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I.

la définition de la procédure pénale :

Etymologiquement le terme procédure renvoi à un formalisme pour accomplir un résultat précis.


Juridiquement, la procédure pénale ne peut être cernée qu’à travers son objet et sa finalité.

1- l’objet de la procédure pénale à travers la doctrine pénale, on trouve deux sortes de définition :

Il y a d’abord une définition qui met l’accent sur l’aspect substantiel de la procédure pénale dans la
mesure où il s’agit d’un ensemble de règles pénales de formes qui réglementent le procès pénal.

Alors cette définition suppose l’existence d’une instance en justice c’est à dire de mener une action
intentée face à un juge qui donne lieu à un procès et c’est ainsi que la procédure pénale ait pour
objet le traitement des actions engendrées par l’infraction (action publique et action civile).

La deuxième définition privilégie l’aspect structurel et institutionnel, dans ce sens la procédure


pénale est définie comme la matière juridique qui encadre la justice pénale. A travers cette
définition, l’accent est mis sur les organes de justice (les organes répressifs) et les autres acteurs du
procès pénal que ce soit la personne poursuivie ou la victime.

D’une part, les règles de procédure pénale déterminent les compétences et les pouvoirs accordés
aux organes répressifs (police et magistrats), d’autre part, les règles de la procédure s’efforcent de
formuler les garanties procédurales accordées aux parties pour préserver leurs intérêts au sein du
procès pénal.

A partir de ces deux définitions, il apparait que dans tous les cas, le procès pénal se situe
chronologiquement entre les deux pôles d’intérêt du droit pénal de fond à savoir l’infraction et la
sanction pénale. Cela veut dire que la réaction sociale après la commission d’une infraction n’est pas
une réaction immédiate ou instantanée mais plutôt une réaction réfléchie, méditée qui passe par un
processus judiciaire. C’est une décision de condamnation qui ouvre la voie à la l’application de la
sanction, ce qui s’explique par le principe de la légalité qui va s’exprimer autrement en procédure
pénale « pas de peine sans procès », concrètement, nul ne peut être arrêté, détenu, poursuivi que
dans les conditions et selon les formalités prévues par la loi.

A travers ce principe, le rapport entre la procédure pénale et le droit pénal apparait comme un
rapport en terme de synchronisation de mixage, c’est-à-dire que les règles de forme constituent un
moyen d’expression des règles de fond, la procédure pénale permet l’animation et l’application des
règles substantielles du droit pénal.

Le procès pénal est un antécédent indispensable pour l’application de la sanction, en définitive, c’est
à travers le procès pénal que les organes répressifs appliquent concrètement les règles pénales de
fond déterminées par le droit pénal général et spécial.

Tout se passe à l’intérieur du procès pénal et la voie judiciaire est la voie exclusive pour traiter une
infraction pénale.

Du point de vu de la politique criminelle, toute procédure pénale dans n’importe quel pays est une
manière de dégager une vérité judiciaire à propos d’un cas d’espèce. C’est-à-dire que toute
procédure pénale possède sa propre stratégie pour atteindre la manifestation de la vérité, tout
procédure pénale repose sur un modèle de justice.

Le modèle marocain est qualifié d’une procédure mixte/hybride, une procédure qui essaie un
brassage ou une synthèse de deux modèles procéduraux : Le système accusatoire et le système
inquisitoire. Mais ce brassage entre les deux systèmes se fait au profit de l’inquisitoire.
On peut dire que la procédure pénale marocaine est une procédure à dominante inquisitoire.

Concernant les sources officielles de la procédure pénale, le texte de base reste la loi 22-01 qui
constitue le code de procédure pénale promulgué par le dahir du 3 octobre 2002 (entré en vigueur le
1er octobre 2003).

Il importe de signaler que la constitution marocaine de 2011 à travers plusieurs articles, a intégré les
grands principes de la procédure pénale consacrés par les instruments internationaux des droits de
l’homme (par exemple le principe de la présomption d’innocence selon lequel toute personne est
présumée innocente jusqu’au jugement final, le droit à un procès équitable, le principe de la
légalité judiciaire qui assure la liberté, l’inviolabilité du domicile…)

La finalité de la procédure pénale : Le procès équitable.

Juridiquement la procédure pénale est dominée par un conflit entre deux intérêts opposés. L’intérêt
de la société sous le signe de la sécurité, de la paix sociale d’où le besoin d’une répression rapide
certaine et efficace pour éviter l’impunité et de l’autre côté l’intérêt de l’individu qui subit le procès
pénal sous le signe de la liberté parce que le citoyen met en jeu sa liberté, sa réputation, son
patrimoine parfois même sa vie et il, de ce fait, a besoin de protection de ces droits fondamentaux.

Le législateur pénal au niveau de la procédure s’efforce d’établir un équilibre entre ces deux intérêts
parfois incompatibles. Il va instaurer des compromis :

- D’une part des organes répressifs sont dotés de pouvoirs contraignants qui constituent une
véritable violation des droits individuels.
- D’autre part cet effort contraignant est accompagné de garanties et de formalités protégeant
les intérêts de la personne impliquée.

L’idéal d’une justice pénale c’est à la fois une justice efficace et efficiente mais aussi une justice
équitable et juste qui préserve et protège les intérêts individuels de la personne.

Les paramètres ou les critères du procès équitable sont dégagés par les instruments internationaux
des droits de l’homme et surtout le pacte international des droits civils et politiques de 1966, on
trouve d’abord :

- La neutralité des organes répressifs.


- L’égalité des armes.
- Le principe du contradictoire (la possibilité d’un débat au niveau des preuves).
- Le délai raisonnable (le procès doit se dérouler dans un temps raisonnable, pas très long et pas
très court)

Les caractères de la procédure pénale :

Si la procédure pénale historiquement parlant a acquis son autonomie vis à vis de la procédure civile,
elle partage néanmoins avec cette dernière des règles communes.

D’abord, on trouve l’unité de juridiction : il s’agit d’une triple unité ; unité de cadre parce que ce
sont les structures judiciaires qui traitent aussi bien les affaires pénales que civiles.
TPI : C. d’appel : C’est une unité d’acteurs, c’est-à-dire que toutes les juridictions de nature civile et
de nature pénale englobent les mêmes corps de magistrats et de greffe qui assurent la gestion d’un
service public de la justice.

Enfin il y’a unité de louage ou de mécanisme : toutes les juridictions de l’ordre judiciaire obéissent
au même principe d’organisation et de fonctionnement sur le plan interne.

Deuxièmement, on parle d’une symétrie de la formation du jugement, qu’il s’agisse d’une audience
civile ou d’une audience pénale au moment du jugement, la formation juridictionnelle revêt 2
modalités :

1. On trouve d’abord une formation collégiale (la collégialité) lorsque la sentence va émaner
de plusieurs juges, un président assisté par les conseillers.

2. On trouve aussi une institution du juge unique lorsque l’audience est présidée par un seul
juge.

Pour ce qu’il est en de la troisième règle commune, on dit qu’il y a un parallélisme au niveau des
voies de recours que ce soit pour le contentieux pénal ou le contentieux civil, on retrouve les mêmes
voies de recours, que ce soit les voies de recours ordinaires comme l’opposition ou l’appel (qui
consacre la règle du double degré de juridiction), que ce soit au niveau des voies extraordinaires
comme le pourvoi en cassation ou le pourvoi de révision et de correction.

Malgré ces règles communes, on constate l’existence d’indicateurs qui signalent le particularisme de
la procédure pénale vis-à-vis de la procédure civile. Deux indicateurs majeurs :

1- La complexité structurelle de la procédure pénale :

En vérité, on peut partir du constat selon lequel le procès civil apparait comme un procès linéaire et
simple qui se focalise sur la phase du jugement, or, la phase antérieure est totalement inaperçue, le
dossier est traité par un juge/magistrat pour le rendre en état d’être jugé.

Le processus judiciaire sur le plan pénal est plus complexe, c’est un processus qui conjugue une
multiplicité de séquences et une diversité des organes intervenant durant ces séquences. Ainsi on
constate que le circuit judiciaire pénal peut englober jusqu’à 4 phases d’importance égale agencées
dans un ordre précis.

- Au niveau de l’enquête d’abord il y a intervention d’un corps administratif de nature et c’est la


police judiciaire.
- La poursuite est dominée par un corps de magistrats appelé le ministère public/parquet.
- L’instruction est dominée par un juge de siège appelé le juge d’instruction.
- La phase de jugement est dominée par un ou plusieurs juge de siège.

A coté de ces organes répressifs, il ne faut pas oublier l’intervention de certains organes
extrajudiciaires tels que le corps de greffe, l’avocat, les experts, la police scientifique et technique.

A partir de cette complexité, le législateur dégage en vérité 3 fonctions judiciaires :

1. La fonction de la poursuite assurée par le parquet.


2. La fonction d’instruit assurée par le juge d’instruction.
3. La fonction de juger assurée par le juge de jugement.

Cette répartition des fonctions est schématisée à travers un principe qu’on appelle le principe de la
séparation des fonctions judiciaires. Cela signifie que chaque magistrat possède le monopole d’une
fonction mais il est cantonné dans cette seule fonction ce qui veut dire qu’il ne peut pas empiéter sur
la fonction d’un autre magistrat.

