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Cités, municipes, colonies

Les processus de municipalisation en Gaule et en Germanie sous le Haut Empire romain

Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier (dir.)

DOI : 10.4000/books.psorbonne.28144
Éditeur : Éditions de la Sorbonne
Année d'édition : 2009
Date de mise en ligne : 29 juillet 2019
Collection : Histoire ancienne et médiévale
ISBN électronique : 9791035102210

http://books.openedition.org

Édition imprimée
ISBN : 9782859446406
Nombre de pages : 488

Référence électronique
DONDIN-PAYRE, Monique (dir.) ; RAEPSAET-CHARLIER, Marie-Thérèse (dir.). Cités, municipes, colonies :
Les processus de municipalisation en Gaule et en Germanie sous le Haut Empire romain. Nouvelle édition
[en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2009 (généré le 02 août 2019). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/psorbonne/28144>. ISBN : 9791035102210. DOI : 10.4000/
books.psorbonne.28144.

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1

Jusqu'en 1999, la municipalisation dans les Gaules et les Germanies, c'est-à-dire la constitution
des cités, leurs statuts et les modalités de leur administration, n'avait jamais encore été abordée
sous un angle global. Les études envisageaient la question soit dans l'optique de l'urbanisation,
soit dans un cadre géographique limité. Nous nous sommes donc efforcés d'établir des dossiers
documentaires complets et de les discuter de façon approfondie. En dépit des nombreuses
publications concernant ces provinces occidentales publiées entretemps, le livre n'a pas été
remplacé, et il est apparu qu'une réédition était souhaitable. Les contributions, conformes à
celles de la première livraison, concernent donc l'évolution de la Narbonnaise (M. Christol), les
magistratures des Trois Gaules (M. Dondin-Payre), la colonie de Lyon (F. Bérard), la
problématique de la future Normandie (E. Deniaux) d'une part; pour les Germanies, les colonies
suisses (R. Frei-Stolba et coll.), rhénanes (H. Galsterer), et la totalité des autres cités (M. Raepsaet-
Charlier) d'autre part; enfin, trois analyses sont consacrées aux vétérans en Belgique et Germanie
inférieure (S. Demougin), et aux aspects religieux de la municipalisation (J. Scheid, avec une
attention spéciale portée aux curies, W. Van Andringa, les sacerdoces publics).

MONIQUE DONDIN-PAYRE
Directrice de recherche, Centre national de la recherche scientifique38, rue de Groussay -
F-78120 Rambouillet
2

SOMMAIRE

Introduction

Critères de datation épigraphique pour les Gaules et les Germanies


Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier
CRITÈRES ONOMASTIQUES
FORMULES FUNÉRAIRES
FORMULAIRES RELIGIEUX
CRITÈRES DIVERS
CRITÈRES MILITAIRES

Bibliographie générale

La municipalisation de la Gaule Narbonnaise


Michel Christol
I. L'horizon du Pro Fonteio
II. La préhistoire de la formula provinciae transmise par Pline l'Ancien
III. L'octroi du droit latin
IV. L'horizon de la période des colonisations
V. Municipalisation et urbanisation

Recherches sur les institutions de Nyon, Augst et Avenches


Regula Frei-Stolba, Anne Bielman et Hans Lieb
I. Les étapes de la conquête romaine
II. La Colonia Iulia Equestris
III. La colonia Augusta Raurica
IV. La ciuitas Heluetiorum
V. Conclusion générale

L’organisation municipale de la colonie de Lyon


François Bérard
I. État de la question
II. Liste des notables lyonnais
III. Décurions
IV. Magistrats inférieurs
V. Magistrats supérieurs
VI. Conclusion

Magistratures et administration municipale dans les Trois Gaules


Monique Dondin-Payre

Viducasses et Unelles. Recherches sur la municipalisation de l’Ouest de la Gaule


Élisabeth Deniaux
Légende des planches

Kolonisation im Rheinland
Hartmut Galsterer
MUNIZIPALVERWALTUNG IN NIEDERGERMANIEN
3

Les institutions municipales dans les Germanies sous le Haut Empire : bilan et questions
Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier
I. Introduction
II. Germanie inférieure (carte 1)
III. Germanie supérieure (carte 2)
IV. Conclusion
Germanie inférieure
B. MAGISTRATS, PRÊTRES, DÉCURIONS, COLLÈGES
Germanie supérieure
C. ÉLÉMENTS POUR UNE ÉTUDE DU CULTE PUBLIC
B. MAGISTRATS, PRÊTRES, DÉCURIONS, COLLÈGES

Un duumvir non localisé


Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier

Les vétérans dans la Gaule Belgique et la Germanie inférieure


Ségolène Demougin
I. Les vétérans légionnaires
II. Les vétérans des unités auxiliaires : des problèmes encore non résolus
III. L’installation des vétérans et ses conséquences

Aspects religieux de la municipalisation. Quelques réflexions générales


John Scheid
I. Remarques préliminaires
II. Le modèle des constitutions municipales
III. Les transformations introduites par la municipalisation
IV. En guise de conclusion : quelles transformations ?

Prêtrises et cités dans les Trois Gaules et les Germanies au Haut Empire
William Van Andringa
I. Sacerdoces provinciaux et municipaux
II. Sacerdoce et flaminat
III. Prêtrises et évolution juridique des cités
IV. Le prêtre et la religion de la cité

Index nominum et rerum

Index locorum

Table des illustrations


4

NOTE DE L’ÉDITEUR
Ouvrage publié avec le concours de l'Université Libre de Bruxelles et du Conseil
scientifique de Paris I - Panthéon-Sorbonne
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Introduction

A la mémoire d’André Chastagnol

1 L’étude de la romanisation des provinces de l’Empire peut revêtir de nombreuses formes


et s’envisager sous de multiples aspects. Le phénomène d’acculturation est abordé le plus
fréquemment par le biais de l’archéologie et des traces matérielles. Il est vrai que, de ces
points de vue, la documentation est abondante et la mesure du phénomène relativement
facile à apprécier.
2 La romanisation des personnes est indubitablement plus délicate à évaluer. C’est le défi
qu’a voulu relever notre groupe, au sein d’une équipe du CNRS (U.M.R. 8585), dans le
cadre d’un programme dénommé « L’empreinte de Rome sur les Gaules et les
Germanies ». Outre la plupart des auteurs des contributions de ce volume, ce projet de
recherche donne régulièrement lieu depuis cinq ans à des réunions entre collègues
français et étrangers, que le regretté André Chastagnol nous avait fait le plaisir et
l’honneur d’inaugurer. Nous avons tenté de définir ensemble de nouveaux angles
d’attaque pour affronter les multiples difficultés soulevées par cette problématique ; mais
verba volant, scripta manent. Au-delà de la discussion, si féconde et novatrice qu’elle soit,
nous avons voulu mettre en forme et diffuser les résultats de nos travaux et, dans cette
perspective, nous avons concentré nos efforts sur deux approches. L’une d’elles est
l’étude onomastique, grâce à la richesse des sources épigraphiques, qui dévoile à la fois la
romanisation linguistique et l’intégration civique. Avant de publier prochainement une
étude des régions gallo-romaines envisagées de ce point de vue, il nous a paru
indispensable de nous interroger de manière détaillée et précise sur les aspects
institutionnels des provinces gauloises et germaniques. En effet, pour appréhender
adéquatement ces milliers de personnes qui y ont laissé une trace religieuse, funéraire,
politique, administrative ou militaire, il fallait préalablement s’intéresser à leur cadre de
vie, dessiner un tableau des institutions municipales et décrire les étapes de l’adoption de
l’organisation civique romaine.
3 L’abondante littérature consacrée à la romanisation des Gaules ne comporte que peu de
travaux qui traitent de l’administration locale, des statuts, des divisions du territoire, des
magistratures, des sacerdoces ; de nombreux auteurs énoncent sans l’argumenter une
appréciation de la romanisation, non dépourvue parfois d’un certain « patriotisme »
6

anachronique, qui se veut révélateur d’un souci d’originalité, en réalité quelque peu
chauvin. Pour ne citer qu’un cas, l’usage anachronique du terme « colonisation » dans ses
acceptions ethnographiques ou historiques contemporaines a généré des ambiguïtés dans
la compréhension des notions romaines de colonie ou de municipe, suscitant l’élaboration
de « modèles » locaux de romanisation qui auraient fait appel à des idéaux de résistance
ethnique. La lecture de plusieurs de ces études laisse une impression curieuse, comme si
ces provinces n’avaient pas été réellement intégrées à l’empire romain, ou plutôt comme
si elles s’étaient vu appliquer des règles et des lois différentes de celles du reste des
territoires conquis. Comme si la citoyenneté, le droit latin, les magistratures, les lois
municipales, les règles d’organisation du culte impérial, etc… y avaient connu des
pratiques différentes, des implications autres qu’en Afrique ou en Espagne, par exemple.
4 Aussi cette publication, issue de nombreux débats savants et confrontations amicales, est
consacrée aux statuts et aux institutions de l’ensemble de l’espace gallo-germanique,
Gaule Narbonnaise, Trois Gaules, Germanies, tant dans leurs aspects profanes que
religieux. Les régions qui constituent la Suisse actuelle n’ayant pas, par les hasards de la
recherche, été abordées par notre groupe, Régula Frei-Stolba a bien voulu compléter le
tableau en établissant, dans le droit fil de nos préoccupations, une synthèse des
institutions des trois colonies, Nyon, Augst et Avenches. Notre collègue, elle-même aidée
d’Anne Bielman et de Hans Lieb, a bien voulu se joindre à nous et faire en sorte que notre
aperçu soit géographiquement et statutairement exhaustif. Cependant, si la cohérence du
cadre a pu être totalement respectée, bien évidemment des discordances d’interprétation
demeurent. Nous avons certes partagé une optique commune de travail, mais les
problèmes sont trop nombreux, trop épineux et la documentation trop incomplète pour
qu’un consensus total puisse émerger. Pour prendre un exemple frappant, c’est la raison
pour laquelle les Tongres sont traités à la fois dans le cadre des Trois Gaules et dans celui
des Germanies. Mais la cohésion de méthode est absolue, comme le souci partagé par tous
les auteurs de prendre en compte toutes les notions et de les envisager sans a priori, à la
lumière des connaissances générales du droit romain. En ce sens, les pages novatrices
consacrées aux aspects religieux de la municipalisation constituent un reflet fidèle de
l’état d’esprit de cette recherche.
5 Municipalisation. Ce terme technique a été adopté à dessein : comment, quand, selon
quelles procédures, sous quelles impulsions, avec l’appui de quelles autorités, les peuples
des territoires gaulois et germaniques ont-ils accédé aux formes romaines ou romanisées
de l’organisation civique ? Telle est la question que nous nous sommes efforcés de
résoudre.
6 Le titre même du volume révèle que la réponse est plurielle : plusieurs processus de
municipalisation ont coexisté. La Gaule méridionale, confrontée au fait urbain depuis la
fondation de la colonie grecque de Marseille, soumise à la colonisation romaine depuis le
IIe siècle avant notre ère (avec Narbonne), expérimentant des créations de villes au cours
de la République (avec Aix ou Fréjus), n’est pas séparée de la vallée du Neckar, conquise
par les Flaviens et démilitarisée sous Antonin le Pieux, que par des centaines de
kilomètres ou des variantes d’identité ethnique. Interviennent aussi la chronologie et
l’histoire de ces régions et de l’ensemble de l’empire, l’évolution de la politique de Rome à
l’égard des peuples conquis mais également envers les vétérans. Aussi nous nous sommes
attachés à mettre en lumière les différents processus de municipalisation sans pour
autant ni les juger ni les qualifier.
7

7 L’évolution de la Narbonnaise est la plus ancienne, elle est aussi la plus complète. Elle a
généré des colonies de déduction, romaines et latines, des promotions de sites indigènes
au rang colonial, latin puis quelquefois romain. Pour cette province, une description
synthétique soulignant les temps forts est possible grâce à l’abondance des études
ponctuelles et à la qualité de la documentation. Les Trois Gaules, elles, comportent une
seule colonie romaine, Lyon. Mais qu’en est-il des autres cités ? Le droit latin leur a,
semble-t-il, été accordé aussi, entraînant l’adaptation des entités administratives, sans
doute avec des diversités locales. Que penser des éventuels municipes ? Des colonies ?
Malgré la complexité de la question un bilan des données et des acquis, préalable
nécessaire à la formulation de nouvelles hypothèses, a été tenté, fondé strictement sur les
faits, sur les notions et mécanismes issus des constitutions publiques de l’État romain,
élucidant une fois pour toutes l’articulation entre colonia et civitas. Et quand le regard se
tourne vers les Germanies, les difficultés s’aggravent : une multiplicité de statuts, avec
des colonies romaines, des colonies latines, des municipes latins, des cités ; une
chronologie fragile ; des sources peu explicites ; une géographie historique en devenir. Ici
plus encore il faut s’imposer, en un premier temps, d’abattre toutes les cartes, sans en
mésestimer ni en écarter aucune, pour, ensuite, proposer une nouvelle donne, ou, si
nécessaire, plusieurs.
8 De façon paradoxale mais non contradictoire, la deuxième réponse sera l’unité. Malgré
toutes les différences, une des grandes conclusions qui se dégage de cette recherche est
l’homogénéité de l’empire romain. Le moule institutionnel de l’administration était
suffisamment contraignant pour que, dans les grandes lignes, malgré des processus
variés, des délais inégaux, des péripéties diverses, notamment la perte des Champs
décumates qui a entravé l’évolution des régions les plus orientales, on puisse dessiner une
histoire de l’intégration provinciale qui soit cohérente. Les appréciations portées sur la
« réussite » de la municipalisation doivent être révisées. A condition de prendre un peu
de hauteur, de regarder la réalité de ce qui a été (et non de ce qui demeure dans le
paysage actuel), le succès du phénomène urbain, dans ses formes matérielles autant
qu’institutionnelles, est beaucoup plus affirmé qu’on le pense généralement : si les
amphithéâtres, les théâtres, les quadrillages urbains, les enceintes, les tours, les temples
de l’ancienne Narbonnaise nous livrent l’image d’une spectaculaire réussite de la
municipalisation, au même titre que les nombreuses colonies et l’épigraphie abondante,
ce que nous contemplons là est en partie le reflet de l’histoire moderne de ces régions.
Lorsque l’on examine de près les plans et les vestiges archéologiques, moins prestigieux
en apparence, de Cologne, de Xanten, de Mayence, de Lopodunum ou de Saintes, comme
les sites suisses d’Augst et d’Avenches, on se rend compte que l’urbanisation de
l’ensemble des provinces gauloises et germaniques a été une réalité. Les vicissitudes de
l’histoire plus récente ont masqué la splendeur des monuments. Il en va de même sur le
plan statutaire, comme on le voit lorsque l’on prend en compte les villes de « vraie
municipalité » des provinces gauloises et germaniques et que l’on se remémore que ces
promotions étaient sollicitées par les élites locales relayées par les patrons proches du
pouvoir central, et non pas imposées. Cependant, il ne faut jamais oublier que certaines
zones ont évolué moins vite, ou se sont coulées moins strictement dans les moules
romains, l’exemple de l’actuelle Normandie, comme celui de la Zélande, sont là pour nous
le rappeler. Encore, à y regarder de près, ce constat doit-il être nuancé. Les notions
d’urbanisation et de municipalisation sont certes très proches et se superposent souvent ;
elles ne se recoupent toutefois pas exactement : l’apparat monumental nécessaire à la
8

pratique municipale, spécialement les temples et théâtres du culte impérial, peuvent ne


pas avoir édifiés en ville, dans le cheflieu ; une cité, c’est aussi un territoire, et le culte
public peut se dérouler dans des sanctuaires répartis sur ce territoire, ceux que l’on
qualifie de « ruraux ». Dès lors, des cités moins urbanisées ont pu accéder à un niveau
moyen, voire excellent, d’organisation civique romaine, le rang colonial des Viducasses
en témoigne. La profondeur de la romanisation doit être estimée en termes de
municipalisation globale plutôt qu’en termes d’urbanisation stricte.
9 Unité donc, mais diversité. La plupart des contributions de ce volume montrent à quel
point des interprétations locales ont été apportées à des problèmes spécifiques. Toute
tentative d’effacer ces variantes ne pourrait que fausser notre perception des institutions
municipales. Il est indispensable, au contraire, de bien en établir le catalogue et de ne pas
abusivement compléter des lacunes par des solutions extérieures. Chaque cité avait sa
part d’autonomie, son « privilège de liberté ». Dans une certaine mesure, définie
éventuellement par une loi, elle établissait sa religion, son calendrier, ses temples, elle
définissait ses cultes publics, la liste de ses magistrats, les compétences de ses assemblées,
les délégations de pouvoir qu’elle consentait. De ce point de vue, la plus grande souplesse
nous paraît devoir prévaloir, tout spécialement à deux niveaux, dans les comparaisons
entre provinces et dans l’estimation du fonctionnement des entités subsidiaires comme
les pagi et les vici qui n’avaient probablement pas partout ni les mêmes formes, ni les
mêmes contenus, ni les mêmes compétences. Par ailleurs, que faut-il penser des collèges
et de leur place dans la cité ? À beaucoup d’égards, assurément, des zones d’ombre
subsistent.
10 Quelles que soient les précautions prises, quelle que soit la rigueur à laquelle on
s’astreint, on ne saurait échapper à la précarité des interprétations, essentiellement
imputable aux lacunes de la documentation. Personne ne peut se croire à l’abri des
surprises qu’apportent parfois les nouvelles découvertes : un seul autel peut obliger toute
une génération d’historiens à revoir sa copie, les Tongres viennent d’en apporter la
preuve éclatante ! Parmi les originalités des provinces gallo-romaines et germaniques, il
faut bien compter la pratique limitée de l’épigraphie publique. Il n’est pas superflu de le
redire : dans les Trois Gaules et les Germanies, l’usage d’honorer officiellement les
évergètes et les magistrats n’a pas rencontré le même succès qu’ailleurs dans le monde
romain. La plupart des magistrats connus le sont grâce à leurs propres dédicaces,
religieuses essentiellement. Même sur leurs monuments funéraires, les élites locales
gallo-romaines répugnaient à faire état de leur rang, et leurs concitoyens les gratifiaient
rarement de ces hommages publics qui abondent en Espagne ou en Afrique. Cette
manifestation de diversité déjà évoquée ne doit pas nous conduire à oublier les règles
générales du droit romain et du fonctionnement municipal, mais elle nous rappelle
opportunément que, dans nos régions comme partout dans l’empire, des sensibilités
locales ont subsisté, qu’il importe de ne pas négliger.
11 Au niveau des institutions municipales aussi, c’est en termes d’intégration consciente et
consentie, sans perte d’identité, que la romanisation des Gaules et des Germanies doit
être définie.

***

12 Nous avons le plaisir de remercier les institutions qui nous ont permis de nous
rencontrer, de discuter des questions et de publier les résultats : tout d’abord l’U.M.R.
9

8585 du C.N.R.S. ; les accords de coopération scientifique européens entre la France


(APAPE) et la Belgique (CGRI) qui ont financé des séjours de recherche et des échanges ;
l’Université de Paris I, l’Université Libre de Bruxelles et l’Université de Bonn qui ont
accueilli tables rondes et réunions scientifiques au cours des années d’élaboration. Les
deux premières universités ont aussi contribué à l’édition de ce volume, assurée par les
Publications de la Sorbonne auxquelles va notre gratitude, et notamment à Michel
Christol.
13 Que toutes ces instances et tous les collègues qui ont à un moment ou à un autre participé
à nos réunions, alimenté nos débats, enrichi nos réflexions, trouvent ici l’assurance de
notre profonde reconnaissance.
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Critères de datation épigraphique


pour les Gaules et les Germanies
Monique Dondin-Payre et Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier

CRITÈRES ONOMASTIQUES

duo nomma (prénom


persistent jusqu’au milieu du Ier siècle ; extrêmement rare après 50
et gentilice)

pas avant le milieu/fin du Ier s. ; se généralisent à la fin du II e s.


duo nomina mais attention au rôle des différents personnages : les duo nomina
(gentilice + surnom) apparaissent plus tôt pour celui qui ne joue pas un rôle essentiel (le
défunt pour une épitaphe)

abréviation du
à partir du milieu du IIe s.
gentilice

persistent plus longtemps en Narbonnaise qu’ailleurs (jusqu’au III e s.) et


tria nomina
plus longtemps chez les notables

mention se raréfie à partir du milieu du II e s. mais persiste chez les


tribu
notables

pseudo-tribu apparaît au milieu du II e s.

sobriquet introduit par sive ou qui et ; à partir du II e s.

signum isolé du reste du texte, au génitif ou au datif ; à partir du III e s.


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FORMULES FUNÉRAIRES

formule la plus ancienne : Ier s.


Défunt au nominatif
attention : ne s’applique pas à sibi fecit, vivus fecit etc.

ossa hic sita sunt + nom du mort au génitif


Ancien : Ier s.
ou ossa + génitif

h(ic) s(itus) e(st) Ancien : Ier s.

t(estamento) f(ieri) i(ussit) ; h(eres) f


formules anciennes : Ier s. ; rares ensuite
(aciendum) c(uravit)

nom du mort au génitif, seul Ancien : I er s., mais surtout valable en Italie

défunt au datif, seul apparaît au Ier s., début du IIe s.

apparaît sous les Flaviens, peu ou pas abrégé


jusqu’au début du IIe s.
DM(S)
se répand du sud vers le nord : s’impose en
Germanies à la fin du Ier s.

apparaît au IIe s. ; devient courant, surtout avec


memoria
aeterna, au début du IIIe s.

absence sans signification


apparaît au milieu du Ier s. en Lyonnaise, à la fin du I
mention de l’âge du mort er s.
dans les Germanies (plus tôt pour les soldats)

qui, quae vixit + âge du défunt à partir du milieu du 1 er s

« l’abondance verbale est tardive » : les rubriques qui suivent détaillent ce principe fondamental

absence non significative apparaissent sous les


adjectifs moraux ou affectifs Julio-claudiens, mais plutôt à partir du milieu du I er
s. ; ils se multiplient à la fin du II e s.

plus d’un adjectif, ou formules à partir de la deuxième moitié du II e s. jusqu’au


développées milieu du IIIe s.

dédicataire qualifié par un terme


générique (femina, puer, homo…) qui à partir du milieu du IIe s.
s’ajoute au terme de parenté

durée de vie conjugale plus fréquente à partir du IIIe s.

vixit + formule (sine ulla animi laesione…) fréquent à partir de la fin du II e s.


12

qualificatifs d’affliction pour les


à partir de la fin du IIe s.
dédicataires (infelicissimus…)

qualification par un nom au lieu d’un


à partir de la fin du IIe s.
adjectif (pietas pour pius)

qualificatifs individuels au superlatif,


à partir de Marc Aurèle
emploi familial privé
à partir de la fin du Ier s., se développe au IIe s.
- optimus
plus tardif qu’optimus
- sanctissimus

FORMULAIRES RELIGIEUX

apparaît en toutes lettres au début du II e s (135), abrégé très vite ;


in honorem domus divinae
fréquent à partir du milieu du IIe s.

après le nom du dieu : apparaît sous Hadrien


deo, deae
avant le nom du dieu : apparaît sous Antonin le Pieux

In hdd + deo lère moitié du IIIe s. au plus tôt

pro salute non exploitable

Augustus, sanctus non exploitable

de l’époque augustéenne au milieu du III e s. ; fréquent au Ier s., il se


sacrum
raréfie après 200

Junoni Reginae apparaît au milieu du IIe s.

Maires, Matronae apparaît sous les Flaviens en Germanies, antérieur plus au sud

genio loci apparaît au milieu du IIe s. (non valable sans loci)

diis deabusque omnibus apparaît au milieu du IIe s.

numinibus Augusti,
non exploitable
Augustorumi

numini Augusti Julio-claudiens

ascia apparaît dans la 2 e moitié du IIe s.

en l’absence de critères archéologiques ou décoratifs, ne constituent


sarcophages
pas un critère de datation
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CRITÈRES DIVERS

formules militaires

unité désignée à l’ablatif seul ou


époque julio-claudienne, disparaît sous les Flaviens
précédée de ex

durée de service exprimée par aera


époque julio-claudienne, disparaît sous les Flaviens
au lieu de stipendia

unités auxiliaires identifiées mais


époque julio-claudienne, disparaît sous les Flaviens
sans numéro

légion sans épithète première moitié du I er s.

no de légion seul sans miles fin République - début Empire

primipile en fin de cursus : avant le milieu du I er s. en


praefectus fabrum
début de cursus : à partir du milieu du I er s.

langue, écriture

compénétration des surtout Ier s. ; plutôt vers le début en Narbonnaise et en Aquitaine


lettres méridionale

karissimus pour carissimus aucune valeur chronologique

1. : Ier s., disparaît au début du IIe s.


l., lib., libertus lib. : très rare au Ier s., apparaît à la fin du Ier s., devient courant au II
e
s.

aux Ier-IIe s. mentionné entre le nom et le surnom ; à partir des


lib. Aug. ou Aug. lib. Sévères après le surnom toute mention d'affranchi impérial
disparaît vers 230
14

formules impériales ou sociales

fortissimus, sanctissimus … appliqué aux


IIIe s. au plus tôt
empereurs

restitutor orbis Romani, propagator… IIIe - IVe s.

postérieur à Hadrien ; devient courant à partir de


C.V. ; V.E. ; V.E.M.
Marc Aurèle

C.P. apparaît dans la 2 e moitié du IIe s.

N.B. : ces critères, en principe valables pour l’ensemble des Gaules et des Germanies, sont
éventuellement à moduler en fonction de la paléographie et de la chronologie des supports quand on
peut les établir pour les séries locales.

CRITÈRES MILITAIRES

Légions rhénanes
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Garnison de Lyon

BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie
▪ E. STEIN, Die kaiserlichen Beamten und Truppenkorper im römischen Deutschland unter dem Prinzipat,
Vienne, 1932, p. 288-289.

▪ H. SCHÖNBERGER, Die römischen Truppenlager der frühen und mittleren Kaiserzeit zwischen
Nordsee und Inn, BRGK 66,1985, p. 321-497.

▪ B. PFERDEHIRT, Die römischen Okkupation Germaniens und Retiens von der Zeit des Tiberius bis
zum Tode Trajans, JRGZM 33,1986, p. 221-320.

▪ K. STROBEL, Bemerkungen zum Wechsel zwischen den Legionen XIV Gemina und XXII
Primigenia in Mainz, Germania 66,1988, p. 437-453.

▪ F. BÉRARD, Bretagne, Germanie, Danube : mouvements de troupes et priorités stratégiques sous le règne
de Domitien, dans Les années Domitien (= Pallas 40, 1994), p. 221-240.

▪ M. REDDÉ, Le camp de Mirebeau et l’histoire de la Ville légion Auguste sous les Flaviens, dans R. GOGUEY
et M. REDDÉ, Le camp légionnaire de Mirebeau, Mayence, 1995, p. 373-380.

▪ F. BÉRARD, La garnison de Lyon à l’époque julio-claudienne, dans Militaires romains en Gaule civile.
Actes de la table ronde de mai 1991, Lyon, 1993, p. 9-22.

▪ F. BÉRARD, La cohorte urbaine de Lyon : une unité à part dans la Rangordnung ?, dans La hiérarchie
(Rangordnung) de l’armée romaine sous le Haut-Empire. Actes du congrès de Lyon (15-18 septembre 1994),
Lyon, 1995, p. 373-382.
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AUTEURS
MONIQUE DONDIN-PAYRE
Directrice de recherche, Centre national de la recherche scientifique
38, rue de Groussay - F-78120 Rambouillet

MARIE-THÉRÈSE RAEPSAET-CHARLIER
Professeur honoraire de l’Université Libre de Bruxelles
8, rue des Houblonnières - B-5000 Namur
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Bibliographie générale

(voir aussi les bibliographies spécifiques de chaque contribution)

I. Sources épigraphiques
Corpus Inscriptionum Latinarum

CIL XII ▪ volumen XII, Inscriptiones Galliae Narbonensis Latinae, ed. O. Hirschfeld, Berlin, 1888.

CIL
▪ volumen XIII, Inscriptiones trium Galliarum et Germaniarum Latinae
XIII

▫ pars I, fasciculus I, Inscriptiones Aquitaniae et Lugdunensis, ed. O. Hirschfeld, Berlin, 1899.

▫ pars I, fasciculus II, Inscriptiones Belgicae, ed. O. Hirschfeld et C. Zangemeister, Berlin, 1904.

▫ pars II, fasciculus I, Inscriptiones Germanicae supertons, ed. C. Zangemeister (et O. Hirschfeld), Berlin, 1905.

▫ pars II, fasciculus II, Inscriptiones Germaniae inferioris, Miliaria Galliarum et Germaniarum, ed. Th. Mommsen,
O. Hirschfeld et A. v. Domaszewski, Berlin, 1907.

▫ pars III, Instrumentum domesticum, fasc. I, ed. O. Bohn, 1901 ; fasc. II, O. Bohn, E. Espérandieu, Berlin, 1906.

▫ pars IV, Addenda ad partes primam et secundam, ed. O. Hirschfeld et H. Finke, Berlin, 1916.

CIL ▪ volumen XVI, Diplomata militaria, ed. H. Nesselhauf, Berlin, 1936 ; Supplementum, ed. H. Nesselhauf, Berlin,
XVI 1955.

CIL ▪ volumen XVII, II. Miliaria Imperii Romani provinciarum Narbonensis, Galliarum, Germaniarum, ed. G. Walser,
XVII Berlin, 1986.

NB : Dans les tableaux, sauf mention contraire, les numéros d’inscriptions sans recueil précisé
renvoient au CIL XIII.
18

Compléments et autres recueils

AE ▪ L’Année épigraphique.

AD ▪ A. ALLMER et P. DISSARD, Inscriptions du musée de Lyon, Lyon, 1888-1893.

▪ Les inscriptions latines de Gaule Narbonnaise, Actes de la table ronde d’Alba, 2-3 juin 1989, Travaux du
Alba
Centre Camille Jullian 10, Nîmes, 1992.

▪ E. SCHALLMAYER et al., Der romische Weihebezirk von Osterburken. I. Corpus der griechischen und
CBI
lateinischen BeneficiarerInschriften des Romischen Reiches, Stuttgart, 1990.

F ▪ H. FINKE, Neue Inschriften, BRGK 17,1927, p. 1-107 et 198-231.

Genavae ▪ J.-L. MAIER, Genavae Augustae. Les inscriptions romaines de Genève, Genève, 1983.

▪ M. CHRISTOL (Dir.), Inscriptions antiques de la cité de Nîmes, IACN-21, Cahiers des musées… de Nîmes
IACN
11, Nîmes, 1991.

IAMaroc ▪ J. GASCOU (Éd.), Inscriptions antiques du Maroc. 2. Inscriptions latines, Paris, 1982.

IGR ▪ R. CAGNAT et al., Inscriptiones Graecae ad res Romanas pertinentes, 3 vol., Paris, 1911-1927.

▪ B. et H. GALSTERER, Die romischen Steininschriften aus Köln, Wiss. Kat. röm.-germ. Mus. 2, Cologne,
IKöln
1975 ; complété par

IKoln SI ▫ Neue Inschriften aus Köln. Funde der Jahre 1974-1977, Ep. Stud. 12,1981, p. 225-264.

IKoln S II ▫ Neue Inschriften aus Köln. II. Funde der Jahre 1980-1982, Ep. Stud. 13,1983, p. 167-206.

ILA ▪ Inscriptions latines d’Aquitaine

ILA Nitiobroges ▫ B. FAGES et L. MAURIN, ILA Nitiobroges, publié dans Revue de l’Agenais, suppl. au no 118,1991.

ILA Santons ▫ L. MAURIN, ILA Santons, Bordeaux, 1994.

ILA Vellaves ▫ B. RÉMY, ILA Vellaves, Bordeaux, 1995.

ILA Arvernes ▫ B. RÉMY, ILA Arvernes, Bordeaux, 1996.

▪ A. DEMAN et M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, Les inscriptions latines de Belgique, U.L.B, Fac. Philosophie et
ILB
Lettres, Sources et Instruments VII, Bruxelles, 1985.

▪ X. DUPUIS, Recherches sur les inscriptions latines de la Belgique seconde, Lille, Thèse III e cycle dactyl.,
ILBelgSec
1982.

ILGN ▪ E. ESPÉRANDIEU, Inscriptions latines de Gaule (Narbonnaise), Paris, 1929.

▪ B. RÉMY, coll. F. BERTRANDY et al., Inscriptions latines de Haute Savoie, Bibl. études savoisiennes 3,
ILHS
Musée-Château d’Annecy, 1995.

ILLRP ▪ A. DEGRASSI, Inscriptiones Latinae Liberae Rei Publicae, 2. vol., Florence, 1957-1963.

ILN ▪ Inscriptions latines de Narbonnaise, 44e suppl. à Gallia.

ILN Fréjus ▫ J. GASCOU et M. JANON, ILN I, Fréjus, Paris, 1985.


19

ILN Antibes, ou
▫ A. CHASTAGNOL, ILN II, Antibes, Riez, Digne, Paris, 1992.
Riez, ou Digne

ILN Aix-
▫ J. GASCOU, ILN III, Aix-en-Provence, Paris, 1995.
enProvence

ILN Apt ▫ J. GASCOU, Ph. LEVEAU et J. RIMBERT, ILN IV, Apt, Paris, 1997.

▪ H. DESSAU, Inscriptiones Latinae Selectae, 3 vol., Berlin, 1892-1916 (anast. : Berlin, 1962, Groningen,
ILS
1968, et Chicago, 1979).

ILTG ▪ P. WUILLEUMIER, Inscriptions latines des Trois Gaules, Paris, 1963.

IRT ▪ J. M. REYNOLDS et J. B. WARD-PERKINS, The Inscriptions of Roman Tripolitania, Rome, 1952.

ISchweiz ▪ E. HOWALD et E. MEYER, Die Römische Schweiz. Texte und Inschriften mit Übersetzung, Zurich, 1940.

▪ W. BINSFELD, K. GOETHERT-POLASCHEK et L. SCHWINDEN, Katalog der römischen Steindenkmäler des


KTrier
Rheinischen Landesmuseums Trier, Mayence, 1988.

Lyonnaise ▪ Inscriptions latines de Gaule Lyonnaise, coll. CERGR 10, Lyon, 1992.

▪ H. NESSELHAUF, Neue Inschriften aus dem römischen Germanien und den angrenzenden
N
Gebieten, BRGK 27, 1937, p. 51-134.

Nehalennia ▪ P. STUART et al., Deae Nehalenniae. Gids bij de tentoonstelling, Middelbourg, 1971.

▪ Les inscriptions latines de Gaule Narbonnaise, Actes de la table ronde de Nîmes, 25-26 mai 1987, Travaux
Nîmes
du Centre Camille Jullian 3, Nîmes, 1989.

▪ H. NESSELHAUF et H. LIEB, Dritter Nachtrag zu C.I.L. XIII, Inschriften aus den germanischen
N-L
Provinzen und dem Treverergebiet, BRGK 40,1959, p. 120-229.

Orange ▪ A. PIGANIOL, Les documents cadastraux de la colonie romaine d’Orange, 16e suppl. à Gallia, Paris, 1962.

▪ E. ESPÉRANDIEU, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, 11 vol. et 4 suppl.,
RBR
Paris, 1907-1938 (anast. 1965-1966).

▪ R.-G. COLLINGWOOD et R.-P. WRIGHT, The Roman Inscriptions of Britain. I. Inscriptions on Stone, Oxford,
RIB
1965.

RIS ▪ G. WALSER, Römische Inschriften in der Schweiz, 3 vol., Berne, 1979-1980.

RIT · ▪ G. ALFÖLDY, Die romischen Inschriften von Tarraco, Berlin, 1975.

▪ Μ. M. ROXAN, Roman Military Diplomas 1954-1977, Londres, 1978 ; 1978-1984, Londres, 1985 ;
RMD *
1985-1993, Londres, 1994.

RS · ▪ M. CRAWFORD (Éd.), Roman Statutes, Londres, 1996.

▪ U. SCHILLINGER-HAEFELE, Vierter Nachtrag zu CIL XIII und zweiter Nachtrag zu Fr. Vollmer,
S-H Inscriptiones Bavariae Romanae, Inschriften aus dem deutschen Anteil der germanischen
Provinzen und des Treverergebietes sowie Rätiens und Noricums, BRGK 58,1977, p. 447-604.

SPEIDEL ▪ M. P. SPEIDEL, Die Denkmaler der Kaiserreiter Equites singulares Augusti, Cologne, 1994.

STÄHELIN ▪ F. STÄHELIN, Die Schweiz in römischer Zeit, Bâle, 19483.


20

II. Onomastique et municipalisation

ALFÖLDY, ▪ G. ALFÖLDY, Die Personennamen in der romischen Provinz Dalma tia, Beitr. zur Namenforsch.
Personennamen Beih. 4, Heidelberg, 1969.

▪ A. CHASTAGNOL, La Gaule romaine et le droit latin. Recherches sur l’histoire administrative et sur la
CHASTAGNOL, romanisation des habitants.
Gaule Scripta varia 3, Coll. CERGR 14, Lyon, 1995 comprend plusieurs articles sur l’onomastique et
la municipalisation :

CHASTAGNOL, ▫ Les cités de la Gaule romaine, dans Sept siècles de civilisation romaine vus d’Autun, Autun, 1985,
Cités Gaule p. 85-100 = p. 13-26.

▫ L’organisation du culte impérial dans la cité à la lumière des inscriptions de Rennes, dans A. M.
CHASTAGNOL,
ROUANNET-LIESENFELT, La civilisation des "Riedones" , 9e suppl. à Archéologie en Bretagne, Brest,
Culte
1980, p. 187-199 = p. 29-35.

CHASTAGNOL, ▫ La frontière provinciale entre Belgique et Lyonnaise à l’époque gallo-romaine dans sa partie
Frontière occidentale, p. 37-47.

CHASTAGNOL,
▫ L’onomastique de type pérégrin dans les cités de la Gaule Narbonnaise, MEFRA, 102,1990,
Onomastique
p. 573-593 = p. 51-71.
pérégrine

CHASTAGNOL, ▫ Considérations sur les municipes latins du premier siècle apr. J.-C., dans L’Afrique dans l’Occident
Municipes romain, coll. EFR 134, Rome, 1990, p. 351-365 = p. 73-87.

CHASTAGNOL,
▫ A propos du droit latin provincial, Iura 38,1987, p. 1-24 = p. 89-112.
Droit latin provincial

CHASTAGNOL, ▫ Les cités de la Gaule Narbonnaise. Les statuts, dans Actes du Xe Congrès international d’épigraphie
Cités Narbonnaise grecque et latine. Nîmes, 4-9 octobre 1992, Paris, 1997, p. 51-73 = p. 113-129.

▫ Coloni et incolae. Note sur les différenciations sociales à l’intérieur des colonies romaines de
CHASTAGNOL, peuplement dans les provinces de l’Occident (Ier s. av. J.-C.-Ier s. ap. J.-C.), dans Splendidissima civitas.
Coloni Études d’histoire romaine en hommage à la mémoire de François Jacques, Paris, 1996, p. 13-25 =
p. 131-141.

CHASTAGNOL, ▫ Société et droit latin dans les provinces des Alpes occidentales, dans Savoie et Région alpine. Actes
Alpes du 116e congrès National des Sociétés Savantes, Chambéry, 1991, p. 35-47 = p. 143-154.

CHASTAGNOL, ▫ Considérations sur les gentilices des pérégrins naturalisés romains dans les Gaules et les
Gentilices provinces des Alpes, BSNAF 1993, p. 167-183 = p. 155-166.

CHASTAGNOL,
▫ Les changements de gentilice dans les familles romanisées en milieu de tradition celtique,
Changements de
p. 167-180.
gentilice

CHASTAGNOL,
▫ Le problème de la diffusion du droit latin dans les Trois Gaules, p. 181-190.
Droit latin Gaules

▪ F. JACQUES, Le privilège de liberté : politique impériale et autonomie municipale dans les cités de
JACQUES, Privilège
l’Occident romain (161-244), Collection de l’École française de Rome 76, Rome, 1984.

JULLIAN ▪ C. JULLIAN, Histoire de la Gaule, 4-6, Paris, 1920 (anast. Bruxelles, 1964).
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KRIER,
▪ J. KRIER, Die Treverer ausserhalb ihrer Civitas, Trèves, 1981.
Treverer

▪ D. LADAGE, Stadtliche Pries ter- und Kultämter im lateinischen Westen des Imperium Romanum zur
LADAGE
Kaiserzeit, Cologne, 1971 (diss.).

LAMBERT ▪ P.-Y. LAMBERT, La langue gauloise, Paris, 1994.

MARICHAL,
▪ R. MARICHAL, Les graffites de La Graufesenque,47e suppl. à Gallia, Paris, 1988.
Graufesenque

MAURIN,
▪ L. MAURIN, Saintes antique des origines à la fin du IVe siècle, Saintes, 1978.
Saintes

▪ A. MÓCSY, R. FELDMANN, E. MARTON et M. SZILÁGYI, Nomenclator provinciarum Europae


Nomenclator
Latinarum et Galliae Cisalpinae cum indice inverso, Diss. Pann. ser. 3 vol. 1, Budapest, 1983.

Onomastique ▪ L’onomastique latine. Paris, 13-15 octobre 1975, coll. intern. CNRS 564, Paris, 1977.

PFLAUM
▪ H.-G. PFLAUM, Le marbre de Thorigny, Bibl. EPHE, Sc. hist. et philol., fasc. 292, Paris, 1948.
Thorigny

PIR2 ▪ Prosopographia Imperii Romani, saec. I. II. III., editio altéra, Berlin, 1933-.

▪ H. DEVIJVER, Prosopographia militiarium equestrium quae fuerunt ab Auguste ad Gallienum, 5 vol.,


PME
Louvain, 1976-1993.

R.-CH., ▪ M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, Diis deabusque sacrum. Formulaire votif et datation dans les Trois
DDS Gaules et les Deux Germanies, Paris, 1993.

▪ M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, Les Gaules et les Germanies, dans CI. LEPELLEY (Dir.), Rome et
R.-CH.,
l’intégration de l’Empire (44 av. J.-C. - 260 apr. J.-C.). Tome 2. Approches régionales du Haut-Empire
Intégration
romain, Nouvelle Clio, Paris, 1998, p. XXX-XLVI et 143-195.

▪ H. SOLIN et O. SALOMIES, Repertorium nominum gentilium et cognominum Latinorum,


Repertorium
Alpha-Omega Reihe A, 80, Hildesheim - Zurich - New York, 1988.

RUPPRECHT, ▪ G. RUPPRECHT, Untersuchungen zum Dekurionenstand in den nordzvestlichen Provinzen des


Dekurionenstand romischen Reiches, Kallmünz, 1975.

▪ F. VITTINGHOFF, Civitas Romana. Stadt und politisch-soziale Intégration im Imperium Romanum


VITTINGHOFF
der Kaiserzeit, Stuttgart, 1994 comprend plusieurs articles :

VITTINGHOFF, ▫ »Stadt« und Urbanisierung in der griechisch-römischen Antiken, HZ 226, 1978, p. 547-563
Stadt = p. 11-24.

▫ Römische Stadtrechtsordnungen, dans Romische Kolonisation und Bürgerrechtspolitik unter


VITTINGHOFF,
Caesar und Augustus, Abh.
Stadtrechtsordnungen
Akad. Wiss. Mainz 14, 1972, p. 19-48 = p. 25-56.

VITTINGHOFF, ▫ Die politische Organisation der romischen Rheingebiete in der Kaiserzeit, dans Convegno
Rheingebiete intemazionale Renania Romana, Atti dei convegni Lincei 23, Rome, 1976, p. 73-94 = p. 66-88.

▫ Die Entstehung von stadtischen Gemeinwesen in der Nachbar schaft römischer Legionslager - Ein
VITTINGHOFF,
Vergleich Leóns mit den Entwicklungslinien im Imperium Romanum, dans Legio VII Gemina, León,
León
1970, p. 337-352 = p. 106-123.
22

Das Problem des "Militärterritoriums" in der vorseverischen Kaiserzeit, dans Atti del convegno
VITTINGHOFF, internazionale sul tema : I diritti locali nelle province Romane con particolare riguardo alla condizione
Militärterritorium giuridica del suolo, Roma 1971, Acc. Naz. dei Lincei, Problemi attuali di scienza e di cultura,
Quaderno 194, Rome, 1974, p. 109-124 = p. 124-139.

VITTINGHOFF, ▫ Die rechtliche Stellung der canabae legionis und die Her kunftsangabe castris, Chiron 1, 1971,
Canabae p. 299-318 = p. 140-159.

VITTINGHOFF, ▫ Zur römischen Municipahsierung des lateinischen Donau Balkansraumes. Methodische


Municipalisierung Bemerkungen, dans ANRW, II, 6, 1977, p. 3-51 = p. 160-217.

▫ Die Struktur der spätantiken Stadt, dans Vor- und Frühformen der europaischen Stadt im
VITTINGHOFF,
Mittelalter, Abh. Akad. Wiss.
Struktur
Göttingen 19, 1973, 1, p. 92-101 = p. 218-249.

WEISGERBER, ▪ L. WEISCERBER, Rhenania Germano-Celtica, Bonn, 1969.


Rhenania Ce recueil de contributions comprend notamment :

▫ Sprachwissenschäftliche Beiträge zur frührheinischen Siedlungs-und Kulturgeschichte I,


RhM 84, 1935, p. 288-359 = p. 103-149.

▫ Zum Namengut der Germani Cisrhenani, Annalen des Historischen Vereins für den Niederrhein
insbesondere das alte Erzbistum Köln 155-156,1945, p. 35-61 = p. 275-296.

▫ Die sprachliche Schichtung der Mediomatriker, RhVbl 18, 1953, p. 245-276 = p. 213-236.

▫ Die sprachliche Schichtung der frührheinischen Personennamen, dans VI Intemationaler Kongress


für Namenforschung, Kongressberichte I, 2,1960, p. 94-104 = p. 378-384.

WEISGERBER,
▪ L. WEISGERBER, Die Namen der Ubier, Cologne - Opladen, 1968.
Ubier
23

La municipalisation de la Gaule
Narbonnaise
Michel Christol

1 Par municipalisation on entendra l'établissement de formes d'organisation civique,


semblables à celles qui existaient à pareille époque dans l'Italie romaine, à l'initiative des
autorités romaines ou avec leur acquiescement. Mais en Italie, dans un pays marqué par
l'issue politique de la guerre sociale, cette variété des formes suscitait un dépassement
des diversités locales, et produisait un véritable processus d'intégration, à tout le moins
en facilitait la réalisation. Peut-être même que ces formes d'organisation civique ainsi
associées, pour la plupart anciennes, puisque les colonies romaines, les colonies latines,
les municipes, avaient déjà, au début du Ier siècle avant J.-C., une longue histoire derrière
eux, apparaissaient mieux articulées entre elles, composant les différentes voies d'un
modèle politique et social propre à être diffusé ou appliqué ailleurs. En effet, la Cisalpine
avait constitué au même moment un champ d'application, dont l'originalité venait du fait
qu'il s'agissait d'une province, c'est-à-dire d'un pays organisé pour l'essentiel comme un
pays soumis, qui plus est un pays dont les populations indigènes étaient reconnues, du
point de vue de leur culture, comme étrangères. À partir du moment où de telles mesures,
valant pour l'ensemble d'une province, venaient à être appliquées à cette échelle, et
paraissaient porter des fruits, l'approche de la question de la municipalisation était
intimement liée, non seulement à celle de la diffusion du droit de cité romaine, mais
encore à celle des voies intermédiaires, de caractère institutionnel, conduisant
progressivement les communautés pérégrines à ce qui apparaissait comme un optimum,
c'est-à-dire la mise en place de petites cités considérées comme partie de la grande cité
romaine.

I. L'horizon du Pro Fonteio


2 Dans cette optique, la place du Pro Fonteio est importante, car ce discours cicéronien
permet d'appréhender pour la première fois la Gaule Transalpine comme une totalité. Et,
quelles que soient les intentions de l'orateur, cette totalité est campée par rapport à l'
imperium populi Romani dans ce qu'il a de fondamental, à savoir la réalisation et le
24

maintien d'une domination militaire. Jusque là, on sait bien peu de choses, bien moins en
tout cas que pour la péninsule ibérique, il est vrai plus anciennement prise en mains par
Rome1. Cependant, même le Pro Fonteio ne permet pas de dresser un tableau totalement
satisfaisant : il est autant significatif par ses silences que par les renseignements qu'il
apporte. Il nous place dans la décennie 80-70 av. J.-C., c'est-à-dire au lendemain des
grandes décisions politiques qui contribuèrent à l'organisation de l'Italie.
3 Rappelons que l'argumentation de Cicéron repose sur une nette opposition, faite dans les
plus vifs contrastes, entre les peuples gaulois de Transalpine d'une part, Rome, ses
partisans et ses représentants de l'autre2. Ces peuples provinciaux sont des barbares. Il est
question de nationes (5,13 ; 13, 30), parfois de civitates (5, 12), et dans un cas, celui des
Rutènes (dit provinciales par César, quelques années plus tard), ce peuple est gratifié de la
possession d'un aerarium, à l'image de l'aerarium populi Romani (3, 4). Mais Cicéron se laisse
aller à l'ironie et aux sarcasmes, il manie la dérision, et il semble bien difficile de dégager
du passage en question que ce peuple avait des institutions financières comparables à
celles du peuple romain. Il faut se garder, à ce sujet, d'une interprétation littérale. En tout
cas, ce ne sont pas ces témoignages qui permettent d'apprécier les structures politiques
et les institutions des communautés provinciales. Cicéron, comme plus tard César, doit
trouver les mots latins aptes à décrire les réalités provinciales afin de les rendre
accessibles à ceux qui l'écoutent. Puis, quand il évoque les Rutènes, apparemment si
proches de la cité romaine et de ses institutions, il procède par provocation en
développant un parallèle qui est plutôt un paradoxe : l'affirmation d'une identité des
institutions doit susciter un réflexe de doute et conduire au sentiment d'une distance
infranchissable.
4 Face aux provinciaux, présentés comme d'irréductibles adversaires de Rome, se trouvent
les représentants de Rome et les partisans de sa domination.
5 D'abord Narbonne, Narbo Martius, colonia nostrorum civium, spécula populi Romani ac
propugnaculum istis ipsis nationibus oppositum et objectum (5, 13). Elle devient rempart du
peuple romain dans ces passages pleins de références martiales3. Ailleurs les
ressortissants de cette communauté sont appelés coloni Narbonenses (6,14), coloni vestri
(6,15, en s'adressant aux juges). Cicéron évoque alors le iudicium colonorum populi Romani
Narbonensium (20, 34), comme si un décret municipal venait porter témoignage de l'appui
de la colonie, et il poursuit en précisant combien ces gens soutiennent son client :
propugnat… pro salute M. Fontei Narbonensis colonia (20, 46). Mais, dans ce contexte
conflictuel, qui appelle des images ou des références belliqueuses, Narbonne est toutefois
isolée comme communauté civique prolongeant la cité romaine4.
6 Puis l'on trouve Marseille : urbs Massilia, fortissimorum fidelissimorumque sociorum (5,13), ce
qui met aussi en évidence un contexte guerrier et les contraintes militaires de l'alliance.
Elle apparaît aussi plus simplement sous d'autres expressions, plus banales : Massiliensium
civitas (6, 14), ou bien amicissimi et antiquissimi socii (7,15), ou bien Massiliensium cuncta
civitas (20, 45). Comme Narbonne, elle a pu apporter un témoignage de soutien à Fonteius :
iudicium… fidelissimorum sociorum Massiliensium (15, 34). Marseille, cité grecque, est la seule
cité qui se soit placée aux côtés de Rome5.
7 Il y a, enfin, un troisième groupe, dont l'existence s'explique par le contexte général de
l'histoire de la Transalpine à cette époque, profondément marquée par l'intense mise en
valeur au profit d'Italiens, car cette province était devenue terre d'exploitation. La
Transalpine est peuplée de nombreux citoyens romains : ceux-ci constituent la troisième
25

partie du camp romain (5, 12 ; 7, 15 : ils sont alors appelés negotiatores vestri). Ils
apparaissent dans 15, 34, aux côtés des Marseillais et des Narbonnais : omnes illius
provinciae publicani, agricolae, pecuarii, ceteri negotiatores uno animo M. Fonteium atque una
voce defendunt (20,46).
8 De ce tableau, valable certainement pour la période du gouvernement de Fonteius (76-74
av. J.-C.) et pour une période un peu plus large s'étendant avant et après ce bref laps de
temps, quelques considérations générales peuvent être dégagées.
En premier, l'absence de tout autre colonie que Narbonne, qu'il s'agisse de colonie
romaine, ce qui est évident, ou de colonies latines, ce qui a été récemment remis en
question. En effet, en estimant que Aix-en-Provence avait été le lieu d'établissement
d'une colonie latine dès les années 120 av. J.-C., on se donnait la possibilité de
démultiplier les hypothèses de fondations semblables entre la date d'établissement de la
puissance romaine et l'époque césarienne6. Il est toutefois difficile d'argumenter à partir
de Strabon, évoquant l'installation d'une garnison de Romains (Geogr. 4, 1, 5 : ἐντα θά τε
φρουρὰν κατῴκισε ‘Ρωμαίων) par les soins de Caius Sextius Calvinus, sur le rôle militaire
qu'aurait pu tenir une éventuelle colonie latine7. Si la Periocha 61 de Tite Live mentionne
bien une fondation à l'issue de la défaite des Salyens, l'analyse serrée des documents à
laquelle a procédé J. Gascou, montrerait qu'il ne faut pas surestimer la portée de ce
passage, qui ne s'accorde pas avec les autres données du dossier, et que le procédé de
résumé aurait pu conduire à la formulation d'une phrase imbriquant des données qui
n'étaient pas nécessairement aussi étroitement liées dans le texte de l'historien8. Mais à
l'époque de Tite Live, Aix-en-Provence était sans aucun doute une colonie latine. Il semble
nécessaire de prendre aussi en compte, dans la discussion, le passage du Pro Fonteio, et
l'argument du silence. Cicéron faisait tout pour grossir l'animosité des peuples gaulois
contre Rome afin de réévaluer l'œuvre de Fonteius. Il lui importait peu de mettre en
évidence l'isolement de Narbonne et de Marseille. Eut-il pu trouver des colonies latines en
Transalpine, n'aurait-il pas montré leur faiblesse ou leur impuissance face aux peuples
indigènes menaçants ? Ne les aurait-il pas mentionnées, comme Narbonne, propugnaculum
istis ipsis nationibus oppositum et obiectum (4, 3) ? Ne les aurait-il pas citées en évoquant un
combat semblable à celui des Narbonnais (20, 46) ? Il est difficile d'admettre que si
d'autres colonies à vocation militaire avaient été établies, Cicéron n'eût point eu envie de
les mentionner9.
9 Une autre donnée qui se dégage du discours de Cicéron concerne l'absence de tout autre
forme d'intégration organisée, comme le droit latin. La situation de la Transalpine vers
80-70 av. J.-C. n'est pas celle de la Cisalpine, qui avait bénéficié en 89 av. J.-C. des
dispositions de la lex Pompeia, accordant le droit latin aux peuples provinciaux 10. Rien de
tel ne se trouvait vraisemblablement dans les décréta de Pompée, qui organisaient alors la
province, à la veille du gouvernement de Fonteius, lorsqu'il traversa la province mal
soumise, afin d'affronter Sertorius en Péninsule ibérique11. Les décisions de Pompée
avaient en particulier un contenu tributaire ; elles concernaient d'une part les modalités
d'utilisation ou d'exploitation, bref le droit du sol dans certaines parties de la province, et
elles comportaient d'autre part des clauses relatives à des avantages accordés aux
Marseillais12. Ces décisions, qui avaient une portée générale, pouvaient s'accompagner de
mesures plus conjoncturelles liées à l'effort de guerre et à l'organisation provisoire de la
Transalpine comme base d'arrière pour la guerre en Péninsule ibérique. Pour ce qui
concerne les dispositions générales, le Pro Fonteio fait allusion à des confiscations de terres
(6,14) : dicunt qui ex agris ex Cn. Pompei decreto decedere sunt coacti. De son côté, le Bellum
26

civile du corpus césarien fait état des faveurs accordées aux Marseillais (1, 35) : quorum
alter agros Volcarum Arecomicorum et Helviorum publice iis concessit, alter bello victos Sallyas
adtribuerit vectigaliaque auxerit. Ce ne sont pas les mêmes choses. Dans le second cas, il
s'agit d'attribution de revenus de l'ager publicus, sans que soient nécessairement modifiés
les modes de possession et les modes d'exploitation du sol ; dans le premier cas, il s'agit,
par suite d'une punition, de dépossession de terres, mais ces terres étaient déjà entrées
dans l'ager publicus par la conquête des périodes précédentes. Cette décision impliquait
vraisemblablement, pour qu'il y ait punition des adversaires de Rome, le transfert du
droit d'exploitation à d'autres que les anciens occupants. Ce type de transfert foncier
s'était déjà produit à plusieurs reprises. Dans un cas, il s'était traduit par la création d'une
colonie romaine sur un espace dégagé de ses anciens occupants et transféré à des citoyens
à titre privé : celle de Narbonne. Dans d'autres cas, au moins une fois avant l'époque du
Pro Fonteio, si l'on se réfère aux données du Pro Quinctio, qui date de 81 av. J.-C., il s'était
traduit par une mise en exploitation de l'ager publicus sous des formes neuves 13. Cette
situation nouvelle avait dû être accompagnée d'une mesure des terres et du déroulement
des procédures spécifiques pour attribuer le droit d'exploitation sinon la possession du
sol. Elle entraînait aussi une transformation des méthodes d'exploitation14. On reviendra
sur ce point.
10 Mais, quelles que soient les conclusions limitées que l'on peut dégager de l'analyse du Pro
Fonteio, on ne peut ignorer l'existence d'un certain nombre de phénomènes économiques
et sociaux dont les effets seront sensibles un peu plus tard.
11 1) Une présence de citoyens romains, liée, dans certaines parties de la province, à la mise
en valeur de l'ager publicus et des ressources provinciales. Ce fait est assurée par plusieurs
passages du discours. Le principal d'entre eux concerne l'expulsion des indigènes vaincus,
par décision du Sénat (Pro Fonteio 6, 13) : qui proxime fuerant (hostes), eos ex iis agris quibus
erant multati decedere coegit. On peut rapprocher ce passage de 4, 14, qui indiquerait qu'il
s'agit là de l'application des décisions de Pompée. Comme nous l'avons soutenu plus haut,
il ne s'agit pas simplement du passage de ces terres de vaincus dans l'ager publicus populi
Romani. Elles s'y trouvaient depuis longtemps. Il s'agit d'une expulsion, retirant aux
anciens occupants l'usage du sol, en transformant l'affectation, ce qui s'accompagnait
d'une nouvelle forme de mise en valeur par les nouveaux occupants. Alors que Rome avait
pu, dans bien des cas, laisser aux provinciaux l'usage de leurs terres, ici il ne s'agissait pas
de récompenser d'autres provinciaux fidèles15, mais plutôt d'un transfert de possession,
s'accompagnant de changements dans l'exploitation : cadastration, concession des terres
(par vente questorienne le plus souvent), mainmise par des nouveaux exploitants rompus
à des méthodes d'exploitation élaborées en Italie. Ce transfert au profit d'Italiens avait pu
commencer un peu plus tôt, puisqu'il faut tenir compte des renseignements fournis par le
Pro Quinctio, qui concernent une période encore plus ancienne. Mais il semblerait que
cette politique ait été reprise et développée à l'époque de Pompée et de Fonteius, donnant
naissance à la mainmise d'exploitants issues d'Italie sur un certain nombre de zones
rurales. Mais, hormis l'hinterland de Narbonne, en direction du nord-est, ce que l'on
appelle le cadastre pré-colonial de Béziers, ou Béziers B, on ne sait pas avec une précision
suffisante si d'autres secteurs de la province furent touchés précisément par ces
expulsions d'indigènes, et par leur confinement dans des espaces strictement vivriers. Les
premières cadastrations concernent toutes les environs de Narbonne, c'est-à-dire le
Languedoc occidental et le Roussillon, par où s'effectuait la liaison avec la province de
Citérieure16. Quelques zones du Languedoc oriental et de la vallée du Rhône auraient pu
27

également être touchées : par hypothèse, on peut se demander s'il n'en fut pas ainsi dans
la zone correspondant au cadastre B d'Orange, au nord de plusieurs villes, Arausio,
Avennio, Cabellio, qui faisaient partie du pays cavare et auraient pu entrer, à l'image
d'Avignon, dans le groupe des villes de Marseille (voir plus bas). L'organisation de ces
nouveaux venus, exploitants venus d'Italie, est mal connue, mais il est vraisemblable
d'envisager qu'ils n'entrèrent que plus tard dans la composition des communautés
provinciales, à l'époque de la municipalisation. Toutefois, Cicéron les dénombre, peut-
être d'une façon générique, en évoquant dans une énumération remarquable par son
amplitude, les agricolae, les pecuarii, et les publicani : les deux premières catégories étaient
intéressées par l'exploitation du territoire, la troisième par la perception des revenus,
dont certains étaient liés à l'exploitation du sol.
12 2) On ne devra pas oublier, aussi, le rôle important de Narbonne comme plaque tournante
des grands trafics commerciaux en Occident : on peut le dégager aussi d'un passage de
Posidonios d'Apamée, inclus dans la Géographie de Strabon (4, 1, 12). Mais de Narbonne
s'irradie la présence des trafiquants italiens vers l'Ouest et vers le Nord-Ouest, ainsi que
vers le Sud-Ouest, le long de la côte catalane. Les trafics du vin italien, puis catalan à
partir des années 40 av. J.-C., l'exploitation des ressources minières du rebord méridional
du Massif central attirèrent des négociants italiens, dont on entrevoit parfois le rôle par
l'épigraphie, lapidaire, amphorique, et même tégulaire17. Mais toutes ces situations
entrent dans la problématique de la pré-municipalisation. Cicéron ferait entrer ces
personnages dans la catégorie des nostri ou des vestri.
13 3) L'existence de garnisons, comme celle d'Aix-en-Provence. D'autres peuvent avoir été
établies durablement, en raison de l'agitation qui troubla à plusieurs reprises la
Transalpine18. Pompée, pour sa part, replia son armée dans cette zone d'arrière, afin
qu'elle hiverne (7, 16), lors du gouvernement de Fonteius. Par rapport à la péninsule
ibérique voisine, les phénomènes sociaux liés à l'établissement et au maintien de la
domination romaine sont peut-être de moindre importance et de moindre grande
ampleur dans le temps. Ils sont aussi moins bien connus. Furent-ils pour autant
inexistants ? Les groupes concernés entrent toutefois dans la problématique de la
prémunicipalisation.
14 L'horizon du Pro Fonteio est, du point de vue qui nous intéresse, un horizon pauvre. Mais il
n'y a pas lieu de soupçonner la valeur globale des maigres renseignements que l'on peut
en tirer, ni le tableau sommaire que l'on peut en dégager. Il permet d'attirer l'attention
sur la présence d'un élément italien autre que le groupe des colons de Narbonne. Mais il
laisse dans l'inconnu toutes les questions relatives au milieu indigène et à ses modes
d'organisation politique.
15 Ce dernier est connu fragmentairement, par les monnayages locaux, parfois par
l'épigraphie gallo-grecque, qui souffre toutefois d'incertitudes chronologiques,
accessoirement par quelques allusions des sources classiques. Elles montrent un
développement des communautés vers des formes proches de la cité classique,
notamment dans l'arrière-pays de Marseille19.
28

II. La préhistoire de la formula provinciae transmise par


Pline l'Ancien
16 On pourrait prolonger jusqu'à César la période qu'a servi à caractériser le Pro Fonteio.
Mais, par déduction, on doit réserver une place à part à la période qui suit l'élimination
de Sertorius. Elle est modelée aussi par des décisions de Pompée, mais il s'agit de
décisions postérieures de quelques années à celles qu'il édicta lors de son passage en
Transalpine, puisque celui-ci se plaçait au début de la guerre, alors que celles dont on
peut, par hypothèse, entrevoir les effets, se placent au terme de celle-ci, quand il
s'agissait de tirer un bilan des opérations et de procéder aux récompenses des soldats. Le
document important, dont l'analyse permet d'encadrer l'évolution de ces vingt années
n'est autre que le passage de Pline l'Ancien qui apporte une longue énumération des
communautés de Narbonnaise en son temps, c'est-à-dire au début de l'époque flavienne 20.
Ce passage (NH 3, 31-37) est composé à partir de sources diverses, qui ne sont pas fondues
par un travail propre de l'historien, mais plutôt juxtaposées, en sorte que l'on peut
discerner assez aisément les articulations du montage opéré par l'auteur. Pline rédige une
introduction qui, bien que brève, rassemble les éléments caractéristiques d'un éloge de la
province et se rapproche par certains aspects de la longue introduction qui ouvre la
partie consacrée à l'Italie (un peu plus loin dans ce même livre 3). Puis il s'engage dans
une présentation du pays. Il envisage, en premier, une présentation qui appuie sur une
description littorale un parcours entre la côte et l'intérieur par une succession de va-et-
vient : il énumère alors un ensemble de regiones, en tout quinze, qui sont autant de sous-
ensembles provinciaux, et il parsème son énumération d'un certain nombre d'indications
relatives à des cités, colonies de vétérans ou cités de droit latin, implantées sur la côte ou
près d'elle. Par la suite il change, non de méthode, mais de source, en énumérant les cités
qui sont in mediterraneo : il nous livre le nom de cette source en la quittant, lorsqu'il écrit
que Galba ajouta à la formula - entendons la formula provinciae -, des peuples qui se
trouvaient précédemment dans la province des Alpes maritimes21. Il passe enfin, pour
conclure, à la dimensuratio provinciarum, œuvre géographique d'Agrippa, dont il extrait les
dimensions principales de la province.
17 Le document, que Pline suit fidèlement dans la partie in mediterraneo, limitant au
minimum ses gloses, ses commentaires et ses interprétations, transparaît d'une façon
évidente. Il informe le récit de l'auteur qui s'est laissé porter par sa source. Celle-ci fut
vraisemblablement rédigée au début de l'époque augustéenne, puisque la liste des oppida
latina, rédigée en ordre alphabétique, comporte dès la lettre A la mention d' Augusta
Tricastinorum, c'est-à-dire la mention d'une ville augustéenne, ce qui donne comme
terminus post quem la date de 27 av. J.-C. Mais, comme il convient aussi de tenir compte de
réaménagements qui affectèrent l'organisation de la grande cité de Nîmes, également
attestés sur le document utilisé, et que ces réaménagements peuvent être datés au plus
tard de 16-15 av. J.-C., sinon même de 22 av. J.-C.22, cette dernière date apporte le terminus
ante quem de la mise en forme de cette formula provinciae. Il convient donc de placer très
vraisemblablement en 27 av. J.-C., au moment du voyage d'Auguste en Gaule méridionale
la confection de cette pièce administrative, classant et ordonnant les communautés
provinciales en deux catégories (et deux seulement) : les colonies de vétérans et les oppida
latina. Nous estimons que ce document, de date augustéenne, fut peu affecté par les
changements administratifs de l'époque augustéenne et julio-claudienne, parce que ces
29

derniers furent peu nombreux. À tout le moins ils n'entrainèrent pas la rédaction d'un
autre document comparable, rendant obsolète la formula augustéenne. Pline avait devant
lui une source qui résumait toute l'histoire des cités de Narbonnaise depuis 27 av. J.-C.
Mais la compilation ordonnée, réalisée à cette date, transmettait aussi, sous forme d'un
bilan, des éléments hérités de l'époque précédente. L'un de ceux-ci, dont la date est
controversée, correspondait à l'octroi du droit latin aux communautés indigènes, sur le
modèle dont avait bénéficié antérieurement la Gaule Cisalpine. Nous reviendrons
constamment par la suite sur les diverses parties de ce document. Mais parmi les
éléments hérités de l'époque pré-augustéenne, quelques-uns peuvent être dégagés, soit
de façon ferme, soit de façon hypothétique.
18 1) Le cas de Ruscino permet de formuler une hypothèse. En effet, dans la présentation du
littoral de la province et des cités qui entame la description de la Narbonnaise, Pline
l'Ancien mentionne des communautés qui, s'il n'avait pas usé de ce procédé, auraient fait
partie de l'énumération plus complète qui apparaît plus loin, dans la longue liste des
oppida latina (NH 3, 36-37). Or, dès sa première phrase, une fois achevé l'éloge de la
province (Italia verus quam provincia), il s'engage dans une présentation du littoral depuis
les Pyrénées : in ora regio Sordorum, intusque Consuaranorum, flumina Tetum, Vernodubrum,
oppida Illiberis, magnae quondam urbis tenue vestigium, Ruscino Latinorum, flumen Atax e
Pyrenaeo Rubrensem permeans lacum… Il ne fait pas de doute que de terme d'oppida doit être
éclairé par l'expression oppida latina qui vient plus loin : Illiberis (Elne) et Ruscino sont des
communautés de droit latin. Pour Ruscino, de plus, ce que l'on sait de l'histoire
institutionnelle de la cité le confirme. L'on ne peut en douter23. On n'en doute pas pour
Maritima Avaticorum (Martigues) 24. Mais pourquoi, dans le nom de cette communauté,
Ruscino Latinorum, a-t-on éprouvé le besoin d'insister sur la communauté de Latini qui s'y
trouvait ? Il ne s'agit pas d'une maladresse pour dire différemment que Ruscino était un
oppidum latinum. Et si Ruscino avait reçu avec d'autres communautés provinciales le droit
latin, puis avait été inscrite dans liste des oppida latina, où Pline la découvrit, l'adjonction
de ce nom de latini dans sa dénomination serait tautologique, en n'apportant rien de plus.
On peut donc se demander si, au moment de la grande diffusion du droit latin, par César
vraisemblablement, Ruscino n'était pas déjà une cité dans laquelle se trouvaient des Latini,
et si la dénomination qu'elle conserva ne peut se comprendre à l'instar de la
dénomination de la colonia libertinorum que reçut Carteia 25. En somme, à l'époque de
l'octroi du droit latin aux cités pérégrines de Transalpine, Ruscino portait le titre qui est
celui transmis par Pline, comme la marque d'un privilège acquis depuis un certain temps.
La cité, par son emplacement, jouait un rôle important dans le contrôle de la Voie
Domitienne au nord du col du Perthus26. Là, Pompée avait érigé un trophée, mentionnant
les peuples et cités vaincus durant la guerre de Sertorius ou à l'occasion de celle-ci. Ce
conflit avait montré l'importance des passages pyrénéens pour assurer de bonnes
relations entre la péninsule ibérique et les armées qui y avaient été engagées et les zones
d'arrière. Si Pompée organisa, sur le piémont des grands massifs pyrénéens le point
d'appui de Saint-Bertrand-de-Comminges, ne peut-on penser qu'il fit davantage encore
au débouché de la traversée des Pyrénées orientales, où venaient confluer la route
ancienne de la Via Domitia et la route plus difficile de la Cerdagne ? 27 II pouvait être tenté
d'y établir des soldats méritants, dans une communauté dotée du droit latin, ce qui
devrait signifier qu'il s'agissait d'une communauté hétérogène. Mais, pour l'instant, si
l'hypothèse est recevable, il s'agirait de la seule communauté provinciale de ce type. De
plus les données de son organisation institutionnelle nous échappent.
30

19 2) Jouèrent un rôle comparable les diverses agglomérations mises en place par les
autorités romaines afin de faciliter la vie collective, là où elle n'était pas suffisamment
coordonnée. On connaît en effet un certain nombre de fora, dont les uns constituèrent
plus tard des centres civiques, et dont les autres furent absorbés par des entités politiques
plus importantes. Cette catégorie concerne Forum Domitii sur la voie Domitienne, Forum
Voconi et Forum Iulii en Provence orientale, enfin Forum Neronis au pied du Massif central.
César avait créé sur la bande de terres côtières enlevées aux Marseillais en 49 av. J.-C., une
de ces agglomérations sur le modèle des fora italiens. Si c'est lui qui octroya le droit latin
aux cités de Narbonnaise, il ne fait pas de doute qu'entre la date de la création et la date
de la fondation de la colonie de vétérans, Fréjus entrait dans la catégorie des oppida latina
28
. Il en fut de même, mais à une date imprécise pour Forum Voconi, que l'on retrouve dans
la liste des oppida latina de Pline l'Ancien. Mais cette agglomération était déjà connue en
43 av. J.-C.29 : elle conservait donc son autonomie à l'époque flavienne, avant d'être plus
tard absorbée dans la cité de Fréjus. En revanche Forum Domitii avait disparu assez
rapidement, en étant fondu dans la grande colonie latine de Nîmes30.
20 3) On doit aussi s'intéresser désormais au développement propre de communautés
provinciales dans l'arrière-pays de Marseille. La cité grecque avait développé des points
d'appui sur le littoral, dont certains devinrent des noyaux de peuplement à l'époque
hellénistique, tel Agde sur le delta de l'Hérault. Mais à côté de ces établissements grecs
existaient les « villes de Marseille », qui ont été définies non comme villes situées dans la
région de Marseille, dans une Massalie difficile à définir, mais comme villes liées
politiquement à la cité grecque31. On a ainsi un témoignage sur Cavaillon et sur Avignon,
nommément connues comme telles par Étienne de Byzance, auteur du VIe siècle ap. J.-C.,
reprenant Artémidore, lui-même auteur du IIIe siècle av. J.-C. Chr. Goudineau a ajouté à
ces deux villes Glanon et le chef-lieu des Καινικηται (les Caenicenses de Pline le Naturaliste),
car ces villes frappèrent, à côté des deux autres, des monnaies d'argent et de bronze avec
des légendes grecques. Toutes ensemble, elles auraient constitué un état fédéral autour
de Marseille, elle-même fédérée à Rome, suivant une interprétation séduisante du Pro
Balbo 50. Trois d'entre elles eurent par la suite un destin remarquable, tandis que
l'histoire des Caenicenses demeure pour l'instant fort obscure 32. L'inventaire de ces
communautés ne peut être exhaustif, et si nous pouvons supposer que d'autres cités
indigènes purent faire partie du groupe des villes de Marseille ce n'est que par analogie
avec la cité d'Avignon et avec son destin ultérieur. Mais il s'agit là d'un élément
proprement provincial, manifestant l'influence de Marseille. Cette question ne peut
prendre appui sur le texte de Pline, mais elle permet d'éclairer, parce qu'elle montre un
développement pré-municipal important sur la rive gauche du Rhône, qu'il pourrait en
être de même sur la rive droite, si l'on s'attarde un instant sur les oppida ignobilia qui font
partie de la grande cité de Nîmes.
21 4) En effet, c'est le même processus de développement interne qui caractérise les petites
communautés qui entourent Nîmes, la métropole, au sein de la confédération des Volques
Arécomiques. Nous ne les connaissons qu'à partir de la documentation sous-jacente chez
Pline l'Ancien, qu'il faut interpréter pour ce qu'il nous apporte dans cette perspective
indirecte. Il s'agit de la mention des vingt-quatre oppida ignobilia qui auraient été attribués
à la colonie latine de Nîmes. Ce renseignement est recoupé par ce qu'indique pour sa part
Strabon (4, 1, 12)33, puisant lui-aussi dans une source d'époque augustéenne, mais de
nature différente de la formula provinciae. On a proposé de comprendre cette mention, qui
correspond à une glose de Pline, comme signifiant que les vingt-quatre oppida ignobilia
31

étaient des oppida latina qui avaient été déclassés. Ils avaient disposé, durant un certain
temps, d'une réelle autonomie, ce qui aurait entraîné, lors de la rédaction de la formula,
leur insertion au sein des oppida latina in mediterraneo, à une place commandée par la
première lettre de leur nom34. Puis, ils auraient perdu cette autonomie, leur nom étant
maintenu dans le document augustéen, mais étant alors affecté d'une indication de perte
d'autonomie. Cette interprétation intéresse non seulement la politique augustéenne, sujet
sur lequel on reviendra plus bas, mais aussi la politique césarienne, puisqu'il faut bien
s'interroger sur les raisons de l'émiettement politique dans la confédération des Volques
Arécomiques vers le milieu du Ier s. av. J.-C. À notre avis, la mention des vingt-quatre
oppida dans la formula, en 27 av. J.-C., signifie qu'à l'époque de l'octroi général du droit
latin aux cités indigènes de Transalpine, il avait fallu prendre en considération cette
situation d'émiettement. Celle-ci révélait une transformation profonde des communautés
indigènes et imposait, tout autant qu'à celles de la rive gauche du Rhône, de reconnaître
leur droit d'acquérir l'autonomie politique, au risque de leur faire souffrir le risque
d'étiolement dans le cadre étroit qui les caractérisait.

III. L'octroi du droit latin


22 Dans le processus de municipalisation, l'octroi du droit latin est un facteur décisif, dans la
mesure où il contribua à faire entrer les aristocraties indigènes dans la cité romaine, par
le biais de l'obtention de la cité romaine per magistratum. Mais la date exacte de l'octroi de
ce privilège aux peuples de Transalpine nous échappe. Cette mesure, qui n'est pas
explicitement affirmée, à l'image de l'octroi du droit latin à l'ensemble des provinces
hispaniques par Vespasien35, est antérieure à la mise en forme de la formula utilisée par
Pline l'Ancien. Cette dernière dut être composée en 27 avant J.-C. : la liste des oppida latina
en ordre alphabétique comporte à la lettre A la mention d'Augusta Tricastinorum ; la
dernière des colonies de vétérans dénommée par le nom de l'unité légionnaire est Fréjus,
fondée peu après Actium et avant 27 ; un certain nombre de « corrections » ont été
apportées vraisemblablement en 22, ce qui implique une rédaction antérieure à cette date
36
. Tous ces éléments permettent de parvenir à la date de 27, date du voyage d'Auguste à
Narbonne, pour la rédaction de cette formula provinciae, dont la trace a subsisté dans le
texte de l'Histoire naturelle.
23 A la date de rédaction de la formula, l'ensemble des communautés qui n'étaient pas
colonies de droit romain disposait du droit latin, qu'il s'agisse de colonies latines ou qu'il
s'agisse de communautés pérégrines n'ayant pas le statut colonial. On admet sans
difficulté que sous le vocable d'oppida latina se retrouvaient ces deux catégories. On est
donc conduit à choisir entre deux hypothèses, qui ne souffrent pas de nombreuses
variantes : soit la généralisation du droit latin se produisit au moment de la mise en
forme de la formula, en 27, et cela fut le fruit de la politique d'Auguste, soit ce phénomène
se produisit à une date antérieure, mais il vaut mieux l'attribuer à César ou à un de ses
premiers successeurs. Dans la mesure où la colonisation latine de César ne peut faire de
doute, et dans le mesure où celle-ci eut pour résultat d'instaurer déjà la tribu Voltinia
comme tribu d'une communauté de droit latin, la généralisation de l'inscription des
citoyens romains issus de ces communautés latines dans cette même tribu pourrait
refléter l'application d'une norme remontant aux origines. En somme César aurait fixé le
cadre de l'application du droit latin. C'est une position envisageable, si l'on veut insister
sur l'importance de l'œuvre césarienne, attestée par ailleurs37. Une autre solution
32

chronologique a été proposée. Elle est peu différente de la précédente, mais ses
implications politiques et sa signification ne sont pas alors tout à fait identiques. Elle vise
à attribuer à Lépide la paternité de cette décision, lorsque ce personnage disposa du
contrôle de la Transalpine. Nous serions donc plutôt dans le contexte des compétitions
entre triumvirs et de la recherche des soutiens politiques par le biais de la distribution de
privilèges. Entre 43 et 40, la date de 42, moment où la Transpadane perdit le statut latin,
serait une date appropriée38. Les fondements numismatiques ne sont pas aussi assurés
que l'aurait voulu G. B. Rogers39. Les monnaies d'Antibes portant au revers la légende
ΑΝΤΙ ΛΕΠΙ ont des légendes grecques, certes bien compréhensibles dans le cadre d'une
cité détachée de Marseille et ayant reçu le droit latin, dont profitaient ses notables, mais
ce monnayage peut-il signer l'octroi du droit latin ? D'elle-même, l'émission de la
monnaie ne peut être rapprochée de la diffusion de ce privilège. Elle n'est pas comparable
aux monnaies de Nîmes à la légende NEM COL, car, dans ce dernier cas, l'indication du
statut colonial est évidente : la légende l'exprime. De plus, le rapprochement avec le
monnayage de Cavaillon n'est pas aussi probant qu'on pourrait le penser à première vue.
Les monnaies à légende CABE LEPI sont comparables aux monnaies d'Antibes, à
l'exception de la légende qui est inscrite en latin : elles ne signent pas, non plus, l'octroi
du droit latin ; elles fourniraient plutôt un terminus ante quem. Nous savons certes que
Cavaillon fut colonie latine. Mais les monnaies qui l'indiquent (COL CABE) sont datées du
onzième consulat d'Auguste (IMP CAESAR AVGVST COS XI), c'est-à-dire au plus tôt de
l'année 23 (le douzième consulat est de 5 av. J.-C.). On peut tout aussi bien soutenir
qu'entre la première série et la seconde eut lieu l'élévation au rang de colonie latine,
c'est-à-dire refuser à Lépide tout rôle décisif en ce domaine, si l'on associe étroitement
octroi du droit latin et création de ces colonies latines.
24 D'autre part, il n'est pas nécessaire d'attribuer au cas nimois, tel qu'il est traité par
Strabon, la valeur de repère essentiel pour l'octroi du droit latin. Comme on le verra plus
bas, le texte de Strabon vise plus à exalter les conditions institutionnelles de la mise en
place d'une grande ville que l'originalité propre du droit latin.
25 En revanche, le texte de Suétone relatif à la mission du père de Tibère, chargé par César
d'installer en Transalpine des colonies, implique l'existence d'une première phase de
colonisation latine avant même l'assassinat du dictateur. C'est un repère suffisant pour
aborder différemment l'histoire institutionnelle de Nîmes et pour relier à cette première
phase de colonisation latine la décision d'octroyer à tous les peuples de Transalpine le
droit latin40.

