement la présence du Saint Esprit. Si
cela peut soutenir parfois notre certitude en la présence réelle du Saint Esprit, il ne
faut pas s’en accommoder ou le rechercher témérairement ; sinon cela deviendra
un poison pour notre foi. Nous risquons de vivre notre relation au Saint Esprit au
niveau de nos sens, sur la base des sensations que nous procure sa présence. A long
terme, cela constituera un frein pour notre croissance spirituelle. Car notre vie
sensible se développerait au détriment de notre vie spirituelle. Et au jour où nous
n’éprouverons plus ces sensations ou ces faveurs du Seigneur, nous aurons
l’impression qu’il nous a abandonné.
- Il est bon de ne pas être esclave des charismes car eux aussi sont des
manifestations sensibles du Saint Esprit quoiqu’il soit tout à fait légitime de les
désirer. Nous devons dépendre du Dieu Père-Fils-Esprit Saint seul par la foi,
l’espérance et la charité. Croire en Dieu seul, espérer en Lui et L’aimer de tout
notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force, voilà la véritable vie
spirituelle.

LG N°12 : « Ces grâces, des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement
diffusées, doivent être reçues avec action de grâce et apporter consolation, étant avant
tout ajustées aux nécessités de l'Eglise et destinées à y répondre. Mais les dons
extraordinaires ne doivent pas être témérairement recherchés ; ce n'est pas de ce côté
qu'il faut espérer présomptueusement le fruit des œuvres apostoliques… »
Les charismes sont des moyens efficaces pour l’apostolat lorsque nous menons une vie
intérieure, une vie spirituelle authentique. Mais ils deviennent un piège pour celui qui vit
de ses sensibleries et de ses sensations. Le P. Pierre Marie SOUBEYRAND disait : « Une
vie intérieure authentique débouche toujours sur la vie charismatique. » En d’autres
termes : cherche à posséder l’arbre (le Saint Esprit) et tu auras aussi ses fruits (les
charismes). Saint Séraphim de Sarov disait que : « Le but de la vie chrétienne consiste en
l’acquisition du Saint Esprit. »
- Pour un débutant, il peut arriver que je sois un peu troublé du fait du caractère
inhabituel de ce que je suis en train de vivre. Ce trouble et cette crainte sont tout à
fait charnels et normaux. En effet, quand je m’abandonne docilement au Saint
Esprit, il me secourt et je retrouve la paix intérieure. Car Dieu fait toujours
précéder la mission de la grâce pour l’accomplir. Il n’attend que notre oui ; et le
miracle de la transformation se produit. (cf Lc 1 : l’annonciation).

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Retenons : En 1 R 19, 12, Elie décrit la voix du Seigneur comme ‘un murmure doux et
léger’. Même si Dieu peut et parle certaines fois de façon audible, la plupart du temps, sa
voix est intérieure et nous parvient comme un flot de pensées, des visions, des notions, des
sensations ou des impressions.
Par exemple, chacun de nous n’a-t-il pas eu l’expérience d’avoir une pensée le traversant
qui le pousse à prier pour une personne donnée ? A travers l’expérience et la réponse
confirmée des frères et sœurs, je discerne que c’est bien la voix du Seigneur. Et j’apprends
à faire attention à la façon dont le Seigneur s’adresse à moi. D’où je dois cultiver en moi
ce sens spirituel.

2. COMMENT CULTIVER EN NOUS LE SENS SPIRITUEL ?


Il nous faut vivre dans l’intimité du Seigneur.
Ac 2, 42 : « Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion
fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »
 l'enseignement des apôtres (la sainte Ecriture et la sainte Tradition de l’Eglise),
 la communion fraternelle (l’Eglise),
 la fraction du pain (les sacrements notamment l’Eucharistie célébrée et adorée),
 la prière (oraison).

Les deux premiers paramètres nous aident au discernement de ce que nous pensons avoir
reçu de Dieu. Les deux autres nous aident à purifier nos sens et nous établissent dans la
paix intérieure.

3. QUELQUES ATTITUDES DE CŒUR


Clé 1 : Je dois apprendre à fixer mes propres pensées et émotions, de sorte à sentir le
flot d’inspirations divines s’écoulant à l’intérieur de moi.
Ecoutons S. Séraphim de Sarov : « En priant, sois à l’écoute de toi-même, c’est-à-dire
ramasse ton esprit et réunis-le au cœur. Puis, si tu ne te comprends pas toi-même, de quoi
peux-tu discuter avec les autres ? Que peux-tu leur apprendre ? Tais-toi, tais-toi tout le
temps, souviens-toi de la présence de Dieu et de son nom… »
1R19, 9-12
Tant qu’Elie était troublé, il ne pouvait percevoir la voix de Dieu. On voit le Seigneur lui
poser plusieurs fois la même question jusqu’à ce qu’il perçoive sa voix. Donc, pour
entendre les pensées calmes, intimes et spontanées de DIEU, il devait tout d’abord calmer
ses propres pensées et émotions.
Il faut s’exercer à la pacification du corps, de la respiration, des émotions, des passions
(appétits) et de l’intelligence (pensées). C’est la pratique de l’oraison.
! S’il me parvient des pensées sur des choses que j’aie oubliées de faire, je peux les écrire
puis les écarter de mon esprit. Si des pensées de culpabilité ou de choses indignes me
viennent à l’esprit, je me repens méticuleusement, je reçois la purification du sang de
l’Agneau et je reviens à mon sujet de prière, faisant confiance à la miséricorde de Dieu.