La portée de ce principe se manifeste doublement :

1. Une indépendance des fonctions réciproque de chaque magistrat puisque les 3 fonctions
sont séparées.

2. Le non cumul individuellement parlant de deux fonctions pour le traitement d’un même
dossier, c’est-à-dire qu’un procureur du Roi qui a poursuivi une affaire ne peut pas
l’instruire après.

2- La souplesse de la théorie de la preuve en matière pénale :

Incontestablement, apporter la preuve c’est l’objectif premier des protagonistes du procès pénal, la
partie poursuivante et la partie poursuivie parce que l’enjeu c’est la construction d’une vérité
judiciaire qu’elle puisse convaincre le juge de jugement.

En matière civile, l’objet de la preuve est constitué par des actes juridiques dont la preuve peut être
préconstituée, autrement dit, le législateur civil opte pour un système légal de la preuve pour chaque
acte ou fait juridique, il fixe un ou plusieurs modes de preuve au préalable en précisant leur valeur
probante. Par contre, en matière pénale, il s’agit d’établir des événements, des faits imprévisibles
matériellement et psychologiquement et c’est pour quoi le législateur pénal opte pour un système
moral de la preuve dominé par le principe de la liberté.

Dans ce sens, le législateur consacre 2 grands principes en matière pénale : le principe de la liberté
des preuves et le principe de l’intime conviction.

- Le principe de la liberté de la preuve a été inventé et formulé au niveau de l’admission des


preuves, le principe signifie que le législateur accorde une liberté totale aux parties du procès
pour recourir à n’importe quel moyen de preuve pour établir que ce soit la culpabilité ou
l’innocence. Autrement dit, tout mode de preuve est accepté par le législateur que ce soit l’écrit,
le témoignage, l’aveu, la preuve scientifique par expertise, que ce soit même la preuve
rationnelle.
Cette liberté n’a pas la même signification pour les parties du procès. Pour l’accusation, il s’agit
d’une charge de preuve, c’est-à-dire que l’accusation endosse le fardeau de la preuve.
Concrètement, c’est l’accusation qui doit démontrer tous les éléments constitutifs d’une
infraction et l’absence de tous les facteurs qui peuvent faire disparaitre cette infraction.
Cette règle s’explique par le grand principe de la présomption d’innocence qui veut qu’un
suspect ne peut pas contribuer lui-même à sa propre accusation.
Cependant, il existe une exception à ce principe de la liberté de la preuve concernant 2
infractions qui sont la fornication et l’adultère, pour ces deux infractions, le législateur n’a prévu
que 3 modes preuve : constat en flagrant délit, un aveu intime émanant de la personne elle-
même, un aveu devant un organe judiciaire.
A part cette exception, il importe quand même de signaler que la liberté de la preuve reste
encadrée par deux règles qui ne sont pas compatibles, ce qu’on appelle la loyauté dans
l’administration de la preuve, c’est-à-dire que celui qui cherche la preuve et la présenter doit
afficher une certaine intégrité (respecter l’intimité de la personne, le policier doit respecter la
vérité…). La deuxième règle est ce qu’on appelle l’administration légale de la preuve, c’est-à-
dire que la recherche et la présentation d’une preuve est toujours soumise aux formalités et
conditions prescrites par la loi (formalité d’une garde à vue, d’une perquisition, les formalités de
la rédaction d’un PV, comment auditionner…).

- L’intime conviction, c’est un principe qui joue au niveau de l’appréciation de la preuve surtout
par le juge du jugement, cela veut dire que le tribunal dispose d’une liberté d’appréciation des
preuves accumulées par l’accusation et des éléments de défense. Autrement dit, le juge pénal
fait appel à son âme et à sa conscience pour se demander s’il est convaincu ou non par les
preuves d’accusation.
Concrètement, il condamne la personne s’il est convaincu pleinement, il acquitte s’il estime que
les moyens de preuve sont douteux ou insuffisants.
A vrai dire, le juge ne se base pas sur une échelle de preuves, il juge en quelque sorte avec sa
conscience, son cœur, et tous les moyens de preuves ont la même force probante virtuelle. Il
peut rejeter tout moyen de preuve qui n’emporte pas sa conviction même l’aveu.
Cependant, il faut signaler que cette règle de l’intime conviction accuse une exception majeure à
savoir la valeur probante accordée à certains PV de la police judiciaire. En effet, selon le code de
procédure pénale, les PV et les rapports dressés par la police judiciaire constatant un délit ou une
contravention, font foi jusqu’à preuve du contraire, cela veut dire que le contenu de ce PV
l’emporte sur la conviction du juge, or, il est lié par le contenu de ce rapport sauf en matière
criminelle, ici, tous les éléments du PV et des rapports sont considérés comme de simples
renseignements éclairant le juge.
Plus loin, les PV et rapports dressés par certains fonctionnaires chargés de la police judiciaire
dans certains domaines font foi jusqu’à inscription de faux.
CHAPITRE 1. LES PHASES PREPARATOIRES DU PROCES PENAL
Après la constatation d’une infraction ou son renvoi vers l’appareil pénal, la première phase entamée
est celle de l’enquête, a pour finalité la construction d’un dossier de l’affaire à traiter.

La poursuite par le parquet se déroule brièvement sous le signe de l’orientation du dossier le sort
qu’on va réserver à la fin.

La phase d’instruction va servir à approfondir le dossier à travers une nouvelle enquête menée par
un juge d’instruction.

A travers ces 3 phases, c’est la procédure inquisitoire qui l’emporte, il s’agit d’une procédure secrète
écrite et non contradictoire sauf au niveau de l’instruction où le contradictoire est introduit de façon
relative.

SECTION 1. L’ENQUETE DE POLICE

L’enquête peut être définit comme l’ensemble des actes accomplis par la police judiciaire, l’ensemble
des opérations menées et des pouvoirs de contrainte qui accompagnent le déroulement de cette
procédure. Ainsi l’enquête constitue le cadre juridique qui encadre l’action policière en exerçant la
fonction de police judiciaire.

Le cours de procédure pénale prévoit deux modalités d’enquêtes policières : d’abord l’enquête de
flagrance et l’enquête préliminaire.

La première concerne des infractions se caractérisant par un état de flagrance et c’est pourquoi les
attributions de la police judiciaire sont plus étendus et plus larges.

La deuxième concerne les infractions en dehors de la flagrance, les pouvoirs de la police judiciaire se
retrouvent donc plus limités et moins étendus, la contrainte exercée est moins accentuée et moins
aigue que celle dans l’enquête de flagrance.

Mais avant d’analyser les deux enquêtes, il importe de déterminer ce qu’on appelle la police
judiciaire (l’organe investit de la mission d’enquêter).

I- L’organe de l’enquête : la police judiciaire.

Il importe de partir d’une précision terminologique, c’est que le terme de police judiciaire reçoit 2
acceptations différentes :

- D’abord, une acceptation purement fonctionnelle et opérationnelle, c’est-à-dire que le terme


désigne une fonction accomplie par les membres désignés par la loi (la police judiciaire) parmi
d’autres fonctions.

- La deuxième acceptation est purement organique, c’est-à-dire que l’expression police judiciaire
renvoi à l’ensemble des fonctionnaires affectés administrativement pour exercer la fonction de
police judiciaire.
La police judiciaire en tant qu’ensemble de fonctionnaires, exerce en vérité la mission de police
judiciaire mais elle est invitée occasionnellement d’exercer d’autre fonction comme la police
administrative ou la fonction de police politique.

A- La structure ou l’organisation de la police judiciaire :

Malgré l’origine administrative des membres de la police judiciaire, il n’en reste pas moins que
l’action policière est dominée par le principe du rattachement au pouvoir judiciaire, c’est-à-dire que
les membres de la police judiciaire s’activent sous l’autorité et le contrôle des organes judiciaires.
Ainsi, le code de procédure pénale consacre ce principe de rattachement à l’autorité judiciaire en
disposant que dans le ressort d’un tribunal de première instance, la police judiciaire est exercée
sous la direction du procureur du Roi.

Au niveau du ressort de la cours d’appel, la police judiciaire est opérationnelle sous la surveillance du
procureur général et elle est contrôlée par la chambre correctionnelle qui exerce en vérité un
contrôle disciplinaire sur les membres de la police judiciaire. D’un autre côté, la police judiciaire au
niveau de l’instruction, travaille sous l’autorité et le contrôle du juge d’instruction qui délègue à des
OPJ des actes d’instructions.

C’est ainsi que tous les membres du parquet (tous les procureurs généraux et leurs substituts) sont
investis automatiquement de la qualité d’officier supérieur de la police judiciaire. La même qualité
est accordée à tous les juges d’instructions pour pouvoir exercer leur autorité et leur contrôle vis-à-
vis de leurs auxiliaires.

Les membres de la police judiciaire peuvent être réparti en 3 catégories :

1- Des OPJ. (Officiers de police judiciaire) -> Se sont les véritables responsables des enquêtes, ils
détiennent leurs pouvoirs directement de la loi et ils communiquent directement avec les
autorités judiciaires. Pour les identifier, il faut partir d’une distinction, il y a des OPJ qui sont
investis automatiquement de cette qualité (d’office, de plein droit), rarement on trouve des OPJ
qui sont désignés à titre individuel.