IV. L'horizon de la période des colonisations


26 Cette période, qui s'étend de la période césarienne aux premières années de l'époque
augustéenne, connaît plusieurs phénomènes dont les effets sont concordants. Désormais
les textes littéraires viennent se conjuguer aux données de l'épigraphie, relatives à la
titulature des cités. Articulés avec les données de la liste de Pline, ils permettent de
présenter un panorama relativement précis de cette phase essentielle de la
municipalisation.
27 César amorce une première phase de colonisation. Elle se développe sur deux plans, une
colonisation de droit romain, concernant les vétérans de ses légions, et une colonisation
de droit latin, dont on peut penser qu'elle visa à amalgamer une population venue d'Italie
33

aux peuples indigènes. Le texte de Suétone, relatant l'œuvre du père de l'empereur


Tibère, évoque, sans qu'on ait toujours voulu voir le sens de la distinction opérée par
l'auteur, ces deux aspects de la colonisation. Il y a d'abord l'installation des vétérans de la
dixième légion, les decumani, dans la vieille colonie de Narbonne qu'ils contribuent à
rajeunir, mais aussi à mieux ancrer dans le parti césarien, et celle des vétérans de la
sixième légion, les sextani, à proximité de Marseille, ce qui contribue à mieux affaiblir
l'influence de la cité qui avait osé braver le proconsul au début de la guerre civile. Mais le
texte de Suétone ajoute que ces colonies de vétérans ne sont qu'une part des colonies
césariennes, ce qui doit signifier que les autres colonies visées ne sont pas comparables à
Arles ou Narbonne : ce sont donc des colonies latines. Leur identification est plus difficile.
Mais on peut inclure dans la série la colonie latine de Vienne, dont le sort fut
malheureusement scellé par la réaction brutale des Allobroges41. Même s'il encourut un
échec, le plan césarien comportait vraisemblablement la création de cette colonie latine
au bord du Rhône, aux limites de la provincia. Nous sommes d'accord pour ajouter Nîmes.
Les tentatives pour faire de Lépide l'organisateur de cette colonie latine, dont le nom fut
tout de suite attesté par les monnaies marquées COL NEM, ne paraissent pas
convaincantes. Peut-être y eut-il d'autres créations42.
28 Une seconde étape se déroula à l'époque triumvirale. Elle concerne aussi les deux
catégories de colonies. Il semble bien que la liste des colonies de droit romain qui ouvre
l'énumération des cités in mediterraneo chez Pline, soit composée en ordre chronologique.
En effet, ce n'est pas parce que la colonie d'Arles est mentionnée en premier et que les
cités de Valence et de Vienne sont mentionnées en dernier que la liste fut bâtie en ordre
alphabétique. Sinon, comment comprendre que Baeterrae (Béziers) précèderait Arausio
(Orange) ? Imaginer une interversion par suite d'une mauvaise transmission du texte ou
même une bévue de Pline, prenant quelque liberté avec la source qu'il utilisait, c'est
adopter une solution artificielle43. Ne vaut-il pas mieux constater qu'Arles, la première,
était incontestablement la plus ancienne, puisque Narbonne a été citée à part dans la
description du littoral, et que Vienne, la dernière, était incontestablement la plus récente,
à la date de rédaction de l'Histoire naturelle, puisque sa promotion au rang de colonie
romaine honoraire doit être placée sous Caligula, comme on le verra plus loin.
29 A cette période appartiennent donc la déduction des vétérans de la septième légion, les
septimani, à Béziers, puis celle des vétérans de la deuxième légion, les secundani, à Orange,
vraisemblablement en 36 et 35, comme l'avait justement supposé André Piganiol 44. Puis à
la même période triumvirale, mais un peu plus tard, furent déduits les vétérans de la
huitième légion, les octavani, à Fréjus : cette fondation se place peu après 31 av. J.-C., en
tout cas entre 31 et 2745. Toutes ces cités, dans le texte de Pline, sont dénommées de la
même façon, qui remonte au document officiel utilisé par l'auteur : Narbo Martius
decumanorum colonia, Forum Iuli octavanorum colonia, Arelate sextanorum, Baeterrae
septimanorum, Arausio secundanorum. Ce mode de citation, qui mettait en évidence l'origine
militaire des colons, avait été choisi pour distinguer ces communautés du restant des
cités de Narbonnaise : c'est un élément de leur histoire auquel elles s'attachèrent
fermement jusqu'au Bas Empire46.
30 A côté des colonies de vétérans, César avait procédé également à la création de colonies
latines : Nîmes et Vienne semblent, comme on l'a dit plus haut, correspondre à cette
première phase, peut-être avec d'autres, comme Digne (Dinia)47, qui ne sont ni Iulia ni Iulia
Augusta. Mais le processus de créations se poursuivit, tant à la période triumvirale qu'à la
période augustéenne. C'est la titulature des colonies qui permet, sans trop de difficultés,
34

d'identifier ces communautés et de classer chronologiquement leur fondation.


Appartiennent à la période triumvirale la colonie latine d'Apt, appelée invariablement
colonia Iulia Apta48, Carpentras, appelée colonia Iulia Meminorum 49, Carcassonne peut-être
aussi, si l'on peut développer le signe C. I. C. comme Colonia Iulia Carcaso, ce qui est la
solution la plus vraisemblable50. En revanche, appartiennent à une époque postérieure à
27 av. J.-C., d'autres fondations : Riez, appelée Colonia Iulia Augusta Apollinaris Reiorum 51,
Aix-en-Provence, appelée Colonia Iulia Augusta Aquae Sextiae 52, Avignon, appelée Colonia
Iulia Augusta Avennio53. Il existait d'autres colonies latines sans aucun doute (Cavaillon,
Alba, etc.), mais elles ne sont connues que par l'attestation du quattuorvirat dans leurs
institutions ; nous manque, à leur propos, la titulature épigraphique. On ne peut donc
préciser exactement la date de leur installation à l'intérieur de la période qui s'étend de
César à Auguste54.
31 L'élément nouveau que l'on peut ajouter à ce tableau est le nom de Glanum. En effet, une
inscription de Narbonne, où l'on croyait lire le nom d'Aeclanum, apporte en réalité
l'indication que Glanum fut une de ces colonies latines 55. On doit lire en effet, aux lignes
2-3, en dépit d'une lacune, le texte suivant : aedil(is) co[l(onia)---] | Glano… Le seul élément
incertain concerne l'identité du fondateur, car il est très difficile de trancher entre la
restitution du titre Iulia ou celle du titre Iul(ia) Aug(usta). Cette dernière solution,
permettant de placer l'événement à partir de 27 av. J.-C., mais vraisemblablement à cette
date ou très peu après, aurait l'avantage de lier le sort de Glanum à celui d'Avignon : deux
villes de Marseille auraient été transformées en même temps en colonies latines.
Faudrait-il leur ajouter Cavaillon ?

V. Municipalisation et urbanisation
32 A partir de cette période, l'histoire de la municipalisation de la province suit d'autres
développements. Coïncidant peut-être avec la dernière étape de création de colonies
latines, c'est-à-dire la vague de peu postérieure à 27, se manifestent les intentions d'un
remodelage du réseau des communautés, entraînant parfois des décisions catégoriques
quant au sort de quelques-unes d'entre elles.
33 L'évolution institutionnelle de la cité de Nîmes offre quelques pièces significatives d'une
histoire. Le même destin fut, peut-être aussi, suivi par Vienne, si tant est que le parallèle
établi par Strabon, dans la Géographie, a une signification et peut suggérer, pour
reconstruire l'histoire de cette dernière cité, la transposition d'un schéma mieux connu
en ce qui concerne la capitale des Volques Arécomiques56.
34 Nous avons proposé, en compagnie de Chr. Goudineau, d'interpréter la qualification d'
ignobilia, attribuée aux vingt-quatre oppida attribués aux Nimois, comme signifiant que ces
oppida avaient été à un moment des oppida latina, mais qu'ils ne méritaient plus d'être
cités, lorsque Pline écrivait57. La glose de Pline révélait une histoire institutionnelle
partagée entre deux dates : celle de leur établissement comme communautés de droit
latin, et celle de leur déclassement, lié à l'absorption dans la grande cité de Nîmes du Haut
Empire, qui s'étendait désormais du Rhône aux rives orientales de l'étang de Thau. Entre
temps s'était produite la confection de la formula, donc l'insertion de ces communautés
dans la liste des oppida latina sis in mediterraneo. Comme Pline disposait d'un document
remontant au début de l'époque augustéenne, et portant trace des quelques changements
qui s'étaient produits, il pouvait, dans sa glose, embrasser un chapitre d'histoire
35

provinciale. Nous ne voyons pas, pour l'instant, de raison d'abandonner cette


interprétation.
35 Cette décision augustéenne, si l'on suit le récit de Strabon - ou, plus exactement, si l'on
suit le source qu'utilise cet auteur -, s'insère dans un éloge du développement urbain
comme paradigme de l'entrée des populations provinciales dans la vie civilisée. Le thème
est longuement filé par le « panégyriste » dont l'œuvre a passé dans le texte du
géographe : il scande le récit de Strabon tant pour la péninsule ibérique que pour la
Gaule. Pour cette dernière, le passage relatif à Nîmes ne peut pas être dissocié de celui qui
concerne Vienne. On a l'impression qu'à propos de ces deux cités le « panégyriste » a
judicieusement réparti les éléments d'un éloge des bienfaits et de la grandeur de la vie
urbaine. Mais le discours est d'un Grec, nourri des valeurs de la civilisation grecque, en
sorte que les renseignements factuels qu'il donne ne peuvent pas être rapprochés sans
précaution de ce que nous rapporte Pline. Il en est ainsi des données sur les vingt-quatre
bourgs dominés par Nîmes selon Strabon, à comparer aux vingt-quatre oppida ignobilia
attribués aux Nimois selon Pline. Le « panégyriste », et Strabon à sa suite, ont travesti les
mesures décidées par Auguste, qui impliquaient nécessairement l'émergence d'un chef-
lieu surpuissant au cœur d'une vaste cité, en termes d'affirmation de la civilisation
urbaine. Il est vrai que les deux phénomènes étaient devenus interdépendants et
qu'Auguste ne dédaignait pas se poser en créateur de villes et en acteur privilégié du
développement urbain au sein des provinces de l'Empire.
36 Dans le cas de Nîmes, cette volonté est patente. Le cœur de la cité des Volques
Arécomiques, qu'il avait réunis dans une grande entité politique, devint l'objet de toutes
ses attentions, en sorte que la cité comme centre politique reçut de multiples avantages.
L'un de ceux-ci, qui concerne son statut de cité, appartient ainsi au domaine des
privilèges politiques : c'est l'étonnante exemption des interventions des proconsuls, que
Strabon, par sa présentation, conduirait à rapprocher d'une des composantes de la liberté
des cités grecques58. Les autres avantages, qui concernent le développement du cadre
urbain, appartiennent au domaine de l'évergétisme du prince et de ses proches. Ils se
marquent dans le processus de façonnement de la ville augustéenne. Entre 23 et 19 av. J.-
C. (dates larges fournies par les inscriptions) se placent plusieurs constructions liées à la
bienfaisance d'Auguste et d'Agrippa59. Elles ouvrent un cycle d'urbanisation dont une des
étapes marquantes fut le don de l'enceinte de la ville en 16-15 av. J.-C., moment décisif qui
venait clore une phase de l'histoire de la ville60. On pourrait dire qu'avec ce don Auguste
donnait son terme à la réalisation du cadre urbain, à tout le moins estimait que l'essentiel
venait d'être réalisé et que s'achevait la fondation d'une grande ville qu'il souhaitait
marquer de son sceau. D'autres pourraient venir et suivre l'exemple ; ils devaient même
suivre l'exemple du fondateur61. Mais, plus personne ne pouvait retirer au princeps le
loisir d'avoir pu faire naître et façonner cette ville. Se sont donc produits, en une
décennie, les événements décisifs pour faire de la cité des Volques Arécomiques une
grande cité et de son cœur, Nîmes, une grande ville. La col(otiia) Nem(ausus) devenait alors,
sans fondation ou sans transformation essentielle de son statut, la col(onia) Aug(usta) Nem
(ausus). De ce dossier se dégage une date préférentielle pour la prise de décision : celle de
22 av. J.-C., moment important, après 27, pour l'histoire provinciale, celui du transfert de
la Narbonnaise dans l'administration des proconsuls. Ce fut aussi le moment d'ultimes
mesures d'organisation.
37 Dans cette nouvelle phase de la municipalisation provinciale, un autre phénomène s'est
davantage lié à l'établissement des institutions civiques : celui de l'urbanisation, qui
36

mettait l'accent sur le prestige et la puissance nécessaires des chefs-lieux de cités. Mais,
hormis le cas de Nîmes et, vraisemblablement celui de Vienne, cette politique de
« correction » fut pendant de longues années limitée. Désormais la carte politique de la
province présentait des contours stables.
38 Peu de choses changent. À tout le moins, l'évolution ultérieure est lente. Elle se
caractérise essentiellement par la transformation de quelques cités latines en colonies
latines, et par l'assomption de quelques colonies latines au rang de colonies romaines, à
titre honorifique.
39 Au premier phénomène ressortissent la création des colonies latines de Lodève et celle de
la colonie des Tricastins. La première s'appelle colonia Claudia Luteva : elle apparaît vers le
milieu du Ier s. ap. J.-C.62 La seconde s'appelle colonia Flavia Tricastinorum : elle est un peu
plus tardive, et devrait être l'œuvre de Vespasien63. Même si l'installation d'un groupe de
colons devient de plus en plus rare, le fait n'est pas impossible.
40 En revanche, l'élévation à titre honoraire, de colonies latines en colonies romaines se
produit au Ier comme au IIe siècle ap. J.-C. Ce phénomène concerne Valence, puis Vienne64.
On peut interpréter l'insertion de ces deux cités dans la liste de Pline de la même façon.
Leur dénomination ne comporte aucune référence à une unité légionnaire. Elles sont
donc distinctes des autres colonies de vétérans qui les précèdent ou devaient les précéder
dans l'énumération parce que de fondation antérieure. Elles ont été rajoutées à la liste des
colonies romaines par suite d'une élévation qui s'est produite après 27 : leur nom a été
transféré de la catégorie la plus basse, celle des cités de droit latin, à la catégorie la plus
haute par simple ajout en bas de liste (adiectio). Pour Valence nous ne savons quand cela
se produisit65. Pour Vienne, en revanche, il ne fait plus de doute maintenant qu'il faille
attribuer cet avantage à l'action du célèbre sénateur viennois, Valerius Asiaticus, auprès
de l'empereur Caligula66. Tel était le bilan quand Pline composait l'Histoire naturelle. Ce
n'est que par la suite que s'ajoutèrent à cette maigre liste Aix-en-Provence67, Antibes68 et
Avignon69, puis d'autres encore70. Peut-être aura-ton dans l'avenir d'autres précisions sur
l'évolution du rang des cités de droit latin. Mais il semble bien qu'un certain nombre
d'entre elles aient conservé, telle Nîmes, leur statut latin jusqu'au début du III e siècle.
41 Quoi qu'il en soit, vers la fin du Ier siècle ap. J.-C., la carte des cités provinciales n'avait pas
fondamentalement changé par rapport aux débuts de l'époque augustéenne, si l'on
excepte le sort de Vienne et celui de Nîmes. La liste contenue dans la formula augustéenne
était encore une liste vivante lorsque Pline la reprenait. En témoigne le cas de Glanum.
Longtemps on crut que cette agglomération avait été bien vite absorbée dans la grande
colonie d'Arles. Or, la liste de Pline la mentionnait. Fallait-il considérer que ce document
était dépassé ? La découverte récente d'un lot de plusieurs inscriptions officielles, par
lesquelles les Glanienses rendent hommage aux princes d'époque antonine et sévérienne,
doit montrer le maintien de la vie municipale jusqu'à cette date71. On pourra certes tenter
d'expliquer ces témoignages comme des survivances, si l'on ne souhaite pas récuser
catégoriquement une hypothèse ancienne, longtemps reçue comme acquise, et si l'on ne
souhaite pas reprendre la question ab ovo 72. Il n'en reste pas moins qu'il faut avant tout
comparer les Glanienses aux Nemausenses ou aux Narbonenses et renverser complètement
les données de l'interprétation traditionnelle. Jusqu'à preuve du contraire, leur mention
doit être prise comme un témoignage de continuité de l'autonomie civique. Glanum fut
une cité autonome à l'époque augustéenne, qui plus est colonie latine ; la liste de Pline
nous conserve la preuve du maintien de son autonomie ; pourquoi ne pas interpréter les
documents nouveaux venus à notre connaissance et l'inscription du curator peculi r(ei) p
37

(ublicae) Glanico(rum) dans le même sens ? 73 Sans aucun doute la phase de rétraction du
nombre des cités, provoquant la disparition d'un bon nombre d'oppida latina, et la mise en
place d'entités aux vastes dimensions, fut assez tardive. Elle se place vraisemblablement à
la fin du IIIe siècle74.
42 La municipalisation de la Narbonnaise est un chapitre d'histoire dont les temps forts se
placent, pour la mise en place du phénomène, entre l'époque de Pompée et de César,
d'une part, et le milieu de l'époque augustéenne, d'autre part. Les rythmes
chronologiques semblent à présent assez bien fixés, qui permettent de mesurer avec
précision la place des diverses phases de colonisation, césarienne, triumvirale,
augustéenne, y compris même l'étape de « correction » voulue par Auguste. Mais cette
évolution du cadre de vie institutionnel des populations provinciales se place à la fin
d'une période durant laquelle le développement propre des institutions indigènes, les
interventions des imperatores romains, l'arrivée d'Italiens suscitée par la mise en
exploitation des ressources provinciales, enfin l'octroi du droit latin, avaient contribué,
dans la première moitié du Ier s. av. J.-C. et dans les décennies médianes de cette période,
à rapprocher cette partie de l'Empire de l'Italie et de la Cisalpine. Certains de ces facteurs
sont relativement bien connus, comme les diverses strates de l'intégration dans la cité
romaine des aristocrates indigènes75. D'autres pourraient être mieux appréciés grâce aux
travaux archéologiques en cours sur les diverses phases de l'évolution du paysage agraire
et de l'exploitation rurale : ils pourraient fournir, dans un cadre infra-provincial, la
mesure et les étapes des mutations agraires largement imputables à l'influence italienne
et à l'exploitation de l'ager publiais76. En revanche, l'évolution propre des communautés
indigènes, en ce qui concerne les réalités institutionnelles, est plus malaisée à
caractériser77. Enfin, la détermination de la date d'octroi du droit latin demeure encore
l'objet de débats, car on ne peut l'établir que par hypothèse : mais, quelle que soit la
solution retenue, il s'agit d'une date haute (césarienne ou des débuts du triumvirat).
43 Néanmoins, il ne fait pas de doute que si, en Occident, la Péninsule ibérique fut depuis
plus longtemps un champ d'expériences, la Transalpine, plus proche de l'Italie, subit une
évolution plus rapide. Cette province fut, après la Gaule cisalpine et, peut-on dire, dans la
continuité par rapport à cette dernière, le champ d'application des formes d'intégration,
mises en évidence au début du Ier siècle avant J.-C., au moment de la guerre sociale. Avec
les décisions de César, si ce fut lui qui octroya le droit latin à tous les peuples de la
province, l'évolution des communautés indigènes était orientée, suscitant un
rapprochement progressif par rapport à un optimum, la cité romaine. Il devenait alors
possible, à un observateur, de saisir le point d'évolution de chacune d'entre elles, de le
mesurer, et d'apprécier la distance ou l'écart par rapport à la forme idéale ou la forme la
plus achevée. Un esprit grec, tel Strabon, aurait peut-être été attaché aux dimensions
culturelles de cette évolution et de ces transformations. Un esprit romain était plus
attentif aux formes juridiques et institutionnelles. C'est ce que permet d'apprécier le
document précieux qu'est la formula augustéenne, reprise par Pline l'Ancien. S'il évoque
l'octroi du droit latin à l'ensemble des provinces hispaniques, cette mesure avait alors un
effet moins novateur. En revanche, pour lui, à l'horizon des premières années de
Vespasien, ce qui importait c'était, d'évidence, le rapprochement entre l'Italie et la
Narbonnaise. Quand il les rapprochait, dans l'éloge initial (Italia verius quam provincia), son
propos signifiait qu'un processus s'était achevé. Il mettait alors en valeur la virorum
morumque dignatio : le statut des communautés tenait dans cette appréciation une place
importante. Mais les mots de Pline se rapportent à ce qui lui semblait acquis : son
38

témoignage est utile pour fournir un terminus ante quem si l'on veut apprécier le moment
où ce processus de rapprochement entre l'Italie et la Narbonnaise s'imposait.
44 On peut donc remonter le temps. Dans cette perspective, le discours de Claude au Sénat
en 48 ap. J.-C., constitue un point de repère plus important pour fixer le moment où cette
conviction fut bien ancrée78, d'autant que ce prince, en 49 ap. J.-C., en permettant aux
sénateurs de Narbonnaise de sortir librement de l'Italie pour aller visiter leurs domaines,
plaçait la province en prolongement de la péninsule79. Peut-on remonter plus haut ? Peut-
on parvenir jusqu'à la censure d'Auguste et de Tibère, en 14 ap. J.-C., qui avait étendu aux
boni viri et locupletes de toutes les cités de Narbonnaise la possibilité d'être candidats aux
magistratures à Rome ?80 Quoi qu'il en soit, à l'intérieur de l'Occident romain, la mise en
évidence de décalages ou de différences dans les rythmes d'intégration donne sans aucun
doute, à partir d'un certain moment, l'avantage à la Narbonnaise, conçue comme une
totalité provinciale, bien distincte des Tres Galliae. Le déroulement des phases essentielles
de la municipalisation, de la fin de l'époque césarienne aux débuts de l'époque
augustéenne, soit, en comptant large, de-50 à-15, est en ce domaine un facteur
déterminant81. Celle-ci ne fut peut-être aussi réussie que parce qu'elle combina deux
facteurs. L'un, qui correspondait à la vague de colonisation en faveur des vétérans, était
alors un phénomène d'ensemble, affectant la plupart des provinces du pourtour
méditerranéen. Mais sous la forme des colonies de droit romain, il se termina assez tôt en
Transalpine.
45 L'autre, qui correspond à l'octroi du droit latin et à l’adaptation du système des colonies
latines à ce cadre de transformation des sociétés indigènes82, est spécifique à la
Transalpine. Il fut actif à peine plus longtemps. Mais, en deux générations, leurs effets
furent essentiels.

BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie complementaire
CHRISTOL, Mémoire perdue ▪ M. CHRISTOL, Pline l'Ancien et la formula de la Narbonnaise, dans La
mémoire perdue. À la recherche des archives oubliées, publiques et privées de la Rome ancienne, Paris,
1994, p. 45-63.

Xe Congrès d'épigraphie ▪ M. CHRISTOL et O. MASSON (Éd.), Actes du Xe congrès international d'épigraphie


grecque et latine. Nîmes, 4-9 octobre 1992, Paris, 1997.

GASCOU, Carrière ▪ J. GASCOU, La carrière des magistrats dans les villes latines de Gaule Narbonnaise, dans
Splendidissima civitas. Études d'histoire romaine en hommage à François Jacques (réunies par A.
CHASTAGNOL, S. DEMOUGIN, C. LEPELLEY), Paris, 1996, p. 119-131.
39

NOTES
1. P. LE ROUX, L'armée romaine et l'organisation des provinces ibériques d'Auguste à l'invasion de 409,
Paris, 1982, p. 35-38 ; ID., Romains d'Espagne. Cités et politique dans les provinces (II e siècle av. J.-C.-IIIe
siècle ap. J.-C.), Paris, 1995, p. 45-58.
2. M. RAMBAUD, Le Pro Fonteio et l'assimilation des Gaulois de la Transalpine, dans Mélanges de littérature
et d'épigraphie latines, d'histoire ancienne et d'archéologie. Hommage à la mémoire de Pierre Wuilleumier,
Paris, 1980, p. 301-316. Voir aussi : M. GAYRAUD, Narbonne antique, des origines à la fin du III e siècle,
RAN Supplément 8, Paris, 1981, p. 169-175.
3. R. REBUFFAT, Propugnacula, Latomus 43,1984, p. 4-5.
4. Sur les débuts de la colonie de Narbonne : M. GAYRAUD, Narbonne antique, p. 119-143.
5. Sur cette période de l'histoire de Marseille : M. CLAVEL, Marseille grecque, Marseille, 1977,
p. 137-141.
6. D. ROMAN, Aix-en-Provence et les débuts de la colonisation de droit latin en Gaule du Sud, RAN
20,1987, p. 185-190 ; déjà en ce sens, pour Aix-en-Provence, A. DEGRASSI, Quattuorviri in colonie
romane e in municipi diretti da duoviri, Memorie dell'Accad. Nazionale dei Lincei, Cl. di scienze morali e
storiche. Série 8, 2,1949, p. 312-313 = Scritti vari di Antichità. I, Rome, 1962, p. 137-138. D. ROMAN, op.
cit., p. 186, envisage ce qui serait la reconstruction traditionnelle de l'histoire institutionnelle
d'Aix. Il semble difficile, après la critique de ses arguments (voir ci-dessous n. 7-9), de revenir à
ce schéma : M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, Les colonies latines de Narbonnaise : un nouveau
document d'Arles mentionnant la Colonia lulia Augusta Avennio, Gallia 49,1992, p. 42 et 44. Voir
aussi R.-CH., Intégration, p. 144.
7. D. ROMAN, op. cit. (n. 6), p. 187.
8. ILN Aix-en-Provence, p. 21-23. Reprenons aussi la conclusion de J. Gascou : « on peut faire valoir
que si Aix avait été fondée comme colonie latine dès 122, elle aurait eu au nombre de ses
épithètes le titre de Sextia ou Sextiana : en effet l'adjectif Sextiae accolé à Aquae concerne le nom de
la ville, et non la titulature de la colonie, et l'on verra plus loin que cette dernière ne s'intitule,
selon les cas, que lulia ou lulia Augusta ».
9. Cet argument de M. CLERC, Aquae Sextiae. Histoire d'Aix-en-Provence dans l'Antiquité, Aix-en-
Provence, 1916, p. 147, demeure valide, comme l'essentiel de sa démonstration. D. ROMAN, op. cit.
(n. 6), p. 189, insiste d'ailleurs elle-même sur le rôle militaire des colonies latines.
10. C. PEYRE, La Cisalpine gauloise du IIIe au Ier siècle avant J.-C., Paris, 1979, p. 66-68.
11. Ces décrets sont mentionnés dans le Pro Fonteio 6,14. On peut abusivement les qualifier de lex,
d'après CIC., 2 Verr. 2, 32 : ex P. Rupili decreto quod is de decem legatorum sententia statuit quant illi
legem Rupiliam vocant ; cf. H. GALSTERER, Roman Law in the Provinces : Some Problems of Transmission,
dans l'impero romano e le strutture economiche e sociali delle province, Corne, 1986, p. 15-16.
12. Chr. GOUDINEAU, Le statut de Nîmes et des Volques Arécomiques, RAN 9,1976, p. 107-111.
13. On entre ici dans le domaine de l'utilisation de Vager publicus, suivant une problématique
abordée par M. CLAVEL-LÉVÊQUE, Terre, contrôle et domination. Révoltes et cadastres en Transalpine,
dans Puzzle gaulois, Paris-Besançon, 1989, p. 213-254 (= Forms of Control and Subordination in
Antiquity, Tokyo, 1988, p. 177-208). Mais nous retenons, d'après les textes, une première phase,
correspondant aux données du Pro Quinctio, et une seconde phase, très explicite, correspondant
au Pro Fonteio. Dans ce discours, le passage de 5,12 (partim modo ab nostris imperatoribus subacti,
modo belle domiti, modo triumphis ac monumentis notati, modo ab senatu agris urbibusque multati sunt…)
a une valeur générique ; puis, il convient de rapprocher 6, 1 (qui erant hostes, subegit ; qui proxime
fuerant, eos ex iis agris quibus erant multati decedere coegit…) de 6, 14 (Dicunt contra quibus invitissimis
imperatum est, dicunt qui ex agris ex Cn. Pompei decreto decedere sunt coacti…), passages qui montrent
40

l'application par Pompée des directives du Sénat. Toutefois, une corrélation avec des réseaux
centuriés est dificile à établir, sauf peut-être dans la zone correspondant au cadastre dit « Béziers
B », si sa mise en place date vraiment de cette période et n'est pas, de peu, antérieure : M. CLAVEL-
LÉVÊQUE, op. cit., p. 224-240. Il semble de plus en plus vraisemblable que le cadastre B pourrait
dater du tournant entre le IIe s. av. J.-C. et le Ier s. av. J.-C.
14. G. CHOUQUER, M. CLAVEL-LÉVÊQUE et F. FAVORY, Cadastres, occupation du sol et paysages agraires
antiques, Annales ESC 37, 1982, p. 861-863. Voir aussi, d'une façon plus large, et dans des
perspectives plus diverses, F. FAVORY, Retour critique sur les centuriations du Languedoc oriental, leur
existence et leur datation, dans G. CHOUQUER (Éd.), Les formes du paysage. 3. L'analyse des systèmes
spatiaux, Paris, 1997, p. 96-126.
15. M. J. PENA, Importance et rôle de la terre dans la première période de la présence romaine dans la
péninsule ibérique, dans Structures rurales et sociétés antiques. Actes du colloque de Corfou. 14-16 mai
1992, Besançon-Paris, 1994, p. 329-337.
16. Quelques observations, déjà, dans M. GAYRAUD, Narbonne antique, p. 204-240. Plus récemment :
A. PEREZ, Les cadastres antiques en Narbonnaise occidentale. Essai sur la politique coloniale romaine en
Gaule du Sud (IIe s. av. J.-C. - IIe s. ap. J.-C.), RAN Supplément 29, Paris, 1995, p. 197-239. Mais les
propositions de l'auteur nécessitent des confirmations de terrain. Pour le Biterrois, voir S. MAUNE,
Les campagnes de la cité de Béziers dans l'Antiquité (partie nord-orientale) (II e s. av. J.-C. - VI e s. ap. J.-C.),
Montagnac, 1998, p. 39-68. On éclairera ces travaux à l'aide des réflexions de F. FAVORY, citées ci-
dessus n. 14.
17. Un des documents épigraphiques les plus originaux, mais incomplet, en tout cas précoce par
sa date provient d'une des zones minières qui se trouvaient chez les Rutènes dits
« provinciaux » : G. BELLAN et M. CHRISTOL, Une inscription romaine à Villemagne L'Argentière. Le
site de Saint-Martin-Le-Vieux, Bulletin de la société archéologique et historique des hauts cantons de
l'Hérault 2,1986, p. 33-44 (AE 1986 470). Voir aussi, sur la question : R. GOURDIOLE et C. LANDES,
Passions métalliques sur les monts d'Orb, Bulletin … des hauts cantons de l'Hérault 21, 1998, p. 33-50.
Sur les relations entre Narbonne et la côte catalane, dans la seconde moitié du I er s. av. J.-C., mais
impliquant plus généralement les trafiquants italiens de la fin de l'époque républicaine : M.
CHRISTOL et R. PLANA-MALLART, Els negotiatores de Narbona i el vi català, Faventia 19, 2,1997,
p. 75-95. Sur la localisation des Rutènes dits « provinciaux », voir en dernier M. CHRISTOL, Cités et
territoires autour de Béziers à l'époque romaine, dans M. CLAVEL-LEVÊQUE et A. VIGNOT (Éd.), Cités et
territoires. II. Actes du colloque européen, Béziers 24-26 octobre 1997, Paris, 1998, p. 209-222. Sur
l'exploitation des mines au pied du Massif Central, R. GOUDIOLLE et Chr. LANDES, La Transalpine
minière : des Monts d'Orb au bassin de Lodève, dans L. SCHNEIDER et D. GARCIA, Le Lodévois. Carte
Archéologique de la Gaule 34/1, Paris, 1998, p. 53-65.
18. M. CLAVEL-LÉVÊQUE, op. cit. (n. 13), p. 213-254.
19. Chr. GOUDINEAU, La Gaule Transalpine, dans C. NICOLET, Rome et la conquête du monde
méditerranéen. 2. Genèse d'un empire, Paris, 1978, p. 695-696 ; sur les villes de Marseille, voir infra n.
31.
20. CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 45-63.
21. PLINE, NH 3, 37 : adiecit formulae Galba imperator ex Inalpinis Avanticos atque Bodionticos quorum
oppidum Dinia. Sur ce passage, CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 51-53.
22. M. CHRISTOL, Nîmes dans les sources antiques, dans J.-L. FICHES et A. VAYRAC (Dir.), Carte
archéologique de la Gaule, 30/1. Nîmes, Paris, 1996, p. 59.
23. M. GAYRAUD, Les inscriptions de Ruscino, dans G. BARRUOL (Éd.), Ruscino, Château-Roussillon,
Perpignan (P.-O.). Études archéologiques. I, Paris, 1980, p. 95-97 ; A. L. F. RIVET, Gallia Narbonensis.
Southern France in Roman Times, Londres, 1988, p. 136 ; C. RICO, Pyrénées romaines. Essai sur un pays de
frontière (IIIe siècle av. J.-C. -IVe siècle ap. J.-C.), Madrid, 1997, p. 194.
41

24. G. BARRUOL, Les peuples préromains du Sud-Est de la Gaule. Étude de géographie historique, RAN
Supplément 1, Paris, 1975, p. 21 & 194-197 ; A. L. F. RIVET, Gallia Narbonensis, p. 202-203. Sur cette
cité, à partir des données de l'archéologie, voir en dernier, F. GATEAU, La question de Maritima à
l'intérieur du territoire d'Arles, dans P. GROS (Dir.), Villes et campagnes en Gaule romaine, Paris, 1998,
p. 157-165, dont l'appréciation du statut (p. 164) demeure toutefois incertaine.
25. LIV. 43,3 (en 171 av. J.-C.) : Senatus decrevit uti nomma sua apud L. Canuleium profiterentur,
eorumque si quos manumisisset, eos Carteiam ad Oceanum decuci placere. Qui Carteiensium domi manere
vellent, potestatem fore, uti numéro colonorum essent, agro assignato. Latinam eam coloniam esse,
libertinorum appellari. M. HUMBERT, Libertas id est civitas : autour d'un conflit négatif de citoyenneté
au IIe s. avant J.-C., MEFRA 88,1976, p. 221-242.
26. G. CASTELLVI, avec la collaboration de C. GAVAGE et J. LAFORGUE, La via Domitia en montagne : le
franchissement des Pyrénées, dans G. CASTELLVI, J.-P. COMPS, J. KOTARBA et A. PEZIN, Voies romaines du
Rhône à l'Èbre : via Domitia et via Augusta, DAF 61, Paris, 1997, p. 201-214.
27. Sur l'histoire et l'utilisation des voies pyrénéennes : R. ETIENNE, Les passages transpyrénéens
dans l'Antiquité. Leur histoire jusqu'en 25 avant Jésus-Christ, Annales du Midi 67,1955, p. 295-312
(= En passant par l'Aquitaine… Recueil d'articles de Robert Étienne, Bordeaux, 1995, p. 125-146, surtout
p. 138-141 sur le contexte sertorien et pompéien), ainsi que : Josep PADRÒ et Concepciò PIEDRAFITA,
Les étapes du contrôle des Pyrénées par Rome, Latomus 46,1987, p. 356-362 ; C. RICO, Pyrénées
romaines, p. 139-154.
28. CIC., Fam. 10,15, 3, puis Fam. 10,17,1, mentionne à deux reprises, en 43 av. J.-C., Forum Iuli ; ILN
Fréjus, p. 14-15 ; R.-CH., Intégration, p. 146.
29. CIC., Fam. 10, 17, 1.
30. JULLIAN 3, p. 36 considère qu'il s'agit d'une création du proconsul qui intervint en Transalpine.
Voir aussi A. L. F. RIVET, Gallia Narbonensis, p. 43. Mais on a parfois hésité à les suivre : C. EBEL,
Transalpine Gaul. The emergence of a Roman province, Leyde, 1976, p. 84.
31. J. BRUNEL, Etienne de Byzance et le domaine marseillais, REA 43,1945, p. 130-131 ; Chr.
GOUDINEAU, Sur un mot de Cicéron, ou Avignon et le domaine de Marseille, dans Mélanges offerts à Jacques
Heurgon. I, Rome, 1976, p. 325-332.
32. Leur monnayage rapprocherait leur destin de celui des Samnagetai/Samnagenses, dont
l'histoire est aussi peu connue. Observations récentes sur le pays salyen, par F. VERDIN, Du
territoire salyen à la cité d'époque romaine, dans P. GROS (Dir.), Villes et campagnes en Gaule méridionale,
Paris, 1988, p. 89-103.
33. Sur ce texte Chr. GOUDINEAU, op. cit. (n. 12), p. 105-107. Le contexte archéologique doit être
apprécié à partir de Μ. PY, Culture, économie et société protohistoriques dans la région nimoise, Rome,
1990.
34. CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 58-61.
35. PLINE, NH 3, 4, 30. P. LE ROUX, op. cit. (n. 1), p. 83-87.
36. Pour le repère de 22 av. J.-C., qui correspond au transfert de la Narbonnaise au peuple
romain, en rapport avec l'évolution du statut de Nîmes, voir ci-dessus avec n. 22.
37. M. CHRISTOL et Chr. GOUDINEAU, Nîmes et les Volques Arécomiques au Ier siècle avant J.-C., Gallia
45, 1987-1988, p. 90-93. Il importe de tenir compte des renseignements fournis par SUET., Tib. 4 :
voir ci-dessous avec n. 40. La datation césarienne avait déjà été proposée par E. HERZOG, Galliae
Narbonensis provinciae romanae historia, descriptio, institutorum expositio, Leipzig, 1844, p. 87 (pour la
tribu Voltinia, p. 165) ; voir aussi O. HIRSCHFELD, CIL XII, p. XII, qui distingue toutefois entre l'œuvre
de César (l'octroi du droit latin) et l'œuvre d'Auguste (le rattachement de ces communautés
latines à la tribu Voltinia, en 27 av. J.-C.).
38. CHASTAGNOL, Droit latin provincial, p. 93-94 ; ID., Cités Narbonnaise, p. 117 (=Xe congrès d'épigraphie,
p. 56-57).
42

39. G. B. ROGERS, Notes sur des rapports métrologiques : un système monétaire en Gaule de 43 à 23
av. J.-C., RN 6e s., 28,1986, p. 83-93.
40. Chr. GOUDINEAU, Note sur la fondation de Lyon, Gallia 44,1986, p. 171-173.
41. M. CHRISTOL et Chr. GOUDINEAU, op. cit. (n. 37), p. 92.
42. R.-CH., Intégration, p. 146, fournit une liste vraisemblable.
43. Voir à ce sujet : CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 53-56.
44. A. PIGANIOL, Orange, p. 79-84 (qui place toutefois les deux fondations de Béziers et d'Orange en
35) ; M. CLAVEL-LÉVÊQUE, Béziers et son territoire dans l'Antiquité, Paris, 1970, p. 161-167 ; M. CHRISTOL,
Béziers en sa province, dans M. CLAVEL et R. PLANA-MALLART (Éd.), Cité et territoire, Paris, 1995,
p. 102-103. Nous adoptons ainsi des points de vue qui procèdent plus des travaux d'E. Kornemann
et Fr. Vittinghof que de C. Jullian.
45. J. GASCOU, Quand la colonie de Fréjus fut-elle fondée ?, Latomus 41, 1982, p. 132-145 ; ILN Fréjus,
p. 15-19.
46. M. CHRISTOL, op. cit. (n. 44), p. 106-107.
47. A propos de Digne, le document essentiel est une inscription de Narbonne (C/L XII 6037a),
remise en évidence par A. Chastagnol dans son introduction : ILN Digne, p. 263-266. Voir aussi
GASCOU, Carrière, p. 124-125. Les doutes exprimés à propos de sa datation augustéenne par G.
BARRUOL, Les agglomérations gallo-romaines des Alpes du sud, dans P. GROS (Dir.), Villes et
campagnes en Gaule romaine, Paris, 1988, p. 33, ne peuvent être retenus. Il en est de même pour
l'interprétation du mot Dinia, proposée par A. ROTH-CONGES, L'inscription des Escoyères dans le
Queyras, la date de l'octroi du droit latin aux Alpes Cottiennes et la question du statut de Dinia,
Riv. di stud. liguri 59-60,1993-1995, p. 73-101 ; voir aussi à ce sujet AE 1994 1178.
48. CIL XII 1005, 1114, 1116, 1118, 1120 ; M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 41. Pour les
institutions, J. GASCOU, Magistratures et sacerdoces municipaux dans les cités de Gaule Narbonnaise, dans
Xe congrès d'épigraphie, p. 105-107 ; ILN Apt, p. 23-25 ; ID., Carrière, p. 121-122.
49. CIL XII 1239 ; M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 42.
50. CIL XII 5371 ; M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 42. Pour les institutions, J. GASCOU,
op. cit. (n. 48), p. 107-108.
51. CIL XII 358, 367, 3291, 4082 ; M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 42. Pour les
institutions : A. CHASTAGNOL, ILN Riez, p. 187-194 ; J. GASCOU, dans Xe congrès d'épigraphie,
p. 117-118 ; ID., Carrière, p. 126-127.
52. CIL XII 982 et 4528 : M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 42 ; ILN Aix-en-Provence,
p. 28-30, adopte, à notre avis, une démarche trop prudente. Pour les institutions voir aussi J.
GASCOU, dans Xe congrès d'épigraphie, p. 101-104 ; ID., Carrière, p. 122-123.
53. M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6), p. 38-41 (AE 19921181). Pour les institutions voir J.
GASCOU, dans Xe congrès d'épigraphie, p. 107 ; ID., Carrière, p. 123.
54. J. GASCOU, Duumvirat et quattuorvirat dans les cités de Narbonnaise, dans Epigrafia. Actes du colloque
en mémoire de Attilio Degrassi, Rome, 1991, p. 560-561 ; ID., Carrière, p. 124 (Cavaillon), 128-128 (Alba
Helvorum), 129 (Antibes).
55. CIL XII 4379. La solution retenue par Hirschfeld (aedil(is) co[l(oniae) Ae/|clano) se heurte au fait
qu'Aeclanum, à l'époque impériale, fut longtemps un municipe, avant de devenir colonie. Or
l'inscription de Narbonne ne peut dépasser le milieu du I er s. ap. J.-C. Une révision du document,
en compagnie de M. Janon, a permis de constater qu'à la ligne 3 la première lettre est un G, plus
difficilement un C. Cette proposition a été retenue par R.- CH., Intégration, p. 147. Voir aussi ci-
dessous avec n. 71-73. Sur le texte, voir M. CHRISTOL et M. JANON, Le statut de Glanum à l'époque
romaine, à paraître.
56. STRABON, Geogr. 4, 1, 11 pour Vienne ; 4,1,12 pour Nîmes ; R.- CH., Intégration, p. 147.
57. M. CHRISTOL et Chr. GOUDINEAU, op. cit. (n. 37), p. 97-98 ; CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 58-61.
43

58. Chr. GOUDINEAU, op. dt. (n. 12), p. 111-113.


59. C/L XII3150,3153,3154. Voir M. CHRISTOL, op. cit. (n. 22), p. 59.
60. CIL XII 3151 ; M. CHRISTOL et Chr. GOUDINEAU, op. cit. (n. 37), p. 102-103.
61. CIL XII 3155. Il s'agit d'une manifestation d'évergétisme de Caius César, fils d'Agrippa, adopté
par Auguste.
62. CIL XII 4272, révisée par M. CHRISTOL, Notes d'épigraphie narbonnaise : L'inscription d'un
notable de la cité de Béziers, Etudes sur Pézenas et sa région 6, 1, 1975, p. 3-6 (AE 1977 532). Il faut
suivre l'interprétation de J. GASCOU, À propos d'un décurion de Lodève, ZPE 105, 1995, p. 89-94.
Déjà ID., dans Xe congrès d'épigraphie, p. 86, n. 70.
63. AE 1962 143. Orange, p. 31, et CHASTAGNOL, Cités Narbonnaise, p. 121-122. Nous préférons
supposer qu’il s'agit d'une colonie latine, superposée sous les Flaviens à la cité indigène, jouissant
depuis longtemps déjà du droit latin. Voir aussi R.- CH., Intégration, p. 148.
64. CHASTAGNOL, Cités Narbonnaise, p. 115-116 ; 120-121.
65. CHASTAGNOL, Cités Narboimaise, p. 121. Pour les institutions, J. GASCOU, dans Xe congrès
d'épigraphie, p. 89-90. De toute façon, l'énumération de Pline place l'élévation de Valence avant
celle de Vienne : CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 54-55.
66. Au terme d'un long et ancien débat, dans lequel s'illustrèrent O. Hirschfeld, Ph. Fabia et
quelques autres, cette hypothèse de H.-G. Pflaum a été bien reçue : H.-G. PFLAUM, La mise en place
des procuratèles financières dans les provinces du Haut-Empire, RD, 1968, p. 378, à propos de AE
1935 5 et de CIL XII 2327 (voir à présent, sur cette dernière, AE 1991 1199) ; voir CHASTAGNOL, Cités
Narboimaise, p. 120 ; J. GASCOU, dans Xe congrès d'épigraphie, p. 90-91 ; R.-CH., Intégration, p. 148.
Importance de cette solution pour la compréhension de la liste des colonies romaines dans Pline
l'Ancien : CHRISTOL, Mémoire perdue, p. 53-54.
67. ILN Aix-en-Provence 298. Mais les conclusions chronologiques de J. Gascou, p. 30, peuvent être
nuancées. Il s'agit d'une gaine d'Hermès, comme il pouvait s'en trouver dans l'entrée d'une domus
de notable. L'absence de référence aux dieux mânes n'est donc pas un critère chronologique
déterminant, puisque le personnage honoré était vraisemblablement vivant. On n'est pas tenu de
placer l'élévation d'Aix-en-Provence avant l'époque flavienne. Voir aussi R.- CH., Intégration,
p. 148.
68. CIL XII 175 (= ILN Antibes 12) ; CIL XII 179 (= ILN Antibes 101) ; ILN Antibes, p. 28 ; J. GASCOU, dans
Xe congrès d'épigraphie, p. 123-124.
69. CIL XII 1120. Voir à ce sujet J. GASCOU, Le statut d'Avignon d'après un prétendu faux
épigraphique d'Apt (Vaucluse), RAN 23,1990, p. 225-233 ; M. CHRISTOL et M. HEIJMANS, op. cit. (n. 6),
p. 39-40 ; J. GASCOU, dans Xe congrès d'épigraphie, p. 104-105.
70. R.-CH., Intégration, p. 148.
71. Inscriptions publiées par A. ROTH-CONGES : Glanum, oppidum latinum de Narbonnaise : à
propos de cinq dédicaces impériales récemment découvertes, RAN 25,1992, p. 29-48, et par M.-Fr.
GIACOBBI-LEQUÉMENT, Cinq inscriptions impériales à Glanum (Saint-Rémy-de-Provence), Latomus
52, 1993, p. 281-293 (AE 19921184-1188).
72. A. ROTH-CONGES, op. cit., p. 44-47 ; EAD., La fortune éphémère de Glanum : du religieux à
l'économique. À propos d'un article récent, Gallia 54,1997, p. 178. Sur le statut de Glanum, voir ci-
dessus avec n. 55.
73. CIL XII 1005. On ne peut donc s'appuyer sur une prétendue ambivalence de la documentation.
Ou bien, si elle existe, elle doit être portée au crédit de la thèse de l'autonomie de la petite
colonie latine. Il convient donc d'apporter non les preuves du maintien de l'autonomie, mais
celles de sa disparition.
74. C'est ainsi que, par exemple, Narbonne a absorbé, peut-être à des dates différentes, les cités
de Ruscino et de Carcaso, vraisemblablement aussi d'Elne (Illiberis) : M. GAYRAUD, Narbonne antique,
p. 323 pour Ruscino, p. 323-324 pour Carcaso. Mais, grâce à une documentation bien répartie, la
44

démonstration chronologique est plus serrée pour Carcassonne : l'absorption de la cité se place à
l'époque tétrarchique. Ailleurs, Béziers absorbe les petites cités des Piscenae, de Cessero et d'Agde.
75. Facteur mis en évidence par Chr. GOUDINEAU, La romanisation des institutions en Transalpine,
Cahiers ligures de préhistoire et d'archéologie 24,1975, p. 34, à la suite des travaux de R. Syme, E.
Badian, entre autres. Pour la Transalpine, voir en particulier Y. BURNAND, Domitii Aquenses. Une
famille de chevaliers romains de la région d'Aix-en-Provence. Mausolée et domaine, RAN Supplément 5,
Paris, 1975, p. 211-237. Pour les Marii : M. CHRISTOL, Les Volques Arécomiques entre Marins, Pompée et
César, dans Mélanges offerts au docteur J.-B. Colbert de Beaulieu, Paris, 1987, p. 211-219.
76. Voir ci-dessus la bibliographie citée aux notes 14 et 16. On ajoutera les travaux de M. Clavel-
Lévêque sur le cadastre B de Béziers : M. CLAVEL-LÉVÊQUE, Atlas des cadastres de Gaule. I. Le réseau
centurié Béziers B, Paris, 1995. Mais ce secteur de la province n'est pas le seul en cause. Il y aurait
certainement à apprendre à partir d'une meilleure connaissance de la mise en valeur des zones
correspondant au cadastre B d'Orange.
77. Chr. GOUDINEAU, op. cit. (n. 75), p. 29-31. P.-Y. LAMBERT, L'épigraphie gallo-grecque, dans X e congrès
d'épigraphie, p. 39, fait observer que la chute de Marseille et le démantèlement de son territoire,
en 49 av. J.-C., ne firent pas disparaître l'épigraphie gallo-grecque.
78. CIL XIII 1668 ; TAC., Ann. 11, 23-25. Voir à ce sujet A. CHASTAGNOL, Les modes d'accès au Sénat
romain au début de l'Empire : remarques à propos de la table claudienne de Lyon, BSNAF, 1971,
p. 282-310 ; ID., Le Sénat romain à l'époque impériale, Paris, 1992, p. 79-96.
79. TAC., Ann. 12, 23,1 ; DION CASSIUS 52, 42, 6-7. A. CHASTAGNOL, Le problème du domicile légal des
sénateurs à l'époque impériale, dans Mélanges offerts à Léopold Sédar Senghor, Dakar, 1977, p. 43-54 ; ID
., Le Sénat romain, p. 164-165.
80. A. CHASTAGNOL, op. cit. (n. 78), p. 293-295 ; ID., Le Sénat romain, p. 81-83.
81. On rapprochera cette conclusion des observations générales de Chr. GOUDINEAU à propos de la
romanisation des institutions en Transalpine (voir ci-dessus n. 77).
82. P. LE ROUX, Le Haut-Empire romain en Occident, d'Auguste aux Sévères, Paris, 1998, p. 247-249.

AUTEUR
MICHEL CHRISTOL
Professeur honoraire de l’université Paris 1 -
Panthéon-Sorbonne
Résidence Le Paroy - 2, rue de la Division Leclerc - F-94250 Gentilly
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Recherches sur les institutions de


Nyon, Augst et Avenches
Regula Frei-Stolba, Anne Bielman et Hans Lieb

Mes vifs remerciements vont à Anne Bielman qui a bien voulu revoir la rédaction française du texte
et discuter de certaines hypothèses avec moi ; ils vont également à Hans Lieb qui m’a donné de
précieux conseils au cours de débats nourris.
1 Les pages qui suivent vous présenteront l’état de la recherche relatif à trois cités situées
sur le territoire de la Suisse actuelle : deux colonies romaines, la Colonia Iulia Equestris
(Nyon) et la Colonia Augusta Raurica (Augst), ainsi que la ciuitas des Helvètes qui a obtenu le
rang de colonie sous Vespasien et dont le centre était Auenticum (Avenches). À l’époque
impériale, cette région appartenait à la partie méridionale de la Gaule Belgique, puis – à
partir de Domitien – de la Germanie supérieure, en conservant des relations culturelles
avec la Gaule ; la Colonia Iulia Equestris entretenait notamment des rapports avec la Gaule
Narbonnaise, tandis que la cité des Helvètes était liée avec les Trois Gaules, en particulier
avec l’Autel de Lyon. Les deux colonies servaient certainement d’avant-postes de la
romanisation ; il semble d’ailleurs que la romanisation des Helvètes, de l’élite sociale du
moins, fut particulièrement rapide.
2 Après un bref survol des événements importants, nous présenterons d’abord les deux
colonies romaines – Nyon et Augst -, puis la situation des Helvètes avant et après la
guerre civile de 68/69 ap. J.-C. L’analyse se concentrera sur les questions
constitutionnelles et administratives, laissant de côté les aspects sociaux ou les points
spécifiquement liés à la romanisation1.
3 Cette étude aura en outre pour but de reprendre et de mettre à jour notre contribution
sur la Suisse gallo-romaine, publiée en 1976 dans l’ouvrage collectif Aufstieg und
Niedergang der römischen Welt2. En confrontant l’état actuel de la recherche et l’état
présenté en 1976, on se rendra facilement compte des progrès accomplis durant ces vingt
dernières années et, inversement, des problèmes qui n’ont pas encore trouvé de réponse
ou qui se posent en des termes nouveaux. De la même manière que nous l’avons fait
en 1976, nous nous proposons de traiter uniquement des débuts de l’époque impériale, en
46

laissant volontairement de côté le Bas Empire et la transition entre Bas Empire et Haut
Moyen Âge.

I. Les étapes de la conquête romaine


4 Les peuples habitant le territoire de la Suisse actuelle furent conquis par les Romains à
des époques différentes et la répartition territoriale de ces divers peuples dépassait les
frontières modernes. De même, la domination romaine n’introduisit pas d’unité
administrative, le territoire national de la Suisse actuelle étant alors marqué par des
frontières entre les provinces romaines. Laissant de côté la soumission des peuples au sud
du Tessin ainsi que la conquête des Allobroges (121 av. J.-C.) dont Genève fut le uicus le
plus septentrional, nous voudrions évoquer brièvement l’histoire des Helvètes qui
jouèrent un rôle primordial auIer s. av. J.-C. 3. D’après la description bien connue de César
dans son Bellunt Gallicum, les Helvètes étaient établis sur un territoire qui s’étendait
depuis le Rhône jusqu’au Rhin et depuis le lac Léman – le Pays de Gex jusqu’au Pas de
l’Écluse inclus – jusqu’au Jura4. Selon le géographe Strabon, le territoire des Helvètes
allait jusqu’au lac de Constance et était délimité par le Rhin et le Jura5.
5 En 58 av. J.-C. les Helvètes, après une longue préparation, se mirent en route dans
l’intention de s’établir dans le sud-ouest de la France mais ils furent vaincus par César
dans la région de Bibracte (Mont Beuvray, à l’ouest d’Autun). Ils se rendirent sans
condition au général romain (par deditio ) et celui-ci les rétablit dans leurs droits,
moyennant leur retour dans leur pays. Nous n’approfondissons pas ici la question
controversée de savoir si César avait conclu un traité avec les Helvètes en 58 av. J.-C. ou si
le traité mentionné par Cicéron6 doit être considéré comme antérieur7. Quoi qu’il en soit,
comme les Helvètes contribuèrent au même titre que les Rauriques à l’insurrection de
Vercingétorix par le biais de contingents auxiliaires8, cet éventuel traité est certainement
devenu caduc en 52 av. J.-C. À la fin de la guerre des Gaules se succédèrent, à Rome, une
première guerre civile, l’assassinat de César et une seconde guerre civile si bien que la
question de la frontière septentrionale resta en suspens, d’autant plus que la domination
romaine reposait sur des rapports personnels de loyauté entre César et les chefs gaulois 9.
César conforta en 45/44 av. J.-C. la sécurité de la Gaule Narbonnaise par l’installation
d’une colonie de vétérans, la colonia Iulia Equestris (Nyon), sur l’un des territoires dont les
Helvètes avaient été dépossédés afin de leur interdire ainsi l’accès vers le sud10. L’année
suivante, L. Munatius Plancus fonda la colonie Raurica, mais la romanisation véritable de
la Suisse n’intervint que sous Auguste.
6 Les guerres civiles victorieusement terminées, Auguste se rendit en Gaule (de 27 à 25 av.
J.-C.) afin de consolider les territoires nouvellement conquis et de préparer la campagne
des Alpes qui devait rendre plus sûres les voies de communications transalpines. En 25 av.
J.-C., A. Terentius Varro Murena soumit les Salasses, contrôlant ainsi l’accès au Petit-St-
Bernard. En 16 av. J.-C., P. Silius Nerva mena une première campagne dans les Alpes
grisonnes et atteignit peut-être la vallée alpine du Rhin11, mais c’est en 15 av. J.-C. que
toutes les régions des Alpes centrales furent soumises : la campagne de Tibère et de
Drusus avait été bien préparée, le premier partant de l’ouest et longeant le Rhin, le
second remontant le Haut-Adige et franchissant les cols du Brenner et/ou du Reschen-
Scheideck. Nous laissons de côté les détails de cette campagne, de même que ceux des
campagnes de Germanie qui suivirent dès 12 av. J.-C., et nous nous contentons de noter
que la campagne de 15 av. J.-C. permit d’inclure dans l’Empire romain l’ensemble de la
47

Suisse actuelle : le Valais, le Tessin, les Grisons et la Suisse orientale ; le Plateau suisse a
été intégré pacifiquement puisque les Helvètes n’apparaissent pas parmi les peuples
vaincus.

II. La Colonia Iulia Equestris


La fondation de la colonie

7 La Colonia Iulia Equestris était sans doute une colonie romaine, fondée par César qui
déduisit des vétérans au bord du lac Léman12. Il y a également consensus parmi les
chercheurs sur la nature juridique de cette colonie : c’était une colonie installée sur un
territoire enlevé aux Helvètes qui s’étaient montrés des voisins dangereux, comme
l’avaient prouvé les événements de 58 av. J.-C., tout comme leur participation au
soulèvement de Vercingétorix en 52 av. J.-C.
8 Au-delà de ces certitudes, des points obscurs demeurent. Aucune source antique ne
parlant de la fondation (nous évoquerons infra le passage souvent oublié de Lucain dans
son Bellum ciuile), toutes les hypothèses concernant la date exacte de la fondation, les
premiers colons ou les motifs qui auraient conduit César à fonder cette colonie ne sont
que des interprétations basées sur la situation géographique de la colonie ou sur sa
titulature, Colonia Iulia Equestris. Le mot Iulia indique que le fondateur en fut César ou
peutêtre Octavien13. Les années 50/49, 45 et aussi 32 av. J.-C. ont successivement été
proposées comme date de fondation. Denis van Berchem, qui mettait en évidence le
praefectus arcendis latrociniis – magistrat extraordinaire de la colonie, d’interprétation
délicate – retenait les années 50/49 av. J.-C., période qui précédait immédiatement les
guerres civiles. Il était d’avis que la préfecture à la répression du brigandage était inscrite
dans la constitution de la colonie et trahissait une situation politique contemporaine.
Selon cet auteur, les latrones auraient désigné les Helvètes et les vétérans installés dans la
colonie auraient eu pour tâche de protéger la Gaule Narbonnaise contre d’éventuelles
incursions helvètes. La date de 50/49 av. J.-C. avait été déjà suggérée par Konrad Kraft.
Hans Bögli, en collaboration avec Niklaus Dürr, a tenté de confirmer cette datation en
exploitant un trésor trouvé à Vidy, contenant notamment des demi-victoriats frappés, à
son avis, par César14. Mais – ainsi que Μ. A. Crawford le soupçonnait et qu’Anne Geiser
peut désormais le confirmer15 – le trésor de Vidy n’a aucun rapport avec la date de
fondation de la colonie puisqu’il s’agit d’un dépôt de faux-monnayeurs. Nous-même, nous
avons argumenté en faveur de la date de 45/44 av. J.-C., prenant en considération la
situation politique générale et les prérogatives dont César jouissait à l’époque. Nous
pensons encore que la date de 45/44 av. J.-C. est celle qui convient le mieux à la déduction
de vétérans à Nyon, mais nous y apporterons toutefois une retouche. Brigitte Galsterer-
Kröll, au contraire, penche plutôt pour une datation basse, post-césarienne16.
9 Les Pharsalia de Lucain n’ont guère été mis en relation avec la colonie de Nyon17. Pourtant,
au début de son poème, le poète énumère les troupes que César réunit afin de former une
armée et d’envahir l’Italie en franchissant le Rubicon. Parmi ces troupes sont citées des
unités qui étaient stationnées au bord du lac Léman et qui répondirent à l’appel du chef
militaire18. Il faut naturellement se demander si les éléments de ce catalogue de troupes,
d’ailleurs rédigé dans un style épique traditionnel19, sont corroborés par des sources
fiables. Même si ces passages de Lucain ont échappé à l’attention des auteurs modernes 20,
il semble que le poète ait puisé ses données historiques dans l’oeuvre de Tite-Live, voire
48

dans d’autres ouvrages historiques qui nous demeurent inconnus21. Il se peut que ces
vers, nourris de sources fiables et détaillées, contiennent une allusion à un camp de
marche situé sur les rives du lac Léman, éventuellement à l’emplacement où s’installera
ultérieurement la colonie22. On pourrait ainsi concilier les différentes datations
proposées : une première tentative d’occupation du site par des forces militaires, en
50/49 av. J.-C., aurait été suivie d’une déduction de colonie, en 45/44 av. J.-C.
10 Qui étaient les vétérans de la nouvelle colonie ? Ce problème tant discuté n’est pas encore
résolu23. Le seul élément de réponse reste l’épithète Equestris. Selon Konrad Kraft,
l’épithète reflèterait la déduction de vétéranscavaliers provenant de différentes légions ;
César les aurait installés sur les bords du Léman pour qu’ils fassent barrage aux Helvètes,
réputés pour leur cavalerie24. J. G. P. Best, en revanche, a supposé que ces soldats étaient
issus de la legio X Equestris, la légion favorite de César, et d’après B. H. Isaac, L. Munatius
Plancus aurait en parallèle déduit des vétérans de la légion IX Triumphalis à Augst 25.
Toutefois, il est impossible en l’état de nos connaissances de prouver des liens, quels
qu’ils soient, entre les épithètes d’une colonie et celles d’une légion, ceci par manque de
sources d’époque césarienne se référant explicitement à cette question. En effet, nous ne
trouvons trace des vétérans césariens de la colonia Equestris ni dans les sources littéraires,
ni dans les documents épigraphiques26. Pour l’époque pré-augustéenne et augustéenne,
en revanche, la situation est plus claire. Nous savons ainsi sans conteste que des vétérans
de la legio X Equestris ont été déduits dans la colonie de Patras 27. Cependant, en ce qui
concerne Nyon, les sources épigraphiques ou numismatiques qui pourraient jeter une
lumière sur les colons de l’époque augustéenne font également défaut. D’autres
approches devraient être reprises, telle l’analyse des toponymes du territoire de la
colonie – commencée par Edgar Pélichet. Toutefois, le procédé même est à revoir et les
toponymes remontant selon cette hypothèse (douteuse) aux premiers colons nous
renseignent sur l’origine italique ou provinciale de ces derniers28 mais ne donnent pas
d’indication sur la légion dont ils seraient issus.
11 En ce qui concerne les motifs qui auraient amené César à fonder la Colonia Iulia Equestris,
tous les chercheurs suivent la démonstration de Konrad Kraft et s’accordent à y voir une
barrière contre les Helvètes, dressée afin de les empêcher de tenter de pénétrer une
nouvelle fois en Gaule Narbonnaise. Toutefois, Nyon n’était pas la seule colonie installée
dans les Trois Gaules puisqu’existaient Augst et Lyon. Avant K. Kraft, l’opinio communis
voulait que les trois colonies répondissent à un plan prémédité de Jules César, plan dans
lequel Nyon jouait un rôle pionnier. K. Kraft exprime des doutes quant à ce dessein
césarien, arguant du fait que cette conception globale reflèterait davantage la situation
augustéenne puisqu’à cette période l’offensive contre la Germanie était réalisée et que
Lyon avait acquis une position centrale dans le réseau des voies de communications.
D’autres auteurs comme Denis van Berchem ont exprimé des doutes analogues29.
L’analyse des circonstances dans lesquelles fut déduite la colonie de Lyon vient à l’appui
de cette attitude prudente30 et il n’est pas davantage certain que la colonie Raurica ait été
l’aboutissement d’un plan césarien, comme nous essayerons de le démontrer plus loin 31. Il
faut donc envisager séparément la fonction de la colonie de Nyon, puis celle d’Augst.
12 D’autres sources peuvent-elles venir à notre rescousse, telles l’archéologie ou les sources
épigraphiques et numismatiques ? Les fouilles intensives des vingt dernières années n’ont
pas encore livré de trace d’un habitat celtique sur l’emplacement de la future colonie, ce
qui jette le doute sur le mot gallo-romain Nouiodunum et sur sa signification historique 32.
En revanche, la fourchette entre la fondation césarienne de 45/44 av. J.-C. et le premier
49

urbanisme augustéen daté des environs de 15 av. J.-C., fourchette marquée par l’absence
d’objets archéologiques, semble se réduire maintenant. Les plus anciens tessons trouvés
dans les fouilles33 remontent aux années 40 av. J.-C. ; toutefois, des vestiges permettant la
reconstitution de plans de bâtiments se font encore attendre, tout comme des vestiges
indiquant le schéma régulateur de l’urbanisme, schéma connu pour l’époque suivante.
13 Comme nous l’avons souligné plus haut, des inscriptions datées du début de l’ère
coloniale font défaut. La première inscription porteuse d’indices chronologiques se réfère
à Claude34 et aucun vétéran, ni césarien ni autre, n’est attesté épigraphiquement puisque
P. Annius Montanus n’entre pas dans cette catégorie35. Les trouvailles monétaires de
Nyon, y compris les monnaies provenant de collections privées et qui sont entrées dans le
lot des monnaies nyonnaises, ont été présentées par Colin Martin. Elles font actuellement
l’objet d’une série d’études globales. Ce n’est qu’après ces travaux préparatoires qu’on
pourra éventuellement utiliser les sources numismatiques à des fins historiques36.

Nouiodunum

14 Il est nécessaire d’évoquer un problème se rapportant au nom galloromain de Nouiodunum


et qui a été soulevé dernièrement par Frédéric Rossi. Th. Mommsen a glissé dans le CIL
XIII, pars II, p. 1, à côté des noms officiels de la colonie (Colonia Iulia Equestris) le nom gallo-
romain Nouiodunum, en supposant que celui-ci désignait le site celtique préexistant à la
colonie romaine. Tous les auteurs l’ont suivi, adoptant cette hypothèse explicitement ou
tacitement37. Mais Frédéric Rossi a récemment relancé le débat en faisant remarquer que,
jusqu’à ce jour, aucun vestige d’un bourg celtique n’a été répéré par les fouilles ; selon cet
auteur, Nouiodunum (la « nouvelle ville ») désignerait dès lors la colonie romaine, peut-
être – ce qui est discutable – par opposition à l’oppidum du bout du lac, Genève 38. Le mot
Nouiodunum remonte sûrement à l’époque césarienne-augustéenne puisqu’alors – et alors
seulement – cette désignation de « nouvelle ville » avait un sens39, mais il faut tout de
même noter que le nom n’apparaît pas dans les sources du Haut Empire, au contraire de
l’usage moderne. Ce n’est qu’à l’extrême fin de l’Antiquité ou plutôt au début du Haut
Moyen Âge que l’on trouve deux entrées sous ce nom, l’une dans la Notitia Galliarum – dans
une glose -, l’autre dans la Vie des Pères du Jura, datées respectivement du V e et du début
du VIe s40.

Le territoire de la colonie

15 L’étendue du territoire de la colonie n’est pas indiquée par des sources antiques directes.
Il faut donc recourir à des procédés indirects, bien connus mais pas nécessairement
fiables41. Nous pensons premièrement aux milliaires puisque l’on reconnaît généralement
que les cités ont érigé sur leur territoire des milliaires indiquant le caput uiae territorial 42 ;
nous pensons ensuite aux frontières des diocèses médiévaux, à condition que ces
subdivisions trahissent une permanence frontalière de l’Antiquité au Moyen Âge,
permanence certes vérifiée dans plusieurs cas mais pas systématiquement. En ce qui
concerne le territoire de la colonie Équestre, la discussion a été renouvelée récemment.
16 Les frontières des diocèses médiévaux délimitent le territoire colonial comme suit : le
nom de la Colonia Iulia Equestris survit dans la dénomination du pagus Equestricus qui
apparaît au Xe s. dans des chartes du second Royaume de Bourgogne43. Le pagus
Equestricus, un comté du royaume des Rodolphingiens, était soumis à l’autorité
50

ecclésiastique de l’évêque de Genève et Ton peut encore suivre sur ce point les études
conduites au XIXe s. par Frédéric Gingins-La Sarra44. D’ouest en est, les frontières
diocésanes se limitaient au lac Léman et à la première chaîne du Jura ; il s’agit de
frontières naturelles qui appartiennent aujourd’hui à la fois au canton de Genève, au
canton de Vaud et au Pays de Gex situé en France voisine. Au sud, il faut supposer que le
territoire s’étendait jusqu’au Pas de l’Écluse, tandis qu’au nord, l’Aubonne, un petit
fleuve, marquait la frontière avec le diocèse de Lausanne. Tous les auteurs, à partir de
Theodor Mommsen, ont attribué le même territoire à la colonie Équestre45.
17 Cependant, deux nouveautés ou plutôt deux précisions sont apparues récemment :
d’abord, comme nous venons de le relever, le territoire de la colonie romaine appartient à
deux États modernes, à savoir la Suisse et la France, et dans la Suisse même à deux
cantons (Genève et Vaud), ce qui ne facilite ni la recherche ni la vue d’ensemble. Ainsi,
tous les auteurs s’accordent à attribuer le Pays de Gex au territoire de la colonie46 mais la
situation moderne complexe a conduit les éditeurs du CIL à attribuer aux Séquanes
quelques inscriptions trouvées dans le Pays de Gex, au lieu de les rattacher au dossier
épigraphique de la colonie Équestre lorsque les copies de l’abbé Claude de Veyle furent
connues47. La plupart des auteurs modernes négligent dès lors trois inscriptions du Pays
de Gex48, deux inscriptions funéraires trouvées à Thoiry et un fragment découvert en
réemploi dans les murailles de la forteresse de Léaz. Il est vrai qu’elles sont aujourd’hui
perdues et qu’au moment de leur découverte, elles étaient sans doute déjà peu lisibles ;
néanmoins, les deux inscriptions funéraires mentionnaient peut-être des édiles de la
colonie49.
18 En revanche, deux milliaires provenant de Prévessin (F) et qui y sont exposés aujourd’hui
encore ont été correctement insérés dans le dossier épigraphique de la colonie Équestre 50,
de même qu’on n’a jamais oublié que l’aqueduc menant de Divonne à Nyon était une
construction appartenant au territoire de la colonie51.
19 Justin Favrod a rouvert le dossier de la frontière orientale du territoire colonial puisque
les frontières des diocèses médiévaux et les milliaires ne concordent pas 52. Comme nous
l’avons dit plus haut, l’Aubonne a constitué la frontière entre le diocèse de Genève et celui
de Lausanne. Mais trois milliaires appartenant au territoire colonial ont été répérés à l’est
de cette frontière, à Lavigny, à Étoy et à St-Prex ; les milliaires de Lavigny et d’Étoy
indiquent les milles qui correspondent à la distance séparant ces bourgades respectives
de la colonie Équestre tandis que le fragment de St-Prex est inutilisable53. Puisque le
milliaire de Lavigny était in situ ou quasiment in situ au moment de sa découverte, force
est d’admettre que la frontière orientale de la colonie passait un peu à l’est de l’Aubonne,
peut-être sur la Morge ; probablement, le diocèse de Lausanne s’est-il élargi à un moment
de son histoire et a-t-il grignoté l’ancien territoire colonial54. En suivant cette hypothèse –
que nous avons adoptée pour l’édition des inscriptions de la colonie Équestre-, il faut
ajouter au dossier épigraphique nyonnais une petite statuette en bronze, retrouvée au
XVIIIe s. dans les vignes de St-Prex55.

Le dossier épigraphique de la colonie : Genève et Nyon

20 La difficulté majeure qui grève toute étude détaillée de la colonie Équestre est le
problème de l’appartenance des inscriptions retrouvées à Genève. Theodor Mommsen
s’était déjà rendu compte de l’impossibilité de séparer nettement les inscriptions
illustrant le uicus de Genaua des inscriptions antiques transportées de Nyon à Genève à
51

diverses périodes56. Actuellement, on constate des progrès dans l’examen de cette


question mais elle est loin d’être réglée. Puisqu’il s’agit du problème majeur de la colonie,
nous nous permettons d’entrer dans les détails du débat en retraçant l’historique des
recherches. La découverte et les études des murailles de Genève ont fait apparaître depuis
longtemps des spolia architecturaux ainsi que des blocs inscrits. Jean-Louis Maier et
Yvette Mottier ont présenté en 1976 un état de la question et cette contribution sert
encore de référence57. La seconde étape décisive a été constituée par la découverte de la
basilique de Nyon, en 1974, car des blocs architecturaux similaires à d’autres blocs
d’architrave découverts à Genève, y ont été trouvés in situ 58. De surcroît, trois blocs
portant chacun des trous de fixation destinés à tenir une ou deux lettres dorées ont été
retrouvés à Genève, tandis qu’un bloc similaire est une ancienne trouvaille de Nyon59.
Denis van Berchem en a tiré, le premier, des conclusions historiques en montrant que ce
transport de pierres et de pièces architecturales de Nyon à Genève n’allait pas de soi et
qu’il devait être mis en relation avec la promotion de Genève au rang de cité, promotion
survenue probablement sous le règne de Probus (en 276 ou alors un peu plus tard au III e
s.)60. Pourtant, on ne peut pas simplement attribuer à Nyon toutes les inscriptions
provenant des murailles de Genève car certains de ces blocs errants sont indubitablement
des pierres genevoises61. Les pierres inscrites trouvées dans les fondements de la
cathédrale Saint-Pierre entraînent les mêmes difficultés62. En fin de compte, la séparation
du matériel épigraphique provenant de Genève s’avère très délicate puisque, à l’exception
de rares inscriptions trouvées in situ 63, les inscriptions genevoises sont des spolia soit à
titre de réemplois, soit à titre d’objets d’ornement En effet, à l’aide de la tradition
manuscrite, en se fiant à des copies épigraphiques remontant aux XVe et XVI e s., on
découvre que le patriciat genevois aimait décorer ses maisons de ville ou de campagne
par des vestiges antiques64. Dès lors, compte tenu de ces difficultés, seul un contenu
textuel explicite permet d’attribuer une inscription à Genève, comme par exemple les
dédicaces à la déesse tutélaire Genaua 65 ; dans bien des cas, il est impossible de trancher,
ce qui renforce les incertitudes grevant le dossier épigraphique de la colonie Équestre 66.

La constitution de la colonie67
La tribu et les liens entre Nyon et Genève

21 La colonie Équestre était une colonie romaine établie sur un territoire enlevé aux
Helvètes68. Elle était inscrite dans la tribu Cornelia bien attestée par les sources
épigraphiques69. Toutefois, une remarque s’impose : comme on le sait depuis longtemps
déjà, les relations entre la colonie et Genève, ou plutôt entre la colonie et la cité des
Allobroges étaient particulièrement étroites, de sorte que plusieurs magistrats exerçaient
des fonctions tant à Nyon qu’à Vienne. On retrouve donc à Nyon aussi la tribu Voltinia.
Denis van Berchem, cherchant une explication à ce phénomène, a supposé que César avait
admis des Allobroges de la région de Genève dans la colonie Équestre, les Allobroges
ayant des possessions sur la rive droite du Rhône70. Ce dossier mériterait d’être repris.
Une histoire des familles antiques concernées pourrait peut-être y apporter quelques
lumières. Nous avons d’ailleurs commencé à étudier la famille des Iulii Ripani, une famille
équestre de la Colonia Iulia Equestris sur laquelle on possède désormais quelques données 71.
Enfin la tribu Teretina a été récemment attestée dans un document nyonnais mais le
notable en question, P. Annius Montanus, était probablement originaire d’Arles et n’est
venu s’installer que tardivement à Nyon72.
52

22 Par rapport à d’autres colonies romaines établies en milieu provincial, la constitution de


la colonia Iulia Equestris se distingue par trois particularités : en dehors des magistratures
usuelles, y sont attestés des praefecti pro duouiro ou pro duouiris ; cette magistrature
temporaire se rencontre également dans d’autres colonies tant en Gaule Narbonnaise
qu’en Afrique du Nord. La deuxième particularité institutionnelle de Nyon réside dans le
fameux préfet à la répression du brigandage, le praefectus arcend(is) latrocin(iis), une
institution difficile à expliquer. La troisième anomalie institutionnelle est l’interrex
attesté dans une inscription récemment découverte dans l’amphithéâtre ; il faut
probablement voir dans cette charge insolite une magistrature municipale. Nous ferons
d’abord un survol des magistratures usuelles, avant de discuter en détail les particularités
constitutionnelles de la colonie.

Les duouiri et les aediles

23 Dans la colonie Équestre sont attestés jusqu’à présent huit duumuiri ; trois d’entre eux ont
itéré la fonction73. Se rencontrent ensuite cinq édiles, si nous incluons, avec beaucoup de
prudence, dans l’analyse, les fragments provenant de Thoiry et si nous prenons en
considération la formule omnibus honoribus… functus 74. Manque dans le dossier la mention
du duumuir quinquennalis. Ce poste très prestigieux n’est pas attesté pour l’instant dans la
colonie Équestre75. Celui de questeur qui était facultatif dans une colonie romaine, fait
également défaut.