Clé 2 : Etre honnête avec soi-même, les autres et le Seigneur


Comme la voix de Dieu n’est pas audible en règle générale, nous courrons le risque de
nous laisser influencer par notre désir d’être bien vu, notre vision erronée des choses que

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nous pourrions prendre pour des inspirations du Saint Esprit. Lorsqu’après coup, on se
rend compte qu’on s’est trompé, il faut le reconnaître humblement.
Voyons l’expérience de saint Pierre en Mt 16, 13-23.
Alors que Jésus vient de béatifier Pierre pour son intervention judicieuse, celui-ci se laisse
prendre au piège de ses ambitions personnelles et s’ouvre ainsi à l’action du diable. Le
Seigneur a dû le réprimander avec sévérité parce que l’attitude de Pierre risquait de le
détourner de son but. C’est pourquoi nous devons nous rappeler que nos voies ne sont pas
celles de Dieu tout comme nos pensées.
Aussi est-il capital de se nourrir de la Parole de Dieu qui seule peut nous dire quelle est la
volonté de Dieu. Et nous devons également nous soumettre au discernement de la
communauté à travers notamment un accompagnateur spirituel averti qui nous aidera à
reconnaître la voix du Seigneur. Nous devons savoir qu’aucun d’entre nous ne peut
valablement s’ériger soi-même comme juge et parti.
Ex : En I S 3,1-10, il a fallu l’intervention du prêtre Eli pour que Samuel sache qui est
Celui qui s’adressait à lui. Le Seigneur aurait pu se présenter lui-même à Samuel comme
pour Moïse. Mais non. Cette fois-ci, Il a choisi une autre voie pour lui enseigner
l’humilité et l’obéissance. Car ‘‘un lion, même amaigri, demeure un lion.’’ Plus tard,
Samuel engagera Saül à observer la Parole du Seigneur sans condition. Mais celui-ci sera
rejeté parce qu’il a préféré les sacrifices à l’obéissance à la Parole de Dieu (1 S 15, 22-23).
Enfin, évitons de vouloir copier un frère ou une sœur. Chacun de nous est unique. Ça ne
fait pas sérieux de vouloir copier coûte que coûte une personne et plaquer
systématiquement sa façon de faire. Soyons libres. Soyons des originaux et non des
photocopies. Ce n’est pas le timbre de la voix, l’intonation ou nos cris qui confèrent à la
parole son efficacité.

Clé 3 : Avoir le goût du risque c’est-à-dire cultiver la foi, l’espérance et la charité


Je ne saurai jamais si ce que je reçois vient du Seigneur si je ne l’exprime pas de peur
d’attirer les regards ou que cela ne soit pas confirmé.
Par exemple : En boîte de nuit, nous pouvons avoir l’impression que les gens nous
regardent danser alors qu’ils sont complètement ivres et ne nous voient même pas. Et puis,
ceux qui ont déjà visité les boîtes de nuit savent que tout y est sombre. Il n’y a que les
jeux de lumière.
Ainsi en est-il de la foi. C’est une véritable obscurité. Car nous croyons en Dieu sans le
voir. C’est déjà un risque de croire en Dieu. Nous croyons sur la base du témoignage des
apôtres. Celui qui veut exercer les charismes doit payer le prix : prendre le risque dans la
foi.
Rm 12, 6 « Et nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée.
Est-ce le don de prophétie ? Qu'on l'exerce en accord avec la foi. »
Un discernement ne se confirme qu’après coup. Avant, je ne peux jamais prétendre être
sûr. C’est vrai que l’expérience nous permet de gagner en maturité, en assurance et en
sécurité. Mais qui dit exercice dit aussi risque ; et qui dit risque dit possibilité de se
tromper. Les erreurs nous permettent aussi d’affiner notre sens du discernement, notre
oreille spirituelle.
Deux grâces à demander au Saint Esprit : le charisme de discernement des esprits et la
parole de sagesse.
En somme, il ne faut pas avoir peur de s’exprimer car c’est en forgeant qu’on devient
forgeron. Si j’exerce un charisme par la foi, pour l’amour de mes frères et sœurs et pour la

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gloire de Dieu, le Seigneur me soutiendra toujours. Mais quand on s’est trompé, il faut
avoir l’humilité de le reconnaître et en tirer les leçons.

Clé 4 : Tenir un journal personnel


Il s’agit d’écrire les pensées qui nous viennent lors de nos méditations. Plus tard, en les
révisant, nous pouvons les confronter à la Parole de Dieu ou aux événements sous le
regard de notre accompagnateur pour voir comment le Seigneur nous a dirigé. Cela nous
aidera à discerner ce qui vient de Dieu, de nous-même ou du diable.

Clé 5 : Faire attention à notre manière de vivre : ce que nous regardons, ce que nous
écoutons etc.
Il est bon de savoir que la communication avec le Seigneur est comme une ligne
téléphonique. La connexion peut être brouillée par notre faute ou par la faute des démons.
Tout comme elle peut être optimisée si nous vivons dans la sanctification. Car si les
charismes ne nous sont pas donnés selon notre degré de sainteté, ils doivent nous pousser
à vivre dans la sanctification pour un exercice optimal. En effet, la sanctification écarte de
notre chemin les obstacles et les pièges de l’ennemi dans l’exercice des charismes. Plus
nous fixons nos regards sur le Seigneur et plus il nous purifie et notre sens spirituel est de
plus en plus affiné. Le lieu par excellence où nous pouvons contempler le Seigneur, c’est
dans l’Eucharistie (sainte messe et adoration). Car nous devenons ce que nous
expérimentons par nos sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher).