Les OPJ qui sont dotés de cette qualité de plein droit  :

- Au niveau de la gendarmerie on trouve tous les officiers, tous les autres gradés et même un
simple gendarme qui assure le commandement d’une unité de la gendarmerie.

- Au niveau de la sureté nationale, sont des OPJ de plein droit, le directeur général, les préfets
de police, les contrôleurs généraux, les commissaires et enfin les officiers de police.

- Au niveau de la DST, on retrouve les mêmes grades qu’au niveau de la sureté nationale,
directeur général de la DST, les préfets de police au sein de la DST..

- Au niveau du ministère de l’intérieur, sont d’office OPJ les Pacha et les Qaid.

A côté, on trouve des OPJ désignés à titre individuel par un arrêté interministériel, il s’agit
d’une promotion accordée vu l’expérience à des gendarmes, ou à des inspecteurs de la police
qui deviennent officiers.
2- Des APJ. (Agents de police judiciaire) -> Ce sont les membres de la police qui sont consacrés par
le code de procédure pénale, comme des auxiliaires des OPJ, c’est-à-dire ce sont des membres
qui n’ont pas l’aptitude d’intervention directe qui ne peuvent pas décider d’accomplir un acte
d’enquête, qui ne communique jamais directement avec les magistrats. Leurs tâches est définie
doublement : d’une part, il s’agit de seconder les OPJ dans l’exercice de leurs fonctions, d’autre
part, ils ont l’obligation d’informer leur supérieur OPJ de toutes les infractions dont ils ont eu
connaissance soit par constatation directe, soit en recevant une déclaration d’une personne.
Dans ce cas, ils peuvent réunir tous les renseignements concernant ces infractions découvertes.

- Au niveau de la gendarmerie, Sont des APJ tous les gendarmes qui n’ont pas la qualité d’OPJ.

- Au niveau de la police national : Sont des APG les inspecteurs et tous les membres du service
actif de la police (avec uniformes).

- Au niveau de l’intérieur, les Khalifa, les Pacha et les Qaid.

3- Des fonctionnaires assimilés -> Le code de procédure pénale ne désigne pas ses fonctionnaires,
ils se contentent d’une référence de textes spéciaux qui annoncent que certains fonctionnaires
sont exceptionnellement dotés de la qualité d’OPJ dans l’exercice de leur fonction ou pour
constater les infractions commises à l’intérieur de leur domaine d’action.
La police judiciaire traditionnelle classique est écartée au profit de techniciens mieux armés et
mieux placés pour traiter des infractions purement techniques et purement artificielles. (les
inspecteurs de la douane, les inspecteurs des impôts, les inspecteurs de travails, de chemin de
fer…).
Au sein de cette catégorie, le code de procédure pénale classe aussi le Wali/Gouverneur qui peut
occasionnellement exercer des actes de police judiciaire.

Le législateur pose 3 conditions :

- L’infraction doit s’agir d’une infraction contre la sureté de l’Etat.


- Une situation d’urgence lorsqu’il y a besoin d’une action urgente.
- C’est une condition temporelle, il a 24h pour agir. Après il doit céder la main au parquet
compétant.

B- Les attributions générales de la police judiciaire :

Nous pouvons synthétiser les attributions de la police judiciaire par une mission de fond (la mission
d’investigation) et une mission de forme (la reproduction par écrit des actes d’investigation).

1- La mission d’investigation :
Elle est précisée par le code de procédure pénale article 18 qui dispose que la police judiciaire a pour
mission de s’assurer de la commission des infractions dont recherchés les preuves et les auteurs.
Autrement dit, c’est une mission triple ; constater les infractions, rassembler les preuves et
identifier les auteurs.
Cette mission est réglementée légalement à travers deux cadres juridiques : celui de l’enquête (celle
de flagrance et préliminaire) et le cadre de l’instruction dont la mesure où les OPJ peuvent
intervenir sur délégation judiciaire du juge.
Pour faciliter cette mission d’investigation, le législateur prévoit certains mécanismes
d’accompagnement. D’abord au niveau de l’accès à la réalité criminelle, les OPJ sont dotés du
pouvoir de réception et d’initiative, c’est-à-dire ils sont habilités à recevoir les plaintes, les
dénonciations, les déclarations… sans oublier qu’ils peuvent entamer une enquête sur ordre du
parquet. Le pouvoir d’initiation signifie que les OPJ sont compétents légalement de prendre eux-
mêmes l’initiative d’entamer une enquête s’il y a des indices qui proposent la commission d’une
infraction (même à travers les journaux, les rumeurs publiques...).
Le deuxième mécanisme mis à la disposition des OPJ, c’est l’aptitude de solliciter la force publique
pour l’exécution d’un acte d’investigation (comme une perquisition, arrestation...). Par ailleurs, on
constate que la compétence matérielle et territoriale est répartie selon 2 principes : une
spécialisation matérielle et une extension territoriale.
Matériellement, la police judiciaire au sein d’un ressort est répartie sous forme de brigades
spécialisées (brigades criminelles pour les homicides, brigades économiques et financières,
brigades des mœurs... mais la constitution d’une brigade des mineurs est obligatoire en vertu du
CPC).
Territorialement, en principe, chaque OPJ est compétent dans son ressort territorial qui est dessiné
de façon administrative. Seulement, l’OPJ peut faire des investigations au-delà de son ressort s’il y’a
besoin, il peut faire des recherches dans tous les périmètres urbains, l’OPJ de la gendarmerie peut
agir dans la zone de défense où il est affecté.
Sur le même registre, le législateur permet la constitution de brigades régionales ou nationales (on
trouve la brigade nationale de la police judiciaire, la brigade nationale de la gendarmerie et on
peut trouver aussi pour la DST : La BCIJ, bureau central de la police judiciaire. Ces structures
nationales sont sollicitées pour traiter ce qu’on appelle le crime organisé, une catégorie
d’infractions déterminée par l’article 108 du CPP).
2- La reproduction par écrit des actes de la police judiciaire :
L’OPJ en menant une enquête de police ou des actes d’instruction, est invité à consigner par écrit
toutes les péripéties de son action et ainsi, un dossier d’enquête ou même de commission rogatoire
ce qui va former ce qu’on appelle un PV.
C’est-à-dire que ces PV seront réunis chronologiquement pour être renvoyés vers le parquet
compétant (selon la loi : les originaux plus trois copies).
L’article 24 du Code pénal définit le PV comme étant un document écrit où il relate ce qu’il a
constaté, les déclarations et les réponses qu’il a reçues ainsi que les opérations qu’il a accomplies. A
travers cette définition, deux sortes de PV se dégagent :

- Les PV d’audition : lorsqu’il s’agit d’entendre ou d’interroger une personne. (Déclaration faite
par une personne, audition d’un témoin ou de la victime, interrogatoire d’un suspect).

- Les PV de constat : à travers lequel il y’a consignation d’un état, d’une situation, d’un fait (PV
de perquisition, de flagrance, d’une contravention routière...).
La rédaction d’un PV doit obéir à des formalités strictes sous peine de la nullité. Le PV doit contenir
obligatoirement toutes les informations concernant le rédacteur, sa qualité, sa circonscription, la
date, le lieu de la rédaction du PV, tous les renseignements concernant la personne concernée
(plaignant, témoin, suspect, parti civil, responsable civil...). S’il s’agit d’un suspect, le PV doit préciser
qu’il a été informé de ses droits.
Le PV doit être lu par la personne concernée, il doit le signer librement ou refuser de la signer. Pour
la force probante, le PV en lui-même n’est pas un mode de preuve, c’est un support de preuves. Il
s’agit d’annuler ou de ne pas annuler le contenu du PV.
En matière criminelle, le contenu du PV ne lie pas le juge, les informations sont considérées comme
de simples renseignements pour orienter l’intime conviction du juge.
En matière délictuelle et contraventionnelle, s’impose au juge jusqu’à preuve du contraire.
A noter enfin que l’OPJ peut rédiger un rapport de synthèse ou il fait le résumé de l’affaire en
énumérant les opérations les plus concluantes et pour finir, formuler ses conclusions et observations
concernant les infractions commises. C’est un rapport qui n’a pas une force probante car il vient
juste éclairer le juge.
L’article 751 du CPP prévoit la sanction de la nullité pour toute formalité qui n’a pas respecté les
dispositions légales.
II- L’enquête de flagrance :
Etymologiquement, la flagrance renvoie à une situation évidente à ce qui est apparent. C’est
pourquoi l’enquête de flagrance peut être défini comme une enquête réactive qui réagit à la
commission d’une infraction. C’est une enquête qui va être marqué par un caractère contraignant et
cela se justifie par l’impératif de la rapidité puisqu’il s’agit d’exploiter une situation claire où les
moyens de preuve sont disponibles. Ce qui permet l’identification instantanée de l’agent de
l’infraction.
Pour que l’OPJ puisse entamer une enquête de flagrance, le législateur pose 2 conditions :

- La première condition est rattachée à la gravité de l’infraction selon l’article 56 du CPP, il doit
s’agir d’un crime ou d’un délit. L’article 72 donne une autre précision concernant les délits,
l’enquête de flagrance ne peut jouer que pour les délits qui ne sont punis d’emprisonnement
(exclusion des délits punis uniquement par des peines pécuniaires).