Les praefecti pro duouiro ou pro duouiris

24 Les deux carrières les plus détaillées, celle de C. Lucconius Tetricus et celle de Q. Seuerius
Marcianus76, font état de la charge de « préfetremplaçant d’un duumuir », selon la
trafuction adoptée par la majorité des auteurs ; l’inscription dédiée à Q. Seuerius
Marcianus mentionne le titre en entier, pr[ae]fect(us) pro Iluiris, tandis que dans le cas de C.
Lucconius Tetricus, le texte est endommagé et l’on ne sait pas s’il faut compléter au
pluriel, praefect(us) pro IIuir[is], ou au singulier, pro Iluir[o]77.
25 Les différents préfets attestées dans les municipes et dans les colonies posent encore des
problèmes d’interprétation, malgré les analyses de J. Gascou sur les préfets i(ure) d(icundo)
attestés en Afrique du Nord et les préfets des cités de la Gaule Narbonnaise, malgré
l’étude de Maria S. Bassignano sur les cas attestés en Italie du Nord et malgré les
remarques d’autres auteurs qui se sont penchés en particulier sur les préfets-remplaçants
de l’empereur78. J. Gascou notamment distingue quatre cas de préfets dont deux sont
clairement attestés par les lois municipales, à savoir d’une part des préfets remplaçant
temporairement le duumuir lorsque celui-ci était contraint de s’absenter plus d’une
journée de sa colonie et que son collègue était également absent et d’autre part des
préfets remplaçant un membre de la famille impériale. Ces deux remplacements sont
minutieusement organisés par les lois municipales79. Il n’est pas étonnant qu’un préfet
substitut de l’empereur cite ce remplacement très honorifique dans son cursus honorum,
mais comme le dossier épigraphique de Nyon ne présente pas un tel cas, nous le laissons
de côté. Il est en revanche plus difficile de comprendre pourquoi une charge temporaire
ordinaire était mentionnée parmi les magistratures d’un cursus honorum, où elle précédait
régulièrement le duumvirat80 ; à notre avis, J. Gascou a bien démontré que cette charge
qui n’était pas une véritable magistrature – elle n’entrait pas au nombre des honneurs, et,
pour l’assumer, il n’était pas nécessaire de payer la summa legitime 81 – apportait
53

néanmoins tellement de prestige à son détenteur qu’elle servait de préparation et de


tremplin à la plus haute charge de la colonie82. Toutefois, dans sa dernière contribution
sur les cités de Gaule Narbonnaise, J. Gascou voit plutôt dans ce préfet un adjoint des
duumvirs qu’un remplaçant occasionnel, au moins dans le cas de Narbonne et de Béziers.
Ces préfets adjoints auraient donc surtout exercé leurs fonctions dans des colonies au
territoire très étendu83. Revenons à Nyon. Le territoire de la colonie Équestre est d’une
dimension plutôt restreinte, de sorte qu’un élargissement du cadre des magistrats
municipaux ne s’imposait pas vraiment. En outre, comme on l’a dit plus haut, dans le
dossier de Nyon sont attestés deux praefecti pro duouiro/duouiris, qui ont exercé également
la charge du préfets à la répression du brigandage. Une première comparaison avec les
structures des colonies romaines d’Orient nous suggère qu’il faut peut-être renoncer à
expliquer partout de la même manière la charge de praefectus pro duouiro/duouiris 84 ;
jusqu’à preuve au contraire, nous y voyons, pour Nyon donc, des « préfetsremplaçants
d’un duumuir. »
26 Nous voudrions encore faire une suggestion concernant la lecture pro duouiro ou pro
duouiris : il est évident que le singulier est la forme correcte, le texte du chapitre
correspondant des lois municipales est sans équivoque85 ; mais l’inscription dédiée à Q.
Seuerius Marcianus présente clairement un pluriel. Peut-on admettre que le pluriel, qui
en soi ne se justifie pas, serait signe d’une époque plus tardive ? Le débat reste ouvert,
d’autant que dans la plupart des exemples connus, la titulature est abrégée.

Le praefectus arcendis latrociniis

27 Dans deux inscriptions nyonnaises détaillées, à savoir celle de C. Lucconius Tetricus et


celle de Q. Seuerius Marcianus, est nommée une magistrature tout à fait insolite : le
praefectus arcendis latrociniiss86. Ce préfet à la répression du brigandage a fait couler
beaucoup d’encre. Il est vrai qu’il est d’interprétation délicate puisque chaque élément de
la titulature est controversé et que la forme même de la titulature n’est pas assurée 87. En
outre, la date de l’introduction de cette charge est discutée, une large fourchette qui
s’étend du Ier au III e s., voire au IVe s., étant proposée par les spécialistes. Mais le
problème le plus débattu est de savoir s’il faut attribuer cette charge au cursus municipal
ou, au contraire, au cursus impérial en l’interprétant comme une charge militaire. II est
évident que tous les problèmes énumérés ci-dessus sont indissociables les uns des autres.
28 Cela nous mènerait trop loin de présenter en détail les points de la discussion. C’est
pourquoi nous nous bornons à résumer l’état de la recherche : Theodor Mommsen qui ne
connaissait qu’une seule inscription, celle de C. Lucconius Tetricus, a lu praefec[t(us)]
arcend(is) latroc[in(iis)] en se basant sur une inscription aujourd’hui perdue, retrouvée à
Bingen et qui émane d’un contexte militaire88. La lecture de Th. Mommsen a été reprise
dans la quasi-totalité des ouvrages parus depuis lors. Dans les débats sur la nature de la
charge (municipale ou impériale), les auteurs ont en général opté plutôt pour une charge
municipale, probablement introduite durant les troubles de la fin duIIe et surtout du IIIe s
89
. Cependant, tant qu’il s’agissait d’un témoignage isolé, le préfet à la répression du
brigandage n’a pas suscité beaucoup d’intérêt90. Un déclic se produisit avec la découverte
de l’inscription dédiée à Q. Seuerius Marcianus, en 1978, suivie par un article stimulant de
Denis van Berchem paru en 1982 où cet auteur, démontrant les faiblesses des arguments
antérieurs, a cherché à tirer des conclusions historiques de cette double attestation de
préfets à la répression du brigandage91. Comme nous l’avons dit plus haut, d’après lui
cette préfecture, inscrite dans la constitution initiale de la colonie, remontait à l’époque
54

césarienne et il y voyait un renforcement de la fonction de verrou de la colonie Équestre


puisque dans sa conception, les latrones auraient désigné non seulement des brigands,
mais aussi des peuples semi-barbares, tels les Helvètes à cette date92. Sa nouvelle datation,
basée sur des considérations paléographiques, corroborait son hypothèse puisqu’il plaçait
l’inscription de Q. Seuerius Marcianus auIer s. ou à la rigueur dans le premier quart du II e
s. Cette nouvelle théorie a connu quelque faveur auprès des spécialistes de l’histoire de la
Suisse ; d’autres auteurs, dont nous faisions partie, ont fait preuve d’un certain
scepticisme sans toutefois se prononcer de manière détaillée sur le sujet 93. Depuis lors,
une nouvelle attestation d’un préfet à la répression du brigandage est apparue en 1965, à
Bois l’Abbé près d’Eu (Dépt de la SeineMaritime) ; l’inscription très fragmentaire a été
publiée en 1982 par M. Mangard, qui la datait de l’époque sévérienne94. J.-L. Veuthey a
combattu dans son mémoire de licence la datation proposée par D. van Berchem pour
l’inscription de Q. Seuerius Marcianus, en plaçant cette inscription à la fin du II e ou au
début du IIIe s95.
29 S’imposent donc à la fois de nouvelles conclusions et de nouvelles questions.
30 À propos de la datation, force est de constater que les indices convergent vers une date
située entre la fin du IIe et le début du III e s., période marquée par des troubles (dans la
seconde moitié du IIe s.) et surtout par la guerre civile qui opposa Septime Sévère et
Clodius Albinus96. Plus difficile est le problème de la terminologie exacte de cette
préfecture, car le texte de la dernière trouvaille en date, celle de Bois l’Abbé, contient les
lettres [---]cinio qu’on peut compléter par un datif singulier [latro]cinio ou par un génitif
pluriel [latro]cinio(rum). Les deux formes ont été proposées pour les inscriptions
nyonnaises97 mais il faut noter que l’ordre des mots est renversé dans l’inscription de Bois
l’Abbé (pra[efectus arcendo latro]cinio). En fin de compte, il n’est pas nécessaire d’admettre
partout la même terminologie.
31 En revanche, ce que François Mottas et Denis van Berchem ont bien prouvé, à notre avis,
c’est que le poste doit être considéré comme une fonction municipale, le praefectus
arcendis latrociniis étant encadré par d’autres postes municipaux. Tandis que dans le cas de
C. Lucconius Tetricus, cette préfecture constitue la première charge de son cursus
municipal et qu’on pourrait dès lors considérer éventuellement cette préfecture comme
une charge militaire impériale hors du cursus98, le cas de Q. Seuerius Marcianus est
beaucoup plus clair : la préfecture était insérée dans le cursus puisque l’homme honoré a
d’abord revêtu les postes de décurion, d’édile et de préfet pro duouiris avant d’accepter la
charge de préfet à la répression du brigandage, puis d’achever sa carrière avec le
duumvirat qu’il occupa deux fois (bis). À propos de la fonction municipale, Otto Hirschfeld
avait déjà rapproché du praefectus de Nyon (à l’époque n’était connu qu’un seul praefectus)
quelques praefecti présentant des titulatures voisines dans les cités de Gaule Narbonnaise,
en particulier le praefectus uigilum et armorum de Nîmes et peut-être le praefectus praesidio
et priuat(is) Voc(ontiorum) ; Jacques Gascou adhère également à cette interprétation
municipale99. Ces fonctions, à Nyon comme en Gaule Narbonnaise, avaient toutes le même
objet, la défense de la cité.
32 Au vu des éléments analysés précédemment, nous daterions donc volontiers les
témoignages de préfets municipaux à la répression du brigandage de la seconde moitié du
IIe s. ou du début du III e s., époque pour laquelle les sources signalent quelques troubles,
particulièrement dans nos régions, comme nous l’avons déjà dit100. Il nous semble
vraisemblable, sans que nous puissions l’affirmer, que le poste du préfet à la répression
du brigandage a été créé à cette époque pour répondre à des besoins urgents101 ; c’est
55

peut-être la raison pour laquelle la place de cette charge dans le cursus municipal n’était
pas fixe. La création d’une magistrature municipale bien après l’octroi de la constitution
initiale de la colonie est envisageable : que Ton pense, par exemple, aux prêtres et surtout
aux prêtresses du culte impérial (flammes Augusti et flaminicae Augustae), introduits les uns
après la divinisation d’Auguste, voire plus tard, les autres au plus tôt après la divinisation
de Livie en 42 ap. J.-C.102. Mais il reste d’autres points obscurs et les circonstances qui ont
présidé à la création de cette magistrature, peut-être temporaire, nous échappent103. On
ne sait même pas si les latrones en question étaient des brigands, des marginaux ou des
soldats maraudeurs. De même, on ignore si les préfets de Nyon devaient surveiller les cols
du Jura, comme C. Jullian le supposait, et/ou des actes de piraterie sur le lac Léman qui
connaissait certainement un trafic beaucoup plus dense qu’aujourd’hui104.

L’interrex

33 En 1996, lors des fouilles de l’amphithéâtre de Nyon, deux inscriptions ont été
découvertes105 utilisées en réemploi comme couverture de l’égout qui traversait l’arène.
Quant à leur emplacement original, on envisage également l’amphithéâtre ; l’une, qui
date de l’an 111 et qui honore Trajan, était probablement placée au-dessus de l’une des
portes élevées en l’honneur de cet empereur. C’est la seconde inscription qui est au
centre de la discussion : une belle plaque complète, aisée à lire mais difficile à interpréter
106
. Il s’agit d’une dédicace gravée par Annia Sabina, flaminique du culte impérial
(flaminica Augustaé), en l’honneur de son père, P. Annius Montanus. L’individu, inscrit
dans la tribu Teretina et donc étranger à la colonie Équestre, avait parcouru une carrière
bipartite, d’abord militaire avec les charges d’optio et de quaestor equitum de la legio XXI 107,
ensuite municipale avec le décurionat de la colonie. Annia Sabina fait mention à la ligne 3
d’un interrex (interregi leg(ionis) XXI decurioni) et cette charge a plongé les éditeurs dans
une grande perplexité. Dans la première édition, F. Rossi, M. Tarpin et nous-même avons
présenté brièvement trois explications possibles, à savoir l’interrex comme fonction
militaire, ce qui serait une charge unique, ensuite l’interrex comme fonction municipale,
mais alors il faut s’imaginer que le lapicide aurait déplacé le mot, et finalement une faute
du graveur qui aurait écrit interrex au lieu d’interpres108. Depuis lors, les discussions se sont
poursuivies. D’une part des solutions intéressantes ont été proposées pour mieux
expliquer le déplacement du mot interrex qu’il faudrait lier à la mention de la col(oniae) Eq
(uestris)109. D’autre part, Μ. A. Speidel discutant l’origine et le cursus militaire de P. Annius
Montanus attire à juste titre l’attention sur une seconde attestation d’un interrex legionis,
également de lecture difficile110, et l’auteur ne se prononce pas définitivement sur le cas
de Nyon. C’est pourquoi nous restons favorable à l’idée d’une charge municipale pour l’
interrex. En dernier lieu, sans encore avoir pris connaissance de la nouvelle trouvaille
épigraphique de Nyon, Lidio Gasperini, publiant un autel funéraire de Gaète dédié à un rex
sacrorurn et duumuir de Formies établit un lien entre le rex sacrorurn, l’interrex attesté à
Formies et l’or do regalium111 ; toutefois, l’auteur, qui est resté très prudent, s’est limité à
ce seul cas particulier, à savoir l’interrex attesté au sein d’un collegiurn de cette ville 112,
sans le confronter aux autres attestations d’interrex.
34 Cela nous conduit à examiner l’interrex en tant que fonction municipale et nous ne
traiterons ici ni de l’origine de P. Annius Montanus ni de son cursus militaire, renvoyant
pour cela à l’article de Μ. A. Speidel113. Comme on le sait, l’interrex est une institution
romaine archaïque, ce magistrat entrant en charge lorsqu’il n’y avait plus de détenteurs
légitimes du pouvoir suprême (imperium)114. Or, on trouve de rares cas de reprise de
56

l’institution de l’interrex dans des cités italiques ou provinciales ; parmi les cités italiques,
il faut nommer Bénévent, Formies, Fundi et Pompéi115. L’institution de l’interrex a été donc
adoptée dans une partie relativement restreinte de l’Italie. En province, des interreges sont
attestés dans deux cités de la Gaule Narbonnaise : à Narbonne, la colonia Iulia Patenta
Claudia Narbo Martius, la plus ancienne colonie romaine de Gaule fondée en 118 av. J.-C., et
à Nîmes qui était une colonie de droit latin116. On rencontre également un intenex à Siarum
Fortunalium (La Cañada, Séville) qui était un municipe de Bétique fondé par César 117. Enfin,
un intenex est mentionné dans le texte de la loi de la colonie d’Urso, chap. 130, où le mot,
par une inadvertance du graveur, n’a pas été supprimé118. Selon Th. Mommsen, les
praefecti pro duouiro et d’autres praefecti sont à considérer comme les successeurs des
interreges et le remplacement aurait eu lieu en 32 av. J.-C. 119. Nous avouons ne pas voir
encore nettement cette supposée transition qui mériterait une nouvelle analyse120 ;
néanmoins, nous retenons l’essentiel de cette démonstration, à savoir la disparition de l’
interrex au profit d’un préfet. Les attestations épigraphiques plaident dans ce sens puisque
toutes les inscriptions mentionnant un interrex datent de la fin de la République ou des
premiers temps de l’Empire.
35 Si nous versions, avec la prudence nécessaire, l’inscription nyonnaise à ce dossier, il
faudrait admettre que la fonction d’interrex découlait de la constitution césarienne de la
colonia Iulia Equestris. Cette fonction insolite aurait été maintenue un certain temps, pour
ensuite céder sa place aux praefecti pro duouiris bien attestés dans le matériel épigraphique
de la deuxième moitié ou de la fin du IIe s. ap. J.-C.121. En ce qui concerne la date de
l’inscription en l’honneur de P. Annius Montanus, nous sommes d’avis que la plaque a été
gravée entre le milieu du Ier s. et le début du IIe s. ap. J.-C., la carrière de l’honoré s’étant
déroulée durant la première moitié et jusqu’au milieu du Ier s. On devrait donc
reconnaître dans l’interrex de cette inscription – sans certitude absolue – une fonction
municipale.

Les prêtrises

36 Nous n’avons pas trace à Nyon des prêtrises mentionnées dans la loi de la colonie romaine
d’Urso, à savoir les pontifices et les augures 122 ; en revanche, six flamines Augusti y sont
attestés123.
37 Le cas des sévirs augustaux est plus délicat. De la colonie nyonnaise proviennent le sévir
augustal qui a donné la mensa ponderaria aux habitants de la cité et l’affranchi D. Valerius
Sisses dont l’épitaphe indique qu’il fut sévir de la colonie Équestre. D’autres inscriptions
mentionnant des sévirs ont été retrouvées à Genève, telle une liste énumérant les noms
de six sévirs124. Ces pierres ont-elles été transportées de Nyon à Genève ? On l’ignore et
nous ne disposons d’aucun critère infaillible permettant de juger si, par exemple, les
sévirs augustaux s’étaient plutôt rassemblés dans le chef-lieu (la colonie de Nyon) pour y
déployer leurs activités ou plutôt dans un uicus (Genève par rapport à Vienne).
38 Aux six prêtres du culte impérial s’associent des prêtresses du culte impérial, les
flaminicae Augustae, dont le nombre s’élève à cinq. Ce chiffre est particulièrement élevé
par rapport à l’ensemble des témoignages des Trois Gaules et des deux Germanies 125. Deux
inscriptions proviennent certainement de la colonie Équestre126. Trois fragments
mentionnant des flaminicae Augustae ont été retrouvés à Genève ; se pose à leur sujet un
problème d’attribution identique à celui que nous avons évoqué précédemment pour les
sévirs127.
57

Les décurions

39 Ajoutons encore que quatre décurions de la colonie Équestre sont attestés qui
s’échelonnent du Ier jusqu’au milieu du III e s. ap. J.-C. Ce sont : P. Annius Montanus, l’
interrex dont nous avons parlé plus haut ; Q. Seuerius Marcianus, le deuxième préfet à la
répression du brigandage ; C. Anstistius Crescens mentionné dans une inscription très
abîmée et aujourd’hui peu lisible ; et éventuellement Aurelius Crispus, si l’on veut adopter
la nouvelle lecture proposée par A. Abramenko128.

III. La colonia Augusta Raurica


Introduction

40 La colonie d’Augst est une soeur jumelle de la colonie Équestre. Elle fut fondée dans les
mêmes années de la fin de la République et était également une colonie romaine, prise sur
le territoire de la tribu des Rauriques, mais son étude suscite des difficultés plus
importantes vis-à-vis de celles que pose la colonie Équestre. En effet, si de nombreux
vestiges archéologiques sont bien visibles à Augst, les traces historiques et épigraphiques
sont en revanche fort maigres. Là ou plutôt les deux fondations de la colonie sont
difficiles à cerner ; la délimitation du territoire colonial ainsi que la localisation du
territoire de la ciuitas des Rauriques ne sont pas attestées avec certitude et le dossier
épigraphique conservé est tellement maigre et aléatoire que l’élite locale antique nous est
quasiment inconnue. Ces faits se reflètent dans la recherche des dernières décennies : les
fouilles archéologiques et surtout la valorisation des données archéologiques ont
beaucoup progressé129, les trouvailles monétaires ont été répertoriées de façon exhaustive
130 mais, par manque de sources écrites (la remarque est valable tant pour les documents

littéraires que pour les inscriptions) ou par manque d’analyse approfondie des sources
disponibles, de nombreuses questions historiques n’ont pas encore trouvé de réponse.
41 Toutefois, en ce qui concerne l’épigraphie, l’examen critique des inscriptions et des
fragments a été repris en 1994 avec un succès remarquable et l’on attend avec impatience
la publication des premiers résultats de cette recherche131.

Les deux fondations de la colonie132

42 Depuis 1974, date de la publication par Hans Lieb de fragments trouvés dans le dépôt d’un
bronzier antique133, on sait que la colonie d’Augst a été fondée deux fois, la première fois
durant l’été 44 av. J.-C. par L. Munatius Plancus, puis une seconde fois par un certain L.
Octavius, parent d’Auguste, à une date inconnue du règne de ce prince. On croyait
également avoir retrouvé grâce à ces fragments les noms de la colonie : Colonia I≥[---] P≥[ia
Apollin]aris [Augusta E]merita [Raur]ica134, la discussion portant ensuite sur les éléments
onomastiques de la colonie135. Mais un groupe de jeunes chercheurs d’Augst, analysant à
nouveau en été 1992 les fragments de bronze précités, fit deux découvertes
révolutionnaires : premièrement, ils conclurent qu’il ne s’agissait pas d’une seule plaque
mais que, éventuellement, les fragments conservés appartenaient à deux inscriptions ; en
second lieu, ils notèrent des traces de martelage et de soudage au bas du premier
fragment, ce qui abolit ou du moins modifie la reconstitution du texte telle qu’elle avait
58

été admise jusqu’alors136. On peut toutefois retenir quelques résultats des recherches
antérieures même si les éléments récents modifient la donne des problèmes.

La première fondation en 44 av. J.-C.

43 Un seul témoignage, un document primordial, nous renseigne sur la fondation de la


colonie : l’inscription funéraire de L. Munatius Plancus, partisan de César et légat de la
Gaule Transalpine (Gallia Comata) en 44/43 av. J.-C., désigné à ce poste par César 137. Dans
l’inscription funéraire, rédigée à une date inconnue (avant ou après 15 av. J.-C.) 138, il est
dit que L. Munatius Plancus triompha des Rhètes (ex Raetis) et qu’il fonda les colonies de
Lugdunum et de Raurica (colonias deduxit Lugdunum et Rauricam) 139. Par une analyse serrée
de la correspondance établie entre Cicéron et Plancus, Gerold Walser a pu reconstituer la
date de la fondation coloniale (été 44 av. J.-C.)140. Cependant, les circonstances détaillées
de cette fondation nous échappent. Sont ainsi sujets de débat l’emplacement du centre
urbain de la colonie, les dimensions du territoire colonial – créé sur des terres
appartenant à la ciuitas des Rauriques –, la localisation exacte de cette ciuitas et
finalement les motifs qui ont conduit L. Munatius Plancus à fonder une colonie dans cette
région ; a-t-il exécuté un ordre précis de César, interprété un mandat global que lui avait
confié le général ou a-t-il agi de son propre chef ?
44 L’identification du centre urbain de la colonie est au centre du débat. La discussion ne
peut être détachée de l’examen des conditions historiques qui régnaient en 44/43 av. J.-C.
Ayant noté la formule particulière employée dans l’inscription de L. Munatius Plancus (in
Gallia colonias deduxit Lugdunum et Rauricam), Max Martin, influencé par les fouilles
conduites parallèlement sous la cathédrale du Münsterhügel à Bâle, a émis l’hypothèse
que L. Munatius Plancus avait fondé la première colonie à Bâle, sur un oppidum gaulois,
tandis que seule la seconde déduction était établie à Augst, à une dizaine de kilomètres de
Bâle ; pour étayer son hypothèse, l’auteur souligne que le site d’Augst n’a livré que des
témoignages archéologiques largement postérieurs à la date en question141. Cette thèse,
qui a connu un certain succès, est aujourd’hui majoritairement abandonnée. Quoique le
matériel archéologique précoce fasse toujours défaut sur le site et que les premières
traces décelables remontent à l’époque augustéenne seulement – comme le relèvent les
auteurs d’une récente étude142 – un coup d’oeil à d’autres fondations coloniales
césariennes nous prouve qu’Augst ne constitue pas un cas unique143. Pour mieux saisir le
problème, il faut analyser la situation géographique et topographique d’Augst ; elle
semble être un argument en faveur du choix de cet emplacement par Plancus144.
45 Augst contrôle en effet les axes de passage allant du Plateau et du Hauenstein vers le
Rhin ; toutefois, le site forme un cul-de-sac car les voies de communication ne se
prolongent pas vers le nord, en direction de la vallée du Rhin, donc ne correspondant pas
à la situation de l’époque julioclaudienne145. D’autre part, Hans Lieb a relevé avec raison
qu’Augst, trop à l’est, ne pouvait protéger le Couloir de Bourgogne ce qui lui interdisait
tout rapport avec Arioviste et les Suèbes – et ce qui, selon nous, rend douteuse une
fondation d’Augst en vertu d’un plan césarien146. Le site de la fondation coloniale répond
plutôt à des circonstances spécifiques, définies dans l’espace et dans le temps. Or, ces
conditions spécifiques se rencontrent précisément en 44/43 av. J.-C.147. Le triomphe de L.
Munatius Plancus nous est transmis par deux versions légèrement différentes : le général
dit dans son inscription funéraire qu’il a remporté un triomphe ex Raetis tandis que, selon
les fastes triomphaux, il l’emporta ex Gallia 148. On en déduit aisément que la victoire se
59

produisit dans une zone intermédiaire entre la Rhétie et la Gaule. On peut supposer que
les Rhètes avaient fait des incursions hors des vallées grisonnes, cheminant le long du
Walensee et du lac de Zurich pour arriver au Rhin. Cette route sera plus tard, en 15 av. J.-
C., protégée par trois petites forteresses ou tours de guet sur le Walensee149. Strabon fait
également allusion à des incursions rhètes150. À notre avis, L. Munatius Plancus, après
avoir vaincu les Rhètes dans la région du Haut-Rhin, entre Schaffhouse et Bâle, fonda la
colonie d’Augst afin de garantir les axes de communication contre des attaques de ces
peuplades à qui l’on barrait du même coup l’accès à la Gaule nouvellement conquise. L.
Munatius exécuta-t-il un ordre de César ? On ne le sait pas. Toujours est-il que
l’emplacement de la colonie d’Augst ne répond que difficilement à un dessein présumé de
César – et encore plus difficilement à un plan d’Auguste dans les années qui suivirent 15
av. J.-C., les perspectives politiques et stratégiques de l’Empire ayant alors beaucoup
évolué151.
46 Même si l’on ne connaît pas l’étendue exacte du territoire de la colonie, il est évident que
celui-ci comprenait de nombreux axes de passage et de vastes forêts ; par conséquent, le
but de cette colonie n’était certainement pas l’attribution de terres fertiles aux vétérans
ou aux prolétaires urbains, à la différence des colonies déduites dans la plaine du Pô. À
Augst, les raisons militaires prévalaient. D’après Benjamin H. Isaac qui a souligné le
caractère militaire de la colonie, L. Munatius Plancus y aurait déduit des vétérans de la IXe
légion et, ce faisant, aurait réalisé une action parallèle à l’installation – également
hypothétique – de vétérans de la Xe légion à Nyon. Malheureusement, nous ne sommes en
mesure ni d’infirmer ni de confirmer cette hypothèse puisque nulle inscription dédiée à
l’un de ces premiers colons ne nous est parvenue152. En tout cas, puisqu’il y eut
refondation de la colonie, force est d’admettre que le premier essai de 44 av. J.-C. échoua,
les vétéranscolons ayant probablement quitté les lieux afin de rejoindre les troupes et
participer aux guerres civiles.
47 Reste le problème des titres de la première fondation. Robert Bedon a fait progresser le
débat en réaffirmant une distinction entre le nom de la colonie munatienne et celui de la
colonie augustéenne153. En l’absence de tout document, on achoppe sur le fait de savoir si
la première colonie portait une dénomination renvoyant au premier fondateur (Colonia
Munatia), agrémentée éventuellement de l’épithète Triumphalis si l’on admet l’hypothèse –
difficilement vérifiable – d’une déduction, à Augst, de vétérans de la IXe légion. Robert
Bedon, qui s’inspire des noms d’autres colonies césariennes, y ajoute Copia et Felix, retenus
par l’équipe des chercheurs d’Augst154. Tout ceci est vraisemblable mais les preuves font
défaut155. Dernièrement, le toponyme même de Raurica a été remis en question par Rudolf
Fellmann ; selon cet auteur, ce mot serait plutôt un adjectif (« la colonie des Rauriques »),
et il faut avouer qu’aucun site indigène n’a été mis au jour à Augst156. Le débat reste donc
entier.

La seconde fondation augustéenne

48 De nouvelles analyses des fragments de bronze trouvés en 1967 dans le dépôt d’un
bronzier antique nous incitent à réexaminer la refondation de la colonie sous Auguste et
en particulier le texte reconstitué par Hans Lieb. Comme on l’a dit précédemment, la
reconstitution du texte proposée en 1974 n’est plus valable. Pour faciliter la discussion,
nous reproduisons ici la lecture de H. Lieb157 : L(ucio) Octa[uio L. f] / nuncu[patori] / Colonia I
≥[---]/P ≥[ia Apollijnaris / [Augusta E]merita / [Raur]ica / [publi]ce.
60

49 Les savants ont essayé de restituer à la ligne 3 un nom honorifique supplémentaire de la


colonie en proposant I≥[ulia] ou P≥[aterna] 158. Mais l’analyse des fragments de bronze
entreprise par Bettina Janietz, en 1992, a montré qu’une ligne avait été decoupée (ou
sciée) en-dessous de l’actuelle ligne 3, de sorte qu’il faut renoncer à établir une continuité
entre le fragment commençant par une haste verticale et celui contenant les quatre
dernières lignes ; par conséquent, la restitution de la ligne 4, P[ia Apollijnaris, tombe ou
plutôt doit être poursuivie sur une ligne supplémentaire. En outre, Bettina Janietz et son
groupe supposent l’existence de deux inscriptions gravées sur deux monuments : l’une,
peut-être dédiée à l’empereur Auguste, aurait compté dix lignes159 ; c’est à l’autre, dédiée
au nuncupator L. Octavius, qu’appartenaient les trois fragments de bronze précités et il
conviendrait alors de les compléter jusqu’à concurrence de huit lignes. Cette hypothèse
est plausible et Hans Lieb avait déjà envisagé deux ou même trois monuments parallèles,
l’un honorant le nuncupator (« celui qui prononça solennellement le nom de la colonie »)
précité, un autre dédié à Auguste, le refondateur de la colonia Augusta (Augst), et peut-être
un troisième consacré à un deductor160.
50 En ce qui concerne le texte des inscriptions et les titres de la colonie augustéenne, nous
n’aurons que peu d’éléments sûrs avant la publication scientifique des fragments de
bronze et de leurs dimensions. Pour l’instant, nous ne pouvons que renvoyer aux essais de
reconstitution proposés à un public large161. Nous nous bornons à retenir les points sûrs,
les grandes lignes d’interprétation historique demeurant inchangées : la colonie fut
refondée par un certain L. Octauius, la restitution du mot lacunaire nuncu[---] en
nuncupator étant certaine 162. L. Octauius était probablement un parent d’Auguste mais il
n’est connu que par ce document. Compte tenu de la situation politique, la nouvelle
fondation de la colonie devrait s’être produite peu après 15 av. J.-C., c’est-à-dire peu après
la conquête des Alpes. Les analyses dendrochronologiques du matériel archéologique
confirment cette datation163. On peut, en outre, renvoyer à la dédicace du second temple
du culte impérial, nouvellement reconstituée et qui reproduisait celle du premier temple
faite en « lettres d’or » ; elle contenait la formule augustéenne attestée à l’autel de Lyon,
[Rom]a[e] e[t] Augus[t]o, confirmant ainsi une refondation augustéenne peu après 15 av. J.-
C.164.
51 En revanche, les surnoms de la colonie restent vagues. Du deuxième fragment de bronze
165, on retiendrait volontiers [Apolli]naris, un surnom augustéen qui honore le dieu préféré

d’Auguste, et également [Emer]ita, un surnom confirmé par Auguste et qui rappellerait


peut-être les premiers colons déduits par Plancus166 ; on devrait naturellement y ajouter
Augusta qui, par un hasard malheureux, n’est pas attesté sur les fragments de bronze,
ainsi que [Raur]ica. Les autres surnoms proposés par L. Berger et son équipe sont encore
des hypothèses. Quant à la ligne découpée ou sciée qui appartenait au premier texte
provisoirement reconstitué, elle demeure une énigme.

La ciuitas des Rauriques (Raurici, Rauraci)167

52 Le nom de la colonie (colonia Raurica) indique que la colonie a été fondée sur un territoire
pris à la tribu des Rauriques, ce qui pose le problème de la localisation des Rauriques. En
ce qui concerne les sites primitifs, les sources littéraires à notre disposition sont bien
connues. Strabon, se basant sur Posidonios, omet les Rauriques dans sa description des
peuples de la rive gauche du Rhin168. Selon César, qui ne donne pas de détails, ils étaient
les finitimi des Helvètes169, et ce fut précisément César qui leur attribua un territoire après
61

leur défaite à Bibracte. Selon cette hypothèse à laquelle nous nous rallions, cette tribu
habitait avant la guerre des Gaules sur la rive droite du Rhin, et c’est pourquoi leur nom
manque dans le récit final de la Guerre des Gaules 170. Mais cette explication est contestée et
d’autres auteurs attribuent aux Raurici la même zone d’habitat depuis la fin du II e s. av. J.-
C. déjà171. Après la défaite de Bibracte, dans la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C., la
situation devint plus claire : les Rauriques érigèrent un oppidum sur la colline de la
cathédrale de Bâle (site de Bâle/Münsterhügel) où les fouilles archéologiques ont répéré
un puissant murus Gallicus. Plus tard, autour de l’an 15 av. J.-C., Rome établit une garnison
sur ce site172. La mention de Raurica dans la titulature de la colonie de l’époque impériale,
mention attestée par l’inscription funéraire de L. Munatius Plancus, indique que les
Rauriques habitaient à proximité de la colonie.
53 Pour connaître le territoire de la ciuitas des Rauriques, amoindri en 44 av. J.-C. par la
création du territoire colonial, on ne possède que de rares données. Selon toute
probabilité, la ciuitas des Rauriques a maintenu son existence, du moins pendant le I er s. et
la première moitié du IIe s. ap. J.-C. En apportent la preuve un passage de Pline l’Ancien,
un autre de Ptolémée et l’attestation épigraphique d’une cohors I Sequanorum et Rauricorum
equitata173. Juliane C. Wilmanns renvoie – à raison, selon nous – à un diplôme militaire qui
mentionne un Raurique détenteur de la citoyenneté romaine174. On peut en déduire
l’existence de la ciuitas jusqu’à l’époque d’Antonin le Pieux au moins. En revanche, une
inscription fragmentaire trouvée à Colijnsplaat et qui témoigne d’un seuir de la ciuitas
Rauracorum, ainsi que le fragment de bronze trouvé à Augst qui présente les mots corpus
et ciuitas ne nous paraissent pas se référer à la ciuitas pérégrine ; dans ces deux
documents, selon un procédé bien connu, le mot ciuitas remplace le mot colonia175.
54 La mention épigraphique d’une cohors I Sequanorum et Rauricorum equitata laisse penser,
par la juxtaposition des Séquanes et des Rauriques, que la ciuitas des Rauriques se trouvait
à proximité immédiate des Séquanes. À ce témoignage s’ajoute le passage de Ptolémée qui
place les Rauriques à la suite des Triboques, autrement dit, qui leur attribue la partie
méridionale de l’Alsace (Dépt. du Ht-Rhin) en signalant deux agglomérations, Argentouaria
et Augusta Raurikon (la colonie d’Augst). Même si l’on ignorait l’étendue exacte de ce
territoire, tout cela était connu de longue date. La nouveauté provient de Rudolf Fellmann
qui, en se basant sur des recherches alsaciennes, a pu identifier le uicus d’Argentouaria :
alors que celui-ci était autrefois assimilé à Horbourg, près de Colmar, il faut aujourd’hui le
rapprocher du site de Oedenburg-Biesheim (Dépt du Ht-Rhin) où semblent avoir été
répérées les traces d’une grande agglomération gallo-romaine176.
55 Nous revenons enfin sur le problème des relations qui règnaient sur le plan juridique
entre la ciuitas et la colonia, afin de déterminer si la ciuitas a été soumise à la colonia, voire
absorbée par celle-ci. Une première constatation s’impose : l’état de la question est resté
le même aujourd’hui qu’en 1976, on ne sait rien des relations entre la ciuitas et la colonia
durant leur existence respective et on utilise les rares attestations pour saisir une
évolution ultérieure. On suppose, en effet, une fusion ou plutôt une absorption de la
ciuitas par la colonie entre le II e et le IV e s. ap. J.-C. puisque dans la Notitia Galliarum qui
date d’environ 400177 n’existe qu’une seule entité, la ciuitas Basiliensium 178. Hans Lieb a
essayé d’exploiter la terminologie antérieure, du Ier au III e s., afin de saisir une étape
intermédiaire. Il constate que dans les documents anciens – tels l’inscription de L.
Munatius Plancus, celle de l’époque augustéenne ou Pline l’Ancien – on écrivait Colonia…
Raurica tandis que les documents plus récents, à savoir Ptolémée et les Itinéraires,
présentent la forme Augusta Rauracum (= Rauracorum). Il confère une signication précise
62

au glissement de l’adjectif (Raurica) à la forme nominale (Rauracum) et suggère une sorte


d’attribution de la ciuitas à la colonia, sans se prononcer sur des points de détail puisque
tout renseignement supplémentaire fait défaut179. Comme c’est souvent le cas, on attend
des inscriptions qui puissent confirmer cette hypothèse.

Le problème des territoires

56 Pour connaître le territoire exact de la colonia et de la ciuitas, on ne dispose pas d’autres


ressources que d’utiliser les frontières des diocèses médiévaux, en l’occurrence celles du
diocèse de Bâle180. Comme on Ta écrit plus haut, ce procédé est très délicat, vu les
nombreux changements qui ont pu survenir entre le Bas Empire et le Moyen Âge dans
cette région nordoccidentale de la Suisse actuelle et des régions avoisinantes de la France
qui se caractérise moins par des éléments de continuité que par des points de rupture 181.
Et il faut l’avouer, dans les dernières années, les problèmes du territoire n’ont été que
rarement évoqués par les chercheurs.
57 La liste des évêques, par exemple, contient une seule entrée pour le IVe s. (Iustinianus,
évêque des Rauraques, attesté en 343 et en 346) ; ensuite, elle est marquée par une grande
lacune qui s’étend jusqu’au début du VIIe s. où il est fait mention de Ragnacharius, évêque
siégeant à Augst et à Bâle, à qui s’ajoute au VIIIe s. peut-être Walaus et sûrement
Baldobertus, connu par le concile d’Attigny en 762182. Malgré ces lacunes, quelques
aspects des structures administratives antérieures ont, semble-t-il, été conservés.
L’élément-clé en est TAugstgau, un territoire situé au sud du Rhin, en amont de Bâle, et
qui correspond – selon l’opinion courante – à l’ancien territoire de la colonie romaine 183.
La notion de cette entité territoriale apparaît dans les chartes dès le VIII e s., en 752
précisément, et conserve son nom d’Augstgau jusqu’en 1041184 ; mais il faudrait reprendre
le dossier afin de mieux illustrer son histoire. L’Augstgau sera ensuite divisé en trois
parties, Sisgau, Frickgau et Buchsgau, inscrites dans le diocèse de Bâle. De l’avis général,
l’Augstgau ou ses trois successeurs correspondent, moyennant quelques retouches, à la
superficie de l’ancien territoire colonial185.
58 En ce qui concerne le territoire de la ciuitas des Rauriques, devant la carence des sources,
nous renonçons à entrer dans les détails du débat visant à déterminer si l’on peut
retrouver dans les frontières ecclésiastiques médiévales les délimitations antérieures de
la ciuitas. Le diocèse médiéval de Bâle avait pour limites les Vosges, le Doubs, le col de
Pierre-Pertuis, l’Aar et le Rhin ; au Nord, il s’étendait jusqu’à Sélestat mais sans englober
cette ville186. On devine aisément que des questions lancinantes demeurent sans réponse,
par exemple celle de la frontière entre la colonie et la ciuitas durant le Haut Empire 187.

La constitution de la colonie

59 Le dossier épigraphique de la colonie d’Augst est singulièrement maigre car, par un


hasard des fouilles et des découvertes, les inscriptions ne nous livrent pas trace des élites
coloniales, à l’opposé de Nyon ou d’Avenches où la documentation sur les magistrats
municipaux est relativement abondante. Augst fournit en revanche un nombre élevé
d’inscriptions de pérégrins188, un fait plutôt rare à Nyon, dans l’Avenches romaine ou
dans la ciuitas des Helvètes189. Enfin, les recherches relatives à la constitution de la colonie
Raurique, à ses magistrats et à ses prêtres municipaux n’ont guère évolué depuis les
travaux de Ernst Meyer, Gerd Rupprecht et nous-même190.
63

Les magistrats

60 Seuls deux fragments témoignent de magistrats municipaux. Le premier a été trouvé à


Bâle en 1838, emmuré dans un vieil arc-boutant. Le second est signalé depuis le XVII e s.
comme trouvaille provenant d’Augst191. La première inscription mentionne un dec(urio)
suivi de la formule omnibus honoribus apud suos functus, la deuxième est dédiée à un flamen,
(duum)uir de la colonie et patron. Les noms des magistrats sont fragmentaires ou perdus.
La tribu de la colonie est la Quirina192.

Les sévirs

61 Deux inscriptions attestent de sévirs augustaux. Une inscription votive dédiée à Mercure
Auguste a été dressée par L. Ciltius Cossus, fils de Celtillus, qui était seuir Aug(ustalis) 193 ;
l’homme est ingénu et citoyen romain, même si l’onomastique démontre son origine
indigène. La deuxième attestation est une dédicace fragmentaire à la Dea Nehalennia. Le
nom du dédicant est restitué ; son cognomen était peut-être Marcellus194.

Addendum : P. C. R.

62 Comme nous l’avons déjà rappelé à maintes reprises, le dossier épigraphique de la colonie
d’Augst n’est pas riche. Toutefois, il présente des particularités parmi lesquelles il faut
noter deux pierres portant les lettres P. C. R., séparées les unes des autres par une hedera.
L’une des pierres a été découverte dans le courant du XIXe s., l’autre en 1982, à Augst,
dans des remblais datant de la fin du Ier s195. Les auteurs proposent différents
développements196. Nous voudrions pour notre part suivre Hans Lieb et y voir des pierres
délimitant une aire du domaine public : donc nous lisons P(ublicum) C(oloniae) R(auricae) 197.
On peut souligner que ces pierres constituent, à notre connaissance, les seules
attestations de ce genre au nord des Alpes alors que des inscriptions semblables se
rencontrent en Italie et dans d’autres régions profondément romanisées198.

IV. La ciuitas Heluetiorum


Introduction et état de la recherche199

63 L’histoire constitutionnelle de la ciuitas des Helvètes est particulièrement difficile à


analyser et a suscité de vifs débats dès le XIXe s., débats qui se sont prolongés au cours des
vingt dernières années. Avenches constitue en effet un cas exemplaire qui livre des
renseignements sur les modalités de la colonisation romaine sous l’Empire, sur les
relations entre Romains et indigènes, sur les relations constitutionnelles entre colonia et
ciuitas, enfin sur la signification politique de la déduction d’une colonie. À son propos, on
connaît aussi bien les événements historiques attestés que les points controversés : la
ciuitas ayant pour caput Auenticum a été intégrée à l’Empire romain en tant que cité
pérégrine ; ensuite, durant l’année des quatre empereurs, les Helvètes qui avaient pris
part à cette guerre200 furent vaincus et la ville d’ Auenticum échappa de justesse à la
destruction. Vespasien y fonda, probablement en 71 ap. J.-C. une colonie qui prit le nom
de Colonia Pia Flauia Constans Emerita Heluetiorum Foederata 201. Était-ce une colonie romaine
ou une colonie latine ? Les inscriptions ne permettent pas de trancher catégoriquement
64

en faveur de la solution romaine ou latine, raison pour laquelle les auteurs qui se sont
penchés sur le cas des Helvètes (nous-même y compris) ont changé d’avis à diverses
reprises202.
64 Nous tenterons de donner ici une vue d’ensemble des différents courants issus des
recherches conduites durant ces vingt dernières années, en y insérant les résultats
détaillés, et d’en dégager une synthèse.
65 On peut séparer les études en trois chapitres majeurs. Le premier concerne la phase
précoloniale d’Avenches, que l’on distingue mieux aujourd’hui de la phase coloniale. La
période précoloniale nous a été rendue accessible par les fouilles et par les inscriptions ;
nous apparaissent ainsi des données urbanistiques, sociales et administratives relatives à
cette première phase d’occupation du site.
66 Une deuxième direction de recherche a conduit quelques auteurs à revoir le statut
juridique de la colonie, en définissant notamment les éléments qui caractérisaient le droit
latin et les colonies latines sous l’Empire. Les études menées sur ce thème soit par Denis
van Berchem, soit par Patrick Le Roux203 réservent une place importante à Avenches et à
la colonie des Helvètes.
67 Un troisième chapitre est constitué par de minutieuses analyses épigraphiques, portant
sur la lecture de tel ou tel cursus honorum particulier ou sur le développement d’une
abréviation. À ce même chapitre appartiennent les études consacrées à la religion des
Helvètes, aux divinités vénérées dans la colonie, aux sacerdoces attestés, notamment aux
prêtres et prêtresses du culte impérial204. Ces études ont eu des répercussions
importantes en ce sens qu’elles ont permis parfois de mieux dater des inscriptions. Nous
avons ainsi d’Avenches une vision plus historique et plus dynamique, même s’il n’est pas
encore possible d’offrir une réponse à toutes les questions posées. Un dossier devrait
impérativement faire l’objet d’études dans un avenir que nous espérons proche, celui de
l’histoire et de l’archéologie d’Avenches au Bas Empire et durant les décennies de
transition avec le Haut Moyen Âge.

Les Helvètes et leur territoire

68 Après leur défaite contre César, les Helvètes retournèrent sur l’actuel Plateau suisse. Cet
épisode est bien connu mais il est peut-être possible d’y ajouter quelques détails. César
nous présente la ciuitas helvète comme une structure divisée en quatre pagi et nous
fournit les noms de deux d’entre eux, les Tigurins et les Verbigènes205. Les pagi
continuèrent d’exister ultérieurement, mais on ne connaît que le pagus Tigorinus
mentionné dans une inscription votive qui était dédiée au Genius pagi Tigorini 206. Selon
Michel Tarpin, les Tigurins étaient peut-être une tribu indépendante qui s’installa aux
alentours d’Avenches après la défaite de Bibracte ; Denis van Berchem se demandait
d’ailleurs si le clan des Camilli dont les terres se situaient près d’Yverdon n’était pas
d’origine tiguriné207.
69 Le débat sur l’étendue du territoire des Helvètes sous l’Empire romain a été récemment
réouvert. Selon la tradition, adoptée par la plus grande partie des auteurs, le territoire
des Helvètes s’étendait – après leur défaite à Bibracte et leur retour forcé – du lac Léman
au lac de Constance et était délimité d’un côté par le Jura et le Rhin, de l’autre par les
Préalpes et les Alpes où il est difficile d’établir une frontière précise208. La superficie
65

dévolue aux Helvètes fut réduite lorsqu’on y préleva le territoire de la colonie Équestre en
45/44 av. J.-C.209.
70 La question se pose de savoir s’il n’y eut pas d’autres réajustements le long de la frontière
orientale du territoire helvète210. On constate en effet que dans le dernier quart du Ier s.
av. J.-C., les Romains protégèrent cette zone par des postes militaires ; sur un
cheminement existant, ils construisirent une route et établirent un uicus à
Oberwinterthur (les dates dendrochronologiques remontent à 4 av. J.-C. pour le uicus et à
7 ap. J.-C. pour la route)211. Finalement ils installèrent un camp légionnaire à Windisch
(Vindonissa) en 16/17 ap. J.-C. 212. En laissant de côté l’épineux problème du territorium
legionis213, se posent néanmoins diverses questions relatives à l’aménagement du
territoire. En effet, les fouilles archéologiques n’ont répéré pour l’instant audelà du fleuve
Limmat aucun vestige datant de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. C’est seulement avec
l’installation des uillae que l’on relève dans cette zone des traces d’habitat ou d’activités
humaines et tout semble indiquer que les Romains ont construit ces uillae selon un plan
établi214. Les découvertes épigraphiques confortent cette interprétation car le toponyme
Aquae Helueticae (Baden), connu par les protège-étuis du bronzier Gemellianus 215, marque
la limite orientale au-delà de laquelle ne se rencontre plus aucune référence aux Helvètes.
De même, aucun milliaire indiquant Avenches comme caiput uiae n’a été retrouvé au-delà
de Baden216. Force est aussi de constater que la frontière provinciale établie entre la Gaule
Belgique et la Rhétie coupait l’ancien territoire supposé des Helvètes, puisque la partie
orientale de ce territoire – de Frauenfeld au lac de Constance – fut attribuée à la Rhétie 217.
Cela signifie qu’à cette date (après 15 av. J.-C.) en tout cas, le territoire helvète ne touchait
plus au lac de Constance. De multiples raisons plaident donc en faveur de l’hypothèse de
Hartmut Wolff qui suppose que la région située entre le fleuve Limmat et le lac de
Constance était une région non rattachée à une ciuitas (« provinzunmittelbares Gebiet »)
218.

71 Tentons de réunir ces données éparses : il se peut que la cité des Helvètes ait été
réaménagée lorsque les autorités romaines ont installé un camp légionnaire à Vindonissa,
privant la ciuitas de la partie orientale de son territoire ; peut-être est-ce également à
cette époque qu’Avenches fut nommée Forum Tibeni, changement de dénomination dont
les conséquences nous échappent encore219. Toujours est-il que sous le Haut Empire, la
partie occidentale de la ciuitas helvète prenait une place plus importante que la partie
orientale, le uicus de Soleure (Salodurum) sur l’Aar constituant le dernier uicus attesté par
un certain nombre d’inscriptions220. Confirmation supplémentaire de ce déplacement des
intérêts de la ciuitas : le uicus de Lousonna, établi au sud d’Avenches, présente des
inscriptions précoces remontant à la première moitié du Ier s. ap. J.-C.221.
72 S’ajoutent à ces réflexions les considérations de Michel Tarpin sur l’attribution
provinciale de la cité des Helvètes à l’époque augustéenné222. L’auteur s’inspire des
suggestions de quelques auteurs qui prennent en considération un passage de Strabon.
D’après Strabon en effet, la cité des Helvètes appartint dans un premier temps à la Gaule
Lyonnaise223. À l’époque tibérienne peut-être, elle fut intégrée à la Gaule Belgique, ainsi
que le confirme Pline l’Ancien224, puis finalement à la Germanie supérieure sous Domitien
225. Se dessine là un nouvel indice d’un remaniement administratif de la ciuitas helvète à

l’époque tibérienne.
66

La cité pérégrine des Helvètes

73 Au cours des vingt dernières années, les origines de la ville d’Avenches ont été placées
sous les feux de la recherche. En effet, des fouilles conduites entre 1987 et 1995 ont mis au
jour le sanctuaire et les mausolées d’En Chaplix, ainsi que le port d’Avenches sur le lac de
Moraf226. S’y ajoutent des découvertes fortuites de vestiges d’époque augustéenne dans le
tissu urbain antique. On attend maintenant d’Anne Hochuli-Gysel une étude d’ensemble
sur ces importantes trouvailles augustéennes et julioclaudiennes227. Parallèlement, les
études d’archives menées par Martin Bossert et Michel Fuchs, qui ont réuni toutes les
données disponibles sur les fouilles effectuées aux XIXe et au début du XXe s., ont permis
d’identifier les phases de construction du forum d’Avenches228 : s’en dégagent nettement
les phases tibérienne et claudienne, antérieures à la colonisation229. Dans le même
contexte et sur une idée de Denis van Berchem, Hans Lieb a évoqué le passage de
Ptolémée concernant Forum Tiberii, puis identifié ce toponyme au site précolonial d’
Auenticum230, avec raison selon nous. Finalement, il faut signaler que les études
onomastiques conduites par Denis Van Berchem et nous-même ont confirmé les résultats
de l’archéologie puisqu’elles ont clairement montré que l’élite des Helvètes avait obtenu
très tôt la citoyenneté romaine231. Le cas le plus spectaculaire est celui de C. Iulius
Camillus, pour qui nous possédons deux inscriptions quasiment identiques. Cet Helvète
appartenait à une famille indigène noble, très tôt romanisée ; il accéda à l’ordre équestre,
s’engagea dans l’armée romaine en tant que tribun militaire d’une légion et sut même
attirer l’attention de l’empereur Claude puisqu’il fit partie de l’entourage impérial en 43
ap. J.-C., lors de la campagne militaire de Bretagne, et qu’il fut décoré en 44 ap. J.-C. lors
du triomphe de l’empereur232. La relecture attentive des deux inscriptions dédiées à C.
Iulius Camillus a porté ses fruits puisqu’elle a permis d’abord de retrouver une
magistrature et une prêtrise de la ciuitas Heluetiorum pérégrine, ensuite de mieux
comprendre les événements de 68 ap. J.-C. et la signification politique de la promotion de
la cité indigène au rang de colonie.

Les structures administratives de la ciuitas pérégrine


Sac. Aug. mag.

74 Les deux tituli dédiés à C. Iulius Camillus, dont nous avons rappelé cidessus la brillante
carrière sous l’empereur Claude233, présentent les abréviations sac. Aug. mag., une charge
que ce noble helvète revêtit avant ou plutôt après son tribunat militaire234. D. Iul(ius) C. f.
Fab(ia) Consors, que Denis van Berchem considérait comme le frère jumeau de C. Iulius
Camillus235, est paré du titre de sac. Augustal. mag. qui doit être une formule équivalente à
la précédente. Tout comme son frère, D. Iul(ius) C. f. Fab(ia) Consors revêtit certainement
cette charge avant la fondation de la colonie, les deux hommes étant des citoyens romains
de la seconde génération, inscrits dans la tribu Fabia 236 et non dans la Quirina qui sera
notamment la tribu de la colonie. Une dédicace à un certain Flauus ferait également état
de la formule magistro≥ [sa]c≥[rorum / Aug]us[t(alium)], mais son interprétation est très
délicate. Il s’agit d’une inscription très fragmentaire reconstituée par Thomas Pekâry à
partir notamment des parallèles précités relatifs à cette charge ; la reconstitution de Th.
Pekáry a été suivie par Stefan Oelschig lors de la toute récente révision des fragments 237.
Le document est délicat puisque l’ordre des mots y est inversé, seul le mot magister étant
67

vraiment assuré ; de surcroît, le personnage honoré est inscrit dans la tribu Quirina et non
dans la tribu Fabia238. En dernier lieu, on retrouve la forme sac. Aug. seule, sur un fragment
qui n’est connu que par tradition manuscrite239.
75 Le titre sac. Aug. mag. n’est pas attesté hors d’Avenches qui a donc livré trois exemples de
sac. Aug. mag., un exemple de sac. Aug. et un autre de magister suivi peut-être de sacrorum
August(alium). Les abréviations ont été lues d’ordinaire sous la forme sac(rorum) Aug
(ustalium) mag(ister)240, dans la lignée de Hermann Dessau, de Ernst Meyer et de Gerold
Walser, lignée que nous avons également suivie241. C’est seulement lorsque nous avons
pris connaissance des propositions de Hartmut Wolff242 d’une part – dans une publication
peu répandue, il est vrai – et de celles d’André Chastagnol, de Patrick le Roux et d’Uta-
Maria Liertz d’autre part243, que nous avons adopté la nouvelle lecture244 présentée ci-
dessous.

La prêtrise : sacerdos Augusti

76 Cette lecture s’articule selon une réflexion en deux temps : d’abord, il faut admettre que
l’abréviation sac. Aug. se résout d’ordinaire en sac(erdos) Aug(usti) qui désigne la prêtrise
du culte impérial ; c’est précisément la lecture retenue par les auteurs que nous venons
d’évoquer. Ceci posé, il faut voir dans mag., que l’on développe sans difficulté en mag
(ister), la désignation d’un second poste, une magistrature civique.
77 La fonction de sac(erdos) Aug(usti), qui apparaît une seule fois sous le titre sac(erdos)
Augustal(is), sera remplacée ensuite par le flamen Aug(usti), comme le veut l’usage dans les
colonies245. Il est évident – et cela n’a jamais été contesté – que la ciuitas des Helvètes
disposait avant même sa promotion coloniale de la prêtrise du culte impérial 246. Le
changement par rapport à l’ancienne interprétation réside uniquement dans la titulature
de cette prêtrise qui ne se présente plus désormais sous une forme exceptionnelle mais se
range parmi les attestations usuelles.

La magistrature civique

78 La magistrature civique désignée par la forme mag(ister) constitue, en revanche, un


nouvel apport à la connaissance de la cité pérégrine. C. Iulius Camillus et D. Iulius
Consors, qui étaient frères si l’on suit l’hypothèse mentionnée plus haut, revêtirent tous
deux cette fonction. Dans le document reconstitué par Thomas Pekáry, suivi par Stefan
Oelschig, le mot magister semble également attesté en tête du cursus honorum. Thomas
Pekâry date la dédicace à (-) Flauus des années de la fondation de la colonie, renvoyant au
dédicataire de l’inscription – ciuitas Hel(uetiorum) – et suppose que la tribu Quirina était la
tribu individuelle de l’honoré ; au contraire Uta-Maria Liertz ne retient pas ce témoignage
parmi les exemples attestant la prêtrise et la magistrature civique dans la cité pérégrine
des Helvètes247. La dernière inscription concernée par ce dossier n’est qu’un fragment peu
lisible248 d’où le mot mag(ister) est absent. Ainsi, le dossier du magister d’Avenches reste
maigre.
79 Partant de l’idée que ce magister désigne la magistrature suprême unique de la ciuitas,
nous avons essayé de le rapprocher des autres attestations de magistrature unique livrées
par les cités gauloises. Ces attestations ont été réunies par André Chastagnol qui s’est basé
sur des inscriptions du début de l’Empire249. On y lit le titre de uergobretus et celui de
68

praetor, sans oublier l’attestation d’un mag(ister) chez les Consoranni 250. Visiblement, la
traduction latine du titre gaulois offrait des variantes.
80 En ce qui concerne le statut juridique de la ciuitas helvète et de ses notables, on constate
que les deux magistrats de la cité précoloniale jouissaient déjà de la citoyenneté romainé
251
. Ce phénomène se rencontre dans d’autres inscriptions de Gaule mentionnant une
magistrature unique, à deux exceptions près comme le souligne André Chastagnol 252.
Selon cet auteur, l’attribution de la citoyenneté romaine aux détenteurs de magistratures
indigènes latinisées ne signifie pas que la cité elle-même avait déjà obtenu le droit latin.
C’est seulement par « la substitution d’un collège de deux (ou quatre) magistrats au
magistrat unique antérieur » qu’on peut saisir le passage d’une cité pérégrine à une cité
jouissant du droit latin ; c’est à ce moment là, ou un peu plus tard, que la cité recevait sa
charte municipale253. Si ces déductions sont correctes, la cité des Helvètes s’alignait
parfaitement sur les cités des Trois Gaules. Jusqu’aux guerres civiles de 68 à 70 ap. J.-C.,
l’élite indigène se romanisa par l’octroi de la citoyenneté romaine, comme en témoignent
les gentilices Iulii et Claudii répandus parmi les Helvètes de la couche sociale supérieure 254.
C. Iulius Camillus entra même dans l’ordre équestre et accomplit les premières étapes
d’une carrière militaire couronnée par l’obtention de décorations militaires255. Nous
pouvons désormais ajouter que la ciuitas elle-même adapta ses institutions en latinisant le
titre de la magistrature suprême, faisant ainsi un premier pas sur le chemin de la
romanisation, à en croire André Chastagnol256 ; en créant ensuite la fonction de prêtre du
culte impérial (sacerdos Augusti), fonction également assumée par les membres de l’élite
locale, elle s’insérait dans le courant général de la vénération des autorités romaines,
seconde preuve de l’acculturation de cette cité257.

Les pagi

81 Un autre document, l’inscription funéraire de C. Valerius Camillus, fournit des


informations supplémentaires sur l’organisation de la ciuitas 258. Le défunt qui porte selon
toute vraisemblance un gentilice républicain259 reçut de deux peuples, les Éduens et les
Helvètes, l’honneur de funérailles publiques260 ; l’inscription date de l’époque claudienne
261
. Si les deux ciuitates ont assumé ensemble les frais des obsèques de Valerius Camillus,
les Helvètes ont surenchéri en élevant des statues au défunt soit au nom de chaque pagus,
soit au nom de toute la cité. Apparaît ici le pagus, une subdivision de la ciuitas considérée
d’ordinaire comme une survivance de l’époque celtique, supplantée ensuite par le uicus
qui aurait cependant lui aussi prolongé d’anciennes bourgades celtiques262. Selon Michel
Tarpin, il faut revoir cette interprétation : à ses yeux, les pagi et les uici existaient
simultanément et avaient été établis ou redéfinis par les Romains pour répondre à des
buts différents263. Toujours est-il que dans le cadre des funérailles de C. Valerius Camillus,
les pagi délibérèrent à côté de la ciuitas et qu’ils érigèrent des statues en l’honneur du
défunt, l’érection de statues trahissant un stade avancé de romanisation. Toutefois, la
structure des pagi, leurs prérogatives et leur rôle dans la cité des Helvètes nous échappent
totalement. Nous mentionnons encore qu’en dehors des pagi et des uici, on rencontre des
regiones, entités d’interprétation difficile. On en connaît pour l’instant trois exemples qui
paraissent relever d’un contexte religieux264.
69

La tribu Fabia et la tribu Quirina

82 C. Valerius Camillus C. f. était inscrit dans la tribu Fabia, tout comme D. Iulius C. f. Consors
et C. Iulius C. f. Camillus. Depuis longtemps déjà, on a déduit de ces témoignages que les
Helvètes qui avaient accédé à la citoyenneté romaine avant la promotion coloniale étaient
inscrits dans la tribu Fabia, tandis qu’après cet événement les citoyens romains
appartinrent à la tribu Quirina265. Il faudrait repréciser cette hypothèse traditionnelle qui,
présentée en ces termes, s’avère trop brève. Les Helvètes qui ont accédé individuellement
à la citoyenneté romaine sous les Juliens, ont été inscrits dans la tribu Fabia, qui était la
tribu d’Auguste, de Tibère et Caius (Caligula). Nous n’avons pas d’attestations relatives à
la tribu des Helvètes romanisés sous Claude et Néron ; leur tribu aurait dû être la Quirina
266. Denis van Berchem a expliqué autrefois l’attestation conjointe de la tribu Quirina et de

la formule magister [sa]c[rorum Aug]us[t(alium)] dans l’inscription dédiée à (-) Flauus en


supposant que cet homme était un indigène ayant obtenu la citoyenneté romaine sous
Claude ; la reconstitution de Stefan Oelschig contredit cette hypothèse et il faudrait plutôt
supposer, selon lui, soit que (-) Flauus était un immigré et que la tribu Quirina était sa
tribu individuelle, soit qu’il avait obtenu la citoyenneté romaine par Vespasien, après la
fondation de la colonie267.
83 En effet, il ne fait aucun doute que l’élite de la colonie était inscrite dans la tribu Quirina,
la tribu de Vespasien qui donna le rang de colonie à la ciuitas des Helvètes. À titre
d’exemple, on peut retenir les noms de Q. Cluuius Macer, de Q. Otacilius Pollinus et de Ti.
Iulius Ti. fil. Abucinus268. Toutefois pour ce dernier nom, la juxtaposition du gentilice Ti.
Iulius accompagné du cognomen d’origine indigène Abucinus et de la mention de la tribu
Quirina fait difficulté ; nous adoptons volontiers l’hypothèse de Peter Frei selon laquelle
Ti. Iulius Abucinus, d’abord inscrit dans une autre tribu que nous supposerions être la
Fabia, aurait changé de tribu au moment de la constitution de la colonie269.
84 Les inscriptions font apparaître une entité administrative de la ciuitas pérégrine des
Helvètes, les dues Romani conuentus Heluetid.

Les ciues Romani conuentus Heluetici

85 Sont attestés aujourd’hui six curatores ciuium Romanorum conuentus Heluetid, soit le même
nombre qu’en 1976270 ; quatre sont connus par des inscriptions retrouvées à Genève, à
Nyon ou à Lausanne271 tandis que deux proviennent d’Avenches. D. Iulius C. f. Consors,
Helvète issu d’une famille romanisée de longue date, a précisément revêtu cette fonction,
de même que l’anonyme (-) Flauus dont nous avons déjà parlé272. Les auteurs s’accordent à
dater la création de cette association du début de l’Empire, lorsque la ciuitas des Helvètes
était encore une cité pérégrine273. On notera d’ailleurs que la dénomination conuentus
ciuium Romanorum semble avoir été utilisée principalement à la fin de la République et au
début de l’Empire274. Ajoutons que l’institution du conuentus ciuium Romanorum a été
maintenue jusqu’à la fin du IIe s. ap. J.-C.275.
86 Si l’on veut conclure sur la cité des Helvètes au début de l’Empire romain, force est de
constater qu’elle était une cité pérégrine ; néanmoins, tant les fouilles archéologiques
récentes que les études onomastiques des dernières années soulignent la romanisation
rapide et profonde de l’élite de la ciuitas.
70

Les événements des années 68-70 ap. J.-C.

87 Les événements qui se sont produits entre 68 et 70 ap. J.-C. ont été rendus tellement
célèbres par le récit de Tacite qu’il n’est pas nécessaire de les rappeler ici 276. Il importe
davantage de se préoccuper de l’interprétation historique moderne des faits. À la suite de
Gerold Walser277, on peut résumer les termes de la problématique à travers une double
interrogation : les Helvètes se sont-ils soulevés contre le joug romain et la déduction de la
colonie par Vespasien fut-elle une punition réservée à un peuple turbulent ? Ou au
contraire la déduction de la colonie fut-elle un bienfait accordé aux Helvètes qui avaient
perdu de nombreux compatriotes durant les troubles ? Les auteurs modernes ont tour à
tour défendu les deux interprétations, parfois sous l’influence d’événements
contemporains, ou ont tenté d’y apporter des nuances278. Même si Gerold Walser a montré
en 1954 déjà que les Helvètes avaient participé aux guerres civiles en tant que partisans
de Galba, certains soutiennent toujours que la révolte des Helvètes fut une insurrection
nationaliste contre les Romains279. Pourtant Denis van Berchem a relu une inscription
d’Avenches mentionnant une educatrix Aug(usti) n(ostri) et en a déduit que l’empereur
Titus avait passé une partie de sa jeunesse à Avenches, auprès de son grand-père Flavius
Sabinus280 ; les liens supposés entre la famille flavienne et les Helvètes s’en trouvent dès
lors confirmés. P. Frei de son côté, appuyé par Denis van Berchem281, a montré par
l’onomastique que les Helvètes n’ont pas été écartés du pouvoir lors de la promotion
coloniale. Enfin, selon Ute Schillinger-Häfele l’apport de nouveaux colons, même s’il
s’agissait de vétérans, signifiait un renforcement de la communauté concernée282. Nous
pensons que le cursus honorum de C. Iulius Camillus représente un élément décisif de ce
dossier : ce notable helvète romanisé appartenait selon toute vraisemblance à la clientèle
de Ser. Sulpicius Galba, le futur empereur, ce qui explique la prise de position des
Helvètes en 67/68 ap. J.-C. Malheureusement, la nouvelle de la mort de Galba ne leur étant
pas arrivée à temps, les Helvètes s’opposèrent à Caecina, partisan de Vitellius, et
restèrent fidèles à leurs convictions283. Malgré quelques problèmes en suspens,
notamment celui du castellum tenu par une milice helvète 284, il nous semble en définitive
qu’il faut considérer la promotion d’Avenches au rang de colonie par Vespasien comme
un appui apporté aux Helvètes, ou plus précisément à l’élite dirigeante helvète285.

Les institutions de la colonie

88 Avant d’entamer le débat sur le statut juridique de la colonie d’Avenches et avant


d’analyser une fois de plus les épithètes de la nouvelle colonie (Colonia Pia Flauia Constans
Emerita Heluetiorum Foederata), il est nécessaire d’établir la liste des magistrats attestés et
de rectifier quelques lectures. Ce faisant, nous voudrions montrer quels sont les résultats
des recherches des dernières années.

Duouiri et aediles

89 La structure de la colonie se présente comme suit286. Y sont connus sept duouiri, à savoir C.
Flauius Camillus (de la fin du Ier s.)287, Ti. Iulius Ti. fil. Quir. Abucinus (fin du Ier s.)288, [-]
Otacilius Seccius (IIe s.)289 et M. Dunius Paternus (fin du II e ou début du III e s.)290 ; dans
toutes ces inscriptions, le duovirat est explicitement nommé. S’y ajoutent trois
inscriptions caractérisées par la tournure omnibus honoribus apud suos functus, tournure en
71

vigueur après Hadrien291 : elles concernent Q. Cluuius Macer (IIe s.), étudié par Anne
Bielman292 ; Q. Macrius Cluui Macri f. Quir. Nivalis, fils du précédent293 et Q. Otacilius
Pollinus, fils de Q. Otacilius Cerialis, qui obtint trois fois l’immunité fiscale de la part du
divin Hadrien294. Cette liste est connue depuis longtemps ; les recherches récentes ont
confirmé ou précisé la datation de chaque inscription et nous l’avons signalée dans
l’énumération ci-dessus. On rencontre ensuite un édile en la personne de Ti. Claudius Ti.
f. Maternus qui fit un acte d’évergétisme en donnant à la communauté une salle de jeu de
paume (première moitié du IIe s.)295. Quant au praefectus pro IIuiro, restitué sur un
fragment, la lecture semble en être tellement douteuse que nous renonçons pour le
moment à cette attestation, attendant l’édition mise à jour des fragments296. Manquent
jusqu’à présent les duouiri quinquennales et les décurions.

Le praefectus operum publicorum

90 Les inscriptions dédiées à Ti. Iulius Ti. f. Abucinus témoignent d’un cursus honorum
développé puisqu’elles mentionnent le duumvirat, la préfecture operum publicorum et des
prêtrises qui seront analysées dans la suite de cette étude. La magistrature du praefectus
operum publicorum n’est pas attestée en dehors d’Avenches 297 et elle n’a pas encore fait
l’objet d’une étude spécifique. On ignore si cette préfecture était une magistrature
permanente qu’on pourrait rapprocher des tresuiri locorum publicorum persequendorum
connus à Vienne ou s’il s’agissait au contraire d’une magistrature extraordinaire
répondant à une demande précise. Toujours est-il que Ti. Iulius Abucinus, qui se dit
premier patronus publicus de la colonie et qui est honoré par les coloni Auenticenses, date
probablement de la fin du Ier s.298 ; il est donc proche de la promotion d’Avenches au rang
de la colonie. Une fonction extraordinaire paraît de ce fait aisément envisageable.

Les prêtrises299

91 Comme nous l’avons dit plus haut, le culte impérial était desservi par des prêtres et des
prêtresses. Les prêtres étaient parés du titre de flamen Aug(usti) ; on en connaît
maintenant trois représentants, donc un prêtre de plus qu’en 1976. Ce sont C. Flauius
Camillus, Ti. Iulius Abucinus (attesté par trois témoignages légèrement différents) et
Pomp(eius ?) Optatus, dont Anne Bielman a relu la dédicace et corrigé l’ancienne lecture
300. À côté de ces flammes, il faut mentionner Iulia Festilla, première flaminique du culte

impérial, flaminica prima Aug(ustae) ; par cette formule nous voyons en Iulia Festilla la
première prêtresse du culte impérial installée dans la toute nouvelle colonie. Iulia Festilla
a vécu la transition entre la ciuitas pérégrine et la colonie puisqu’elle était la fille de C.
Iulius Camillus – décoré par Claude – et qu’elle fut exécutrice testamentaire de C. Valerius
Camillus – qui vivait également sous Claude – en vertu de liens de parenté dont les détails
nous échappent301.
92 À côté de ces prêtrises usuelles est également attestée pour la phase coloniale d’Avenches
la charge de sacerdos perpetuus ; on connaît jusqu’à présent trois exemples de cette
prêtrise : un exemple assuré – celui de Ti. Iulius Abucinus attesté par trois inscriptions
parallèles-, un exemple hypothétique mais probable – celui de (-) Flauus restitué par
Stefan Oelschig-, et finalement l’attestation de la titulature sur un fragment encore inédit
302
. Il a fallu attendre l’ouvrage de Uta-Maria Liertz pour que cette prêtrise soit mise en
évidence. Selon cet auteur, le sacerdos perpetuus devrait être rapproché des sacerdotes
Augusti, les prêtres du culte impérial de la cité pérégrine ; l’adjectif perpetuus signifierait,
72

comme le prouvent les témoignages parallèles de flamen perpetuus, que le détenteur


conservait sa position honorifique après son année de charge303. Ainsi, on pourrait voir
dans Ti. Iulius Ti. f. Abucinus – qui avait revêtu à côté de diverses magistratures les
charges de flamen Aug(usti), sacerdos perpetuus et qui fut de surcroît primus omnium patronus
publicus – un témoin de la transition de la ciuitas à la colonie ; ses deux charges religieuses
en fourniraient la démonstration304. Mais il faut être très prudent puisque le sacerdos
perpetuus est attesté sur deux autres documents et que nous ne savons pas – il faut bien
l’avouer – si cette prêtrise relevait de la ciuitas, de la colonie ou des deux.

Les curatores col(-)

93 La résolution du titre abrégé curator col(-) constitue l’un des problèmes majeurs de
l’histoire constitutionnelle d’Avenches. On ne dispose pour examiner cette fonction que
de quelques documents qui présentent néanmoins des traits caractéristiques communs.
En fait, sont connues trois inscriptions mentionnant un curator col(-) ou des curatores col(-).
Les quatre fonctionnaires désignés par ce titre érigèrent, seul ou à deux, une dédicace à la
Dea Auentia, déesse tutélaire de la colonie : T. Ianuarius Florinus et P. Domitius Didymus,
curatores col(-), ont dédié un monument ex stipe annua en complétant ce don par une
contribution personnelle305 ; C. Iul(ius) Primus, originaire de Trèves et citoyen de cette
ville (Treuir), curator col(-) et curator des sévirs, a également consacré un monument à cette
déesse306 ; enfin, T. Tertius Seuerus, qui se dit curator col(-) idemque all(ectus), est félicité
par les incolae Auenticenses pour avoir fait une donation à la déesse 307. Notons que ce
document évoque conjointement un curator col(-) et les incolae Auenticenses. Notons
également qu’un certain C. Iulius Marcellinus, Equester (c’est-à-dire originaire de la Colonia
Iulia Equestris), a vénéré la déesse tutélaire d’Avenches mais nous ne savons pas si le
dédicant était un incola ou s’il était seulement de passage à Avenches308.
94 La formule curator col(-) a suscité trois voies interprétatives qui offrent chacune une
vision très différente de la structure coloniale d’Avenches. Selon la première théorie, qui
était en vogue au XIXe et au début du XXe s., il faut développer curator col(onorum) et voir
dans ce curator le curateur de l’association des colons déduits et installés à Avenches 309.
Les actes de dévotion à la déesse Aventia, déesse tutélaire de la colonie, découleraient
tout naturellement de la fonction du curateur, et selon Patrick Le Roux qui a repris
dernièrement cette interprétation, c’est justement ce devoir religieux qui constituait la
tâche principale des curateurs des colons310. Dans cette optique, les coloni à la tête
desquelles se trouveraient les curatores étaient des colons romains, notamment des
vétérans déduits à Avenches lors de la promotion de la cité des Helvètes au rang colonial.
Et dans cette optique toujours, Avenches était une colonie romaine, une colonie visant à
contrôler les Helvètes et à les punir de leur attitude rebelle durant la guerre civile311.
95 Il existe une deuxième interprétation : Peter Frei, sur les pas de Friedrich Vittinghoff, a
remarqué que ces prétendus curateurs de colons ne présentaient pas du tout le profil
attendu des membres d’une association de coloni, citoyens de plein droit de la colonie :
tout d’abord, C. Iulius Primus annonce clairement qu’il est Trévire ; il était donc étranger,
résident domicilié (consistens) ou mieux encore incola d’Avenches 312. De même, les autres
curateurs, T. Ianuarius Florinus, P. Domitius Didymus – à l’instar de T. Tertius Seuerus –
portent certes les tria nomina des citoyens romains mais sans la filiation. De plus, dans
l’inscription dédiée par T. Tertius Seuerus, les incolae Auenticenses honorent le curator col(-)
313. Convaincu de l’étroite relation existant entre le curator col(-) et les incolae, l’auteur a

proposé de développer la formule en curator col(oniae) et d’y voir une haplologie, un


73

raccourci de l’expression curator (incolarum) col(oniae) 314. Ce tour de force a suscité la vive
opposition de Denis van Berchem315 – malgré la pertinence des observations de Peter Frei
–, et le débat s’est figé.
96 L’issue réside peut-être dans une troisième voie interprétative, proposée en 1981 par Jean
Krier316. L’auteur est parti de l’idée – justifiée à notre avis – qu’Avenches ne constituait
pas un cas unique mais se modelait sur les autres colonies. Le curator désignant en règle
générale un individu qui assume une cura, reste à définir la cura concernée ; or, ce terme
recouvre des réalités très variées et peut signifier dans le cadre des droits municipaux
une tâche extraordinaire (munus) que l’ordre des décurions attribuait à de riches
individus légalement empêchés de briguer des magistratures ?317. C’est précisément la
situation de l’un des curateurs d’Avenches au moins, C. Iulius Primus, qui en tant que
Treuir ne pouvait accomplir une carrière municipale 318. Les trois autres curateurs
subissaient les mêmes restrictions si on les tient pour de riches affranchis, et c’est avec
raison que Jean Krier a critiqué notre avis selon lequel ces curateurs témoignaient plutôt
d’une origine moyenne ou basse319 : leur appartenance sociale et leur fortune ne
coïncidaient pas.
97 En lisant donc dans les trois inscriptions curator col(oniae), nous voyons dans ces hommes
non pas les curateurs d’une association de colons mais de riches individus qui ont assumé
des liturgies en faveur de la colonie.

Coloni Auenticenses et incolae Auenticenses

98 Après avoir écarté de ces trois inscriptions la mention de coloni – restituée à tort selon
nous-, il reste à déterminer le contexte dans lequel on rencontre l’un ou l’autre des deux
groupes sociaux attestés à Avenches, les coloni et les incolae. Or, l’étude que nous avons
conduite sur les patrons d’Avenches en 1995 a produit des résultats liés à cette épineuse
question mais encore partiellement inexplicables320. Nous avons distingué deux notions
de patronus : dans plusieurs documents épigraphiques avenchois, le patronus correspond
au modèle usuel de patron tel qu’il a été décrit par Robert Duthoy et d’autres321. Il s’agit
d’un patron issu de la couche sociale supérieure, appartenant à l’ordre sénatorial, honoré
publice soit par la communauté tout entière, soit par la colonia, soit par les Helvètes
(Helueti)322.
99 Deux autres documents avenchois, l’un concernant un anonyme, l’autre le bien connu Ti.
Iulius Abucinus323, présentent en revanche la tournure patronus publicus et ils sont
d’interprétation plus délicate ; en général, les auteurs modernes ont tenté de dissimuler
la difficulté ou se sont contentés d’une allusion aux problèmes soulevés sans entrer dans
le vif du débat324. Seuls Martin Bossert et Michel Fuchs ont relevé la singularité de ce titre
en se demandant s’il ne fallait pas y voir une particularité liée d’une manière encore
inexpliquée aux incolae et aux coloni d’Avenches 325. En effet, la notion de patronus publicus
semble très rare et on a l’impression que l’origine sociale de ces patrons est différente de
celle des patrons « traditionnels » : loin d’être des individus de haut rang, extérieurs à la
cité, ils sont installés dans la colonie et sont d’origine locale326. Les patroni publici honorés
à Avenches semblent, d’ailleurs, en étroite relation tant avec les incolae Auenticenses
qu’avec les coloni Auenticenses : Ti. Iulius Abucinus qui est dit primus omnium patronus
publicus est honoré par les coloni Auenticenses 327. Les incolae Auenticenses honorent un
anonyme – probablement, selon nous, un sénateur d’origine locale – comme patronus
publicus et le sévir Augustal T. Nigrius Modestus s’est chargé d’ériger le monument.
74

100 Résumons les résultats provisoires de notre étude : à Avenches, le patronus publicus semble
patroner les incolae Auenticenses et les coloni Auenticenses ; peut-être assumait-il une tâche
précise au sein de la colonie328. En l’état de nos connaissances, nous ne pouvons donner
une signification juridique exacte du terme patronus publicus mais nous constatons,
comme nos prédécesseurs, que nous repérons dans ces documents deux notions-clés de la
colonie, les coloni et les incolae.