4. COMMENT DISCERNER LES INSPIRATIONS DU SAINT ESPRIT

A court terme :
 Le bon sens ou l’intelligence et le discernement expérimental
L’intelligence est une faculté dont tout homme dispose pour juger des choses.
Aussi faut-il se méfier de ce qui choque l’intelligence, mais une intelligence
éclairée. Par ailleurs, il faut souligner que ce qui vient de Dieu porte avec soi le
fruit de l’Esprit mentionné en Ga 5,22-23 : paix, joie, maitrise de soi. Au contraire
du démon qui produit le trouble et la tristesse.
 Le discernement doctrinal : Dieu ne se contredit pas :
- Conformité à la sainte Ecriture et à l’enseignement de l’Eglise
- Cohérence avec les exigences de ma vocation propre
 Le charisme de discernement des esprits
C’est un charisme qui permet de saisir de façon intuitive la volonté de Dieu. Celui-
ci est différent du discernement expérimental qui est en rapport avec l’expérience
que l’on acquiert à partir de la façon d’opérer du Saint Esprit avec nous et notre
expérience de la vie.

A long terme :
 Le temps : Ac 5,38-39 : Ce qui vient de Dieu dure, se développe et s’affermit avec
le temps et porte du fruit abondant. Je vous ai choisis pour que vous alliez et que
vous portiez du fruit durable Jn 15,16). Le temps est en rapport avec l’extension, la
quantité.

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 Le fruit :
- dans la vie de celui qui exerce le charisme : Mt 12,33 : Le fruit est en rapport
avec l’intensité, la qualité c’est-à-dire la sanctification. Car l’exercice des
charismes nous sanctifie indirectement. En effet, l’exercice des charismes selon le
cœur de Dieu conduit sur le chemin de l’humilité, de la charité et du service.
- dans la communauté : Dt 18,21-22 : Une parole qui vient de Dieu s’accomplit
toujours et construit la communauté (Ha 2,3 ; 1 Co 12,7). Elle glorifie le Seigneur
et suscite la crainte de Dieu (Ac 2,47 ; Ac 3,10). Au contraire ce qui vient du
démon ou de notre chair (présomption) ne s’accomplit pas. Et même si elle
s’accomplissait, elle divise, attriste, détruit et sème le trouble dans la communauté.

CHAPITRE II : LES CHARISMES

4. Le terme « charisme » est la transcription du mot grec chárisma, signifie généralement un


« don généreux » et, dans le Nouveau Testament, est utilisé uniquement en référence aux
dons divins. Dans certains passages, le contexte lui confère un sens plus précis (cf. Rm 12, 6
; 1 Co 12, 4. 31 ; 1 P 4, 10), dont la caractéristique fondamentale est la répartition
différenciée des dons[12]. C’est aussi ce sens qui prédomine dans les langues modernes
pour les mots de même racine que le terme grec. Le charisme pris singulièrement n’est pas
un don accordé à tous (cf. 1 Co 12, 30), à la différence des grâces fondamentales, comme la
grâce sanctifiante, ou les dons de la foi, de l’espérance et de la charité, lesquels, au
contraire, sont essentiels pour chaque chrétien. Les charismes sont des dons particuliers que
l’Esprit distribue « comme il veut » (1 Co 12, 11).

Charisme ou don spirituel ou « don de la Grâce », vient du grec, "charis" signifie: « ce


qui brille, ce qui réjouit ». C'est un don (au sens de gratuité), un cadeau.
Les charismes sont des manifestations de l’Esprit Saint, des grâces spéciales et des
motions passagères dans un moment précis selon les besoins de la communauté. Ils sont
innombrables et peuvent nous être retirés. Ils font partie de la vie normale de l’Eglise.
On les distingue des 7 dons de l’Esprit qui sont des dispositions permanentes qui
rendent l’homme docile à suivre les impulsions de l’Esprit. (CEC N° 1830 -1831). Ils sont
identiques chez tous les chrétiens et sont ordonnés à la sanctification personnelle (Isaïe
11.2-3a). Ce sont :
 Le don de sagesse
Elle est essentielle pour que ton cœur reconnaisse la présence de Dieu. Ainsi tu lui
donneras une place importante dans ta vie; souvent tu l'écouteras et lui parleras. Tu auras
le goût de Dieu et de tout ce qui le concerne. Produit la paix qui surpasse tout, une
manière divine de contempler le monde. Conduit à la contemplation et produit en nous la
ressemblance avec Jésus. C'est le don de l'union à Dieu.
 Le don d'intelligence (discernement)
Pour que tu sois capable de comprendre la Parole de Dieu et d'en vivre chaque jour, tu as
besoin de l'intelligence. Vient contribuer à fortifier notre foi. Par ce don l’esprit humain
devient capable de pénétrer le sens caché des vérités divines. La foi progresse. Cette
croissance ne s’accomplit pas par nos propres forces.