- La deuxième condition est relative à l’ouverture d’une enquête de flagrance, l’OPJ doit
constater une situation ou un état de flagrance. Le législateur défini cet état de flagrance en
distinguant 3 situations :

 La flagrance concrète  Elle se défini subjectivement en renvoyant à la situation où se


trouvait le délinquant, il y’a flagrance lorsqu’une personne est arrêtée en train de
commettre une infraction ou juste après.

 La flagrance par présomption  C’est lorsque l’individu se trouve poursuivi par la clameur
publique signifiant sa contribution à la commission d’une infraction. Ou bien la personne
dans un temps très proche, est localisée et trouvée porteuse d’objets, d’indices signifiant
une participation vraisemblable à la commission d’une infraction.

 La flagrance par assimilation  C’est-à-dire, les cas où une infraction réellement non
flagrante mais qui sera assimilée à une infraction flagrante, il y’a deux cas : lorsque le
responsable d’un lieu privé demande à la police la constatation d’une infraction commise
à l’intérieur de ce lieu et le cas d’une mort suspecte en découvrant un cadavre.
Pour mener à bien l’enquête de flagrance, l’OPJ dispose de pouvoirs étendus qu’on peut schématiser
en 2 catégories :

- Des actes à caractère réel portant sur des choses.


- Des actes affectant la liberté des personnes suspectes.
A- Les actes portant sur les choses :
La première opération c’est ce qu’on appelle la descente sur le lieu de l’infraction : l’OPJ dans son
ressort, est invité par le législateur à se rendre sans délai sur le lieu d’arrestation ou le lieu de
l’infraction pour constater visuellement l’état de flagrance telle qu’elle est définie par l’article 56 du
CPP. Avant sa descente, il doit obligatoirement avertir le parquet compétant, ce dernier apprécie
librement s’il doit se rendre ou non lui-même sur le lieu de l’infraction.
Une fois sur le lieu de l’infraction, 3 tâches sont assurées par l’OPJ :
 Assurer la conservation du périmètre de l’infraction (la scène du crime)  Ce périmètre va
avoir une importance stratégique au niveau de la preuve, il devient un lieu inviolable, toute
modification ou intrusion des lieux par une personne non habilitée constitue une
contravention punie jusqu’à 10.000DHS sauf les modifications pour des raisons de sécurité,
des soins apportés aux victimes. Si une personne étrangère intervient dans ce périmètre de
mauvaise foi, c’est un délit puni de 3 mois à 3 ans et une amande supérieure à 1200 DHS
jusqu’à 30.000DHS.

 Le prélèvement des indices  à ce niveau, l’OPJ est appuyé souvent par ce qu’on appelle les
spécialistes de la scène qui vont relever sur le lieu tous les indices possibles (des restes, des
empruntes, cheveux, sperme..). Tous ces indices seront confisqués, saisis et peuvent faire
l’objet d’une expertise policière.

 Recueillir les premières informations en auditionnant sur place les personnes trouvées sur
le lieu de l’infraction.
Ce sont deux opérations intimement liées parce que la saisie est une suite logique d’une perquisition.
Le fait de perquisitionner, c’est de mener des fouilles dans une propriété privée que ce soit une
propriété d’habitation que ce soit un local professionnel, peu importe que le local soit propriété du
suspect ou rattaché à une autre personne.
En tant qu’opération de police judiciaire, on utilise parfois le terme de « fouille » lorsqu’il s’agit d’un
contenant non immobilier (voiture, camion, poubelle…) et même lorsqu’il s’agit du corps humain. A
ce propos, il s’agit de distinguer la perquisition (acte de police judiciaire) de certaines pratiques
purement administratives ayant pour finalité le contrôle de l’accès à certains sites comme la
palpation du corps, le contrôle radiographique.
L’assaut est utilisé lorsqu’il y a une opération double, d’arrestation et en même temps de
perquisition. C’est une opération permise par la loi dans certains cas exceptionnels, à titre
d’exemple, le terrorisme.
Le pouvoir de perquisitionner est accordé directement à l’OPJ dans le cadre de l’enquête de
flagrance, c’est-à-dire que c’est lui-même qui apprécie le besoin d’exécuter une opération de
perquisition et il n’a pas besoin d’une autorisation du parquet (dans le cadre de la flagrance).
D’un autre côté, c’est une opération contraignante. C’est-à-dire que l’OPJ n’a pas besoin du
consentement de la personne chez qui la perquisition va avoir lieu et en cas de résistance, l’OPJ peut
utiliser la force publique.
Il est certain que la perquisition constitue une dérogation, une violation de l’intimité de la personne,
c’est une mesure incompatible avec l’inviolabilité du domicile et c’est pourquoi le législateur entour
cette opération par des formalités en s’efforçant de garantir les intérêts de la personne et pour éviter
d’éventuels abus.
Les formalités à retenir :
Le repos nocturne (décrété par le législateur) : En effet, le code de procédure pénale dispose que les
perquisitions et même les visites domiciliaires ne peuvent commencer avant 6h du matin et après
21h du soir. Autrement dit, les perquisitions ne peuvent pas être exécutées entre 21h et 6h du matin.
Seulement on peut dire que malheureusement la formule utilisée par le texte laisse la porte ouverte
à un détournement légal -> L’OPJ peut commencer avant 20h55 et peut continuer au-delà de 21h.
Par ailleurs, ce principe lui-même légalement accuse plusieurs dérogations/exceptions, on trouve par
exemple que l’OPJ peut perquisitionner même pendant la nuit dans des endroits où le public a accès,
il peut perquisitionner lorsque le chef du domicile demande un constat d’une infraction (intervention
de la police).
Dans d’autres cas, l’OPJ a besoin d’une autorisation du parquet pour agir durant la nuit comme en
matière de terrorisme, en matière de stupéfiant.
L’OPJ doit s’assurer de la présence ou bien de la personne concernée (chef du lieu), d’un
représentant légal sinon il doit trouver deux témoins qui ne sont pas rattachées à son autorité. La
présence de ces personnes garantie la loyauté et la régularité de l’opération. A ce propos l’OPJ doit
être munie d’un membre de la police féminine s’il a besoin de perquisitionner le corps d’une femme.
L’OPJ peut prendre toutes les mesures nécessaires pour que soit garanti le secret professionnel
lorsque la perquisition se déroule dans le cabinet professionnel d’une personne tenue par le secret
(médecins, notaires, laboratoires…).
Le cabinet de l’avocat est le mieux protégé puisqu’il est considéré comme un partenaire judiciaire et
parce que la perquisition ne peut être opérée que par un membre du parquet en présence du
bâtonnier ou son représentant (en cas d’urgence).
Une perquisition concluante aboutit à une saisie par l’OPJ, c’est-à-dire le pouvoir contraignant de
confisquer momentanément des objets ayant relation avec l’infraction pour les mettre à la
disposition de la justice.
La saisie peut être opérée aussi sur le lieu de l’infraction lui-même et parfois c’est la conséquence
logique du relevé d’indices.
Elle est entourée par des garanties d’une part, L’OPJ doit présenter les objets saisis à la personne
concernée pour reconnaissance, pour d’éventuels explications. Puis l’OPJ doit faire l’inventaire des
choses saisies et enfin ils vont les sceller. C’est-à-dire les emballer dans un emballage quelque soit sa
nature et le refermer. C’est une opération qui vise d’abord à conserver les choses et les protéger
contre toutes manipulations (falsifications, ajouter des choses, les soustraire…) pour garantir leur
véracité.
Le code pénal permet à l’OPJ de saisir tous les objets, documents, appareils qui ont servi à la
commission de l’infraction ou qui sont destinés à la commettre. Tous les produits de l’infraction, et
toutes les matières qui sont dangereuses, nuisibles ou interdites légalement.
Toutes les formalités pour ces opérations sont prescrites sous peine de nullité.
La troisième opération portant sur les choses est ce qu’on appelle l’expertise policière. Selon le code
de procédure pénale, l’OPJ peut recourir à toutes personnes qualifiées pour faire des constatations
urgentes à propos d’indices trouvés ou saisis. Autrement dit, l’OPJ peut soumettre certains objets à
une expertise relevant de son appréciation personnelle (selon les exigences de l’enquête) et ainsi il y
a recours à ce qu’on appelle la police scientifique et technique ou un expert en dehors de la police
(un médecin légiste…).
Concernant la valeur judiciaire des rapports des experts qui seront joints au PV de l’affaire, il s’agit de
simples renseignements éclairant de juge puisque ce sont des éléments qui n’ont pas été recueillis
directement et personnellement par l’OPJ, le juge en pratique n’est jamais lié par ces conclusions et il
peut demander s’il a des doutes, une expertise.
B- Les opérations affectant les personnes :
L’arrestation : Le fait d’arrêter une personne consiste à neutraliser physiquement cette personne,
l’appréhender pour la conduire devant l’organe répressif compétant. C’est une opération qui porte
atteinte à la liberté d’aller et de venir mais elle reste à ne pas confondre avec la mise en état
d’arrestation.
L’état d’arrestation d’une personne est encadré à travers deux cadres légaux : la cadre à vue et la
détention préventive.
Cette opération est un prélude pour la mise en détention. En principe, la décision d’arrestation d’une
personne doit émaner d’un organe judiciaire habilité (magistrat) à travers un mandat spécifique
délivré selon les cas soit par le parquet soit par le juge d’instruction.
Lorsqu’une situation de flagrance est opérée, l’OPJ et même un APJ est habilité à procéder à
l’arrestation directe du suspect sans besoin d’un mandat de justice.
Cela veut dire que l’état de flagrance avéré devient le fondement même de l’arrestation (elle l’a
justifie). Ici la contrainte peut se cristalliser par à travers la force publique s’il y a besoin.
Le législateur invite l’OPJ ou même un APJ à informer directement oralement la personne des motifs
de son arrestation et de ses droits.
A propos de cette arrestation, le législateur invite même les particuliers à participer, c’est-à-dire que
l’arrestation peut être opérée par n’importe quelle personne même en dehors de la police. Elle peut
intervenir pour neutraliser le suspect et le conduire devant l’OPJ le plus proche.
L’audition des personnes : Sur le lieu même de l’infraction l’OPJ est doté d’un pouvoir de contrainte
à l’égard des personnes trouvées sur le lieu. Autrement dit, en descendant, il a le pouvoir d’interdire
à toutes ces personnes de s’éloigner ou de quitter le lieu avant la fin des opérations de prélèvement
des indices.
Ces personnes peuvent être entendues oralement et directement par l’OPJ et leurs déclarations
seront après consignées dans un PV officiel.
Cette opération s’explique par le souci d’efficacité parce que les premiers témoignages sur le lieu
même peuvent se révéler décisifs, soit pour identifier le suspect soit au moins pour avoir des témoins
à charge.
D’autre part, l’OPJ a le pouvoir de soumettre d’autres personnes trouvées sur le lieu à une
vérification d’identité, c’est une mesure contraignante sous peine d’une sanction pénale.
En dehors des personnes trouvées sur le lieu, l’OPJ peut convoquer au local de la police toute
personne qu’il estime avec des informations pour l’auditionner. Cette convocation a un caractère
contraignant, c’est-à-dire qu’il y a obligation de répondre positivement à la convocation sinon l’OPJ
peut utiliser la contrainte.
Dans le cadre des auditions, à ne pas oublier que l’OPJ peut entendre la victime. Il est invité à avertir
la victime qu’elle a le droit à une protection et qu’elle a le droit de se constituer partie civile devant le
juge d’instruction ou devant la juridiction de jugement.
La garde à vue : C’est le pouvoir accordé à l’OPJ directement d’enfermer momentanément, de la
maintenir à sa disposition dans le local de la police judiciaire. L’OPJ au niveau de l’enquête de
flagrance, n’a pas besoin d’une autorisation du parquet, c’est une contrainte sous conditions et c’est
une contrainte qui est encadrée et légalement contrôlée par différents mécanismes.
Pour les conditions, il y’a d’abord une condition concernant la gravité de l’infraction, il doit s’agir
d’un crime ou d’un délit puni d’emprisonnement.
La deuxième condition se rattache aux personnes qui peuvent être soumises à la garde à vue. A ce
propos, le texte pénal est ambigu, il nomme les personnes trouvées sur le lieu de l’infraction, les
personnes dont la vérification d’identité est nécessaire, les personnes contre qui il y a des indices de
suspicion.
La conséquence de cette ambiguïté est que la garde à vue peut toucher de véritables suspects
comme de simples témoins.
La troisième condition concerne les motifs de la garde à vue, le législateur utilise le terme si la
nécessité de l’enquête l’exige, autrement dit, c’est l’OPJ qui constate lui-même s’il y a garde à vue ou
non. La pratique judiciaire justifie la garde à vue soit par soucis de préserver les preuves, empêcher
le contact avec le co-auteur ou complices, éviter la fuite et même parfois protéger la personne contre
la réaction des victimes.
Ce qu’on doit retenir c’est que la loi ne précise pas les critères, les motifs de la garde à vue.
La dernière condition se rattache à la condition temporelle. C’est-à-dire que la garde à vue est une
mesure limitée dans le temps, la durée est variable selon la nature de l’infraction.