La colonie d’Avenches

101 Dans l’état actuel de nos connaissances, alors qu’aucune inscription n’est venue enrichir
le dossier avenchois présenté en 1976, il nous semble très difficile de nous prononcer
définitivement sur le statut juridique de la colonie. Les épithètes de la colonie (Colonia Pia
Flauia Constans Emerita Heluetiorum Foederata) ne convergent pas vers une interprétation
univoque puisqu’ils semblent contradictoires : l’épithète Foederata serait plutôt
compatible avec une colonie latine tandis que l’épithète Emerita a toujours été considérée
comme un renvoi à l’installation de vétérans, donc un renvoi à une colonie romaine 329.
102 Néanmoins, la recherche des dernières années a contribué à éclairer ces problèmes. Il
nous semble que Denis van Berchem d’abord, Patrick Le Roux ensuite ont démontré de
façon convaincante qu’Avenches était, selon toute probabilité, une colonie latine. Le
premier auteur a relancé le problème du statut d’Avenches par le biais des études
onomastiques en comparant les noms des Helvètes aux noms d’habitants d’autres cités
gallo-romaines. Ce faisant, il est revenu sur sa position initiale pour défendre désormais
le statut latin d’Avenches330. En particulier, il a mis une nouvelle fois en évidence le fait
que de nombreux Helvètes restaient pérégrins, mais que la colonie et la ciuitas Heluetiorum
supposée possédaient le même centre administratif et les mêmes magistrats 331 ; au lieu
d’imaginer une relation compliquée entre la colonie romaine – Avenches, cité entourée
d’un territoire de dimensions inconnues – et la ciuitas pérégrine subordonnée, l’auteur
propose le modèle d’une colonie latine puisque dans celle-ci les citoyens romains étaient
d’ordinaire minoritaires, la majorité restant pérégrine332. Tandis qu’André Chastagnol a
maintenu en 1992 l’interprétation traditionnelle d’une colonie romaine à Avenches333,
Patrick Le Roux, partant d’une vision plus globale, montre qu’une des caractéristiques
majeures des villes latines, notamment des colonies latines, était la mixité d’éléments
romains et d’éléments indigènes ; la déduction à Avenches d’un groupe de vétérans
auxquels paraît faire référence l’épithète Emerita de la titulature coloniale ne contredirait
dès lors en rien le caractère latin de cette colonie334. Selon nous, c’est là une réflexion
capitale qui permet de concilier les diverses caractéristiques de la colonie d’Avenches. À
ceci, il faut ajouter les suggestions de Ute Schillinger-Häfele qui a mis en évidence le
caractère non punitif de l’installation des vétérans sous Vespasien, une interprétation qui
a été soutenue par Denis van Berchem335. Ainsi ont été écartés – nous semble-t-il – les
arguments les plus pertinents avancés pour faire d’Avenches une colonie romaine.
103 Ainsi, à notre avis, Vespasien a promu la ciuitas des Helvètes au rang de colonie latine. Les
magistrats coloniaux étaient ceux que nous avons énumérés plus haut, les duouiri, les
aediles, les praefecti operum publicorum (peut-être une charge extraordinaire), auxquels
s’ajoutaient des prêtres du culte impérial, des flaminicae Aug. et des sacerdotes perpetui
dont on ne sait quasiment rien. D’ailleurs pour plusieurs des postes cités, nous ne
disposons que d’une seule attestation. Les duouiri et les décurions contrôlaient l’ensemble
du vaste territoire colonial qui comportait aussi des uici assumant une administration
75

locale. Sont également nommés des coloni et des incolae, ces derniers ayant peut-être un
patron spécifique (le patronus publicus ), mais nous concédons volontiers que nous ne
sommes pas encore en mesure d’expliquer la signification juridique de chacun de ces
termes ; peut-être l’édition des fragments d’Avenches fournira-t-elle de nouveaux
renseignements.

Changement dans l’élite coloniale

104 Nous voudrions revenir en dernier lieu sur l’origine sociale des habitants de la colonie. Si
l’on examine les documents épigraphiques, on constate rapidement une différence entre
la société à l’époque précoloniale et celle de l’époque coloniale. Il faut dès lors nuancer
l’interprétation défendue par Peter Frei et par nous-même en 1976336. L’ancienne noblesse
qui avait obtenu la citoyenneté romaine sous les empereurs Julio-Claudiens ne figure
plus, ou du moins plus de façon exclusive, parmi l’élite coloniale. Ce changement de
composition de la classe supérieure ne constitue pas un fait spécifique à Avenches ; J. F.
Drinkwater a mis en évidence le même phénomène dans les Trois Gaules337. Cependant, il
ne faut sans doute pas négliger parmi les causes possibles de cette mutation sociale la
guerre sanglante menée par les Helvètes contre la XXIe légion et les pertes humaines qui
s’ensuivirent, notamment parmi l’élite helvète338. L’impression qui se dégage de la
documentation épigraphique est que Vespasien a tenté d’intégrer dans la nouvelle
colonie les membres de cette noblesse qui avaient survécu la guerre : ainsi C. Flauius
Camillus qui était probablement membre d’une branche latérale de la grande famille des
Camilli, accéda sous Vespasien à la citoyenneté romaine 339. Non seulement il obtint la
citoyenneté romaine sous cet empereur mais il fut également nommé prêtre du culte
impérial, duumuir et patron de la ciuitas340. On peut évoquer ensuite le cas de Iulia Festilla,
première flaminique du culte impérial après la fondation de la colonie, qui était la fille de
C. Iulius Camilllus – actif sous Claude – et qui était apparentée à D. Valerius Camillus,
également actif dans la ciuitas pérégrine. Ces deux personnages témoignent de la volonté
de maintenir une certaine continuité sur le plan social entre ciuitas et colonie.
105 Au IIe s. apparaissent des noms nouveaux à côté des noms de l’ancienne noblesse, toujours
existante341 Q. Cluuius Macer est considéré par Anne Bielman comme un soldat auxiliaire
qui reçut la citoyenneté romaine par l’armée mais qu’une alliance matrimoniale rattacha
ensuite à la noblesse d’Avenches342. La famille des Otacilii, florissante également dans la
première moitié du IIe s., était certes constituée d’immigrants italiens, comme l’a
démontré Heinz E. Herzig, mais qui n’étaient pas apparentés à Vespasien, contrairement à
ce que l’on a supposé343. D’autres noms que nous ne voulons pas énumérer ici
représentent l’élément gallo-romain habituel.

V. Conclusion générale
106 Au terme de ce large survol, nous voudrions revenir sur la documentation épigraphique
disponible pour l’étude des trois sites envisagés cidessus : Nyon, Augst et Avenches. Cette
documentation nous frappe par sa disparité sur le plan quantitatif. Avenches et Nyon
offrent un échantillonnage épigraphique relativement riche, à la différence d’Augst. Cela
tient au destin différencié que connurent ces trois villes dès la fin de l’Antiquité. Le site
de Nyon fut constamment occupé tout au long du Moyen Âge et durant l’époque moderne.
D’importantes campagnes de fouilles n’ont été entreprises sur ce site que dans les deux
76

dernières décennies du XXe s. et ont livré des résultats très intéressants. À Avenches, la
bourgade médiévale ne recouvrit pas le site antique. Les ruines de la colonie étaient
visibles à la fin du XVIIIe s. encore, mais les monuments antiques ont souvent servi de
carrière pour les fours à chaux. Les multiples fragments épigraphiques avenchois,
porteurs de quelques lettres seulement, sont les témoins de la destruction subie par le site
à partir du début du XIXe s. Cependant, le centre administratif de la colonie (le forum
notamment) a été localisé grâce à des sondages mais n’a pas encore été exploré
systématiquement. Les avancées documentaires ne peuvent reposer pour l’instant que sur
l’étude des fragments. Augst a fait et fait encore l’objet de nombreuses campagnes de
fouilles mais très peu d’inscriptions ont été mises au jour. Peut-être les blocs
épigraphiques ont-ils été détruits dès la fin de la période antique.
107 Seules de nouvelles fouilles conduites sur l’ensemble des sites concernés pourraient
apporter des éléments susceptibles de modifier de manière significative le bilan que nous
avons tenté d’établir ici.

BIBLIOGRAPHIE

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les Helvètes II.
2. F.-S., ANRW.
3. Pour l’histoire des Helvètes, nous nous sommes inspirée du texte rédigé pour l’ouvrage
collectif La Suisse du Paléolithique à l’aube du Moyen Âge, Bâle, 1993, vol. 4 (sous presse). En dernier
lieu G. WALSER, Bellum Helueticum. Studien zum Beginn der caesarischen Eroberung von Gallien, Historia
Einzelschr. 118, Stuttgart, 1998, et ID., DNP 5, col. 337-338, rapproche la migration des Helvètes
d’une expédition de mercenaires.
4. CAES., Bell. Gall. 1, 2, 3.
5. STRAB., Géogr. 7, 1, 5 ; 4, 3, 3-4.
6. CIC., Pro Balbo 14, 32 : Cicéron ne mentionne que des clauses traitant de droits civils et des
peuples du IIe siècle soumis à de semblables traités.
79

7. Selon l’écrasante majorité des auteurs, César conclut un foedus avec les Helvètes, une alliance
formelle. Contra : F.-S., Bemerkungen zum Helvetierfoedus, RSH 25, 1975, p. 127-141 ; EAD., ANRW,
p. 328-338 ; J. G. P. BEST et B. H. ISAAC, The Helvetians : From foederati to stipendiant, Talanta
8-9,1977, p. 11-32, et maintenant R. WOLTERS, Römische Eroberung und Herrschaftsorganisation in
Gallien und Gernianien. Zur Entstehung und Bedeutung der sogenannten KlientelRandstaaten, Bochum,
1990, p. 77-82. Une opinion explicite contre la nouvelle datation du foedus à la fin du II e s. av. J.-C.
est exprimée par F. FISCHER, Caesar und die Helvetier. Neue Überlegungen zu einem alten Thema,
Bonnjahrb. 185, 1985, p. 1-26, et par TARPIN, Tigurins (en part. p. 15-16).
8. CAES., Bell. Gall. 7, 75, 3.
9. Ce fait est souligné en part, par R. WOLTERS, op. cit. (n. 7), p. 77-82.
10. TARPIN, Tigurins, veut faire une distinction plus nette entre les Tigurins considérés – au moins
aux IIe et Ιer s. av. J.-C. comme une peuplade indépendante – et les Helvètes (cf. infra, n. 207). C’est
une idée séduisante, mais très difficile à prouver.
11. Cette nouvelle vision de la campagne de P. Silius Nerua, dont nous nous faisons l’écho ici, a
été proposée par VAN BERCHEM, Routes, p. 87-102 ; cf. également F.-S., Räter ; F. SCHÖN, Der Beginn der
römischen Herrschaft in Rätien, Sigmaringen, 1986, p. 34-39.
12. Cf. les derniers articles en date concernant la Colonia Iulia Equestris (Nyon) : W. DRACK et R.
FELLMANN, Die Römer in der Sclaveiz, Stuttgart – Jona, 1988, p. 20-22 ; FELLMANN, Suisse, p. 16-18 (en
général, nous ne citerons ici que le second titre de R. Fellmann) ; Ph. BRIDEL, Le programme
architectural du forum de Nyon (Colonia Julia Equestris) et les étapes de son développement, dans XIV
Congreso Internacional de Arqueologia Clásica / Congrès International d’Arqueologia Clàssica, Tarragone,
1993, p. 137-151 (très importante contribution sur les débuts de la colonie) ; ROSSI, Nyon, avec un
résumé de l’histoire nyonnaise aux pages 10-17. Il faut également mentionner la bibliographie
raisonnée de P. BONNARD, La ville romaine de Nyon. Cahiers d’archéologie romande 44, Noviodunum
I, Lausanne, 1988.
13. Ainsi déjà Th. MOMMSEN, Schweizer Nachstudien, Hermes 16, 1881, p. 485-486, n. 1. L’épithète
Iulia a été étudiée par B. GALSTERER-KRÖLL, Untersuchungen zu den Beinamen der Städte des
Imperium Romanum, Epigraphische Studien 9,1972, p. 44-145, en part. p. 65-70.
14. N. DÜRR et H. BÔGLI, Halbvictoriaten Julius Caesars. Ein Beitrag zum Gründungsdatum von
Nyon (Colonia julia Equestris), GNS 6, 21, 1956, p. 7-9 ; cf. également BÖGLI, Studien, p. 21 sq.
15. Μ. H. CRAWFORD, Roman Republican Coin Hoards, Londres, 1969, n o 482, p. 131 (44-27 av. J.-C.) ;
auparavant déjà KRAFT, Rolle, p. 182, n. 8, supposait des frappes irrégulières peu avant 29 av. J.-C.
Un bref renvoi est fait à ce trésor par C. MARTIN, Trésors et trouvailles monétaires racontent l’histoire
du Pays de Vaud, Bibliothèque Historique Vaudoise 50, Lausanne, 1973, p. 27-28. Cf. maintenant A.
GEISER, Un faussaire à Lausanne-Vidy ? À propos du trésor de « demi-victoriats républicains » et des
émissions permettant d’envisager la date de la fondation de Nyon, avec une étude métallographique de
B. Neal (sous presse).
16. B. GALSTERER-KRÖLL, op. cit. (n. 13), p. 68 ; cet avis est discuté mais rejeté par Ch. GOUDINEAU,
César et la Gaule, Paris, 1990, p. 235 et 351.
17. Seul E. MENSCHING, Vosegus und die Vogesen. Die Vogesen als geographischer Begriff in
römischer und frühmittelalterlicher Zeit, Pfälzer Heimat 1,1982, p. 7-19, exploite cette source. Cf.
en part. p. 11-12 sur la question des Vosges (l’auteur suppose que Lucain a utilisé un ouvrage
géographico-ethnologique).
18. LUCAIN, Bell. ciu. 1, 392 : Caesar ut acceptum tant prono milite bellum/fataque ferre uidet, ne quo
languore moretur / Fortunam, sparsas per Gallica rura cohortes / euocat et Romam motis petit undique
signis. Deseruere cauo tentoria fixa Lemanno / castraque quae Vosegi curuam super ardua ripam /
pugnaces pictis cohibebant Lingonas armis.
80

19. Cf. J. GASSNER, Kataloge im römischen Epos. Vergil – Ovid – Lucan, Diss. Munich, Augsburg, 1972,
p. 138-174 (non vidi) ; nous ne connaissons l’ouvrage que par le compte rendu de W. RUTZ, Gnomon
46, 1974, p. 470-475.
20. Ni F. Stahelin, ni D. van Berchem, ni R. Frei-Stolba, ni R. Fellmann, ni Ph. Bridel ne font
allusion à ce passage. Seul MÜLLER, Nyon, p. 183 (13) y fait un renvoi, tandis que KRAFT, Rolle, p. 182
et n. 7, cite incidemment le passage.
21. W. D. LEBEK, Lucans Pharsalia. Dichtungsstruktur und Zeitbezug, Hypomnemata 44, Göttingen,
1976, p. 42.
22. Ainsi MÜLLER, Nyon, p. 183 (13). Mais pour l’instant, on n’a retrouvé aucune trace d’une
occupation antérieure. Cf. également infra, à propos du toponyme Nouiodunum.
23. BÖGLI, Studien, p. 23-25, commente la relation entre Equestris et equites (adoptant la notion de
« chevaliers » au lieu de « cavaliers ») mais ne la retient pas.
24. B. ISAAC, Limits of Empire. The Roman Army in the East, Oxford, 1990, p. 315-317, est en général
très sceptique et relève – à juste titre, il faut l’avouer – qu’aucune source ne vient à l’appui de la
théorie du rôle défensif des colonies de Nyon et Augst.
25. Ainsi J. G. P. BEST, Colonia Iulia equestris und Legio decima equestris, Talanta 3, 1971, p. 3-10, suivi
par F. FISCHER, op. cit. (n. 7), p. 18. Pour la legio X Equestris cf. également P. CASTRÉN, About the Legio
X Equestris, Arctos 8, 1974, p. 5-7. Pour les vétérans installés à Augst, cf. infra, n. 152.
26. R. F.-S., Legio X Equestris, Talanta 10-11, 1978-79, p. 44-61. En l’absence d’attestation fiable,
nous restons sceptique.
27. A. D. RIZAKIS, Achaïe. II. La cité de Patras : épigraphie et histoire, Melètèmata 25, Athènes, 1998,
p. 24-28. À juste titre, l’auteur souligne qu’à Patras, il faut distinguer deux mouvements de
déduction distincts.
28. E. PELICHET, Contribution à l’étude de l’occupation du sol de la Colonia lulia Equestris, dans W. DRACK
(Éd.), Beiträge zur Kulturgeschichte. Festschrift Reinhold Bosch zu seinem sechzigsten Geburtstag, Aarau,
1947, p. 117-136. Hans Lieb relève à justre titre que nous ne savons pas si le toponyme renvoie au
premier colon ou au contraire à un propriétaire ultérieur.
29. Ainsi, par exemple, STÄHELIN, p. 102 ; F. VITTINGHOFF, Römische Kolonisation und
Bürgerrechtspolitik unter Caesar und Augustus, Wiesbaden, 1952, p. 69 ; KRAFT, Rolle, p. 190-192 ; VAN
BERCHEM, Routes, p. 52.
30. La colonie de Lugdunum (Lyon) a été créée par L. Munatius Plancus en 43 av. J.-C., cf. Ch.
GOUDINEAU, Aux origines de Lyon, Lyon, 1989, p. 24-27 et 35, et R.- CH., Intégration, p. 152.
31. Cf. infra, n. 147 et 151.
32. Cf. infra, n. 37-39.
33. On attend la publication complète de ces fouilles. Cf. pour l’instant S. AMSTAD, La céramique
gallo-romaine de Nyon, thèse de doctorat en préparation, anoncée dans J. MOREL et S. AMSTAD, Un
quartier romain de Nyon : de l’époque augustéenne au III e siècle. (Les fouilles de Bel-Air/Gare 9 – 1978-1982),
Cahiers d’archéologie romande 49, Noviodunum II, Lausanne, 1990, p. 111 et n. 198. P. HAUSER et F.
ROSSI, Urbanisme et habitat, dans ROSSI, Nyon, p. 18-19,
34. CIL XIII 11468, fragment de titulature impériale (se référant à Claude ou éventuellement à
Néron mais cette seconde possibilité est moins satisfaisante).
35. F.-S. et al., Inscriptions, en part. p. 189-196, cf. infra, n. 106.
36. C. MARTIN, Monnaies romaines trouvées à Nyon, RHV 66, 1958, p. 67-75. Mme Geiser, directrice
du Cabinet des Médailles de Lausanne, et nous-mêmes dirigeons actuellement des mémoires de
licence ayant pour sujet des monnaies trouvées à Nyon.
37. Ainsi STÄHELIN, p. 47, qui parle d’un oppidum celtique ; F.-S., ANRW, p. 343 ; D. PAUNIER, Histoire
de Nyon. Des origines au Ve siècle, dans Nyon. Hier – Aujourd’hui – Demain, Nyon, 1982, p. 13, suppose
que l’oppidum était érigé sur la petite colline où s’élève aujourd’hui le château (mais où il est
impossible de faire des fouilles, cf. infra, n. suivante).
81

38. ROSSI, Nyon, p. 12. À notre avis, il n’y a aucune raison impérieuse de postuler l’existence d’une
vieille ville pour expliquer Nouiodunum (« la nouvelle ville »).
39. Ainsi l’affirme Hans Lieb avec qui j’ai discuté des attestations de l’Antiquité tardive et de la
tradition médiévale et moderne.
40. Not. Gall. 9, 5 : ciuitas Equestrium [id est Noiodunus (-um)/ ; Vita S. Romani 13 : Quo in tempore duo
quidam iuuenes Nouidunensis municipii clerici…uagantes (F. MARTINE, Vie des pères du jura, introduction,
texte critique, lexique, traduction et notes, Paris, 1965). Hans Lieb nous a signalé que la date de la Vie
des Pères du Jura était controversée.
41. Cf. dans le même sens J. GASCOU, ILN Fréjus, p. 26-27. À Nyon, nous ne pouvons pas utiliser
l’attestation de la tribu pour définir les dimensions d’un territoire. Pour la spécificité de la tribu,
cf. infra, n. 69.
42. Cf. en dernier lieu G. WALSER, Zu den Römerstrassen in der Schweiz : die capita uiae, MusHelv
54, 1997, p. 53-61 ; ID., Bemerkungen zu den gallisch-germanischen Meilensteinen, ZPE 43,1981,
p. 385-402.
43. Cf. R. POUPARDIN, Le royaume de Bourgogne (888-1038), thèse, Paris, 1907, p. 268-271, et Th.
SCHIEFFER, Regum Burgundiae e stirpe Rudolfina diplomata et acta. Die Urkunden der burgundischen
Rudolfinger, Monumenta Germaniae Historica, Munich, 1977. La plus ancienne charte nommant le
pagus Equestricus date de l’an 926 (Anselmus, comes de pago Equestrico, dans ibid., n o 22, p. 123-125).
Nous laissons de côté la question très délicate de l’éventuelle existence, même brève, d’un évêché
à Nyon.
44. GINGINS, Équestres ; p. 73-95, il reconstitue le territoire de la colonie Équestre d’après les
toponymes indiqués dans les chartes.
45. Th. MOMMSEN, CIL XIII, pars II, p. 1, d’après MÜLLER, Nyon, p. 185-192. Mais J. J. Müller défendait
une thèse tout à fait particulière, selon laquelle il y avait deux uici différents à Genève, le uicus
situé sur la rive droite du Rhône étant inscrit dans le territoire de la colonie Équestre. J. J. Müller
s’est probablement inspiré de villes situées sur les deux rives du Rhin et portant le même nom,
comme Laufenburg (All.) et Laufenburg (Suisse).
46. Th. MOMMSEN, CIL XIII, pars II, p. 1 ; GINGINS, Équestres, p. 75 ; MÜLLER, Nyon, p. 187-189 ; STÀHELIN,
p. 95 ; ISchweiz, p. 235 ; F.-S., ANRW, p. 343 ; FELLMANN, Suisse, p. 16 ; Rossi, Nyon, p. 16 (carte).
47. Abbé CLAUDE DE VEYLE, Explication des antiquités romaines de Bresse, Bugey, Valromey et Gex, Bourg
en Bresse, 1720 (manuscrit). Le manuscrit a été utilisé et, de ce fait, porté à la connaissance d’un
public plus large par M.-C. GUIGUE, Topographie historique du département de l’Ain, Trévoux, 1873. Les
travaux plus anciens de l’érudit local A. SIRAND, Antiquités générales du département de l’Ain, Bourg,
1856, ainsi que ses notices publiées dans le Journal de l’Ain (vers 1858) ont échappé à Th.
Mommsen. O. Hirschfeld en prit connaissance, mais il a classé les inscriptions retrouvées dans le
Pays de Gex dans le Supplément du CIL XIII, p. 70, sous l’intitulé Sequani et Regio ad Iuram montent.
– Pour Claude de Veyle, cf. maintenant A. BUISSON , Claude de Veyle. Antiquités romaines de Bresse,
Bugey, Valromey et Gex, Bourg, 1985. Plusieurs informations relatives à ce sujet nous ont été
communiquées par Hans Lieb.
48. Nous-même n’en avions pas tenu compte au début de nos recherches sur Nyon. Hans Lieb a
beaucoup contribué à les retrouver. À l’opposé, A. BUISSON, L’Ain, Carte archéologique de la Gaule
01, Paris, 1990, p. 77, 80, les attribue aux Helvètes, tout comme GINGINS, Équestres, p. 54. Il faut dire
que l’inscription CIL XIII11551 (statio militum) provenant de Gex est un faux, cf. C. JULLIAN , Notes
gallo-romaines, RÉA 22,1920, p. 282.
49. CIL XIII 11553 et 11554, très fragmentaires et de lecture difficile. Les inscriptions sont
aujourd’hui perdues, selon des informations qui nous ont été transmises par Μ. A. Melo,
archéologue à Feigères-Peron, que nous remercions de son amabilité. CIL XIII11553 et 11554 sont
deux inscriptions distinctes, comme le prouve le dessin de C. de Veyle. Le fragment de Léaz, CIL
XIII11552, était probablement aussi une inscription funéraire.
82

50. CIL XII 5534 = ISchweiz 381 = RIS 319 = CIL XVII 135 : milliaire de Maxime le Thrace. CIL
XVII134 : milliaire d’Elagabal.
51. E. PELICHET, L’aqueduc romain de Nyon, Suisse Primitive 6,1942, p. 68-71 ; Suisse Primitive, 9,
1945, p. 76. Les vestiges ont été répérés récemment, cf. Revue Historique Vaudoise 100, 1992,
p. 173-255.
52. FAVROD, Burgonde, p. 114 ; GINGINS, Équestres, p. 54, postulait déjà une frontière plus à l’est, par
exemple sur la Morge ou la Venoge.
53. Lavigny : CIL XIII 9059 = ISchrweiz 386 = CIL XVII 127 (milliaire de Gordien III portant m. p. XII).
L’emplacement originel de ce milliaire a été longtemps débattu (STÄHELIN, p. 357, n. 5, et ISchweiz
386 pensent à un réemploi). F. MOTTAS, Les voies romaines en terre vaudoise, Route et trafic 68,
5,1982, p. 112-115, montre que le milliaire a été retrouvé in situ. Etoy : CIL XIII 9060 = CIL XVII 128
(milliaire d’Hadrien ou d’Antonin le Pieux portant m. p. X). Notons que ces milliaires notent la
distance en milles romains tandis que les milliaires nommant Avenches comme caput uiae
utilisent des lieues comme mesure de distance. St-Prex : CIL XIII 9061 = ISchweiz 387 = CIL XVII 126
(milliaire de Caracalla, sans m. p.). G. WALSER, op. cit. (n. 42), p. 53 et 55, semble adhérer à cette
thèse.
54. Ainsi FAVROD, Burgonde, p. 114.
55. CIL XIII 5032 ; ISchweiz 151, cf. A. LEIBUNDGUT, Die römischen Bronzen der Schweiz. III. Westschweiz,
Bern und Wallis, Berne-Mayence, 1980, n o 154 et tab. 152. CIL XIII 5001 (Caesia Vegeta) appartient
également au dossier de Nyon. Je dois cette information à C. Brélaz, Université de Lausanne.
56. Th. MOMMSEN, CIL XIII, pars II, p. 1.
57. J.-L. MAIER et Y. MOTTIER, Les fortifications antiques de Genève, Genava 24,1976, p. 239-257, avec
bibliographie.
58. Cf. D. WEIDMANN, La ville romaine de Nyon, AS 1, 1978, p. 75. Ph. BRIDEL, Les basiliques du
forum de Nyon (Colonia Iulia Equestris), Revue du Nord 71, 280, 1989, p. 59-65.
59. L’ancienne trouvaille de Nyon : CIL XIII 5014. Les fragments sont maintenant exposés au
Musée Romain de Nyon. Cf. V. REY-VODOZ, Un site, un musée, dans ROSSI, Nyon, p. 79 (photo).
60. VAN BERCHEM, Routes, p. 258-260.
61. On n’a pas encore analysé systématiquement les pierres trouvées à Genève afin d’identifier
leur provenance, mais il ne sera probablement jamais possible de trier avec certitude ce matériel
épigraphique.
62. Cf. Genavae 49-73.
63. Nous rangeons dans cette catégorie au moins quatre inscriptions : (a) l’inscription funéraire
de M. Carantius Macrinus, CIL XII 2602 = RIS 11, retrouvée en 1805 sur la vieille route de Pinchat ;
cf. maintenant M. A. SPEIDEL, Carrière militaire et solde : l’exemple de M. Carantius Macrinus. Notes sur
l’inscription CIL XII 2602, dans Arculiana, p. 371-380 — (b) l’inscription funéraire de D. Iulius
Modestinus, CIL XII 2626 = RIS 24, retrouvée également en 1805 sur la vieille route de Pinchat – (c)
CIL XII 2586 = RIS 4 – (d) G. ZOLLER, ASSPA 79,1996, p. 253 et Ch. BONNET, Genava 44, 1996, p. 31 (nous
reprendrons cette inscription dans AL 19 %) ; cette nouvelle trouvaille détermine la provenance
genevoise des deux inscriptions (c) et (d). À été également trouvée in situ l’inscription de Bernex,
cf. D. PAUNIER, Une inscription dédiée à la foudre trouvée à Bernex, Genava 21, 1973, p. 287-295, et
Genavae 88 ; Bemex se trouve dans la campagne genevoise et la pierre relevait sans doute de la
Gaule Narbonnaise.
64. Nous pensons à CIL XIII 5012 (D. Valerius Sisses) ainsi qu’à CIL XIII 5006 (L. Aurelius
Repertus) ; Aegidius Tschudi a vu et copié les deux inscriptions (la première en 1537), l’une sur la
porte de Versoix, l’autre près de la route qui mène de Versoix à Genève (cf. S. VÖGELIN, Wer hat
zuerst die römischen Inschriften in der Schweiz gesammelt und erklârt ?, jahrbuch für
Schweizerische Geschichte 11,1886, p. 82 ; 86). En 1590, après la conquête de Versoix par les
Genevois, elles furent transportées à Genève et encastrées l’une sous l’horloge du Molard, l’autre
83

dans une maison de la place du Molard ; aujourd’hui, elles sont conservées au Musée d’Art et
d’Histoire de Genève.
65. Genaua Aug(usta) : ISchweiz 90 = RIS 30 = Genavae 61 ; Genavae 30. Nous renonçons à énumérer
d’autres éléments assurés d’attribution telle, par exemple, la tribu Voltinia.
66. Cf. dernièrement LIERTZ, Kult, p. 24-29.
67. Cf. F.-S., ANRW, p. 343-344, mais nous n’avions pas encore vu les problèmes que posait la
constitution de cette colonie. Nous nous basons notamment ici sur le manuscrit du fascicule des
inscriptions de la Colonia Iulia Equestris, rédigé en 1993-1994 par J.-L. VEUTHEY, Lausanne. Cf.
également RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 209-211.
68. Selon TARPIN, Tigurins, p. 13, la colonie aurait été établie plutôt sur un territoire enlevé aux
Tigurins, cf. infra, n. 209.
69. CIL XII 2608 = ISchweiz 95 = RIS 16 ; CIL XII 2614 = ISchweiz 142 = RIS 18 ; CIL XIII 5003 = IScInveiz
145 = RIS 46 ; CIL XIII5010 = IScInveiz 140 = RIS 47 ; CIL XIII5013 = IScInveiz 141 ; AE 1978 567 = RIS
247 ; AE 1993 1215.
70. VAN BERCHEM, Routes, p. 52, suivi de ROSSI, Nyon, p. 13 ; F.-S., ANRW, p. 344, où nous avons cité à
titre comparatif (n. 204) des cas de l’Afrique du Nord, en soulignant que le phénomène n’avait pas
été étudié globalement. C. Brélaz, Lausanne, nous informe qu’on trouve plusieurs cas similaires
dans le dossier épigraphique de la colonie de Philippes.
71. On attend la publication de l’ouvrage de Y. VAN DER WIELEN sur le monnayage des Allobroges
qui contiendra un chapitre sur la répartition des familles nobles indigènes. Nous remercions Y.
van der Wielen de nous avoir fait parvenir son mémoire de licence, écrit sous la direction de D.
van Berchem qui traitait des Allobroges au début de l’empire, ainsi que les pages manuscrites de
son livre qui concernaient cette question. Cf. R. FREI-STOLBA, Une grande famille équestre originaire de
la colonie Équestre (Nyon) et de Genève (en préparation, titre provisoire).
72. F.-S. et al., Inscriptions, en part. p. 190 ; SPEIDEL, Interrex. Nous remercions vivement M. A.
Speidel de nous avoir autorisée à prendre connaissance de son article.
73. Les duumuiri bis : (1) C. Lucconius Tetricus (CIL XIII 5010 = ISchweiz 140 = RIS 47). — (2) Q.
Seuerius Marcianus (AE 1978 567 = RIS 247). – (3) C. Iulius Sedatus (CIL XIII 5009 = ISchweiz 139 = AE
1993 1215 adn., tribu Voltinia). — Les duumuiri simples : (4) L. Iul(ius) Brocchus Val(erius) Bassus,
de la tribu Voltinia et qui avait également été magistrat à Vienne (CIL XII 2602 et 2607 = ISchweiz 93
= RIS 13). — (5) C. Plinius Faustus (CIL XII 2614 = ISchweiz 142 = RIS 18). – (6) [---] Cantaber (CIL XIII
5013 = ISchweiz 141). – (7) [-I]ul(ius) D. f. (AE 1993 1215, fragment trouvé à Prangins). — (8) L.
Sergius Lustrostaius Domitinus (CIL XIII 5011 = IScinveiz 145 = RIS 46).
74. (1) Q. Seuerius Marcianus (AE 1978 567 = RIS 247), cf. infra, n. 75. — (2) C. Plinius Faustus (CIL
XII 2614 = ISchweiz 142 = RIS 18). – (3) CIL XIII 11553 : aedili ? – (4) CIL XIII 11554 : aedi[li]. Les deux
attestations sont très incertaines. — (5) L. Sergius Lustrostaius Domitinus (CIL XIII5011 = ISchweiz
145 = RIS 46).
75. F. MOTTAS, Un nouveau notable de la Colonie Équestre, AS 1,1978, p. 79-83, proposait d’insérer
le duumvirat quinquennal dans une lacune de l’inscription honorifique dédiée à Q. Seuerius
Marcianus (AE 1978 567 = RIS 247). C’est une solution envisageable ; toutefois, nous avons opté –
comme G. Walser et les éditeurs de l’Année épigraphique – pour la restitution Ilui[r(o) bis fla]m(ini)
Au[g(usti)] qui correspond davantage à la longueur de la lacune.
76. C. Lucconius Tetricus (CIL XIII 5010 = ISchweiz 140 = RIS 47). Pour l’inscription de Q. Seuerius
Marcianus, cf. supra, n. 74-75.
77. Avant que Ton ne retrouve la plaque en l’honneur de Q. Seuerius Marcianus, les auteurs ont
tout naturellement suivi les exemples écrits en toutes lettres qui provenaient de Gaule
Narbonnaise, des Trois Gaules et des Germanies (Béziers : CIL XII 4320 ; Narbonne : CIL XII 4417 et
AE 1982 694 = CIL XII 4371-4372 ; Avenches : CIL XIII 11486, un fragment). Ils ont ainsi complété pro
(duo)uir[o].
84

78. J. GASCOU, La « praefectura iure dicundo » dans les cités de l’Afrique romaine, dans L’Afrique dans
l’Occident romain. Ier siècle av. J.-C. -IVe siècle ap. J.-C., Coll. Éc. franç. de Rome 134, Rome, 1990,
p. 367-380. ID., Magistratures et sacerdoces municipaux dans les cités de Gaule Narbonnaise, dans Actes
du Xe congrès international d’épigraphie grecque et latine. Nîmes, 4-9 octobre 1992, Paris, 1997,
p. 77-140, en part. p. 79, 85 et 136. Je remercie vivement M.-Th. Raepsaet-Charlier d’avoir attiré
mon attention sur ces pages. Pour l’Italie du Nord, cf. M. S. BASSIGNANO, I « praefecti iure dicundo »
nell’ltalia settentrionale, dans Epigrafia. Actes du colloque en mémoire de Attilio Degrassi. Rome 27-28 mai
1988, Coll. Éc. franç. de Rome 143, Rome, 1991, p. 515-537 (= AE 1991 320 adn). Sur les exemples
d’une interprétation plus facile, de préfets substituant l’empereur ou un membre de la famille
impériale élu comme duumuir, cf. G. MENNELLA, Sui prefetti degli imperatori e dei cesari nelle
città dell’Italie e delle province, Epigraphica, 50,1988, p. 65-85. En ce qui concerne la Lex Petronia
très discutée, nous ne voulons pas approfondir ce problème ici, et nous nous bornons à renvoyer
à l’article de F. SARTORI, La legge petronia sui prefetti municipali e l’interpretazione del Borghesi, dans
Bartolomeo Borghesi. Scienza e libertà, Bologne, 1982, p. 211-222. Voir aussi M. H. CRAWFORD, How to
create a municipium, dans M. AUSTIN, J. HARRIES et C. SMITH (Éd.), Modus operandi. Essays in Honour of
G. Rickman, Londres, 1998, p. 31-46, spéc. p. 37-38. Je dois cette référence à mon collaborateur
Cédric Brélaz, Lausanne.
79. Lex Salpensana, ch. 25 = Lex Irnitana, ch. 25 ; Lex Salpensana, ch. 24 = Lex Irnitana, ch. 24.
80. Ainsi J. GASCOU, Praefectura, op. cit. (n. 78), p. 373.
81. Cf. J. GASCOU, Praefectura, op. cit. (n. 78), p. 374-375.
82. Selon J. Gascou, la préfecture temporaire n’a pas constitué l’équivalent d’un duumvirat ; ainsi,
il est exclu qu’un duumuir bis ait pu n’occuper qu’une seule seule fois le duumvirat tandis que le
bis représentait la préfecture. Contra le commentaire ajouté à l’inscription de Q. Seuerius
Marcianus, AE 1978 567.
83. GASCOU, Magistratures, p. 79 (Narbonne), p. 85 (Béziers).
84. Nous avons repris le dossier des inscriptions inédites de Philippes. Selon Cédric Brélaz, qui
travaille sur les magistrats municipaux de Philippes, la fonction de praefectus pro duouiro n’y est
pas attestée ; en revanche, on trouve des irénarques. Dans d’autres colonies romaines de Grèce et
d’Orient (Antioche, Corinthe), la charge de praefectus est attestée, mais sous la forme de praefectus
i(ure) d(icundo). Le dossier des praefecti mérite d’être repris.
85. Le duumuir qui voulait s’absenter lorsque son collègue était déjà au loin nommait un
remplaçant, le praefectus pro duouiro. Lorsque le premier duumuir était de retour, le préfet quittait
sa fonction ; cf. supra, n. 79.
86. Cf. supra, n. 76. Dans le présent chapitre, nous nous appuyons beaucoup sur le mémoire de
licence de J.-L. VEUTHEY, Nyon et son praefectus arcendo latrocinio à la lumière des colonies de
vétérans césaro-augustéennes de la Gaule Narbonnaise, mars 1993, manuscrit disponible à la
Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, ainsi que sur l’article du même auteur : J.-L.
VEUTHEY, Préfet. Nous ne renverrons par la suite qu’à l’article publié.
87. On ne sait pas comment développer les abréviations ; faut-il lire praefec[t(us)l arcend(is) latroc
[in(iis)] ? arcend(o) latroc[in(io)] ? Ou même arcend(orum) latroc[in(iorum)] ?
88. CIL XIII 6211 : M. Pannonius Solu[tus praef(ectus)] / latr(ociniis) ar[c(endis)] praef(ectus) Binlgi(i)
ripae Rheni ?]/…
89. Nous ne retenons que quelques titres de l’abondante bibliographie consacrée à ce sujet :
MÜLLER, Nyon, p. 194 (« Polizeichef zur Unterdrückung des Brigantenwesens », I er s. ap. J.-C.) ; E.
MEYER, ISchweiz, p. 230 et STÄHELIN, p. 92 n. 4, mettent l’accent sur les cols du Jura, zone sauvage et
dangereuse ; G. WALSER, RIS 47, admet toutes les possibilités. L. FLAMZUCKERMANN, À propos d’une
inscription de Suisse (CIL XIII 5010) : étude du phénomène du brigandage dans l’Empire romain,
Latomus 29,1970, p. 451-473, étudie de manière systématique le phénomène des latrones et des
troubles endémiques secouant l’Empire romain.
85

90. Ni KRAFT, Rolle, ni nous-même (R. F.-S., Colonia Iulia Equestris. Staatsrechtliche Betrachtungen
zum Gründungsdatum, Historia 23,1974, p. 439-462 ; F.-S., ANRW), n’avons abordé le problème de
cette préfecture.
91. D. VAN BERCHEM, Nyon et son praefectus arcendis latrociniis, dans Routes, p. 47-54, en part, p. 48.
92. VAN BERCHEM, Routes, p. 49, renvoyant à des études antérieures de A. Alföldy.
93. D. PAUNIER, op. cit. (n. 37), p. 17 ; P. BONNARD YERSIN, Ph. BRIDEL, F. MOTTAS, D. PAUNIER et D.
WEIDMANN, Nyon, la ville et le musée romains, Guides archéologiques de la Suisse 25, Nyon, 1989,
p. 30-31 ; FELLMANN, Suisse, p. 56-57 et n. 76, p. 62 et n. 86, est plus nuancé car il a déjà pris
connaissance de l’inscription trouvée à Bois l’Abbé. Nous étions plus sceptique, cf. F.-S. & MARTH,
Florilegium, p. 70, no 31.
94. Cf. M. MANGARD, L’inscription dédicatoire du théâtre de Bois l’Abbé à Eu (SeineMaritime),
Gallia 40,1982, p. 35-51 (= AE 1982 716). Sur cette inscription et les problèmes qu’elle pose, voir
aussi infra, M. DONDIN-PAYRE, p. 185, 188, 190.
95. VEUTHEY, Préfet, p. 73-75.
96. SHA, Marc. Aur. 22, 10 : Res etiam in Sequanis turbatas censura et auctoritate repressit. Cf.
notamment FELLMANN, Suisse, p. 58-62 ; VEUTHEY, Préfet, p. 81.
97. J.-L. Veuthey complète dans les deux inscriptions de Nyon latroc[in(io) arcend(o), tandis que le
TLL, X/2, 1985, col. 630, 1. 2-4, envisage la résolution latroc[in(iorum) arcend(orum), une résolution
soutenue également par E. Grzybek, Université de Genève, lors de la discussion qui suivit la
présentation du mémoire de J.-L. Veuthey.
98. Ainsi VEUTHEY, Préfet, p. 81, qui plaide en général pour une charge impériale en se basant sur
l’exemple du praefectus fabrum.
99. O. HIRSCHFELD, Kleine Schriften, p. 609-610, suivi par GASCOU, Magistratures, p. 131 et n. 309. De
même H. DESSAU, ILS, Index, vol. III, p. 693 (sous la rubrique « XI. Res municipalis ») et W. ENSSLIN,
RE, XXII, 1954, col. 1257-1347, s.v. praefectus, en part. col. 1330, ont opté pour une charge
municipale.
100. Cf. supra, n. 96.
101. Ainsi déjà VAN BERCHEM, Routes, p. 219-220 ; L. FLAM-ZUCKERMANN, op. cit. (n. 89), p. 455 ;
FELLMANN, Suisse, p. 58-62 ; VEUTHEY, Préfet, p. 80-81.
102. Le principe d’une constitution immuable, en l’occurrence la constitution césarienne de
Nyon, représentait l’argument fondamental du discours de VAN BERCHEM, Routes, p. 48. Pour les
prêtrises, cf. infra, n. 123,125-126.
103. Cf. en part. L. FLAM-ZUCKERMANN, op. cit. (n. 89), p. 455 et n. 5, renvoie à la Porte Noire de
Besançon « qui commémorait la répression de la révolte par Marc-Aurèle » ; une hypothèse
reprise par VEUTHEY, Préfet, p. 82.
104. C. JULLIAN, Notes gallo-romaines 73 : aux cols du Jura. La Faucille et Saint-Cergues, RÉA
21,1919, p. 210-215. Nous sommes plutôt sceptique à l’idée d’établir un lien entre ce préfet et la
surveillance des cols du Jura (cf. à ce propos VAN BERCHEM, Routes, p. 47-48), et par conséquent,
nous tendrions plutôt à voir dans le praefectus arcendis latrociniis un préposé à la surveillance des
routes et du port de Nyon, comme cela a été proposé par E. Grzybek.
105. F.-S. et al., Inscriptions ; cf. supra, n. 35.
106. P(ublio) Annio Teret(ina) Montano / optioni et quaestori equit(um) / interregi leg(ionis) XXI
decurioni / col(oniae) Eq(uestris) / Annia Sabina flaminica Augustae / patri.
107. Cf. pour ces charges de sous-officier, SPEIDEL, Interrex.
108. F.-S. et al., Inscriptions, p. 192-193.
109. Le texte aurait été gravé en deux temps : la pierre n’aurait porté d’abord que les charges
militaires, y compris la mention de la legio XXI gravée au centre d’une ligne ; auraient ensuite été
ajoutés les postes municipaux, à savoir interregi et decurioni, postes qu’il faudrait relier à la
mention de la col(oniae) Eq(uestris). Fr. Bérard a proposé cette interprétation lors du Colloque de
86

Lyon sur l’histoire des légions, 17-20 septembre 1998 ; W. Eck a soutenu, oralement, la même
idée. Nous adoptons volontiers la nouvelle explication qu’il faudrait peut-être approfondir.
110. SPEIDEL, Interrex, renvoie au cas parallèle d’une inscription provenant de Boldog (Slovaquie)
que nous avons mal lue. Il s’agit de T. KOLNIK, Q. Atilius Primus – Interprex Centurio und
Negotiator. Eine bedeutende Grabinschrift aus dem 1. Jh. u.Z. im quadischen Limes-Vorland, Acta
ArchAcScientHung 30, 1978, p. 61-75 = AE 1978 635 (présentant la lecture : interprex/leg(ionis) XV) ;
la lecture a été ensuite corrigée par R. HOŠEK, Tituli latini Pannoniae Superioris annis 1967-1982 in
Slovacia reperti, Prague, 1985, p. 78-84, n o 35 = AE 1988 938 (une correction qui nous a échappé).
Contrairement à l’opinion de Μ. A. Speidel, nous pensons que l’agrandissement, p. 82, semble
montrer une tentative de correction de la part du graveur.
111. L. GASPERINI, Vecchie e nuove epigrafi romane di Gaeta, dans Formianum. Atti del Convegno di Studi
sull’antico territorio di Formia. II. 1994, Marina di Minturno, 1995, p. 11-24, en part. p. 16-19 = AE
1995 279 et nous remercions Hans Lieb de nous avoir signalé cette nouvelle interprétation.
112. L. GASPERINI, op. cit., p. 19. Th. Mommsen proposait déjà une interprétation très proche, cf. CIL
X 6094 et CIL X 6071. M. GUSSO, Sul pressunto interrex del collegiurn incertum di CIL X 6071,
Prometheus 17, 1991, p. 155-172, avance une autre hypothèse (l’ interrex serait une traduction
littéraire de la charge d’antarchon).
113. Cf. SPEIDEL, Interrex, qui souligne qu’il y avait d’autres soldats de la XXI e légion recrutés en
Gaule Narbonnaise et qui plaide en conséquence pour Arles comme lieu d’origine de P. Annius
Montanus. À juste titre, il établit un lien plus étroit entre optio et quaestor equitum en ce sens que
P. Annius Montanus a d’abord été optio de la cavalerie légionnaire, après avoir débuté comme
miles, puis comme cavalier.
114. Cf. en premier lieu A. MAGDELAIN, Auspicia ad patres redeunt, dans Hommage à J. Bayet, Coll.
Latomus 70,1964, p. 427-473 (= ID., Jus, Imperium, Auctoritas. Études de droit romain, Coll. Éc. fr. de
Rome 133, Rome, 1990, p. 341-383) et T. MOMMSEN, Römisches Staatsrecht, vol. 1, Leipzig, 1887 3,
p. 647 sq.
115. Bénévent : CIL IX 1635 = ILS 6492 = CIL I 2 1729, cf. add. tert. p. 1030 ; on place l’inscription
avant ou après la guerre sociale. — Formia : CIL X 6101 = ILS 6285, l’inscription date du début de
l’époque impériale, cf. en outre supra, n. 112 — Fundi : CIL X 6232 = ILS 6279 (époque julio-
claudienne ?). — Pour Pompéi, cf. P. CASTRÉN, Ordo populusque Pompeianus, Rome, 1975, p. 51,
p. 270-272.
116. Narbonne : CIL XII 4389 = ILS 6966 : T. Cominius C.f. Po[l(lina)] / duouir, aedilis,/ interrex. Cf. M.
GAYRAUD, Narbonne antique des origines à la fin du III e siècle, Paris, 1981, p. 330-347, en part,
p. 336-337 ; GASCOU, Magistratures, p. 77 et n. 6 : seconde moitié du I er s. av. J.-C. — Nîmes : CIL XII
3138 = ILS 6975 : C. Annius C.f. Cor(nelia)/interrex uouit,/posuit. L’inscription date, selon O.
HLRSCHFELD, CIL, ad loc., du début du I er s. ap. J.-C. On notera que le magistrat n’est pas originaire
de Nîmes, cette ville ayant été inscrite dans la tribu Voltinia. — Sur ces colonies, leur statut et leur
chronologie, on verra M. CHRISTOL, supra, p. 3-22 (avec la bibliographie). Pour le droit latin
provincial – formule que nous empruntons volontiers à A. Chastagnol et P. Le Roux, cf.
CHASTAGNOL, Cités Narbonnaise, p. 116-117, et LE ROUX , Question.
117. AE 1982 511 : Gn(aeo) Seruilio Gn(aei) f(ilio) / Gal(eria) Nigro, IIuir(o) / interregi. Cf. aussi J.
GONZALEZ, Tabula Siarensis, Fortunales Siarenses et municipia civium Romanorum, ZPE 55, 1984,
p. 55-100, en part. p. 85.
118. Lex col. Gen. Urs. 130,1. 50.
119. Th. MOMMSEN, op. cit. (n. 114), p. 650, n. 1. Mommsen renvoie aux fastes de Venouse (CIL IX
422 = ILS 6123).
120. Dans l’article F.-S. et al., Inscriptions, nous suivions encore Mommsen qui supposait que le
remplacement de l’interrex par un praefectus se faisait conformément à la lex Petronia (ainsi
également J. GASCOU, Praefectura, op. cit. (n. 78), p. 367 sq.). Depuis lors, nous avons pris
87

connaissance de deux articles qui apportent des corrections à ladite hypothèse : M. S. BASSIGNANO,
op. cit. (n. 78), l’auteur démontre les particularités des préfets de certaines villes de l’Italie du
Nord ; F. SARTORI, op. cit. (n. 78), p. 211-222. L’auteur prouve que la lex Petronia date probablement
des années 50 à 60 ap. J.-C. et n’était valable que pour la région osco-latine.
121. Dans l’article F.-S. et al., Inscriptions, nous n’avons pas suffisamment tenu compte de la
chronologie relative, l’inscription de P. Annius Montanus précédant les praefecti pro duouiris Q.
Seuerius Marcianus et C. Lucconius Tetricus, cf. supra, n. 76, qui datent de la fin du II e s.
122. Lex col. Cen. Urs. 66. Pour les prêtrises, cf. l’analyse de LIERTZ, Kult, p. 24-32.
123. (1) C. Lucconius Tetricus, cf. supra, n. 76. — (2) Q. Seuerius Marcianus, supra, n. 75. — (3) C.
Iulius Sedatus, cf. supra, n. 73. — (4) C. Plinius Faustus, cf. supra n. 74. — (5) L. Iul(ius) P. f.
Brocchus Val(erius) Bassus, de la tribu Voltinia, mais qui dit clairement qu’il était dans la colonie
Équestre IIuir et flamen (scil. Augusti), — (6) et le nouveau fragment [---I]ulius D. f., cf. AE 1993 1215
où la prêtrise est partiellement restituée. — On pourrait ajouter à cette liste L. Sergius
Lustrostaius Domitinus qui se dit omnibus honoribus in colonia Equestri et in colonia Viennensium
functus, cf. supra, n. 74. Nous ne voulons pas entrer dans la discussion d’un autre cas possible de
flatnen Aug(usti), attesté par un fragment (CIL XII 2605 = ISchweiz 96), cf. LLERTZ, Kult, p. 27.
124. T. lul(ius) C ≥ f. Post[---]us (H. LIEB, Fine mensa ponderaria in Nyon, dans Arculiana, p. 325-331
= AE 1995 1133). – D. Valerius Asiatici libert(us) Sisses (CIL XIII 5012 = ISchweiz 144 = RIS 41). — La
liste des sévirs (CIL XII 2617 = ISchweiz 101 = RIS 20). J.-L. Veuthey suppose à juste titre que cette
liste, loin de représenter une simple énumération des sévirs en charge, constituait la dédicace
d’un grand monument disparu depuis. MÜLLER, Nyon, p. 197 et n. 84, ainsi que VAN BERCHEM, Routes,
p. 258 et n. 1, avaient déjà émis l’hypothèse que l’inscription provenait de Nyon.
125. Pour les flaminicae Augustae, cf. F.-S. et al., Inscriptions, p. 193 ; A. BIELMAN et R. FREL- STOLBA,
Les flaminiques du culte impérial : contribution au rôle de la femme sous l’Empire romain, Études
de lettres (Revue de l’Université de Lausanne) 2,1994, p. 113-126 ; W. SPICKERMANN, Priesterinnen im
römischen Gallien, Germanien und in den Alpenprovinzen (1.-3. Jahrhundert n. Chr.), Historia 43,
1994, p. 189-240, en part. p. 219-221.
126. Iulia Pusinna (CIL XIII 5002 = ISchweiz 143). L’autel, aujourd’hui perdu, a été découvert dans
les ruines du château de Vincy (VD). — Annia Sabina, cf. supra, n. 106.
127. ILGN 366 = ISchweiz 100 = RIS 33 : [Labi]ena C. f. [—]montica, pour qui son père, [C. La]bien(us)
Bassus, a érigé un monument honorifique sur un emplacement public accordé par décret des
décurions. — ILGN 367 = RIS 34 : épitaphe de [—] Quintilla. — CIL XII 2616 : [— Se]xti fili(a) [—]bina.
Cette flaminique ne peut être Annia Sabina, citée plus haut, puisque les prénoms paternels
diffèrent.
128. P. Annius Montanus, cf. supra, n. 106. — Q. Seuerius Marcianus, cf. supra, n. 75. — C. Antistius
Crescens (CIL XIII 5005). — Aurelius Crispus (CIL XIII 3684), cf. A. ABRAMENKO, Ein weiterer Dekurio
der Colonia Equestris. Zur Titulatur des rômischen Ritters Aurelius Crispus, ZPE 99, 1993,
p. 214-216 = AE 1993 1311. Dans F.-S. et al., Inscriptions, p. 191, nous avons discuté la signification
de la mention du décurionat.
129. Cf. la remarquable synthèse dirigée par K. KOB, Ouf of Rome ; en outre, BERGER, Führer, et pour
la publication des fouilles annuelles cf. la revue Jahresberichte in Augst und Kaiseraugst (JAK) ainsi
que la série de monographies Forschungen in Augst.
130. M. PETER, Augusta Raurica I et II (Augst 1949-1972). Inventaire des trouvailles monétaires en Suisses 3
et 4, Lausanne, 1996. Augst est le seul site antique de Suisse à avoir vu ses trouvailles monétaires
répertoriées de façon exhaustive. À Nyon, les recherches numismatiques sont en cours et, à
Avenches, l’important travail de Franz E. Koenig sur les trouvailles monétaires du site n’est
malheureusement pas publié.
131. Testimonien. Nous remercions vivement P.-A. Schwarz de nous avoir généreusement
communiqué le manuscrit de cette importante publication (cf. également infra n. 136). En outre,
88

la grande entreprise qu’est la nouvelle édition mise à jour du Dictionnaire Historique Suisse
consultable pour le moment par voie électronique (http://www.dhs.ch) stimule également les
investigations scientifiques et entraîne la révision de beaucoup d’idées reçues ; cf. infra, n. 184.
132. Cf. F.-S., ANRW, p. 345-350 ; on consultera également STÂHELIN, p. 30-32, 48-51, 95-103, qui
reste d’une grande valeur.
133. LIEB, Zweiten Colonia = AE 1974 435.
134. Pour l’état de la recherche en 1976, cf. F.-S., ANRW, p. 345-347.
135. Cf. BEDON, Propositions, qui discute les propositions antérieures.
136. Le groupe formé par Bettina Janietz, P.-A. Schwarz, L. Berger et alii a présenté ses premiers
résultats scientifiques en mars 1994, lors d’un colloque épigraphique. Les résultats seront inclus
dans la publication de P.-A. SCHWARZ et L. BERGER, op. cit. (n. 131). En attendant la publication, nous
renvoyons à BERGER, Führer, p. 12, et à E. DESCHLER-ERB, dans Out of Rome, p. 46-47, qui présentent de
nouvelles tentatives de restitution du texte des deux inscriptions. Hans Lieb avait déjà repéré à
l’époque ces traces qu’il expliquait comme des coups portés aux bronzes au moment de leur
découverte (information orale).
137. Pour L. Munatius Plancus, cf. PIR2 M 728.
138. La date de la mort de L. Munatius Plancus n’est pas connue ; sa dernière activité publique fut
la censure, exercée avec Paullus Aemilius Lepidus en 22 av. J.-C., mais on peut peut-être placer sa
mort entre 20 et 10 av. J.-C., cf. G. WALSER, Der Briefwechsel des L. Munatius Plancus mit Cicero, Bâle,
1957, p. 21 sq. et nos remarques qui apportent quelques nuances. Nous pensons avec G. Walser
que l’inscription a été rédigée après 15 av. J.-C., mais qu’elle trahit par le choix des mots (ex Gallia
ou ex Raetis) une sorte de rivalité entre Munatius Plancus et l’empereur, cf. F.-S., Rater, p. 21 n.
123. Pour le monument funéraire, cf. R. FELLMANN, Das Grab des Lucius Munatius Plancus bei Gaëta,
Bâle, 1957.
139. CIL X 6087 = ILS 886 : L. Munatius L. f(ilius) L. n(epos) L. pron(epos) / Plancus co(n)s(ul) imp(erator)
iter(um) (septem)uir / epulon(um) triump(hauit) ex Raetis, aedem Saturni / fecit de manibis, agros diuisit
in Italia / Beneuenti, in Gallia colonias deduxit / Lugudunum et Rauricam.
140. G. WALSER, op. cit. (n. 138), p. 18.
141. M. MARTIN, …in Gallia colonias deduxit Lugudunum et Rauricam, Jahresberichte Römerhaus und
Museum Augst 1971, p. 3-15, suivi par H. BÖGLI, ibid., p. 15, n. 42. À une certaine époque, nous avons
nous-même été séduite par cette hypothèse, cf. F.-S., ANRW, p. 346-347.
142. E. DESCHLER-ERB, Geschichte zweier Provinzstddte, dans Out of Rome, p. 45 ; cf. FURGER, Entwicklung.
143. Cf. R.- CH., Intégration, p. 152, qui renvoie à A. DESBAT, Établissements romains ou précocement
romanisés de Gaule tempérée, dans A. DUVAL et al. (Éd.), Gaule interne et Gaule méditerranéenne aux II e
et Ier siècles avant J.-C. : confrontations chronologiques, RAN Supplément 21, Paris, 1990, p. 243-254.
144. Déjà BÖGLI, Studien, p. 20-21 ; F.-S., ANRW, p. 346 ; FELLMANN, Suisse, p. 364, n. 13 ; ID., Germania
superior, en part. p. 291 sq.
145. Pour la situation géographique générale, cf. L. BERGER, Die Gründung der Colonia Raurica und die
Bedeutung der Mittelland-Hauenstein-Strasse, dans Provincialia. Festschrift für Rudolf Laur-Belart, Bâle,
1968, p. 15-24 ; l’auteur souligne l’importance de cette ligne de communication mais ne distingue
pas suffisamment la situation césarienne de la situation augustéenne. Cf. maintenant la critique
formulée par FELLMANN, Germania superior, p. 293.
146. LIEB, Bodenseeraum, en part. p. 144. En ce qui concerne le plan de César, cf. déjà VAN BERCHEM,
Routes, p. 52, qui a émis des doutes.
147. LIEB, Bodenseeraum, p. 144 ; son idée est suivie par F.-S., Rater, p. 16,21, n. 123 et 124.
148. Fastes triomphaux : CIL I 2 p. 50 = Inscrit XIII/1, p. 87. Pour le texte de l’inscription funéraire,
cf. supra, n. 139. Mais nous ne croyons pas que les Romains ne connaissaient pas le nom des
Rhètes (contra, G. WALSER, op. cit. (n. 138), p. 21 sq.). La guerre a eu lieu dans une zone
89

intermédiaire, Pline l’Ancien connaît même l’expression in Raetia Galliae (Hist. nat. 18, 172), cf. F.-
S., Räter, p. 21 n. 125.
149. Les forteresses se trouvent à Voremwald (Filzbach), à Strahlegg et au Biberlikopf, cf. F.
SCHÖN, op. cit. (n. 11), p. 39-43, et en dernier lieu FELLMANN, Suisse, p. 20.
150. STRAB., Géogr. 4, 6, 8, p. 206 C.
151. Nous reprenons donc l’hypothèse de LIEB, Bodenseeraum, p. 144, et de VAN BERCHEM, Routes,
p. 52, qui ont inversé l’ordre des événements : l’incursion des Rhètes et la victoire de L. Munatius
Plancus ont précédé la fondation de la colonie. L. Munatius Plancus aurait imité César et la
fondation de la colonie d’Augst, loin d’avoir été préméditée ou ordonnée par César, aurait bien
plutôt constitué une réponse à une situation factuelle nouvelle. Le site de la nouvelle colonie ne
pouvait d’ailleurs avoir été sélectionné à l’avance par César puisqu’il n’est en rien lié à la
situation politique prévalant lors de la guerre des Gaules. La fondation de la colonie de Lugdunum,
née également d’une situation spécifique, offre à cet égard un parallèle instructif, cf. R.- CH.,
Intégration, p. 152, qui renvoie à Ch. GOUDINEAU, Note sur la fondation de Lyon, Gallia 44,1986,
p. 171-173.
152. B. H. ISAAC, Colonia Munatia Triumphalis and Legio Nona Triumphalis ?, Talanta 3, 1971,
p. 9-43. L’auteur propose dans cette perspective (p. 29) d’ajouter les épithètes Munatia et
Triumphalis. En passant, nous voudrions attirer l’attention sur l’inscription connue par tradition
manuscrite seulement, dédiée à une certaine Prisca Iulia, cf. N-L 105 et LIEB, Zweiten Colonia, p. 423.
Si cette inscription provenait vraiment d’Augst, elle daterait de l’époque augusto-tibérienne.
153. Cf. BEDON, Propositions, p. 109,114 ; cf. déjà dans le même sens LIEB, Zweiten Colonia, p. 422.
154. WLLMANNS, Doppelurkunde, p. 93, n. 310, se montre plutôt sceptique vis-à-vis de la restitution
Munatia, proposée déjà par BÖGLI, Studien, p. 19, et par B. H. ISAAC, op. cit. (n. 152), p. 29. R. Bedon,
qui ne connaissait pas encore les nouvelles données sur les fragments de bronze, suggère dans
Propositions, p. 115, les restitutions Co/pia et Felix. L. Berger et P.-A. Schwarz retiennent pour le
moment Felix et Munatia comme épithètes supplémentaires de la colonie d’Augst (cf. infra, n. 161).
Nous ne considérons pas ici la discussion centrée autour de l’élément I≥[ulia] proposé par les
rédacteurs de l’AE 1974 435.
155. Les nouvelles dimensions supposées des plaques de bronze seront publiées dans le volume
consacré aux documents d’Augst (cf. supra, n. 131). Faut-il supposer que la ligne martelée
contenait une épithète abandonnée lors de la refondation de la colonie ? L. Berger propose d’y
restituer Munatia Felix mais lors du colloque épigraphique d’Augst, en mars 1994, ces propositions
n’ont pas remporté une approbation unanime (cf. les restitutions proposées, infra, n. 161).
156. FELLMANN, Cermania superior, p. 291-293 (et ID., Suisse, p. 364, n. 13) ; l’auteur s’appuie sur
PLINE, Hist. nat. 4, 17, 106, et suit la tradition manuscrite, souvent considérée comme une faute de
copiste : Sequani, Raurici, Helueti, coloniae Equestris et Raurica. Nous nous sommes montrée prudente
sur la signification du mot Raurica, cf. F.-S. & MARTH, Florilegium, p. 66-69. Hans Lieb met en
évidence le nom d’Atuatuca qui présente également une forme adjectivée et est en même temps
un toponyme. Le problème reste ouvert. Toutefois, le site d’Augst n’a livré – pour l’instant –
aucun signe d’habitat indigène rauraque alors que les archéologues ont repéré des traces
d’essartage par brûlis, cf. FURGER, Entwicklung, p. 87 et ID., dans Out of Rome, p. 85.
157. LIEB, Zweiten Colonia, p. 418 = AE 1974 435, repris par F.-S., ANRW, p. 345-346 ; VAN BERCHEM,
Routes, p. 142 ; FELLMANN, Suisse, p. 27.
158. AE 1974 435 : Iulia Co/pia. WLLMANNS, Doppelurkunde, p. 93, n. 310, relève l’étrangeté de la
coupure I[ulia Co]/p[ia] dans cette inscription à l’alignement régulier. Elle propose en
conséquence P[aterna] / P[ia], La même proposition a été faite par M. MARTIN, Römermuseum und
Römerhaus Augst, Augst, 1981, p. 31 (1987 2, p. 31), suivi par F.-S. & MARTH, Florilegium, p. 66-69.
BEDON, Propositions, p. 113-115, refuse Paterna et met en doute Pia, lui préférant Co/pia.
90

159. Cf. les dessins donnés par BERGER, Führer, p. 12, et E. DESCHLER-ERB, dans Out of Rome, p. 46-47 ;
pour le texte, cf. infra, n. 161.
160. LIEB, Zweiten Colonia, p. 421. À l’heure actuelle, l’auteur confirme oralement ses hypothèses.
161. BERGER, Führer, p. 12 ; Out of Rome, p. 46-47 : (a) L. Octa[uio L.f. ] / nuncu[patori] colonia P[aterna]
/ [[Munatia Felix]] / [Apollinaris / Augusta Emerita / Raurica / publice]. — (b) [Imp(eratori) Caesari / diui
Iuli f. / Augusto / conditori / colonia Paterna / [[Munatia Félix]] / [Apolli]naris / [Augusta E]merita /
]Raur]ica / [publ]ice.
162. Le mot et la fonction de nuncupator nous sont inconnus. Le mot est attesté deux fois : outre
ici, cf. APUL., Fl. 15. L’homme officiait probablement en tant que prêtre lors de la cérémonie de
fondation, cf. LIEB, Zweiten Colonia, p. 420.
163. La fourchette chronologique obtenue pour les objets analysés serait de 20-15 av. J.-C., cf.
FURGER, Entwicklung, p. 87, et ID., dans Out of Rome, p. 85. Les premiers édifices en bois suivaient
déjà le plan orthogonal de la colonie.
164. P.-A. SCHWARZ, JAK 12, 1991, p. 181-184 ; M. A. SPEIDEL, Goldene Lettem in Augst. Zu zwei
frühen Zeugnissen der Kaiserverehrung und des goldenen Zeitalters in der colonia Augusta
Raurica, ZPE 95,1993, p. 179-189 = AE 1993 1220.
165. Le troisième fragment n’est qu’un mince ruban portant une seule haste verticale,
interprétée par H. Lieb comme l’initiale de P[ia]. Le groupe de chercheurs d’Augst complète
maintenant (à tort selon Hans Lieb) M[unatia Felix].
166. LIEB, Zweiten Colonia, p. 422 sq. ; F.-S. & MARTH, Florilegium, p. 67 ; BEDON, Propositions, p. 109.
167. En compagnie de Hans Lieb, nous avons discuté de la terminologie de ce peuple (Rauraci et
Raurici) lors de l’Assemblée générale de l’ARS (Association pour l’archéologie romaine en Suisse),
les 6 et 7 nov. 1998, à Bâle : le premier témoignage du mot Rauracus se rencontre désormais dans
le diplôme militaire AE 1995 1183, datant du 30 oct. 139 ap. J.-C. et provenant de Pfôrring. Le
dernier document daté présentant la forme Rauricus est CIL XVI 50, daté du 13 mai 105 ap. J.-C.
Naturellement, nous ne voulons pas proposer une date précise pour ce changement. Il ne faut pas
non plus oublier dans ce contexte le problème des manuscrits du Bellum Gallicum de César : les
manuscrits contiennent la forme Rauraci, reflétant ainsi un remaniement du texte au Bas Empire.
168. Cf. F.-S., ANRW, p. 301. STRAB., Géogr. 4, 3, 2, p. 192-193 ; 4, p. 193 C ; également CAES., Bell. Gall.
4, 10, 3.
169. CAES., Bell. Gall. 1, 5,4, sans indication géographique.
170. CAES., Bell. Gall. 1,28, 3 : Heluetios, Tulingos, Latobrigos in fines suos, unde erant profecti, reverti
iussit. H. Fuchs, par exemple, restitue pourtant dans son édition (Editiones Helveticae, Frauenfeld,
1944, 1952, 1955) le nom du peuple concerné.
171. Cf. F.-S., ANRW, p. 301-302 et les notes 34 et 35. La question des sites primitfs des Rauriques
n’est pas résolue, cf. en dernier lieu R. ASSKAMP, Das südliche Oberrheingebiet in friihromischer Zeit,
Stuttgart, 1989, p. 114, n. 587 et p. 115-116 ; FELLMANN, Germania superior, p. 291. Beaucoup de
certitudes sont aujourd’hui remises en question : ainsi, le site de Bâle/Gasfabrik est plus ancien
qu’on ne le pensait (cf. contra l’état de la recherche dans les années 1970, F.-S., ANRW, p. 302), et il
faut joindre au débat la nouvelle chronologie et la nouvelle typologie des monnaies celtiques,
établies par A. BURKHARDT, W. B. STERN et G. HELMIG, Keltische Münzen aus Basel. Numismatische und
metallanalytische Untersuchungen, Bâle, 1994 ; cf. le résumé p. 14-16 et le c.r. établi par A. GEISER,
RNS 75, 1998, p. 253-262. Le site de Bâle/Gasfabrik est antérieur à la guerre des Gaules, mais était-
il habité par les Rauriques ? (cf. FELLMANN, Germania superior, p. 291).
172. Cf. A. FURGER-GUNTI, Die Ausgrabungen im Basler Münster. I. Die spätkeltische und augusteische Zeit,
Basler Beitrâge zur Ur- und Frühgeschichte 6, Derendingen, 1979 ; FELLMANN, Suisse, p. 20.
173. PLIN., Hist. nat. 4, 17, 106, cf. supra, n. 156 : l’auteur mentionne les deux entités, les Raurici et la
colonia…Raurica. PTOL., Géogr. 2, 9,9. Pour la cohors I Sequanorum et Rauricorum equitata, cf. les
inscriptions énumérées par ISchweiz 481.
91

174. WILMANNS, Doppelurkunde, p. 94 et n. 315. Aujourd’hui, on connaît deux diplômes militaires,


cf. supra, n. 167. Il faut y ajouter Dannicus, eq(u)es alae Indian(ae), CIL VII 66 = IShweiz 478.
175. Colijnsplaat : J. E. BOGAERS et P. STUART, Augusta Raurica und die Dea Nehalennia, JAK 1,1980,
p. 49-58 (= AE 1980 658), et l’on note que les auteurs interprètent ces termes de la même manière
que nous. — Fragment de bronze : F.-S., Rechtstexte auf Bronzefragmenten aus Augst, Avenches und
Genf, dans Festschrift H. Lieb, p. 217-229 (= AE 1995 1144).
176. R. FELLMANN, Die Helvetier entlang des Rhem-Stromes, deren Städte Ganodurum und Forum Tiberii,
dans Festschrift H. Lieb, p. 205-209, et aussi ID., Germania superior, p. 293-296. L’auteur s’appuie sur
les recherches de Patrick Biellmann.
177. Not. Gall. 9, 4. La date de la Notitia Galliarum est controversée : J. HARRIES, Church and State in
the Notitia Galliarum, JRS 68, 1978, p. 26-43, date le document des années 383-388 ; FAVROD,
Burgonde, p. 69, adopte une fourchette un peu plus large (entre 367 et 398 ou 407) ; de même, H.
Lieb préfère une datation vers 400.
178. Nous nous rallions ainsi à l’opinion de WLLMANNS, Doppelurkunde, p. 95. La mention du
castrum Rauracense (Not. Gall. 9, 9) est un ajout qui remonte au VI e s. (ainsi J. HARRIES, op. cit., p. 35
sq.).
179. LIEB, Zweiten Colonia, p. 423 et n. 55, suivi par F.-S., ANRW, p. 349. PLIN., Hist. nat. 4,17, 106 (cf.
supra, n. 156). PTOL., Géogr. 2, 9, 9. Itin. Ant. Wess. 353, 3 (Augusta Rauracum) et Tab. Peut. 3,4-5
(Augusta Ruracum).
180. Les frontières territoriales font l’objet de discussions chez TH. BURCKHARDT-BLEDERMANN, Die
Kolonie Augusta Raurica, ihre Verfassung und ihr Territorium, Bâle, 1910, ouvrage souvent cité ;
STÀHELIN, p. 103 est – à raison – assez critique envers les théories de Th. Burckhardt-Biedermann ;
cf. F.-S., ANRW, p. 302 et n. 38. Outre les frontières diocésanes, on a également essayé de recourir
à d’anciens toponymes pour repérer des frontières antiques. Ce procédé est encore plus délicat
que le premier, la signification des toponymes considérés étant souvent obscure. Cf. nos réserves
quant à l’utilisation du nom de fleuve Orch (anc. Rorch, Rorich, Rorach) qui désignerait la
frontière des Rauriques, F.-S., ANRW, p. 302, n. 38.
181. Cf. E. GILOMEN-SCHENKEL et al., Bas-Empire et Haut Moyen Âge (des origines au VIII e siècle), dans L.
VISCHER, L. SCHENKER, R. DELLSPERGER, O. FATIO (Éd.), Histoire du christianisme en Suisse. Une perspective
œcuménique, Genève-Fribourg, 1995, p. 28-31. Nous remercions vivement de ses suggestions et
renseignements E. Gilomen-Schenkel avec qui nous avons eu le plaisir de rédiger la partie
susmentionnée de cet ouvrage ; également, EAD., Schweizer Bischöfe und Àbte un frülien
Karolingerreich. Der Gebetsbund von Attigny 762, dans L’histoire de l’Église et l’histoire générale en Suisse.
Itinera 4, Bâle, 1986, p. 24-33.
182. La présentation de l’histoire de l’évêché de Bâle par A. BRUCKNER et al., dans Helvetia Sacra 1,
1, Bâle-Berne, 1972, p. 127-130, ne met peut-être pas assez en évidence les lacunes de la
documentation.
183. Selon l’opinion courante, l’Augstgau représenterait l’ancien territoire de la colonie, p. ex.,
cf. STÄHELIN, p. 102-103. H. Lieb est plus sceptique.
184. Nous nous basons sur le lemme « Augstgau » du Dictionnaire Historique Suisse (cf. supra, n.
131), rédigé par R GAMPER et sur des indications dispensées par H. Lieb. Selon la charte (
Monumenta Germaniae historica, Diplomata Henrici III, 77), Henri III donna à l’évêché de Bâle
quendam nostre proprietatis comitatum Augusta uocatum on pagis Ougestgouue et Sisgouue situm (« le
comté d’Augst situé dans le Augstgau et le Sisgau ») ; cf. également H. HOFFMANN, Grafschaften in
Bischofshand, Deutsches Archiv fiir Erforschung des Mittelalters 46,1990, p. 375-480, en part,
p. 383-384, et pour les comtés, M. BORGOLTE, Geschichte der Grafschaften Alemanniens in fränkischer
Zeit. Vorträge und Forschungen, Sonderband 31, Sigmaringen, 1984, p. 212-218 ; ID., Die Grafen
Alemanniens in merowingischer und karolingischer Zeit. Eine Prosopographie, Sigmaringen, 1986, p. 91
sq.
92

185. Un problème se pose : l’Augstgau, comme plus tard le Buchsgau, s’étendait jusqu’à l’Aar et
englobait par exemple le castellum Olten qui, dans l’Antiquité, faisait partie du territoire des
Helvètes (cf. la carte et l’explication de W. LEIMGRUBER, Die Karten des Bistums Basel, dans Helvetia
Sacra 1,1, p. 316-354, et les cartes ajoutées au volume I de l’ouvrage précité). Force est donc
d’admettre quelques retouches.
186. Nous nous appuyons sur les cartes accompagnant l’ouvrage Helvetia Sacra 1,1 (cf. supra, n.
182), ainsi que sur l’entrée « Bâle (diocèse) » du Dictionnaire Historique Suisse (cf. supra, n. 131).
187. Seul FELLMANN, Germania superior, p. 296 sq., s’est demandé, par exemple, si le uicus de Bâle
appartenait à la colonie d’Augst ou s’il relevait au contraire de la ciuitas péregrine des Rauriques
(pour Bâle, cf. R. FELLMANN, Basel in römischer Zeit, Bâle, 1955, et L. BERGER, Archäologischer Rundgang
durch Basel, Bâle, 1981). L’emplacement des trouvailles épigraphiques modernes – Bâle ou Augst
respectivement – ne nous renseigne en rien puisqu’un nombre indéterminé d’inscriptions
d’Augst a été transporté à Bâle. Personne n’a remis en cause l’appartenance de Bâle à la colonie
d’Augst car l’influence de Bâle, devenue le centre de l’humanisme en Suisse, était trop forte. Pour
accréditer cette idée, les autorités de Bâle ont fait ériger au XVI e s. un splendide monument à L.
Munatius Plancus, exposé aujourd’hui dans la cour de la Mairie.
188. L’existence à Augst d’inscriptions funéraires mentionnant des pérégrins n’a pas été toujours
reconnue. Ainsi G. WALSER, RIS 217 (= CIL XIII 5282 = IShweiz 357) considère Blandus dans
l’inscription Blandus Vin/dalucon(is f.) hic s(itus) e(st) / fili pro pietate posier(unt) comme un esclave,
ce qui ne correspond pas à la formule onomastique usuelle. En fait, Blandus était un pérégrin,
parmi d’autres, attestés avec certitude : CIL XIII 5278 = ISchweiz 353 = RIS 213, CIL XIII 5281 =
ISchweiz 356 = RIS 216, CIL XIII 5282 = ISchweiz 357 = RIS 217, CIL XIII 5287 = ISchweiz 360 = RIS 220,
CIL XIII 5292 = ISdnueiz 361 = RIS 223, CIL XIII 5313 = ISchweiz 365, CIL XIII 5295 = ISchweiz 366, cf.
pour l’histoire de cette inscription perdue F.-S., Die Überlieferungsgeschichte des Grabsteines des
Tetto (ICH 298 = CIL XIII 5295), dans Testimonien (sous presse, cf. supra, n. 131).
189. Cf. mes remarques concernant les Helvètes, F.-S., Helvetier, p. 182-183. Mais – cf. la situation
similaire relative à Genève et Nyon – il est très difficile d’attribuer à un site antique les pierres
retrouvées en réemploi à Bâle puisque leur provenance est inconnue. Ainsi, le dossier
épigraphique ne peut être exploité complètement.
190. ISchweiz, p. 305-306 ; RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 215 ; F.-S., ANRW, p. 348 et n. 220. Il faut
toutefois ajouter une précision : l’inscription CIL XIII 11546 témoignerait d’un duouir selon Th.
BURCKHARDT-BIEDERMANN, op. cit. (n. 180), p. 5 ; ISchweiz 342, et RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 215 ;
contra, maintenant R. HAENSCH , Senatoren und Ritter in Inschriften aus Augusta Raurica, dans
Testimonien, qui conclut que les fragments conservés appartiennent à un cursus sénatorial.
191. (a) CIL XIII 5272 = ISchweiz 343 = RIS 210. – (b) CIL XIII 5273 = ISdnueiz 342. G. WALSER, RIS, ne
mentionne pas l’inscription mais elle n’est pas perdue, cf. J. EWALD, Paläo- und epigraphische
Untersuchungen an den römischen Steininschriften der Schweiz. Antiqua 3, Bâle, 1974, p. 144.
192. CIL XIII 5260 = ISchweiz 344 = RIS 205.
193. Cf. supra, n. 192. L’onomastique trahit son origine indigène et romanisée.
194. Cf. supra, n. 175.
195. (a) CIL XIII 5283 = RIS 218. – (b) AE 1991 1264.
196. G. WALSER, RIS 218, voulait y voir le fragment d’une inscription monumentale, R. FELLMANN,
JAK 7, 1987, p. 319-321, a considéré ces pierres comme des blocs délimitant des places funéraires.
197. Ainsi déjà dans notre commentaire commun dans AE 1991 1264, et maintenant H. LIEB, CIL 13,
5283 und AE 1991, 1264, dans Testimonien. On peut également envisager d’autres développements
ayant la même signification.
198. On peut ainsi les rapprocher de CIL XIV 457 (Ostie) : P(ublicum) c(oloniae) O(stiensis). Dans la
publication mentionnée supra, H. Lieb donnera la liste complète des parallèles.
93