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 Le don de conseil
Pour que tu puisses choisir correctement quoi faire pour vivre en vrai chrétien, surtout
dans les moments importants et difficiles de ta vie. Par ce don l’accompagnateur spirituel
écoute l’Esprit Saint qui travaille dans les cœurs. Perfectionne la prudence, conduit dans
les choix à faire et les décisions à prendre.
 Le don de force
Pour te permettre de prendre courageusement une décision, de vaincre les obstacles qui se
présentent à toi, de changer de direction si c'est nécessaire. Est un dynamisme qui soutient
la volonté. La raison devient capable de tout ramener à Dieu.
 Le don de science (ou de connaissance)
Pour t'aider à comprendre le vrai sens de ta vie avec les autres dans le monde. Pourquoi y
a-t-il la mort? La souffrance? L'amour?
Par ce don, l’âme peut discerner les esprits et bien se conduire. Elle juge, selon l’Esprit
Saint, les mouvements intérieurs. Elle sait parler de Dieu.
 Le don de crainte de Dieu (ou d’amour filial)
Pour te rendre capable de reconnaître Dieu en toute confiance quand il se manifeste à toi,
de le prier très simplement, de le remercier pour les merveilles qu'il fait pour toi! Se
retrouve à la base de tout amour. Il donne l’horreur du péché et la force de vaincre les
tentations. Il donne le goût de se rapprocher de Dieu. Plus l’homme aime son Dieu avec
ardeur, plus il évite avec soin de l’offenser. Ce don nous libère de la peur, il donne une
confiance filiale. Par ce don l’homme sent en son coeur combien il est pauvre. L’humilité
est le fruit du don de crainte de Dieu.
 Le don de piété

Pour te rendre capable d'aimer Dieu et ton prochain: tes parents, tes camarades, tous ceux
et celles qui vivent avec toi, et même ceux-là qu'il t'est plus difficile d'aimer. Mettra sur
les lèvres des paroles de fils qui rempliront le cœur de douceur. Ce don perfectionne la
volonté dans tous ses devoirs. Il nourrit la foi, l’espérance et l’Amour. La piété fait que
l’homme intérieur s’empresse de recourir en tout à l’Esprit-Saint.
Il existe aussi des dons naturels (Ex : le don de l’écriture, de la musique) et des dons
préternaturels (Ex : la clairvoyance, la clairaudience etc.) qui ne sont pas des charismes du
Saint Esprit. Enfin, il y a des singeries démoniaques des charismes (Ac 16, 16-18).
Tout ceci requiert donc un discernement minutieux car, comme dit l’adage : ‘‘Tout ce qui
brille n’est pas de l’or’’.
1. UTILITE DES CHARISMES

Les charismes sont ordonnés à la vitalité apostolique et à la sainteté de tout le Corps


du Christ pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de
l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions
authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes
(1 Co 13). Les charismes sont donc à accueillir avec reconnaissance par celui qui les
reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église.

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2. ESSAI DE CLASSIFICATION DES CHARISMES ET LEURS
EXPRESSIONS
Les charismes sont multiples, multiformes et revêtent des formes particulières
selon les personnes. Elles recouvrent tous les compartiments de la vie de l’Eglise allant
des plus simples aux plus éclatants. Mais ils sont tous des grâces sensibles. Dans le
Renouveau charismatique catholique, les charismes sont accueillis comme un signe de la
manifestation de la bonté et la miséricorde de Dieu pour son Peuple. Les termes
‘ordinaire’ et ‘extraordinaire’ ne doivent donc pas constituer un frein à l’accueil des
charismes. Il faut aspirer aux charismes et à tous les charismes c’est-à-dire s’ouvrir
grandement et docilement à l’action de l’Esprit Saint. Car l’Esprit Saint ne peut faire avec
vous que ce que vous voulez qu’il fasse avec vous. « Fais-toi capacité et je me ferai
torrent » disait le seigneur à sainte Catherine de Sienne. A Pentecôte, les disciples n’ont
pas choisi chacun son charisme. Il est dit : « Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et
commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de
s'exprimer. » (Ac 2,4). Ephphata ! Ouvre-toi ! Soyons libres ! Laissons-nous conduire par
le Saint Esprit ! Aspirons de tout notre cœur à la plénitude de la grâce de Dieu et non aux
miettes qui sont pour les petits chiens !
2.1- Charismes ordinaires
Ces charismes sont dits ordinaires parce qu’ils sont diffus et plus nombreux. Ils
s’apparentent souvent à certaines qualités humaines.
- Discernement
Claire perception intérieure sur la source ou la cause d’une situation ou d’un problème
donné : de Dieu, du démon ou du psychisme. C’est aussi la claire vision sur la voie à
suivre.
On note le discernement extraordinaire qui est d’un ordre vraiment charismatique dans sa
spontanéité et le discernement ordinaire où l’Esprit saint vient soutenir notre intelligence.
Ex : Lc 13,16 ; Ac 13, 9-11
- Parole de sagesse
Elle s’apparente au précédent. Mais ici, elle ne porte pas sur la source ou l’origine mais la
solution à apporter face à un dilemme ou une difficulté. C’est une sagesse surnaturelle qui
est donnée à un moment précis et qui déroute en général. Parole donnée en réponse à une
situation embarrassante de dilemme.
Ex : Mc 12,14 ; Jn 8, 7 ; Lc 20,25
Ce charisme aide aussi à exercer judicieusement d’autres charismes comme la parole de
connaissance immédiate. Par le charisme de connaissance immédiate, nous recevons une
révélation sur une difficulté et la parole de sagesse permet de savoir quelle solution y
appliquer.
- Enseignement, exhortation, prédication
Enseignement : Communiquer le message divin avec l’aide du St Esprit qui nous en donne
une intelligence et une autorité particulière. Exposé sur un sujet de foi. Vise l’intelligence
dans la perspective d’éclairer, former la foi.
L’exhortation est un encouragement à persévérer dans la foi.
La prédication vise à susciter la foi, une adhésion à Jésus Christ. Elle vise le cœur.