- Pour les infractions de droit commun, le délai initial est de 48h avec possibilité de prolongation
de 24h sur autorisation écrite du parquet et sans que la personne soit conduite devant le
parquet.

- Pour les infractions contre la sûreté de l’Etat, le délai initial est de 96h renouvelable une seule
fois sur autorisation écrite du parquet.

- Pour les infractions terroristes, le délai initial est de 96h renouvelable deux fois sur
autorisation écrite du parquet.
Pour le contrôle, une contrainte qui est contrôlée par divers mécanismes.
La garde à vue reste une mesure problématique parce qu’elle implique 2 aspects, d’abord l’aspect
enfermement ensuite il y a l’aspect interrogatoire parce que durant la garde à vue, la personne est
confrontée aux enquêteurs, c’est un moment dramatique où il doit répondre aux questions et aux
interrogations des policiers d’où un double risque. Le risque de subir des maltraitances et le risque
de contribuer à sa propre culpabilité à travers un aveu extorqué dans des conditions plus ou moins
obscures.
C’est pourquoi le législateur marocain s’efforce de diversifier les garanties et les formalités pour
protéger la personne, ces garanties tournent autour de 2 axes :

- Assurer la transparence de la garde à vue.


- Assurer la loyauté de la garde à vue.
Pour le premier axe, la garde à vue doit être rendue publique, c’est une mesure qui doit être
divulguée, connue, autrement dit, le lieu de la garde à vue est un local officiel de la police judiciaire,
c’est pour éviter les disparitions forcées, les séquestrations arbitraires dans un lieu secret. Pour cela,
le législateur déploie le mécanisme de l’information. C’est-à-dire que plusieurs personnes doivent
être averties, la garde à vue doit être notifiée à certaines personnes.
Le premier mécanisme est l’information. On trouve d’abord l’obligation pour l’OPJ d’informer la
personne dès qu’il décide son placement en garde à vue, lui communiquer les motifs de la garde à
vue, l’avertir de ses droits (le droit au silence, le droit à un avocat.
Ensuite l’obligation pour l’OPJ d’informer la famille de la personne en garde à vue.
Enfin, l’obligation pour l’OPJ d’informer le parquet. Autrement dit, il a l’obligation d’adresser au
parquet quotidiennement la liste des personnes gardées à vue les 24h précédentes. Sans oublier que
le parquet est indiqué à contrôler les lieux de la garde à vue une fois par semaine.
Le deuxième mécanisme est le contact avec un avocat (entretien avec un avocat), le code de
procédure pénale accorde à la personne gardée à vue le droit à un entretien de 30minutes avec
l’avocat désigné ou nommé par l’assistance judiciaire.
C’est une rencontre qui se fait sous le contrôle de l’OPJ sur autorisation du parquet. Au bout de cette
rencontre, l’avocat peut déposer des observations écrites, des documents à joindre au PV de l’affaire.
Cette rencontre se déroule au niveau du délai initial de la garde à vue sauf retard décidé par le
parquet (selon le cas 48h ou bien 12h…).
Pour le deuxième axe, concernant la loyauté de la garde à vue, le législateur déploie plusieurs
mécanismes.
D’abord, on se base sur la consignation écrite des péripéties de la garde à vue depuis le point de
départ (l’arrestation de la personne ou lorsque la personne se présente elle-même) jusqu’au renvoi
vers le parquet.
Le premier document est le PV d’audition qui relate le délai de la garde à vue de son commencement
jusqu’à sa fin.
Le deuxième document est le registre de la garde à vue qui est disponible dans tout le cadre de la
garde à vue et qui est visé par le parquet toutes les semaines.
Puis, on se base le contrôle médical de la personne gardée à vue, l’OPJ est invité à soumettre la
personne à un contrôle médical s’il estime que la santé de la personne gardée à vue l’exige, c’est un
examen en amont. Après la garde à vue, le parquet peut prendre l’initiative lui-même de soumettre
la personne s’il constate des traces suspectes sur son corps à un contrôle médical. L’avocat de la
personne peut demander aux magistrats du parquet d’effectuer un contrôle médical sur son client.
Enfin, on se base sur la nullité du PV d’audition, c’est-à-dire que le législateur annonce la sanction de
la nullité lorsque les formalités de la garde à vue ne sont pas observées, que ce soit à travers l’article
751 qui annonce le principe en général de la sanction de la nullité.
III- L’enquête préliminaire :
C’est l’enquête menée par la police judiciaire en dehors des situations de flagrance prévues par le
code de procédure pénale. (Le champs d’application de l’enquête préliminaire est définie à contrario
du champ de la flagrance).
Ainsi, l’enquête préliminaire peut porter sur des crimes non flagrants, des délits punis
d’emprisonnement mais non flagrants.
Les règles de la préliminaire s’appliquent d’office quelque soit le caractère flagrant ou non au niveau
des délits punis uniquement par des peines pécuniaires et au niveau des contraventions.
Par rapport à l’enquête de flagrance, l’enquête préliminaire dégage 2 caractères essentiels :
D’abord, c’est une enquête proactive puisqu’il s’agit de s’assurer la commission d’une infraction qui
a été reportée à la connaissance de la police soit par les renseignements des informateurs de la
police soit par le billet de plaintes ou dénonciations déposées tardivement. En quelques sortes, la
police judiciaire doit vérifier ces sources d’information et l’enquête préliminaire constitue un filtre
pour rejeter les plaintes et les dénonciations qui restent ambigües et mal fondées.
A préciser que l’enquête préliminaire à son tour peut être entamée d’office par un OPJ comme elle
peut être entamée sur ordre du parquet.
Deuxièmement, c’est une enquête avec une contrainte atténuée, autrement dit, on constate que les
pouvoirs contraignants de l’OPJ sont réduits par deux mécanismes :

- L’autorisation du parquet pour certains actes.