199. Parmi la bibliographie publiée après le résumé de F.-S., ANRW, p. 384-403, il faut noter les
contributions suivantes : VAN BERCHEM, Routes, p. 123-150 ; p. 155-164 (l’auteur a changé d’avis et
considère dans sa dernière publication Avenches comme une colonie latine). CHASTAGNOL, Coloni,
p. 137-141 (l’auteur considère Avenches comme une colonie romaine). LE ROUX, Question (l’auteur
considère Avenches comme une colonie latine, mais il présente sous un jour nouveau le droit
latin) ; ID., Rome et le droit latin, RHDF 76, 1998, p. 315-341. Il faut compléter les analyses de P. Le
Roux concernant Avenches par KRIER, Treverer, p. 67-70 et FELLMANN, Suisse, p. 51 sq.
200. Les opinions des auteurs modernes divergent sur la nature de cette guerre, cf. n. 277.
201. La date de la fondation a été restituée par P. FREI, Das römische Aventicum bei Fredegar,
MusHelv 26,1969, p. 101-112, en part. p. 104. Peut-être est-ce un hasard (mais nous ne le croyons
pas) : la première attestation de la nouvelle colonie, une inscription datant probablement de la
fin des années 70-80 ap. J.-C., ne contient pas l’épithète Foederata (CIL XIII 5094 = ISchweiz 199 = RIS
87, cf. la relecture de cette inscription par F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 61-63, cf. infra, n. 232).
En revanche, l’inscription dédiée à un sénateur anonyme et datant de l’époque de Trajan (CIL XIII
5089 = ISchweiz 198 = RIS 82, cf. aussi AE 1992 1270) contient la titulature complète.
202. Cf. supra, VAN BERCHEM, Routes, p. 123-150 ; p. 155-164. Nous avons défendu dans ANRW,
p. 393-397, l’hypothèse selon laquelle Aventicum était une colonie romaine.
203. VAN BERCHEM, Routes, p. 141-150 ; p. 155-164. LE ROUX, Question, p. 183-200, et ID., op. cit. (n.
199), p. 315-341. Nous ne citons que ces deux contributions de P. Le Roux. Dans les notes, l’auteur
renvoie à d’autres de ses analyses qui forment ainsi une contribution originale et capitale à
l’étude du droit latin sous l’Empire romain.
204. Les études épigraphiques seront citées à leur endroit spécifique ; cf. en outre, W. VAN
ANDRINGA, Cultes publics et statut juridique de la cité des Helvètes, dans C. M. TERNES et P. F. BURKE jr
(Éd.), Roman Religion in Gallia Belgica & the Germaniae (= Bull. Ant. lux. 22, 1993), Luxembourg, 1994,
p. 169-194 ; LLERTZ, Kult, p. 33-48.
205. Tigurins : CAES., Bell. Gall. 1, 12, 3-4 et 7. – Verbigènes : CAES., Bell. Gall. 1, 27, 4 (la tribu fut
anéantie).
206. Les pagi sont mentionnés dans l’inscription dédiée à C. Valerius Camillus : CIL XIII 5010 =
ISchweiz 194 = RIS 95 (…qua pagatim qua publiée…). Le pagus Tigurinus : CIL XIII 5076 = ISchweiz 195 =
RIS 76. L’inscription a été copiée par Aegidius Tschudi au XVI e s. déjà, à Villarsles-Moines où elle
se trouvait en réemploi au Prieuré ; or, les inscriptions réutilisées au Prieuré de Villars-les-
Moines provenaient d’Avenches. M. Bossert prépare actuellement un corpus des pièces
architecturales et des inscriptions repérées à Villars-les-Moines. Pour l’activité épigraphique de
Tschudi, cf. F.-S., Früheste epigraphische Forschungen in Avenches. Zu den Abschriften des 16.
Jh., Revue Suisse d’Histoire 42, 1992, p. 227-246.
207. TARPIN, Tigurins, p. 11-20. VAN BERCHEM, Routes, p. 62-65 : les Camilli auraient contrôlé le col de
Jougne, dans le Jura (cf. également l’inscription dédiée à C. Valerius Camillus et érigée en son
honneur par les Éduens et les Helvètes, supra, n. 206).
208. F.-S., ANRW, p. 295-300, où nous mettions déjà en évidence le fait que les frontières n’étaient
pas déterminées avec certitude, cf. p. 402 avec les n. 397-399.
209. TARPIN, Tigurins, p. 13, se demande si les terres n’avaient pas été confisquées aux seuls
Tigurins.
210. Nous devons ces remarques aux suggestions formulées par l’archéologue J. Rychener lors de
notre travail commun sur l’époque romaine dans le canton de Zurich, cf. F.-S., J. E. SCHNEIDER, A.
ZÜRCHER et J. RYCHENER, Römische Zeit, dans Geschichte des Kantons Zürich. I. Frühzeit bis
Spätmittelalter, Zurich, 1995, p. 78-108, en part. p. 101-102, et maintenant J. RYCHENER, Die
Nordostschweiz, dans 60 BC-15 AD. D’Orgetorix à Tibère, Lausanne, 1995, p. 95-99.
211. Cf. FELLMANN, Suisse, p. 19-24, pour les détails que nous ne reprenons pas ici. Il s’agit de
postes militaires installés dans le cadre de la campagne des Alpes en 15 av. J.-C. à
94

BâleMünsterhügel et à Zurich-Lindenhof auxquels s’ajoutent les trois tours de guet dressées le


long du Walensee ; sont concernés ensuite des postes militaires qu’il faut mettre en relation avec
la campagne contre les Germains dès 12 av. J.-C., à savoir les stations militaires de Zurzach, de
Windisch et d’Oberwinterhur ; pour Zurich-Lindenhof cf. J. E. SCHNEIDER, op. cit., p. 88-93 ; pour le
uicus d’Oberwinterthur, connu pour ses vestiges en bois, cf. A. ZÜRCHER, ibid., p. 94-100 (avec
bibliographie).
212. Cf. M. HARTMANN, Vindonissa. Oppidum – Legionslager – Castrum, Windisch, 1986. Une mise à
jour sur les débuts du camp légionnaire sera publiée dans JGPV, 1998, où seront réunies les
conférences tenues lors du jubilé de l’association Pro Vindonissa en 1997.
213. Cf. F.-S., ANRW, p. 366-377 (ce sont des passages qu’il faudrait mettre à jour) ; F. BÉRARD,
Territorium legionis : camps militaires et agglomérations civiles au premier siècle de l’empire,
CCG 3, 1992, p. 75-105 ; ID., Vikani, kanabenses, consistentes. Remarques sur l’organisation des
agglomérations militaires romaines, dans A. CALBI et al. (Éd.), L’epigrafia del villaggio, Bologne, 1993,
p. 61-90 ; A. SUCEVEANU, À propos d’une nouvelle contribution concernant l’organisation villageoise dans
l’Empire romain, dans V. H. BAUMANN (Éd.), La politique édilitaire dans l’Empire romain, IIème –
IVème siècles. Actes du IIIe colloque roumano-suisse, Tulcea, 8-15 octobre 1995, Tulcea, 1998, p. 11-23 ;
pour Vindonissa, cf. également M. A. SPEIDEL, Die Hilfstruppen des Windischer Heeresverbandes.
Zur Besatzungsgeschichte von Vindonissa im 1. Jh. n. Chr., JGPV, 1991, p. 3-33, en part. p. 24 sq.
214. A. SIEGFRIED, Die Eisenzeit, dans Geschichte des Kantons Zurich (op. cit. n. 210), p. 75 ; J. RYCHENER,
Rômische Zeit, dans ibid., p. 102-103.
215. CIL XIII 10027, 204 ; ISchweiz 448 : Aquis Hel(ueticis) Gemellianus fecit. H. Lieb souligne avec
raison que la forme du toponyme Hel. développé en Helueticae n’est pas tout à fait assurée ; on
pourrait également PENSER à Heluetiorum. Les protège-étuis ont été étudiés par L. BERGER, W.
EPPRECHT et W.B. STERN, Die Thekenbeschlage des Gemellianus von Aquae Helveticae und verwandte
Beschlage, dans Handel und Handwerk im römischen Baden, Baden, 1983, p. 13-42 ; ID.,
Thekenbeschläge aus Aventicum, dans Arculiana, p. 123-138.
216. CIL XIII 9076 = ISchweiz 393 = CIL XVII 594 et CIL XIII 9075 = ISchweiz 392 = RIS 322 = CIL XVII
595.
217. STRAB., Géogr. 7, 1, 5, p. 292 C dit clairement que « les rives du lac de Constance… étaient
tenues par les Helvètes et les Vindéliciens ». Tasgetium- Eschenz était situé en Rhétie, cf. la
dédicace pro salute du gouverneur de la Rhétie (CIL XIII 5255 ; ISchweiz 371) établie probablement
par un bénéficiaire, ainsi H. LIEB, Die rômischen Inschriften von Stein am Rhein und Eschenz,
dans M. HÖNEISEN (Éd.), Frühgeschichte der Region Stein am Rhein, Antiqua 26, Bâle, 1993, p. 158-162
(= AE 1993 1227). On rencontre dans cette région un village du nom de Ad Fines, un nom artificiel,
qui marquait la frontière entre les milliaires comptant en lieues gauloises et ceux comptant en
milles, cf. ISchweiz, p. 112.
218. H. WOLFF, Kriterien für latinische und römische Städte in Gallien und Germanien und die
‘Verfassung’ der gallischen Stammesgemeinden, B] 176,1976, p. 111, n. 197 ; ID., Die regionale
Gliederung Galliens im Rahmen der römischen Reichspolitik, dans G. GOTTLIEB, Raumordnung im
Römischen Reich. Kolloquium a. d. Univ. Augsburg anl. der 2000-]ahr-Feier der Stadt Augsburg 28./29. Okt.
1985, Munich, 1989, p. 7 ; discuté par WILMANNS, Doppelurkunde, p. 93, n. 306 ; H. Lieb est plutôt
sceptique.
219. À nos yeux, il subsiste une foule de problèmes non résolus comme de savoir, p. ex. si
l’appellation « Forum » donnée au chef-lieu d’une cité entraînait un changement de statut et si
oui, lequel. E. RUOFF-VÄÄNÄNEN, Studies on the Italian Fora, Historia ES 32, Wiesbaden, 1978, a étudié
les fora républicains italiques. En Valais, Claude a donné à Octodurus le nom de Forum Claudii et a
octroyé le droit latin aux Octodurenses ( PLIN., Hist. nat. 3, 135), cf. F.-S., ANRW, p. 378-384, en part.
p. 383 et n. 320. Cf. maintenant F. WIBLÉ, dans Vallis Poenina. Dos Wallis in römischer Zeit.
Ausstellungskatalog. Walliser Kantonsmuseen, Sitten, 1998, p. 37.
95

220. CIL XIII 5169-5189 ; ISchweiz 246-253 ; RIS 126-141. Il faut enlever du corpus des inscriptions
de Soleure la dédicace aux Lares Augusti, CIL XIII 5173 = ISchweiz 248, une inscription connue
uniquement par tradition manuscrite qui résulte probablement d’une attribution erronée, cf. F.-
S., Helvetier, p. 179 et n. 77, et maintenant, sans connaître nos réflexions, LIERTZ, Kult, p. 119 sq.
Pour le uicus de Soleure, cf. B. SCHUBIGER, Die Kunstdenkmaler des Kantons Solothurn. I. Die Stadt
Solothurn 1, Bâle, 1994, p. 51-56, p. 65, et H. SPYCHER, Solothurn in römischer Zeit. Fin Bericht zum
Forschungsstand, dans Solothurn. Beiträge zur Entwicklung der Stadt im Mittelalter. Kolloquium vom
13./14. November 1987 in Solothurn, Zurich, 1990, p. 11-32. Les attestations épigraphiques du uicus de
Baden (cf. supra, n. 215) sont plus maigres ; on ne peut en retenir que l’inscription témoignant de
la largesse de L. Annusius Magianus (CIL XIII 5233 = ISchweiz 258 = RIS 187).
221. ISchweiz 159 = N-L 23 = RIS 50, qui remonte au début du I er s. si l’on se fie à la formule pro
salute Caesarum. Nous tenons l’affranchi Aptus pour un commerçant italique installé à Lousonna.
Datent probablement également du Ier siècle : ISchweiz 160 = N-L 27 = RIS 53 ; ISchweiz 157 = N-L 25
(lecture améliorée). Pour le uicus de Lousonna, cf. N. PICHARD SARDET, S. BERTI et C. MAY CASTELLA,
Lousonna, la ville gallo-romaine et le musée. Guides archéologiques de la Suisse 27, Lausanne, 1993, et
S. BERTI, Nouvelles recherches sur le vicus de Lousonna, dans F.-S. et H. E. HERZIG (Éd.), La politique
édilitaire dans les provinces de l’Empire romain, IIème – IVème siècles après J.-C. Actes du II e colloque
roumano-suisse, Berne, 12-19 septembre 1993, Berne, 1995, p. 249-256 (bibl.).
222. TARPIN, Tigurins, p. 13. Par la suite, les Helvètes ont bel et bien participé au concilium gaulois
comme le prouve la fameuse inscription dédiée à Q. Otacilius Pollinus, cf. F.-S., Q. Otacilius Pollinus,
Inquisitor III Galliarum, dans A/te Geschichte und Wissenschaftsgeschichte. Festschrift fur Karl Christ
zum 65. Geburtstag, Darmstadt, 1988, p. 186-201, et St. OELSCHIG, Methode und Geschichte : Variationen
zur Inschrift CIL XIII 11480, dans Arculiana, p. 47-60.
223. STRAB., Géogr. 4, 1, 1, p. 177 C, et F.-S., ANRW, p. 364 et n. 263. Cf. en outre Ch. GOUDINEAU, Les
provinces de Gaule : problèmes d’histoire et de géographie, dans M.-M. MACTOUX et E. GENY (Éd.),
Mélanges Pierre Lévêque. 5, Paris, 1990, p. 161-176 ; TARPIN, Tigurins, p. 13-15.
224. PLIN., Hist. nat. 4, 31, 105-106. Cf. F.-S., ANRW, p. 365.
225. Nous ne reprenons plus la discussion sur l’attribution de la cité des Helvètes sous le Haut
Empire, nous contentant de renvoyer à F.-S., ANRW, p. 365. Les provinces de Germanie inférieure
et de Germanie supérieure ont été constituées après 83, en 84 ou plutôt en 85 ap. J.-C., cf. R.-CH.,
Intégration, p. 163.
226. Cf. brièvement FELLMANN, Suisse, p. 27, avec les illustrations correspondantes ; D. CASTELLA
(Éd.), Aux portes d’Aventicum : dix ans d’archéologie autoroutière à Avenches, Documents du Musée
romain d’Avenches 4, Avenches, 1998.
227. A. HOCHULI-GYSEL qui prépare cette étude, a tenu une conférence intitulée « Aventicum vor
der Koloniegründung (71/72 n. Chr.) » à l’assemblée générale de l’association Pro Vindonissa (le
17 oct. 1997).
228. M. BOSSERT et M. FUCHS, De l’ancien sur le forum d’Avenches, BPA 31,1989, p. 12-105 ; la
contribution est accompagnée d’une préface de D. TUOR-CLERC, À la recherche du forum (avec des
tableaux relatant les étapes de la recherche), Ibid., p. 3-11.
229. Ibid., p. 38.
230. H. LIEB, Forum Tiberii, BPA 31,1989, p. 107-108 ; cf. déjà VAN BERCHEM, Routes, p. 16 et 17, n. 63.
Contra (mais les découvertes archéologiques évoquées par l’auteur gardent toute leur valeur) H.
SCHWAB, Forum Tiberii : Überlegungen und Beobachtungen zum Standort einer Helvetierstadt,
Archäologisches Korrespondenzblatt 26,1996, p. 189-199.
231. Cf. VAN BERCHEM, Routes, p. 141-150, p. 155-164 ; ID., Notes (= AE 1994 1289). F.-S., Helvetier, cf.
en part, tableau I. Le même tableau, mis à jour, se trouve dans les articles cités à la note suivante.
232. F.-S., Claude et les Helvètes I, p. 264-266 ; F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 63-67. Nous avons
proposé une nouvelle lecture et une nouvelle interprétation de deux inscriptions quasiment
96

identiques, à savoir (1) CIL XIII 5094 = RIS 87 et (2) CIL XIII 5093 = ISchweiz 199 = RIS 86. Nous lisons
(1) : [C(aio)] Iul(io) C(aii) f(ilio) Fab(ia) Camillo / sac(erdoti) Aug(usti) mag(istro) trib(uno) mil(itum) / [l]eg
(ionis) IIII Maced(onicae) hast(a) pura / [e]t corona aurea donato / [a] Ti(berio) Claudio Caesare Aug(usto)
/ IGJer(manico) ab eo euocatus / [i]n Britannia militasset / [c]ol(onia) Pia Flauia Constans Emerita
Heluetior(um) / ex d(ecreto) d(ecurionum).
233. Cf. supra, n. 232.
234. On peut pas trancher définitivement entre les deux solutions car l’inscription indique le
poste ou plutôt, comme on le verra, les deux postes assumés au sein de la ciuitas sans tenir
compte de l’ordre chronologique, cf. F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 64.
235. Cf. VAN BERCHEM, Routes, p. 151-154. CIL XIII 11478 = ISchweiz 197 = RIS 105. La plaque brisée en
plusieurs fragments est aujourd’hui fortement restaurée : D(ecimus) Iul(ius) C(ai) f(ilius) Fa[b(ia)] /
Consors sac(erdos) Augustal(is) mag(ister) / cur(ator) c(iuium) R(omanorum) conuen(tus) Hel(uetici) ex uis
[u].
236. Pour les tribus, cf. infra, n. 264.
237. PEKÁRY, Inschriften, p. 40-45 et tab. 1, 2a et 2b = AE 1967 326 (cf. aussi ID., Ausgewählte kleine
Schriften, dans H. J. DREXHAGE (Éd.), St. Katharinen, 1994, p. 79-101). St. Oelschig qui travaille
actuellement sur les fragments d’Avenches a révisé cette reconstitution en rejetant la nouvelle
interprétation défendue ici, cf. OELSCHIG, Wege, part. p. 171 et ill. 5 : […]idio [L. ? f.] Quir(ina) / Flauo
magistro [sa]cr[orum / aug]us[t(alium) cu]ratori ciuium R(omanorum) sacerd[oti) p[erp]e[tuo] / ciuitas
Hel(uetionim). L’auteur propose de compléter le gentilice par Aufidius d’après les dénombrements
de Nomenclator, p. 353-354. Toutefois, cette restitution semble assez hypothétique.
238. Nous avons encore suivi la lecture traditionnelle dans Musée Romain, n o 1. R. ÉTIENNE, Un
complexe monumental du culte impérial à Avenches, BPA 29, 1985, p. 5-26, en part. p. 16, était
déjà sceptique à propos de cette restitution. LIERTZ, Kult, p. 35, relève à juste titre que la tribu
Quirina pose des problèmes.
239. CIL XIII 5123, fragment trouvé en 1710 au château de Chamblon près d’Yverdon ; nous
devons cette information à l’amabilité de M. Ph. Bridel. Selon la tradition manuscrite, le
fragment se lit :------]agm[--- / sac Au[g---] / matro[---/ ---] alc+---/---]zu[-----. Th. Mommsen a
corrigé à la ligne 1 l’ordre des lettres en lisant [m]ag, c’est pourquoi cette inscription s’est glissée
à tort dans la liste des attestations de la formule, cf. F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 63, qu’il faut
corriger. Cf. maintenant LIERTZ, Kult, p. 36.
240. Th. MOMMSEN a lu à l’époque sac(erdos) Aug(usti) mag(ni), cf. CIL XIII 5093 et 5094 ; ou [m]ag
(nae) sac(erdoti) Aulgustae], cf. supra, n. 239. H. DESSAU a proposé dans les Addenda à ILS 2697 de lire
dans l’inscription CIL XIII 11478 sac(erdos) Augustal(ium) mag(ister). Cette lecture a été adoptée par
les éditeurs du CIL XIII 11478 adn. et elle est ensuite entrée dans les ouvrages seins être remise en
question.
241. F.-S., ANRW, p. 387 ; EAD., Claude et les Helvètes I, p. 259-261. Nous avons corrigé la lecture dans
F.-S., Claude et les Helvètes II. Contra, en dernier lieu OELSCHIG, Wege, p. 167 et p. 172. L’auteur fait
remarquer à juste titre que les trois abréviations se trouvent liées les unes aux autres, ce qui
plaiderait pour une seule prêtrise. Le fragment CIL XIII 5123 (cf. supra, n. 239) pourrait contredire
cette supposition mais puisqu’il est perdu, il est impossible de vérifier.
242. H. WOLFF, op. cit. (n. 218), p. 6 et n. 10.
243. CHASTAGNOL, Culte, p. 30. P. LE ROUX nous a confirmé oralement qu’il approuvait cette lecture.
LIERTZ, Kult, p. 34-37.
244. La nouvelle lecture est adoptée dans Musée Romain, n o 1, p. 21-24, et dans F.-S., Claude et les
Helvètes II, p. 63-64.
245. Pour les flammes Aug. et la flaminica Aug., cf. infra, n. 297-298.
246. STÄHELIN, p. 500.
97

247. Pour l’inscription, cf. supra, n. 239. PEKÁRY, Inschriften, p. 45, la date avant ou après 73/74 ap.
J.-C., qui était, en 1967, la date supposée de la fondation de la colonie. Selon LIERTZ, Kult, p. 35, le
titre de magister pourrait renvoyer à une autre fonction que la magistrature suprême,
mentionnant à titre d’exemple les magistri uici attestés à Soleure (N-L 52 = RIS 141). Nous-même,
nous sommes plutôt encline à voir dans le magister une fonction de la cité mais il faut maintenant
revoir le document reconstitué et le mettre en relation avec son emplacement d’origine tel qu’il
est proposé par OELSCHIG, Wege, p. 164.
248. Cf. supra, n. 239.
249. Cf. F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 64. Une double magistrature signifierait l’octroi du droit
latin si nous voulons être logique, cf. CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 186-188.
250. Cf. F.-S., Claude et les Helvètes II, p. 64 : uergobretus : CAES., Bell. Gall. 1,16, 5 et 7, 33, 2 ; CIL XIII
1038 + AE 1980 624 ; CIL XIII1048 (Santons) ; AE 1980 633 = 1981 643 (Bituriges Cubi) ; AE 1989 521
(Lémovices). — praetor : CIL XIII 596-600 (Bituriges Vivisques). — magister : CIL XIII 5 (Consoranni) ;
Hanarrus, fils de Dannorix, fut quatre fois magister et une fois questeur. CHASTAGNOL, Droit latin
Gaules, p. 187, voit dans cette magistrature une fonction locale particulière.
251. Pour le troisième magister, attesté par le fragment de (-) Flauus, cf. supra, n. 237.
252. CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 187 : CIL XIII 5, Hanarrus, fils de Dannorix, et Postumus, fils
de Dumnorix (AE 1989 521).
253. Ainsi CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 187-188, que nous citons littéralement.
254. Cf. F.-S., Helvetier, tableau I ; F.-S., Claude et les Helvètes I et II, tableaux.
255. Cf. F.-S., Claude et les Helvètes I et II.
256. CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 187-188. En l’absence d’inscriptions, nous ne savons pas s’il y
avait d’autres magistratures indigènes latinisées dans la cité des Helvètes.
257. Cf. les remarques de LIERTZ, Kult, p. 209-211.
258. CIL XIII 5110 = ISchweiz 194 = RIS 95 = Musée Romain, n o 5, p. 35-39 : C. Valer(io) C. f. Fab(ia) Ca/
millo quoi publice / funus Haeduorum / ciuitas et Heluet(i) decre/uerunt et ciuitas / Heluet(iorum) / qua
pagatim qua publice / statuas decreuit / I[ul]ia C. Iuli Camilli f(ilia) Festilla / ex testamento.
259. À C. Valerius Camillus, il faut ajouter D. Valerius Camillus (CIL XIII 5054, lecture fautive dans
ISchweiz 165 et RIS 60). D. van Berchem a repris la lecture, cf. VAN BERCHEM, Notes (= AE 1994 1289).
Pour le gentilice Valerius, cf. les remarques ibid., p. 114, n. 29, que nous avons reprises (F.-S.,
Claude et les Helvètes II, p. 69, n. 70) : l’auteur pense à un gouverneur romain de la fin de la
République ou alors à M. Valerius Messala Corvinus qui fit campagne contre les Salasses en 34 av.
J.-C.
260. C’est très rare, cf. G. WESCH-KLEIN, Funus publicum. Eine Studie zur öffentlichen Beisetzung und
Gewährung von Ehrengräbern in Rom und den Westprovinzen, Stuttgart, 1993, p. 80 et 199.
261. Pour la datation cf. ISchweiz 194 = RIS 95 = Musée Romain, n° 5, p. 38. LE Roux, Question, p. 188
(tableau), la date de 95 à 120 ap. J.-C.
262. Ainsi encore F.-S., ANRW, p. 387 et 401 ; ISchweiz, p. 241.
263. M. TARPIN, Les uici d’Occident : modèles urbains hors des villes, dans D. ALICU et H. BÖGLI (Éd.), La
politique édilitaire dans les provinces de l’Empire romain, IIIème – IVème siècles après J.-C. Actes du Ier
Colloque roumano-suisse, Deva, 21-16 octobre 1991, Cluj-Napoca, 1993, p. 157-161 : les uici ont été
établis par les Romains pour contrôler le territoire. F. LAUBENHEIMER et M. TARPIN, Un pagus à
Sallèles d’Aude ? Essai sur les pagi de Narbonnaise, RAN 26, 1993, p. 259-276, et ID., Tigurins, p. 13
et n. 50 où l’auteur souligne la fonction fiscale des pagi.
264. Reg(io) Lind(ensis) : F 98 = IScInveiz 234 = RIS 124. — reg(io) Arure(nsis) : CIL XIII 5161 et A.
LEIBUNDGUT, op. cit. (n. 55), p. 65-66, et ill. 84-87. — [re]gio O[---] : H.E. HERZIG, Otacilius Seccius
Duovir, BPA 22, 1974, p. 67-68 = AE 1978 566 = RIS 121. Cf. F.-S., Götterkulte in der Schweiz zur
römischen Zeit, unter besonderer Berücksichtigung der epigraphischen Zeugnisse, dans C. M. TERNES
98

(Éd.), La religion romaine en milieu provincial (= Bull. Ant. lux. 15), Luxembourg, 1984, p. 75-126, en
part. p. 104-105.
265. Cf. STAHELIN, p. 148 et n. 1 ; ISchweiz, p. 242 ; F.-S., ANRW, p. 388 n. 339 ; FREI, Gründung, en part.
p. 145, est plus nuancé ; FELLMANN, Suisse, p. 51. Pour les tribus des empereurs, cf. W. KUBITSCHEK,
Imperium Romanum tributim discriptum, Prague, 1889 [Rome, 1972], p. 270, 272.
266. On connaît des Claudii, énumérés par Tacite, cf. TAC., Hist. 1, 68,1 : Claudius Seuerus ; 1, 69 :
Claudius Cossus. Ti. Claudius Maternus de l’inscription ISchweiz 206 = N-L 44 = RIS 111 ne fait pas
référence à la tribu (certainement Quirina, la tribu datant de l’octroi de la citoyenneté romaine à
la famille ou de l’époque de la fondation de la colonie).
267. Pour le texte du fragment, cf. supra, n. 239 ; VAN BERCHEM, Routes, p. 151, complète le gentilice
en [Clau]dio, en supposant que la tribu Quirina remontait à Claude ; PEKÁRY, Inschriften, p. 42-44 a
refusé cette reconstitution qui ne remplissait pas toute la place disponible ; en outre, il supposait
que la tribu Quirina de (-) Flauus remontait à Vespasien. OELSCHIG, Wege, ne se prononce pas.
268. Q. Cluuius Macer : CIL XIII 5098 = ISchweiz 200 = RIS 90, cf. également infra, n. 292. — Q.
Otacilius Pollinus : CIL XIII11480, cf. F.-S., op. cit. (n. 222), p. 186-201, et ST. OELSCHIG, op. cit. (n. 222),
p. 47-60. — Ti. Iulius Ti. f. Quir. Abucinus, connu par trois inscriptions parallèles, cf. PEKÁRY,
Inschriften, p. 49-55, qui améliore les éditions antérieures : (1) CIL XIII 5102 = ISchweiz 203 — (2) CIL
XIII 5103 = ISchweiz 204 — (3) CIL XIII 5104. Nous donnons le texte de la première inscription : Ti
(berio) lul(io) T]i(berii) fil(io) Quiri[na] / Abucino / IIuir(o) praef(edo) o[p]er(um) pu[blicor(um)] / flam(ini)
Aug(usti) sacerd(oti) perp[etuo] / primo omn(ium) patron(o) pub[lic(o<)] / coloni Auenticenses e[x] aere
con[l]ato ob egregia / eius erg[a] se merita patrono.
269. Ainsi FREI, Gründung, p. 145 et n. 69 ; repris par F.-S., ANRW, p. 388. Ti. Iulius Abucinus, cf. la
note précédente, est le premier patron public et date donc de la fin du I er s. ; cf. pour
l’onomastique cf. PEKÁRY, Inschriften, p. 53.
270. Cf. F.-S., ANRW, p. 388 et n. 340, et maintenant en part. F. GOGNIAT LOOS, Les associations de
citoyens romains, Études de lettres (Revue de la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne) 2, 1994,
p. 25-37, qui résume son mémoire de licence, Les Associations de citoyens romains dans le monde
romain et particulièrement en Mésie inférieure, Université de Lausanne, manuscrit disponible à la
Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, oct. 1989.
271. (1) CIL XII 2618 = ISchweiz 97 = RIS 21 (fragmentaire, anonyme ; l’inscription étant
probablement dédiée à un magistrat ayant revêtu des fonctions à Vienne et à Nyon). — (2) CIL XIII
5013 = ISchweiz 141. — (3) CIL XIII 5026 = ISchweiz 156 = RIS 51. La lecture de Corn. - P. Clod(ius) Corn(-
) Primus - est discutée, Cornelius ou Cornelia, scil. la tribu, ou Corn(elianus). ainsi LE ROUX ,
Question, p. 188 n. 45. — (4) ISchweiz 157 = N-L 25.
272. D. Iul(ius) Consors, cf. supra, n. 235. Pour l’anonyme Flauus, cf. supra, n. 237.
273. F.-S., ANRW, p. 388 ; VAN BERCHEM, Routes, p. 129 sq., p. 142.
274. Ainsi F. GOGNIAT LOOS, op. cit. (n. 270), p. 28, les attestations étant pour la plupart littéraires.
275. Selon une inscription retrouvée à Lausanne, cf. supra, n. 271. VAN BERCHEM, Routes, p. 145, y
voit un argument à l’appui de l’hypothèse selon laquelle les Helvètes ont obtenu le droit latin.
276. TAC., Hist. 1,68-69.
277. G. WALSER, Das Strafgericht über die Helvetier im Jahre 69 n. Chr., RHS 4, 1954, p. 260-270. Cf.
F.-S., ANRW, p. 391-392.
278. Cf. en part. FREI, Gründung, p. 6-8, 20-21.
279. A. FURGER-GUNTI, Die Helvetier, Kulturgeschichte eines Keltenvolkes, Zurich, 19914, p. 132-133
(« letzter offener Kampf gegen die Römer ») ; FELLMANN , Suisse, p. 42-47 (« le soulèvement des
Helvètes »). Ces titres inadéquats de sous-chapitres sont toutefois suivis d’un récit beaucoup plus
nuancé.
280. VAN BERCHEM, Routes, p. 113-121 (« Un banquier chez les Helvètes », première édition
en 1978). Pour l’inscription, CIL XIII 5138 = ISchweiz 233 = RIS 97 (nouvelle interprétation, mais
99

l’inscription reconstituée exposée au Musée Romain d’Avenches présente encore la vieille


interprétation). Cf. Musée Romain, no 3, p. 28-30.
281. VAN BERCHEM, Routes, p. 141-150 (« Avenches colonie latine ? » première édition en 1981 ;
l’auteur révise sa position antérieure).
282. SCHILLINGER-HÄFELE, Deduktion.
283. Cf. G. WALSER, op. cit. (n. 277), p. 260-265.
284. Cf. les hypothèses très intéressantes avancées par FELLMANN, Suisse, p. 44.
285. Dans le même sens VAN BERCHEM, Routes, p. 149-150.
286. La liste des magistrats de la colonie a été établie par FREI, Gründung, p. 13-15, puis ajournée
par F.-S., ANRW, p. 397, et RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 209-211. Pour la datation, nous suivons
en général les propositions de P. Frei.
287. CIL XIII 5063 = ISchweiz 168 = RIS 65. L’énoncé de cette inscription est extrêmement difficile à
comprendre, cf. les opinions divergentes rapportées par F.-S., Patroni, en part. p. 37.
288. Pour les trois inscriptions parallèles, cf. les références supra, n. 268.
289. H. E. HERZIG, op. cit. (n. 264), p. 67-68 (= AE 1978 566) = RIS 121 ; l’inscription a été trouvée à
Berne-Engehalbinsel.
290. CIL XIII 5166 = ISchweiz 244 = RIS 125 (l’inscription marque l’aménagement de la route à
Pierre-Pertuis sur Tavannes).
291. Cf. L. WIERSCHOWSKI, AE 1980, 615 und das erste Auftreten der Formel « omnibus honoribus in
sua colonia functus« in den westlichen Provinzen, ZPE 64, 1986, p. 287-294.
292. A. BIELMAN, À propos de Quintus Cluvius Macer, duumuir d’Avenches, BPA 34, 1992, p. 23-30,
qui publie en même temps un petit fragment nouvellement trouvé et qui appartient à une
inscription honorant Q. Cluuius Macer (= AE 19921267).
293. CIL XIII 5100 = ISchweiz 202 = RIS 85.
294. Cf. F.-S., op. cit. (n. 222), p. 186-201.
295. ISchweiz 206 = N-L 44 = RIS 111 = Musée Romain, no 10.
296. CIL XIII 11486 = ISchweiz 205. St. Oelschig prépare l’édition des fragments et la reconstitution
de quelques inscriptions, cf. supra, n. 40.
297. Pour le texte d’une des trois inscriptions parallèles cf. supra, n. 267. Cf. W. ENSSLIN, RE, XXII,
1954, col. 1332-1333. RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 213, n’aborde pas le problème.
298. Ainsi PEKÁRY, Inschriften, p. 54-55.
299. Cf. en dernier lieu LIERTZ, Kult, p. 33-43.
300. A. BIELMAN, Un nouveau flamen chez les Helvètes, BPA 38, 1996, p. 53-58 d’après la lecture de
LIERTZ, Kult, p. 41.
301. CIL XIII 5064 = ISchweiz 169 = RIS 66. R. SYME, Helvetians Aristocrate, MusHelv 34, 1977, p. 136,
la tient pour l’épouse de C. Valerius Camillus. Il est évident que Iulia Festilla a connu la transition
de la ciuitas à la colonie et cette inscription constitue à ce propos un précieux témoignage. Malgré
les commentaires développés, consacrés à Iulia Festilla, aucun auteur (W. Spickermann et nous-
même y compris) n’ont relevé ce fait (cf. W. SPICKERMANN, op. cit. (n. 125), p. 217-219 ; F.-S.,
Helvetier, p. 176).
302. Ti. Iulius Abucinus : cf. supra, n. 268. — (-) Flauus, cf. supra, n. 237. — Pour le fragment inédit,
cf. PEKÁRY, Inschriften, p. 55 et n. 80 ; F.-S., Patroni, p. 37, et OELSCHIG, Wege, p. 168. Le fragment sera
publié par St. Oelschig.
303. ISchweiz 203, souligne le caractère honorifique du titre sacerdos perpetuus, tandis que St.
Oelschig le considère comme un prêtre à vie.
304. LIERTZ, Kult, p. 37-38.
305. CIL XIII 5073 = ISchweiz 207 = RIS 75 = Musée Romain, n o 18.
306. CIL XIII 5071 = ISchweiz 209.
100

307. CIL XIII 5072 = ISchweiz 208 = RIS 74. Nous voyons dans la titulature all(ectus) ou peut-être all
(ector) le titre d’un caissier d’une caisse de la cité, cf. Musée Romain, p. 71 sq.
308. F 91 = ISchweiz 182 = Musée Romain, no 16.
309. STÄHELIN, p. 223-225 ; IScchweiz, p. 253 ; surtout VAN BERCHEM, Routes, p. 121-131 (mais l’auteur
révoque sa position dans un article postérieur, cf. Routes, p. 144-146) et maintenant LE ROUX,
Question, p. 188-190.
310. LE ROUX, Question, p. 189 ; l’auteur distingue nettement la curatelle de cette association des
colons installés à Avenches d’une curatelle des citoyens romains.
311. Cf. l’état de la recherche retracé en 1976, F.-S., ANRW, p. 392 et notes 351-353. ISchweiz,
p. 252-253, et plus explicitement E. MEYER, Römische Zeit (op. cit. n. 210), p. 55-92, en part. p. 75 et n.
82. VAN BERCHEM, Routes (l’article remonte à l’année 1944), en part. p. 125-128.
312. Cf. supra, n. 306. FREI, Gründung, p. 18, qui renvoie à Fr. VITTINGHOFF, Rômische
Stadtrechtsformen in der Kaiserzeit, ZSS 68, 1951, p. 435 sq., p. 452 et n. 57. SCHILLINGER-HÄFELE,
Deduktion, p. 441, n. 4, relève à juste titre qu’un magistrat de la colonie pouvait difficilement être
Treuir et elle le considère comme un vétéran installé à Avenches.
313. Cf. supra, n. 305 et 307.
314. FREI, Gründung, p. 18. Cf. également F.-S. ANRW, p. 394-395.
315. VAN BERCHEM, Routes, p. 145.
316. KRIER, Treverer, p. 67-70.
317. Selon KRIER, Treverer, p. 69, »ein niederes Quasi-Gemeindeamt extra ordinem«.
318. Cf. supra, n. 306.
319. KRIER, Treverer, p. 69, qui renvoie à FREI, Gründung, p. 18, et F.-S., ANRW, p. 400.
320. F.-S., Patroni, p. 33-45.
321. R. DUTHOY, Le profil social des patrons municipaux en Italie sous le Haut Empire, Ancient
Society 15-17, 1984-1986, p. 121-154. Nous ne citons pas les articles précédents de l’auteur pour
lesquels nous renvoyons à F.-S., Patroni, p. 37.
322. F.-S., Patroni, p. 38.
323. (1) CIL XIII 5091 = ISchweiz 211 = RIS 83. – (2) Ti. Iulius Abucinus, cf. supra, n. 268. Il faut verser
à ce même dossier l’inscription dédiée à C. Flavius Camillus, patronus ciuitatis, CIL XIII5063 =
ISchweiz 168 = RIS 65.
324. PEKÁRY, Inschriften, p. 54, et G. WALSER, RIS 83, ne distinguent pas le patronus publicus du
patronus tout court. ISchweiz 211 et 203 : »Schutzherr der Volksgemeinde«, c’est-à-dire que ces
hommes auraient été en même temps patrons des Helvètes et patrons des colons. Seul FREI,
Gründung, p. 15, est resté très prudent : »Patron der Kolonie oder der Volksgemeinde der
Helvetier«.
325. M. BOSSERT et M. FUCHS, op. cit. (n. 228), p. 117 et n. 32.
326. Ceci vaut pour Ti. Iulius Abucinus. En ce qui concerne l’anonyme, CIL XIII 5091 = ISchweiz 211
= RIS 83, nous étions depuis longtemps intriguée par la prolixité et la rhétorique de ce texte qui
présente la fin d’un cursus sénatorial. R. Haensch, lors du Colloque épigraphique d’Augst en mars
1994, a de son côté supposé une origine locale de ce sénateur, cf. R. HAENSCH, op. cit. (n. 190). Nous
retenons donc l’idée d’une origine locale pour le sénateur anonyme honoré en tant que patronus
publicus par les incolae Auenticenses, cf. F.-S., Patroni, p. 39.
327. CIL XIII 51202 = ISchweiz 203 = AE 1967 328. Dans une deuxième dédicace, le même
personnage est honoré par un parent. Il n’est pas exclu de supposer pour le troisième monument
une dédicace des incolae Auenticenses, ainsi LIERTZ, Kult, p. 38.
328. On note l’adjectif Auenticensis qui renvoie à un toponyme ; il faudrait maintenant étudier la
signification des adjectifs accompagnant des mots tels que incolae ou coloni. L’adjectif Auenticensis
concernait-il le seul centre d’Aventicum ou toute la ciuitas promue au rang de colonie ? LE ROUX,
Question, p. 190, opte pour la deuxième solution.
101

329. Pour l’interprétation des éléments du nom de la colonie, cf. F.-S., ANRW, p. 395. Pour
Foederata, cf. VAN BERCHEM, Routes, p. 148, qui suppose, comme nous-même, un traité conclu sous
Vespasien, et n’accepte plus son hypothèse selon laquelle l’épithète était une réminiscence d’un
ancien foedus. Pour Emerita, cf. F.-S., ANRW, p. 393-394. Pour la contradiction entre Emerita et
Foederata, cf. les remarques de CHASTAGNOL, Coloni, p. 137, et de LE ROUX, Question, p. 198.
330. VAN BERCHEM, Routes, p. 141-150, p. 155-164.
331. VAN BERCHEM, Routes, p. 147. Ce fait est également souligné par Hans Lieb. Pour le problème
des Helvètes pérégrins, cf. F.-S., ANRW, p. 400 et n. 381 : il faut mentionner la cohors I Heluetiorum
(cf. ISchweiz 480) constituée au milieu du II e s. ap. J.-C. et les soldats auxiliaires énumérés dans
ISchweiz 466-476.
332. VAN BERCHEM, Routes, p. 146-147. En 1976, nous avions tenté de nous représenter les relations
entre une colonie romaine et une ciuitas pérégrine (cf. F.-S., ANRW, p. 400-403), mais il apparaît
que c’est là une relation difficilement conciliable avec le droit constitutionnel.
333. CHASTAGNOL, Cités Narbonnaise, p. 126 et n. 60. Nous avons pu assister lors du X e Congrès
International d’Épigraphie grecque et latine, tenu à Nîmes en 1992, à un débat instructif auquel
ont participé A. Chastagnol, D. van Berchem et P. le Roux.
334. LE ROUX, Question, p. 190, p. 197.
335. SCHILLINGER-HÄFELE, Deduktion, p. 441-449, en part. p. 447 ; VAN BERCHEM, Routes, p. 149.
336. FREI, Gründung, p. 16, qui suppose une continuité linéaire de l’époque précoloniale à la
colonie constituée ; F.-S., ANRW, p. 398, n’a pas pris en considération la guerre de 69 ap. J.-C. qui a
causé de grandes pertes dans la population et sans doute aussi dans l’élite helvètes. Meilleure
présentation dans EAD., Helvetier, p. 174-178.
337. J. F. DRINKWATER, The Rise and Fall of the Gallic Iulii. Aspects of the Development of the
Aristocracy of the Three Gauls in the Early Empire, Latomus 37, 1978, p. 817-850.
338. TAC., Hist. 1, 68.
339. Ainsi également FREI, Gründung, p. 14-15, qui ne fait pas encore de distintion entre la branche
Iulia et la branche Flauia du clan des Camilli. VAN BERCHEM, Notes, p. 109-110, souligne à juste titre
le lien entre C. Flauius Camillus et Vespasien.
340. CIL XIII 5063 = ISchweiz 168 = RIS 65. Nous avouons ne pas pouvoir expliquer d’une manière
satisfaisante la tournure patronus ciuitatis.
341. VAN BERCHEM, Notes, p. 109, fait référence à C. Camillius Paternus ( AE 1991 1257) et à L.
Camillius Aetolus (CIL XIII 5046 = ISchweiz 164 = RIS 58).
342. Cf. A. BIELMAN, op. cit. (n. 292), p. 26-27, qui renvoie à l’inscription CIL XIII 5099 = ISchweiz 201
= RIS 91 et à des estampilles de tuiles d’Afranius Professus (non encore publiées) retrouvées dans
la grande villa de Vallon (F). Cf. M. FUCHS et G. MARGUERON, Estampilles de tuiles à Avenches :
Afranius, la légion XXI, Cornelius, Camilius et les autres, BPA 40,1998 (sous presse).
343. H. E. HERZIG, Die Familie der Otacilier, Jahrbuch des Bernischen Historischen Museums 56-57,
1973-74, p. 35-41 ; F.-S., Helvetier, p. 177.
102

AUTEURS
REGULA FREI-STOLBA
Professeur honoraire à l’Université de Lausanne
Igelweid 3 - CH-5000 Aarau
103

L’organisation municipale de la
colonie de Lyon
François Bérard

1 La colonia Copia Claudia Augusta Lugudunum occupe une place à part dans l’ensemble des
Trois Gaules, par son ancienneté, puisqu’elle fut fondée en 43 av. J.-C., par son statut,
puisqu’elle est la seule colonie romaine des trois provinces, par sa situation
géographique, excentrée et toute proche des confins de la Narbonnaise, par sa richesse
épigraphique enfin (plus de 850 textes), qui, elle aussi, la rapproche davantage des villes
de la province méridionale que des cités de l’intérieur de la Gaulé1. Mais sa position de
capitale fait aussi de Lyon une sorte de vitrine des provinces gauloises dont une partie des
élites, prêtres fédéraux, mais aussi commerçants et simples particuliers, sont connus par
des inscriptions lyonnaises. On ne traitera pas ici de ces Gaulois résidents ou de passage à
Lyon, puisque les magistrats font l’objet d’une étude spécifique2, non plus que des
militaires, sévirs augustaux et membres des autres corporations lyonnaises auxquels
seront consacrés de prochains travaux3. Conformément au sujet de ce volume, on s’est ici
limité à l’élite politique de la colonie de Lugdunum, et on a essayé de proposer un tableau
général de l’organisation municipale lyonnaise qui, même s’il n’apporte pas beaucoup de
nouveauté ni d’originalité, pourra fournir d’utiles éléments de comparaison, avec les cités
gauloises beaucoup plus démunies, mais aussi avec les colonies des provinces voisines de
Germanie, qui offrent en général un matériel épigraphique plus abondant.

I. État de la question
2 L’absence d’étude complète, même ancienne, invite à rouvrir le dossier de l’organisation
municipale de la colonie de Lyon. Paradoxalement, la municipalité lyonnaise a
relativement peu intéressé les historiens. Chez les antiquaires et historiographes lyonnais
des siècles passés, le chapitre est en général traité assez brièvement, même chez ceux qui
sont d’ordinaire les plus attentifs4, et les deux œuvres parallèles d’A. Allmer et O.
Hirschfeld, sur lesquelles repose notre science moderne, sont à peine plus généreuses. Des
quelque 200 pages que compte l’« exposé préliminaire » qui dans le t. 2 des Inscriptions
antiques d’Allmer et Dissard ouvre le chapitre consacré aux inscriptions municipales, il est
104

significatif de noter que seulement deux sont consacrées à la « forme municipale » 5. La


raison de ce surprenant dédain semble bien être l’absence de documents de premier plan
et plus généralement l’« extrême rareté », voire la « disette » des magistrats coloniaux,
qui avait frappé Allmer comme Hirschfeld6, surtout par comparaison avec la grande
abondance des inscriptions de prêtres des Trois Gaules, de soldats, de sévirs augustaux ou
de commerçants. Comme Hirschfeld, Allmer tentait d’expliquer cette pénurie par une
sorte d’administration directe, qui aurait pris la place, aux Ier et IIe siècles, des magistrats
de la colonie. L’idée, en fait, venait de Mommsen, qui l’avait formulée pour Milan 7, et
avait été également reprise par E. Bormann pour Ravenne8. Mais elle fut justement
critiquée par la suite, notamment par Ph. Fabia et P. Wuilleumier, et est depuis longtemps
abandonnée.
3 L’étude la plus complète sur la municipalité de Lugudunum est justement celle de Ph. Fabia
dans la Revue d’Histoire de Lyon de 1911 9. Elle fait heureusement justice de l’hypothèse de
l’administration directe, en remarquant (p. 34-35) que toutes les catégories d’inscriptions
sont rares à Lyon pour le Ier siècle, et donne (p. 8, n. 1) une liste qui recense déjà 17
décurions, magistrats compris. Mais pour le reste, elle se fonde surtout sur les documents
extérieurs (album de Canusiutn, procédures de vote, rôle des curateurs, etc.) pour éclairer
la maigre documentation locale, méthode qui procède certes d’un louable souci
pédagogique, mais qui témoigne aussi d’une certaine insatisfaction relativement à la
pauvreté des sources. La perspective n’a pas vraiment changé, quarante ans plus tard,
dans la brève synthèse de P. Wuilleumier, qui note lui aussi le petit nombre des
magistrats, mais avance le chiffre élevé d’une trentaine de décurions, sans toutefois en
donner un inventaire complet10.
4 Il faut attendre encore une vingtaine d’années pour trouver une première liste des
décurions et magistrats lyonnais dans l’ouvrage publié en 1975 par G. Rupprecht 11. Elle
n’est pas absolument complète, puisque l’ouvrage, consacré aux décurions, ne prend pas
en compte les prêtres, ni même, plus curieusement, les notables qui déclarent seulement
avoir rempli tous les honneurs ; mais les notes qui l’accompagnent contiennent d’utiles
indications et constituent la dernière étude globale de la municipalité lyonnaise. Plus
récemment, deux listes ont été publiées la même année, en 1990, l’une par les soins d’A.
Pelletier dans une nouvelle Histoire de Lyon 12, l’autre par Y. Burnand dans un article
consacré aux élites des cités de Nîmes, Vienne et Lyon13. Alors que la première ne prend
en compte que les seuls décurions, excluant les magistrats qui ne disent pas explicitement
l’avoir été, la seconde est beaucoup plus large, puisqu’elle enregistre aussi non seulement
les magistrats, mais encore les prêtres et même les prêtresses. On arrive ainsi à un total
de 31 honorati, qui fournit une bonne base de départ, même si on peut préférer ne pas
inclure les deux flaminiques et s’il faut en revanche ajouter le magistrat anonyme d’une
des inscriptions du grand temple du Verbe Incarné, qui a bizarrement échappé à la
recension14. Outre cette adjonction importante, on peut rectifier quelques lectures,
comme dans l’épitaphe de Sex. Attius Ianuarius15, corriger quelques noms, comme celui
de (Valerius) Marinus16, ou discuter le détail de telle ou telle carrière, comme pour
l’inscription anonyme publiée en 1973, où la mention du décurionat ne semble pas
assurée17. Il ne sera donc pas inutile de dresser une liste mise à jour, qui, à défaut
d’inscriptions nouvelles, réunisse commodément toute notre documentation.
105

II. Liste des notables lyonnais


5 Cette liste recense les notables lyonnais dans l’ordre hiérarchique descendant, comme le
ferait un album, mais à l’exclusion des patrons. Aucun quinquennal n’étant connu, on a
choisi de placer en tête les deux notables connus par la formule omnibus honoribus functus,
dans la mesure où cette formule apparaît, comme souvent, dans des carrières qui se sont
élevées au-dessus de l’échelon municipal, en l’occurrence celles d’un juge des cinq
décuries romaines (no 1) et d’un prêtre fédéral des Trois Gaules (no 2), même si ce
deuxième cas demeure discuté. Viennent ensuite les magistratures, du duumvirat jusqu’à
l’édilité et à la questure et enfin le simple décurionat. Cette disposition, qui est conforme
aux usages antiques, a aussi pour nous un avantage pratique. On peut toujours suspecter,
en effet, que des notables arrivés au sommet de la carrière (duumvirs ou flamines) n’ont
pas indiqué dans tous ses détails leur début de carrière, omettant le cas échéant une
première magistrature comme l’édilité et surtout bien sûr le décurionat18. Ainsi le lecteur
pourra-t-il ajouter implicitement aux listes d’édiles et surtout de décurions les noms déjà
inscrits dans les rubriques précédentes. Mais on répétera naturellement ceux des
notables pour lesquels l’indication est explicite, de façon à offrir, pour chaque niveau
hiérarchique un tableau complet. Pour la même raison, on a cru devoir ajouter aussi en
fin de liste les prêtres de la colonie, qui font l’objet d’une autre enquête dans ce volume,
mais qui font partie de l’élite municipale : trois des six qu’on peut répertorier sont
d’ailleurs également connus comme magistrats, et tous étaient probablement décurions,
même si on ne peut pas toujours restituer le titre aussi facilement qu’on l’a parfois
proposé.
106

6 On a noté avec un point d’interrogation les quelques inscriptions pour lesquelles soit
l’attribution à la colonie de Lyon soit le rang de décurion ou de magistrat ne semblaient
pas absolument certains. Il s’agit d’abord de deux inscriptions extérieures, l’une et l’autre
fragmentaires, qui ont suscité de nombreux débats. Celle de Saint-Bertrand-de-
Comminges (no 27) pose toujours bien des questions, qui ne concernent pas seulement les
noms du dédicataire (l’éventuel notable lyonnais) et du dédicant (son père ?), mais aussi
107

leur origine et leurs rapports avec la cité des Convènes19. Les trois premières lignes, avec
la tribu Galeria20 et des éléments d’une titulature coloniale qui comporterait les épithètes
Augusta et peut-être Claudia, invitent effectivement à attribuer, comme la majorité des
spécialistes, le décurion anonyme à la capitale de la Lyonnaise plutôt qu’au Lugdunum des
Convènes. Mais les lacunes considérables du texte obligent à considérer cette attribution
comme toujours hypothétique, et le flaminat proposé par P. Wuilleumier à la 1. 4 paraît
encore plus incertain, tant du point de vue de la restitution que de celui de son
attribution à la colonie de Lyon21.
7 L’inscription d’Upie (no 2) pose des problèmes différents, car le nom de la colonie de Lyon
doit y être complètement restitué. Cette suggestion, proposée par les premiers éditeurs et
reprise par M. Christol et D. Fishwick22, a été contestée par L. Maurin, qui, à la suite de
nombreux savants, considère le sacerdoce fédéral ad aram trium Galliarum comme
incompatible avec une citoyenneté lyonnaise23. La forme de la restitution est
effectivement discutable24, mais l’attribution paraît malgré tout assez vraisemblable, tant
à cause de la tribu Galeria que du style très lyonnais de l’inscription, et elle a été
récemment réaffirmée dans une nouvelle étude de D. Fishwick, qui relève fort justement
la présence de plusieurs autres notables lyonnais dans la région valentinoise 25. Il reste
cependant des incertitudes, et la même étude de D. Fishwick propose concurremment
l’hypothèse d’un notable ségusiave, dont la participation au culte fédéral ne poserait plus
de problème. Quels que soient les liens, d’ailleurs fort mal connus, entre Ségusiaves et
Lyonnais, il n’est pas sûr que M. Bucc[---] ait pu appartenir en même temps aux deux
cités, comme semble l’admettre D. Fishwick, et il faudrait plutôt envisager, le cas échéant,
un transfert de l’une à l’autre26. Mais il est peut-être plus simple d’admettre que, sinon
dès l’origine, du moins à partir d’une certaine date, les Lyonnais ont pu participer ès
qualité au culte impérial du Confluent, comme l’avaient envisagé P. Wuilleumier et L.
Maurin lui-même27 et comme cela se passe par exemple en Espagne Tarraconaise, où la
ville de Tarragone, avec 13 exemples connus, est, et de loin, la première pourvoyeuse en
flamines provinciaux28. Rien n’empêcherait alors, surtout à l’époque sévérienne, que M.
Bucc[---] ait pu exercer à la fois tous les honneurs à Lyon, puis le sacerdoce fédéral au
Confluent et de nouveau des prêtrises municipales à Lyon. Mais l’état fragmentaire de
l’inscription ne permet pas d’envisager une telle reconstitution autrement que comme
une hypothèse, qu’on aimerait pouvoir vérifier par des éléments plus solides.
8 Une autre inscription de la vallée du Rhône nous fait peut-être connaître un membre de 1’
ordo lyonnais, le célèbre Alethius, ordine princeps, Lugduni procerum nobile consilium, dont le
sarcophage orne la commune ardéchoise de Charmes-sur-Rhône29 ; mais il a semblé
préférable de l’exclure de notre liste, moins parce que son appartenance à l’ordo lyonnais
est elle aussi hypothétique que parce que la date tardive de l’inscription (Ve ou VIe siècle)
nous aurait entraîné dans un autre monde, sans doute déjà plus burgonde que gallo-
romain. Une dernière inscription extérieure a été affectée d’un point d’interrogation,
bien qu’elle figure dans la plupart des inventaires30 : il s’agit d’un ex-voto trouvé dans le
Rhin près de Remagen et offert par un euocatus qui semble avoir été dec(urio) col(oniae) Ḷug
(udunensis) (n o 25). Il y a une incertitude concernant la lecture, mais elle semble surtout
due à l’éloignement et l’attribution à la colonie de Lyon reste la plus probable 31, à moins
qu’on préfère lire Ạug(ustae) et qu’on puisse prouver que col(onia) Aug(usta) était, dans la
province de Germanie inférieure, une dénomination régulière pour la ville de Trèves 32 ou,
éventuellement, de Cologne. Le statut militaire du dédicant pourrait expliquer en effet
qu’il soit entré en rapport avec Lyon, même si c’est, comme nous le verrons, d’une
108

manière un peu différente de ce qu’on imagine en général. Mais le raisonnement doit


naturellement rester hypothétique.
9 Les inscriptions lyonnaises posent logiquement moins de problèmes, même si on peut
parfois hésiter sur la nature des fonctions à restituer. Pour Sext. Attius Ianuarius (no 9), la
longueur de la lacune permet d’exclure à la 1. 2 le sévirat augustal au profit du
décurionat, ou à la rigueur d’une magistrature, qui paraît toutefois beaucoup moins
probable ; la ou les magistratures figuraient très vraisemblablement à la 1. 3, avec au
moins le titre d’a[edilis], même si le E n’est pas visible sur la pierre 33. On peut hésiter aussi
pour la carrière de deux prêtres anonymes (no 29 et 30), dont les inscriptions sont très
fragmentaires : si la restitution du décurionat paraît en elle-même vraisemblable, elle ne
peut être tenue pour assurée, surtout dans le deuxième cas, et on pourrait songer
également à une magistrature34 ; c’est pourquoi il a semblé préférable de les exclure de la
liste des décurions pour les placer dans celle des prêtres, selon le principe de classement
adopté pour les magistratures. Reste enfin le cas d’une inscription encore plus
fragmentaire du passage Gay que la présence de faisceaux et l’indication de la tribu Galeria
invitent à attribuer de préférence à un magistrat de la colonie35. On ne l’a cependant pas
retenue, moins en raison de l’éventualité, rare à Lyon, d’un sévir ingénu ou de quelqu’un
qui aurait seulement reçu les ornements de la magistrature ou du décurionat, que pour ne
pas surcharger les tableaux d’un texte si lacunaire qu’on ne pourrait enregistrer ni un
nom propre ni le moindre élément de titulature36.
10 On arrive ainsi, en additionnant magistrats, prêtres et simples décurions, à un total d’une
trentaine de notables37, ou si l’on veut d’une trentaine de décurions potentiels, dont une
vingtaine pour lesquels le titre est réellement attesté38. Tels quels, ces chiffres ne sont en
fait pas si négligeables et, s’ils sont notablement inférieurs à ceux de cités comme Nîmes
(57) ou Vienne (65)39, ils dépassent en revanche nettement ceux de Cologne40 et peuvent
se comparer à des colonies aussi importantes que Narbonne41 ou Tarragone42.

III. Décurions
11 Le premier point à noter est la forte proportion des simples décurions, qui forment
environ la moitié du chiffre total des notables43 et les deux tiers des membres de l’ordo
connus44. La situation est de ce point de vue très différente de ce qu’on observe à Nîmes,
où on ne trouve jamais de mention du décurionat, et à Vienne, où il n’y en a que sept
exemples pour une soixantaine de magistrats45, mais aussi à Narbonne et à Tarragone46.
On peut en tirer deux sortes de conclusions, la première, que, contrairement à ce qui se
passe, semble-t-il, à Nîmes, l’ordo n’était pas formé uniquement d’anciens magistrats,
mais devait pratiquer la cooptation et s’adjoindre régulièrement de nouvelles recrues, la
seconde qu’il pouvait y avoir un certain clivage sociologique entre les magistrats qui
tenaient dans leurs mains l’administration de la cité et les simples décurions qui
composaient l’ordo. La première conclusion me paraît pouvoir rencontrer un accord assez
général, d’autant que, comme nous le verrons, elle se trouve confortée dans le cas de Lyon
par plusieurs exemples concrets d’accession à la curie. La seconde sera peut-être discutée
et le cas échéant nuancée. Mais il faut d’abord examiner d’un peu plus près les cas les plus
significatifs.
12 On remarque d’abord la présence d’un petit nombre de vétérans qui ont été admis dans l’
ordo après avoir été libérés de l’armée. Il s’agit de deux anciens soldats de la XIII e cohorte
urbaine, qui était cantonnée à Lyon au IIe siècle, C. Flauius Ianuarius (no 16) et Minnius
109

Vestinus (no 20)47. Le premier, dont la tribu Galeria indique l’origine lyonnaise, était
probablement le premier de sa famille à accéder à la curie. Il est certes impossible de
prouver que son père n’était pas décurion, mais le gentilice Flauius ne plaide pas en faveur
d’une famille ancienne et l’octroi des ornamenta duumuiralia pourrait convenir aussi à
quelqu’un que ses origines ne destinaient pas aux magistratures. Quant au second vétéran
de la XIIIe cohorte, il était fils de décurion, mais d’un décurion de la petite cité alpine des
Sogiontii, dont l’importance ne pouvait se comparer avec celle de la colonia Copia Claudia.
On ajoute parfois un troisième soldat de la XIIIe cohorte urbaine en la personne d’un
euocatus connu par une inscription de Remagen, [---]ius Secundus (n o 25), qui aurait pu
trouver pendant son temps de service à Lyon l’occasion de devenir décurion de la ville 48.
L’hypothèse, qui remonte à A. von Domaszewski49, est judicieuse, puisque les soldats de la
cohorte urbaine de Lyon semblent bien avoir eu accès à l’euocatio, comme les prétoriens
romains50. Mais il n’est pas sûr que [---]ius Secundus, dont l’inscription présente des
signes de datation récente, ait pu servir dans la XIIIe cohorte, qui fut dissoute au début du
règne de Septime Sévère, et on peut préférer l’hypothèse d’un euocatus du prétoire 51 qui,
dans la première moitié du IIIe siècle, aurait été nommé dans une légion de Germanie
inférieure et de là détaché à Lyon52. Quelle que soit la solution choisie, ce décurion, dont
l’attribution à la colonie de Lyon reste, rappelons-le, hypothétique, ne sortait sans doute
pas des rangs, à cette époque largement barbarisés, des légions de Germanie, mais de
l’encadrement des cohortes prétoriennes ou urbaines, dont le recrutement était resté
beaucoup plus sélectif. Nous avons donc bien deux et peut-être trois exemples de
promotion au décurionat par la voie de l’armée, mais toujours par l’intermédiaire des
corps d’élite qu’étaient les cohortes prétoriennes et urbaines. Il est naturellement
possible que l’ordo lyonnais ait compté aussi dans ses rangs des vétérans légionnaires,
mais nous n’en avons pas de traces.
13 À côté de l’armée, les notables des cités voisines pouvaient aussi constituer un vivier pour
le recrutement de la curie lyonnaise. Il n’y a pas d’exemple, comme en Espagne ou même
en Narbonnaise, de notables transférés directement de l’ordo de leur cité dans celui de la
colonie de Lyon53. Cependant, le cas de Minnius Vestinus (no 20) montre comment les
familles décurionales de petites cités pouvaient enrichir les effectifs du sénat lyonnais,
même si l’armée a pu jouer, en l’occurrence, un rôle d’intermédiaire, et il ne serait peut-
être pas impossible de trouver des liens familiaux entre décurions lyonnais et viennois
par exemple54. Mais, à défaut de changement de cité, le dossier lyonnais offre avec Sex.
Vencius Iuuentianus (no 24) le cas très rare d’un notable admis dans la curie nomine
incolatus, c’est-à-dire à titre de résident étranger et donc sans changer de cité. L’exemple
est précieux, car il n’a guère qu’un seul parallèle dans tout le monde romain, dans une
inscription espagnole qui mentionne d’une façon analogue un citoyen de Cordoue qui
était lui aussi ex incolatu decurio dans le municipe voisin d’Axati 55, et il constitue donc une
pièce importante dans le dossier des droits politiques octroyés aux incolae, dont la lex
Malacitana (ch. 53) nous apprend qu’ils pouvaient également voter à certaines élections 56.
Pour ce qui est de Iuuentianus, il faut remarquer aussi que, même si son origine exacte
garde quelque incertitude, il s’agit sans doute encore d’un notable originaire de
Narbonnaise ou d’une des provinces alpines voisines57. On peut penser que les cités de
Gaule Lyonnaise ont dû, de la même façon, envoyer certaines de leurs élites dans le sénat
lyonnais, soit par transfert définitif, soit au titre de l’incolatus, comme Iuuentianus ; mais
la pauvreté de leur documentation épigraphique ne permet pas de le vérifier, ni de
mesurer l’attraction exercée par la capitale provinciale sur les aristocraties municipales
gauloises.
110

14 La possibilité la plus naturelle d’accession au sénat municipal était évidemment la


promotion à l’intérieur du corps civique de la colonie. C’est aussi sans doute la plus
difficile à apprécier, mais il se trouve que, dans un ou deux cas, l’épigraphie nous permet
de l’observer plus concrètement. Le premier cas est celui de C. Aucius Macrinus (no 1),
dont nous savons par une autre inscription lyonnaise que son père était sévir augustal 58. Il
est intéressant de constater que cette origine ne l’a pas empêché d’accéder à toutes les
magistratures coloniales et même aux décuries de juges ; mais on remarquera que son
père, dont l’épitaphe mentionne la tribu Galeria, pouvait être, contrairement à la grande
majorité des sévirs lyonnais, ingénu. Il y a en tous cas au moins un fils d’affranchi dans la
petite partie que nous pouvons connaître de l’ordo lyonnais. Il s’agit de Ti. Claudius Pius,
mort au cours d’une ambassade à Rome (no 15) et dont le père, Claudius Spendon, était
très probablement un affranchi impérial ; cette origine pourrait expliquer que le fils n’ait
eu que les ornamenta duumuiralia, à l’exclusion de toute magistrature. Une autre
particularité est que la pierre a été découverte à Valence. Si elle n’a pas été déplacée, ce
serait, quoique dans un milieu très différent, un élément supplémentaire fourni par la
province de Narbonnaise au sénat de Lyon.
15 Au terme de cette analyse, il faut remarquer qu’on trouve parmi les simples décurions un
nombre non négligeable de personnes qu’on peut considérer comme des hommes
nouveaux. Ce sont même ceux qui sont finalement le mieux connus. Car en comparaison,
on ne peut citer qu’un seul fils de décurion issu du sérail (no 14), alors qu’une demi-
douzaine de cas ne présentent pas d’élément d’appréciation (no 17-19, 21-23, 26), ni du
point de vue familial, ni même du point de vue onomastique, puisque Iulius et Valerius
sont des gentilices trop courants pour qu’on puisse conclure à la moindre parenté.
Remarquons seulement à ce propos que le deuxième décurion connu par l’inscription
1925 n’est sans doute pas le défunt Valerius Vallo, comme l’admettent toutes les listes
récentes59, mais plutôt Marinus, qui était son frère et auquel on peut donc supposer avec
quelque vraisemblance le même gentilice (no 23) : comme l’avaient bien vu Allmer et
Fabia60, c’est la notoriété du décurionat qui lui vaut d’être nommé sur la tombe qu’élève à
son frère l’ami de celui-ci, qui était lui-même décurion et questeur (no 13). Ainsi peut-on
grâce à cet exemple entrevoir un petit milieu, peut-être de camarades d’études, où les
amis des décurions ne sont pas nécessairement décurions eux-mêmes. Mais il serait bien
imprudent d’en dire davantage.
16 Il faut revenir au contraire aux questions que nous posions en commençant. Les exemples
que nous avons vus montrent qu’on recrutait de nouveaux décurions soit dans le corps
civique colonial, soit éventuellement parmi les résidents étrangers, le choix étant une
prérogative du sanctissimus ordo. Tous les décurions n’étaient donc pas magistrats, ni
même n’avaient forcément vocation à le devenir. Les ornamenta duumuiralia avaient peut-
être pour fonction, justement, de récompenser ceux qui n’étaient pas destinés à la
magistrature elle-même, comme le vétéran C. Flauius Ianuarius (no 16), le fils d’affranchi
Ti. Claudius Pius (no 15) et peut-être aussi Sex. Ligurius Marinus, l’illustre curateur des
citoyens romains (no 5), si on a raison de supposer que son accession au duumvirat n’était
pas prévue à l’origine, mais avait été imposée par le peuple61. Faut-il conclure qu’il y avait
un clivage sociologique entre les simples décurions et l’élite de l’ordo qui se réservait la
carrière des magistratures ? Y. Burnand, notant des liens, notamment onomastiques,
entre les décurions et les magistrats inférieurs, préfère placer le clivage, comme à Vienne
et à Nîmes, entre magistratures inférieures et magistratures supérieures62. Mais ces
observations, qui reposent sur des noms aussi courants que Iulius ou lanuarius, restent très
111

ténues, et il n’est pas sûr que la méthode puisse donner de bons résultats, au moins dans
le cas de Lyon, où les inscriptions me semblent trop peu nombreuses ; on compte
d’ailleurs aussi des liens onomastiques et même, dans le cas des Acceptii, familiaux avec les
duumvirs.
17 Quant au nombre relativement élevé des simples décurions par rapport aux magistrats,
l’explication politique ou sociologique soit la seule possible. Il me semble en effet avoir
aussi des raisons d’ordre archéologique. La disparition complète du forum, dont
l’emplacement même reste incertain, a privé Lugudunum de son épigraphie publique
monumentale et donc de ses magistrats en même temps que des gouverneurs, sénateurs
et chevaliers qui devaient aussi y être honorés. Il est également possible, bien que ce soit
plus difficile à apprécier, que les nécropoles les plus riches aient été davantage détruites
ou plutôt réutilisées que les autres. On constate en tous cas que l’épigraphie funéraire
nous fait surtout connaître les couches moyennes de la population (sévirs, soldats,
commerçants), à l’exclusion des plus grandes familles. Ainsi pourrait s’expliquer que nous
connaissions davantage de simples décurions et aussi peu de duumvirs et surtout de
chevaliers, alors que ceux-ci devaient avoir une place importante dans l’administration
d’une colonie comme Lyon. On remarquera, dans le même sens, que plus de la moitié des
duumvirs sont connus par des inscriptions honorifiques, trouvées dans l’odéon (no 4), le
temple du Verbe Incarné (no 8) ou en remploi dans les édifices de Saint-Jean (no 5 et 6),
alors que la proportion est beaucoup plus faible pour les simples décurions, qui
apparaissent surtout dans des inscriptions funéraires.
18 Le dossier épigraphique lyonnais suggère une dernière observation. C’est le prestige dont
semble jouir le titre de décurion, qui est en général mis en valeur par la longue titulature
coloniale (colonia Copia Claudia Augusta Lugudunum). On le trouve, comme nous l’avons vu,
dans les épitaphes de simples décurions, pour qui il devait être une sorte de symbole de
leur réussite sociale. Mais on le trouve aussi, comme nous le verrons, dans les carrières de
magistrats municipaux (no 3, 9, 11, 13 et peut-être 27), alors que l’usage est plutôt, dans
les autres cités, de passer sous silence une dignité qui était considérée alors comme allant
de soi63. Le titre paraît donc bien avoir eu à Lyon une faveur considérable et pourrait être,
en somme, comme l’expression épigraphique de la très haute position sociale des
membres de l’ordo, qui, dans l’ordre protocolaire des distributions, venaient avant les
chevaliers romains64. Je ne sais si on peut y voir une particularité de la colonie de Lyon.
Mais nous verrons que cela n’est pas sans importance dans l’étude des magistratures.

IV. Magistrats inférieurs


19 Même si elles sont minoritaires, les inscriptions faisant état d’au moins une magistrature
ne sont pas négligeables, puisqu’on compte 7 mentions du duumvirat, 6 de l’édilité et 5 de
la questure, auxquelles s’ajoutent 2 notables qui disent avoir géré tous les honneurs. Bien
qu’on ne compte que très peu de carrières complètes, on admet en général que
Lugudunum, vieille colonie romaine, avait un cursus classique à trois étapes, questure,
édilité et duumvirat, dont le modèle est fourni par la carrière de Sex. Vagirius Martianus
(no 6), le seul notable lyonnais à avoir atteint le rang équestre65. Mais cet exemple est
resté longtemps unique, et, devant le manque de parallèles, on aurait pu se demander si
la questure n’était pas plutôt, comme dans beaucoup d’autres cités, une magistrature
financière hors cursus, impliquant une bonne expérience et aussi un solide patrimoine 66.
La carrière de Sex. Ligurius Marinus (no 5), ancien curateur des citoyens romains de
112

Lyonnaise qui exerça la questure avant de parvenir au duumvirat et au pontificat


perpétuel, aurait pu conduire à une telle conclusion, mais on préfère en général
l’expliquer par le profil atypique de l’individu, personnage important qui aurait obtenu
en compensation d’une magistrature modeste les ornements du duumvirat, avant de
parvenir au duumvirat lui-même ex postulatione populi et en sautant l’échelon de l’édilité 67.
On pourrait chercher un autre exemple de promotion directe de la questure au duumvirat
dans une des inscriptions fragmentaires du passage Gay (no 7), mais on y retrouve le
problème de la postulatio populi, et de toutes façons la restitution du titre de [quaest]or est
trop hasardeuse pour qu’on puisse en tirer la moindre conclusion68. Quant au décurion
Iulius Martianus, aed(ilitate) et q(uaestura) fu[nctus] (n o 11), il est bien difficile de dire dans
quel ordre il a exercé ses deux magistratures, et son épitaphe peut donc appuyer aussi
bien l’hypothèse d’une questure hors cursus qui aurait été exercée après l’édilité que celle
d’une carrière plus classique commençant par la questure et l’édilité, si l’on admet que les
deux honneurs ont pu être cités dans l’ordre descendant69. Au milieu de toutes ces
incertitudes, une des plaques de marbre découvertes dans le temple du Verbe Incarné est
venue apporter récemment un élément nouveau, en révélant un second exemple,
malheureusement anonyme, de la séquence questure-édilité-duumvirat (no 8)70. On
dispose ainsi, avec l’inscription de Sex. Vagirius Martianus (no 6), de deux attestations du
cursus colonial classique, qui apparaît donc bien à Lyon comme l’usage le plus courant,
surtout si l’on ajoute, comme c’est possible, le cas de Iulius Martianus (no 11).
20 La question qu’on doit dès lors se poser est de savoir s’il y avait d’autres types de carrière.
Selon Y. Burnand, on observe à côté du cursus classique des carrières différentes, sans
questure ou sans édilité, voire, dans certains cas, avec une accession directe au duumvirat
71. La promotion de la questure au duumvirat avec dispense de l’édilité se réduit

pratiquement au cas de Sex. Ligurius Marinus (no 5), celui de l’anonyme du passage Gay (n
o 7) étant, comme nous l’avons vu, très incertain : elle peut donc être considérée comme

une procédure exceptionnelle, que nous réexaminerons à propos de la postulatio populi. La


dispense de la questure est un peu mieux attestée, puisque Y. Burnand en recense trois
exemples (no 9, 10, 12). Il faut écarter le second, pour lequel l’inscription ne fournit pas de
carrière, mais les deux autres, bien que fragmentaires, semblent effectivement exclure
une questure antérieure à l’édilité, ce qui plaiderait plutôt en faveur d’un exercice
facultatif de la questure ; l’observation est d’autant plus intéressante que l’un de ces deux
exemples (no 12) vient d’une des plus anciennes inscriptions municipales lyonnaises. On
recense aussi deux cas de promotion au duumvirat sans exercice de magistrature
antérieure (no 3 et 4), mais ils sont naturellement suspects, dans la mesure où on ne peut
exclure que celle-ci ait été passée sous silence72. Quant à la question de la questure hors
cursus, elle demeure ouverte, mais il faut remarquer qu’elle se réduit, là encore, au cas
éventuel de Ligurius Marinus, et qu’il n’y a en particulier aucun exemple de questure
après le duumvirat. Il n’y a non plus, il faut le souligner, aucun exemple sûr de la
séquence édilité-duumvirat, qui serait la norme si la questure n’était pas une
magistrature de début de carrière73.
21 Le dossier lyonnais offre donc un tableau varié, avec diverses irrégularités, comme
l’absence de questure pour l’édile anonyme de Trion (no 12) ou d’édilité pour Ligurius
Marinus (no 5). Nous connaissons trop peu d’inscriptions pour pouvoir dire que c’étaient
toujours des cas exceptionnels. Mais on peut au moins constater qu’en l’état actuel de
notre documentation, le cursus questure-édilité-duumvirat est l’usage le plus fréquent à
Lyon et le seul en tous cas qui soit suffisamment attesté pour qu’on puisse y reconnaître
113

un véritable schéma de carrière. Cela n’exclut pas des dispenses et des carrières plus
rapides, mais suffit à distinguer la ville des colonies de Nîmes et, dans une moindre
mesure, de Vienne, où l’usage était au contraire d’exercer soit la questure, soit l’édilité.
Cela n’est pas très étonnant, dans la mesure où la colonia Copia Claudia n’avait pas de
magistrature spéciale, comme la préfecture uigilum et armorum nîmoise ou le triumvirat
locorum publicorum viennois, et présente au contraire un profil classique de colonie
romaine de déduction.