- Prophétie

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C’est Jésus qui parle à son peuple pour le consoler, exhorter, encourager, édifier parfois
reprendre. Elle peut s’exprimer sous forme de paroles ou de visions (impression, image ou
photo, scène avec mouvement comme dans un téléviseur, extase prophétique). Il peut
s’agir de paroles bibliques (plus authentiques) ou d’autres paroles.
Parfois une parole prophétique a besoin d’être mûrie pour en saisir toute la portée.

- Don des langues


Il recouvre différents aspects :
 Prière ou chant en langue
Gémissements inexprimables ou ineffables, langage étrange, inarticulé, toujours
incompréhensible à celui qui l’exprime = glossolalie (Rm 8,26)
 Parfois il peut être compris par un tiers ou un groupe de personnes = xénoglossie
(Ac 2, 1-11)
 Quant à la prophétie en langue, elle demande à être interprétée (1 Co 14,27).
Notons que si le chant en langue est mélodieux et est convenable à être utilisé en
assemblée, il vaut mieux réserver la prière en langue pour la prière personnelle car elle
ferait un peu cacophonique. En 1 Co 14,3, saint Paul nous enseigne que c’est un don qui
édifie celui qui prie ainsi. Sachons user des charismes avec intelligence comme nous le
conseille S. Paul (1 Co 14,15-19).

- Don d’interprétation
Ce n’est pas une traduction de la prophétie en langue mais une interprétation. C’est une
sorte de suggestion à l’intelligence sur le sens de ce qui est dit dans la prophétie en langue.

- Charisme de service
Mû par une motion intérieure, je perçois tel besoin ou telle situation et je me sens pousser
à prendre en charge ce qu’il y a à faire. Il est en général lié à la compassion. C’est un
véritable appui pour tous les autres charismes. Rm 12,7.

- Charisme de la miséricorde (compassion)


C’est un surgissement dans le cœur de la tendresse du Seigneur qui a pitié de son peuple.
(Mt 9,36 ; Jn 11,32-35). Soin des pauvres (prisonniers, malades…) Rm 12, 8

- Charisme du chant et de la musique


Le charisme du chant et de la musique rend Jésus prend et enflamme les cœurs d’un
amour brûlant. Il fait entrer l’assemblée dans la présence glorieuse du Seigneur. Il ouvre
les cœurs à la présence de Dieu (2 Chr 5,11-14 ; Ps 22,4).
2.2- Charismes extraordinaires (en rapport avec la prédication de la Parole)
Ces charismes sont normalement associés à la proclamation de la Parole de Dieu. Ils sont
marqués par leur caractère spectaculaire.
- Charisme de la foi
Celui qui le reçoit est mû de façon imprévisible et soudaine par une motion intérieure qui
le pousse vers une personne ou une situation afin que l’œuvre préparée par le Seigneur
puisse s’y accomplir. Foi exceptionnelle que Dieu donne pour porter une action d’éclat.
Certitude, assurance intérieure de ce que l’on est capable d’opérer au Nom de Jésus Christ

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une chose donnée. C’est la foi qui déplace les montagnes. C’est la porte d’entrée des
charismes de puissance ou charismes extraordinaires. 1Co12,9 ; Rm12,9 ; Mc 11,22-24.
- Parole de connaissance immédiate ou science ou révélation
Révélation sur l’action de Dieu dans l’assemblée (Jn 4,18.50)
Il peut s’agir de slogan (ex : diabète), de mots successifs ou de phrase entière avec
précision au fur et à mesure que l’on annonce la parole. Ailleurs elle peut se traduire par
une vision.
Variante : lecture des cœurs (dans le cadre de l’accompagnement spirituel).

- Miracles
Dans les miracles, il y a deux choses à distinguer : 1. L'action elle-même qui dépasse les
forces de la nature ; c'est ce qui fait donner aux miracles le nom de " vertus ". – 2. Le but
des miracles, qui est de manifester quelque réalité surnaturelle ; à ce point de vue, on les
appelle généralement des " signes " ; mais à cause de leur excellence, on les nomme "
prodiges ", en tant qu'ils produisent quelque chose au loin.
On les distingue de la guérison parce qu’ils défient les lois de la nature et conduisent le
bénéficiaire à l’ouverture au salut de Dieu (1 Co 12,10).
- Dons de guérison
La grâce des guérisons est mentionnée séparément parce qu'elle confère à l'homme un
bienfait particulier, la santé du corps, en plus du bienfait commun à tous les miracles, qui
est de mener les hommes à la connaissance de Dieu. (1Co 12,9)

Il peut s’agir de :
- Guérisons physique, psychique, spirituelle,
- Don de guérison pour une maladie spécifique.
Signes : Chaleur, picotement, onction, douleur dans les mains. Parfois douleur au même
endroit que le malade etc.