- Le consentement de la personne impliquée pour d’autres actes.


Concernant les opérations de l’enquête préliminaire, on retrouve à peu près les mêmes opérations
mais avec des nuances exigées par le législateur.
1- Le régime des actes portant sur les choses :
La première opération consiste en la descente sur les lieux de l’infraction. Le législateur reste
silencieux à travers les articles 78 à 82 réglementant cette opération pour la bonne raison qu’au
début de l’enquête préliminaire, le lieu de l’infraction reste souvent indéterminé.
Lorsqu’un lieu est indiqué ou mentionné (par plainte ou par dénonciation), il y a deux hypothèses :

- C’est un lieu public ou un lieu où le public a accès, dans ce cas, l’OPJ est compétent pour se
rendre sur ce lieu mais il ne peut exercer aucune contrainte sur les personnes présentes, il peut
rassembler des informations de façon gracieuse et recevoir des réponses de façon volontaire.

- C’est un lieu privé ou autrement dit une propriété privée, dans ce cas, l’OPJ est obligé de
passer par l’opération de perquisition. Pour cette opération, le régime de la perquisition au
niveau de la flagrance est maintenu seulement, il y’a une différence de taille au niveau de la
décision de perquisition. Le législateur exige le consentement écrit de la personne impliquée.
Pour la saisie, lorsque la perquisition est concluante, l’opération de saisi de déroule selon les
formalités prévues au niveau de la flagrance. Les objets saisis peuvent être soumis à une
expertise policière par les soins de la police technique et scientifique.

2- Le régime des actes portant atteintes aux libertés  :


Pour les auditions des personnes, l’OPJ peut convoquer toute personne qu’il estime détenir des
informations concernant l’infraction. Cette personne n’est pas obligée de répondre à la convocation.
Même en répondant favorablement, elle bénéficie du droit au silence et même du droit au
mensonge parce qu’à ce niveau, devant la police, l’infraction de faux témoignage n’est pas constituée
(elle est constituée devant un magistrat).
Pour l’arrestation dans le cadre de la préliminaire, est une pratique qui n’est pas prévue par le code
de procédure pénale parce qu’elle est totalement incompatible avec l’esprit de la préliminaire et de
ce fait, l’arrestation directe de la personne est exclue par la loi.
L’arrestation en vérité doit se confondre avec 2 pratiques :
- La personne répond à la convocation de la police, se présente, et après audition, l’OPJ estime
que cette personne doit être gardée à vue, il demande l’autorisation du parquet.

- La personne ne répond pas à la convocation de la police, l’OPJ estime qu’il s’agit du suspect
n°1, le parquet donne l’autorisation à l’OPJ, sous forme d’un mandat d’amener.
Pour ce qui est de la garde à vue, toutes les conditions et formalités au niveau de la flagrance seront
reconduites avec 3 nuances :

- La première nuance se situe au niveau de la décision de placer le suspect en garde à vue  :


l’OPJ perd son pouvoir de décision, il doit toujours obtenir l’autorisation du parquet (alors que
dans l’enquête préliminaire, il peut décider lui-même de la garde à vue).

- La deuxième nuance se situe au niveau de la prolongation de la garde vue  : pour recevoir une
prolongation, l’OPJ est invité à conduire le suspect devant le parquet, le magistrat procède à
son audition et décide du délai. Exceptionnellement par une décision motivée, le parquet peut
dispenser l’OPJ de ce transport s’il y’a un risque (de fuite, d’agression…).

- La troisième nuance se situe au niveau de l’entretien avec un avocat  : dans le cas de la


préliminaire, l’entretien avec un avocat n’est possible que s’il y’a prolongation de la garde à
vue.
SECTION 2. LA POURSUITE :
Sur le plan terminologique, dans le vocabulaire procédural, le terme poursuite peut recevoir 3
acceptations :

- Une acceptation temporelle  C’est la phase où le dossier d’une affaire est examiné par un
magistrat du parquet et cet examen sera couronné par une décision de règlement qui consiste
à choisir entre la poursuite et la non poursuite. C’est-à-dire le renvoi de l’affaire vers une
juridiction d’instruction ou de jugement ou bien le fait de renoncer à la poursuite.

- Une acceptation fonctionnelle  C’est-à-dire que le terme renvoi à la fonction judiciaire


assumée par le parquet à travers le procès pénal. C’est l’une des 3 fonctions judiciaires
consacrées par le législateur. Dans ce sens, cette fonction selon la loi consiste à déclencher
l’action publique.

- Une acceptation décisionnelle  C’est-à-dire que le terme renvoi à l’acte formaliste à travers
lequel le magistrat du parquet va déclencher l’action publique en saisissant soit un juge
d’instruction soit une juridiction de jugement.
La poursuite comme fonction se concrétise par un travail d’orientation du dossier, un travail
d’appréciation. C’est-à-dire que le magistrat du parquet qui traite le dossier procède à 2 grandes
appréciations : Il apprécie le bien fondé de la poursuite ensuite il apprécie l’opportunité de la
poursuite.
La première appréciation va servir à savoir si l’action publique est recevable ou non.
Le second examen a pour finalité de décider du sort même de l’affaire, c’est-à-dire la question de
savoir s’il y a lieu de poursuivre l’affaire ou non. Deux questions sont à poser, le bien fondé de la
poursuite et l’opportunité.
I. Le bien fondé de la poursuite :
En abordant cette première question, le magistrat du parquet apprécie la recevabilité de l’action
publique parce que tout procès (civil ou pénal) suppose l’existence d’une action en justice, le procès
pénal est basé et fondé sur le fait qu’un sujet de droit habilité a intenté une action pénale appelée
l’action publique et toute action en justice consiste à solliciter un organe juridictionnel lui
demandant de statuer sur une prétention.
En matière pénale, selon l’article 2 du code de procédure pénale, toute infraction quelque soit sa
gravité, donne ouverture à une action publique pour l’application des peines. Elle peut aussi donner
ouverture à une action civile pour la réparation des dommages engendrés par l’infraction.
L’objet du procès pénal est constitué par une action principale appelée l’action publique. C’est une
action appropriée par la société qui a une finalité répressive et qui a pour but de demander à la
juridiction la condamnation d’un agent présumé d’une infraction à des peines et des sanctions
prévues par le législateur.
L’action civile n’est qu’un objet accessoire dépend de l’existence d’un dommage et elle est intentée
par une victime qui a subi personnellement un dommage certain émanant directement de
l’infraction.
L’action publique se révèle en vérité comme le fondement théorique de la poursuite à contrario on
peut dire que la poursuite c’est la mise en pratique, la concrétisation sur le terrain de l’action
publique. Pour être recevable, l’action publique doit être d’abord déclenchée par un organe habilité
par la loi (un détenteur de l’action publique), en suite il doit s’agir d’une action qui n’est pas encore
éteinte parce qu’il s’agit d’un droit subjectif qui n’est pas éternel et qui peut disparaitre par
l’avènement de certaines circonstances.
A- Les détenteurs de l’action publique :
Ce sont les organes déterminés par la loi pour déclencher et exercer l’action publique. On les appelle
officiellement les demandeurs à l’action publique, on les appelle aussi les sujets actifs de l’action
publique.
A l’opposé, toute action suppose des défendeurs à l’action publique, c’est-à-dire les personnes
contre qui sera intentée l’action publique, on les appelle les sujets passifs à l’action publique (qui
sont définis par le code pénal par auteur, coauteur et complice).
A ce niveau, on trouve un détenteur principal (Le parquet) et des détenteurs accessoires qui vont
remplacer parfois le parquet.
1. Le détenteur principal : Parquet/Ministère public.
Le statut général de la magistrature au Maroc qui a été réformé récemment (loi organique 106-13)
fait état de deux corps de magistrat.
Les magistrats de siège remplissant les fonctions juridictionnelles d’instruction et de jugement et les
magistrats du ministère public qui assure la fonction de la poursuite en déclenchant et exerçant
l’action publique.
Le terme parquet/ministère public renvoi à un corps, un ensemble et une entité. Ce corps est
représenté par ces membres au sein de toutes les juridictions du royaume.