V. Magistrats supérieurs
22 Avec six mentions (no 3-8), le duumvirat n’est guère mieux servi que les magistratures
inférieures, puisqu’on ne peut supposer cette fois qu’il ait été passé sous silence, sinon
dans les deux inscriptions qui utilisent la formule omnibus honoribus functus (n o 1-2). On
remarquera qu’il n’y a aucune mention du titre complet de IIuir iure dicundo, ni de celui de
IIuir quinquennalis, ce qui est plus curieux étant donné son caractère très honorifique 74. On
constate en revanche la présence d’une expression plus originale, Iluir ex postulatione
populi ou expostulante populo, qu’on retrouve dans les carrières de Ti. Aquius Apollinaris (n
o 4) et de Sex. Ligurius Marinus (no 5), ainsi que dans une inscription fragmentaire du

passage Gay (no 7), soit pour la moitié des duumvirs explicitement connus. Cette
proportion élevée a pu faire penser, surtout après la découverte de l’inscription d’Aquius
Apollinaris, qu’il s’agissait d’une particularité lyonnaise75, mais la question est complexe
et mérite d’être examinée de plus près, ainsi que la signification de cette intervention
pour le moins inhabituelle du peuple dans la désignation de magistrats.
23 Les premiers éditeurs de la nouvelle inscription, suivis par Y. Burnand, voyaient dans la
postulatio populi une procédure très honorifique dans laquelle le peuple recommandait aux
décurions la désignation d’un duumvir et qui impliquait aussi la dispense de l’édilité 76.
Pour F. Jacques, il ne s’agirait pas d’une procédure particulière de désignation, mais d’une
action politique du peuple, qui interviendrait exceptionnellement dans la désignation des
duumvirs en imposant un nom, en dehors de la procédure habituelle et de l’ordre prévu
par les décurions, et sans par exemple que le bénéficiaire ait rempli auparavant les
fonctions d’édile77. Mais même si cette intervention prenait place dans la vie politique
traditionnelle, par exemple dans le cadre d’une assemblée religieuse, culturelle ou
sportive, il n’est pas sûr qu’on puisse envisager ainsi en plein IIe siècle, et a fortiori au IIIe,
l’expression épigraphique d’un conflit politique qui se serait terminé au désavantage du
sanctissimus ordo de la colonie, et la question doit donc, me semble-t-il, rester ouverte. La
différence entre les deux positions n’est de toutes façons pas si grande qu’il y paraît, car,
du point de vue juridique, on ne voit guère quelle autre forme aurait pu prendre le choix
populaire que celle d’une recommandation du peuple à l’ordo et, du point de vue
politique, la force et la nature d’éventuelles oppositions nous échappent complètement.
24 Un point de convergence entre les diverses analyses est la question de l’édilité. Même si
c’est de manière différente, presque toutes les études admettent que la nomination au
duumvirat ex postulatione populi se faisait avec dispense de l’édilité. La raison est
évidemment la carrière de Sex. Ligurius Marinus (no 5), qui, avant sa nomination à la
magistrature suprême, avait été questeur, mais pas édile et avait reçu, peut-être en
compensation, les ornamenta duumuiralia 78. On admet en général le même type de
promotion pour Ti. Aquius Apollinaris (no 4), dont le cursus ne fait pas état de
magistratures inférieures79. Mais l’explication me paraît dans son cas beaucoup moins
114

convaincante, car, si Marinus avait effectivement une carrière exceptionnelle, Apollinaris


présente au contraire un cursus très classique, dans lequel l’accumulation d’honneurs
élevés (trois prêtrises à Lyon et l’adlectio dans les décuries de juges) suffit à expliquer
qu’on ait passé sous silence les premières fonctions80. Quant au troisième cursus (no 7),
qui semble à première vue offrir un autre cas de dispense de l’édilité, avec la succession
[quaest]or IIuir ex [postulatione populi], on ne peut en tenir compte, dans la mesure où la
restitution de la questure est très incertaine et où on pourrait aussi bien envisager une
fonction supérieure au duumvirat comme le flaminat diuor(um) ou une préfecture d’unité
auxiliaire. Il n’y a donc que la seule carrière de Sex. Ligurius Marinus dans laquelle le
duumvirat ex postulatione populi soit associé à l’absence d’édilité, et elle est suffisamment
atypique pour qu’on s’abstienne d’en tirer une règle générale81. Plus vraisemblablement,
la dispense d’édilité était, comme le duumvirat ex postulatione populi, un usage plus ou
moins extraordinaire, que l’on pouvait on non combiner avec celui-ci.
25 Une autre question est de savoir si le duumvirat ex postulatione populi était une procédure
fréquente et s’il peut être considéré comme une particularité lyonnaise. Dans son
chapitre sur les élections, F. Jacques a recueilli quelques autres documents qui prouvent
la présence d’élections populaires dans les cités au IIe et même aux III e et IV e siècles82.
Mais il s’agit en particulier du fonctionnement des comices83, qui pouvaient très bien se
contenter, comme les comices romains sous Trajan, de ratifier un choix déjà effectué.
Rien ne prouve que de telles assemblées n’aient pas eu lieu aussi à Lyon, ni non plus, il
faut le dire, qu’elles aient eu lieu. Mais le problème de la postulatio populi me semble de
nature différente, si on a bien raison de l’interpréter comme une intervention qui
prendrait place non après, mais avant le choix de l’ordo, et donc avec une influence réelle,
mais qui serait de l’ordre de la recommandation, sinon de la pression politique. Les
parallèles sont cette fois très rares, et on ne peut guère citer que quelques formules
analogues, mais d’interprétation toujours discutable, pour la nomination de sévirs 84, d’un
quattuorvir à Aquilée85 ou d’un décurion à Brixia 86. F. Jacques relève aussi quelques
exemples en Afrique à l’époque sévérienne, mais avec des formules ambiguës qui ne
permettent pas en général de distinguer une véritable recommandation politique d’une
simple élection, qui pouvait être formelle87. Dans ces conditions, la rareté de la formule
lyonnaise pourrait s’expliquer par un usage local, comme F. Jacques l’envisage pour la
Numidie méridionale88. Mais la présence de trois textes concordants laisse penser qu’il
s’agissait à Lyon d’une habitude assez régulière et donc, selon toute vraisemblance,
largement formelle, plutôt que d’une intervention exceptionnelle voire contestatrice,
comme aurait pu le faire penser le seul cas de Sex. Ligurius Marinus.
26 On peut se demander cependant si la question est ainsi bien posée et s’il ne faut pas
chercher dans une autre direction. Si la postulatio populi n’est pas autrement attestée pour
l’élection de magistrats, elle est en effet assez courante quand il s’agit de décider de
récompenses honorifiques, et en particulier de l’érection de statues. On pourrait sans
difficulté citer plusieurs dizaines d’exemples89, mais on se contentera d’en relever un à
Die, qui nous intéresse de plus près parce qu’il concerne le notable, Sex. Vendus
Iuuentianus, qui fut admis au titre d’incola dans la curie de Lyon (n o 24)90. On rappellera
aussi que la majorité de ces inscriptions n’opposent pas, comme on a proposé de le faire
dans le cas de Sex. Ligurius Marinus, mais au contraire associent la postulatio populi et le
decretum ordinis, qui contribuent l’une et l’autre à la décision finale91, et que dans quelques
cas très intéressants on entrevoit comment la volonté populaire pouvait se manifester au
cours d’un spectacle au théâtre, ou éventuellement à l’amphithéâtre, selon le schéma que
115

proposait F. Jacques92. La différence est qu’il s’agit là seulement de l’honneur d’une statue
et non du choix d’un magistrat, mais je me demande si au fond ce n’est pas le modèle qui
explique le mieux la procédure lyonnaise, qu’on le prenne au sens propre, si on acclamait
le nom des notables dans les gradins, ou de manière plus indirecte, si on se contentait
d’appliquer aux élections des magistrats un formulaire épigraphique qui avait été élaboré
pour autre chose93. Je ne fais que poser la question, mais on voit que, dans un cas comme
dans l’autre, la politique ne sort pas nécessairement grandie et qu’au lieu d’une rare
survivance de débat démocratique, nous n’aurions plus qu’un exemple supplémentaire du
ravalement des magistratures au rang de distinctions honorifiques, comme les statues ou
ces ornamenta que les assemblées déjà distribuaient largement94. On ne prétend pas traiter
ici d’une question aussi complexe que la survie d’une forme de vie politique dans les cités
de l’empire, qui suscite comme on sait de nombreux débats. Mais je voulais souligner les
difficultés d’interprétation qui se posent quand nous ne disposons que des seules sources
épigraphiques. La riche collection lyonnaise nous fournit avec les duumuiri ex postulatione
populi un élémént de titulature qui semble assez original dans l’ensemble de l’empire.
Mais elle ne nous garantit pas que cette originalité corresponde à des institutions ou à
une pratique spécifiques. Il pourrait s’agir simplement d’une formule destinée, comme
tant d’autres, à mettre en valeur le consensus qui régnait entre l’ordo et le peuple 95. Ce
serait en somme un luxe non pas politique, mais épigraphique, qui ne saurait surprendre
à Lyon, où les pierres sont, comme on a pu dire, un peu plus bavardes qu’ailleurs.
27 Il arrive aussi qu’elles le soient un peu moins. Nous avons vu en étudiant le cursus de Ti.
Aquius Apollinaris (no 4) qu’il n’était pas nécessaire de supposer, comme pour Sex.
Ligurius Marinus, une dispense de l’édilité, et que, plus probablement, on n’avait pas jugé
utile dans une carrière aussi riche de mentionner les magistratures inférieures. Le
procédé est courant96 et pourrait rendre compte aussi du cas de Q. Acceptius Firminus (n o
3), qui, dans l’épitaphe de son fils, a pu se contenter de ses deux titres principaux, le
duumvirat bien sûr, mais aussi le décurionat, toujours actuel dans l’intervalle des
magistratures et qu’il partageait de surcroît avec le jeune défunt. L’hypothèse paraît
confortée par le prestige particulier que nous avons cru reconnaître au décurionat
lyonnais, qui pourrait expliquer que la mention en survive souvent à côté même des
magistratures97. Si nous acceptons ce raisonnement, il n’y a plus de raison de supposer
une procédure de nomination directe au duumvirat98, et le cursus modèle est au contraire
celui qui enchaîne questure, édilité et duumvirat, comme dans l’inscription de Sex.
Vagirius Martianus (no 6) et sans doute aussi dans le nouveau fragment du Verbe Incarné
(no 8), ainsi que je vais essayer de le montrer maintenant.
28 Le fragment de cursus qui figure sur une des plaques de marbre découvertes dans la
fouille du grand temple du Verbe Incarné, sur la colline de Fourvière, est, en ce qui
concerne la carrière municipale, la principale nouveauté de ces trente dernières années 99.
On sait que ce cursus occupe la partie inférieure d’une plaque fragmentaire qui porte
dans sa partie supérieure une titulature impériale écrite en lettres plus grandes. Sans
revenir sur le problème de cette titulature, et plus généralement de la fonction de ces
inscriptions, qui seront étudiées ailleurs100, je voudrais seulement faire le point ici sur la
carrière qui est présentée en dessous et qui était probablement celle du dédicant (ou d’un
des dédicants) de l’inscription, bien que les lettres conservées ne donnent pas
explicitement de forme au nominatif. Le nom a malheureusement entièrement disparu,
mais les deux premières lettres conservées au début de la 1. 3 ont permis aux éditeurs de
restituer avec assez de vraisemblance le titre de [praef(ectus) fa]ḅr(um). Suit la carrière
116

municipale proprement dite, qui commence par la questure et l’édilité. Selon la lecture
proposée par les premiers éditeurs, cette carrière s’étend ensuite sur la 3’, mais aussi sur
la 4e ligne de la plaque, avec entre les deux une très importante lacune, dans laquelle
prendraient place l’indication des ornamenta duumuiralia, dont il faudrait reconnaître les
premières lettres à la fin de la 1. 3, puis la désignation au duumvirat lui-même,
entièrement restituée, et le titre fort long de curator ciuium Romanorum, dont il ne
resterait que les dernières lettres au début de la 1.4101.
29 Ces propositions de restitution sont directement inspirées par la carrière de Sex. Ligurius
Marinus, qui avait été à la fois curateur des citoyens romains de la province de Lyonnaise
et honoré des ornements du duumvirat, avant d’être désigné duumvir ex postulatione
populi (n o 5). Mais de tels compléments, que les auteurs eux-mêmes présentaient comme
hypothétiques, supposent un texte fort long et qui suscite, pour les ornamenta comme
pour la curatèle des citoyens romains, un certain nombre d’objections. Comme nous
l’avons vu, les ornamenta duumuiralia conviennent davantage aux notables qui ne peuvent
être magistrats qu’à quelqu’un qui a déjà été questeur et édile102, et, après une telle
séquence, il serait beaucoup plus logique de restituer le simple duumvirat. Si on juge le
texte trop court pour la lacune, les solutions ne manquent pas. À défaut d’une nouvelle
mention de la postulatio populi, qui me semble pouvoir être exclue à une date aussi haute,
on pourrait penser, aussi bien qu’au titre provisoire de designatus, au quinquennalat ou
surtout à une prêtrise, qui serait logique pour un personnage dont le nom figurait à une
place très honorifique sur le plus grand temple de la ville. Mais il n’est pas sûr qu’il y ait
vraiment une lacune aussi importante à combler. Au début de la 1. 4, en effet, la
restitution du titre de [curator ciuium Roma]noru(m) paraît également peu assurée. Si on
connaît à Lyon des summi curatores à l’échelon provincial, comme justement Sex. Ligurius
Marinus (no 5) pour la Lyonnaise ou Sex. Vagirius Martianus (no 6) pour l’Aquitaine, il n’y
a pas en revanche de preuve sûre de la présence de curatores ciuium Romanorum à l’échelon
municipal, et l’institution paraît du reste moins nécessaire dans une colonie romaine que
dans d’autres cités103. Rien n’indique par ailleurs que la4e ligne, dont la disposition est
curieuse, contienne encore le cursus du même notable anonyme et, sans me hasarder ici à
de nouvelles restitutions, je proposerais plutôt de ne pas en tenir compte pour la
reconstitution de la carrière municipale. Il n’est dès lors plus nécessaire de trouver de
nombreux titres pour combler, entre les 1. 3 et 4, une lacune dont nous ignorons
l’étendue, et il me paraît plus prudent, en attendant un réexamen complet de
l’inscription, de s’en tenir aux seules fonctions figurant explicitement sur la pierre : q
(uaestor), aed(ilis), IIuir. C’est d’autant plus tentant que c’est exactement le cursus colonial
le plus classique, que nous avait déjà fait connaître la carrière de Sex. Vagirius Martianus
(no 6), et qu’il me semble constituer un modèle bien plus satisfaisant que celui, aussi
célèbre mais beaucoup plus atypique, de Sex. Ligurius Marinus.
30 Ce modèle est d’autant plus intéressant qu’il apparaît désormais à une époque assez
ancienne. Si la date néronienne proposée par les premiers éditeurs doit être considérée
comme incertaine, on peut néanmoins dater sans trop de risques d’erreur le document
avant la fin du Ier siècle. C’est une donnée précieuse dans une ville dont l’épigraphie n’est
pas antérieure, dans sa très grande majorité, aux époques antonine et sévérienne. Le
duumvir anonyme du Verbe Incarné s’ajoute ainsi à l’édile, également anonyme, d’un des
mausolées de Trion (no 12), dont l’inscription, encore plus fragmentaire, est généralement
datée de la première moitié du Ier siècle. Les seules autres inscriptions auxquelles on
puisse attribuer une date relativement haute viennent de l’extérieur et concernent de
117

simples décurions, Ti. Claudius Pius, dont le monument funéraire se trouvait à Valence (n
o 15), et, probablement, l’anonyme de Saint-Bertrand-de-Comminges (n o 27), dont

l’inscription présente une paléographie assez ancienne. Parmi ces rares textes datables du
Ier siècle, la plaque du Verbe Incarné est la seule à fournir une carrière. Elle nous permet
ainsi de vérifier que l’organisation municipale que nous avons essayé de définir avec des
inscriptions qui datent majoritairement de la seconde moitié du IIe ou du III e siècle était
déjà en place dans ses grandes lignes dès le début de l’empire, sinon dès la fondation
coloniale, qui est naturellement hors de portée de nos sources épigraphiques. Cette
organisation semble différente, non seulement de celle des villes d’origine ou de statut
latins que sont Vienne et Nîmes, où la carrière est divisée en deux niveaux et où
apparaissent des magistratures spécifiques comme le triumvirat locorum publicorum
persequendorum ou la préfecture uigilum et armorum, mais aussi de celle d’une vieille
colonie romaine comme Narbonne, qui avec ses praefecti pro duumuiro dispose sans doute
elle aussi d’une magistrature supplémentaire et où la questure semble plutôt alterner
avec l’édilité104. Il faudrait essayer de préciser si cette structure, en elle-même classique,
mais plutôt originale en Gaule, a eu à son tour une influence dans le reste des provinces
gauloises ou germaniques, mais il n’est pas sûr que le matériel épigraphique soit
suffisamment riche pour permettre une telle enquête. À Lyon même, il faut souhaiter que
de nouvelles découvertes, viennent, comme celle du Verbe Incarné, renouveler ou
compléter une documentation qui reste modeste et uniquement épigraphique.

VI. Conclusion
31 L’inventaire qu’on vient de présenter ne rend pas également compte de toutes les
composantes de l’élite municipale lyonnaise. On a volontairement laissé de côté les
prêtres, qui font l’objet d’un autre article dans ce volume et dont on a seulement signalé
les noms à la fin du tableau, et surtout les sévirs augustaux, qui, à Lyon comme ailleurs,
constituaient comme un second ordre après celui des décurions et dont le matériel
considérable (près de soixante-dix inscriptions, soit plus de deux fois plus que
l’aristocratie municipale) est en cours d’étude. En ce qui concerne les magistrats et les
décurions, l’enquête a surtout porté, conformément aux orientations du volume, sur leurs
fonctions politiques. Mais je voudrais conclure par quelques remarques plus générales sur
leurs origines et sur leur position sociale. Au sommet de l’échelle, nous avons recensé un
chevalier ayant effectué une milice (no 6) et trois notables ayant exercé des fonctions
impliquant ou approchant le rang équestre, comme l’appartenance aux décuries de juges
romaines (no 1 et 4) et peut-être la praefectura fabrum (n o 8) ; il n’est pas surprenant de
constater que tous les quatre étaient parvenus jusqu’à la magistrature suprême du
duumvirat. Mais, tel quel, ce nombre reste modeste pour une ville de l’importance de
Lugudunum, et on a déjà remarqué que la catégorie la mieux connue était sans conteste
celle des simples décurions, les pedani qui n’avaient exercé aucune magistrature et étaient
souvent des hommes nouveaux, sortant de l’armée (no 16, 20, 25), du milieu des affranchis
(no 15 ; cf. no 1) ou des cités voisines, notamment de Narbonnaise et des Alpes (no 24 ; cf. n
o 15, 17, 20). Il faut noter en revanche l’absence complète des milieux économiques et

commerciaux, qui paraît un peu surprenante quand on sait la puissance des corporations
lyonnaises. Ainsi les grandes corporations des nautes du Rhône et de la Saône, qui
comptaient dans leurs rangs au moins un décurion trévire et un duumvir viennois105, ne
comprennent, du moins à notre connaissance, aucun notable lyonnais ; mais peut-être
118

leurs échanges avec les autorités municipales se faisaient-ils à Lyon plutôt au niveau du
sévirat.
32 Parallèlement à l’étude des hiérarchies sociales, l’analyse des gentilices permet aussi
quelques observations intéressantes, même si elle ne pourra être achevée qu’avec la prise
en compte de l’ensemble du matériel épigraphique lyonnais. On ne connaît pratiquement
pas de famille décurionale, et en tous cas pas les grandes familles de l’aristocratie
municipale, puisqu’on ne peut en citer que deux qui aient fourni plus d’un notable à la
colonie, les Acceptii, pour lesquels une même inscription nous fait connaître, au début du
IIIe siècle, un père duumvir (no 3) et un fils décurion, mais qui n’est encore âgé que de
11 ans (no 14), et les Aquii dans la seconde moitié du II e siècle, si du moins on admet un
lien de parenté entre le duumvir et flamine de l’inscription de l’odéon (no 4) et le pontife
de 184 (no 28). Mais, à défaut de familles solidement installées dans le décurionat, on
dispose d’au moins un exemple caractéristique d’ascension sociale avec C. Aucius
Macrinus (no 1), dont le père était sévir augustal106, et cette promotion peut être
rapprochée du cas de la flaminique Iulia Helias, qui avait également un père sévir 107. Si on
ajoute Ti. Claudius Pius, dont le père semble avoir été un affranchi impérial (no 15), et
Minnius Vestinus, qui était le fils d’un décurion du petit peuple alpin des Sogiontii (n o 20),
on voit que, même du point de vue des relations familiales, les milieux en cours
d’ascension sociale sont mieux représentés que la vieille aristocratie coloniale.
33 Le trait le plus étonnant pour une vieille colonie romaine est peut-être le nombre élevé de
gentilices qui paraissent formés sur des noms celtiques, comme Aucius, Attius, Bucc[ius ?],
Minnius, Vendus et sans doute aussi Vagirius, auxquels on peut ajouter au moins un
gentilice formé sur un cognomen, selon un usage particulièrement fréquent dans les
provinces de Gaule du nord et de Germanie : Acceptius 108. Faut-il voir là les noms d’une
population indigène qui aurait été très tôt intégrée dans le corps civique colonial, ou
plutôt, puisque la majorité de ces noms apparaissent dans des inscriptions postérieures
au milieu du IIe siècle, les témoins d’un brassage de population qui aurait
progressivement amené dans la capitale fédérale des éléments venus de toute la Gaule ? Il
est difficile de répondre à cette question, d’autant que le patrimoine onomastique des
Ségusiaves, cité sur le territoire de laquelle a été prise la colonie de Lyon, est
particulièrement mince et que les deux principaux gentilices que nous y connaissons
(Titius et Vlattius) n’apparaissent pas dans la liste des notables lyonnais. Mais la rareté des
gentilices « italiens » dans nos tableaux (outre le peu significatif Valerius, on ne peut
guère citer que Manlius et peut-être Aquius) laisse plutôt penser, là encore, qu’il manque
dans notre documentation l’élite de l’aristocratie coloniale. L’analyse onomastique rejoint
ainsi les conclusions de l’étude prosopographique, qui met également en valeur la rareté
ou l’absence de carrières de très haut niveau.
34 Si l’analyse des gentilices ne permet guère d’identifier un noyau de familles solidement
implantées à Lyon109, la tribu est en revanche une aide précieuse, dans la mesure où la
tribu Galeria, qui était sans contestation possible celle de la ville, n’est jusqu’à présent
connue pour aucune autre cité de Gaule110. C’est, comme nous l’avons vu, un argument
solide pour attribuer à la colonia Copia Claudia certains décurions ou magistrats qui
apparaissent dans des inscriptions extérieures, comme Ti. Claudius Pius (no 15), M. Bucc
[---] (no 2) et peut-être aussi l’anonyme de Saint-Bertrand-de-Comminges (no 27). Mais je
voudrais ajouter au rappel de cette vérité bien connue une observation plus directement
liée à notre sujet. Si on excepte les inscriptions extérieures, et notamment celles des
militaires, qui, comme on sait, fournissent un état-civil en général beaucoup plus complet
119

que celui des civils, la grande majorité des mentions de la tribu Galeria que l’on connaît à
Lyon vient de notables municipaux. Sur les huit mentions lyonnaises répertoriées à
l’index du CIL XIII, six concernent en effet des magistrats ou des décurions (nos n o 1, 5,
6,12, 21, auxquels il faut sans doute ajouter un fragment orné d’un relief où sont
représentés des faisceaux111) et une un sévir augustal112, le seul particulier étant un enfant
mort à l’âge de 4 ans113. Si l’on ajoute AE 1966 252 et 1976 443 (nos n o 4 et 16) et les
inscriptions extérieures déjà citées (no 2, 15 et 27), on a bien l’impression que la tribu était
perçue et utilisée comme un signe fort de l’identité coloniale, au même titre que la longue
titulature c. C. C. A. Lugudunum, qui s’étale en grandes lettres sur tant de monuments.
35 Je serais tenté d’expliquer de façon analogue le prestige du titre de décurion, que nous
avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de noter114. Une telle fierté ne surprend en effet pas
vraiment de la part de sénateurs qui qualifiaient leur ordo de sanctissimus et dont les
ancêtres, affirmant orgueilleusement être une partie de l’armée, avaient tenu le discours
que l’on sait aux soldats de Fabius Valens115. Ces notables seraient sans doute fort déçus
de savoir que leurs statues et leurs grandioses monuments funéraires ont aujourd’hui
presque totalement disparu et que nous ignorons jusqu’au nom de la quasi-totalité
d’entre eux. La perte est naturellement tout aussi regrettable pour nous, mais elle est
malgré tout relative, si l’on compare le tableau auquel nous sommes parvenus avec ceux
que nous pouvons dresser pour le reste des trois Gaules et même des Germanies. À
l’intérieur même de l’épigraphie lyonnaise, si les sévirs augustaux ou les corporations
sont incontestablement mieux connus que les magistrats, il y a également des domaines
beaucoup moins bien documentés, comme l’étendue du territoire colonial, qui est
toujours aussi difficile à cerner116, ou les rapports de la colonie avec ses voisins, et en
particulier avec la cité des Ségusiaves dont elle était issue, mais aussi avec l’organisation
fédérale des Trois Gaules, dont on ignore quel était le statut territorial, sans oublier le
mystérieux pagus de Condate. Voilà quelques questions qu’il faudrait aussi éclaircir pour
pouvoir mieux préciser la place de Lugudunum dans l’ensemble gaulois. Mais les sources
épigraphiques sont, sur ces points difficiles, presque totalement muettes, et il n’est pas
sûr que la documentation archéologique, si riche soit-elle, puisse jamais les remplacer
complètement, notamment en matière juridique.

BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie complémentaire
BURNAND, Duumvirs lyonnais ▪ Y. BURNAND, Deux carrières contrastées de duumvirs lyonnais :
Ligurius Marinuset Vagirius Martianus, REA 24, 1973 (= Mélanges A. Bruhl, I), p. 331-340.

BURNAND, Personnel municipal ▪ Y. BURNAND, Personnel municipal dirigeant et clivages sociaux en


Gaule, MEFRA 102, 1990, p. 541-571.
120

FABIA, Municipalité ▪ Ph. FABIA, La municipalité de Lugudunum, Revue d’Histoire de Lyon 10,1911,
p. 5-42.

GASCOU, Magistratures ▪ J. GASCOU, Magistratures et sacerdoces municipaux dans les cités de Gaule
Narbonnaise, dans Actes du Xe Congr. Int. d’Épigr. Gr. et Lat., Paris, 1997, p. 75-140.

GOUDINEAU, La maison au dauphin ▪ Chr. GOUDINEAU, Les fouilles de la maison au dauphin. Recherches
sur la romanisation de Vaison-la-Romaine, Gallia Suppl. 37, Paris, 1979.

PELLETIER, Histoire de Lyon ▪ A. PELLETIER, Histoire de Lyon. Tome 1, Le Coteau, s. d. [1990].

THOMAS, Origine ▪ Y. THOMAS, « Origine » et « Commune patrie », Collection de l’École française de


Rome 221, Rome, 1996.

WUILLEUMIER, Métropole ▪ P. WUILLEUMIER, Lyon, métropole des Gaules, Paris, 1953.

NOTES
1. Cette situation de Lyon comme prolongement de la province de Narbonnaise a souvent été
soulignée, en particulier par M. LE GLAY, Le culte impérial à Lyon au IIe siècle ap. J.-C., dans Les martyrs
de Lyon (177), Paris, 1978, p. 26-27.
2. Cf. M. DONDIN-PAYRE, infra.
3. En particulier, pour les militaires, dans le corpus des inscriptions militaires de Lyon, en voie d ’
achèvement (en attendant voir F. BÉRARD, Vie, mort et culture des vétérans d’après les
inscriptions de Lyon, REL 70,1992, p. 166-192) ; pour les sévirs augustaux et les milieux
commerçants, dans une étude collective en cours de réalisation.
4. Cf. par exemple A. DE BOISSIEU, Inscriptions antiques de Lyon reproduites d ’après les monuments ou
recueillies dans les auteurs, Lyon, 1846-1854, p. 145-168, avec un chapitre (V) moins développé que
ceux qui sont consacrés aux sévirs ou aux militaires.
5. AD 2, p. 225-226 ; cf. aussi p. 335-336 sur la « constitution municipale ». Cet exposé figurait déjà
dans le premier ouvrage d’A. ALLMER et P. DISSARD, Trion. Antiquités découvertes en 1885, 1886 et
antérieurement au quartier de Lyon dit de Trion, Mémoires de l ’Académie des Sciences, Belles-Lettres
et Arts de Lyon 25, 2 vol., Paris-Lyon, 1888.
6. CIL XIII, p. 253
7. CIL V, p. 634.
8. CIL XI, p. 6.
9. FABIA, Municipalité.
10. WUILLEUMIER, Métropole, p. 43-45.
11. RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 73-75 et 172-181.
12. PELLETIER, Histoire de Lyon, p. 96, qui recense 19 décurions lyonnais.
13. BURNAND, Personnel municipal, notamment p. 571.
14. AE 1980 639 : voir infra et tableau, n o 8. Cette inscription est en revanche citée par PELLETIER,
Histoire de Lyon, p. 92-93 et n. 16, 21, 23 bis, mais dans le texte proposé par les premiers éditeurs,
qui, comme nous le verrons, me paraît devoir être révisé sur certains points.
15. CIL XIII1912 : voir infra et tableau, no 9.
16. CIL XIII1925 : voir infra et tableau, no 23.
17. Fragment publié par Y. BURNAND, Fragments d’inscriptions latines inédites de Lyon, Bulletin des
Musées et Monuments Lyonnais 5, 1972-1976, p. 140-145, et non repris dans l ’ΛΕ ni dans les listes de
G. Rupprecht et A. Pelletier ; voir infra, n. 34 et tableau, n o 30.
121

18. Voir par exemple JACQUES, Privilège, p. 394, n. 52, pour qui le décurionat, allant de soi pour un
notable, n’est normalement pas mentionné sauf conditions particulières ; sur l ’omission des
magistratures inférieures, voir infra et n. 96.
19. ILTG 87 = CIL XIII256-257 ; voir les comptes rendus critiques de A. DEGRASSI, Epigraphica 25,
1963, p. 113-114, et G. ALFÖLDY, B/166,1966, p. 637, avec des solutions alternatives qu ’il ne nous
appartient pas de discuter ici, dans la mesure où elles ne remettent pas en cause le décurionat
lyonnais.
20. Sur la tribu Galeria, voir infra, n. 110.
21. Voir surtout P. Wuilleumier (ILTG 87), qui s ’appuie, tout en la corrigeant sur certains points,
sur la recomposition proposée par R. LIZOP, Une inscription récemment reconstituée à Saint-
Bertrand-de-Comminges, Bull. Soc. Arch. du Midi de la France III e s., 4/1, 1939-1940, p. 109-120 (avec
une précieuse photographie). Un nouvel examen des trois fragments conservés, qui ont été
retrouvés dans l’ancien couvent des Olivétains, pourrait peut-être lever une partie des difficultés
que pose ce texte lacunaire.
22. AE 1952 23 ; J. SAUTEL, Carte archéologique de la Gaule Romaine. 11. Drôme, Paris, 1957, p. 145-146,
no 66 ; M. CHRISTOL et D. FISHWICK, A priest of the Three Gauls at Valentia, RAM 12, 1979, p. 281-286
(d’où AE 1979 403) ; A. BLANC, Colonia Valentia, Paris, 1982, p. 75-76, no 42.
23. L. MAURIN, Gaulois et Lyonnais, REA 88,1986, p. 109-124, notamment p. 119-124, où il préfère en
conséquence lire à la 1. 2 Galer[iano] plutôt que Galer(ia). Sur l ’exclusion des Lyonnais du sacerdoce
fédéral, voir déjà Allmer (AD 2, p. 117 et 371) et Hirschfeld (C/L XIII ad 1927) ; mais ce postulat
très ancien de l’épigraphie lyonnaise mériterait peut-être d’être reconsidéré aujourd’hui (voir
infra, n. 27).
24. En particulier Luguduni, que M. Christol et D. Fishwick proposent à la 1. 4 avant flaminis
diuorum. Mais la formule omnibus honoribus… functus des 1. 3-4 suffit de toutes façons à indiquer la
cité d’origine : peut-être faudrait-il pour Lyon restituer in colonia, comme dans l ’inscription de C.
Aucius Macrinus (no 1), plutôt que apud suos, qui conviendrait mieux en revanche à une cité
gauloise.
25. D. FISHWICK, The federal priesthood of M. Bucc[… again, RE A 98,1996, p. 413-419, qui renvoie
judicieusement à une observation faite par O. Hirschfeld au CIL XIII, p. 249.
26. On pourrait songer soit à un notable ségusiave parvenant d ’abord au sacerdoce provincial,
puis, après adlectio, à un flaminat municipal lyonnais, soit au contraire à un notable lyonnais
acquérant la citoyenneté ségusiave pour parvenir au sacerdoce provincial, mais aucune de ces
deux solutions n’est vraiment satisfaisante. On connaît en Tarraconaise au moins deux notables
qui ont fait une double carrière municipale, dans leur cité d ’origine puis à Saragosse, et sont
ensuite parvenus au flaminat provincial (CIL II4244 et 4249 = G. ALFÖLDY, Flamines provinciae
Hispaniae Citerioris, Madrid, 1973, no 61 et 66), mais il s’agit de cas plus simples de promotion d’une
petite cité dans une capitale de conuentus, et on ne peut absolument prouver que cette promotion
ait été directement liée à la perspective de l’accession au flaminat provincial.
27. L. MAURIN, op. cit. (n. 23), p. 123-124, qui, avant d ’écarter l’hypothèse, envisageait plusieurs
dates possibles pour une éventuelle ouverture du culte fédéral aux colons lyonnais, depuis le
règne de Claude jusqu’à l’époque sévérienne. En faveur d’une évolution chronologique qui aurait
ouvert aux colonies romaines une institution qui leur était d’abord extérieure, voir déjà JULLIAN 4,
p. 433 et η. 1, et depuis la découverte de l’inscription d’Upie WUILLEUMIER, Métropole, p. 35 et n. 20 ;
A. AUDIN, J. GUEY et P. WUILLEUMIER, Inscriptions latines découvertes à Lyon dans le pont de la
Guillotière, REA 56,1954, p. 321 et n. 3 ; R. FREI-STOLBA, Q. Otacilius Pollinus : inquisitor III Galliarum,
dans Alte Geschichte und Wissenschaftsgeschichte. Festschrift für Karl Christ, Darmstadt, 1988,
p. 187-193, et, avec plus de prudence, Die Kaiserpriester am Altar von Lyon, dans Roman Religion in
Gallia Belgica and the Germaniae, Luxembourg, 1994, p. 37 et n. 9.
28. Cf. G. ALFÖLDY, op. cit. (n. 26), p. 20-23.
122

29. CIL XII 2660 = RICG XV 11.


30. cf. en particulier J. ECUYER, Inscriptions latines et grecques relatives à Lugudunum trouvées hors de
Lyon, Lyon, 1932, p. 64, n o 94 ; WUILLEUMIER, Métropole, p. 44 et n. 13 ; RUPPRECHT, Dekurionenstand,
p. 178 ; BURNAND, Personnel municipal, p. 571 ; PELLETIER, Histoire de Lyon, p. 96 ; le texte manque en
revanche dans FABIA, Municipalité, p. 8, n. 1.
31. Ainsi CIL XIII 7816, et auparavant F. HAUG, Die römischen Denksteine des Grossherzoglichen
Antiquariums in Mannheim, Constance, 1877, p. 30-31, no 30.
32. Voir en ce sens H. DESSAU, ILS ad 7072.
33. II est noté cependant par BURNAND, Personnel municipal, p. 553, n. 31.
34. Si augu[r ?] (1. 2) et [fl]amen (1. 3) paraissent plausibles, sans être totalement assurés, la
lecture du mot decurio dans les quelques traces qui subsistent de la 1.1 est beaucoup plus
aventureuse ; voir supra, n. 17.
35. CIL XIII 1915. Sur la tribu Galeria, voir infra, n. 110.
36. La même raison vaut pour une des plaques fragmentaires du Verbe Incarné (voir infra, n. 99),
où il faut sans doute restituer, comme dans notre no 8, le nom d’un notable, mais où il ne subsiste
que la tribu Galeria et les deux premières lettres du cognomen.
37. 30 dans nos tableaux, soit un de plus que les 31 honorati recensés par Y. Burnand (Personnel
municipal, p. 571), si l’on enlève les deux flaminiques.
38. Notre tableau enregistre 18 attestations sûres du titre de décurion, soit une de moins que
ceux de G. Rupprecht et A. Pelletier, qui ajoutent l’anonyme de CIL XIII 1927 (n o 29), où la
restitution du décurionat reste hypothétique.
39. Ces chiffres sont tirés des tableaux dressés par BURNAND, Personnel municipal, p. 567-570, en
ajoutant les anonymes, mais en retirant les flaminiques qui figurent dans la liste des prêtres.
40. On ne connaît à Cologne qu ’une demi-douzaine de décurions (B. et H. GALSTERER, IKöln 76,
294-2 %) et seulement trois magistrats (IKöln 5 et 292 ; IKöln S II 23, avec un premier duumvir, qui
pourrait remonter aux origines de la colonie) ; voir aussi infra, p. 268.
41. Cf. RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 90-91, qui recense 19 duumvirs, auxquels s ’ajoutent une
dizaine d’édiles et de questeurs et seulement deux décurions ; M. GAYRAUD, Narbonne antique, Paris,
1981, p. 331-344.
42. Une vingtaine de magistrats et seulement un simple décurion d ’après un rapide décompte
dans l’ouvrage de G. ALFÖLDY, RIT 257 ( ?), 272, 279, 295-296, 312, 336, 338, 339, 340, 341, 342, 345,
349, 352, 355, 356, 357 ( ?), 359 ( ?).
43. Comme l’a remarqué BURNAND, Personnel municipal, p. 554.
44. Exactement 12 sur 18,4 ayant en revanche exercé au moins une magistrature (n o 3, 9,11, 13) et
2 cas restant incertains (no 27 et 28).
45. Cf. BURNAND, Personnel municipal, p. 544 et 549.
46. Voir supra, n. 41-42.
47. Cf. F. BÉRARD, op. cit. (n. 3), p. 169.
48. Ainsi RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 178, qui note cependant la difficulté qu ’il y a alors à
expliquer sa présence à Remagen ; BURNAND, Personnel municipal, p. 571 ; PELLETIER, Histoire de Lyon,
p. 96.
49. Cf. CIL XIII, p. 133 (ad 7816).
50. Sur la question voir F. BÉRARD, Les euocati de la cohorte urbaine lyonnaise, dans L ’Afrique, la Gaule,
la Religion à l’époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay, Collection Latomus 226,
Bruxelles, 1994, p. 390-400.
51. Comme le pensait A. PASSERINI, Le coorti pretorie, Rome, 1939, p. 167.
52. Pour une argumentation détaillée, voir F. BÉRARD, op. cit. (n. 50).
123

53. Cf. par exemple à Tarragone RIT 341 (duumvir à Osicerda et à Tarragone) et 352 (transféré du
municipe d’Augustobriga dans la colonie de Tarragone) ; à Béziers les cas de deux notables qui
étaient également décurions à Narbonne (CIL XII4402) ou à Lodève (4247).
54. On pourrait ainsi rapprocher Sext. Attius Ianuarius (n o 9) de la famille viennoise des Sex. Attii
qui a fourni au moins un magistrat (CIL XII 2235 et VI 29698) et à laquelle on rattache souvent le
préfet du prétoire Sex. Attius Suburanus Aemilianus (cf. R. SYME, Guards Prefects of Trajan and
Hadrian,/RS 70,1980, p. 79, et More Narbonensian Senators, ZPE 65,1986, p. 22 ; Y. BURNAND,
Senatores Romani ex provinciis Galliarum orti, dans Epigrafia e ordine senatorio. 2, Rome, 1982,
p. 414-415 ; M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, Prosopographie des femmes de l ’ordre sénatorial (Ιer-ΙIe siècles),
Louvain, 1987, p. 134-135 etc). On remarquera aussi que C. Iul(ius) Cornelianus (n o 17) a pour
épouse une femme qui paraît originaire du nord de la cité de Vienne (CIL XII 2375 ; cf. 2376).
55. CIL II 1055 = ILS 6916 ; cf. THOMAS, Origine, p. 28 et n. 13 (voir aussi p. 89, n. 16). Un troisième
exemple est cité par Y. Thomas, également lyonnais, puisqu ’il s’agit de C. Valerius Antiochus
Libanius (notre no 21), à qui il semble attribuer, apparemment à la suite d ’Hirschfeld et de
Rupprecht, une origine extérieure et en l’occurrence syrienne. Mais ce personnage ne doit sans
doute pas être considéré comme incola, car la tribu Galeria en fait un assez probable citoyen
lyonnais, qui a dû être plus simplement décurion dans sa ville.
56. Sur les incolae voir désormais THOMAS, Origine, p. 25-34.
57. II est très généralement considéré comme Voconce (cf. GOUDINEAU, La maison au dauphin,
p. 289-290 et 295 ; JACQUES, Privilège, p. 415, no 12 ; L. WIERSCHOWSKI, Die régionale Mobilität in Gallien
nach den Inschriften des 1. bis 3. ]ahrhunderts n. Chr., Stuttgart, 1995, p. 173 et 297 ; GASCOU,
Magistratures, p. 129-130), bien que le texte de l ’inscription ne l’implique pas absolument ; pour
une position plus prudente, cf. RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 177-178, qui semble suggérer plutôt
un peuple alpin.
58. CIL XIII 1938.
59. Cf. RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 175 ; BURNAND, Personnel municipal, p. 571 ; PELLETIER, Histoire
de Lyon, p. 96.
60. AD 141 ; cf. FABIA, Municipalité, p. 8, n. 1.
61. Sur le sens de la postulatio populi, voir infra.
62. BURNAND, Personnel municipal, p. 562.
63. Voir supra, n. 18 et n. 45-46.
64. Cf. CIL XIII 1921 (no 5).
65. Ainsi FABIA, Municipalité, p. 29 ; WUILLEUMIER, Métropole, p. 44 ; BURNAND, Duumvirs lyonnais, p. 334
et 338 ; PELLETIER, Histoire de Lyon, p. 92.
66. Sur les différents types de questure municipale, voir M.-F. PETRACCIA LUCERNONI, 1 questori
municipali dell’ltalia antica, Rome, 1988 ; pour l ’Afrique, F. JACQUES, La questure municipale dans l ’
Afrique du nord romaine, BACTHS17 B, 1984, p. 211-214.
67. Voir en ce sens BURNAND, Duumvirs lyonnais ; JACQUES, Privilège, p. 390-393, qui considère la
carrière comme exceptionnelle. Sur la postulatio populi, voir infra, p. 114-118.
68. Voir infra.
69. Ainsi BURNAND, Personnel municipal, p. 554.
70. Sur les problèmes posés par la restitution de cette plaque, notamment en ce qui concerne le
duumvirat, voir infra.
71. BURNAND, Personnel municipal, p. 554.
72. Voir infra et n. 96.
73. Les deux édiles pour lesquels est attestée une promotion au duumvirat sont ceux qui
présentent le cursus classique commençant par la questure (no 6 et 8). On peut envisager édilité
et duumvirat dans le cursus de Sex. Attius Ianuarius (no 9), pour lequel c’est doute la solution la
plus satisfaisante. Mais les deux magistratures doivent être restituées à la fin de la 1. 2, ce qui
124

reste hypothétique, surtout pour le duumvirat, et on ne peut totalement exclure une mention de
la questure à la fin de la 1.1, même si cela paraît moins probable.
74. L ’absence de quinquennales est moins étonnante si on note qu ’on n’en connaît pas non plus à
Vienne ni à Nîmes, pourtant beaucoup plus riches en cursus municipaux.
75. Cf. surtout A. BRUHL et A. AUDIN, Inscription du Lyonnais Tiberius Aquius Apollinaris, Gallia 23,
1965, notamment p. 270 ; voir aussi BURNAND, Duumvirs lyonnais, p. 339, et Les juges des cinq décuries
originaires de Gaule romaine, dans Mélanges… William Seston, Paris, 1974, p. 67, qui parle de
« procédure spéciale ».
76. Dans le même sens, voir déjà FABIA, Municipalité, p. 26, qui considérait la postulatio populi
comme une recommandation.
77. JACQUES, Privilège, p. 390-393 ; cf. aussi Les cités de l’Occident romain, Paris, 1990, p. 100-101
(« Manifestations et pressions populaires ») ; dans le même sens A. LEWIN, Assemblee popolari e lotta
politica nelle città dell’impero romano, Florence, 1995, p. 22-23 (sans référence directe au dossier
lyonnais).
78. II y a en revanche divergence sur la date à laquelle ces ornamenta auraient été conférés, Y.
Burnand pensant qu’ils étaient contemporains de la questure, qu’ils auraient contribué à
rehausser, alors que F. Jacques, critiquant ce point de vue, préfère les placer après celle-ci. Les
deux autres exemples d’ ornamenta duumuiralia que nous connaissons, ceux de C. Flauius Ianuarius
(no 15) et de Ti. Claudius Pius (no 16), sont indépendants de toute magistrature.
79. Ainsi A. BRUHL et A. AUDIN, op. cit. (n. 75), p. 270 ; BURNAND, Duumvirs lyonnais, p. 339 ; JACQUES,
Privilège, p. 390.
80. Comme le remarque F. JACQUES, Les cités de l ’Occident romain, Paris, 1990, p. 101, même s ’il
’ ’
préfère l hypothèse d une accession directe au duumvirat.
81. Comme le note justement PELLETIER, Histoire de Lyon, p. 94.
82. JACQUES, Privilège, p. 388-399.
83. CIL XIV 375 et 2410 (= ILS 6147 et 6190), à Ostie (in comitis facto) et à Bouillae (comitia
magistratuum) ; CIL X 7023 (= ILS 6771), à Catane (IIuir suffragio populi creato). Il n ’est pas sûr par
contre que les saepta de CIL V 7637 (= ILS 5065) doivent être rapportés à des activités électorales.
84. CIL X 112 (= ILS 6467) : ob honor(em) Aug(ustalitatis) quem primus omnium post k. Aug. a senatu
conspirante populo accipere meruit ; cf. JACQUES, Privilège, p. 407, qui classe le cas parmi les
distinctions honorifiques ; CIL V 5600 : [sex]ui[rij gra[tui]ti Com(i) suffragio populi.
85. CIL V 995 (= ILS 6687) : IIIIuir i. d. populi beneficio ; le commentaire des ILS comprend la formule,
à la suite de Mommsen, comme une allusion à un vote comitial et la rapproche de CIL X 7023 (voir
supra, n. 83) ; mais peut-être pourrait-on songer aussi à une forme de recommandation.
86. CIL V 4981 (= ILS 4901) : decurio honore gratuito d. d. ex postulation, pleb. ; mais le cas est lui aussi
douteux, car l’intervention du peuple pourrait avoir été limitée soit à la restauration de l ’autel
(ainsi InscrIt X/5 1051), soit plutôt à la dispense de la summa honoraria, la nomination proprement
dite restant la prérogative du sénat (cf. en ce sens JACQUES, Privilège, p. 407, qui classe également
ce cas parmi les distinctions : voir infra, n. 94).
87. JACQUES, Privilège, p. 393-397, avec en particulier CIL VIII2450 = 17950 (ob honorem fl. pp. conlati
in se a populo), où il y aurait, mais on ne voit guère pourquoi, à la fois postulatio et élection. Le
vocabulaire de ces inscriptions (en particulier le verbe conferre) nous situe plutôt, comme le note
F. Jacques lui-même, dans le registre du vote. Il est certes possible que celui-ci n ’ait pas été
entièrement formel, mais c’est de toute façon une autre question. Sur ces formules africaines,
voir aussi X. DUPUIS, Constructions publiques et vie municipale en Afrique, MEFRA 104,1992,
notamment p. 259-261.
88. JACQUES, Privilège, p. 398.
125

89. Voir notamment CIL VIII 11034, 22733, 22743 et les parallèles réunis par P. GAUCKLER,

Inscriptions de Gigthis (Tunisie), MEFRA 34, 1914, p. 269, η. 1, qui ne cite pas les textes lyonnais ;
plus récemment JACQUES, Privilège, p. 410-417 (tableau 31), avec une quarantaine d’exemples.
90. CIL XII1585 = ILS 6992. Sex. Vencius Iuuentianus fut honoré d ’une statue par l’ordo Vocontiorum
ex consensu et postulatione populi.
91. Voir par exemple à Gigthis CIL VIII 22733 (expostulante uniuerso populo ordo posuit) ou à Canosa
IX 334 = ILS 2768 (postulatu populi d. d.). Ces formules rappellent les dédicaces de très nombreuses
statues élevées à Lepcis Magna decreto ordinis et suffragio populi (IRT 519, 561, 564-568, 574, 578,
581, 595 etc ; cf. aussi à Bulla Regia AE 1962 184), à propos desquelles on peut se demander si
suffragium implique un véritable vote du peuple ou s’il n’est pas un peu l’équivalent de postulatio.
92. CIL X 3704 (à Cumes) et 7295 (à Palerme) = ILS 5054-5055, les deux fois pour une statue en
bige : cum populus in spedaculis adsidue postulasset ; cf. JACQUES, Privilège, p. 392-393 et 413.
93. On trouve aussi la formule dans le cadre des jeux, pour réclamer l ’ouverture d’un munus ou la
libération d’un gladiateur : CIL VIII 958 (= ILS 6819) ; IX1184 ; X 6012 (= ILS 5062) ; cf. G. VILLE, La
gladiature en Occident des origines à la mort de Domitien, Rome, 1981, p. 327-328 et n. 222.
94. II n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer que deux des rares exemples de nominations
que nous avons pu recenser (CIL X 112 et V 4981 ; supra, n. 84 et 86), sont classés par F. Jacques (
Privilège, p. 407) parmi les distinctions honorifiques conférées à la demande du peuple, peut-être
dans le second cas parce qu’il s’est seulement agi d’accorder la gratuité du décurionat et non la
dignité elle-même. Quant au premier exemple, il ne concerne pas une magistrature, mais
seulement l’honor Augustalitatis, et F. Jacques cite dans le même paragraphe des ornamenta
decurionatus décernés à un sévir petente populo (AE 1953 21).
95. Sur les formulations épigraphiques du consensus, voir le tableau consacré aux statues par
JACQUES, Privilège, p. 410-417 ; on notera deux cas (n o 5 et 6) où le consensus est triple : CIL XI 3013
(consentientibus augustalibus et plebe, decuriones obtulerunt) et IX 4970 (consensu decur. et Vluirum,
postulante plebe).
96. Cf. GASCOU, Magistratures, p. 94 (pour Vienne).
97. Voir supra. On notera que la même juxtaposition du décurionat et du duumvirat se retrouve à
Lyon dans l’épitaphe d’un notable lingon, T. Tinc(ius) Alpinus (AD 232 = CIL XIII 1922).
98. Comme l’envisage BURNAND, Personnel municipal, p. 554 et n. 34.
99. J. LASFARGUES et M. LE GLAY, Découverte d ’un sanctuaire municipal du culte impérial à Lyon,
CRAI 1980, p. 394-394 (pour l’épigraphie AE 1980 637-639).
100. Les inscriptions impériales du Verbe Incarné ont fait l ’objet d’une étude de G. Di Vita-Evrard
présentée lors d’une table-ronde consacrée aux Inscriptions Latines de Gaule Lyonnaise à l ’E.N.S.
le 8 juin 1996 et qui est en cours de publication. Elles seront par ailleurs reprises dans le corpus
des inscriptions de Lyon, lui aussi en préparation.
101. Cf. M. LE GLAY, op. cit. (n. 99), p. 410-412 (d ’où AE 1980 639) : [--- praef(ectus) fa]br(unt), q
(uaestor), aed(ilis), IIuir[alibus ornamentis honoratus, IIuir desig(natus),… curator ciuium / Roma]noru
(m).
102. Voir supra.
103. Il existe au moins deux mentions possibles du titre dans l ’épigraphie lyonnaise (AD 103 et
189 = CIL XIII 1667f et 2013), mais elles sont l ’une et l’autre incertaines, comme j’ai essayé de le
montrer dans une étude récente (en cours de publication). De toutes façons, même si on admet l ’
existence de ces parallèles, cela ne suffit pas pour imposer la restitution du titre, qui reste assez
rare, sur la plaque du Verbe Incarné.
104. Cf. GASCOU, Magistratures, p. 77-81, qui envisage, avec de bons arguments, que les praefecti pro
duumuiro aient été, non de simples remplaçants, dont le nombre serait bizarrement élevé, mais
plutôt de véritables adjoints permanents des duumvirs et remarque que, quand elle figure dans
des carrières, cette préfecture apparaît toujours après l’édilité.
126

105. CIL XIII 1911 et 11179 ; 1918 ; on connaît aussi à Vienne un marchand de vin décurion : XII
1896.
106. CIL XIII 1938 ; voir supra et n. 58.
107. AD 146 et 154 = CIL XIII 2181 et 1956. Cf. Y. BURNAND, De la servitude au flaminat : quelques cas de
promotion sociale en Gaule romaine, dans La mobilité sociale dans le monde romain. Actes du colloque
organisé à Strasbourg (novembre 1988), Strasbourg, 1992, p. 203-205.
108. Sur ces noms celtiques dans l ’aristocratie lyonnaise, voir les remarques de M. CHRISTOL et D.
FISHWICK, op. cit. (n. 22), p. 282-283 et n. 17, qui y voient un argument supplémentaire pour faire
de M. Bucc[---] un notable lyonnais ; contra L. MAURIN, op. cit. (n. 23), p. 123, dont les critiques n ’
emportent en l’occurrence pas l’adhésion.
109. Cf. sur le sujet, M. LE GLAY et A. AUDIN, Gentilices romains à Lugdunum, RAE 24,1973 (= Mélanges
A. Bruhl. I), p. 537-544, dont les principaux développements sont, de manière significative,
consacrés aux noms des étrangers de passage dans la colonie, en particulier les commerçants
gaulois ou orientaux et les militaires des légions de Germanie qui tenaient garnison dans la ville.
110. Cf. J. W. KUBITSCHEK, Imperium Romanum tributim discriptum, Vienne, 1889, p. 217-218 et
270-271.
111. CIL XIII 1915 ; voir supra, n. 35.
112. CIL XIII1938 ; voir supra, n. 58 et 106.
113. CIL XIII 2266. Voir pour le décompte CIL XIII, p. 134, dont il faut exclure CIL XIII 1803, qui
concerne un sénateur qui n’était pas d’origine lyonnaise.
114. Voir supra, n. 63-64 et n. 97.
115. Cf. TACITE, Hist. 1,65 : se coloniam Romanam et partent exercitus.
116. Pour un état de la question sur ce sujet délicat, voir F. BÉRARD, Le projet des inscriptions de Lyon,
dans Lyonnaise, p. 9-11.

AUTEUR
FRANÇOIS BÉRARD
Professeur à l’université Jean Moulin Lyon 3 et directeur d’études à l’École pratique des hautes
études – Section des Sciences historiques et philologiques
13-17, rue de la Voûte - F-75012 Paris
127

Magistratures et administration
municipale dans les Trois Gaules
Monique Dondin-Payre

1 Il est banal de dire que la « municipalisation », terme un peu ambigu dans le vocabulaire
contemporain, qui recouvre l'urbanisation et son corollaire, l'introduction ou la
généralisation de statuts civiques collectifs romains dans les provinces, est un des aspects
essentiels de l'empreinte de Rome. Bien étudiée pour la Narbonnaise1, la question a fait, et
fait toujours, en ce qui concerne les Trois Gaules, l'objet de controverses considérables,
sur des points essentiels (accord général du droit latin aux Trois Gaules ? sous Claude ?
sous Hadrien ? existence de municipes ? réalité du cursus munimunicipal ?…) si bien qu'il
a été décidé de l'aborder sous un angle étroit mais rigoureux : par un recensement aussi
exhaustif que possible des attestations épigraphiques de magistratures pour constituer
un corpus documentaire incontestable2. L'avantage de ne prendre en considération que
des témoignages contemporains des faits, plus informatifs que démonstratifs, moins
entachés d'un contexte personnel, technique ou idéologique que les textes littéraires ou
juridiques est essentiel du point de vue de la méthode. On verra que, même sur des points
où les apports documentaires littéraires sont très importants quantitativement (pour les
pagi et les vici par exemple), ce choix s'est révélé extrêmement opportun, car il permet
d'argumenter solidement les conclusions. Priorité est donnée à la présentation et à
l'analyse de ces textes, et la bibliographie immense, stimulante par les débats renouvelés,
si elle a constamment nourri la réflexion3, ne sera pas citée point par point, notamment
pas lorsqu'on se démarque des affirmations antérieures.
2 Le recensement couvre toutes les mentions repérées de magistrats, de magistratures, de
fonctions individuelles ou collectives (comme ordo decurionum…), les expressions précises
(identifiant les charges) comme les formules générales qui attestent l'existence d'un
cursus ou d'une magistrature directement (omnibus honoribus functus…) ou indirectement
(decreto). Afin d'arriver à la constitution du corpus le plus incontestable possible, aucun
exercice de magistrature déduit d'une autre information n'a été retenu, même si
l'équivalence est généralement admise : on ne trouvera donc ni les flamines du culte
impérial, ni, sauf exception motivée (dans des vici ou des pagi par exemple), les donateurs
d'édifices publics (par exemple, M. Vegisonius Marcellus qui offre l'amphithéâtre à Metz),
128

non parce qu'ils n'ont pas toutes chances d'avoir été aussi magistrats, mais parce que la
démarche consiste précisément à oublier les présupposés, quitte à pouvoir les confirmer,
mais sur des bases assurées4 ; pour Lyon, au statut exceptionnel puisque unique colonie
romaine des Gaules, qui fait l'objet d'études spécifiques5, seuls les magistrats dont la
fonction est précisément identifiée ont été retenus (édile, questeur, mais ni décurion ni
ordo etc…). Au cours de l'enquête, il est apparu qu'il était judicieux de l'étendre à des
informations extérieures aux magistratures, mais qui les éclairent ; il s'agit notamment
des modes de désignation des cités et de toutes les mentions de vicus et de pagus,
particulièrement intéressantes car ce niveau administratif a été négligé jusque là. Dans
l'ensemble, d'ailleurs, plus d'attention a été accordée aux questions épineuses, au détail
de documents difficiles à comprendre et noyés dans les démonstrations globales, qu'aux
problèmes généraux maintes fois débattus, mais souvent indirectement éclairés par ces
analyses.
3 L'ère géographique considérée recouvre les Trois Gaules telles que les définit le CIL, c'est-
à-dire que les Lingons et les Séquanes (traités dans le volume avec les Germanies) en sont
exclus6.

I. Répartition géographique globale

LES ATTESTATIONS EPIGRAPHIQUES DE MAGISTRATS DANS LES TROIS GAULES questeurs désigne les
questeurs de cité ; les questeurs de citoyens romaines, les magistratures exceptionnelles, les
quattuorvirs, les formules générales figurent sous "autres mag. ou général"

Ne sont pas représentées les cités suivantes : Abrincatui, Andécaves, Aulerques Diablinthes,
Bodiocasses, Coriosolites, Esui, Lexovii, Meldes, Parisii, Unelles.
129

Pas d'attestations pour les cités suivantes : Boï, Vasates.

Ne sont pas représentées les cités suivantes : Atrébates, Ménapiens, Silvanectes.

4 La première constatation concerne la répartition géographique globale des témoignages


(voir carte 1). Un grand vide est évident à l'ouest : un bloc des Unelles aux Andécaves, mis
à part les Viducasses, et les Coriosolites, et au centre (Meldes et Parisii), de sorte que la
Lyonnaise, mis à part les Senons et les Éduens, n'est pas, proportionnellement à sa
superficie, extrêmement bien pourvue en témoignages. En revanche les lacunes moins
nombreuses (Boii, Vasates) d'Aquitaine, province aux cités très vastes et aux territoires
géographiquement difficiles, ne sont cohérentes ni par leur situation ni par leur nature,
et la Belgique est, contrairement aux réserves que l'on formule d'ordinaire, bien
représentée (un silence pour les Ménapiens et les Atrébates), surtout par les attestations
de vici et de pagi. L'articulation entre un niveau qu'on pourrait désigner rapidement
comme « supérieur » (le chef-lieu de la civitas) et les niveaux « inférieurs » (pagi et vici) est
envisageable sous plusieurs angles : soit le chef-lieu, plus susceptible d'être imprégné de
culture romaine, livre plus de citations ; soit, au contraire, ce sont les circonscriptions
« inférieures », parce qu'elles sont les plus nombreuses ; soit la cité, cadre administratif
cohérent, a laissé des traces similaires à tous les degrés. Dans les faits, on ne peut mettre
130

en évidence aucune logique : les échelons supérieurs ne sont pas forcément mieux
connus, dans certaines cités on n'a trace que de vici ou de pagi, dans d'autres on a plus de
témoignages sur les instances supérieures, sans qu'aucune rationalisation ne se dessine,
et les cas où les témoignages sont équilibrés entre les deux catégories, comme chez les
Riedons, sont extrêmement rares.

II. Les modes de désignation : cités, magistratures


La désignation des cités

5 La certitude qu'on a une vision tout à fait globale des magistrats permet de trancher
nettement l'âpre controverse sur le sens de civitas et ses implications administratives.
Dans cette perspective, dresser le catalogue du mode de désignation des cités ne répond
pas à un désir de simple érudition, l'enjeu est double : déterminer la réalité géographique
et la portée juridique de chaque terme. Personne ne pense que les mots sont employés
indifféremment, sans que leur variété ait de signification : bien au contraire, la discussion
sur la désignation des cités et la signification des variantes de cette désignation est très
vive et centrée autour des termes civitas - colonia. Pour résumer cette question épineuse,
disons que l'ambiguïté du mot cité - civitas, qu'on emploie aujourd'hui pour désigner deux
réalités, une cité, c'est-à-dire une ville, ou un territoire occupé majoritairement par tel ou
tel peuple (par ex. civitas Arvernorum ) a entraîné deux prises de position en ce qui
concerne les magistrats. Certains estiment que les responsables, qui portent des titres de
magistrats municipaux (édiles, questeurs, duumvirs…), sont des magistrats urbains qui
n'administrent que les chefs-lieux ; d'autres, à l'inverse, qu'ils gèrent la totalité du
territoire de la cité, y compris, mais non exclusivement, le centre administratif urbain,
car les deux éléments ne peuvent être dissociés. Il y a, pour l'un et l'autre termes de
l'alternative, tant d'arguments qui s'équilibrent que les deux opinions ont trouvé jusqu'à
aujourd'hui des partisans chez les plus grands savants. En ce qui concerne l'articulation
entre civitas et colonia, le principe longtemps le plus généralement admis est que civitas
désigne une communauté pérégrine, colonia une communauté qui, ayant été dotée du
droit latin, a ensuite ou en même temps été promue au rang de colonie7. En ce cas, la
coexistence des deux termes pour désigner la même entité administrative est
incompréhensible, d'autant plus qu'elle se produit à plusieurs reprises dans les mêmes
documents et dans les mêmes contextes.
131

fig. 1 • Les cités gallo-romaines

6 En fait, les dénominations sont beaucoup plus variées, et, pour évaluer la place et la
signification des deux pivots, civitas et colonia, il faut envisager l'ensemble du vocabulaire
employé.

LA DÉNOMINATION DES CITÉS DANS LES TROIS GAULES. Les noms soulignés sont ceux des cités qui sont à
la fois civitas et colonia ; mil. = milliaire, suivi de la date. Civitas

AQUITAINE
Arvemes : CIL XVII 341 (mil., 244-249) et 343 (mil., 121) et 351 (mil., 275) et 353 (mil.,
262-267) ; Bituriges Cubes : CIL XIII1378 à 1380 (dite aussi res publica ? lecture à
vérifier, voir n. 263) ; Bituriges Vivisques : CIL XIII 566 = ILS 7038 ; Convènes : CIL XIII
254 et 2558 (dite aussi colonia), CIL XVII 308 (mil., 244-247) ; Élusates : CIL XIII 563 (dite
aussi colonia) ; Gabales : CIL XIII1571, CIL XVII 333 (mil., 260-269) et 334 (mil., 267 ou
268) ; Lactorates : CIL XIII 511 ; Lémovices : CIL XIII 1803, CIL XVII 354 à 357 (mil.,
entre 243 et 260) et 365 (deux fois, mil., 271-274) ; Nitiobroges : CIL XVII 370 (mil.,
293-305) ; Pétrucores : CIL XIII 971 et 11040 ( ?), CIL XVII 369 (C P L = libera) (mil., 276) ;
Pictons : CIL XIII 1114 et 1129, CIL XVII 432 (mil., 271-274) et 433 (mil., 276) et 440 et
442 ? (mil., 286-293 ?) ; Rutènes : CIL XVII 337 (mil., sans date, très douteux), 338
(mil., 324-337) ; Vellaves : CIL XIII 1576, et 1591 (civitas V. libéra) et 1592 et 1614 (dite
aussi colonia), et les mil. CIL XVII 319 (275) et 320 (222-235) et 324 (244-247) et 329
(251-253) et 330 (244-247) et 331 (260-268)
soit 13 cités sur 21

BELGIQUE
Ambiens : CIL XVII 508 (mil., 305-309) ; Leuques : CIL XVII 534 (mil., 317-326) et 535
(mil., 317-337) ; Médiomatriques : CIL XIII 4290 et 4291 (dite aussi colonia) et XVII 517
132

(mil., 97) et 536 à 538 (mil., respectivement 213,117-138, 269) ; Morins : CIL XIII 3560,
cf. CIL XI 391, CIL XI 391 (dite aussi colonia) ; Nerviens : CIL XIII 3571 et 3573 ; Rèmes :
CIL X 1705 (/civitas Remor]um foed[erat]), civitas Remorum foederata respectivement
explicité, fragmentaire et complètement restitué dans CIL XII 1855 et 1869 et 1870 et
2613 (voir infra n. 15), CIL XIII 3255 (civitas sua Remorum), CIL XVII 509 (mil., 269-270) ;
Silvanectes : ILTC 357 ; Suessions : CIL XIII 3528 ; Tongres : CIL XIII 3599 ; Trévires : CIL
XIII 1911 et 3693 et 3694 et 6800 et 11179, AE 1968 321, F 322 (dite aussi colonia)
soit9 cités sur 14

LYONNAISE
Aulerques Éburovices : CIL XIII 1390 ; Coriosolites : CIL XVII 419 (mil., 293-305) et 423
(mil., 269-270) ; Éduens : CIL XIII 2658 et 29249 ; Éduens ou Mandubiens : CIL XIII 2586
(douteux) et 2877 ; Meldes : CIL XIII 2924 (voir n. 9) ; Namnètes : CIL XVII 387 (mil.,
269-270) et 391 ? (mil., sans date et très douteux : C N O) ; Parisii : CIL XIII 2924 (voir n.
9) et 3034 et XVII 494 (mil., 305-309) ; Riedons : AE 1969-70 405 (dite aussi res publica),
et les mil. CIL XVII 424 (273-274) et 463 (261-269) et 467 (269-270) et 469 ? et 470 ?
(tous deux sans date, très fragmentaires) et 471 et 472 (tous deux 237) et 473 et 474
(tous deux 269-270) et 476 et 477 (tous deux sans date, très fragmentaires) ;
Ségusiaves : CIL XIII 1629 ? et 1632 et 1645-1646 et 1712 (dite aussi colonia) ; Senons :
CIL XIII 2924 et 2926 et 2942 et 2949 = ILS 7049 (dite aussi colonia)10 ; Tricasses : AE
1953 56, et CIL XIII 2924 (voir n. 9) et 2957 ; Turons : CIL XIII 3076 et 3077 (civitas Tu
[ronum] libéra) ; Viducasses : CIL XIII 3166 et 3162 = ILTG 341= AE 1949 136-137 (civitas
libera, dite aussi colonia)
soit 12 cités sur 28, hors Lyon
le milliaire de la voie Orléans-Lutèce qui, d'après CIL XIII, p. 472, aurait désigné la
cité des Camutes comme civitas Aurelianorum n'existe pas ; il doit y avoir confusion
avec le milliaire de Saclas conservé au musée d'Orléans qui est daté du règne
d'Aurélien.

Colonia

AQUITAINE
Convènes : ILTG 59 et 76-78 (impendio c[…/) (dite aussi civitas)11 ; Élusates : CIL XIII 546 ;
Vellaves : CIL XIII 1577 (praefectus coloniae) (dite aussi civitas)

BELGIQUE

Médiomatriques : CIL XIII 11359 (douteux) (dite aussi civitas) ; Morins : CIL XIII 8727
(IIvir colon. Morinorum) (dite aussi civitas) ; Trévires : F 17, 26, CIL XIII 3641,11313 = AE
1908 132 (douteux), CIL III 4153 ?, AE 1979 417 et 418, S-H 84 (revu AE 1968 321, civitas,
colonia Treverorum) et les mil. CIL XVII 543 (121) et 544 (100) et 561 (139) et 552 (121)
et 553 (139)

7 LYONNAISE

Ségusiaves : CIL XVII 346 (mil., 98-117, dite aussi civitas) ; Senons sans doute : CIL XIII
1684 (à Lyon) (dite aussi civitas) ; Viducasses : CIL XIII 3162 = ILTG 341= AE
1949 136-137 (dite aussi civitas)
133

Patria

Arvernes : CIL XIII 1463 ; Cadurques : CIL XIII 1541 ; Viducasses : CIL XIII 3162 (outre
colonia, et civitas libera)

Res publica

AQUITAINE
Bituriges Cubes : CIL XIII 1376 et 1377 (dite aussi civitas ? lecture à vérifier, voir n.
263) ; Lactorates : CIL XIII 520 et 534 ; Pétrucores : CIL XIII 971 et 11040 ; Santons : CIL
XIII 1114 ; Pictons : AE 1967 30312

LYONNAISE
Aulerques Éburovices : CIL XIII 3203 ? (très douteux13) ; Riedons : AE 1969-70 405a et b
(dite aussi civitas)

Oppidum

Unicum dans l'épigraphie des Gaules, ou plus exactement comme pour vicus / vicani,
on dit oppidani ; ILTG 314 = AE 1913 161 = ILS 9516, Chalon-sur-Saône, Éduens 14

8 La première constatation est la domination écrasante, sur tous les autres termes, de
civitas ; elle est évidente dans les trois provinces, avec une densité surprenante pour des
cités comme les Vellaves ou les Ségusiaves. Civitas, très rarement mentionné seul, et en ce
cas dans la cité même, est complété la plupart du temps par un nom de peuple (le seul ou
le principal du territoire), jamais par celui de la capitale (ce qui implique la révision de
plusieurs restitutions15). Le terme désigne une entité, éventuellement mais pas
obligatoirement calquée sur un découpage gaulois, c'est-à-dire une circonscription
administrativement délimitée, composée de deux éléments indissociables, une ville qui
fait office de capitale et son territoire, plus ou moins vaste, sans présager du statut
civique et notamment sans impliquer aucunement qu'il s'agit d'une communauté pérégrine :
civitas est juridiquement neutre. Le mot n'acquiert une nuance civique que lorsqu'il est
précisé par les seuls adjectifs qu'on lui voit jamais accolés en Gaules, libera, pour les
Pétrucores, les Vellaves, les Turons, les Viducasses, foederata pour les Rèmes 16, qui font
référence à un statut privilégié dont la cité a bénéficié après l'annexion et qui, à partir de
Tibère, n'est plus qu'honorifique, sans aucune implication juridique, plus
hypothétiquement splendidissima chez les Éduens17.
9 Il n'y a donc aucun obstacle à ce que, pour une même cité, d'autres mots ou groupes de
mots soient employés, et la pratique est tout à fait courante (de même que, ainsi que sur
les milliaires essentiellement, une désignation par de simples noms propres non précédés
d'un terme générique). Certains sont tout aussi neutres juridiquement : patria, par
exemple, rare et toujours intégré à la formule omnibus honoribus functus (parce qu'il
indique une relation personnelle entre le personnage et sa cité) mais, assez curieusement,
dans la cité d'origine du personnage, alors que, à Lyon, pour le même individu et dans les
mêmes circonstances, on préfère apud suos qui marque la différenciation entre les
concitoyens du magistrat et ses collègues fédéraux18. Que patria soit réservé à l'Aquitaine,
134

avec une seule citation en Lyonnaise, chez les Viducasses où il renvoie à la communauté
qui a élevé Sollemnis à tous les honneurs ou à la prêtrise seule19, semble ne relever que du
hasard.
10 Res publica est également rare, et surtout employé en Aquitaine 20, la province la plus
fertile en nomenclatures civiques variées, sans doute parce qu'elle bénéficia du droit latin
plus tôt. L'adjonction à plusieurs reprises (3 fois) de termes ou d'expressions qui
recouvrent d'autres groupes en éclaire peut-être le sens : chez les Bituriges Cubes des
vicani sont co-bénéficiaires, avec la res publica, d'équipements collectifs, chez les
Lactorates des vicani élèvent un hommage à un personnage qui a exercé une fonction ou
une influence au sein de la res publica, T. Flavius Postuminus est remercié par les
décurions Riedons dans des décrets où civitas apparaît à plusieurs reprises, de ses erga r. p.
et in singulos merita. Res publica pourrait être (le faible nombre des documents contraint à
la circonspection) plus restrictif que civitas et désigner l'ensemble du corps civique au
sein duquel s'isolent des ensembles, soit les décurions qui veulent souligner la générosité
envers chacun d'eux de Postuminus, soit les vicani qui, on le verra, constituent un groupe
défini par son lieu de résidence.
11 A l'inverse, aucune cité des Gaules, y compris Lyon, n'est nommée colonia sans être aussi
désignée par un autre terme, civitas, sur les mêmes pierres ou séparément. Cette dualité
ne résulte donc ni d'une répartition chronologique ni d'une obligation institutionnelle
qui recouvrirait une différence de statut juridique ni de la réalité d'une déduction initiale
de vétérans dont il est vain et injustifié de discuter la réalité (interrogation pourtant
systématiquement posée) lorsque colonia est employé. Le cas le plus caractéristique est
celui des Trévires que de multiples documents, et à plusieurs reprises les mêmes, citent
comme colonia (accompagné ou non d'Aug. et de Treverorum), mais aussi comme civitas.
Bien que les Trévires, à l'épigraphie très abondante, aient focalisé l'attention des
historiens21, il ne s'agit nullement d'une exception : les Convènes, les Élusates, les
Vellaves, les Senons, les Ségusiaves, les Tricasses, les Viducasses, les Morins, les
Médiomatriques présentent exactement le même cas de figure22. Un raisonnement a fait
de colonia la désignation de la capitale, sinon par opposition, du moins par distinction,
avec son territoire ; colonia serait le siège des institutions, le caput civitatis, où par
conséquent sont exercées les magistratures ouvrant l'accès à la citoyenneté romaine23.
Certes, quand elle n'est pas éclairée par le croisement entre les mentions de
magistratures et des circonscriptions dans lesquelles elles ont été exercées, précision qui
manque souvent, cette hypothèse pourrait sembler confortée par plusieurs arguments.
D'abord l'emploi de colonia dans des contextes qui en font le pendant de termes qui
définissent des entités géographiques et/ou administratives : ainsi genio coloniae, parallèle
de formules comme genio pagi24. De même, si les arenarii consistentes col. Aug. Trev. (CIL XIII
3641) ne sont pas obligatoirement des employés municipaux mais peuvent dépendre
d'entrepreneurs privés, la résidence ainsi déterminée pourrait n'être précisément que la
ville de Trèves ; l'interprétation des adjectifs impériaux accolés à colonia comme trace
d'une promotion accordée par tel ou tel empereur à une ville va dans ce sens25. La
dissociation capitale-colonia / temtoire-civitas a servi notamment à justifier deux mentions
d'un praefectus coloniae dans deux provinces différentes, probablement vers la même
époque, la seconde moitié du IIe s. ou le début du IIIe s., de sorte qu'on ne peut invoquer
une pratique du début de l'Empire26 : ce titre insolite porterait témoignage de
responsables spécifiques de la capitale, moins nombreux, donc plus rarement évoqués
que les magistrats de la cité. Cette proposition aurait entre autres l'avantage de résoudre
135

en partie la question du poids excessif d'une administration unique pour la capitale et le


territoire, et d'une nécessaire spécialisation de certains responsables. Même si on la
retenait, il faudrait souligner fermement qu'elle ne peut impliquer que le chef-lieu a un
statut civique différent du reste du territoire, la totalité de la civitas (la cité - capitale et le
territoire) reste colonia. En fait, elle se heurte à plusieurs objections dont l'une est
incontournable. La première est que la construction colonia + un nom de peuple renverrait
à une ville qui s'appelle dans les faits tout autrement : l'équivalence de colonia
Mediomatricorum libera avec Divodurum Mediomatricorum pour identifier Sex. Publicius
Decmanus comme un affranchi de la ville de Metz27 devrait être envisagée comme une
sorte de raccourci, peu intelligible, qui entretiendrait justement la confusion entre les
deux éléments qu'on est censé vouloir distinguer (alors que l'absence, en épigraphie, de
désignations de villes jusqu'à une date tardive prouve précisément que la discrimination
est inutile). Plus essentiel, pour être valable, elle doit être générale, c'est-à-dire que
colonia doit renvoyer au chef-lieu sans ambiguïté. Or, précisément chez les Senons dont la
capitale est un vicus, on connaît un praefectus coloniae ; or, outre le cas de Publicius à Metz
déjà cité, T. Punicius Genialis, duumvir col. Morinorum, ainsi nommé à Nimègue en Germanie
inférieure engendre l'incrédulité 28 : il faut imaginer d'une part qu'existent deux sortes de
duumvirs, ceux de la cité, attestés le plus souvent, et ceux de la capitale, désignés ici sous
une titulature identique, et par conséquent impossibles à distinguer, d'autre part que
cette capitale, Tarvenna, au risque d'une complète confusion avec la cité dont on veut
justement la différencier, est nommée par cette formule qui la rend parfaitement
indistincte de la cité, hors de la province donc dans un milieu qui n'est pas intimement
familier de ces nuances, et par un personnage aussi important et au fait des usages
publics qu'un prêtre du culte impérial. Cela est totalement exclu. Il est incontestable que
l'adéquation colonia - capitale dotée du droit latin par rapport à civitas - territoire
(jouissant ou non d'un statut différent) est infirmée par les textes épigraphiques. Colonia,
civitas, patria, res publica renvoient à la même réalité, de la même nature, avec des nuances
minimes et incertaines pour les deux dernières, un territoire ayant sa propre structure
administrative, avec un chef-lieu où siègent les instances gestionnaires ; le statut
juridique ne découle pas du vocabulaire, mis à part le fait que colonia, traduction d'une
promotion supplémentaire, exclut, pour la cité, la condition pérégrine (sans qu'on puisse
dire si ce titre a été conféré à toutes les cités dotées du droit latin29) : il n'est que de
constater que la colonia même de Lyon désigne Marcus Cornelius Rufinus comme civis Lug.
tabellarius ejusdem civitatis30, ou, dans le « marbre de Thorigny », les emplois de colonia,
civitas et civitas libera sans qu'il soit possible de les justifier sinon par un effort de variété
stylistique, ou encore, la multiplicité des expressions, évidemment équivalentes, du cadre
d'exercice des fonctions (y compris in colonia pour Lyon exclusivement) dans les formules
générales (omnibus honoribus…)31, ou enfin, après l'édit de Caracalla, la généralisation du
mot civitas pour toutes les cités, dont aucune ne pouvait plus être pérégrine32.
12 Il faut par conséquent accorder une attention très poussée à l'emploi du vocabulaire
moderne pour éviter la confusion qui naît des significations multiples en français des
mots « cité » et « municipal » ; ceux-ci, dans leur acception quotidienne contemporaine,
renvoient à une ville et à son administration. Même si d'autres modes d'expression
commodes et sans équivoque manquent, il faut toujours éviter l'emploi de « ville », qui
évoque trop exclusivement un espace urbain bâti, et stipuler au départ que pour les
Gaules (comme pour tout l'empire romain) « cité », « municipal » ou « municipalisation »
recouvrent les structures mises en place par Rome et caractéristiques de son empreinte :
autour d'une ville, un territoire, indissociable, qui lui est rattaché administrativement,
136

quels que soient son étendue et le nombre des agglomérations qui y sont disséminées ;
certaines villes sont les chefs-lieux, ou capitales, des cités dotées d'institutions et de
statuts variables et gérées par des magistrats qui ont en charge la totalité du territoire.
Comme dans n'importe quelle communauté, les habitants n'ont pas, individuellement, un
statut uniforme, certains sont citoyens romains, d'autres pérégrins, certains sont libres,
d'autres affranchis, d'autres esclaves, mais le statut de la communauté (pérégrin, droit
latin, colonie) s'applique sans différenciation au territoire et à la ville qui en est la
capitale33. Cité doit être réservé à un chef-lieu avec son territoire ; par conséquent, les
formules fréquemment utilisées comme « dans la colonia ou/et dans la civitas » sont à
proscrire absolument, plus encore à propos de magistrats qui ont, certes, sans doute
« siégé » dans la capitale mais dont la fonction concernait toute la cité, quelle que soit
leur origine personnelle, autre ville, agglomération ou secteur rural. Les expressions
« duumvir de Metz » ou « décurion de Bordeaux » doivent être bannies, au profit de
« duumvir à Metz » ou mieux « des Médiomatriques » ou « décurion à Bordeaux » ou
mieux « des Bituriges ». Bien évidemment il s'agit des magistrats de la cité (civitatis), à
l'exclusion des responsables pour lesquels on spécifie qu'ils ont en charge un groupe (les
citoyens romains par exemple) ou une circonscription (le pagus).