NB : Il faut souligner qu’il existe aussi des dons mystiques sur lesquels nous n’insisterons
pas. Ceux-ci sont liés à l’état mystique. Citons par exemple : la bilocation ou ubiquité, les
stigmates, la fragrance, la lévitation etc.

3. COMMENT EXERCER LES CHARISMES ?

Les charismes ne sont pas un bien personnel. Ils sont donnés par le Saint Esprit et
appartiennent à la communauté. Aussi faut-il les exercer selon le cœur de Dieu.
Pour cela, il faut cultiver une amitié avec le Saint Esprit :
 Etre obéissant et docile au Saint Esprit et aux responsables ;
 Se soumettre au discernement de la communauté (les responsables) ;
 Vivre dans la sanctification (si la sanctification n’est pas une condition pour
recevoir les charismes, elle écarte les obstacles à leur exercice) : Lire et méditer la
Parole de Dieu, avoir une vie de prière, fréquenter les sacrements (Eucharistie,
Confession+++), jeûner) ;

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 Etre animé de charité, d’humilité et de simplicité (on exerce les charismes par
amour et non pour mesurer notre foi ou pour une quelconque gloriole 1 Co 13). La
charité fraternelle est un facteur capital pour l’éclosion des charismes ;
 Exercer dans un esprit d’unité (esprit d’Eglise) ;
 Cultiver le silence ;
 Etre audacieux (foi) car l’exercice des charismes suppose le risque.

4. COMMENT DISCERNER LES CHARISMES ?

 Critère majeur : capacité à obéir de celui qui les exerce +++


 Autre : voir chapitre I N°4

CONCLUSION
I Corinthiens 13

Paix et joie !
Berger D. Nicolas ACKA
RCC du Diocèse de Daloa

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I- COMMENT DISCERNER LES CHARISMES ?

Critères pour le discernement des dons charismatiques

18. Dans ce cadre, on peut rappeler quelques critères mis en évidence par le Magistère au
cours des dernières années pour discerner les dons charismatiques dans les associations
ecclésiales. Ces critères ont pour objectif d’aider à la reconnaissance du caractère ecclésial
authentique des charismes.

a) Primat de la vocation de chaque chrétien à la sainteté. Toute réalité qui naît de la


participation à un charisme authentique doit être un instrument de sainteté dans l’Église et,
donc, de croissance de la charité et de tension authentique vers la perfection de l’amour[68].

b) Engagement dans la diffusion missionnaire de l’Évangile. Les réalités charismatiques


authentiques sont des « cadeaux de l’Esprit intégrés au corps ecclésial, attirés vers le centre
qui est le Christ, d’où ils partent en une impulsion évangélisatrice »[69]. De cette manière,
elles doivent réaliser « l’accord et la coopération avec le but apostolique de l’Église », en
manifestant un net « élan missionnaire qui en fasse des instruments toujours plus actifs
d’une nouvelle évangélisation »[70].

c) Confession de la foi catholique. Toute réalité charismatique doit être un lieu d’éducation à
la foi dans son intégralité, « en accueillant et proclamant la vérité sur le Christ, sur l’Église et
sur l’homme, en conformité avec l’enseignement de l’Église, qui l’interprète de façon
authentique »[71] ; il faudra donc éviter de s’aventurer « au-delà (proagon) de la doctrine et
de la communauté ecclésiale ». En effet, si l’on « ne demeure pas en elles, l’on n’est pas
unis au Dieu de Jésus-Christ (cf. 2 Jn 1, 9) »[72].

d) Témoignage d’une réelle communion avec toute l’Église. Cela comporte une « relation
filiale avec le Pape, centre perpétuel et visible de l’unité de l’Église universelle, et avec
l’évêque, “principe visible et fondement de l’unité” de l’Église particulière »[73]. Cela
implique la « disponibilité loyale à recevoir leurs enseignements doctrinaux et leurs directives
pastorales »[74], de même que « la disponibilité à prendre part aux programmes et aux
activités de l’Église tant sur le plan national que sur le plan international ; l’engagement dans
la catéchèse et la capacité pédagogique pour la formation des chrétiens »[75].

e) Estime et reconnaissance pour la complémentarité réciproque d’autres composantes


charismatiques dans l’Église. Il en découle aussi une disponibilité à la collaboration
réciproque[76]. En effet, « un signe clair de l’authenticité d’un charisme est son ecclésialité,
sa capacité de s’intégrer harmonieusement dans la vie du peuple saint de Dieu, pour le bien
de tous. Une véritable nouveauté suscitée par l’Esprit n’a pas besoin de porter ombrage aux
autres spiritualités et dons pour s’affirmer elle-même »[77].

f) Acceptation des moments d’épreuve dans le discernement des charismes. Étant donné que
le don charismatique peut posséder « une certaine dose de vraie nouveauté, dans la vie
spirituelle de l’Église, et d’initiative dans l’action, qui peut parfois sembler incommode », un
critère d’authenticité se manifeste dans « l’humilité pour supporter les contretemps ; le juste
rapport entre charisme véritable, prospective de nouveauté et souffrance comporte une
constante historique : c’est la liaison entre le charisme et la croix »[78]. La naissance de
tensions éventuelles exige de la part de tous la pratique d’une charité plus grande, en vue
d’une communion et d’une unité ecclésiales toujours plus profondes.