- Au niveau du TPI (Tribunal de première instance) , le parquet est représenté par un procureur
du Roi assisté par des substituts du procureur du Roi.

- Au niveau de la CA (Cour d’Appel) , le parquet est incarné par un procureur général du Roi
appuyé par des substituts généraux.
- Au niveau de la CC (Cour de Cassation), le parquet est représenté par un procureur général du
Roi assisté par des avocats généraux.
Cette représentation révèle un corps qui est dominé par la subordination hiérarchique, autrement
dit, la soumission de l’élément inférieur à l’élément supérieur. C’est l’une des caractéristiques de ce
corps du parquet.
Au sommet on trouve le procureur général du la CC (chef du parquet) qui peut lancer ses injonctions
et ses ordres vers les parquets inférieurs, il peut solliciter la poursuite des infractions portées à sa
connaissance, il peut adresser les réquisitions écrites à présenter devant les tribunaux. On peut dire
que ce chef remplace désormais le ministre de la justice, il devient responsable pour veiller à
l’application de la politique criminelle formulée par le législateur.
La subordination hiérarchique explique pourquoi les magistrats du parquet amovible (à l’opposé des
magistrats de siège qui sont inamovibles sauf exceptions prévues par la loi).
Le deuxième trait caractéristique c’est l’indivisibilité du parquet, cela veut dire que tous ses
membres parlent au nom de tout le corps. Le magistrat qui poursuit ne le fait pas en son nom mais
au nom de tout le corps. C’est pourquoi on dit que les membres du parquet son interchangeables, ils
peuvent se substituer l’un à l’autre à n’importe quel moment (contrairement au membre du siège
qui ne sont pas interchangeables).
Le troisième trait caractéristique de ce corps c’est que le parquet est considéré comme une partie
essentielle du procès pénal, sa présence est toujours obligatoire au niveau des audiences, c’est par
ce que le parquet incarne l’accusation et se statue d’accusateur, le poursuivant fait de lui une partie
irrécusable.
A côté de ces caractères sur le plan collectif, le magistrat du parquet reste un élément de la
magistrature qui bénéficie de deux sortes de protections : la garantie de l’indépendance
et la garantie de l’irresponsabilité des magistrats du parquet, c’est-à-dire qu’il est protégé contre
toute réaction à cause d’une poursuite par erreur ou pour mauvaise interprétation.
Enfin, c’est le parquet qui va donc bénéficier d’un mandat général de la part de la société pour
représenter l’intérêt général et pour assurer la répression légale et c’est ainsi que la fonction de la
poursuite va s’étaler à travers tout le procès pénal. Le parquet est un organe omniprésent, il
supervise les enquêtes, il peut même intervenir par des décisions en dehors de la compétence d’un
officier (un mandat d’amener, retrait du passeport d’un suspect, fermer les frontières, interception
des correspondances d’un suspect).
Au niveau de l’instruction, comme au niveau du jugement, le parquet joui de certaines compétences
pour assurer le suivi de l’exercice de l’action publique.
2. Les détenteurs accessoires de l’action publique :
Deux organes peuvent remplacer le parquet :

- Les administrations assimilées au parquet :


En vertu de certains textes spéciaux, certaines administrations possèdent le pouvoir de déclencher et
d’exercer l’action publique lorsqu’il s’agit d’infraction relevant de leur domaine d’activité. Il s’agit à
titre d’exemple des administrations de douane, des impôts, de la pêche maritime, les eaux et
forêts.
La particularité de cette action publique entamée par ces administrations c’est qu’il s’agit d’une
action publique qui se rapproche d’une action civile dans la mesure où la préoccupation pécuniaire
va prévaloir, c’est-à-dire concrètement que ces administrations sont plus intéressées par la
récupération de l’argent perdu que par la condamnation de l’agent de l’infraction.
C’est ainsi que l’action menée par ces administrations est une action en concours avec le parquet
surtout lorsqu’il s’agit de délit encourant un emprisonnement. Le parquet demande l’application des
peines et l’administration demande les peines pécuniaires.
Lorsqu’il s’agit d’infraction punie de peine pécuniaire, l’administration peut agir seule devant les
tribunaux mais la présence du parquet au niveau de l’audience est obligatoire.
Toutes ces administrations ont le pouvoir de transiger avec le délinquant (c’est ce qu’on appelle la
transaction administrative pénale), c’est-à-dire qu’elles peuvent conclure un accord avec l’agent de
l’infraction lui proposant le paiement d’une somme d’argent en contrepartie d’une renonciation à la
poursuite pénale.
Cette transaction une fois conclue va avoir un effet extinctif de l’action publique et elle s’impose
même au parquet.

- La victime privée de l’infraction :


En principe la victime privée d’une infraction c’est-à-dire toute personne qui a ressenti
personnellement un dommage certain émanent de l’infraction, possède une action civile. Elle a pour
objet la condamnation du délinquant à des dommages et intérêts et elle a une finalité de
réparation du dommage.
Pour porter son action devant la justice, la victime selon les articles 9,10 du CPP possède un droit
d’option entre la justice civile et la justice pénale. Souvent la voie pénale est choisie grâce aux
avantages qu’elle procure à la victime, parce que la justice pénale est plus rapide que la justice civile
et parce que la victime peut dans certaines hypothèses, profiter des moyens de preuve recueillis par
la police et le juge d’instruction.
Ce choix de la voie pénale se concrétise à travers une formalité substantielle appelée la constitution
de parties civiles au niveau du procès pénal. Il importe de souligner que cette formalité est
nécessaire parce que le dépôt d’une plainte reste une démarche insuffisante qui implique seulement
le fait de porter une infraction à la connaissance des organes répressifs.
Il y a deux sortes de constitution de partie civile :
 La constitution de partie civile à titre accessoire  On dit dans ce cas que la victime procède
par voie d’intervention. C’est l’hypothèse où l’organe principale de la poursuite qui est le
parquet, a lui-même déclenché la poursuite. La victime va uniquement se joindre au parquet,
concrètement elle dépose une demande dans ce sens soit devant le juge d’instruction soit
devant la juridiction de jugement. Elle peut le faire même tardivement au niveau de
l’audience de jugement mais avant l’ouverture des débats.
C’est une situation très confortable pour la victime dans la mesure où elle va bénéficier de
tous les moyens de preuve recueillis par la police puisque c’est le parquet qui a la charge de
la preuve. En cas de condamnation, les personnes condamnées sont solidaires (c’est-à-dire
que la victime peut demander réparation au condamné le plus solvable) et même en cas
d’acquittement de la personne, la victime ne supporte pas les frais du procès.

 La constitution de partie civile à titre principal  C’est l’hypothèse où le parquet n’a pas
encore entamé la poursuite. La victime peut surmonter l’obstacle en déclenchant elle-même
l’action publique ainsi que son action civile. Pour cela, le législateur met à sa disposition deux
mécanismes :

- En matière de délits et de contraventions  : La victime peut saisir directement le tribunal de


première instance (c’est ce qu’on appelle la citation directe devant le tribunal). Une condition
substantielle existe, la personne citée doit être identifiée avec précision.
- En matière de crimes ou de délits où il y’a possibilité d’instruction  : La victime va saisir un juge
d’instruction (c’est ce qu’on appelle une plainte assortie d’une constitution d’une partie civile
devant un juge d’instruction). Cette démarche de la victime qui déclenche elle-même l’action
publique est une démarche risquée parce que la victime dans ce cas a la charge de la preuve. Le
parquet dans ce cas retrouve sa liberté et n’est pas obligé de soutenir les prétentions de la
victime. Il y’a un autre risque, c’est que l’acquittement du présumé agent de l’infraction peut
mettre la victime dans une situation inconfortable, elle supporte les frais du procès et elle peut
subir une poursuite pénale pour dénonciation calomnieuse.

B- L’extinction de l’action publique :


L’action publique va naitre automatiquement avec la commission d’une infraction pénale seulement
elle reste un droit subjectif pour tout sujet de droit qui peut disparaitre par l’avènement de
différentes causes. C’est ce qu’on appelle l’anéantissement de l’action publique.
Il y a extinction lorsque le détenteur de l’action publique n’a plus le pouvoir de la déclencher en
raison d’un obstacle définitif et permanent, c’est ce qu’on appelle les causes d’extinction de l’action
publique.
Le code de procédure pénale fixe ces causes à travers l’article 4. Schématiquement, il y a d’une part
des causes de principe émanant d’une autorité étatique d’autre part il y a des causes d’exception qui
sont plus rares.
1- Les causes de principes :
On parle tout d’abord des décisions émanant d’un organe constitutionnel, Le Roi avec la grâce et le
parlement avec l’amnistie.
La grâce est un attribut du chef de l’Etat, normalement c’est une cause d’extinction de la peine et
exceptionnellement elle est une cause d’extinction de l’action publique lorsque la décision de grâce
survient avant le jugement d’une personne.
L’amnistie qui veut dire le pardon, efface l’infraction de façon rétroactive. C’est une cause
d’extinction de la peine et une cause d’extinction de la poursuite avant la condamnation. A noter que
la loi de l’amnistie est votée par le parlement.
Le parlement peut intervenir aussi par une loi d’abrogation, c’est-à-dire lorsqu’une nouvelle loi
abroge les dispositions anciennes d’incrimination. Pénalement c’est une décision de dépénalisation.
Le juge peut intervenir par ce qu’on appelle la chose jugée. C’est-à-dire qu’une action publique peut
être éteinte normalement lorsqu’une affaire est traitée et couronnée par une décision finale
irréversible, c’est ce qu’on appelle l’autorité de la chose jugée. Cela implique donc l’impossibilité
d’entamer une nouvelle action pour les mêmes faits.
Enfin, on parle de la prescription de l’action publique. C’est l’anéantissement de l’action publique
par l’écoulement du temps. Autrement dit, à partir de la commission de l’infraction si un certain
temps s’écoule sans que l’action soit déclenchée, on dit que la prescription est accomplie et l’action
publique éteinte par prescription.
Selon l’article 5 du code de procédure pénale, les délais de prescriptions varient selon la gravité de
l’infraction :

- 15 ans pour les crimes.