Les dénominations des magistrats : nom unique et filiations


développées

13 Le mode de désignation des magistrats n'est pas indifférent pour le statut de la cité qu'il
éclaire, au-delà du témoignage sur les statuts individuels34. Puisque le droit latin stipule
que l'exercice d'une magistrature municipale entraîne l'accession à la citoyenneté
romaine, transmise aux descendants, la présence dans une cité de magistrats dotés d'une
onomastique de citoyen s'explique, pense-t-on, par le fait que cette cité jouit du droit
latin ?35. Les inscriptions mentionnant les magistrats ne sont ni assez nombreuses au I er s.
ni datées assez précisément pour qu'on puisse en déduire l'époque de concession de ce
droit ; elles ne contribuent donc pas directement à argumenter les différentes théories
sur ce point36.

Les magistrats à nom unique

14 Puisque, nous l'avons dit, l'octroi du droit latin, quelle que soit sa date, n'a pas affecté que
les habitants des capitales, mais toute la population libre des cités, urbaine ou rurale, la
réaction aux mentions de magistrats à nom unique, c'est-à-dire pérégrins, est un peu
surprenante. En négatif de la phrase de C. Jullian (les magistrats citoyens romains sont
« chez un peuple le signe distinctif de sa qualité de latin »), on s'étonne de leur existence,
alors que l'insolite est leur nombre très réduit : la citoyenneté romaine pour les
magistrats et certains membres de leur famille étant acquise à leur sortie de charge, on
aurait dû trouver un effectif non négligeable de magistrats en fonction non encore dotés
de la citoyenneté, pourvus d'une onomastique indigène jusqu'à leur promotion. Au
contraire, ils sont rares et ne sauraient refléter la proportion réelle de magistrats
pérégrins ; sinon, il faut imaginer que l'octroi du droit latin n'aurait eu comme effet que
d'entériner une situation acquise, la majorité des notables gaulois étant déjà citoyens ; il
aurait alors paradoxalement perdu sa principale raison d'être (et la date de sa concession
serait à repousser bien après le règne de Claude).
137

15 Un certain nombre de cas de magistrats à nom unique sont attestés, dont la plupart
posent des problèmes de lecture et d'interprétation. Voici le tableau de toutes les
occurrences possibles.

LES MAGISTRATS DES GAULES ET LES RESPONSABLES PUBLICS À NOM UNIQUE

Note 3737

16 Les cas doivent être soigneusement examinés : l'indice du nom unique ne suffit pas pour
déduire une condition pérégrine, il peut être imputable à d'autres facteurs, comme une
évolution tardive de l'onomastique ou un mode d'expression particulier. Il convient aussi
de prendre garde à ne pas surestimer la présence d'un élément celtique comme indice
chronologique ?38. La nature de la fonction doit aussi être scrutée, notamment et en tout
premier lieu pour départager les simples fonctions officielles des réelles magistratures :
répétons que seul l'exercice des magistratures municipales proprement dites, à
l'exception des rôles de représentants, même officiels, de communautés, des
magistratures de pagus, et des prêtrises, même du culte impérial, est qualifiant pour la
citoyenneté romaine. Même si la majorité des prêtres a toutes chances d'avoir acquis la
citoyenneté grâce à l'exercice de fonctions municipales, en stricte méthode l'assimilation
n'est pas légitime en l'absence de témoignages explicites.
17 On peut classer en trois catégories les occurrences du tableau.
18 Deux témoignages sont les plus simples car il ne fait guère de doute qu'il faut les éliminer.
• Amilius (2) parce que l'inscription est un faux39.
• Litavis Necochoris f. (14) parce qu'il a très certainement fait l'objet d'une mauvaise lecture 40.
19 Les seules sûres concernent deux vergobrets (10 et peut-être, mais la restitution est très
hypothétique, 13) que leur onomastique comme leur fonction placent sous les Julio-
Claudiens41 ; la situation est sans surprise : des responsables des débuts de l'Empire, non
138

encore citoyens, qui bénéficieront après leur sortie de fonction d'une promotion civique
s'ils sont postérieurs à Claude. Aussi probable est Corius fils d'Icanius (3) ; le
développement h(onore) f(unctus) est tout à fait crédible, et la qualité de magistrat du
bénéficiaire de la dédicace d'autant plus plausible qu'il est cité seul au datif, donc occupe
une position qui le signale à l'attention publique42.
20 Un grand nombre de cas sont douteux à des degrés divers, y compris celui d'Hanarrus fils
de Dannorix (8), pourtant toujours retenu. De son onomastique, sans aucun doute
pérégrine, l'élément paternel est bien connu dans la cité ; joint à ses caractéristiques
celtiques il a conduit à placer le texte au Ier s. Si Hanarrus est questeur de cité et non du
pagus dans lequel il a été magistet43, il deviendra bien citoyen romain ; mais si on n'accepte
pas cette interprétation, il faut avoir présent à l'esprit que les magistratures de pagus ne
sont pas municipales, et sont donc non qualifiantes pour la citoyenneté. Même si, en ce
cas, Hanarrus a pu accéder au niveau municipal et devenir citoyen, on ne peut toutefois
l'affirmer sur la foi de ce seul texte44. Mediusacer Medianni f. (15) me semble mériter
d'être rapproché d'Hanarrus fils de Dannorix, bien que sa situation officielle soit
beaucoup plus douteuse ; ce pérégrin accompagne sa dédicace à l'empereur, à la déesse
Clutoida et aux vicani Masavenses (de Mesves) du don d'un mur et des deux arcs qui le
flanquent ; aucune fonction n'est nommée, un bienfaiteur n'est pas systématiquement
investi d'une fonction publique, mais les deux éléments sont assez souvent liés pour que
ce cas soit inclus pour mémoire. Selon le schéma traditionnel, puisqu'on met le titre
mystérieux de dannus (6) 45 en relation avec l'héritage celtique, on place au début du I er s.
Giamillus, qui a été chargé de la réalisation d'une dédicace, pour certains en tant que
dannus ; en fait, la formule dédicatoire, qui commence par deo Mercurio, rend improbable
une date antérieure à 13546. Quoi qu'il en soit, dans l'ignorance de la nature et même de la
réalité de la charge de dannus, on doit prendre la même position que pour les précédents
et le ranger parmi les cas incertains. Il en va de même pour Consinius (1), dont le titre a
été restitué en [tri]bunus, hypothèse retenue faute de meilleure idée puisqu'il s'agit d'un
hapax. On est d'autant moins sûr qu'il est magistrat que le document est une dédicace
privée offerte à Apollon Grannus à la suite d'un rêve47. Dans le cas du graffite sur une
cruche datée du Ier s. par son matériau (11), deux interprétations s'opposent : pour les uns
(CIL) Genitor est le nom d'un duumvir éponyme de la cité, dont la mention date l'année de
production du produit contenu dans le vase ; il serait donc magistrat municipal pérégrin.
Mais, pour les autres (ILA), les duumvirs devraient être cités ensemble, et Genitor n'est
que la désignation du médicament contenu dans le vase. On passe donc d'un cas de figure
parfaitement conforme au modèle général à une situation qui n'a rien à voir avec une
magistrature.
21 Plusieurs personnages sont certainement curateurs, ils représentent des vici lors de
gestes officiels, mais les curatelles sont des fonctions publiques et non des responsabilités
municipales, leurs magistratures ne sont que conjecturales48 ; on peut penser soit que,
marque de prestige, elles auraient été mentionnées, soit que, à l'inverse, puisqu'on n'est
justement pas dans un contexte municipal, on ne les cite pas. Il s'agit de
• Vitalis (4) qui représente le vicus pour l'exécution d'un voeu à l'empereur ( ?) et à Jupiter, il
est donc officiellement reconnu par ses concitoyens, peut-être, mais on n'en a absolument
aucune preuve, en tant que magistrat municipal
• et de Secundus fils de Sembedo (7) qui se charge d'une dédicace au numen Aug. (la formule
date des Julio-Claudiens) au nom des vicani.
139

22 Deux officiels sont cités par un nom unique, mais certainement pour des raisons sans
rapport avec leur statut civique ; bien au contraire, leur rôle est quasiment contradictoire
avec l'éventualité d'une qualité de pérégrin. Il s'agit du curateur des Élusates Quietus (9),
dont on n'imagine pas qu'il n'ait pas été citoyen, la date tardive (Dioclétien, d'après la
mention du martyr saint Luperc) justifie sa nomenclature simplifiée. On se rallie à la
même explication pour Verus (12) : la mission de ce magistrat, qui obtint que les neuf
peuples du sud de la Garonne n'envoient plus de délégués au conseil de Lyon est datée par
différents historiens, d'après la forme des lettres, à un moment qui varie entre la fin du I er
s. au milieu du IIIe s. G. Rupprecht attribue le nom unique à la forme poétique du texte49,
et, de fait, un statut pérégrin est tout à fait improbable pour ce grand notable choisi par
ses concitoyens pour mener une importante négociation à Rome directement avec
l'empereur. Il reste déconcertant que l'élément onomastique retenu soit si commun qu'il
est équivoque ; on l'expliquerait volontiers par la date car, sans entrer dans le détail
d'une démonstration, il est peu probable que l'autorisation de se démarquer des autres
cités ait été donnée tôt, alors qu'Auguste avait délibérément rattaché cette région à
l'Aquitaine ; le IIIe s. est l'époque la plus vraisemblable pour cette mission, et le nom
unique est la marque à la fois de la période et de la nature poétique du document.
23 Au total, la plupart des occurrences d'officiels à nom unique s'appliquent, ce qui n'a rien
d'étonnant dans un contexte moins urbanisé où les responsabilités ne donnent pas accès
à la citoyenneté, surtout à des responsables de vici et de pagi (qui seront envisagés plus
loin à ce titre) ou à des magistrats particuliers. La raison de la pénurie n'est donc pas
imputable au statut des cités, il faut la chercher dans les motivations des auteurs
d'inscriptions : plutôt que de laisser des témoignages au cours de leurs magistratures, ils
ont préféré attendre et célébrer leur fonction une fois leur promotion civique acquise, en
mentionnant leur nouvel état civil comme allant de soi. En second lieu, des membres de
familles en cours d'assimilation devaient être moins sensibles aux habitudes
épigraphiques, c'est-à-dire romaines, que les familles citoyennes de moins fraîche date 50.
Enfin, les témoignages datent essentiellement des IIe et III e s. quand une proportion,
qu'on ne peut chiffrer, des ascendants des notables municipaux, par suite précisément du
droit latin, jouissait déjà de la citoyenneté51 ; cette probabilité ne suffit toutefois pas à
situer systématiquement les individus à nom unique au Ier s. comme on le fait souvent,
par un raisonnement faussé, dans une tentative pour les marginaliser, comme s'ils
infirmaient la concession du droit latin, alors que la situation est exactement contraire.

Les filiations développées des magistrats

24 Bien que, en tant que formule onomastique, elles soient l'opposé des nomenclatures à
nom unique, les filiations développées constituent une pratique qui ressortit à la même
motivation : se situer par rapport au corps des citoyens romains. A. Chastagnol a pensé
trouver trace du moment même où les pérégrins accédaient à la citoyenneté romaine par
l'exercice des charges (donc de la manifestation essentielle du droit latin) dans la
construction de l'onomastique de familles gauloises sur plusieurs générations : lorsqu'un
fils porte un gentilice différent de celui de son père, en général dérivé de son nomen, il
s'agirait d'un pérégrin gaulois qui, accédant à la citoyenneté, construit son onomastique à
partir du nom unique de son père ; plausible dans certains cas, la proposition n'est pas
acceptable dans beaucoup d'autres, et on ne peut retenir cette transformation de la
nomenclature comme une preuve systématique de l'accession à la citoyenneté52. On
considère aussi en général que les filiations indiquées par les tria ou les duo nomina du
140

père sont aussi la marque d'une accession récente à la citoyenneté de la famille de


l'intéressé, et par conséquent la preuve que le bénéfice du droit latin était acquis à la cité.
Le magistrat aurait voulu insister sur l'appartenance de son père au corps des citoyens
romains parce que celle-ci, de fraîche date, n'allait pas de soi ; il manifesterait sa fierté du
rang nouveau de sa famille, mis en évidence de façon plus éclatante dans les rares cas où
la similitude de charge entre le père et le fils est mentionnée.

LES FILIATIONS DÉVELOPPÉES DE MAGISTRATS. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des
magistrats attestés à l'autel de Lyon

Note 5353

25 Les occurrences sont relativement nombreuses : plus d'une quinzaine, dont plus de la
moitié proviennent de l'autel de Lyon et accompagnent la formule omnibus honoribus
functus. Ces deux constatations, qui prouvent que l'on a affaire à des notables bien établis
puisqu'ils ont parcouru un cursus et accédé au conseil fédéral, et, pour l'un d'entre eux, le
Cadurque Tib. Pompeius Priscus, à l'ordre équestre, conduisent à proposer pour ces
filiations insistantes une explication opposée à celle qui a été avancée, c'est-à-dire une
citoyenneté récente : si le Santon C. Julius Marinus, tout au début de l'Empire,
s'enorgueillissait de la citoyenneté paternelle, tout à fait exceptionnelle à cette date, les
magistrats adoptant plus tard (aux IIe et III e s.) ces nomenclatures volontairement
développées ne voulaient pas attirer l'attention sur une récente promotion civique (dans
un cadre, le sanctuaire fédéral où, contrairement à la cité, elle ne pouvait rien avoir de
glorieux), mais, au contraire, démontrer qu'ils appartenaient à un milieu romanisé de
longue date, qu'ils faisaient partie des notables les plus en vue de leur cité, de lignées
citoyennes solidement établies et ayant consolidé leur position, et ne voulaient pas être
assimilés à ceux dont les familles n'avaient été propulsées que récemment parmi les
citoyens romains. Il en va très certainement ainsi pour Tib. Avitius Genialis (10) et T.
141

Sennius Sollemnis (17), comme pour bien d'autres notables, dont les magistratures ne
sont pas mentionnées, par exemple les Pétrucores L. Pomponius Paternus, prêtre fédéral,
fils de Sext. Pomponius Paternus sacerdos arensis ou M. Pompeius Libo sacerdos arensis, fils
de C. Pompeius Sanctus sacerdos arensis54.
26 On a donc gardé dans l'onomastique témoignage de trois étapes des conséquences du
droit latin :
• les magistrats en cours d'exercice de charge ou les prêtres, non encore citoyens romains
mais appelés à le devenir immédiatement pour les premiers, dans un avenir proche pour les
seconds, destinés à être aussi magistrats ; ils ont encore une onomastique pérégrine ;
• les magistrats (ou les promus par faveur exceptionnelle) ayant accédé si récemment à la
citoyenneté que l'onomastique de leurs ascendants immédiats reste pérégrine,
contrairement à celle de leurs conjoints et descendants ;
• les familles citoyennes depuis un temps indéterminé, mais suffisamment long pour qu'elles
en tirent fierté et l'expriment par une filiation développée. L'Aquitaine se distingue par le
nombre de ces derniers témoignages (plus de la moitié du total) et par la date précoce du
premier d'entre eux ; que cette province, dotée la première du droit latin et dont on a
souvent souligné les parentés avec la Narbonnaise romanisée de longue date, compte parmi
ses notables les plus anciennement promus des citoyens romains ne serait pas pour étonner.

III. Les magistratures de cité


Le vergobret et le préteur

LE VERGOBRET ET LE PRÉTEUR

Lieu Nom Titre

Lexovices, monnaie Cattos Cisiambos (le


vercobreto(s)
Cab. Médailles, 7559-7568 monétaire ?)

Argenton-sur-Creuse, Bituriges
Cubes, graffite sans vercobretos
AE 1980 633 = 1981 643

ver[gobretus ?
Vellaves, Le Puy
Dubnocus douteux ou filiation, Ver[…
CIL XIII 1579 = ILA Vellaves 26
f.] ?

Lémovices, Limoges
Postumus Dumnorigis f. verg(obretus)
AE 1989 521

Santons, Saintes, amphithéâtre


[v]er[g]obr[etus]
CIL XIII 1038 = AE 1980 624 = ILA Santons sans
plutôt que Petrucorus
10

Santons, Saintes
C. Julius Marinus C. Juli verg[obretus]
CIL XIII 1048 + 1074 = AE 1948 166 = ILTG
Ricoveriugi f. Volt. puis questeur
149
142

Bituriges Vivisques, Bordeaux


C. Jul. Secundus préteur
CIL XIII 596-600

27 Le vergobret occupe une place à part parmi les catégories de magistrats qui vont être
examinées maintenant. Parce qu'il est considéré comme une trace de permanence de la
culture celtique pendant l'occupation romaine, le vergobret, porteur d'une forte valeur
symbolique, est très souvent évoqué. Le recensement n'ayant pas fait apparaître de
témoignage nouveau, on ne fera que quelques remarques.
28 Tout d'abord, le vergobret de la période de l'indépendance est paradoxalement moins
connu que celui de la période romaine : il n'est attesté sous ce vocable qu'une fois, par
César, à propos des Éduens, et, suppose-ton, c'est à lui que César se réfère quand il évoque
un summus magistratus, toujours à propos du même peuple55. Sous la domination romaine,
à l'époque julio-claudienne, le titre apparaît beaucoup plus largement, mais jamais chez
les Éduens, et jamais deux fois dans la même cité, mis à part probablement chez les
Santons, avec un ver[c]obr[etus] incertain à l'amphithéâtre de Saintes et C. Julius Marinus
fils de C. Julius Ricoveriugus vergobret sans doute avant d'assumer la questure, plutôt
qu'après. L'enchaînement témoigne de la transition entre institutions celtisantes et
romaines, même si on considère, à cause de la mention en grec d'un préteur à Vitrolles,
que c'est le préteur qui représente la traduction romaine du vergobret56 ; si on accepte
cette dernière hypothèse, C. Julius Secundus, préteur à Bordeaux, le seul des Gaules, serait
l'héritier du vergobret bordelais antérieur et inconnu par ailleurs ; il n'apparaît qu'en
tant qu'évergète, de sorte que la nature de ses responsabilités est inconnue57. Il est
indubitable qu'il a sa place parmi les magistrats romains, même si, dans l'état actuel du
dossier, le passage unanimement admis de la structure aristocratique gauloise à la
collégialité romaine n'est pas apparent puisque le préteur comme le vergobret ne sont
attestés que seuls ; le préteur ne pourrait d'ailleurs avoir assuré qu'une transition
éphémère puisqu'on n'en connaît qu'un58. Qu'il soit en Aquitaine (à Bordeaux) n'est pas
indifférent puisque c'est dans cette province que les vergobrets épigraphiquement
attestés sont concentrés, sans que l'importance ou l'ancienneté de la documentation des
cités concernées (nullement supérieure à celle des Éduens chez qui on trouve trois
gutuaters, auxquels on accorde, dans le domaine religieux, la même signification qu'aux
vergobrets59) puisse l'expliquer. Dans l'état actuel des choses, soit on invoque le hasard
archéologique (la trouvaille d'Argenton, due au fait que le site bénéficie depuis longtemps
d'explorations approfondies, y inciterait), soit on suppose que les modalités de la
romanisation en Aquitaine, une transition plus progressive dans une province qui adapte
tôt sans rupture aux règlements romains des structures administratives bien établies
avant la conquête ont conduit à la persistance d'un titre gaulois ; la singularité de
l'Aquitaine se manifesterait là encore. Mais l'important est le contenu qu'on donne à ce
titre gaulois : sans même la déclarer incompatible avec le droit latin, déduire de cette
étiquette indubitablement héritée de la période « de l'indépendance » que l'officiel
qu'elle désigne exerce une fonction elle-même similaire à celles de la période pré-
romaine, comme la royauté, et est par conséquent détenteur d'un héritage gaulois, est
abusif ; aucun document n'autorise cette interprétation. L'autorité romaine a
simplement, temporairement, conservé un mot celtique pour désigner une charge
municipale semblable à toutes les autres fonctions romaines, banalisées et normalisées
puisque nommées par un mot latin60. Le vergobret témoigne certes d'une continuité, mais
143

extérieure ; il n'est ni la survivance d'un vestige de l'époque « de l'indépendance » ni la


preuve d'un goût pour l'archaïsme mais la manifestation du doigté et de la diplomatie du
gouvernement romain, disposé à accepter un vocable celte, du moment qu'il était traduit
et interprété selon les règles latines.

fig. 2 • Les vergobrets dans les Trois Gaules

Les magistratures municipales romaines

29 Comme il a été dit, les magistrats ont en charge capitale et totalité du territoire, quelle
que soit l'étendue de celui-ci, et quels que soient les problèmes matériels qu'elle doit
poser (coordination sur une grande échelle des opérations de maintien de l'ordre, de
l'entretien du réseau de communications…) et que pallient certaines fonctions
spécifiques. On ne trouve aucune attestation de deux niveaux d'exercice des fonctions,
urbain et de la cité - territoire61. Dans les cas où ils précisent le cadre dans lequel ils ont
assumé leur charge, les magistrats soit donnent des informations neutres (apud ou inter
suos), soit ajoutent suae civitatis ou civitatis suivi du nom du peuple, ce qui conforte le
principe de responsabilités définies par les limites de la cité. Il est beaucoup plus rare,
sauf à Lyon où la titulature complète de la colonie romaine est volontiers développée, que
le statut juridique de la cité soit précisé. Cela se produit pour certaines coloniae mais dans
aucun autre contexte et en aucun cas autre que celui, douteux, d'un municipe supposé
dont il sera question plus bas, le nom d'une ville n'est mentionné ; l'identification, quand
elle est donnée (ce qui n'est pas toujours le cas, et ce silence est source d'ambiguïtés pour
trancher entre cité et pagus) ne l'est que par le nom du peuple, le plus souvent précédé
d'un terme qui renvoie à une entité administrative (civitas, colonia etc…). Les très rares
exceptions à cette pratique concernent les curateurs de cité62, pour lesquels l'usage
général se limite à la mention du peuple, comme si, dans ces circonstances, les relations
s'établissaient plus avec les membres d'une communauté qu'avec une abstraction, et
144

Lyon, pour laquelle les formules vont de l'énoncé complet de la titulature coloniale à
Lugudunensium (une fois) et à la simple abréviation Lug., libellés attestés uniquement pour
des décurions et hors de la ville. Le seul autre cas pour toutes les Gaules est un duumvir
nervien63. Cet usage est à garder en mémoire pour les restitutions.

Les expressions générales de magistratures

30 Les formules générales (omnibus honoribus…) dont le pluriel implique que le titulaire a
participé pendant un certain laps de temps à la vie publique ont été prises en compte :
elles prouvent l'existence de réels cursus municipaux et elles donnent une image plus
exacte du tableau administratif des Gaules, comblant des vides dus au hasard
documentaire.

LES ATTESTATIONS GLOBALES DE MAGISTRATURES sans autre information, la formule est omnibus
honoribus apud suos functus
145
146

31 Quarante-cinq témoignages concernent un nombre équivalent (quarante-sept) de


personnages, tous citoyens romains (et insistant volontiers sur ce fait par une filiation
développée), mis à part Corius (15), pour lequel la formule, h(onore) f(unctus), quoique
rare, n'est pas sans parallèle64. Une majorité (33 sur 45) des documents vient tout
naturellement de la Lyonnaise, et la moitié de l'autel de Lyon : hors de leur cité, les
représentants fédéraux rappellent de façon condensée un parcours municipal évident. Le
poids du contexte culturel se mesure à divers indices : les ressortissants de Lyonnaise
sont les plus nombreux (25), avec une prépondérance des Éduens, remarquable puisque
l'essentiel des attestations qui vient de la cité même montre leur souci de mettre en
évidence leur implication dans l'administration romaine65, et surtout la mention à Lyon
de nombre de cursus pour des cités dans lesquelles aucune trace n'en subsiste (Aulerques
Cénomans, Carnutes, Mandubiens, Turons, Véliocasses, Suessions, Viromanduens,
Cadurques, Gabales) ; le mode d'expression s'adapte au milieu : dans leur patrie, les
inscriptions semblaient à ces notables moins appropriées que dans la capitale des Gaules
où la pratique épigraphique était banale pour des personnalités de leur niveau.
32 L'ossature de la formule est stéréotypée : omnibus honoribus apud suos functus (inter eos
n'est qu'une diversification stylistique) en est la version la plus fréquente, mais elle
présente, tant dans la désignation des charges que dans celle de la cité, des variantes
nombreuses qu'on ne peut rationaliser complètement mais dont certaines paraissent
significatives. Ainsi, l'expression de la circonscription d'exercice des charges dont,
répétons le, la diversité (in patria, in civitate, in re publica) correspond à l'absence de
contenu juridique des termes et à la coïncidence exacte des niveaux urbain (le chef-lieu)
et territorial (la cité). Cependant colonia est présent seulement à Lyon, la colonie des
Gaules, patria est employé deux fois, et dans la cité même : dans le cas où la formule est
attestée à la fois à Lyon et dans la cité d'origine (7) il est frappant que apud suos est
employé à l'extérieur, in patria à l'intérieur de la cité, et que toutes les expressions qui
substituent à apud suos in civitate ou in re publica se trouvent dans la cité même comme si in
suos paraissait approprié comme désignation des concitoyens par l'extérieur mais décalé
de la part des concitoyens eux-mêmes.
33 La diversification des responsabilités ainsi évoquées ne fait pas de doute : si l'adjectif
domesticus n'exprime que leur cadre municipal, l'insistance sur leur diversité (honores et
munera, honores et officia, munera et officia66) confirme que les formules, toutes convenues
qu'elles puissent paraître, traduisent un réel parcours de cursus, composé de fonctions
bien différenciées. Elles ne sont accompagnées de la mention de charges municipales que
très exceptionnellement, si celles-ci sortent un peu de l'ordinaire et, en un seul cas (28)
147

les étapes de la carrière sont énumérées : elles les incluent en principe toutes (omnibus),
de sorte qu'il est implicite que celui à qui elles sont appliquées est parvenu au duumvirat (
summis l'explicite, 24) et que, quand une fonction autre est citée, il faut, lorsqu'on hésite
entre une charge municipale ou d'un autre niveau, trancher en faveur du second terme
de l'alternative (souvent une fonction dans le cadre des Gaules, 2 ?, 3,11,19 ; d'une des
provinces, 14 ?, 45 ; ou de l'empire, 36). En revanche, il faut souligner que les prêtrises ne
sont pas concernées : à la différence des magistratures, souvent la mention d'un ou de
plusieurs exercices de responsabilité sacerdotale complète la formule (22, 26, 28, 32 ?, 36 67
, 39), et la précision cum sacerdoti(o) (16) suit un libellé déjà suffisamment détaillé (omnibus
[honoribus et ci]vilib. munerib.) pour recouvrir les prêtrises si elles avaient été incluses 68.
Encore une fois, il faut souligner que, quoique les prêtrises et les magistratures soient
exercées par les mêmes personnes, elles n'appartiennent pas à la même catégorie de
responsabilités et ne doivent pas être assimilées.

Les décurions

34 Le second groupe à rattacher aux formules générales est celui des mentions de décurions
soit individuelles et nominales, soit globales en tant qu'autorité garante de telle ou telle
décision (decreto decurionum), ou en tant que groupe (ordo, senatus, curia) éventuellement
complémentaire d'une autre composante de la population civique (populus par exemple).

LES DÉCURIONS DES TROIS GAULES

35 L'effectif total, sans être très important, surtout si on met à part la colonie de Lyon, peut
néanmoins apparaître remarquable, tout particulièrement si on établit un parallèle avec
la Narbonnaise, où, pour un volume de documentation beaucoup plus grand, le nombre
des décurions attesté est bien moindre. Mais l'essentiel est alimenté par les mentions
148

globales et collectives (ordo, senatus), plus que par le désir d'individus de mettre leur
appartenance personnelle à la curie en valeur.
36 Cependant, le type de citation individuelle et nominale domine, proportionnellement, en
Gaule Belgique, presque à l'exclusion du second, alors que les pagi et les viici y sont
abondamment attestés par rapport aux civitates ; en Aquitaine, en revanche, les décurions
connus comme tels individuellement sont totalement absents alors que les expressions de
leur volonté collective y sont très fréquentes, et, seconde spécificité, à côté de celle du
corps civique (plebs éventuellement qualifiée). On peut interpréter cette répartition
comme la preuve d'une emprise moindre de la centralisation romaine en Belgique, ou
plutôt d'un prestige plus grand des institutions à l'échelle locale, plus attractives pour la
population, alors qu'en Aquitaine, à l'inverse, tôt et facilement réceptive à l'organisation
centralisée apportée par les Romains, l'appartenance à la curie, allant de soi, était moins
volontiers rappelée que les décisions officielles que l'assemblée avait prises, parfois de
concert avec l'ensemble des citoyens ; le parallèle avec la situation similaire de la
Narbonnaise où intensité de la vie civique et silence sur la qualité individuelle de
décurion vont de pair oriente vers cette interprétation. Le volume des mentions de
décurions ne devrait donc pas, où que ce soit, être interprété comme un indice révélateur
de la romanisation.
37 Il est impossible de tirer de leur fréquence respective dans les différentes cités aucune
conclusion, comme l'évaluation de leur effectif total ou la définition de leur place par
rapport aux magistrats69 : entre les deux hypothèses, magistrats choisis parmi les
décurions ou magistrats devenant décurions à leur sortie de charge, dont on privilégie en
général la première, l'enquête ne permet pas de trancher puisque, la plupart du temps, le
décurionat ne figure pas parmi l'énumération des charges ; on ne connaît que trois
mentions de duumvirs qui se disent aussi décurions70. Que les décurions attestés soient
tous citoyens romains ne permet pas, en raison de leur faible effectif par rapport à
l'ensemble du corps décurional, d'affirmer qu'ils étaient tous passés par une magistrature
qui leur avait valu la citoyenneté ; il ne faut jamais perdre de vue que le contexte culturel,
un contact plus étroit et plus ancien avec la civilisation romaine de personnages dont la
famille faisait partie des cadres civiques depuis longtemps, conduisait à une pratique
épigraphique plus intense. Comme pour les magistrats, l'absence de décurions pérégrins
trouve là une explication.
38 Il est difficile de dire quelle est la différence, s'il y en a une, entre ordo, terme le plus
couramment employé pour désigner l'assemblée, curia attesté dans la seule colonie de
Lyon et senatus, assuré chez les Rutènes sous le règne d'Auguste, mais également possible
sur un fragment non datable des Senons, et sur plusieurs dédicaces rennaises de 135 ;
l'interprétation qui voit dans ce dernier vocable une marque d'archaïsme qui
caractériserait une cité pérégrine n'est pas convaincante71.

Les duumvirs : modes de désignation, cursus, promotion


149

LES DUUMVIRS DES TROIS GAULES à compléter par le tableau Les quattuorvirs dans les Gaules

Note 7272

39 Tous les duumvirs sont identifiés individuellement, comme il est normal pour ceux qui,
jouant un rôle officiel personnel, sont plus portés à célébrer leur fonction que les
décurions, sans personnalité publique en dehors de l'assemblée. Leur qualification
technique (jure dicundo, ab aerario, aerarii publici) n'est presque jamais précisée et le
quinquennalat n'est cité qu'à une, ou peut-être deux reprises, en Belgique : l'échantillon
est trop réduit pour qu'on puisse tirer de conclusions de cette répartition73. La
constatation la plus frappante est l'extraordinaire fréquence des attestations en
Aquitaine, notamment par rapport à la Lyonnaise en général et à Lyon en particulier, ce
qui conforte l'impression de bonne réceptivité à l'organisation municipale centralisée par
les cités de Gaule du sud que donnaient les décurions74. En revanche, il est difficile de
mettre ce fait en rapport avec une autre variante, même si leur répartition géographique
est identique : en Aquitaine le nom de la cité dans le cadre de laquelle le duumvirat a été
exercé n'est jamais mentionné, contrairement à la Lyonnaise et surtout à la Belgique (les
Ségusiaves ; les Morins, les Nerviens et les Trévires).
40 Bien évidemment, tous ceux dont l'identité est connue sont citoyens romains, mais on ne
peut approfondir l'analyse sociale. Il est en particulier abusif de déduire du fait que le
père du duumvir vellave Nonnius Ferox était gutuater une condition pérégrine, à cause
du prétendu héritage gaulois (il était intégré à l'administration romaine, comme
responsable des mines et préfet de la colonie)75, et par conséquent d'interpréter le
duumvirat comme un moyen d'ascension sociale, d'autant plus que Nonnius est duumvir
pour la seconde fois, donc très engagé dans la gestion administrative. Cette itération n'est
pas rare, notamment, une fois encore, en Aquitaine (quatre cas) ; totalement absente de
Belgique, elle est peu fréquente en Lyonnaise (un cas), mais c'est uniquement dans cette
150

province qu'un renouvellement prolongé (quatre mandats pour le Viducasse Sennius


Sollemnis) est connu. Si cette longévité a pu être favorisée par une relative pénurie
d'élites locales, ni les reconductions dans le duumvirat ni l'unique attestation d'un
duumvirat exercé par deux générations successives, chez les Lémovices, ne sont des
indices de confiscation du pouvoir au profit de certaines familles ; tout au plus peut-on
dire que, ayant bien assimilé les divers aspects de la romanisation, elles étaient à la fois
disposées à prendre en charge la gestion de leur cité et à célébrer par des inscriptions
cette implication.
41 En Lyonnaise seule, des modes particuliers de désignation sont mentionnés (expostulante
populo ou ex postulatione populi) sans qu'on puisse en déduire qu'ils n'étaient pratiqués que
là ; il ne peut, en tous cas, ressortir au hasard qu'ils ne concernent jamais une
magistrature : ils n'étaient pratiqués que pour le duumvirat.

LES MODES DE DÉSIGNATION SPÉCIAUX LA PARTICIPATION DU POPULUS À LA VIE CIVIQUE

Lieu Nom Formule

Lyon
1 anonyme duumvir ex [postulatione populi ou [postulante populo
CIL XIII 1929

Sex. Ligurius Sex.


Lyon IIviralib. ornamentis suffrag. sanct. ordinis honoratus,
2 fil.
CIL XIII 1921 IIvir designatus ex postul(atione) populi
Galeria Marinus

Ti. Aquius Ti. filius


Lyon
3 Gal. duumvir ex[pos]tulante populo
AE 1966 252
Apollinaris

Vieux,
Viducasses T. Sennius
CIL XIII 3162 Sollemnis
4 = ILTC 341 Sollemnini fil. IIvir sine sorte quater
= AE 1949 oriundus ex civitate
136-137 et 214 ; Viducassium
AE 1959 95

Hautefage-la-
Tour, aedilis permissu ordinis c(ivitatis) Nit(iobrogum) la
Nitiobroges M. Cl(audius) formule permissu… concerne les conditions d'érection
5
CIL XIII 916 Severus de l'autel (dans un sanctuaire public et non dans un
= ILA Nitiobroges simple emplacement public, ILA)
17

Eauze, Élusates
6 ordo sanctissimus et plebs optima
CIL XIII 546

Poitiers,
7 Pictons sportul[is decurionibus plebi]que
CIL XIII 1132
151

Dax, Tarbelles
8 pleb[s universa] et o[rdo Aquensium
CIL XIII 413

Sens, Senons
senat]us populi[que Senonensis plutôt que… j]us(su)
9 ILTG 329 = AE
populi [Senonensis
1959 66

Sens, Senons
10 p(opulus) ?
CIL XIII 2943

42 On peut reléguer ces formules au rang de figures de style, sans contenu réel et sans
rapport avec une situation concrète, mais leur examen conduit à penser qu'elles
traduisent au contraire la participation active du peuple dans le choix des magistrats,
sans qu'on puisse dire ni à quel niveau ni de quelle façon elle se manifestait : pour
devancer ? pour modifier ? pour supplanter le choix des décurions ? D'ailleurs, il n'est pas
nécessaire d'imaginer que les interventions ont toujours pris la même forme, et on ne
peut évaluer exactement le rôle respectif des deux composantes ; elles sont juxtaposées
dans des libellés, sans rapport avec des nominations de magistrats (6 à 10) mais qui
montrent que l'ordre décurional est à la fois distinct et solidaire du corps civique qu'il
peut précéder ou suivre dans les énumérations ; leur dignité respective n'est donc pas
figée dans une position hiérarchique fixe, c'est pourquoi l'éventualité d'affrontements ne
peut être exclue, même si aucun n'est attesté dans ces textes publics. Cependant, plutôt
que de refléter des conflits, ces expressions corrigent simplement le tableau naguère
dessiné d'un désintérêt de la communauté pour un exercice de droits civiques vides de
sens ; bien au contraire, les différentes instances coopèrent pour un fonctionnement plus
animé de la vie publique. Ainsi, Sex. Ligurius Marinus (2), après avoir reçu les ornements
duumviraux par vote des décurions, se vit désigné pour l'exercice effectif de la charge par
pression populaire : les deux intervenants se sont complétés, l'un (le peuple) allant en
quelque sorte plus loin que l'ordo, et confortant son premier avis. Souvent ces procédures
sont examinées pour Lyon seule, et, si elles n'avaient été attestées que là, on aurait pu
penser que le plébiscite n'infléchissait la nomination des magistrats que dans les colonies
romaines, communautés citoyennes nombreuses et anciennes, par conséquent
exceptionnellement actives et concernées par les pratiques civiques ; mais il n'en est rien,
le rapprochement avec le « marbre de Thorigny » est éclairant : la précision sine sorte par
laquelle les Viducasses expriment au IIIe s. la faveur avec laquelle le corps civique a
accueilli la candidature de Sollemnis, rendant sa nomination inévitable et le recours au
tirage au sort en cas d'égalité de voix entre plusieurs candidats inutile, est exactement du
même ordre76. Il est improbable que la mention de cette pratique honorifique ait été
fréquemment omise par ceux qui en ont bénéficié, elle est donc inaccoutumée en elle-
même, mais elle suffit à prouver la vigueur d'une participation active et efficace à la vie
civique, qui ne se borne pas à enregistrer les décisions prises par un petit groupe,
uniquement dans les chefs-lieux (alors que ces attestations en proviennent parce que
c'est là qu'ont lieu ces désignations).

Les autres magistratures : questure, édilité, cursus

43 Les fonctions ayant nécessairement précédé le duumvirat sont rarement citées, mise à
part la questure. Cette caractéristique est à souligner : elle est tout à fait contraire à la
152

situation de Narbonnaise, où l'édilité est beaucoup plus fréquemment mentionnée que la


questure, nouvelle preuve de la spécificité des Trois Gaules par rapport à la province
méridionale.

LES QUESTEURS DES TROIS GAULES : QUESTURE DE CITÉ, QUESTURE DE PAGUS ET QUESTURE DE CITOYENS
ROMAINS
153

Note 7777

44 Le premier cas est exemplaire de l'ambiguïté de la questure : la mention dans le même


texte d'une magistrature de pagus explicitement désignée incite à penser que, si la
questure était, elle, celle de la cité, le cadre institutionnel serait précisé. On peut toutefois
soutenir le raisonnement inverse et admettre que, les magistratures civiques étant les
plus fréquentes, la circonscription d'exercice est plus volontiers spécifiée s'il ne s'agit pas
d'une cité mais d'un pagus 78. C'est ce vers quoi inclinait A. Chastagnol qui se prononçait
systématiquement, pour les textes douteux, en faveur d'une questure de cité79, et on le
suivrait volontiers si le recensement des attestations ne faisait apparaître la désignation
de la cité dans quelques textes (quatre plus deux douteux), jamais en Aquitaine, mais en
Belgique et, en moindre proportion, en Lyonnaise. Encore ces documents doivent-ils être
analysés : sur ces six textes, deux (11 pour la Belgique, 15 pour la Lyonnaise) sont l'objet
de restitutions douteuses ; deux (12 et 21) complètent l'intitulé parce qu'ils se situent
hors de la cité dont l'identification est motivée par cet éloignement géographique (12, un
Trévire à Mayence, 21, un Tricasse à Rome) ; des deux restants un (9) est à mettre à part
puisque le questeur assume la fonction pour des citoyens romains désignés sur un mode
administratif (notons qu'il est nervien), mais le dernier (8), qui n'a eu de responsabilités
que locales explicite, sous une forme très abrégée, le fait que sa questure s'inscrit dans le
cadre de la cité des Médiomatriques. Même si la portée de cette formule est atténuée par
le fait qu'elle est aussi apportée pour deux duumvirs (des Morins et à nouveau des
Nerviens), pour lequel elle n'a pas le même intérêt que pour la questure, cette seule
mention interdit de trancher systématiquement, sans avoir analysé le document, en
faveur d'une questure municipale en l'absence de précision sur le ressort administratif, et
si on incline en faveur d'une questure de cité dans le cas d'Hanarrus (2) on doit avouer ne
pouvoir se montrer catégorique. En revanche, il semble bien que chez les Tarbelles (6) il
faut lire quaestor, pagique magister et, par conséquent, que seule la deuxième fonction
concerne un pagus. De même, chez les Ambiens (7) le développement en q(uinquennalis) est
154

improbable puisque le cursus est assez détaillé pour que l'ambiguïté ait été évitée par
l'intitulé complet de la charge, on se trouve simplement en présence de l'abréviation la
plus commune pour q(uaestor). C'est cette pratique graphique qui incite à voir aussi dans
G. Velorius Sacrillius (13) un questeur de cité chargé par les habitants du vicus d'exécuter
une dédicace. Au total, tous les questeurs de Lyonnaise (sept grâce aux effectifs de Lyon),
trois en Belgique (8, 11, 12) et trois en Aquitaine (3, 4, 6) sont questeurs assurés de cité,
soit treize en tout ; deux (1, 2) en Aquitaine peuvent être questeurs de pagus, et trois
lectures sont très douteuses quant à la mention même d'un questeur (5, 7, 13). La
situation est donc exactement opposée à celle de la Narbonnaise où la questure est plus
rare que l'édilité80 ; encore une fois il se confirme qu'il est dangereux d'extrapoler quelle
constatation que ce soit de la Narbonnaise vers les Trois Gaules. Cependant, on n'a aucune
raison d'imaginer que la questure a un contenu différent de celui qu'elle recouvre
d'ordinaire, c'est-à-dire financier, la questure des citoyens romains des Nerviens (9) le
confirme, mais les textes sont trop laconiques pour en dire plus, notamment sur
l'articulation avec le duumvirat et l'éventuelle édilité, sinon qu'à Lyon la questure
précède l'édilité et tout naturellement le duumvirat, mais, contrairement à certaines
affirmations, jamais il n'apparaît ni que la questure remplace l'édilité ni que la questure
et l'édilité sont incompatibles81.
45 Sauf à Lyon où elle n'est ni plus ni moins fréquente que la questure, l'édilité n'est
qu'exceptionnellement mentionnée82, mais si les trois seules cités concernées par elle
(Nitiobroges, Senons, Tongres), une dans chacune des provinces83, outre Lyon84, ne
semblent présenter aucun point commun, pas même celui de leur statut (seuls les Senons
sont peut-être colonia ), ces occurrences suffisent à confirmer l'existence, parfois
contestée, de la charge, jusqu'au IIIe s. au moins. De sa rareté on peut avancer plusieurs
explications qui ne s'excluent pas : son exercice n'était pas indispensable pour accéder au
duumvirat ; son prestige inférieur à celui de la questure a entraîné l'occultation
coutumière en ces circonstances ; elle n'existait pas dans toutes les cités, preuve de la
variété des institutions municipales (mais on ne peut dire qu'elle était « remplacée » par
la questure, ce qui impliquerait une équivalence dans la nature du contenu de la charge).
Hors Lyon elle n'est pas combinée à d'autres charges, sans qu'on puisse savoir si elle était
exercée au début du cursus (auquel cas la situation serait l'inverse de celle de Lyon) ou si
la questure est omise parce que les magistrats ne mentionnent que la fonction exercée au
moment où ils élèvent l'inscription85. Ce serait compréhensible pour le Nitiobroge M. Cl.
Severus qui offre une dédicace avec l'autorisation de l'ordo de sa cité, et s'inscrit donc
dans un contexte chronologique défini, mais apparaîtrait comme curieux, sans être
impossible, pour le Tongre C. Gracileius Similis qui, dans son épitaphe, aurait plutôt dû
retracer la totalité de son parcours. La carrière du Senon C. Amatius Paterninus va aussi
dans le sens d'une absence de charge antérieure à l'édilité puisque cet aedilis à deux
niveaux, celui de la seule capitale (qui ne nous concerne pas ici) ?86 et celui de la cité ne
fait état, dans l'énumération détaillée de ses premières étapes dans la vie publique,
d'aucune questure. Il faut supposer soit que la séquence questure - édilité définie pour
Lyon est spécifique à la colonie soit que, comme dans les provinces hispaniques, la
questure éventuelle succède à l'édilité au lieu de la précéder et n'a par conséquent pas de
raison de lui être systématiquement associée dans les textes ; l'énumération avec la
questure, dans un nombre non négligeable de cas, de plusieurs charges ou dignités va
dans ce sens. Quelle que soit la solution à laquelle on se rallie, la variation des fonctions
sinon d'une cité à l'autre, du moins d'une province à l'autre, est patente.
155

46 A la différence de la Narbonnaise où la multiplicité des témoignages a permis, au prix de


minutieuses études, à la fois de définir des parcours et de mettre en évidence leur variété
selon les localités, même de statut identique, le nombre trop faible de critères similaires
interdit de déterminer une trajectoire qui serait applicable aux Gaules ?87. Le plus
souvent, le cursus se limite à deux charges, et, comme on le va le voir, ceux qui sont passés
dans l'ordre équestre résument en général leur carrière municipale, gommant ainsi les
étapes préalables qui auraient permis de connaître leur parcours.

LES CURSUS MUNICIPAUX EN GAULES


156

47 Mise à part la place du duumvirat comme consécration, une constatation essentielle est, à
la lumière du cursus du Senon C. Amatius Paterninus (5) et, moins clairement, de ceux de
Verus et de L. Cerialius Rectus (2 et 3), l'imbrication étroite entre charges « civiques » au
sens précis de « concernant toute la cité » et charges plus locales, c'est-à-dire limitées à
des subdivisions de la cité, pagus ou vicus ; le détail de ces dernières sera examiné plus
loin, mais cet aspect doit être souligné ici : les groupes gouvernants sont homogènes et
sont autant impliqués au niveau de la cité que des autres unités administratives
inférieures, y compris hors de leur cité. Ainsi l'anonyme de Lyon (4), quelle que soit son
origine, certainement extérieure à la colonie lyonnaise, est assez concerné par la capitale
des Gaules et plus précisément par le territoire de l'autel fédéral (où il a sans doute
représenté sa cité) pour en être le patron.
48 Cette indifférenciation est patente dans un des deux parcours élaborés (4 et 5) attestés.
Parce qu'on ne peut effectuer de recoupements avec d'autres enchaînements significatifs,
on a rattaché aux Senons l'anonyme de Lyon (4), sur la foi de deux fonctions (actor
publicus et duumvir ab aerario) qu'on retrouve dans la dédicace, postérieure d'un demi
siècle, élevée au Senon Amatius. Ce rapprochement est, assez superficiellement, renforcé
par la présence, dans la fin mutilée du texte, des lettres SEN, qu'on peut développer en
Sen(onius) ; il n'est cependant pas complètement convaincant88. Des autres magistrats
senons connus aucun, en particulier ni la prestigieuse famille de Sex. Julius Thermianus
ni C. Decimius Sabinianus (voir tableau des attestations globales de magistratures, 39 et
40) qui ont pourtant parcouru l'intégralité du cursus, n'énonce aucune fonction : la
caractéristique de la précision énumérative que partagent les pierres d'Amatius et de
l'anonyme de Lyon n'est pas un critère d'identité senone. Cette particularité,
artificiellement invoquée, puisqu'elle sert d'argument pour rattacher à la cité des Senons
l'anonyme de Lyon et, ensuite, de « preuve » de cette parenté, est imputable à un hasard
documentaire et non à la « complexité » des institutions locales89. Il est excessif d'en
déduire que les seuls Senons avaient structuré leur administration municipale en y
introduisant des spécialisations comme le duumvirat financier ou que seuls leurs
magistrats faisaient appel à des représentants comme les actores publici pour les seconder
(on peut faire le parallèle avec les modes de désignation originaux traités plus haut qu'un
examen superficiel aurait pu faire croire spécifiques de Lyon). Les fonctions sont
examinées individuellement à leur place respective, mais leur combinaison fait
apparaître, sans qu'on en soit trop surpris, un semblant de spécialisation : Amatius (5) a
assumé plusieurs responsabilités de type édilitaire culminant, au moment où la dédicace
I'honore, avec la préfecture de l'annone ; dans cette perspective, l'adjectif integerrimus
paraît si pertinent qu'il ne lui a sans doute pas été appliqué au hasard. Son possible
compatriote anonyme (4) est plus « généraliste », et, notamment, sa préfecture de colonie
ne peut être assimilée, sinon par le vocabulaire, avec la préfecture de l'annone
d'Amatius ; à la différence d'Amatius, il ne dit pas avoir oeuvré dans les instances locales
non municipales, mais il a assumé, à l'intérieur de sa cité et dans la capitale fédérale, des
157

responsabilités qui l'ont introduit dans l'ordre équestre. Il avait atteint un échelon
beaucoup plus avancé qu'Amatius au moment où ses subordonnés célèbrent ses mérites.
Ces deux seuls parcours gaulois connus sont, finalement et contrairement à ce qui est
généralement admis, bien différents.
49 De ces esquisses de cursus se dégagent cependant trois points : l'imbrication entre les
niveaux administratifs, municipal et impérial, les rapports entre les cités, la variété et le
nombre des « magistratures exceptionnelles ».

La promotion vers l'administration impériale : l'ordre équestre

50 On ne reviendra pas sur le passage à l'ordre sénatorial, déjà fait dans les bilans globaux
des sénateurs d'origine provinciale90 ; on donne ici le tableau des notables gaulois passés
dans l'ordre équestre sans s'attacher à leur parcours en tant que chevaliers, qui relève
des études sur cet ordre.

LES MAGISTRATS GAULOIS DEVENUS CHEVALIERS

51 En général, le parcours municipal, préalable naturel et peu valorisant au parcours


équestre dont les premières étapes sont plus volontiers détaillées, est résumé et les cursus
sont trop peu connus pour qu'on puisse déterminer un itinéraire qui pourrait conduire de
façon préférentielle vers l'ordre équestre91. L'aspect le plus frappant est l'effectif de Gaule
Belgique (4 cas pour 8 en Lyonnaise dont 3 pour Lyon), qui reflète en partie le poids
épigraphique et le dynamisme des Trévires, les plus nombreux (3 cas sur les 4). On notera
simplement que, sans surprise, les milices succèdent aux fonctions municipales gauloises,
ainsi que la confirmation d'un phénomène déjà bien connu : l'inscription des provinciaux
dans les cinq décuries de juges, attestée pour la Lyonnaise uniquement, marque, plus
158

qu'une réelle entrée dans l'ordre équestre comme le font les milices, la consécration
d'une intégration dans les élites provinciales92

Les rapports entre les cités

52 Les témoignages qui juxtaposent plusieurs cités ne sont pas tous de même nature. En
premier lieu, il faut écarter les hommages qui, à l'autel fédéral de Lyon, célèbrent des
magistrats extérieurs à la colonie, car ils ne sont imputables qu'au rôle centripète du
sanctuaire des Gaules. Les attestations concernant les militaires (tableau, 2, 14) sont à
mettre au crédit des contraintes de mobilité professionnelle ; elles contribuent cependant
à nourrir le réseau de relations entre cités, au même titre que les curateurs de cités,
obligatoirement originaires d'une cité autre que celle qu'ils supervisent quand ils
s'inscrivent dans le cadre provincial (12 à 15)93, de même que le rassemblement sous une
autorité commune de plusieurs cités, décidé par commodité géographique par l'autorité
impériale, a pu être favorisé par des relations antérieures (17 très douteux, voir 19). Ces
attestations ne prouvent pas que les cités ont noué des liens de leur propre fait, mais,
même si ils ont été imposés par les nécessités extérieures, ils ont contribué à favoriser les
rapports.

LES RELATIONS ENTRE LES CITÉS ATTESTÉES PAR LES MAGISTRATURES

St Bertrand-de- de]curio in co[l. Clau]dia Lu[guduno ? mort chez les


1 Comminges …] L. f. Galeri[a …] Convènes
ILTG 87 très douteux94

[.] Minnius
le père est décurion chez les Sogiontes
St Romain-en-Gal Venustus
2 le fils, émérite de la 13 e cohorte urbaine, est
CIL XII 1871 [Sex. ?] Minnius
décurion à Lyon
Vestinus, son fils

Lyon C. Apronius Apronii


3 Trever, décurion de Lyon
CIL XIII 1911 Blandi fil. Raptor

Lyon Litiavis Necochoris


4 ci. Carnutenus, magistrat à Lyon ?
CIL XIII 2010 f.

Upie
M. Bucc[onius … Lyonnais ? ou Ségusiave ? honoré en Narbonnaise
5 AE 1952 23 = AE
Gale[… près de Valence95
1979 403

Alise-Ste-Reine restitué d'après le suivant, serait magistrat chez


6 un Mandubien ?
CIL XIII 2878 les Éduens et les Lingons

Alise-Ste-Reine
7 … ] Professus Niger omnibus honoribus apud Aeduos et Lingones functus
CIL XIII 2873

Autun Q. Secund(ius) civis Trever, in Aeduis consistens, omnibus Uonoribus


8
CIL XIII 2669 Quigo inter eos functus
159

Avenches,
Helvète, la cité des Éduens et les Helvètes lui
Germanie C. Valer. C. f. Fab.
9 offrent des funérailles publiques, en tant
supérieure Camillus
qu'ancien magistrat sans doute ?
CIL XIII 5110

Villards-d'Héria,
Germanie C. Licinius
10 supérieure Pomptina Aeduus, magistrat honoré par les Séquanes
CIL XIII 5353 = AE Latini fil. Campanus
1979 341

Sens peut-être un magistrat Tricasse ? (ou sévir ?)


11 … ] is Tricassium
CIL XIII 2957 attesté chez les Senons

Officiels mis en contact avec différentes cités par leurs fonctions

Lyon L. Lentulius
12 Pictavus, curateur des Bituriges Vivisques
CIL XIII 1697 Censorinus

…]elius Mag
[nus ?] (ou Mac
Orléans
13 [..]) Senoni[us, curateur d'Orléans ? 96
CIL XIII 3067
Atepomari [fil.
civi]s ?

Sens C. Decimius
14 Senon, curateur des Vénètes
CIL XIII 2950 Sabinianus

Lyon
15 Marcius Vr[… curat[or… Se]gusiavis 97
CIL XIII 2013

Remagen,
Germanie décurion de Lyon, soldat de cohorte urbaine honoré en
16 …]ius Secundus
inférieure Germanie
CIL XIII 7816

procurateur ayant sous son autorité les cités des


Auxerre Aurelius
17 Senons, des Tricasses, des Meldes, des Parisii, des
CIL XIII 2924 Demetrius
Éduens à l’occasion du cens sans doute (voir n. 9)

Lyon mais anonyme, C.


magistrat, senon peut-être ?, sans doute délégué à
18 Senon ? Julius peut-
l'autel fédéral, patron du pagus de Condate
CIL XIII 1684 être ?

Vienne
CIL XII 1855 et D. Julius D. f. magistrat viennois, chevalier en fonction dans la cité
19
1869, cf. CIL XII Capito des Rèmes (censeur de la cité)
2613
160

53 Il reste moins d'une douzaine d'attestations, dont un nombre non négligeable met
naturellement en scène Lyon, soit à travers des magistrats lyonnais en contact avec
d'autres cités (1, 2), soit, inversement, et l'attraction de la capitale est encore à invoquer,
par l'exercice de magistratures lyonnaises par des étrangers à la cité (3, 4), ou encore le
patronat exercé sur le pagus de Condate par un magistrat peut-être senon (18) 98. D'autres
échanges de type semblable sont très significatifs d'une communauté civique qui déborde
le cadre des cités : les magistratures assumées dans une cité autre que celle d'où l'on est
originaire (6 à 9)99. Peut-être par le hasard documentaire, mais peut-être aussi à cause de
caractéristiques propres, les Éduens sont toujours concernés, preuve du dynamisme de la
cité, que sa position géographiquement centrale a pu favoriser et, pourrait-on aussi
imaginer, d'une certaine ouverture d'esprit. Les deux magistrats (10,11), dont encore un
Éduen, mais cette fois-ci « expatrié », honorés hors de leur cité, ne le sont pas au titre de
leur fonction mais à titre privé et pour des raisons dont nous ne pouvons préciser la
nature. Même si les cités concernées sont la plupart du temps peu éloignées, elles sont
parfois rattachées à des provinces différentes (aux Germanies beaucoup plus qu'à la
Narbonnaise) ; quoique les implications, les conditions, les ramifications de ces rapports
tissés entre les cités à travers les magistrats restent inconnues, leur seule existence, qui
va jusqu'à l'exercice de doubles cursus (6, 7, 9), tempère l'impression de variété que laisse
par ailleurs l'examen des magistratures et prouve l'unité et la solidarité administratives
des Trois Gaules et leurs relations privilégiées avec les Germames.

IV. Les « magistratures exceptionnelles »


54 Par « magistratures exceptionnelles », on entend les fonctions originales, qui ne sont pas
couramment attestées dans le parcours ordinaire des magistrats.
55 Encore faut-il nuancer : certaines charges officielles ne sont pas des magistratures,
notamment celle d'actor, bien connue pour les pagi et les vici, mais aussi mentionnée deux
fois dans le cadre de la cité, pour les Senons sans doute. Un actor représente une
communauté, civique ou non, en matière juridique ou contentieuse, souvent dans le
domaine financier ; il est nommé par les décurions ou par les duumvirs 100, ainsi C.
Amatius Paterninus actor publicus, successivement ou en même temps, d'un pagus (Toucy
près d'Auxerre) et (actor) quinquennal de la cité des Senons ; parce que le qualificatif de
quinquennal est d'ordinaire accolé au duumvirat à l'occasion des recensements, et parce
que sa signification est obscure dans ce contexte, on déduit que, en tant qu'actor, Amatius
a participé à l'organisation du recensement ; il pourrait aussi bien avoir aidé les duumvirs
dans leurs responsabilités autres que le recensement, précisément négligées à cause de
celui-ci ; mais, à la différence des préfets, il ne peut avoir fait office de magistrat. De son
identité certaine de Senon on a déduit une appartenance civique identique du seul autre
actor publicus (sans autre précision cette fois), cité à Lyon ; le lien, sans être impossible,
n'est pas aussi solide qu'on le dit : un nombre non négligeable de fonctions sont rarement
attestées, pour des raisons contingentes, par hasard documentaire, par souci de raccourci
épigraphique et non à cause d'une réelle rareté ; les actores entrent d'autant mieux dans
ce cas de figure que, n'étant pas réellement magistrats, ils évoquent cette responsabilité
moins volontiers, et uniquement dans des énumérations exhaustives.
56 L'adlector ferrariarum en fournit un exemple parfait : ce responsable financier de mines de
fer, mentionné une ou peut-être deux fois chez les Vellaves101, existe probablement
161

partout où il y a exploitation minière, municipale ou provinciale ; la juxtaposition, pour


Sextus Donnius Priscianus, avec la formule omnibus officiis… functus qui inclut toutes les
fonctions municipales, non énumérées parallèlement, incite à accorder à l'adledor une
place à part, non pas hors du parcours municipal, mais certainement au sommet de celui-
ci, non pas comme un préalable mais comme une consécration : il a géré les mines de la
cité après avoir assumé toutes les autres fonctions classiques non détaillées parce que
trop banales102.

V. Le dannus : un magistrat fictif ? ou un responsable


de vicus ?
57 Une attestation unique, chez les Trévires, semble faire connaître un responsable que l'on
rattache à une tradition celtique : le dannus Giamillus aurait été chargé par les colons d'un
domaine dont ils portent le nom (Crutisiones) de réaliser une dédicace à Mercure 103. Le
nom unique, Giamillus, le rattachement à une possible racine celtique ou gauloise du mot
qui le précède ont conduit à faire de ce personnage un magistrat, diversement analysé.
Les principales interprétations sont fondées sur un rapprochement avec des inscriptions
de Germanie, notamment une énumération de quatre noms à Mayence, suivie de
platiodanni vici novi, dont on a rapproché une dédicace du vicus Grinario (Köngen)
mentionnant des platiae d[… c. [Su]melocenes. vici Grinar., restitué par certains en platiaed
[anni104. Il est admis que dan, inconnu en celtique, est une dérivation de dan'il, dawn,
« talent » d'où « fonction », et, relié à la mention d'un vicus et de platea (= « voie
publique » en celtique), le platiae ou plateae dannus devient un magistrat de vicus chargé de
surveiller les voies et les places, une sorte d'édile. La composition serait calquée sur des
titres comme arcantodan qui figure sur des monnaies des Meldes, des Médiomatriques et
des Lexovices et que, partant du principe que ces pièces citent des magistrats, on traduit
par « magistrat monétaire » ; ou comme cassidannos, qui, très fréquent sur les graffites de
la Graufesenque, y désigne probablement un responsable de la fabrication des vases 105. Il
faut remarquer qu'on attribue à dannus une racine celtique et des significations tirées du
contexte d'inscriptions latines du IIe s. (après 135 pour Giamillus, 150-250 pour les deux
autres)106. Pour les platiae d[… de Köngen il faut, comme l'avaient déjà fait les premiers
éditeurs, se fonder sur l'analogie avec plusieurs emplois, toujours en Germanies, et
insérés dans des dédicaces exactement similaires, de platia dextra au sens premier de
« route de droite » ou « partie droite de la route »107 et ne pas retenir cette occurrence
comme une attestation de magistrature, d'autant plus que la lecture des ILS est confirmée
par la dernière édition du texte : un E est bien visible après le D, on ne peut donc lire d
[anni, ce qui est loin de résoudre les problèmes de compréhension du texte 108 ; les platiae
danni de Mayence, qui semblent bien désigner de façon collective le groupe énuméré
nominalement précédemment, n'autorisent pas à éliminer catégoriquement la lecture
dannus comme un nom commun pour le texte belge. En ce cas, Giamillus, indigène,
exercerait, au début du IP s. au plut tôt, peut-être une responsabilité, mais pas une
magistrature, plutôt une curatelle, qui ne concerne pas la cité mais un vicus dont
dépendent les coloni, sans qu'on puisse dire si l'association systématique dans les sources
de ces platia, platiae etc… à un vicus relève du hasard des découvertes, ou d'une logique
non apparente109. Toutefois, l'interprétation onomastique, retenue en un premier temps
par les éditeurs sans être argumentée, ne peut être catégoriquement éliminée, pour
plusieurs raisons. En premier lieu, si dannus est une fonction et non un nom, sa place dans
162

la phrase est assez insolite : la pratique de faire précéder, et non suivre, la mention de la
charge du nom de celui qui l'occupe ne souffre que peu d'exceptions. En second lieu, les
éléments onomastiques ne sont pas sans parallèles dans les pays gaulois : Dannus est bien
attesté, sous la forme gentilice Dannius autant que comme nom unique, et il en va de
même pour Giamillus / Giamillius. Cependant, une objection à cette lecture subsiste : un
personnage qui s'appellerait Dannus Giamillus porterait deux noms dont le premier n'a ni
la forme gentilice ni la forme prénominale. Soit il s'agirait d'une combinaison
particulière, et jusqu'à présent non reconnue dans les Gaules (mais, semble-t-il, attestée
dans les pays hispaniques), qui juxtaposerait deux noms, d'ordinaire qualifiés de « noms
uniques » puisque, caractéristiques de l'onomastique pérégrine, leur spécificité est
précisément, à la différence de la nomenclature citoyenne, d'être employés seuls. Soit il
faut corriger per Dannum en per Dann(i)um pour en faire l'accusatif du gentilice déjà
connu ; on doit alors supposer une imprécision de lecture (un I non déchiffré, peut-être
en ligature ?) ou bien une erreur du graveur (qui a par ailleurs simplifié fecerunt en ferunt)
110
. Bien que cette dernière solution soit la plus économique, elle ne permet pas de
trancher définitivement la question de la signification de dannus.

VI. Les praefecti


58 Le titre de praefectus est générique, sans définition de compétence en lui-même ;
l'expression de celle-ci le complète parfois.

LES PRÉFETS DES GAULES

Lieu, référence Nom Titulature

Lyonnaise, Mandubiens, sources


1 de la Seine P. [… [prae]fectus
CIL XIII 2871

Lyonnaise, Senons, Melun cur[a… ] Auspicis praef


2 …] Auspex ?
CIL XIII 3012 [ecti

Lyon, mais Senon ? anonyme, peut-être C. Julius (voir


3 praef. coloniae
CIL XIII 1684 tableau des cursus)

Lyonnaise, Senons, Sens C. Amatius Paterninus (voir tableau


4 praef. annon desig.
CIL XIII 2949 = ILS 7049 des cursus)

Lyon praefectus vigilum (de


5 T. Flav. Latinianus
CIL XIII 1745 Lyon)

Aquitaine, Vellaves, Le Puy


6 Nonnius ? praef. coloniae
CIL XIII1577

Belgique, Médiomatriques, Metz


7 C. Aur. Maternus questeur pr(a)ef. stat.
CIL XIII 4291
163

Belgique, Trévires, Trèves


praef. (fabr.
8 CIL XIII11313 = ILS 9418 = KTrier Magissius Maina
dolabrarior.)111
179

Belgique, Ambiens, Bois l'Abbé,


praef. ? [latro]cinio
9 pagus L. Cerialius Rectus
[arcendo ?]
AE 1978 501 = AE 1982 716

59 Deux préfets (1-2) ne présentent pas une titulature suffisante pour émettre des
hypothèses raisonnables sur leur rôle ; le premier est cité sur un fragment très réduit, le
second est chargé de la réfection d'un temple, probablement mais pas obligatoirement
parce qu'il est aussi magistrat, et le fait qu'il soit cité chez les Senons ne permet pas à lui
seul, contrairement au raisonnement tenu d'ordinaire, de compléter son titre en
praefectus coloniae, même si un des deux préfets de colonie des Gaules est sans doute senon
(3). Parce que le second préfet de colonie connu, chez les Vellaves (6) est aussi gutuater,
prêtrise gauloise, parce que le premier (3) se nomme très hypothétiquement C. Julius, on
a placé cette fonction aux débuts de la domination romaine, en en faisant, comme pour le
vergobret et le dannus, un héritage celtique ; cette déduction est irrecevable parce que le
préfet peut-être senon (3), quel que soit son nom, même s'il est homonyme de César, est
daté sans hésitation, par une mention impériale, de la fin du IIe ou du début du IIIe s. Par
ailleurs, l'hypothèse qui fait du préfet de colonie un magistrat chargé de la gestion du
chef-lieu de cité est sans fondement, et même inacceptable. On a déjà dit que
l'assimilation entre colonia et chef-lieu est injustifiée ; il est encore plus curieux qu'elle ait
été proposée dans ce cas : le rattachement aux Senons de C. Julius, cité à Lyon, a été
suggéré par la présence dans son cursus de deux fonctions ( duumvir ab aerario, actor
publicus) qui ne sont attestées que là et une seule autre fois ; or cet autre personnage, C.
Amatius Paterninus (4) est précisément édile du vicus de Sens, c'est-à-dire, seul cas sûr en
Gaules, d'un chef-lieu, qui, étant au milieu du IIIe s. vicus, peut difficilement avoir, un
demi-siècle plus tôt au minimum, été désigné comme colonia, même si on imagine que
l'administration du vicus était très complexe et nécessitait de nombreux responsables 112.
Quelle que soit la façon dont il était choisi (par désignation ? de qui ? des décurions ? des
duumvirs ? du populus ? par cooptation ? parmi les magistrats ? les décurions ?), quel
qu'en soit le nombre (on ne le connaît que par unité, mais il en va de même de plusieurs
fonctions, édilité, questure, préture, qui sont sans doute, d'une façon ou d'une autre,
regroupées en collèges), un praefectus coloniae ne peut avoir eu en charge que la totalité du
territoire de la cité113. La proposition la plus vraisemblable est d'en faire un représentant
des autorités municipales qui leur servait de relais, perpétuel ou chargé d'une mission
ponctuelle à l'intérieur de la cité, et qui, loin d'être confiné aux débuts de l'empire, serait
plutôt apparu avec la spécialisation et la diversification de l'administration des cités. La
préfecture de l'annone (4), elle aussi chez les Senons, et les préfectures des appariteurs
(7), des vigiles (5) et des pompiers (8), datées de la fin du II e - IIIe s., avec certitude pour la
première et la dernière, de façon plus incertaine pour les autres (à partir des noms
Flavius et Aurelius), illustrent la subtilité de la situation : certes, l'exercice concret de ces
charges concernait essentiellement, notamment pour les deux dernières, la ville
proprement dite, c'est-à-dire le chef-lieu, mais cette limitation territoriale imposée par
des contraintes matérielles n'implique pas que les magistrats dirigeant ces services soient
magistrats de la ville et non de la cité, au contraire ; il ne fait pas de doute que la charge
164

de praefectus annonae designatus (4) qui clôt le cursus détaillé de C. Amatius Paterninus le
Senon l'est, comme les deux précédentes, civitatis, sinon la précision inverse aurait été
apportée, comme elle l'est pour les fonctions s'inscrivant dans le cadre d'un vicus ou d'un
pagus. On comprend parfaitement dans ces conditions que ce soit le splendidissimus ordo de
la cité des Trévires et non une instance de la ville de Trèves qui intervienne pour
autoriser le préfet des fabri dolabrarii (8) à assurer la construction d'un temple dans la
ville.

VII. Le princeps
60 Un raisonnement exactement similaire aux précédents a fait de C. Jul. Julius, auquel la
civitas Segusiavorum offre publice un funus et un monimentum comme principi suo, un
magistrat unique, de date haute114, singularité d'autant plus volontiers admise que les
Ségusiaves ont livré une autre curiosité, un quattuorvir (voir tableau ci-dessous, 5). Il est
indiscutable que C. Julius Julius s'est, d'une façon ou d'une autre, signalé à l'attention de
ses concitoyens qui ont tenu à lui décerner collectivement des honneurs funèbres
publics ; mais ni le texte de l'inscription ni le contexte ni les autres emplois du mot 115 ne
contraignent à l'insérer dans le cadre administratif ; C. Julius peut tout autant s'être
distingué autrement, par des bienfaits, ou une intervention en faveur de la cité ou par un
exercice avisé de magistratures sans que la formule qui le qualifie mentionne ces
magistratures. Princeps, le « premier », non dans le contexte d'une hiérarchie stricte mais
dans une acception honorifique, presque morale, de « dignitaire »116 ne s'applique pas
obligatoirement à un magistrat. Même si on a restitué [primarius ou principalis] vir dans le
texte de Lectoure où des vicani honorent L. Rocius Lepidus, ce formulaire, trop aléatoire,
doit être revu puisqu'il ne repose sur aucun parallèle valable et n'apporte aucun élément
en faveur de cette argumentation117.

VIII. Les quattuorvirs et les municipes


61 L'enjeu de l'interprétation du quattuorvirat est essentiel : il occupe une place
particulièrement sensible à cause de ses implications institutionnelles. Les Trois Gaules
sont réputées, à l'image de la Narbonnaise, n'avoir connu de création sous l'Empire que
de colonies latines à l'exclusion de colonies romaines (mise à part Lyon) et de municipes
118
. Du moins ce dernier mot semble absent de l'épigraphie ; il n'apparaît que dans un
libellé très discuté de Lyonnaise : R. p. pag. II m. Autessioduri développé en r(es) p(ublica) pag
(i) ou pag(orum) (duorum) m(unicipii) Autessioduri 119 ; si l'élimination de la lecture
municipium sous le prétexte qu'on ne connaît pas de municipe en Gaules n'est pas de
bonne méthode, en revanche l'agencement municipium suivi du nom de la ville n'est pas
acceptable puisque dans toutes les autres formules équivalentes le deuxième élément est
toujours un nom de peuple (mise à part la colonie de Lyon). Dans cette situation, la
découverte récente d'une dédicace genio mun(icipii) Tung(rorum) a incité à proposer le
rattachement de cette cité non plus à la Belgique mais aux Germanies où la présence de
quelques municipes est certaine120. Cependant, il vient d'être montré que, contrairement
à ce que laissait croire une mauvaise lecture, les Séquanes dotés du droit latin depuis 79
au moins et intégrés à la Germanie lors de la création de la province sous Domitien n'ont
jamais eu de quattuorvir121. La controverse est compliquée par le fait qu'on lui a greffé un
argument, contestable en luimême : l'équation quattuorvir - municipe, qui ne repose que
165

sur une assimilation très douteuse avec l'Italie puisque, en Narbonnaise, la présence de
quattuorvirs permet de distinguer précisément les colonies latines des colonies romaines
122. Il reste que des quattuorvirs sont attestés en Gaules, à côté des duumvirs, et qu'une

des explications de leur présence pourrait être le statut de municipe.

LES QUATTUORVIRS DANS LES GAULES

Note 123123
Note 124124

62 Examinons d'abord le Carnute transplanté à Lyon (6) ; il pose plusieurs questions : il n'est
connu que par un manuscrit qui a très probablement été mal lu puisqu'on a transcrit IIIvir
qui peut également avoir été substitué à IIvir, beaucoup plus fréquent que IIIIvir, mais le
doute impose sa mention dans le dossier des quattuorvirs, afin de pouvoir l'analyser,
quitte à le récuser après avoir pesé les arguments125. Cependant l'agencement de
l'ensemble de l'inscription, sans être inacceptable, engendre la suspicion : DM et memoriae
aetern. Litiavi Necochoris (f.) sagarico ci. Carnuteno Macidula conjugi carissimo IIIvir. vivus erat
[…] et sub ascia dedicaverunt. Puisque les noms sont au datif, Necochoris ne peut être que la
filiation du défunt (notons que tous les éléments onomastiques sont inconnus ailleurs 126) ;
en ce cas sagarico, au datif, a toutes chances d'être un métier plutôt qu'un deuxième nom
formé sur le gentilice Sagarius127, d'autant plus que Litiavis signale ensuite son origine
étrangère à la ville, pratique parfaitement cohérente avec le métier de marchand. Il serait
alors curieux que le mot interprété comme IIIvir soit une fonction, qui, importante pour
un personnage de milieu modeste, n'aurait pas été repoussée après une expression banale
de parenté (conjugi carissimo) ; on ne saurait non plus isoler comme une formule
autonome au nominatif IIIvir vivus erat, l'expression devenant ridicule. Toutes ces
considérations incitent à corriger ce texte, peut-être à mettre son authenticité en
question, mais ne permettent pas vraiment de l'éliminer, d'autant moins que plusieurs
166

mentions de quattuorvirs subsistent, dont deux sont indéniables : C. Julius Sex. fil.
Serenus IIIvir à Saint-Bertrand-de-Comminges à la fin du I er s. - début du II e s.128, et L.
Cerialius Rectus IIIvir et questeur, au pagus de Bois l'Abbé, un siècle plus tard 129 (2 et 1). Si
on part du postulat qu'il est exclu qu'il s'agisse de quattuorvirs de cité, on argue de la
mention dans le libellé pour celui-ci du pagus, pour celui-là de [convic]ani très
problématiques pour affirmer que ces personnages ne sont pas magistrats de cités mais
de subdivisions administratives (pour lesquelles, on le verra ci-dessous, pareille
magistrature est absolument inconnue) : comme il arrive souvent, le prémisse devient
conclusion et l'argumentation se mord la queue. Trois pièces douteuses renforcent le
dossier des quattuorvirs : IIII [… (=Illlvir ?) inscrit sur un morceau de plaque métallique
trouvé à Boiron (5)130, quelques lettres découvertes près de Clermont-Ferrand (3)131, et,
dans le même esprit que pour ce deuxième document, un développement [IV]vir suggéré à
côté de [II]vir pour des textes incomplets de Saintes et de Saint-Bertrand-de-Comminges
(4)132. Aucun des éléments n'est absolument irrécusable (la plaque de Boiron peut avoir
passé la frontière toute proche de la Narbonnaise, et la lecture des deux autres pierres se
réduit à des hypothèses) ; le dossier reste si mince, l'effectif des quattuorvirs si faible
(comme celui des municipes en Germanies d'ailleurs) qu'on est tenté de le clore par une
réfutation globale, mais, inversement, il suffirait de la découverte, à l'image de celle de la
dédicace de Bois l'Abbé, d'une ou de deux inscriptions pour faire basculer définitivement
l'interprétation de documents déjà connus en faveur de la présence de municipes en
Gaules (avec quattuorvirs ou non), en nombre réduit comme en Germanies, et, par suite,
pour placer fermement les Tongres en Belgique.
63 C'est avec un certain soulagement qu'on peut affirmer que T. Aurelius Flavinus, cité à
Oescus, Mésie inférieure133, bouleute de plusieurs cités, dont les Tongres, peut être éliminé
de la liste des magistrats des Gaules, à double titre : les Tongres ne sont probablement pas
ceux de Belgique, et un bouleute n'est pas un magistrat ; le cas ayant été parfaitement
argumenté, il est inutile de le développer134.
64 Enfin, bien qu'elle soit sans conteste à classer parmi les fonctions équestres, la charge de
censor civitatis Remorum foederatae exercée par D. Julius Capito mérite d'être brièvement
évoquée. Membre bien connu d'une famille viennoise, magistrat et prêtre municipal, il a
entamé un cursus équestre, dont on connaît deux étapes indiscutables : le tribunat
militaire de la IIe légion adjutrix et la procuratèle ducénaire d'Asturie et de Galice 135 ; on
rattache aussi sans hésiter au parcours équestre sa fonction de censor de cité, qu'on classe
dans la catégorie sexagénaire. Cette censure des Rèmes, équestre, donc mission exercée
sur mandat impérial, comme on en connaît beaucoup d'autres dans le monde romain,
pose quelques problèmes. La formulation seule désignerait la charge comme municipale ;
on n'en connaît aucun parallèle ni pour aucun chevalier (soit une formule développée soit
le terme censitor sont employés 136, et l'assimilation de censor et de censitor sans autre
analyse, au point que censitor est souvent appliqué à tort à Julius Capito luimême, ne
paraît pas absolument aller de soi) ni pour aucune cité, mises à part les villes italiennes et
quelques villes siciliennes, sous la République ou au début de l'Empire. De plus, les
dédicaces à Julius Capito ne respectent pas une séparation stricte entre les fonctions
municipales et les charges équestres, notamment le triumvirat locor. publ. pers. qui fut
exercé après le tribunat légionnaire avant lequel il est mentionné137 : le censeur
municipal, qui met au net l'album de la curie, est certes rarement mentionné, autant dans
les documents épigraphiques que dans les oeuvres littéraires138, mais les opérations de
cens assurées par les chevaliers ne le sont que dans le cadre d'une ou de plusieurs
167

provinces ou de plusieurs cités, jamais pour une seule cité, mis à part Julius Capito 139. Si D.
Julius Capito est certainement un censeur équestre, les raisons ne tiennent qu'à la logique
de la structure des formulaires épigraphiques : bien que Viennois il aurait pu faire
carrière dans une autre cité, d'une autre province, mais la censure, équivalente au
quinquennalat, constitue le couronnement d'une carrière municipale or aucun stade de
celle-ci ni aucune formule globale la résumant ne sont mentionnés par les Rèmes dans
l'hommage qu'ils lui élèvent à Vienne, alors qu'à l'inverse la partie restante de la dédicace
du conventus des Asturies, ne retient que certaines étapes équestres, sélectionnées, et
parmi elles la censure de la cité des Rèmes140.

IX. Le personnel municipal et les curateurs de citoyens


romains
65 Il est certain que les magistrats avaient sous leur autorité des services techniques et
exécutifs, eux-mêmes dirigés par des subordonnés et des auxiliaires (qu'on ne connaît
qu'à travers les préfets, les actores, les curateurs) qui assuraient un grand nombre de
tâches (l'entretien et le fonctionnement des infrastructures et des bâtiments publics, le
maintien de l'ordre, la répression, la lutte contre le feu, le bon état du réseau routier etc…
). On ignore selon quelles modalités les magistrats exerçaient un contrôle sur les
subordonnés, et quel domaine était précisément dévolu à chacun (d'autant que très peu
d'attributions spécifiques de magistrats sont connues). On ignore aussi presque tout du
recrutement, des effectifs, de la rémunération etc… des employés municipaux placés à
leur tour sous les ordres de ces chefs de service.
66 Il n'y a rien d'étonnant à ce que la majorité de ceux qui sont attestés soient esclaves ou
affranchis publics ou privés, et la diversité des missions qui apparaît à travers leur courte
énumération donne simplement un aperçu de l'étendue des tâches dévolues à la
communauté, et par conséquent aux magistrats qui la représentent. Cette approche
concrète et quotidienne complète donc le tableau que donnent les lois municipales 141 : au
hasard de la documentation, on a ainsi trace de licteurs, de l'enregistrement des actes et
la gestion des archives (tabellarius), de l'administration des domaines publics (saltuarius),
du gardiennage des prisons (clavicularius), de la lutte contre le feu (fabri dolabrarii) ou de
l'organisation des spectacles (designator). Les deux officiales qui, à Sens, louent les mérites
du magistrat Amatius Paterninus ne le font pas à titre privé (ils bénéficient de fonds
publics, p. p), mais leur onomastique les désigne, avec un jeu de mot sur leur gentilice
(Paternius formé sans surprise sur le surnom Paterninus du patron, mais Maternius pour
l'autre) comme des affranchis privés secondant le magistrat dans son rôle public, selon
une pratique courante.