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g) Présence de fruits spirituels de charité, joie, paix et maturité humaine (cf. Ga 5, 22) ; le «
vivre plus intensément encore la vie de l’Église »[79], un zèle plus intense pour « l’écoute et
la méditation de la Parole »[80] ; « le goût renouvelé pour la prière, la contemplation, la vie
liturgique et sacramentelle ; l’aide à la prise de conscience des vocations au mariage
chrétien, au sacerdoce ministériel, à la vie consacrée »[81].

h) Dimension sociale de l’évangélisation. Il faut reconnaître en outre que, grâce à l’impulsion


de la charité, « le kérygme possède un contenu inévitablement social : au cœur même de
l’Évangile, il y a la vie communautaire et l’engagement avec les autres »[82]. Dans ce critère
de discernement, qui ne se réfère pas exclusivement aux réalités laïques dans l’Église, on
souligne la nécessité d’être « des courants vivants de participation et de solidarité pour créer
des conditions plus justes et plus fraternelles à l’intérieur de la société »[83]. Sont
significatifs à ce propos « l’impulsion à assurer une présence chrétienne dans les différents
milieux de la vie sociale ; la création et l’animation d’œuvres caritatives, culturelles et
spirituelles ; l’esprit de détachement et de pauvreté évangélique en vue d’une plus
généreuse charité envers tous »[84]. La référence à la doctrine sociale de l’Église est aussi
décisive[85]. En particulier, « de notre foi au Christ qui s’est fait pauvre, et toujours proche
des pauvres et des exclus, découle la préoccupation pour le développement intégral des plus
abandonnés de la société »[86], qui ne peut manquer dans une réalité ecclésiale
authentique.

Voyons quelques passages de la sainte Ecriture :


Le Seigneur Jésus dit : « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté
porter de bons fruits. » Mt 7,18

Saint Jean nous dit aussi : « Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les
esprits pour voir s'ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le
monde. A ceci reconnaissez l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans
la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu ; c'est là
l'esprit de l'Antichrist. Vous avez entendu dire qu'il allait venir ; eh bien ! maintenant, il est
déjà dans le monde. » (I Jean 4, 1-3)

Enfin, Saint Paul nous dit en 1Th 5, 19-23 : « N'éteignez pas l'Esprit, ne dépréciez pas les
dons de prophétie ; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute
espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être
entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur
Jésus Christ. »

Mais comment éprouver les esprits ?

 Critère majeur : l’obéissance d’amour et l’amour d’obéissance +++


J’obéis parce que j’aime Dieu et j’aime par obéissance à Dieu. Cela revient à rechercher le
fruit de l’Esprit.

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Jn 15,16 : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai
établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que
vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. »
Le Seigneur nous établit par le don du Saint Esprit afin que nous portions le fruit de l’amour.
Le mot obéissance vient du latin ‘‘audire’’ qui signifie écouter, être docile à. Seul celui qui
écoute peut obéir. Or écouter, c’est se mettre à l’école de quelqu’un. Dans notre vie d’Homme
et de chrétien en général et dans la vie charismatique en particulier, nul ne peut être juge et
partie, nul ne peut être autosuffisant. Nous avons toujours besoin d’un œil extérieur. Ainsi en
a décidé le Seigneur.
Ex : Moïse et Jéthro (Ex 18, 13-24) ; Samuel et le prêtre Eli (1S 3, 1-10) ; Paul et Ananie (Ac
9, 10-17).

Si tu veux exercer ou si tu exerce un charisme, mets toi à l’école de quelqu’un c’est-à-dire


apprend à obéir, à te soumettre au Seigneur et à celui qu’il a établi et qui assume la charge
d’autorité dans la communauté. Même si celui-ci n’exerce aucun charisme en apparence,
Dieu lui a accordé assez de discernement pour notre bien, pour nous conduire.
Le mot autorité vient du latin ‘‘augere’’ qui signifie augmenter, faire croitre. Tu ne grandiras
dans l’exercice de ton charisme que si tu acceptes de te soumettre à l’autorité. Tout charisme
appartient à la communauté qui doit reconnaître et confirmer ce qui lui appartient, ce qui lui
est accordé par le Seigneur. Le Seigneur, à travers la communauté choisit et établit un berger
pour diriger le groupe. De ce fait, celui-ci est responsable devant le Seigneur et devant
l’Eglise et a autorité pour discerner et authentifier les charismes. Quiconque refuse de lui
obéir, désobéit également au Seigneur.

« Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m'a
envoyé. » (Lc 10,16).

LG N° 12§5 : « … c'est à ceux qui ont la charge de l'Eglise de porter un jugement sur
l'authenticité de ces dons et sur leur usage bien entendu. C'est à eux qu'il convient
spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon
(cf. 1Th 5,12 5,19-21). »

« Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment ;
mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu,
affermis tes frères. » (Lc 22, 31-32).

Le berger accomplit ici la charge même du Curé de la paroisse qui est le premier berger du
groupe du Renouveau Charismatique Catholique de la paroisse. C’est une très grave erreur de
refuser de se soumettre et d’obéir au berger du groupe. Par ailleurs, la solution n’est pas de
quitter le groupe parce qu’on refuse d’obéir au berger. On ne serait pas pour autant guéri du
mal qui nous ronge : l’orgueil, l’esprit de pouvoir. La Sainte Ecriture l’appelle le grand péché
(Ps 19,14). C’est le péché même du diable. Il a été chassé du ciel pour cela. On pourrait dire
aussi qu’il s’est éloigné du ciel à cause de ce péché. Alors, prenons garde !