- 4 ans pour les délits.
- 1 ans pour les contraventions.
Sauf dérogation prévue par la loi. A ce propos il faut souligner les infractions contre l’humanité
(Génocide, crime de guerre, torture…), ces infractions sont imprescriptibles à condition que les
conventions internationales qui les concerne soit ratifiées.
La deuxième exception concerne les agressions sexuelles contre un mineur par une personne liée à
l’enfant, un parent ou une personne qui a une autorité sur lui, un nouveau délai de prescription
commence à partir de la majorité civile de la victime.
Certaines contraventions sont écartées de la prescription.
2- Les causes de l’exception :
Ce sont des causes assez rares et 3 d’entres elle sont à distinguer :

- La mort de l’agent de l’infraction :


C’est une cause évidente, elle peut subvenir avant le déclanchement de la poursuite par le parquet et
dans ce cas l’action publique est considérée comme éteinte. Lorsque le décès intervient après le
déclanchement de la poursuite, il y a interruption de la procédure à tout moment que ce soit au
cours de l’instruction ou bien au cours de la phase de jugement.
La question qui se pose est est ce qu’on peut impliquer les héritiers en vertu du principe de
l’individualité de la personnalité des peines.
La réponse est négative dans la mesure où les héritiers ne sont jamais défendeurs à l’action
publique. Seulement, l’extinction de l’action publique laisse subsister l’action civile et de ce fait, il y a
possibilité d’intenter une action civile contre les héritiers.

- La transaction pénale administrative :


Les administrations détentrices de l’action publique en vertu de textes spéciaux, possède le privilège
de transiger avec l’agent de l’infraction et la conclusion de cette transaction (qui consiste à payer
une somme d’argent en contrepartie de la poursuite) a automatiquement pour effet d’éteindre
l’action publique même lorsqu’il y a une action cumulative avec le parquet.

- Le retrait de la plainte de la victime au niveau de certaines infractions déterminées :


Il convient de commencer avec une précision substantielle.
En principe, le dépôt d’une plainte par une victime n’a aucun effet sur la liberté du parquet.
Concrètement parlant, le dépôt d’une plainte n’impose pas au parquet une poursuite pénale.
De même le fait de retirer sa plainte après son dépôt n’impose au parquet un arrêt des poursuites.
De façon exceptionnelle, pour la poursuite de certaines infractions, le législateur impose une
condition préalable, à savoir le dépôt d’une plainte par la victime. Autrement dit, le parquet se
trouve face à un obstacle temporaire et il ne peut pas déclencher la poursuite avant que la victime ne
dépose une plainte. Le dépôt d’une plainte devient une condition pour le déclenchement de la
poursuite.
Il s’agit d’infractions limitativement prévues par la loi, on trouve à titre d’exemple l’adultère,
l’abandon de famille, la diffamation et injure, le vol entre proche parent.
La conséquence logique c’est que le retrait de la plainte après son dépôt impose au parquet
l’interruption de la procédure et donc l’action publique est éteinte.
II. L’opportunité de la poursuite :
Lorsque le parquet constate que l’action publique est recevable, il se pose une deuxième question
concernant le sort du dossier en s’interrogant de savoir quel est le mécanisme adéquat pour traiter
ce dossier, est-il dans l’intérêt de la société de poursuivre lé délinquant ou bien y a-t-il d’autres
alternatives selon les orientations de la politique criminelle ?
Cela signifie que le parquet dispose d’une liberté d’appréciation pour décider du sort d’un dossier
pénal. Il n’est pas astreint à poursuivre chaque fois qu’il se trouve devant une infraction caractérisée,
c’est ce qu’on appelle l’opportunité de la poursuite (ou la liberté de la poursuite).
C’est une règle prévue expressément par l’article 40 du CPP.
Le principe de l’opportunité implique une indépendance du parquet que ce soit vis-à-vis de l’acte que
ce soit vis-à-vis des autres acteurs du procès pénal.
Concrètement, ce principe va se traduire de 2 façons :

- Une expression négative lorsque le parquet décide de ne pas poursuivre.


- Une expression positive lorsqu’il décide de poursuivre effectivement la poursuite en
renvoyant l’affaire vers une juridiction d’instruction ou de jugement.

A. La non-poursuite :
Ce choix négatif du parquet se concrétise à travers 2 mécanismes :
1. Le classement sans suite :
C’est la décision ou l’acte à travers lequel le parquet décide de renoncer provisoirement au
déclanchement de l’action publique même si cette dernière n’est pas éteinte. Concrètement, le
magistrat du ministère public décide que le dossier soit fermé et ainsi il sera classé dans les archives
du ministère public.
On peut dire qu’il y a deux sortes de classement sans suite : un classement sans suite de droit et un
classement sans suite de fait.
 Le classement sans suite de droit se fonde sur des motifs tirés de la loi elle-même. Le parquet
constate qu’il y a un obstacle légal à la poursuite (obstacle permanent ou momentané) comme
une cause d’extinction, une immunité pénale, l’inexistence d’une qualification légale.

 Le classement de fait repose sur les considérations de politique criminelle appréciées librement
par le parquet. A titre d’exemple les conclusions infructueuses d’une enquête (le parquet
estime parfois que la plainte ou la dénonciation n’est pas sérieuse), parfois le parquet estime
que la société n’a pas intérêt à poursuivre à cause d’une réprobation sociale très faible, une
tolérance sociale vis-à-vis de certaines infractions (comme la mendicité, le vagabondage, la
consommation d’une drogue).
Le classement sans suite quelque soit ses fondements, reste perçus comme une décision judiciaire à
caractère administratif c’est un acte qui ne peut pas être attaqué par aucune voie de recours et c’est
un acte qui peut être révocable. Autrement dit, le parquet peut rouvrir le dossier lorsque de
nouveaux éléments apparaissent.
Dans certains cas, le classement sans suite cache un conflit entre le parquet et la victime qui ne sont
pas sur la même longueur d’onde. La victime peut être lésée par un classement sans suite. C’est
pourquoi le législateur impose aux magistrats du parquet d’avertir la partie plaignante.
2. Les alternatives :
Le parquet peut déployer des mécanismes de substitution pour éviter la poursuite et le renvoi du
délinquant vers une juridiction soit d’instruction soit de jugement. Ces mécanismes alternatifs se
justifient par une accélération d’une procédure, un soulagement des juridictions avec un slogan de
politique criminelle qui a la possibilité de punir sans juger.
C’est dans ce sens que le législateur prévoit le mécanisme de la transaction pénale judiciaire à
travers l’article du CPP. C’est le pouvoir donné au parquet de conclure un accord avec l’agent de
l’infraction en contrepartie d’une renonciation de la poursuite.
La loi pose deux conditions préalables :

- Il doit s’agir d’abord d’une contravention ou d’un délit de police puni jusqu’à 2 ans
d’emprisonnement.

- Le parquet doit constater l’absence d’une victime ou la renonciation expresse de la victime.


Le compromis se traduit pour l’agent de l’infraction par payer au moins la moitié du maximum de
l’amende édictée par la loi ou bien la réparation des dommages causés par l’infraction. En
contrepartie, le parquet s’abstient de renvoyer l’affaire vers les organes juridictionnels.
L’accord accepté, ce dernier sera ratifié par le président du tribunal.
A préciser que la transaction pénale judiciaire n’a pas pour effet l’extinction de l’action publique, elle
a seulement pour effet la suspension de l’action publique jusqu’à extinction par prescription.
Sur la même trajectoire des alternatives, on trouve deux mécanismes qui peuvent être déployés par
le parquet :
Un titre exécutoire en matière de contravention  Cela se concrétise par le parquet lorsqu’il s’agit
d’une contravention, il peut proposer au délinquant le paiement automatique à la caisse du tribunal
d’une amende égale à la moitié du maximum de l’amende édictée par la loi.
Une ordonnance juridictionnelle  Même chose au niveau des délits encourant uniquement une
amende dont le maximum est de 5.000 DHS. Dans ce cas, le parquet peut solliciter le président du
tribunal pour formuler ce qu’on appelle une ordonnance juridictionnelle en vertu de laquelle le
délinquant sera condamné sans être jugé au paiement à la moitié du maximum de l’amende édictée
par la loi.