PERSONNEL ET EMPLOYÉS MUNICIPAUX DES GAULES

Esclaves et affranchis publics sans spécialité

Aquitaine, Bituriges
Nemetogena ancilla publica Vivisques, Bordeaux
CIL XIII 603
168

Sabinus ser. p(ublicus) Belgique, Trévires, Titelberg N 43

Belgique, Médiomatriques, Metz


Sex. Public. Decmanus col(oniae) Med(iomatricorum)lib(ertus)
CIL XIII 11359

Personnel municipal spécialisé

Belgique, Médiomatriques,
Jul. Paternus tabellarius Sablon
CIL XIII 4313

Belgique, Nerviens, Bavai


Q. Titius Vilicus lict(or)
CIL XIII 3572

T. Publicius Tertius, affranchi Belgique, Trévires,


public d'après son saltuarius (garde champêtre) 142
Waldfischbach
onomastique F 328

Belgique, Trévires,
Wasserbillig
[Doccius ?] Acceptas tabul[arius
CIL XIII 4208 = AE 1967 320
et 1987 771

Lyonnaise, Lyon
Marcus CorneliusRufinus civis Lug. tabellarius ejusdem civitatis
CIL XIII 1989

clavic(ularius) carc(eris) p(ublici)


Lyonnaise, Lyon
Tib. Cl. Chrestas Lug.
CIL XIII 1780
(gardien de prison)

[de]signat[ores] ? (douteux, ceux


Lyonnaise, Éduens, Autan
quiattribuent les places au
CIL XIII 2653
théâtre)

fabri dolabrarii (pompiers, Belgique, Trévires, Trèves


organisésen collège divisé en CIL XIII 11313, voir KTrier
curies) 179

Belgique,
statores (dirigés par un préfet) Médiomatriques,Metz
CIL XIII 4291

Lyonnaise, Lyon
vigiles (dirigés par un préfet)
CIL XIII 1745
169

Douteux (municipaux ? et/ou privés ?)

Aquitaine,
graphicus143, doctor, librarius, maisaussi lusor
Ausques, Le
C. Afranius Clari lib. latrunculorum (joueur d'échecs) = employé privé plutôt
Hallai
que municipal ?
CIL XIII 444

Matem(ius
Sens, Senons
Eucharistas et Pat officiales de C. Amatius Paterninus magistrat municipal
CIL XIII 2949 =
[e]r(nius Pollio Sill( des Senons
ILS 7049
)

arenarii (consistentes col. Aug. Trev.) (combattants de Belgique,


l'arène réunis en collège, qui peuvent dépendre Trévires, Trèves
d'entrepreneurs privés ou relever de l'administration CIL XIII 3641,
municipale) voir KTrier 90

A éliminer

Aquitaine,
Bitariges
anonyme, peut-être …]s lictor, sans doute en poste non à Bordeaux mais
Vivisques,
[Au]gustalis à Rome : cives urbicus
Bordeaux
CIL XIII 593

67 Les curateurs de citoyens romains sont rappelés ici, pour mémoire : bien qu'ils ne fassent
pas partie du personnel municipal et que leur présence ne soit pas liée à un statut
spécifique de la cité (même si on peut penser que les conventus de citoyens romains se
forment de préférence quand les effectifs sont assez nombreux grâce au droit latin), les
curateurs participent sinon à la vie administrative, du moins à la vie publique puisqu'ils
contribuent à la célébration, au niveau municipal et provincial, du culte impérial 144.

LES CURATEURS DE CITOYENS ROMAINS DANS LES GAULES sans autre


indication le titre est c. c. r.
AQUITAINE

1 C. Afranius Clari lib. Le Hallai, Ausques CIL XIII 444

2 C. Agileius Primus Bourges, Bituriges Cubes CIL XIII 1194

C. Iuil Silvani fil. Quir.


3 Périgueux, Pétrucores CIL XIII 950 à 954
Bassus

4 anonyme Périgueux, Pétrucores CIL XIII 970

5 T. Ligurius Masculus Périgueux, Pétrucores CIL XIII 965


170

A E1967 303 revu Gallia, 1973,


p. 392, revu G. C.
Vendeuvre-de-Poitou
6 anonyme PICARD, Vicus, Caesarodunum,
(vicus), Pictons
p. 268 ; voir W. VAN ANDRINGA,
infra

CIL XIII 1048


C. Julius Marinus C. Juli
= ILS 7040 + CIL XIII 1074
7 Ricoveriugi f. Volt, (aussi Saintes, Santons
= AE1948 166= ILTG 149 = ILA
vergobret, questeur et flamine)
Santons 20

Sex. Vagirius Sex. fil. Gal.


8 Martianus summus curat, c. R. Lyon, mais Aquitaine CIL XIII 1900 = ILS 7025
provinc. Aquit.

LYONNAISE

C. Varenius Voltin. Varus, c. ILTG 338 = AE 1952 22


9 Douarnenez, Osismes
c. R. IIII145 et 1953 112

Marcius Vr[… curat[or … Se]gusiavis, très Lyon mais cité des


10 CIL XIII 2013
douteux146 Ségusiaves

Sex. Ligurius Sex. fil. Galeria Marinus CIL XIII 1921 = ILS
11 Lyon
summus curator c. R. provinc. Lug. 7024

BELGIQUE

M. Pomp. Victor q(uaestor) c.


12 Bavai, Nerviens CIL XIII 3573
R. c(ivitatis) N(erviorum)

68 On peut remarquer que, une fois encore, l'Aquitaine se distingue, ici par le nombre
proportionnellement considérable des attestations (8 contre 3 pour la Lyonnaise) ; sans
nul doute l'« avance » de la province sur la voie de la romanisation, son acclimatation
rapide au cadre administratif et donc à la fois la progression de la citoyenneté et la
structuration en associations en sont la cause. L'attestation unique de Belgique va dans le
même sens. Qu'un des curateurs soit affranchi (1) n'importe pas ici ; en revanche il faut
remarquer que cette responsabilité n'est pas souvent associée à l'exercice de
magistratures (7) et que les différents niveaux de l'administration romaine sont
représentés, la province (8, 11), la cité et son chef-lieu (2 à 5, 7, 12), les agglomérations (1,
9), le vicus (6), qui, comme nous allons le voir pour les mentions de cette subdivision, est
le lieu de découverte mais non d'exercice de la fonction.
171

X. Les subdivisions administratives des cités : les pagi


et les vici
69 Les seules subdivisions administratives connues des cités dans les Gaules sont les pagi et
les vici 147, et, contrairement à la Narbonnaise où l'on ne trouve de pagus que chez les
Voconces et dans la cité de Vienne et peu de vici, les pagi et les vici sont nombreux dans les
Gaules ; cette situation est parfaitement en accord avec la grande taille des cités,
nécessitant des structures-relais. C'est dire si la nature, le mode de fonctionnement, le
rôle de celles-ci méritent d'être examinés. Les vici et les pagi n'ont fait l'objet que d'études
ponctuelles, sauf quelques exceptions qui mettent en évidence les différences
considérables entre les provinces148. C'est pourquoi, exceptionnellement, on n'a pas
retenu seulement les mentions de magistrats mais tous les témoignages épigraphiques
citant pagus ou vicus, y compris plusieurs inédits. L'ampleur des dossiers est très variable,
parfois bien fournis pour un seul pagus ou vicus, le plus souvent réduits à un document ;
ils s'échelonnent du début Ier s. (20149) au milieu du IIIe s. (253150), l'essentiel se plaçant,
comme l'ensemble de l'épigraphie des Gaules, aux IIe et IIIe s.

VICI ET PAGI DANS LES GAULES

70 N.B. : on n'a pas décompté les documents, mais les attestations de pagi et de vici
individuels. Les variantes, pagus ou pagani, vicus ou vicani étant importantes, elles ont été
respectées151.

Les vici
172
173

Les pagi

Note 152152
Note 153153
Note 154154
Note 155155
Note 156156
Note 157157
Note 158158
Note 159159
Note 160160

71 Le premier coup d'oeil sur la liste des vici et des pagi fait ressortir que la Belgique est, en
proportion inverse du volume global de la documentation, la province la mieux pourvue
en attestations de ces structures (40 pagi et vici connus pour la Belgique, contre 31 pour la
Lyonnaise, 17 pour l'Aquitaine). Si, à l'intérieur des divisions provinciales, les
témoignages ne sont pas répartis de façon uniforme (la richesse épigraphique en
conditionne en partie le nombre, l'abondance des Trévires en fait foi), cette explication
ne suffit pas : le contraste avec les attestations des autres structures, beaucoup mieux
connues pour la Lyonnaise que pour la Belgique, ne peut être totalement imputable au
174

hasard documentaire. Faut-il donc en déduire que, dans cette dernière province, ces
subdivisions sont les plus vivantes, surtout les vici ? On peut légitimement penser que,
mieux adaptées aux milieux romanisés plus progressivement, elles ont acquis plus de
vitalité là où le cadre civique romain s'est développé plus tard. La pauvreté, en dépit d'un
volume documentaire similaire à celui de la Belgique, de l'Aquitaine, dont la parenté avec
la Narbonnaise tôt romanisée et l'adaptation immédiate aux structures administratives
urbaines romaines ont déjà été soulignéesi161, va dans ce sens.

fig. 3 • Le pagus Viennetonimagiensis et le vicus Venetonimagensis

72 On a déjà battu en brèche la vision traditionnelle de solidarité systématique du pagus et


du vicus, le second étant le centre administratif du premier : le vicus serait un point
urbanisé au milieu d'un espace rural, le pagus. Cette conception erronée est fondée sur
l'idée que le pagus, subdivision de la cité, en reproduit la structure. Il arrive, très
rarement, que pagus et vicus soient rapprochés dans l'épigraphie, soit par la toponymie
soit par la localisation : chez les Ambarres le vicus Venetonimagensis, Vieu, peut tout
naturellement être situé dans le pagus presque homonyme, le pagus Viennetonimagensis,
cité à Briord distant de 40 km162 (carte 3) et en Belgique, à deux reprises, un pagus et un
vicus, de noms différents, sont attestés dans un périmètre réduit : au vicus Belginum le
pagus Ac[… et, à une trentaine de km, le pagus Carucum 163. Vici et pagi coexistant dans les
civitates, cette rencontre n'est pas surprenante, et ne légitime aucune déduction. Il est, en
revanche, significatif que jamais vicus et pagus ne sont impliqués ensemble dans une
décision ou un acte administratif, alors, nous le verrons, que c'est le cas pour le pagus et la
civitas. Les pagi et les vici sont indépendants les uns des autres, les rapports administratifs
à l'intérieur de la cité ne se présentent pas ainsi :
175

73 Pour déterminer leur nature et leur rôle respectifs, vicus et pagus doivent être examinés
parallèlement.
74 On classe les vici en deux catégories : les vici « ruraux », agglomérations indépendantes
situées sur le territoire de la cité ; ce sont ceux dont les archéologues discutent depuis
longtemps les critères, en l'absence de désignation explicite (ce débat qui n'a guère
d'issue ne nous concerne pas directement ici), et les vici « urbains », quartiers d'une ville,
capitale de cité ou non. Le partage ne se fait que selon la localisation des témoignages,
aucun élément interne aux documents ne permettant de discerner aucune différence. La
majorité des inscriptions concerne les vici « ruraux », mais celles qui posent un problème
sont celles des vici « urbains » ; ils sont considérés comme des quartiers de ville, quand ils
sont multiples et/ou que cette ville est connue pour être le chef-lieu. On cite toujours
dans cet esprit les vicani Spariani à Bordères-Louron (mais le support est en réemploi dans
une église, les vicani se trouvent peut-être cités là par hasard 164), les vicini Florentini peut-
être à Saint-Bertrand-de-Comminges (voir tableau), le viens Honoris et le vicus Paris à Metz,
les trois vici de Trèves, mais, pour respecter la logique du raisonnement, il faudrait
ajouter les vicani de Lectoure (leur cas sera évoqué plus bas), et, pour les capitales, à Sens
incontestablement désigné comme un tout (vikani Agiedincenses), Saint Girons-Saint Lizier
(où est attesté aussi un duumvir), Lillebonne et Nantes.
75 Ce dernier cas a donné lieu à une controverse qui mérite d'être d'approfondie. Trois
dédicaces, toutes à Vulcain, seul ou associé au culte impérial, ont été trouvées dans un
fossé, à la porte Saint-Pierre, au centre de l'agglomération nantaise, l'une au XVI e s., les
deux autres au XIXe s. ; elles mentionnent des vicani Portenses qu'on a identifiés comme
Namnetenses, bien qu'aucune lacune ne suive Portenses, et que la formule ne soit jamais
attestée avant la Table de Peutinger, où le toponyme Portus Namnetum (Portunamnetu)
n'est pas accompagné de la vignette de capitale165. Ce développement épigraphique serait
la première mention de Portus Namnetum, mais il en découle aussi, même si cet élément
essentiel n'a pas été assez souligné, le statut de vicus du chef-lieu de la cité.
76 En un premier temps, il a été admis, simplement, que le Portus et Condevicnum, le
« confluent » (de la Loire et de l'Erdre) cité par Ptolémée seul comme la « ville des
Namnètes », avaient fusionné, constituant la ville de Nantes, mais une objection a été
avancée : l'impossibilité géographique que la superficie connue de la ville antique, trop
réduite (18 à 20 ha selon les dernières estimations), englobe un port, excluant ainsi
l'éventualité de voir dans ce vicus non autrement désigné un quartier urbain, spécialisé
dans les activités portuaires166. En revanche, sur la rive opposée de l'estuaire on
connaissait un site portuaire plus favorisé par la nature, Rezé167, et il faut toujours
176

envisager l'éventualité d'une dissociation entre lieu de mention et localisation des


éléments mentionnés : que les pierres aient été trouvées, à deux siècles et demi de
distance, presque exactement au même endroit dans Nantes, tend simplement à montrer
qu'un sanctuaire unissant Vulcain (divinité associée aux activités portuaires168) au culte
impérial se situait aux environs, mais en aucune façon que les dédicants y résidaient. On
se trouve dans le cas de figure exact des textes de Rennes qui seront étudiés plus loin : il
faut prendre garde à ne pas, en l'absence d'autre indice, rattacher aux villes elles-mêmes
les vici ou vicani qui y sont cités ; l'effet attractif des centres urbains, où les sanctuaires
suscitent les dédicaces, suffit à expliquer la présence de ces textes169.
77 De fait, les possibilités sont diverses : les vicani Porteuses peuvent être les habitants de
Nantes, mais aussi d'un quartier ou d'une agglomération différents.
78 -Ils sont les habitants de Nantes, Portus Namnetum et capitale. C'est la théorie la plus
répandue, mais elle est présentée de deux façons. M. Provost, refusant la dualité ville-
port, en tire, de façon cohérente, les conséquences170 : les équipements urbains
mentionnés dans les textes des vicani concernent globalement Nantes, par ailleurs
dépourvue de témoignages archéologiques171 ; de plus, à ses yeux, « la promotion au rang
de capitale de cité n'a dû être que tardive puisque le vicus des I er-IIe s. n'est que le portus
Namnetum au IIIe s. », et seule la construction de l'enceinte au IVe s. prouve la fonction de
capitale. Mais, en ce cas, où est le chef-lieu des Namnètes des premiers siècles de
l'Empire ? Cette objection est contournée dans la version dérivée, plus commune : ces
vicani sont bien les habitants de Nantes capitale de cité. Elle présente cependant des
faiblesses : si le silence des sources littéraires et épigraphiques sur ce rôle ne pose pas de
problème puisqu'il est loin d'être unique en Gaules, il serait insolite que l'ensemble des
habitants d'une capitale de cité soient associés, sans aucune hiérarchie, à la corporation
des nautes de la Loire, comme c'est le cas dans un des textes172, et aussi, même si la
situation n'est pas sans exemple, que le chef-lieu soit un vicus. Pour s'en tenir aux Trois
Gaules, le cas de Sens, qui sera examiné plus loin, prouve à la fois cette possibilité et les
difficultés administratives qu'elle engendre.
• Ils sont les habitants du quartier portuaire du chef-lieu, qui, lui, se serait appelé
Condevicnum. Desjardins supposait que ce quartier avait fusionné avec le chef-lieu, mais une
évolution inverse, l'acquisition progressive d'une individualité grâce au renforcement du
rôle économique, est plus probable173. Cependant, on retombe alors sur l'objection de la
superficie insuffisante de la ville antique dont seule l'archéologie peut apprécier la valeur 174.
• Ou, comme pour Saintes175, le Portus est une agglomération en luimême, un vicus
indépendant, situé à une distance indéterminée de Nantes, mais suffisamment proche pour
que ses habitants puissent aller y placer leurs dédicaces. Il avait des structures urbaines et
une vie communautaire banales : un tribunal (ou une estrade) et ses annexes que deux
représentants du vicus, citoyens romains, érigent grâce à une quête, un portique avec sa
place (campus et non forum) que deux autres citoyens, sans fonction définie, ont offert aux
vicani176. On peut le localiser en un emplacement indéterminé sur la rive nord de la Loire, du
côté où se trouve Nantes aujourd'hui. Mais une hypothèse plus téméraire est séduisante,
même si elle se heurte à la fierté des historiens locaux qui, ayant exploité très tôt cette
épigraphie, répugnent à voir Nantes dépouillée, même à l'époque antique, du rôle portuaire
dominant au profit de Rezé : l'assimilation de ce Portus à Rezé, Ratiatum. Rien n'empêcherait
de supposer le nom des habitants (Ratiatenses ou -ces) sous-entendu après Porteuses sur les
inscriptions, et les investigations récentes ont montré un développement urbanistique et
portuaire élaboré à Rezé, en harmonie avec les équipements mentionnés par l'épigraphie. Il
177

faut aussi souligner que Rezé est connu au début du Moyen Age comme vicus Ratiatencis .
177

Certes, cette éventualité implique l'existence de liens étroits entre deux cités et même deux
provinces des Gaules puisque Rezé est toujours présenté comme le port des seuls Pictons, la
Loire formant la frontière, non seulement entre les cités mais entre la Lyonnaise et
l'Aquitaine. Encore cette frontière at-elle été modifiée, précisément pour détacher Rezé des
Namnètes et le joindre aux Pictons, entre 56 av. et 17 ap. J.-C. sans doute. Il n'est pas
imaginable que deux villes aussi proches, par leur histoire, leur situation et leur rôle, n'aient
pas entretenu des rapports, religieux, culturels et commerciaux, quand la limite les séparant
était purement administrative et avait varié. La répartition des espèces monétaires tend à
montrer que les Namnètes étaient plus actifs au sud de l'estuaire de la Loire que les Pictons
178
et il est invraisemblable que les habitants de l'un aient ignoré ceux de l'autre, alors que
leurs intérêts coïncidaient. Au contraire, Rezé n'aurait-il pu, même après son rattachement
à une autre cité qui le transportait dans une autre province, conserver sa place de débouché
fluvial, y compris pour les régions du nord de la Loire, et en premier lieu maintenir des liens
réguliers avec l'autre rive, exprimés par les dédicaces élevées par ses ressortissants à
Nantes ? Les commerçants et les instances représentatives du vicus portuaire prospère
s'associaient naturellement aux cultes de leurs voisins et partenaires de la capitale namnète.
Celle-ci (Condevicnum ?) au statut juridique inconnu, au tracé urbain effacé par la
superposition de la ville postérieure à la ville antique, a pu développer des installations
portuaires spécifiques, restées modestes notamment parce que celles de sa voisine, le vicus,
devenu picton, de Rezé, avaient longtemps suffi. Soulignons que la reconstitution qui fait
succéder Nantes à Rezé à partir du IIe s. dans une suprématie portuaire, non prouvée, ne
saurait être superposée à une évolution du rôle administratif 179.
• Même si on n'accepte pas cette proposition d'identification des vicani Porteuses comme
Ratiatenses et non plus Namnetenses, il est essentiel de garder en mémoire que la coïncidence
géographique entre lieu d'apparition d'un document et lieu(x) cité(s) par ce document n'est
pas contraignante, le cas des pagi le prouve avec éclat180.
79 La base documentaire épigraphique n'éclaire pas l'origine des pagi, sinon que la
désignation de certains d'entre eux par le nom d'un peuple et la présence chez les
Riedons d'un pagus Carnutenus que l'autorité romaine aurait pris aux Carnutes pour le
rattacher aux Riedons peuvent conforter leur image d'héritiers des structures tribales
indigènes. Cependant, la plupart des noms de pagi ne sont pas explicables : certains
viendraient d'anthroponymes, de notables ? de propriétaires terriens ? évoqueraient des
richesses naturelles181 ? Sans aucun doute un pagus est un territoire qui a des limites
officielles (voir le finis pagi Carucum)182 et auquel la population est officiellement rattachée
(le pagus Condrustis mili[t(ans)] in coh. III Tungro(rum) offre une dédicace collective 183). On ne
peut déterminer ni une taille moyenne ni un nombre moyen de pagi par cité : le chiffre de
quatre, à l'appui duquel on cite un passage de César184, n'est ni confirmé ni infirmé par les
sources épigraphiques puisqu'on connaît 4 ou 5 pagi chez les Trévires, 3 chez les Leuques
ou chez les Convènes, 4 ou 5 chez les Riedons. De plus, les sources littéraires citent des
pagi beaucoup plus nombreux que l'épigraphie, sans qu'il y ait jamais recoupement, et on
n'est jamais fondé à penser qu'on a une attestation épigraphique par pagus, même
lorsque, comme chez les Riedons, le dossier est très fourni : les pagi ne sont pas énumérés
dans le même texte, mais dans des dédicaces dont rien ne prouve que la série entière nous
est parvenue et les limites assignées aux pagi connus sont hypothétiques de sorte qu'on
ne peut ni savoir s'ils recouvrent la totalité de la cité ni établir une relation entre le degré
de romanisation et le nombre de pagi. Il faut aussi remarquer que, si les pagi sont, comme
on le pense souvent, des traces résiduelles de divisions ou de statuts territoriaux
178

antérieurs à la conquête, on comprend mal pourquoi ils seraient en nombre équivalent


dans des cités de superficie et d'antécédents très variés.
80 L'examen du dossier des pagi des Riedons permet d'explorer la plupart des pistes
définissant la personnalité des pagi. Le premier groupe de textes met en scène L.
Campanius Priscus et son fils Virilis dans trois dédicaces, toutes rédigées sur le même
modèle : in honorent domus divinae et pagi Matantis Marti Mulloni L. Campanius Priscus et Virilis
fil. sacerdotes Romae et Aug. statuam cum suis ornamentis de suo posuerunt l. d. ex d. s.
(decurionum sententia) ; la deuxième, au formulaire identique, s'adresse au pagus
Sextanmanduus, la troisième au pagus Carnutenus et à Mars Vicinnus185. Le second groupe fait
intervenir le prêtre impérial T. Flavius Postuminus : T. Fl. Postumino sacerdoti Rom. et Aug.
quem primum civitas Riedonum perpetuo Martis Mullonis honoravit bis duoviro omnibus officis
apud suos functo civitas Riedonum publice statuas cum suis omamentis posuit, decreto infra
scribto ; ensuite, le décret des décurions daté de 135 se termine par statuas quae in basilica
templi Martis Mullonis hac inscribtione ponerentur et in eadem basilica loca statuarum quas
positurum se numinïbus pagorum edixerat. Plusieurs dédicaces élevées par Flavius expliquent
ces honneurs décernés par la cité : in honorem domus divinae et pagi Matantis deo Mercurio
Atepomaro T. Flavius Postuminus sacerd. Romae et Aug. quem primum civitas Riedonum perpetuo
flamonio Martis Mullonis honoravit, bis duovirum omnibus officis apud suos functus statuam cum
suis omamentis de suo posuit [l.] d. ex d. [s.] ; une offrande lacunaire à un pagus…]inus et à un
Mars devient parfaitement claire à la lumière de celles-ci186. Sont donc énumérés le pagus
Matans deux fois (parce qu'il est le plus important ?), le pagus Sextanmanduus, le pagus
Camutenus, le pagus […]inus (le même que le précédent ?). La première constatation
concerne tout simplement le lieu de découverte : toutes les inscriptions qui mentionnent
ces divers pagi des Riedons proviennent de Rennes, le chef-lieu 187 ; la séparation entre le
niveau local et la capitale n'a aucun fondement, ni matériel, ni de contenu (rappelons que
cette circonstance rend caduque toute tentative pour proposer une localisation et des
limites pour les pagi, donc toutes les hypothèses sur leur nombre, leur superficie, leur
agencement). L'explication commode qui consiste à dire que ces notables sont passés du
centre rural d'où ils étaient originaires au cheflieu, c'est-à-dire ont connu une promotion,
ne tient pas, puisque plusieurs pagi sont concernés ; il faudrait en choisir un au hasard
comme berceau de ces familles de notables ; infirmée ici grâce à la multiplicité des
témoignages, elle n'a plus de justification quand un seul document la rendait plausible et
doit être abandonnée en l'absence de preuves explicites. Le lien entre pagus et chef-lieu
ou ville n'est pas limité aux Riedons : les deux dédicaces, à Hercule et à Mercure, que Sex.
Orgius Suavis élève par décret d'un pagus (non désigné) se trouvent à Chalon, qu'un autre
texte qualifie d'oppidum des Éduens 188 ; sur deux vases trouvés à Auxerre une dédicace à
Apollon énumère, avec une articulation difficile à démêler, la res publica, un ou deux pagi
et peut-être un municipe189 ; un pagus (Dublocnus ?) des Ségusiaves honore son patron,
notable de la cité190 ; un magistrat de pagus est cité à Bordeaux 191 ; Verus est responsable
d'un pagus des Tarbelles et magistrat de la cité 192. L'image qui se dessine est celle de
notables implantés et connus dans l'ensemble de la cité qu'ils administrent, quelle que
soit leur origine, capitale ou territoire, et non, comme on le répète souvent, celle d'une
promotion d'un cadre local restreint à un niveau plus élevé. Cette remarque recouvre une
réalité fondamentale : l'unité de la cité. Elle est exprimée ici, directement pour Flavius
(civitas Riedonum), indirectement pour Campanius (par la mention de la decurionum
sententia), à la fois sur le plan institutionnel puisque cité et pagi ont collaboré dans la
réalisation des hommages, puisque les prêtres impériaux, exerçant leur sacerdoce au
179

niveau de la cité, honorent des pagi et les divinités qui leur sont associées, et sur le plan
religieux puisqu'un même dieu, Mars Mullo, peut être associé à plusieurs pagi et être
honoré par un culte et des sacerdoces de toute la cité dans le chef-lieu de laquelle il a un
temple. Flavius, prêtre impérial de la cité des Riedons et flamine du dieu de la cité, Mars
Mullo, qui honore à Rennes la maison impériale et les différents pagi qui composent la
cité, est à son tour honoré par celle-ci pour ses bienfaits ; les échanges ne sont ni
uniquement centripètes ni dirigés uniquement du bas (le pagus) vers le haut (le chef-lieu),
d'une entité que les études locales décrivent volontiers comme rurale et liée à des
divinités topiques vers un centre urbain dévoué au culte impérial ; il y a brassage,
solidarité, coopération, tant au niveau des hommes que des croyances. Cependant, même
si la civitas fait un tout, concerné par les actions et les décisions des pagi, ceux-ci lui sont
subordonnés : la civitas, à travers les décurions, autorise l'érection des statues de divinités
des pagi et décide du lieu où elles seront exposées. La gestion propre des pagi n'équivaut
pas à leur autonomie193.
81 La différence essentielle entre les vici et les pagi ne réside ni dans leur rôle ni dans leur
nature, rurale ou urbaine, ni dans leurs relations avec la cité mais dans leurs institutions.
82 Les pagi ont des instances de décisions officielles, qui sont mentionnées en termes
absolument identiques à ceux qu'utilise la civitas. Les decreta pagi, évoqués dans des
formules dont le laconisme prouve le caractère coutumier, émanent de représentants du
corps civique qu'on peut imaginer comparables aux décurions de cité : l(oco) d(ato) d
(ecreto) p(agi) Cond(atis)194, l. d. ex d. pag.195 permettent de développer v. s. l. m. d(ecreto) p(agi)
196
chez les Leuques, et, dans la même cité, ex d. o. p. en ex decreto ordinis pagi 197 ; mais, mise
à part l'hypothèse, qu'on ne peut accepter, selon laquelle le decurio Vitorius Caupius le
serait d'un pagus des Tongres (il est en fait décurion de la cité) 198, rien n'autorise à dire
que l'ordo du pagus est, à l'image de celui de la cité, composé de décurions ; decretum
implique l'existence d'une assemblée, mais n'entraîne pas la dénomination de ses
membres, même si l'appellation décurion n'est pas à exclure. De même, on peut supposer,
mais cela reste dans le domaine de la probabilité, qu'une autonomie plus grande est
concédée si les finances et la vie publique du pagus seul sont en jeu, comme dans les
exemples cités ci-dessus qui concernent la concession de terrains publics ou l'exécution
de dédicaces, ou comme pour l'affranchissement qui fait de l'ancien esclave du pagus
Teucoriatis Teucoriatius Securus 199 : jamais on ne mentionne l'approbation des autorités
de la civitas (même si les dédicaces des Riedons évoquées montrent qu'elles interviennent)
non plus qu'une délégation de pouvoir200 ; une procédure de contrôle ou
d'enregistrement, si la décision met en cause l'autorité centrale et la responsabilité de la
cité, est conforme à la vraisemblance mais jamais attestée. En effet, l'existence de
magistrats, magistri, ou quaestores spécialisés dans les finances rend plausible celle d'une
caisse du pagus même si tous les frais engagés dans les pagi et les vici le sont à titre privé
dans l'épigraphie201. Si ces magistrats de pagus sont bien attestés, une incertitude subsiste
parfois quant au cadre d'exercice de leur fonction : l'homogénéité du personnel et des
missions est telle que les deux niveaux, celui du pagus et celui de la civitas, ne sont pas
toujours différenciables, et, que, pour les charges d'intitulé semblable (la questure
notamment) on ne peut départager les pagi des civitates, d'autant qu'un seul parmi les
magistrats de pagus ayant une onomastique pérégrine, l'appartenance au corps des
citoyens ne les différencie pas202. Il est par ailleurs frappant que, si les pagi sont assez
souvent cités, les pagani le sont rarement, à l'exception, remarquable et qui devrait être
analysée à la lumière de l'ensemble de l'épigraphie de leur cité, des Convènes 203 ; le seul
180

texte qui fait peut-être référence à des habitants de pagus regroupés (les actores ? les
possessores ?) est très lacunaire204. Les pagi s'expriment à travers des représentants
officiels, qui ne sont ni en majorité pérégrins, ni distincts des magistrats de la cité : ceux-
ci interviennent dans les pagi auxquels ils font des dons, dont ils sont patrons, d'autant
plus volontiers qu'ils en ont été, en sont ou en seront magistrats. Rien ne survit de la
probable origine indigène de la structure et le heu commun de « milieu indigène
romanisé » pour désigner les responsables des pagi ne leur convient ni plus ni moins qu'il
ne conviendrait à ceux de la cité ; la coexistence de mentions de pagus et de civitas dans
les mêmes textes est tout à fait banale205. Les deux documents qui mentionnent, dans la
civitas de Lyon, le pagus de Condate, son magister, son patron, la pratique du banquet
public ne posent donc aucun problème particulier206 : ils correspondent parfaitement au
pagus portion administrative, mais pas obligatoirement rurale contrairement à ce qui est
très souvent affirmé, de territoire d'une cité ; comme il a été dit, que celle-ci soit colonie
romaine ne change rien ; il n'y a rien d'étonnant à ce que le pagus de Condate, subdivision
de la colonie lyonnaise, même de superficie réduite, ait gardé, jusqu'au III e s. au moins,
une vitalité et une identité d'autant plus affirmées qu'il était le siège de l'autel fédéral.

LES MAGISTRATS DE PAGUS

LYONNAISE

CIL XIII Incola ? anonyme peut-être m]a[g]ister plagi, peut-être aussi


Belley, Ambarres
2507 octovir […] duob. [pagis ?] ; lecture très douteuse 207

CIL XIII
Condate, Lyon 1670 C. Gentius Olillus magister pagi bis
= ILS 7036

Alise-Sainte-Reine, CIL XIII


anonyme, duumvir de la civitas plutôt que du pagus 208
Mandubiens 11252

AQUITAINE

CIL XIII
Verus, quaestor pagi, magister ; il est aussi duumvir,
Hasparren, Tarbelles 412
questeur et flamine
= ILS 6961

Bordeaux, Bituriges CIL XIII


anonyme, mag. pag., quaestor sans doute aussi du pagus
Vivisques 604

Hanarrus Dannorigis f., magister quater, quaestor, du


Saint-Girons, Consoranni CIL XIII 5
pagus aussi sans doute 209
181

BELGIQUE

AE 1978
L. Cerialius Rectus, questeur du pagus ? ou plutôt de la cité
Bois l'Abbé, Ambiens 501
où il est quattuorvir
= 1982 716

Metz, CIL XIII


]nius Numid[… magister pagi I[…] iterum
Médiomatriques 4316

Rappel des représentants officiels de pagus, non magistrats et des cas à éliminer

CIL XIII 2949 C. Amatius Paternus, actor publicus pagi Tout(iaci ?), qui
Sens, Senons
=ILS 7049 exerce plusieurs magistratures de cité

Viromanduens, Le CIL XIII 3529


très hypothétiques, des [actor]es ejus pagi
Fort + ILTG 361

anonyme, C. Julius peut-être, un patron du pagus de


Lyon, Senons ? CIL XIII 1684 Condate qui exerce plusieurs magistratures de cité, peut-
être chez les Senons

ILB 60
Vaux-les-Cherain, épitaphe privée, Vitorius Caupius est sans doute decurio de
= AE 1921 66
Tongres cité
=F3

AE 1916 26
Trèves, Trévires Secundius Primulus est autistes c'est-à-dire prêtre
= KTrier 181

83 On ne peut guère douter que la personnalité administrative du vicus est différente de celle
du pagus. En tout premier lieu, à l'inverse de pagus et pagani, les mentions de vicani sont
beaucoup plus nombreuses que celles de vicus 210 : les pagani agissent à travers les
magistrats qu'ils se sont donnés, les vicani, qui forment une communauté bien vivante et
définie, s'organisent pour agir collectivement, en l'absence d'instance représentative. La
plupart des emplois de vicus correspondent à une indication de localisation (vico) ou
d'appartenance (vicani vici) ; quatre occurrences seulement sur plus de trente cinq
utilisent vicus pour désigner une entité.

LES EMPLOIS DU MOT VICUS

84 Vico : locatif

Leuques, Soulosse, CIL XIII 4679 : vico Soliciae, emplacement d'une dédicace
Médiomatriques, Donon, CIL XIII 4549 : a vico Saravo, emplacement d'une borne
Médiomatriques, Herapel, CIL XIII 4481 : vico[…, résidence de negotiatores qui
consistunt…
Éduens, Monceaux le Comte, CIL XIII 2828 : vico Brivae Sugnutiae, résidence des opifices
loricari qui… respondent
182

85 Vici : génitif d'appartenance

Médiomatriques, Metz, CIL XIII 4303 : vicani vici Paris


Trévires, Bitburg, CIL XIII 4131 = ILS 7056 et N-L 8 : juniores vici (Bedensis)
Trévires, Bitburg, CIL XIII 4132 : curatores vici (ailleurs on trouve curatores vicanorum)

86 Vicus agissant comme une entité

Médiomatriques, Metz, CIL XIII 4301 : vicus Honoris


Morins, Halinghem, CIL XIII 3563 : vicus Dolucens(is ?)
Trévires, Trèves, CIL XIII 3648-3650 = ILS 7058 et a et b : vicus Voclannionum
Trévires, Trèves, CIL XIII 11316 : vicus Senia, tessère

À Juslenville-Theux (Tongres, ILB 46bis) il faut très probablement placer un vicus, et


non un pagus, d'autant plus qu'on restitue [Te]ctensium, précédé de vicanorum,
préférable à paganorum (voir n. 214)

87 L'image du vicus, ressort administratif qui possède ses propres instances, est, en Gaules,
absolument infirmée par l'examen des témoignages. Contrairement aux pagi, aucune
décision collective de vicus n'est désignée comme un decretum ou une sententia vici 211,
jamais il n'est fait mention d'ordo vici, et, s'il est indéniable que des magistrats de vicus
sont connus en Narbonnaise et en Germanies, même s'ils sont rares212, il est tout aussi
indéniable que, dans les Trois Gaules, il en va autrement, et on a vu à plusieurs reprises
que l'assimilation systématique entre provinces n'est pas justifiée. Dans les vici, même
dans les contextes où on attendrait une mention de fonction officielle, celle-ci n'apparaît
pas213 ; un cas isolé, susceptible d'interprétation subjective et lié à un contexte particulier
serait sans signification, mais l'unanimité est frappante. Rappelons que lieux de mention
et d'exercice d'une magistrature ne se superposent pas, le personnel administratif n'étant
pas différencié entre niveau local et niveau de la cité ; on ne peut départager les deux que
si la précision est apportée, or, parce qu'il n'en va jamais ainsi pour un vicus, on se trouve
en présence de quelques cas apparemment ambigus214, mais il est invraisemblable que A
[…]f. [P]omp. Sab[inus], fasse office de curateur des citoyens romains dans un vicus 215, et rien
n'indique que L. Julius Equester et ses fils, qui, magistrats et prêtres de la cité des
Bituriges Cubes, font don de bâtiments au vicus de Néris y exercent une quelconque
responsabilité216. On ne peut absolument pas associer le quattuorvirat incontestable du
chevalier C. Julius Serenus, chez les Convènes, sous Trajan, et l'identification très
douteuse d'un des groupes des dédicants l'honorant à des [convic]ani pour faire de ce
quattuorvir un magistrat ce vicus217 ; et G. Velorius Sacrillius, que les vicani Belgin(enses ou
-nates) ont chargé (curante) d'exécuter une dédicace en l'honneur de la maison impériale
et d'Epona était sans doute q(uaestor) 218, mais de quoi ? rien ne dit qu'il s'agit du vicus, un
pagus est attesté au même endroit, et il l'est plus probablement de la cité des Trévires, à
Trèves, ce qui, allant de soi, n'est pas précisé219. Cette interprétation est d'autant plus
convaincante qu'on a la preuve que, lorsqu'il y a, pour un même personnage, risque de
confusion, la précision nécessaire est apportée (sans qu'on puisse dire qu'elle l'est
toujours) ; autrement dit, si questeur ne signifiait pas questeur de cité, cela aurait sans
doute (mais peut-être pas toujours) été dit220. On ne peut donc retenir ces occurrences
comme preuves de l'existence de magistratures de vicus. Dans tous les cas où un acte
officiel est exécuté dans un vicus, il l'est nomine vicanorum par un personnage, citoyen
183

romain ou non, mais qui ne porte aucune titulature ayant trait au vicus 221, tandis que,
dans un contexte exactement similaire, les pagi évoquent un questeur ou un magister. Au
mieux ces mandataires pourraient être curateurs sans que cela soit clairement énoncé ;
cette hypothèse que la présence du mot cur. autorise 222 est renforcée par l'expression,
quand le mandat dure plus longtemps, du mot curateur : ainsi chez les Trévires, les
curatores vici chargés de veiller à l'exécution d'une donation qui, outre des équipements
publics, comprend l'organisation de jeux annuels, et par conséquent une mission de
longue durée, sont désignés par ce titre ; ils ne sont pas nommés individuellement, et la
formulation laisse supposer que le vicus a en permanence des curateurs, qui seront
chargés, entre autres, de cette responsabilité223 ; les adores vicanorum du port de Nantes -
Rezé correspondent exactement à ce cas de figure224. Il faut effectuer une distinction
nette entre les mentions de magistrats au sens strict et les attestations de représentants
d'une collectivité mandatés par consensus ; il en va ainsi des curatores ou des actores qui
ne sont pas des magistrats nommés ou élus s'inscrivant dans l'organisation municipale
des provinces mais qui agissent le plus souvent au nom des vicani (et non du vicus) ; aux
premiers a été confiée une tâche (exécution d'une donation, d'une dédicace) qu'ils
mènent à bien sans doute à frais publics, aux autres revient probablement la gestion
financière225. Que leur existence révèle « une personnalité juridique reconnue » n'induit
ni qu'ils sont les magistrats élus de celle-ci, contrairement aux magistri ou aux quaestores
de pagus dans les mêmes circonstances (il suffit de rappeler que les curatores ou les actores
peuvent aussi agir au nom de particuliers)226, ni qu'ils reflètent une autonomie
administrative du vicus. Par ailleurs, l'emploi, dans la dédicace trévire de la fin du II e s.
évoquée plus haut, d'un mode de datation résolument romain, par la mention des consuls
227
, et l'usage absolument généralisé de formulaires votifs sans aucune particularité
battent en brèche l'image du vicus indigène, « ethnique » même pour certains, et
témoignent de la parfaite intégration des vici dans le cadre des cités romaines.
88 Il reste deux attestations de magistrats réellement dits de vicus, dont l'une est
incontestable. Examinons d'abord celle qui semble devoir être réfutée. Célèbre parce
qu'unique, et par conséquent souvent citée, elle vient de Metz, et concernerait un vicus
des environs228 : deo Mercurio numini sanctissimo Amilius magister vici Bodatii 229. Les premiers
éditeurs émettaient les plus grandes réserves sur l'authenticité du document : personne
ne l'a jamais vu, il apparaît dans des manuscrits du XVIIe s. que personne n'a jamais eus
en main mais qu'ont exploités ensuite les érudits locaux. Les premières publications du
XVIIIe s. le soupçonnent d'être une invention, à cause de cette totale disparition des
sources, de la fréquence des falsifications chez les auteurs l'ayant mentionné et de l'état
de conservation impeccable de son intitulé ; elles l'écartent, comme deux autres mentions
de vici, trouvées aussi à Metz (dont une également avec un magister) trop excentriques et
connues par les mêmes sources230. Puis, les savants allemands l'ayant réhabilité après
1870 pour des raisons idéologiques (le désir de montrer que ce territoire nouvellement
annexé présentait les mêmes structures que les Germanies voisines), il a été retenu au CIL,
les deux autres, trop peu crédibles, n'étant même pas mentionnés parmi les faux 231. Tout
conduit légitimement à le récuser aussi232. En revanche, le second témoignage est
irréfutable : le cursus de C. Amatius Paterninus, fils de C. Amatius Paternus, cite, au milieu
du IIIe s., comme première charge, celle d'aedil(is) vikati(orum) Agied(incensium) 233.
Introduisant un cursus inaccoutumé en Gaules, cette fonction est extraordinaire à
plusieurs titres et doit être examinée dans le contexte de la cité des Serions ? 234, à laquelle
on rattache (peut-être à tort) une autre pierre, un peu plus tardive, trouvée à Lyon et qui
184

mentionne un praefectus coloniae 235. On se trouve donc en présence d'une cité sans doute
colonie (latine) dont le chef-lieu (Sens, Agedincum) est vicus 236 et, fait unique dans les
Gaules pour une capitale, a une administration propre en la personne d'un édile,
magistrat rare en Gaules237. Comme Amatius précise qu'ensuite il fut édile de la cité des
Senons, avant d'assumer plusieurs autres fonctions dans un pagus et dans la civitas, on ne
peut douter que l'édilité fut bien assumée au profit des vicani de Sens. Comme pour la
plupart des vici, le terme désigne le groupe humain, les vicani, et non l'entité, le vicus,
mais, à la différence des vici cités à Metz ou à Saint Bertrand-de-Comminges, tous les
habitants de Sens sont inclus dans la dénomination vicani Agiedincenses 238. Si on souscrit à
l'analyse précédente, qui a tenté de montrer que les vici gaulois n'avaient ordinairement
pas de magistrat, le statut de vicus de Sens permet, paradoxalement, une explication : en
tant que capitale de cité, Sens avait besoin de responsables du maintien de l'ordre, de
l'approvisionnement etc…239, ce que l'organisation d'un vicus ordinaire ne permettait pas ;
la charge d'édile de vicus, distincte de celle d'édile de la cité, répond exceptionnellement
aux nécessités concrètes d'administration d'une capitale au statut particulier, mais non
unique240. Dans l'état actuel de la documentation, aucun document solide ne permet
d'affirmer l'existence de magistrats de vicus en Gaules, on se trouve, par rapport à la
Narbonnaise et aux Germanies, dans une situation similaire à celle des municipes et des
quattuorvirs : il faut admettre, provisoirement peut-être ?, la possibilité de variantes dans
le détail de l'organisation municipale des Gaules par rapport aux Germanies et l'absence
ici de structures attestées là241.
89 En revanche, les sphères d'activité et les modèles d'organisation de la population des pagi
et des vici sont, pour autant qu'on les connaisse, très similaires, et là encore avec peu de
coloration indigène. Que la population ait été sinon recensée, du moins rattachée
officiellement aux subdivisions et répartie en groupes, au moins informels, découle de
quelques expressions, certaines banales, comme pagani pagi 242 ou vicani vici 243, d'autres
plus originales, comme les juniores vici hic cosistentes 244. La réelle portée de cette dernière
formule est prouvée par la distinction apportée par les opifices loricari qui in Aediis consis. et
vico Brivae Sugnutiae respondent : les fabricants d'armes qui offrent une dédicace à M.
Ulpius Avitus, le centurion de la3e légion Auguste qui doit superviser leur travail,
précisent que, résidant dans la cité éduenne, ils sont rattachés au vicus de Brèves (la
pierre a d'ailleurs été trouvée non à Brèves, mais dans l'agglomération proche un peu
plus importante, Monceaux, nouvel indice de la dissociation entre lieu de trouvaille et
localisation du vicus, carte 4)245. Similaire à ce rôle, la fonction de centres de recrutement
semble attestée pour le pagus Condrustis mili[t(ans)] in coh. III Tungro(rum) 246, dont le
formulaire conforte peut-être la lecture vet(erani) peregri(ni) au pagus Dervetus 247. Certains
critères d'appartenance sont officieux et généraux comme la répartition par groupes
d'âge (les juniores du viens Bedensis 248) ; d'autres sont officiels mais également globaux,
ainsi la situation par rapport au corps civique : le vir inco[latus ?] peut-être magistrat de
pagus à Belley, chez les Ambarres ne peut être pérégrin, si on suit le raisonnement d'A.
Chastagnol, puisque cette différenciation serait incohérente dans une cité de droit latin 249
; en revanche, des peregrini pourraient être les auteurs d'une dédicace élevée en 232 au
genius du pagus Dervetus 250 ; d'autres sont professionnels : les fabriquants d'armes des
Eduens cités plus haut251, les nautes de la Loire au port de Nantes - Rezé252, les marchands
du vicus d'Herapel 253, peut-être les propriétaires terriens d'un pagus viromanduen 254. En
dépit de l'absence de magistrats, les mots vicus et vicani ont donc une réelle signification
et ne doivent pas être banalisés, comme ils le sont généralement, pour désigner toute
agglomération, quelle qu'elle soit ; il n'existe aucun indice qui permette d'affirmer que
185

tous les groupements urbanisés, hors les chefs-lieux, ont, dans les Trois Gaules, le statut
de vicus.

fig. 4 • Le vicus Brivae Sugnutiae, dans la cité des Éduens

90 La plupart du temps, les décisions concernant ces subdivisions de cité s'appliquent à


l'attribution, par décret du pagus ou par les vicani, d'un terrain public nécessaire à
l'exécution d'un voeu ou d'une évergésié255, et leurs gestes publics sont consacrés au culte
impérial, ciment de la communauté, dont ils partagent la célébration, non parce qu'ils
auraient été institués dans ce but mais parce que tout rouage de l'empire s'y impliquait.
La solidarité entre le devenir de la maison impériale et celui des pagi et des vici est étroite
et s'exprime par diverses formules : in h. d. d. + nom du lieu, précédé ou non de et numini,
genio, pro salute. L'empereur associé au vicus ou au pagus et à une divinité, parfois topique
mais pas toujours, est honoré plus souvent au même titre que les communautés que par les
communautés : pagus et vicus font partie des éléments qui, nantis de la protection divine,
permettent le fonctionnement de l'empire. Les dédicaces adressées à des dieux seuls sont
les plus rares, un hommage au vicus ou au pagus les complète en général 256. Beaucoup de
ces marques de déférence envers les divinités sont accompagnées de, ou se manifestent
par, des dons d'équipements cultuels et urbains, de nature identique pour les pagi et les
vici. Les témoignages sont similaires, au point qu'une distinction claire ne peut être faite,
qui départagerait les bourgs ou les agglomérations (les vici) des territoires ruraux : au
pagus des Catuslougi, chez les Ambiens, L. Cerialius Rectus offre un théâtre avec un
proscenium et ses ornements, comme L. Magius Secundus au pagus Vennectis, P. Capitonius
au pagus Ac[… 257, mais aussi comme, au vicus de Bitburg, L. Ammia[nius] Gamburio (un
proscenium et une estrade) et deux donateurs à l'identité incertaine qui ajoutent une voie
258
. Rien ne différencie, sur ce point, le pagus du vicus ou de l'agglomération secondaire
telle que l'archéologie cherche à la définir et rien ne désigne les pagi et les vici comme
particulièrement appropriés à des zones restées à l'écart de la romanisation, parce que
difficiles d'accès ou restées trop attachées aux racines indigènes259. Sans doute les
186

équipements urbains plus élaborés concernent des vici si l'on en croit quelques
témoignages : une tour de guet ( ?) qui aurait été édifiée dans un vicus grâce aux juniores
du lieu260, des mensae cum basibus, aménagements de marché plutôt que de lieu de culte 261,
un tribunal ou une estrade et ses annexes (tribunal cum locis)262. Même s'il faut sans doute
revoir la lecture des pierres, les libéralités envers deux vici des Bituriges Cubes, le vicus
Neriomagensis et un vicus dont le nom a disparu, respectivement Néris et Vendoeuvres-en-
Brenne (carte 5), sont de nature architecturale comparable263. Comme pour les pagi, elles
confirment la remarque faite à propos des cursus : les officiels agissent indifféremment
dans les capitales et dans les villes secondaires, sans qu'on puisse discerner ni une
coupure ni une mainmise de celles-là sur celles-ci, parce que les responsables, issus de la
capitale, seraient venu administrer les subdivisions ; leur vitalité, une réelle activité
communautaire qui les insérait dans le fonctionnement général de l'empire, permettaient
à ces dernières d'être un vivier de cadres civiques ; la constatation qu'une proportion
importante des évergésies est due à des magistrats municipaux n'autorise pas à affirmer
que l'aristocratie de la capitale s'expatrie vers les autres localités pour les contrôler, le
mouvement est en partie inverse (des notables locaux ayant accédé au gouvernement de
la cité et résidant en partie dans la capitale embellissent le noyau urbain le plus proche de
leur berceau familial), le brassage dans le recrutement, qui se traduit dans l'homogénéité
urbanistique souvent soulignée, domine ; il ne faut pas amalgamer unification des
processus administratifs et provenance unique de ceux qui les appliquent264.

fig. 5·• Les vici de Néris et de Vendoeuvres (Bituriges Cubes)

91 La banalité même des activités des pagi et des vici (religion, évergésies, urbanisme)
montre combien ils sont intégrés au fonctionnement général des provinces gauloises, et
leur souplesse explique leur réussite que traduit l'abondance épigraphique. Comme pour
la cité, la structure administrative est mise en place au niveau d'un territoire, le pagus, et
non d'une agglomération, le vicus ; ils sont dissociés et indépendants, mais ni pour l'un ni
pour l'autre on ne décèle aucune trace de pratiques qui seraient « indigènes » par
opposition avec les structures « romaines » des cités. Entre les différents niveaux de
l'administration, la complémentarité et non l'opposition, des compétences comme du
personnel, assurent la continuité du tissu administratif265.
187

XI. Conclusion
92 L'impression essentielle qui se dégage du recensement épigraphique des magistrats et des
responsables municipaux des Trois Gaules est celle d'un équilibre entre unification de
l'empire et diversité. Unification discernable à travers les modes de désignation des cités,
la présence de duumvirs, de décurions, les modes de prise de décision.
93 Diversité, par rapport à la Narbonnaise tout d'abord : l'édilité, commune pour celle-ci,
presque inconnue dans celles-là, les pagi presque absents de celle-ci, rouage usuel de
l'administration municipale dans celles-là, situation absolument inverse de celle des vici
dans les deux ensembles provinciaux, les colonies latines administrées par des duumvirs
dans les Gaules, par des quattuorvirs en Narbonnaise ; ces variantes ôtent une grande
partie de leur valeur aux parallèles qui sont souvent proposés.
94 Diversité aussi entre les trois provinces et entre les cités. L'Aquitaine est apparue à de
multiples reprises comme une entité singulière, globalement très ouverte à
l'administration romaine dont la présence s'est affirmée sans heurt, dans des villes et
avec du personnel hérités de la période antérieure266, ce qui pourrait signifier que la
constitution de la province par Auguste n'a pas répondu qu'à un désir d'équilibre
mathématique entre les trois composantes des Gaules, mais que des considérations de
parenté culturelle sont entrées en ligne de compte267. Entre les cités, ensuite ; même si la
rareté des témoignages ne permet pas d'esquisser des profils de carrières, et par
conséquent d'établir des comparaisons, les magistratures envisagées individuellement
frappent autant par leur variété que par leur homogénéité : questure ici, édilité là,
vergobret, préteur ou quattuorvirs parfois, importance des pagi dans certaines cités.
L'archéologie montre que l'urbanisation, support indispensable au fonctionnement des
institutions municipales romaines, est le plus souvent, sauf en Aquitaine, une innovation
consécutive à la conquête268 ; cette mise en place, comme la participation aux
magistratures, ont nécessité une collaboration entre les populations locales et le pouvoir
central269, un compromis entre les principes généraux valables pour l'ensemble des
provinces et l'adaptation aux pratiques régionales. À la lumière de l'exemple des Trois
Gaules, la force de l'organisation de l'empire romain, assurée par un personnel municipal
aux effectifs extraordinairement réduits par rapport à l'étendue des territoires, tient plus
à une faculté d'adaptation aux conditions locales, à l'intérieur de cadres généraux, qu'à
l'astreinte imposée par la force à des modes de gouvernement identiques.

BIBLIOGRAPHIE
188

Bibliographie complémentaire
Le statut des cités et le droit latin

Immense bibliographie, avec des controverses infinies ; pour les Gaules, les travaux suivants sont
essentiels et donnent la bibliographie antérieure :

▪ B. GALSTERER-KRÖLL, Latinisch.es Recht und Municipalisierung in Gallien und Germanien, dans


Revisiones de Historia Antigua II. Teoria practica del ordenamiento municipal en Hispania, Veleia,
Vitoria, 1996, p. 117-129.

▪ B. GALSTERER-KRÖLL, Untersuchungen zu den Beinamen der Städte des Imperium Romanum, Ep.
St. 9, Bonn, 1972, p. 44-145.

▪ B. GALSTERER-KRÖLL, Zum ius Latii in den keltischen Provinzen des Imperium Romanum, Chiron
3,1978, p. 277-306.

▪ P. LE ROUX, La question des colonies latines sous l'Empire, Ktéma 17, 1992, p. 183-200.

▪ E. ORTIZ DE URBINA, Die römische municipale Ordnung, BJ 195, 1995, p. 39-66.

▪ H. WOLFF, Die politisch-administrative Binnengliederung des gallisch-germanischen Raumes, dans Labor


omnibus unus. Mélanges en l'honneur de Gerold Walser, Historia Einzelschr. 60, Stuttgart, 1989,
p. 257-273.

▪ H. WOLFF, Kriterien für lateinische und rômische Stadte in Gallien und Germanien und die
Verfassung der gallischen Stammesgemeinden, BJ 176, 1976, p. 45-421.

▪ H. WOLFF, Civitas und colonia Treverorum, Historia 26, 1977, p. 204-242.

pour le vocabulaire

▪ S. DARDAINE, Une image des cités de Bétique aux IIe et IIIe siècles après J.-C. : l'emploi du terme respublica
dans les inscriptions de la province, dans Cité et communauté civique en Hispania, Madrid, 1993,
p. 47-52.

Dans les histoires des provinces on trouve toujours des chapitres, souvent peu détaillés, mais où
les auteurs prennent parti sur la signification administrative de la notion de cité.

pour les Gaules

▪ C. JULLIAN, Histoire de la Gaule. Tome 4, Paris, 1912 ; Tome 5, JULLIAN

1914.

▪ J. F. DRINKWATER, Roman Gaul. The Three Provinces, 58 B.C.-A.D. 260, Londres, 1983.

▪ E. M. WLGHTMAN, Gallia Belgica, Londres, 1985.

▪ P. WUILLEUMIER, L'administration de la Lyonnaise sous le Haut Empire, Ann. Univ. Lyon, Paris, 1948.

▪ F. BÉRARD et Y. LE BOHEC (Éd.), Inscriptions latines de Gaule Lyonnaise Lyonnaise, coll. CERGR 10, Lyon,
1992.
189

Les magistrats

▪ J. F. DRINKWATER, A Note on Local Careers in the Three Gauls Under the Early Empire, Britannia
10, 1979, p. 89-100.

▪ Y. BURNAND, Personnel municipal dirigeant et clivages sociaux en Gaule romaine sous le Haut-
Empire, MEFRA 102, 1990, p. 541-571 (étude sociologique limitée à Vienne, Nîmes et Lyon).

à titre de comparaison

Les études de J. Gascou sur la Narbonnaise, très approfondies, peuvent servir de modèle :

J. GASCOU, Duumvirat, quattuorvirat et statut dans les cités de Gaule Narbonnaise, dans Epigrafia, coll.
E.F.R. 143, Rome, 1991, p. 547-563. GASCOU, Epigrafia

J. GASCOU, La carrière des magistrats dans les villes latines de Gaule Narbonnaise, dans Splendidissima
civitas, Études d'histoire romaine en hommage à François Jacques, Paris, 1996, p. 119-131. GASCOU,
Carrière

J. GASCOU, Magistratures et sacerdoces municipaux dans les cités de Gaule Narbonnaise, dans Actes du X e
Congrès international d'épi graphie grecque et latine, Nîmes, 4-9 octobre 1992, Paris, 1997, p. 75-140.
GASCOU, Magistratures

voir aussi

▪ L. A. CURCHIN, The Local Magistrates of Roman Spain, Toronto, 1990.

▪ G. FABRE, M. MAYER et I. RODÁ, Les « élites municipales » dans le nord-ouest de l'Hispania


citerior, MEFRA 102,1990, p. 525-539.

Les études sur les territoires des cités

comportent toujours des passages sur les magistrats et les subdivisions administratives

▪ J.-P. BOST et G. FABRE, Quelques problèmes d'histoire dans deux cités d'Aquitaine méridionale à
l'époque gallo-romaine, Aquitania 1,1983, p. 25-36.

▪ R. A. DELMAIRE, Civitas Morinorum, pagus Gesoriacus, civitas Bononensium, Latomus 33, 1974,
p. 265-279.

R. LIZOP, Les Convenae et les Consoranni (Comminges et Couserans), Histoire de deux cités gallo-
romaines, Toulouse-Paris, 1931. (très vieilli) ▪ LIZOP, Convenae

L. MAURIN, Saintes antique, Saintes, 1978. MAURIN, Saintes

▪ M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, La cité des Tongres sous le Haut Empire. Problèmes de géographie
historique, BJ 194,1994, p. 43-59.

▪ M. Th. RAEPSAET-CHARLIER, Municipium Tungrorum, Latomus 54, 1995, p. 361-369.

▪ M. TOUSSAINT, Metz à l'époque gallo-romaine, Metz, 1948 (très vieilli).

▪ A. REBOURG et Ch. GOUDINEAU (Éd.), Les villes augustéennes de Gaule. Actes du coll. intem. d'Autun, 6-8
juin 1985, Autun, 1991.

▪ E. M. WIGHTMAN, Roman Trier and the Treveri, Londres, 1970.


190

Les vici

ont fait jusqu'à une date récente l'objet de bilans essentiellement archéologiques, qui
cherchaient, sans beaucoup de succès, à définir les caractéristiques permettant d'appliquer ce
terme de façon cohérente ; les pagi ne sont pas pris en compte.

▫ Le Vicus gallo-romain. Actes du colloque, ENS, 14-15 juin 1975, Caesarodunum 11,1976,

on ne peut guère retenir de ce volume que

▫ E. M. WLGHTMAN, Le vicus dans le contexte de l'administration et de la société gallo-romaine,


quelques réflexions, p. 59-64.

meilleure problématique

M. MANGIN, B. JACQUET et J. P. JACOB (Dir.), Les agglomérations secondaires en Franche-Comté, Ann. Litt.
Univ. Besançon 337, Paris, 1986. Aggl. Franche-Comté

▪ J. BÉNARD et al. (Dir.), Les agglomérations antiques de Côte d'Or, Annales littéraires de l'Université
de Besançon 522, Paris, 1994.

et surtout

▪ M. MANGIN et J. P. PETIT (Dir.), Les agglomérations secondaires. La Gaule Belgique, les Germanies et
l'Occident romain, Paris, 1994. Aggl. Belgique

▪ Villes et agglomérations urbaines antiques du Sud-Ouest de la Gaule. Histoire et archéologie, Aquitania.


Suppl. 6, Bordeaux, 1992. Villes Sud-Ouest

bilan presque exclusivement archéologique

▪ Les villes de Gaule Belgique sous le Haut Empire. Actes du colloque tenu à Saint Riquier, 22-24 octobre
1982, Rev. arch. Picardie 3-4, 1984. Villes Belgique

comprend notamment :

▫ E. FRÉZOULS, À propos de l'urbanisation de la Gallia Belgica, p. 73-88.

▫ Cl. LEFÈBVRE et P. WAGNER, Metz antique. Remarques sur la connaissance de l'organisation spatiale du
fait urbain, p. 149-169 (totalement archéologique, rien sur les vici).

▪ R. BEDON (Éd.), Les villes de la Gaule Lyonnaise, Caesarodunum 30,1996 (essentiellement


archéologique). Villes Lyonnaise

les plus récents travaux

▪ L. A. CURCHIN, Vici and pagi in Roman Spain, REA 87,1985, p. 327-343 (intéressant pour les
parallèles).

▪ Y. BURNAND, Remarques sur quelques problèmes institutionnels du pagus et du vicus en


Narbonnaise et dans les Trois Gaules, Latomus 53,1994, p. 733-747 (doit être revu sur plusieurs
points).

les études de M. Tarpin sur les pagi et les vici de l'ensemble de l'occident romain sont les plus
pertinentes, mais elles ne s'attachent pas spécialement aux Gaules :
191

• F. LAUBENHEIMER et M. TARPIN, Un pagus à Sallèles d'Aude ? Essai sur les pagi de NARBONNAISE, RAN
26, 1993, p. 259-276.

▪ M. TARPIN, Inscriptions des vici et des pagi dans les Trois Gaules et les Germanies : remarques et
problèmes, dans L'epigrafia del villagio, Epigrafia e antichità 12, Faenza, 1993, p. 217-236.

plus général :

▪ M. TARPIN, Vicus et pagus dans les inscriptions d'Europe occidentale et dans la littérature latine, thèse
inédite, Aix-Marseille 1, 1989.

▪ M. TARPIN, Les vici d'Occident : modèles urbains hors des villes, dans Politique édilitaire dans les
provinces de l'empire romain, IIème-IVème siècles après J.C., colloq. roumano-suisse, Deva, 21-26 octobre 1991,
Cluj-Napoca, 1993, p. 157-162.

▪ M. TARPIN, Oppida vi capta, vici incensi… Les mots latins de la ville, Latomus, à paraître.

seule étude détaillée d'un exemple

▪ H. WOLFF, Die Bewohner des römischen Alzey. Vicani Altiaienses. Die Lebenbedingungen in einem Vicus
Obergermaniens, dans 1750 Jahre Alzey (Ed. F. K. BECKER), Alzey, 1973, p. 33-51.

sur le vocabulaire

▪ J. GASCOU, Vici et provinciae d'après une inscription de Banasa, AA 28, 1992, p. 161-172.

sur les rapports avec les sanctuaires

▪ M. FINCKER et Fr. TASSAUX, Les grands sanctuaires « ruraux » d'Aquitaine et le culte impérial,
MEFRA 104,1992, p. 41-76.

NOTES
1. Voir J. GASCOU, dans la bibliographie en fin d'article ; M. CHRISTOL, supra.
2. Une présentation rapide de cette recherche a été faite dans CCG, 1997, p. 285-300 ; elle est
corrigée ici sur plusieurs points, en particulier grâce aux remarques et à l'érudition de M.-Th.
Raepsaet-Charlier, que je remercie de sa patience sans faille. La principale liste de magistrats des
Gaules a été publiée par RUPPRECHT, Dekurionenstand, p. 164-197 ; bonne base mais lacunaire et
parfois erronée, elle ne prend en compte ni les pagi ni les vici ni les formules générales.
3. Voir la bibliographie critique jointe, qui complète la bibliographie générale du volume.
4. M. Vegisonius Marcellus, CIL XIII 4317 et 4318. Cette enquête est complémentaire de celle que
W. van Andringa a menée pour les prêtres du culte impérial ; voir infra.
5. Voir supra, F. BÉRARD.
6. Les Tongres, dont l'appartenance provinciale est discutée (M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, BJ
194,1994, p. 44-50), sont considérés ici, mais aussi avec les Germanies.
7. Rappelons que le cas de Lyon, seule colonie romaine des Gaules, n'est pas considéré ici, voir F.
BÉRARD, supra.
8. D. SCHAAD et M. VIDAL, Origines et développement urbain des cités de Saint Bertrand-de-Comminges,
d'Auch et d'Eauze, dans Villes Sud-Ouest, p. 211, note 4 : il faut lire [civitas] Conv(enarum) plutôt que
[Lugdunum] Conv(enarum) ; le toponyme Lugdunum n'est donc pas attesté pour Saint-Bertrand en
192

épigraphie, mais voir T. Peut., col. 98 MILLER (voir n. 151) : Lugdunum sur les cartes, complété en
Convenarum sur le modèle d'Aquae Convenarum, Bagnères-de-Bigorre.
9. L'inscription est jugée fausse ou au moins interpolée par le CIL.
10. CIL XIII 921, Le Touron, Nitiobroges, Claudius Lupicinus, patron de la civitas des Senons, n'est
pas retenu ici à cause de sa date tardive, IVe s.
11. La lecture par J. GUYON, Saint-Bertrand-de-Comminges - Valcabrere, dans Villes Sud-Ouest, p. 142,
d'une brique marquée R P C C comme res publica civitatis Convenarum est insolite car res publica est
d'ordinaire immédiatement suivi du nom du peuple.
12. Première publication, à compléter avec J. HIERNARD, À propos de la dédicace du théâtre des
Tours-Mirandes, BSAO, 1986, p. 585-586 (voir infra W. VAN ANDRINGA) ; la formule serait, sur la
première face et sur les deux pierres,… re]i pub[licael P[ictonum].
13. Cette mention est purement conjecturale, c'est une restitution (imp[ensam reip.]) mais dans
une formule similaire, ILTG 81, on aurait impendio coll(oniae)…
14. CHASTAGNOL, Cités Gaule, p. 17-18 ne le cite pas car il s'appuie sur les sources littéraires ;
l'interprétation traditionnelle est que le terme fait référence à une structure urbanistique
concrète (un lieu fortifié ou qui l'a été). R.-CH., Intégration, p. 146-147.
15. Par conséquent, la restitution proposée par le CIL pour une dédicace très mutilée d'Autun :
[cur. civ. splendidis]simae Au[gustodunens.] est tout à fait invraisemblable (CIL XIII 2658) : même si
les seuls adjectifs accolés à civitas connus en Gaules sont libera et foederata, splendidissima ne serait
pas inenvisageable puisqu'il est attesté accolé à ordo (Éduens, CIL XIII 2877 ; Trévires, CIL XIII
11313 ; voir tableau ci-dessous Les décurions des Trois Gaules) ; en revanche, le seul complétif
possible est le nom du peuple principal du territoire : ici Aeduorum ; la deuxième lettre du nom, E,
incomplète, a dû être confondue avec V. De même, on ne peut hésiter entre Convenue et
Convenarum dans ILTG 59 ; la seconde proposition est obligatoirement la bonne. Voir aussi n. 108.
16. La restitution de foederata au CIL X 1705 a été rediscutée et confirmée avec de nouveaux
arguments par M.-Th. RAEPSAET-CHARLIER, Priscus, gouverneur de Gaule Belgique (CIL X 1705), Rev.
du Nord 73,1991, p. 75 ; certainement, comme le propose l'auteur, il faut faire précéder le nom du
peuple, les Rèmes, de civitas ; pour la signification honorifique de foederata, Ibid., notes 12,13 et 16
et EAD., Intégration, p. 173.
17. Sur les trois catégories de cités à l'annexion et les différences estompées par l'extension du
stipendium, R.- CH., Intégration, p. 173. Pour civilates liberae, libertas et immunité fiscale, JULLIAN 4,
p. 249. Pour splendidissimus voir n. 15.
18. Voir ci-dessous Les expressions générales des magistratures.
19. CIL XIII 3162 - ILTG 341= AE 1949 136-137.
20. Pour l'emploi du terme en Espagne, sans connotation de statut, S. DARDAINE, Cité et
communauté, p. 47-52 ; il est associé ou non au nom des habitants au génitif ou moins souvent à un
adjectif géographique.
21. Voir notamment CHASTAGNOL, Municipes, p. 85 ; H. WOLFF, Historia, 1977, p. 213-240. Voir le
récapitulatif des désignations de la cité des Trévires dans ILB 136bis, p. 189-190.
22. Pour les cités passées des Gaules aux Germanies, les Ségusiaves, les Séquanes, les Lingons,
voir CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 183.
23. C'est le sens de la célèbre phrase de PLINE, HN 3, 4, 37 évoquant deux capita pour la cité des
Voconces (CHASTAGNOL, Alpes, p. 144) : les magistratures donnant accès à la citoyenneté peuvent,
exceptionnellement, être exercées dans l'une ou l'autre ville.
24. Genio coloniae, Convènes, ILTG 59 ; par rapprochement, on restitue co[loniae pour ILTG 81. On
peut penser qu'il faut ajouter Convenarum.
25. B. GALSTERER-KRÖLL, Ep. St. 9, 1972, p. 44-145.
26. Vellaves, CIL XIII 1577 et Senons sans doute, CIL XIII 1684. Voir infra Les magistratures
exceptionnelles.
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27. CIL XIII 11359. On peut aussi penser à l'équivalence de colonia Convenarum avec Lugdunum
Convenarum (ILTG 59) mais cette dernière dénomination n'est pas formellement attestée, voir
infra n. 8.
28. Le praefectus coloniae de Sens, Senons, CIL XIII 2949 = ILS 7049. Nimègue, CIL XIII 8727.
29. Pour CHASTAGNOL, Gaule, passim, non seulement le titre colonia n'est pas seulement honorifique,
mais il implique la possession du droit latin.
30. CIL XIII 1989 ; les autres responsables publics de Lyon le sont coloniae.
31. Voir ci-dessous Les expressions générales des magistratures.
32. CHASTAGNOL, Cités Narbonnaise, p. 123.
33. On ne saurait mieux s'exprimer que le faisait CHASTAGNOL, Cités Gaule, p. 13-15 à propos
d'Autun : « Il ne faut pas confondre une ville, un lieu habité, comme Autun, avec une cité gauloise
ou gallo-romaine (on l'appelle en latin une civitas ) qui couvre une superficie plus ou moins
étendue et se réfère à une région entière » (p. 13).
34. CHASTAGNOL, Onomastique pérégrine, p. 54.
35. JULLIAN 4, p. 246 ; après lui, André Chastagnol s'est penché à plusieurs reprises sur la question,
Gaule, passim (notamment p. 54 et s. : interprétation de l'onomastique de tous les pérégrins des
cités ; ou p. 186, la preuve que toutes les cités gauloises ont le droit latin est que, à partir de
Claude, aucun magistrat des Gaules n'est pérégrin).
36. Celle qui rallie aujourd'hui le plus de suffrages étant la supposition de C. Jullian, récemment
reprise et argumentée par CHASTAGNOL, Gaule, passim, d'un octroi global par Claude du droit latin
aux cités de Gaules qui n'en disposaient pas (l'Aquitaine l'avait probablement déjà reçu), Hadrien
en ayant étendu les avantages à la fois à tous les décurions et aux ascendants des bénéficiaires ;
voir synthèse dans R.-CH., Intégration, p. 175.
37. Pour le cas 6, voir ci-dessous Les magistratures exceptionnelles et n. 103 et suivantes.
38. Voir la constatation de la permanence des noms celtiques par CHASTAGNOL, Gentilices, p. 159 (à
propos du marchand viducasse Placidus Viduci f. à la fin du II e ou au début du IIIe s., AE 1975 651) ;
mais ibid., p. 187 : l'onomastique celtique est indicatrice d'une date haute.
39. Voir ci-dessous Les subdivisions administratives des cités.
40. Voir ci-dessous Les quattuorvirs.
41. Le second n'est pas retenu par Chastagnol (pour le premier, Droit latin Gaules, p. 187) car la
proposition d'interprétation de sa fonction n'a été faite que dans le volume récent des ILA
Vellaves.
42. Pour honore functus, voir tableau Les attestations globales de magistratures, 15 ; CIL XIII 3548 :
Corio Icanii f. h.f
43. Comme le pense CHASTAGNOL, Droit latin Gaules, p. 187. Voir ci-dessous Les magistratures de
cité. La questure.
44. Voir ci-dessous Les subdivisions administratives de la cité.
45. Voir ci-dessous Les magistratures exceptionnelles.
46. R.-CH., DDS, p. 13.
47. Le nom est rare (Nomenclator, p. 87 : une seule attestation ; peut-être une autre, Repertorium,
p. 60) ; la date est incertaine, elle ne repose que sur la restitution du nom du dieu : [deo Apollini
Gr]anno.
48. Si on accepte le raisonnement infra, il ne peut y avoir de magistrat de vicus.
49. Dekurionenstand, p. 166.
50. CHASTAGNOL, Onomastique pérégrine, p. 56-57.
51. STRABON 4, 1, 12 à propos de Nîmes ; la lex Irnitana 21, précise bien cum eo honore abierint (AE
1986 333). Bénéficient de la promotion l'épouse, les parents et les descendants sur deux
générations. On peut se demander ce qui se passait quand le magistrat mourait dans l'exercice de
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sa charge ; la promotion civique était-elle, ce qui semble logique, acquise pour la famille par la
nomination et la prise de fonction ou était-elle perdue ?
52. CHASTAGNOL, Gentilices, p. 155-165 ; Changements de gentilice, p. 167-180 et, en dernier lieu, Aux
noms du père et du fils, dans V. LE BOHEC (Éd.), L'Afrique, la Gaule, la religion à l'époque romaine.
Mélanges à la mémoire de M. Le Glay, Bruxelles, 1994, p. 407-415. L'application par CHASTAGNOL,
Changements de gentilice, p. 175 à C. Catullius Deciminus de ce raisonnement engendre la
perplexité : C. Catullius Decimius, fils de Tutius Catullinus, qui a parcouru toute la carrière des
honneurs, et est devenu prêtre fédéral au début du IIIe s. serait issu de pérégrin ; sans être
impossible, notamment en cas de grande richesse, cette trajectoire serait extraordinaire ;
l'analyse est exactement semblable pour le Viducasse T. Sennius Sollemnis fils de Sollemninus :
sa carrière prestigieuse ne saurait être celle d'un nouveau promu (voir n. 54). Le contexte, en
particulier la nature des noms du père, des oncles, des frères, l'énoncé de charges, sont essentiels
pour fonder l’évaluation.
53. Une lacune ne permet pas de savoir quelle est la formulation exacte de la filiation de L. Julius
Equester, mais la mention concomitante de ses deux fils a conduit à le retenir dans cette série.
54. Périgueux, CIL XIII 11042 = ILS 9278 et CIL XIII 939 = ILS 4638. La filiation de Sollemnis n'est pas
tout à fait aussi développée que les autres, mais il est intéressant de l'inclure, puisque l'idée qu'il
était fils de pérégrin a été avancée alors que son père, bienfaiteur de la cité, a toutes chances
d'avoir exercé une magistrature.
55. B.C. 1,16, 5, en 58, à propos de Liscus, César emploie le mot vergobretus, magistrat suprême
annuel qui a pouvoir de vie et de mort ; 7, 33, 2, six ans plus tard César doit trancher entre deux
prétendants à la magistrature suprême, qu'on suppose être des vergobrets, encore chez les
Éduens. Il n'emploie jamais le terme vergobret pour aucun autre peuple. La signification de la
frappe de la monnaie par les Lexovices est discutée (geste d'autonomie ? ou récompense accordée
par Rome à une cité fidèle ?), voir par exemple C. LEMAÎTRE, Noviomagus Lexoviorum. Réflexion sur
les origines de Lisieux, dans Villes Lyonnaise, p. 134-136.
56. En dernier lieu sur la préfecture, voir la présentation nuancée de GASCOU, Magistratures, p. 78 ;
107. Pour l'inscription de Vitrolles, M. LEJEUNE, Recueil des Inscriptions gauloises. I, Paris, 1985, G
108 ; ID., La préture en Narbonnaise et l'inscription gauloise de Vitrolles, Études classiques 3,
1968-70, p. 131-139 et Inscriptions lapidaires de Narbonnaise I, Études celtiques 12, 1966-69,
p. 22-35.
57. Sur cette donation, Y. DE KISCH, Tarifs de donation en Gaule romaine d'après les inscriptions,
Ktéma 4,1979, p. 271.
58. En toute rigueur méthodologique, on ne peut tirer argument du fait que ces magistrats ne
sont jamais attestés que seuls pour affirmer que leur fonction était unique, puisque c'est aussi le
cas de nombreuses magistratures dont on est certain qu'elles étaient collégiales, voir n. 113. Sur
le passage de la magistrature unique à la collégialité qui est la marque de l'accession au droit
latin, A. CHASTAGNOL, ILA Santons, introduction, p. 10 : « Dans cette perspective, le droit latin aurait
imposé, à la place d'un magistrat supérieur unique, un système collégial cher aux Romains avec
des duumvirs ou des quattuorvirs attestés une fois à Saintes à une date imprécise (ILA Santons
21) ».
59. CIL XIII 2585 ; 11225 ; 11226.
60. A. CHASTAGNOL, ILA Santons, introduction, p. 10 considérait que l'objectif du droit latin était ce
passage à la langue latine.
61. Avec l'exception de Sens, voir ci-dessous.
62. JACQUES, Privilège, p. 176-178.
63. Les décurions : decurio Lugudunensium, à Rome, CIL VI 29709 ; dec. Lug. à Saint Romainen-Gal et
près de Vienne, CIL XII 1871 et 2375 ; decurio Luguduni à Valence, CIL XII 1750. Le duumvir : CIL XIII
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3572, Tib. Iul. Tiberino IIvir Ner. On a quelques attestations en Germantes (par exemple, CIL XIII
1927, decurio Lingonum).
64. Le plus souvent, on trouve honore au singulier quand le mot est précisé par l'énoncé de la
charge : honore quattuorviratus, dummviratus, quinquennalitatis (index ILS p. 687, 698). Mais CIL VI
9044, honore accepto ; 29681 : honore functi.
65. Y. LE BOHEC, Les inscriptions des Éduens : présentation générale, dans Lyonnaise, p. 85-90 (à nuancer
pour l