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 Autres critères

A court terme :
 Le bon sens ou l’intelligence et le discernement expérimental
L’intelligence est une faculté dont tout homme dispose pour juger des choses. Aussi
faut-il se méfier de ce qui choque l’intelligence, mais une intelligence éclairée. Par
ailleurs, il faut souligner que ce qui vient de Dieu porte avec soi le fruit de l’Esprit
mentionné en Ga 5,22-23 : paix, joie, maitrise de soi. Au contraire du démon qui
produit le trouble et la tristesse.

 Le discernement doctrinal : Dieu ne se contredit pas :


- Conformité à la sainte Ecriture et à l’enseignement de l’Eglise,
- Cohérence avec les exigences de ma vocation propre.

 Le charisme de discernement des esprits


C’est un charisme qui permet de saisir de façon intuitive la volonté de Dieu. Celui-ci
est différent du discernement expérimental qui est en rapport avec l’expérience que
l’on acquiert à partir de la façon d’opérer du Saint Esprit avec nous et notre expérience
de la vie.

A long terme :
 Le temps : Ac 5,38-39 : Ce qui vient de Dieu dure, se développe, s’affermit avec le
temps et porte du fruit en abondance. Je vous ai choisis pour que vous alliez et que
vous portiez du fruit durable (Jn 15,16). Le temps est en rapport avec l’extension, la
quantité.

 Le fruit :
- dans la vie de celui qui exerce le charisme : Mt 12,33 : Le fruit est en rapport avec
l’intensité, la qualité c’est-à-dire la sanctification. Car l’exercice des charismes nous
sanctifie indirectement. En effet, l’exercice des charismes selon le cœur de Dieu
conduit sur le chemin de l’humilité, de la charité et du service.

dans la communauté : Dt 18,21-22 : Une parole qui vient de Dieu s’accomplit toujours et
construit la communauté (Ha 2,3 ; 1 Co 12,7). Elle glorifie le Seigneur et suscite la crainte de
Dieu (Ac 2,47 ; Ac 3,10). Au contraire, ce qui vient du démon ou de notre chair (présomption)
ne s’accomplit pas. Et même si elle s’accomplissait, elle divise, attriste, détruit et sème le
trouble dans la communauté.

Relation entre dons hiérarchiques et dons charismatiques

Jean-Paul II, dans son magistère, a particulièrement insisté sur le principe de coessentialité
de ces dons : « Plusieurs fois, j’ai eu l’occasion de souligner comment, dans l’Église, il n’y a
pas de contraste ou de contradiction entre la dimension institutionnelle et la dimension
charismatique dont les mouvements sont une expression significative. Les deux sont
coessentiels à la constitution divine de l’Église fondée par Jésus, parce qu’elles concourent

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ensemble à rendre présents le mystère du Christ et son œuvre salvifique dans le monde
»[30]. Le pape Benoît XVI, après avoir confirmé ce caractère coessentiel, a approfondi
l’affirmation de son prédécesseur, en rappelant que « Dans l’Église, les institutions
essentielles sont également charismatiques et, d’autre part, les charismes doivent d’une
manière ou d’une autre s’institutionnaliser pour trouver une cohérence et une continuité.
Ainsi, les deux dimensions, qui ont pour origine le même Esprit Saint pour le Corps du Christ
lui-même, concourent ensemble à rendre présents le mystère et l’œuvre salvifique du Christ
dans le monde »[31]. Les dons hiérarchiques et charismatiques sont de cette manière mis en
relation réciproque à partir de leur origine. Enfin, le Pape François a rappelé « l’harmonie »
que l’Esprit crée entre les différents dons, et a attiré l’attention des associations
charismatiques sur l’ouverture missionnaire, sur l’obéissance requise aux pasteurs et sur
l’immanence ecclésiale[32], puisque « c’est à l’intérieur de la communauté qu’éclosent et
fleurissent les dons dont nous comble le Père ; et c’est au sein de la communauté que l’on
apprend à les reconnaître comme un signe de son amour pour tous ses fils »[33]. Somme
toute, il est donc possible de reconnaître une convergence du Magistère ecclésial récent sur
la coessentialité entre les dons hiérarchiques et charismatiques. Leur opposition, comme
aussi leur juxtaposition, serait le symptôme d’une compréhension erronée ou partielle de
l’action du Saint-Esprit dans la vie et la mission de l’Église.

Pratique ecclésiale de la relation


entre dons hiérarchiques et dons charismatiques

Référence réciproque

20. La pratique de la bonne relation entre les différents dons dans l’Église requiert avant tout
l’insertion effective des réalités charismatiques dans la vie pastorale des Églises particulières.
Cela implique, en premier lieu, que les diverses associations reconnaissent l’autorité des
Pasteurs dans l’Église comme une réalité interne à leur vie chrétienne, en désirant
sincèrement être reconnues, accueillies et éventuellement purifiées par eux, tout en se
mettant au service de la mission ecclésiale. D’autre part, ceux qui sont revêtus des dons
hiérarchiques, effectuant le discernement et l’accompagnement des charismes, doivent
accueillir cordialement ce que l’Esprit suscite à l’intérieur de la communion ecclésiale, en
tenir compte dans l’action pastorale et valoriser leur contribution comme une authentique
richesse pour le bien de tous.

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